«Le volet commercial de Neo ne répond à aucun besoin»

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Le plateau du Heysel voit se succéder les géants immobiliers. Tandis que le projet d’Eurostadium défrayait la chronique, un autre méga-projet immobilier poursuivait discrètement ses avancées : le projet Neo. L’enquête publique pour la demande d’un certificat d’urbanisme concernant le premier volet de Neo est aujourd’hui en cours. Au programme : 72.000 m² de nouvelles superficies commerciales dénommées Mall of Europe, 590 logements et un nouveau parc de loisir (Spirouland).

C’est dès 2007 que le plateau du Heysel devient la pierre angulaire du Plan de Développement International de Bruxelles destiné à doper l’attractivité exogène de la Ville-Région. La Ville a bien compris que la zone est sous-exploitée, malgré les attractivités touristiques très fréquentées, telles l’Atomium et Mini-Europe et les équipements événementiels comme le Palais d’expositions, le Palais 12 et le Stade Roi Baudouin.

Trois mastodontes

La concurrence inter-régionale mettra alors le feu aux poudres : la Région flamande soutient le projet commercial de grande ampleur « Uplace » juste de l’autre côté du Ring. La Ville de Bruxelles annonce l’ouverture du centre commercial Neo pour 2015, histoire de damer le pion au concurrent flamand. Dans le même temps, elle délivre un permis pour le centre commercial « Docks Bruxsel », lequel a ouvert ses portes fin 2016. Le moins qu’on puisse dire est que le succès annoncé à Docks avec le même argumentaire (promesse d’enseignes inédites et d’emplois supplémentaires) n’est pas au rendez-vous.

Inimaginable en effet que ces trois mastodontes puissent coexister dans ce mouchoir de poche, à peine 3 kilomètres les séparant, sans mentionner la pression automobile colossale qu’ils ne manqueront pas de créer et le manque de plus-value pour le renforcement du tissu commercial dans la Région.

Une ambition vouée à l’échec ?

Avec le centre commercial de Neo, la Ville espère augmenter le nombre de visiteurs du site de 5.000.000 personnes à 15.000.000 de personnes par an. Comment les quartiers bien peuplés environnants du Verregat et du triangle « Houba Sobiesky » vont-ils vivre cet afflux ?

Maintenir la viabilité de cette zone est un souci majeur pour la Ville de Bruxelles qui se doit aussi répondre aux exigences de sa position nationale et internationale. Mais le volet commercial de Neo ne risque-t-il pas plutôt de conduire cette ambition à l’échec ?

Ce centre commercial ne répond à aucun besoin. De 2007 à 2014, la fréquentation des centres commerciaux a décliné de 15 %. Personne n’est demandeur de davantage d’espaces commerciaux. Selon les dernières données de Locatus, le spécialiste immobilier commercial, il y a de plus en plus de magasins vides. Bruxelles se situe juste après Charleroi et Mouscron avec 11,20 % de commerces vides. Comment croire que les 72.000 m² de Neo (l’équivalent de City 2 et du Woluwe Shopping Center réunis) soient la solution pour lutter contre les 140.000 m² d’espaces commerciaux vides en Région Bruxelloise ? Aucun « flagshipstore » n’attend la création de ce centre pour s’installer à Bruxelles. Aucun commerçant n’y voit une opportunité pour attirer plus de visiteurs dans son commerce ou son magasin en ligne.

Montage financier risqué

Le projet aujourd’hui à l’enquête publique sous le nom de Mall of Europe ne viendra qu’aggraver une situation de suroffre déjà patente.

Le volet commercial du projet Neo s’apparente plus qu’autre chose à un montage financier risqué que la Ville ferait bien d’abandonner pour mettre son énergie dans un réaménagement du Heysel moins vaseux, aux fondations plus solides, conforme à l’intérêt général et au projet de ville décrit par les pouvoirs publics dans les plans d’urbanisme.

Les cosignataires appellent la population à se manifester dans le cadre de l’enquête publique en cours jusqu’au 23 février.

*Antoine Bertrand, Union des Classes moyennes (UCM) ; Anton Van Assche, Union des entrepreneurs indépendants (Unizo) Vlaams-Brabant & Brussel ; Claire Scohier, Inter-Environnement Bruxelles (IEB) ; Erik Grietens, Bond Beter Leefmilieu (BBL) ; Steyn Van Assche, BRAL ; Benoît Dassy, ACV-CSC Brussel ; Pieter-Jan Mattheus, Beweging.net Halle-Vilvoorde ; Isabelle Pauthier, Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU).

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