Comment Facebook aspire mes données privées

Comment Facebook aspire mes données privées
Dado Ruvic/Reuters.

Parce que je l’ai accepté

« Facebook pompe mes données privées… Snapchat connaît toutes mes photos intimes… Instagram s’arroge le droit de partager mes infos avec des tiers… » Un scandale ? Mais non, pardi ! Vous avez signé !

Vous ne vous en souvenez pas ? Et pourtant, au moment de votre inscription au service, vous avez forcément coché la case « J’accepte les conditions d’utilisation ». Cela vous revient ? C’est dans ce texte long comme un jour sans pain, certainement survolé avec la molette de votre souris d’ordinateur (ou d’un geste du pouce sur votre écran de smartphone), que les géants du net vous déclarent noir sur blanc comment ils envisagent d’utiliser vos données privées. Prenez le texte d’Instagram, l’application de partage de photos qui appartient au groupe Facebook : « Nous pourrons partager votre contenu d’utilisateur et vos données personnelles avec des entreprises qui font légalement partie du même groupe de sociétés qu’Instagram », mais aussi « avec des organisations tierces, les prestataires de services ». Last, but not least  : « Nous pourrons également partager certaines informations avec des partenaires publicitaires tiers ». Mais rassurez-vous, c’est pour vous rendre un formidable « service » – en tout cas, le service qui a rendu riche Facebook et ses filiales : « Diffuser des publicités ciblées susceptibles de vous intéresser réellement ». Alors, heureux ?

Faut-il lire ces conditions d’utilisation ? « Non », répond Jehanne Bruyr, chargée de projets en éducation aux médias chez Action médias jeunes. « Ces textes évoluent constamment, ils sont nébuleux… En revanche il faut tâcher de rester ouvert à ce qui se dit et s’écrit dans la presse, les blogs spécialisés. Essayer de rester en alerte, en cas de modification majeure des règles », estime-t-elle.

Parce que je leur en donne trop

Facebook offre la possibilité de faire le test en quelques minutes : rendez-vous sur www.facebook.com/about/privacy/tools et cliquez sur « télécharger vos informations ». Après quelques minutes, le réseau social vous enverra par email une copie de tous vos faits et gestes sur Facebook, récapitulés dans un fichier facile à consulter. Pour l’auteur de ces lignes, enregistré sur la plateforme de Mark Zuckerberg depuis le 1er mai 2008, le fichier pèse 400 mégaoctets. À l’intérieur ? Des photos et vidéos, bien sûr. Par centaines. Mais aussi la liste d’amis, celle des pages suivies ou likées, des invitations (honorées ou non), de tous les appareils avec lesquels a été ouverte l’application, de chaque fichier échangé, du moindre message posté sur un mur, sous le post d’un ami ou l’ensemble des conversations privées via Messenger… Vertige. Pourtant, ces informations dont dispose Facebook ne représentent que ce qui est issu des interactions que nous avons provoquées. Nos clics, nos « j’aime », nos messages. Il ne s’agit que d’un (petit) aperçu : dans la partie « historique des clics sur des publicités », vous ne trouverez que cinq lignes. Ce qui ne représente que 20 jours de la vie de « Facebooknaute » de votre serviteur. Le reste des informations est gardé bien au chaud sur les serveurs du géant de la Silicon Valley. C’est son trésor.

Qu’en retenir ? Que les premiers fournisseurs d’informations sur notre vie privée aux réseaux sociaux ou applications de messagerie, c’est nous !

Et tout commence au moment de l’inscription. Pour créer un profil, Facebook et consorts nous demandent de remplir un ficher d’informations. Il y a les données de base – nom, prénom, âge… – et celles qui paraissent beaucoup plus optionnelles, voire sensibles : religion, orientation sexuelle, opinions politiques… Si la nature a horreur du vide, l’internaute aussi. D’où une tendance, parfois irréfléchie, à remplir chaque champ au moment de l’inscription.

Rebelote avec les questions dites « de sécurité ». La firme californienne fait de la sûreté de ses adeptes un mantra. Alors, pour mieux protéger votre compte, on vous demande qui sont « vos amis de confiance ». Et paf ! La firme de Menlo Park connaît les proches parmi vos proches. Ceux qui pourraient vous inciter à « liker » une page dans le futur, par exemple. Mieux : le réseau social, toujours dans le but désintéressé de fournir une clé de rechange au cas où un voleur se serait approprié votre trousseau de mots de passe, va vous demander votre numéro de téléphone. Avec cette procédure « de sécurité », Facebook est devenu en un clin d’œil l’un des plus gros bottins téléphoniques de l’histoire. Des centaines de millions de numéros dans la poche, avec la bénédiction des utilisateurs.

Parce qu’on est toujours trahi par ses « amis »

Si vous faites attention à ne pas livrer toute votre vie sur les réseaux sociaux, et sur Facebook en particulier, vous n’êtes pas à l’abri des grandes oreilles du géant américain. D’autres indiscrets pourraient se charger de tout refourguer en loucedé dans votre dos au « F » bleu et blanc. Qui sont ces traîtres à la cause de votre vie privée ? Vos « amis », naturellement. Ainsi que l’écrivait Libération en 2013 « ils ne font pas exprès, les pauvres… mais sur Facebook, nos amis sont nos pires ennemis ». Exemples : en vous « taguant » sur des photos ou dans des publications ; en vous ajoutant à des groupes ou en vous envoyant des invitations à des événements… Autant de fils tissés entre eux et vous, que Facebook a tôt fait de recouper pour avoir une idée assez précise de ce qui compose votre univers… ou simplement une idée de la tête que vous avez. La reconnaissance faciale, c’est le futur. Souriez, vous êtes « tagués » !

Parce que Facebook est omniscient (ou presque)

Les informations que vous lui fournissez sur un plateau, les informations que vos « amis » livrent sur vous… Jusque-là, rien de spectaculaire. Oui, Facebook et d’autres sites ou applis, recueillent le maximum d’informations que vous voulez bien leur offrir. Et ils gardent tout, jusqu’à votre mort physique ou virtuelle. Mais là où on frise la paranoïa, c’est quand on sait que Facebook récupère vos données alors que vous vous promenez ailleurs sur le web. Ou encore qu’il sait pas mal de choses sur vous, y compris si vous naviguez sur internet en mode non-connecté à son réseau ou que vous n’êtes même pas membres du réseau social.

Comment ? Par l’utilisation massive de cookies d’une part et une présence presque partout sur internet, d’autre part. C’est justement pour cette collecte d’informations personnelles de manière disproportionnée et « sans consentement informé » que le tribunal de première instance de Bruxelles a condamné Facebook, vendredi 16 février.

En quelques mots, la firme californienne utilise de manière optimum sa présence sur des millions de sites pour récolter des informations sur chaque internaute à travers le fameux bouton « j’aime ». Un petit module social (ou plug-in) qui sert à bâtir le profil de chaque visiteur : s’il est en mode connecté, Facebook reconnaît illico son membre ; s’il ne l’est pas ou boude les réseaux sociaux, qu’importe, l’entreprise bâtit un profil utilisateur. « Plug-ins » et boutons « j’aime » sont autant de lucarnes par lesquelles le grand œil de Facebook jette un regard impudique sur votre façon de surfer. Pages visitées, type de navigateur, numéro I.P. de votre machine… tout est collecté et conservé – au bas mot 90 jours. Bien suffisant aux robots de la firme pour recouper votre adresse I.P. avec ses autres bases de données et ainsi, faire avancer le ficha… pardon, votre profil. La magie du « big data ».

« Personne n’est vraiment à blâmer dans cette histoire, recadre Jehanne Bruyr, auteur de Médias et informations, 40 activités pédagogiques pour le secondaire (De Boeck, 2014). Ni les géants du web, qui ont une vocation purement commerciale, ni les utilisateurs. Tout juste faudrait-il éveiller chez certains un peu de vigilance et d’esprit critique », estime l’éducatrice aux médias.

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