Joël de Rosnay: «L’égoïsme bloque notre cerveau»

L’intelligence artificielle a parfois mauvaise presse. Celle que Joël de Rosnay préfère appeler « l’intelligence auxiliaire » pourrait toutefois selon lui entrer en symbiose avec l’intelligence humaine. Avec à la clé de nouvelles « cases » débloquées dans le cerveau humain et un meilleur accès à des ressources comme le partage, l’empathie, l’amour. Dans le cadre des conférences organisées par Psychologies Magazine et Le Soir, il développera son propos le 27 mars à Bruxelles.

Simuler l’intelligence humaine est l’un des grands défis que dans une série de domaines, des chercheurs, des entreprises se sont lancés. L’intelligence artificielle fait toutefois encore peur. On l’associe à une série de dérives potentielles. Au contraire, vous l’envisagez avec optimisme. Pourquoi ?

Je ne suis pas optimiste, je suis positif. Ce n’est pas la même chose. Etre optimiste signifie qu’en fonction d’un jugement de valeur, on imagine que les choses vont s’arranger. C’est une vision naïve et ce n’est pas la mienne. Ma vision est positive et constructive. En présentant les choses de manière positive, réaliste et pragmatique, on peut aider les gens à se forger leurs propres opinions, peu importe ce qu’elles sont, les aider à penser leur futur. Je ne dis pas pour autant qu’ils auront envie du futur que je leur propose. Donc, je ne suis pas optimiste mais positif. Mon métier, c’est de corréler des informations. Je sais les trier, les classer, les comparer, les corréler. En les corrélant, et sur le domaine de l’intelligence artificielle, je me suis rendu compte qu’il y avait des points positifs à cette évolution, parmi toutes possibilités négatives que l’on nous ressasse en permanence.

Vous dites notamment par rapport à l’intelligence artificielle que les êtres humains n’en seront pas les esclaves.

Oui. A titre personnel, je ne parle d’ailleurs plus d’intelligence artificielle mais d’intelligence auxiliaire. C’est-à-dire d’une intelligence qui, associée à notre propre intelligence, en symbiose avec elle, comme un objet que l’on porterait, nous permet d’augmenter notre intelligence. L’intelligence auxiliaire, c’est la garantie que des métiers en cols blancs (avocats, notaires, professeurs, journalistes, etc.) ne disparaissent pas dans la mesure où l’intelligence auxiliaire viendra augmenter notre propre intelligence.

Cette vision tranche avec celle qui voit une concurrence, si pas systématique, du moins répandue entre intelligence humaine et intelligence artificielle. N’y a-t-il tout de même pas des risques de « confrontation » ?

J’insiste en effet sur la complémentarité, la symbiose plutôt que la concurrence. Elon Musk, Bill Gates partagent désormais cette vision. Tout ne se conciliera pas si bien que cela. Il y a des risques de dérapage. Ils sont toujours présents. Mais on parle tellement de ces risques que les gens finissent par les connaître mieux que les perspectives plus positives d’une collaboration entre intelligence humaine et intelligence auxiliaire.

Les algorithmes ont fait leur entrée dans nos quotidiens via une série d’applications. Utilisées par des entreprises, par des plateformes d’économie collaborative, celles-ci peuvent aussi parfois imposer de nouveaux standards de productivité au détriment des conditions de travail. Le sujet, en tout cas, a fait naître une anxiété.

Tout ce qui est nouveau inquiète. Les premiers ordinateurs ont beaucoup inquiété. On pensait qu’ils allaient réduire notre mémoire, notre intelligence. A chaque apparition d’une technologie nouvelle de la peur apparaît. Personnellement, j’ai tellement l’habitude de ces peurs que j’essaie d’aller au-delà.

Vous avez forgé le néologisme « hyperhumanisme ». Qu’est-ce que cela désigne exactement ?

C’est cette idée d’augmenter avec l’intelligence auxiliaire notre propre intelligence pour débloquer dans notre cerveau une série de « domaines », de propriétés humaines encore bloqués par l’égoïsme, par l’égocentrisme. Ces propriétés sont le partage, la solidarité, l’amour, l’empathie, l’écoute des autres… Il ne faut pas confondre « hyperhumanisme » et « transhumanisme », ce dernier se concentrant sur l’individu plutôt que sur la collectivité organisée.

Comment tout cela est-il possible ?

On l’a déjà vu avec la machine automatique. Elle a permis, en allégeant le travail de l’homme, de dégager dans son cerveau des possibilités qu’il ignorait. Comme l’art, la musique, la création, la philosophie… La machine automatique a produit une augmentation de temps et une augmentation du pouvoir de réflexion. Beaucoup, dont je suis, estiment aujourd’hui que l’intelligence auxiliaire va débloquer dans notre cerveau de nouvelles cases aujourd’hui à l’état latent, de nouvelles caractéristiques nous permettant de voir le monde de façon différente, de communiquer plus efficacement, voire de changer d’humanité. C’est-à-dire de voir l’homme changer de nature.

Joël de Rosnay sera à Flagey le 27 mars prochain à 20 heures pour une conférence organisée par Psychologies Magazine et Le Soir. Prix : 22 euros. Infos et réservations ICI. Tél : 02/641 10 20

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