Claude François, 40 ans après: que reste-t-il du mythe?

Au moins lui restera-t-il ça en commun avec Elvis Presley : tous les cinq ans, la commémoration de la date de sa mort, électrocuté dans sa salle de bain, donne lieu à la vague nostalgique de souvenirs et au défilé télévisé de collectionneurs passionnés.

Le culte de Claude François est toujours bien vivace. Que ce soit sous forme de réunions de fans, de sosies dignes de Benoît Poelvoorde dans Podium ou de soirées bien arrosées d’anniversaire et de mariage. Belinda, les magnolias, Alexandrie et Alexandra n’ont pas de soucis à se faire : les lundis sont toujours au soleil pour celles et ceux qui, dans les années 60 et 70, ont tout vécu, leurs amours et leur jeunesse.

Comme on s’en est rendu encore compte à la mort de Johnny Hallyday, Cloco représente cet âge d’or français des Trente Glorieuses, d’années 60 fondatrices, entre aspirations adolescentes et liberté sexuelle, aux seventies à paillettes, disco scintillant et col pelle à tarte. Tout était possible à cette époque, tout était autorisé. Quand on pense aujourd’hui, avec le recul, que Cloclo, en interview, reconnaissait qu’en termes de femmes à séduire, « au-delà de 17 ou 18 ans, cela ne l’intéressait pas, qu’il les préférait plus malléables », on croit rêver. Les groupies se pressaient sur le paillasson de son domicile. Fabienne VD, de Grammont (la maman de sa fille cachée Julie Bocquet dont l’existence a été révélée par « Voici » en 1998 et dont on a reparlé suite à son témoignage dans le documentaire Claude François, le dernier pharaon, réalisé à l’occasion du 40e anniversaire de sa mort) avait 13 ans, et lui 37, au début de leur liaison. Et personne ne trouvait rien à redire (sinon : elle ne faisait pas son âge !) concernant celui qui, de son agence de mannequins à son magazine de charme « Absolu », n’a jamais caché sa tendance à la consommation de chair fraîche. Les Américains ont chèrement fait payer à Jerry Lee Lewis son mariage en 1957 avec sa cousine germaine âgée de 13 ans ! Harvey Weinstein est un enfant de chœur à côté et Cloclo, s’il se permettait aujourd’hui un tel comportement, serait cloué au pilori médiatique.

Autre temps, autres mœurs

Pareil pour les images de ses prestations télévisées. Avec ses costumes flashy brillants, ses chorégraphies sautillantes, ses Clodettes déshabillées… Tout ça paraît aujourd’hui bien kitsch, traduisant mal ce que Cloclo était véritablement en concert : une véritable bête de scène. Ceux qui l’ont vu à Forest National le 12 janvier 1974 s’en souviennent encore non sans émotion. On retient les chansons énergiques et dynamiques, celles d’une France joyeuse et conquérante. On n’oublie pas pour autant « Le mal-aimé », « Le chanteur malheureux » ou « Le téléphone pleure » qui n’étaient pas des fictions.

Claude François, c’était aussi un entrepreneur doué. Il était Elvis et le colonel Parker à lui tout seul. Il a dirigé d’une main de fer sa société de disques Flèche comme toutes ses autres sociétés (parfum, agence, magazines, produits dérivés...), terrorisant et surveillant - micros et caméras - son personnel. Ses colères étaient aussi légendaires que sa générosité pour se faire pardonner ses éclats. Le perfectionnisme a souvent bon dos. Égoïste, tyrannique à l’esprit mercantile, obsédé par sa puissance, parano et jaloux (il ne voulait pas que France Gall travaille avec Gainsbourg !), Cloco cachait son caractère odieux aux fans sous une bonne couche de rêve à vendre.

Les chansons bien rythmées

Mais tout cela, avec le temps, on finit par l’oublier et ne conserver que les chansons bien rythmées. On l’a encore vu avec M-Pokora dont les reprises épouvantables du catalogue Cloclo n’ont pas empêché le succès. Un disque, il y a dix ans, Autrement dit, avait pourtant montré l’exemple avec Jeanne Cherhal, Aldebert, Alexis HK, Clarika, Alain Chamfort, La Grande Sophie, AS Dragon, etc.

Il suffit d’aller voir derrière les spotlights qui ont éclairé une carrière exceptionnelle, aller voir les failles d’un homme qui a eu droit à son lot de malheurs. Épuisement, accident de voiture, attentat, incendie d’origine criminelle, tentative d’assassinat… Cloco a tout vécu à cent à l’heure, la mort aux trousses.

Claude François est mort à 39 ans. Et s’il ne s’était pas électrocuté en 1978 ? S’il était toujours vivant, il aurait aujourd’hui 78 ans. Comment aurait-il évolué musicalement ? Il n’aurait pas pu continuer à traduire en français des tubes américains. Après Etienne Roda-Gil, l’auteur d’« Alexandrie, Alexandra », sa chanson sortie au lendemain de sa mort, aurait-il, comme Johnny, choisi les meilleurs de son époque ? Aurait-il donné le meilleur de lui-même ? On ne le saura jamais. Cloco reste à tout jamais figé, intact, dans une époque glorieuse qu’il a plus que quiconque personnifiée.

Ce dimanche, à 19h45, le film «Cloclo » sera diffusé dans tous les Kinépolis belges (infos : kinepolis.be).

Cinq tubes De 1962 à 1978

Thierry Coljon

Avec une quarantaine de tubes à son actif entre 1962 et 1978, qu’on retrouve sur de nombreuses compilations, comme ce triple CD et DVD publié par Warner en 2008, Claude François a marqué son temps. Voici ses cinq chansons les plus marquantes :

« Belles, belles, belles » Sorti en octobre 1962, ce premier 45 tours sera son premier tube. Il s’agit du « Made To Love » des Everly Brothers traduit en « Rien rien rien » par Vline Buggy. Cloclo lui demandera de changer les paroles avant de souvent collaborer avec elle.

« Comme d’habitude » Michel Sardou a refusé cette chanson écrite par Jacques Revaux. Ce dernier la soumet à Claude qui la retravaille avec Gilles Thibaut, afin d’évoquer dans le texte sa rupture avec France Gall. Paul Anka la traduira en « My Way » qui deviendra la signature de Frank Sinatra.

« Le lundi au soleil » Après un petit creux, Cloclo réussit son come-back en 1972 avec cette chanson composée par Patrick Juvet et dont la face B n’est autre que « Belinda ».

« Le téléphone pleure » En 1974, année où il annonce ses adieux à la scène, paraît sa plus grosse vente : deux millions et demi de 45 tours pour ce duo avec Frédérique, la fille de sa secrétaire.

« Alexandrie, Alexandra » Etienne Roda-Gil ne voulait pas écrire les paroles de cette chanson disco composée par Jean-Pierre Bourtayre et Claude François. Ce dernier l’a convaincu avec une boîte de ses cigares préférés. Le disque est sorti en décembre 1977 sur l’album Magnolias For Ever et en 45 tours le jour des obsèques le 15 mars 1978.

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