Redoublement: le cercle vicieux des certitudes

© Bruno Dalimonte - Le Soir
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C’est bien connu, le redoublement est une garantie de rigueur pour un système scolaire… Il constitue même, pour certaines écoles, certains enseignants, certains parents, un instrument – certes pénible mais ô combien nécessaire – de mesure de l’excellence…

C’est bien connu… de la seule Fédération Wallonie-Bruxelles. Ou presque. Elle domine en effet le club très fermé des « modèles » d’enseignement qui ont érigé le redoublement en culture d’État. Celle-ci prend sa source dans une certitude : en recommençant une année, un jeune acquiert des bases plus solides. C’est probablement exact… pour une minorité d’élèves. Raison pour laquelle la plupart des pays ont donné à cette pratique un statut d’exception. Chez nous par contre, elle n’est rien d’autre qu’une norme qui s’impose, au sortir du secondaire, à six jeunes sur dix.

Rien ne justifie plus aujourd’hui que l’école francophone se comporte, en la matière, comme un village d’irréductibles Gaulois. D’abord parce que la culture du redoublement est juste inefficace : le niveau très moyen de nos élèves aux tests Pisa renseigne de manière cynique sur la médiocrité de la méthode. Ensuite, parce qu’elle se renforce au contact de la relégation en cascade, accentuant au passage les inégalités sociales. Enfin, assure Jean-Paul Lambert, ancien recteur de l’université Saint-Louis, « parce qu’elle abîme profondément et durablement la confiance de l’élève dans ses propres capacités et réduit son goût d’apprendre et sa ténacité à l’effort ». La suite est à l’avenant : doutes à l’entame des études supérieures, renforcement du taux d’échec, recul récent de la part de diplômés… « Une telle politique – unique dans les pays de l’OCDE – n’est-elle pas suicidaire ? », s’interroge le professeur. Poser la question, c’est y répondre. Et y répondre, c’est surtout inviter le système scolaire – singulièrement le secondaire qui engendre à lui seul les deux tiers du retard – à se remettre en question. C’est aussi lui proposer de se comparer au monde extérieur. De sortir du cercle vicieux de ses certitudes.

Mais poser la question, c’est aussi inviter… le supérieur à réfléchir à ses propres pratiques. Ce n’est sans doute pas le projet de Jean-Paul Lambert, mais il faudra éviter, à la découverte du lien limpide entre le redoublement dans l’obligatoire et la réussite à l’université, de se contenter de rejeter la faute sur le premier. Un niveau d’enseignement qui réussit, en une seule année, à renvoyer à la case départ les deux tiers de ses étudiants doit lui aussi s’interroger sur sa culture du redoublement. Sur la capacité de certains professeurs à sélectionner plutôt qu’à faire réussir. Sur l’efficacité de ses pratiques d’aide à la réussite. « Le redoublement abîme profondément et durablement la confiance de l’élève dans ses propres capacités… » L’élève a beau devenir un jour étudiant, la rhétorique est identique.

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