USA-Russie: peut-on parler d’une nouvelle Guerre froide?

Sommes-nous témoins d’une nouvelle Guerre froide entre les États-Unis et la Russie autour du conflit syrien, comme Donald Trump semble le prétendre ? ©Reporters
Sommes-nous témoins d’une nouvelle Guerre froide entre les États-Unis et la Russie autour du conflit syrien, comme Donald Trump semble le prétendre ? ©Reporters

Le président Trump souffle le chaud et le froid en menaçant la Russie d’envoyer des missiles en Syrie, puis lui propose son soutien économique et l’arrêt de la course aux armements. Le tout au moment où les risques de confrontation directe augmentent.

Sommes-nous témoins d’une nouvelle Guerre froide entre les États-Unis et la Russie autour du conflit syrien, comme Donald Trump semble le prétendre ? Tanguy de Wilde estime que le président américain a la mémoire courte.

« Notre relation avec la Russie est pire que jamais », a déclaré Trump sur Twitter, allant jusqu’à faire référence à la Guerre froide. Est-ce qu’il s’agit d’un simple tweet matinal qui commente l’actualité – comme il a l’habitude d’en faire – ou est-ce une analyse correcte de la situation dégradée entre la Russie et les États-Unis ?

Donald Trump n’est pas connu pour posséder une grande connaissance historique… Et la tension entre le Russie et les États-Unis est incomparable avec celle qui existait lors de la guerre du Vietnam ou la guerre de Corée. La Russie et l’Occident, qui s’opposent frontalement dans le conflit syrien, ont connu de nombreuses tensions depuis la chute de l’Union soviétique en 1991. Donc dire qu’il s’agit aujourd’hui, de la pire crise, pire encore que celle traversée lors de la guerre froide, cela ne correspond à aucune réalité historique. Donald Trump se contredit sans cesse, il suffit de voir ce qu’il écrit par la suite sur le réseau social : « Garder cette relation en l’état n’est pas dans notre intérêt ». Il autodétruit son argumentation. Concernant les bombardements, il suit une certaine cohérence puisqu’en avril dernier, les États-Unis avaient déjà frappé en Syrie suite à une attaque chimique présumée. L’enjeu maintenant est de se différencier de l’administration Obama, de montrer à la communauté internationale et à la Russie que la parole américaine doit être prise en compte.

Donald Trump estime que le conflit avec la Russie est dû à l’enquête sur l’implication de la Russie dans l’élection présidentielle américaine « menée par les démocrates ». Mais entre l’affaire Skripal et l’attaque en Syrie, peut-on vraiment imputer la dégradation des relations entre les États-Unis et la Russie à cette enquête seule ?

Selon moi, cette enquête est un épiphénomène, qui n’a pas grand-chose à voir. Ce qui a changé en revanche, c’est la posture russe et ce depuis fin 2013, début 2014. Le fait d’avoir déstabilisé l’est de l’Ukraine a été vécu comme un cap. Une ligne a été franchie et elle a entraîné un cycle de rétorsions sur rétorsions.

Dans quelle mesure les États-Unis peuvent-ils répondre à l’attaque chimique présumée à Douma en évitant l’escalade ?

Il y a plusieurs manières de répondre à cette question. Soit l’on considère que les tweets de Donald Trump ne sont que des réactions aux déclarations russes suite au veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais on peut aussi imaginer que le Pentagone a identifié quelques cibles précises qui pourraient être atteintes (le même type de frappes punitives qu’en avril 2017). On peut aussi imaginer que la réponse américaine est une manière pour le pays de montrer les crocs vis-à-vis de la Russie… mais aussi de la Turquie.

Comment vont réagir les alliés des Américains, comme la France, face au dialogue musclé entre les Américains et les Russes ?

Sur le principe, il y a une communauté de vues avec les États-Unis. Tous partagent le refus de voir des armes chimiques utilisées et sont d’accord que cela nécessite une punition. Donc sur le principe, ils sont d’accord, sur les moyens, cela est plus difficile. Mais l’expédition punitive de 2017 américaine sur la Syrie avait été saluée par les Occidentaux.

La réponse internationale en Syrie est-elle encore utile ? N’est-ce pas trop tard ?

Je persiste à croire que les Occidentaux croient en l’efficacité de l’impact punitif pour empêcher une nouvelle attaque chimique. In fine, tout le monde veut la fin de la guerre… et avance ses pions pour la paix.

Tanguy de Wilde, professeur de relations internationales à l’UCL
Tanguy de Wilde, professeur de relations internationales à l’UCL

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