Les lundis «matin» ou «matins»?

Les lundis «matin» ou «matins»?

Lundi matin, l’empereur, sa femme et le petit prince… » Cette comptine bien connue permet non seulement d’apprendre le nom des jours de la semaine aux enfants, mais aussi d’attester l’emploi de la locution lundi matin, aussi familière pour nous que sa variante avec un article contracté : lundi au matin.

Cette construction soulève toutefois un problème d’accord : écrit-on les lundis matin ou les lundis matins  ? Si vous considérez que les lundis matin est une ellipse de les lundis au matin, vous privilégierez l’invariabilité ; dans la négative, vous autoriserez l’accord en nombre : les lundis matins. Quel que soit votre choix, il aura l’aval de la plupart des grammairiens, qui admettent aujourd’hui les deux solutions. Mâtin, c’est le grand soir !

Lundi matin ou lundi au matin ?

Les noms matin et soir, lorsqu’ils sont précédés de certaines indications temporelles, peuvent se construire avec l’article contracté au  : lundi au matin, lundi au soir, hier au soir, demain au matin. Cette tournure, qui a été prépondérante jusqu’au 18e siècle, est aujourd’hui souvent remplacée par la construction directe : lundi matin, lundi soir, hier soir, demain matin.

La coexistence des deux constructions est attestée de longue date. Le Dictionnaire de l’Académie la mentionne dès sa 1re édition (1694) : « On dit également, Demain au matin , & demain matin » (entrée matin) ; « j’iray chez vous demain matin ou demain au soir » (entrée soir). Cela n’empêche pas Féraud (Dictionaire critique de la langue française, 1788), généralement tolérant, d’estimer que lundi soir n’est pas « le bon usage ». Mais quand il traite de matin, sa position est quelque peu différente : « Avec demain on dit matin, ou au matin  : tous deux sont bons, mais le premier est plus usité. »

Ces hésitations ne seront pas relayées par Émile Littré qui écrit, dans son Dictionnaire de la langue française (1872), à l’entrée soir  : « On dit hier au soir, lundi au soir, etc. et, par abréviation, hier soir, lundi soir, etc. Bien que des grammairiens aient condamné la dernière forme, l’usage l’a adoptée, de la même façon qu’on dit hier matin, lundi matin. » La description détaillée que propose le Bon usage (16e édition, 2016, § 1045 c 1) des emplois de soir et matin précédés d’une indication temporelle confirme l’appréciation de Littré.

Les lundis matin ou les lundis matins ?

La suppression de l’article contracté dans lundi matin, lundi soir suscite des hésitations lorsque ces constructions sont au pluriel : les lundis matin ou matins  ? Pour les francophones qui considèrent que lundi matin est une ellipse de lundi au matin, le singulier s’impose : les lundis matin, les lundis soir. Par contre, d’autres répugnent à associer deux mots de nombre différent : ils préfèrent les lundis matins, les lundis soirs. Les grammaires et les dictionnaires d’aujourd’hui admettent les deux graphies, quelquefois en rappelant une préférence pour l’invariabilité de matin ou de soir.

Un parallèle peut être établi avec des mots comme arrière, avant, dont on sait qu’ils se comportent différemment lorsqu’ils sont employés nominalement (les arrières d’une armée, la ligne des avants) ou comme adjectifs. Dans ce dernier cas, la norme de référence impose l’invariabilité : les roues arrière, les sièges avant. Avec une justification qui rappelle celle invoquée pour les lundis matin  : il y aurait ellipse d’une construction complète qui serait les roues de l’arrière, les sièges de l’avant. Mais il n’est pas rare de trouver à l’écrit roues arrières, qu’adopte le Wiktionnaire. Par contre, je n’ai pas trouvé d’occurrence de la graphie roues avants.

D’autres rapprochements peuvent être proposés, notamment avec des appositions comme films culte(s), phrases type(s), personnages clé(s), remèdes miracle(s), régimes minceur(s), ventes record(s), etc. Comme cela a été souligné dans cette chronique à propos du mot vidéo, la plupart des appositions attachées offrent la possibilité d’un accord en nombre (Bon usage, 16e édition, 2016, § 345 c). L’invariabilité du terme juxtaposé à un nom pluriel perturbe nombre de francophones, qui préfèrent homogénéiser les marques du nombre. Cette tendance a le vent en poupe et il me semble improductif de s’y opposer : elle est conforme aux principes généraux d’accord et n’entraîne aucune altération du contenu de l’énoncé.

Il me reste à vous donner rendez-vous la semaine prochaine, comme tous les vendredis soir, ou comme tous les samedis matins…

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