Qui sont les trafiquants de migrants?

Dangereux

« Ce qui a changé dernièrement – les policiers de la route flamands en sont témoins – c’est la violence. Pour les passeurs, c’est un business lucratif : ils sont prêts à tout pour échapper à la police ou faire passer leurs ‘clients’ en Angleterre. » Ce constat posé par Claude Fontaine, le directeur de la police judiciaire fédérale, est recoupé par la jurisprudence récente. En octobre 2016, le tribunal correctionnel de Bruges a condamné trois hommes, impliqués dans un trafic de migrants irakiens ou iraniens, à des peines de 3 à 5 ans de prison et d’amendes de 18.000 euros. « Dans leurs activités, ils n’hésitaient pas à recourir à la violence », écrit Myria, le Centre fédéral Migration, dans son dernier rapport annuel.

Au volant de camionnettes chargées de migrants, ces hommes n’hésitent pas à rouler « comme des fous », s’ils sont pris en chasse. Au péril de la vie des passagers et des usagers de la route. Le 17 mai, le véhicule transportant Mawda a été immobilisé par la police après 60 km de course effrénée et un véhicule français poussé au tête-à-queue. En 2017, même situation. Cette fois, une fourgonnette avait terminé sa course dans la barrière de sécurité du ring de Bruxelles. A bord, des mineurs. Heureusement, personne n’est décédé mais plusieurs victimes ont été grièvement blessées. Les quatre passeurs irakiens ont été condamnés en première instance à des peines de 3 à 6 ans de prison. Ils seront jugés en appel avant l’été.

Polycriminels

Si le « core business » des passeurs est de racketter les migrants en quête de passage vers « l’Eldorado » britannique, ces réseaux criminels sont souvent impliqués dans d’autres activités illicites. 46 % des organisations actives dans le trafic de migrants sont polycriminelles, selon un rapport d’Europol publié en avril dernier. Drogue, blanchiment d’argent, prostitution… « Attirées par le profit et pour répondre au niveau élevé de la demande en services de ‘passage’, certaines organisations autrefois impliquées dans d’autres activités criminelles ont ajouté le trafic de migrants à leur portefeuille », poursuit l’office européen des polices.

En janvier 2017, 15 personnes ont été condamnées par le tribunal correctionnel de Gand. Ce réseau international ultra-sophistiqué, établi en Ukraine et au Royaume-Uni, utilisait la Belgique comme terre de transit. Ce qui a mis les enquêteurs sur leur piste ? Le meurtre par étranglement et coups de couteau d’un chauffeur de camion complice du trafic, commis par deux des prévenus (condamnés pour ce crime depuis). Pour le trafic, les peines s’échelonnaient de 3 mois à 8 ans de prison. Et jusqu’à 3 millions d’euros d’amende pour les chefs de cette mafia.

Cette filière britanno-ukrainienne utilisait des centaines de faux documents d’identité polonais. La création, l’usage et le recel de faux documents sont fréquents. Pour Europol, « l’usage de technologies avancées, relatif à la contrefaçon de documents d’identité, (…) va impacter de manière significative le trafic de migrants dans le futur ».

Riches

« C’est un business criminel très lucratif, avec des niveaux de risques relativement faibles », résume Europol dans son rapport sur le trafic de migrants. « Ils fonctionnent comme de vraies agences de voyages : certains proposent des ‘pass 3 tentatives de passage’, d’autres demandent un acompte et que leur soit versé le reste de la somme une fois au Royaume-Uni », détaille une source judiciaire. Il faut dire que les tarifs ont explosé à mesure que la surveillance aux frontières – y compris au sein de l’espace Schengen – s’est renforcée.

Là où des passeurs de France ou de Belgique demandaient autour de 500 euros il y a 10 ans, les montants ont plus que triplé. 3.000 euros le passage pour une filière basée à Zeebruges ; 2.500 pour des passeurs utilisant le parking de Grand-Bigard ; de 1.200 à 6.000 livres sterling pour une filière tchéco-albanaise active dans quatre pays dont la Belgique… Le dernier rapport de Myria, qui se porte partie civile dans chacune de ces affaires, est édifiant.

Lorsque la justice parvient à coincer l’une de ces organisations criminelles, les amendes réclamées sont à la hauteur de la rentabilité de ces petites entreprises. Parfois plusieurs millions.

► Du nord au sud, tout le pays est en proie aux réseaux de passeurs: notre enquête à lire sur Le Soir+

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