Les initiatives citoyennes: la clé pour une économie verte

Plusieurs études démontrent que des initiatives citoyennes locales peuvent avoir un réel impact sur la préservation de l’environnement.
Plusieurs études démontrent que des initiatives citoyennes locales peuvent avoir un réel impact sur la préservation de l’environnement. - Photonews.

La vision politique dominante voit l’économie de marché comme la source de notre bien-être, et l’écologie comme un coût. Pourtant de plus en plus d’exemples contredisent cette perception. Que se passerait-il si nous changions ces a priori et que nous considérions les contributions citoyennes aux communs, et les pratiques écologiques de celles-ci, comme également sources de valeur et d’un modèle économique capable de créer de l’activité économique ?

Les « communs » : des ressources !

Concrètement, les « communs » sont des ressources partagées (des ressources naturelles, des savoirs, des logiciels, des espaces urbains…) gérées par des communautés de parties prenantes (des producteurs, des usagers, des administrations, des ONG…). Une étude et une cartographie de ces « communs » dans la ville de Gand ont démontré que ces formes de production et de diffusion de la valeur économique et sociale sont en forte croissance, et offrent des solutions dans tous les domaines d’approvisionnement. En effet, si on ne dénombrait que 50 projets de communs urbains à Gand en 2006, on en comptait déjà 500 en 2016 ! Et des études similaires du think tank Oikos pour l’ensemble de la Flandre, de Tine de Moor de l’université d’Utrecht pour les Pays-Bas, ainsi que le livre de Manuel Castells sur la Catalogne, montrent que ces évolutions dépassent largement nos frontières.

Cette multitude de cas concrets prouve qu’il existe aujourd’hui des projets avec une empreinte écologique inférieure aux entreprises classiques, et qui produisent tout autant (voire plus) de biens et de services utiles à notre population !

Autre exemple : les expérimentations de L’ASBL Wervel, appelée « LEF » (Lokaal, Ecologisch, Fair), qui lie dans la « biorégion » gantoise les éleveurs et les agriculteurs biologiques, le transport en vélo-cargo partagé, et les cuisines des cantines scolaires. Il est donc possible de garantir des repas sains pour les enfants des écoles publiques, et de créer de l’emploi local pour les paysans, les transporteurs et le personnel de cuisine. La ville de Gand a créé un conseil de transition écologique et alimentaire qui reprend ces grands principes, et elle y a intégré les acteurs de terrain. Une étude de FIAN (une organisation internationale qui se consacre à la lutte pour la réalisation du droit à une alimentation adéquate et à la nutrition pour tous, NDLR) a montré que ces coopérations entre acteurs publics et acteurs de terrain par le biais de ces conseils sont un facteur essentiel de progrès pour cette transition.

Bon pour l’écologie : bon pour le business

Comment financer ces projets verts orientés vers les communs urbains ? Car ils sont certes efficaces, mais ils sont en concurrence avec des projets commerciaux qui, eux, « externalisent » nombre de leurs coûts environnementaux. Le mouvement Terre des Liens, qui rachète des terres afin de les mettre en commun pour les agriculteurs bio en France, a démontré que les départements qui vivent une croissance importante de la production bio, diminuent substantiellement les frais de dépollution. Il serait donc logique de partager les économies réalisées au niveau des dépenses publiques avec celles et ceux à l’origine de cette réduction des coûts environnementaux et sociaux. Pour y arriver, il faudrait en amont une réforme des achats publics. C’est déjà le cas en Écosse où les projets sont « saucissonnés » pour encourager la participation locale, et où les impacts écologiques et sociaux sont désormais pris en compte dans les marchés publics.

Malheureusement ces logiques ne sont pas celles de nos gouvernements qui privilégient les partenariats privés/publics, et non pas les coopérations public-communs.

Changer les mentalités

Alors que faire pour atteindre cet idéal ? L’exemple de l’Energiewende en Allemagne trace la voie : les coopératives énergétiques citoyennes, ont poussé le Bundestag à effectuer des changements législatifs, et surtout à modifier une logique allemande qui associait son avenir énergétique au nucléaire. Cet exemple nous montre qu’une initiative de citoyens motivés peut faire changer la mentalité d’un pays, et que le soutien du gouvernement est crucial. 60 % de la production énergétique renouvelable allemande est maintenant le fait de ces coopératives !

Créer plus d’emplois porteurs de sens

Globalement, quand il s’agit d’emploi, les quelques exemples mentionnés ci-dessus ouvrent des voies concrètes et positives pour des politiques publiques postindustrielles viables. Ces modèles proposent une masse de nouveaux emplois pour travailleurs de tous horizons, pour développer des métiers cognitifs et peu qualifiés.

Avec un État partenaire, les communs permettent non seulement le développement de l’emploi, qui plus est porteur de sens et globalement positif pour la société et l’environnement. En outre, ancrés dans un mode de gouvernance collectif plutôt que hiérarchique, les communs « réhumanisent » l’espace de travail. Ils permettent aussi une meilleure redistribution des richesses, puisque celle-ci est négociée directement au sein de la communauté.

Peut-être plus important encore : dans les communs le travail est certes important, mais il n’est pas la seule activité reconnue économiquement et socialement (ouvrant des droits). L’accent est mis sur la communauté et ses ressources, donc le travail tout autant que ce qui est nécessaire à la survie de la société : l’activisme, s’occuper de sa famille… En somme, tout ce que l’organisation du travail actuelle place au second rang et refuse de valoriser au nom de la performance et de la compétitivité purement économiques, alors qu’elles n’ont cessé de démontrer leurs limites et travers.

Et s’il était temps de repenser le travail et de remettre l’économie à sa place ? C’est-à-dire au service de la société plutôt que l’inverse.

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