Diables rouges: Guillermo Guiz, les pieds sur Terre

© Dominique Duchesnes - Le Soir
© Dominique Duchesnes - Le Soir

RAB. Dans les grandes lignes, un match de l’équipe nationale, ça me fait chaud comme un sang d’huissier de justice. Pour paraphraser Kevin De Bruyne, les Diables, je m’en bats l’innocence avec une pelle à tarte et une râpe à Comté 24 mois (citation approximative et sortie de son contexte). Pire, aux heures les plus arrogantes de l’ère Wilmots et de notre nouveau statut de favori mondial des mammifères sportifs, il m’est arrivé de souhaiter secrètement notre chute, histoire que tout redevienne comme avant. Et qu’on dégonfle.

Fermer les yeux. Revoir Carl Hoefkens en avoir assez dans le CV pour être titulaire en A (true story). Revoir la hargne désabusée de Karel Geraerts, la proto-classe mollassonne de Jurgen Cavens, les courses généreuses, héroïques, mais si fondamentalement à l’emporte-pièce d’Mbo Mpenza. Un nom ? Stijn Stijnen ! Ce n’était pas le bon temps. Oh, non, ce n’était pas le bon temps ! Les matchs des Diables, à l’époque, ça ressemblait à une moche salade dans une moche assiette d’un moche restaurant d’un moche quartier de Diegem. Un deuxième nom ? René Vandereycken. On était moches. Mais on était nous. Au fond, même si j’utilise l’expression « relou » et que, tel un jeune, je mets des Air Max bariolées, je suis déjà un vieux réac : la nouvelle Belgique, hautaine et victorieuse, je la crache sur un sol de parc en rentrant de soirée (en relisant cette phrase, je réalise qu’en fait, j’ai peut-être juste besoin d’un chat ou ne fût-ce que d’un ami).

Je ne m’y suis jamais fait. On n’est pas un peuple triomphant. On est un peuple déçu-cool. Ce qu’on fait bien en Belgique : trouver des moyens rigolos de se consoler. On s’est toujours cru moins bien qu’on était. Toujours. Et on a toujours eu raison. Je propose la prison ferme pour qui prononcera dorénavant à haute voix et devant témoin les phrases « On a lit-té-ra-le-ment marché sur ces qualifications ! », « On ne doit pas avoir peur de dire que oui, on est un prétendant sérieux au titre mondial » et « J’ai vendu 30 grammes de crack dans une école primaire de Hannut. »

C’est pour ça que cette Coupe du Monde, curieusement, je la sens mieux. Parce que les Belges en attendent manifestement moins, parce que l’engouement s’est tassé après les scandales d’évasion fiscale, la sex-tape dégoûtante de Vital Borkelmans et l’éviction polémique de Radja Nainggolan (NDLR : une de ces informations n’a pas été vérifiée par la rédaction et n’engage que l’auteur, qui prétend détenir cette sex-tape dans un dossier « T2 et animaux de compagnies » qu’il garde précieusement sur son ordinateur portatif à des fins de chantage). Je nous sens plus humbles, je nous sens moins patriotico-nationalistico-cons. Et c’est là qu’on est peut-être vaguement plus dangereux.

Merci Roberto Martinez. Coach sympathiquement moyen (calme-toi, je vois ça de loin, je peux me tromper, allons boire un limoncello d’abord, attends un peu avant d’appuyer sur le bouton « Tweeter » pour écrire que ma noble maman fait ceci ou cela sur un trottoir contre rémunération), il me rappelle ma Belgique moyenne, celle que j’aimais paresseusement, mais que j’aimais. Alors bien sûr, elle est finie pour toujours, la grande époque des besogneux, celle où Marc Wilmots marquait du genou. On n’a plus eu un seul Diable capable de marquer du genou et de rentrer avec son corps directement dans le but depuis quoi, 2012, 2013 ? Triste.

Contrairement à Vandereycken, Martinez, est forcé de composer avec le talent. Et d’aligner des joueurs hallucinants – j’ai pas mal vu jouer De Bruyne, Hazard et Dembele cette saison dans mon appartement parisien (t’as vu ? t’as vu ? c’est la classe non ?) où je me sentais très seul (ah, ça c’est moins la classe du coup) et où ils sont devenus mes « amis » fidèles du week-end (là, tu exagères un peu non, tu cherches un don d’argent, tu veux un bisou ?). C’était magique. De Bruyne, y’a des passes à lui que j’ai vues en octobre, je les ai comprises en février… Hazard, son centre de gravité, il joue dans Interstellar… Dembele, ses adversaires, y’a des galettes de riz que je mange moins facilement… Personnellement, le nouveau stade des Diables, je le mettrais à la Monnaie, pas à Grimbergem : ces trois-là ensemble, normalement, c’est de l’opéra.

Mais Martinez en tire ce qu’il en tire, c’est-à-dire pas des masses, et c’est tant mieux. En sa qualité de coach moyen (je te dis, on peut en discuter, ne sois pas tendu.e comme ça) qui sait qu’il est moyen, il a ramené tout le monde les pieds sur Terre. Or, jusqu’à preuve du contraire, c’est encore comme ça qu’on joue le plus facilement au football.

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