De l’argent pour les élèves, pas pour une gouvernance pléthorique et très coûteuse!

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Je réagis ici à la note du Gouvernement parue dans Le Soir du 28/05/2018, « Il faut réinventer la gouvernance de l’École officielle ».

Je souhaiterais exprimer mes craintes, non seulement à l’égard des modalités d’un pilotage calqué sur les méthodes managériales des entreprises privées, mais aussi quant à l’avenir de l’enseignement officiel. Craintes assez largement partagées par de nombreux intervenants des milieux académiques.

D’emblée, je tiens à préciser que je ne souhaite pas comparer l’enseignement à statut privé et l’enseignement public et neutre. Leurs modes de gestion sont très différents.

Une mesure étonnante

Cette mesure consistant à remplacer le Service d’inspection, agissant dans un cadre pédagogique, par un « corps professionnel : la commission de pilotage, les directeurs de zone assistés par une armée de délégués aux contrats d’objectifs (D.C.O) » intervenant dans un cadre managérial contractuel est assez étonnante. D’autant qu’elle se réclame de ce qui se fait dans d’autres systèmes éducatifs, ce qui est faux.

A l’étranger, une évolution significative

En effet, en novembre 2013. Etienne Denoël et Benoît Gérard (McKinsey) ont publié un document intitulé «  Enseignement obligatoire en Communauté française de Belgique : comment s’inspirer des systèmes étrangers ?  » Les auteurs ont analysé la manière dont plusieurs pays avaient essayé de réformer leur système scolaire. Ils ont retenu 20 pays (dont l’Allemagne et ses 16 systèmes éducatifs, les Pays-Bas) pour lesquels les changements apportés se sont traduits par une évolution positive très significative.

A la page 9 de ce document, nous lisons : «  Dans les systèmes les plus performants, 56 % des réformes mises en œuvre visaient à accompagner les enseignants dans l’amélioration de leurs pratiques pédagogiques, alors que 3 % seulement visaient à contrôler ces pratiques.  »

A la page 10, les auteurs du document McKinsey expliquent : «  Les échelons intermédiaires (Il faut entendre par là les différents pouvoirs organisateurs et les fédérations dont ils relèvent) soutiennent les écoles en difficulté. Ils orchestrent et suivent la mise en œuvre des initiatives de progrès. Ils facilitent la collaboration et offrent des services de qualité partagés entre les écoles. Ils aident à organiser le recrutement, le développement et l’évaluation des directions.  »

Un dispositif onéreux

Autrement dit, les directeurs de zone, les D.C.O. et toute l’administration qui seront mis en place pour assurer le contrôle vont coûter très cher. Sont-ils nécessaires ? C’est moins évident.

Cet argent serait bien plus utilement consacré à de vraies mesures propres à combattre l’échec et le décrochage scolaires, notamment en réduisant les effectifs des groupes-classes. L’expérience s’effectue actuellement en France.

Etablir une distinction

Je propose, avec mes amis, une simplification du système éducatif francophone afin de dégager les moyens humains et matériels en faveur des acteurs du terrain.

A savoir, établir une distinction claire entre l’Administration générale de l’enseignement (AGE) chargée de gérer l’enseignement et le Service d’inspection chargé de contrôler la qualité de l’enseignement. Ces deux organes seraient responsables devant le Parlement. L’AGE proposerait au Parlement les mesures générales à prendre en matière de gestion de l’enseignement. L’Inspection constituerait un observatoire de la qualité pédagogique et remettrait régulièrement au Parlement un rapport circonstancié à ce sujet.

L’enseignement organisé par la Communauté française est le référent vis-à-vis des Pouvoirs organisateurs subventionnés. En effet, en application de l’art.24 de la Constitution, il doit garantir la liberté d’enseignement et le libre choix des parents.

D’ailleurs, le pacte d’excellence prévoit (page 54) de réorganiser les établissements tout en garantissant la liberté d’enseignement et le libre choix des parents.

Renforcer la cohésion avec l’aide à la jeunesse

Comment organiser cette entité autonome ?

Certainement pas en une espèce d’organisme (à enveloppe budgétaire fermée) dont la forme juridique est loin de faire l’unanimité. Plusieurs systèmes éducatifs seraient possibles, comme par exemple la régionalisation de l’enseignement puisque les Régions sont déjà propriétaires des bâtiments scolaires.

Mais, l’enseignement organisé par la Communauté française doit toujours être placé sous l’autorité d’un ministre responsable devant l’électeur. Ce ministre serait également en charge de l’Aide à la Jeunesse. Les départements de l’Enseignement et de l’Aide à la Jeunesse ont déjà des dossiers communs, notamment dans le cadre des services d’accrochage scolaire et de la mise en place de réseaux pluridisciplinaires venant en aide aux élèves en difficulté et à leurs familles. La coordination de ces activités par un seul ministre renforcerait la cohérence des actions entreprises.

L’officiel, l’enseignement de référence

L’enseignement organisé par la Communauté française ne bénéficiant pas des compléments financiers dont disposent les enseignements subventionnés, devra impérativement continuer à être financé par un système de dotation tenant compte de ses obligations spécifiques. Il devra également disposer d’une administration et d’un corps d’inspection interne propres, à l’instar des pouvoirs organisateurs importants.

Dans tous les cas, l’enseignement, qu’il soit organisé par la Région wallonne et la Cocof ou par la Communauté française, devra rester l’enseignement de référence (prévu à l’art.24 de la Constitution). Cette qualité sera assurée, d’une part, par son caractère de service public organisé sous l’autorité du Parlement et placé sous la responsabilité d’un mandataire élu exerçant une fonction ministérielle. D’autre part, il conservera son statut de neutralité permettant d’accueillir tous les élèves, de tous les milieux sociaux, dans le respect des convictions religieuses, philosophiques et politiques.

Quant au ministre-président, il se chargerait des compétences dévolues à l’Administration générale de l’Enseignement.

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