Délit d’agir: notre liberté en danger

L’auteur de ce texte refuse de plier face aux intimidations dont les aidants humanitaires peuvent être la cible en venant au secours des migrants en Belgique.
L’auteur de ce texte refuse de plier face aux intimidations dont les aidants humanitaires peuvent être la cible en venant au secours des migrants en Belgique. - © Pierre-Yves Thienpont.

Je suis heureux, libre et sans contrainte. Je tiens à exprimer que je suis heureux. D’avoir dans mon environnement des gens de toutes origines et qui ont des histoires bien différentes. Pendant plus de 25 ans, j’ai été, dans un cadre d’aide humanitaire, dans la plupart des pays d’où viennent les gens qui fuient les guerres, l’insécurité, la pauvreté et les humiliations. Je suis scandalisé par l’humiliation, la violence et le manque de dignité que leur réservent des gens qui se disent politiciens au service de la société. Leur attitude, leurs actes et discours sont dégradants pour la société car ils ne reflètent que la peur de l’autre, l’autoprotection du pouvoir, le prestige de la fonction.

Quels intérêts ?

Quels intérêts les politiciens, qu’ils soient dans une position de pouvoir ou d’opposition, défendent au travers d’un vulgaire discours populiste et xénophobe ? Que défendent les politiciens par des discours politiquement corrects ou par une absence de réaction à l’attitude dégradante de leurs collègues ? Leurs discours, actes et attitudes ne sont rien d’autre qu’un calcul électoraliste. Ils s’appuient sur les lois pour détruire et stigmatiser des gens qu’ils définissent comme un ennemi.

Vers une société sans âme

Aujourd’hui, il s’agit des migrants tout autant que des personnes qui les aident. Demain, qui sera le prochain ennemi ? Ils contournent la loi pour protéger leurs propos et leurs actes. Cela ne pourra servir qu’à la création d’une société sans Nom, sans valeur, sans grandeur et n’entraînera qu’une limitation de l’accès à être libre, heureux et sans contrainte.

Je pense à ces personnes que j’ai rencontrées pendant 25 ans en tant qu’acteur humanitaire. A ces personnes qui vivent au quotidien l’insécurité, la guerre, la pauvreté, l’humiliation et l’absence de dignité. Qui, pour survivre, n’ont qu’une seule voie possible : tout abandonner et fuir leur chez eux. Comment doivent-ils vivre la violence, l’humiliation des politiciens, de la politique et l’indifférence d’une partie de la société ?

De multiples raisons d’agir

Je pense aussi aux millions de citoyens qui apportent soutien et aide aux personnes qui fuient leur chez eux. Que cela soit dans leurs pays « d’origine », dans les pays qu’ils traversent, à l’entrée de l’Europe, et de destination. Nous, les citoyens, sommes nombreux à apporter du soutien, du secours, chacun pour ses raisons, qu’elles soient simplement de l’empathie l’un vis-à-vis de l’autre, idéologique ou confessionnel… Ce sont ces personnes qui font qu’une société reste humaine.

Oser vivre au présent

Sommes-nous tous pour autant des passeurs criminels ? L’aide citoyenne est aujourd’hui criminalisée et détruite par les politiciens et la politique. Oui, je suis quelqu’un qui aide les autres. Oui, je suis humain et oui je suis fier de savoir que nous sommes des millions à porter secours, à faire passer la route et les frontières, à accueillir des gens qui fuient leur chez eux. Je le fais même si je dois être arrêté, condamné, enfermé ou expulsé. Non, je ne veux pas vivre dans ce monde-là ! Sans rien dire et sans rien faire. Je continue à construire une société où les gens peuvent être libres, heureux et sans contrainte. Où l’empathie et l’indifférence à la différence sont de vraies valeurs. Un monde qui ose vivre au présent et vivre de plaisir. Un monde qui se veut progressiste.

Liberté de penser, liberté d’agir

Je ne participe pas à une manipulation politique que représentent politiciens, partis politiques et leurs discours électoralistes, populistes et xénophobes. Je ne voterai pas, pour personne, Je ne voterai pas. J’espère que l’ensemble de cette classe politique qui se fait fort de rappeler les droits et devoirs des gens classifiés comme « migrants », de condamner, de vouloir empêcher le citoyen, d’aider les gens qui sont en danger, seront tout aussi concernés et outrés par mon non-respect d’un devoir citoyen que je refoule avec force. J’espère être sanctionné pour un acte de refus d’intégration d’une société où une minorité a pris le pouvoir pour son confort, ses peurs, afin de conserver ses prestiges et les délices du pouvoir. J’ai la liberté de penser et d’agir. J’ai le droit d’aider des « migrants ». Et si ma liberté est considérée comme un acte non civique et répréhensible par la politique et les politiciens, être sanctionné et condamné ne pourra pas m’empêcher de construire la société dans laquelle je veux vivre.

Merci à mon Papa de m’avoir appris à être libre, penser et agir. « Car il est des silences coupables, plus assassins qu’aucune parole, qu’aucune arme peut-être. Car il est des silences complices dont le nombre fait la force, et la force la loi. Celle des majorités silencieuses qui sert de caution et d’alibi aux crimes contre l’humanité. » (Martin Niemöller)

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