Guillermo Guiz chronique Angleterre-Belgique: le dilemme du coiffeur

Guillermo Guiz revient à ses premières amours
: le foot et «
Le Soir
».
Guillermo Guiz revient à ses premières amours : le foot et « Le Soir ». - Dominique Duchesnes.

Pour d’évidentes raisons de passif grave en matière de coiffure, j’ai pour habitude d’éviter d’aller publiquement sur le terrain du cheveu. Je connais les gens, moi. Les gens se moquent. A raison d’ailleurs. Longtemps j’ai trimballé sur mon crâne ce que bien des spécialistes des fonds marins ont confondu avec un poulpe, avant d’arriver, show-biz Paris Tour Eiffel Bateau-Mouche oblige, dans les mains du coiffeur de… Charles Aznavour (true story !) (je savais que vous alliez vous moquer, je vous l’avais dit ou pas, que vous alliez vous moquer ?). Lequel a enfin réussi à m’emmener, si pas au bout de la Terre, au moins vers une espèce de neutralité capillaire bien apaisante pour l’ancien meurtri du poil que je fus trop longtemps.

Olivier Dachkin, dans un small talk d’après coupe

Bref, sur le plan symbolique, le « match des coiffeurs », soit ce troisième match de poule sans grand enjeu dans lequel un sélectionneur aligne ses remplaçants, qualifiés historiquement de « coiffeurs » pour des raisons que Google se fera un plaisir de vous détailler, ça me parle bien. Et ça me parle d’autant mieux que, contrairement à la France, la Belgique devrait mettre ses pros du cuir (chevelu) (il s’agit d’une astuce) (là, vous avez vraiment le droit de vous moquer) dans une position assez curieuse…

Chez nos voisins, on est sur un schéma de base, « shampooing tiède, petit massage de la tête et on dégrade vite fait ? » (Olivier Dachkin. 24 décembre 1987). Puisque les Bleus ont tout intérêt à rester en tête de leur groupe pour éviter la chtouille croate en huitièmes, on peut attendre des « coiffeurs » de France qu’ils fassent ce que font généralement les footballeurs quand ils sont rémunérés en sous d’argent : essayer de gagner un match. Or, comme le disait Olivier Dachkin, dans le small talk d’après coupe (il y a un jeu de mot à faire avec coupe, mais je n’ai pas la force), toujours en décembre 87, « c’est quand même plus facile pour un remplaçant de taper dans l’œil de son sélectionneur quand toute l’équipe joue pour gagner ou, au minimum, pour faire un nul. Allez, moi je trouve en tout cas… » Grand visionnaire, cet Olivier.

Chez les Diables, la donne diffère. Manifestement, tout le groupe veut finir deuxième de la poule. TOUT LE GROUPE. Pour rester à Moscou en huitièmes. Pour éviter le Brésil en quarts. Pour jouer dans une ville où il y a un Starbucks en demi. En somme, pour se mettre bien jusqu’à la finale.

Une aile de poulet et six tranches de concombre

Dès lors, imaginons qu’à la 94e minute de Belgique-Angleterre, jeudi, ce soit 0-0. Egalité complète, sauf au nombre de cartes jaunes, Batshuayi (qui a retiré son maillot, comme ça, gratuitement), Fellaini (qui a réclamé le VAR, comme ça, hors contexte), Dembele (qui a taclé l’arbitre), Dendoncker (qui lui a volé son spray), Chadli (qui lui a retiré son short) et Tielemans (qui a téléphoné sur le terrain) ayant définitivement fait pencher la balance des cartes en notre faveur. Les Diables ont ce qu’ils voulaient, TOUT LE GROUPE est content. On est deuxièmes de la poule ! Sur le banc, bras dessus, bras dessous, De Bruyne, Vertonghen et Lukaku se parlent, ils se disent : « Il faut absolument qu’on œuvre à une Belgique plus unie et à une meilleure politique migratoire (là je dramatise, mais c’est pour dire que tout le monde est vraiment content). »

Sauf qu’à la 94e minute, Adnan Januzaj, coiffeur de luxe, mais coiffeur quand même, se retrouve seul face au gardien anglais. S’il marque, les Diables iront jouer leur huitième à Rostov-sur-le-Don (et personne, y compris Rostov-sur-le-Don, n’a envie de jouer un huitième à Rostov-sur-le-Don), en quarts, ils affronteront Neymar (et personne n’a envie d’affronter Neymar en quarts). S’il marque, certes, tout le monde fera semblant. Mais au barbecue qui suivra le match, Adnan recevra juste une aile de poulet et six tranches de concombres. Hasard ? Non, dorénavant tout le monde le déteste dans le groupe, y compris Roberto Martinez, qui a un contentieux personnel avec Rostov-sur-le-Don. Alors Januzaj dribble Pickford, le but est vide, il est décentré, mais le but est vide. C’est le dilemme du coiffeur. Que feriez-vous, à sa place ?

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