Coupe du monde : quand les Belges espèraient une défaite de la France

Coupe du monde : quand les Belges espèraient une défaite de la France

On est un chouette peuple. Même qu’on a laissé quelqu’un comme la moule percer dans le milieu de la gastronomie. Et le Grand Jojo vivre de sa musique. C’est dire. On est chouettes. Mais je nous connais. Samedi, sur le coup de 16h, on sera tous derrière nos postes avec des pensées impures. Des pensées sales, un peu viles, un peu mesquines, un peu nazes, mais TELLEMENT plus fortes que nous, plus fortes que moi. Parce que sur le terrain, face à l’Argentine, il y aura la France.

Et le Belge moyen, celui dont le père, reporter de guerre, a été torturé à l’éponge électrique dans les geôles de Videla, le Belge moyen, dont la femme s’est brisé une rotule, sa préférée en plus, avec incapacité de travail permanente et divorce à la clé, tout ça parce qu’elle était « à fond dans le tango, tu vois ? », eh bien même lui, même le Belge moyen, il tuerait, samedi, à 16h, pour que la Grande voisine se fasse démonter par l’Argentine.

Paradoxal

Dominique Duchesnes.

Alors que ça n’a aucun sens, sur le plan sportif. Sportivement, les Français ne nous ont jamais fait de mal, à part un vilain 5-0 en 84 et David Pollet. Entre nous, point de contentieux footballistique sinon. De temps à autres, on joue à touche-pipi dans des matchs amicaux, moi je gagne, non c’est moi, t’es sûr, ok, comme tu veux, en vrai, on s’en fout, viens, on va boire une bière d’abbaye, Pogba et Lukaku invitent, Thierry Henry connaît le portier. Sur un gazon, tu ne fais pas plus « je te respecte, tu me respectes, bisou » que nos deux nations. C’est ce qui va rendre notre soutien à l’Argentine d’autant plus paradoxal.

Parce que pour nous, l’Argentine du foot, c’est le Mordor. Dès qu’ils ont deux secondes devant eux, ces gens tapent la Belgique dans un extracteur de jus et boivent notre sang dans des verres à smoothie. En 2014, c’était déjà elle. En 86, c’était surtout elle. Sans l’Argentine, ma main à couper, on battait l’Allemagne en finale. Et ça ferait 32 ans qu’on serait tous à la Grand Place avec nos tee-shirts « Marry Me, Leo Vanderlest ! », picole à la main, à regarder vieillir Jean-Marie Pfaff. A cette heure-ci, Enzo Scifo serait Premier ministre, le 127 Bis serait fermé depuis longtemps et les réfugiés de tous pays viendraient faire la fête avec nous sous le balcon de l’Hôtel de Ville ! Destin volé. Par l’Argentine. Et pourtant.

Pourtant, samedi, à 16h, le Belge moyen priera. S’il est athée, il se convertira – Dieu, je sais que Tu es busy, mais dans Ta miséricorde, Fais en sorte que la France prenne le premier Tupolev disponible pour Roissy, stp ! Elle m’étonnera toujours, cette relation amour-haine. J’écris ce billet depuis Paris, et je sens que l’attitude change un poil. « Ah, ils sont pas mal cette année, nos amis belges ! » En tant que trésorier-fondateur de l’ALCENAB, l’Association de Lutte contre l’Expression Nos Amis Belges, je me demande si le remède ultime à la douce condescendance, qui me semble avoir remplacé ici le mépris depuis Poelvoorde, Damiens et Stromae, ne serait pas, bêtement, un bon contentieux footballistique entre nos deux équipes nationales... Genre une finale de la Coupe du monde 2018, 119e minute, un but à la Platt d’Eden Hazard, cruel et somptueux à la fois, des larmes qui coulent sur le visage d’un Lloris à genoux. Dans les tribunes, toute la détresse d’une peuple. « C’est injuste... C’est trop injuste », susurre sur TF1 Grégoire Margotton, dans les bras courts et musculeux de Bixente Lizarazu. Nos amis belges... Tu parles. Ces saletés de Belges, oui ! Moi ça me va, ce scénario.

Pas immérité

Pour ça, il faudrait qu’on se fasse violence un peu, samedi, 16h. Vouloir, pour une fois dans nos vies, le bien de la Grande voisine. Et arrêter de rêver au malheur de ses joueurs, par procuration, à la déprime de ses supporters, parce qu’ils ont un plus beau pays que nous, qu’ils aiment bien en parler si fort et qu’ils ont eu, un jour, l’incroyable idée d’allonger la forme du pain sur 45 centimètres – permettant ainsi la création de la mitraillette poulet cocktail pas d’oignons, pas de tomates (ça, j’avoue, c’était très bien joué). De toute façon, en face, c’est l’Argentine la plus dégueulasse de l’histoire du sport sur jambes. Si l’adjectif « soporifique » vient du grec « sopos », qui veut dire « France-Danemark », l’Argentine, elle, donne carrément la migraine à force de déjouer. J’aime le talent de Messi plus que j’aime certaines de mes tantes, mais j’ai couru plus que lui pendant le premier tour, alors que j’ai maté la plupart des matchs sur une méridienne. S’il rentre à la maison, ce sera triste, mais ce ne sera pas immérité...

En somme, depuis toujours, le seul avantage d’être un supporter belge, c’est d’avoir deux équipes au cœur : les Diables rouges, (en fonction des circonstances) et le pays qui joue contre la France (en toutes circonstances). Là, enfin, on a une équipe qui peut nous prendre toute la place.

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