Guillermo Guiz chronique le Mondial: on va en demi!

Si je traiterai les questions 1 et 3 dans mon ouvrage La philosophie pour les parpaings, à paraître aux Editions de la Grande fatigue psychologique, la plus fondamentale question 2, que je vais aborder dans ce billet rémunéré, est sur toutes les lèvres depuis trois jours. Tu regardes le match où ? On se croirait en pré-réveillon. A ceci près qu’un 31 décembre, limite, ça se bâcle : sauf cas de décès physique, on aura toujours le suivant pour rattraper son surimi sur bêtisier. Ici, la pression semble un cran plus forte : un quart de finale historique contre le Brésil, ça se réussit, point final. Pour cela, je vous conseille d’abord un bon vieux « Je sais pas encore », quand on vous demandera vos plans pour vendredi soir. Temporiser. Pour ajuster tous les paramètres.

A combien ?

Seul. Ça peut être bien. On gère tout, du match, on voit tout, on entend tout. Je conseille néanmoins la location d’un animal de compagnie, ne fût-ce qu’une anguille électrique, pour partager son indignation en cas de recours intempestif au VAR. « Scandaleux non ? » « … » « Voilà ! »

En couple. Option non disponible.

Entre amis. Très belle solution naturellement. Encore faut-il choisir les bons amis. Pour ce vendredi-ci, concentrez-vous prioritairement sur ceux qui aiment le foot. Je conseille ainsi la création immédiate d’un groupe Whatsapp nommé « On va en demi les gars ! », avec une photo gag de Neymar (celle où on compare ses cheveux à des spaghettis). Le risque majeur : être multi-nié devant témoin. Et en tirer une grosse blessure narcissique. « Ah, ça ! Vous aviez déjà tous un truc prévu vendredi soir ! Eh bien on va voir si ce que ça va vous faire quand je me serai suicidé dans un parking ! » Néanmoins, ne fermez pas ce groupe Whatsapp, la dignité c’est une création publicitaire : réessayez pour les demis (« On va en finale les gars ! »).

Si vos amis footeux ont mieux à faire que vous, rabattez-vous sur les autres, ceux qui n’y connaissent pas une touffe. L’inconvénient majeur : ce moment où ces gens parlent (« Pourquoi des fois le commentateur dit corner et d’autres fois coup de coin ? » « Si les Belges perdent, ils sont éliminés ? » « Witsel il est en Chine pour l’argent, non  ? ») Je conseille d’ignorer ces personnes le plus possible, mais de les utiliser pour : 1) communier en cas de but, 2) descendre récupérer les pizzas.

Autre solution, la foule. Gros risque. Prenez une activité sociale comme l’orgie, par exemple. A six, huit, douze, c’est fun, tout le monde le dit. A quatre milles, faut avoir le mental. Noyé dans l’anonymat des « supporters de l’ambiance », grimés, accessoirisés, à respirer l’enthousiasme sous les bras d’inconnus à cris, difficile d’apprécier la subtilité du jeu. La foule, c’est pour les guerres et Coldplay. Pas pour mater le foot. Le seul avantage : la présence, en cas de gros choc émotionnel (par exemple un but d’Hazard annulé pour une faute sur Roque Junior), d’une équipe de la Croix-Rouge. Point.

Où ?

Sur une place publique. Négatif. Voir notice précédente.

Dans un bar. C’est peut-être LA bonne énergie, à condition d’avoir le spot qui tue, entre l’écran, le comptoir et les toilettes. Pour ce faire, je recommande de vous rendre sur place une trentaine d’heures à l’avance. Conseils pratiques (kit de survie, exercices de patience, etc.) sur le forum des fans de Kendji Girac.

Au stade même. C’est ric-rac, le prochain avion pour Saint-Pétersbourg décolle à 14h30. Avec un bon Uber, ça se joue. L’inconvénient : le prix du ticket (19 euros, c’est une somme) et le bruit des vuvuzelas dans les tribunes. Conseils pratiques (kit de survie, exercices d’écoutes de sons atroces, etc.) sur le forum des fans de Kendji Girac.

Chez soi. Oui, ça pourrait être sympa ! Mais non ! Parce qu’on a un œil sur le match, un autre sur les doigts gras des gens qui mangent des Monster Munch dans le fauteuil en tissu. Je conseille plutôt une belle incruste des familles chez « un ami qui s’en fout, c’est pas grave », et qui dira : « T’inquiète, je rangerai plus tard ». Une grande télé est un plus.

Notre recommandation

Posez-vous ces dernières questions avant de trancher. Devant qui je n’ai pas honte de crier ? Sur l’épaule de qui j’ai envie de pleurer ? Qui va me tenir les cheveux, quand je vomirai ? Une fois que vous aurez la réponse à ces trois questions : créez un groupe Whatsapp.

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