Guillermo Guiz chronique le Mondial: prends ça, Coluche!

Guillermo Guiz chronique le Mondial.
Guillermo Guiz chronique le Mondial. - Dominique Duchesnes.

On critique beaucoup le football à cause des problèmes d’alcool des supporters, mais ça reste un sport unique. Je me rappelle, c’était un lundi et la Belgique était virtuellement dégagée de ce Mondial par le Japon. Roberto Martinez était, je cite, « ! », voire carrément « !! », les moins éduqués l’ont même traité de « !!! » (devant des enfants). Dans mon téléphone intelligent, les messages tombaient de France, genre « La honte… Olive et Tom en vrai ! », « Et alors, qu’est-ce qu’ils nous foutent tes copains belges ? », « Je crois que j’ai été assez patiente, maintenant tu me rends cet argent ! » Cauchemar. Obligé de faire front pour les Diables, mes Diables, je répondais : « Ah bon ? Je ne suis pas très foot moi, je ne m’intéresse qu’à l’acuponcture. » « Là actuellement, je suis belge, mais peut-être que mon père n’est pas mon vrai père, il y a toujours eu un doute », « Laisse-moi une semaine… J’ai trouvé un acheteur pour mon poumon. » Un vrai homme, ça se dresse.

Puis vinrent les miracles, laroutourne qui tourne, Vertonghen qui centre-banane de la tête, Philippe Albert qui montre une sorte d’un truc comme une émotion, le Brésil qu’on couche en quarts, les friteries qui créent une sauce « La Martinez » et les messages français qui tout d’un coup se gorgent de miel, genre « Tu dois bien kiffer, bâtard ! », « Salope » (affectueusement), mais surtout des surprenants « Bravo Guillermo ! » – merci, c’est minouche, mais ma seule contribution à la victoire des Diables, c’est d’avoir liké deux tweets de Thomas Meunier (ça l’a mis en confiance).

Est-ce que vous voulez me faire ça ?

C’est ça la Coupe du monde, on amalgame, on identifie, on disproportionne. France-Belgique en demis… La charge symbolique au TNT ! Je serais Martinez, je taperais une photo de Coluche à l’entrée du vestiaire, et je crierais aux joueurs : « Vous savez qui c’est, lui ? » « Non… » « Moi non plus ! » Bon, mauvaise idée. Mais je leur tiendrais un vrai discours de mobilisation, un truc du genre : « Ce soir, les gars, ce n’est pas pour moi que vous jouez, ni pour vous-mêmes, ni pour le Roi, ni pour la Belgique… Vous savez pour qui vous jouez ? » « Non…  » « Ok, je vous trouve un peu systématiques dans vos réponses mais je vous aime quand même. Non, ce soir, vous jouez pour Guillermo Guiz ! Vous le connaissez ? Laissez tomber. Bref, c’est un comique de tradition qui tente vaguement de percer en France, c’est un peu le Luigi Pieroni de l’humour. Si vous perdez ce soir, ses collègues humoristes français vont faire de son téléphone un enfer et de sa vie une souillure. Est-ce qu’on veut qu’il arrive une chose pareille à quelqu’un qui a quand même liké deux tweets de Thomas ? » Non, on ne veut pas.

Le bien bon copain Alex Vizorek voulait que je participe à une émission spéciale sur France Inter. Commenter le match de là-bas. Chez l’hostile. N’importe quoi… « Je suis en Belgique, et je compte bien y rester », lui ai-je répondu. Si on perd, je veux être chez moi. Je veux sentir l’odeur de mes chaussettes, sniffer mes taies d’oreillers, regarder mes DVD de Bob l’Eponge. Parce que si on perd, je vais plonger tous mes appareils électroniques dans l’acide, me désabonner d’internet, quitter l’Europe occidentale, créer une secte. Quand, par pigeon voyageur, Le Soir me demandera ma chronique pour la finale, j’enverrai un vieux truc sur la victoire de l’Uruguay en 1930. Le rédac’chef me dira « T’es sûr ? » Je serai déjà loin.

Dans neuf mois, on sera 70 millions

Ca nous pend au nez ceci dit. En face, ce sera fort, très fort. La France a une équipe pour jouer la tête en Jupiler League, Mbappé court plus vite que ma première voiture (il n’a pas de mérite, c’était une Suzuki Swift) et Ngolo Kanté peut être à deux endroits du terrain au même moment. Kanté c’est le premier joueur quantique. Je serais la science, j’étudierais son corps – avant ce soir si possible.

Dans mon spectacle (disponible dans toutes les bonnes pharmacies), je dis qu’en Belgique, on a un babyboom après chaque défaite de l’équipe de France. Ce soir, je veux être au pays, parce que ça vaudra double : si les Diables gagnent, on sera tellement chauds qu’on fera des sextuplés. Dans neuf mois on sera 70 millions. Si les Diables gagnent ce soir, on peut envoyer l’équipe B en finale, je m’en fous. Januzaj marquera à nouveau contre l’Angleterre. On trouvera ça chouette, limite sympa. Mais on sera encore sur nos téléphones, à faire chier nos copains français. Parce qu’au fond, on n’est pas si différents.

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