Trop élevé, le salaire des médecins?

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Monsieur Hermesse, des Mutualités Chrétiennes, veut plus de transparence dans le système des soins de santé. Il voudrait également limiter le revenu des médecins spécialistes, et cite l’exemple de 250.000 euros par an en faisant un parallèle avec la fonction publique. Quand je lis cela, je me dis que les termes « trumpisation de l’information » ont encore de beaux jours devant eux, voilà encore une affirmation provocatrice et qui me frappe tout d’abord par ce qu’elle sous-entend : la plupart des médecins gagneraient donc largement plus que 250.000 euros et il serait temps de limiter ces potentiels abus. Je vous rassure tout de suite, et je parle en connaissance de cause, la grande majorité d’entre nous gagne beaucoup moins que cela !

Cher M. Hermesse, je suis tout à fait d’accord avec vous, soyons transparents !

Un long parcours

Laissez-moi donc vous résumer le parcours que nous faisons comme médecin.

Tout d’abord, 7 (maintenant 6) ans d’études. Si nous avons de la chance, financées par papa et maman. Sinon, jobs d’étudiants et prêts à la banque sont là pour nous. Ensuite la spécialisation, entre 3 et 5 voire 7 ans durant lesquels nous avons un salaire modique (moins qu’un infirmier) et qui ne comprend ni cotisation pour la pension, ni pécule de vacances ou 13e mois, ni cotisation pour une éventuelle incapacité de travail.

Enfin, nous voilà médecins généralistes ou spécialistes. Nous avons là un métier passionnant mais chargé de responsabilités (tant humaines que juridiques) et d’heures de travail sans compter les gardes et la continuité des soins (appels, SMS, courriels).

Médecin… et Robin des Bois à la fois

Qui plus est, dans notre pratique quotidienne, nous sommes confrontés à la pauvreté et l’indigence. Une mère seule avec ses deux enfants qui ne sait pas comment elle va terminer son mois, les familles qui ne prennent jamais de vacances et celles qui mangent des pâtes dès le 15 du mois. M. Hermesse, que croyez-vous que nous faisons dans ces cas-là ? Nous soignons ces gens, et s’ils ne peuvent pas payer, nous leur demandons le ticket modérateur et 1 euro ou 2 ou ce qu’ils peuvent donner. C’est comme cela que je conçois ma pratique, et c’est également ainsi que font la majorité de mes confrères et consœurs, toutes spécialités confondues, y compris tous mes collègues généralistes que vous ne semblez pas inclure dans votre grand plan de « transparence ».

Certains d’entre nous pratiquent également ce que j’appelle la « politique du Robin des Bois », ils demandent des suppléments aux plus aisés et ne font pas payer ceux qui sont dans le besoin, ce qui permet de repartir les frais.

Parlons d’ailleurs des suppléments, ils gonflent les revenus bruts de certains spécialistes mais sont en réalité en grande partie ponctionnés par l’hôpital (c’est la rétrocession d’honoraires) et servent également à acheter du matériel et à embaucher du personnel qualifié.

Halte à la généralisation

Alors, après tout cela, je vous l’accorde, sinon je serais de mauvaise foi, certains médecins spécialistes gagnent plus que 250.000 euros par an. Peut-être ceux-ci estiment-ils qu’ils ont développé une expertise et un savoir-faire tel que cela mérite d’être valorisé. Peut-être ont-ils acquis cette expertise de haute lutte après des formations coûteuses à l’étranger. Peut-être également travaillent-ils sans compter, victimes de leur « workaholisme ». Mais finalement, le patient reste au bout du compte libre et maître de ses choix, il peut donc décider de continuer à aller chez ce médecin ou en changer.

Ne vous y trompez pas : nous ne nous plaignons pas. Nous gagnons bien notre vie, nous pouvons partir en vacances et ne pas nous serrer la ceinture à la fin du mois. Mais il ne faut tout de même pas exagérer dans les insinuations et les fausses informations que l’on fait passer dans le grand public. Arrêtez de nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas. Nous, médecins, demandons que les politiques et les personnalités publiques telles que vous, permettent la sérénité des débats et encouragent le développement de notre mission principale : celle du soin.

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