Coronavirus: les masques d’Avrox retirés du marché

Coronavirus: les masques d’Avrox retirés du marché
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Suite et plus que probablement fin de la saga Avrox, ces masques buccaux commandés par le gouvernement Wilmès auprès de la société luxembourgeoise éponyme et distribués gratuitement au printemps dernier à chaque citoyen. L’avis du Conseil supérieur de la santé (CSS) est sans appel : suspectés d’être toxiques à cause des nanoparticules d’argent et de dioxyde de titane qu’ils contiennent, ces masques devraient être retirés du marché.

« On a reçu les résultats d’une étude préliminaire de Sciensano. Ceci a amené le ministre à demander un avis au Conseil supérieur de la Santé qui a été rendu mardi soir », relate la porte-parole du ministre Frank Vandenbroucke. « Suite à cet avis, on a décidé de recommander aux pharmaciens de ne plus les distribuer et aux personnes qui en ont encore chez elles de ne plus les utiliser. »

Pour rappel, quelque 15 millions de masques ont été commandés par la Belgique à Avrox. Un peu plus de la moitié a été distribuée par les officines, tandis que 6,6 millions de masques restent en stock. Dans son rapport, le CSS estime que le principe de précaution doit être d’application par rapport aux dangers potentiels que ces masques représentent en cas d’inhalation ou de contact avec la peau.

« Il n’y a pas de preuve réelle de danger pour la santé publique. L’étude ne permet pas d’établir si les nanoparticules d’argent et de titane sont libérées par les masques, ni si on peut vraiment parler de danger pour la santé. Mais dans l’attente de résultats d’études complémentaires de Sciensano, qui vont prendre plusieurs mois, le principe de précaution s’applique », confirme la porte-parole du ministre Vandenbroucke.

Nanoparticules

Les masques en tissu de la société Avrox sont traités avec un biocide à base de nitrate d'argent, qui prévient l’apparition de micro-organismes (à la fois pendant le stockage et le transport, mais aussi lorsqu’ils sont utilisés par leur porteur). Si ce traitement textile est autorisé par l’UE, reste à savoir s’il est nécessaire dans le cas précis des masques buccaux, pointe le rapport du CSS : il faut prendre en compte la toxicité spécifique des différentes formes physico-chimiques de l'argent, ainsi que le degré d'inhalation dans ce cas précis. Et ce d’autant que l'argent des masques Avrox est lié à un polymère qui libère progressivement les nanoparticules, y compris dans l’environnement lors du lavage (limité à 40° au lieu des 60° normalement recommandés).

Quant au dioxyde de titane utilisé notamment dans la polymérisation de fibres synthétiques, c'est un cancérigène possible. Sa présence dans les fibres textiles des masques buccaux d’Avrox pourrait représenter un risque s'il est libéré lors de l'inhalation.

Des évaluations toxicologiques ultérieures doivent confirmer ces résultats et évaluer les quantités réellement inhalées. Mais dans l’absence de certitudes, la prudence est de mise. C’est ce qu’on appelle le principe de précaution. Notons enfin que l’utilisation de masques vendus par des entreprises privées n'a pas non plus été étudiée à ce stade pour leur traitement biocide potentiel et la présence éventuelle de dioxyde de titane.

Notre enquête sur Avrox

Vaccination: la Belgique fait-elle mieux que les autres pays européens?

Vaccination: la Belgique fait-elle mieux que les autres pays européens?
LESOIR.

La campagne de vaccination est entrée dans une nouvelle phase avec l’ouverture de centres de vaccination dédiés – dans un premier temps – au personnel soignant de première ligne non hospitalier. Cela ne se passe pas sans mal. Les invitations sont envoyées via une plateforme informatique interfédérale. Le système fait ses maladies de jeunesse. Mardi dernier déjà, un blocage informatique dans l’envoi des invitations a contraint le centre de vaccination du Heysel à garder portes closes. En Wallonie, une erreur humaine dans la manipulation du programme au niveau du centre de Mouscron a entraîné vendredi l’invitation par mail et SMS de 300 personnes qui ne faisaient pas partie du groupe cible. Échaudée, la Wallonie a décidé ce mardi de miser sur les invitations papier plutôt que sur les mails. 35.000 lettres sont parties mais comme la procédure est plus lente (il faut le temps que les lettres arrivent…), le centre de Ronquières qui aurait dû ouvrir ce mardi restera finalement fermé jusqu’à ce jeudi, faute d’un nombre d’inscrits suffisants.

A Bruxelles, le centre du Heysel est lui aussi sous-utilisé. 11.000 invitations avaient été envoyées par mail et SMS la semaine dernière mais seulement 3.000 personnes s’étaient inscrites mardi. L’hésitation vaccinale n’explique bien sûr pas à elle seule cette différence. On suppose que ces mails se sont perdus, soit parce qu’ils ont été classés dans la boîte de spam, soit parce qu’ils ne sont pas arrivés à la bonne adresse… Comme la Wallonie, Bruxelles a décidé de contacter les 8.000 personnes qui ne se sont pas manifestées par courrier papier.

A la traîne

Au-delà de ces couacs, où en est-on précisément après 51 jours de vaccination ? En date du 23 février, 416.129 personnes avaient été partiellement vaccinées soit 4,51 % de la population âgée de plus de 18 ans. 272.031 d’entre elles ont reçu les deux doses, soit 2,95 % de la population. Les plus de 85 ans représentent à eux seuls un quart des vaccinés et les femmes, 73,2 %. Logique puisque la vaccination a commencé par les maisons de repos et que les femmes vivent plus longtemps que les hommes.

Si on prend les chiffres de la première dose, on constate que la Belgique fait partie de la queue de peloton en Europe. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), elle figure à la 19e place du classement des pays de l’Union ayant le plus vacciné. Avec un taux de vaccination de la population adulte de 4,5 %, elle est en dessous de la moyenne européenne (4,8 %) et loin des résultats obtenus par Malte (10,6 %), la Finlande (6,4 %) ou encore la Pologne (5,9 %). On se situe par contre à un niveau assez proche de celui de nos grands voisins (Allemagne 4,9 %, France 4,8 %) et devant la Bulgarie (1,8 %) ou la Lettonie (1,7 %). Très proche de chez nous mais hors Union européenne, le Royaume-Uni mène la danse. Il a réussi à vacciner 26 % de sa population adulte avec une dose mais a commencé plus tôt que l’Union européenne et a choisi d’espacer beaucoup plus les doses (12 semaines) ce qui lui a permis d’avancer plus vite.

La sécurité

Si on prend en compte la seconde dose, le tableau est fort différent. La Belgique remonte dans le classement de l’ECDC et se retrouve parmi les meilleurs, à la quatrième position. Comment expliquer cette différence ? « Il faut interpréter ces classements internationaux avec beaucoup de prudence, estime en préambule Sabine Stordeur, project manager de la task force vaccination. Tous les pays ne communiquent pas leurs chiffres à l’ECDC au même moment et ces chiffres ne recouvrent pas tous la même chose parfois ». En ce qui concerne l’écart de performance de la Belgique entre la première et la seconde dose, Sabine Stordeur y voit la conséquence de schémas vaccinaux différents de pays en pays. « Nous avons toujours été très stricts sur le respect de l’intervalle d’administration entre les deux doses. Certains pays ne donnent pas toujours la deuxième dose dans les temps requis, hésitent à la donner pour les personnes ayant eu le covid… ». La notion de prise de risque joue aussi. « Certains pays n’ont pas constitué de réserve pour la deuxième dose, pariant sur le fait que les livraisons de vaccins suivraient de manière régulière. Cela leur permet de vacciner plus vite mais c’est un coup de poker. Nos hôpitaux ont préféré jouer la sécurité ».

Quoi qu’il en soit, la Belgique respecte pour l’heure le calendrier de vaccination tel que présenté début janvier. A la task force vaccination, on nous indique que la phase 1B (les plus de 65 ans et les personnes à risque) devrait bien commencer en mars comme prévu même si ce sera plutôt à la fin qu’au début du mois. La Flandre et Bruxelles parlent de la semaine du 22 ou du 28 mars en fonction des livraisons. La Wallonie évoque « la deuxième quinzaine de mars ou fin mars ».

L’hébergement touristique a bu la tasse en 2020

A quand le retour sur les rives enchanteresses de la Méditerranée?
A quand le retour sur les rives enchanteresses de la Méditerranée? - afp

Le ciel bleu et la douceur des températures de ces derniers jours ravivent à coup sûr les rêves de vacances de nombreux Belges, bloqués à domicile depuis des mois. Entre ces vacances de rêves et la réalité, fatalement, il y a de la marge. Celles de Carnaval étant terminées, celles de Pâques/Printemps (4 avril) se profilent déjà, avec toujours autant d’inconnues dans les possibilités de voyager, en Belgique et à l’étranger/en Europe. Une incertitude que partagent les professionnels du secteur, notamment les agences de voyages. Quelques heures avant le prochain comité de concertation sur les conditions du confinement, leurs unions professionnelles, l’UPAV côté francophone, VVR côté flamand, se tournent vers le gouvernement fédéral pour demander « des explications sur l’interdiction des voyages non-essentiels, subrepticement prolongée jusqu’au 1er avril, qui constitue une entrave à la liberté de circulation, ne tient pas compte des efforts faits par toute la chaîne de valeur (transport, hôtellerie) depuis douze mois, et met à mal tout un secteur en manque de visibilité à court et moyen terme ». Selon la porte-parole de l’UPAV, Anne-Sophie Snyers, « il est essentiel que le gouvernement comprenne que nous avons besoin de perspectives. Nous devons pouvoir dire à nos clients quand ils pourront voyager, sous quelles contraintes et vers quelles destinations. Même si nous continuons à maintenir notre credo que ce n’est pas l’endroit où l’on se trouve qui importe, mais le comportement que l’on adopte, nous savons que la situation reste fragile. »

Hausse de fréquentation

Si la perspective de voyager hors des frontières reste semée d’incertitude, les possibilités de (re)découvrir la Belgique se poursuivent. Et fonctionnent relativement bien. Le commissariat général du Tourisme de Wallonie vient de compiler les premières statistiques de fréquentation durant les vacances de Carnaval qui se sont achevées ce week-end. Globalement, selon un sondage réalisé auprès de 192 opérateurs touristiques wallons, ceux qui ont ouvert durant ces vacances ont connu une hausse moyenne de fréquentation de 36 % par rapport à 2020, avec une très large majorité de touristes belges (88 %, +3 % par rapport à 2020) mais, globalement, le chiffre d’affaires a baissé en moyenne de 23 % dans les infrastructures touristiques et 40 % de ces professionnels avaient été contraints de mettre une partie du personnel au chômage. Des chiffres à remettre dans leur contexte, les vacances de Carnaval 2020 ont eu lieu juste avant le premier confinement, traditionnellement elles sont les moins attractives pour la clientèle belge comme étrangère et une partie des attractions, infrastructures et hébergements attendent mars ou avril pour entamer leur saison.

L’économiste Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg School of Management à Lille (F), s’est penché plus largement sur le bilan touristique 2020 en Belgique. Globalement, le nombre de nuitées vendues dans des hébergements touristiques (hôtels, auberges, villages de vacances, chambres d’hôtes, campings…) durant les 10 premiers mois de 2020 était en moyenne 42 % plus bas que celui des dix premiers mois de 2019, ce qui laisse bien supposer l’état global du secteur après quasi un an de pandémie. Dans le détail, les nuitées ont chuté de 41 % en Flandre, 42,6 % en Wallonie mais 74 % à Bruxelles où le tourisme d’affaires, réduit à très peu, représente une part beaucoup plus importante. Avec des variations importantes selon les types d’hébergement : par exemple les « campings et parc pour caravane ou véhicules de loisir » n’ont diminué « que » de 11 % en Wallonie quand les hôtels (-71,8 %) et chambres d’hôtes (-73 %) plongent de manière bien plus vertigineuse.

Des données qui permettent de comprendre les attentes pressantes des professionnels du secteur concernant les vacances à venir. Sachant, par exemple, que ni la SNCB ni le ministre fédéral de la mobilité, ne comptent prolonger la durée de validité des « Hello Belgium Railpass » visant à promouvoir à la fois le transport ferroviaire et les déplacements touristiques au-delà de leur péremption initialement prévue le 31 mars, juste avant les vacances de Pâques/Printemps, alors que les attractions touristiques supposées être desservies ont été majoritairement fermées ces derniers mois.

Bruxelles: Vivaqua traque ses fuites d’eau depuis l’espace

Le satellite a identifié une zone à risque rue des Bouchers, à charge ensuite pour le personnel de Vivaqua de localiser précisément la fuite à l’aide notamment d’une canne d’écoute.
Le satellite a identifié une zone à risque rue des Bouchers, à charge ensuite pour le personnel de Vivaqua de localiser précisément la fuite à l’aide notamment d’une canne d’écoute. - Olivier Polet

Lutter contre les fuites, entame Laurence Bovy, la patronne de Vivaqua qui produit et distribue l’eau en Région bruxelloise, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais avec le satellite, nous pouvons réduire la taille de la botte ».

Grâce à une autre botte, secrète celle-là : les informations fournies depuis l’espace par un satellite perché à 630 kilomètres au-dessus de nos têtes.

Quelques chiffres permettent de mieux cibler l’enjeu lié à la lutte contre la perte du précieux liquide, une des priorités inscrites dans le plan pluriannuel (2019-2024) de la compagnie. « Un des points forts de ce plan vise à réduire ce que l’on appelle les volumes non facturés », poursuit la directrice générale. Ceci englobe à la fois les fuites mais aussi l’eau utilisée par les pompiers ou encore les communes pour nettoyer les voiries ou arroser les espaces verts (lire par ailleurs). « Nous avons en moyenne un peu plus de 13 % de volumes non facturés chez Vivaqua dont 10 % concernent les fuites ».

9,3 millions de m3 perdus

Soit au total, pas moins de 9,3 millions de m3 perdus. A titre de comparaison ; la consommation annuelle moyenne d’un ménage de deux personnes et de 70m3. « Certains font mieux que nous comme Paris ou Rotterdam mais nous sommes dans une bonne moyenne européenne, devant Bordeaux, Oslo ou nos consœurs en Belgique même si notre réseau est moins grand ».

Il n’empêche, on peut et on veut faire mieux encore du côté de Vivaqua. Pour des raisons économiques, « ces m3 captés, traités, acheminés, contrôlés et puis perdus, c’est une perte importante ». Pour des raisons écologiques aussi. « C’est de l’eau potable qui se répand inutilement ». Et pour des raisons opérationnelles car « de l’eau qui coule en sous-sol peut provoquer de gros dégâts pour la voirie, la stabilité des immeubles et nos propres installations ».

Intervenir rapidement est aussi moins onéreux que de devoir gérer de grosses catastrophes. « Notre objectif est de ramener le pourcentage de 13 à 10 % d’ici fin 2024 », explique Miguel Sebastian Santamaria qui dirige la cellule performance réseau dont la mission principale est de mettre en place une stratégie « pour détecter plus de fuites et plus tôt ». Le réseau de 2.400 km bénéficiera d’un maillage plus étroit. « Nous réduisons la taille des zones dans lesquelles nous installons en outre plus de vannes, sachant que plus le secteur est petit, plus vite on trouve la fuite ».

L’IA est aussi une aide précieuse. « L’intelligence artificielle est utile car la consommation fluctue en fonction des heures et des saisons. Ce logiciel que nous venons d’acquérir et qui englobe ces données fluctuantes nous permet de détecter les anomalies », résume Laurence Bovy.

Signature électrique de l’eau

Le petit dernier dans la liste des outils utilisés pour préserver la tuyauterie est sans conteste le plus étonnant. « Aujourd’hui, il est possible pour un radar installé dans un satellite situé à des centaines de kilomètres de la terre de prendre des images en milieu urbain à deux mètres de profondeur et d’y détecter des masses d’eau qui laissent à penser qu’il y a une fuite ».

Ce système qui se trouve à bord d’un satellite japonais est proposé par la société israélo-américaine Utilis. « Utilis travaille notamment avec la Nasa pour chercher de l’eau sur mars », développe Miguel Sebastian Santamaria. « Le satellite passe d’un pôle à l’autre plusieurs fois par jour et enregistre des images de 50 km de large et 70 de long. C’est ensuite pixelisé. Il repère la signature électrique de l’eau et peut différencier l’eau de surface de l’eau de pluie, usée ou de l’eau potable qui a sa propre résistance électrique ».

Pour le test actuel, 38 zones potentiellement problématiques ont été mises en avant. « Ils nous annoncent que dans 60 % des points relevés comme douteux on trouvera une fuite. Actuellement, nous avons repéré 54 fuites sur les 33 des 35 zones que nous avons investiguées. On est donc presque à 90 % de résultats probants ». Cette technologie déjà utilisée par les villes de Cologne et d’Anvers est donc très prometteuse. Comme nous avons aussi pu le constater sur le terrain du côté de la rue des Bouchers et de la Galerie de la Reine.

Munis de l’application qui contient la carte avec les données du satellite, deux membres de la cellule spécialisée de Vivaqua passent au crible les dessous des taques métalliques permettant d’accéder au réseau. Car si la technologie permet de repérer les failles, les données proposées englobent une marge d’erreur de 100m. C’est donc à l’humain de repérer précisément le nœud du problème. A l’aide notamment d’étranges outils comme le corrélateur d’ondes ou cette canne d’écoute, une tige métallique reliée à un casque qui permet de cibler, à l’aide d’une ouïe aiguisée, les glouglous importuns. Résultat des courses, deux fuites confirmées et un appel lancé au service chargé des réparations. « Ces premiers résultats sont très positifs et il est probable que d’une expérience pilote, nous passions à du récurrent », annonce Laurence Bovy.

Avec la méthode habituelle de contrôles par l’écoute, il faut parcourir 3 à 4 kilomètres avant de trouver une fuite, relève Miguel Sebastian Santamaria. « Avec la présélection fournie par le satellite on découvre une fuite tous les 500 mètres, cela va donc beaucoup plus vite ».

Pour cette phase, l’investissement tourne autour de 30.000 euros, en ce compris la formation des agents. « Pour une photographie de 380 kilomètres de tuyaux, que nous pouvons exploiter durant trois mois. C’est un outil très prometteur avec un coût très raisonnable. Cela nous permet vraiment de bénéficier d’un contrôle ciblé et d’éviter de façon plus généraliste sans avoir toujours l’assurance d’un résultat », conclut la directrice de Vivaqua.

Précarité menstruelle: la gratuité des protections dans les écoles est sur la table

L’association «Bruzelle» distribue depuis quatre ans des serviettes hygiéniques aux personnes dans le besoin.
L’association «Bruzelle» distribue depuis quatre ans des serviettes hygiéniques aux personnes dans le besoin. - Mathieu GOLINVAUX.

Après la France, c’est au tour de la Fédération Wallonie-Bruxelles de se pencher sur la question de la précarité menstruelle. La majorité au parlement ainsi qu’une partie de l’opposition ont déposé ce mercredi en séance plénière une proposition de résolution. Le texte demande au gouvernement d’étudier l’impact budgétaire de la mise à disposition des protections périodiques dans l’enseignement obligatoire et supérieur, ainsi que le soutien à la mise en œuvre d’un projet pilote dans les établissements scolaires avant la fin de la législature.

À l’initiative de cette résolution, la députée écologiste Margaux de Ré rappelle qu’il s’agit avant tout d’un enjeu de santé publique. « La précarité menstruelle est une réalité pour beaucoup de femmes, de jeunes filles ou de personnes menstruées en situation de difficulté financière ou de pauvreté. Personne ne devrait avoir à s’inquiéter de l’accès aux protections périodiques en période de règles. Certaines personnes sont amenées à garder trop longtemps leurs protections et risquent un syndrome de choc toxique qui peut être mortel. »

La députée écologiste Margaux de Ré à l’initiative de la résolution.

Budget non négligeable

D’après une enquête publiée par Le Monde en 2019, le montant moyen des protections et antidouleur atteint 7,50 euros par cycle. Tout dépend évidemment de l’abondance du flux, de la durée du cycle et des protections périodiques utilisées. A ce coût peut aussi s’ajouter celui des visites chez le gynécologue, des sous-vêtements et linge de lit tâchés par le sang. Sachant qu’à l’échelle d’une vie, les menstruations surviennent en moyenne 500 fois, le montant total se chiffre rapidement en millier d’euros.

Si ce budget peut se révéler accessoire pour certaines personnes, il l’est beaucoup moins pour celles en situation de précarité. En Wallonie, 25 % des enfants vivent actuellement sous le seuil de pauvreté. Une proportion qui atteint les 40 % à Bruxelles. Selon l’étude BDO menée en 2019 à la demande du ministre Marcourt, 36 % des étudiants du supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles font face « à des problèmes d’ordre financier de manière régulière ». La crise sanitaire ne ferait qu’accroître cette précarité. Dans une enquête réalisée par la FEF, 32 % des étudiants disent avoir perdu complètement ou partiellement leur job étudiant. « Derrière ces chiffres se cachent inévitablement des personnes en situation de précarité menstruelle », déplore la députée bruxelloise.

Dans un premier temps, la résolution vise la gratuité « pour les personnes qui en ont le plus besoin du fait de leur précarité financière. » En fonction du budget nécessaire à sa réalisation, la mise à disposition gratuite pourra être envisagée à l’ensemble des élèves. Lors de la séance plénière du 9 décembre dernier, le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny (MR) estimait que « la mise à disposition des protections périodiques dans le supérieur pourrait se chiffrer à plusieurs millions d’euros. » Partenaire de la majorité, le mouvement réformateur se montre prudent. La députée Jacqueline Galant a rappelé que son parti était contre le principe général de gratuité.

Associations submergées

Parallèlement au secteur de l’enseignement, les cosignataires réclament un soutien renforcé au secteur associatif. En Région bruxelloise, l’association « Bruzelle » distribue depuis quatre ans des serviettes hygiéniques aux personnes en grande précarité. « En 2017, nous avons distribué 50.000 serviettes menstruelles. L’année 2020, on était à 340.000. La crise sanitaire n’a pas épargné la précarité menstruelle, bien au contraire, de nouvelles associations ainsi qu’un nouveau public ont fait appel à nous pour remédier à ce manque », souligne la directrice de l’association Veronica Martinez.

Consciente que la lutte contre la précarité menstruelle commence dans les écoles, l’association continue de plaider, plus largement, pour la gratuité des produits hygiéniques à toutes les personnes menstruées. « Nous partons du principe que les femmes n’ont pas à payer pour des protections menstruelles. Elles n’ont pas décidé de naître femme et d’être réglées. Elles sont souvent seules dans le couple à supporter le coût. Cette somme d’argent ne peut être utilisée pour leurs loisirs et leur éducation. »

Briser le tabou autour des règles

Pour Margaux de Ré, l’accès aux protections périodiques va au-delà de la santé publique : « Une telle mesure peut contribuer à rendre visible la question des règles, et à lever le voile sur un tabou encore omniprésent. » Culturellement perçues de façon négative, les règles sont systématiquement cachées. « Lorsqu’il y a des protections dans les écoles », poursuit la présidente de « Bruzelle », « les élèves doivent le demander aux éducatrices, parfois aux éducateurs. Il faut enlever ce côté infantilisant. N’oublions pas que la honte d’une fuite de sang non-contrôlée, des vêtements tâchés est encore bien présente dans nos mentalités. »

La proposition de résolution fera l’objet d’un vote le 9 mars prochain lors de la commission Droits des femmes. Si ce texte représente une avancée, la Belgique demeure à la traîne par rapport à ses voisines. En novembre dernier, l’Écosse votait pour un accès gratuit aux protections périodiques dans tous les lieux publics. La ministre de l’Enseignement supérieur française, Frédérique Vidal, annonçait ce mardi la mise à disposition gratuite de protections dans tous ses établissements supérieurs dès septembre prochain.

Les experts condamnent les aveux de Nollet: «C’est assez risqué d’un point de vue épidémiologique»

Les experts condamnent les aveux de Nollet: «C’est assez risqué d’un point de vue épidémiologique»

La bulle du seul contact rapproché (ou « knuffelcontact », comme on dit au nord du pays) a-t-elle fait son temps ? La mesure extrêmement stricte a-t-elle jamais été réaliste et donc applicable ? Pour légitimes qu’elles soient, ces questions se (re)posent aujourd’hui dans un contexte sanitaire loin d’être propice, avec l’implémentation de variants plus contagieux, l’augmentation sensible du nombre de contaminations et le plateau sur lequel on s’éternise. Le tout, alors que la campagne de vaccination patine avec les difficultés logistiques que l’on sait.

Les experts ont conscience de la lassitude de la population ; bien plus, ils la comprennent et estiment qu’il faut pouvoir faire confiance au bon sens de chacun. Mais de là à faire péter la bulle sociale, il y a un pas qu’ils se refusent à franchir. « Ce que Jean-Marc Nollet a déclaré est assez risqué d’un point de vue épidémiologique, surtout avec l’apparition de variants plus contagieux », alerte l’épidémiologiste Niko Speybroeck (UCLouvain). « Si on augmente les contacts et, partant, le risque de transmission du virus, les courbes vont repartir à la hausse. Sans oublier qu’on favorise aussi les mutations dès lors que le virus circule activement. » Pour autant, comme l’a dit le Premier ministre en conférence de presse, ce lundi, on peut attendre un certain relâchement dans un futur pas si lointain, dès qu’une frange suffisante de la population sera vaccinée et donc immunisée.

« Responsabiliser ne veut pas dire assouplir »

« Gare aux messages sujets à interprétation », avertit, pour sa part, le microbiologiste Emmanuel André (KULeuven). « Dire que les règles ne sont plus nécessaires, c’est une erreur. Il faut aborder les choses avec finesse et faire confiance à la population, qui est aujourd’hui bien informée de la nécessité des gestes barrières. Comme un médecin donne des conseils mais pas des ordres, on peut inviter les gens à adapter leurs comportements en se réunissant plutôt dehors, en se tenant à distance, en évitant de trop mélanger les bulles… Responsabiliser ne veut pas dire assouplir. Il faut donner aux gens suffisamment de clés en main pour qu’ils prennent les bonnes décisions. »

« Qu’une bulle aussi stricte soit devenue inadaptée, c’est une vraie question à poser lors du prochain Codeco », complète l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). « Il y a un besoin de libération très légitime de la population par rapport aux mesures. Le problème, c’est que si la bulle d’une personne semble disproportionnée – à titre personnel, je pense depuis le début qu’elle est irréaliste parce que trop contraignante –, elle donne un cadre et fait partie d’un ensemble de mesures. Or, on a déjà vu que quand on relâche un certain nombre de choses, c’est perçu comme un signe d’assouplissement généralisé. »

Le risque d’un déplacement de la norme

Le fond de l’air rappelle en effet celui de la fin de l’été et le ressac qui s’en est suivi : « C’est exactement le même phénomène qui s’est produit en septembre », se remémore Gilbert. « La bulle de quatre était jugée irréalisable, on disait alors que c’était trop dur à respecter. Pour récupérer l’adhésion, le politique l’a élargie et ça a été interprété comme un assouplissement qui a abouti à un déplacement de la norme. Le risque, aujourd’hui, c’est ça : que les personnes qui s’en tenaient à un contact rapproché en aient cinq et que celles qui en avaient cinq en aient quinze. »

Comme l’illustrait lundi le porte-parole interfédéral, Yves Van Laethem, ce n’est pas le moment de balancer le corset ni même de trop le desserrer. Les indicateurs ne sont en effet pas favorables, puisque le taux de reproduction (R) et de positivité augmente, ainsi que le nombre de cas – et ce, alors qu’on teste moins. Pendant ce temps, le variant britannique, plus contagieux, continue sa progression. Emmanuel André le confirme : « Le R repart à la hausse. Il est aujourd’hui autour de 1 (une personne en contamine une autre en moyenne, NDLR). Ce n’est pas parce que les gens ne respectent plus les règles, mais le virus a changé. La majorité des souches qui circulent aujourd’hui sont plus contagieuses. »

« On est à la veille d’une reprise de l’épidémie », pronostique Marius Gilbert. Ce qui ne signifie pas forcément qu’une troisième vague nous pend au nez : « On peut l’éviter si on garde une capacité d’action rapide. » Des facteurs favorables peuvent nous aider en chemin, comme le redoux et la vaccination. Mais comme l’ont montré les modèles présentés lundi, il faut leur laisser le temps de s’installer… « Encore une fois, c’est une question de timing : on n’est pas encore sortis de l’hiver et la vaccination n’est pas encore assez avancée. Rappelons que la première vague s’est dessinée il y a exactement un an, alors que les conditions climatiques étaient identiques. On a encore un mois, un mois et demi à tenir bon. »

Vie privée: le Conseil d’Etat dézingue l’accord de coopération vaccin

Vie privée: le Conseil d’Etat dézingue l’accord de coopération vaccin
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Après l’Autorité de protection des données (APD), qui le qualifiait de « chèque en blanc » pour l’Etat, c’était au tour du Conseil d’Etat de livrer son avis sur le projet d’accord de coopération vaccin. Pour rappel, ce texte a pour but de fixer un cadre juridique pour le traitement des données à caractère personnel nécessaires à l’organisation de la campagne de vaccination. Pour cibler les invitations aux groupes prioritaires, les autorités entendent en effet croiser des données de santé très sensibles (comme les comorbidités), issues des médecins, avec celles remontées par les mutuelles. Le Soir a pu consulter cet avis.

« Une claque » pour le gouvernement

Accueilli sèchement par les médecins et Solidaris, le projet d’accord est dézingué par le Conseil d’Etat. Sur la forme, d’abord : l’organe de contrôle ne manque pas, avec doigté, de donner une véritable leçon de droit aux auteurs du projet. « Faites écrire vos lois par des juristes et revenez en septembre », résume un observateur qui parle d’une « claque ».

Sur le fond, ensuite, le Conseil d’Etat confirme en tout point les remarques sans appel formulées par l’APD. En un mot : le texte est jugé inadmissible. « Pour être admissible », souligne l’avis, « l’ingérence dans l’exercice du droit au respect de la vie privée doit être définie en des termes clairs et suffisamment précis qui permettent d’appréhender de manière prévisible les hypothèses dans lesquelles le législateur autorise une pareille ingérence. Toute ingérence dans le droit au respect de la vie privée doit, en outre, reposer sur une justification raisonnable et être proportionnée aux buts poursuivis par le législateur. Si les ingérences prévues par l’accord de coopération à l’examen poursuivent un objectif légitime, à savoir la protection de la santé ainsi que la protection des droits et libertés d’autrui, il convient de vérifier le respect des exigences de légalité, de pertinence et de proportionnalité. »

En clair, rien de tout cela ne figure dans l’accord de coopération, qui apparaît davantage comme une note vague d’intentions, mais sans garantie aucune sur les utilisations des données collectées. A la question « qui va faire quoi avec quelles données ? », les réponses sont vagues. En clair, on se situe dans le même cas de figure que l’accord de coopération sur le traçage, lequel est (toujours) en violation avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD).

Le CSI dans le collimateur

Enfin, et ce n’est pas anodin, le Conseil d’Etat égratigne au passage le Comité de sécurité de l’information (CSI). Cet organe aux contours juridiques flous, piloté par Frank Robben (qui a aussi prêté sa plume à l’écriture des textes), avait déjà été critiqué par le Conseil d’Etat en 2018. Dans son avis, il en remet une couche, rappelant avec insistance qu’il est illégal et inconstitutionnel de confier au CSI le soin de décider quelles autorités pourront utiliser quelles données et à quelles fins. Cette tâche, comme l’impose le RGPD, relève exclusivement du Parlement. Ce qui permet, ensuite, de faire l’objet d’un contrôle du Conseil d’Etat, de l’APD et d’éventuels recours devant la Cour constitutionnelle et les tribunaux.

Le projet d’accord de coopération avait été approuvé par le gouvernement le 5 février dernier. Reste à voir si, après avoir été déplumé de A à Z par les organes de contrôle de l’Etat, il sera approuvé en deuxième lecture par le conseil des ministres.

La torture en Syrie condamnée à Coblence: les leçons d’un verdict

Le prévenu, Eyad al-Gharib, 44 ans, a cherché à se dissimuler le visage tout au long de l’énoncé du verdict.
Le prévenu, Eyad al-Gharib, 44 ans, a cherché à se dissimuler le visage tout au long de l’énoncé du verdict.

Commentaire

Le verdict peut sembler clément. Quatre ans et demi de prison pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Cinquante-quatre mois seulement ? En réalité, ce premier jugement rendu par la justice allemande ce 24 février jette les bases d’une jurisprudence importante. A Coblence, deux hommes étaient jugés, et le verdict de ce mercredi ne concerne que le second, un comparse. Il ne risquait que 5 ans et demi au maximum. L’accusé principal, lui, poursuivi pour crimes contre l’humanité pour la mort de 58 personnes et la torture de 4.000 détenus notamment, encourt la prison à perpétuité – mais le verdict ne tombera pas avant de longs mois.

La première bonne nouvelle, c’est que le tribunal allemand a constaté le contexte de « crimes contre l’humanité » à propos des pratiques ou plutôt des abominations en cours dans les prisons du régime de Bachar el-Assad. C’est une première judiciaire mondiale dont il convient de se féliciter. Ne sont d’ailleurs ici visées qu’une partie des crimes dont on pourrait accuser ce régime, l’« Etat de barbarie » comme l’avait désigné dès les années 1980 Michel Seurat, ce chercheur français mort en otage dans une geôle d’un groupuscule au Liban. Les destructions de villes entières et les bombardements intentionnels de civils, méthodes de guerre routinières d’Assad et de sa clique, ne sont pas concernés.

« Une ampleur presque industrielle »

A Coblence, ce sont les pratiques de la torture et de la mort dans l’univers concentrationnaire syrien qui passent en jugement. Comme l’a relevé l’accusation, se trouvent sur le banc des accusés deux représentants d’un système où la torture se pratique avec « une ampleur presque industrielle ». En 2021, ce système continue, hélas ! Mais l’impunité dont il jouissait commence à s’effriter, grâce à la « compétence internationale » dont s’est prévalue la justice allemande. C’est la seconde bonne nouvelle.

La troisième consiste à observer ce type de procès devrait se multiplier en Europe. En Allemagne encore, mais aussi en France, en Norvège, en Suède et en Autriche. Plusieurs dossiers sont en cours d’instruction dans ces pays.

Il ne s’agit nullement d’occulter les crimes des autres parties prenantes dans l’atroce conflit syrien qui aura dix ans le 15 mars prochain. Les djihadistes, les rebelles, les Kurdes et puis les alliés étrangers de tous les camps ont aussi commis des crimes dont ils devraient un jour rendre compte. Force est pourtant de constater, comme le font nombre d’organisations compétentes en matière de droits humains, que la très grande majorité des crimes de torture et d’assassinat est à imputer au régime, qui vit et survit grâce à la peur que ses méthodes monstrueuses inspirent à la population.

Grand format - Pour prévenir les pandémies, commençons par protéger la nature

La formule est simple et reprise par tous les experts: pour se sauver, l’homme doit préserver la nature. C’est elle qui représente sa meilleure protection contre les maladies émergentes qui peuvent dégénérer en pandémies.
La formule est simple et reprise par tous les experts: pour se sauver, l’homme doit préserver la nature. C’est elle qui représente sa meilleure protection contre les maladies émergentes qui peuvent dégénérer en pandémies. - REUTERS.

Qui, du pangolin, du vison, de la civette, du porc ou d’un autre animal, a servi de « passe-plat » et d’accélérateur entre le virus présent dans des animaux et l’être humain ? Les chercheurs qui tentent de retisser l’histoire du covid-19 n’ont toujours pas résolu cette énigme. « Toutes les hypothèses restent sur la table », y compris celle d’une fuite de l’institut de virologie de Wuhan (Chine), a déclaré le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé.

Mais si l’origine du SARS-CoV2 reste encore inconnue, la pandémie de covid a une nouvelle fois révélé le lien entre destruction de la nature et santé humaine. On sait depuis belle lurette que les chauves-souris sont des réservoirs de coronavirus. On sait aussi que dans certaines conditions ces derniers peuvent se transmettre à d’autres mammifères, par exemple les mustélidés comme les visons et les furets, les viverridés comme les civettes et les genettes, les félidés comme les chats ou les lions, aux chiens viverrins, aux pangolins, aux porcs, aux bovins… Beaucoup de « coupables » possibles.

Une légère mutation facilite la transmission du virus animal à l’homme. Comment exactement et surtout dans quelle mesure certaines pratiques (marchés d’animaux sauvages, consommation de viande de brousse, élevages industriels…) ont favorisé le passage d’une espèce aux autres ? Cela reste encore à déterminer.

Des certitudes

Mais on a déjà pas mal de certitudes. Elles ont été résumées dans un travail réalisé par vingt experts travaillant pour le panel des Nations unies pour la biodiversité, l’Ipbes , qui ont analysé 690 documents scientifiques portant sur les liens entre la biodiversité et les pandémies. Le zoologiste Peter Daszak, président de l’association EcoHealth Alliance qui a présidé ce travail et faisait partie de la délégation de l’OMS en Chine chargée d’y voir plus clair dans les origines de la pandémie : «  Quasiment toutes les pandémies sont causées par des pathogènes qui proviennent des animaux. Ce n’est pas de la faute des animaux, ces choses existent dans la nature. Le problème naît des contacts entre l’homme et la vie sauvage. On le voit de plus en plus et on va le voir de plus en plus. Les changements environnementaux poussent les pandémies à la hausse, c’est clair comme de l’eau de roche. C’est probablement ce qui est à l’origine de la pandémie actuelle. »

Les pratiques humaines dégradent les habitats naturels, détruisent la biodiversité et causent le changement climatique. Les zones de contact entre l’homme et la nature sont à la fois multipliées et bouleversées, entraînant une exposition croissante des humains aux pathogènes d’origine animale. La globalisation quant à elle facilite l’expansion des maladies émergeant de ce mélange.

Ces mécanismes sont connus. Des scientifiques les documentent depuis des années et alertent sur les dégradations environnementales qui créent les conditions de futures pandémies. Ils ont été peu entendus jusqu’ici. Et aujourd’hui encore, on parle davantage de vaccin, de traitement et de confinement que de prévenir l’apparition de zoonoses au sein de la population humaine.

L’humanité est-elle disposée à changer des pratiques néfastes et à y consacrer suffisamment de moyens ? Pas mal d’intérêts économiques sont en cause. Récemment, une équipe de prestigieux experts , parmi lesquels le biologiste américain Paul Ehrlich, estimait que « l’étendue des menaces pesant sur la biosphère, dont l’homme est une des composantes, est telle qu’elle en devient difficile à appréhender, même pour les experts les mieux informés. La connaissance scientifique de ces questions est solide », disent-ils, « mais la prise de conscience est faible ». Tout le monde n’a pas encore compris (accepté   ?) que la santé humaine dépend de la santé de l’environnement.

Le covid-19 qui a déjà fait 2,4 millions de morts dans le monde, selon l’université Johns Hopkins, est, après trois grippes, le sida et le Sars, la sixième pandémie sanitaire mondiale depuis la grippe espagnole qui a causé de 40 à 50 millions de morts au moins en 1918 et 1919. Toutes trois trouvent leur origine dans une nature malmenée par l’homme.

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Quel est le rapport entre les pandémies et la nature ?

Selon les scientifiques, 70 à 75 % des nouvelles maladies infectieuses humaines et presque toutes les pandémies sont des zoonoses, des maladies causées par des agents pathogènes d’origine animale (virus, bactéries…). Certaines de ces zoonoses sont connues comme la tuberculose, la varicelle, la rage, la toxoplasmose et l’échinococcose, d’autres émergentes comme le Sras, Ebola (qui vient de refaire surface en Afrique de l’Ouest), le Zika et la fièvre du Nil. Lorsqu’il s’agit d’épidémie de grande ampleur, on parle de pandémie : la peste, la grippe, le sida et désormais le covid-19.

Les principaux « réservoirs » de pathogènes sont les mammifères, en particulier les chauves-souris, les rats, les primates et certains oiseaux, surtout les oiseaux d’eau. Ces microbes se répandent à la faveur de contacts entre animaux sauvages, animaux domestiques et êtres humains. les principaux porteurs domestiques sont les porcs, les oiseaux et les camélidés.

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Comment les virus présents dans la vie sauvage se transmettent-ils à l’homme ?

En soi, la présence de virus, bactéries ou parasites dans la vie sauvage, même s’ils peuvent être à l’origine de zoonoses, n’est pas un problème grave. Ils ont co-évolué avec leurs hôtes et généralement ne se répandent pas beaucoup. Chez les animaux, les effets de ces virus sont variés : bénins ou mortels, participant parfois à la régulation de l’espèce hôte. Le danger apparaît lorsque ces microbes rentrent en contact avec l’être humain. Ces dernières décennies, soulignent des scientifiques travaillant pour l’ONU , ces contacts sont de plus en plus fréquents. L’homme a multiplié les interactions avec des milieux auparavant préservés. Pour Serge Morand, écologue de la santé et spécialiste des maladies infectieuses au Cirad (centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), et auteur d’un livre paru chez Fayard , « l’homme a créé les conditions d’émergence d’une nouvelle peste ».

Si le contact homme-virus peut se faire directement par la chasse ou le prélèvement d’animaux dans la nature pour les manger, les élever ou les vendre, la déforestation qui ne cesse de progresser est un des principaux facteurs indirects d’expansion des maladies émergentes. On la pratique pour couper du bois à des fins locales ou commerciales. Mais aussi pour remplacer la forêt par des cultures ou de l’élevage, pour y construire des barrages ou y creuser des mines. En ce sens, une partie de la déforestation est « importée » dans nos pays qui en profitent. Sous la pression démographique, on déforeste aussi pour étendre les villes en grignotant sur les zones sauvages. Alors que 75 % de la surface terrestre a été dégradée à travers le monde, selon la FAO, 10   millions d’hectares de forêt ont été coupés chaque année entre 2015 et 2020, principalement dans les zones intertropicales.

De quoi bouleverser de fragiles équilibres naturels et libérer certains virus. Il ne faut d’ailleurs pas un contact direct avec un animal porteur pour entraîner une contamination. La maladie peut se transmettre indirectement : un virus – surtout s’il est très sujet à mutations et à recombinaisons – peut franchir la barrière des espèces et se transmettre aux animaux d’élevage. C’est ce qui s’est passé à la fin des années 90 en Malaisie. Pour étendre des plantations de palmiers à huile, des industriels ont massivement déforesté certaines régions du pays, dérangeant ainsi des colonies de chauves-souris forestières, porteuses naturelles du virus Nipah, une fièvre hémorragique virulente affectant les humains et les porcs. Chassées, ces colonies de frugivores ont été se nourrir dans des arbres fruitiers surplombant des élevages de porcs. Facteur aggravant : le stress subi par les animaux les a rendus plus « excréteurs » de virus. Les déjections ont fait le reste, le microbe passant aux cochons puis aux ouvriers agricoles…

Ainsi, une zoonose surfe sur les élevages de bétail, cochon, volailles (poulets, canards…) ou d’animaux sauvages comme les visons. Suspectés d’avoir contribué à l’émergence du covid-19, ces derniers ont connu une expansion considérable. Près d’une espèce de vertébrés sauvages sur quatre fait désormais l’objet d’échanges commerciaux. Le commerce légal a été multiplié par cinq au cours des 14 dernières années, pour une valeur totale de 107   milliards de dollars. Et c’est sans compter le trafic illégal, extrêmement organisé et lucratif, dont la valeur se situerait entre 7 et 23 milliards par an. Les plus inquiétants restent le commerce et le trafic de mammifères et d’oiseaux, deux des principaux réservoirs de virus, rappellent les experts de l’ONU.

Beaucoup de chercheurs s’inquiètent du rôle des élevages intensifs : « La densité importante des animaux, leur proximité génétique et leur immunodéficience, le transport amplifient l’impact des maladies. » Pour Serge Morand, vu l’effondrement de la biodiversité sauvage, ce sont désormais les animaux d’élevage, en particulier les bovins, qui sont devenus les principaux vecteurs épidémiques. L’affaiblissement de la diversité génétique de nos animaux, en particulier, dans les élevages, est un facteur aggravant des épidémies, souligne Hans Bruyninckx, patron de l’Agence européenne de l’environnement. «  Pour certains animaux d’élevage comme la volaille, la diversité génétique a été réduite à zéro, ce qui nuit à la résilience du système. » Tant pour les animaux que les végétaux, les monocultures sont toujours plus fragiles que la diversité.

Si la déforestation est un des facteurs d’apparition de maladies émergentes, ces dernières favorisent parfois le déboisement en retour. Selon des chercheurs qui ont publié leurs travaux dans la revue Perspectives in Ecology and Conservation , les mesures de confinement prises pour lutter contre la pandémie de covid-19 ont débouché sur un accroissement de la déforestation. De nombreux gouvernements ont en effet été moins actifs dans la surveillance et la gestion des forêts. Ce relâchement a encouragé l’abattage illégal des arbres.

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Quelles sont les régions les plus à risque face aux maladies émergentes ?

Pour Morand qui a collaboré au dernier livre de la journaliste Marie-Monique Robin, La fabrique des pandémies (La Découverte), « les risques d’émergence de maladies infectieuses sont plus élevés dans les régions tropicales à déboisement rapide ». Il s’agit de zones où la biodiversité est riche, mais où elle est aussi victime de destructions à large échelle. Ce sont aussi des zones où certaines pratiques comme les élevages intensifs et la proximité entre animaux sauvages et domestiques accroissent les risques de contamination. Pour les experts, les régions les plus à risque sont l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et Afrique tropicale.

Les zoonoses apparaissent et se répandent plus rapidement dans des pays où la population est en croissance rapide et exerce une pression de plus en plus forte sur la nature (via l’expansion urbaine et l’agriculture). Mais si certaines maladies restent relativement localisées, d’autres se répandent sur la quasi-totalité de la planète à la faveur de la multiplication des échanges et de leur accélération. C’est le cas du covid-19, apparu dans une zone très urbanisée et reliée au monde extérieur via le commerce et les voyages internationaux. Ainsi, si les communautés rurales sont en première ligne du covid, les grands centres urbains des pays développés, hyperconnectés et très dépendants du commerce international, sont aussi très exposés.

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Zoonoses, destruction de l’environnement, même combat ?

La pandémie du covid n’est pas une crise et les experts ne sont pas surpris. Elle révèle quelque chose de plus profond : l’effondrement de la biodiversité mondiale. Les Nations unies jugent que la destruction des habitats naturels par l’homme est considérée comme étant à la base de l’émergence des virus Hendra en Australie, Nipah en Malaisie, Ebola et Marburg en Afrique, Zika et fièvre jaune en Amérique du Sud, Dengue en Asie du Sud-Est et des coronavirus qui ont causé l’apparition du Sars, du Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et du covid-19. Par ailleurs, de plus en plus d’études suggèrent qu’un affaiblissement de la biodiversité animale, résultant des destructions humaines, contribue à « concentrer » les virus dans un nombre plus réduit d’espèces hôtes, rendant ainsi plus facile la transmission d’éventuelles maladies. Une biodiversité plus riche maintient à l’inverse la pression des prédateurs sur les espèces hôtes des pathogènes et augmente le nombre d’espèces non réceptives aux microbes. C’est « l’effet de dilution ».

Plus de diversité génétique, c’est enfin plus de chances de voir apparaître des mutations faisant émerger des résistances de l’hôte au pathogène, appuient les scientifiques du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). « Le déclin de la biodiversité réduit les populations d’hôtes et, ce faisant, la probabilité d’apparition des résistances. Ainsi la perte de biodiversité, diversité des espèces mais aussi diversité génétique de chacune, tend à augmenter la transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées. »

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Le changement climatique facilite-t-il l’apparition de pandémies ?

Le changement climatique crée des effets de synergie avec la destruction des habitats. Il fragilise les forêts, augmente le risque de feux qui détruisent le couvert végétal et laissent le champ libre pour le remplacement du couvert forestier par des parcelles agricoles pour les cultures ou l’élevage. Il affaiblit la biodiversité, provoque des déplacements d’espèces (accompagnées par leurs pathogène). En privant les animaux de leur alimentation et habitat traditionnels, il les stresse, les fragilise et les rend plus excréteurs.

Le réchauffement du climat contribue par ailleurs à déplacer les zones où certains vecteurs de maladies comme les moustiques sont en mesure de survivre et de se reproduire. C’est le cas du moustique-tigre, vecteur de virus d’origine tropicale comme la Dengue, le Chikungunya ou le Zika, désormais installé au sud de la France. Présent chez nous, le moustique n’hiverne pas encore sous nos latitudes. En revanche, on estime que le réchauffement du climat est impliqué dans l’expansion de la maladie de Lyme en Scandinavie et peut-être sous nos latitudes.

Avec la poursuite du réchauffement, ces risques pourraient augmenter à l’avenir, disent les spécialistes. Moins documenté, l’impact des changements climatiques sur la situation économique, politique et sociale de certains pays et l’accroissement des inégalités peut causer l’affaiblissement de leur système de santé, ajoute Marion Koopmans, responsable du département de viroscience au centre médical de l’université Erasmus à Rotterdam.

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Quel est le coût des pandémies et des maladies émergentes ?

Selon un article paru dans le Lancet, en 2012 , les zoonoses causeraient chaque année un milliard de cas humains et des millions de morts. Et si le bilan humain d’une épidémie peut parfois sembler « maigre », la facture économique est bien plus grave – 9.000 personnes infectées et moins de 1.000 morts pour le SARS-CoV en 2003, mais 30 à 50 milliards de dollars de pertes estimées. « Les pandémies et autres zoonoses émergentes causent probablement des milliers de milliards de dollars de dégâts économiques chaque année », disent les chercheurs de l’Ipbes, le panel des Nations unies pour la biodiversité.

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D’autres pandémies sont-elles à craindre ?

Même après la fin de la crise du covid-19, « le risque d’émergence ne diminuera pas   », indique Marisa Peyre, épidémiologiste au Cirad. «   Le nombre de zoonoses augmente, tout comme la fréquence des transmissions interespèce à l’origine de nouvelles maladies. » Les connaissances étant imparfaites, on est encore très loin de mesurer l’ampleur du phénomène. Les scientifiques n’auraient découvert que 0,1% des virus potentiellement à risque. On estime que 1,7   million de virus inconnus circulent parmi les mammifères et les oiseaux dans la nature. Parmi ceux-ci, entre 631.000 et 827.000 pourraient infecter les êtres humains. Le covid-19 n’est d’ailleurs pas un cas isolé : chaque année, au moins cinq nouvelles zoonoses se manifestent au sein des populations humaines. Chacune d’entre elles a le potentiel de se répandre et de devenir une pandémie.

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Que faut-il faire pour limiter les risques ?

Inutile de vouloir éradiquer un animal réservoir : les virus se baladent dans toute la biodiversité et la destruction de leurs hôtes entraînerait d’autres déséquilibres très graves. Au contraire, la richesse de la biodiversité contribue à « diluer » la présence de virus et à en limiter la transmission.

La plupart des efforts actuels sont concentrés sur la production et l’administration de vaccins, la détection des cas de covid et les mesures de confinement. « On traite les symptômes sans s’intéresser aux causes sous-jacentes », regrette Peter Daszak. Que faire ? La formule est simple et reprise par tous les experts. Pour se sauver, l’homme doit préserver la nature. C’est elle qui représente sa meilleure protection contre les maladies émergentes qui peuvent dégénérer en pandémies. « On peut échapper à l’ère des pandémies qui menace   », explique Anne Larigauderie, secrétaire exécutif de l’Ipbes. «   Mais cela demande un changement majeur : passer de la réaction à la prévention. Il faut agir avant l’émergence des maladies. »

Pour les experts de l’organisation, le risque de pandémie peut être considérablement réduit en diminuant les activités humaines qui causent la perte de biodiversité, en assurant une meilleure conservation des zones protégées et en prenant des mesures qui réduisent l’exploitation insoutenable des régions riches en biodiversité. « Pour cela », poursuit Larigauderie, « il faut ralentir le rythme de déforestation, limiter le commerce d’animaux, agir sur les facteurs indirects de propagation : la consommation de viande qui entraîne la déforestation, la consommation d’huile de palme, le commerce des animaux à fourrure et des animaux vivants. »

« La disparition des forêts est une question de santé publique   », rappelle Annika Terrana, experte au WWF. «   Et leur préservation est une solution de santé publique. » Pour Marco Lambertini, le patron de l’ONG, il faut aussi encourager les pratiques qui préservent la nature et restaurent les écosystèmes : la pêche durable et l’agroécologie qui réduit voire supprime l’utilisation des pesticides et des engrais chimiques.

La communauté scientifique est unanime : travailler en amont de futures crises sanitaires en anticipant les risques d’émergence et en détectant de manière précoce ces maladies permettra de réagir le plus rapidement possible avant que les zoonoses se diffusent.

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Combien ça coûte ?

Dans la revue Science , des chercheurs ont évalué ce qu’il en coûterait de contrôler la déforestation en zone tropicale et de freiner le commerce d’espèces sauvages pouvant jouer le rôle d’hôte pour certains pathogènes dangereux : entre 22 et 33   milliards de dollars annuellement. Soit un investissement réduit par rapport au coût estimé de la crise du seul covid qui pourrait s’élever à 5.600 milliards de dollars, voire jusqu’à 11.500   milliards. «  Le coût de l’action préventive pour réduire les risques est 100 fois moins important que le coût des pandémies », dit l’ONU. « L’impact positif pour notre santé d’une préservation de la biodiversité est tellement énorme. C’est un considérable retour sur investissement », estime Daszak.

Moins de places de parking en rue à Bruxelles: les bourgmestres craignent la «mise sous tutelle» des communes

Moins de places de parking en rue à Bruxelles: les bourgmestres craignent la «mise sous tutelle» des communes

C’est face à des bourgmestres « globalement assez réticents et négatifs », selon l’un d’eux, dans une atmosphère « cordiale mais franche », selon un autre, que la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) a présenté ce mercredi matin son avant-projet d’ordonnance prévoyant la création de zones grises aux abords des parkings publics. Le but ? Reporter le stationnement en dehors des voiries, en y appliquant systématiquement en rue des tarifs supérieurs à ceux des parkings avoisinants. Quelque 65.000 places sont en effet vouées à disparaître en voirie en Région bruxelloise d’ici 2030.

260.000 places de trop

Sur le fond, tous s’accordent. Sur la nécessité d’une harmonisation de la politique de stationnement au niveau régional. Et sur l’idée de faire plus de place en rue. « Bruxelles a besoin de 540.000 places de parking par jour », détaille Marie Thibaut de Maisières, porte-parole de la ministre. « Soit 400.000 pour les Bruxellois et 140.000 pour les navetteurs. Face à une offre de 800.000 places, dont 265.000 en voirie. Pourtant, tout le monde cherche une place partout tout le temps. Si on rendait le hors voirie plus accessible, il n’y aurait plus de bagarre pour les 265.000 en voirie et on pourrait libérer un espace à très haute valeur ajoutée, particulièrement dans les zones les plus denses, pour des arbres, des pistes cyclables, des arrêts de bus. »

Sur la méthode, par contre… « Nous sommes beaucoup à ne pas être rassurés », regrette Boris Dilliès (MR) à Uccle. « Il suffit de regarder la réaction de bourgmestres dont la formation politique est au gouvernement régional pour voir qu’on ne va pas tout accepter. » Les bourgmestres sont en effet réticents face à ce qu’ils considèrent comme « une atteinte à l’autonomie communale » et « une manière déguisée de mettre les communes sous tutelle ».

Car l’avant-projet prévoit des sanctions pour les communes qui n’exécuteraient pas de manière conforme le futur plan régional de stationnement. Celles-ci seraient dès lors mises en demeure et, si les manquements subsistent, risqueraient une non-éligibilité aux subsides régionaux et une suspension du versement des produits de stationnement. « On a quand même des craintes par rapport à ce qui ressemble à une mise sous tutelle de nos compétences », souligne le bourgmestre socialiste de la Ville de Bruxelles Philippe Close. « Les sanctions sont un mécanisme d’un autre âge. On doit pouvoir arriver à un consensus. »

« Une vraie concertation »

Ce qui inquiète également certains mayeurs, c’est la mise en place de tarifs préférentiels pour les riverains en fonction des caractéristiques techniques et environnementales du véhicule ainsi que de la situation socio-économique du ménage qui en est le propriétaire. « Comment va-t-on faire ça ? », s’interroge Benoît Cerexhe (CDH) à Woluwe-Saint-Pierre. « On voit le choix idéologique et politique de cette ordonnance où on affirme très clairement qu’on veut réduire la possession d’une voiture individuelle. Or, pour moi, il est clair qu’il faut limiter l’utilisation mais pas la possession. »

Résultat : « Il n’y a certainement pas de consensus », poursuit-il. « On est loin du compte. Non, non, non, ça ne va pas dans l’état actuel des choses. Mais la ministre s’est dite ouverte à des aménagements. »

Ce que confirme sa porte-parole. « C’est une vraie concertation », souligne Marie Thibaut de Maisières. « L’objectif était vraiment d’avoir leur avis, eux qui savent mieux localement comment cela se passe et qui connaissent les réalités très différentes d’une commune à l’autre. La ministre l’a précisé : elle se rend compte que ce n’est pas possible partout et tout le temps, mais souligne que quand c’est le cas, il faut que ce soit fait. »

Les 19 communes, qui ont reçu l’avant-projet au début du mois de février, poursuivront le débat lors de la prochaine conférence des bourgmestres le 10 mars. Date à laquelle elles doivent également faire part à la ministre de leurs remarques par écrit. Pour l’heure, une chose est sûre : « En l’état actuel des choses, c’est difficilement buvable », conclut Benoît Cerexhe.

Affaire Mawda: le principal prévenu dit craindre d’être sanctionné deux fois

Affaire Mawda: le principal prévenu dit craindre d’être sanctionné deux fois
BELGA.

Condamné à Mons, le 12 février dernier, à quatre ans de prison pour entrave méchante à la circulation ayant entraîné la mort de la petite Mawda la nuit du 16 au 17 mai 2018 ainsi que pour rébellion armée (avec la camionnette), Jargew, 28 ans, craint d’être condamné deux fois pour les mêmes faits. C’est sur ce principe du « non bis ibidem » que son conseil, Me de Beco, a déposé au tribunal correctionnel de Liège une requête en réouverture des débats. Cette requête, a décidé le tribunal liégeois ce mercredi, sera examinée quand le délai d’appel, dans le dossier montois, sera expiré.

Pour rappel, le dossier de la mort de la petite Mawda avait été scindé : la camionnette ayant transporté les migrants, cette nuit-là, ayant été transformée dans un garage de Sclessin pour accueillir un maximum d’occupants, c’est à Liège qu’avait été ouvert le volet « TEH » (traite des êtres humains) du dossier. Le volet concernant la course-poursuite et le tir policier mortel était jugé à Mons, où outre Jargew, le policier auteur du tir mortel a été condamné à un an de prison avec sursis. Le fait que l’on examine ce même dossier en parallèle à Mons et Liège a déjà à maintes reprises été critiqué par la défense, qui craint la double sanction. Pour elle, tout aurait dû être jugé au même endroit.

Pas d’appel à Mons

Jargew est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Liège pour TEH, dans le cadre de ce même dossier uniquement, et il y risque une peine de cinq ans. Deuxième Irakien poursuivi à Mons, Rasol, 27 ans, y a été acquitté ; à Liège, il risque quatre ans pour le dossier Mawda et d’autres trajets avec des migrants – il soutient les avoir faits pour, comme ces derniers, rejoindre l’Angleterre. Les parties civiles ont exposé, ce mercredi à Liège, ne pas avoir l’intention de faire appel du jugement montois, ayant obtenu au civil ce qu’elles escomptaient. Le parquet aurait, d’après la défense, décidé pareil.

La présidente a regretté, à Liège, que la requête en réouverture des débats lui ait été adressée ce mardi alors que son jugement était prêt. Elle a toutefois fixé une audience au 17 mars, pour entendre les parties plaider sur cette éventuelle réouverture ; elle prononcera un jugement sur cette requête le même jour.

Me Jacques, conseil de Myria qui est partie civile dans ce dossier, a regretté cette remise : « Ce n’est pas parce qu’il s’agit de la même nuit qu’on parle des mêmes infractions », a-t-il réagi à la sortie du tribunal. « Quelqu’un qui a commis un braquage pourrait être poursuivi d’un côté pour ce vol à main armée, et d’un autre pour avoir grillé un feu rouge pendant sa fuite. »

Relevons que Me Moreau, pour le troisième prévenu du volet liégeois, a annoncé qu’il déposerait une requête en remise en liberté pour son client, incarcéré depuis juillet 2018 et contre lequel une peine de trois ans de prison a été requise. Talib, 21 ans, n’est poursuivi qu’à Liège parce qu’on a retrouvé son ADN dans plusieurs véhicules ayant transporté des migrants (il soutient lui aussi qu’il n’était pas un passeur). Il n’avait pas fait l’objet d’un renvoi en correctionnelle dans le dossier montois.

L’édition belge face au covid: les francophones plongent, les Flamands bondissent

L’édition belge face au covid: les francophones plongent, les Flamands bondissent
Mathieu Golinvaux.

Ce sont des chiffres contrastés qui ont été communiqués ce mercredi lors des Assises européennes du livre, organisées par la Foire du livre de Bruxelles et la Commission européenne : en 2020, le marché de l’édition a progressé en Flandre (+4 %), aux Pays-Bas (+7 %), au Royaume-Uni (+5 %), en Italie (+2,5 %), en Finlande (+2 %), en Espagne (+1 %). La France, elle, essuie un recul (-3,5 %), de même que la Fédération Wallonie-Bruxelles (-5 %) et le Portugal (-19 %). « Le livre reste le bien culturel nº1, souligne le directeur de l’Association des éditeurs belges (Adeb) Benoît Dubois, mais il a poursuivi son érosion. »

L’édition belge ne s’est donc pas effondrée : « Plus de 90 % de la production éditoriale belge est liée aux secteurs qui ont le moins souffert, se réjouit Benoît Dubois. L’édition scolaire, scientifique, juridique, la BD, le secteur jeunesse. » Pour les petits éditeurs littéraires cependant, l’exercice a été très difficile, « avec des pertes de chiffre d’affaires de 20, 30 ou 40 % ».

« La plupart des éditeurs belges distribués par des grands groupes (MDS, Dilibel, Inteforum) se sont vus exclus du marché pendant trois ou quatre mois après le premier déconfinement. Ces grands groupes ont donné priorité à leurs propres titres, et les libraires, eux, ont donné la priorité aux titres qui se vendent bien. Pour combattre ces difficultés-là, la plupart des éditeurs littéraires belges comptaient sur leurs ventes directes, mais les salons et foires ont été quasiment réduits à néant. »

Faut-il s’attendre à des faillites ? Benoît Dubois ne le croit pas : les structures qui ont été le plus touchées sont les plus petites et aussi les plus agiles.

L’aide apportée par l’État à ces petits éditeurs n’en est pas moins vertement critiquée. Historiquement, les lettres et le livre sont déjà l’un des secteurs sous-financés de la culture belge francophone : selon l’administration générale de la culture, ils ne pesaient en 2019 que 0,89 % des dépenses culturelles totales de la Fédération Wallonie-Bruxelles (contre 10,9 % au théâtre). Le soutien à la création littéraire tombe pour sa part à 0,55 % des aides à la création culturelle (47,7 % pour les arts vivants).

La crise covid a renforcé cette inégalité avec des mesures de soutien qui ont essentiellement été dirigées vers les arts vivants subsidiés et laissent les éditeurs littéraires belges francophones – et leurs auteurs – dans une situation parfois critique. Au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le plan d’aide au livre était prêt dans ses grandes lignes fin avril et annoncé fin mai, mais le premier euro n’a été versé aux éditeurs qu’à la mi-décembre. Plusieurs sources évoquent une « catastrophe administrative » dont l’inspection des finances serait en partie responsable.

Au niveau fédéral, un fonds de compensation des pertes en droit d’auteur, annoncé le 12 février par le ministre Pierre-Yves Dermagne (PS), a pris le parti de ne pas s’adresser aux auteurs de l’écrit mais exclusivement aux auteurs des arts de la scène, du « live ».

Onlit : – 60 % de chiffre d’affaires

Un exemple extrême de ce mauvais traitement : alors que ses auteurs 2020 ont été finaliste ou lauréat de prix littéraires importants, le directeur des éditions Onlit, Pierre de Muelenaere, constate que ses « ventes 2020 ont accusé une baisse de 60 % par rapport à l’année précédente. Il est donc clair que cela a représenté une perte assez importante, perte que nous avons signalée à maintes reprises au cabinet de la ministre (NDLR : Bénédicte Linard (Ecolo), ministre de la Culture), mais qui n’a malheureusement pas trouvé de réponse. Les mesures mises en place par le cabinet de la ministre n’ont pas du tout compensé, en aucune manière, les pertes que nous avons subies. » A quelle hauteur ont-ils été aidés ? 7.000 euros versés en décembre, au titre de l’aide au redéploiement. Pierre de Muelenaere note que, paradoxalement, l’aide de la Région bruxelloise (2 x 2.000 euros) a été plus efficace car immédiate.

Il y a pourtant eu une opération d’achats massifs de livres, décidée fin mai et matérialisée en novembre. Pour le directeur d’Onlit, cette mesure n’a pas eu d’impact sur sa maison d’édition : « Je l’explique car les bibliothèques achètent déjà les livres de Onlit. C’est une mesure qui a pour but d’agir sur le marché, et non de soutenir l’édition, le tissu éditorial. En réalité, plus de 50 % de ce montant va directement aux secteurs de la distribution/diffusion et de la librairie. »

Pas d’aide pour Weyrich

D’autres éditeurs ont rencontré des difficultés spécifiques. Ainsi, Olivier Weyrich, dont la maison d’édition affiche un chiffre d’affaires modeste mais situé entre 1,1 et 1,3 million d’euros, n’a eu droit à aucune aide. « La FWB a estimé que les éditeurs qui avaient un chiffre d’affaires supérieur à 500.000 euros n’avaient pas besoin d’aide. Je n’ai rien pu obtenir, je trouve cela ahurissant. » Pour être de bon compte, signalons que cette limitation en regard du chiffre d’affaires était l’une des recommandations du secteur.

Pour Weyrich, les difficultés sont pourtant bien là : « Parmi les titres que nous avions sortis pour la foire du livre, un titre sur deux n’a pas fonctionné normalement. On a été impacté sérieusement. Nous étions dans une dynamique d’augmentation, nous avions lancé toute une série de nouveaux produits, comme les mooks, et nous avons essuyé un manque à gagner d’environ 300.000 euros. Ce qui représente 2 mois et demi à trois mois d’activité. »

Et les auteurs ?

Paradoxalement – et c’est un fait positif – les auteurs qui se trouvent derrière ces éditeurs ont parfois été mieux secourus. L’un des auteurs des éditions Onlit directement frappés par le confinement nous confirme ainsi que, si ses droits d’auteur sont évidemment en berne, il a bénéficié d’une aide de la Scam – sa société de gestion des droits – et d’une bourse dans le cadre de l’aide au redéploiement lancée à l’été. « C’est une aide assez sérieuse », confirme cet auteur, même si cette aide, par nature, n’est pas destinée à compenser les pertes mais à financer de nouveaux événements.

Pour les auteurs, la perte ne se limite pas aux non-ventes et à la perte de droits d’auteur. La révision des calendriers de publication provoque des mois, voire une année pleine sans revenus. Or, relève Olivier Weyrich, « nous avons dû décaler toute une série de publications. Entre 15 et 20 titres ont été impactés par des reports de publication de six à douze mois. »

Selon Benoit Dubois (Adeb), « les éditeurs ont décidé de reports en masse, on parle jusqu’à 30 % de titres qui ont été reportés de 2020 à 2021, de 2021 à 2022 et de 2022 à 2023. C’est un effet domino assez important. Et dans ces choix de reprogrammations, les éditeurs, tout comme les distributeurs, tout comme les libraires, ont mis l’accent sur ce qui pouvait être directement payant. » Si les créations nouvelles ont été comprimées mais que le marché du livre a tenu, c’est que ce sont les fonds de catalogue qui ont assuré les ventes, au détriment des jeunes auteurs.

Ces revenus évaporés, fruit d’un travail d’écriture invisible, seront-ils couverts demain par le nouveau « statut d’artiste »  ? Les auteurs de l’écrit sont en droit de l’espérer.

Le CDH et Défi s’allient dans la guerre des bâtiments scolaires

Le CDH et Défi s’allient dans la guerre des bâtiments scolaires
Mathieu Golinvaux

La saga sur les bâtiments scolaires se poursuit. Les partis CDH et Défi s’associent autour de la question épineuse de la répartition du fonds de relance européen tant espéré par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une enveloppe de 300 millions est prévue pour pallier des années de sous-financements du bâti scolaire. Problème : tout le monde n’est pas d’accord quant à la répartition des parts du gâteau.

À l’instar du Segec (Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique), plusieurs députés CDH s’étaient déjà insurgés de la clé de répartition proposée par Frédéric Daerden (PS), ministre en charge du Budget et des Infrastructures scolaires, qui a aussi la Tutelle du réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). La proposition du Gouvernement est la suivante : 58,6 % des fonds européens seraient attribués au réseau officiel WBE qui scolarise 15 % des élèves, 22,9 % à l’officiel subventionné (35 % des élèves) et 18,5 % aux réseaux libres confessionnels et non confessionnels (50 % des élèves).

Une répartition « totalement disproportionnée qui se fait au détriment des communes et provinces » selon Alda Greoli, cheffe de groupe CDH au parlement de la Communauté française. « Une commune comme Liège accuse un manque à gagner d’environ 1,6 million d’euros. »

Les démocrates indépendants ne s’étaient, en revanche, pas encore fait entendre sur la question. « Nous sommes de fervents défenseurs du réseau officiel. Pour autant, un défenseur de l’officiel honnête ne peut trouver équitable la proposition du Gouvernement », s’insurge le chef de groupe Christophe Magdalijns. « Le réseau libre apporte une contribution essentielle à l’offre scolaire. »

Affectation au programme prioritaire

Au vu de leurs convergences, les deux partis de l’opposition font bloc avec une proposition alternative. Celle d’affecter l’enveloppe budgétaire de 300 millions d’euros du plan de relance européen au programme prioritaire des travaux (PPT) réglé par un décret datant de novembre 2007. Le PPT vise à remédier aux situations préoccupantes du point de vue de la sécurité et de l’hygiène, et qui nécessitent une réaction rapide en raison de la dégradation, de la vétusté ou de l’inadaptation des infrastructures. « Tout en incluant la performance énergétique des bâtiments », souligne Alda Greoli.« Il s’inscrit donc largement dans le cadre européen »

Pour les partis de l’opposition, tout l’intérêt de ce décret repose sur la répartition des crédits. Une Commission intercaractères veille à l’égalité de traitements des dossiers de rénovation introduits par les pouvoirs organisateurs. En se basant sur les répartitions des années précédentes, les 300 millions pourraient se répartir de la sorte : 45 millions pour le réseau WBE (contre 176 millions), 106 millions aux bénéfices des provinces et des communes (contre 69 millions), et 149 millions pour le libre (contre 56 millions).

Le décret de 2007 semble, par ailleurs, faire l’objet d’un consensus au sein des différentes formations politiques. « Initialement, il a été porté par un ministre socialiste sur base d’un décret de Jean-Marc Nollet (Ecolo) dans une majorité arc-en-ciel », pointe la cheffe de groupe des humanistes.

Modifications « mineures »

L’intégration des crédits européens au PPT nécessiterait toutefois quelques ajustements pour répondre aux contraintes et objectifs imposés par l’Union européenne. Raison pour laquelle une proposition de décret signée conjointement par les deux partis de l’opposition sera déposée ce mercredi au président de l’assemblée. Seuls deux articles doivent être changés : l’article relatif aux sommes inscrites qui devront être augmentées et celui visant la date de mise en application. « Des modifications mineures », estime le député Christophe Magdalijns.

Contacté par nos soins, le ministre Daerden dit privilégier la création d’un nouveau chapitre au décret de 1990 relatif aux bâtiments scolaires. « L’Union européenne exige que les travaux soient réalisés pour 2026. Or, nous avons déjà pu attester d’un retard d’exécution dans la mise en œuvre des dossiers inscrits au PPT. Par ailleurs, le PPT est là pour répondre à des travaux prioritaires et non pas à une logique plus structurelle. Dans ce cadre, je ne m’inscris pas dans une logique clé-élève. Un élève égale un élève, mais un euro n’est pas un euro. Les besoins diffèrent en fonction des pouvoirs organisateurs. »

Rappel à l’ordre de la Cour constitutionnelle

En octobre dernier, la Cour constitutionnelle reconnaissait pourtant les discriminations financières dont faisait l’objet le réseau libre et rappelait l’importance de l’égalité de traitement dans l’enseignement. L’Article 27 de la Constitution postule en effet que « tous les élèves ou étudiants, parents, membres du personnel et établissements d’enseignement sont égaux devant la loi ou le décret. »

Le ministre-président Pierre-Yves Jeholet évoquait à nos confrères de La Libre la nécessité de ne pas « perdre de l’énergie dans une nouvelle guerre scolaire » tout en affirmant son intention d’aboutir à un « équilibre total ». Reste à savoir avec quelle enveloppe budgétaire ce rééquilibrage sera possible dans les années à venir.

La proposition de décret du CDH et de Défi sera discutée dans une quinzaine de jours lors de la prochaine commission du budget. Une proposition qui semble avoir peu de chance d’aboutir au vu de la majorité mais qui aura, estime Alda Greoli, « le mérite de faire comprendre à l’ensemble des parlementaires que d’autres voies sont possibles. »

Allemagne: la justice condamne le régime syrien et ses bourreaux

Le Tribunal de Coblence a rendu un jugement historique ce mercredi. A droite, le prévenu, Eyad al-Gharib, dissimule son visage derrière un dossier.
Le Tribunal de Coblence a rendu un jugement historique ce mercredi. A droite, le prévenu, Eyad al-Gharib, dissimule son visage derrière un dossier. - AFP

Ils ne seront plus jamais tranquilles, nulle part. Bachar el-Assad et ses bourreaux ne pourront plus venir se faire soigner à Genève ou faire du shopping à Bruxelles sans être inquiétés. Où qu’ils soient sur la planète, la justice pourra les poursuivre au nom de la « compétence universelle ».

C’est le message du Tribunal de Coblence qui a condamné ce mercredi, pour la première fois dans le monde, un ancien membre des services du renseignement syrien. En condamnant Eyad al-Gharib à plus de 4 ans de prison pour avoir transféré 30 manifestants en 2011 dans une prison de tortures près de Damas, la justice allemande a mis un « petit poisson » derrière les barreaux. Mais elle a transmis également un message clair au dictateur et à ses bourreaux. La justice du monde entier ne les lâchera pas.

« Au-delà de la condamnation, la justice a employé le terme de crime contre l’humanité. C’est ça qui est important », insiste Patrick Kroker, un des avocats de la partie civile et membre de l’ONG « ECCHR » qui aide les victimes dans des procédures. « Ce jugement fera jurisprudence dans d’autres pays », ajoute-t-il.

Le « régime de l’horreur »

La Belgique applique également le principe de « compétence universelle ». Cette dernière permet de poursuivre tous les auteurs de crimes contre l’humanité quels que soient leur nationalité et le lieu du crime sur la planète. Cette procédure a été utilisée par l’Allemagne parce que la Cour internationale de Justice de La Haye n’est pas reconnue par la Syrie. Par ailleurs, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité et allié militaire de Bachar el-Assad, a mis son veto à la constitution d’un Tribunal international pour la Syrie comme ce fut le cas pour la Yougoslavie.

Pour les victimes, le procès de Coblence est l’espoir que la communauté internationale reconnaisse les crimes du régime syrien. Le procureur, Jasper Klinge, a dénoncé un « régime de l’horreur » avec des tortures d’une fréquence « presque industrielle » : coups, électrochocs, pendaisons au plafond par les mains, viols, douche d’eau glacée pour maintenir les détenus éveillés pendant les interrogatoires… Le procureur a décrit des cellules de 50 m2 où s’agglutinent 140 prisonniers dont certains meurent étouffés. Des dizaines de milliers de prisonniers n’ont pas survécu à ces tortures. « Ce procès n’est pas seulement important pour nous. C’est aussi essentiel pour ceux qui sont encore en prison », a déclaré une victime.

Dissimulés sous des perruques

Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont toujours incarcérées dans ces conditions désastreuses. « Ce procès a montré que le régime syrien n’a pas changé. Les mêmes méthodes sont appliquées aujourd’hui. La condamnation a permis de lancer un avertissement à tous ceux qui réclament le retour de réfugiés en Syrie ou qui plaident pour un réchauffement des relations avec Damas », prévient Patrick Kroker. Même en Allemagne, les 800.000 réfugiés syriens ont toujours peur de Bachar el-Assad. Certains témoins venus à Coblence se sont dissimulés sous des perruques pour ne pas être reconnus. « Ils ont peur des représailles contre des membres de leur famille en Syrie », explique Patrick Kroker.

L’accusation a présenté toute une série de clichés de corps mutilés, réalisés par un photographe déserteur de l’armée syrienne. Plus de 50.000 photos montrant près de 7000 détenus syriens morts, roués de coups, affamés et suppliciés. Connu sous le nom « dossier César », ces images ont servi de preuves au gouvernement américain pour voter en 2019 les sanctions contre Damas. En Allemagne, elles ont été analysées par un médecin légiste qui a présenté ses conclusions au tribunal.

La condamnation d’Eyad al-Gharib n’est qu’un début. D’autres instructions sont actuellement en cours contre d’autres bourreaux qui se sont fait passer pour des réfugiés. Le tribunal de Coblence compte rendre un second jugement en octobre contre Anwar Raslan, reconnu en 2014 par une victime dans un centre de réfugiés à Berlin. Accusé de complicité de tortures dans 4000 cas et de complicité d’assassinats dans 58 cas, cet ancien colonel de la Sûreté de l’État risque une peine beaucoup plus lourde que le « petit poisson » Eyad al-Gharib.

Anwar Raslan faisait partie de l’appareil sécuritaire syrien, ce qu’il dément. « C’était mon tortionnaire », a assuré l’avocat syrien Anwar al-Bunni qui l’avait reconnu en 2014 dans un centre d’asile à Berlin. Il s’était fait passer comme réfugié pour refaire sa vie en Allemagne et avait déclaré à l’administration allemande avoir déserté l’armée syrienne pour rejoindre la résistance.

Nethys a payé 127,5 millions de frais de consultance en trois ans

Nethys a payé 127,5 millions de frais de consultance en trois ans
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Alors qu’au printemps 2017 déjà, la commission d’enquête Publifin s’étonnait du nombre de consultants et conseils embauchés par Nethys – 162 prestataires pour la seule année 2016 – ainsi que de l’inflation des frais de révisorat, le recours à des experts extérieurs n’a pas faibli les années suivantes. Ni, vraisemblablement, le montant de leurs rémunérations. Selon le bureau Deloitte, qui a analysé les paiements effectués par le groupe liégeois Nethys entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019, 214 conseils, comptables et réviseurs, spécialistes indépendants de l’informatique ou des relations publiques ont travaillé durant ces trois années pour Nethys au titre de « consultants ». Pour un total de 127,5 millions d’euros.

Les vérifications de Deloitte dans cette mission anti-fraude ont porté sur les 121 prestataires qui ont facturé au moins 100.000 euros entre 2017 et 2019 (ce qui représente 98 % du montant total facturé). Parmi elles : la recherche systématique de pièces permettant de justifier chaque dépense. Et après passage à la moulinette, 35 consultants « attirent l’attention » ou nécessitent « des investigations internes », d’après les auditeurs. Pour un montant total qui frôle les 40 millions d’euros. Parmi eux, l’historique McKinsey, qui a tout de même facturé pour 11.841.060 euros à Nethys sur la période étudiée. Depuis, le cabinet d’audit s’est séparé du « partner » qui œuvrait chez Nethys et a reconnu que le travail réalisé au service de la société liégeoise « n’était pas à la hauteur ». D’où le « geste commercial » consenti en avril dernier : un remboursement à Nethys de 7 millions d’honoraires.

790.000 euros pour BDO

A côté, PwC a également bénéficié d’une bonne part du pactole. Pour ses services de réviseur comme pour une série de missions annexes, il a facturé 1,27 million à Nethys et quatre de ses filiales en trois ans. Dans la liste des conseillers qui ont tapé dans l’œil de Deloitte, on trouve également le bureau BDO, qui était notamment à l’origine de l’étude ayant confirmé la valorisation de la filiale Elicio à 2 euros. Un bureau qui, sur trois ans, a facturé 790.000 euros à la société liégeoise lorsqu’elle était pilotée par Stéphane Moreau. Deloitte épingle notamment BDO dans la catégorie des sociétés qui présentent des incohérences entre les factures et les relevés de prestation. Environ six factures sur dix n’ont, selon l’auditeur, pas de lien avec le projet ou ne contiennent ni annexes ni périodes de prestation mentionnées. Contacté par Le Soir, le patron de BDO, Peter Van Laer, a réagi. « Nous pouvons vous confirmer que toutes nos missions, en ce compris celles réalisées pour Enodia et Nethys, sont réalisées conformément à des lettres de mission. Cela se fait dans le respect de nos règles de qualité et de déontologie, y compris en matière de conflit d’intérêts. Lorsque ces lettres de mission prévoyaient la production d’un rapport écrit ou de toute autre forme de reporting, nous pouvons vous confirmer que cela a été effectivement réalisé ».

Le très cher Ilico

Mais à côté de ces géants de la consultance, Deloitte épingle aussi une série de prestataires indépendants. C’est le cas de Michel Marteau par exemple, ex-rédacteur en chef de Sudpresse, de la DH et du Soir Mag. Et de Charlène Renier, cohabitante légale de Stéphane Moreau depuis 2018, en charge notamment de l’innovation chez Nethys. Le premier, qui conseillait la société dans son activité médias, a signé une convention en mai 2017 lui offrant une rémunération annuelle de 189.000 euros et divers avantages complémentaires. Au total, sur trois ans, il a perçu 587.530 euros pour l’ensemble de ses prestations. Et si sa convention prévoyait un budget maximal de 850 euros par mois de notes de frais, il l’a dépassé à 23 reprises (sur 26 notes remises), pour un excès cumulé de 10.120 euros. Contacté, M. Marteau n’a pas donné suite.

CRE Projets Consulting, la société de Charlène Renier, a quant à elle, selon Deloitte, facturé 320.000 euros sur la période concernée. Deloitte s’étonne également que, malgré son statut de consultante, elle avait le pouvoir d’approuver les factures d’autres collaborateurs du groupe.

Parmi les projets innovants portés par Charlène Renier, le média digital Ilico lancé en mai 2019 et arrêté la même année « pour des raisons stratégiques et financières ». Nethys a investi un peu plus de 1,5 million dans ce projet – dont Michel Marteau était rédacteur en chef – qui n’a jamais trouvé d’audience ni généré de revenu. Dans sa réponse au Soir, Mme Renier commence par « dénoncer ces fuites ». Mais elle se refuse à commenter les montants précités, « puisque la société de consultance mandatée pour réaliser cet audit a manifestement manqué à la règle élémentaire de déontologie qui l’oblige à prendre contact avec les potentiels intéressés afin d’obtenir des précisions ou réponses à des interrogations éventuelles ».

De gourmands avocats

Enfin, la société WL Consulting du recteur honoraire de l’ULiège, Willy Legros, fait également partie des prestataires récurrents de Nethys. Les factures (pour un total de 396.000 euros entre 2017 et 2019) ne sont pas assez détaillées pour Deloitte, qui assure ne pas avoir trouvé de trace de la convention de M. Legros. « J’ai tous les contrats en bonne et due forme, signés et contresignés », répond M. Legros. « Toutes mes missions y sont bien définies ». Plus précisément, il supervise depuis 2017 le projet MeryGrid, un micro-réseau électrique dans la vallée de l’Ourthe. « Je suis le projet depuis le début et je continue à le suivre pour la nouvelle direction de Nethys. »

Deloitte ne reprend pas les conseillers juridiques et avocats dans la catégorie des « consultants », mais dans une rubrique à part. Or, Nethys n’a pas eu la dépense légère pour se faire assister par de prestigieux cabinets. Comme récemment révélé par nos confrères du Vif, 26 prestataires ont facturé plus de 5,4 millions d’euros entre 2017 et 2019. A lui seul, Edgard Van der Straeten (cabinet CEW & Partners) pèse 1,3 million, le cabinet Linklaters arrive en deuxième position avec des factures totalisant 1,2 million. Enfin, les services juridiques de Van Bael et Bellis étaient également appréciés en terre liégeoise, pour un total d’un million sur trois ans.

Football Leaks: quand Anderlecht laisse s’envoler la moitié des 30 millions du transfert Mitrovic-Mbemba

Aleksandar Mitrovic et Chancel Mbemba célèbrent un but sous le maillot anderlechtois, en octobre 2013 à Mons: un double transfert qui soulève bien des questions.
Aleksandar Mitrovic et Chancel Mbemba célèbrent un but sous le maillot anderlechtois, en octobre 2013 à Mons: un double transfert qui soulève bien des questions. - Photo News

Lorsqu’en été 2015, les Mauves concluent le départ de deux de ses cadors, le défenseur congolais Chancel Mbemba et l’attaquant serbe, Aleksandar Mitrovic vers Newcastle, pour un total de 30,25 millions d’euros, cela ressemble à la poule aux œufs d’or. En vérité, on est bien loin du compte. Des documents issus de Football Leaks, obtenus par le magazine allemand Der Spiegel et transmis au Soir et aux autres partenaires européens du réseau European Investigative Collaborations (EIC), il apparaît que l’agent Christophe Henrotay a joué un rôle central dans cette double transaction, ne s’oubliant pas au passage.

L’histoire résume assez bien la façon dont Anderlecht s’est laissé piller par les agents, éblouis par le miroir aux alouettes. Ce double transfert soulève à ce point des questions qu’il fut au centre des perquisitions diligentées par le juge d’instruction bruxellois Michel Claise, en avril 2019, au centre d’entraînement d’Anderlecht à Neerpede et à la Fédération belge de football. Confronté à nos questions sur ce dossier, Henrotay nous a répondu, par la bouche de son avocat, Dimitri Béco : « Il ne vous appartient évidemment pas de procéder à un interrogatoire de mon client. Si des questions doivent être posées qui concernent une enquête en cours, il appartient aux enquêteurs de le faire et mon client y répondra comme il l’a toujours fait. Le reste relève de la sphère privée », avant d’ajouter : « Mon client conteste avoir commis la moindre infraction et entend que chacun, y compris la presse, respecte le principe de la présomption d’innocence. »

Nous sommes le 18 juillet 2015. Alors que l’on a parlé des départs de chancel Mbemba et d’Aleksandar Mitrovic, deux tauliers du RSCA tout l’été, le feuilleton se termine par la conclusion du transfert du Congolais chez les « Magpies », l’ancien club de Philippe Albert et Alan Shearer : 13,25 millions + 500.000 euros d’add-on-fees, une rallonge obtenue en dernière minute lors d’une discussion entre Henrotay et Lee Charnley, le Managing directeur de Newcastle.

Du rêve à la réalité

Cette somme de 13,75 millions vient s’ajouter aux 16,5 millions d’euros du transfert d’Aleksander Mitrovic, conclu quelques jours plus tôt entre Newcastle United et Anderlecht. Cette double transaction permet à Herman Van Holsbeek et au club bruxellois d’annoncer fièrement devant la presse le montant record empoché : 30,25 millions d’euros. De quoi faire rêver à haute voix les nombreux supporters d’Anderlecht, les poches pleines, qui se mettent à imaginer les noms des nouvelles stars du football qui pourraient être attirées vers le Parc Astrid grâce à cette manne d’argent providentielle.

Mais la réalité est beaucoup moins rose, comme le montrent les documents de Football Leaks. En raison d’interventions et de contrats avec une série d’agents, le vrai « profit » de ce double transfert s’avère bien moindre. Après déduction de toutes les commissions et soustraction des montants d’achats antérieurs, Anderlecht dispose d’à peine plus de la moitié du montant record du transfert : 17,1 millions d’euros, le reste revenant aux intermédiaires (Christophe Henrotay mais aussi le super-agent, Pini Zahavi) et aux anciens clubs. Herman Van Holsbeeck, à qui nous avons posé plusieurs questions relatives à ce transfert, n’a pas voulu nous éclairer. « Je tiens à respecter prioritairement les règles en vigueur dans notre Etat de droit. J’entends à ces fins accorder la priorité de mes réponses aux enquêteurs et au juge d’instruction qui dirigent l’enquête ».

Faut-il faire des vaccins contre le covid des «biens publics»?

Reuters.
Reuters.

Alors que les livraisons de vaccins ne suivent pas, des médecins, des associations, des hommes politiques... en Belgique et ailleurs, réclament des mesures plus coercitives comme la licence obligatoire, qui permettrait à des tiers de fabriquer ces vaccins sans le consentement des titulaires du brevet, et la réquisition d’unités de production. L’objectif est double : accélérer l’arrivée des doses sur le marché en multipliant le nombre de producteurs et faire baisser le prix des vaccins pour les rendre plus accessibles notamment aux pays pauvres. Est-ce une option crédible ou pas ? La question divise.

Hedebouw-Goblet, duo rouge inédit pour rendre la norme salariale indicative

Ils partagent des valeurs communes, mais on ne les imaginait pas travailler ensemble… Raoul Hedebouw (PTB, opposition), député fédéral, et Marc Goblet (PS, majorité), député fédéral lui aussi, ancien président de la FGTB, déposent ce mercredi une proposition de loi conjointe. Celle-ci vise, excusez du peu, à réformer la loi sur la formation des salaires (loi de 1996) afin de rendre la norme salariale indicative et plus contraignante. Cette revendication est portée par le front commun syndical (lire par ailleurs), qui juge la marge de négociation, plafonnée à 0,4 % par le Conseil Central de l’Economie, trop étroite au vu de la réalité économique de certains secteurs.

« L’enjeu est clair, martèle le député du PTB. 0,4 %, c’est un blocage pour l’ensemble des salariés du pays, alors que certains engrangent des bénéfices et distribuent des dividendes. » Et Raoul Hedebouw de citer le groupe Carrefour (son bénéfice est en baisse mais ses ventes sont en hausse de plus de 8 %), Mittal (« 300 millions d’euros ont été renvoyés vers la société mère »), Ikea (bénéfices en baisse de 30 %), BASF et Bayer (« Ils ont versé des dividendes respectivement de 2,7 et 3 milliards, alors qu’une hausse des salaires de 5 % ne leur coûterait que 139 millions »)…

Tandem

Bref, le tandem socialo-communiste propose de rendre la norme salariale indicative, en neutralisant également la possibilité qu’a le gouvernement de sanctionner les secteurs qui dépassent celle-ci lors des négociations d’augmentations. « Nous proposons de rendre la liberté de négocier pour la force de travail, comme c’est déjà le cas actuellement pour le prix des marchandises », martèle la figure de proue du PTB.

D’autant, ajoute-t-il, que « le handicap salarial a été résorbé ». Or c’est en raison de l’écart entre les salaires belges et ceux des pays voisins que la loi de 1996 avait été votée, afin de restaurer la compétitivité des entreprises du pays. « Et les diminutions de cotisations sociales, pour 6 à 7 milliards depuis les années 80, ne sont pas prises en compte dans le calcul de la norme, alors que celles-ci représentent pourtant un salaire différé, poursuit-il. Et puis, c’est une spirale négative car les patronats allemand et français vont eux aussi utiliser la modération belge pour baisser les salaires. Or augmenter les salaires, c’est la solution pour relancer l’économie, pas le problème. »

Solo

Marc Goblet n’est pas en reste. Protagoniste dans la rédaction de la proposition de loi, il motive la démarche politiquement : « Je suis un syndicaliste, animé par les valeurs du socialisme, je ne pouvais pas rester au balcon. Et accepter de m’inscrire dans cette logique de la loi de 1996, revue en 2016 par Kris Peeters, alors ministre de l’Economie, selon les exigences de la FEB. Ce texte, je l’ai combattu à l’époque, alors que je siégeais au conseil central de l’économie, car il empêche toute négociation, annule la marge d’action, c’est inacceptable ». Chaud devant : aujourd’hui, c’est un socialiste, Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier et ministre de l’Economie, qui est à la manœuvre, entre les organisations syndicales et le banc patronal…

En l’occurrence, Marc Goblet s’avance en solo dans son camp. Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, ne commente pas. Marc Goblet argumente : « Je leur ai expliqué que Raoul Hedebouw renonçait ici à réclamer la suppression de la loi de 1996 pour promouvoir une proposition de loi qui veut rendre la norme salariale indicative. On m’a dit que je ne devais pas signer avec le PTB. Mais je vais de l’avant. Il y va de mon engagement comme syndicaliste, aussi de mon engagement à respecter ce que nous avons dit clairement durant la campagne électorale, quand on m’a demandé de monter sur les listes PS à Liège pour marquer le coup à gauche, notamment face au PTB… Je ne vais quand même pas aller contre mes convictions profondes parce que le parti a conclu un accord de gouvernement, point à la ligne. J’ai lu il y a quelques semaines que Paul Magnette, Thomas Dermine aussi, en interview, voulaient donner de la marge aux négociations salariales… Eh bien, nous y sommes. C’est le sens de la proposition que je défendrai au Parlement, je prends mes responsabilités ».

Etats-Unis: Donald Trump acculé par la justice pénale new-yorkaise

La première manche de la bataille judiciaire engagée par Donald Trump se solde par une défaite, aux conséquences incalculables pour lui.
La première manche de la bataille judiciaire engagée par Donald Trump se solde par une défaite, aux conséquences incalculables pour lui. - AFP

Donald Trump redoutait ce jour depuis son départ en catimini de la Maison Blanche. Jusqu’au dernier moment, l’ex-président des Etats-Unis s’était battu bec et ongles pour préserver ses prérogatives, contestant le résultat des urnes et dénonçant des prétendues « fraudes massives ». Il savait que, sitôt midi venu, ce 20 janvier, et la prestation de serment de son successeur démocrate Joe Biden, il redeviendrait simple citoyen. Sujet à des poursuites judiciaires, qu’il avait su jusque-là esquiver en s’abritant derrière l’immunité conférée par la fonction présidentielle.

La Cour suprême a sonné le glas de ses dernières illusions, en rejetant ce lundi une ultime requête des avocats de Trump, qui espéraient bloquer la divulgation des déclarations d’impôt de leur client. Depuis 17 mois, le procureur de Manhattan Cyrus Vance Jr. réclamait ces archives fiscales et bancaires au cabinet comptable Mazars USA. En juillet 2020, la Cour suprême avait déjà ordonné à Trump de remettre ses archives comptables. Mais les avocats de l’ex-président avaient alors re-sollicité la Cour pour contester l’étendue des documents requis. Visiblement soucieux de se tenir à l’écart des soubresauts électoraux de l’automne et de la passation de pouvoir présidentiel, les neuf « sages » ont attendu six mois pour rendre leur verdict. Sans offrir de commentaire ni d’avis divergent, ils ont refusé d’annuler la décision du juge fédéral. La première manche de la bataille judiciaire engagée par Donald Trump est donc une défaite, aux conséquences incalculables pour lui.

Deux call-girls de luxe

A l’origine, le procureur new-yorkais s’intéressait aux paiements effectués avant la présidentielle de 2016 sur ordre de Donald Trump à deux call-girls de luxe : Stephanie Clifford, alias « Stormy Daniels », et Karen McDougal. L’enquête pénale, menée à huis clos et devant un grand jury, s’est rapidement étendue à toute une sphère de crimes et délits financiers potentiellement commis par l’ex-président et ses associés, et pourrait aboutir à des inculpations dans les mois à venir. Selon des documents déposés au tribunal de Manhattan, il est question de fraude fiscale, fraude aux assurances et fraude bancaire. L’ex-avocat personnel de Trump, Michael Cohen, qui finit de purger une peine de trois ans de prison, affirme que son ancien client et son entreprise auraient gonflé ou réduit artificiellement la valeur de ses actifs immobiliers, afin d’obtenir des prêts bancaires ou réduire le fardeau fiscal. Une manipulation profitable : d’après des documents fuités au New York Times en septembre 2020, Donald Trump aurait ainsi évité de payer des impôts fédéraux pendant 11 des 18 ans d’archives consultées par le quotidien.

Déclarant des pertes massives, il n’aurait payé que 750 dollars d’impôts (617 euros) en 2016 et 2017. En outre, les enquêteurs auraient interrogé des employés de la Deutsche Bank, l’établissement financier lié depuis plus de quatre décennies à Donald Trump et sa holding, la « Trump Organization ».

Outre Vance, Donald Trump se trouve aussi dans le collimateur de Letitia James, la procureure démocrate de l’Etat de New York, qui mène une enquête en parallèle mais dans le cadre d’une procédure au civil, sur les allégations de fraude bancaire et fraude aux assurances. A Vance et James s’ajoute une enquête préliminaire au pénal lancée par la procureure Fani Willis en Géorgie, à la suite d’un appel téléphonique passé le 2 janvier par Donald Trump à des responsables électoraux en vue d’inverser les résultats du scrutin.

« Le travail continue »

Cyrus Vance Jr. a désormais les coudées franches pour exiger de la firme Mazars USA la mise à disposition de tous les documents relatifs à la situation fiscale de Trump. « Le travail continue », a commenté Vance lundi. « Cy Vance quittera ses fonctions en janvier 2022, et ce dossier sera donc son legs à la postérité », insiste Dave Aronberg, procureur du comté de Palm Beach, en Floride. « Cela fait trois ans qu’il enquête sur Trump. Je pense qu’il va probablement essayer de boucler ces investigations au plus tard cet été. Si j’étais Trump, je commencerais à me trouver des avocats sans tarder ».

Lundi, le « Bureau du 45eprésident » a publié un communiqué dans lequel Trump dénonce « la poursuite de la plus grande chasse aux sorcières de l’histoire de notre pays ». Il critique amèrement la décision de la plus haute instance judiciaire, qui « n’aurait jamais dû laisser passer (cela), mais ils l’ont fait ». Après y avoir nommé trois juges en quatre ans, Donald Trump espérait qu’une assemblée majoritairement conservatrice lui serve de recours ultime pour tout obstacle jeté en travers de sa route. « Je continuerai à me battre, comme je le fais depuis cinq ans (avant même d’être élu) en dépit de tous les crimes électoraux perpétrés contre moi », ajoute-t-il. « Et nous gagnerons ».

Cette volonté de politiser un dossier judiciaire permet à l’ancien chef de l’Etat de maintenir le lien avec sa base militante, de conserver l’espoir ténu de briguer à nouveau la présidence et de lever des fonds auprès de ses partisans. Trump est assis sur un trésor de guerre, qui s’élevait à 71 millions de dollars, dont 31 millions se trouvaient déj́à dans les caisses d’un nouveau comité d’action politique (PAC) intitulé « Save America ». Estampillé « Trump 2024 », celui-ci pourrait en revanche servir bien plus tôt que prévu à d’autres investissements impérieux : la constitution d’une équipe d’avocats pénalistes, en vue d’une probable inculpation formelle à Manhattan. « Et d’un calibre supérieur à ceux, calamiteux, recrutés pour assurer sa défense lors de son deuxième procès en impeachment au Sénat », renchérit le procureur Dave Aronberg. Cette fois, sans filet de sécurité garanti par des édiles républicains tétanisés. Donald Trump seul face à ses juges : le scénario que le nouveau résident de Floride craignait par-dessus tout.

Birmanie: la peur des Rohingyas face au retour de la dictature militaire

Arrestation de Rohingyas accusés d’avoir tenté de franchir illégalement la frontière birmane, en février 2020 à Rangoun: la peur de nouvelles exactions de l’armée.
Arrestation de Rohingyas accusés d’avoir tenté de franchir illégalement la frontière birmane, en février 2020 à Rangoun: la peur de nouvelles exactions de l’armée. - Reuters

Décodage

Depuis neuf ans, Rayan vit dans un ghetto géant où se massent 1,2 million de réfugiés rohingyas, sur la péninsule de Teknaf, au sud du Bangladesh. A 31 ans, il est confiné à son sort d’apatride et à la misère de ces camps, qui restent sous perfusion de l’aide humanitaire. Le retour improbable au pays natal, la Birmanie, est le seul espoir qui l’anime mais cette perspective s’estompe plus encore depuis le coup d’Etat militaire du 1er février. « Notre avenir s’assombrit », commente le jeune homme. « Nous sommes très inquiets par rapport à la possibilité des rapatriements, au sort tout entier de la Birmanie, et à nos frères rohingyas qui sont restés là-bas et sont en danger, car l’armée peut les cibler à tout moment. »

Au fil des ans passés dans les camps, Rayan a vu l’histoire des siens s’enliser. Les Rohingyas n’ont jamais cessé de fuir leur État de Rakhine, en Birmanie. Minorité musulmane, ils sont considérés comme des parias par le pouvoir bouddhiste birman qui, en 1982, les a dépossédés de leur citoyenneté. En août 2017, les massacres perpétrés dans le Rakhine par les soldats birmans ont à nouveau poussé en masse les Rohingyas vers le Bangladesh. 742.000 d’entre eux ont déferlé dans les camps, avec des récits de viols, d’exécutions et de villages incendiés. « Nous sommes les survivants d’un génocide », dit Rayan, qui a demandé à changer son nom, par peur des militaires.

« Simulacre et compromissions »

Aujourd’hui, le sort des Rohingyas en Birmanie est à la merci du pire ennemi : la Tatmadaw, l’armée birmane. Le cerveau du putsch, le général Min Aung Hlaing, est l’homme qui a dirigé les massacres de l’été 2017, bien qu’il avance une répression justifiée par la nécessité de contrer un groupe d’insurgés du Rakhine. La Birmanie n’en est pas moins accusée de « génocide » par les Nations unies et ses dirigeants sont jugés par la Cour internationale de Justice à La Haye, qui a auditionné, en 2019, la cheffe du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi. L’ancienne icône de la dissidence est restée de marbre.

Si les généraux la détiennent aujourd’hui, Aung San Suu Kyi n’en tire aucune sympathie de la part des Rohingyas, qui gardent de son gouvernement l’image d’un simulacre de démocratie et de compromissions avec la junte. « Sous son mandat, le Rakhine est devenu une zone de guerre. Pour nous, elle a perdu sa dignité et son respect », lâche Rayan, qui lui porte une haine à la hauteur de sa déception.

Mais un gouvernement civil, aussi limité soit-il, pouvait freiner certaines velléités militaires. Sans filet, les généraux se livreront-ils à de nouvelles attaques contre les Rohingyas ? « Ils ont déjà donné la preuve par le passé de leur volonté d’user de la violence à l’encontre des Rohingyas, qui sont donc très vulnérables », alerte Tun Khin, président du groupe britannique « Burma Rohingya Organization ». En Birmanie, quelque 600.000 Rohingyas vivent encore dans le Rakhine, et 126.000 d’entre eux sont déplacés, pour certains dans des camps précaires. Ils restent privés de citoyenneté et vivent dans des conditions proches d’un « apartheid », selon Amnesty International. « Le coup d’Etat les expose davantage à un risque d’atrocités », affirme Daniel Sullivan, avocat spécialisé dans la défense des droits des réfugiés.

Appel aux sanctions et au boycott

En dépit de l’instabilité actuelle, le Bangladesh persiste dans sa volonté de poursuivre le processus de renvoi des Rohingyas en Birmanie, en vertu d’un accord conclu fin 2017. Pour cette nation pauvre, les réfugiés sont un fardeau et les autorités tentent même d’en transférer une partie sur une île aménagée à cet effet, malgré la réprobation des défenseurs des droits de l’homme. Car Rangoun traîne à réintégrer les indésirables qui, pour leur part, ne veulent pas revenir sans la garantie de leur sécurité et de leurs droits. « La probabilité d’un rapatriement des Rohingyas était quasi au point mort avant le coup et elle s’amenuise plus encore à présent », estime l’avocat Daniel Sullivan.

Certains activistes et experts espèrent que le putsch militaire poussera la communauté internationale à mettre la Birmanie face à ses responsabilités, en dépit du soutien que lui accorde la Chine. A commencer par la poursuite du procès pour génocide conduit à La Haye. « Sans une réponse internationale forte, les militaires ne reculeront pas », affirme Simon Billenness, qui en appelle aux sanctions et mène des campagnes de boycott pour pressuriser les intérêts financiers des militaires. Dans sa ligne de mire, des firmes étrangères qui traitent avec la junte, comme le français Total ou l’américain Chevron.

Dans l’immédiat, face à l’ennemi commun, le peuple birman s’unit dans la protestation. « Dans les rues de Rangoun, et pour la première fois, des Rohingyas et des Birmans ont manifesté côte à côte », se félicite Tun Khin. Depuis leurs camps du Bangladesh, Rayan et ses frères d’infortune sont solidaires du mouvement de désobéissance civile qui livre un bras de fer à la dictature militaire. Mais, ne connaissant de son pays que l’exclusion, Rayan reste méfiant face à cette soudaine unité : « La véritable solidarité reste impossible tant qu’il existe encore de la haine dans le cœur des gens. »

Révolution médiatique: le podcast, une tendance incontournable

26 % : c’est le nombre de Belges qui ont écouté un podcast au cours du dernier mois selon le rapport 2020 du Reuters Institute for the Study of Journalism, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2019. Des auditeurs et auditrices en général jeunes, qui écoutent les podcasts via leurs smartphones.

Aujourd’hui, le podcast est partout. Il apparaît en pop-up lorsque vous ouvrez Spotify, se décline sur les sites des journaux, devient une proposition sonore à part entière dans des propositions fictionnelles ou documentaires. 2020 a vu naître près de 900 000 nouveaux podcasts, soit le triple de 2019. Tout le monde s’est mis à surfer sur la tendance, souvent avec succès. Ainsi, le podcast quotidien du New York Times attire 2 millions d’auditeurs par jour et, bien que les revenus publicitaires soient substantiels, le principal objectif stratégique est d’attirer de nouveaux abonnés et de créer de nouvelles habitudes avec les abonnés existants.

« Le marché du podcast a beaucoup évolué ces cinq dernières années », confirme Marion Girard, responsable de production chez Louie Media (Emotions, Le Book Club, Passages…), auparavant développeuse des podcasts chez Brain Magazine. « Il a pris beaucoup d’ampleur en termes de nombre d’auditeurs réguliers. C’est une augmentation croissante (les podcasts de Louie Media ont généré 830 000 écoutes en décembre dernier, NDLR). Le format existe depuis longtemps mais qui était un peu désuet parce que très lié à la radio. À partir de 2014, on a vu apparaître une nouvelle vague venue des États-Unis, avec des nouveaux formats très innovants. Petit à petit, c’est devenu un nouveau support médiatique pour aborder tout un tas de sujets. »

Les plateformes : un allier de la popularisation

Un nouveau support médiatique, à part entière, qui a trouvé sa place auprès d’un plus large public notamment depuis son apparition sur les plateformes traditionnelles. « L’entrée en jeu des plateformes permet une plus grande accessibilité et la découverte de propositions datant parfois de plusieurs années », note Morgan Liesenhoff, Coordinatrice à la programmation du Brussels Podcast Festival (BPF) dont la deuxième édition débutera ce 25 février. « Spotify fait des recommandations comme il le ferait pour des artistes musicaux. Le podcast est entré dans nos smartphones. Autant de choses qui le rendent plus accessible alors qu’avant on était plus dans des niches. » « Pendant des années, j’ai eu l’impression de jeter une bouteille à la mer en postant des choses sur Soundclound par exemple », sourit Thibault Coeckelberghs, qui présentera notamment « À l’ouest » lors du BPF. « Aujourd’hui, ce sont toujours des bouteilles à la mer mais de plus en plus de gens les cherchent. »

Un constat que confirme Marion Girard de chez Louie Media. « On s’en rend compte sur plein de données. L’âge des auditeurs et auditrices, initialement les podcasts étaient écoutés pas les 18 – 30 ans, aujourd’hui ça se diversifie. Idem pour la géolocalisation, à l’origine très urbaine et qui s’étend maintenant au-delà. C’est une bonne nouvelle car elle signifie que le podcast devient grand public et accessible à tous. »

Une des clés du succès ? Des objets sonores à part entière, et plus simplement un moyen de rattraper l’émission que vous aviez loupée à la radio. « À l’origine, les podcasts étaient des formats de plateau, proches de la radio », continue Marion Girard. « Aujourd’hui, il existe des choses beaucoup plus variées et des formats beaucoup plus développés : du documentaire, du reportage, de l’enquête, de la fiction… On réfléchit beaucoup à l’expérience sonore qu’on va proposer. Il y a une immense évolution dans la méthode de travail entre les podcasts que je produisais il y a cinq ans et ceux que je produis aujourd’hui. » D’ailleurs, la production d’un épisode de 30 à 40 minutes chez Louie Media met en moyenne entre 3 semaines et un mois pour les sujets hors actualité.

Un modèle de financement qui se cherche encore

Le podcast natif, un format nouveau qui peine encore parfois à trouver son modèle économique. Si les appels à projets (chez nous de la RTBF par exemple) permettent de produire certains projets, ils ne bénéficient souvent pas de la même assise que les grandes maisons de presses ou que les médias publics. « En France, le podcast est le seul format médiatique qui ne bénéficie d’aucune aide de l’Etat », fait remarquer Marion Girard. « Il faut donc réfléchir uniquement à des solutions de financement externe. » Ces solutions sont multiples : un club d’abonnés mécènes, des messages publicitaires en début ou en fin d’épisode, la production de contenus pour des clients ou… partenaires. « Dans les nouveaux médias, c’est un peu plus rentré dans les habitudes de production de contenu en général. Les partenariats nécessitent un échange très honnête avec les clients sur les limites que l’on va fixer aux productions. On ne produit pas l’importe quoi à n’importe quel prix. »

Un modèle encore fragile, mais qui a de beaux jours devant lui. « Le podcast permet de sortir des cases, de donner la voix à des personnes qu’on entend moins, d’aborder d’autres sujets. C’est ça la vraie révolution : on recrée des possibilités », conclut Morgan Liesenhoff.

Energie: le photovoltaïque belge égale la puissance nucléaire… mais pas la production

Energie: le photovoltaïque belge égale la puissance nucléaire… mais pas la production
Sylvain Piraux / Le Soir

La puissance installée de photovoltaïque en Belgique égale désormais celle de nos deux centrales nucléaires. C’est ce qui ressort des statistiques publiées ce mercredi par l’APERe, l’ASBL de promotion des énergies renouvelables. L’année 2020 a en effet été une année record en matière d’équipement solaire dans le pays, avec 1 GWc supplémentaire installé, ce qui porte le parc photovoltaïque à 6 GWc (6.036 MWc). Pour rappel, les sept réacteurs nucléaires de Doel et Tihange affichent une puissance totale de 6 GW.

En termes d’électricité produite, on est toutefois encore loin du compte. En cause : l’intermittence de la production solaire – qui dépend par nature de l’alternance jour/nuit et de la couverture nuageuse. Le photovoltaïque affiche ainsi un « facteur de charge » – la quantité de courant produite réellement comparée à la production totale théorique – d’environ 10 %. En 2020, le photovoltaïque a fourni 5 TWh de courant, soit 6 % de l’électricité totale consommée en Belgique l’an dernier (82 TWh).

Le facteur de charge d’un réacteur nucléaire, par contre, est d’environ 80 %. Dans une année normale donc, les 6 GW de nucléaire belge produisent plus de… 42 TWh. L’an dernier, en raison de nombreuses indisponibilités liées à des travaux d’entretien, les centrales n’ont tourné qu’à 62,3 %, ce qui représente une production d’un peu moins de 33 TWh.

Record à Bruxelles

En dépit de puissances installées désormais comparables, l’écart de production entre solaire et atome reste très conséquent. Mais la croissance des installations photovoltaïques se poursuit donc bel et bien. La Flandre porte la dynamique avec plus de 800 MWc installés en 2020, suivie par la Wallonie, avec environ 140 MWc, et Bruxelles, qui bat son record en dépassant les 50 MWc. La capacité annuelle installée a crû de 25 % par rapport à 2019, ce qui constitue un autre record.

Alors que le nord et le centre du pays se sont démarqués positivement, l’association constate une diminution des installations au sud du territoire. Si la Région wallonne avait suivi la performance des autres Régions, elle aurait ainsi installé 3 fois plus, soit entre 350 et 400 MWc, et non pas 140 MWc comme on l’a vu. Pour l’APERe, ce ralentissement wallon s’explique notamment par une baisse de 60 % des grandes installations (250 à 750 kWc) et un effondrement de 85 % sur les très grandes structures (plus de 750 kWc). Les petites installations se maintiennent, elles, partout sur le territoire ou y sont en forte augmentation, comme en Flandre. Ces petites installations (inférieures ou égales à 10 kWc) représentent 60 à 65 % de la puissance installée à l’échelle belge, les 10 à 250 kWc représentent 10 %, et les grandes et très grandes installations représentent 2 % respectivement, détaille l’ASBL.

Dans ces conditions, notre pays a largement dépassé l’objectif qu’il s’était fixé de 5 GWc de photovoltaïque installé en 2020. De quoi justifier, selon l’APERe, de revoir nos ambitions à la hausse, avec un rythme d’installation de 1,5 GWc par an d’ici 2030, pour atteindre 22 GWc, au lieu des 11 GWc actuellement visés. Un scénario réalisable, selon l’association, d’autant que les prix deviennent toujours plus abordables.

Inquiétude pour le renouvelable wallon

Dans une réaction, Edora, la fédération des énergies renouvelables, considère 2020 comme une année favorable aux projets photovoltaïques à l’échelle de la Belgique, et en particulier de Bruxelles. Mais elle s’inquiète de la situation en Wallonie. Selon Edora, « le gouvernement wallon se doit donc de relancer structurellement ce secteur en apportant une visibilité suffisante à ses acteurs, via un mécanisme de soutien adéquat et spécifique au développement des différents types d’installations, tout en dégageant les moyens nécessaires lui permettant de répondre aux enjeux climatiques et énergétiques ». Cela alors que la Région s’est fixé dans son Plan National Energie Climat (PNEC) un objectif correspondant à une installation annuelle de 220 MWc d’ici à 2030, et que le gouvernement wallon lance un vaste chantier de révision à la hausse de ses objectifs climatiques. Il en va de même pour la filière éolienne au sud du pays qui n’a installé que 70 MW en 2020 – pour un objectif affiché de 100 MW. De quoi laisser présager un problème structurel pour le secteur renouvelable et le respect des engagements climatiques de la Région, redoute Edora.

La Wallonie doit dès lors se donner les moyens de réaliser ses objectifs en élargissant les enveloppes de certificats verts disponibles, déjà épuisées pour 2021 et laissant actuellement peu de perspectives pour la concrétisation de nouveaux projets renouvelables cette année, préconise notamment la fédération. Le moment est également venu de prendre les mesures tarifaires qui s’imposent en matière d’autoconsommation collective et de communautés d’énergie renouvelable, pour favoriser la consommation « en circuit court » de l’électricité renouvelable produite par les installations renouvelables décentralisées, conclut Edora.

Thierry Hellin ou l’insoutenable fragilité de l’être

« And now », dans  un accent venu du fin fond de la Wallonie,  accouche d’un  « Hainaut ».
« And now », dans un accent venu du fin fond de la Wallonie, accouche d’un « Hainaut ». - DR

Thierry Hellin est au stand-up ce que le clown blanc est au cirque : il est censé nous faire rire mais c’est finalement une insondable tristesse que dégage tout son être. Avec ses numéros d’humoriste qui virent en traversées d’équilibriste, le comédien belge nous rappelle que l’humour est la politesse du désespoir.

Tout a commencé début février sur YouTube. Costume noir et micro en pied sur une scène vide : le décorum classique du stand-up est planté. Même l’entrée en matière souscrit aux codes du genre : « And now, Ladies and Gentlemen… » Avec sa dégaine de neurasthénique contrarié, on pourrait croire à une « guest » apparition de Ricky Gervais sauf que son « And now », dans un accent venu du fin fond de la Wallonie, accouche d’un « Hainaut » en écho à cette pancarte qu’il tient sous le bras.

«  C’est d’abord ce jeu de mots pourri qui m’est venu un soir où je n’arrivais pas à m’endormir , se souvient Thierry Hellin, à l’arrêt forcé depuis que les théâtres sont fermés. Privé de nombreuses reprises sur les scènes ( Le champ de bataille de Jérôme Colin, La ville des zizis d’Eline Shumacher, Playback d’histoires d’amour de Delphine Bibet, Axe d’Agnès Limbos), le comédien a l’idée d’écrire un texte qu’il jouerait dans une salle vide avec, en fond sonore, de faux rires et applaudissements. «  Je voulais partir de ce qu’on vit, de notre fragilité, de tout ce que le confinement charrie mentalement. Je ne connais pas vraiment les codes du stand-up mais j’aime regarder les humoristes. Je trouve par exemple que Blanche Gardin est exceptionnelle dans sa façon de parler du quotidien avec dérision. Et puis les faux rires, ça aide. Ça donne un support, ça comble les silences, les manques, les creux. »

« Sauver ma peau »

Un premier texte dans la sacoche, l’artiste se rend à un filage, au Théâtre de Poche, de Je ne haïrai pas , mis en scène par Denis Laujol. «  C’était magnifique ! Dans la foulée, j’ai demandé aux régisseurs son et lumière s’ils pouvaient me consacrer 20 minutes. On a tendu une toile, posé un micro et on a enregistré. Une prise, qu’on garde telle quelle. »

Le résultat, posté sur les réseaux sociaux, est partagé des milliers de fois. Boxant constamment entre le rire et les larmes, la mélancolie talonnant le sourire, Thierry Hellin se raconte avec une sorte de gaieté douloureuse. Peut-être parce qu’on pourrait en rire, de cette crise sanitaire, si ce n’était à en pleurer. Les faux rires et applaudissements enregistrés ont beau tenter de faire illusion, dans ces 11 minutes de stand-up, c’est au fond une histoire dramatique que formule Thierry Hellin.

A travers les rires nerveux, c’est un profond mal-être que laisse affleurer le comédien. «  Je me fragilise, je fragilise de plus en plus ceux qui sont autour de moi, je les perds et je perds mon humour  », s’exclame-t-il entre deux blagues pour faire diversion. «  Je ne fais pas ça parce qu’il faut se réinventer – on se réinvente tout le temps de toute façon. Non, je fais ça pour sauver ma peau.  »

La perte de sens, le doute qui s’insinue, les idées noires qui vrillent. Tout doit sortir. Il a beau avouer que la veille, il a failli se foutre en l’air, le (faux) public continue de se fendre la poire, allusion peut-être à l’indifférence des politiques face au désespoir grandissant des artistes.

Y croire malgré tout

« C’est fait à l’arrache, précise l’apprenti stand-uppeur. Ce n’est pas un projet très réfléchi. Ce sont plutôt des impulsions.  » Devant les retours chaleureux et la diffusion-éclair sur les réseaux sociaux, Thierry Hellin décide de créer un deuxième opus. Cette fois, c’est avec une pancarte « Brabant » qu’il déboule sur scène. Et ce nouveau jeu de mots douteux : «  Les Brabant tombent. » Avant de s’excuser : «  Ça fonctionne pas mieux que la première fois, hein ?  » S’il semble aller un tout petit peu mieux –  «  comme quoi, créer, ça aide  »  – il en a encore gros sur la patate. Pourquoi n’entend-on jamais prononcer le mot « culture » dans les discours politiques ? «  C’est pourtant pas difficile  », affirme le comédien qui se met à le prononcer dans de nombreuses langues. Même en tamoul, ce qui s’avère quand même plus épineux. Comme la première fois, il n’y a personne dans la salle, ce qui n’empêche pas l’acteur de se démener, pour continuer de jouer, d’y croire malgré tout. Il imagine des drames ou des vaudevilles, des pièces sur l’inceste ou la Palestine.

Et pourquoi pas une pièce qui ferait se rencontrer Lionel Messi et Simone de Beauvoir. Il tente même quelques figures de claquettes. Et pense à tous ceux que la crise sanitaire a rendus invisibles : «  Plein d’artistes travaillent en ce moment mais ça ne se voit pas. Ça s’entasse. Un jour, on va prendre un chinois (de cuisine, NDLR) et on va y passer toutes ces histoires. On va presser et il en restera quelques-uns. Certainement pas tous. Pourtant, il y a des solutions. Mais il faudrait peut-être prononcer le mot d’abord.  »

Thierry Hellin ne sait pas encore s’il y aura un troisième jet. « Je ne veux pas que les gens pensent que ces vidéos sont une manière de me mettre en avant. Je l’ai fait pour essayer de nous raconter, nous, les artistes. Pour être vu et entendu au-delà des gens du milieu. Je sais par exemple que, dans ma famille, qui n’évolue pas dans le milieu artistique, quand ils voient ça, ils se disent qu’ils comprennent mieux. J’ai le sentiment qu’il y a une méconnaissance de notre métier, surtout chez les politiques. Non, nous n’avons pas juste “besoin de nous exprimer”, comme cela a été dit. Je suis bien sûr solidaire des mesures sanitaires mais il y a certainement moyen de rouvrir de manière parcimonieuse. Notamment pour retrouver de l’inattendu. Car il n’y a plus d’inattendu dans nos vies. Dans les rencontres qu’on pourrait faire, au café ou au théâtre, tout est coupé. Le bien-être est cassé et il faut tenter de le réparer.  »

France: Éric Zemmour tenté par la présidentielle

Eric Zemmour, ici en octobre dernier, consulte et teste l’hypothèse de sa mise sur orbite présidentielle dans les milieux d’extrême droite.
Eric Zemmour, ici en octobre dernier, consulte et teste l’hypothèse de sa mise sur orbite présidentielle dans les milieux d’extrême droite. - Photo News

Ce n’est encore que l’ébauche d’une plateforme numérique. Un site, baptisé « JesignepourZemmour » qui invite ses partisans à se tenir informés de son actualité. Mais ajouté à la récente couverture de l’Express (« La tentation présidentielle ») ainsi qu’à celle du magazine de la droite dure Valeurs actuelles (« La tentation Zemmour »), le doute n’est plus permis. L’auteur du « Suicide français » (Albin Michel), vendu en 2014 à près de 500.000 exemplaires et condamné pour provocation à la haine songe sérieusement à se présenter à la présidentielle de l’an prochain.

Interrogé récemment sur la chaîne Paris Première, Éric Zemmour ne s’est pas totalement dévoilé. « Ce n’est pas ici et aujourd’hui que je vais vous le dire », répondait-il à une question sur ses ambitions. Mais sans nier qu’il se prépare.

Le fait est que le polémiste qui écrit toujours dans Le Figaro et booste surtout l’audience de CNews (900.000 spectateurs pour son émission « Face à l’info » tous les soirs) consulte et teste l’hypothèse de sa mise sur orbite présidentielle dans les milieux d’extrême droite. Le maire d’Orange, Jacques Bompard, le soutient. Tout comme celui de Béziers, Robert Ménard, qui rêve d’une droite « hors les murs ». Marion Maréchal Le Pen l’observe aussi.

Un sondage Ifop le crédite d’un potentiel électoral de 13 %. « Non négligeable », selon l’institut, même si son directeur-général adjoint Frédéric Dabi met en garde : « L’audience médiatique ne construit pas forcément une candidature présidentielle ».

Au RN, même pas peur ?

Au Rassemblement national, on est aux aguets, même si Marine Le Pen minimise le danger. « Il y a vouloir et pouvoir. Moi quand j’étais jeune, je voulais être Miss France », a-t-elle confié à ses proches selon l’enquête de l’Express. Mais Zemmour ne s’en cache pas. Il trouve « nulle » et « trop à gauche » la présidente du RN. Et claironne déjà ses idées qui pourraient se muer en programme : l’arrêt de l’immigration, la fin du droit du sol, la préférence nationale pour les allocations familiales, notamment.

Lors des Européennes, le parti d’extrême droite lui avait proposé une place sur sa liste. Zemmour avait refusé. De place, Zemmour ne veut que la première.

Au point, s’il devait aller jusqu’au bout de la démarche, de gêner Marine Le Pen ? « Forcément, car ils sont sur le même électorat », explique Sylvain Crépon, politologue à l’université de Tours et spécialiste de l’extrême droite. « Ils défendent la même thématique identitaire qui va chercher à plaire aux petites classes moyennes. Même si Zemmour attire avec ses livres des lecteurs plus cultivés et draine avec son émission des téléspectateurs plus âgés et plus diplômés, ceux-là auront tendance à se rabattre sur un candidat conservateur classique quand il s’agira de voter ». Quant à l’avantage que Marine Le Pen pourrait tirer de lui dans un éventuel second tour face à Macron, le politiste n’y croit pas davantage. « Serait-il capable d’aller chercher au-delà de l’électorat traditionnel de Marine Le Pen pour lui permettre de rassembler davantage ? Vraisemblablement pas ».

Le politologue Luc Rouban, membre du centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) est encore plus sceptique. « L’histoire est pleine de ces candidats de la droite radicale qui, comme Asselineau ou Cheminade, ont tenté leur chance lors d’une présidentielle », dit-il. « Au maximum, ils ont fait 3 % », poursuit l’analyste. Qui relève malgré tout une demande d’autorité des Français, dans un contexte où la candidature du général Pierre de Villiers, ancien chef d’État-major des armées, suscite elle aussi un certain intérêt. « Mais cette demande d’autorité n’est pas une demande d’autoritarisme », nuance l’expert. À ses yeux, il manquerait aussi au profil d’Éric Zemmour des côtés essentiels : « une compétence économique, une stature internationale et un ancrage local ». À l’en croire, Zemmour ne serait ainsi pas en capacité de bouleverser la donne présidentielle. La question ne serait pas de savoir si Marine Le Pen passerait le cap du premier tour, mais seulement de savoir à qui elle serait confrontée au second…

Affaire Nethys: la Banque nationale fait le ménage et prend le pouvoir chez Integrale

Affaire Nethys: la Banque nationale fait le ménage et prend le pouvoir chez Integrale
D.R.

Ça ne rigolait déjà plus beaucoup chez Integrale, ces dernières semaines. Mais là, ça ne rigole plus du tout. L’assureur liégeois, détenu à 71 % par le groupe Nethys, est depuis plusieurs mois à la recherche d’un repreneur afin de pouvoir répondre aux strictes normes de solvabilité européennes et aux exigences de la Banque nationale. Considérée comme sous-capitalisée par son régulateur, Integrale doit trouver environ 200 millions d’argent frais. Et comme son principal actionnaire, Nethys, refuse de rouvrir son porte-monnaie, estimant qu’il a déjà bien assez donné (et perdu), il ne reste que deux scénarios possibles : trouver un repreneur prêt à injecter du capital frais ou démanteler d’une façon ou d’une autre la société.

Le conseil d’administration s’écharpe autour de ce dilemme depuis des semaines, ce qui a déjà provoqué un changement de présidence. Au total, quatre candidats ont fait montre de leur intérêt : Athora, Monument RE, Lynx Capital et RiverRock. Mais, après de multiples rebondissements, il nous revient qu’il ne reste aujourd’hui plus qu’une seule offre sur la table : celle de RiverRock. Offre que plusieurs administrateurs ne trouvent pas convaincante. Et c’est l’impasse. L’autre option étant de vendre les actifs un par un ou de mettre la société en liquidation pour récupérer un maximum.

Un trio Flamée – Fyon – Vermeire

Un conseil d’administration d’Integrale était programmé ce mardi à 16 h, pour réexaminer la situation. Car cela fait un moment que la Banque nationale s’impatiente face à ce blocage… Le 10 novembre dernier, elle avait déjà décidé de mettre sous tutelle la société liégeoise, en y nommant un commissaire spécial (Kenneth Vermeire), censé accompagner le processus de vente ou de liquidation. Un commissaire muni d’un droit de veto lui permettant d’annuler toute décision prise par les dirigeants.

Mais voilà que la BNB va un cran plus loin. Ce mardi matin, elle a décidé de prendre le contrôle d’Integrale, en remplaçant les actuels membres du conseil d’administration et du comité de direction. Dans un courrier d’une dizaine de pages, le régulateur a fait savoir aux instances d’Integrale qu’il a décidé de nommer un collège d’administrateurs provisoires pour se substituer aux organes en place. La Banque leur reproche notamment un manque de professionnalisme dans leur gestion. Les actuels conseil d’administration et comité de direction seront donc remplacés par un trio : Kenneth Vermeire (le commissaire spécial), Marc Fyon (avocat chez Stibbe) et Michel Flamée (professeur de droit économique et financier à la VUB).

L’actuel conseil se réunira une dernière fois comme prévu ce mardi soir pour prendre acte du courrier de la BNB, qui met tout le monde sur la touche. Puis le nouveau trio prendra le relais dès mercredi matin, 8 heures tapantes.

Dans un communiqué de presse diffusé durant la nuit de mardi à mercredi, Integrale confirme les informations du Soir. Un collège d’administrateurs provisoires « reprend les pouvoirs et responsabilités du conseil d’administration et du comité de direction », écrit l’assureur. En précisant toutefois que le comité de direction continuera de « disposer des responsabilités et des pouvoirs de décision et de représentation relatifs à la gestion journalière de l'entreprise à l'exclusion d’actes et décisions limitativement énumérés ». Sans que cette liste ne soit connue. Integrale ajoute que la mission du nouveau trio « sera de finaliser l’analyse des possibilités de reprise déjà effectuée par le commissaire spécial, de prendre toutes les mesures pour faciliter un transfert d’activité et de conclure la cession des activités s’il existe un candidat acquéreur sérieux ».

Article mis à jour le 24 février, en y intégrant la réaction d’Integrale

Vaccins: chez Pfizer, à Puurs, l’UE tente de désamorcer de probables pénuries

Ces caisses en carton contiennent de quoi administrer une première dose à 6000 personnes. Elles sont destinées aux Pays-Bas. Thierry Breton y placarde un drapeau européen. © Mathieu Golinvaux.
Ces caisses en carton contiennent de quoi administrer une première dose à 6000 personnes. Elles sont destinées aux Pays-Bas. Thierry Breton y placarde un drapeau européen. © Mathieu Golinvaux.

Le rendez-vous est fixé à 16h30, lundi, sur le site de Pfizer à Puurs. Un exploit : il n’a apparemment pas été facile pour la Commission de négocier la présence des quelques journalistes pour la visite du commissaire à l’industrie, Thierry Breton sur place. D’emblée, l’institution européenne avait prévenu que Pfizer n’acceptait pas de questions. Avant d’entrer dans la zone de dispatching, les consignes sont répétées à l’envi : interdiction de photographier les codes-barres, les labels de destination ou les écrans d’ordinateur.

Le commissaire Breton en est à sa troisième visite dans les entreprises qui produisent le vaccin. A Seneffe, chez Thermo Fischer, le sous-traitant d’AstraZeneca, il y a quelques jours, le ton était différent. Il fallait mettre fin aux polémiques sur les retards de livraisons des précieuses doses.

Ici, le Français, ancien CEO d’Atos, se pose en “empêcheur d’une catastrophe annoncée”  : que la production de vaccins Covid-19, qui a déjà besoin de toutes ses plumes pour voler, ne soit mise à l’arrêt à cause de pénuries de matières premières. Elle représente « un processus extrêmement compliqué, peu de pays, peu de continents peuvent le faire, cela nous donne une responsabilité importante », explique le commissaire.

Les « boîtes à pizza »

Un message qui vaut aussi pour les grands partenaires internationaux de l’Europe, comme le Canada et l’Australie, qui ont misé sur les usines européennes dans leurs propres contrats d’achat de vaccins. Et s’en mordent un peu les doigts.

Dans la zone de dispatching, ce que les représentants de Pfizer aiment appeler « boîtes à pizza » qui contiennent le vaccin s’entassent dans des frigos. La température y est garantie : -75 degrés. La porte de l’un deux s’ouvre pour y ajouter des nouveaux arrivés. Après quelques dizaines de secondes, la température est déjà remontée à -47 degrés. Plus loin, de la glace sèche est utilisée pour maintenir le froid pendant toute la durée du transport. Un vrai défi logistique… Pendant le week-end, des rapports de presse évoquaient la possibilité que le vaccin de Pfizer puisse finalement se conserver à -20 degrés, mais la Commission n’a reçu aucune information en ce sens pendant sa visite. Plus loin dans l’entrepôt, des caisses en carton hautes comme trois pommes contiennent de quoi administrer une première dose à 6000 personnes. Elles sont sur le départ, pour les Pays-Bas. Thierry Breton y placarde un drapeau européen, sous l’œil des caméras qui se disputent le cliché. Gestes barrières exigent, il rejouera la scène pour que chacun ait le temps de la capturer sans transformer la visite en super-cluster. La chorégraphie de la journée en perd un peu en authenticité mais le message est clair : rassurer. « L’UE est maintenant positionnée pour produire des centaines de millions de doses. L’objectif, c’est d’être en capacité en fin d’année ou début de l’année prochaine de produire si nécessaire deux voire peut-être trois milliards de doses », explique Thierry Breton. « Il y a dix mois ici (dans l’aile où il se trouve, NDLR) il n’y avait rien. Pfizer sort d’ici 50 millions de doses par an. L’objectif est 100 millions par mois », explique-t-il, avant de se retourner vers ses guides du jour. « Vous y serez d’ici l’été ? », les questionne-t-il, sur un ton qui sonne plus comme un encouragement. « C’est le plan », répond Luc Van Steenwinkel, directeur du site de Puurs, dans un rire nerveux.

L’étranglement de la chaîne

Ce dernier ajoutera plus tard que le but de la visite était aussi de voir comment « le commissaire Breton et la Commission peuvent nous aider à gérer les goulots d’étranglement de la production et même l’accélérer ».

« Il faut entre 400 et 500 composants pour produire le vaccin. Il faut s’assurer qu’aucun composant ne manque car si un seul manque, c’est toute la chaîne de production qui s’arrête », complète Thierry Breton.

Or, les Etats-Unis produisent nombre de ces composants, comme les lipides, qui permettent d’encapsuler l’ARN messager, le principe actif du vaccin. « Il y a une demande soudaine » pour ces lipides, nous explique-t-on. Or l’Europe craint que les Etats-Unis n’en empêchent l’exportation alors que l’UE, de son côté, a mis en place un mécanisme de transparence et d’autorisation pour les doses qui quittent son territoire.

« Il y a des tensions sur certains composants clés », reconnaît le commissaire, qui ne veut pas en dire plus. Il évoque les filtres spécialisés ou encore les flacons, qu’il faut en « centaines de millions », mais également des sacs d’un plastique particulier, dans « lesquels les vaccins vont être fabriqués. Lorsque c’est fait, cela permet de jeter le sac et d’en mettre un autre plutôt que de nettoyer les cuves, ce qui prenait beaucoup de temps pour des raisons de sécurité. Tous ces éléments font partie de la chaîne ».

D’où l’appel du pied aux Américains. « Nous voulons nous assurer que nous continuons à améliorer la production mondiale, (je dis bien) mondiale », explique le commissaire, « que cela soit en Europe ou aux Etats-Unis. Nous sommes des partenaires dans cette lutte, il est important d’avoir cette vision globale. Il n’y a pas un seul pays qui peut s’en sortir seul », ajoute-t-il. Il plaide aussi pour des procédures fluides aux douanes, puisque la plupart des laboratoires « travaillent des deux côtés de l’Atlantique ». Le facteur temps est « absolument critique », alors que le monde se retrouve dans une « économie de guerre », contraint de réaliser en quelques mois ce qui aurait normalement pris des années.

Et si d’aventure, les Américains restaient méfiants, l’UE a déjà pris les devants en identifiant les entreprises qui pourraient pallier les manques des composants, afin de leur demander de réorienter leurs productions en faveur du vaccin. Et, éventuellement, de suggérer aux autres d’accepter les transferts de technologies, si elles n’ont pas la possibilité d’assurer leur propre montée en puissance.

Faut-il étendre les Railpass de la SNCB au-delà des vacances de Pâques?

Faut-il étendre les Railpass de la SNCB au-delà des vacances de Pâques?
BELGAIMAGE.

Les 3,6 millions de personnes qui ont demandé un Railpass de la SNCB n’ont plus qu’un petit peu plus d’un mois pour utiliser leurs 12 voyages, à raison maximale de 2 trajets par mois (après 9h du matin en semaine, à n’importe quelle heure le week-end). Ils ne sont plus valables que jusqu’au 31 mars, juste avant les vacances de Pâques (le 4 avril). Les Railpass de la SNCB, on s’en souvient, avaient été décidés avant les grandes vacances, par le précédent gouvernement, et accueillis avec un enthousiasme plus que modéré par la SNCB, malgré les 110 millions offerts en compensation. Ils ont donc été imaginés avant que la deuxième vague pandémique ne bouscule à nouveau les agendas et, surtout, la liberté de fréquenter les lieux touristiques auxquels, initialement, ils devaient servir de moyen d’accès promotionnel. La question devrait donc se poser aujourd’hui sur leur éventuelle prolongation.

Officiellement, ils s’appellent les « Hello Belgium Railpass » et leur validité s’étendait du 5 octobre au mercredi 31 mars 2021 inclus après que la SNCB a traîné des pieds pour ne pas les rendre utilisables durant les grandes vacances. Car, dès le début, l’opérateur ferroviaire craignait un effet de « cannibalisation » de 100 millions sur son chiffre d’affaires déjà durement mis à mal par la pandémie. Le 5 octobre, ce n’est que quelques jours avant le début de la deuxième vague et la fermeture des attractions touristiques et des lieux de rassemblement. Bref, l’utilisation des Railpass a incontestablement été perturbée. Aujourd’hui, la SNCB refuse de dire combien de ces titres de transport ont été utilisés avant la fin officielle de leur validité.

« Déjà en octobre, certains s’inquiétaient de leur durée de validité », rappelle Gianni Tabbone, le porte-parole de Navetteurs.be, l’association des utilisateurs du rail. « La SNCB à l’époque répondait déjà qu’il était trop tôt pour envisager une prolongation, que la question n’était pas à l’ordre du jour. Il est évident que les Railpass n’ont pas eu l’effet escompté de promouvoir le train pour motif de loisirs pour des gens qui ne sont pas habitués à l’utiliser, non pas à cause de la SNCB mais du reconfinement. Bien sûr, les déplacements restaient autorisés mais pas l’ouverture des attractions, des lieux touristiques, des musées et de l’Horeca… Les prolonger serait une bonne idée mais on ne voudrait pas que ça engendre des frais supplémentaires inutiles par leur réimpression puisque la date de validité est indiquée clairement dessus. »

Il suffit de voir le succès des déplacements vers la mer ou la campagne, lors du précédent week-end, pour se convaincre du maintien d’une demande populaire assez forte. Le tout est de savoir qui va réclamer, au nom de qui, la prolongation de la validité des « Hello Belgium Railpass » avant qu’ils ne soient devenus des « bye-bye Belgium Railpass ».

Mondial 2022: le Qatar de nouveau rattrapé par la mort de ses ouvriers migrants

Mondial 2022: le Qatar de nouveau rattrapé par la mort de ses ouvriers migrants

C’est une nouvelle petite bombe que nos confrères britanniques du Guardian ont déposée ce lundi, dans le sulfureux dossier des travailleurs migrants au Qatar. Plus de 6.500 ouvriers originaires d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka seraient morts au Qatar depuis l’obtention par l’émirat de l’organisation de la Coupe du monde 2022, il y a désormais dix ans. Le média britannique a compilé les données du gouvernement qatari et des ambassades de chaque pays cité : selon les informations provenant des ambassades indienne, bangladaise, népalais et sri lankaise, 5.927 ouvriers migrants sont morts au Qatar entre 2011 et 2020. L’ambassade pakistanaise fait état de son côté de 824 ressortissants morts entre 2010 et 2020.

Pour le quotidien britannique, le chiffre pourrait être bien plus élevé puisque les informations recueillies ne prennent pas en compte les communautés philippine et kényane, pourtant fort présentes parmi les ouvriers migrants travaillant au Qatar. Les travailleurs migrants sont pour la majorité utilisés pour la construction des stades ou des infrastructures liées à l’organisation du Mondial 2022. Pour Nabil Ennasri, docteur en science politique et spécialiste des pays du Golfe, le chiffre avancé par le Guardian est vraisemblable : « Chacun sait que la condition des ouvriers dans ces chantiers reste déplorable. Ceci étant, on ne peut pas tout mettre sur les travaux liés à la Coupe du Monde, le climat particulièrement hostile dans cette région du monde expose les ouvriers à des températures parfois extrêmes et ce, quelle que soit la nature des chantiers ».

Pas d’autopsie pratiquée

Si le gouvernement qatari ne remet pas directement en cause les chiffres avancés par le Guardian, il précise que plus d’un 1,4 million d’expatriés d’Inde, du Sri Lanka, du Bangladesh et du Népal vivent au Qatar et estime qu’un « petit pourcentage d’entre eux » est décédé entre 2010 et 2020 : « Le taux de mortalité dans ces communautés se situe dans la fourchette prévue pour la taille et la démographie de la population ». Selon les chiffres officiels du gouvernement qatari, la plupart des travailleurs migrants sont morts de cause naturelle. Cependant, une autopsie n’est jamais pratiquée après le décès pour en déterminer la cause exacte.

« Le nombre de morts est profondément alarmant », estime May Romanos. L’experte des pays du Golfe pour Amnesty international regrette le manque de transparence du gouvernement : « Il est extrêmement difficile de vérifier le nombre de travailleurs migrants décédés avant cette Coupe du monde car le Qatar ne publie aucune donnée liée à ce problème. Mais les ambassades des pays d’origine signalent qu’un nombre élevé de personnes meurent de « crises cardiaques » ou de « causes naturelles » au Qatar ». De nombreuses personnes travaillant au Qatar n’avaient aucun problème de santé mais sont quand même mortes subitement, probablement à cause des mauvaises conditions de vie et de travail. En 2014, un rapport des propres avocats du gouvernement qatari avait recommandé de permettre une autopsie dans tous les cas de mort inattendue. Des recommandations qui n’ont toujours pas été appliquées.

« All work, no pay »

En 2019, un rapport d’Amnesty international baptisé « All work, no pay » exposait le cas de plusieurs centaines de travailleurs migrants employés par trois entreprises de construction et de nettoyage qui ont abandonné tout espoir de justice, rentrant bredouille dans leur pays d’origine. Mais le Qatar a fait des progrès importants pour améliorer la situation des travailleurs migrants dans le pays depuis qu’il a obtenu le droit d’accueillir la Coupe du monde, reconnaît May Romanos : « Suite à son accord avec l’Organisation internationale du travail, il a introduit des mesures pour protéger les salaires et faciliter l’accès des travailleurs à la justice. Cependant, ces réformes restent faiblement mises en œuvre et sont confrontées à de graves revers de la part des entreprises locales, ce qui signifie que des milliers de travailleurs migrants continuent de souffrir d’abus du travail de la part d’employeurs sans scrupule qui ne subissent aucune conséquence ». « Lorsqu’il y a 10 ans la Fifa a octroyé l’organisation du Mondial 2022 au Qatar, la condition des travailleurs étrangers y était moyenâgeuse », confirme Nabil Ennasri. Mais l’expert reconnaît que le gouvernement est dans la bonne direction : « Beaucoup d’ouvriers vivent dans des conditions matérielles plus décentes que par le passé et le droit à, lui aussi, connu un parcours positif ». Le système de la kafala, qui maintenait les ouvriers dans une logique de domination organisée, a été aboli récemment.

Immobilier: le Hainaut continue de susciter de l’intérêt (carte interactive)

Immobilier: le Hainaut continue de susciter de l’intérêt (carte interactive)

Le Hainaut poursuit sa progression. Selon le baromètre annuel des notaires, la province a enregistré une progression de son prix médian par maison de 3,4 % en 2020, ce qui porte la hausse totale à près de 15 % sur les cinq dernières années. A 150.000 euros, le prix médian d’une maison est le plus faible de la Wallonie (181.000 euros en moyenne) et par la même occasion, de tout le pays. Les appartements, qui ne représentent qu’un dixième du marché immobilier de la province, ont également vu leurs prix grimper de 5,7 % d’une année sur l’autre. Alors que la crise sanitaire a légèrement ralenti l’activité immobilière à l’échelle nationale, celle-ci est restée stable dans la province du Hainaut.

Recherche de jardin et d’espace

Cette progression des prix n’est pas étrangère à la pandémie. « Avec la crise sanitaire, on s’intéresse plus à des maisons spacieuses et avec jardin », analyse le notaire Sylvain Bavier. Un constat partagé par Cindy Schoone, notaire à Peruwelz. « L’évolution des prix dépend moins de la commune que du type de bien », précise-t-elle. « Les grandes maisons, clés en main et avec jardin, sont les plus prisées actuellement dans le Hainaut ».

La tendance se confirme lorsqu’on se penche sur certains arrondissements comme Mons. Celui-ci a vu ses prix augmenter de près de 5 % en 2020, mais cette hausse cache des disparités : le centre-ville, où se concentrent les immeubles et les maisons sans jardin, a été snobé au profit d’autres zones comme Jurbise, Colfontaine ou Quiévrain, où le prix médian par maison a progressé de 41 % pour s’établir désormais à 141.000 euros ; ce qui corrige la diminution de près de 10 % observée l’année passée.

Dans certains arrondissements moins éloignés de Bruxelles, comme La Louvière, cette recherche de verdure peut même dépasser l’offre disponible. « La Louvière a enregistré plus de demandes que d’offres, affirme Sylvain Bavier. Cette situation a tout simplement conduit à un rééquilibrage du marché à la hausse », résume-t-il. Au point de générer des variations vertigineuses : ainsi, le prix médian d’une maison dans le centre-ville a progressé de 7,1 % en un an, mais il a grimpé de près de 60 % dans une commune comme Estinnes – alors qu’il avait baissé de 37 % l’an dernier – pour atteindre les 178.000 euros en 2020.

Le télétravail efface les distances

« Ce qui encourage aussi les gens à acheter dans le Hainaut, c’est la poursuite du télétravail », affirme Cindy Schoone. Un mode d’organisation qui encourage les acquéreurs à acheter plus loin. « Peruwez est à 2 heures de train à Bruxelles, mais avec le maintien du travail à distance les gens sont moins refroidis par les distances, affirme-t-elle. Les gens s’autorisent à venir acheter dans des communes plus enfoncées dans le Hainaut par rapport à Bruxelles ».

C’est ce qui explique que des arrondissements comme Ath ou Soignies, proches de Bruxelles, et qui enregistraient déjà les prix médians les plus élevés de la région wallonne – respectivement 175.000 et 190.000 euros – n’ont pas connu de hausse tarifaire l’année passée. A l’inverse, des zones plus éloignées comme Thuin ont profité de cet attrait nouveau pour des zones vertes reculées, d’autant plus que le prix médian d’une maison y reste faible, à 155.000 euros. « Thuin est une zone rurale, qui offre la possibilité d’avoir un jardin, ce qui y est à la mode », confirme Sylvain Bavier. « Ce sont des communes où il fait bon vivre, avec beaucoup de parcs, ce qui explique que la clientèle bruxelloise s’y intéresse de plus en plus ».

La tendance est renforcée par l’effet prix dont bénéficie encore le Hainaut. Les zones frontalières sont d’ailleurs celles où cet aspect compte le plus « A Mouscron, on retrouve de plus en plus de gens qui viennent de Liège, du Limbourg, ou de Bruxelles, confirme Philippe Dumon, notaire à Mouscron. Ils acquièrent des immeubles dans notre région parce que le prix est encore moins élevé que dans le reste de la Belgique ». Le coût attractif attire par ailleurs de plus en plus de transfrontaliers, non sans effet sur le marché. « Les Français qui investissent dans les communes frontalières ne connaissent pas vraiment le marché, donc ils peuvent acheter des biens immobiliers au-dessus de leur valeur réelle », précise Cindy Schoone.

Fini l’impunité pour les propos haineux sur les réseaux sociaux

Image d’illustration
Image d’illustration - DPA

La presse est libre ; la censure ne pourra jamais être établie ». L’article 25 de la Constitution est à ce point habile qu’il bétonne à jamais la possibilité même d’un futur législateur de le remettre en doute. Sous ses apparences de perfection, ce fondement de la liberté d’expression dissimule pourtant une injustice majeure : seule la presse écrite (et ses versions numériques) peut s’en prévaloir. Et pour cause : en 1831, les auteurs n’avaient évidemment pas envisagé l’arrivée de la radio et la télévision. 190 ans plus tard, il était temps d’élargir cette protection constitutionnelle à l’ensemble des médias audiovisuels.

Tel est précisément le sens de la proposition de révision de la Constitution soutenue par le groupe Ecolo-Groen au parlement. « Le même message diffusé en radio ou à la télévision n’était pas protégé de la même manière que s’il avait été publié par écrit », relève la députée Claire Hugon (Ecolo). « Cette différence de traitement ne nous paraît pas justifiable aujourd’hui ».

Dépénalisation de facto

Cette liberté n’est pour autant pas illimitée. A la liberté de la presse, s’assortit aussi le « délit de presse », ce garde-fou de la liberté d’expression dès lors qu’une personne porte préjudice à autrui « par voie de presse ». Ici, on ne parle plus du média en tant que tel, mais de tout écrit, qu’il soit imprimé ou numérique, bénéficiant d’une certaine publicité. En clair : y compris les propos haineux tenus sur les réseaux sociaux. Dans ce cas, le délit, tel que le prévoit cette fois l’article 150 de la Constitution, relève d’un jury populaire. A savoir, la Cour d’assise.

« Mais dans les faits », poursuit Claire Hugon, « c’est extrêmement rare. Ce qui conduit à une forme de dépénalisation de ces comportements, tout simplement parce que le parquet ne convoque pas de jury d’assises. Et comme aucune autre juridiction peut s’emparer d’un délit de presse, ces faits ne sont jamais poursuivis au pénal ».

En 1999, une avancée constitutionnelle a permis de soustraire au délit de presse tous les propos racistes et xénophobes. C’est grâce à cela, par exemple, que la comédienne Cécile Djunga a pu intenter une action, au pénal, devant un tribunal correctionnel, pour incitation à la haine raciale. Mais pour toutes les autres formes de haine, c’est galère. Si la comédienne avait porté plainte pour propos sexistes sur les réseaux sociaux, les chances d’obtenir une réparation au pénal seraient quasi nulles.

« Nous voulons donc aussi mettre à jour l’article 150 de la Constitution pour traiter sur le même pied d’égalité tous les comportements discriminatoires et qui, aux yeux de la loi, sont illégaux », poursuit Claire Hugon. De quoi parle-t-on ? De toutes les formes de discrimination et d’incitations à la haine ou à la violence à l’égard de personnes fondées sur l’âge, l’orientation sexuelle, la naissance, la conviction religieuse ou philosophique, la conviction politique, la conviction syndicale, la langue, l’état de santé, un handicap, l’origine sociale… Soit autant de comportements illégaux mais qui, sur les réseaux sociaux, passent entre les mailles du filet de la justice pénale.

Pour les victimes de harcèlement en ligne, cette perspective devrait résonner comme un signe d’espoir. « On ne compte plus les femmes qui se retirent des réseaux sociaux pour fuir ces comportements. Ce qui, justement, contrarie la liberté d’expression », ponctue Claire Hugon. « L’idée, ici, c’est bel et bien d’avoir une réponse qui permette réellement de poursuivre ce genre de délits au pénal. »

Chronique: comme on parlait, avant

Chronique: comme on parlait, avant

C’est Jean-Pierre Léaud, 14 ans, qui fait un bout d’essai pour Les 400 coups avec Patrick Auffay (le petit blond qui jouera le pote d’Antoine Doinel dans le film de Truffaut). On est en septembre 1958, des centaines de gamins ont défilé pour les auditions. Mais ces deux-là, lancés dans une conversation de 3 ou 4 minutes sur l’école, les profs, le cinéma, il faut les voir.

Les entendre, plutôt. D’ailleurs, tiens, coupez l’image, poussez le volume et faites écouter ce court échange à un ou une ado d’aujourd’hui. On vous dira : « C’est qui ces deux petits vieux ? »

Pourquoi on parlait mieux avant ? Les enfants, les jeunes, les hommes, les femmes, les racailles ? Et d’abord, c’est quoi « mieux » ? Ouvrir la bouche en grand, ne pas se presser, articuler ? Est-ce que parler haut et clair est vraiment nécessaire pour bien se faire comprendre ? Et pourquoi à la radio autrefois, tout le monde faisait des phrases chantantes et chevrotantes, comme le général de Gaulle, alors qu’aujourd’hui, soit on gueule, soit on murmure ?

Pour son podcast Tout fout le camp, mis en ligne le 11 février sur Arte Radio, la Française Manon Prigent a bravé le confinement de janvier à juin 2020 pour aller balancer des archives de l’INA dans les oreilles de « jeunes d’aujourd’hui » et enregistrer leurs réactions. Des archives de 1938 à 2008.

70 ans, c’est rien, à l’échelle d’une civilisation. Pourtant, il y a un fossé vocal entre le « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » d’Arletty (Hôtel du Nord, 1938) et le « Marie-Thérèse, ne jurez pas ! » d’Hélène Vincent (La vie est un long fleuve tranquille, 1988). Un gouffre grammatical entre les dialogues de La traversée de Paris (1956) et ceux de La Haine (1995). Un précipice linguistique entre Belle de jour (1967) et La vie d’Adèle (2013).

De fait. On parlait mieux avant.

La prosodie, petite musique des mots

« C’est une caractéristique de toutes les langues d’évoluer, de changer, explique Cyril Trimaille, sociolinguiste, au micro de Manon Prigent. Notamment au niveau de la musique de la langue, ce qu’on appelle la prosodie. La prosodie, ce sont tous ces aspects mélodiques de rythme, de débit, de volume, de hauteur, etc. Donc on a une espèce de mémoire de ce qu’on a pu voir dans les films, ou dans certains reportages télévisés, et on va associer tel type de prosodie à du noir et blanc, par exemple. »

Ce qu’il veut dire, c’est que ce qu’on entend dans les archives de l’INA, ce n’est pas tout à fait la réalité. Jean-Pierre Léaud, devant la caméra de François Truffaut, est naturel sans être naturel. Il joue. Il surjoue, même. Parce qu’à l’époque, dès qu’on était filmé, ou enregistré, c’est ce qu’on faisait. On surjouait. Et du coup, on parlait mieux.

« Si on compare la radio des années 40-50 à la radio de maintenant, enchaîne Maria Candea, sociolinguiste et directrice du département Langue et littérature françaises et latines à La Sorbonne, on s’aperçoit qu’à l’époque, les journalistes privilégiaient l’intelligibilité. C’était une stratégie professionnelle parce que, comme la parole était transmise de façon un peu dégradée, il fallait laisser plus de temps au cerveau de celui ou celle qui entendait pour décoder l’information. C’était très lié au style oratoire, héritage de l’époque où on parlait sans micro. Il faut se souvenir que les gens avaient comme modèle des gens qui s’adressaient à la foule sans micro. Maintenant on a confiance dans la qualité du matériel donc on peut se permettre de parler normalement. »

« Monsieur, êtes-vous heureux ? »

Imaginez un monde où on vivrait avec des micros pendus au plafond. C’est comme ça que ça marchait, dans le temps. On parlait fort dans les films, on filait dans les aigus – « Atmosphère ! Atmosphèèère ! » – parce que c’était la façon dont on captait le son. Des micros au plafond, ça vous force à porter la voix. A articuler. « C’était un gage d’excellence de savoir articuler, analyse dans Tout fout le camp, le phonolinguiste Philippe Boula de Mareüil. Dans les films des années 30-40, on avait une transposition de la diction théâtrale au cinéma. Mais quand on entend des acteurs ou des actrices comme Arletty dans des entretiens, souvent leur accent est beaucoup plus neutre. On a à l’esprit, d’une certaine manière, des concentrés de traits linguistiques que l’on a entendus mais il s’agit d’une langue que je qualifierais de fabriquée. »

C’est pas compliqué de vérifier. Pardon : il ne nous semble pas compliqué de procéder à une vérification.

Pour savoir si, vraiment, on parlait mieux avant, il suffit de se plonger dans Chronique d’un été, de Jean Rouch et Edgar Morin, sorti en 1961. Manifeste du cinéma-vérité, le film est une sorte de grande enquête cinématographique qui démarre dans les rues de Paris, où deux jeunes femmes posent cette question aux passants : « Madame, Monsieur, êtes-vous heureux ? » Personne ne hurle. Personne n’ouvre la bouche en grand. Personne ne surjoue. Personne n’use de mots compliqués et châtiés. Ni de phrases chevrotantes et chantantes comme le général de Gaulle. Ça pourrait (presque) être aujourd’hui. Tout ce qui s’y dit pourrait être dit aujourd’hui.

En un peu mieux, quand même. A 5 minutes 26, cette dame qui répond dans un sourire « Heureux ? On n’est jamais heureux quand on est ouvrier », c’est du Prévert pour un Carné.

« Pourquoi a-t-on toujours l’impression que les gens parlaient mieux avant ? Et pourquoi ce sont toujours les jeunes qui “parlent mal”  ? Des blousons noirs aux rappeurs, de “astap” à “wesh gros”, le but est de savoir si, vraiment, tout fout le camp. » Un podcast de Manon Prigent à écouter sur Arte Radio.

Copies privées: près de 44 millions à encaisser pour les auteurs

Les supports se multiplient, les usages se diversifient, quelle est la juste rémunération des copies privées?
Les supports se multiplient, les usages se diversifient, quelle est la juste rémunération des copies privées? - Marc Ollivier/Belga.

Ce sera l’un des dossiers 2021 du ministre de l’Emploi et du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) : quel montant faut-il réclamer aux fabricants d’ordinateurs, de disques durs, de tablettes, de smartphones, de scanners, d’imprimantes, de clouds, etc. pour compenser les droits d’auteur qui auraient dû être perçus sur les copies privées – copies que vont immanquablement réaliser les acheteurs de ces matériels ? Et quels tarifs distincts faut-il appliquer, par exemple, pour une tablette de 512 gigaoctets de mémoire, un disque dur de 4 teraoctets ou l’imprimante multifonctions d’un particulier ?

Pour mémoire, toute copie d’une œuvre protégée donne lieu à droits d’auteur, à l’exception notoire de la copie privée – celle que vous faite pour votre usage personnel, par exemple d’un CD que vous avez acheté ou d’un film que vous avez enregistré pour pouvoir le regarder à loisir. En contrepartie, lors de sa vente, le support d’enregistrement est frappé d’un droit d’auteur forfaitaire. C’est ainsi qu’en Belgique, depuis 1994, l’État fixe le montant que doivent acquitter les constructeurs. Une société de perception des droits, Auvibel SC, a été reconnue en 1995 et depuis, par voie d’arrêté royal, le gouvernement fixe la liste des appareils et supports qui engendrent cette rémunération forfaitaire, ainsi que les tarifs exacts de cette rémunération.

Une loi désormais inadaptée

Problème : les tarifs et les supports n’ont plus été revus depuis l’arrêté royal d’octobre 2013. La loi belge est donc en décalage avec le coût de la vie et les droits d’auteur perçus dans les pays voisins. A l’heure actuelle, comparé à la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, la Belgique pratique la perception de loin la plus basse.

Cette perception est également en décalage avec la technologie : d’une part, la loi ne s’est pas adaptée à la généralisation de supports parfois anciens, comme les PC qui étaient très majoritairement professionnels en 1994 et ont envahi aujourd’hui la sphère privée. D’autre part, la loi ne s’est pas adaptée aux nouvelles technologies et leurs capacités inédites – des clés USB d’un teraoctet, par exemple, ou la technologie NPVR (Network Personnal Video Recorder) qui vous permet d’enregistrer un programme TV en gardant copie non pas sur votre décodeur mais dans le nuage de votre fournisseur de service.

Le cabinet du ministre Dermagne a pris les choses en main en ce début d’année, et a demandé d’une part au représentant des ayants droit Auvibel, d’autre part au représentant de l’industrie Agoria, de donner leurs positions. Il reviendra au ministre d’engager le débat puis de déposer un projet d’arrêté royal auprès de la commission consultative pour la vie privée (SPF Économie). L’échéance aurait pu être mars, mais le cabinet Dermagne tempère : « On n’est pas encore dans le vif du sujet, dans le débat. Ce ne sera certainement pas en mars, mais en juin au plus tôt, voire même dans le courant du deuxième semestre. »

Disposition à payer

Ce qui est intéressant dans ce débat est le montant annuel auquel sont valorisées ces copies privées. Une étude réalisée pour le compte d’Auvibel par un spécialiste gantois de la valorisation des actifs immatériels, Karel Volckaert (Riverrun SPRL), évalue le préjudice annuel à 43,88 millions d’euros. Cette estimation repose sur les comportements de consommateurs de 2017 à 2019, et utilise le concept de la « disposition à payer » (lost licences) : combien l’utilisateur serait-il prêt à payer, non pas pour acheter un double de l’œuvre, mais pour avoir à disposition une copie de l’œuvre qu’il possède déjà. Ce montant de 44 millions, mis en avant par Auviobel, ne représente « que » 1,6 % de la valeur totale du marché des appareils et supports concernés.

Aujourd’hui, dans un environnement légal défaillant, la perception des droits pour copie privée est passée de 32,4 millions d’euros en 2014 à 19,52 millions d’euros en 2019, soit une chute de l’ordre de 40 %, estime Auvibel, contraire à la prolifération des moyens de copie qui se sont diversifiés, multipliés et ont envahi chaque foyer, jusqu’à se glisser dans les poches de chaque citoyen.

Football Leaks: l’ingéniosité du système Mogi Bayat

Moggit Bayat Format long

Par Stéphane Vande Velde

Football belge ,

Coronavirus: De Croo douche les espoirs pour mars, mais envoie un réel signe d’espoir pour mai

Le Premier s’est entouré des experts Steven Van Gucht (à g.) et Yves Van Laethem.
Le Premier s’est entouré des experts Steven Van Gucht (à g.) et Yves Van Laethem. - Belga.

On avait déjà vu pas mal de choses, en termes de communication politique, depuis le début de la crise covid. Mais apparemment, on n’avait pas encore tout vu. Ce lundi, le Premier ministre, Alexander De Croo, a tenté un exercice totalement inédit : une conférence de presse commune avec ceux qu’on appelle « les experts ».

D’habitude, c’est chacun chez soi. D’une part, Yves Van Laethem et Steven Van Gucht, les deux scientifiques nommés porte-parole interfédéraux, commentent plusieurs fois par semaine l’évolution des chiffres du covid dans un point presse diffusé sur YouTube. De l’autre, le Premier De Croo et les membres du Comité de concertation invitent la presse à la fin de leur réunion pour détailler les nouvelles mesures sanitaires qui sont prises (ou levées).

Mais ce lundi, changement de style et mélange des genres. Voilà que la presse est convoquée à 14 h 30 par le Premier dans cette mythique salle du « bunker », où ont lieu toutes les conférences gouvernementales. A ses côtés, aucun autre membre de l’exécutif. Juste quatre scientifiques : les Tic et Tac Van Gucht et Van Laethem, ainsi que le biostatisticien Niel Hens et le chercheur en mathématiques appliquées Nicolas Franco. Vu la pression qui s’accentue de toutes parts pour déconfiner largement, on ne peut s’empêcher de voir une tentative de calmer le jeu, de la part du libéral flamand. Mais ce n’est pas comme cela qu’il présente l’exercice. Il estime simplement qu’il est « normal de laisser la place à la science » avant la tenue du Comité de concertation, ce vendredi 26 février.

Plus de vilain petit canard

De Croo cédera donc rapidement la parole aux experts du jour, venus faire un compte-rendu particulièrement exhaustif de la situation sanitaire. En guise d’apéritif, Van Laethem et Van Gucht rappellent d’où l’on vient (une sale deuxième vague bien plus rude que chez nos voisins, ce qui a valu à la Belgique d’être pointée du doigt comme l’un des pires élèves de la classe) ; puis où l’on en est aujourd’hui (sur une sorte d’interminable plateau à un niveau bien plus élevé que juin, mais bien meilleur que chez nos voisins). Bref, ça ne va pas trop mal, mais toujours pas assez bien.

Ensuite, les mathématiciens se sont invités au pupitre, avec une présentation bien plus originale. Et moins attendue. Le tandem Hens-Franco a exposé, en détail, les résultats fournis par les modèles mathématiques qu’ils ont mis au point et affinés au fil de la pandémie. Pour voir à quoi peut ressembler demain. Ces projections sont évidemment imparfaites, car les modèles comprennent de nombreuses incertitudes. Mais il ne faut pas les regarder pour chercher à savoir ce qui se produira précisément demain, mais plutôt pour comparer l’impact de différents paramètres sur l’occupation des hôpitaux. Avec une grande nouveauté : ces modèles tiennent désormais compte du planning de vaccination.

Quatre scénarios ont été présentés, avec plusieurs sous-scénarios et des incertitudes non négligeables. Ce qui donne une série de graphiques colorés mais peu digestes. Toutefois, les conclusions interpellent. D’abord, il reste une vraie inconnue scientifique sur la contagiosité du virus britannique. Dans l’hypothèse de base, il serait 50 % plus contagieux que la souche traditionnelle. Mais comme il est trop tôt pour l’affirmer, les chercheurs ont testé un scénario plus favorable où ce variant serait 30 % plus contagieux, et un sérieux extrême où il serait 70 % plus contagieux. Et ce seul paramètre a une influence énorme sur les courbes. Même sans le moindre assouplissement, une troisième vague serait inéluctable si le variant est 70 % plus contagieux. Alors que, dans les deux autres hypothèses, on peut passer le reste de l’hiver sans rebond. Conclusion des scientifiques : tant que l’incertitude reste aussi importante autour du caractère infectieux du variant, la prudence s’impose. Et comme on devrait y voir un peu plus clair d’ici trois à quatre semaines sur ce variant (car les informations collectées seront plus robustes), il vaut mieux éviter le déconfinement d’ici là.

Une première lueur

Mais les mathématiciens ne sont pas arrêtés là. Ils ont également modélisé l’impact d’un relâchement quasi total dès le 1er mars, le 1er avril ou le 1er mai. En tenant compte du plan de vaccination en parallèle. Là, les projections ne sont pas très réjouissantes si on relâche tout en mars, avec un risque réel de troisième vague d’autant plus importante que le variant est contagieux. Si on parvient à attendre avril pour rouvrir massivement les vannes, les modèles sont déjà un peu plus encourageants, avec une troisième vague d’une ampleur plus gérable que la précédente. Enfin, en cas de relâchement en mai, quand toute la population à risque sera vaccinée, la situation resterait sous contrôle. Même dans l’hypothèse où le variant britannique serait à 70 % plus contagieux. Ce qui « donne de bonnes perspectives pour l’été », se réjouit Nicolas Franco. Il y a deux façons de regarder ces projections. Elles plaident pour le maintien de fortes restrictions en mars, voire en avril. Ce qui fait deux mois de plus à tenir. Mais pour la première fois, elles semblent indiquer qu’un retour à une forme de normalité est possible et qu’il n’est plus si éloigné, si la vaccination se poursuit et si l’on tient le cap jusque-là…

Le moment où ce risque d’une troisième vague peut disparaître n’est pas « demain ni la semaine prochaine », résume le Premier De Croo. Mais « il n’est plus très loin ». Une façon de laisser entendre qu’il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements vendredi, lors du Comité de concertation. Tout en montrant que le bout du tunnel semble visible, pour la première fois. Au minimum dans des modèles mathématiques.

Vaccination: un clivage nord-sud chez les médecins concernant la liste des patients à risque?

Vaccination: un clivage nord-sud chez les médecins concernant la liste des patients à risque?
Photo News.

La manière dont les autorités vont identifier les personnes à risque en vue de les inviter à se faire vacciner (phase 1B) continue à susciter des remous chez les médecins. Après les syndicats de médecins (Absym, Groupement belge des omnipraticiens) et la Société scientifique de médecine générale, c’était au tour ce week-end de Medispring, une coopérative regroupant 2.000 généralistes, de faire part de ses inquiétudes. Tous craignent que l’échange de données qui sera mis en place – les médecins seront chargés de signaler les patients à risque aux autorités via le Dossier médical informatisé – ne constitue une violation de la vie privée et du secret médical. Ils demandent des garanties sur la légalité du système, surtout depuis la publication d’un avis critique de l’Autorité de protection des données (APD) sur l’accord de coopération instituant l’échange de données.

On ne peut néanmoins pas parler d’un front uni. En Flandre, l’un des principaux syndicats, Domus Medica (3.200 membres), soutient le système imaginé par le gouvernement. « On ne transmet aucune information médicale vers la base de données centrale, insiste son président, Roel Van Giel. Tout ce que l’on fait, c’est dire si une personne appartient au groupe des patients à risque tel que défini par le Conseil supérieur de la santé. On ne dit pas pourquoi il fait partie de ce groupe, de quoi il souffre… Je ne vois pas très bien où est le problème ». Le simple fait d’être convoqué et de se présenter dans un centre de vaccination durant la phase 1B indiquera pourtant aux yeux de tous qui souffre d’une pathologie. Le président de Domus Medica veut croire que ce risque de stigmatisation sera évité grâce au mélange des patients à risque avec une autre population – celle des plus de 65 ans – qui doit aussi être vaccinée durant la phase 1B. Une explication qui ne convainc qu’à moitié. Un travailleur qui doit demander quelques heures de congé à son employeur pour aller se faire vacciner a forcément moins de 65 ans (âge de la retraite) et sera donc identifié par celui-ci comme porteur d’une pathologie.

Intérêt pour la société

Roel Van Giel reconnaît qu’il y a un risque pour la vie privée mais comprend mal « l’hypersensibilité » des médecins francophones à ce sujet. Il démonte la proposition alternative de l’Absym de ne tenir compte que du critère de l’âge pour vacciner. « Si on suit cette logique, cela veut dire que certaines personnes avec de gros facteurs de risque devront attendre de nombreuses semaines avant d’être vaccinées et qu’il y aura des hospitalisations, des décès… Il y aura aussi un impact négatif pour la société en général. Tant que le taux d’occupation des lits dans les hôpitaux restera élevé parce qu’on n’a pas protégé ces personnes, l’assouplissement des mesures de restriction sera difficile à décider. C’est un équilibre à trouver entre le respect de la vie privée et l’intérêt de la société en général et ce point d’équilibre semble différent entre les deux Communautés ».

La question diviserait-elle les médecins selon un clivage communautaire ? Philippe Devos, patron du syndical national majoritaire Absym, dément. « Je ne ressens aucune division entre médecins francophones et néerlandophones et 60 % de nos membres sont flamands ». Il rappelle que le critère de l’âge a le mérite de ne laisser passer personne sous le radar. « Dans la tranche d’âge 30-50 ans, 30 % des gens souffrant d’hypertension l’ignorent. Le virus, lui, le sait ». Ce qui le dérange le plus, « c’est le précédent créé ». « On va écrire dans une loi que, pour un motif suffisant, on peut aller extraire des données de votre Dossier médical informatisé sans votre consentement. C’est gênant ». Il aurait préféré un système volontaire – comme le suggère Medispring – où les patients s’estimant à risque prennent rendez-vous avec leur médecin, sont examinés et acceptent ou non de faire partie de cette liste sur base de l’information reçue, « mais il fallait commencer au mois d’août. C’est trop tard aujourd’hui ».

Face à la fronde de plusieurs syndicats de médecins et à l’avis critique de l’APD, le gouvernement va-t-il amender le texte de l’accord de coopération ? Au cabinet du ministre de la Santé, on indique encore attendre un avis du Conseil d’Etat – prévu cette semaine – avant de se prononcer.

Football Leaks: le numéro d’équilibriste de Christophe Henrotay pour le transfert de Tielemans à Monaco

Christophe Henrotay et Youri Tielemans en 2016. © Photo News.
Christophe Henrotay et Youri Tielemans en 2016. © Photo News.

1,5 million net par an (on peut répartir le salaire entre salaire mensuel et prime à la signature si plus confortable), 150.000 euros de primes en cas de qualification pour la Ligue des Champions, 150.000 euros pour chaque saison lors de laquelle il a disputé 35 matches ou plus dans le onze de base. Indemnité de logement. Commission pour l’agent : 1,5 million d’euros à payer en trois ans. » Avec ce mail, envoyé le 14 mars 2017 au vice-président russe de l’AS Monaco, Vadim Vasilyev, Christophe Henrotay lançait l’un des transferts belges les plus lucratifs, celui de Youri Tielemans en Principauté. Cette année-là, le talent du médian anderlechtois explosait, tant sur la scène belge avec ses deux buts en 129 secondes (l’un du gauche, l’autre du droit) face à Ostende qu’en Coupe d’Europe où Anderlecht parvenait en quart de finale de l’Europa League ne courbant l’échine que face au futur vainqueur, Manchester United. Et cela avec les honneurs.

Tout cela rendait les admirateurs du premier jour nerveux. Dont Monaco qui craignait que les prestations européennes n’attirent les grands clubs anglais et ne rendent le deal inabordable pour une équipe française. Henrotay, le représentant de l’international belge, décida donc d’accélérer les choses, désirant conclure le transfert avant le match retour à Old Trafford qui devait se disputer le 20 avril 2017. À l’époque, Monaco le suit depuis plus d’un an, les rapports se sont succédé et le club monégasque, après un parcours brillant en Ligue des Champions, s’attend à devoir vendre quelques talents (dont Mbappé). Le screening technique est poussé, le profil psychologique étudié, comme le démontrent les documents issus des Football Leaks, obtenus par le magazine allemand Der Spiegel et transmis au Soir et aux autres partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC). « Il n’est pas connu comme quelqu’un faisant la fête, il vient d’être père, il est mature, il sait ce qu’il veut, est respectueux de ses coéquipiers et entraîneurs, gros travailleur, est discipliné avant, pendant et après les matches, ne se plaint jamais, est modeste, s’est bien intégré en équipe nationale parmi toutes les stars, son passé de judoka l’aide à se focaliser et à avoir une bonne force mentale », dit Filips Dhondt, Belge, ancien manager du Club de Bruges et à l’époque conseiller du vice-président de l’ASM, poste qu’il quitta en décembre 2019.

Herman Van Holsbeeck est mis au courant de l’intérêt de l’ASM mais préfère attendre l’issue de la confrontation européenne face à Manchester United pour faire grimper les prix. Henrotay joue un numéro d’équilibriste, entre deux de ses principaux clients : d’un côté, Anderlecht qui fait monter les enchères, de l’autre, Monaco qui veut agir vite. Il va jouer la carte monégasque. « Je pense que je peux pousser (Anderlecht) à finaliser le plus vite possible si nous avons un accord avec Youri », écrit-il à Vasilyev. Le 29 mars, Monaco rentre une contre-proposition : Cinq plutôt que quatre ans, salaire accepté, prime à la qualification en C1 et l’indemnité de logement biffées, et ajout à la prime de participation à 35 matches de 100.000 euros une autre prime de participation à 50 matches de 200.000 euros. Seule la commission d’Henrotay fait débat : le club n’accepte de lui verser 1,5 million que si le montant du transfert est inférieur à 25 millions.

Cette demande met Henrotay dans l’embarras. Quelques mois plus tôt, Anderlecht avait en effet eu une réunion avec Henrotay sur la future vente de Tielemans. Ce jour-là, une convention avait été élaborée, imaginant plusieurs scénarios : une commission d’1,8 millions si Tielemans restait à Anderlecht ou s’il était transféré pour 18 millions ou moins, une commission de 20 % de la somme de transfert si l’intermédiaire arrivait à vendre le joueur plus de 18 millions d’euros. Aux intérêts d’Anderlecht et de Monaco, Henrotay doit également veiller à ceux du joueur. En bon stratège, Henrotay répond donc à Monaco : « Je suis désolé d’être pointilleux mais le transfert ne se fera pas à moins de 25 millions. Le but est de vous aider à ce que ça ne dépasse pas 25 millions d’euros ». Pas étonnant dans ces conditions que la première offre de Monaco, qui arrive le 10 avril, soit de 25 millions.

Anderlecht paie une commission de 6,2 millions, soit 23 % de la somme de transfert !

Quelques semaines plus tard, le 8 mai, Henrotay et Monaco mettent sur la table la fameuse commission problématique (1,5 million). Ce jour-là, le club français conclut « une convention de mandat de recherche de joueur » antidatée. Dans ce document, Henrotay reçoit la mission de trouver pour Monaco un médian entre le 1er mars et le 31 juillet de cette année-là, en échange d’une commission de 6 % de la somme de transfert (NDLR : 6 % de 25 millions = 1,5). Le milieu de terrain « doit être âgé de plus de 18 ans et de moins de 23 ans », son salaire annuel se situera entre 300.000 € et 1,8 million et le prix du transfert ne doit pas excéder 30 millions d’euros. Tielemans, dont le transfert est sur le point d’être conclu, correspond à tous les critères : il a 20 ans, il a reçu un salaire d’1,5 million et Monaco a un accord avec Anderlecht pour un transfert de 25 millions. Le document est daté au 1er mars 2017, deux mois plus tôt. Au fil de la journée du 8 mai, la convention va être adaptée, les critères de la mission de scouting s’affinant. Le nom de Christophe Henrotay comme destinataire final laisse la place à celle de son demi-frère, Martin. Mais il n’en est pas à son dernier changement. Le soir, à 23h20, un dernier mail est envoyé par un collaborateur de Henrotay à Monaco avec la demande de modifier une dernière fois le nom indiqué sur cette mission de scouting. Cette fois-ci, c’est le nom du père, Roger, qui y est apposé. Et la commission promise devait être payée à Samart S.A, une société érigée par Henrotay père et fils en 2004 au Luxembourg. Pourtant le procès-verbal de la création de la société stipule que Christophe Henrotay est en charge de la direction opérationnelle. Il détient 479 des 480 actions de la société, Roger une seule. Pourquoi donc demande-t-il explicitement à Monaco de mentionner son père comme bénéficiaire final ? Cet échange de mail ne nous montre pas si Monaco a accepté la demande de Christophe Henrotay et si ce rapport de scouting antidaté a bien été validé, ni si la commission promise est bien arrivée sur le compte de Samart S.A. Mais, lors de cet échange, aucune des deux parties n’a mis en doute la validité de la construction de paiement. Alors que les négociations se sont arrêtées sur la somme de 25 millions, somme qui sera d’ailleurs largement relayée dans les médias, c’est finalement 26,2 millions d’euros que Monaco déboursera à Anderlecht. Durant deux mois, Henrotay a négocié sur deux tableaux : une commission à Anderlecht et une autre à Monaco, et on ne retrouve au final que la piste de la commission bruxelloise. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est astronomique puisqu’elle s’élève à 6,2 millions d’euros (soit 23 % du montant du transfert alors que les commissions habituelles se situent dans une fourchette de 8 à 10 %), somme payée à une autre société d’Henrotay, Tanguillo B.V, société néerlandaise dont le seul administrateur se nomme John Willekes MacDonald (nom qui apparaît d’ailleurs sur la convention de la commission).

L’histoire pourrait s’arrêter là. C’est sans compter avec un ultime bouleversement : la reprise d’Anderlecht. Lorsque, début 2018, Marc Coucke reprend le club, il se heurte au montage de ce transfert. Après le premier versement de 750.000 euros, il refuse, dans un premier temps, de payer le deuxième versement de 5,45 millions. Mais sur le site de l’Union Belge (qui publie la liste des intermédiaires saison par saison), on remarque pourtant qu’un nouveau paiement a été versé par Anderlecht à Henrotay lors de la saison 2018/2019. Anderlecht qui s’est constitué partie civile dans tous les dossiers liés au Footbelgate et à l’affaire diligentée par le parquet de Bruxelles, n’a pas souhaité, pour des souhaits juridiques, confirmer s’il avait bien payé l’entièreté de la commission de l’agent. Le parquet de Bruxelles, suite à une plainte en 2018 de l’ancien collaborateur de Christophe Henrotay, Peter Smeets, a décidé de mener une investigation poussée sur ce transfert.

L’avocat d’Henrotay, Dimitri Béco, a réagi dans un mail : « Il ne vous appartient évidemment pas de procéder à un interrogatoire de mon client. Si des questions doivent être posées qui concernent une enquête en cours, il appartient aux enquêteurs de le faire et mon client y répondra comme il l’a toujours fait. Le reste relève de la sphère privée », avant d’ajouter : « Mon client conteste avoir commis la moindre infraction et entend que chacun, y compris la presse, respecte le principe de la présomption d’innocence. » Joint par nos soins, Monaco n’a pas voulu se prononcer sur le fond de l’affaire. À l’époque, le club principautaire était représenté par Nicolas Holveck, son directeur général adjoint, aujourd’hui président exécutif de Rennes. Celui-ci n’a pas donné suite à nos questions. Quant à Youri Tielemans, il a tiré la conséquence de tout cela en changeant d’intermédiaire.

Le chef du SGRS, les renseignements militaires: «Notre ambition est d’un jour mener des cyberopérations offensives»

«Nous faisons preuve de plus de transparence. Mais nous ne pourrons jamais révéler tous nos secrets…»
«Nous faisons preuve de plus de transparence. Mais nous ne pourrons jamais révéler tous nos secrets…» - Hatim Kaghat.

ENTRETIEN

Traditionnellement, on fait un premier bilan après 100 jours. Là, c’est vrai que c’est un peu plus », sourit Philippe Boucké, le général en charge du Service général du renseignement et de la sécurité, les renseignements militaires belges. « Mais j’ai repris les rênes du SGRS le 18 septembre 2020, puis on a subi le deuxième pic du covid-19 et cela n’a pas aidé à ce que je fasse le tour de toutes les unités du service. » Aujourd’hui, le patron du SGRS a rencontré tous les hommes et femmes qui y travaillent. Il a surtout pris la mesure de la tâche qui l’attend : entre une réforme en profondeur de son organisation, lancée par son prédécesseur, Claude Van de Voorde, et contestée par une partie de la hiérarchie, des tensions internes qui ont éclaté au grand jour, allant jusqu’à des plaintes en justice, et un manque d’effectifs plus que jamais handicapant pour le SGRS et la Défense. Autant de problèmes épinglés dans plusieurs rapports du gendarme du renseignement, le Comité R. Sans compter les menaces pour l’Etat belge, en particulier l’espionnage russo-chinois. Le nouveau boss choisit de répondre à tous ces « défis », comme il les appelle, par plus de transparence. « Depuis le 1er janvier, le SGRS dispose de son propre compte Twitter, @SgrsAdiv. Et aujourd’hui, nous lançons également pour la première fois notre propre site web, www.sgrs.be. Alors oui, nous faisons preuve de plus de transparence. Mais nous ne pourrons jamais révéler tous nos secrets… »

Votre prédécesseur avait reçu en cadeau un pot de miel lors de sa prise de fonctions : « Vous tombez dans un nid de guêpes ».

Je n’ai pas eu de miel, mais je ne me suis pas retrouvé dans un nid de guêpes non plus. Au cours des cinq derniers mois, j’ai eu des conversations avec le personnel de tous les départements. Partout, j’ai rencontré des gens motivés et enthousiastes. En ce qui me concerne, les conflits internes sont terminés, oubliés. Je ne regarde pas en arrière. La nouvelle organisation interne mise en place l’année dernière porte déjà ses fruits. Visiter toutes les entités du SGRS m’a donné une grande satisfaction car j’ai rencontré partout des gens motivés, enthousiastes. Cet enthousiasme me permet d’aborder les grands défis avec confiance.

Quels sont ces défis ?

Nous avons une pénurie de personnel d’un peu moins de 20 %, mais nous réduisons progressivement cet écart. De plus, un changement de culture est nécessaire. Ces dernières années, nous avons recruté de nombreux jeunes. C’est une génération différente, c’est donc à nous, les plus expérimentés, de nous adapter. La numérisation est également un défi. Fin 2020, nous avons décidé de nous engager dans le projet de numérisation de la Sûreté de l’Etat (qui est mené par l’omniprésente ASBL Smals, NDLR). Enfin, le SGRS a besoin de meilleures infrastructures. On se doit d’offrir à notre personnel un environnement de travail correct.

En 2017, avec la police et la Sûreté de l’État, le SGRS a acheté un moteur de recherche coûteux pour scanner Internet. Les premiers résultats ont été très décevants. Où en est ce projet ?

Plus tôt cette année, à la mi-février, les trois services et leurs cabinets compétents ont convenu d’envoyer une lettre pour mettre fin au contrat avec le développeur de logiciels néerlandais Bavak. C’est une décision commune. Le moteur de recherche développé par l’entreprise n’a pas répondu à nos attentes.

Cela a coûté 16 millions d’euros. De l’argent gaspillé ?

Comme nous n’avons pas obtenu le produit que nous voulions en fin de compte, ce n’était certainement pas un bon investissement. C’est vrai. Nous essaierons de récupérer un certain nombre d’éléments du contrat, comme le « hardware », d’une valeur de 5 millions d’euros.

La crise du coronavirus a causé une grosse perte de productivité au SGRS, au moins lors de la première vague. Est-ce que vous commencez à trouver la parade ?

On ne va pas se leurrer : il y a eu une baisse de productivité en mars-avril. Pas seulement due au covid, puisque nous avions mis en place la nouvelle organisation interne le 6 janvier 2020, donc nous étions encore en phase d’apprentissage. Cependant, la plus grosse baisse était due au covid. Le télétravail est difficile à appliquer pour nous. Une grande partie de notre personnel travaille sur un système sécurisé. On ne peut pas l’utiliser à partir de la maison. On s’organise : rotations dans les bureaux, locaux adaptés, masque obligatoire, fenêtres ouvertes (même lorsqu’il fait froid)… Si je regarde la production aujourd’hui, je constate que l’on a rattrapé ce retard pris en mars-avril.

Le corona rend-il plus difficile pour les services de renseignement étrangers d’espionner la Belgique ?

La Chine et la Russie sont les plus actives sur notre territoire. Non seulement par le cyberespionnage, mais aussi par le travail de renseignement traditionnel – établir des contacts et essayer d’infiltrer à gauche et à droite. En effet, lors des pics du corona, nous avons observé une activité réduite des deux services. Bien que les Russes soient toujours restés assez actifs. Mais je ne peux pas donner plus de détails à ce sujet.

Votre homologue néerlandais, le MIVD, a mis en garde la semaine dernière contre une grave menace pour l’économie néerlandaise par des pirates chinois et russes.

Tous les pays européens identifient cette menace, y compris la Belgique. Le SGRS a en effet constaté que la Chine et la Russie sont actives en termes de cyberespionnage. La Chine se concentre particulièrement sur nos entreprises de haute technologie, les entreprises actives dans la recherche et le développement et les entreprises dont la technologie peut être utilisée à des fins civiles et militaires. La Russie se concentre sur l’industrie de la défense, mais se penche également sur nos ministères et institutions gouvernementales. La Russie veut être à nouveau reconnue comme une puissance mondiale. Nous savons également qu’un pays comme l’Iran a aussi de très bonnes capacités cybernétiques.

Le SGRS mène-t-il également des cyberopérations offensives ?

Pas encore, nous ne travaillons que défensivement. Mais ce n’est un secret pour personne que notre ambition est de prendre des mesures offensives à long terme.

La Belgique a plusieurs ressortissants dans les prisons et les camps du nord-est de la Syrie. La situation y est hors de contrôle, en particulier à Al-Hol, où les meurtres se multiplient. Le patron du SGRS appelle-t-il les politiques à rapatrier ces familles ?

Ce que fait la communauté du renseignement, c’est suivre le phénomène et la situation des camps en Syrie pour fournir aux politiciens les bonnes informations. C’est à eux de décider si on doit rapatrier.

De nombreux enfants sont nés dans le « Califat » et sont encore en bas âge, ils vivent dans ces camps dans des conditions déplorables. Mais qu’arrivera-t-il lorsqu’ils seront adolescents ? Sont-ils des bombes à retardement ?

Cela pourrait en effet devenir des bombes à retardement. Le message de nos services de renseignement est de dire que, pour l’instant, la situation est stable, mais si on attend encore quelques années, des enfants seront en âge de devenir des terroristes, surtout s’ils restent dans ces camps où les idées radicales sont très fortes.

Dans un passé pas si lointain, le SGRS et la Sûreté de l’Etat étaient de véritables concurrents. Comment se porte la collaboration aujourd’hui ?

Nous coopérons dans un très bon esprit d’équipe, notamment au sein de la plateforme commune antiterrorisme. Même les équipes « filatures et surveillance » des deux services ont fusionné en une seule équipe entièrement intégrée pendant plus d’un an. Nous évoluons également vers un système de communication sécurisé commun et une base de données. Cette banque carrefour de la sécurité est prévue dans l’accord de coalition.

Mobilité: l’heure de pointe a résisté au coronavirus

La persistance des heures de pointe dans le trafic automobile urbain montre que si le coronavirus a mis à l’arrêt de nombreux secteurs, et fait tourner au ralenti de nombreuses activités, tout n’était néanmoins pas au point mort. © Reuters / François Lenoir.
La persistance des heures de pointe dans le trafic automobile urbain montre que si le coronavirus a mis à l’arrêt de nombreux secteurs, et fait tourner au ralenti de nombreuses activités, tout n’était néanmoins pas au point mort. © Reuters / François Lenoir.

Moins de voitures n’implique pas un trafic beaucoup plus fluide sur les principaux axes routiers dans les grandes villes belges. Plus fluide, oui, mais dans une mesure relativement limitée, selon l’analyse réalisée par Le Soir au cours de l’année 2020 dans deux villes wallonnes et dans la capitale. A Bruxelles comme à Liège et à Charleroi, si la circulation était plus rapide pendant le premier confinement qu’en début d’année, et identiquement pendant le second confinement, les automobilistes ne pouvaient néanmoins pas s’attendre à des gains de temps considérables.

C’est ce que montrent les calculs réalisés par la rédaction du Soir, au départ des données de TomTom. Ce dernier met à disposition en continu les mesures de temps de parcours estimé pour l’ensemble du trafic belge. Nous avons collecté tout au long de l’année ces prises de mesure, 24 heures sur 24, sur les 6 axes les plus fréquentés des trois villes belges (cfr. méthodologie).

En plus de nous permettre d’observer l’évolution des courbes au cours d’une journée type, selon les périodes de l’année (avant, pendant et après le premier confinement, puis au cours du second confinement), cela nous offre également un aperçu détaillé de l’impact sur le trafic aux heures de pointe, telles que définies par l’institut VIAS : de 7 à 9 heures le matin, de 15 à 18 h l’après-midi.

Constat posé à Bruxelles en particulier : avec des temps de parcours qui ont diminué de 1,8 % à 22 %, la première période de confinement n’a pas été un puissant accélérateur. Au carrefour Léonard, le gain de temps ne serait ainsi que d’une seconde par minute, tandis qu’à la rue Belliard, on peut l’estimer à 10 secondes par minute, tout en observant que la vitesse n’y dépassait pas les 26 km/h le matin et restait limitée à moins de 20 km/h l’après-midi. C’est mieux qu’en temps normal, mais cela reste bas.

Pour Benoît Godart, de l’institut VIAS, qui a parcouru avec nous l’ensemble des données étudiées par Le Soir, c’est ce premier élément qui frappe : celui d’une relative stabilité. « A Bruxelles, à Charleroi ou à Liège, on a des courbes assez identiques », appuie-t-il. « et dans ces courbes, que ce soit pendant le confinement ou le reconfinement de novembre, il y a encore des heures de pointe. Certes, le télétravail s’est installé dans les habitudes, mais celles-ci demeurent très nettes. On devrait avoir des courbes plus plates. Ce n’est pas le cas parce que, confinement ou non, télétravail ou non, une ville reste une ville ».

Et le responsable de la communication de VIAS de dresser le parallèle avec le baromètre de la mobilité publié en décembre dernier, dans lequel l’institut pointait l’augmentation de la voiture dans les déplacements : « Les Bruxellois, mais pas seulement eux, avaient davantage tendance à emprunter la voiture pour les déplacements intra-urbains : « Les gens avaient peur d’emprunter les transports en commun ; la part de ceux-ci dans l’ensemble des trajets a diminué de moitié au cours des deux périodes de confinement ». Au profit de la voiture, notamment, même si les modes de transport alternatifs comme le vélo ont également augmenté.

La persistance des heures de pointe dans le trafic automobile urbain montre aussi, selon l’expert en mobilité, que si le coronavirus a mis à l’arrêt de nombreux secteurs, et fait tourner au ralenti de nombreuses activités, tout n’était néanmoins pas au point mort. L’école au premier chef : « On réduit souvent l’heure de pointe à l’heure à laquelle les navetteurs rentrent dans les villes, mais il ne faut pas négliger que c’est aussi l’heure à laquelle l’école commence, à l’heure à laquelle les parents y déposent leurs enfants. Le mercredi midi, par exemple, est réputé pour être un moment à risque au niveau des accidents, avec beaucoup de trafic, notamment de grands-parents qui sont réquisitionnés pour aller chercher leurs enfants à la sortie des classes ».

Entre 7 et 9 heures, c’est aussi l’intervalle horaire pendant lequel de nombreuses professions démarrent leur activité, rappelle encore Benoît Godart. « Les peintres en bâtiment, dentistes, employés de supermarché et un paquet d’autres n’ont pas été impactés par le télétravail. On compte que le télétravail ne concerne qu’un travailleur sur deux. Et a contrario, les livreurs en camionnettes tournent à plein régime, tandis que les camions eux aussi ont continué à circuler pour approvisionner les magasins ».

Il n’est pas impossible que la météo y soit pour quelque chose dans les évolutions constatées dans nos analyses, avec certains axes où le temps de parcours était ainsi plus long au second confinement qu’en temps normal. C’est le cas à Liège à la sortie Burenville-Saint Lambert et à hauteur de Robermont-Amercoeur et dans une moindre mesure à Bruxelles entre Sainctelette et Madou, comme le montre notre infographie. Difficile pourtant d’imputer cela à un phénomène isolé, aux yeux de Benoît Godart, qui met toutefois en évidence, étant donné que les observations ont eu lieu en novembre et décembre, à des événements météorologiques. « La pluie, on le sait, a un impact fort sur les conditions de circulation et sur la vitesse », plaide-t-il, sans pouvoir expliquer clairement pourquoi cet impact se limiterait à ces deux axes précisément. La pluie tomberait-elle plus ou moins droit selon qu’on soit au Boulevard d’Avroy ou à Saint-Lambert. « Non », rétorque le porte-parole de VIAS, « mais ce qui est sûr, c’est que son impact peut différer très fort d’un endroit à l’autre ».

Un peu partout, on peut encore noter que le retour à la normale s’esquisse dans les courbes du second confinement, qui pourrait laisser augurer de ce que sera « l’après Covid » : une copie conforme de l’avant, dans laquelle aura néanmoins pu s’installer la zone 30 à Bruxelles depuis le 1er janvier. Selon un sondage, une personne sur deux (52 %) pense que le trafic reviendra à la normale, pour 11 % seulement qui pensent que la situation va s’améliorer. Pour Benoît Godart, elle pourrait l’être, certains jours de la semaine, ceux où le télétravail sera la norme (le vendredi ou le mercredi), mais guère les trois autres jours, qui sont déjà ceux où, historiquement, la circulation est beaucoup plus compliquée.

A ce stade, tout cela reste encore assez hypothétique, mais pour VIAS, il n’est pas interdit de tirer déjà des leçons des phénomènes observés via les données de TomTom : « Si on revient au carrefour Léonard, à Bruxelles, les observations faites avant-pendant et après le confinement montrent et confirment que cet endroit est un goulot d’étranglement, quelle que soit la période. Ça peut nous servir d’indicateur sur les embouteillages les plus structurels », soutient Benoît Godard.

Les groupes de rock, les dinosaures du siècle?

Dave Grohl, des Foo Fighters, fait de la résistance.
Dave Grohl, des Foo Fighters, fait de la résistance. - AFP.

Hey hey, my my. Rock and roll can never die », chante Neil Young, 75 ans. Un rock’n’roll né il y a plus de soixante ans. Un genre lancé et magnifié par les Elvis Presley, Bill Haley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard… qui deviendra rock dans leur foulée grâce aux Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who, Beach Boys, Pink Floyd, Led Zeppelin, AC/DC, etc. Le monde de la musique leur appartient. Dans les années 70 et 80, ils rempliront plaines et stades, trusteront les premières places des hit-parades, jusqu’aux U2, Cure, Simple Minds, Depeche Mode, R.E.M., Dire Straits, Genesis, Oasis et enfin Coldplay. On dit enfin, car on se rend compte aujourd’hui qu’ils font de la résistance les Foo Fighters ou Queens of the Stone Age nés dans les années 90 dans la foulée d’un Nirvana, dernier sursaut vengeur d’un genre de plus en plus marginalisé par le rap, le r’n’b et l’habituelle grande variété.

Le rock n’est pas mort, non. Il est toujours bien vivant, comme on peut s’en rendre compte dans les festivals, du Graspop à Dour, en passant par Rock Werchter. Mais aussi dans les clubs et salles de Belgique et d’ailleurs, où des milliers de jeunes et moins jeunes (fidèles des radios générationnelles de Classic 21 à Radio Nostalgie) perpétuent ce genre apparu au milieu du XXe siècle. Tout comme Arcade Fire, Gorillaz, White Stripes, Greta Van Fleet... Mais quand on consulte le hit-parade des meilleures ventes de disque, on se rend compte à quel point le live est son dernier refuge, là où il transpire et vit, là où il est né.

Où sont les rockeurs ?

Les groupes nés au vingt et unième siècle sont nombreux mais où sont-ils dans nos charts ? Si on consulte le classement Ultratop 2020 des albums (des meilleures ventes réalisées en Belgique), le premier groupe de rock apparaît en Flandre à la quarantième place (Power Up d’AC/DC né 1973 !), tandis qu’en Wallonie et à Bruxelles, on retrouve Indochine (et sa compilation fêtant ses 40 ans) à la neuvième place, devant AC/DC à la quinzième et Metallica en symphonique à la cinquante-cinquième. En 2019 aussi, Rammstein (dix-neuvième en FWB devant Coldplay, 42e) faisait figure d’exception… alors que le groupe allemand a rempli les deux doigts dans le nez le stade roi Baudouin. Début février 2021, les Foo Fighters sont entrés à la troisième place du classement derrière Hamza et Frédéric François. Bel exploit !

Aux États-Unis, ceci dit, où le r’n’b et le rap règnent en maître (comme la pop dite urbaine chez nous), c’est pire. Le Billboard 200 des albums les plus vendus en 2020 nous apprend que si Post Malone est number one, il faut aller loin dans le classement pour trouver Queen (25e) et Fleetwood Mac (53e) et aucun jeune groupe de rock devant eux. En février 2021, pareil : Grateful Dead (19e), Queen (26e), Fleetwood Mac (48e), Creedence Clearwater Revival (62e) et Metallica (64e) font la nique aux gamins du genre Arctic Monkeys, Tame Impala, Imagine Dragons, Killers, Muse etc.

Le format groupe a-t-il ses jours comptés, tels les dinosaures ? Pour le moment, les aînés Dylan, Springsteen, McCartney, Young et consorts continuent de montrer la voie mais pour combien de temps encore et qui pour leur succéder ? Les nouvelles technologies ont permis dès les années 80 à des artistes de s’exprimer en toute liberté avec PC et synthés, sans plus devoir trouver des potes pour monter un groupe à l’existence toujours menacée par les fameuses « divergences artistiques » amenant au split, la séparation. Chez nous, les Girls in Hawaii, Puggy, Balthazar, Hooverphonic ou Glauque sont toujours bien verts mais s’ils remplissent salles (un peu partout en Europe pour certains), ils ne représentent pas grand-chose sur l’échiquier de l’industrie du disque. Le streaming est aussi passé par là. La fidélité d’un public à un nouveau groupe est plus fragile, plus versatile. La nouvelle génération s’attache moins à ses artistes préférés, elle a un rapport différent que celui entretenu avec le groupe de rock par ses aînés. On consomme plus vite, on zappe, on aime un morceau, un clip, sans plus trop savoir qui est derrière ou sur quel album il figure.

Les rappeurs et les DJ sont aussi passés par là. Ce sont eux les nouveaux dieux de la musique. Il est toujours plus facile de s’identifier à un artiste (de Stromae à Angèle) qu’à un groupe de rock. Marginalisé, le rock redevient une niche, un plaisir qu’on partage en concert, tous âges et sexes confondus. On s’en rendra bien compte quand cette fichue crise sanitaire nous permettra – cet été ?- de revivre ces grands moments de liberté.

Joe Biden aborde les dossiers brûlants du Moyen-Orient à pas de loup

Joe Biden à Washington le 19 février: le Moyen-Orient lui inspire une approche toute en prudence...
Joe Biden à Washington le 19 février: le Moyen-Orient lui inspire une approche toute en prudence... - Kevin Lamarque/RTR.

Face aux défis de sa présidence, Joe Biden concentre naturellement ses premiers efforts sur la scène nationale, où les ravages du covid sur la santé et l’économie nécessitent des mesures urgentes. Pourtant, lui et ses proches ont déjà montré, en un mois, que les dossiers internationaux ne resteraient pas en déshérence même si leur approche restera prudente. Et, là aussi, les premières indications montrent une volonté réelle de réviser sans regrets les principales options de son prédécesseur, Donald Trump. Le Moyen-Orient en fournit maints exemples.

1

Le nucléaire iranien : avancer avec précaution

Joe Biden avait annoncé sa volonté de renouer avec le traité international limitant les capacités nucléaires iraniennes aux options civiles conclu en 2015 que Trump avait dénoncé en 2018 tout en rétablissant de sévères sanctions contre l’Iran. Mais le terrain reste miné. Drapé dans sa dignité, Téhéran dit attendre de Washington la fin des sanctions économiques avant de cesser d’enrichir l’uranium à 20 % au lieu des 3,67 % prévu par l’accord. Alors que Washington exige la fin de cet enrichissement excédentaire avant de retourner à la table des négociations. Dialogue de sourds…

Lors de son premier grand discours international, Joe Biden a souligné le 19 février que les Etats-Unis devaient répondre aux « activités déstabilisatrices » de l’Iran au Moyen-Orient, comme pour montrer qu’il résistera à tout chantage. De leur côté, l’Union européenne et le Qatar se sont proposés comme médiateurs, geste que Téhéran a salué.

Les promoteurs régionaux de la « ligne dure » parmi les alliés des Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, semblent embarrassés. Biden leur témoigne peu de chaleur et s’éloigne du bellicisme de Trump envers Téhéran. L’homme que Biden vient de désigner comme envoyé spécial pour l’Iran, Robert Malley, avait d’ailleurs joué un rôle dans les prémices diplomatiques de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015…

2

Israël-Palestine : courage, fuyons

Dans ce dossier aussi, Biden veut prendre le contre-pied de Trump. Celui-ci avait comblé de cadeaux l’Israël de Binyamin Netanyahou. En reconnaissant par exemple Jérusalem comme capitale d’Israël ou en promouvant un plan qui laissait des miettes aux Palestiniens. Biden, lui, croit encore à la solution des deux Etats, même si les experts sont devenus nombreux à la considérer obsolète en raison de la colonisation effrénée des territoires occupés par Israël.

Visiblement, le nouveau président américain n’éprouve aucune envie de perdre son énergie dans cette problématique inextricable. On peut aimer Israël et exécrer son Premier ministre. Ainsi, Biden a mis 28 jours pour lui passer un coup de fil, après la plupart des autres alliés. Juste un mauvais moment à passer pour un « Bibi » qui avait pris fait et cause en 2016 pour Trump contre Hillary Clinton, ce que les démocrates américains n’ont jamais oublié.

De là à dire que les deux pays vont connaître un froid polaire dans leurs relations, il y a de la marge. Sans doute l’administration Biden va-t-elle renouer avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, mais ira-t-elle plus loin ? Quand le nouveau secrétaire d’Etat, Antony Blinken, dit « Nous cherchons à nous assurer qu’aucune des parties ne prenne de mesures unilatérales qui rendent les perspectives de paix encore plus difficiles qu’elles ne le sont déjà », se rend-il compte que cela revient à exiger d’Israël d’arrêter la colonisation, ce que ce pays, dominé par la droite radicale, n’a aucune intention de faire ? Il y a gros à parier que Biden reviendra aux inoffensives admonestations verbales…

3

Le Golfe : MBS chapitré

Les observateurs attendaient avec beaucoup de curiosité de savoir si Joe Biden allait tenir parole à l’égard du prince héritier saoudien, le fameux « MBS » (Mohamed Ben Salmane), virtuel homme fort à Riyad. Lors du débat télévisé entre candidats démocrates du 20 novembre 2019, Biden avait eu ces mots : « Le meurtre et le démembrement de Jamal Khashoggi [le célèbre journaliste saoudien tué au consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre 2018, NDLR] ont été, à mon avis, ordonnés par le prince héritier. Nous ferons des Saoudiens les parias qu’ils sont. Et je veux être clair : nous ne leur vendrons plus d’armes et nous cesserons l’aide que nous leur apportons au Yémen où ils tuent des enfants et des gens innocents. Ils doivent répondre de leurs actes. »

Sur le Yémen au moins, l’administration Biden est déjà passée aux actes. Les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis ont été suspendues et l’aide logistique à la guerre qu’ils mènent au Yémen a été arrêtée. Pour la nouvelle administration US, la guerre au Yémen « a créé une catastrophe humanitaire et stratégique ». Les USA ont décidé de retirer les Houthis – les ennemis du camp soutenu par les Saoudiens – de la liste noire américaine des organisations terroristes car ce classement risquait d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire.

Quant à MBS lui-même, Biden lui a déjà montré de quel bois il se chauffait. « L’homologue du président est le roi Salmane et il aura un échange avec lui le moment venu », a indiqué le 16 févrierJen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche. Le bouillant Saoudien avait commencé à redresser le tir avant même l’arrivée de Biden, se réconciliant début janvier avec le Qatar après une grosse dispute qui aura duré plus de trois ans. De même, en libérant quelques prisonniers, dont la célèbre Loujain al-Hathloul, féministe persécutée, MBS espère-t-il redorer son blason vis-à-vis de Joe Biden. Sera-ce suffisant ?

4

La Syrie : l’impossible urgence

Dans le dossier syrien, les intentions de Joe Biden restent encore floues. Les protagonistes y sont innombrables, depuis le régime d’Assad jusqu’à Israël en passant par les rebelles, les djihadistes, les Kurdes, la Turquie, la Russie et l’Iran… L’armée US y maintient des forces spéciales, 900 hommes, afin, officiellement, de veiller à annihiler dans l’Est du pays avec ses alliés kurdes les résurgences de Daesh.

La zone autonome kurde tomberait rapidement (soit devant l’armée turque, soit devant l’armée syrienne) si les Américains s’en allaient. Que fera Biden ? En septembre 2019, il déclarait à propos du contingent américain : « Pour l’instant, il est tout à fait logique de maintenir une force de quelques centaines d’hommes capable de protéger les Kurdes et d’assurer la sécurité dans la région ». Au-delà de cette profession de foi qui devrait rester valable quelque temps, le dossier syrien n’occupera pas les esprits à la Maison-Blanche, malgré son acuité.

Même privés de stade, les supporters savent manifester leur colère

En août, les joueurs de Charleroi et leurs supporters fêtaient ensemble, mais à distance, un succès contre Ostende...
En août, les joueurs de Charleroi et leurs supporters fêtaient ensemble, mais à distance, un succès contre Ostende... - Viriginie Lefour/belga.

Il fut un temps pas si lointain où le supporter exprimait son courroux depuis les gradins de la tribune lorsqu’il n’était pas satisfait du contenu ou des résultats de son club adoré. À coups de sifflets et de bronca, il pouvait aisément faire comprendre aux joueurs son mécontentement. Comme pour bien d’autres choses, le Covid-19 a changé la donne.

Assis dans son fauteuil, avec femmes et enfants comme seules oreilles attentives, le fan ne pouvait pas se contenter du foyer familial ou des réseaux sociaux pour exprimer son admiration ou son ras-le-bol à l’encontre de son club de cœur, de l’entraîneur ou des joueurs. Privé de tribune pour s’exprimer et frustré de ne pas pouvoir avoir un impact direct sur le déroulé d’une rencontre, il a fallu se réinventer et trouver des moyens de se faire entendre dans les bons et les mauvais moments de la saison. Et dans les clubs, on a bien compris qu’il fallait leur donner un peu de latitude.

Dans la palette des inconditionnels de leur matricule, on retrouve forcément les nombreux messages d’encouragement que les groupes de supporters de tous bords ont multiplié. Du « Vous ne serez pas seulement 11 à monter sur la pelouse de l’ennemi, nous serons des milliers » des Ultras Inferno et du Publik Hysterix Kaos (PHK) avant le déplacement du Standard à Charleroi au « Un derby, c’est un comme un Clasico, ça se gagne » de la Mauve Army avant le match de Coupe à l’Union. Des actions dédiées à la motivation des joueurs comme ce fut le cas avec l’organisation de feux d’artifice à proximité des stades. À Charleroi, les « Storm Ultra » avaient été jusqu’à demander à la direction de voir les joueurs juste avant le match contre le Partizan en tour préliminaire de l’Europa League pour les transcender. Une requête refusée mais dirigeants, joueurs et supporters s’étaient retrouvés après la qualification pour fêter cela ensemble aux alentours du stade. Une action qui avait choqué en Flandre obligeant Mehdi Bayat à se défendre.

Différentes manières de s’exprimer qui fonctionnent également lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ce lundi, la Mauve Army s’est fendue d’un calicot « Réveillez-vous bordel, Claisco J-6 » qui en appelle d’autres dans les jours à venir. Dans le même acabit, les supporters mouscronnois ont exhorté les Hurlus à « Respectez ce maillot et mouillez-le ! Bougez-vous, réveillez-vous ! ». Des messages auxquels se greffe parfois une campagne d’affichage bien plus dense comme au Standard ou à Mouscron. Dans le Hainaut, les affiches avaient été collées sur la porte donnant accès au vestiaire. Un cran plus loin, l’AFSA (NDLR : Association Francophone des Supporters d’Anderlecht), qui n’a pas été suivie par son pendant néerlandophone, s’est fendue d’un communiqué après la débâcle face à Courtrai où elle n’épargne personne. Direction, entraîneur et joueurs, tout le monde en a pris pour son grade. Des temps de crise qui sont source d’inspiration.

Samedi soir, un cadenas avait été posé sur la grille du parking des joueurs de Charleroi qui revenaient de Waasland-Beveren. Ils s’étaient déjà fait remarquer un peu plus tôt dans la saison en plaçant de la paille sur le banc de touche pour illustrer leur message : « Trop de chèvres, peu de Zèbres ». À Mouscron, suite à la défaite face au Cercle samedi, les joueurs ont dû faire face à une pluie d’œufs lancés par des mécontents.

C’est également ce sentiment qui a guidé les multiples actions des ultras de l’Antwerp durant le mois de janvier à l’encontre de Didier Lamkel Ze. Dans l’idée de forcer son transfert, le Camerounais a déclenché leur colère en débarquant au Bosuil avec le maillot d’Anderlecht. Exigeant son départ auprès de la direction, ils ont débarqué lors d’un entraînement des U21 où Lamkel Ze était présent demandant au coach de ne plus lui permettre de garder la forme. Une descente contraignant la police à débarquer au Bosuil pour éviter tout débordement. Une action qui n’a pas eu les effets escomptés, Didier Lamkel Ze étant toujours un élément du noyau de Vercauteren…

Faut-il modifier la loi drogues de 1921?

Le contentieux des drogues reste très important aujourd’hui en Belgique. Selon les deux collectifs derrière la campagne, un détenu sur deux est incarcéré pour des infractions  en matière de stupéfiants ou pour des faits connexes.
Le contentieux des drogues reste très important aujourd’hui en Belgique. Selon les deux collectifs derrière la campagne, un détenu sur deux est incarcéré pour des infractions en matière de stupéfiants ou pour des faits connexes. - belga

La législation belge sur les drogues aura un siècle le 24 février prochain et il serait temps de l’évaluer pour la faire évoluer. Voilà en substance le message que s’apprêtent à porter, à l’adresse du monde politique, deux collectifs (#STOP1921 et SMART on Drugs) rassemblant des associations et des citoyens au travers de la campagne « Unhappy Birthday ». Avec une demande, celle d’ouvrir un large débat sur le sujet, dont l’horizon pourrait être, le cas échéant, la décriminalisation de l’usage des drogues et une réglementation du cannabis.

« Nous voulons ouvrir un large débat, nous attendons plus particulièrement du Parlement qu’il évalue la loi de 1921 et qu’il juge de sa pertinence par rapport à un contexte qui, en un siècle, a fameusement évolué », affirme Bruno Valkeneers, directeur de la communication pour l’ASBL Transit et porte-parole francophone de la campagne. « Nous laissons au travail parlementaire, qui reposera sur la consultation d’experts, le soin de faire apparaitre le modèle de politique le mieux adapté en matière de drogues. Nous laissons volontairement la question ouverte. Mais peu importe le modèle qui sera choisi, nous voulons qu’il soit régulièrement évalué pour qu’il puisse le cas échéant être adapté. »

Derrière cette demande d’évaluation, les deux collectifs fournissent une critique sévère de la législation actuelle largement basée sur la répression, pointant avant tout l’inefficacité d’une telle approche. « Aujourd’hui, malgré les interdits, de plus en plus de gens consomment. La loi n’est pas là pour les en empêcher. Par ailleurs, les efforts pour éradiquer les trafics ont beau être accentués, ils ont très peu d’impact sur la circulation des drogues. En 1921, les architectes de la loi pouvaient peut-être porter l’utopie d’un monde sans drogue et espérer la réaliser. Mais aujourd’hui tout cela parait vain. Les drogues sont très disponibles. »

La décriminalisation, qui semble être la voie à suivre pour les deux collectifs, ne concernerait pas seulement le cannabis mais l’ensemble des drogues. « Les personnes les plus dépendantes aux drogues les plus toxiques sont aussi les plus vulnérables, celles sur lesquelles la criminalisation a le plus d’effets pervers, celles sur lesquelles les parcours judiciaires qui en découlent pèsent le plus lourdement sur les possibilités de réinsertion », affirme Bruno Valkeneers.

Les arguments portés par les collectifs sont aussi ceux développés depuis un certain nombre d’années maintenant par une série de spécialistes des drogues. C’est le cas notamment de Christine Guillain, professeure de droit pénal (Université Saint-Louis). « La criminalisation n’a jamais empêché la consommation et les comportements qui l’entourent,», affirme-t-elle. « Le fait de décriminaliser pourrait éventuellement favoriser une recrudescence de la consommation dans un premier temps avant un retour à la normale. C’est en tout cas ce qu’on a remarqué aux Pays-Bas avec le cannabis après l’ouverture des coffee-shops. »

Le cas du Portugal

« Il est difficile de savoir exactement quel effet une décriminalisation aurait sur la consommation », affirme Emmanuel Hermans, professeur de pharmacologie et doyen de la faculté de pharmacie et des sciences biomédicales de l’UCLouvain . « En revanche, le risque d’être puni, d’être poursuivi ne me semble pas pouvoir peser bien lourd chez des gens souffrant de fortes dépendances. Celles-ci peuvent véritablement être très puissantes. Elles sont capables de prendre en otage tout le système naturel de contrôle de la motivation, de la récompense et toucher ces zones-là de notre cerveau. Toutes les échelles de valeurs s’en trouvent perturbées et les possibilités de choix rationnels sont vraiment amputées. »

Pour Bruno Valkeneers, pour avoir des garanties quant à l’évolution de la consommation de drogues dans un contexte de décriminalisation, il faut s’en référer à des expériences grandeur nature. « Le Portugal a décidé de décriminaliser l’usage de toutes les drogues en 2001 assortissant cette mesure d’un renforcement de la prévention, de la réduction des risques et des soins aux personnes dépendantes. Résultat : la consommation n’a pas augmenté et les chiffres en matière de santé ont très favorablement évolué avec en plus un bénéfice pour l’ensemble de la société puisque les nuisances publiques ont diminué aussi ».

Le cas du Portugal est aussi repris par Christine Guillain. « C’est un bon exemple d’un pays qui a décriminalisé », affirme-t-elle. « Il faut cependant s’entendre sur les termes. Par décriminalisation, on entend la sortie du champ pénal pour l’usage de drogues et les comportements entourant celui-ci. Cela ne signifie pas une absence de sanctions. Le Portugal a ainsi fait le choix d’opter pour des sanctions administratives plutôt que pénales ».

Pour Christine Guillain, la volonté d’une décriminalisation va de pair avec l’idée que l’arme pénale est trop intrusive et qu’elle induit des effets pervers qu’il convient de contrer. « La décriminalisation de la détention et des comportements qui l’entourent évite l’emballement judiciaire (arrestations, poursuites, condamnations…) et l’incarcération des consommateurs. Certes, ce n’est déjà plus le cas des fumeurs de cannabis, mais en revanche, les consommateurs d’héroïne peuvent encore très bien se retrouver derrière les barreaux en raison de condamnations qui peuvent s’accumuler notamment lorsque, pour assurer leur consommation, des usagers se rendent coupables d’une criminalité connexe. »

Cette dernière n’est sans doute pas anodine. Elle est peut-être au centre de l’ambiguïté qui subsiste à l’endroit de certains usagers de drogue, vus à la fois comme des victimes, des personnes à soigner mais aussi comme des vecteurs d’insécurité sur lesquels repose une politique criminelle qui ne prône pas la tolérance. « Il y a beaucoup d’arguments rationnels en faveur d’une décriminalisation », affirme Christine Guillain. « Mais, au-delà, il y a des imaginaires collectifs qui perdurent ».

Les sociétés cotées ont distribué 1.255 milliards de dollars de dividendes en 2020

Les entreprises américaines une fois encore généreuses envers les actionnaires.
Les entreprises américaines une fois encore généreuses envers les actionnaires. - Reuters

La pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale ? Pas pour les actionnaires. Certes, ils ont perçu, l’an dernier, moins de dividendes que l’année précédente. Ainsi, au niveau mondial, les sociétés cotées ont distribué 1.255 milliards de dollars de dividendes, soit 12 % de moins qu’en 2019, selon les estimations de la société britannique de gestion d’actifs Janus Henderson (1).

Mais si la chute peut paraître sévère, il faut cependant relativiser : le total des dividendes distribués est simplement retombé au niveau de 2017 – et surplombe de… 70 % celui de 2009, l’année qui suivait la crise financière.

Certes, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Ainsi, les sociétés cotées aux Etats-Unis, au Canada, en Suisse, en Chine et à Hong Kong ont accru leurs dividendes. Ailleurs, ils ont baissé, plus ou moins fortement.

Etats-Unis : dividendes en hausse, rachats d’actions en baisse

A tout seigneur, tout honneur, on se penchera d’abord sur le cas américain. Logique : les dividendes distribués par les sociétés cotées aux Etats-Unis ont représenté, l’an dernier, 45 % du total (contre 38 % l’année précédente). Globalement, ils ont augmenté de 2,4 % par rapport à l’année précédente. Le jackpot ? Non, un jeu de vases communicants.

Les sociétés américaines ont réduit leurs rachats d’actions propres – une autre manière de distribuer du cash aux actionnaires, bien plus répandue aux Etats-Unis qu’ailleurs. L’an passé, selon les estimations de la banque d’affaires Goldman Sachs, les sociétés américaines n’y auraient consacré que 505 milliards de dollars, contre 700 milliards en 2019.

Si on additionne rachats d’actions et distribution de dividendes, les actionnaires des sociétés cotées aux Etats-Unis auraient ainsi perçu, l’an passé, 180 milliards de dollars (ou 15 %) de moins qu’un an auparavant. Reste qu’ils ont pu malgré tout se partager une manne de plus de 1.000 milliards de dollars, quand un grand nombre de travailleurs perdaient leur emploi.

Europe : l’exception suisse

Fermons la parenthèse : il n’existe pas d’estimation des montants consacrés aux rachats d’actions propres dans les autres régions du monde, pour lesquelles les données portent donc sur les seuls dividendes.

En Europe (Royaume-Uni compris), où la chute du PIB a été nettement plus profonde en 2020, les dividendes distribués ont baissé d’un tiers relativement à l’année précédente et « sont tombés en dessous des niveaux observés en 2009 », note Janus Henderson.

Cela s’explique « principalement (par) l’interdiction mise en place par les régulateurs sur la distribution des dividendes bancaires et ne signifie pas que les banques n’avaient ni la volonté ni la capacité de payer », précise la société de gestion d’actifs.

Sur le Vieux continent, le recul est généralisé, mais il est moins marqué en Allemagne (-15 %) qu’en France, en Italie ou au Royaume-Uni (où l’on dépasse de peu les – 40 %). La Suisse, on l’a dit, fait exception, affichant une hausse de près de 7 %.

Pour les autres économies européennes, où les marchés boursiers sont souvent dominés par quelques très grandes sociétés, les données sont peu représentatives. Janus Henderson ne ventile pas par pays son estimation des dividendes distribués par les sociétés plus petites (celles n’appartenant pas aux 1.200 plus grandes au niveau mondial).

Pour la Belgique, la société de gestion ne retient ainsi que Solvay, GBL et AB Inbev. Et le recul de 63 % des dividendes distribués reflète essentiellement le choix du brasseur de réduire fortement son dividende l’an dernier.

Un mot enfin sur les pays émergents. Le groupe est très hétérogène et la moitié des dividendes distribués vient de deux pays : la Russie, où ils sont en recul, et la Chine, où les entreprises chinoises ont été plus généreuses avec leurs actionnaires qu’en 2019 (+7 %). Mais on rappellera que la Chine est la seule économie à avoir enregistré une croissance de son PIB l’an dernier.

(1) Janus Henderson réalise ses estimations en deux étapes. Un : la société britannique de gestion d’actifs compile les versements effectués par les 1.200 plus importantes sociétés mondiales en termes de capitalisation boursière – celles-ci se taillent la part du lion, avec 1.114 milliards de dollars de dividendes distribués aux actionnaires l’an passé (soit 89 % du total). Janus Henderson estime ensuite le total des dividendes versés par les autres sociétés cotées, mais n’effectue pas de répartition par pays ou par zones géographiques.

Moscou, première cible du nouvel arsenal droits de l’Homme de l’UE

Ces sanctions seront décrétées dans le cadre de «la situation autour d’Alexeï Navalny», désormais menacé de camp de travail, tandis que les manifestations de soutien à l’opposant sont durement réprimées. © Photo News.
Ces sanctions seront décrétées dans le cadre de «la situation autour d’Alexeï Navalny», désormais menacé de camp de travail, tandis que les manifestations de soutien à l’opposant sont durement réprimées. © Photo News.

Pétard mouillé ou méchante salve ? Le verdict est imminent. Le chef de la diplomatie de l’Union européenne va soumettre dans les prochaines heures aux Vingt-Sept une proposition de sanctions contre des responsables russes. La liste des noms est déjà « dans le pipeline », a indiqué Josep Borrell lundi soir. La décision devrait être prise par procédure écrite dans « une semaine, pas plus », a-t-il ajouté.

Le Haut représentant de l’UE s’exprimait au terme d’une longue réunion à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères, qui ont marqué leur « accord politique » à l’adoption de sanctions ciblées. Le rendez-vous était largement consacré à la détérioration de la relation avec la Russie. Ces sanctions seront décrétées dans le cadre de « la situation autour d’Alexeï Navalny », désormais menacé de camp de travail, tandis que les manifestations de soutien à l’opposant au Kremlin sont durement réprimées.

Borrell ne peut rien révéler de cette liste de noms tant qu’elle n’est pas formellement adoptée. Mais les indications disponibles laissent à penser que le tir ne sera pas… explosif – loin, en tout cas, des lourdes sanctions économiques infligées en 2014 sur le front de l’Ukraine. Des sources diplomatiques, citées par l’AFP, font état d’à peine quatre responsables qui seraient visés par ces « mesures restrictives » : gel de leurs (éventuels) avoirs dans l’UE et interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union.

Le « camp Navalny » plaidait pour cibler les oligarques, qui forment le véritable rempart du Kremlin. Tout indique qu’il n’en sera rien. Borrell souligne lourdement que « le respect de l’Etat de droit » impose de ne s’en prendre qu’aux « personnes qui ont fait quelque chose. Et il faut le prouver ». Seront donc pointés des responsables directs de l’arrestation de l’opposant, de sa condamnation et de sa persécution.

Le génie est sorti de sa lampe

Pour autant, le génie est sorti de sa lampe. La Russie subit l’infamie d’étrenner un tout nouvel arsenal répressif de l’UE, adopté en décembre mais pas encore utilisé. Cet instrument permet aux Vingt-Sept de sanctionner les responsables de « violations sérieuses » des droits humains fondamentaux, « ou impliqués dans de tels actes, partout dans le monde ». Et, plutôt que d’agir sur la base d’une proposition d’Etats membres, le Haut représentant pour les Affaires étrangères fera lui-même usage de son droit d’initiative pour cette « première ». Ce « régime mondial de sanctions » étant donc inauguré, la liste des sanctionnés pourrait rapidement s’allonger.

La ministre belge Sophie Wilmès relève ainsi que le « message adressé ici » porte sur les « valeurs les plus fondamentales » de l’Europe, au moment où « les derniers développements relatifs au respect des droits humains et fondamentaux – que ça soit dans le dossier de l’opposant politique Alexeï Navalny, par rapport à la réforme de la Constitution, à la nouvelle loi sur les ONG étrangères ou encore à la répression des manifestations pacifiques – ainsi que la politique déstabilisatrice de Moscou sur la scène internationale – continuent d’inquiéter très fortement les partenaires européens ».

C’est l’effet paradoxal du déplacement de Josep Borrell à Moscou, le 5 février. Au retour, le chef de la diplomatie de l’UE a été largement critiqué pour sa « mollesse » face à son homologue Lavrov en mode offensive. Mais l’humiliation infligée à l’UE, le rejet méprisant de l’offre européenne d’avancer ensemble sur certains dossiers et la profonde dégradation des libertés civiles et politiques ont finalement soudé les rangs des Vingt-Sept, décidés à « ne pas laisser passer ». « Peut-être n’y aurait-il pas eu unanimité à propos de Navalny s’il n’y avait pas eu cette attitude des Russes », a reconnu Borrell, lundi.

« Faucons » et « colombes »

Un mois plus tôt, l’UE avait opté pour l’attentisme, divisée entre les « faucons » partisans de lourdes sanctions immédiates et les « colombes » pour qui il ne fallait pas se précipiter dans un nouveau bras de fer avec Moscou. Le Kremlin voudrait cultiver des relations bilatérales avec quelques pays sélectionnés : pour leurs sympathies (Orban…), intérêts (le gaz russe pour l’Allemagne… ou la Belgique) ou leur approche « douce » (Macron et ses velléités de « reset »).

Restait à calibrer la réaction. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, la France, l’Italie, Chypre, mais aussi la Belgique, insistaient sur la nécessité de ne viser que les responsables directs de l’arrestation de Navalny et des manifestants. Officiellement, pour éviter de voir les mesures cassées par la Cour européenne de Justice, mais aussi pour maintenir le « dialogue ». D’autres, les Baltes, la Pologne, les Pays-Bas etc. jugeaient que seules seraient efficaces des sanctions visant directement le cercle d’oligarques.

Les sanctions seront en place d’ici au sommet européen de la fin mars, censé procéder à une « revue stratégique » de la relation UE-Russie. Avec quel effet sur la dynamique autoritaire du pays, alors que la Russie « s’éloigne de l’UE et semble avoir décidé d’agir comme un adversaire », selon Borrell ? D’aucuns ne croient pas Moscou et son ministre des Affaires étrangères Lavrov quand ils menacent de « couper les liens avec l’UE », si l’on continue à leur mettre la démocratie sous le nez. Car il ne serait pas dans l’intérêt stratégique de la Russie d’accroître sa dépendance envers la Chine – de plus, en tant que partenaire « junior » du duo.

Outre qu’elles offrent un soutien au « camp Navalny », les sanctions signaleraient ainsi que, nier l’UE et ses fondamentaux, a un « coût ». Peut-être pas si élevé : la décision de l’UE est « décevante », s’est contenté de répliquer (à ce stade) Moscou.

Terrains à bâtir: les prix s’envolent dans plusieurs provinces en Wallonie

Image d’illustration
Image d’illustration - Le Soir

J’en ai vendu une dizaine en 2020, mais si j’en avais eu vingt, ils seraient partis tout de suite ! ». Dans cette agence immobilière située à Ciney, la gérante Béatrice Demeuse avait rarement vu ça. Depuis le premier confinement, elle fait face à une demande soutenue pour un bien souvent oublié du marché immobilier : le terrain à bâtir. « La demande a toujours été présente. Mais si le terrain est bien situé et qu’il a une belle superficie, celle-ci est encore plus forte ces derniers mois », acquiesce de son côté Jean-François Denis, le directeur de l’agence liégeoise Engel & Volkers. Conséquence logique, ces bouts de terre vierge sur lesquels on fait construire soi-même son habitation s’acquièrent à des sommes toujours plus importantes. « Les prix ont augmenté, clairement. Ici, proche de Liège, on était l’année passée à 120 euros du m², maintenant on est dans les 150 euros, même pour des grandes superficies. Et ça ne risque pas de diminuer ». « Chez nous, il faut compter désormais 10 % de plus qu’avant la crise », observe Béatrice Demeuse.

Du simple au double

Des observations de terrain confirmées par les données publiées ce lundi par la Fédération du Notariat belge (Fednot) dans le cadre de la semaine de l’immobilier. Le prix médian des terrains à bâtir a grimpé de 6 % dans le sud du pays entre 2019 et 2020. Une hausse des prix plus importante que celle du prix des maisons (+5,4 %) et équivalente à celle du prix des appartements (+6 %). La tendance n’est toutefois pas la même partout puisque c’est en province de Luxembourg que l’envolée est la plus spectaculaire (+15,4 %), suivie du Brabant wallon (+7,5 %). Les prix sont stables dans le Hainaut et à Liège, ils baissent légèrement à Namur (-3 %). Voilà qui tranche tout de même avec la stagnation globale connue ces dernières années. « C’est vrai qu’avant la crise, le marché était un peu plus calme. Le terrain avait moins la cote et était moins recherché par les particuliers. Il faut dire que les gens n’avaient pas forcément envie de se lancer dans un projet qui va durer deux ans. Les terrains se vendaient surtout à des promoteurs qui allaient construire dessus des petites maisons à vendre finies ou semi-finies. Ça, ça continue, mais la crise a eu un double impact », analyse Renaud Grégoire, le porte-parole de Fednot. Le premier impact, c’est l’envie de verdure et d’espace suscité par l’interminable confinement. « L’intérêt de l’espace, c’est vraiment la valeur clé qui ressort de la crise du corona. On voit des terrains parfois grands, de 10, 15, 20 ares qui avant étaient un peu plus délaissés. Ils trouvent maintenant un intérêt auprès du public ». L’autre élément qui explique que certains préfèrent voir leur maison se construire sous leurs yeux est la surchauffe actuelle du marché immobilier. « Les prix sont très élevés sur l’immobilier ancien car l’offre est beaucoup moins importante que la demande. Quant à la rénovation, ça coûte très cher également. Donc les gens vont vers du nouveau en se disant que ce sera moins cher de faire construire », analyse Béatrice Demeuse. Qu’en est-il d’ailleurs des prix des terrains ? Ils vont du simple au double. Le prix médian s’élève à 60.000 euros aux alentours d’Arlon contre 150.500 euros dans le très prisé Brabant wallon, 72.000 euros à Liège. Comme pour les maisons ou les appartements, la Wallonie reste donc très abordable par rapport au reste du pays : la moyenne belge est à 125.000 euros.

Le succès du « clé sur porte »

Mais en Wallonie comme en Flandre, un dernier élément explique la montée des prix : la faiblesse de l’offre, qui ne fait évidemment que diminuer. « On ne propose malheureusement pas assez de terrains, parce qu’on n’en a tout simplement pas beaucoup. Et il y en a de moins en moins évidemment », souligne Jean-François Denis, tout comme sa consœur Béatrice Demeuse. « J’ai même des personnes qui me mandatent pour partir à la recherche de terrains. On en repère des vides et on sonne aux portes pour demander aux gens s’ils ne sont pas vendeurs ».

En tout cas, la tendance fait des heureux du côté du secteur de la construction clé sur porte. Chez Maison Compère, les affaires ont bien marché en 2020. Très bien même : les ventes du groupe ont augmenté de 42 % l’année passée dans toute la Belgique. « Beaucoup de clients sont des gens qui habitent en appartements et qui veulent agrandir leur espace de vie et surtout avoir un jardin. En général, ils nous contactent sans avoir encore leur terrain. Ils mettent environ six mois à un an avant de trouver vraiment celui qui leur correspond », commente Anthony Blavier, l’administrateur délégué de l’entreprise de construction. « Les projets quatre façades partent tout de suite. Il y a un vrai engouement », complète de son côté Sébastien Ladouce, directeur du développement immobilier chez Thomas & Piron. Reste tout de même ceux, moins nombreux, qui décident de mettre eux-mêmes la main à la pâte. « On revient un peu plus à des projets faits personnellement. Mais avec le recours à un architecte, à une série d’artisans, etc. les budgets ne sont pas forcément toujours tenables », reconnaît toutefois Renaud Grégoire.

Eliane Tillieux, présidente de la Chambre: «Je veux un débat au Parlement sur la pandémie avant Pâques»

Eliane Tillieux, présidente de la Chambre: «Je veux un débat au Parlement sur la pandémie avant Pâques»
Belga.

Après un an, quasiment, d’une gestion par confinements successifs, suspension de droits et libertés, multiplication des sanctions (amendes, citations en justice), la pandémie n’est pas (encore) vaincue mais la coupe est pleine démocratiquement parlant. En témoigne la vague de prises de positions à cet égard (constitutionnalistes, avocats, intellectuels, des politiques aussi, tour à tour), maintenant la démarche de la Ligue des droits humains, qui intente une action en référé contre l’Etat belge, considérant qu’en opérant par arrêtés ministériels en rafale, l’exécutif se met un peu hors la loi. La Ligue, avec beaucoup d’autres, appelle le Parlement à reprendre la main : « La concentration des pouvoirs entre les mains du pouvoir exécutif, sans qu’aucun contrôle parlementaire n’intervienne, n’est plus tolérable… ».

Contactée par nos soins, la présidente de la Chambre, Eliane Tillieux (PS), ne laisse pas passer, en mode : « Je vous ai compris ». Tout en précisant que « l’assemblée parlementaire, évoluant elle-même sous les contraintes imposées à tous dans la campagne anti-covid – limitation du nombre de députés en séance, travail à distance, etc. – n’a pas cessé de jouer son rôle législatif – un millier de textes examinés depuis octobre dernier – et de contrôle du gouvernement », la même ne lance pas moins un : « Il est temps de dire stop ! » qui sonne l’urgence.

Hâte

« Comme vous le savez, le texte d’une loi pandémie est en cours de rédaction au sein du gouvernement fédéral, chez la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden… Mon message : je dis que le Parlement a hâte d’ouvrir le débat en son sein ». Soit : « Nous mobilisons le Parlement, dès mercredi les chefs de groupe, afin d’organiser ce débat sans attendre, avant les vacances de Pâques ». Concrètement : « Le débat aura lieu en commission de l’Intérieur, avec la participation de représentants de la société civile, et je souhaite que les conclusions soient aussitôt l’objet d’un débat final en assemblée plénière à la Chambre ».

Eliane Tillieux appuie : « Je souligne, d’une part, que c’est une procédure exceptionnelle, car l’on soumettra ici au débat un avant-projet de loi, ce qui est une première, on n’attend donc pas que le texte rédigé au sein du gouvernement chemine plus ou moins longuement au Parlement, ni même que le Conseil d’Etat ait remis son avis. D’autre part, croyez-moi, le débat sera animé, parce que la société civile pourra se manifester directement, et parce que nombre d’élus ont, je le sais, très envie de s’exprimer eux aussi »…

Une présidence Vlaams Belang

Dans la majorité Vivaldi ? « Aussi ».

Dans l’opposition, on ne s’économisera pas. Theo Francken annonçait dans ces colonnes samedi qu’il signait une proposition de loi visant à l’avenir à impliquer le Parlement d’emblée dans toute prise de décision.

Pour Défi, François De Smet, qui a interpellé récemment le Premier ministre en séance à propos des restrictions en série aux droits et libertés via de simples arrêtés ministériels, relance : « La discussion est aujourd’hui cloisonnée entre experts qui analysent, lobbies qui réclament d’intervenir et décideurs exécutifs qui, au mieux, arbitrent entre des pressions légitimement contradictoires. Cela ne peut plus durer. Il faut sortir de ce ménage à trois entre comité de concertation, experts et lobbies. C’est à cela que servent les parlements ».

Raoul Hedebouw (PTB) : « Je suis curieux de lire l’avant-projet de loi du gouvernement. S’il a pour effet principalement de pérenniser le dispositif de confinement, nous le combattrons dans son ensemble. Les libertés de circuler, de se réunir, entre autres, ne peuvent être suspendues comme ça aux décisions d’un exécutif ».

Catherine Fonck, au nom du CDH, maintient sa ligne : associer au débat la société civile ; la décision sera formalisée mercredi en conférence des présidents de groupe.

Ajoutez qu’en commission de l’Intérieur, où l’avant-projet de loi atterrira dans un premier temps, c’est un élu du… Vlaams Belang, Ortwin Depoortere, qui organisera les travaux, en tant que président. « Le texte vient de la ministre de l’Intérieur, on respecte la logique parlementaire, c’est la démocratie », ponctue Eliane Tillieux.

RDC: l'assassinat d'un diplomate italien rappelle cruellement les tensions dans l'Est du pays

Les soldats marocains de la Monusco patrouillent sur la route après l’attaque du convoi.
Les soldats marocains de la Monusco patrouillent sur la route après l’attaque du convoi. - afp

C’est sur une route nationale toute droite, menant à la ville de Rutshuru et bien connue des touristes qui visitent le parc des Virunga, que l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio, 44 ans, a trouvé la mort. Dans la province du Nord Kivu, tous savent que le croisement dit des « trois Antennes », à 10 km de Goma, est un lieu dangereux, où le conservateur du parc des Virunga, Emmanuel de Merode, a lui-même failli trouver la mort voici quelques années alors qu’il se rendait à Goma à moto. Le lieu se trouve en effet au milieu d’un « sanctuaire » où opèrent divers groupes armés, rebelles rwandais FDL R, Mai Mai congolais ou simples malfaiteurs et « coupeurs de route ».

C’est là que, lundi matin, à 10 h 15, l’ambassadeur d’Italie a été victime d’une attaque d’hommes armés sortis de la brousse. Le véhicule du diplomate, qui était encadré par deux jeeps du Programme alimentaire mondial, a été pris pour cible par un groupe d’assaillants qui ont d’abord tenté d’enlever les sept occupants. Des gardes de l’ICCN (Institut congolais pour la préservation de la nature) qui opéraient à la lisière du parc voisin, sont aussitôt intervenus mais le chauffeur du véhicule et le garde du corps du diplomate avaient déjà été mortellement touchés par les tirs des assaillants. Quant à l’ambassadeur, atteint à l’abdomen de plusieurs balles, il a été emmené à Goma dans un état critique et il a succombé en cours de route.

Le diplomate avait été invité à visiter des centres de distribution de vivres gérés par le PAM dans le Nord Kivu et, s’il voyageait dans un convoi de trois véhicules portant les sigles du PAM et des Nations unies, il ne disposait pas d’une escorte de la Monusco ou de l’armée congolaise, précaution qui est cependant d’usage pour des personnalités de son rang. Le commissaire provincial de la police s’est déclaré surpris du fait que l’ambassadeur d’Italie se soit déplacé dans une zone à risque sans en informer la police et l’armée.

Vive émotion

La disparition de Luca Attanasio, le premier assassinat d’un diplomate européen depuis la mort à Kinshasa de l’ambassadeur de France Philippe Bernard victime en 1991 d‘une « balle perdue », a suscité une vive émotion à Kinshasa et elle a confirmé la détérioration de la situation sécuritaire dans le nord est de la RDC, qu’il s’agisse des abords du parc des Virunga au-dessus de Goma ou de l’Ituri. Ces dernières années, plus de 200 gardes du parc, sur près de 700 au total, ont perdu la vie dans des affrontements avec des groupes armés. Ces groupes sont le plus souvent des rebelles hutus d’origine rwandaise, qui subsistent dans la région depuis deux décennies grâce à la fabrication et à la vente du charbon de bois, ou des groupes ADF (Allied démocratic forces) venus d’Ouganda et ayant fait souche au Congo. De religion musulmane, ils sont souvent considérés comme des « djihadistes » en liaison avec la nébuleuse islamiste.

Des observateurs militaires relèvent aussi que cette prolifération de groupes armés est le résultat paradoxal d’une politique initiée après les accords de paix de 2002, quand les membres des groupes rebelles furent intégrés dans l’armée congolaise à la faveur des programmes DDR (Désarmement, démobilisation, intégration) financés par la communauté internationale. Actuellement, cette dernière préconise la réintégration dans des réseaux communautaires civils, mais le mal est fait, l’assurance de l’impunité suscite sans cesse de nouvelles « vocations ».

L‘assassinat du diplomate italien rappelle cruellement que la situation dans l’Est est loin d’être réglée, alors que c’est à Lubumbashi, la capitale économique du Katanga, que 1.800 soldats de la Garde Républicaine ont atterri dimanche, traversant la ville à l’occasion d’une « marche sportive ». Ils ont pour mandat de poursuivre les milices « Bakata Katanga » qui avaient ouvert le feu sur une caserne militaire voici quelques jours, mais beaucoup se demandent si les GR ne devraient pas accompagner l’éventuelle arrestation du général John Numbi, l’ancien inspecteur général de la police, que de récents témoignages désignent comme le responsable de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya.

« Homme fort » du Katanga, le général Numbi se trouve toujours dans sa ferme située non loin du domaine de l’ex-président Joseph Kabila. Ce dernier a quitté la capitale du Katanga pour une mission dans les Emirats arabes unis et sa garde armée vient d’être remplacée par de simples policiers.

Football Leaks: comment Mogi Bayat touchait plusieurs commissions pour un seul transfert

Mogi Bayat
Mogi Bayat - Photo Nes

L’ingéniosité de Mogi Bayat pour multiplier les commissions ne s’arrête pas au transfert de Trebel.

En juillet 2015, il est à l’origine du prêt d’Imoh Ezequiel au Parc Astrid. L’attaquant (ex-Standard) évolue, à l’époque, à Al-Arabi. Le 1er juin, Anderlecht donne mandat exclusif à Mogi Bayat pour transférer le joueur d’Al-Arabi.

Une fois le transfert conclu, Mogi Bayat touche deux commissions. L’une conclue le 24 juillet, de 300.000 euros (payables en deux tranches) pour « avoir assisté [le RSCA] et négocié une convention de transfert », l’autre conclue le 6 août, de 250.000 euros (payables en deux tranches) « pour avoir assisté [le RSCA] et négocié un contrat de travail ».

Une petite nuance (d’un côté, le transfert, de l’autre, le contrat de travail) qui rapporte gros : 550.000 euros sur… un prêt (avec option d’achat fixée à 10 millions d’euros, autant dire impayable pour Anderlecht).

Une commission promise si l’option était levée

Autre deal : la levée d’option d’Isaac Kiese Thelin en mai 2017. Le Suédois avait été prêté gratuitement par Bordeaux en janvier 2017 pour une durée de six mois à Anderlecht avec option d’achat de 2,25 millions d’euros, Anderlecht ne devant payer que 100.000 euros pour avoir l’exclusivité de cet achat. Après une saison décevante du Suédois, l’option d’achat avait été levée, à la surprise générale. A l’époque, Herman Van Holsbeeck s’en était expliqué, sans convaincre, en affirmant : « Si vous me demandez si Kiese Thelin est un joueur pour Anderlecht, je vous réponds non. Il a reçu suffisamment sa chance ici. Mais je suis certain qu’on s’y retrouvera financièrement. »

Kiese Thelin.

Pourtant, un homme se frottait les mains : Mogi Bayat. Car les documents de Football Leaks nous montrent qu’une commission de 520.000 euros avait été promise à Mogi Bayat (qui avait déjà reçu 100.000 euros de commission pour la location) si l’option était levée.

Quatre ans plus tard, Thelin n’a toujours pas été vendu. Il fait encore partie du noyau d’Anderlecht, même s’il multiplie les prêts (Waasland-Beveren, Leverkusen en Allemagne, Malmö en Suède et Kasimpasa en Turquie).

Daft Punk: les robots débranchent la prise

C’est une véritable onde de choc qui a secoué le Landerneau musical lundi en fin d’après-midi. Daft Punk, le duo emblématique révolutionnaire, fondateur et leader de la french touch, se sépare après vingt-huit ans d’une aventure qui fit le tour du monde.

Car Thomas et Guy-Manuel avaient tout compris : la musique d’aujourd’hui comme le marketing. Ceux qu’aux États-Unis on appelait The Robots ont tout inventé en sortant la musique électronique et les DJ des dancehalls pour les faire entrer dans les hit-parades, les grands festivals rock et les médias généralistes. L’idée d’être casqués, sans plus jamais montrer leur visage, les a rendus uniques, même si cela en inspirera d’autres, comme Cascadeur. Leur dernier album, Random Access Memories, paru en 2013, est leur quatrième. En France, c’est en 1997 que Homework les rendra célèbres mais, entre-temps, ils sont devenus un groupe français signé aux États-Unis, ce qui les poussera même à demander à ne plus figurer sur les tablettes des Victoires de la Musique en tant que groupe français. Il est vrai que Random Access Memories bénéficie aux States d’une promo d’enfer qui sera récompensée à la cérémonie des Grammy Awards de 2014 d’où ils repartiront avec cinq trophées, non sans se produire en compagnie de guests stars comme Stevie Wonder, Nile Rodgers et Pharrell Williams. « Get Lucky » est le tube de l’année et en rendant hommage au funk d’un Chic, c’est toute une vague musicale disco que Daft Punk remet au goût du jour.

De Lollapalooza à Coachella

Leurs concerts, de I Love Techno à Gand aux festivals américains Lollapalooza ou Coachella, sont des événements au light-show chaque fois exceptionnel. Dans leur sillage techno et house, tout ce que la France compte de créateurs électro a suivi, créant cette vague intitulée french touch, une invasion mondiale comme la France n’en avait jamais connue. Air, Cassius et Justice, les trois autres duos, en ont bénéficié, comme tous ces DJ français à la renommée internationale (Laurent Garnier, Dimitri From Paris, Etienne de Crecy, David Guetta...). Même le groupe rock Phoenix, dont ils sont très proches, leur doit leur succès américain. En 1991, les deux futurs Daft Punk ont même fondé avec Laurent Brancowitz, qui deviendra la guitariste de Phoenix, un groupe de rock nommé Darlin’, en hommage à la chanson des Beach Boys.

En fait, le langage des Daft Punk était électronique, leurs nappes synthétiques répétitives foncièrement house et techno mais leurs goûts musicaux allaient de la pop au funk et au disco. Quitte à choquer parfois les puristes.

One More Time est un autre de leurs tubes planétaires qu’on oubliera jamais. Pour annoncer sa séparation, Daft Punk a publié sur YouTube une vidéo de huit minutes intitulée Epilogue qui reprend des extraits de son film Daft Punk’s Electroma sorti en 2006. On y voit notamment les deux androïdes marchant dans le désert avant d’exploser. Sans explication, sinon l’extrait Hold on, if love is the answer, you’re home , de leur morceau Touch sorti en 2013 sur Random Access Memories , qui sera donc leur dernier album. Ils n’ont pas donné de raison à cette séparation alors qu’on s’attendait à un nouveau disque, sinon une tournée annoncée par certains mais vite démentie par les intéressés qui s’exprimaient peu dans la presse. Sans doute vont-ils continuer à créer séparément. Peut-être des enregistrements inédits posthumes vont-ils nous être offerts. En attendant, nous voici malgré tout orphelins d’un des groupes français les plus passionnants de ces vingt dernières années.

En 2006 a paru la compilation « Musique Vol.1 : 1993-2005 » (Virgin-EMI) à laquelle on ajoutera le « Random Access Memories » de 2013.

La chronique «Alternatives»: La République doit-elle célébrer le bicentenaire de la mort de Napoléon?

La France doit-elle célébrer le bicentenaire de la mort de Napoléon ?

Pourquoi pas ? Même l’anniversaire de la mort ou de la naissance de Charlemagne, de Philippe Auguste, de Louis XI ou de Louis XIV, si ça lui chante, ou bien d’Attila, pourquoi ne pas les célébrer ?

La République doit-elle, elle, célébrer ce bicentenaire ? Ce serait un comble. Qui ferait se retourner dans sa tombe Victor Hugo qui, dans ce chef-d’œuvre, Les châtiments, montrait que la retraite de Russie, Waterloo ou Sainte-Hélène constituaient le châtiment de ce crime majeur, le 18 Brumaire, c’est-à-dire l’assassinat de la République.

En fait, c’est le monde entier qui serait habilité, non pas forcément à célébrer, mais à saluer l’exceptionnelle figure de ce personnage universel et hors du commun.

Le monde entier, mais pas la République.

À moins de donner en exemple, à l’heure où on l’invoque à tout bout de champ, cette République, l’homme qui, le lendemain de son coup d’État, supprima peu à peu toutes les assemblées représentatives et électives, interdit 65 journaux sur les 73 existants (à la fin, il les supprima tous), imposa la censure au théâtre, fit déporter et parfois fusiller les récalcitrants, rétablit les ordres aristocratiques, pour ne pas dire féodaux, le principe héréditaire, le trône, l’esclavage (« Je suis pour les blancs, expliqua-t-il, parce que je suis blanc, c’est la raison »), ressuscita la cour, les livrées, les chambellans, les dames d’honneur, le sacre, mais aussi le marquage des condamnés au fer rouge, qui abolit toute séparation de l’Église et de l’État ; celui qui remplaça les élections par des plébiscites, dont celui, le premier, à l’issue duquel on ajouta deux millions de faux bulletins aux votes réellement exprimés ; celui qui, après s’être fait couronner empereur, se fit livrer la fille de l’empereur d’Autriche et intégra ainsi la famille de Marie Antoinette. Digne d’un hommage républicain ?

Napoléon fut, tout au cours de son existence, nationaliste corse puis nationaliste français, gauchiste radical appelant, après la reprise de Toulon, à accentuer la Terreur, puis adversaire de la révolution, Jacobin, Thermidorien, centriste, puis néo-monarchiste. Il fut anticlérical, musulman et papiste. La seule chose qu’il ne fut jamais : c’est démocrate et libéral.

Quel est le seul personnage de la République qui l’encensa jusqu’à sa mort, alors qu’il rejeta tous les autres : Robespierre. Pourquoi ? Parce que lui seul, considérait-il, avait compris que pour solder la révolution, il n’y avait d’autre moyen que la dictature. Napoléon le confiait encore, à Sainte-Hélène, au général Bertrand : « Robespierre a péri pour avoir voulu arrêter les effets de la révolution. Il était très supérieur à ce qui était autour de lui. Dégoûté de ce qu’il entendait, il sentait la nécessité d’un système religieux. Ce fut le culte de l’Être suprême. C’était de la grande politique. S’il n’avait succombé, ce serait l’homme le plus extraordinaire qui eût paru. La morale de tout cela est qu’il ne faut pas faire de révolution. Mais quand on en fait une, peut-on s’attendre à ne pas verser de sang ! ».

« Dieu de la guerre et de la fortune »

Musulman ? N’en déplaise à l’hyper bonapartiste Éric Zemmour, voilà ce qu’il déclara au Caire en 1798 : « Votre foi sublime nous y adhérons et l’instant est arrivé où tous les Français régénérés deviendront aussi de vrais croyants comme vous. »

Devant le général Bertrand, à Sainte-Hélène, il reconnut qu’il était prêt à se faire musulman s’il était resté en Orient. En septembre 1798, après la révolte du Caire, il n’hésita pas à lancer cet avertissement : « Depuis que le monde est monde, il était écrit qu’après avoir détruit les ennemis de l’islamisme, fait abattre les croix, je viendrais, du fond de l’Occident, remplir la tâche qui m’a été imposée. Dans le saint livre du Coran, dans plus de vingt passages, ce qui est arrivé a été prévu. »

Le 19 Brumaire 1799, à Saint-Cloud, s’adressant au Conseil des anciens, il reprit ce thème : « Sachez, leur lança-t-il, que je marche accompagné du dieu de la guerre et du dieu de la fortune ! » Selon certains, il aurait même dit : « Je suis le Dieu de la guerre et de la fortune. »

Démocrate ? C’est lui qui déclara à Mollien, qui deviendra son grand argentier : « Le gouvernement est au centre d’une société comme le soleil : les diverses institutions doivent parcourir autour de lui leur orbite sans s’écarter jamais. Il faut donc que le gouvernement règle les combinaisons de chacune d’elles de manière qu’elles concourent toutes à l’harmonie générale. »

Même Poutine n’oserait pas.

La République doit-elle lui rendre hommage ?

Estelle Ceulemans, de la FGTB Bruxelles, au «Soir»: «Ce que j’attends du Sommet social? Rien du tout!»

La secrétaire générale de la FGTB de Bruxelles est en colère.
La secrétaire générale de la FGTB de Bruxelles est en colère. - Bruno Dalimonte.

ENTRETIEN

Patrons, syndicats et gouvernement bruxellois se retrouvent ce mercredi pour le Sommet social. Le dernier remonte à janvier 2020, lorsqu’ils avaient défini la Stratégie 2030. Depuis, le monde a basculé. A la crise sanitaire s’ajoutent des crises sociale, économique, sociétale, particulièrement aiguës dans la capitale. C’est dire si la rencontre prend un sens particulier… « Mais, de nouveau, on n’est pas dans une vraie concertation sociale, s’inquiète Estelle Ceulemans. On est dans une grand-messe. A titre personnel, j’ai droit à trois minutes d’intervention… Un représentant de la Commission européenne viendra parler pendant 20 minutes du Plan pour la reprise et la résilience… » La secrétaire générale de la FGTB de Bruxelles est en colère… Tant les priorités placées par le gouvernement Vervoort que la méthode lui restent en travers de la gorge.

La concertation sociale ne fonctionne plus, à Bruxelles ?

Les cabinets Trachte (Transition économique) et Clerfayt (Emploi) ont tenté de la relancer dans leurs compétences, mais, sur d’autres éléments comme la mobilité, la fiscalité, non. Et surtout, on nous consulte a posteriori ! Quand le plan de relance bruxellois a été approuvé. Quand les fiches du Plan pour la reprise et la résilience (PRR) ont été envoyées à l’Union européenne. On n’est pas du tout dans le cadre de la concertation sociale bruxelloise, où nous sommes censés travailler ensemble, partenaires sociaux et gouvernement, sur les priorités partagées. Au contraire, il nous manque la vision globale des politiques, qu’elles soient d’urgence, de moyen ou de long terme.

Le Sommet social de mercredi peut corriger le tir ?

J’ai un profond malaise par rapport à ce Sommet. J’ai le sentiment que les arbitrages politiques ont repris le dessus sur la concertation sociale. J’ai aussi le sentiment que certains n’ont pas encore pris la mesure de ce que les travailleurs bruxellois vivent, et de ce qui les attend pour les prochaines années. Quand je regarde les plans de relance, c’est comme si, dès qu’on allait sortir du confinement, on allait relancer la machine. Penser ça, c’est se mettre des œillères par rapport à ce qui est en train de se passer à Bruxelles, qui va être particulièrement touchée par la crise. Les indicateurs de la précarité étaient déjà au rouge avant la crise, cela va s’aggraver. Ça commence déjà.

Où le percevez-vous ?

J’ai demandé les derniers chiffres à notre caisse de chômage de Bruxelles. Le moratoire des faillites vient à peine d’être levé, on a déjà dix pour cent de chômage complet en plus, 3.000 personnes supplémentaires. On en annonce plus de 1.000 dans l’horeca. A la FGTB, j’ai encore 19.000 personnes en chômage temporaire, pas toujours à temps plein. Je ne dis pas que demain elles seront toutes au chômage complet, mais il faut s’attendre à ce qu’une grosse partie le soit. Dans certains secteurs, comme la blanchisserie dans les hôtels, le gardiennage, le nettoyage, on va avoir des disparitions d’emploi pour un certain temps. Or, ce sont des travailleurs bruxellois infraqualifiés.

Votre inquiétude est générale ?

Oui ! Elle est très vive pour les jeunes, ils seront tous touchés, quel que soit le niveau de diplôme. J’ai vraiment peur d’une génération sacrifiée. Ils se voyaient déjà offrir des emplois plus précaires : entre 2013 et 2017, la part des jeunes en CDD est passée de 36 % à 56 %. Le nombre de Neet, qui ne sont ni à l’emploi ni en formation, était déjà très élevé à Bruxelles. Maintenant, il y a un risque de décrochage terrible, de l’école, de l’emploi, de la société tout court. Et je ne me fais aucune illusion : les emplois qui vont renaître ne seront pas de meilleure qualité, bien loin de là, je crains qu’on soit encore plus dans des emplois dégradés. Or, avant la crise, on avait déjà une société de petits boulots, de travail étudiant, de flexijobs, de free lance, de travail au noir…

Autant de personnes qui affluent pour l’heure dans les CPAS…

Et dans les banques alimentaires. Ils voient arriver les publics classiques mais aussi celles et ceux qui avaient un job précaire. Il ne faut hélas pas espérer que ces personnes puissent, demain, d’un coup, revivre correctement. Je suis aussi inquiète pour les chômeurs longue durée, je ne vois rien sur l’aspect genre, alors que les femmes ont été particulièrement exposées…

Vous estimez que la précarité, les inégalités ne sont pas assez prises en compte dans les politiques actuelles ?

C’est mon sentiment. Et ce qui nous manque, c’est une union sacrée entre partenaires sociaux et gouvernements, à tous les niveaux de pouvoir, parce qu’évidemment la sécurisation des revenus, des parcours professionnels, des parcours de vie tout court, cela dépend aussi du fédéral. Or, quand je vois les projets belges du plan de relance européen, je constate qu’il n’y a pas assez de cohérence des politiques lancées. Cela se marque aussi avec la clé de répartition des fonds européens : 400 millions pour Bruxelles, cela reste navrant.

Les projets bruxellois inscrits dans le Plan de relance et d’investissements (PRR) ne vous satisfont pas ?

Passons sur le fait qu’on les reçoit une semaine à peine avant le Sommet social… J’ai enfin une vision sur les 16 projets bruxellois, déposés pour un budget de 527 millions, qui devra être ramené à 395. Je les ai analysés : seulement 27 % concernent l’emploi et l’inclusion sociale. Ce n’est pas assez ! Il manque cette dimension-là. Je vais faire acter au Sommet social que c’est une priorité qui n’est pas assez prise en compte ! On va me répondre que ce sont davantage des compétences fédérales, ce n’est pas vrai. Bien sûr, il faut investir dans la mobilité, la lutte contre le changement climatique, le développement économique. On ne fera pas cette relance sur un désert économique et environnemental. Mais on ne la fera pas non plus sur un désert social.

Vous déposez des demandes concrètes sur la table du Sommet ?

Des cellules de reconversion ! Les restructurations vont commencer à tomber. Le dispositif actuel, le fonds rebond, ne nous satisfait pas parce qu’il n’intervient que pour les faillites, pas pour les restructurations. On demande un monitoring de la qualité de l’emploi, il faut mesurer les risques de dégradation, aussi pour réorienter certaines politiques. Ne faut-il pas réorienter vers l’accompagnement les moyens consacrés au contrôle des chômeurs, alors que les emplois vont être encore plus rares que par le passé ? On n’a pas de plan industriel à Bruxelles, cela nous manque complètement ! Si on ne fait pas revenir ce type d’emplois, on n’y arrivera pas.

Vous appelez à renverser la table ?

Exactement ! Pour le moment, la concertation sociale est bureaucratique. On doit et on aurait dû bousculer nos agendas, nos manières de faire, nos manières de travailler, au lieu de travailler en silo.

Vous pensez que ce Sommet social peut changer quelque chose ?

Rien du tout ! On doit bousculer nos curseurs parce qu’on est dans une crise qui peut avoir des conséquences à très long terme. Il faut une approche plus globale. Et il y a urgence à le faire ! Ce sommet social avec un ordre du jour où on est tous étriqués, ce n’est pas une manière de faire.

Carte blanche: «Le problème de report de la vaccination des enseignants accentue le mépris de notre fonction»

Pour le Collège des directeurs de la Fédération de l’Enseignement Catholique, le problème de «report» de la vaccination des enseignants accentue le mépris de leur fonction.
Pour le Collège des directeurs de la Fédération de l’Enseignement Catholique, le problème de «report» de la vaccination des enseignants accentue le mépris de leur fonction. - Photo News

Lettre ouverte à nos politiques et nos spécialistes du covid-19,

Il y a peu, vous avez annoncé que notre métier de Directeur, d’enseignant, n’est pas considéré comme faisant partie des métiers critiques. Nous ne serions pas plus à risques que d’autres professions et, de ce fait, pas intégrés dans la phase 1B de la vaccination. Vous considérez que nous sommes en capacité de tenir nos distances et de garder le matériel de protection adéquat.

En début d’année, nous devenions essentiels, car il faut maintenir les écoles ouvertes, et nous sommes entièrement d’accord avec vous. Il est essentiel que les enfants maintiennent les apprentissages autant que possible. Il est essentiel que nous puissions accueillir nos élèves afin qu’ils gardent un semblant de normalité et de liens sociaux en cette période troublée. Il est essentiel que nous mettions tout en place pour nos chérubins afin de les accueillir comme il se doit.

Cependant… quand il s’agit de reconnaître notre rôle essentiel dans cette stratégie par des actes, nous ne sommes plus… « essentiels ».

Il est bien évident que le tout corps médical, tous les policiers, tous les pompiers… ainsi que les personnes à risques sont entièrement prioritaires.

Nous sommes bien au clair que la vaccination ne fait pas l’unanimité chez les profs et directions, tout comme dans la population. Par contre ce problème de « report » de la vaccination accentue le mépris de notre fonction et nous ne méritons pas ce mépris.

Et que faites-vous à toutes ces personnes qui travaillent au sein des écoles sans pour autant être enseignant, de tous ces bénévoles qui font don d’un peu de leur temps pour améliorer le quotidien de nos élèves ?

Nous faisons face à cette pandémie depuis mars 2020 sans sourciller et notre travail permet d’accueillir chaque matin nos élèves en toute sécurité. Nous réclamons cette sécurité pour nous maintenant, c’est un juste retour des choses.

Tous les experts ne sont pas pour le déconfinement

Du côté des conseillers du gouvernement, on dit une nouvelle fois son envie d’assouplir les mesures, mais on estime qu’il est encore un peu tôt pour ouvrir les vannes. « Concernant le vaccin, on avance, mais à ce stade, seules les maisons de repos sont protégées. Or, elles représentaient 15 à 20 % de la surcharge d’admission dans les hôpitaux, dit Yves Van Laethem, membre du groupe d’experts qui conseille le gouvernement (Gems). Cela signifie que le potentiel de nuisance du virus sur la capacité hospitalière reste à 80 %. » Ensuite, argumente l’expert, les chiffres demeurent actuellement sur un plateau.

« Lorsqu’on a pris la décision de déconfiner, après la première vague, ils étaient dans un creux. Ici, c’est un plateau. Et sur un plateau, on sent encore l’air de la montagne. Donc si ça doit repartir, ça repartira plus vite ». Il indique aussi que, même si le temps s’améliore, nous sommes toujours en hiver et que les activités se passent encore essentiellement à l’intérieur, ce qui renforce le risque de contamination. Et enfin, et surtout, les variants sévissent.

« Sans ces variants, on serait un peu plus à l’aise pour assouplir les mesures. On sait qu’ils sont plus contagieux et on constate que la part du variant britannique augmente en permanence. Il est actuellement à 38 % et nous pensons qu’il devrait atteindre les 60 %, avec 20 % pour le variant sud-africain et 20 ’% pour l’ancienne souche. Et nous manquons encore de vision sur la manière dont ce variant pourrait se comporter en Belgique. Il a fait beaucoup de dégâts en Grande-Bretagne, un pays qui, il est vrai, n’était pas préparé. En Belgique, il ne semble pas avoir eu le même effet, mais on ne sait pas encore très bien comment il va évoluer. En conclusion, nous nous trouvons sur un terrain où la situation peut évoluer dans les deux sens. Je pense qu’il n’est pas opportun de rouvrir les grandes vannes avant le mois d’avril. » Steven Van Gucht, le président du comité scientifique de Sciensano, également conseiller du gouvernement, ne dit pas autre chose. Il plaide pour six semaines supplémentaires de strict respect des règles. « J’espère que si nous arrivons à Pâques indemnes, le pire sera passé. Ce week-end, il a fait beau, mais attendons le vrai printemps. Si nous assouplissons les mesures, faisons-le de manière durable, afin que tout ce que nous décidons puisse être définitif. »

Une situation « plus favorable que prévu »

Mais cet avis n’est pas partagé en dehors des sphères gouvernementales et de ses conseillers. Ce n’est en tout cas pas celui de Yves Coppieters, épidémiologiste de l’ULB. « Nous sommes certes sur un plateau, mais depuis une semaine, c’est un plateau descendant. Et le climat est en train de changer, les activités de plein air vont être plus nombreuses. » Le scientifique propose dès lors une autre approche. « Je ne pense pas qu’il faut considérer les choses en noir ou blanc. Dans la culture ou les sports, il est possible de mettre en place un protocole pour un moindre risque, par exemple en réduisant le nombre de personnes pouvant accéder à une salle de cinéma, ou, comme on l’a fait pour les coiffeurs, en renforçant les mesures sanitaires des secteurs qu’on rouvre. » Pour Yves Coppieters, tout cela ne se produira de toute façon pas du jour au lendemain. « Il faut un comité de concertation, il faut prendre les arrêtés, cela nous amène sans doute déjà au mois de mars. » Mais qu’en est-il des variants, tant redoutés par le Gems ? « Le Gems se base sur des modèles mathématiques pour estimer l’évolution des variants. Et ce que l’on constate, c’est que, pour le moment, ces projections mathématiques ne se réalisent pas. Il serait donc bon de réajuster puisque la situation est plus favorable que prévu. », conclut le scientifique, sans toutefois plaider pour une réouverture de l’horeca, même sur ce modèle.

Coronavirus: pression maximale pour entamer le déconfinement

C’est le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke qui tranchera. Mais lui, réclame trois semaines supplémentaires.
C’est le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke qui tranchera. Mais lui, réclame trois semaines supplémentaires. - Reuters.

Côté politique ? Pendant que les experts cogitent, se divisent (lire par ailleurs) et tentent d’échafauder un système qui objectiverait chemin faisant le lien entre, d’une part, la situation sanitaire, et, de l’autre, les possibilités de déconfinement par secteur d’activité (on parle d’un mystérieux « budget » avec des « points », autrement dit une sorte de « baromètre », souvenez-vous, comme on en avait beaucoup parlé fin 2020, puis plus du tout…), pendant ce temps, donc, les politiques, eux se prononcent très nombreux en faveur, entend-on, d’un « basculement » d’une « gestion de crise » à une « gestion des risques ». C’est là l’enjeu du prochain très attendu (ils l’ont tous été) Comité de concertation, qui se tiendra vendredi prochain, 26 février, réunissant responsables du gouvernement fédéral et des entités fédérées.

L’inflexible ministre de la Santé lui-même n’est pas insensible à ce fameux « basculement » dans une autre philosophie d’action. Après un an quasiment de montagnes russes (très montagnes) en termes de confinement-déconfinement, l’on voit bien que le tissu social se tend, que le moral descend, ce dont la mobilisation des artistes samedi a rendu compte de façon éclatante, ne parlons pas de l’horeca, qui y croit à chaque fois.

Alors ? Alors, dans le concert, le MR se pose à nouveau à l’avant-garde parmi les déconfineurs. Les bleus ont besoin de résultats tangibles. Le 26, on va voir ce qu’on va voir. Georges-Louis Bouchez s’est fendu dimanche d’un communiqué circonstancié où tout y passe : les valeurs libérales contre les restrictions des droits en tous genres, les impératifs économiques, psycho-sociaux, le soutien à la jeunesse… Tout concourt chez les bleus pour estimer, en substance, que le couvre-feu a (presque) fait son temps (Egbert Lachaert, président de l’Open VLD, s’est avancé lui aussi), même chose pour la fermeture des frontières (là, on rouvrirait très vite, moyennant des protocoles de sécurité, des tests, dit-on), certainement l’interdiction des voyages à l’étranger, où, en plus, la Belgique se fait tirer les oreilles par la Commission européenne (un certain Didier Reynders).

Vive le printemps ?

Pour autant, on rouvre quand ? Pas si vite. Frank Vandenbroucke réclame « trois semaines supplémentaires » – on y verra plus clair, dit-il, sur l’impact chez nous des variants, anglais en premier – avant de commencer à faire bouger les lignes. Georges-Louis Bouchez n’est pas si éloigné au fond, qui pointe « le printemps » (le 21 mars) tout en précisant qu’il est hors de question de maintenir « un statu quo jusqu’à l’été » (le 21 juin). C’est dans la fourchette qu’il faudra élaborer le menu.

Parmi ceux qui poussent fort cette fois, on n’oublie pas les verts. Voyages à l’étranger, sort de la jeunesse, de la culture, dans tous les cas, les écologistes, nous explique-t-on en leur sein, attendent, veulent, exigent ?, « de réelles avancées ». Le passage d’une « gestion de crise » à une « gestion des risques », c’est, du reste, l’idée phare qui les guide. Plus encore depuis samedi et la démonstration de force des artistes en rue dans nos villes, avec, ici et là, la mise en cause plus ou moins virulente de la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à laquelle on reproche de ne pas militer. Bénédicte Linard conteste, elle dit avoir une ligne de conduite constante et cohérente. Mais ça va mieux en haussant le ton, ce que font les écologistes en son nom en ce moment. Georges Gilkinet, en sa qualité de vice-Premier au fédéral, sera leur porte-parole vendredi. Message là aussi en substance : on ne peut pas tout ouvrir tout de suite et en même temps, mais le statu quo n’est pas une option.

En plus du « basculement » conceptuel, le mot-clé à ce stade est « protocoles ». Experts, politiques et responsables des secteurs concernés (de l’horeca à la culture en passant par les voyages à l’étranger) travaillent d’arrache-pied, dit-on, à l’élaboration des mesures de sécurité (masques, distances, plexiglas, aération, tout) qui sont les conditions pour déconfiner un peu. Car le monde d’après, ce n’est pas la liberté libre, on l’a compris ?

Football Leaks: le transfert d’Adrien Trebel à Anderlecht, jackpot à tous les étages

Adrien Trebel et Mogi Bayat en 2018.
Adrien Trebel et Mogi Bayat en 2018. - Jimmy Bolcina/Photo News

Dans le football belge, l’été 2016 aura surtout marqué le début de l’aventure Roberto Martinez à la tête de la sélection nationale. Mais en coulisses, il aura posé les jalons d’un des derniers deals entre frères ennemis, le Standard et Anderlecht.

Après l’arrivée chahutée de Steven Defour dans la capitale en août 2014, il n’était pas bon d’imaginer le passage d’un club à l’autre. Pourtant, cet été-là, les coulisses bruissaient des rumeurs de transfert. Le capitaine du Standard, Adrien Trebel, avait des envies d’ailleurs et avait mandaté son agent officiel, Nicolas Onissé, celui qui l’avait fait venir de Nantes au Standard en juillet 2014, pour lui trouver des cieux plus rémunérateurs.

Trebel est un joueur teigneux sur un terrain, mâtiné d’une technique façonnée au centre de formation du FC Nantes, un label reconnu et reconnaissable qui déboucha sur la fameuse expression « jeu à la nantaise », faisant de ce joueur un médian complet, capable d’avaler les kilomètres, de boucher les trous, de harceler l’adversaire, mais aussi de donner une passe tranchante.

Anderlecht aura déboursé 27 % du deal !

Dès le mois de juillet 2016, Nicolas Onissé lance quelques hameçons, prévenant notamment le Standard de sa démarche. Mais le club liégeois n’entend pas brader son joueur, fixant ses conditions à une vente. Fin août, le ton monte entre lui et Bruno Venanzi qui, dans un SMS, lui rétorque : « J’ai toujours dit que je souhaitais garder Adrien encore un an. Et j’ai toujours dit aussi 4 millions net pour le club et je ne changerai pas de position. Soyez déjà contents que j’accepte un paiement en deux tranches si la transaction se fait. »

Ce SMS suffit à l’agent de Trebel pour alerter Anderlecht, avec lequel il est en contact depuis le début de l’été, des conditions du Standard. « Bruno Venanzi a répondu à un de mes e-mails ce jour et m’a clairement notifié le prix d’Adrien Trebel à 4 M € net pour le club. Je te confirme donc qu’Adrien souhaite quitter le Standard ; l’idée de rejoindre votre club et ainsi retrouver son ami Sofiane Hanni est une source de motivation supplémentaire », écrit le 21 août Nicolas Onissé à l’avocat du club mauve et blanc qui, telle la courroie de transmission qu’il est, transmet aussitôt à Herman Van Holsbeeck. La transaction peut se mettre en route. Trop tard pour le mercato d’été, mais bien assez tôt pour celui d’hiver.

Néanmoins, cela ne se fait pas assez vite pour le joueur lui-même qui, devant le manque d’empressement d’Anderlecht et la fermeté du Standard, décide de faire grève fin décembre pour obliger son club à trouver une solution. Et Mogi de rentrer en scène. C’est lui qui va tirer les ficelles du deal, tant du côté d’Anderlecht que de celui du Standard, favorisant l’arrivée de l’ancien joueur nantais dans la capitale.

Le 15 janvier, le transfert est finalisé pour la somme de 3 millions d’euros (en trois tranches : 1,5 pour le 1er février 2017, 1 million un an plus tard et 500.000 euros en 2019). Trebel touche en outre une prime à la signature de 3,312 millions étalée sur la durée de son contrat et un salaire mensuel de 32.000 euros brut par mois (hors primes). Cette prime à la signature, énorme puisqu’aussi grosse que le montant du transfert, est un avantage pour le club qui préfère ce montage à un salaire plus conséquent. Il ne doit en effet pas payer d’assurance groupe sur la prime, contrairement au salaire.

Pour ses services, Mogi reçoit une commission de 200.000 euros (une première tranche de 100.000 à payer le 15 février 2017 et une deuxième tranche équivalente l’année suivante). Quant à Nicolas Onissé, il reçoit également une commission de 630.000 euros, « ce commissionnement se justifiant en contrepartie du management professionnel réalisé par l’Intermédiaire (et consistant dans l’assistance couvrant la négociation et la conclusion du contrat de travail entre le Joueur et le RSCA) ».

Cette répartition de la commission est organisée par Mogi Bayat lui-même. C’est d’ailleurs lui qui enverra la lettre (signée par Adrien Trebel) autorisant Anderlecht à payer Onissé, ainsi que la convention (signée par Onissé) conclue entre Anderlecht et Onissé.

Au vu du montant de la commission de chaque agent, on pourrait croire que Mogi Bayat a laissé la grosse part du gâteau à l’agent officiel d’Adrien Trebel, mais un troisième papier est envoyé le même jour à Anderlecht : l’accord conclu entre Nicolas Onissé et Mogi Bayat. Celui-ci stipule que c’est Nicolas Onissé, nommé « l’intermédiaire », qui a conclu le deal, mais que celui-ci a pu se réaliser « grâce aux services de conseils et d’assistance » de Mogi Bayat, nommé « le partenaire ». Selon ce papier, Nicolas Onissé doit rétribuer Mogi Bayat d’une commission « établie à concurrence de 315.000 euros ».

Si on additionne toutes les commissions, Anderlecht aura déboursé 830.000 euros (dont 550.000 pour Mogi Bayat) sur un transfert de 3 millions, soit 27 % du deal !

A peine transféré, Anderlecht prévoit déjà son départ !

Et la paperasse administrative ne s’arrête pas là. Le jour même du transfert d’Adrien Trebel, une quatrième convention, liant Anderlecht et Mogi Bayat (via sa société SPRL Creative et Management Group), est également mise en pièce jointe, en même temps que les autres papiers signés. Ce contrat affirme que « pour des raisons sportives et économiques qui lui sont propres, sans préjudice quelconque de l’exécution du contrat de travail rappelé ci-avant, le RSCA accepterait de procéder au transfert définitif du Joueur Adrien Trebel (sous réserve de son acceptation) auprès de quelque club tiers (belge ou étranger) d’ici le 31 janvier 2021 et ce, en contrepartie d’une indemnité de transfert à concurrence d’un montant minimal de 6 millions d’euros ».

L’encre du contrat de transfert d’Adrien Trebel est à peine sèche qu’Anderlecht prévoit déjà son départ ! « Dans la perspective de la mutation précitée et afin d’optimaliser le prix de l’indemnité de transfert escomptée par le RSCA, ce dernier fait appel aux services de l’Intermédiaire (Mogi Bayat) lequel dispose d’une parfaite connaissance du marché national et international des transferts. »

Anderlecht donne donc mandat à Mogi Bayat de trouver un port d’attache à son nouveau médian, « depuis le jour de sa signature pour se terminer le 14 janvier 2020 », avec une reconduction automatique de trois ans si le joueur n’est toujours pas vendu. Soit un mandat de six ans offert à un agent qui « s’engage à mettre son expérience, son savoir-faire, sa capacité de travail et sa structure fonctionnelle au service du RSCA dans le cadre de l’objet d’intermédiation de la présente convention. »

En confiant l’avenir futur de Trebel à Mogi, Anderlecht s’empêche également d’offrir un mandat à un autre agent, soit de s’occuper lui-même de trouver un port d’attache pour son joueur. La convention prévoit également déjà la commission que touchera Mogi Bayat en cas de transfert : 300.000 euros si la somme de 6 millions d’euros est atteinte.

La formulation surréaliste de certaines clauses

Mais là où cela devient surréaliste, c’est la formulation de certaines clauses. Dans l’article 2, il est précisé « que la commission susmentionnée n’est due à l’Intermédiaire que si et seulement si ce dernier est effectivement intervenu dans le cadre de la négociation de transfert du Joueur entre le RSCA et celui tiers ». Mais deux articles plus tard, c’est tout l’inverse qui est mentionné : « Il est expressément convenu que si le RSCA négocie et/ou conclut lui-même ou avec l’aide d’un tiers au sens ‘large’ une convention de transfert avec un club tiers quelconque (belge ou étranger) pendant la durée et/ou l’exécution de la présente convention (et sa reconduction automatique), peu importe si l’Intermédiaire a entrepris ou non quelque démarche quelconque préalable de négociation au nom et pour compte du RSCA auprès du club tiers, l’Intermédiaire a droit (sans délai) à la commission. »

Alors que l’article 2 prévoit que Mogi ne touche sa commission que s’il intervient dans le futur transfert, l’article 4 affirme que la commission lui sera due même s’il n’est pas à l’origine et à la conclusion du deal ! Comment expliquer que le RSCA accepte une convention si ambigüe, préparée par Mogi Bayat et son avocat Laurent Denis, et ce, d’autant plus que le club avait déjà été confronté aux mêmes clauses contradictoires lorsqu’il avait donné mandat à Mogi Bayat pour le transfert (avorté) de Guillaume Gillet à Reims six mois plus tôt ?

Herman Van Holsbeeck, à qui nous avons posé plusieurs questions relatives à ce transfert, n’a pas voulu nous éclairer : « Je tiens à respecter prioritairement les règles en vigueur dans notre état de droit. J’entends à ces fins accorder la priorité de mes réponses aux enquêteurs et au juge d’instruction qui dirigent l’enquête. » Mogi Bayat n’a pas voulu répondre à une enquête qui, selon lui, « comporte, à la vue des questions, pas mal d’erreurs », avant d’ajouter : « Vous n’êtes pas sans savoir que si vos questions concernent une instruction judiciaire en cours, il y a la nécessite de respecter le secret de cette instruction. »

Enfin, un ultime papier conclu entre Onissé et Bayat établit déjà la répartition de la commission lors de la revente (50 %). Sauf que cette fois-ci, dans les termes de l’accord, Mogi Bayat devient l’intermédiaire et Nicolas Onissé le partenaire.

Au-delà de l’importance des commissions, le montage suscite la curiosité, car il pourrait s’apparenter à un TPO déguisé, étant donné qu’il garantit à l’agent une commission sur un transfert qui n’a pas eu lieu. Le TPO (pour Third Party Ownership) consiste, pour un club, à céder une partie des droits de propriété d’un joueur à une tierce partie (fonds d’investissement, agents, etc). Cette pratique largement répandue dans certains pays a été interdite par la Fifa en 2015.

Cette convention, pas encore signée, rédigée par Bayat et approuvée par Anderlecht pourrait donc contrevenir à deux points du règlement Fifa du statut et du transfert des joueurs : le 18bis (qui interdit toute influence extérieure dans la gestion sportive) et le 18ter (qui interdit qu’un tiers, autre que le joueur ou un club précédent, obtienne un avantage financier sur la valeur d’un transfert futur).

Anderlecht joue avec le feu et le sait. Renaud Duchêne, l’un des juristes d’Anderlecht, a d’ailleurs informé la direction. Le 16 janvier, il contacte Laurent Denis en lui disant. « Tu me confirmes bien que sur le montant de 6.000.000 ou tout autre montant ramené à son delta, nous ne courons aucun risque relatif à l’interdiction TPO reprise dans l’article 18ter du Règlement FIFA RSTP 2016 et par conséquent à une requalification de cette clause ? C’est un point important sur lequel nous sommes contrôlés par la Commission des Licences. » Malheureusement, la réponse de Laurent Denis n’est pas connue.

Mobilité: un salarié sur trois a recours au vélo pour se déplacer au travail

Avec une utilisation en hausse de 9,1% par rapport à 2019, le vélo est le moyen de transport qui a enregistré la plus forte progression en 2020.
Avec une utilisation en hausse de 9,1% par rapport à 2019, le vélo est le moyen de transport qui a enregistré la plus forte progression en 2020. - Pierre-Yves Thienpont

La crise sanitaire a, semble-t-il, poussé certains Belges à changer de voie, préférant la bande de circulation des cyclistes à celle des automobilistes. Selon le dernier baromètre de la mobilité du cabinet de RH Acerta, ils sont un tiers aujourd’hui à effectuer certains de leurs trajets domicile-lieu de travail à vélo, et près de 15 % à déclarer n’utiliser que ce mode de transport lorsqu’ils doivent se rendre au boulot. Avec une utilisation en hausse de 9,1 % par rapport à 2019, le vélo est le moyen de transport qui a enregistré la plus forte progression en 2020.

Bien qu’un salarié belge sur cinq affirmait disposer d’un véhicule de société en 2020 – confirmant la popularité intacte de la voiture – les automobilistes étaient aussi de plus en plus nombreux aussi à combiner la voiture et le vélo de façon régulière. « Le vélo fait désormais partie intégrante de nos modes de transport », commente Olivier Marcq, expert en mobilité pour Acerta Consult. « C’est un moyen de transport flexible et écologique et grâce aux vélos électriques, les travailleurs peuvent désormais aussi parcourir de plus longues distances ».

L’émergence des « mobility managers »

Voiture, vélo, train, bus, tramway… Les solutions de transport qui s’offrent aux salariés sont très diverses. Mais pendant longtemps, les employeurs ont considéré que le sujet concernait uniquement leurs salariés. « Il y a vingt ans, on parlait de mobilité dans des cas rares, par exemple lorsqu’une entreprise avait des problèmes d’accessibilité ou qu’elle cherchait à désengorger son parking », affirme Colette Pierard, responsable de la cellule Mobilité de l’Union Wallonne des Entreprises (UWE). « Aujourd’hui, avec les impératifs environnementaux, le sujet de la mobilité est revenu sur la table. Certaines entreprises se sont rendu compte que le transport pouvait être responsable de 30 % de leurs émissions de gaz à effet de serre ».

Pour répondre à ces problématiques, un nouveau poste est progressivement apparu dans les entreprises : celui de « mobility manager », ou « coordinateur mobilité ». En charge de la mise en place et du suivi du plan de transport, le métier suscite un intérêt croissant chez beaucoup de professionnels. « Au sein de notre cellule Mobilité, nous avons déjà formé 150 personnes au mobility management », indique Colette Pierard. « Ces personnes vont ensuite aller travailler sur ces sujets au sein des entreprises ».

Les gouvernements successifs ont aussi pris la mesure du défi. Les raisons d’intervenir sont environnementales, mais aussi pratiques, puisque l’objectif est de désengorger les routes belges. « Le cabinet du ministre wallon de la Mobilité (Philippe Henry, NDLR) nous a réitéré sa volonté de renforcer le recours au vélo », affirme l’experte de l’UWE. « Plus de moyens vont nous être accordés par la Région wallonne afin de continuer à en faire la promotion ».

Crise sanitaire et transports alternatifs

Dans cette volonté de promouvoir le recours au vélo, les autorités ont trouvé un partenaire de circonstance : la crise sanitaire. En remettant sur la table les questions de santé et de bien-être, elle a encouragé les salariés à changer leurs modes de déplacement. « Il y a eu un boom incroyable de l’utilisation du vélo au printemps dernier », confirme Colette Pierard. « En période d’épidémie, c’est devenu un moyen de déplacement plus sûr que les transports en commun, et comme il y avait moins de circulation sur la route, les gens étaient plus encouragés à y recourir ».

Un constat partagé par Pascal Dubussy, coordinateur mobilité au sein de l’entreprise technologique John Cockerill. « Durant le premier confinement, on a remarqué qu’il y avait une baisse de près de 80 % de l’utilisation de la voiture de société », note-t-il. La tendance ne s’est pas forcément poursuivie sur les mois suivants, mais le fait que plusieurs entreprises aient décidé d’opter pour un mode de travail hybride – même si le télétravail reste obligatoire, rappelons-le – a aussi été une aubaine pour les défenseurs de la mobilité alternative. « C’est plus facile pour un employé de se dire qu’il peut utiliser son vélo pour se déplacer une fois par semaine plutôt que tous les jours », analyse Colette Pierard. L’indemnité kilométrique du vélo a par ailleurs augmenté en 2020, passant de 0,23 à 0,24 euro par kilomètre, ce qui va aussi dans le sens d’un changement d’habitudes.

Renforcer le budget mobilité

Un changement durable ? Pas sûr. D’abord parce que de nombreuses zones ne sont pas bien desservies par des moyens de transport en commun, mais aussi car la voiture reste un élément central du travail en Belgique. « La voiture de société est un aspect important du package salarial en Belgique », commente l’expert en mobilité de John Cockerill. « Elle permet d’attirer des profils compétents sans recourir à des hausses de salaire ».

Même dans les structures où cette pratique n’est pas répandue, il y a d’autres contraintes qui empêchent de changer de mode de transport. « Il n’y a que la direction qui bénéficie de voitures de fonction », assure Frédéric Dhont, coordinateur mobilité du CHR de Liège. « Mais le secteur hospitalier est un domaine où l’on travaille sept jours sur sept et 24 heures sur 24. Il est donc difficile d’envisager durablement d’utiliser un autre moyen de transport que la voiture ».

Comment dès lors opérer une modification douce des habitudes ? Pour Colette Pierard, cela passe nécessaire par une amélioration du budget mobilité, qui permettrait aux salariés de combiner les indemnités à plusieurs modes de transport. « On a besoin d’une voiture, car il y a des endroits que l’on ne peut pas rejoindre différemment », affirme-t-elle. « Mais il faut aussi réfléchir à développer les autres modes de transport pour les salariés, comme le font actuellement la SNCB et la TEC en redéployant des lignes dans certaines zones ».

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