Pierre Verdier au «Soir»: «Deliveroo ne pourrait plus couvrir que des zones très réduites»

Pour Pierre Verdier, CEO de l’entreprise, le salariat est incompatible avec le modèle Deliveroo.
Pour Pierre Verdier, CEO de l’entreprise, le salariat est incompatible avec le modèle Deliveroo. - Pierre-Yves Thienpont.

ENTRETIEN

Installées désormais en plein quartier européen à Bruxelles, dans des bureaux flambant neufs, les équipes de Deliveroo Belgium continuent à croître. Tout comme l’activité de l’entreprise qui a signé une année 2019 record. Avec un nombre de collaborateurs actifs – les livreurs –, en forte hausse également. Même effervescence au niveau de l’actualité qui entoure la plateforme spécialisée dans la livraison de plats de restaurant. Ce lundi débute un procès clé au tribunal du travail (lire ci-contre).

Conscient des enjeux – la légalité de la relation de travail indépendante avec ses coursiers sera débattue –, son nouveau CEO, Pierre Verdier, se dit « confiant dans la justice » mais alerte également : le salariat est incompatible au modèle Deliveroo, affirme-t-il.

Le procès qui vous oppose à l’auditorat du travail débute ce lundi. Vous êtes confiants ?

Oui. L’auditorat du travail a opté pour la voie civile, c’est un bon signal après deux années d’enquête de ne pas choisir d’aller en correctionnel. Nous n’allons pas spéculer sur la décision qui sera prise par le tribunal mais nous avons toujours collaboré de manière transparente avec les autorités. Nous croyons dans notre modèle et nos livreurs, en tout cas la large majorité d’entre eux, aussi. Ils veulent la flexibilité que nous leur offrons actuellement, nous les avons sondés sur la question.

Vous risquez tout de même une requalification de la relation de travail que vous entretenez avec eux. Votre business model est-il menacé ?

Si une décision est prise dans le mauvais sens, il y a aura des conséquences pour Deliveroo, mais pas seulement. Je ne pense pas que nous pourrions dans ce cadre poursuivre notre activité en Belgique. Ce qui est certain : pas avec la même efficacité et pas sur la même étendue. Deliveroo pourrait peut-être continuer à opérer dans quelques grandes villes mais sur des rayons très précis et limités. Au lieu de couvrir 30 % du territoire, on ne couvrirait plus que 2 %… Pour nos livreurs, aussi, cela poserait problème. Ils ne sont généralement pas actifs longtemps, le statut de salarié ne répond pas à leurs besoins. Pour l’économie belge, également. Deliveroo, ce sont 40 millions de chiffres d’affaires en plus pour nos restaurants partenaires en 2019.

Vous avez collaboré un temps avec la coopérative Smart, via une convention qui permettait une relation « salariée » avec vos livreurs. Ce modèle pourrait-il à nouveau être envisagé ?

Je n’étais pas là à l’époque, je n’ai pas tous les éléments en main pour vous répondre. Mais prenons un exemple : si j’ai une commande de cinq Boeing, je sais que je vais mettre 300.000 ingénieurs dessus pendant huit ans. Chez Deliveroo, on prévoit un vendredi soir de répondre à 20.000 commandes, puis à 19 heures, il y a une averse, et on en reçoit 35.000 ! Si des livreurs ne peuvent pas se connecter en dernière minute pour répondre à la demande, plus rien ne fonctionne. Pour que notre modèle tourne, il faut une flexibilité totale de nos collaborateurs. Le contrat salarié ne répond pas à ce type de besoin. On se trompe de combat : le statut de l’économie collaborative (qui permet aux collaborateurs des plateformes agréées par l’Etat des revenus annuels défiscalisés jusqu’à 6.000 euros, NDLR) n’est peut-être qu’une première étape. Peut-être qu’un statut intermédiaire pour les travailleurs qui offre flexibilité et sécurité est possible.

Le statut de l’économie collaborative n’offre, de fait, aucune couverture sociale. Flexibilité extrême peut-elle vraiment aller de pair avec la sécurité pour le travailleur ?

Nous apportons déjà une série d’avantages à nos livreurs, via des polices d’assurance. Que nous avons mis en place en amont, sans attendre une décision légale. Mais plus nous apporterons ce type d’avantages aux collaborateurs, plus il y aura aussi risque de requalification de la relation de travail ! Notre message est donc le suivant : laissez-nous travailler, nous les plateformes numériques, à des solutions plus sociales pour nos collaborateurs mais sans pour autant nous forcer à prendre le risque de détruire notre « business model ». Nous savons que le cadre légal, que ce nouveau statut, ne s’inventera pas en quelques mois. Nous savons que cela prendra du temps si on veut bien faire les choses.

La rentabilité est-elle possible pour une entreprise comme la vôtre ? Avec ou sans salariés.

Il est important de comprendre dans quel univers nous évoluons. Cela a l’air simple de livrer des plats de restaurant mais c’est loin d’être le cas. D’abord, cela implique une tripartite : le client, le restaurant, le livreur. A laquelle vient se greffer la plateforme donc, Deliveroo. Il faut satisfaire les parties le mieux qu’on peut. Tout en gardant à l’œil cette notion de rentabilité pour nos activités. Nous avons d’ailleurs fait le choix, contrairement à d’autres acteurs qui affichent une croissance démesurée sans vrai modèle financier, de croître de manière saine pour ne pas s’éloigner de nos objectifs. Nous estimons aujourd’hui que Deliveroo en est encore à un stade où l’investissement est crucial pour mieux satisfaire le client. Actuellement l’équilibre entre la rentabilité et le coût final pour le consommateur n’est pas encore trouvé.

Comment expliquez-vous que Deliveroo, contrairement à certains concurrents (UberEats, notamment) qui opèrent sur les mêmes modèles, soit constamment dans l’œil du cyclone ?

C’est le collatéral de notre démarche. Nous souhaitons depuis le début provoquer le débat, nous discutons avec les autorités. Nous avons aussi une présence locale avec un siège et des employés sur chacun de nos marchés, ce qui n’est pas le cas de la concurrence. Lors des grèves de livreurs en France, j’ai posé cette question à des syndicalistes : ils m’ont répondu qu’avec nous, au moins, un dialogue était possible.

Archive: avant Harry, sa mère Lady Diana avait aussi perdu le statut d’altesse royale

La princesse Diana, le 12 juin 1997.
La princesse Diana, le 12 juin 1997. - Reuters

Avant Harry, sixième dans l’ordre de succession au trône, sa mère Lady Diana avait elle aussi perdu le statut d’altesse royale après avoir divorcé du prince Charles en 1996. Tout comme Sarah Ferguson, lorsqu’elle s’est séparée du prince Andrew, le deuxième fils de la reine. Mais il s’agissait là de « titres honorifiques », obtenus par le mariage. C’est en revanche la première fois qu’un membre de la famille Windsor par naissance se voit privé de ce statut. Alors que nombre de commentateurs dressent un parallèle avec l’abdication du roi Edward VIII en 1936 qui, en épousant une Américaine divorcée, avait renoncé au trône, celui-ci n’avait en fait pas perdu son titre, se voyant simplement rétrogradé de « Sa majesté le Roi » à « Sa majesté royale le Duc de Windsor ».

« Le Soir » a retrouvé une archive du 13/07/1996.

C’est officiel : le « mariage du siècle » sera dissous le 28 août 1996. Dès lundi, une procédure de « quickie divorce » (« divorce rapide ») sera engagée par Charles et Diana qui se sont mis d’accord sur les conditions. Selon le communiqué commun publié par leurs avocats, l’affaire s’est réglée à l’amiable grâce à l’équipe du prince Charles et à l’attitude conciliante de Diana.

Ces termes étonneront ceux qui ont suivi, depuis l’annonce officielle de leur séparation par John Major devant le Parlement, en décembre 1992, les péripéties de ce « divorce du siècle » qui mettra fin au mariage quinze ans et un mois, presque jour pour jour, après sa célébration à Saint-Paul à Londres.

Un communiqué de Buckingham indique que Diana, comme le souhaitent la Reine et le prince Charles, reste membre de la famille royale, mais elle perd son titre d’altesse royale. Elle ne sera plus appelée « princesse de Galles », titre réservé à l’épouse du prince de Galles, mais s’appellera désormais « Diana, princesse de Galles ». Elle perd ses titres militaires et devra quitter ses bureaux du palais de Saint-James. Diana continuera de vivre au palais de Kensington (centre de Londres).

Son futur rôle reste dans un flou artistique qui surprend : elle sera parfois invitée à des cérémonies officielles en tant que mère du futur roi, le prince William, son fils aîné, 14 ans, mais n’aura aucun titre officiel d’« ambassadrice itinérante » comme elle l’avait souhaité lors de sa fameuse interview télévisée. Elle ne pourra prendre d’engagements à l’étranger sans l’accord de la Reine et du gouvernement, mais pourra, par exemple, utiliser les avions de la flotte royale. Son voyage en Argentine l’an dernier puis son soutien à Imran Kahn, l’ancien champion de cricket pakistanais devenu l’adversaire du Premier ministre, a dissuadé le Foreign Office de lui confier la moindre mission.

Diana, qui doit partir en vacances avec ses fils, passera l’été à réfléchir à son futur rôle limité à des tâches caritatives.

Arrangement financier

Pour se consoler de ne plus avoir de statut royal, Diana obtient un arrangement financier en or massif. La somme n’est pas officiellement révélée, mais on sait que Charles lui versera environ 15 millions de livres (700 millions de francs) en une seule fois et 400.000 livres (19 millions de francs) chaque année pour ses frais de bureau et de personnel. Charles devra sans doute être aidé par sa mère pour régler cette note. Il aurait emprunté au Luxembourg.

Les futurs divorcés continueront à s’occuper conjointement de leurs deux enfants, avec système de garde alterné déjà en place.

Charles était hier à Brixton, un quartier noir de Londres, avec le président sud-africain Nelson Mandela. Divorcé, il pourra régner sans problème. Seul obstacle : un remariage avec sa maîtresse Camilla Parker-Bowles, aujourd’hui elle aussi divorcée. Il devrait avoir l’accord de la Reine, qui elle-même devrait avoir celui du Premier ministre.

Diana a quitté discrètement son palais de Kensington hier après-midi. Les Anglais se sont sans doute souvenus de ce 29 juillet 1981 : ils avaient suivi, comme des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde, le dernier mariage de conte de fées de ce siècle, qui sera dissous avant la fin de cet été 1996.

Le PS bruxellois tente d’éteindre l’incendie Kir

Emir Kir ne sait pas encore s’il introduira un recours contre la décision du Parti socialiste bruxellois.
Emir Kir ne sait pas encore s’il introduira un recours contre la décision du Parti socialiste bruxellois. - BELGA.

Le PS bruxellois a surpris tout le monde en osant exclure Emir Kir. Dix-huit mille voix, un siège de député, un mayorat… « On peut perdre des voix, pas des principes », rappelle Jérémie Tojerow, auteur de la plainte contre le bourgmestre de Saint-Josse. Samedi, les mandataires et militants qui craignaient une certaine forme de lâcheté, mâtinée de réalisme électoral, ne cachaient pas leur soulagement. A l’inverse, les soutiens de l’exclu, qui se comptent bien au-delà du kilomètre carré tennoodois, exprimaient une déception souvent indignée. Pour les ténors de la Fédération, tenants d’une sanction lourde, l’exclusion a ouvert, dans la nuit de vendredi, une longue période de gestion de crise.

Premier front : le risque hémorragique. Exposé, samedi après-midi, par un post Facebook d’Emin Ozkara. Le député régional d’origine turque a annoncé qu’il siégeait désormais comme indépendant, tant au Parlement bruxellois qu’au conseil communal de Schaerbeek. Solidarité avec Emir Kir ? Dans son post Facebook, le dissident règle ses comptes avec son parti, « qui utilise les candidats turcs comme une moissonneuse pour récolter les voix des électeurs turcs ». En réalité, il fait, lui aussi, l’objet d’une plainte devant la commission de vigilance : en avril dernier, un vif incident avait éclaté avec des membres et collaborateurs du groupe PS. Maintenu sur la liste régionale, il a été réélu mais, dans les faits, il s’était, depuis, distancié de ses coreligionnaires.

Réduit à seize élus (un seul de plus qu’Ecolo) à la Région bruxelloise, le PS doit surtout veiller à garder ses trois autres députés d’origine turque. « La pression est très très forte sur eux », nous confirme-t-on à plusieurs sources. Astreints au silence par la Fédération, Hasan Koyuncu, Ibrahim Dönmez et Sevket Temiz sont assaillis de messages questionnant leur loyauté à un parti qui a exclu la figure de proue de la communauté turque. Les ténors du PS bruxellois avaient anticipé ce cas de figure et multiplient les discussions avec le trio. En mode équilibriste : les garder dans le giron socialiste, tout en les mettant en garde contre tout signe d’allégeance à leur pays d’origine ou de proximité suspecte – alors que les réseaux sociaux sont remplis de photos éveillant des doutes quant à certaines de leurs positions. Les trois hommes sont muets. Mais le patron de la Fédération bruxelloise du PS, Ahmed Laaouej, très présent à leurs côtés, se montre catégorique : « Ils ne se posent pas la question de quitter le PS, ils me l’ont réaffirmé très nettement, sans la moindre ambiguïté. »

Le deuxième front, déclaré dans l’urgence d’une « affaire », est de ceux qui durent… Car, si le procès d’Emir Kir devant la commission de vigilance concernait le respect du cordon sanitaire, en filigrane, c’est celui du communautarisme qui s’ouvre. Quoi qu’en disent, officiellement, tous les pontes du parti. « Je ne veux pas qu’on en fasse une affaire de communautarisme. Lorsqu’un échevin de Neupré a tenu des propos racistes sur les Roms, il a été immédiatement exclu », martèle Paul Magnette. Mais, en coulisses, beaucoup le reconnaissent : c’est toute la relation du PS à la diversité qu’il va falloir gérer – la question dépasse d’ailleurs Bruxelles et le PS, même si c’est là qu’elle se pose de manière cruciale pour l’instant.

Opération Cautérisation

Dans l’immédiat, la Fédération bruxelloise doit éteindre l’incendie qui s’est déclaré samedi dans ses rangs. L’allumette ? L’idée que l’éviction d’Emir Kir ne serait que le premier geste posé « par des laïcs blancs qui veulent reprendre le parti en mains ». « Sur les réseaux sociaux, cette thèse circule. Les accusations de racisme ne sont pas loin. Certains font un lien avec le sort de Zakia Khattabi… Il faut couper ça. » « Il y a aussi le “deux poids deux mesures” qui accrédite clairement la thèse du règlement de comptes. Ces maires ont été reçus par un autre socialiste, à qui on ne demande rien. Cela tombe évidemment sur le Turc. »

Raison pour laquelle Ahmed Laaouej s’est fendu d’un mail à tous les militants pour expliquer la décision de la commission de vigilance. Surtout, les téléphones des ténors chauffent pour écouter, argumenter, rassurer… Opération Cautérisation. « On ne va pas se mentir, le message d’une attitude “anti-étranger” vit. Mais, jusque-là, c’est gérable. » « Il faut quand même voir ce que donneront les retours des militants un peu plus invisibles, cela va prendre un peu de temps. » Autre risque pris en compte : la contamination aux autres communautés, singulièrement aux militants et mandataires d’origine marocaine. « Qui interpréteraient tout cela comme la preuve d’une défiance ou pire, d’un mépris ou d’une hostilité à leur égard. » « Il faut absolument empêcher ça, sinon on a un gros problème. Mais, objectivement, je ne sens pas encore d’emballement », explique cet élu. « Je ne suis pas sûr que le débat se pose en ces termes chez les militants. Ce sont plutôt nos électeurs qui lisent ça comme ça », pointe un responsable local.

A tous les étages de la maison PS, des voix s’inquiètent déjà de conséquences durables. « Ce que je crains le plus dans cette affaire, c’est que la communauté turque se victimise, confie un ténor. Pour eux, la réussite d’un des leurs est un événement majeur, et ils risquent d’avoir l’impression que dès que quelqu’un réussit, il est exclu. C’est faux, mais je crains que ce sentiment soit tenace. » « Le problème, c’est qu’on va devoir, très vite, gérer une situation qui n’était pas claire dès le départ et qui n’a fait que se dégrader, lâche ce ténor. On a ouvert nos listes aux représentants de la communauté turque, et c’était très bien. Mais on a manqué de vigilance quant à certains profils. Et, surtout, soyons de bon compte, on ne les a pas accompagnés dans l’exercice de leurs mandats. Alors qu’on savait que certaines questions étaient compliquées pour eux. » « Il faut se rendre compte que beaucoup d’électeurs turcs sont sous l’influence des ambassades et du gouvernement. Les élus turcs ne peuvent donc pas facilement tenir des positions contre le régime en place sans risquer de perdre des électeurs. Cela explique leur mutisme ou leurs positions en cas de dossiers délicats, embraie cette autre source. Emir est un peu le bouc émissaire alors que le problème dépasse largement Bruxelles et le PS. »

Dans la foulée, de nombreuses voix, en interne, rappellent que la campagne de mai dernier a été source de profondes divisions entre camarades. Enjeu de la déchirure ? Le port du voile (dans les administrations, les écoles…), l’abattage rituel, et tout ce qui traduit la laïcité dans la société. Après les scrutin fédéral et régional, puis interne à la Fédération, les socialistes bruxellois ont décidé d’ouvrir un grand débat sur la diversité… Ahmed Laaouej travaille à une méthode et un canevas « qui permette à chacun de se sentir respecté ». Une seule condition, largement partagée : un climat apaisé. « Là, on n’y est pas, on est dans le délétère », déplore cette voix écoutée.

Philippe Albert revient sur Anderlecht – FC Bruges: «Avec Colassin, j’ai découvert un jeune talent avec beaucoup de culot»

@News
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1. Philippe, parlez-nous d’Antoine Colassin…

« Honnêtement, je ne le connaissais pas. Mais j’ai découvert un jeune talent avec beaucoup de culot, de maîtrise technique et d’efficacité. Il a connu des débuts de rêve. Cela dit, sa prestation demande évidemment confirmation et il doit surtout garder les pieds sur terre, mais on peut compter sur Vercauteren et Kompany pour l’y aider. Il peut se douter que quand Roofe sera à 100 %, il devra s’effacer. En attendant, il a pu montrer ses qualités, même s’il est évidemment trop tôt pour dire où cela le mènera. Des garçons comme Sardella, El Kababri et Dewaele, qui ont eu leur chance par la force des choses, sont en retrait, après avoir beaucoup appris. Colassin pourra-t-il en faire plus, dès cette saison, sur la durée ? Je le répète, ce qu’il a montré contre la meilleure défense et le meilleur gardien du pays est épatant. Cela dit, si Anderlecht veut encore croire aux Playoffs 1, malgré ses 7 points de retard, je pense qu’il a intérêt à recruter un buteur confirmé, notamment pour ne pas mettre trop de pression sur Colassin. Mais il semble que rien ne bouge… »

2. Le moins qu’on puisse dire est que Hans Vanaken a justifié son Soulier d’Or…

« Rien que son premier but, où tout est absolument parfait, montre qu’il n’a vraiment pas remporté deux Souliers d’Or consécutifs pour rien. Mais je ne suis pas surpris car, dès ses débuts avec Lokeren, il avait déjà signé un doublé contre Anderlecht, face à qui il a déjà inscrit 9 buts ! Il prend une telle dimension qu’on peut craindre de le voir partir un jour, surtout s’il se distingue encore cette saison en Europa League. Cela dit, il me fait de plus en plus penser à Jan Ceulemans, qui avait rejeté l’offre de l’AC Milan, tant il est casanier ! Hans Vanaken l’est également, comme la plupart des Limbourgeois que j’ai connus, il a un gros salaire à Bruges, qui va sans doute encore améliorer sa situation, et je le vois bien finir sa carrière là-bas. D’autant qu’il est intelligent et bien conseillé par son papa, Vital, qui fut professionnel notamment à Waterschei, Lommel et Malines. Bref, il ne partira pas pour partir… »

3. Le Standard doit-il, comme Anderlecht, engager un attaquant ?

« Là, je trouve que non, malgré le départ d’Emond. Moi, j’adorais déjà Avenatti à Courtrai. J’ai toujours dit qu’il avait tout de l’attaquant moderne, sauf la vitesse. Mais il est bon de la tête, intelligent dos au but et, surtout, ses buts rapportent gros : la victoire contre le Cercle et à Malines. Et son but de samedi, techniquement, tout le monde ne l’aurait pas mis. Avec lui et Oulare, qui va monter en puissance, je considère que le Standard est paré. Reste à faire mieux, défensivement, sur les phases arrêtées. Il faut absolument que Vanheusden, qui est un super-talent, se fasse davantage respecter dans les duels, et notamment dans les airs… »

Coalition fédérale: les informateurs au Palais ce lundi sans avancée

Coalition fédérale: les informateurs au Palais ce lundi sans avancée
BELGA.

Le rapport au Roi des informateurs Coens (CD&V) et Bouchez (MR) ne sera sans doute pas une partie de plaisir. Il semble en effet que, depuis une semaine, les positions soient restées pour le moins figées, et qu’aucune piste de sortie ne se soit manifestée. Il y avait pourtant un espoir : samedi dernier, Bart De Wever avait donné des accents sociaux à son discours de vœux, suscitant l’espoir d’un rapprochement avec les socialistes flamands, puis éventuellement avec les francophones. C’est pour cette raison que le Palais avait prolongé, la semaine dernière, les deux informateurs.

Mais les déclarations publiques des différents partis depuis ne laissent pas grand espoir d’une avancée miraculeuse. Jeudi soir, Paul Magnette n’avait pas exclu explicitement de gouverner avec la N-VA, se montrant « disponible » pour la discussion. Mais il avait répété les préalables du PS, en matière de pensions de sécurité sociale de salaire minimum, sans oublier le refinancement de la SNCB. Et avait critiqué les « dégâts occasionnés » par le précédent gouvernement, où la N-VA était centrale. A ceux qui espéraient voir une brèche entre socialistes francophones et flamands, le président du SP.A, Conner Rousseau, a ôté tout espoir. D’abord en se rendant aux vœux du PS (« Ils ne diviseront pas la famille socialiste »), ensuite samedi dans nos colonnes (« Je n’imagine pas un gouvernement où le SP.A se trouverait et où le PS ne serait pas »), et enfin, ce dimanche, à Zolder, au congrès du SP.A, où Paul Magnette a réaffirmé par sa présence que l’axe était intact.

Pour en avoir le cœur net, les deux informateurs ont encore réuni PS et N-VA ce dimanche à Bruxelles. « Mais ceci n’a rien changé », nous indique-t-on.

Sauf élément manquant, les deux informateurs devraient arriver au Palais sans véritable avancée sur la piste qu’ils creusaient. Leur mandat s’étend en principe jusqu’au 28 janvier. Il leur reste donc une semaine pour identifier une nouvelle piste. Mais laquelle ? La clé se trouve toujours au CD&V. L’abandon de l’alliance PS-N-VA pourrait-il convaincre ce parti de s’engager sans la N-VA ? Aucun signal en ce sens n’a été émis. De son côté, Paul Magnette, répondant sur RTL-TVI à la question de savoir si un gouvernement provisoire pouvait être envisagé, a répondu une nouvelle fois par l’affirmative. De son côté, l’extrême droite, sentant la lassitude dans la population flamande, lance une pétition en faveur de nouvelles élections. Mais dans les autres partis, personne n’a, à ce stade, envisagé d’en arriver à cette solution qui pourrait donner aux nationalistes flamands une majorité. Difficile de voir un espoir à court terme dans tous ces éléments…

Le réchauffement accroît les risques d’incendies aussi en Europe

Avec ses 215 millions d’hectares de forêt et 36 millions d’hectares de terres boisées, l’Europe (ici au Portugal, l’été passé) pourrait, disent certains, connaître aussi ses «
méga-feux
». © Reuters/Rafael Marchante
Avec ses 215 millions d’hectares de forêt et 36 millions d’hectares de terres boisées, l’Europe (ici au Portugal, l’été passé) pourrait, disent certains, connaître aussi ses « méga-feux ». © Reuters/Rafael Marchante

Cela fait des années que les scientifiques soulignent que le réchauffement du climat risque d’accroître la fréquence et la gravité des incendies dans beaucoup de régions du monde. Avec des gigantesques incendies en Californie, en Amazonie, en Sibérie, en Indonésie et en Australie, l’année 2019 semble leur donner raison. En 2007, le Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) estimait que le nombre de jours à risque « très élevé » et « extrême » d’incendies les plus graves dans le sud-est de l’Australie pouvait augmenter de 25 % en 2020 et jusqu’à 70 % en 2050 dans un scénario de fortes émissions mondiales de gaz à effet de serre. En 2014, les experts revoient ces prévisions à la hausse  : jusqu’à 30 % d’augmentation du nombre de jours à risque en 2020 et jusqu’à 100 % en 2050. Ainsi indiquent-ils, pour la capitale Canberra ce nombre passerait de 17 à 23 en 2020 et à 33 en 2050.

Est-ce à dire pour autant que ce qui se passe cette année « down under » préfigure ce qui deviendra la normalité dans quelques années y compris en Europe ? Avec ses 215 millions d’hectares de forêt et 36 millions d’hectares de terres boisées, celle-ci pourrait, disent certains, connaître aussi ses « méga-feux ». Le pourtour méditerranéen dont le climat est assez proche de celui du sud-est australien n’a-t-il pas été qualifié de « hotspot » climatique pour les décennies à venir par le Giec ?

Des étés variables

Il faut nuancer. Les chiffres sont partiellement concluants. L’évolution des surfaces passées par les flammes en dit peu. En Europe, elles étaient plus importantes entre 1999 et 2007 : en moyenne 400.000 hectares brûlés par an. Elles ont diminué ensuite, une évolution qui peut traduire une meilleure prévention de même qu’une amélioration des stratégies et des moyens d’intervention. L’année dernière a été beaucoup plus intense, avec 250.000 ha brûlés en six mois contre 181.000 sur toute l’année 2018. Mais 2017 et 2018 ont été beaucoup plus meurtrières, avec des incendies « bibliques » qui ont causé au moins 80 morts et plus de 150 blessés en Grèce en 2018 et 66 morts et 200 blessés au Portugal en 2017.

En France, après une année 2018 « sans feux » dans le Sud (mais quand même 5.124 ha brûlés sur tout le pays), on a connu l’an dernier un été très sec et très chaud, explosant le record national de chaleur (46ºC contre 44ºC le 28 juin) et avec un degré d’hygrométrie de 10 à 15 %. Mais l’année « de référence » reste toujours celle de 2003, marquée par une sécheresse plus intense et une température moyenne plus élevée. « Cet été-là, explique Florence Vaysse, météorologue et référente « feux de forêt » pour Météo-France, 60.000 hectares sont partis en fumées dans toute la France ». À titre de comparaison, environ 8.000 hectares ont brûlé dans le Sud en 2019, une valeur « proche de la moyenne des vingt dernières années ».

Ces trois dernières années ont néanmoins servi de signal d’alarme. D’importants feux ont frappé des régions habituellement préservées dans le Nord de l’Europe. La Bretagne et le centre de la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les pays baltes… En 2018 près de 19.000 ha atteints en Suède.

L’an dernier, si les superficies brûlées en France n’ont pas été énormes, les incendies ont été différents des feux estivaux classiques, poursuit Vaysse : nombreux, ils ont été « anormalement précoces », alimentés par un vent rafaleux et ont concerné des friches, des terres périurbaines. « On a vu des incendies traverser oliveraies et vignes, un phénomène jamais vu ». Par ailleurs, ils ont plutôt frappé le Languedoc que la Corse et le Var. Mais le Gard a connu son record de feux depuis 20 ans.

Les temps changent

Une « nouvelle normalité » ? Selon le Giec, les prochaines décennies promettent un accroissement du nombre des jours à risque d’incendie et une extension de la saison des incendies. La surface totale brûlée devrait être multipliée par 3 à 5 d’ici à 2100 dans le sud de l’Europe, dans un scénario d’émission modéré. Une étude plus récente parue dans Nature estime que les superficies incendiées dans les cinq pays méditerranéens de l’Union européenne (Portugal, Espagne, France, Italie, Grèce) pourraient augmenter de 40 % en cas d’élévation de la température de 1,5ºC et de 100 % dans l’hypothèse (plus probable) d’une augmentation de la température de 3ºC. Or, les incendies ne font pas que menacer la nature, les vies humaines et les propriétés : elles causent également d’importantes émissions de CO2, accroissant ainsi l’effet de serre et elles contribuent à l’extension des déserts qui progressent déjà dans certaines régions d’Europe comme le centre de l’Espagne.

Selon un rapport présenté en 2019 au Sénat français, plus de la moitié des forêts françaises seront ainsi classées à risque d’ici à 2060, contre un tiers aujourd’hui : 5,4 millions d’hectares à risque en 2008, 6,4 millions en 2040, 9,88 en 2060, les zones sensibles s’étendant sur l’ensemble du territoire français, notamment sur la façade atlantique et les Landes.

Explication par Météo-France : la fréquence des vagues de chaleur devrait doubler d’ici à 2050. En fin de siècle, ces événements « pourraient être non seulement bien plus fréquents qu’aujourd’hui mais aussi beaucoup plus sévères et plus longs ». Les vagues de chaleur pourraient aussi survenir de mai à octobre. Ce qui entraînerait un allongement de la saison des feux.

Autre élément de préoccupations, selon les chercheurs européens : les dérèglements climatiques favorisent l’émergence de maladies et de ravageurs qui affaiblissent les forêts, voire provoquent la mort massive de certaines espèces d’arbres. C’est le cas du scolyte en Ardenne belge. La présence, au sein des massifs forestiers, de vastes zones d’arbres morts fournit un combustible bienvenu pour les feux.

Le réchauffement accroît les risques

Mais augmentation des risques, ne veut pas dire méga-feux. L’évolution de la température et de l’humidité ne sont pas les seuls facteurs influençant l’étendue des incendies. L’aménagement du territoire intervient également, nuance Vaysse. Dans le sud de l’Europe et singulièrement de la France, il y a peu de forêts et la région est beaucoup plus urbanisée avec des habitations, des équipements, des routes, des terres agricoles, qui peuvent être autant de sources de feu (un mégot, des étincelles sur des rails, un barbecue ou un écobuage qui tourne mal…) mais qui sont aussi autant d’obstacles à la progression des flammes. En Europe, les forêts sont plus fragmentées. Il y a peu de zones totalement inaccessibles comme c’est le cas en Australie ou en Sibérie et où les feux peuvent prendre une grande ampleur pendant des jours voire des semaines avant d’être effectivement combattus. En Europe, la tactique est d’attaquer le plus rapidement possible et avec des moyens considérables pour éviter toute propagation.

Que réserve l’avenir ? Le climat va assurément se réchauffer, disent tous les modèles. « Autour de la Méditerranée, le changement climatique réduira les niveaux d’humidité du bois, des feuilles, du sol et de la matière organique », relève le centre commun de recherche européen (JRC). Les trois pays les plus à risque seront l’Espagne, le Portugal et la Turquie. Mais le danger augmentera pour la Grèce, l’Italie centrale, le sud de la France et la région côtière des Balkans.

Et cette tendance à la diminution de l’humidité se reflétera plus au Nord. Les zones de « danger modéré » remonteront, et concerneront dans les grandes forêts massivement plantées de résineux comme la forêt de Fontainebleau (40 % de pins). « Les travaux des climatologues montrent que les étés comme 2003 vont devenir la norme en France, dit Vaysse. Mais on sait aussi que le régime des précipitations va se modifier. Or, ce paramètre est plus versatile que celui de la température. Et cela impacte le risque d’incendie. En France, l’année 2018 s’est classée parmi les années les plus chaudes, mais elle fut faible en feux grâce à des passages pluvieux réguliers ». La tendance à la hausse de la température et à l’assèchement est indéniable, mais « il y pourra y avoir des breaks ».

Forum de Davos: les femmes, premières victimes des inégalités économiques

Le changement climatique devrait aggraver la situation
: «
Les femmes qui doivent aller chercher de l’eau vont y passer plus d’heures car l’eau sera plus loin et plus compliquée à obtenir
», souligne Aurore Guieu, responsable de l’équipe Justice fiscale et Inégalités chez Oxfam-Solidarité.
Le changement climatique devrait aggraver la situation : « Les femmes qui doivent aller chercher de l’eau vont y passer plus d’heures car l’eau sera plus loin et plus compliquée à obtenir », souligne Aurore Guieu, responsable de l’équipe Justice fiscale et Inégalités chez Oxfam-Solidarité. - REUTERS.

C’est désormais devenu une tradition. Chaque année, Oxfam profite de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos – rendez-vous annuel du gotha de la finance – pour publier son rapport annuel. Autre tradition qui semble elle aussi se perpétuer, chaque fois, ce sont des chiffres et des comparaisons spectaculaires qui en ressortent. On apprend ainsi dans le rapport 2020 que les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus du double des richesses cumulées de 6,9 milliards de personnes. Autre image marquante : les milliardaires se partagent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes (60 % de la population mondiale). Des milliardaires qui étaient 2.153 en 2019, un nombre qui a doublé ces dix dernières années. Quant à la richesse qu’ils possèdent, elle a augmenté de 7,4 % par an sur la même période. Parallèlement, le rythme de réduction de la pauvreté a ralenti de moitié depuis 2013.

Un fossé qui en cache d’autres. Cette année, Oxfam a choisi de mettre en lumière celui qui concerne les violentes inégalités de genre. Là encore, les chiffres interpellent. Combien de femmes parmi les milliardaires ? 244, soit un peu plus de 11 %. Leur proportion dans les fonctions politiques ? 18 % parmi les ministres et 24 % chez les parlementaires. Économiquement, les hommes détiendraient 50 % de richesses de plus que les femmes.

Une vision « sexiste » du travail

Pour l’ONG, c’est une des conséquences d’un monde du travail particulièrement sexiste. « Les filles et les femmes sont majoritaires dans les emplois précaires et mal rémunérés », peut-on lire dans le document de 72 pages. « Ce sont elles qui assument la majeure partie du travail de soin peu ou non rémunéré ». Ce travail de soin, comme l’appelle Oxfam, va de la garde d’enfants à l’accompagnement de personnes âgées ou handicapées en passant par les tâches domestiques quotidiennes. « Dans les pays à faibles revenus, c’est aussi tous les transports pour aller chercher de l’eau, du matériel de chauffage, etc. », développe Aurore Guieu, responsable de l’équipe Justice fiscale et Inégalités chez Oxfam-Solidarité.

Grâce à des sondages réalisés dans le monde et des enquêtes menées par des organismes internationaux, l’organisation a chiffré ce travail de soin. Celui-ci représenterait, chaque jour, l’équivalent de 12,5 milliards d’heures de travail non rémunérées. Traduction en valeur monétaire (en appliquant le salaire minimum à ce nombre d’heures) : 10.800 milliards de dollars (9.737 milliards d’euros) par an. C’est trois fois la valeur du secteur des technologies à l’échelle mondiale ! « Dans les zones rurales de pays à faibles revenus, c’est jusqu’à 14 h par jour pour les femmes », poursuit Aurore Guieu. Des inégalités qui débuteraient très tôt. « Les petites filles de cinq à neuf ans en font 30 % de plus que les garçons du même âge et ça grimpe à 50 % de plus pour les filles de 10 à 14 ans », détaille-t-elle. « Et ça n’arrête pas de se creuser par la suite. Les femmes âgées comptabilisent plus d’heures que les hommes âgés ».

Aucun pays n’a renversé la tendance

Evidemment, cette réalité n’est pas la même partout. « Ce qui fait la différence, c’est l’existence de services qui prennent en charge ces activités, notamment des services publics d’éducation et de santé. Ça décharge les femmes de ces tâches-là », note Aurore Guieu. En partie en tout cas. « Les emplois dans les secteurs du ménage, de l’accompagnement des personnes, des aides-soignantes, etc. restent des métiers peu valorisés et peu payés ».

Et en Belgique ? Un chiffre a été publié par l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) en 2016. Il indique que les femmes wallonnes fournissent 11 heures de plus de travail de soin non rémunéré par semaine que les hommes. Ceci étant, ces derniers travaillent sept heures en plus de façon rémunérée. Ce qui veut quand même dire qu’en Wallonie, les femmes travaillent quatre heures de plus par semaine, tous travaux confondus. Le fossé est donc moins profond que dans les pays pauvres, mais il reste présent, et ce, partout. « Aucun pays du monde ne réussit à avoir une complète égalité ou à inverser la tendance », déplore Aurore Guieu.

Pourquoi cela devrait empirer ?

D’après Oxfam, la situation devrait s’aggraver durant les prochaines années. Et pour cause, l’impact du vieillissement de la population va nécessairement « alourdir le fardeau pour les aidantes », lit-on dans le rapport. Autre élément : le changement climatique. « Les femmes qui doivent aller chercher de l’eau vont y passer plus d’heures car l’eau sera plus loin et plus compliquée à obtenir », souligne Aurore Guieu. Enfin, l’ONG redoute l’impact du recul des investissements dans les services publics. « Quand on ne finance pas ou trop peu un service public, les besoins ne disparaissent pas, ils sont juste transférés dans les familles et les communautés, avec des femmes et des filles qui s’en occupent de manière invisible », conclut le responsable d’Oxfam.

Accord très fragile pour une paix durable en Libye

Douze pays étaient représentés pour chercher une issue pacifique à cette guerre : Russie, Egypte, Turquie, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis, Congo, Qatar, Algérie, Italie et France ainsi que les deux belligérants libyens.
Douze pays étaient représentés pour chercher une issue pacifique à cette guerre : Russie, Egypte, Turquie, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis, Congo, Qatar, Algérie, Italie et France ainsi que les deux belligérants libyens. - EPA.

Qui contrôle la Libye ? Personne ne peut y répondre. Le sommet international qui s’est tenu dimanche à Berlin aura au moins permis de prendre conscience de la situation dramatique dans laquelle se trouve ce pays d’Afrique du Nord depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. « Nous risquons là-bas un cauchemar humanitaire », a prévenu António Guterres. Le Secrétaire général de l’ONU redoute que la Libye ne connaisse le même sort que la Syrie.

L’accord obtenu dimanche à Berlin est en effet très mince. « Ce n’est qu’un début », a concédé la chancelière, Angela Merkel. Une rencontre est prévue à Genève dans quelques jours entre les belligérants pour étudier les modalités d’un cessez-le-feu. Par ailleurs, les participants se sont engagés à ne plus intervenir dans le conflit et à respecter l’embargo décrété en 2011 sur les armes. « Le conflit armé n’est pas une solution. Nous sommes tous tombés d’accord », a insisté António Guterres.

Pas moins de douze pays étaient représentés pour chercher une issue pacifique à cette guerre « par procuration » : Russie, Egypte, Turquie, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis, Congo, Qatar, Algérie, Italie et France ainsi que les deux belligérants libyens. En effet, les clés d’un règlement de la guerre civile ne se trouvent pas en Libye mais à l’étranger.

Stabiliser la situation

La crainte d’une déstabilisation de l’ensemble de la région, au-delà des frontières de la Libye (Tunisie, Sahel), avait poussé Berlin à prendre cette initiative diplomatique internationale pour éviter la propagation du conflit. L’Allemagne n’a pas d’intérêts économiques ou politiques en Afrique du Nord. Mais la Libye est actuellement un corridor des flux migratoires vers l’Europe avec l’Allemagne comme principale destination. Angela Merkel a donc intérêt à stabiliser une situation qui profite aux passeurs et qui augmente le nombre de réfugiés traversant la Méditerranée.

Le conflit est par ailleurs l’occasion pour plusieurs pays étrangers d’étendre leur influence dans cette région. Pour Moscou, le bourbier libyen permet une nouvelle fois d’affaiblir les Européens, les Etats-Unis et l’OTAN. Vladimir Poutine, qui est accusé de soutenir avec des mercenaires l’homme fort de l’Est libyen (Khalifa Haftar), veut profiter du vide politique laissé par les Européens et du désengagement des Etats-Unis au Moyen-Orient pour asseoir à peu de frais son influence dans cette région riche en pétrole et en gaz.

La Turquie soutient la partie adversaire, c’est-à-dire le régime de Tripoli reconnu par la communauté internationale. Ankara a signé un accord avec le chef du gouvernement d’Union nationale et reconnu par l’ONU, Fayez al-Sarraj, sur l’exploitation de ressources en hydrocarbures aux larges des côtes libyennes avec une redéfinition des frontières maritimes.

L’ombre de Total

Enfin, les Européens campent sur leurs divisions. En coulisses, les diplomates allemands déplorent que la France ait choisi une autre stratégie pour défendre ses intérêts politiques et économiques. Paris estime qu’il faut faire preuve de « réalisme » et voir en Haftar un champion de la lutte antiterroriste. Pour les Français, soupçonnés de livrer des munitions aux troupes rebelles, Tripoli est trop proche des islamistes.

La compagnie française Total compte également tirer profit de la situation en misant sur la bonne carte tandis que l’Italie, qui soutient l’autre camp, défend les intérêts de sa société d’hydrocarbures (Eni) qui extrait déjà la moitié du pétrole libyen. Le président français, Emmanuel Macron, n’a d’ailleurs fait aucune déclaration après la conférence.

Les robots se rêvent en animaux de compagnie

Profitant de la recherche sur l’expression non-verbale des sentiments, les robots d’aujourd’hui sont affublés de visages mignons inspirant la confiance.
Profitant de la recherche sur l’expression non-verbale des sentiments, les robots d’aujourd’hui sont affublés de visages mignons inspirant la confiance. - BELGAIMAGE.

Reportage

De grands yeux ronds, des petites frimousses tout droit sorties de dessins animés japonais… les robots présentés aux CES – Consumer Electronics Show – cette année, non contents d’être présents en nombre étaient aussi particulièrement mignon.

Ces dernières années, ces machines ont largement augmenté leur présence. On les retrouve beaucoup dans l’industrie, où ils automatisent certaines tâches dans les lignes de production ou dans le secteur tertiaire où ils aident la clientèle à trouver rapidement de l’information.

Désormais, au vu des prototypes présentés dans ces expositions, c’est dans nos salons que veulent s’imposer ces petits bijoux de technologie.

Les exemples sont nombreux et vont du robot chat, censé remplacer avantageusement un animal de compagnie, à la petite balle de Samsung qui amuse justement nos petites boules de poils en notre absence, tout en gérant un foyer toujours plus connecté. Sommes-nous condamnés à interagir toujours plus souvent avec ces machines au quotidien ?

« Je pense que ce marché des robots de compagnie a un énorme avenir, explique Bernard Rimé, professeur émérite en psychologie à l’UCLouvain. Il suffit de regarder la place toujours plus importante que prennent les animaux dans nos vies et comment ils comblent nos besoins affectifs. Mais c’est tout aussi vrai avec des objets inanimés. Un enfant avec son doudou par exemple ou un adulte qui collectionnera toute une série d’objets à l’image de son chanteur préféré, ou même d’un dieu. L’humain a une capacité d’imagination monumentale et sait se projeter ou s’attribuer des relations avec n’importe quel objet. Alors un objet qui d’une certaine manière nous “comprend” et répond à nos sollicitations, c’est encore plus facile. Il y a donc fort à parier qu’à l’avenir, on puisse développer des liens affectifs très forts avec ces machines ».

Faut-il s’inquiéter de l’imminente invasion de ces appareils dans nos vies ? Pour Jean Vanderdonckt, professeur d’informatique à l’UCLouvain, tout est une question de mesure : « On voit bien comment ces robots peuvent constituer une aide réelle. Certaines machines peuvent par exemple servir à boire à des personnes en perte de mobilité. Pour certaines personnes en situation de solitude extrême, des interactions avec des robots, c’est mieux que rien. Mais un risque de dérive serait que ces interactions remplacent totalement des rapports avec de vrais humains. Le pire serait une déshumanisation de la société dans son ensemble. Toutefois, je pense qu’il est possible de déléguer certaines tâches quotidiennes pour se faciliter la vie. L’essentiel est d’éviter une perte de contrôle trop grande. Les robots sexuels, par exemple, existent déjà et on constate les premiers cas d’addiction chez certains de leurs utilisateurs ».

Difficile, pourtant d’émettre un jugement de valeur comme l’explique Bernard Rimé. « De nombreuses études montrent que les effets délétères de la solitude, notamment sur l’espérance de vie. Les substituts, comme de simples coussins connectés et imitant le comportement d’un chat peuvent réellement aider ces personnes. Alors un robot avec lequel on peut jouer, discuter et qui imite des émotions peut aussi être une aide réelle. Toutefois, il est difficile, aujourd’hui, de savoir l’impact qu’auront les robots sur les individus et sur la société. Ils vont amener des modes de vie différents mais personne ne peut savoir lesquels. Quand l’iPhone est sorti, tout le monde pressentait bien que ce téléphone allait changer nos comportements. Mais on ne savait pas dans quel sens, ni avec quelle intensité. Les robots vont arriver chez nous une fois que leur prix se sera démocratisé, et on va s’attacher à leur présence. C’est une quasi-certitude. »

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Emir Kir exclu du PS: les conséquences au fédéral et à Saint-Josse

Emir Kir exclu du PS: les conséquences au fédéral et à Saint-Josse
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L’exclusion d’Emir Kir a surpris plus d’un camarade… Officiellement, la Fédération bruxelloise du PS a « pris acte » de la décision. Quant à Paul Magnette, il nous confie « respecter l’indépendance de la commission de vigilance du PS bruxellois, dont la composition est heureusement fixe et ne dépend pas des circonstances ou des affinités ». Le président du PS rappelle : « Il va de soi que la violation du cordon sanitaire nous pose un problème », avant de balayer toute arrière-pensée électorale (les voix qu’Emir Kir fait gagner ou perdre). « Quand on prend des décisions de principe, ces considérations n’ont pas à jouer. »

Le député-bourgmestre de Saint-Josse peut encore faire appel de l’exclusion, cette fois devant la commission de vigilance nationale. Donc devant Paul Magnette ? « Si Monsieur Kir devait saisir la commission fédérale, je laisserais à celle-ci toute autonomie. Elle est, elle aussi, composée de manière fixe, avec des militants et des sans-grade. » On imagine toutefois assez mal la commission fédérale revenir sur une décision de principe, basée sur des faits (la violation du cordon sanitaire) qui ne sont pas contestés.

Plus d’arc-en-ciel

Cette décision n’est toutefois pas sans conséquence politique. Sur le plan fédéral d’abord, puisque le groupe socialiste ne comptera plus que 19 députés, au lieu des 20 actuels. La fameuse coalition arc-en-ciel, réunissant les familles écologiste, libérale et socialiste s’en trouverait donc définitivement enterrée, puisqu’elle ne disposait que d’un siège de majorité. A plusieurs sources, on nous confirme toutefois que cette situation ne change pas grand-chose. « Personne n’a vraiment songé à former une coalition détenant une majorité d’un siège, nous dit-on. Ceci aurait permis à un seul député de prendre en otage ce gouvernement. L’idée était plus globalement de démarrer avec ces partis, pour convaincre d’autres formations de les rejoindre et de disposer dès lors d’une majorité plus confortable. Que ces partis représentent, ensemble, 75 sièges au lieu de 76 ne change donc rien. »

A Saint-Josse, on temporise

Les élus socialistes tennoodois ont réaffirmé leur soutien à Emir Kir par voie de communiqué. Pas question, pour l’heure, d’imaginer une section socialiste qui se détournerait de lui pour soutenir un autre bourgmestre… D’autant que la loi communale bruxelloise, contrairement au texte wallon, ne prévoit pas de motion de défiance constructive. En clair, il est très difficile de révoquer un mayeur.

Seule inconnue, l’attitude du partenaire SP.A, « qui se refuse pour l’heure à tout commentaire dans l’attente de clarifications du PS bruxellois ». Mais Emir Kir dispose d’une majorité absolue (17 sièges sur 29), qui peut se passer du soutien de la seule élue socialiste flamande (ainsi que du soutien du CDH). A la Fédération bruxelloise du PS, on n’entend pas bouleverser la situation dans la plus petite commune du Royaume. D’autant qu’aucun conseiller communal socialiste n’a, jusqu’ici, fait part de sa volonté de quitter le parti.

Quand les CPAS wallons aggravent la précarité

En novembre dernier, la Fédération des CPAS de Wallonie lançait un cri d’alarme à l’intention de tous les niveaux de pouvoir, négociateurs au fédéral compris : les centres publics de l’action sociale sont en état de faillite virtuelle. Parmi d’autres, un constat frappait les esprits : « Les CPAS pourraient être amenés à concentrer leurs efforts sur leurs missions légales, comme le revenu d’intégration, en réduisant ou en supprimant des services et des missions facultatives en matière de logement, d’énergie ou de lutte contre la précarisation des étudiants, ce qui aurait des effets néfastes sur la pauvreté globale », alertaient en chœur le président Luc Vandormael et le directeur Alain Vaessen, dans les colonnes du Soir.

En somme, les CPAS contribueraient à la précarité des populations contre laquelle ils sont supposés lutter. Ce constat paradoxal est corroboré par une étude menée par Ricardo Cherenti, collaborateur scientifique auprès du Centre de recherche en inclusion sociale de l’UMons. L’auteur est aussi le directeur général du CPAS d’Ecaussinnes, en province de Hainaut. Il s’est penché spécifiquement sur les aides sociales complémentaires (ASC) et sa conclusion est claire.

« La pression financière qui s’exerce sur les CPAS est à ce point importante que ceux-ci cherchent à réduire les dépenses là où cela leur semble possible », explique ce spécialiste. « La seule marge de manœuvre est dans les aides complémentaires, seul secteur où le CPAS est libre de sa politique. Ne pas aider les personnes dans le besoin aujourd’hui aura un impact sur leur situation future. Elles seront fragilisées pour affronter les défis sociaux et sociétaux. »

Le chercheur a travaillé sur les données de seize CPAS wallons, soit 1.500 pages de documents, essentiellement des budgets. Cela peut sembler peu, mais les habitants des communes concernées par l’étude représentent 27 % de la population de la Région et surtout 47,9 % de l’ensemble des bénéficiaires des centres publics d’action sociale. Sept CPAS sont en outre actifs dans des villes de plus de 25.000 habitants.

Marges de manœuvre

L’ambition des CPAS est fixée par la loi organique de 1976 : « Toute personne a droit à l’aide sociale. Celle-ci a pour but de permettre à chacun de mener une vie conforme à la dignité humaine. » À travers leurs centres, les communes remplissent des missions obligatoires, comme l’octroi du revenu d’intégration. Mais elles peuvent aussi mettre en place des politiques facultatives assorties d’aides financières ou matérielles, en fonction de leurs réalités de terrain : avances sur indemnités, frais de scolarité, intervention sur l’achat de lunettes ou de lait pour bébé, soutien aux repas scolaires ou aux frais médicaux…

Les données récoltées par Ricardo Cherenti font clairement apparaître un lien entre l’augmentation des dépenses obligatoires et la stagnation voire la régression des aides complémentaires : « Plus les CPAS interviennent pour les revenus d’intégration et plus ils doivent puiser sur leurs fonds propres ou sur les fonds de la commune via la dotation communale. Et plus ils puisent dans leurs fonds propres, moins ils ont de marges de manœuvres pour une politique sociale d’envergure. »

Autrement dit encore : « La réalité des CPAS est bien devenue celle-là : la façon d’octroyer l’aide sociale est donc la conséquence de la pression exercée sur les CPAS », déplore le directeur général.

Or les dépenses relatives au revenu d’intégration ont explosé depuis la réforme des allocations de chômage. En Wallonie, les bénéficiaires étaient 67.000 en 2018 contre 35.000 en 2000. « Dans ma commune d’Ecaussinnes, nous versions ce revenu à 55 personnes en 2010 et elles sont désormais 165 à en bénéficier. » À l’échelle régionale, une personne sur cinq présente un risque de pauvreté.

Contexte social déprécié

Conséquence : les pouvoirs locaux doivent effectuer des choix douloureux : renoncer à un soutien financier aux étudiants isolés, se montrer moins généreux sur les colis alimentaires, devenir plus sévère sur les conditions d’octroi d’une aide pour le chauffage, baisser l’allocation prévue pour l’achat d’une indispensable paire de lunettes… « Pour une grande partie des demandes d’aides, il ne s’agit pas d’une intervention pour des bénéficiaires du revenu d’intégration mais pour des citoyens qui sont dépendants d’une autre institution, comme l’Onem, ou qui travaillent sans que cela puisse leur permettre de subvenir à leurs besoins. C’est le signe d’une situation sociale qui s’aggrave », commente l’auteur.

Ricardo Cherenti s’est penché sur les aides sociales complémentaires entre 2000 et 2018. Preuve du lien avec les budgets liés au revenu d’intégration, la courbe est en hausse jusqu’en 2010, puis en chute libre lorsque les règles plus strictes ont frappé les demandeurs d’emploi et les ont poussés vers les CPAS, incitant ceux-ci à la prudence financière. Depuis 2015, une légère augmentation apparaît : 3 % par rapport aux montants accordés en 2000. Inutile de dire que cela n’est rien par rapport à l’évolution de l’index, comme le montre notre infographie.

« Ce qui est assez clair, c’est que l’évolution des aides complémentaires suit assez parfaitement le contexte social jusqu’en 2010. À partir de ce moment précis, les tendances s’inversent. Le contexte social se déprécie de plus en plus et les CPAS interviennent de moins en moins », explique encore le chercheur montois.

À chacun « ses pauvres » ?

Face à des moyens corsetés, les CPAS mettent parfois en place des stratagèmes qui leur sont propres : diminuer l’ensemble des aides financières et matérielles afin de soutenir un plus grand nombre de personnes, le cas échéant avec des montants minimums.

« Le besoin social est de plus en plus fort. Mais nous observons qu’en chiffres absolus, les aides ont augmenté à peine de 3 %, ce qui est en réalité une forte baisse par rapport à l’index. En coût par habitant, les aides complémentaires sont aussi en forte diminution », conclut Ricardo Cherenti.

Pour leur permettre de faire face à ces demandes sans cesse croissantes, les CPAS doivent bénéficier de marges financières plus larges. « Certaines situations sont absurdes et scandaleuses », regrette l’auteur de l’étude. « Je sais que dans ma commune, nous récupérons du fédéral 55 euros sur 100 que nous versons au titre du revenu d’intégration. Alors qu’une organisation syndicale bénéficie de 103 euros, soit le montant payé et les frais administratifs, quand elle en verse 100 à un demandeur d’emploi. »

Le constat est récurrent : trop souvent les pouvoirs locaux, CPAS en tête, sont contraints d’intervenir parce que d’autres niveaux de pouvoir fuient leurs responsabilités ou se déchargent de leur rôle. « Est-il ainsi normal que le CPAS soit amené à faire des avances sur un droit qui va bientôt s’ouvrir auprès de l’Onem au profit d’un citoyen de sa commune ? Nous pourrions facilement imaginer que l’Onem lui-même octroie cette avance, ce qui soulagerait les CPAS. »

Plus fondamentalement, Ricardo Cherenti pose un constat fort à la lecture de l’extrême diversité des aides accordées d’une ville à l’autre, grande ou petite, riche ou pauvre : « L’idée que la commune doit prendre en charge “ses pauvres” vient d’un temps révolu. Il faut avoir une vision globale et cohérente de la prise en charge de la pauvreté, de la précarité et des problèmes sociaux en général. »

Epilogue Harry-Meghan: la Reine, William et Kate sont les grands gagnants

Aux yeux de la Reine, la seule solution possible à la crise provoquée par la décision du couple de renoncer aux obligations royales était une séparation brutale mais claire.
Aux yeux de la Reine, la seule solution possible à la crise provoquée par la décision du couple de renoncer aux obligations royales était une séparation brutale mais claire. - EPA

La liberté à un prix » (Express), « La Reine ordonne un Megxit dur » (Mirror), « Ils sont out » (Times), « Le temps du remboursement » (Sun), « Harry et Meghan dehors, dans le froid » (People)… Les manchettes sanguinolentes de la presse dominicale britannique sont unanimes : alors que la reine Elizabeth II, le prince William et sa femme Kate sont sortis gagnants de l’accord annoncé samedi soir sur le futur statut du duc et de la duchesse du Sussex, Meghan et surtout Harry sont les grands battus, aux côtés du prince Charles.

Une main de fer

Une main de fer dans un gant de velours : la technique chère à la souveraine pour faire rentrer dans le rang les membres de sa famille qui sacrifient le devoir sur l’autel des convenances personnelles a à nouveau été payante. Pour avoir ignoré la détermination d’Elizabeth II à écarter les « branches pourries » potentielles, Harry et Meghan se sont mis hors jeu. Aux yeux du monarque, la seule solution possible à cette crise de dix jours provoquée par la décision du couple de renoncer aux obligations royales était une séparation sans ambages. La brutalité a l’avantage de la clarté, tel est le leitmotiv de la Cour.

« Ils ne peuvent plus formellement représenter la Reine » : comme l’atteste le communiqué, la Chef de l’Etat s’est une nouvelle fois révélée fine manœuvrière. Meghan a été écartée du sommet de Sandringham, qui s’est déroulé la semaine dernière entre la Chef de l’Etat, son fils et ses deux petits-fils, pour régler la crise. Peu sûr de lui, émotionnel, Harry n’a visiblement pas fait le poids face à sa grand-mère.

Une fois n’est pas coutume au cours de ce long règne, Elizabeth II est parvenue à neutraliser les velléités de rébellion de son petit-fils et de son épouse. Le duo est passé à la trappe comme ce fut le cas auparavant de son oncle, le duc de Windsor, de ses ex-brus, la princesse Diana, et Sarah, duchesse de York, ainsi que son fils cadet, le prince Andrew.

Jugez plutôt. Harry et Meghan perdront au printemps le titre d’Altesse royale réservé aux membres de la famille royale exerçant des fonctions de représentation. Tel avait été le cas avec la princesse Diana après son divorce du prince Charles en 1996. Le nouveau titre nobiliaire de duc et duchesse du Sussex, accordé dans la foulée du mariage hautement médiatisé du 19 mai 2018, est vidé de tout contenu.

Remboursement

Par ailleurs, Harry et Meghan vont devoir rembourser au contribuable les 2,4 millions de livres (2,8 millions d’euros) qu’a coûté la rénovation de Frogmore Cottages, dans le parc de Windsor. Le manoir reste leur base britannique, mais ils devront payer un loyer au tarif locatif – on évoque le chiffre de 10.000 livres par mois – au propriétaire, à savoir sa Majesté. Ils n’auront plus droit à une protection policière.

Le lot de consolation est bien maigre, « Harry, Meghan et Archie resteront des membres très chers de ma famille… Je soutiens leur souhait d’une vie plus indépendante » », a précisé le communiqué. Reste que la marge de manœuvre commerciale du couple sera limitée par la protection sourcilleuse de la marque royale, une appellation contrôlée. Le label Sussex risque de s’en trouver démonétisé.

William et Kate sont les vainqueurs de la foire d’empoigne. Le duc de Cambridge et son épouse vont reprendre les responsabilités détenues par Harry, en particulier le parrainage des régiments et la jeunesse du Commonwealth. William, second dans l’ordre de succession, est désormais sur orbite pour épauler son père dans le cadre du nouveau canevas d’une monarchie réduite au noyau dur.

« Sois belle et tais-toi »

Pour sa part, Kate a fait un sans-faute sur le mode « sois belle et tais-toi ». Elle est désormais débarrassée de sa rivale. Sa légitimité de future reine est dorénavant inattaquable. Par ailleurs, alors que George, l’aîné de ses trois enfants, est promis à la plus haute destinée, l’accord peut servir de base pour permettre à leurs deux plus jeunes enfants, Charlotte et Louis, de trouver un rôle à l’âge adulte.

Le prince Charles ne sort pas grandi de l’épisode. Il n’a pas su lui-même régler le différend opposant ses deux fils. L’héritier au Trône est apparu faible et indécis. Pathétique, il lui a fallu demander l’intervention de sa mère, âgée de 93 ans, pour trancher dans le vif. Par ailleurs, le futur Charles III est obligé de régler de sa propre poche le volet financier.

Enfin, le prince Harry est le grand perdant de cette affaire. L’ancien officier, héros de la guerre d’Afghanistan, perd le parrainage de régiments d’élite comme les commandos de marine. Il est désormais relégué dans la deuxième division du pouvoir royal, celui des « have been ». Triste fin de partie pour ce prince de sang jadis tant imbu de son appartenance au clan Windsor.

Le plus jeune fils de Diana risque aujourd’hui de connaître le sort peu enviable de l’ex-roi Edward VIII qui avait abdiqué en 1936 pour pouvoir épouser l’Américaine Wallis Simpson. En exil à Paris, le duc de Windsor a mené une existence oisive et tragique sous la férule d’une épouse autoritaire et méprisante à son encontre.

En France, la grève s’essouffle mais la tension monte

La scène, qui s’est déroulée samedi à Paris en marge de la manifestation des «gilets jaunes» est brève mais violente.
La scène, qui s’est déroulée samedi à Paris en marge de la manifestation des «gilets jaunes» est brève mais violente. - AFP.

Ce devait être une bonne nouvelle pour le gouvernement. Après six semaines et demie de grèves ininterrompues, le mouvement social contre la réforme des retraites s’essouffle considérablement. Les trains roulent à nouveau quasi normalement. Et le métro parisien devrait totalement reprendre du service ce lundi. Les grévistes, qui se privent de salaire depuis le 5 décembre, ne peuvent plus tenir dans la durée. Aux arrêts de travail illimités vont succéder des actions plus ponctuelles, les jours de manifestations.

Mais la reprise du travail sur le rail est presque passée inaperçue. Car, dans la dernière ligne droite avant la présentation du projet en conseil des ministres vendredi, c’est la radicalisation du mouvement qui fait craindre le pire à l’exécutif. Vendredi soir, c’est au chef de l’État lui-même que les manifestants ont voulu s’en prendre. Emmanuel Macron était au théâtre avec son épouse Brigitte quand le journaliste Taha Bouhafs, connu pour son activisme sur les réseaux sociaux, a lancé cet appel sur Twitter : « Je suis actuellement au théâtre des Bouffes du Nord, 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appellent tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée. » Le président a dû être brièvement évacué, le temps pour la police de disperser quelques dizaines de manifestants ». Interpellé, le journaliste a été placé en garde à vue. Une enquête a été ouverte pour « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

La CGT plaide non coupable

Dans la même nuit de vendredi à samedi, un incendie a été allumé à la Rotonde, boulevard du Montparnasse à Paris. C’est dans cette brasserie qu’Emmanuel Macron avait célébré le premier tour de l’élection présidentielle en 2017. Le feu est d’origine criminelle, indique le parquet. Et ce n’est pas tout. Vendredi, le siège de la CFDT avait déjà été envahi par plusieurs dizaines de manifestants contre la réforme des retraites. « Ils ont agressé verbalement et physiquement des salariés », a dénoncé le leader du syndicat réformiste. Laurent Berger est devenu la cible des plus radicaux depuis qu’il a accepté de négocier avec le gouvernement sur le financement de la réforme des retraites.

Ce lundi, c’est le ministre de la Culture Franck Riester qui a renoncé à présenter ses vœux à la presse. « Les conditions ne sont plus réunies », indique son cabinet qui a eu vent d’un chahut en préparation. D’autres ministres, comme Marlène Schiappa et Roxana Maracineanu, avaient déjà été intimidés avant lui.

La CGT plaide « non coupable ». « Nous condamnons toute forme de violence, mais il y a en a marre du bashing », dit son leader, Philippe Martinez, qui continue d’exiger le retrait pur et simple de la réforme et appelle encore à l’extension de la grève.

Une violence qui s’enkyste

Les violences ne datent pas d’hier. Depuis la crise des gilets jaunes, en novembre 2018, on ne compte plus les samedis de casse. Ce week-end encore, des heurts ont éclaté en fin de cortège à Paris. Et depuis plusieurs mois, des permanences d’élus de la majorité sont prises pour cible.

À l’Elysée, on veut croire que ces violences qui s’enkystent ne sont le fait que d’une minorité politique qui conteste la légitimité même de l’élection présidentielle de 2017. Mais s’il veut poursuivre sa transformation de la France avant de briguer sa réélection en 2022, Emmanuel Macron est sérieusement averti. Il avait déjà été personnellement pris à partie lors de la crise des gilets jaunes lors d’une visite au Puy-en-Velay en décembre 2018. Un traumatisme. Et la semaine dernière, alors qu’il était en déplacement à Pau, il a dû renoncer à aller au contact de la population, de crainte des débordements.

Dans ce climat délétère, le chef de l’État ne peut pas espérer beaucoup de soutien de l’opposition. Marine Le Pen, qui a déjà officialisé sa candidature pour la prochaine présidentielle, a certes condamné les violences. « Mais Emmanuel Macron a créé un climat de tension », accuse la présidente du Rassemblement national. Quant au leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, c’est le sort du journaliste Taha Bouhafs qui l’émeut. « Il n’a commis aucun délit ! ». Et de pointer sur Twitter le « silence des éditorialistes » : « Ils ont peur eux aussi ? ».

Open d’Australie: quatre joueurs prêts à bousculer la hiérarchie

Open d’Australie: quatre joueurs prêts à bousculer la hiérarchie
Photo News

C’est sans doute une des stats les plus folles du tennis moderne : depuis Wimbledon 2003 (le tout premier titre de Roger Federer), le fameux « Big Four » a remporté 58 des 66 titres du Grand Chelem ! Seuls six joueurs en… 17 ans, sont parvenus à grappiller les miettes laissées par les cadors : Roddick, Gaudio, Safin, Del Potro, Cilic et Wawrinka (à trois reprises). Alors, même si Murray est absent à Melbourne (un an après l’annonce de sa retraite, et malgré un retour inattendu, il a de nouveau des soucis physiques), c’est toujours difficile d’imaginer que le sacre de cet Open d’Australie 2020 puisse échapper à Rafael Nadal, Roger Federer ou à Novak Djokovic, grandissime favori pour une 8e couronne ici. Pourtant en 2019, deux jeunes as sont venus troubler les cartes en se hissant en finale de Grand Chelem : Thiem à Roland Garros et Medvedev à l’US Open. Avec Tsitsipas et Zverev, ils sont potentiellement quatre à pouvoir bousculer ceux qui, malgré leurs stats affolantes, ne seront pas toujours éternels… « Chaque année, on parle de cette nouvelle génération, mais cette fois, il pourrait se passer quelque chose  », avoue Federer, 38 ans. «  On ne rajeunit pas… Ce n’est pas qu’on devient subitement mauvais, mais eux s’améliorent. Le défi, il est là. »

Le chiffre : 58

Soit le nombre de titres en Grand Chelem remportés par le « Big Four » depuis Wimbledon 2003 (sur un total possible de 66). Cela donne en détail : 20 sacres pour Federer, 19 pour Nadal, 16 pour Djokovic et 3 pour Murray (absent à Melbourne) !

As de pique : Daniil Medvedev (4e mondial), actuellement le plus dangereux

Qui a oublié le terrible été 2019 du géant russe ? Finale à Washington, finale à Toronto, victoire à Cincinnati, finale à l’US Open, victoires à Saint-Petersbourg et à Shanghai : soit six finales d’affilée pour trois titres dont deux en Masters 1000 ! Avec son énorme service (y compris sur deuxième balle), sa folie douce (il y a un peu de McEnroe en lui), sa facilité de déplacement malgré sa taille (1,98 m), Daniil Medvedev est le joueur, hors cadors, qui a le plus impressionné ces derniers mois. En finale de l’US Open et malgré deux premiers sets concédés, il a fallu toute la vigilance et la pugnacité de Rafael Nadal pour que l’énorme surprise n’arrive déjà. L’Espagnol l’a finalement emporté 7-5, 6-3, 5-7, 4-6, 6-4 mais il a compris, comme bien d’autres, en ce 9 septembre, qu’il faudrait désormais compter sur ce Medvedev qui affiche justement le meilleur classement de sa carrière lors de cet Open d’Australie. L’an dernier, il avait été éliminé à Melbourne par Novak Djokovic en huitième de finale après avoir sorti David Goffin au 3e tour. Un Djokovic qu’il a battu ensuite deux fois en 2019…

Déjà impressionnant lors de l’ATP Cup, l’ours de Moscou devra, cette fois, gérer une énorme pression sur ses épaules, ce qui peut parfois le faire dévisser… Il n’a toujours que 23 ans. Mais s’il parvient à transformer toute cette poussée d’adrénaline en énergie positive, alors là, gare aux dégâts. Son tirage au sort, l’a placé dans le quart de… David Goffin qu’il pourrait donc retrouver pour une revanche à Melbourne. Mais il devra se méfier de Tiafoe (1er tour !), Tsonga ou Wawrinka en route. Nadal serait le premier « Big 3 » qu’il pourrait défier en… demi-finale.

Daniil Medvedev en bref :

Russe, 23 ans, 1,98 m

Droitier, revers à deux mains

4e joueur mondial

7 titres dont les Masters 1000 de Shanghai et Cincinnati en 2019

Finaliste de l’US Open 2019

Face à Nadal : 0-3

Face à Djokovic : 2-4

Face à Federer : 0-3

Son Open d’Australie 2019 : battu par Djokovic en huitième

As de cœur : Dominic Thiem (5e mondial), la relève annoncée de Nadal à Roland-Garros

Cela fait un peu plus longtemps qu’on parle de Dominic Thiem (déjà en demi-finale de Roland-Garros dès 2016), mais l’Autrichien n’a toujours que 26 ans. Des quatre as, c’est lui qui a été à la fois le plus proche d’un titre en Grand Chelem (deux finales déjà), mais aussi le plus loin d’y arriver car, chaque fois, il a dû affronter l’ogre de Roland-Garros, Rafael Nadal ! Son revers à une main est spectaculaire, mais son coup droit encore plus destructeur. Tout ça est animé par une foi en lui et une ténacité qui en font un vrai dur à cuire sur le circuit. Thiem, c’est une force de travail énorme sur, et en dehors, des courts ! Quatre fois, au moins, en demi-finale de Roland-Garros d’affilée depuis 2016, Il est le successeur tout désigné de Nadal sur le tapis rouge parisien. Surtout que, désormais, aux côtés du Chilien Nicolas Massu, il s’est adjoint les services cette année, de la légende du tennis autrichien, Thomas Muster, le bûcheron de Leibnitz, ancien nº1 mondial et vainqueur de Roland-Garros en 1995. Mais limiter Dominic Thiem à la brique serait une grave erreur. Sur ces cinq titres remportés en 2019, trois l’étaient sur surface dure, dont le Masters 1000 d’Indian Wells, face à Roger Federer en finale, svp. Un Federer qui a bien du mal face à Thiem puisqu’il est mené 2-5 dans les confrontations ! Il a aussi enlevé Pékin et Vienne l’an dernier, avant de chuter en finale de l’ATP Masters face à l’étonnant Tsitsipas. Mais il avait battu Federer, Djokovic et Zverev en route ! Des quatre as, Thiem est assurément le plus expérimenté, il a donc l’avantage du vécu, mais peut-être le désavantage de ne plus avoir cette fougue de la jeunesse, ce grain de folie qui ne fait pas calculer ou cette insouciance qui frôle l’irrespect face au « Big 3 ».

Dominic Thiem en bref :

Autrichien, 26 ans, 1,85 m

Droitier, revers à une main

5e joueur mondial

16 titres dont Masters 1000 à Indian Wells en 2019

Finaliste à Roland-Garros 2018 et 2019

Face à Nadal : 4-9

Face à Djokovic : 4-6

Face à Federer : 5-2

Son Open d’Australie 2019 : abandon au 2e tour face à Popyrin

As de trèfle : Stefanos Tsitsipas (6e mondial), seulement 21 ans et un culot monstrueux

Avec son look de mousquetaire, Stefanos Tsitsipas a toutes les armes dans son jeu pour croiser le fer avec les tout meilleurs. Pour rappel, c’est lui le « Maître 2019 », celui qui a remporté le fameux Masters ATP de Londres, un an après avoir déjà été le « Maître » des jeunes (Next-Gen), à Milan.

En novembre dernier, il accrochait ainsi à son panache les écussons de Medvedev et de Zverev, en poule, de Federer en demi-finale et de Thiem en finale ! Il ponctuait de la plus jolie des manières une superbe saison 2019 qui l’a vu passer du 15e au 6e rang mondial. Doté d’un superbe jeu d’attaque (service, coup droit, volée), il affiche un culot monstrueux, à seulement 21 ans ! Voilà un gars qui n’a pas peur d’affronter Djokovic (il l’a battu deux fois en finale de Masters 1000) ou Federer (il l’a vaincu à l’Open d’Australie et au Masters, l’an dernier). Par contre, face à Nadal, il n’a trouvé la solution qu’une fois en six confrontations, et on se souvient même qu’il avait reçu une petite leçon, l’an dernier, ici même en demi-finale (6-2, 6-4, 6-0). Il a hérité d’un tableau comme il les aime, avec des premiers défis potentiels contre Raonic, Cilic ou Bautista-Agut, et un quart de finale qui pourrait être explosif face à Novak Djokovic ! Un duel face à Nadal ne pourrait avoir lieu qu’en finale. Reste un paramètre à gérer pour le meilleur joueur grec de tous les temps : ses émotions. À l’ATP Cup, cette année, il a déjà perdu deux de ses trois premiers matches (Shapovalov et Kyrgios) affichant une vraie nervosité qui l’a vu… blesser (légèrement) son père au bras, au moment de frapper sa raquette sur son banc… Il faudra, désormais, savoir gérer toute cette pression des grands rendez-vous et les énormes attentes autour de lui.

Stefanos Tsitsipas en bref :

Grec, 21 ans, 1,93 m

Droitier, revers à une main

6e joueur mondial

4 titres dont l’ATP Masters en 2019

Demi-finaliste à l’Open d’Australie 2019

Face à Nadal : 1-5

Face à Djokovic : 2-2

Face à Federer : 2-2

Son Open d’Australie 2019 : battu par Nadal en demi-finale

As de carreau : Sascha Zverev (7e mondial), vaincre son complexe en Grand Chelem

Il avait mis la barre tellement haute fin 2017, où il était devenu le 3e joueur mondial, et encore en 2018 (4e), que la saison 2019 a été inévitablement plus difficile pour l’Allemand. Mais avec déjà 11 titres à son palmarès, dont trois Masters 1000 et le Masters ATP 2018, le joueur de Hambourg est un danger permanent pour les cadors, et surtout pour Roger Federer qu’il domine en sept confrontations (c’est 4-3 en sa faveur). Zverev est capable du meilleur, mais aussi parfois du pire, surtout en Grands Chelems où il nourrit un certain complexe si on compare ses performances à celles déjà réussies en Masters 1000. Il n’a ainsi jamais dépassé le stade des quarts de finale (deux fois à Roland-Garros). Pour un joueur qui a déjà connu le top 3, c’est évidemment insuffisant. L’an dernier, il avait ainsi quitté Melbourne Park dès les huitièmes (son meilleur résultat), battu par Milos Raonic en trois petits sets (6-1, 6-1, 7-6). Grand serveur (il mesure quasi deux mètres), doté aussi d’un grand coup droit et d’une belle envergure, Sascha Zverev n’est pas toujours maître de ses nerfs lorsque la pression est maximale (en Grand Chelem, donc) et à tendance à perdre le fil de son jeu dans ces cas-là. Mais méfiance, très bon sur une semaine, il va inévitablement trouver la clé, un jour, pour briller sur deux semaines. Son tableau est assez complexe, ici, avec d’emblée un premier tour contre l’Italien Marco Cecchinato (ex-16e joueur mondial), il pourrait aussi retrouver sur sa route Fernando Verdasco et… David Goffin dès les huitièmes. Le vainqueur de ce choc se retrouverait, alors, face à un quart potentiel contre Daniil Medvedev ! Zverev, vainqueur de l’Open d’Australie chez les juniors, doit encore faire ses preuves en Grand Chelem, mais il a évidemment tout d’un grand en devenir.

Sascha Zverev en bref :

Allemand, 22 ans, 1,98 m

Droitier, revers à deux mains

7e joueur mondial

11 titres dont l’ATP Masters 2018, les Masters 1000 de Madrid 2018, du Canada 2017 et de Rome 2017

Quart de finaliste à Roland-Garros 2018 et 2019

Face à Nadal : 1-5

Face à Djokovic : 2-3

Face à Federer : 4-3

Son Open d’Australie 2019 : battu par Raonic en huitième

Eurosonic: dès demain sur une scène près de chez vous

À Eurosonic, tous les genres sont de mise, y compris le métal (black, death, sludge) du groupe français Regarde Les Hommes Tomber.
À Eurosonic, tous les genres sont de mise, y compris le métal (black, death, sludge) du groupe français Regarde Les Hommes Tomber. - Bart Heemskerk.

Sentir les tendances à venir et dénicher les artistes européens qu’on verra chez nous au fil des prochains mois : voilà notamment à quoi sert le pèlerinage dans le nord des Pays-Bas. Organisé à Groningen, ville étudiante où le cycliste règne sur la chaîne alimentaire des prédateurs urbains, l’événement propose près de 350 concerts en quatre jours. Ce qui fait d’Eurosonic l’un des plus importants festivals de showcases, couru non seulement par le public – 42.000 personnes y étaient cette année – mais attirant aussi quantité de professionnels du secteur.

Un peu de préparation s’impose dès lors avant de prendre la route. Histoire de ne pas se perdre entre les quarante-huit scènes disséminées un peu partout dans la ville. Ou se noyer dans l’offre pantagruélique que constitue l’affiche officielle… complétée par un « off » tout aussi copieux. Si parmi les trente-trois pays ainsi couverts, la Suisse fait cette année l’objet d’un focus spécial, chaque délégation n’en travaille pas moins son réseautage. Associés sous l’étiquette « Belgian Booms », l’Agence Wallonie-Bruxelles Musique, la Sabam et les Flamands de Poppunt jouent par exemple la carte du drink pour assurer à Groningen la promo de Blanche et de Lous & The Yakuza, mais aussi Glauque, Geike, DC Salas, Charlotte Adigéry ou encore The Brums. Avec cinq cents invités venus siroter une bière (un portrait des artistes orne l’étiquette des bouteilles), le bilan de l’opération devrait s’avérer positif.

L’intenable Zwangere Guy, un autre de ces « Belgian Booms », profite de l’occasion pour lancer sa campagne de conquête des Pays-Bas. Si la France s’intéresse fort au rap made in Belgium, ZG, lui, lorgne sur le marché néerlandais. Déjà que son dernier (et très bon) album en date, Brutaal , a été enregistré dans les studios Red Bull à Amsterdam. Ce vendredi après-midi, le Bruxellois se produit sous la voûte de la Martinikerk transformée en centre de presse. Et le soir, il se met le Simplon dans la poche. La salle a beau être un peu excentrée, elle est remplie et lui gère comme personne, le temps d’un set drôle et sérieux, non dénué d’émotion, énergique et malin. « Je rappe, hein, nous rappelle-t-il ! Il n’y a pas de playback, et je donne ! Quand je monte sur scène et que je passe le rideau, je me dis ok, là maintenant, il faut se jeter. Les gens sont là pour toi, tu es là pour eux et pour toi-même. Et puis avec mes deux gars, on aime jouer en live !  »

Le meilleur du son européen

Une autre qui aime manifestement le live, c’est Crystal Murray. Cette toute jeune Française (18 ans à peine) donne à Eurosonic son premier concert hors de l’Hexagone mais affiche déjà du métier. Un peu jouette, avec quelques intonations à la Selah Sue, voilà qui promet : elle sera ce 29 janvier au C12 à Bruxelles pour la nouvelle Fifty Session. Aussi jeune et dans un registre soul/urbain similaire, la Londonienne Arlo Parks (au Botanique le 26 février) nous dit ne plus en être à son premier showcase mais n’avoir jamais pris part à quelque chose de l’ampleur d’Eurosonic. « Je n’ai pas d’attente particulière, je garde l’esprit ouvert. Mais j’ai bien envie de voir des concerts moi aussi ! » Un album suivra ses deux singles « phénomènes » que sont « Cola » et « Super sad generation ». Quant à Celeste, élue « BBC Sound of 2020 » et pas passée inaperçue non plus, elle sera le 1er mai aux Nuits Botanique pour un concert affichant complet.

Des prix européens

L’Eurosonic, c’est aussi l’occasion de décerner les Music Moves Europe Talent Awards, les prix européens saluant « the european sound of today and tomorrow ». La Belge Charlotte Adigéry figurait parmi les seize nommés, mais ce sont Meduza (IT), Girl In Red (NO), Naaz (PB), Anna Leone (SU), Pongo (PT), Harmed (HO), 5K HD (AUT) et Flohio (GB) qui remportent la mise : notamment une bourse de 10.000 euros (financée par le programme Creative Europe) à dépenser pour assurer la promotion de leur carrière internationale. Pour certains, on imagine que ce coup de pouce permettra de tout exploser lors de futurs concerts. À l’image de Pongo : vendredi soir, la Portugaise d’origine angolaise a retourné le Grand Theatre avec ce kuduro (un mélange de break, d’électro, de semba et d’autres sonorités africaines) dont elle est la pétillante ambassadrice. L’été s’annonce chaud !

Fellini, un gamin de cent ans

Fellini naissait il y a tout juste cent ans, le 20 janvier 1920 à Rimini, station balnéaire qui regardait alors se balancer la mer, au mépris des parades du régime mussolinien. Dans Amarcord (1973), Fellini raconte les 400 coups d’un jeune homme et de quelques-uns de ses amis, qui en grandissant feignent de devenir des Vitelloni , jolis parasites cherchant à troquer leur ennui congénital contre un exil vers l’imaginaire. Dans son film de 1953, seul le jeune homme parviendra à fuir la vie de province pour aller tenter sa chance ailleurs. C’est l’histoire du jeune Federico, biberonné au cirque, aux variétés, aux exploits du magicien Mandrake, au cinéma américain ou à la bande dessinée, qui débarque à 19 ans à Rome, en proposant d’emblée ses services de dessinateur au journal satirique Marc’Aurelio … par lequel il va rencontrer la femme de sa vie, Giuletta Masina.

Du gag visuel et de la caricature au cinéma, il n’y a qu’un pas. À 25 ans, sur les ruines de la guerre, voilà Fellini scénariste, travaillant notamment aux côtés de Roberto Rossellini et bientôt du tout jeune Ettore Scola. Puis, cinq ans plus tard, passant derrière la caméra, en surfant en apparence sur la vague du néoréalisme, mais c’est pour mieux lui donner une dimension morale et parfois sarcastique, avec des films désabusés, où le cynisme l’emporte toujours sur la candeur. Après Le Cheik Blanc, comédie autour de l’initiation cruelle d’une fan de cinéma, La Strada et Il Bidone sont des portraits d’individus traversés par la crise, mais Fellini s’intéresse moins à leur niveau de vie qu’à leur solitude et qu’au chaos qui les habite.

Fellini aurait pu vieillir en « vitellone » désincarné, retraité avant l’heure avec pour seul exil le royaume des existences virtuelles. Mais le voilà donc à Rome, et Rome est une Babylone exubérante, corrompue, gloutonne, monstrueuse, irrésistible. Incapable de céder aux sirènes de la société du spectacle romain, le voilà frayant, dans La Dolce Vita , film charnière et très sombre malgré son vernis mondain, avec son alter ego (Marcello Mastroianni) du côté des paparazzis et des starlettes. A partir de La Dolce Vita , carnaval baroque peuplé de feux follets et de cigales, d’aristos dégénérés et de putains criardes, de nuits orgiaques et de petits matins amers, le voilà auteur, travaillé autant par des obsessions tenaces – le mal de vivre, l’imposture, le crépuscule du macho, le recours à la fuite et à l’imaginaire – que par un style flamboyant, onirique, grinçant, magique, exubérant.

Déjà auréolé de deux Oscars (pour La strada et Les nuits de Cabiria ), Fellini passe avec La Dolce Vita , Palme d’or sulfureuse à Cannes, au statut instantané de célébrité. Loin de le rassurer, cette consécration populaire le fait plonger au cœur d’une profonde dépression. Tenaillé par l’angoisse de la page blanche, Fellini consulte alors un psychanalyste. Et trouve le déclic à son mal-être en tournant Huit et demi , œuvre dans laquelle il affiche et affirme pleinement son « je » chaotique, en quête de sens, quitte à prendre les chemins de traverse – le voyage, l’imaginaire, l’inconscient, le rêve.

Libéré de ses démons

Huit et demi , chef-d’œuvre sur la création, est un sésame. Il ouvre les portes. Derrière ce film, Fellini se comportera en homme libre. Libéré de ses démons. En accord avec son âme bariolée de poète baroque, simultanément sinistre et léger. Conscient que l’homme n’est jamais rien qu’un monstre : clown dégénéré, rhinocéros putride, Casanova de pavane… tous voués à disparaître. Non sans avoir dansé toute la nuit.

Derrière ses hymnes récurrents à la fête, derrière ses paillettes et ses défilés de masques, de motos, de cardinaux ou de femmes, derrière ses rires et ses musiques souvent joyeuses, signées par l’enchanteur Nino Rota, le ton est le plus souvent à la crise, parfois même à la décadence : l’aurore finale de La Dolce Vita révèle un gros poisson puant échoué sur la plage des noceurs à bout de souffle. Casanova (Donald Sutherland) ressemble à un glaçant pantin nombriliste, qui ne serait jamais sorti du ventre de sa mère. Guido Anselmi (Mastroianni, dans Huit et demi ) envisage un moment d’en finir avec ses états d’âme artistiques et conjugaux par le suicide. Rome ressemble à une vieille putain excentrique ( Satyricon , Fellini-Roma ). Les gens du cirque sont violents, alcooliques ou malades ( Les clowns, La strada ). La télévision (déjà berlusconienne, en 1985) transforme le monde du rêve et du cinéma en réclame et en parts de marché ( Ginger et Fred ). Une croisière rendant hommage à une diva morte fait naufrage ( E la nave va ). Un orchestre dirigé par un chef tyrannique fait face aux coups assourdissants d’une énorme pierre destructrice ( Prova d’orchestra ). Paysages désolés. Âmes damnées. Rien ne va plus. Et pourtant…

Et pourtant, c’est au milieu de ce désastre que Federico Fellini choisit de brandir sa baguette de magicien. Pour fuir l’insupportable fléau de sa propre condition, l’être fellinien (paparazzo, prêtre, clown, putain, artiste…) s’invente des songes et mensonges. Il rêve. Prend la neige qui tombe ( Amarcord ) pour de la poudre aux yeux. Quémande un « raggio di sole » (rayon de soleil) pour réinventer le monde ( Intervista ). Se déguise en ange pour faire la bête (les faux prêtres de Il bidone ). Cultive le souvenir de l’enfance comme une source indomptable, sauvage et insolente.

L’être fellinien est en somme pétri de contradictions. Il vit dans la nostalgie du passé en courant les fêtes hédonistes. Il définit, avec Casanova, la quête de son obsession en visant la métaphysique de l’orgasme… quand elle n’est que solitude et mort. Il se raconte des histoires, s’invente ambassadeur de la jouissance mais se révèle surtout un être dévoré d’angoisses.

En 19 films, sortis entre 1952 ( Le Cheik blanc ) et 1990 ( La voce della luna ), Fellini aura révolutionné la planète du septième art. En faisant basculer l’Italie de l’après-guerre, candide ( Le Cheik blanc ), provinciale ( Les Vitelloni ), paysanne ( La Strada, Il Bidone ), vers les sirènes tentatrices et outrancières de la modernité.

L’œuvre de Fellini appartient bel et bien à l’histoire du 20e siècle. C’est l’œuvre d’un passé révolu, sensuel et décadent, maternel et animal, où les femmes aux poitrines opulentes croisent au pays des singes et des songes les galapiats des plages italiennes, les soutanes noires de curés tyranniques ou le nez rouge de clowns parfois avinés.

A sa mort, le 31 octobre 1993, une foule immense marchait vers le mythique Studio 5 de Cinecittà. Près de 100.000 Romains, venus dire au revoir au Maestro, parti rejoindre le monde des songes. C’était un temps où le cinéma d’auteur pouvait, alors, susciter la ferveur populaire. Un autre temps.

Des tanks commémoratifs de 44-45 sillonnent l’Ardenne

LA ROCHE

Par Jean-Luc Bodeux

Namur-Luxembourg ,

Nord et Sud du pays continuent à se toiser sur les quotas de médecins

L’examen d’entrée et les quotas sont drastiques, au nord comme au sud du pays, générant de part et d’autre bien des frustrations.
L’examen d’entrée et les quotas sont drastiques, au nord comme au sud du pays, générant de part et d’autre bien des frustrations. - Olivier Polet.

ANALYSE

Sournoisement, la polémique sur les quotas de numéros Inami à délivrer aux étudiants en médecine tend à nouveau les relations entre le nord et le sud du pays. Alors que l’on croyait le conflit apaisé après le grand accord de 2017, la Flandre vient à nouveau brouiller les cartes. Avec cette fois une position qu’on ne lui connaissait guère : elle – singulièrement la NVA – réclame à son tour davantage de numéros Inami. La Communauté française est d’abord restée silencieuse avant, cette semaine, d’emboîter le pas. Le tout sous l’œil interloqué de la ministre de la Santé Maggie De Block (Open-Vld).

Acte un. La Flandre a pris tout le monde de court en septembre à l’occasion de sa déclaration de politique régionale : « Nous continuons d’exiger une répartition correcte des numéros Inami entre les Communautés et le remboursement de l’excédent accumulé par la Communauté française ». Elle poursuivait : « Dans le même temps, la Flandre mettra en place sa propre commission de planification afin de déterminer les besoins flamands en soins de santé (…) ». C’est sur la base des recommandations de cette instance que « le nombre d’étudiants admis dans la formation de médecin et de dentiste sera déterminé et non plus uniquement sur la base de l’avis fédéral que la Flandre est la seule à suivre depuis vingt ans ». On décode : alors que les Francophones exigent – sans succès – qu’on tienne compte de la pénurie et de leurs besoins lors de l’attribution des quotas, la Flandre se découvre tout à coup une situation particulière. Il est vrai, il faut le souligner, que les mêmes Francophones n’ont pas brillé par leur respect des normes fédérales.

Des quotas flamands

Acte deux. La Flandre a une nouvelle fois pris tout le monde de court à la veille de Noël, en annonçant vouloir relever le nombre d’étudiants à l’entrée des études. Ce qui, en soit, ne pose pas de problème : le fédéral fixe le nombre de numéros Inami à distribuer à la sortie, pas le nombre d’entrants. Le problème est plutôt dans la justification. On reprend : à la rentrée 2019, la Flandre savait qu’elle disposerait de 929 numéros Inami pour les diplômés de 2025. Sachant qu’il y a toujours en cours de route quelques déperditions, elle a inscrit 1205 étudiants… laissant de côté 286 personnes qui, bien qu’ayant réussi l’épreuve, ne se sont pas suffisamment bien classées au concours d’entrée. La Flandre a donc, pour la première fois, été confrontée au problème des reçus collés.

C’est dans ce contexte que Ben Weyts, ministre NVA de l’Enseignement a annoncé fin décembre son intention d’inscrire, en septembre prochain, 1276 étudiants en médecine (et 180 en dentisterie). « Les autorités fédérales n’avaient prévu que 929 places pour la formation en médecine, mais M. Weyts va augmenter le quota sur la base de la pénurie de médecins en Flandre », a annoncé la NVA. Elle justifie : « Cela fait 20 ans que la Flandre est la seule à respecter les quotas (…) Pendant ce temps, en Flandre, les besoins ont augmenté et un retard s’est créé (…). Le mauvais élève a toujours été récompensé et le bon élève puni. Nous ne l’acceptons plus. ». Le gouvernement flamand assure au passage qu’il fera tout pour obtenir du Fédéral des numéros Inami pour tous ses diplômés. Détail piquant, la NVA emprunte aux Francophones la rhétorique qu’elle leur a toujours reprochée : « M. Weyts va augmenter le quota sur la base de la pénurie de médecins en Flandre, du nombre d’étudiants qui abandonnent en cours de formation et du nombre de diplômés qui ne deviennent pas médecins après leurs études ». C’est effectivement au nom de cette pénurie mesurable chaque jour le terrain – engendrée notamment par ces centaines de diplômés européens qui retournent exercer chez eux – que la Communauté française revendique des quotas beaucoup plus larges.

Menace sur la sécu

Acte trois. La semaine dernière, Valérie Glatigny (MR), ministre francophone de l’Enseignement supérieur a livré le fond de sa pensée. « Je veillerai, dit-elle, à ce que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne soit pas pénalisée. Ce serait d’autant moins acceptable que le risque de pénurie existe tant en Wallonie qu’à Bruxelles ». Elle veut créer, elle aussi, sa propre commission de planification : « La détermination des sous-quotas relève de notre compétence » mais « l’annonce du gouvernement flamand ouvre des potentialités. Cette commission nous permettra d’avoir nos propres chiffres et notre propre objectivation des besoins ». Et nos propres quotas ? Prudente, la ministre Glatigny ne va pas jusque-là, tant elle sait que franchir ce cap reviendrait à faire le jeu de ceux qui, en Flandre, rêvent d’une scission de la sécurité sociale.

Comment bien choisir son assurance hospitalisation

Comment bien choisir son assurance hospitalisation
OLIVIER PAPEGNIES

C’est peu dire que le produit est populaire au sein de la population belge : d’après Assuralia, la fédération du secteur des assurances, neuf millions de citoyens sont couverts par une assurance hospitalisation. Un succès qui s’explique par le fait que cette couverture est très souvent un avantage extra-légal offert par l’employeur. Derrière celle-ci, un marché que se partagent une bonne dizaine de compagnies d’assurances et les mutualités, et qui repose sur une réalité : aujourd’hui, 22 % des frais de soins de santé ne seraient pas couverts par la sécurité sociale.

Il existe d’abord les assurances hospitalisation dites « collectives ». Liées au contrat de travail, elles concernent une grande partie de la population et s’appliquent à l’assuré, mais aussi souvent aux membres de sa famille. Les conditions du contrat sont définies par l’employeur et négociées par celui-ci de façon « collective ». Parallèlement à cela, on trouve les contrats signés à titre privé. C’est là que les choses se compliquent. Les produits proposés diffèrent d’une compagnie à l’autre. Il s’agit donc de faire correctement son marché. Globalement, il n’y a pas d’énormes différences entre les contrats d’une assurance privée et ceux d’une mutuelle (à laquelle il faudra toutefois être affilié). Les prix sont souvent moins élevés côté mutuelles, mais les couvertures moins larges.

Des prix qui grimpent avec l’âge

Comment ces derniers sont-ils définis ? Ils dépendent d’abord de l’âge de l’assuré, avec un grand principe : plus vous souscrivez jeune, moins vous paierez cher. Au-delà de 65 ans, il sera difficile de trouver une assurance. « Pour notre produit AG Care, on peut souscrire jusqu’à 70 ans, mais le prix de la prime peut alors tripler », indique Benoît Halbart, directeur marketing Health Care chez AG Insurance. Votre état de santé au moment de signature fait également évoluer le coût de la couverture. Celui-ci sera évalué via un questionnaire (ce qui n’est pas le cas dans le cadre d’une assurance collective). Enfin, le lieu de résidence peut également influer sur les tarifs. Le prix de la prime dépendra aussi évidemment de ce qui est couvert par l’assurance hospitalisation. Celle-ci prend en charge les frais d’hospitalisation qui ne sont pas remboursés par la sécurité sociale, c’est-à-dire les frais de séjour en plus, le matériel médical, certains médicaments, les traitements alternatifs, etc. Tout cela dépend du contrat. « Il faut être extrêmement attentif à ce qui est couvert et bien comparer qui offre quoi », insiste François de Clippele, porte-parole d’Assuralia. Souvent, les frais ambulatoires ou les traitements nécessaires avant ou après l’hospitalisation sont pris en charge. Dans certains cas, l’intervention dans une clinique d’un jour est aussi couverte. Enfin, le choix d’une hospitalisation dans une chambre individuelle coûte également plus cher.

La question des plafonds

Gare également aux détails qui se cachent dans les contrats. Ainsi, le montant de la franchise et les plafonds sont importants à prendre en compte. Parfois, le montant des remboursements est plafonné, parfois le plafond porte sur un point précis : les suppléments d’honoraires. Des suppléments interdits dans les chambres à plus d’un lit, mais pas dans les chambres individuelles. Si vous avez choisi cette dernière option, ils sont souvent plafonnés par les assurances à 100 % ou à 200 %, mais pas forcément dans tous les établissements. « Nous avons une liste d’hôpitaux, plus chers, accessible sur notre site internet. Ils ne sont pas exclus des soins, mais pour le patient qui fait le choix d’y aller, on ne rembourse que 50 % des frais en chambre individuelle », détaille Benoît Halbart. Le patient peut tout même être remboursé à 100 %, mais moyennant le paiement d’une surprime. C’est sur ce point que la compagnie DKV a fait parler d’elle en début de semaine. Le leader du marché avait lancé il y a deux ans un produit incluant le remboursement illimité des frais d’hospitalisation dans tous les hôpitaux du pays. Après réévaluation (prévue dans les conditions générales du produit), elle a finalement décidé d'exclure 33 hôpitaux dans lesquels l'assuré devra désormais payer lui-même 20 % des suppléments de chambre et d'honoraires, si toutefois il fait le choix d'une chambre individuelle pour des raisons de confort.

Sous la mer Ionienne, une cité antique grecque menacée par l’homme

Reportage

C’est une petite plage de Laconie, dans le sud-est de la péninsule du Péloponnèse. La mer Ionienne y est limpide, le sable fin et les rochers immergés, couverts d’oursins. C’est à peu près tout. Aucune signalétique : rien ne laisse présager la présence d’un trésor archéologique englouti sous les vagues à quelques brasses seulement en direction du large. Quatre mètres sous les pieds des nageurs gisent pourtant les restes de Pavlopetri, la plus ancienne cité sous-marine connue au monde, selon l’archéologue britannique Nicholas Flemming. Sa seule trace visible, les pieds au sec : une soixantaine de tombes antiques creusées dans une bande rocheuse sur la plage.

L’absence de tout indice de protection de ce site archéologique interpelle. Il y a bien eu, cet été, une sortie nocturne en mer organisée par une ONG de défense du patrimoine culturel. Jouer aux explorateurs sous-marins y est un jeu d’enfant : masque, tuba et palmes suffisent aux nageurs curieux pour découvrir les blocs de pierre alignés qui esquissent des contours d’anciennes rues et bâtiments.

C’est en 1967 que Pavlopetri est pour la première fois révélée aux yeux du monde par l’archéologue Nicholas Flemming, membre de l’Institut d’océanographie de l’université de Southampton. Ses découvertes révèlent que la cité désormais engloutie est apparue 3.000 ans avant notre ère, à l’aube de l’Age du bronze, et a perduré jusqu’à la période Mycénienne (de 1.600 à 1.100 avant notre ère), théâtre historique de nombreux mythes et œuvre littéraires, comme les épopées d’Homère.

Aujourd’hui colonisée par les poissons et les poulpes, Pavlopetri fut jadis une ville florissante et prospère. Jusqu’à ce que ses bâtiments, cours, avenues et lieux de sépultures sombrent sous le niveau de la mer, il y a 3.000 ans environ – probablement à la suite d’une série de violents tremblements de terre ayant secoué la région à cette époque.

Un mégaprojet

Après les années 60, il faut attendre 2009 pour que des archéologues se penchent à nouveau sur cette région reculée du Péloponnèse. Un projet d’excavation est lancé, fruit d’une collaboration entre le gouvernement grec et l’université britannique de Nottingham. Sous la direction de l’archéologue Jon Henderson, le chantier met au jour des milliers de fragments d’objets, allant de la vaisselle ordinaire à de grandes jarres minoennes importées de Crète.

Mais surtout, des spécialistes en robotique de l’université de Sydney, venus prêter main-forte aux archéologues, font de Pavlopetri la première ville sous-marine entièrement cartographiée de façon numérique et en 3D. Une prouesse technique à laquelle la BBC a consacré un documentaire en 2011 (traduit en français, Pavlopetri, la cité engloutie).

Dix ans plus tard, les vestiges submergés pourraient bien être menacés par un mégaprojet énergétique lancé dans la région par le gouvernement grec. Son objectif : acheminer l’électricité produite par le dieu Eole dans les montagnes du Péloponnèse vers la Crète, la plus grande des îles grecques, située au sud-est de la Laconie.

Dans la baie de Vatika, que ferme Pavlopetri à sa pointe ouest, ce projet implique la construction d’une centrale, d’un poste électrique et la pose de câbles sous-marins reliant la péninsule à l’île.

Selon le ministère grec de l’Environnement, ces câbles passeront à 3,5 kilomètres de Pavlopetri. De quoi allumer les signaux d’alerte au sein de la branche grecque d’Arch International, une ONG basée à Washington qui œuvre à la promotion et protection du patrimoine culturel dans le monde. Elle redoute principalement l’émission de chaleur dans les eaux de la baie. Les pertes d’énergie des câbles sous-marins entraînent en effet une hausse de la température à leur surface mais aussi sur les sédiments à proximité, selon la Commission Ospar. Dans une note rédigée sur le sujet, l’organisme chargé de la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est indique que la température maximale du conducteur d’un câble sous-marin peut atteindre 90º, et celle de la gaine 70º. En plus d’effets sur le milieu vivant marin, la hausse de température peut aussi « modifier les conditions physico-chimiques des sédiments et augmenter l’activité bactérienne dans les mers », lit-on dans le document.

Des éponges à l’attaque des ruines

La menace est donc sérieuse pour la biodiversité marine de la baie de Vatika, qui héberge des espèces menacées comme des tortues marines, des phoques moines, des dauphins et des baleines.

Inquiétude aussi pour les vestiges de Pavlopetri. « Ses pierres sont déjà attaquées par une espèce d’éponge. Dans des sites similaires en Italie, ces éponges ont été précautionneusement retirées pour éviter tout dégât irréversible – une préoccupation que n’a jusqu’ici pas eue le ministère grec de la Culture. Si la température de l’eau devait augmenter dans la baie de Vatika, d’autres types d’algues et éponges pourraient proliférer et abîmer les ruines archéologiques », détaille Barbara Euser, la présidente d’Arch International en Grèce. Selon elle, aucune étude sur ces potentiels effets collatéraux n’a été menée dans le cadre du projet d’interconnexion électrique.

A Asproudia, à un jet de pierre de Pavlopetri, la construction d’une centrale, au sujet de laquelle très peu d’informations circulent, préoccupe également. Contactée, l’entreprise grecque Terna en charge de son développement explique qu’il ne s’agira que d’un poste électrique visant à transformer et distribuer l’électricité produite à partir de gaz naturel, en supplément à l’énergie éolienne. Ce poste n’émettra donc pas d’eau chaude dans la mer, assure l’entreprise, au demeurant très laconique sur les détails du projet.

Coups d’épée dans l’eau

En dépit de l’opacité qui entoure cette affaire, la population et les pouvoirs publics locaux semblent bien décidés à mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. La municipalité de Monemvasia et la Région du Péloponnèse ont envoyé plusieurs pétitions au Conseil d’Etat. L’ONG locale Artemis, active dans la protection du patrimoine naturel et culturel de la région, a quant à elle soumis ces dernières années trois demandes écrites de rencontre à Alexis Tsipras (ex-Premier ministre, entre 2015 et 2019), toutes restées lettre morte.

Ultime tentative : l’association a intenté un recours en annulation des décisions ministérielles ayant autorisé le projet. Un énième coup d’épée dans l’eau. Le 11 juillet dernier, le Conseil d’Etat a rejeté à l’unanimité les demandes d’annulation d’Artemis, jugeant juridiquement infondées toutes les raisons invoquées par l’ONG.

En réponse à ces attaques, le ministère grec de l’Environnement se défend : « L’octroi de la licence environnementale s’est basé sur des études scientifiques et les avis positifs des services environnementaux et archéologiques de l’Etat. » Un argument qui émeut peu la vice-présidente d’Artemis, Magdalini Sotirianou : « Il y a un problème récurrent en Grèce avec ce genre d’études d’impact environnemental. La plupart ne sont pas menées en profondeur par des experts sérieux. Je ne pense même pas qu’ils aient pensé à Pavlopetri ; l’étude d’incidences n’y fait aucune référence. »

Autre motif de colère pour Artemis : dans son verdict, le Conseil d’Etat aurait omis de répondre aux arguments et jugements de la Cour européenne de justice mis en avant par l’avocat de l’ONG. C’est donc désormais vers la Cour européenne des droits de l’homme que celle-ci se tourne : elle entend y poursuivre l’Etat grec pour violation du droit à un jugement équitable.

La Wallonie lance un inventaire du patrimoine industriel en danger

Le haut-fourneau nº4 de Carsid à Charleroi est inscrit sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon. Mais au-delà du 19 mars, son sort n’est pas encore scellé.
Le haut-fourneau nº4 de Carsid à Charleroi est inscrit sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon. Mais au-delà du 19 mars, son sort n’est pas encore scellé. - Pierre-Yves Thienpont.

ENTRETIEN

En charge du Patrimoine dans le gouvernement wallon, la ministre Valérie De Bue (MR) a demandé à son administration d’établir l’inventaire du patrimoine industriel en danger. Rencontre.

Valérie De Bue, en quoi va consister cet inventaire et quel en est l’objectif ?

Il s’agit d’identifier les éléments les plus vulnérables de notre patrimoine industriel, pour éviter la disparition d’éléments architecturalement, historiquement et sociologiquement précieux. Un tel cadastre a été effectué voici 25 ans : il a vieilli, des sites ont disparu, d’autres sont venus allonger la liste, une mise à jour s’impose. Je veux avoir une vision claire et complète des biens immobiliers menacés de démolition ou susceptibles d’être transformés, pour agir de manière opportune avant qu’il soit trop tard.

Agir, c’est classer les biens qui le méritent afin de les protéger ?

En effet, mais pour décider des sites à sauvegarder, il faut disposer d’un cadastre global. Le classement concerne des biens immobiliers, ou qui en ont le statut comme des installations de production ou d’exploitation. Ces biens doivent présenter un intérêt historique, archéologique, architectural, scientifique, artistique, social, mémoriel, esthétique, technique, paysager ou urbanistique. Ils doivent également répondre à un ou plusieurs autres critères tels que la rareté, l’authenticité, l’intégrité et la représentativité.

Comment va s’opérer l’inventaire ?

Le protocole est en cours d’élaboration. Comme nous voulons numériser, il faut se doter d’outils et de solutions informatiques adaptés. L’état des lieux se veut évolutif, ce n’est pas un instantané. Il est donc essentiel d’opérer les bons choix de méthode, ce qui prend un peu de temps. Agir vite ne veut pas dire dans la précipitation.

Ce patrimoine industriel, c’est une mémoire à préserver à tout prix ?

Pas à n’importe quel prix ! Pour que cet héritage du passé se transmette de manière pérenne, il faut qu’il fasse sens aujourd’hui tout en s’inscrivant dans l’avenir. Ça n’a pas d’intérêt de mettre des sites sous cocon. Donnons-leur une utilité, une nouvelle place dans le quotidien. L’émotion ne doit pas nous aveugler ! Des églises ont été transformées en lieux de culture, d’anciens couvents en centres de formation ou en musées, des usines se sont reconverties en ensembles résidentiels ou de bureaux. Le patrimoine doit vivre et non survivre. Pour cela, il a besoin de projets !

Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme : c’est votre approche du patrimoine ?

En patrimoine comme en tourisme, je crois aux vertus des écosystèmes. Il faut que les projets soient en lien avec les quartiers, le milieu associatif, les communes, les écoles, les intégrer dans un cercle vertueux. La stratégie du vase clos ne fonctionne pas ! Nous nous devons aussi de respecter les trois transitions qui marquent notre programme de majorité à la Région wallonne : sociale, économique et écologique !

De quels moyens budgétaires disposez-vous pour mener cette politique ?

Une enveloppe annuelle de 50 millions d’euros est affectée à la restauration du patrimoine : pas seulement industriel mais aussi religieux, social, résidentiel, scolaire… Je ne veux pas cloisonner les moyens, sous peine de s’en priver potentiellement, en partie. Je suis opposée à la gestion des matières en silos.

Ne faut-il pas renforcer la pression sur les propriétaires privés lorsqu’ils négligent l’entretien de leurs biens classés ?

Le code du patrimoine a été révisé sous la précédente législature. On doit l’évaluer. Il existe différents niveaux de protection, ainsi que des outils comme les inventaires de la Région et de la Commune. Mais au-delà des procédures, j’insiste, le patrimoine a besoin de projets ! Il faut aussi pouvoir assouplir les règles quand elles sont trop contraignantes. Prenons l’exemple d’une ancienne construction avec du simple vitrage : doit-on absolument rester au simple vitrage s’il est possible d’en installer du double sans dénaturer ni modifier l’aspect ? La réflexion est en cours…

Vous êtes-vous fixé une échéance pour faire aboutir l’inventaire du patrimoine industriel wallon ?

J’attends les premiers résultats et priorités pour 2020.

Quid du HF4 de Charleroi ?

C’est par voie de presse que j’ai appris que la Ville ne comptait pas le racheter. J’ai écrit au collège en date du 20 décembre pour connaître ses intentions. A ce jour, je n’ai toujours pas de réponse…

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Les Racines élémentaires de Jane Birkin: «J’étais devenue quelqu’un de célèbre sans grand mérite»

«
Si ça avait marché avec John Barry, je serais encore là à faire couler son bain et chauffer sa soupe de tortue.
»
« Si ça avait marché avec John Barry, je serais encore là à faire couler son bain et chauffer sa soupe de tortue. » - Dominique Duchesnes

Aller à la rencontre de Jane Birkin, c’est un peu jouer avec des poupées russes. Sous la peau de l’élégante septuagénaire qui nous reçoit, que de vies, que de chansons, que de films, que d’épopées. Il y a la petite Jane du swinging London, la fiancée du pirate Gainsbourg, l’actrice de Jacques Doillon et Marion Hansel, la mère de Kate, Charlotte, Lou… Au moment d’évoquer son histoire, la femme qui nous a reçus a choisi d’en revenir à ses racines premières.

Je ne serais pas devenue celle que je suis si…

Si je n’avais pas eu ces parents-là. Tout est dans l’enfance. Si je suis partie pour Paris, à un moment de mon enfance, ce n’était pas pour rien, je pense. Mais mes parents étaient si brillants, tous les deux, d’une manière très différente. Papa était un personnage tellement héroïque. Il appartenait à une famille bourgeoise. Du coup, c’était compliqué de ne pas les choquer. Ma mère était très spectaculaire. Peut-être que je ne me sentais pas l’aplomb de faire le même métier qu’elle, bien qu’elle m’ait encouragée et donnée le nom de l’endroit où j’ai fait une audition, à dix-sept ans. En m’aidant aussi à apprendre un texte que j’ai aussitôt oublié. Et j’ai pourtant gagné le rôle. C’était grâce à elle, tout ça, et contre mon pauvre père, qui ne voulait pas du tout qu’on devienne actrices de cinéma, et qui en a accusé ma mère…

Avez-vous le sentiment d’avoir réalisé les rêves de votre mère, qui a mis longtemps sa carrière artistique entre parenthèses pour vous éduquer tous les trois, vous, votre frère Andrew, votre sœur Linda ?

C’était plus compliqué que ça. Mon père voulait ma mère pour lui tout seul. Et nous, on avait du coup des nurses, qui s’occupaient de nous. Ma mère avait une carrière, mais nous on ne nous emmenait pas au théâtre pour la voir. Mon père considérait comme une sorte de trahison le fait que mon frère travaille dans le cinéma, et que moi, j’entre dans le théâtre. Il avait espéré qu’on devienne des élèves d’une école de beaux-arts, pas loin de la maison. Il ne voulait pas que je parte. Et que tout d’un coup, ce métier devienne hostile à l’idée que l’on reste tout près du bercail.

Qu’avait-il contre ce milieu ?

Il n’en faisait pas partie ! Et pourtant il n’était pas du tout banal. Il était en Suisse juste avant la guerre. Et lorsque la guerre a été déclarée, il a essayé de se mettre dans l’aviation, comme son frère… et comme le père d’Arno, je pense. Mais comme il avait des problèmes de vue, il n’a pas passé les tests médicaux. Et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé dans les missions secrètes. C’est là qu’il a appris, par cours de correspondance, comment naviguer, grâce au capitaine Watts. Et le voilà un jour qui s’est retrouvé avec un bateau, navigateur hors pair, responsable les nuits sans lune, par forte mer et en hiver, de ramasser et d’embarquer les gens en France. Après la guerre, il n’a plus jamais mis les pieds sur un bateau, je crois. La guerre fut le moment le plus excitant de sa vie. Parce qu’il n’avait à tuer personne, dans ses fonctions. Il avait juste à sauver les gens. Il a fait quarante-cinq missions, je pense. Il était très génial. Et il ne la ramenait pas. On ne savait pas tout ça de lui, avant 1968. C’était un peu mystérieux. Jusqu’en 68, ou 67, et là il est venu voir les résistants qu’il avait connus.

Votre père aurait-il interdit à votre mère de jouer ?

Mon père était malade. Et la maladie est très culpabilisante. Si vous quittez quelqu’un qui tousse et crache du sang pour aller faire votre première… eh bien vous annulez. Mais mon père ne le faisait pas exprès. C’était comme ça. Ma mère aurait pu partir, si ça ne lui plaisait pas. Mais ils avaient quelque chose ensemble qui marchait formidablement. Et mon père avait besoin de ma mère ! Plus que l’inverse. Qu’est-ce qu’il s’emmerdait quand elle n’était pas là… Ma mère était extraordinairement belle, et nous avons des lettres où il a promis qu’il ne l’empêcherait en rien qu’elle continue sa carrière. Il l’emmenait souvent loin de Londres. Suffisamment loin pour qu’elle revienne à Londres pour y répéter régulièrement. Ce n’était pas des parents ennuyeux. Je n’aurais pas pu avoir plus de complicité que celle que j’ai eue avec mon père. Comme celle avec mon frère Andrew, qui était tellement courageux, drôle, casse-cou. Il faisait des films, quand on avait douze ans. Il a travaillé pour Kubrick, après, sur son projet de Napoléon, pendant que moi j’arrivais à Paris pour tourner Slogan avec Serge (Gainsbourg). Andrew a emmené ma petite Kate avec lui. Il y a plein de photos de la petite Kate avec des robes de Napoléon.

A vous entendre, on se dit que vous avez eu une enfance heureuse. Et en même temps, vous avez d’emblée des complexes et un manque d’estime de vous…

L’enfance a été la période la plus heureuse de ma vie. Et après, on a énormément de mal à s’en sortir, romantiquement parlant. Parce que jusque-là, tout semblait si délicieux, comme caressé par une sorte de soleil. On se sentait tellement rassurés, protégés, entre Maman, Papa, Andrew, Linda. Peut-être que je fais toute une histoire, parce qu’on ne peut pas retourner pour vérifier.

A douze ans, vous voilà placée à l’internat. C’est la sortie du paradis ?

Nos parents nous ont payé des éducations à l’internat, qui nous ont éloignés de la maison. Ça, c’était des petites peines personnelles. L’internat, ce sont des règlements, et des règlements. Et la chapelle deux fois par jour. Et l’église. Olala… C’était strict. Et c’était sans mes parents, mes frère et sœur. J’avais douze ans. Et il se trouve que c’est là que j’ai commencé à écrire dans mon carnet. C’était comme avoir un petit témoin, à qui je pouvais parler et confier mes chagrins, vu que mes parents, à qui j’avais moi-même demandé d’aller à l’internat, étaient loin. Je ne pouvais pas avouer l’échec. J’étais beaucoup trop fière. Ce n’est que deux ou trois ans après, lorsqu’ils se sont souciés de mon bonheur, que j’ai pu leur dire : « si vous ne m’enlevez pas de là, je vais y mourir. » Mais mon frère est resté bien plus longtemps à l’internat, lui, de huit à dix-sept ans.

Votre vie bascule à dix-sept ans. Vous vous mariez et êtes une vedette à dix-huit ans, puis mère à vingt.

Je pense que c’était une bêtise. Il y a des personnes qui sont très matures à dix-neuf ans, peut-être même à dix-sept. Mais ce n’était pas mon cas. Je n’étais nulle part. Je n’avais encore rien à dire. Alors tout d’un coup, me retrouver mariée avec l’homme le plus talentueux de l’époque (John Barry, grand compositeur de musiques de films, NDLR), mais avec qui je pourrais avoir zéro conversation… Au fond, il était avec une enfant. Et une enfant qui, s’il ne rentrait pas le soir, s’attendait à le voir. Comme si j’étais un labrador. Donc, c’était bien sûr trop tôt de se marier. Et de devenir maman, si jeune. Je pense que je n’avais aucune maturité. Alors que Lou, à dix-neuf ans, est devenue une mère tout à fait responsable et mature, en mettant son fils toujours en avant. Aujourd’hui, les gens ont des enfants beaucoup plus tard. Pas les miens. Kate a eu son fils à dix-neuf ans. Lou aussi. Et Charlotte n’a pas traîné non plus. Moi, en sortant de l’internat et après un petit séjour à Paris, tout d’un coup hop, j’avais le droit d’avoir des talons aiguilles, des bas, un maquillage. Et j’étais soudain lancée sur la piste des filles…

… et sur la piste des vedettes, aussi ?

Oui, mais sans jamais rien mériter vraiment. C’est ça qui était aussi pas si génial. Oui, j’ai eu Blow-up à dix-neuf ans… mais c’est parce que je fondais en larmes facilement, pendant le test avec Antonioni. Après ça, Je t’aime moi non plus, que je chantais très haut, c’est plus le scandale qui a fait le succès de la chanson. J’étais devenue quelqu’un de célèbre sans grand mérite.

Votre célébrité tenait de l’imposture ?

Dans ma tête, je le pensais. En fait, je ne sais pas si je le pensais à l’époque. Mais je comprends ma chance d’avoir fait des choses quand même un peu plus intéressantes plus tard. Je pense que les années soixante, toute maquillée, en étant une sorte de poupée, c’était moyennement intéressant. Même si c’était rigolo, en même temps. Et puis après, j’étais si contente d’être avec Serge et de le faire marrer, après un mariage un peu décevant… J’ai eu un temps fantastique avec lui. Mais sinon, arriver comme ça, en étant juste mignonne, alors que ma mère pensait à me faire faire l’école dramatique…

Une fois arrivée à Paris, vous vous êtes sentie tout de suite Française ?

Je ne me sens pas Française ! Je me sens juste à l’aise. Juste gaie. J’ai été si bien accueillie, en France. Tant de gentillesse, tant de rigolade… C’est important, pour un étranger. Après ça, on ressent une dévotion sans nom. Ma fille Kate et moi, on disait : « on est prêtes à mourir pour la France ». Et les Français rigolaient, en disant : « bah, pas nous ! » Dès que j’ai mis les pieds en France, où j’étais en terrain neutre, je me suis sentie libre. Libérée de ma famille glorieuse. Libre de parler un langage qu’ils ne pourraient pas contrôler, puisqu’ils ne parlaient pas le français. Lorsque ma mère s’est mise à apprendre le français, c’était pour moi la grande panique, puisqu’elle risquait de bientôt me corriger. Cette vie française avait quelque chose de secret, c’était génial. Mes parents se sont mis à venir souvent en France, et ils adoraient Serge. Aujourd’hui, je n’ai aucune copine anglaise, à part mon amie Gabrielle. Et je fuis les Anglais, dans les supermarchés. Ce n’est pas une chose qui m’intéresse d’être avec les expatriés. Ceci dit, je suis fière quand les Français me disent à quel point ils se sentent bien en Angleterre, comment les gens là-bas sont courtois… Si on tombe, les gens vous ramassent, là-bas. Bon, tout ça c’est vrai. Mais pas la peine d’y vivre pour être fière de ça. Ça a un peu blessé ma mère, à certains moments, et elle m’a demandé parfois : « est-ce que tu ne te sens pas un tout petit peu Anglaise, tout de même ? » Oui, je me sentais un peu Anglaise, bien sûr. Mais j’étais plus charmée par d’autres peuples, d’autres religions…

Lorsqu’ils découvrent leur fille nue dans Blow Up, puis murmurant l’orgasme dans Je t’aime moi, non plus, comment réagissent vos parents ?

C’était compliqué. Mais ma mère disait « oh, quelle jolie mélodie »… ce qui était vraiment chic. Et mon père a toujours adoré me défendre. C’est d’ailleurs en voulant venir m’aider pour les funérailles de Serge qu’il est mort. Quant à ma mère, elle a toujours été une lionne de fidélité, vis-à-vis de moi. Si quelqu’un avait dit la moindre chose contre moi, elle lui aurait mordu la tête.

Dans les années 70, les médias retenaient de vous la frivole, l’ingénue, et vous jouiez le jeu. Dans les années 80, avec Doillon, Chéreau, Hansel, etc. le regard a changé…

Complètement. Les deux m’ont donné une chance de longévité professionnelle qui n’était pas évidente quand on voit les débuts. Je ne suis pas sûre que si j’étais restée en Angleterre, j’aurais pu vraiment faire carrière. Regardez Gillian Hills, dans Blow-Up… où est-elle ? Et moi, le théâtre, je n’aurais pas osé. Si ça avait marché avec John Barry, je serais encore là à faire couler son bain et chauffer sa soupe de tortue. A un moment donné, on peut se dire : thank god, pas mal d’avoir une telle secousse qui permet de faire quelque chose de sa vie.

Dans les années 80, vous écrivez dans votre journal que vous êtes « vieille, sans beauté, nulle, pas à votre place, loupée, pas à la hauteur, médiocre », etc.

Je me trouvais rien (Jane dit bien ME, NDLR). Je ne sais pas d’où vient ce mal. Si les gens trouvent une valeur en vous, ils vont certainement être déçus car ils vont s’apercevoir que ça tient sur rien. C’est ça l’angoisse. Je me souviens que cette angoisse ne m’a pas quittée avant la première de la pièce de Chéreau ( La fausse suivante de Marivaux en 1985, NDLR) et même après. Comme si les autres comédiens avaient appris quelque chose et que pour moi, ça ne tenait qu’à l’émotion. Sans quoi, je ne suis rien. Ces journaux restent surprenants pour moi, à lire ce manque d’assurance. Je ne peux pas dire que c’est mieux aujourd’hui. Je sais ce que je fais sur scène, avec les mêmes chansons depuis deux ans. Si la voix tient, c’est assez réconfortant d’être aussi longtemps dans une telle chose. On est moins paniquée. Là, j’ai l’idée de faire une pièce de théâtre mais je me dis que c’est effrayant. Tous les regards sont sur vous. Vous n’avez pas de deuxième chance, c’est assez vertigineux tout de même.

La création est une affaire de doutes et d’angoisses ?

D’où vient cette culpabilité ? Comme s’il fallait souffrir un peu pour avoir des choses. Souchon m’avait dit, lui qui avait des migraines épouvantables, qu’il avait pris des bêtabloquants qui avaient chassé le trac. Je n’ai pas osé prendre de médicaments car je me suis dit que si je faisais ça, je serais punie. Me connaissant, je payerais ça très cher.

Vous écrivez : « Je ne peux aimer que les gens qui souffrent le martyre »…

Oui, ils gagnent haut la main pour moi. J’ai été gâtée. J’ai été entourée de gens qui ont eu besoin de moi, comme mon père malade. En prenant deux avions pour aller à son chevet, je recevais tellement : son sourire… J’ai tellement adoré mon père que j’ai eu de vraies difficultés, après sa mort. Je ne pouvais pas imaginer la vie sans lui.

Exclusion de Kir: au PS, fini de biaiser

BELGA
BELGA

Emir Kir exclu du PS ! Le parti socialiste n’a pas esquivé cette fois, ni biaisé. Après six heures de discussion, la décision a été prise de sanctionner et non plus de comprendre ou d’excuser des comportements des élus en contradiction avec ses valeurs. Et cela quel que soit le poids de l’élu qui a dérapé. Emir Kir – qui rappelons-le peut faire appel d’une décision qu’il trouve totalement injuste –, ne bénéficie donc plus de la protection dont il a pu jouir dans le passé.

Son bouclier de voix n’a pas résisté à l’indignation de nombreux membres. La vigilance du PS s’applique donc désormais de la même façon à tous, « puissants ou misérables », qu’ils s’appellent Stéphane Moreau et André Gilles les patrons tout puissants de Nethys, Benoit Hons l’ex-échevin de Neupré et depuis vendredi soir, Emir Kir le bourgmestre de Saint Josse. Le parti a longtemps joué le pragmatisme, par lâcheté et/ou calcul politique, mais il vient de sortir d’une ambiguïté volontairement entretenue durant de longues années à Liège comme à Bruxelles. On se doit de souligner que dans les deux cas, M. Moreau et Kir, c’est la pression venue d’en bas et de l’extérieur, qui a forcé les dirigeants du parti à passer à l’acte. Sans la plainte d’un militant, à la Fédération bruxelloise du PS, rien ne se serait produit.

La ligne des valeurs inviolables du parti est ainsi réaffirmée : quand on est socialiste on ne peut pas se servir d’actifs publics pour se construire un pactole privé, quand on est socialiste, on ne peut pas prononcer de propos xénophobes, quand on est socialiste, on ne peut pas avoir de relations avec l’extrême droite.

Les valeurs avant tout ! Voilà qui grandit ceux qui ont pris ces décisions qui dans le cas d’Emir Kir, peuvent fragiliser électoralement le parti, tant au plan communal, régional que fédéral, vu la grande popularité et donc le poids politique du bourgmestre de Saint-Josse.

Le PS a plus besoin d’Emir Kir qu’Emir Kir du PS ? Le futur dira assez rapidement le prix que la puissance des socialistes à Bruxelles aura à payer à cette remise en phase spectaculaire avec les valeurs fondatrices et proclamées du parti. D’autant que vendredi soir, les dirigeants du PS bruxellois qui ont décidé de cette exclusion, se sont mis en devoir d’être à la hauteur de cette nouvelle fermeté et de l’appliquer à tout(e) autre élu(e) qui afficherait les mêmes travers et dérives ou violerait d’autres valeurs clés du parti. On pense notamment à la laïcité menacée par le communautarisme. Nous ne sommes qu’au début des effets nés de l’» affaire » Kir ».

Trop disparates, les pratiques des CPAS en matière de santé doivent s’harmoniser

Il existe 19 CPAS en Région bruxelloise, et presque autant de façon d’organiser le travail en interne, ce qui brouille parfois les pistes.
Il existe 19 CPAS en Région bruxelloise, et presque autant de façon d’organiser le travail en interne, ce qui brouille parfois les pistes. - Joel Hoylaerts.

Même s’ils sont soumis au même cadre législatif, les 19 CPAS de la Région bruxelloise n’en restent pas moins des structures autonomes qui disposent, sur certains aspects, d’une certaine latitude de fonctionnement. « Cette souplesse est importante, car les CPAS ont eu le temps d’étudier de près les spécificités liées à leur commune. Cette expertise et cette différenciation sont bonnes à mettre en valeur » explique d’entrée de jeu Cécile Daron, conseillère sur les questions liées aux CPAS au sein de Brulocalis, l’association des communes bruxelloises.

Néanmoins, ces différentes manières de fonctionner entraînent également des disparités, notamment en matière de soins de santé, alors que les CPAS ont le pouvoir d’attribuer l’accès à l’aide médicale et l’aide médicale d’urgence (AMU) – celle-ci s’applique aux personnes en conditions de séjour irrégulières sur le territoire belge –, synonymes de prise en charge des visites chez le généraliste et des coûts en pharmacie. Dans certains cas, ces différences peuvent s’apparenter « à des injustices », voire mener à des risques de « shopping médical entre les différents CPAS » – bien qu’un déménagement en vue de bénéficier de conditions d’octroi plus avantageuses soit, on le devine, très lourd –, selon les mots de Karine Lalieux (PS), présidente du CPAS de la Ville de Bruxelles et présidente de la Fédération des CPAS Bruxellois.

C’est dans le but d’objectiver ces différences que Brulocalis a mené une étude en collaboration avec 18 CPAS bruxellois (celui de Ganshoren n’a pas été en mesure de répondre dans les temps à l’enquête), dont elle vient de publier les résultats. Des conclusions qui témoignent effectivement du grand écart qui oppose certaines communes.

Spécialistes à la carte

L’enquête commence par pointer le fait qu’à l’heure actuelle, 12 CPAS seulement disposent d’un document officiel reprenant les lignes de conduite de la politique générale en matière de soins de santé. Si cela n’empêche pas les autres de n’avoir aucune ligne conductrice en la matière, voilà qui ne facilite pas forcément la clarté. Certaines communes ont par ailleurs des critères différents lorsqu’il s’agit d’attribuer une carte médicale. Une grande partie considère le fait de percevoir le revenu d’intégration (RI) comme critère d’éligibilité. D’autres sont plus souples, et acceptent de l’octroyer à des personnes dont les revenus dépassent légèrement le niveau du RI. À ce titre, c’est la commune de Forest qui se montre sans doute la plus « généreuse », puisqu’en cas de demande, une carte santé peut être attribuée aux résidents de la commune dont le revenu mensuel ne dépasse pas le plafond de 150 % du revenu d’intégration.

Une fois accordé, le sésame n’offre pas non plus l’accès à la même chose. Ainsi, pour 11 communes sur 18, la carte santé ouvre l’accès à un voire deux types de médecine spécialisée, mais pas pour les autres. L’enquête révèle aussi des écarts sur la question du remboursement des médicaments: « Certains font payer le prix des médicaments, d’autres non. Certains demandent à leurs bénéficiaires d’avancer la somme dans certains cas, certains font des conventions avec des pharmacies, d’autres pas. »

Enfin, les différents CPAS ont des manières différentes d’organiser leurs relations avec les professionnels de la santé. Ainsi, 13 CPAS formalisent leur travail avec des médecins généralistes au travers de conventions ou d’agréments, en vue notamment de s’entendre sur des délais de paiement ou de favoriser l’utilisation du dossier médical global (DMG). Cela a pour effet d’encourager leurs bénéficiaires à se rendre chez ces médecins, sans pour autant les y contraindre.« Ce sont majoritairement les CPAS du sud de Bruxelles, les communes les plus riches, qui ne font pas de convention ou d’agrément, » note l’étude.

Vers un accès automatisé ?

Ces conclusions étant menées, reste à aller de l’avant. À ce titre, la Fédération des CPAS bruxellois dresse plusieurs priorités sur lesquelles elle entend se pencher dans les mois à venir. « Dans un premier temps, en 2020, nous allons travailler sur les relations avec le secteur médical, en vue d’une uniformisation du régime de conventions » assure Karine Lalieux. A terme, la présidente de la Fédération des CPAS bruxellois dit vouloir aboutir sur la rédaction d’une convention commune à tous les CPAS.

Cette dernière insiste également sur l’importance d’avancer sur des conditions d’octroi automatique de cartes santé et de cartes de soins pour certains profils d’usagers, comme les personnes bénéficiant du revenu d’intégration. Sur 18 CPAS sondés sur la question, 11 ont répondu qu’ils étaient d’accord avec le fait que ces titres puissent être octroyés automatiquement à certaines catégories particulières de personnes, et plus forcément sur base d’un calcul de « revenu disponible » (équivalent aux ressources de l’usager, moins ses charges/coûts fixes), comme cela est encore le cas dans certaines communes.

Derrière, assure Karine Lalieux, l’enjeu est aussi de pousser les citoyens précarisés à avoir davantage recours aux soins de première ligne (comme le médecin généraliste) plutôt qu’aux urgences, coûteuses pour les pouvoirs locaux : « A Saint-Pierre, entre un tiers et la moitié des personnes qui se rendent aux urgences ne devraient pas s’y trouver ».

Comment Nadal a déniché son nouveau yacht

Comment Nadal a déniché son nouveau yacht
Sunreef Yachts

Rafael Nadal, qui compte parmi les plus grands joueurs de tennis de l’histoire, est numéro un au classement ATP. Dans ses moments libres, hors des courts, il s’adonne à l’une de ses passions : la voile.

Récemment, l’Espagnol a décidé de revendre son yacht pour un plus grand et a jeté son dévolu sur le luxueux catamaran 80 Sunreef Power qu’il a acquis auprès du chantier de Gdansk Sunreef Yachts. Le yacht sera construit à Gdansk même et disponible dès le premier trimestre 2020. La star du tennis s’y rendra en personne pour le récupérer.

Votre yacht est habituellement amarré à Palma de Majorque, votre ville natale. Les croisières en Méditerranée sont-elles pour vous le meilleur moyen de vous détendre après les tournois disputés dans le monde entier ?

J’aime la présence de l’eau et la voile. J’ai grandi sur une île, à Majorque, donc mon rapport à l’eau a toujours été très fort. Dès que j’en ai l’occasion, et pas seulement après les tournois, j’essaie de passer du temps en mer.

Comment connaissez-vous le chantier Sunreef Yachts de Gdansk, spécialisé dans les catamarans ? Pourquoi avez-vous choisi ce fabricant en particulier pour votre nouveau bateau ?

Je me renseigne toujours sur les nouveaux bateaux, je fais en sorte de me tenir au courant des nouveautés et du marché des yachts. C’est ma grande passion. Il y a quelque temps, on m’a donné de bons conseils et j’ai décidé d’acheter un yacht du chantier de Gdansk Sunreef Yachts. Je suis convaincu que nous avons conclu un très bon contrat. En plus, les employés de Sunreef Yachts sont très aimables et de bon conseil.

Pourquoi avez-vous décidé de vous séparer de votre monocoque Beethoven au profit d’un catamaran ?

Comme je voyage dans le monde entier, j’ai la chance de voir des bateaux de différents types. Je me suis décidé il y a peu pour un catamaran, notamment parce qu’il offre un espace à vivre, ce qui est essentiel pour moi.

Vous vous êtes rendu à Sunreef Yachts à deux reprises déjà. Avez-vous eu l’occasion de voir autre chose à Gdansk ?

La dernière fois, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour visiter la ville. Je suis vraiment passé en coup de vent et je suis reparti directement après ma visite au chantier, car j’avais d’autres engagements. J’espère que la prochaine fois, je pourrai visiter un peu plus de choses.

Savez-vous que Sunreef Yachts est implanté sur le site historique des chantiers navals de Gdansk, là où a été fondé Solidarnosc (Solidarité – NDLR), le syndicat qui a précipité la chute du communisme ? Son leader historique, Lech Walesa, réside aujourd’hui à une centaine de mètres des bureaux de Sunreef Yachts, dans le bâtiment du Centre de la Solidarité européenne. L’histoire de ce lieu vous intéresse-t-elle ?

Oui, je me suis renseigné sur le sujet, c’est très intéressant. Solidarnosc a été fondé avant ma naissance, mais je sais qu’il a eu un impact majeur sur l’histoire de l’Europe. En revanche, je ne savais pas que tout cela s’est passé si près du siège de Sunreef Yachts. Lors de mon prochain passage à Gdansk, je visiterai sans faute le Centre de la Solidarité européenne.

Il se passe toujours quelque chose au procès de Harvey Weinstein

Affublé d’une veste en cuir marron élimée, appuyé à un déambulateur, Harvey Weinstein semble un vieil homme que l’on dirait centenaire, alors qu’il affiche tout juste 67 ans au compteur. © Photo News.
Affublé d’une veste en cuir marron élimée, appuyé à un déambulateur, Harvey Weinstein semble un vieil homme que l’on dirait centenaire, alors qu’il affiche tout juste 67 ans au compteur. © Photo News.

C’est à Manhattan, dans le monumental immeuble du 100 Centre street, que se joue le dénouement de l’affaire Weinstein, à l’origine du mouvement #MeToo. Depuis bientôt deux semaines, le maître des débats, le juge James Burke, éprouve les pires difficultés à choisir le jury populaire qui, au bout du compte, scellera le sort du prévenu, accusé de harcèlement, d’agressions sexuelles ou de viol par plus de quatre-vingts femmes depuis près de quarante ans et formellement accusé par deux d’entre elles, pour des faits survenus en 2003 et 2006.

Aux Etats-Unis, tout citoyen est susceptible d’être convoqué pour accomplir son devoir en tant que juré dans tout procès civil, et ne peut refuser sous peine d’être lui-même poursuivi en justice pour non-respect de ses obligations légales. Au total, 860 New-Yorkais et New-Yorkaises choisis au hasard ont ainsi reçu une lettre les intimant de se présenter au tribunal à une date précise.

Et la foire d’empoigne, dans ce procès hors-norme, a commencé. Tenu de choisir douze jurés et six remplaçants au final, Burke s’est attelé à une tâche laborieuse. Sans surprise, plusieurs dizaines ont confié qu’ils ne se pensaient pas en mesure de rester impartiaux. Certains parce qu’ils avaient des connaissances assez précises des faits reprochés à Weinstein, d’autres parce qu’ils avaient rencontré personnellement celui-ci au cours de leur existence, voire ses avocats.

« Trop de distraction »

Lundi 13 janvier, bousculade à l’entrée : le supermodèle Gigi Hadid surgit d’un véhicule aux vitres fumées et s’engouffre dans l’imposante bâtisse aux portes mordorées. Victime de l’ogre, comme ces actrices et mannequins associées au sein du mouvement Time’s Up, pour demander des comptes à Weinstein ? Pas du tout : elle aussi, simple citoyenne new-yorkaise, a reçu une convocation et choisi de ne pas se défiler.

Passé la stupéfaction générale, Gigi Hadid confesse connaître Harvey Weinstein et reconnaît être amie avec plusieurs de ses victimes, notamment Salma Hayek et Cara Delevingne, mais elle promet au juge Burke qu’elle croit pouvoir rester impartiale. Trois jours plus tard, le couperet tombe : la défense et les parties civiles sont tombées d’accord pour estimer que la présence de cette star des défilés de mode au milieu d’un jury causerait « trop de distraction » pour être sérieusement envisagée. Exit la mannequin de 24 ans aux 51,2 millions d’abonnés sur Instagram.

Il est 9h20, ce vendredi, dans la salle d’audience 99, au 15e étage du tribunal de Manhattan. Dix minutes avant le juge, un être physiquement diminué fait son apparition par de lourdes portes en bois. Affublé d’une veste en cuir marron élimée, appuyé à un déambulateur, Harvey Weinstein semble accablé, marche au ralenti et prend plus de trente secondes pour atteindre la chaise qui lui est réservée entre ses avocats. Un vieil homme que l’on dirait centenaire, alors qu’il affiche tout juste 67 ans au compteur. Surjouerait-il les séquelles de l’accident de voiture survenu en août 2019 ? A-t-il pensé que l’on assimilerait inévitablement sa marche douloureuse à celle du redoutable criminel Keyser Söze dans le thriller de 1995 Usual Suspects  ? D’autant que Weinstein, en liberté surveillée, n’hésite pas à sortir le soir, s’affiche dans les restaurants et cabarets de downtown, au risque de se faire huer comme le 21 octobre dernier dans un bar branché de l’East Village.

« Vous êtes des héros »

Dernier jour de sélection des jurés. Près de 860 d’entre eux ont été entendus. Douze resteront. Et l’écrémage prend du temps, au cas par cas. La justice américaine se flatte d’être une justice du peuple, pour le peuple, par le peuple. Dans cette conception presque rousseauienne, l’homme est naturellement bon. C’est faire peu de cas de l’interconnexion de la société, du matraquage médiatique et du battage proprement dit autour de l’affaire. Mais le principe demeure : juge et avocats demandent sans ciller aux jurés s’ils ont « déjà entendu parler » de Harvey Weinstein, s’ils savent « de quels forfaits il est soupçonné » et si, dans ces conditions, ils « pensent pouvoir rester objectifs ».

Arthur Aidala, l’un des avocats de Weinstein, se présente aux jurés potentiels. Le crâne luisant, costume bleu rayé et cravate mauve, il se dit « fier » de son « héritage italo-américain », insiste pour dire que « cela ne fait pas de (lui) un mafieux » même s’il « adore regarder (le film) Le Parrain » à la télévision.

« A mes yeux et ceux de M. Weinstein, vous êtes des héros », lâche Aidalla. « Un juré honnête est un juré qui se lance sans préjugés, sans idée arrêtée. Comment modifiez-vous votre logiciel mental pour écouter impartialement tout ce qui va se dire ? » Il rappelle les trois principes fondamentaux mentionnés la veille par le juge : l’importance de statuer en son âme et conscience « au-delà du doute raisonnable, (de reconnaître) le fardeau de la preuve et (de respecter) la présomption d’innocence ». « Ce sera “he said, she said” (il a dit, elle a dit) », insiste-t-il. « Il n’y aura pas de témoignage audio ou vidéo accablant, pas de preuve tangible d’un crime. » La parole de Weinstein contre celle de ses accusatrices, et rien d’autre, en somme.

« Des sales coups jusqu’au bout »

Moins subtil, Aidala tente de faire écarter les profils de femmes, soit parce qu’elles ont des agents du FBI ou des policiers dans la famille, soit parce qu’elles reconnaissent avoir elles-mêmes été agressées sexuellement dans leur vie, militent pour la cause féminine ou seraient « trop jeunes pour avoir connu le contexte particulier des années 1990 », période à laquelle remontent les premiers forfaits de Weinstein. L’argument, tiré par les cheveux, est rejeté par James Burke. Mais à la fin de la journée, trois nouveaux jurés sont choisis : tous trois mâles et blancs. La composition finale du panel pourrait ainsi manquer de diversité, sur la base de critères franchement subjectifs. « Ils ne veulent aucune femme, a priori jeune et blanche, dans le jury », soupire l’avocate des parties civiles, Joan Illuzzi-Orbon, secouant la tête de dépit. « Ce procès n’est pas un référendum sur le mouvement #MeToo », objectait la veille James Burke. « Ce n’est pas un référendum sur les droits des femmes. »

A la lumière de ces premières joutes, lors desquelles ses avocats ont déployé tout l’éventail de leurs talents manœuvriers, Harvey Weinstein peut-il réellement espérer un acquittement, à l’issue du procès calée pour le 6 mars ? Il « a toujours été très fort pour manipuler le système judiciaire », confiait Ronan Farrow en novembre. « Son armée d’avocats continue de travailler avec les mêmes méthodes. Il continuera à faire de sales coups jusqu’au bout. »

Négociations fédérales: bon sang mais c’est bien sûr, la coalition «sans»!

Durant l’été, les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont testé un gouvernement autour du PS et de la N-VA, sans les verts. © Belga.
Durant l’été, les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont testé un gouvernement autour du PS et de la N-VA, sans les verts. © Belga.

Quand l’électeur laisse aux politiques des cartes aussi brouillées que le 26 mai dernier, il faut à ceux-ci redoubler d’effort et de sens des responsabilités pour former un gouvernement. Et toute leur créativité pour imaginer des coalitions possibles et leur trouver un nom sympa. La bourguignonne, l’arc-en-ciel (élargi ou pas), la Vivaldi, la Quatre saisons, la Diables rouges… – un vrai menu de pizzeria.

Alors on cherche, on calcule, on hésite, on espère, on avance, on recule, on n’ose pas.

Pourtant, à analyser ces huit derniers mois et les échecs successifs à réunir des partenaires, une solution semble émerger. Du moins un chemin vers une solution. Bon sang, mais c’est bien sûr : la « coalition sans » !

La coalition sans ?

Au printemps, juste après les élections, le CDH l’avait affirmé lui-même : ce serait sans lui. Les centristes optant pour l’opposition partout.

Durant l’été, les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont testé un gouvernement autour du PS et de la N-VA, sans les verts. Et face à l’impossibilité pour les socialistes francophones de s’allier à la fois aux nationalistes flamands et aux libéraux flamands, une équipe sans le VLD a été imaginée.

On fait avec ce que l’on a

A l’automne, quand les préformateurs Rudy Demotte et Geert Bourgeois ont couché noir sur blanc que PS et N-VA n’étaient pas compatibles, l’informateur Paul Magnette a tenté une équipe sans les nationalistes. Puis, face aux réticences démocrates chrétiennes flamandes, il a rassemblé les alliés potentiels d’un exécutif sans le CD&V.

Cet hiver, étant donné le scotchage collé-serré du CD&V à la N-VA, c’est la piste d’une coalition sans le PS qui est imaginée par certains et relayée ces derniers jours dans La Libre – même si l’on ne voit pas comment le CDH, jusqu’ici très hostile à toute alliance avec les nationalistes, pourrait monter dans un tel attelage refusé par le PS et Ecolo, sachant qu’il serait encore plus minoritaire dans le camp francophone qu’il ne l’était dans la suédoise avec le seul MR.

Mais c’est ainsi.

Faute de pouvoir unir des partis vraiment motivés et formant une majorité au Parlement, on fait avec ce que l’on a. Autrement dit : faute de pouvoir former une « coalition avec », on tente des « coalitions sans ».

A chaque saison la sienne. Autre hommage à Vivaldi.

Encadrer la disponibilité du paracétamol: une urgence de santé publique

Encadrer la disponibilité du paracétamol: une urgence de santé publique

Jean-Michel Dogné est directeur du Département de Pharmacie à l’Université de Namur, expert en sécurité des médicaments à l’agence européenne des médicaments

PRIMUM NON NOCERE, ce principe de base issu des textes d’Hippocrate enseigné aux étudiants en médecine et en pharmacie peut sembler une évidence. Tout remède comporte pourtant des risques d’effets indésirables. Au contact des patients, les professionnels de la santé s’assurent quotidiennement de l’adéquation du traitement, notamment du choix des médicaments dont le pharmacien garantit plus spécifiquement le bon usage. Or, les médicaments sont de plus en plus faciles à obtenir et peuvent entraîner des risques majeurs pour la santé. L’avertissement vient du Directeur de l’institut de l’utilisation responsable des médicaments en Hollande dans une lettre adressée en début de cette année 2020 à son ministre des soins de santé. En France, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé a imposé depuis ce 15 janvier 2020 que les médicaments contenant du paracétamol et certains anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène et aspirine) ne soient plus accessibles au public (placés derrière le comptoir du pharmacien).

Une mesure qui n’est pas symbolique

En Belgique, la zone de dispensation des médicaments en officine pharmaceutique doit également être agencée pour éviter l’accès du public aux médicaments. Vue comme symbolique par certains ou anecdotique par d’autres, cette mesure vise à rappeler la nécessité d’encadrer le bon usage des médicaments par le pharmacien dans un intérêt de santé publique. En effet, considérés comme sûrs et efficaces lorsqu’ils sont correctement utilisés, ils présentent des risques sous-estimés lors d’une utilisation inadéquate. Dans de nombreux pays, le paracétamol ou l’ibuprofène dominent la liste des agents impliqués dans les intoxications (involontaires ou volontaires) des personnes. Une étude menée au Royaume-Uni en 2018 a confirmé que les analgésiques en vente libre étaient la première cause des intoxications potentiellement mortelles chez les jeunes de 10 à 24 ans. En premier lieu le paracétamol (40 %), connu pour sa toxicité hépatique, devant l’alcool (33 %) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (11.6 %). Confrontés à ce problème de santé publique, le Royaume-Uni a limité dès 1998 les conditionnements de paracétamol en vente libre avec à la clé une réduction annuelle significative de 68 décès par intoxication au paracétamol. En Suède, les comprimés de paracétamol ont été « reclassés » en 2015 pour ne plus être disponibles qu’à la pharmacie uniquement. L’objectif était de limiter l’augmentation de l’intoxication au paracétamol qui avait été signalée après la nouvelle réglementation en 2009, lorsque les médicaments en vente libre ont été autorisés pour la première fois en dehors des pharmacies.

Le rôle essentiel du pharmacien

La réglementation de la distribution des produits pharmaceutiques est certainement l’un des moyens les plus efficaces de rationaliser l’accès aux médicaments, d’assurer la sécurité des patients et de protéger la santé publique. De nombreux pays européens comme la Belgique et la France ont choisi de réglementer la distribution des médicaments en vente libre en ne l’autorisant que dans les pharmacies. D’autres pays comme la Suède et la Hollande ont décidé de l’autoriser également via d’autres canaux de distribution comme la grande distribution. Les attentes initiales de la déréglementation des canaux de distribution étaient d’augmenter l’accessibilité et de réduire les prix en raison d’une concurrence accrue. Cependant, il n’existe aucune preuve concluante que ces objectifs ont été atteints dans la pratique. La promesse d’une baisse de prix est un leurre. En effet, vu la complexité et la spécificité des différents systèmes de coûts de santé de chaque pays, il n’est pas possible aujourd’hui d’établir un lien non controversé entre déréglementation et maîtrise des coûts globaux pour les consommateurs. Par contre, il est important de rappeler que les pharmaciens jouent un rôle majeur dans la bonne utilisation des médicaments en vente libre. Il assure le suivi du dossier pharmaceutique du patient permettant notamment d’identifier des interactions médicamenteuses ou des contre-indications potentiellement mortelles. Le professionnel de santé est également avec le patient à la base de la signalisation des effets indésirables aux autorités réglementaires contribuant ainsi au système de pharmacovigilance et améliorant les connaissances sur la sécurité des médicaments sur le marché. Ils sont enfin les garants d’une information scientifique de qualité et de promotion des messages de santé publique.

En conclusion, j’invite les décideurs politiques en charge au niveau régional et ceux occupés à former un gouvernement fédéral à considérer comme prioritaire la sécurité des patients, la qualité des services de soins de santé et les enjeux de santé publique dans les réflexions concernant l’accès aux produits pharmaceutiques au-delà d’hypothétiques promesses économiques. PRIMUM NON NOCERE.

Pains perdus: un vrai manque à gagner

Certains boulangers n’hésitent pas à brader leurs pains en faisant un «
coin des bonnes affaires
».
Certains boulangers n’hésitent pas à brader leurs pains en faisant un « coin des bonnes affaires ». - DR.

Tous les produits vendus par les boulangeries-pâtisseries ne partent pas comme des petits pains. Loin s’en faut. D’après une étude de l’application Too Good to Go auprès de 300 boulangeries belges (sur les 819 partenaires de l’appli anti-gaspi, soit un cinquième des boulangeries du Royaume), les pertes hebdomadaires s’élèvent en moyenne à 7 % et peuvent grimper jusqu’à… 50 %. Face à ce manque à gagner, les boulangers mangent leur pain noir, tout en cherchant des solutions… Celles-ci varient des plus classiques (dons aux clients ou aux banques alimentaires) aux plus innovantes (l’appli qui met en contact consommateurs et commerçant). Sans oublier les commerçants francs du collier, comme cette boulangerie liégeoise d’Outremeuse, Maison Massin, qui « solde » ses produits de la veille en les étiquetant tels quels dans une sorte de coin des bonnes affaires. Too Good to Go in situ.

Du côté de l’Afsca, on souligne que rien ne s’oppose à ces ventes bradées : « Le fabricant est le seul responsable pour déterminer la durabilité de son produit. Il décidera donc jusque quand un produit pourra être consommé en toute sécurité. Pour faire cela, il peut se baser sur des analyses de durabilité réalisées par un laboratoire sur ses produits, des données historiques, des challenge tests… »

Retrouver les pains perdus

Un guide d’autocontrôle à disposition du boulanger lui permet de jauger combien de temps après sa fabrication un produit peut être mis en vente. En gros, il n’y a pas de règles trop restrictives d’un point de vue sanitaire pour le pain, qui peut encore se consommer le lendemain, le surlendemain et au-delà, même rassis – se griller, se transformer en gâteau (bodding ou crumble), revivre au petit-déjeuner en pain perdu ou encore entrer dans la composition de boulettes. Par contre, il vaut mieux consommer les viennoiseries (à base de beurre) dans la journée et les pâtisseries à la crème dans les deux jours. L’Afsca comme le SPF Economie rappellent par contre qu’il ne faut pas gruger le client en prétendant que les produits fabriqués la veille sont frais du jour.

Philippe Delogne, qui a repris il y a 22 ans la boulangerie familiale de Vresse-sur-Semois, confirme que chez lui aussi, les pertes représentent entre 5 et 10 % : « On y est de plus en plus confrontés, d’autant que notre boulangerie se situe dans une région touristique avec de nombreux gîtes et donc nos ventes fluctuent en fonction de la saison. Le week-end, on peut se trouver à court de production ou au contraire avoir un surplus de production… La solution, c’est aussi que les clients qui ne sont pas des habitués passent commande. »

« On n’est pas à l’abri d’une erreur de calcul »

En basse saison, le boulanger produit environ 150 pains par jour et le double facilement en période estivale. Pour les viennoiseries, il multiplie leur nombre par dix en haute saison où il fabrique environ 250 croissants et couques au chocolat. En semaine, il écoule une trentaine de pistolets par jour, contre 600 le week-end et 900 environ l’été. « Il faut faire des prévisions, mais on n’est pas à l’abri d’une grosse erreur de calcul. Il m’est arrivé cet été de devoir jeter 300 pistolets. De plus en plus de boulangers se demandent si ça vaut encore la peine de faire des produits artisanaux… On est d’ailleurs de moins en moins à le faire : un boulanger wallon sur trois fabrique encore lui-même ses croissants, contre un sur cinq en Flandre », déplore-t-il.

Pour (tenter de) pallier les pertes, l’artisan a acheté il y un peu moins d’un an une machine repérée sur Facebook, le Crumbler, un broyeur de pains qui permet de transformer ses invendus en chapelure pour la valoriser ensuite telle quelle ou en pâtisserie (crumbles ou cookies). Dont coût : entre 2.000 et 3.000 €.

Mais un peu plus de six mois après son acquisition, le boulanger déchante : « Les gains sont insignifiants. C’est quasi un échec commercial. Disons que pour la rentabiliser, je devrais produire des cookies à échelle industrielle, ce qui n’est ni mon intention ni ma philosophie puisque je tiens à rester un artisan. Après plusieurs mois, je me suis rendu compte que c’est insuffisant pour compenser les pertes. Alors depuis peu, je mets mes invendus à disposition du CPAS. »

Selon l’étude de Too Good to Go, quelque 61 % donnent leurs invendus aux clients ou aux banques alimentaires. Seuls 16 % le font par conscience environnementale, tandis que 3 % ne prennent aucune mesure pour limiter le gaspillage. Tous s’accordent à dire qu’il faut pouvoir anticiper la demande et adapter sa production en fonction. Mais 62,7 % d’entre eux imputent la surproduction aux consommateurs qui n’aiment pas voir des comptoirs vides en fin de journée et risquent donc de ne pas revenir. C’est aussi ça, une société d’abondance…

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ROA au «Soir»: «Le hasard constitue une part essentielle de l’œuvre»

entretien

Voilà effectivement plus de dix ans maintenant qu’il se manifeste aux quatre coins du monde, au travers de ces grandes fresques peintes en noir et blanc, sans esquisse préparatoire ni projection. Par leur attitude, leur mouvement sur la brique ou le béton, les animaux de ROA, et notamment lorsqu’il représente des espèces menacées, interrogent aussi le passant sur la nature humaine. Comme le dit l’artiste gantois : « La découverte de la nature et plus spécifiquement du monde animal, peut accroître l’empathie. Elle vous apprend quelque chose d’essentiel sur la manière de mener une bonne vie. » Jusqu’ici, aucune monographie n’avait encore été consacrée au travail de ce street artiste qui compte parmi les plus grands et les plus intéressants. Avec la sortie de Codex, c’est désormais chose faite.

Pourquoi avoir intitulé l’ouvrage de la sorte ?

Le terme « codex » a effectivement une signification historique et renvoie d’une certaine manière à une sorte d’ouvrage de référence ou d’outil de documentation, mais l’idée n’était pas de coller strictement à cette définition. Disons que c’est plutôt un recueil de fresques et d’autres œuvres encore qui ont été replacées dans leur contexte géographique. En tout cas une large sélection, et non une « encyclopédie » de tous les animaux que j’ai déjà pu peindre.

Sur la base de quels critères la sélection a-t-elle été opérée ?

De nombreuses photos ont été éliminées pendant la sélection, qui devait offrir une sorte d’aperçu du parcours que j’ai effectué ces dernières années. Vu que je peins beaucoup à l’étranger, le livre comprend quatre chapitres « géographiques » qui représentent chacun une zone particulière. Cette répartition renvoie aussi plus clairement au fait que là où je me trouve, je peins des espèces locales.

Y a-t-il un endroit ou même un continent qui vous inspire plus qu’un autre ?

Chaque endroit a des caractéristiques propres. En Océanie par exemple, certaines espèces animales sont très endémiques – je pense ainsi aux marsupiaux –, ce qui m’offre de nouvelles options et suscite de nouvelles idées. La « perspective » a son importance également, comme en Amérique où l’ampleur de l’architecture m’offre de nouvelles possibilités. L’atmosphère joue aussi un rôle : le ciel gris anthracite en automne et en hiver qu’on a par exemple en Belgique ajoute aux caractéristiques d’un mur extérieur. Je ne peux donc pas mentionner précisément un continent plutôt qu’un autre, je trouve qu’en soi, tout est spécifique.

Quelle est pour vous la principale différence entre le travail « in situ » et celui en atelier, puisque vous exposez parfois aussi ?

Dans le premier cas, c’est une sorte de duo qui naît avec le mur. Ce n’est pas un acte autonome, mais il apparaît une interaction avec l’environnement, les gens, l’architecture et la forme du bâtiment, le climat… De nombreux facteurs entrent en ligne de compte, parmi lesquels le hasard constitue une part essentielle de l’œuvre. Vous ne pouvez pas contrôler totalement tous ces éléments externes. Il y a donc quelque chose d’organique qui voit le jour. Je ne construis pas moi-même le mur, et dès lors je ne peux pas « imposer » une image décidée au préalable. En studio, c’est moi qui crée la composition à partir d’objets trouvés, avec lesquels je construis une sorte d’installation murale. Sa forme dépend de ces objets recyclés, agencés en un support qui m’inspire ce que je vais peindre.

En général, combien de temps durent les recherches préparatoires, anatomiques, historiques et autres ?

Parfois, ça ne dure pas du tout dans la mesure où il s’agit d’une étude libre d’un sujet sur lequel je travaille depuis de nombreuses années. La recherche se déroule donc très vite, mais j’ai bien sûr pas mal de livres, il y a Internet, les visites dans les sanctuaires animaliers, etc. Et tout ça contribue à la constitution d’archives personnelles que j’ai en tête.

Diriez-vous que vous êtes aussi un activiste ?

Tout artiste est au fond un activiste. Les artistes sont soumis à un flot de considérations sur la vie qui les entoure et ils la reflètent. L’art est une réaction à la réalité, et c’est de l’activisme en soi.

Le PS bruxellois a osé exclure Emir Kir

Le PS bruxellois a osé exclure Emir Kir
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Emir Kir n’est plus membre du Parti socialiste. La commission de vigilance du PS bruxellois lui a infligé la plus lourde sanction, l’exclusion. Jugeant que le bourgmestre de Saint-Josse a bel et bien rompu le cordon sanitaire en recevant, le 4 décembre dernier, une délégation de maires turcs, parmi lesquels deux élus MHP (extrême droite).

Jusqu’au bout, celui qui est aussi député fédéral espérait sauver sa carte de parti, soutenu par une frange de la Fédération bruxelloise. Poussé dans le dos par ses soutiens (au premier rang desquels Rachid Madrane), il concède, mardi, un mea culpa qui n’en est pas un, omettant soigneusement de présenter ses excuses, évoquant tout au plus « un manque de vigilance ». Touché : la commission des sages le suit… mais le dribble aussitôt, assénant que cette attitude, qui relève (pourtant) « d’un mandataire expérimenté », a eu « des conséquences graves ».

Les valeurs devant l’arithmétique électorale

Cette sortie minimaliste a en réalité alourdi son dossier : celles et ceux qui hésitaient encore à l’exclure y ont vu la preuve qu’il se permettrait toujours des largesses avec le socialisme dès lors qu’il entrait en zone turque. En clair : qu’il était incontrôlable sur ce terrain-là. Quant aux ténors de la Fédération, ils ont encore affermi, en fin de semaine, leur détermination, celle de ne pas tolérer une seconde de plus cette violation flagrante de la ligne historique du parti. Au nom de leurs convictions : le cordon sanitaire ne se négocie pas, il s’applique. A tous les membres du Parti socialiste.

Les valeurs ont donc primé sur l’arithmétique électorale. Un principe fondamental, qui n’a rien d’une évidence en politique, mais que la Fédération bruxelloise du PS vient de réaffirmer. En cela, elle en sort renforcée, singulièrement son nouveau patron, Ahmed Laaouej, confronté, trois mois très exactement après son élection, à un dossier particulièrement délicat. Certes, la commission de vigilance statue en toute indépendance, mais ses membres, militants non-mandataires, ne pouvaient ignorer les positions de celles et ceux qui comptent chez les rouges de la capitale. Clairement, Ahmed Laaouej et ses vice-présidents, soutenus (encouragés) par Caroline Désir, Philippe Close, Ridouane Chahid et Rudi Vervoort, étaient prêts à assumer l’exclusion. Un geste inédit, fort, qui assoit un peu mieux leur autorité sur une Fédération déchirée par l’affaire Kir comme elle le fut, ces derniers mois, par l’élection interne (face à Rachid Madrane, à nouveau perdant), les divergences sur la laïcité, le casting ministériel… Dans les prochains mois, la nouvelle équipe devra s’atteler à réconcilier les clans…

L’inconnue de Saint-Josse

Dans l’immédiat, elle devra surtout gérer les conséquences de l’exclusion d’Emir Kir. A la Chambre, le PS perd donc un siège, ce qui rend l’hypothétique arc-en-ciel impossible mais, chez les socialistes, on n’y croyait plus guère. Plus compliquée est la situation à Saint-Josse : les socialistes y ont décroché une majorité absolue au dernier scrutin. Or, la nouvelle loi communale ne permet pas de démettre un bourgmestre. Sauf s’il démissionne, Emir Kir restera donc à la tête d’un collège. Que fera le reste de sa section ? Jusqu’ici, elle a fait bloc derrière lui. Les 17 élus (sur 29) sont, depuis cette nuit, dans un conflit de loyauté, entre leur parti et leur chef. Schisme en vue ? Les prochains jours le diront, et détermineront l’avenir (compliqué) de la majorité, actuelle ou recomposée. A moins qu’Emir Kir n’introduise un recours (il a trente jours pour le faire) devant la commission de vigilance nationale, cette fois. Pas sûr, toutefois que le boulevard de l’Empereur inverse la décision bruxelloise, motivée par la rupture du cordon sanitaire...

A moyen terme, le PS bruxellois devra se passer d’un atout électoral dans les communautés turque et tennoodoise (18.000 voix à la Chambre en mai, 50 % des suffrages aux communales de 2018). Mais il a plus de quatre ans pour construire la relève. Surtout, il se libère d’un poids, lourd auprès des électeurs du sud-est de Bruxelles, de plus en plus nombreux à considérer le communautarisme d’Emir Kir comme rédhibitoire. Ahmed Laaouej peut désormais se concentrer sur son objectif de « reconquête », moyennant, quand même, la tenue préalable d’un débat interne sur la laïcité, pour éviter les clivages marqués de la dernière campagne. Il pourra alors lancer ces candidats qui parlent « à tous les Bruxellois(es) », condition élémentaire mais peut-être pas suffisante pour redresser l’esquif socialiste bien malmené dans les urnes, en mai dernier.

Dérapages indivuels ou violences d’Etat? La police française est sur le gril

Dérapages indivuels ou violences d’Etat? La police française est sur le gril
AFP.

Un livreur qui décède lors d’une interpellation policière à Paris. Un jeune homme qui se noie dans la Loire après la fête de la musique à Nantes. Un policier qui tire à bout portant sur un manifestant avec un lanceur de balles de défense (LBD) dans la capitale, un autre qui tire dans le dos à Bordeaux, un troisième qui fait un croche-pied à une manifestante à Toulouse. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Après avoir défendu contre vents et marées les forces de l’ordre, l’exécutif admet désormais des « comportements inacceptables » de la part des policiers depuis la crise des gilets jaunes. Emmanuel Macron a demandé à son ministre de l’Intérieur des « propositions pour améliorer la déontologie ». Christophe Castaner dénonce des « croche-pieds à l’éthique ». Mais tout le monde n’a pas la même lecture des événements.

Airbus réussit à faire décoller un avion en pilotage automatique

Le décollage de l’Airblors d’un des tests sans intervention humaine effectués à Toulouse.
Le décollage de l’Airblors d’un des tests sans intervention humaine effectués à Toulouse. - D.R.

Vous trouverez l’image au choix soit très enthousiasmante – si vous êtes fan de technologies – soit carrément flippante – si vous êtes du genre pas trop rassuré en avion : le 18 décembre dernier (mais la vidéo n’a été publiée que jeudi), les équipes d’Airbus ont réussi à faire décoller un avion tout seul. Et à huit reprises encore bien. Cet exploit a été réalisé à Toulouse avec un Airbus A350-1000, à bord duquel se trouvaient deux pilotes et trois techniciens.

« L’avion s’est comporté comme attendu », a expliqué le commandant de bord, le Français Yann Beaufils, dans un communiqué diffusé par Airbus. « Après nous être alignés sur la piste, nous avons attendu le feu vert de la tour de contrôle et nous avons engagé le pilote automatique. Nous avons placé le levier des gaz sur la position décollage et nous avons surveillé l’avion. Il a commencé à bouger et a accéléré automatiquement en s’alignant sur la ligne centrale de la piste, à la vitesse de rotation exacte programmée dans le système. Le nez de l’avion a commencé à se redresser automatiquement pour prendre l’angle de décollage attendu et quelques secondes plus tard, nous étions dans les airs ». Grâce à un système combinant caméras et logiciels d’intelligence artificielle, le pilote a pu se croiser les bras – dans les faits, on le voit garder la main gauche sur le manche au cas où – tandis que l’appareil prenait son envol tout seul comme un grand dans le ciel toulousain.

Phases critiques

Pour rappel, décollage et atterrissage sont considérés comme les phases de vol les plus critiques, pendant lesquelles le pilote et le copilote prennent effectivement les commandes de l’appareil. Particularité de l’essai d’Airbus : la technologie qui a permis ce décollage autonome est totalement embarquée et l’appareil ne s’est appuyé sur aucun système de guidage extérieur (comme le système Instrument Landing System dont sont équipés les aéroports).

Pour l’avionneur européen, il s’agit « d’un pas important » dans le cadre de son projet ATTOL, visant à développer des technologies de pilotage automatique pour les phases de décollage et d’atterrissage, ainsi que pour les déplacements sur les pistes. Des essais d’atterrissage et de « taxi » automatiques devraient être effectués par Airbus à la mi-2020.

Le groupe assure toutefois ne pas faire des vols autonomes « un but en soi » et dit se donner pour mission « d’explorer les technologies d’autonomie en même temps que d’autres innovations comme les matériaux, l’électrification et la connectivité. De la sorte, Airbus est capable d’analyser le potentiel de ces technologies pour répondre aux défis industriels clés de demain, comme l’amélioration de la gestion du trafic, le manque de pilotes et l’amélioration des opérations. En même temps, Airbus va saisir ces opportunités pour améliorer encore la sécurité aérienne ». L’avionneur souligne en outre la différence entre pilotage « automatique » et « autonome » : « Il y a une énorme différence entre les deux. Le défi majeur du pilotage autonome, c’est la capacité à réagir à des événements inattendus ».

L’homme, ce maillon faible

« Il y a une tendance lourde à l’ajout de systèmes d’assistance », constate un pilote belge que nous avons interrogé. « Sur un vol de plusieurs heures, le temps réel aux commandes est de l’ordre de quelques minutes. L’homme est considéré comme le maillon faible : le but est de l’exclure le plus possible de la boucle de la gestion de la trajectoire. On veut compenser la “faiblesse” des hommes par une addition d’automatisations. On forme d’ailleurs davantage des opérateurs que des pilotes. Avec un risque : la perte de l’expérience. Le pilote aura-t-il encore les connaissances et les réflexes pour reprendre le contrôle en cas de défaillance des systèmes automatiques ? » Peut-on imaginer de voir un jour des avions sans pilote dans le cockpit ? « Le public n’est pas prêt », constate notre pilote.

Mais on le sait, la diminution des équipages est à l’œuvre dans le transport aérien. On est déjà passé de trois à deux. Et l’idée d’avions avec un seul pilote fait son chemin. Une hypothèse crédibilisée par exemple, comme l’ont souligné nos confrères du journal Les Echos, par le futur système de gestion de vol que le groupe français d’ingénierie Thalès a présenté en décembre. Annoncé comme dix fois plus puissant que le précédent, il est qualifié de « cerveau de l’avion de demain » (les pilotes apprécieront…).

Chez Airbus, on se défend toutefois d’envisager des vols complètement automatisés sans aucun humain. « Bien que les technologies autonomes vont améliorer les vols et les performances de l’avion, les pilotes resteront au cœur des opérations », affirme l’avionneur. « Ces technologies sont essentielles pour aider les pilotes, en leur permettant de se consacrer moins à la manipulation de l’avion et davantage aux décisions stratégiques et à la gestion du vol ».

Conner Rousseau (SP.A) au «Soir»: «Des élections? Ce serait la fin de la Belgique!»

Conner Rousseau ne porte pas un pull à capuche uniquement pour une question de confort. Le président du SP.A a lancé sa propre ligne de vêtements au profit des centres de préventions pour le suicide. Ces derniers sont menacés par les mesures d’économies du gouvernement flamand. © Pierre-Yves Thienpont.
Conner Rousseau ne porte pas un pull à capuche uniquement pour une question de confort. Le président du SP.A a lancé sa propre ligne de vêtements au profit des centres de préventions pour le suicide. Ces derniers sont menacés par les mesures d’économies du gouvernement flamand. © Pierre-Yves Thienpont.

Interview

Deux mois après avoir été élu président du parti socialiste flamand (SP.A), Conner Rousseau, 27 ans, sort du silence médiatique qu’il s’était imposé. Avec un message à ses homologues pourtant plus expérimentés : « Fini de jouer, il est temps de se parler pour de vrai ! »

Que faire face au blocage au niveau fédéral ?

Ce blocage ne profite qu’aux extrêmes. En Flandre, le gouvernement de Jan Jambon (N-VA, CD&V, VLD, NDLR.) s’est lancé dans une entreprise droitière totalement contre-productive. Ça ne va rien résoudre puisqu’ils n’investissent ni dans les transports en commun, ni dans le climat. Résultat, les gens pestent depuis leur voiture sur les politiques et se tournent au final vers les extrêmes qui n’ont pourtant pas plus de solutions concrètes… Les politiques doivent choisir une direction claire pour convaincre de nouveau les gens. Je sais que cela ne se fera pas en un jour ou une semaine. Au fédéral, on a besoin d’un gouvernement qui peut travailler ensemble, se soutenir et proposer des solutions qui feront que demain sera meilleur qu’aujourd’hui pour la population.

Quel rôle joue le SP.A dans la solution belge ?

Après huit mois, on constate qu’il n’y a rien sur la table. Rien.

On a lu des notes…

[Il souffle.] Vous avez reçu la dernière ? Pas moi. J’ai juste lu un texte. Il était, comme on dit, « imbuvable ! ». La direction prise par la note des informateurs n’est pas du tout celle dans laquelle le pays doit aller. Je ne vais pas refaire la liste de tout ce qu’il manque mais par exemple, je n’ai rien vu rien sur les pensions. Ça ne va pas.

On fait quoi alors ?

On peut continuer à garder la même attitude que ces huit derniers mois et rien ne changera. C’est même de la folie d’espérer que quelque chose finira par se débloquer. Il faut se parler, être constructif. J’ai l’impression que côté francophone, on mesure moins les conséquences concrètes de ce blocage.

Comment ça ?

Le nombre d’apolitiques, ceux que ça n’intéresse pas, et d’antipolitiques, ceux qui sont totalement contre, est en train de grandir énormément en Flandre. Il faut que vous compreniez que des nouvelles élections, cela signifie la fin de la Belgique. Soyons clairs : je suis belge et je suis pour la Belgique. Mais, je vous rappelle qu’il y a des partis dont l’agenda est de supprimer ce pays. Ce blocage est un magnifique cadeau pour eux. Il prouve que notre système politique ne fonctionne plus. Qui pourrait dire que c’est le cas d’ailleurs ? On n’a pas de gouvernement depuis plus d’un an. Si on vote, on aura un Vlaams Belang prêt à débrancher la prise et la N-VA qui viendra avec son confédéralisme. L’alternative pour les autres sera de continuer à tourner en rond. À l’inverse, si on arrive à se parler sérieusement, à trouver des convergences comme sur les pensions, on arrive à montrer que la Belgique peut encore fonctionner. Bart De Wever a fait une ouverture. Est-il sérieux ? Pour le savoir, il faut lui parler !

Ne parle-t-on pas depuis des mois ?

Il y a parler et parler. Vous pouvez me parler alors que je suis en train de regarder mon téléphone affalé dans le canapé. Jusqu’ici, on parlait surtout aux murs.

Le PS ne semble rien avoir à dire à la N-VA…

Il y avait des bons éléments dans la note de Paul Magnette.

Mais c’était un projet de gouvernement sans la N-VA…

On n’a jamais dit que la N-VA devait absolument être au gouvernement fédéral. Je ne vais pas tomber dans les vieux jeux politiques du « avec lui » ou « sans lui ». Arrêtons avec ces camps qui s’opposent. Le fait est qu’il ne se passe rien. Or, il y avait des bonnes recettes, des solutions dans la note de Paul Magnette comme sur les pensions et les soins de santé. Même en matière de sécurité avec la lutte contre le terrorisme, les abus sexuels, la prévention et le fait d’avoir plus de policiers en rue. C’est aussi repris dans la note de Coens et Bouchez, si on peut appeler ça une note. Beaucoup ne semblent pas voir les aspects positifs mais uniquement ce qu’ils veulent y voir… Le PS a une image négative côté flamand alors qu’il peut faire de très bonnes propositions. Il faudrait pouvoir les expliquer et ne pas être toujours stoppé.

Est-ce si important d’avoir une majorité côté flamand ?

C’est souhaitable mais nous n’en faisons pas un point de rupture. Vous savez, ma grand-mère s’en fout que 55 % des Flamands soient effectivement représentés dans le gouvernement fédéral. Ce qui la préoccupe, c’est le relèvement de sa pension, la possibilité de prendre le bus, de pouvoir payer ses soins. Avoir une majorité des deux côtés permettrait de démontrer que la Belgique peut encore fonctionner. L’inverse sera un argument supplémentaire pour les partis antisystème…

Vous ne lâcherez jamais le PS ?

Le PS peut y aller tranquillement sans nous. Ils l’ont déjà fait. Je pense d’ailleurs qu’ils ne m’écouteraient pas si je leur disais ce qu’ils doivent faire (rires). Je répète que tout dépend du contenu. Je constate que nous sommes sur la même ligne avec Paul Magnette. Je ne peux donc pas m’imaginer un gouvernement avec le SP.A mais sans le PS. Cela ne me semble pas possible.

Le PS dit non à la N-VA par principe. Pas vous…

Nous gouvernons avec la N-VA dans plusieurs communes.

Ce n’est donc pas le diable ?

Ça dépend qui à la N-VA… C’est bien d’avoir des principes mais il ne faut pas devenir fondamentaliste. On est huit mois après les élections. Je le redis, un retour aux urnes signifierait la fin du pays. Aux informateurs de vérifier que l’ouverture de Bart De Wever est sincère.

Vous y croyez ?

Cette ouverture est un fait politique nouveau. Allons voir s’il le pense vraiment. Sinon on reste bloqué dans les « si, si, si ».

Ce n’était pas un piège pour plomber Vivaldi ?

Mais où avez-vous vu que Vivaldi (l’arc-en-ciel élargi au CD&V, NDLR.) allait être réalisé ? On n’était pas en phase de formation. Tant que le CD&V ne lâche pas la N-VA, Vivaldi est impossible. Par ailleurs, les informateurs ne nous ont jamais officiellement demandé si nous voulions monter dans cette coalition.

Vous plaidez pour une accélération ?

On ne pourrait pas vraiment aller plus lentement… Mon message est clair : parlons, cherchons des solutions et des convergences en commençant par travailler sur le contenu plutôt que les « ni avec lui », « ni avec lui ». Faisons savoir ce que l’on veut plutôt que ce que l’on ne veut pas.

Vous jouerez le rôle du facilitateur entre N-VA et PS ?

Je ne me laisserai pas utiliser. Je ne suis pas un « wing-man » (entremetteur, NDLR) ni informateur d’ailleurs. Après, si je peux être une partie de la solution, j’aiderai.

Vos rapports sont bons avec Paul Magnette ?

Le meilleur est à venir je crois. C’est quelqu’un de compréhensif et de compétent. Il redore le blason du PS en Flandre. Il parle un bon néerlandais et apparaît comme quelqu’un de confiance. On se parle presque tous les jours et il m’a toujours montré beaucoup de respect. J’aurais pu m’imaginer qu’il se dise « C’est qui ce gars de 26 ans qui débarque comme président ? ». Mais pas du tout.

Côté francophone aussi, on vous voit surtout comme le jeune qui débarque en basket chez le Roi…

(Il sourit) C’est déjà mieux que rien ! Franchement, ce n’était pas calculé. Je porte des baskets tous les jours. J’avais aussi un joli costume et un beau sac ! J’étais habillé de manière respectueuse et ça n’a posé aucun problème. Je crois que c’est une question de génération. Les gens de mon âge ont trouvé ça plutôt chouette ! Les gens ont envie d’authenticité aujourd’hui. Je parle dans les médias comme je parle dans la vie. Sur Instagram, j’ai plus de 10.000 followers alors que je ne suis président que depuis six semaines. Je ne l’utilise pas ce réseau social que pour faire passer des messages politiques. Je vais aussi montrer des bêtises comme quand je vais chez le coiffeur avec ma grand-mère.

Un an après son élection, que pensent ces Brésiliens de Bolsonaro?

Un bilan en clair-obscur pour Bolsonaro d’après les personnes interrogées.
Un bilan en clair-obscur pour Bolsonaro d’après les personnes interrogées. - Reuters

Il faut reconstruire une Nation et nous le ferons ensemble », proclamait il y a un an, à l’occasion de son investiture comme président du Brésil, Jair Bolsonaro, un militaire à la retraite de 64 ans. Il parvenait ainsi à exploiter le désir de changement, la colère envers la classe politique et le ras-le-bol face à la corruption.

Cet appel à l’unité est toutefois resté stérile. En tant que président, il se complaît toujours dans des attitudes frontistes et il met à l’épreuve les institutions démocratiques. De plus, la polarisation gagne en force et sa popularité bat inexorablement en retraite malgré la lente récupération économique et le recul du taux d’homicides.

Au début de son mandat, nous avons pris le pouls du Brésil de Bolsonaro. Dans plusieurs villes du pays, nous avons interrogé des Brésiliens qui ont voté pour lui et une famille qui ne l’a pas élu, afin de faire ressortir leurs attentes par rapport aux fondamentaux de son programme (économie, sécurité, corruption et valeurs).

Nous leur avons de nouveau rendu visite pour mesurer leur satisfaction (ou son absence) et la priorité pour le président Bolsonaro.

Ereni Azevedo (Porto Alegre) : « J’espère qu’ils vont légèrement baisser les prix »

Pour la famille d’Ereni Azevedo do Prado, 2019 fut une bonne année. Située à Morro da Cruz, dans la banlieue de Porto Alegre, la maison familiale compte désormais un deuxième étage et une vue panoramique dont elle était jadis dépourvue. Du haut de ses 56 ans, la matriarche, dont le vote a contribué à la victoire de Bolsonaro, a pu mener à terme ces travaux malgré les piètres résultats économiques, caractérisés par une croissance de 1 % face aux projections établies un an plus tôt à 2,5 %. « Pour moi, ce fut une année faste ! », se réjouit-elle dans cette ville où le coût du panier de la ménagère occupe, en termes d’importance, la seconde place du pays.

La famille, qui s’est agrandie en 2018 avec l’arrivée d’une troisième petite-fille, ne pouvait pas échapper à cette rénovation de la maison. La grand-mère vit avec sa fille de 30 ans et trois petits-enfants. L’escalier qui mène au deuxième étage fait leur fierté. Lorsque Bolsonaro a donné son feu vert au retrait par les travailleurs de 500 réales (110 euros) du fond d’activation de l’économie alimenté par les cotisations patronales, Azevedo a investi dans cet escalier. « Cet argent m’est venu à point nommé », indique-t-elle. Avec les 500 réales supplémentaires qui sont autorisés, son idée est de s’acquitter des arriérés d’électricité, qu’elle se procurait auparavant avec une connexion clandestine.

Le remboursement des travaux s’effectue en plusieurs tranches, mais elle refuse d’en prolonger la durée. Elle voudrait tout clôturer d’ici février. Aussi, mis à part son emploi salarié comme aide-soignante au service d’une dame âgée, elle enchaîne désormais les petits boulots : nettoyage à domicile et travaux de raccommodage. A lui seul, son salaire fixe ne couvrait pas le montant de la rénovation : « Ce salaire est modeste et nous ne pouvons pas nous contenter de peu. Quand on travaille dur, on mérite de bien gagner sa vie », soutient-elle. C’est pourquoi elle demande au président de la République de penser davantage aux travailleurs. « La crise de la santé est une réalité. En plus, l’enseignement est déplorable », se plaint-elle.

A la mi-2019, son fils Anriel, 25 ans, a déménagé à Santa Catarina, un état voisin, pour travailler comme chauffeur : « Je suis, moi aussi, indépendant, à la différence qu’ici, tout est moins cher et on vit mieux. » De l’essence à la bière, les taxes de l’Etat sont moins élevées et tout est meilleur marché. « J’espère qu’on aura un peu plus de stabilité économique et que les prix baisseront légèrement », dit-elle.

L’avis de cette famille coïncide avec celui de Paulo Guedes, le ministre de l’Economie, pour qui avoir un emploi, quel qu’il soit, même précaire, est plus important que des droits sociaux. « A mon avis, quand on reste sans emploi, c’est qu’on veut se tourner les pouces. Indépendamment de ma situation financière, j’ai toujours eu du travail », affirme la matriarche. A un an de la retraite, elle a tellement travaillé l’année passée qu’elle n’a même pas eu le temps de s’enquérir de l’impact éventuel de la réforme intégrale des retraites sur ses projets.

Rita Paim (Salvador de Bahia) : « J’ai observé un renforcement de la présence policière et je me sens plus en sécurité »

Pour ce couple, il n’y a pas de doute : l’affaire du vendredi 13, un choc à Bahia qui a eu des retentissements dans tout le pays, atteste de l’efficacité de la politique sécuritaire mise en œuvre par Bolsonaro. Le vendredi 13 décembre 2019, plusieurs trafiquants de drogue ont appelé cinq chauffeurs d’Uber ou de plateformes analogues, les ont séquestrés dans une cabane puis torturés, et ont assassiné quatre d’entre eux. Celui qui a réussi à s’échapper a donné l’alerte. Le même jour, les corps étaient identifiés, emballés dans des sacs en plastique. En moins de 24 heures, la police a abattu deux des auteurs présumés de ce crime. Deux jours plus tard, deux autres ont été retrouvés. Puis le 27, un cinquième a été arrêté. Il a avoué le crime.

Pour Rita Paim, une déléguée pharmaceutique de 52 ans, et Sérgio Pretto, un graphiste de 60 ans également actif comme chauffeur, cette « intervention rapide » de la police fournit la preuve des résultats satisfaisants de Bolsonaro en matière de sécurité publique. « Quand la police a la possibilité d’intervenir, elle fait son travail. Malheureusement, parfois, c’est la communauté qui entrave l’intervention de la police en invoquant le respect des droits humains d’un délinquant qui, pourtant, commet un délit. Or, la police doit intervenir, sinon comment assurer l’ordre ? Je ne dis pas qu’on doit se mettre à tuer des gens. Non, ce n’est pas l’idée. »

Ce couple de classe moyenne supérieure est installé à Salvador, la capitale de Bahia, l’Etat qui, selon les statistiques, compte le plus grand nombre d’homicides par arme à feu. « J’ai observé un renforcement de la présence policière et je me sens plus en sécurité. Les délits n’ont pas cessé, mais au vu des chiffres, le taux de criminalité a régressé », déclare la déléguée pharmaceutique. C’est l’une des réalisations la plus mise en avant par Bolsonaro. Les homicides ont chuté de 22 % entre janvier et septembre. Ainsi, 6.900 vies ont pu être épargnées. Les viols, les vols de voitures et les braquages de banques enregistrent également une diminution.

« Le gouvernement Bolsonaro mène toutes les actions nécessaires à pas de géant, mais l’homme ne résoudra pas tout en un an. Il n’apportera pas la recette à tous les maux créés au Brésil, pour ne nommer personne, pendant les seize dernières années », signale-t-elle en référence aux gouvernements du Parti des travailleurs.

En neuf mois, il semble que le discours du couple s’est encore plus aligné sur celui du président. Pour eux, il faut donner la priorité à l’éducation : « Au cours des vingt prochaines années, la réponse viendra de l’éducation. La violence disparaît en général quand la population est instruite et en bonne santé. »

Adalcyr Luiz da Silva (Brasilia) : « Je m’attendais à des mesures plus convaincantes de lutte contre la corruption »

Interrogé début 2019 sur les motifs qui l’ont poussé à voter pour Bolsonaro, Adalcyr Luiz da Silva Junior, orthodontiste de 55 ans et professeur d’université, a souligné sa lassitude du système corrompu hérité des gouvernements précédents. Aujourd’hui, la lutte contre la corruption le laisse perplexe. « Je m’attendais à des mesures plus convaincantes dans ce domaine. Il est prématuré de parler de mécontentement. J’aimerais dire que je suis satisfait, mais ce n’est pas tout à fait le cas », explique-t-il.

Cette personne s’indigne en particulier du manque de soutien décisif à l’opération Lava Jato, à l’origine de l’incarcération de dizaines de chefs d’entreprise, de blanchisseurs d’argent, de lobbyistes et de responsables politiques, dont l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, le principal rival de Bolsonaro. « Vous m’interpellez sur Bolsonaro, mais sur quoi le Lava Jato a-t-il notamment débouché ? S’il y a bien eu une politique menée par le gouvernement, elle s’est centrée sur l’affaiblissement de son pouvoir. » Il regrette également la prétendue protection du président à son fils aîné, le sénateur Flavio Bolsonaro, qui fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent, détournement de fonds et association de malfaiteurs.

Pour ce professeur, qui se dit opposé à toute position radicale, l’administration Bolsonaro ressemble de toute évidence aux précédentes. « Le changement ? L’un est de droite, et les autres, de gauche. Pour le reste, c’est pratiquement du pareil au même. » En revanche, la politique économique le séduit. « J’aime bien Paulo Guedes et j’observe qu’il fait du bon boulot. Le taux d’intérêt Selic est faible et ils sont occupés à créer des emplois », pointe-t-il, tout en continuant aussi d’éprouver une certaine admiration pour Sergio Moro, ministre de la Justice et ancien juge : « Il faut qu’il incarne le surhomme qu’il se promettait d’incarner. »

L’action du gouvernement reçoit de sa part un score de quatre points sur dix. Pour cause : un manque d’implication, selon lui, pour orienter et défendre les questions d’intérêt national au Congrès : « Je pensais que cette habitude qui consiste à se laver les mains et à attendre que toutes les solutions viennent du Congrès était l’affaire d’autres gouvernements. J’espère que celui-ci s’impliquera davantage. »

L’orthodontiste table, au niveau de l’exécutif, sur un renforcement des politiques de lutte contre la corruption et, surtout, des investissements dans l’éducation, avec une répartition plus équilibrée du financement entre les écoles supérieures, primaires et secondaires sans idéologie ni partisanerie. « Je ne suis pas bolsonariste. Pour moi, il a incarné une alternative en faveur du changement. Mais je ne l’idolâtre pas non plus. Si ça tourne mal, alors je le ferai savoir. » Les critiques commencent déjà à fuser.

Marcos Galdino (São Paulo) : « Le président m’a convaincu, mais pas le pouvoir législatif »

Marcos Galdino Júnior, un pasteur évangélique de 35 ans, est catégorique : « Le président m’a convaincu, mais pas le pouvoir législatif. En effet, il se donne beaucoup de mal mais le Sénat, le Congrès et la Cour suprême lui placent des bâtons dans les roues », explique-t-il au siège de l’Eglise qu’il dirige à São Paulo, une branche des Assemblées de Dieu regroupant 100.000 fidèles. Galdino, marié et père de trois enfants, se fait l’écho d’une opinion largement partagée par le noyau dur du bolsonarisme, qui considère que Rodrigo Maia, le président de la Chambre des députés, a trop de pouvoir pour organiser le programme du gouvernement. L’indignation face à la Cour suprême est également vive. « C’est une blague, elle veut légiférer ! », se lamente-t-il.

Les manifestations de rue des bolsonaristes contre les autres pouvoirs de l’Etat ont certes suscité des préoccupations au sein des institutions – mais pas du gouvernement – et de l’ONU. Néanmoins, selon Galdino, « l’équilibre des pouvoirs est indispensable. La dictature militaire, c’en est fini au Brésil. »

Bolsonaro doit « désidéologiser les écoles ». Il y a un an, c’était une priorité du programme sur les valeurs, sa promesse de campagne. Galdino exprime sa satisfaction parce qu’à ses yeux, le président et son équipe « sont occupés à extirper l’idéologie de gauche » de l’éducation et « à réorienter les sommes destinées à d’autres finalités vers l’enseignement fondamental libre de toute idéologie ».

En 2020, Bolsonaro a précisément centré une des vidéos d’évaluation diffusée sur les réseaux sociaux à ses millions d’abonnés autour de cette problématique : la responsabilité de la famille, et non du système scolaire, par rapport à l’éducation des valeurs. Face à l’appréhension négative du portrait de sa gestion par les principaux médias, il ébauche son propre récit, qu’il fait directement parvenir à ses followers. « Dieu merci, il y a les réseaux sociaux. Si on devait croire ce qui circule la plupart du temps à la télévision, on avalerait n’importe quoi », manifeste Galdino.

Malgré ses références permanentes à Dieu et ses louanges de la famille traditionnelle, Bolsonaro n’a pas opéré les changements législatifs promis, notamment la limitation du droit à l’avortement – légal sous trois conditions – ou l’opposition à l’enseignement de l’égalité de genre, qu’il qualifie d’« idéologie du genre ». En revanche, le président a bien promis de nommer au moins « un juge profondément évangélique à la Cour suprême ». Le pasteur exprime sa préférence pour un profil « de technicien de haut niveau, même s’il s’agit d’un catholique. A quoi bon être évangélique si la personne n’a pas l’expertise ? » Et d’ajouter que « la sectorisation des pouvoirs n’est pas une bonne chose ». Il remercie le chef de l’exécutif pour le coup d’arrêt brusque imposé au projet visant à taxer les dons aux Eglises, un enjeu majeur impliquant des sommes colossales.

Autre question très claire à ses yeux : la priorité à la sécurité. « Dimanche, un paroissien a été tué. Il était avec sa femme et on a voulu voler sa voiture », confiait-il à la mi-décembre. « Qu’attendent-ils pour durcir la législation ? Augmenter le nombre de policiers n’est pas la réponse. La loi doit être plus sévère pour que, dès le départ, on ne commette pas de délits », fustige-t-il. Le pasteur se situe déjà dans la perspective d’une réélection de Bolsonaro.

Migrations: Frontex poursuit sa montée en puissance

Selon le bilan 2019 de Frontex, le nombre de traversées irrégulières des frontières (139.000) a baissé de 6
% par rapport à 2018. © Reuters.
Selon le bilan 2019 de Frontex, le nombre de traversées irrégulières des frontières (139.000) a baissé de 6 % par rapport à 2018. © Reuters.

Cet été, une enquête commune du Guardian, de Correctiv (« premier centre d’investigation à but non lucratif dans l’espace germanophone ») et de la chaîne allemande ARD dévoilait, sur la base de documents internes, que Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes, aurait toléré des maltraitances de certains agents à l’égard des migrants. A l’heure du bilan, présenté vendredi à Bruxelles par le directeur Fabrice Leggeri sans aucune mention du scandale, l’agence présente des chiffres dans le vert : le nombre de traversées irrégulières des frontières (139.000) a baissé de 6 % par rapport à 2018. Quant aux chiffres des renvois, ils sont en augmentation. L’agence a par ailleurs organisé ou financé le renvoi de 15.850 personnes vers leur pays d’origine (+ 2.120).

Les moyens accordés à Frontex n’ont cessé d’augmenter depuis 2015 et la crise de l’accueil. Bien que les flux migratoires soient revenus à des niveaux d’avant-crise, le souci (et l’obsession politique) de la préservation des frontières extérieures de Schengen a permis à l’agence de grandir, élargissant au passage son mandat. 2020, en ce sens, marque un tournant : jusqu’à présent, l’agence s’appuyait sur des délégations nationales mises à disposition pour une durée limitée ; mais en octobre, Frontex lançait une première vague de recrutement destinée à pourvoir 700 postes d’officiers gardes-frontières européens permanents. L’idée est qu’ils soient opérationnels en 2021. A terme, Frontex compte sur une capacité de déploiement de 10.000 gardes-frontières et gardes-côtes, composés en partie par un staff permanent, en partie par des délégations nationales.

Grâce à ces renforts, l’agence doit pouvoir avoir une approche moins réactive, anticipant davantage ses opérations en fonction du travail de renseignement mené aux frontières. Outre les missions nécessitant des déploiements d’envergure (en Méditerranée, par exemple), les officiers seront amenés à soutenir tous les Etats membres dans leur gestion des frontières (formation des douaniers, aides ponctuelles…).

« Pour la première fois, des officiers porteront l’uniforme européen. Ils ne représenteront pas une nation mais bien l’Union européenne », s’enthousiasme le directeur de l’agence, Fabrice Leggeri. 7.500 candidats se seraient déjà fait connaître, provenant d’un peu partout en Europe – « et pas seulement des pays ayant un niveau salarial moins élevé », précise le Français. « On va les former pendant six mois. La Commission propose de payer les salaires et l’équipement. En ce sens, nos ambitions dépendent du succès d’implémentation du budget pluriannuel européen. »

La Commission européenne a proposé d’allouer 10,6 milliards d’euros à l’agence sur la période 2021-2027 (contre 2,7 sur la période précédente). Mais c’est loin d’être gagné, dans un contexte serré où les Etats doivent faire sans la contribution britannique mais avec davantage de priorités à financer et des politiques traditionnelles sur lesquelles on rechigne à rogner. La proposition révisée de la présidence finlandaise du Conseil de l’UE, dévoilée en décembre, avait raboté d’un tiers le projet de financement de Frontex (plus en phase avec la ligne belge, qui doute par ailleurs de la capacité de l’agence à absorber une telle croissance). En 2019, le budget de l’agence s’élevait à 333 millions, « utilisés. A 100 % ».

Victorieux à Malines, le Standard repart du bon pied

©News Analyse

Par Etienne Pairoux

Standard ,

Non-élection de Zakia Khattabi: «On aboutit au blocage des institutions»

Hélène Ryckmans, cheffe de groupe Ecolo au Sénat. © Belga.
Hélène Ryckmans, cheffe de groupe Ecolo au Sénat. © Belga.

ENTRETIEN

Malgré une interruption de séance et une réunion du bureau du Sénat, Hélène Ryckmans n’a pu empêcher le rejet de la candidature de Zakia Khattabi pour un poste de juge à la Cour constitutionnelle. La cheffe de groupe est « amère » et regrette le climat dans lequel s’est déroulée cette procédure.

En réunion du bureau du Sénat, vous avez sollicité le report du vote, rejeté faute d’unanimité. Pourquoi ?

Nous demandions le report pour que ce dossier puisse être abordé plus calmement entre les différents partis. Car il y a eu beaucoup de « fake news » qui ont circulé concernant Zakia. Et je regrette que des gens aient utilisé des arguments qui avaient été battus en brèche pour voter contre elle. Et c’était méconnaître là la manière dont elle allait se positionner et travailler une fois installée au sein de la Cour.

Continuez-vous à soutenir sa candidature ?

Oui, car nous pensons que Zakia continue de posséder toutes les qualités requises. Elle correspond bien à la fonction et peut apporter beaucoup à la Cour et à notre démocratie.

Mais allez-vous reproposer sa candidature lors du nouvel appel qui va être lancé ?

Nous verrons. Nous devons en discuter tous ensemble. Pour l’instant, nous accusons le coup.

On savait que sa candidature était critiquée. Avez-vous mené un travail de lobbying auprès des autres partis ?

Nous n’avons pas fait de lobbying mais nous avons eu des contacts avec les autres sénateurs pour savoir s’ils seraient présents au vote et quel serait leur vote. Et aussi pour démonter toutes les « fake news » que nous avions entendues. Stijn Bex, chef de groupe Groen, et moi avons multiplié les contacts, chacun dans notre groupe linguistique.

Et Zakia Khattabi ? Et vos coprésidents ? Ont-ils noué des contacts avec les autres familles politiques ?

Je l’ignore.

Pressentiez-vous un tel vote ?

Non. Rien ne le laissait présager. On se comptait. On savait qu’il fallait être tous là pour que le quorum soit atteint et qu’on obtienne assez de votes favorables car l’exigence pour cette Cour est très importante : il faut obtenir deux tiers des votes. Sans doute parce que quand on l’a installée, il y avait moins de partis. Aujourd’hui, il y en a douze.

Comment analysez-vous cet échec ?

Aujourd’hui, on aboutit au blocage des institutions. J’ai vu comment la N-VA et le Vlaams Belang ont célébré cela sur les réseaux sociaux. C’est glaçant. Et cela risque de laisser des traces.

Négociations fédérales: certains ne renoncent pas à un petit tour de Bart De Wever…

Le 28 janvier, les informateurs remettront leur rapport final au Roi. © Belga.
Le 28 janvier, les informateurs remettront leur rapport final au Roi. © Belga.

Le PTB-PVDA annonce une marche « Grosse Colère », pour le 1er mars, avec tous ceux « qui s’opposent à la scission du pays » et « qui en ont assez des négociations interminables ». Le 28 janvier, les informateurs remettront leur rapport final au Roi alors que la FGTB appelle à la grève, là encore du type « Grosse Colère ». La pression s’accroît. Dans ce contexte, on aura compris que Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) sont attendus au Palais lundi pour un rapport intermédiaire qui représente une étape importante (une de plus) dans un calendrier politique tendu vers un possible retour aux urnes.

Où en est-on pratiquement ? Les « conditions » sociales posées, jeudi soir à Obaix lors des vœux du PS, par Paul Magnette, à toute participation du PS à un gouvernement fédéral, les commentaires en off dans la salle après son discours (« Jamais avec la N-VA »), ceux de Pierre-Yves Dermagne dans l’Echo (« Nous ne voulons pas gouverner avec la N-VA »), tout cela converge : il n’y a pas de veto anti-N-VA mais les rouges n’imaginent pas de se hisser au pouvoir avec elle. Le repositionnement à peu près à l’unisson du PS et du SP.A (Conner Rousseau était à Obaix jeudi, Paul Magnette sera à Zolder, dimanche pour les vœux du SP.A) va dans ce sens.

Ajoutez la croisade de la N-VA contre la candidature de Zakia Khattabi à la Cour constitutionnelle, couronnée de succès à ce stade, mais qui donne néanmoins à voir un certain isolement du parti nationaliste flamand (qui a voté avec le Vlaams Belang et quelques francs-tireurs). De là à imaginer que des négociations sans la N-VA pourraient débuter sous peu au fédéral, on n’y est pas. Le CD&V, en particulier, reste prudent.

Rencontre au sommet ?

Une hypothèse : les chrétiens-démocrates voudraient-ils lancer Bart De Wever dans l’arène, comme informateur, pour que lui teste, une dernière fois, N-VA et PS ? Côté libéral, certains soupçonnent Paul Magnette de poursuivre cet objectif : lancer De Wever pour signifier l’échec de la mission Bouchez-Coens. Puis acter l’impossibilité de l’alliance rouge-jaune.

En attendant, le duo d’informateurs a rencontré le SP.A vendredi. Et l’on se demandait s’il réunirait Bart De Wever et Paul Magnette la semaine prochaine pour une rencontre au sommet.

Google au régime sans cookies: le leurre et l’argent du leurre

© Reuters.
© Reuters.

Quelle mouche aurait donc piqué Google ? Le 14 janvier, la firme de Mountain View a confirmé sa décision, esquissée déjà l’été dernier, de supprimer totalement les « cookies tiers » de son navigateur Chrome. En déclarant la guerre à ces petits « mouchards » du Web, ingrédient essentiel de son business model basé sur la collecte de données privées, Google aurait-il subitement retourné sa veste ? Un peu comme si Exxon Mobil annonçait la fin de ses activités dans les énergies fossiles, Philip Morris dans le tabac. Ou Ferrero dans les pâtes à tartiner. Certainement pas. La fin des « cookies » tiers, c’est certes la fin d’une époque, mais en aucun cas celle de la publicité ciblée. Gare au trompe-l’œil. On décode.

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De quoi parle-t-on ?

Les « cookies », ce sont ces petits fichiers qui se glissent dans votre navigateur lorsque vous surfez sur le Web. Leur but : aspirer le maximum de vos traces numériques abandonnées sur le Web, depuis la taille de votre écran jusqu’aux données plus personnelles (vos goûts, votre âge…). La plupart du temps, ces données sont utilisées pour améliorer votre expérience utilisateur (par exemple : inutile pour un abonné de se reconnecter chaque fois qu’il visite « le Soir Plus »).

Ces cookies sont aussi utilisés pour dresser le profil de l’internaute. Il vaut de l’or : les plages publicitaires disponibles sur les pages Web visitées sont en effet revendues aux enchères, en temps réel (« Real Time billing ») à des annonceurs qui, précisément, souhaitent cibler des individus précis (par exemple : des hommes, de plus de 40 ans, fans de sport et de voitures).

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Quel est le problème ?

Il y a les bons et les « mauvais » cookies. C’est le cas des « cookies » tiers. Devenus la bête noire des internautes et des défenseurs de la vie privée, ils sont placés par des serveurs de sites autres que celui que vous êtes en train de visiter. Aspirateurs à données personnelles, ils permettent d’établir des profils dédiés, ultra-ciblés. Et de « servir » des pubs opportunistes qui vous suivent de page en page comme le sparadrap du capitaine Haddock. Cas typique : la paire de baskets qui vous colle aux semelles si vous avez eu le malheur d’en consulter une sur un site d’e-commerce. Changez « chaussures » par « voiture », « hôtel », « pizza », « coque de smartphone » et vous avez compris.

La seule manière de se débarrasser de ces traceurs, sur le navigateur Chrome de Google, consiste à purger son historique de navigation. Ou à placer des bloqueurs de cookies.

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Pourquoi Google veut les éradiquer ?

Ce sont précisément ces « cookies tiers », devenus tellement impopulaires qu’ils finissent par menacer tout l’écosystème, que Google entend éradiquer d’ici deux ans. L’annonce a cela d’étonnant que la firme a bâti son empire sur ces techniques de ciblage publicitaires, au point qu’elles alimentent aujourd’hui près de 90 % de son chiffre d’affaires. Globalement, le géant suit le même chemin que les autres acteurs mondiaux du web : une volonté de façade de protéger la vie privée des utilisateurs.

Une volte-face savamment orchestrée, qui fait d’ailleurs sourire Pierre Dewitte, chercheur en droit des technologies de l’information à la KULeuven. « Ils ont vu que cela sentait le roussi. Ces cookies sont de plus en plus en contradiction avec les règlements, comme le RGPD. Le système prend l’eau et ils préparent leur sortie, comme d’autres quittent les énergies fossiles pour investir dans le renouvelable. »

Principal souci : « leur manque de transparence », lié au fait que, entre le site visité et l’annonceur, les données personnelles transitent par toute une série d’intermédiaires. Sans pour autant que l’internaute ait donné son consentement. L’annonce de Google a d’ailleurs provoqué la chute du cours de Critério, le spécialiste français du reciblage publicitaire sur Internet.

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Est-ce la fin de la publicité ciblée ?

Panique à bord ! L’Association américaine des agences de publicité (4A) et l’Association of National Advertisers (ANA) a déjà exhorté Google à reconsidérer sa décision, du moins tant qu’il n’y a pas d’alternative. « Google ne s’est évidemment pas tiré une balle dans le pied », rappelle Pierre Dewitte. D’ailleurs, Google prend soin de préserver les cookies « classiques » : « Ils font partie de l’écosystème du Web et permettent à la plupart des sites gratuits de vivre grâce à la publicité. »

En revanche, si la fin des « cookies » tiers devrait tourner une page historique sur les techniques de « tracking » sauvage, elle ne marque pour autant pas la fin de la publicité ciblée. Les alternatives, basées notamment sur l’intelligence artificielle », sont sur le métier. Globalement, souligne Pierre Dewitte, « elles pourraient constituer un grand pas en avant ». Moins de données personnelles dans la nature, un ciblage publicitaire plus anonyme, visant des groupes démographiques plus anonymisés.

Le restaurant Bocuse perd une étoile: «Elles ne s’héritent pas, elles se méritent»

La réouverture de l’Auberge de Collonges, actuellement en travaux, sera donc particulièrement attendue le 24 janvier.
 © 
AFP
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La réouverture de l’Auberge de Collonges, actuellement en travaux, sera donc particulièrement attendue le 24 janvier. © AFP . - AFP

L’annonce de la perte imminente de la troisième étoile de l’Auberge du Pont de Collonges (Lyon), le restaurant du feu « pape de la gastronomie française » Paul Bocuse, a suscité son lot d’indignations sur les réseaux sociaux. Deux ans après la mort du célèbre chef français à 91 ans, les internautes accusent le guide rouge de le tuer une deuxième fois. Voire de chercher le buzz, comme l’a dénoncé le critique gastronomique Périco Lagasse sur Radio-France. Le chef français Marc Veyrat, qui a perdu sa troisième étoile en 2019, un an après l’avoir acquise, et a attaqué Michelin en justice, est monté au créneau sur Europe 1  : « C’est dramatique, c’est pathétique… La nouvelle génération (…) qui est incompétente veut faire disparaître la génération Bocuse dont je fais partie. »

Contacté par Le Soir, Gwendal Poullennec, le directeur monde des guides Michelin depuis septembre 2018, défend avant tout l’impartialité de ses inspecteurs : « Nous avons conscience de l’émotion suscitée, mais le guide est fait pour les gens qui vont au restaurant et non en fonction de l’aura médiatique d’un chef. Les étoiles ne s’héritent pas, elles se méritent. Tous les ans, les recommandations sont remises en cause, sans traitement de faveur. Elles sont le fruit du travail de nos inspecteurs qui explorent le terrain en toute indépendance, de façon anonyme, et paient leurs additions. Les décisions sont collectives, ce qui fait notre force. Il n’y a aucun parti pris et pas de quota. »

« Recommandation d’excellence »

Pour lui, la rétrogradation du restaurant qui cumulait trois étoiles sans discontinuer depuis 1965 n’est pas un camouflet : « Deux étoiles, ça reste une recommandation d’excellence, puisque la France compte moins de 100 restaurants à ce niveau. »

Gwendal Poullennec qui s’est rendu sur place ce jeudi à Collonges-au-Mont-d’Or, par égard pour les équipes avant la publication de l’édition française du guide le 27 janvier, se défend de toute velléité d’attirer l’attention médiatique : « Je ne commenterai pas ces accusations. Le Michelin, qui va fêter ses 120 ans cette année, est actuellement en plein essor. Il ne s’est jamais aussi bien porté au niveau international puisque plus de 32 pays sont couverts. Le public nous fait confiance, que ce soit sur papier ou via le site et les réseaux sociaux. Cette confiance se mérite. »

« L’âme de Monsieur Paul »

Quelques heures après l’annonce de la perte de la troisième étoile, la famille et les équipes du restaurant Paul Bocuse sont sorties du silence par voie de communiqué : « Bien que bouleversés par le jugement des inspecteurs, il y a une chose que nous souhaitons ne jamais perdre, c’est l’âme de Monsieur Paul. Paul Bocuse était un visionnaire, un homme libre, une force de la nature, et c’est dans cet esprit que nous avons construit la nouvelle expérience que nous orchestrons depuis le mois d’octobre 2019. » Le trio de chefs Christophe Muller, Gilles Reinhardt et Olivier Couvin – tous Meilleur Ouvrier de France –, le directeur de salle François Pipala, aussi Meilleur Ouvrier de France, et le directeur général de la maison, Vincent Le Roux, avaient dévoilé en octobre dernier leur expérience culinaire baptisée « La Tradition en mouvement ». Soit les plats signatures de « Monsieur Paul », revus à la sauce d’aujourd’hui, et des travaux d’ampleur.

Il faut que tout change pour que rien ne change. Quitte à être bousculé… La réouverture de l’Auberge de Collonges, actuellement en travaux, sera particulièrement attendue le 24 janvier.

Avec ses mille milliards, Google consacre le règne des Gafa

Sundar Pichai est un patron heureux.
Sundar Pichai est un patron heureux. - AFP.

Porté par un mouvement d’euphorie sur les marchés financiers américains, Alphabet, la maison mère de Google, a franchi jeudi pour la première fois le cap symbolique des 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Le groupe américain entre ainsi dans le club très fermé des entreprises dont la valeur compte 13 chiffres. Deux sociétés américaines en font déjà partie : Apple (1.380 milliards de dollars) et Microsoft (1.270 milliards). A une échelle plus globale, il faut aussi ajouter l’entreprise pétrolière saoudienne Saudi Aramco, qui est entrée en Bourse récemment et qui pèse 1.800 milliards de dollars.

Un autre membre des Gafa – Amazon – a déjà dépassé la barre des 1.000 milliards mais est depuis repassé en dessous de celle-ci. Quant au dernier des Gafa – Facebook –, il est probable qu’il sera le prochain à franchir ce cap, même si le fossé entre lui et les trois autres reste substantiel (il est à 632 milliards).

Ce cap symbolique franchi illustre une fois de plus la domination qu’exerce le secteur des nouvelles technologies sur la Bourse américaine. Les cinq plus grandes capitalisations boursières US sont toutes issues de celui-ci. A elles seules, ces sociétés technologiques pèsent près de 15 % de l’indice S&P 500. La plus grande société américaine hors de ce secteur est le holding Berkshire Hathaway, avec une valeur de 563 milliards. Les institutions financières Visa et JP Morgan Chase&Co clôturent le top 10 avec le groupe pharmaceutique J&J et le distributeur Wal-Mart. Il est loin le temps où la bourse américaine était dominée par des groupes énergétiques ou des conglomérats industriels. Le premier groupe pétrolier, Exxon Mobil, jadis numéro un, ne figure qu’à la 13e position et General Electric est relégué à la 64e.

La présidentielle US, bonne affaire à venir

Google a vu son cours de bourse flamber ces six derniers mois (+23 %). Avec le temps, il a réussi à s’imposer comme le principal bénéficiaire du déplacement des budgets publicitaires et marketing vers le digital et reste l’indétrônable leader de la publicité en ligne. Il capterait 31 % de parts de marché de la publicité numérique dans le monde en 2019, d’après le bureau d’études eMarketer. Il commercialise celle-ci sur ses propres sites (son moteur de recherche, YouTube, Maps…) ou sur des sites tiers via ses régies (Adsense…). Malgré les menaces que représentent pour lui l’adoption de réglementations visant à mieux protéger la vie privée des internautes et les procédures anti-trust, les marchés financiers restent particulièrement optimistes sur ses perspectives bénéficiaires.

Les analystes recommandent pratiquement tous le titre à l’achat. Ils estiment que Google va continuer à faire grandir en 2020 son activité publicitaire suite au lancement de nouvelles initiatives et qu’il devrait profiter d’une augmentation des dépenses en matière de publicité électorale aux Etats-Unis à l’occasion de l’élection présidentielle.

Ce record boursier pour Alphabet intervient alors que la société vient de connaître un changement de management historique. Les deux fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont décidé de se retirer complètement de la gestion opérationnelle et de céder la main au CEO de Google, Sundar Pichai.

Maïa Mazaurette au «Soir»: «La pénétration est le plat micro-ondable de la sexualité»

«
Avec #Metoo, le niveau de tolérance des femmes a diminué
: on n’accepte plus des rapports qui ne nous épanouissent pas
», affirme Maïa Mazaurette.
« Avec #Metoo, le niveau de tolérance des femmes a diminué : on n’accepte plus des rapports qui ne nous épanouissent pas », affirme Maïa Mazaurette. - DR

ENTRETIEN

Elle est sans doute la « sexperte » la plus renommée de l’Hexagone. Depuis une quinzaine d’années, Maïa Mazaurette explore et dissèque nos sexualités contemporaines à grand renfort de recherche scientifique, de chiffres et autres enquêtes d’opinion. En ce début d’année, elle publie un recueil de ses chroniques diffusées dans Le Monde, ainsi qu’un un ouvrage original. Il comporte deux parties, tête-bêche. La première, « Sortir du trou », est un pamphlet bien trempé contre notre vision étriquée du sexe, réduisant la femme à un trou, l’homme à un pénis, le tout accouchant d’une sexualité hétérosexuelle au mieux ennuyeuse, au pire blessante voire abusive. La seconde, « Lever la tête », trace joyeusement les pistes d’un « nouveau répertoire érotique » plus égalitaire, plus créatif, et surtout plus jouissif.

Vous en appelez à une nouvelle libération sexuelle, celle de Mai 68 n’ayant pas eu lieu. C’est-à-dire ?

Il y a eu une confusion entre révolution sexuelle et révolution de la reproduction. Ce que la génération 68 a changé, c’est la possibilité pour les femmes d’avoir des rapports sexuels sans risquer de tomber enceintes. Et ça, c’est une révolution, je ne le nie pas. Par contre, on a continué les mêmes pratiques, mais avec plus de personnes. Or ces pratiques favorisent sexuellement les hommes. On continue d’appeler « préliminaires » les pratiques qui donnent le plus de plaisir aux femmes, de mettre un terme au rapport quand l’homme a joui, de vouer un culte aux rapports qui font un peu mal… Aucune des conditions n’est réunie pour parler de rapports sexuels égalitaires et d’un renouvellement des pratiques.

Dans la première partie de votre ouvrage, « Sortir du trou », vous analysez l’origine du problème : on a fait de la femme un trou.

Le problème du trou, c’est que quand on regarde la définition au dictionnaire, c’est un espace vide. Evidemment, on me répondra que ce n’est que le dictionnaire. Pourtant, les mots qu’on emploie ne sont pas sans conséquences. En construisant leur sexe comme un espace vide, on a construit les femmes comme attendant d’être comblées. De la même façon, on a limité le masculin à un pénis en érection. Résultat : les testicules, par exemple, disparaissent totalement de l’équation. Et si les hommes sont rigides, ils doivent donc être solides, aller droit au but, etc. La façon dont on a construit une anatomie imaginaire de nos corps construit des images sociales, délétères pour les hommes et pour les femmes, mais davantage pour celles-ci.

Résultat : on s’emmerde. « Je nous écoute depuis quinze ans nous plaindre d’une sexualité à se pendre d’ennui », dites-vous.

Et ça marche dans tous les sens cette affaire ! Cela produit des prophéties autoralisatrices. Si on dit que le rapport sexuel ce n’est que la pénétration, on s’y ennuie. Et pour finir, la seule manière d’admettre qu’un truc aussi transcendant que le sexe soit chiant, c’est de se dire que « c’est comme ça ». Mais avec #Metoo, le niveau de tolérance des femmes a diminué : on n’accepte plus des rapports qui ne nous épanouissent pas. Car tant que les femmes ne râlent pas, ce ne sont pas les hommes qui seront prescripteurs de nouvelles tendances. Pour eux, la pénétration est le meilleur ratio temps investi/orgasme. C’est le plat micro-ondable de la sexualité.

Pour le moment, la solution proposée à cet « ennui » est de « pimenter » sa sexualité, le plus souvent par l’échangisme ou le BDSM. En quoi est-ce un problème ?

Parce que ça fait mal ! Si on me gifle ou qu’on m’étrangle, ça me fait mal. Je trouve toujours assez drôle d’entendre tous ces hommes qui vantent les délices d’une sexualité risquée, alors que ce n’est jamais l’homme hétéro qui subit le risque dans ce type de rapports. Ces formes de subversion sont en fait très réac’, aristocratiques et fondées sur des codes puritains : cette haine du corps, de la chair animale, qu’il faudrait châtier, contraindre. Je sais qu’il y a des femmes qui aiment ça, qui y prennent du plaisir. Je me demande simplement si on ne pourrait pas panser nos plaies, plutôt que de les gratter indéfiniment.

Beaucoup de femmes gardent en effet des fantasmes de soumission, de viol. Ces fantasmes sont construits par toute une culture : s’en défaire ne se décrète pas…

Moi aussi j’ai grandi avec ces fantasmes-là. J’ai lu du Sade, du Matzneff à 16 ans ! Mais c’est justement parce que ces fantasmes sont construits qu’on peut les déconstruire. Cela fait longtemps que je ne recours plus au porno, par exemple. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout de fantasme de soumission. Nous ne sommes pas démunis face à nos fantasmes, on peut les changer. C’est quelque chose qui se travaille par la curiosité, mais aussi dans la pratique.

Ce qui implique des compétences, des savoirs. Alors qu’on pense souvent que le sexe est « naturel ».

L’argument naturaliste est utilisé pour défendre la pénétration des femmes par les hommes. Or, naturellement, on a du plaisir en se masturbant. Les hommes ont du plaisir avec la pénétration anale, grâce à la prostate. Si on veut utiliser l’argument naturaliste, il va contre la pénétration vaginale.

Le sexe selon Maïa, Maïa Mazaurette, La Martinière, 234
p., 22,90
€

Sortir du trou, lever la tête, Maïa Mazaurette, Ed. Anne Carrière, 300
p., 18
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Un journaliste iranien raconte: «Personne en Iran n’a pleuré la mort de Soleimani»

Une manifestation à la suite de la mort du général Soleimani.
Une manifestation à la suite de la mort du général Soleimani. - Reuters

L’Iranien Houshang Asadi est né en 1950, il est écrivain, scénariste, journaliste et traducteur de Gabriel García Márquez, Mario Vargas Llosa et T.S. Eliot, entre autres. A l’époque où régnait le chah Mohammad Reza Pahlavi, il appartenait au parti communiste d’Iran, le Toudeh, et a été emprisonné du fait de ses activités politiques. En 1975, il partageait la cellule de l’ayatollah Ali Khamenei, guide spirituel et dirigeant politique actuel de l’Iran.

Quelques années après la victoire de la révolution islamique de 1979, il fut de nouveau arrêté, sous de fausses accusations d’espionnage pour le compte de la Grande-Bretagne et de l’URSS. Lors d’un procès d’opérette (qui a duré 15 minutes, la sentence étant rendue par un mollah), il fut condamné à la peine de mort, commuée en 15 années d’emprisonnement, puis soumis à la torture à maintes reprises dans le but de lui extorquer des aveux et une autocritique. Il ressort de prison au bout de six ans et parvient à quitter l’Iran en 2003.

Il a obtenu le Human Rights Book Award (prix du livre des droits de l’homme) pour son ouvrage autobiographique Letters to my torturer (Lettres à mon tortionnaire). Il vit à Paris.

Aux yeux des Iraniens, qui était le général Qassem Soleimani, que les médias du monde entier désignent comme le deuxième homme du pays, commandant de la force spéciale Al-Qods, notamment responsable des opérations extérieures de terrorisme et d’espionnage ?

Cela dépend à qui l’on pose la question. Pour la propagande, les personnes du régime et ses partisans, un groupe qui compte à peu de chose près 6 millions d’Iraniens sur une population qui dépasse largement les 80 millions d’habitants, c’était un héros de guerre, un grand commandant et un grand militaire, le défenseur de la Révolution islamique, l’un des chefs religieux bien que non-membre de la caste des ayatollahs. Et pour tous les autres, en particulier pour les jeunes, il n’était rien d’autre qu’un haut fonctionnaire de l’exécrable dictature et un boucher sanguinaire.

Six millions de personnes, cela fait néanmoins beaucoup de monde.

Et combien y avait-il de partisans d’Hitler, même à la fin du IIIe Reich ? Pourtant, aujourd’hui, l’Allemagne est une démocratie européenne exemplaire. Combien de personnes en Union soviétique croyaient en Staline, et même en Brejnev ? Combien ont voté pour les candidats de l’ancien régime en 1989 en Pologne, pays deux fois moins peuplé que l’Iran ? Ou dans d’autres pays d’Europe de l’Est ? Soleimani assassinait et complotait autant qu’il pouvait. Il était non seulement responsable des opérations mais aussi des crimes du régime iranien en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen, des actes d’espionnage et des conspirations dans le monde entier. De sa main ou de celle de ses hommes, des milliers d’Iraniens sont morts, tués dans les prisons ou pendant des manifestations d’opposition au régime. Il me semble qu’aucun Iranien ne l’a pleuré, exception faite des agents de l’autorité et de personnes leurrées par le système.

Récemment, lors des manifestations qui ont fait suite à l’augmentation des prix du carburant, des centaines de milliers de personnes sont sorties dans la rue, près de 1.500 sont mortes, dont un bon nombre d’une balle derrière la tête. Après la mort de Soleimani, nous avons de nouveau des foules dans les rues, les gens sont piétinés, meurent par dizaines pour avoir voulu s’approcher de la dépouille du général tant aimé. Comme s’il y avait deux sociétés iraniennes. C’est difficile à concevoir.

C’est simple, comme dans toute dictature. Quand les Iraniens protestent contre le pouvoir, ils le font sans réfléchir, c’est un cri du cœur. Bien sûr, personne ne pense qu’en allant manifester, il sera inéluctablement tué, mais puisque ce régime a pour pratique de tirer sur ses propres citoyens, il faut compter avec. Pour les obsèques de Soleimani, seules ont été autorisées à défiler des personnes triées sur le volet, une foule d’islamistes organisée en amont. Ce n’était pas une réaction instinctive du peuple iranien mu par la mort du général, mais une opération dirigée par le gouvernement. Si plusieurs dizaines de personnes ont été piétinées durant l’événement, cela témoigne seulement des piètres compétences organisationnelles des ayatollahs. Le monde voit des milliers de personnes pleurer Soleimani, donc le spectacle est réussi, même si ce n’est pas parfait.

Par ailleurs, un avion civil ukrainien a été abattu dans la foulée. Les manifestations contre les propos mensongers du régime dans cette affaire indiquent-elles un tournant dans l’évolution de la situation iranienne ? Les manifestants scandent : « A mort la dictature ! », même s’il faut reconnaître qu’ils ne sont pas aussi nombreux que lors des dernières protestations contre la dictature des ayatollahs.

Le missile tiré sur l’avion civil et la mort des passagers, qui appartenaient en majorité à la jeune élite iranienne, a abasourdi mon peuple. Des étudiants sont morts alors qu’ils repartaient dans leur école. Après 72 heures de négation et de mensonge, le régime a finalement dû reconnaître ses actes. Non pas de son plein gré, mais sous la pression internationale. Je ne crois pas trop qu’il ait réellement des regrets. Ce sont des larmes de crocodile. Mais reconnaître ce massacre a allumé une étincelle aux yeux de la société. Reconnaître sa faute, c’était comme jouer avec un feu ouvert à côté d’un baril de poudre. La colère de la jeunesse s’est déversée dans les rues de l’Iran tout entier. Le mot d’ordre de ces manifestations véritablement issues du peuple, c’est l’espoir d’une chute de Khamenei et d’un bouleversement dans la République islamique.

Toutefois, dans les rues iraniennes, de Téhéran jusqu’à Mechhed, des affiches antiaméricaines sont accrochées. Le bâtiment de l’ancienne ambassade des États-Unis, dans lequel en novembre 1979, des étudiants et des religieux révoltés, autodéclarés « partisans de la ligne de l’imam Khomeini », ont pris cinquante-deux otages qu’ils ont détenus pendant 444 jours, est bariolé de graffitis antiaméricains. Les foules crient dans les rues et les députés au parlement : « Mort à l’Amérique ! »

Pendant les manifestations contre le gouvernement, les gens déchiraient aussi spontanément les affiches antiaméricaines. Il me semble que cela montre mieux l’état d’esprit. La grande majorité des Iraniens ne s’oppose à aucune Nation ni à aucun pays, mais elle ne peut pas le montrer, car les manifestations sont interdites. L’injonction « Mort à l’Amérique ! » au Parlement ou dans la rue est un élément de propagande et n’a rien à voir avec la réalité.

Au contraire, la société iranienne est la seule société du Proche-Orient, en dehors des Israéliens et des Kurdes, à ne pas avoir une attitude de haine et de rejet envers l’Amérique. Elle est plutôt proaméricaine puisque cela va dans le sens de l’opposition au régime. C’est la posture universelle, en particulier chez les jeunes qui aspirent à regarder les mêmes films et à vivre de la même manière que leurs pairs américains, qui écoutent la musique qu’on diffuse aux Etats-Unis ou en Europe, s’habillent comme la jeunesse du monde entier, et les jeunes filles feignent de se couvrir les cheveux.

En Europe et aux Etats-Unis, les experts de l’Iran disent que malgré l’aversion pour le régime des ayatollahs, l’attaque portée par les Américains sur Qassem Soleimani réunit d’une manière ou d’une autre la fierté nationale iranienne, puisqu’elle insulte l’honneur de la Nation.

La mort de Soleimani ne signifie rien pour la fierté nationale iranienne. Rien, littéralement, puisqu’on ne peut pas être fier de cet homme. Quel honneur y a-t-il à pleurer un bandit international, même s’il était Iranien ? Honorer la haine qu’il vouait à la liberté et aux Etats-Unis ? L’oppression qu’il exerçait sur son peuple ?

Qu’est devenue l’expérience du régime effroyable du chah Reza Pahlavi, de la terreur, de la corruption, des prisons et de la dépendance des Etats-Unis ? C’est pourtant de là qu’est partie la Révolution islamique. Vous avez vous-même combattu Pahlavi et fait de la prison à cette époque.

L’époque de Reza Pahlavi s’inscrit dans l’histoire de l’Iran. Ces événements remontent à plus de 40 ans, soit avant la naissance de dizaines de milliers d’Iraniens. Aujourd’hui, le problème, ce n’est pas les Etats-Unis, le chah Reza, le siège de l’ambassade, le complot de la CIA, l’action compromettante de Jimmy Carter pour les États-Unis, qui envoya des commandos pour libérer les otages suite à quoi l’opération a échoué avec la collision des hélicoptères au-dessus du désert. L’Iran veut simplement vivre, aimer et bien plus encore.

Vous avez vous-même subi le régime du chah et les méthodes de sa police secrète, la Savak.

A quand cela remonte-t-il ? Je n’ai pas oublié, mais j’avais 25 ans à l’époque et aujourd’hui j’en ai 70. Mais il est vrai qu’être emprisonné pour des motifs politiques n’est jamais agréable, car la nature d’une peine fondée sur des convictions, en particulier dans les régimes dictatoriaux, amène à conclure que l’on peut vous condamner de manière tout à fait arbitraire. Précisément parce que vous avez été enfermé pour votre innocence. Le régime de Pahlavi était terrible, mais complètement différent du système des ayatollahs. Le chah a introduit en Iran ce que j’appelle le despotisme moderne. Nous avions une grande liberté en ce qui concerne la vie personnelle ou les coutumes, nous pouvions regarder vers l’Occident et faire semblant de vivre presque comme en Europe. A condition de ne pas se mêler de politique, de ne rien demander de plus que ce que nous offrait le gouvernement, de ne pas critiquer le chah. Les règles du jeu étaient claires. Les prisons de Pahlavi étaient atroces, la torture y était monnaie courante, mais quiconque décidait d’être actif dans l’opposition savait pertinemment ce qui l’attendait et quelle peine il pouvait se voir infliger. A l’époque, j’étais communiste. Je ne combattais pas le chah l’arme au poing comme beaucoup de mes compagnons du parti, mais je savais que si l’on m’arrêtait, je serais torturé, harcelé, battu pour me faire avouer avec qui je collaborais. Au procès politique devant le tribunal du chah, au nom du régime, j’écoperais au maximum de trois ans, comme tous les opposants politiques qui désobéissaient au pouvoir. Reza Pahlavi traitait de la même façon les islamistes et les libéraux. Lorsque vous passiez aux aveux, on cessait de vous torturer. Avec un certain cynisme, on peut dire que mourir sous les coups était comme un accident de travail. Si j’avais appartenu à une cellule armée, si j’avais été moudjahidin, on aurait pu me pendre ou me fusiller, cela faisait partie des condamnations fréquentes. Ces répercussions atroces étaient connues de tout l’Iran, chacun pouvait donc choisir le seuil de risque auquel il s’exposait. Aujourd’hui, les forces de sécurité des ayatollahs dépendent également des renseignements, comme au temps du chah. Mais leurs missions sont plus ambitieuses. Elles torturent pour casser, anéantir la personne. Il ne suffit pas d’avouer une quelconque action contre le régime ni même de dénoncer ses collaborateurs. Il faut renoncer à ses convictions, faire son autocritique et déclarer que l’interprétation de l’islam donnée par les ayatollahs éclaire le monde entier. Si vous êtes libéral, vous devez condamner le libéralisme, si vous êtes communiste, le communisme. Le plus souvent, il ne suffit pas de renier ses valeurs et de déclarer sa foi. Il faut se traîner soi-même dans la boue. Ensuite, vous passez devant le tribunal, où vos fautes sont jugées non par des juristes, même tributaires des règles de la République islamique, mais par des religieux. Il n’y a ni règle ni code de lois. On peut vous condamner à un mois d’arrestation ou à la peine capitale. Tout dépend de l’humeur du juge ou des besoins de la situation politique. Lors de mon emprisonnement sous le régime des ayatollahs, j’avais un codétenu. On l’a amené les yeux bandés, comme tous ceux qui vont être entendus ou se présentent devant le tribunal. Il est revenu au bout de dix minutes : « J’ai reçu ma sentence. » En langue farsi, certaines consonnes peuvent se prononcer de différentes façons. Un très jeune mollah lui a demandé : « Comment se prononce ton nom de famille, avec le son ‘s’ ou ‘ch’ ? » « Avec le son ‘s’. » Ce à quoi le mollah a répondu : « Dans ce cas, fils de pute, je te condamne à 15 ans. » Pendant mon procès, il n’y avait pas non plus de procureur ni d’avocat. J’ai déclaré sous la torture que j’étais un islamiste, je me suis renié, j’ai reconnu être un espion aux ordres de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique. En quelques minutes, le mollah m’a condamné à la peine de mort ramenée à 15 ans. Les tribunaux de la République islamique sont une atroce farce.

Sous le chah, vous avez partagé la cellule de l’ayatollah Ali Khamenei, le chef suprême de l’Iran actuel.

Nous dormions sur la même couchette, nous nous couvrions avec la même couverture, nous nous réchauffions l’un l’autre. Il faisait vraiment très froid dans cette prison.

Vous avez déclaré à la radio Europe Libre que pendant les gelées hivernales, vous aviez donné votre propre chandail à l’ayatollah.

Il refusait de le prendre. Mais j’ai insisté, car il était très mince, frêle, il tremblait de froid et souffrait plus que moi. Je lui ai donné le chandail et il s’est mis à pleurer, de gratitude sans doute.

Et quand Khamenei a fini par enfiler votre chandail, vous vous êtes embrassés et il a dit que lorsque l’Islam parviendrait au pouvoir en Iran, plus une seule larme ne coulerait.

C’est bien ce qui s’est passé. Et on ne saurait pas l’expliquer en affirmant que Khamenei est un menteur. Dans les situations difficiles, les personnes opprimées disent parfois des paroles en l’air. Nous avons continué à nous voir même après le renversement du chah. La dernière fois, c’était un mois avant qu’il soit nommé président de l’Iran, en 1981. Je vais vous dire : Khamenei est – ou plutôt était – ce qu’on appelle familièrement un brave type. Mais il est devenu un dictateur effroyable, sans cœur, à l’esprit étriqué. Il a toujours été très attaché à l’idéologie. Quand nous nous racontions des plaisanteries dans la cellule et qu’une histoire particulièrement croustillante me venait à l’esprit, il disait : « Houshang, je t’en prie, ne raconte pas cela. » Je respectais sa demande même si je voyais à quel point l’idéologie de l’Islam l’enfermait. A d’autres blagues, il lui arrivait de rire aux éclats. Nous pouvions discuter de poésie et de musique pendant des heures. Khamenei a une très bonne connaissance de la littérature perse ancienne. Nous dormions sur la même couchette, nous nous couvrions d’une seule couverture, nous mangions le même repas, prenions notre douche et riions des mêmes histoires drôles. Ce qui nous distinguait, c’est qu’il portait la barbe islamique et moi non. C’était un bon compagnon de cellule ; ceux qui ont fait de la prison savent ce que cela signifie et l’importance que cela a. Mais son éducation a des lacunes énormes qui sont comblées par un mélange d’ignorance et de haine. Pour lui, tout ce qui a un quelconque caractère occidental – le libéralisme, le socialisme, le communisme – est diabolique. Il est intimement convaincu que la foi en l’Islam est signe du plus haut développement de l’humanité. Je lui ai demandé s’il avait lu « Les Misérables » de Victor Hugo. « Hugo ? Qui est-ce ? », a-t-il demandé. Je lui ai expliqué que c’était un grand écrivain, célèbre dans le monde entier, que « Les Misérables » était un roman exceptionnel sur la misère, l’humiliation, l’exclusion. Il n’a montré aucun intérêt et m’a dit de ne pas parler de ce Hugo, car cela n’avait aucune valeur utile. En revanche, il savait pour sûr que l’Europe était le règne de l’impiété, que l’Occident était dévoué à Satan, qu’on y buvait l’alcool interdit et que les femmes n’y couvraient pas leurs cheveux. Aucun intérêt de connaître ce monde, il convient de l’éradiquer. La musique, les films, la littérature occidentale – tout est mauvais, sans exception. Cet homme bon et chaleureux se transformait en l’espace d’un instant en inquisiteur implacable, sans même élever la voix. Il estimait tout simplement détenir la vérité unique et inaltérable. Il est le chef des fondamentalistes chiites. De son point de vue, la civilisation occidentale est mauvaise et bestiale. Il pense exactement comme les cheiks fondamentalistes sunnites de l’Etat islamique. Il aspire à ce que le monde entier soit régi par la charia et non par l’état de droit. Il considère que la voie du progrès est contraire à la volonté divine. Il voudrait que l’Islam, tel qu’il le conçoit, se substitue à la civilisation contemporaine. Le premier pas devrait être la destruction d’Israël et le dernier, l’étendard du prophète volant sur la Maison-Blanche. Lorsque Khamenei est arrivé au pouvoir, il s’est engouffré dans un système idéologisé, mentalement corrompu, dont il était l’un des fondateurs. L’Iran est une dictature comme la Russie et la Chine, mais beaucoup plus autoritaire et sanguinaire. Khamenei s’est égaré de manière croissante dans l’idéologie. Je ne lui donne pas raison, mais il me semble que les adeptes et les promoteurs de tous les systèmes totalitaires sont et ont été soumis aux mêmes mécanismes. Entre des individus complètement idéologisés – je ne parle pas d’individus religieux, croyants, mais baignés dans l’idéologie – il n’y a de place pour rien d’autre que l’idéologie.

Khamenei est-il différent de l’ayatollah Khomeini, le père de la République islamique ?

Ma femme a été l’auteure de la première interview de Khomeini lorsqu’il avait émigré en France à l’époque du chah, mais aussi du dernier entretien avant son retour en Iran. Elle parlait de son regard, dur, impitoyable. Ses propos avaient pour elle une importance secondaire. Le regard comptait davantage, il était consternant. Des yeux de Khomeini émanait une volonté d’aller jusqu’au bout sans regarder alentour. Il hypnotisait, sa conviction profonde du bien-fondé de ce qu’il faisait et de ce qu’il pensait était contagieuse. Les gens se soumettent devant de telles personnalités. Il suffit de l’écouter et de le regarder dans les yeux même à travers l’écran de la télévision. Le regard de Khomeini était terrifiant, mais séducteur. En ce sens, c’était un personnage effrayant, mais aussi immense, surréel. Khamenei n’a pas la force intérieure de Khomeini, qui était adulé par les foules. C’est une personne totalement ordinaire, terne, respectée par le corps religieux, l’armée et les forces de sécurité. Il est entouré de gens qui ne discutent pas son autorité, car ils sont liés par des intérêts communs : la religion idéologisée, le pouvoir, et pour certains, l’argent.

Pensez-vous que l’ayatollah Khamenei ait véritablement pleuré sur le corps de Soleimani comme l’ont montré toutes les télévisions du monde ?

C’était un happening islamiste. Il faut pleurer aux enterrements, même ostensiblement. Je pense qu’il y avait une once de regret véritable et de compassion humaine chez l’ayatollah. Mais c’était avant tout une immense simulation, une grande mise en scène. Je ne suis pas le seul à penser cela, c’est l’avis d’un grand nombre de chefs spirituels chiites.

Qui est le général Esmaïl Ghaani, successeur de Qassem Soleimani au poste de commandant des sections Al-Qods ?

C’est encore un larbin de Khamenei. Il n’a, à l’instar de Soleimani, aucune préparation militaire, mais comme son prédécesseur, il se révélera peut-être un très fin conspirateur et meurtrier. Il répond personnellement du soutien au Hezbollah libanais et de l’envoi d’armes aux terroristes islamistes en Afrique. Il paraît que c’est un homme encore plus religieux, si l’on considère l’islamisme idéologique comme de la ferveur religieuse. Les ayatollahs lui ont attribué le grade d’officier et de général pendant la guerre Iran-Irak, dont il tient évidemment les Etats-Unis pour responsables. Il ne se caractérise par rien de particulier, si ce n’est son animosité déclarée pour la liberté.

Comment qualifieriez-vous les hommes qui sont à ses ordres ?

Ils sont exactement comme les terroristes d’Al-Qaida et de l’Etat islamique. Le fondamentalisme islamique a deux branches : les sunnites de l’E.I. et les extrémistes chiites de la République islamique.

L’ordre de tuer Soleimani a été donné par Donald Trump – un ultramégalomane imprévisible doté d’un ego plus grand que l’Empire State Building. N’est-ce pas un problème ?

Il me semble que les Iraniens ne se soucient pas tellement de l’état psychique du président Trump ni de sa manière de faire des déclarations au vaste monde par Twitter. Ils ont leurs propres problèmes, qui ne sont pas des moindres. Le régime des ayatollahs est très similaire aux systèmes mis en place par l’Etat islamique sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, même si ces similitudes ne sont pas dénotées par la presse occidentale.

Les Iraniens doivent se débattre avec un gouvernement qui est l’ennemi de la liberté, de la démocratie et de la civilisation contemporaine. La majorité de la population est en colère. Elle est furieuse, car elle n’accepte pas – au plus profond d’elle-même – de devoir vivre dans un pays privé de liberté. Les ayatollahs dépensent notre richesse nationale au profit du maintien de la dictature, de la guerre en Syrie, du contrôle de l’Irak, de l’alimentation du conflit au Yémen, du soutien des organisations terroristes. D’un côté, les gens sont pauvres et souffrent même de la faim, de l’autre, les jeunes élites instruites cherchent à s’enfuir de ce pays carcéral et le quittent dès qu’ils en trouvent l’occasion.

Le monde devrait-il craindre les déclarations de guerre des autorités iraniennes après la mort de Soleimani ? Les ayatollahs et le corps des Gardiens de la Révolution tonnent que les Etats-Unis, Israël et plus généralement le monde occidental paieront pour l’attaque américaine. D’après ces déclarations, les victimes devraient être nombreuses.

Que peuvent faire les autorités iraniennes au-delà de ce qu’elles font déjà depuis tant d’années ? La mort de Soleimani ne leur a pas procuré plus de champ d’action ni plus de forces. Ce sont des lâches qui se protègent de leur propre peuple derrière un bouclier de fanatiques armés. Tel ou tel ayatollah ou quelques généraux peuvent affirmer ce qu’ils veulent, évoquer l’approche de l’apocalypse, mais ils savent eux-mêmes que ce ne sont que des mots.

Cela veut-il dire que le pouvoir des ayatollahs est faible ?

Au terme de 40 ans, les Iraniens sont prêts à faire tomber le régime islamiste, qui leur a promis il y a longtemps la liberté, mais n’a apporté que criminalité, corruption et massacres. Et qui a détruit l’image de notre Nation – personne ne veut être perçu comme un bandit, un ennemi de la civilisation et du reste de la planète. C’est pour cela que le seul avenir possible pour l’Iran est un pouvoir fondé sur la liberté, la démocratie, la paix et l’état de droit.

Emir Kir devrait être fixé sur son avenir au PS ce vendredi: que risque-t-il?

La commission de vigilance du PS bruxellois se réunit ce vendredi pour statuer sur le dossier Emir Kir.
La commission de vigilance du PS bruxellois se réunit ce vendredi pour statuer sur le dossier Emir Kir. - Belga.

Il est grand temps de mettre fin à ce feuilleton. » S’il est bien un point qui réunit tous les membres de la Fédération bruxelloise du PS, c’est bien l’urgence d’un épilogue dans l’affaire Kir. Dix jours qu’il éreinte tous les socialistes de la capitale, aiguisant tous les clivages, exportés sur la scène médiatique avec une virulence délétère.

Grossièrement brossé, le tableau montre un PS bruxellois très divisé entre partisans et adversaires du député tennoodois. Dans les cordes depuis le week-end dernier, Emir Kir a amorcé un changement de stratégie cette semaine. Il a d’abord fait monter au front ses soutiens. Bea Diallo, premier échevin à Ixelles – entre-temps célèbre pour être candidat sans l’être au scrutin présidentiel en Guinée – puis Rachid Madrane, président du Parlement bruxellois. Sa sortie au micro de BX1, dans laquelle il exprimait « sa solidarité » avec le bourgmestre de Saint-Josse, n’est pas passée inaperçue. Dans les autres partis, plutôt avares de commentaires sur l’affaire, on y a vu une sortie peu compatible avec une fonction pour laquelle la posture « au-dessus de la mêlée » est un critère qui compte double.

« La question, c’est le cordon sanitaire »

Surtout, nombre de ses coreligionnaires ont peu goûté qu’il (tente de) déplace(r) le débat du cordon sanitaire vers la « gestion de la diversité ». « C’est quelque chose de complexe. Il faut que nous ayons un débat serein, en interne, sans tabou, sur le sujet », a lancé Rachid Madrane. « La question, c’est celle du cordon sanitaire. Rien d’autre. Emir Kir a reçu des maires d’extrême droite. A-t-il commis une faute ? Bien sûr que oui ! C’est pour cela qu’il doit être sanctionné », s’énerve ce ténor. « Comment va-t-on dénoncer les pratiques de la N-VA si on passe tout, même des fréquentations avec des fascistes ? Cela va devenir intenable », soupire un élu. « Ça l’est déjà », enfonce cette autre. Sur les réseaux sociaux, les posts se multiplient. « Si le PS n’est pas capable de se montrer inflexible sur un principe aussi élémentaire que le cordon sanitaire… rendez-vous en 2024 quand la majorité N-VA/Vlaams Belang deviendra une réalité », flingue un cabinettard socialiste. « Emir Kir doit être exclu fermement et à vie par le parti. Sans quoi, le combat historique des socialistes contre l’extrême droite perdra toute crédibilité dans le futur », assène Jérôme Jamin, professeur en sciences politiques à l’université de Liège. « La commission de vigilance doit apprécier les faits », comme un tribunal, rappelle Pascal Delwit, politologue à l’ULB. En clair, la plainte de Jérémie Tojerow, qui porte sur la rencontre avec des mandataires d’extrême droite.

Pour tenter d’éviter l’exclusion de son parti, Emir Kir a fini par céder, mardi, à celles et ceux qui lui conseillent, depuis plusieurs jours, de présenter ses excuses. Cela donne un « mea culpa », dans lequel il plaide « une erreur d’appréciation ». De quoi sauver sa peau socialiste ? C’est assurément l’espoir de son camp… Sauf que la manœuvre se retourne contre lui. Le bourgmestre de Saint-Josse ne conjugue pas le verbe « s’excuser » à la première personne, pas plus qu’il ne reconnaît que le MHP est un parti d’extrême droite, « alors que s’il y a bien quelque chose que l’on peut lui reconnaître, c’est sa connaissance très fine de la Turquie », ironise ce mandataire. L’irritation vire au ras-le-bol. « Il ne comprendra jamais. » « Si on l’absout maintenant, c’est reparti dans trois mois. » « Et quel message on envoie en interne : allez-y, faites ce que vous voulez, on a besoin de vous. »

La Fédération assumera l’exclusion

Le ton s’est indéniablement durci, chez les camarades. Si la semaine s’est ouverte sur la possibilité d’un blâme, elle se ferme sur une gamme bien plus sévère de sanctions. Certes, la commission de vigilance est indépendante. « Mais elle n’est pas sourde à ce qui se vit chez les militants », concède une source interne. Au plus haut niveau de la Fédération, on se dit prêt « à assumer l’exclusion ». Une autre formule serait toutefois étudiée, associant une suspension des mandats externes et internes, assortie d’une interdiction de figurer sur une liste électorale au prochain scrutin. Techniquement, cette double peine équivaut à ne plus considérer Emir Kir comme un camarade et, surtout, à se défaire du reproche d’arithmétique électorale… Mais, pour plusieurs pontes du parti, elle a le gros défaut « d’être illisible ».

Reste l’hypothèse d’une mansuétude de la commission de vigilance… Car Emir Kir garde ses supporters, en interne, pas seulement à Saint-Josse. La simple évocation de ce scénario crispe de nombreux socialistes bruxellois. « Je rends ma carte », « cela finira par être lui ou moi, lui ou nous, parce que je ne suis pas seul à le dire »… Sans aller jusque là, beaucoup soulignent que l’objectif de reconquête des voix du sud est de Bruxelles est vouée à l’échec si Emir Kir est toujours là.

Quelle que soit la décision, elle laissera la Fédération bruxelloise du PS profondément déchirée. Selon des lignes de fracture bien plus nombreuses et complexes que l’opposition, tenace, entre Ahmed Laaouej et Rachid Madrane, rivaux lors de l’élection interne.

Pourquoi le paracétamol ne doit plus être en accès libre

Le paracétamol s’avère efficace mais à prendre avec précautions.
Le paracétamol s’avère efficace mais à prendre avec précautions. - Photo News.

Depuis mercredi, les pharmacies françaises ne peuvent plus laisser le paracétamol en accès libre. C’est le médicament le plus acheté en pharmacie. Il vient d’être banni du libre accès en France, ce qui signifie qu’il ne pourra plus être exposé que derrière le comptoir, sans pouvoir être saisi directement par le patient, ce qui était le cas jusqu’à présent. L’ibuprofène et l’aspirine subissent le même sort.

Dans une carte blanche au « Soir », le professeur Jean-Michel Dogné, directeur du Département de Pharmacie à l’Université de Namur et expert en sécurité des médicaments à l’agence européenne des médicaments, demande que la même mesure soit appliquée dans notre pays. Le mauvais usage du paracétamol est en effet la première cause de greffe du foie, un organe particulièrement exposé à une dose excessive ou prolongée du médicament.

Pour autant, les médicaments resteront délivrés sans ordonnance. Ils sont sûrs et efficaces lorsqu’ils sont utilisés correctement mais il ne faut pas oublier qu’ils peuvent être dangereux lorsqu’ils sont mal utilisés. On se souvient du cas de Naomi Musenga, une jeune femme de 22 ans retrouvée morte à son domicile quelques heures après avoir appelé, en vain, le Samu, en décembre 2017 et subi les railleries de la téléphoniste. Elle est en fait décédée d’une intoxication hépatique aiguë liée au paracétamol pris plusieurs jours pour éteindre une douleur qui ne diminuait pas.

Un déplacement de quelques mètres pour placer ces produits derrière le comptoir suffira-t-il à changer la situation ? « Vue comme symbolique par certains ou anecdotique par d’autres, cette mesure vise à rappeler la nécessité d’encadrer le bon usage des médicaments par le pharmacien dans un intérêt de santé publique. En effet, considérés comme sûrs et efficaces lorsqu’ils sont correctement utilisés, ils présentent des risques sous-estimés lors d’une utilisation inadéquate. Dans de nombreux pays, le paracétamol ou l’ibuprofène dominent la liste des agents impliqués dans les intoxications (involontaires ou volontaires) des personnes », rétorque le professeur Jean-Michel Dogné.

Qui met surtout en garde contre le péril d’une « dérégulation » de ces produits, comme cela a été le cas pour la Suède et la Hollande qui ont décidé de l’autoriser également via d’autres canaux de distribution comme la grande distribution. « Les attentes initiales de la déréglementation des canaux de distribution étaient d’augmenter l’accessibilité et de réduire les prix en raison d’une concurrence accrue. Cependant, il n’existe aucune preuve concluante que ces objectifs ont été atteints dans la pratique. La promesse d’une baisse de prix est un leurre », tranche l’expert.

« Si une rage de dents ou une douleur ne passe pas avec ces médicaments, il ne faut pas chercher à augmenter les doses, c’est inutile et dangereux. Il faut absolument consulter un médecin », rappelle le docteur Philippe Vella, de l’Agence française du médicament.

« Il est important de rappeler que les pharmaciens jouent un rôle majeur dans la bonne utilisation des médicaments en vente libre. Ils assurent le suivi du dossier pharmaceutique du patient permettant notamment d’identifier des interactions médicamenteuses ou des contre-indications potentiellement mortelles », souligne Jean-Michel Dogné.

Le récit du ministre Dermagne: «Les dirigeants de Nethys se sont comportés comme des oligarques russes»

Pierre-Yves Dermagne, ministre des Pouvoirs locaux.
Pierre-Yves Dermagne, ministre des Pouvoirs locaux. - BELGA.

Il est sans doute le ministre wallon le plus médiatisé depuis l’intronisation du gouvernement Di Rupo. On l’a beaucoup vu, peu entendu. Il faut dire que le dossier Nethys lui est tombé sur la tête dès la première heure. Alors qu’il était en train de prêter serment comme nouveau ministre des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne (PS) est contacté par Le Soir pour une demande de réaction sur une info qui va mettre le feu aux poudres : Voo a été vendu secrètement en mai 2019. Ni une ni deux, le nouveau ministre se plonge dans le dossier, tout le week-end. « Je n’avais même pas encore de cabinet. Heureusement, j’ai pu travailler avec l’administration qui s’est montrée extrêmement réactive ».

La suite, on la connaît : le ministre annulera les ventes de Win, Voo et Elicio. Puis il annulera les folles indemnités distribuées au management de Nethys, déposera le dossier à la justice, et s’imposera un silence médiatique, dont il sort ce vendredi. « Avant tout, j’aimerais rappeler qu’intercommunale, ce n’est pas un gros mot. L’arbre qui est tombé ne doit pas faire oublier qu’il y a une forêt qui pousse, avec des milliers de personnes qui travaillent au service de la collectivité ». Ce qui n’a pas empêché le socialiste de tomber de sa chaise en découvrant le dossier Nethys. « Tout cela m’a clairement choqué. J’ai eu l’impression d’être face à des comportements d’oligarques russes : l’entre-soi, l’achat à vil prix d’actifs publics dans l’intérêt de quelques-uns… »

La vente de Voo validée

Dernièrement, Pierre-Yves Dermagne a été sollicité par les administrateurs d’Enodia pour remettre un avis sur le nouveau projet de vente de Voo au fonds américain Providence. Une renégociation qui ressemble au miracle de Noël tant les conditions de vente négociées par Stéphane Moreau semblent avoir été revues à la hausse par les nouveaux dirigeants de Nethys. Peut-on y croire ? « On a reçu les pièces du dossier, et le nouveau contrat répond bien aux critiques formulées par le passé. On avait dans la première version un contrat léonin pour Nethys et ses actionnaires, on a aujourd’hui quelque chose de conforme au prix et aux pratiques du marché. Où la valeur de l’entreprise a été revue à la hausse. Où Nethys a encore le droit de se retirer. Et où Stéphane Moreau ne bénéficie plus d’un intéressement ». Le Soir n’a pas pu lire ce contrat, mais le ministre est formel : il n’y a aucune horreur à y dénicher.

Une question brûle toujours les lèvres : quid de la responsabilité politique dans ce dossier ? Le gouvernement précédent n’a-t-il pas trop laissé faire ? « C’est leur décret gouvernance qui me permet d’agir aujourd’hui », répond habilement le Rochefortois. Et les ténors liégeois, proches de Stéphane Moreau, n’ont-ils rien à se reprocher ? « Mon sentiment, c’est que personne n’avait l’ensemble du puzzle. Tout cela, c’est du gâchis. Le comportement outrancier et indécent de quelques-uns a décrédibilisé et dévoyé ce beau modèle. Et ça va laisser des traces... On aura toujours une suspicion face à l’initiative industrielle publique, qui a pourtant du sens ».

Par quoi passe la reconstruction de Nethys ? La question est un peu trop précoce. Mais Pierre-Yves Dermagne verrait bien un élargissement de l’actionnariat du groupe à Noshaq ou la SRIW. Sinon, il n’attend qu’une chose : qu’on lui parle d’autres dossiers. « C’est frustrant : je ne suis pas le ministre de Nethys. Il y a beaucoup d’autres projets que le gouvernement s’est engagé à réaliser ».

Les petits pots pour bébés prennent un grand coup de frais

Les pots Cutie-Pie sont cuits à température douce pour préserver les saveurs et les nutriments.
Les pots Cutie-Pie sont cuits à température douce pour préserver les saveurs et les nutriments. - Pierre-Yves Thienpont

Ils ont près de 90 ans d’histoire, ils se conservent longtemps et s’avèrent bien pratiques en vacances ou en déplacement. Pourtant, de plus en plus de parents de jeunes enfants remettent en cause l’usage des petits pots industriels pour bébé. Parce qu’eux-mêmes souhaitent améliorer la qualité de leur assiette et donc assez logiquement celle de leur progéniture chérie en pleine croissance et apprentissage des saveurs. Mais, pression professionnelle oblige, ils manquent de temps pour mitonner quotidiennement la panade de leurs petits.

C’est en partant de ces constats que de jeunes entrepreneurs ont apporté tout récemment chez nous les premières solutions alternatives, basées sur le frais et le fait maison, aux petits pots stérilisés. Parmi ceux-ci figure Candice Tielemans qui a fondé et gère Cutie-Pie à Bruxelles avec son partenaire Jeremy De Leener. « Nous sommes entourés de grandes familles où le sujet revient régulièrement sur le tapis : les acteurs de l’alimentation traditionnelle ne proposent aucune bonne solution pour les bébés. Les petits pots classiques sont bien souvent plus âgés que les enfants qui les consomment. Ces repas reposent sur la stérilisation, donc une cuisson à très haute température. Celle-ci leur offre une longue durée de conservation mais les appauvrit en nutriments. »

Préserver le goût et les nutriments

La réponse du tandem de Cutie-Pie qui a lancé ses produits fin décembre et les commercialise sur le Net et par livraison à domicile ou au bureau ? Des repas frais, élaborés avec une diététicienne pour répondre aux besoins spécifiques des petits, concoctés avec des ingrédients bio, locaux et de saison, cuits à température douce puis pasteurisés dans un conditionnement en verre avec une consommation endéans les deux semaines après la production. « Cela garantit la préservation maximale des nutriments et du goût », assure Candice Tielemans dont les pots ne contiennent pas de protéines animales pour laisser les parents suivre leurs éventuelles convictions religieuses. Les menus, qui vont actuellement de la patate douce et chicon à la pomme cuite et chou rouge, varient selon la saison et, surtout, selon l’âge des jeunes consommateurs.

Ce concept de petits pots frais, l’entreprise bruxelloise Into the Spoon a été la première à l’introduire en Belgique, début 2018. « Nous avons voulu mettre notre savoir-faire de traiteur au profit des enfants et de leurs parents. Nous leur proposons une expérience organoleptique la plus proche possible du fait maison », explique Pierre Pintaux, un des trois créateurs de la marque dont la gamme comporte de la mousseline de panais à la noix de muscade ou encore du risotto à la carotte et au curcuma. Ces produits sont disponibles chez Färm, ainsi que dans d’autres enseignes bio mais indépendantes.

Apprendre l’intelligence nutritionnelle

Le goût, c’est également le credo de la toute jeune start-up bruxelloise Sienna & Friends. « Entre six mois et trois ans, c’est le moment où les enfants, en pleine découverte des saveurs et des textures, sont le plus enclins aux découvertes alimentaires. C’est le meilleur moment pour les éduquer à la nourriture saine et pour qu’ils y trouvent plus de plaisir plus tard dans la vie que dans les aliments gras, sucrés et salés. Notre projet vise donc à apprendre l’intelligence nutritionnelle aux enfants », décrit Aurelie D’Hulst dont les produits servent de base à la préparation de panades fraîches par les parents.

Ces nouveautés sur le marché sont vues d’un bon œil par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE). « Ces produits sont intéressants, pour autant que leur développement soit accompagné par un diététicien pédiatrique ou un pédiatre », réagit Nathalie Claes, diététicienne de pédiatrie à la direction Santé de l’ONE qui préconise chaudement le fait maison. « Et puis, tant mieux si ce mouvement, de niche actuellement, peut faire bouger les grandes sociétés. » Reste ce bémol : la qualité a un prix et ces produits frais, facturés entre 3,25 et 4,40 euros hors livraison, ce qui est bien plus cher que des petits pots industriels et donc difficilement accessibles à toutes les bourses.

Typh Barrow au «Soir»: «Les salles, ça nourrit l’ego mais quand on rentre chez soi, on est seul»

Je savoure aujourd’hui ce que j’ai sans regarder là où je ne suis pas encore.
Je savoure aujourd’hui ce que j’ai sans regarder là où je ne suis pas encore. - François Leboutte.

entretien

Typh Barrow a marqué ces deux dernières années, tant sur scène qu’en radio ou même à la télévision (via The Voice Belgique). Battant le fer tant qu’il est chaud, la revoici avec son deuxième album, l’excellent Aloha, et une tournée qui s’ouvre ce soir au Botanique avant de revenir deux fois au Cirque royal et trois fois au Forum. Les salles seront pleines et c’est donc une Typh déjà un peu rassurée que nous retrouvons pour parler de ce nouveau disque, une fois plus réalisé en binôme avec son manager-producteur-éditeur-photographe-réalisateur-agent, François Leboutte.

Votre nouvel album arrive deux ans après le premier et, entre les deux, vous n’avez pas arrêté de tourner. Sans pause…

Comme on a mis pas mal de temps à sortir l’album précédent, il y avait déjà des morceaux qui étaient là. Durant ces deux ans, comme on n’a pas arrêté, on en a aussi profité pour tester sur scène les nouveaux titres que j’ai continué à composer. On a par exemple fait chanter le public du Cirque royal, du Forum et des Beaux-Arts de Charleroi sur Aloha, on l’a enregistré et on l’a gardé pour le disque.

« Aloha », qui a donné son titre à l’album, est aussi une chanson en duo avec le Kanak Gulaan. Comment vous êtes-vous retrouvée en Nouvelle-Calédonie ?

J’entendais une voix sur ce morceau et François a pensé à Gulaan, dont on connaissait les disques. C’est une star là-bas. Il le contacte et Gulaan accepte d’écrire une partie de la chanson en nengone, sa langue. Moi, je ne suis au courant de rien. Ça se passe tellement bien entre eux que François, toujours sans rien me dire, réserve les billets d’avion et me fait la surprise. On y est allés en octobre, le seul moment sans concert durant deux semaines et demie. Une fois là-bas, malgré le décalage horaire, on a fait le plein d’images, le making of de la pochette, on a fait des concerts que François avait organisés sans me prévenir. Un vrai truc de fous.

« Colour » est un coup de gueule contre le racisme…

C’est en discutant avec des copines qui se sont fait emmerder. C’est ma façon de réagir. Je me sens impuissante quand je reçois ces témoignages que je prends en pleine figure. On parlait du film Green Book, qui se déroule dans les années 50, pour se dire qu’en 2019, le racisme est beaucoup plus présent qu’on ne se l’imagine. Aloha, c’est aussi un message d’accueil dans ta différence et ta complexité. Plusieurs chansons parlent de ce constat que je relève aussi dans le courrier que je reçois des fans. Don’t Really Matter, c’est aussi être un peu plus tendre avec soi-même, envers ces failles et ces différences qui font la beauté. Peu de gens s’acceptent tels qu’ils sont. Moi-même j’ai du mal, c’est un processus qui prend toute une vie.

Vous avez l’image de quelqu’un de fort, de très à l’aise sur scène comme en télévision, de très radieuse et positive…

C’est une image. Je crois que je suis quelqu’un de très vulnérable. Encore aujourd’hui. C’est rassurant de voir les salles se remplir, tout cet amour qu’on reçoit du public, mais ça ne comble pas les failles. On est aimé pour ce qu’on fait, pas pour ce qu’on est. Ça nourrit l’ego mais pas ce qu’il y a derrière. Quand on rentre chez soi, on est seul.

Vous êtes quelqu’un de très secret, vous vous protégez beaucoup…

Énormément, oui… Ça n’a rien à voir avec le succès. J’ai toujours été comme ça. Je me protège beaucoup car j’ai vécu des trucs compliqués dans l’adolescence. Mettre cette carapace et prétendre que je suis forte est une façon de me protéger. Ma vie privée est ma petite bulle, c’est important. J’ai beaucoup de mal à faire confiance, à me laisser apprivoiser. Le succès est rassurant mais le bien-être et le bonheur ne peuvent pas venir que de ça. Je commence à m’ouvrir de plus en plus. Et comme j’ai du mal à faire confiance, il est important d’avoir autour de moi quelqu’un comme François en qui j’ai une confiance absolue.

François est aussi une protection contre le monde extérieur, non ?

Je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question. François, c’est mon binôme. Il fait un boulot incroyable, jour et nuit, depuis le début. Moi, la nuit, je dors. C’est important pour moi que les gens se rendent compte que je ne suis pas toute seule dans ce projet. Moi, je me contente d’écrire mes chansons, chez moi, et de les chanter sur scène. Mais derrière, il y a une équipe de fous. Dans le making of, on voit que François fait le travail de dix personnes. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi talentueux. Typh Barrow, c’est aussi lui.

Vous arrive-t-il de ne pas être sur la même longueur d’ondes ?

Oui, je ne suis pas toujours d’accord avec lui. Mais je n’ai pas nécessairement le dernier mot. La décision est commune. François est un excellent baromètre. Je sais que, parfois, je peux avoir très mauvais goût et être complètement à côté de la plaque. J’ai besoin dans ces moments-là d’avoir son avis. Replace, par exemple, avec cette petite rythmique et toutes ces onomatopées, je me tape un délire puis je me dis que je ne vais pas la lui faire écouter, tellement c’est éloigné de ce que j’ai fait jusqu’à présent. Ça ne passera jamais… Et lui, tout de suite, il entend son potentiel. Moi je n’ai aucun recul sur ce que je fais. Il y a des trucs que je vais adorer alors qu’ils sont guimauves à crever. Il va me le dire, je vais être vexée sur le moment avant de me rendre compte qu’il a raison. Il y a des chansons qu’il a écartées. Et parfois, j’ai aussi réussi à le faire changer d’avis.

Cette complicité transparaît bien dans le making of en Calédonie…

Moi, je ne l’aurais jamais montré, tellement je me trouvais horrible. Mais une fois de plus, c’est François qui avait raison car les gens adorent cette vidéo. Les réactions sont très positives.

Car vous entrouvez un peu la porte sur votre intimité…

Oui, même si on n’est pas un couple. Mais c’est dur de se regarder. Surtout que dans cette vidéo, il n’y a aucun filtre, je n’arrête pas de déconner, je lâche des bêtises. Il m’arrive d’être de mauvaise humeur, comme on le verra dans le making of de Very First Morning… Là, on n’est pas d’accord et je m’énerve. Mais toutes mes chansons ne sont pas autobiographiques. Il y a beaucoup de ruptures dans cet album car ça reste mon thème de prédilection, c’est un sujet universel et inspirant, mais ce n’est pas un album de rupture.

Dans « Hold You Sister », parlez-vous à votre petite sœur ?

Oui. C’est une façon de lui dire que je suis là pour elle. Je l’ai écrite le jour où j’ai compris que ce n’est pas si simple d’être la petite dernière. C’est une façon pour moi de lui faire un petit clin d’œil et de lui dire que je l’aime. J’ai aussi un grand frère.

« The Gift » est un très beau duo avec Jasper Steverlinck…

On s’est croisés dans un festival. Je lui suis tombée dessus en lui disant que j’étais hyper fan d’Arid et de sa voix. On est restés en contact, je l’ai invité sur scène au Forum de Liège pour mon anniversaire. Comme ça cliquait bien, on réfléchissait à l’occasion de faire un duo.

Cette chanson pourrait enfin vous ouvrir les portes de la Flandre. Comment se fait-il que le nord du pays, comme la France d’ailleurs, résiste à votre charme ?

Je me sens tellement chanceuse de ce qui m’arrive que je ne me pose pas cette question. Je profite tellement de ce qui se passe, ça n’a pas arrêté de grandir depuis plusieurs années. Je n’ai pas arrêté durant deux ans, le nez dans le guidon. Je dis comme François : Step by step ! Si les choses doivent arriver, elles arriveront. Mais je ne me mets pas dans l’attente ou la frustration car je sais que ça va créer la déception et me faire passer à côté de ce que je vis maintenant. Avec le temps, j’ai appris à être positive. Je me dis que l’univers fait bien les choses pour toi si tu restes attentive aux portes qui s’ouvrent. Je savoure aujourd’hui ce que j’ai sans regarder là où je ne suis pas encore. C’est une façon de ne pas se rendre malheureux inutilement. Oui, depuis que je suis toute petite, je suis une boulimique de la vie et j’ai envie de voir le monde entier, de tout faire et de toucher à tout… Mais je me rends surtout compte que j’ai une chance extraordinaire de vivre ce que je vis.

Typh Barrow sera ce vendredi 17 au Botanique (complet), le 2/5 au PBA de Charleroi, le 3/5 à la Rockhal de Luxembourg, les 7, 8 et 9/5 au Forum de Liège, les 15 (complet) et 16/5 au Cirque royal. Infos : www.TyphBarrowLive.be

Des diasporas sommées de se mettre au garde-à-vous

Des diasporas sommées de se mettre au garde-à-vous

Le dernier rapport mondial de Human Rights Watch jette un coup de projecteur cru sur la Chine, non seulement sur son système de répression interne mais aussi sur l’extension de son emprise autoritaire aux Chinois vivant à l’étranger. Dans de nombreux pays, de l’Australie au Canada, les exemples se succèdent de pressions et d’intimidations à l’égard, en particulier, des étudiants chinois expatriés. Plusieurs universités européennes et nord-américaines se sont inquiétées de cette ingérence. L’année dernière, le Citizen Lab de l’Université de Toronto a également relevé des cyberattaques « d’origine chinoise » visant des Tibétains et des Ouïgours exilés.

Des pressions à distance

La Chine n’est évidemment pas la seule ni la première à pratiquer cette forme d’« exportation autoritaire ». L’une des priorités des dictatures a toujours été de contrôler leurs diasporas. Tous les régimes, quelle que soit leur taille ou leur nature, « travaillent » leurs communautés à l’étranger, les espionnent, les cadrent et les recadrent. C’est un des rôles assignés aux missions diplomatiques, aux centres culturels ou cultuels officiels et aux services de renseignements. En novembre dernier, Reporters sans frontières a ainsi dénoncé les pressions exercées par l’ambassadeur d’Iran à Londres sur des journalistes iraniens travaillant pour des médias occidentaux, comme la BBC Persian ou Radio Farda.

Paradoxalement, certains pays démocratiques cautionnent en partie cette ingérence étrangère en accordant des « droits de regard communautaires » aux ambassades, aux services de renseignement ou aux autorités religieuses d’Etats répressifs. Ces dernières années, la lutte contre le terrorisme est devenue l’une des justifications de ces pratiques risquées qui reviennent à sous-traiter des missions sensibles à des pays autoritaires étrangers.

Des enjeux politiques

Les diasporas sont clairement des enjeux de la politique nationale et internationale et, pour les Etats les plus brutaux, cette politique de contrôle passe, s’il le faut, par le crime. L’histoire regorge d’exemples d’assassinats perpétrés « outre-mer » au nom de la raison d’Etat. En 1937, des membres de la Cagoule commandités par la police politique mussolinienne assassinèrent, près de Paris, les frères Rosselli, fondateurs du mouvement libéral de gauche Giustizia e Libertà. En 1940, un agent de Staline exécuta Leon Trotsky à Mexico.

Logique répressive

Dans les années 1970 et 1980, les dictatures latino-américaines, à l’initiative du Chili du général Pinochet, allèrent jusqu’au bout de cette logique répressive externe en mettant sur pied le Plan Condor, une mutualisation de leurs services secrets pour traquer les militants révolutionnaires, mais aussi les dirigeants de partis d’opposition modérés. En 1976, les tueurs allèrent jusqu’à exécuter au cœur de Washington l’ex-ministre des Affaires étrangères de Salvador Allende, le socialiste Orlando Letelier. A Rome, ces porte-flingue blessèrent grièvement l’un des porte-parole de la Démocratie chrétienne chilienne, Bernardo Leighton.

Des centaines de victimes iraniennes

A l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, des représentants de l’African National Congress furent eux aussi ciblés à l’étranger : en 1988, Dulcie September fut assassinée à Paris et Godfrey Motsepe échappa de peu à un attentat à Bruxelles. Dans les premières années de la Révolution islamique, des centaines d’opposants iraniens ont été tués à l’étranger, dont l’ancien Premier ministre Chapour Bakhtiar, assassiné à Suresnes en 1991, note le Washington Institute for Near East Policy. Après une accalmie sous la présidence Khatami, les assassinats ont repris, ajoute l’Institut. En janvier 2019, les Pays-Bas ont accusé des agents iraniens d’être derrière l’assassinat de deux opposants, en 2015 à Almere et en 2017 à La Haye.

Assassinats « sans frontières »

Ces dernières années, cette obsession de réduire au silence les voix dérangeantes a fourni des exemples particulièrement choquants. Les empoisonnements d’ex-agents secrets russes au Royaume-Uni, les fameuses affaires Litvinenko et Skripal, dont la responsabilité est attribuée par Londres aux « services » russes, démontrent qu’il n’y a pas que les médecins ou les reporters qui sont « sans frontières ». Les tensions turques s’exportent elles aussi : en 2013, trois militantes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) on été tuées à Paris. Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien dissident Jamal Khashoggi a été assassiné dans le consulat de son pays à Istanbul. Le Rwanda est lui aussi soupçonné de traquer et de neutraliser ses opposants à l’étranger.

En toute impunité…

Le plus souvent, les Etats incriminés clament qu’ils n’ont rien à voir avec ces crimes, que ceux-ci sont le résultat de luttes fratricides au sein de groupes d’opposants exilés, ce qui est parfois le cas. Ou la conséquence désolante d’initiatives intempestives prises par des éléments dévoyés de leurs appareils de sécurité, ce qui est l’argument saoudien.

Quoi qu’il en soit, dans cet entre chien et loup du terrorisme d’Etat, l’impunité est le plus souvent la règle. Les agents opèrent dans un monde d’opacité et de duplicité. Ils sous-traitent à l’occasion leurs basses besognes à des groupes criminels ou à des escadrons de la mort d’autres pays pour couvrir leurs traces. Parfois même, ils bénéficient de la mansuétude des services secrets des pays où ils commettent leurs crimes. Ainsi, le rôle qu’auraient joué les services français dans la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka en 1965 ou la caution américaine apportée, dans un premier temps, au Plan Condor continuent de susciter de vives controverses.

Régulièrement, des Etats expulsent des agents ou des diplomates pour marquer leur désaccord ou condamnent solennellement ces assassinats. Mais les intérêts économiques ou militaires tendent le plus souvent à prévaloir sur les exigences de justice. Un an et demi à peine après l’assassinat de Jamal Khashoggi, tout est « rentré dans l’ordre » : l’Arabie saoudite a pris la tête du G20 et le rallye Dakar s’y déroule sans accrocs ni remords.

La Cour Constitutionnelle fait l’éloge de la bonne gouvernance wallonne

La Cour Constitutionnelle fait l’éloge de la bonne gouvernance wallonne
Sophie Kip

En réponse au scandale « Publifin », qui fut l’objet d’une commission d’enquête au Parlement et de la chute d’un gouvernement, la Wallonie a pondu un « décret gouvernance ». Taillé sur mesure pour l’intercommunale liégeoise et sa puissante filiale Nethys, ce décret avait pour but d’éviter de répéter les erreurs du passé, en fixant des nouvelles règles de bonne conduite au sein des sociétés détenues à minimum 50 % par des pouvoirs locaux (communes ou provinces). On a retenu l’emblématique plafonnement des salaires à 245.000 euros par an (hors index), mais ce décret entré en vigueur en mai 2018 contient une volée d’autres règles. Il a par exemple permis à l’actuel ministre des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne, d’annuler une série de décisions prises par Nethys (comme les ventes de Voo, Win et Elicio). Avant ce décret, la Région n’avait aucun pouvoir sur cette société qui se revendiquait comme « anonyme », sans compte à rendre à personne.

Mais cette bible de la « bonne gouvernance » était en danger. Car l’assureur Intégrale (détenu majoritairement par Nethys) avait introduit un recours auprès de la Cour Constitutionnelle pour demander l’annulation pure et dure de 31 articles du texte, dont tous les articles phares. Côté wallon, on n’était pas ultra-confiant sur la solidité juridique du décret, rédigé à la va-vite. Et malgré diverses tentatives de charme, Intégrale a toujours refusé de retirer son recours.

Ce jeudi, la Cour a donc tranché, en publiant son arrêt. Elle y sauve clairement le décret gouvernance, dans toutes ses grandes lignes. De quoi soulager le gouvernement wallon. Intégrale n’obtient gain de cause que sur trois points, et uniquement pour son cas personnel. Mais au-delà du cas de l’assureur, on dirait que la Cour a profité de l’occasion pour signer un arrêt un brin militant. En prenant un malin plaisir à balayer une série d’arguments souvent entendus en terre liégeoise. « La Cour rend ses lettres de noblesse au contrôle de l’action publique, s’enflamme Marc Uyttendaele, avocat de la Région. Elle rompt avec la vision de l’ex management de Nethys, qui partait du principe que tout était permis dès le moment où la société était privée. C’est une belle victoire pour l’intérêt général ». Certains paragraphes de l’arrêt valent en effet le détour.

Une bonne réponse à la crise

Le décret gouvernance impose des règles aux intercommunales, mais également à leurs filiales et sous-filiales. C’est pour cela qu’Integrale y était soumis. La Région aurait-elle brassé trop large dans le périmètre d’application ? Pas du tout, dit la Cour. Toutes ces sociétés, même les sous-sous-filiales, « concourent à la réalisation d’une mission de service public, dès lors (qu’elles) sont contrôlées, directement ou indirectement, par des personnes morales de droit public locales, qui ne peuvent poursuivre d’autre objectif que la réalisation d’un service public conforme à l’intérêt général ». La Cour estime donc tout à fait légitime que ces entités soient soumises à un « contrôle des opérations menées à l’aide de ces fonds publics », ce qui n’était pas le cas par le passé.

Mais fixer des plafonds salariaux, infliger une tutelle à des sociétés anonymes, c’est contraire au droit du travail ? Et au droit des sociétés ? Des compétences… fédérales, sur lesquelles les Régions n’ont rien à dire. Certes, cela empiète sur les compétences du fédéral, assume la Cour. Mais la Wallonie a le droit d’empiéter si les mesures prises sont nécessaires à l’exercice de ses propres compétences. Et la Cour est convaincue que les mesures décrétales font bien partie de la mission du gouvernement wallon. « Il lui revient de garantir la saine gestion des sociétés dont le capital est constitué à plus de 50 % par des moyens publics. Ayant constaté l’existence de situations incompatibles avec la politique qu’il entend mener en cette matière, il a pu prendre les dispositions qui s’imposaient, en vue de corriger ces situations et de prévenir leur réapparition », écrit la Cour, avec un petit clin d’œil à Nethys pour la route. « Sans ces dispositions en effet, certaines structures revêtant la forme de sociétés de droit privé, directement ou indirectement financées et contrôlées par les pouvoirs publics locaux, échappent à un contrôle adéquat et effectif de la part des pouvoirs publics ».

En tirer profit

Ces nouvelles règles de transparence seraient trop lourdes à instaurer ? « Les contraintes qu’elles imposent aux sociétés qui y sont soumises ont pour objectif de garantir la bonne gouvernance en leur sein, ce dont elles ne peuvent que tirer profit. Ces contraintes (…) ne paraissent pas excessivement lourdes à mettre en œuvre », rétorque la Cour.

Autre argument souvent entendu : les plafonds salariaux risquent de faire fuir les bons éléments, ce qui serait discriminant par rapport aux sociétés à capitaux privés. Foutaise, relance la Cour. « Les limitations imposées aux rémunérations ne paraissent pas déraisonnables et laissent une marge de négociation suffisante permettant le recrutement d’un personnel compétent et motivé ». La Cour aurait voulu souligner la nécessité et le bien-fondé de ce décret « gouvernance » qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.

Dur, dur d'être informateur royal

Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez.
Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez. - BELGA

Une mission royale, pour gratifiante qu’elle soit, n’est pas forcément une sinécure. Et elle n’apporte pas que des compliments aux (in)formateurs, appelés parfois à résoudre la quadrature du cercle. Plaire à tous relève de l’impossible, quand il ne s’agit pas de déplaire tout simplement parce qu’un concurrent prend ombrage de cette mise en avant. Surtout si on peut réussir là où un adversaire a échoué…

Georges-Louis Bouchez et, dans une moindre mesure, Joachim Coens l’apprennent à leurs dépens ces jours-ci. On vous passe, s’agissant du premier, les « il s’agite », « il est versatile », « il veut forcer les choses et absolument réussir étant donné son ego » (on ne voit pas le mal qu’il y a à vouloir réussir une mission, mais soit), « sa note est fade, pleine de fautes d’orthographe et manque de contenu ».

Sympa ? Ce n’est qu’un hors-d’œuvre.

Jeudi, la ministre Maggie De Block (VLD) passait au plat de résistance avec ces mots à la VRT  : « Je suis étonnée que les informateurs aient encore reçu deux semaines, parce que le rythme des réunions n’était quand même pas très élevé. Cela va très lentement et ce pays a besoin d’un gouvernement. »

Mais c’est surtout le député flamand et ex-président du SP.A Bruno Tobback qui envoyait la sauce, très épicée, sur La Première  : « Vous savez ce qu’ils font, vous ? », parlant des « informachins ». « Jusqu’ici, j’ai des questions surtout sur le résultat de leur mission. Je n’ai vu aucun projet, aucune ambition mais bien des manœuvres pour freiner, retarder avec Bart De Wever, qui essaie de jouer un peu. »

Oups. Voilà qui en dit long sur le respect de certains envers les nouveaux présidents MR et CD&V…

Mais leurs prédécesseurs n’ont pas été exempts de critiques non plus.

Certes, on a d’abord salué « la méthode » et « le sérieux » de l’informateur Paul Magnette. Mais on lui a vite reproché d’avoir rédigé une note « trop à gauche », de s’être pris « pour un formateur », d’avoir commis l’erreur fatale d’écarter le CD&V, voire d’avoir conclu « un accord, pas à l’avantage du MR, avec Gwendolyn Rutten (VLD) ».

Les préformateurs Rudy Demotte et Geert Bourgeois, eux, ont été à peu près accusés d’avoir effectué un tour pour rien, occupant le terrain pendant que des partis se cherchaient un président.

Et l’on n’a pas forcément jugé que les premiers informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte avaient pleinement rempli leurs agendas durant leurs quatre mois au service du Roi. Gagnant aussi du temps pendant la formation des gouvernements régionaux.

Dur dur d’être missionnaire royal par les temps qui courent…

Les étudiants ne devront pas rembourser les bourses indûment perçues: des questions restent en suspens

L’abandon du recouvrement des allocations indues ne change rien au statut des étudiants
: ils restent réputés non-boursiers, avec un impact possible sur le minerval.
L’abandon du recouvrement des allocations indues ne change rien au statut des étudiants : ils restent réputés non-boursiers, avec un impact possible sur le minerval. - Pierre-Yves Thienpont.

Fin de la procédure de recouvrement des bourses d’étude ! Coincée entre une décision du passé et la nécessité d’en gérer aujourd’hui les effets collatéraux, la ministre de l’Enseignement supérieur n’a pas tergiversé longtemps face au désarroi de plusieurs milliers d’étudiants sommés de rendre une bourse d’étude indûment perçue un, deux ou trois ans plus tôt. Explications.

1

Qui est concerné ?

Ces derniers mois, entre 3.000 et 3.500 jeunes ont reçu un courrier pointant leur non-finançabilité comme motif de remboursement d’une allocation d’étude perçue entre 2016 et 2019. Pour faire simple, disons qu’un étudiant est réputé non finançable (son établissement ne perçoit plus de subvention pour lui) lorsqu’il fait trop longtemps du surplace dans son parcours d’études. Or, la condition de « finançabilité » est désormais une condition d’octroi d’une bourse. C’est parce que cette notion a été mal comprise, ou qu’elle a été communiquée avec de longs mois de retard, que ces milliers étudiants ont été priés de rembourser une allocation d’étude indûment perçue. Face au tollé et aux incertitudes juridiques que soulevait la situation, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé, jeudi, d’abandonner les procédures de recouvrement et de rembourser… ceux qui avaient déjà commencé à rembourser. Tout va mieux ? Pas sûr car la situation soulève encore bien des questions.

2

Quel critère désormais ?

Après l’ancien régime qui postulait la réussite d’une année pour garder le droit à la bourse, après le nouveau régime « Paysage » qui impose une condition de finançabilité, quel critère la Fédération Wallonie-Bruxelles va-t-elle bien pouvoir inventer pour encourager (par une bourse) l’avancement dans un parcours d’études ? Rien ? Pas sûr ! À la sortie du gouvernement, la ministre Valérie Glatigny (MR) se réjouissait pour les étudiants concernés mais prévenait : « Il va de soi qu’un nouveau critère sera d’application pour la rentrée de septembre. Le nouveau critère permettra de déterminer au moment de l’inscription si un étudiant peut recevoir (ou non) une allocation ». La FEF (Fédération des étudiants francophones) n’a guère attendu pour poser « ses » exigences en guise de préambule aux concertations à venir : « Pas question pour nous de continuer à soumettre l’octroi d’une bourse à une notion de réussite », dit la présidente Chems Mabrouk. « Car chacun sait que le niveau socio-économique des étudiants a un impact sur la réussite, parce que souvent le boursier doit travailler pour financer son cursus, parce que les codes sociaux ne sont pas toujours identiques, parce que l’école secondaire d’origine influence elle aussi le parcours ultérieur… ». Rodrigue Demeuse, député Écolo, ne dit guère autre chose : « Nous avons la volonté d’avancer rapidement vers la suppression du critère de finançabilité comme condition d’octroi des bourses, ainsi que le prévoit la déclaration de politique communautaire ». Pour l’heure cependant, il n’y a guère de proposition sur la table. La ministre ferme d’ailleurs la porte à ceux qui rêvent de bourses sans condition autres que financières : « Il n’est pas envisageable que la Fédération Wallonie-Bruxelles finance ad vitam aeternam des étudiants qui ne sont pas sur une trajectoire de réussite ». Un détail : il faudra aller vite car la prochaine saison de demande de bourse ouvre en principe en juillet.

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Une question d‘équité ?

Écolo, dans son commentaire sur la situation, lève un lièvre : « La décision d’annuler les dettes pour l’ensemble des étudiants concernés apporte une réponse salutaire à ceux qui se trouvaient dans une situation injuste ». D’autres, au CDH notamment, en lèvent un autre : « Qu’en est-il des étudiants qui, conscients de leur non-finançabilité, n’ont pas introduit de demande d’aide ? Alors qu’ils sont dans la même situation au départ : l’un aura reçu la bourse et l’autre pas, c’est une source d’iniquité ». Autre source de conflit potentiel : les étudiants priés de rendre leur bourse pour d’autres raisons (abandon des cours, clarification de la situation financière…) risquent eux aussi d’y trouver du grain à moudre.

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Qu’en est-il du minerval ?

Un étudiant boursier – c’était le cas des 3.000 jeunes concernés – est exempté du minerval habituellement réclamé aux étudiants non boursiers (835 euros pour une université). La Fédération Wallonie-Bruxelles compense ce manque à gagner pour les établissements. En pointant leur non-finançabilité, le Service des allocations d’études enlève du même coup à ces étudiants leur statut de boursier. Et l’abandon par le gouvernement de la procédure de recouvrement de la bourse ne change rien à l’affaire. Les établissements peuvent donc recouvrir le montant du minerval complet, ou y renoncer conformément au décret du 7 novembre 2013. La Fédération ne compensera pas le manque à gagner, signale la ministre. « J’espère qu’ils ne vont pas jouer ce jeu dangereux… », signale à son tour la présidente de la FEF. Les étudiants concernés – dont le minerval dépasserait parfois le montant de la bourse perçue – doivent formuler le même vœu…

Cour Constitutionnelle: pour Zakia Khattabi, le climat s’est réchauffé mais le vote est toujours indécis

Depuis 2009, Zakia Khattabi a été 
successivement députée 
régionale bruxelloise, sénatrice de Commnauté puis députée 
fédérale.
Depuis 2009, Zakia Khattabi a été successivement députée régionale bruxelloise, sénatrice de Commnauté puis députée fédérale. - Belga.

Pour Zakia Khattabi, le climat s’est réchauffé. L’embellie est manifeste par rapport au 13 décembre dernier, quand la « chambre haute » avait reporté à ce vendredi le vote sur la candidature de l’ex-coprésidente d’Ecolo au poste de juge à la Cour Constitutionnelle.

A l’époque, il est vrai, l’ambiance était délétère. Tout avait commencé une semaine auparavant, à la Saint-Nicolas, avec une campagne du Vlaams Belang et de la N-VA contre la députée ixelloise. Du jamais vu dans l’histoire de la Cour, un groupe linguistique adoubant systématiquement et sans ergoter le candidat de son vis-à-vis. Plus gênant : le MR avait lui-même exposé ses doutes quant à l’aptitude de l’écologiste à assumer cette très haute fonction, lui reprochant notamment d’avoir manqué de sérénité dans ses prises de position et de ne pas être juriste (lire par ailleurs).

Une position dangereuse – le MR risquait d’apparaître comme faisant le jeu de l’extrême droite flamande et compromettant la formation éventuelle d’un gouvernement fédéral pour des rancœurs… personnelles. La solution d’un report du vote, proposée par la présidente du Sénat, Sabine Laruelle (MR), arrangeait donc tout le monde.

Et maintenant ? Depuis cette trêve des confiseurs, beaucoup de champagne semble avoir coulé sous les ponts. « Le climat est beaucoup plus serein », assurent plusieurs intervenants de ce dossier. Le MR aurait ainsi laissé entendre qu’il voterait en faveur de l’ex-coprésidente écologiste.

De plusieurs sources, il nous revient néanmoins que le camp réformateur est divisé sur la question. Il y a d’abord ceux, les « Micheliens », qui n’ont toujours pas digéré les propos de Zakia Khattabi lors de la mort de la petite Mawda. Elle avait en effet estimé que « ce drame est le fruit de la fuite en avant dans une politique d’asile de plus en plus répressive » et que « la responsabilité de gouvernement est engagée ». « Il y a des choses qui ne se disent pas », argumente-t-on dans ce camp, où l’on a la rancune tenace.

A droite, on va se compter

D’autres libéraux ont cependant refréné ces ardeurs bleues contre la candidature de l’écologiste. Et le président Georges-Louis Bouchez, nous dit-on, ne rentre pas non plus dans cette logique, estimant qu’un parti n’a pas à se mêler des désignations opérées par d’autres partis. A l’heure de boucler ces lignes, le groupe MR au Sénat devait encore adopter une position commune. Faute de quoi, chacun pourrait voter en âme et conscience.

Ce qui n’est guère de bon augure pour l’écologiste. En effet, au Standaard, Els Ampe (Open VLD) a expliqué que la position de son groupe n’était pas arrêtée mais qu’elle voterait contre la désignation de Zakia Khattabi. Or si la N-VA (9 sénateurs) et le Vlaams Belang (7), la majorité des deux tiers du Sénat (40 des 60 élus) ne sera atteinte qu’en faisant quasiment le plein parmi les autres groupes politiques.

Bref, c’est côté cour (à droite) que se jouera la candidature. Avec quelle conséquence ? Dans les rangs verts, on refuse de lier ce dossier à celui de la formation d’une coalition fédérale. Toutefois, il se murmure qu’en cas d’échec, Ecolo pourrait faire revenir Zakia Khattabi côté jardin, en la nommant ministre au fédéral.

Décision attendue pour Zakia Khattabi à la Cour Constitutionnelle: faut-il nommer des politiques à côté des juristes ?

Le Sénat se prononce ce vendredi sur la candidature de l’ex-coprésidente d’Ecolo comme juge à la Cour Constitutionnelle.
Le Sénat se prononce ce vendredi sur la candidature de l’ex-coprésidente d’Ecolo comme juge à la Cour Constitutionnelle. - Belga

Jusqu’en 2007, la Cour constitutionnelle s’appelait « Cour d’arbitrage ». Née en 1983, trois ans après la transformation de l’État unitaire belge en État fédéral, elle avait pour mission d’arbitrer les conflits de normes : de contrôler le respect de la répartition constitutionnelle des compétences entre État fédéral, Communautés et Régions.

La compétence de la Cour sera étendue à deux reprises. En 1988, au contrôle du respect des articles de la Constitution garantissant le principe d’égalité, la non-discrimination et les droits et libertés en matière d’enseignement. Et en 2003, au contrôle du respect des droits et libertés fondamentaux garantis par le titre II de la Constitution, et aux principes de légalité et d’égalité en matière fiscale et de protection des étrangers. Ainsi lestée, elle devint la Cour constitutionnelle.

Cette Cour a la particularité d’être indépendante des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et d’être fondée sur une double parité. Parité linguistique et, au sein de chaque groupe, parité entre 6 juristes professionnels (profs de droit ou magistrats) et 6 anciens parlementaires ayant siégé au moins 5 ans.

C’est là que, pour certains, le bât blesse (lire par ailleurs). Les hommes politiques y ont-ils vraiment leur place ? Si oui, ne devraient-ils pas faire la démonstration de leurs connaissances juridiques ?…

Conserver une mainmise ?

Céline Romainville, professeure de droit constitutionnel à l’UCL, nous révèle que la présence des six anciens parlementaires a posé question dès les travaux préparatoires de la loi spéciale qui porta création de la Cour. Et d’expliquer qu’à l’époque, la justification fut, en gros, d’instituer une diversité d’approches, d’éviter « des raisonnements étroitement juridiques ».

« Si on analyse la doctrine cette fois, les spécialistes mettent cependant en avant le fait que les élus souhaitaient garder une forme de contrôle, d’emprise sur la juridiction », poursuit-elle. « Il faut se rappeler que la Belgique a mis longtemps à être tout à fait convaincue par le modèle dans lequel il y a une Cour qui est chargée de contrôler la constitutionnalité des lois votées par le Parlement… »

Selon la juriste louvaniste, la question que l’on pourrait se poser – « Mais lors d’une refonte de la loi spéciale, pas au détour d’une candidature individuelle », précise-t-elle – c’est s’il est toujours pertinent de maintenir cette règle, qui fut établie « pour faire avaler la pilule aux élus »…

« En droit comparé, on se rend compte que la plupart des juridictions constitutionnelles dans le monde sont composées de juristes, et souvent de juristes très qualifiés », explique Céline Romainville. « Et si dans certains pays, comme la Suisse, certains pays nordiques ou le Japon, les règles de composition des juridictions suprêmes sont officiellement ouvertes aux non-juristes, l’analyse de leur composition montre que, de facto, on nomme toujours des juristes… »

Mais pour Marc Uyttendaele, professeur de droit constitutionnel à l’ULB, les parlementaires ne sont pas là en tant que juristes mais, précisément, en tant que parlementaire, qu’élus de la Nation, d’une Région ou d’une Communauté. « Et dès lors qu’il n’y a pas – et c’est heureux ! – de critère capacitaire pour exercer la fonction de parlementaire, il n’y a guère de raison d’exiger des compétences supplémentaires », affirme-t-il.

Au reste, selon Marc Uyttendaele, les parlementaires, qui « fabriquent les lois » se révèlent parfois meilleurs juristes que les titulaires d’un diplôme de droit…

« Comme dans un jury d’assises, comme dans un tribunal du travail ou comme dans un tribunal d’entreprise, où ça ne choque personne, on est dans une logique de mélanger des expériences d’origines distinctes », conclut-il. Une logique qui, selon lui, doit perdurer.

Bibliothèques: hausse spectaculaire des prêts de livres, fiction et BD en tête

Bibliothèques: hausse spectaculaire des prêts de livres, fiction et BD en tête
René Breny.

Un saut de 25 pourcents. C’est un chiffre à ce point phénoménal que les directeurs des services de l’action territoriale et de la lecture publique disent avoir dû le vérifier, et qu’à l’heure de le dévoiler ce jeudi à la presse, ils peinaient encore à l’expliquer : entre 2018 et 2019, les prêts de livres en bibliothèques publiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont bondi de 9,3 à 11,68 millions. Ceci alors que les enquêtes de lecture témoignent généralement d’une désaffection envers le livre et de chiffres de vente qui s’érodent – même les chiffres records de Guillaume Musso ont tendance à s’estomper.

En parallèle, les prêts de livres numériques via la plate-forme Lirtuel explosent eux aussi : initiés en mars 2015, ils se montent désormais à plus de 8.000 par mois, pour un total de 400.000 prêts en quatre ans.

Aucun facteur « externe » ne l’explique : la population globale stagne, la part de la population desservie par une bibliothèque proche s’est légèrement améliorée (85,7 % au lieu de 82,5 %), le nombre de bibliothèques est à peine plus important (506 au lieu de 500), et le nombre total d’usagers de bibliothèques a même tendance à diminuer : 783.351 au lieu de 796.838 personnes un an plus tôt. Bref, le grand calme : il n’y a toujours que 18 % d’une même population qui fréquente les bibliothèques. Le nombre de livres disponibles est même en légère baisse : 11,6 millions au lieu de 12.

Fiction et BD mènent le bal

Mais s’ils se penchent sur le détail de ces chiffres, ces mêmes directeurs relèvent quelques indices : « Les augmentations se font plutôt au profit de la bande dessinée et des romans, la fiction en général », pointe Jean-François Füeg, directeur du service de l’action territoriale, alors que les bibliothèques continuent à s’aligner sur un modèle un peu périmé désormais de 50 % de documentaires dans leurs catalogues, et 50 % de fictions. Ce boom de la fiction, c’est d’abord la BD : « Avec des cas un peu particuliers comme à Namur, où le nombre de bandes dessinées prêtées a augmenté très fort grâce à la création d’un “Bédébus” mobile qui s’installe non pas dans les endroits sans offre culturelle mais, au contraire, devant les bibliothèques, avec une offre en complément de leurs collections. » Par association, cela provoque une hausse des inscriptions et de la fréquentation accrue des bibliothèques… par les hommes. « C’est aussi le cas à Charleroi, où un grand effort a été fait sur les paralittératures (science-fiction, policiers, etc.). » Cet engouement pour la fiction et la BD est confirmé par exemple à la bibliothèque Sésame de Schaerbeek, où les prêts concernent à 80 % la fiction, et où les bacs de bandes dessinées sont quasi systématiquement vidés de leurs contenus.

Un lieu de culture, et le fort travail des bibliothécaires

Plus intéressant encore est le constat qualitatif et conceptuel dressé par la directrice du service de la lecture publique, Diane-Sophie Couteau : pour elle, le boom des prêts serait dû à l’élargissement des fonctions des bibliothèques : on peut désormais « y lire, prendre une tasse de café, mais aussi consulter internet (NDLR : les volumes de consultation sont en forte hausse), recevoir une initiation informatique, suivre des animations – c’est très varié, cela va de l’heure du conte jusqu’à des escape games ou des murder parties en bibliothèques. Ce n’est plus du tout ce lieu fermé où on ne peut pas parler. C’est un endroit d’accueil, un lieu convivial, et le nombre de personnes qui suivent ces animations est en augmentation constante depuis qu’on publie des chiffres. » C’est une tendance observée en France également, où l’expression « lecture publique » fait désormais débat face aux diverses fonctions de la bibliothèque. Plus assidus, les usagers de bibliothèques emprunteraient donc plus de livres.

Soyons de bon compte, il n’y a pas que la dimension multifonctionelle du lieu qui a changé : il y a aussi le travail réalisé par les bibliothécaires. « Je pense que l’augmentation des prêts est due à leur travail », souligne Diane-Sophie Couteau, « leur façon de se rendre à la rencontre des publics. Les bibliothécaires sortent de leurs murs, vont vers les prisons ou autres lieux, faire des animations, etc. » Pas faux.

Grand format - Le travail d’un juré de prix littéraire est-il vraiment harassant?

Bernard Pivot et Virginie Despentes à la fenêtre du Drouant le 7 novembre 2018. Les voici maintenant tous deux démissionnaires de l’académie Goncourt.
Bernard Pivot et Virginie Despentes à la fenêtre du Drouant le 7 novembre 2018. Les voici maintenant tous deux démissionnaires de l’académie Goncourt. - Gonzealo Fuentes/Reuters.

Bernard Pivot, président depuis 2014, a démissionné le 2 décembre, après avoir « mûrement réfléchi ». Il en avait d’ailleurs averti ses camarades du Goncourt dès le mois de juin. Il part, dit-il, « sans amertume, sans regret ». Il ajoute qu’il a « passé quinze belles années au Goncourt, dix années comme membre du jury et cinq années comme président ». Mais qu’il est aujourd’hui temps de penser à lui : « Je suis dans ma 85e année et je veux retrouver un libre et plein usage de mon temps. »

C’est un peu la même motivation pour Virginie Despentes, membre depuis 2016, qui a annoncé sa démission, elle, le 6 janvier. Elle manque de temps pour écrire, et elle veut se consacrer à l’écriture. C’est ce qu’elle précise dans la lettre que nous reproduisons ci-dessous.

Le chiffre: 1.017

En 2019, 1.017 romans ont été publiés en français : 493 à la rentrée d’hiver (janvier, février, mars) et 524 à la rentrée d’été (août, septembre, octobre). Respectivement : 336 et 336 romans français, 157 et 188 romans étrangers. Ce sont les chiffres officiels fournis par Livres Hebdo-Electre. Ils sont sans aucun doute en dessous de la réalité. Ne sont en effet pas pris en compte les romans parus en dehors de ces périodes, et il y en a, et toute une catégorie de livres qui ressortissent de la science-fiction, de la fantasy, du policier, du sentimental, etc.

Deux démissions en un mois. Tout tourne-t-il au vinaigre au sein de l’académie Goncourt ? Des rumeurs ont surgi, par-ci par-là : l’entente n’y serait pas cordiale, murmurent certains. Des rumeurs sans aucun fondement. A plusieurs sources, au contraire, on assure que l’académie Goncourt est un cercle d’amis qui s’apprécient et sont heureux de travailler ensemble. Mais que le travail d’un juré littéraire est astreignant. D’autant que l’édition est pléthorique. Plus de mille romans par an, francophones et étrangers. Au moins 600 rien que pour les francophones. Pour les jurés, la lecture prend plusieurs mois chaque année. Au détriment, bien sûr, de la création.

Des comptes à rendre

« Etre juré du Goncourt, c’est très chronophage », précise le secrétaire général de l’académie Goncourt Didier Decoin. « Dans l’esprit des gens, le Goncourt c’est le fameux prix qu’on décerne en novembre. Mais il n’y a pas que lui. On donne aussi d’autres prix dans le reste de l’année : celui du premier roman, le Goncourt de la nouvelle, le Goncourt de la biographie et là ce sont souvent de très gros livres, le Goncourt de la poésie. Plus les choix Goncourt de pays étrangers comme la Belgique, on approche la vingtaine de pays : chaque fois qu’un de ces prix est décerné il est logique que certains d’entre nous se rendent dans le pays en question. Plus les activités culturelles qui peuvent nous être demandées. Sur un an, il y a bien quatre à cinq mois qui sont consacrés à l’académie et pendant lesquels on ne peut pas écrire. »

Ce n’est pas comme cela depuis toujours. Il fut un temps où, sur les dix jurés, seuls quatre lisaient les livres, les six autres déjeunaient. Les séances étaient très simples : ces quatre-là disaient avoir lu telle chose, qu’il fallait voter entre ces quatre livres et qu’ils conseillaient celui-là, et c’était fait. Il n’y a avait pas de prix annexes non plus. « Mais il y a eu une prise de conscience de la responsabilité qu’a l’académie et du rôle qu’elle peut jouer dans la vie culturo-littéraire », insiste Didier Decoin. Aujourd’hui, c’est plus sérieux.

Au Goncourt, tout le monde lit ce qu’il veut lire. Mais chacun a des comptes à rendre. Aux réunions mensuelles de l’académie. Mais aussi pendant la trêve d’été où toutes les trois semaines, Bernard Pivot avait mis cette procédure au point, chacun envoie aux autres une fiche de lecture de dix ou douze pages pour faire le bilan de ce qu’il vient de lire. « On ne peut pas se défausser. Cela demande donc vraiment un investissement temps considérable », reprend Didier Decoin. » Et quand on est en milieu de carrière comme Virginie, qui a déjà construit une œuvre mais qui a une suite à y donner, ça peut poser problème. »

Il y a un vrai enthousiasme, une véritable passion à défendre ou à s’opposer à un livre. Eric-Emmanuel Schmitt, juré Goncourt

Eric-Emmanuel Schmitt, juré Goncourt depuis 2016, ajoute : « On doit remettre un rapport sur les livres qu’on a lus. Et si un livre tombe dans la sélection, tout le monde doit le lire. C’est bien mais c’est astreignant. Il n’empêche qu’il y a un vrai enthousiasme, une véritable passion à défendre ou à s’opposer à un livre. »

D’ailleurs, des écrivains pressentis pour être jurés – cela se passe par cooptation – refusent parfois. « J’ai essayé de convaincre une jeune autrice dont je ne donne pas le nom mais qu’on aurait vraiment aimé avoir parmi nous », reprend Didier Decoin. « Je lui ai téléphoné un lundi, elle a fait un bond au plafond disant que c’était la plus belle nouvelle qu’on pouvait lui donner, quel bonheur, quelle fierté, etc. Elle m’a rappelé le mercredi pour me dire qu’elle avait fait ses comptes et qu’elle perdait quatre mois de sa vie littéraire dans l’année. Elle a donc décliné. »

Un roman par jour

« La question de Virginie Despentes, je me la suis posée plusieurs fois », intervient Eric-Emmanuel Schmitt. « L’été est souvent pour moi un gros problème. Si je n’écris pas pendant cette période, c’est merveilleux, parce que je lis. Mais c’est l’enfer si j’écris. Je m’isole pour écrire pendant la journée et je m’isole pour lire pendant la soirée, alors que je pourrais être avec mes proches. Pour l’instant, je continue, mais je peux dire à quel point chacune des paroles de Virginie vibre en moi. Je ne suis pas condamné à persévérer mais pour l’instant cependant, je suis ravi de me forcer à ça, à découvrir des auteurs, à être au courant de ce qui se passe en littérature à notre époque, etc. C’est le principe et la richesse d’un tel jury. »

Et Didier Decoin lui-même alors, lui qui est à l’académie Goncourt depuis 1995 ? « J’ai toujours été un dévoreur de livres. Je lis vite, j’adore ça, je suis boulimique de la lecture. J’ai une passion pour les thrillers, les très bons policiers, mais là j’ai dû diminuer et j’ai remplacé par des textes d’une ambition plus élevée. Je tourne toujours autour d’un roman par jour ou par deux jours, selon la grosseur. » Et écrire ? « Le dernier roman que j’ai publié, j’ai mis douze ans et demi à l’écrire. Ce qui est le signe que je n’ai pas de plages de temps considérables pour cela. Mais ce n’est pas grave dans la mesure où la Terre peut continuer à tourner sans mes écrits. »

Le dernier roman que j’ai publié, j’ai mis douze ans et demi à l’écrire. Ce qui est le signe que je n’ai pas de plages de temps considérables pour cela. Didier Decoin, Secrétaire général de l’académie Goncourt

« Etre juré, ça prend beaucoup de temps », confesse Michel Lambert, juré du Prix Rossel. « Mais surtout, les histoires et les tonalités différentes qui sont en tête avec ces lectures, te dépossèdent en fait de toute inspiration. Et en sortir est pénible : il faut reprendre son univers, son écriture et redevenir soi-même alors qu’on a été des autres pendant tout un temps. Le Rossel me coûte chaque année au moins deux mois et demi d’écriture. »

Le jeu en vaut-il la chandelle ? « On participe à un jury parce qu’on a envie de découvrir », rétorque immédiatement Michel Lambert. « Parce qu’on a soi-même été découvert et promu. Mais à côté de cela, on est obligé de lire pas mal de livres qui ne méritent même pas de participer au prix. Et ça s’accompagne parfois aussi d’une forme de dépit, de découragement quand le livre auquel on croyait vraiment n’aboutit pas à recueillir suffisamment de voix pour être lauréat. Mais c’est la règle du jeu. Et aussi la preuve qu’on s’attache beaucoup à certains textes qu’on veut promouvoir. »

« Un plaisir lent »

Christine Jordis est jurée du prix Femina. Qui décerne un prix du roman français, un autre du roman étranger et un prix de l’essai. Comme le Médicis. « Ma première sélection, c’est 30 à 50 livres que j’emporte à Venise, où je vais tous les ans. Toute sa beauté me donne du courage. Je lis alors un à deux livres par jour, très professionnellement. Et quand je reviens à Paris, une deuxième fournée de livres m’attend. On a une réunion en juin avec les consœurs du Femina. Chacune a sa propre liste de livres qu’elles recommandent et que nous nous devons de lire. En été, nous échangeons des mails. Chacune envoie ses découvertes et ses conseils. Moi je fais, consciencieusement, une liste une fois pendant l’été. Et ça me prend un temps monstrueux. De mai à septembre. Mais je fais ce travail volontiers. »

Ma première sélection, c’est 30 à 50 livres que j’emporte à Venise, où je vais tous les ans. Toute sa beauté me donne du courage. Christine Jordis, Jurée du Femina

Au Médicis, l’expérience est à peu près la même pour Marie Darrieussecq. Mais elle confesse que la lecture pour les prix du roman français, du roman étranger et de l’essai lui prend six à huit mois par an. Le jury se réunit cinq fois sur l’année. « Mais nous communiquons entre nous tout le temps pour nous recommander la lecture de certains livres que les autres auraient pu ne pas avoir remarqués. » Cela empêche-t-il son propre travail de littérature ? « J’écris tous les matins, quoi qu’il arrive, j’écris très rarement l’après-midi, mes après-midi et mes nuits sont donc libres pour lire. »

Georges-Olivier Châteauraynaud, secrétaire général du Renaudot, estime que le job de juré lui prend quatre mois par an, de façon discontinue : « La lecture est un plaisir lent. »

Certains membres se dévouent-ils pour établir des listes, des préselections, afin que tout le monde ne doive pas tout lire ? Théoriquement, ce n’est pas comme ça que ça marche. Le règlement du Goncourt est régi par le testament des frères Goncourt et, dans leur esprit, pas de préselection. Mais le tri se fait de soi-même, par la confrontation des fiches de lecture, par les recommandations positives ou négatives.

Christine Jordis, du Femina, avoue qu’elle garde les oreilles ouvertes pour écouter les avis des uns et des autres. Des auteurs suscitent l’intérêt, des journalistes conseillent, certains éditeurs, surtout des éditeurs moins importants mais qui font un travail considérable, attirent l’attention. Au Renaudot, Georges Olivier Châteauraynaud centralise les avis et établit des grilles, pour qu’il y ait une base aux réunions. Fin mai, le Renaudot a une liste de 14 à 16 titres. En septembre, certains disparaissent et sont remplacés par de nouveaux venus. Puis il n’y en a plus que 8, puis 4 ou 5. Et, Sylvain Tesson l’a montré en 2019, tout peut être remis en question : La panthère des neiges ne figurait pas dans la sélection finale et a été plébiscité. « Le règlement du Renaudot est très souple », précise M. Châteauraynaud, « ce qui nous permet de naviguer à vue. A tout moment, on peut faire entrer un titre dans la liste. »

Chaque jury a ainsi ses façons de faire. Au Femina, qui remet aussi un prix de l’essai, par exemple, certaines jurées sont des spécialistes. « Et nous faisons confiance à leur travail de défrichage », confesse Christine Jordis. Comme au Goncourt, où Tahar Ben Jelloun sert en fait de rapporteur pour le prix de la poésie, qui récompense une œuvre et pas un ouvrage. Pour le prix de la biographie, c’est Pierre Assouline qui sert de référent. « Et pour le prix de la nouvelle, je fais partie des éclaireurs, parce que j’adore les nouvelles », s’amuse Eric-