Vivaldi: la bataille du casting et du programme

Avec l’arrivée des co-formateurs Paul Magnette (PS) et Alexander De Croo (Open VLD), les négociations fédérales à sept partis ont repris.
Avec l’arrivée des co-formateurs Paul Magnette (PS) et Alexander De Croo (Open VLD), les négociations fédérales à sept partis ont repris. - Belga.

Avec l’arrivée des co-formateurs Paul Magnette (PS) et Alexander De Croo (Open VLD), les négociations fédérales à sept partis ont repris. Et les discussions sur le fond aussi, plutôt que sur les personnes… Au menu jeudi : l’énergie, le climat, la mobilité et l’entrepreneuriat, avec quelques « beaux » accrochages, c’est normal sur ces thèmes, entre libéraux flamands et écologistes.

Mais si l’on reparle contenu (lire ci-contre à quel point il reste du chemin à faire), la question du futur Premier ministre est dans tous les esprits. Puisque là-dessus, les sept ne sont toujours pas d’accord. Malgré la désignation des co-formateurs qui fournissent traditionnellement le locataire du 16, rue de la Loi. Alors : qui au Seize ? C’est compliqué, résumons…

Traditionnellement, les formateurs sont favoris pour prendre les commandes du présumé futur gouvernement Vivaldi. Avec un léger avantage pour le libéral flamand, si l’on en croit les conversations en ville et en coulisse. Raisonnement : la Vivaldi est minoritaire dans le groupe linguistique néerlandophone, inutile d’en rajouter avec un Premier francophone, a fortiori socialiste, face au rouleau compresseur de l’opposition N-VA et Vlaams Belang à venir. Ajoutez : Georges-Louis Bouchez ne veut pas du rouge au Seize, il peut juste accepter (contraint et forcé, il s’y était en fait opposé) de le voir évoluer quelques jours comme formateur, ne lui en demandez pas plus. Et l’on nous confirme à plusieurs sources que son veto contre son adversaire hennuyer est toujours aussi catégorique.

Cela étant, Paul Magnette reste dans la course. Surtout parce que le PS est le premier parti à la Chambre (19 sièges, devant le MR, 14, ensuite le CD&V et le VLD, avec 12 sièges, ainsi qu’Ecolo). Et puis parce que, dit-on, il en veut. Encore plus aujourd’hui qu’hier. Alexander De Croo, donc ? Pas si vite. Les chrétiens-démocrates flamands n’en veulent pas. Un responsable dans leurs rangs confie : « De Croo, ça ne passera pas chez les cadres et les élus. Qui préfèrent Paul Magnette, à choisir ».

Un Premier par défaut ?

Si ce n’est ni le libéral, ni le socialiste ? Si les favoris s’annulent ? Le CD&V, toujours lui, n’a pas renoncé. De ce côté, on fait valoir que le parti fait jeu égal avec le VLD en nombre de sièges mais est devant en nombre de voix. Qui chez eux ? Koen Geens, actuellement ministre de la Justice ? Hilde Crevits, ministre en Flandre ? Faut-il préciser que les libéraux flamands n’imaginent pas de voir un chrétien-démocrate passer devant : « Les familles libérales, socialiste, écologiste sont au complet dans la Vivaldi, le CD&V est seul, il n’y a pas de raison de leur laisser le leadership, c’est exclu ». Sans compter qu’Hilde Crevits, s’agissant d’elle, était archi anti-Vivaldi et pas bonne bilingue.

Sophie Wilmès, alors ? Tous en conviennent désormais : ce ne pourrait être qu’en dernier recours, si les autres sont barrés. Les ennuis de Georges-Louis Bouchez à la table ne lui permettent plus guère, souligne-t-on de différents côtés, de l’obtenir.

Un écologiste, au fait ? La famille verte compte 21 sièges à la Chambre, c’est plus que les 12 du CD&V, pas loin des 24 libéraux, alors ? C’est pure fiction politiquement, ils ne seraient pas demandeurs, mais si l’on s’en tient aux rapports de forces, ce n’est pas hors propos.

Un « extérieur » ? L’hypothèse tourne. Un peu un « Antonio Conte » à l’italienne – un succès, en l’occurrence. Mais ce serait un désaveu pour la classe politique aux affaires, déjà pas mal abîmée après un an et demi d’errements. Sans doute inimaginable pour elle.

Le risque n’est donc pas mince d’avoir un Premier ministre par défaut… Ce devrait être tranché lundi prochain.

Les autres nominés

Et pour les autres portefeuilles, quels sont les nominés ? Rien n’est décidé à ce stade, mais les rumeurs filent, c’est toujours comme ça. Sachant qu’au départ, il était question d’une équipe ministérielle sans secrétaire d’Etat (car c’est la crise, économique et sanitaire). Mais l’appétit venant en mangeant, avec sept partis à la table, il faut bien multiplier les parts de gâteau…

Côté socialiste, voici la série de noms cités ici et là, en vrac, dans le désordre : Frédéric Daerden, Pierre-Yves Dermagne, Karin Lalieux, Christie Morreale, Jean-Claude Marcourt, Laurette Onkelinx, Rudy Demotte, Elio Di Rupo… Quels portefeuilles le PS lorgne-t-il ? On entend ceci à ce jour : la gestion de la Sécu, les Pensions, les Finances, ajoutez les réformes institutionnelles. Et André Flahaut est partant, si le poste est en jeu, pour le perchoir de la Chambre, un job costaud vu l’opposition en face, N-VA, Belang et PTB. Et si Paul Magnette devait se hisser au Seize, on cite Philippe Close, Pierre-Yves Dermagne et Frédéric Daerden pour le remplacer ad interim à la présidence.

Au MR, l’opération est d’autant plus délicate que le parti dispose actuellement de sept ministres et qu’il ne devrait plus en avoir que deux, plus un secrétaire d’Etat. Une quasi-certitude : Sophie Wilmès devrait être vice-Première ministre. Pour l’autre portefeuille, l’actuel vice-Premier David Clarinval a ses chances, d’autant que sa relation est bonne avec Bouchez. On cite aussi Denis Ducarme, ex-adversaire du président durant la campagne interne et qui pèse 40 %. Et le ministre wallon Jean-Luc Crucke, bon bilingue et entretenant de bonnes relations avec écologistes et socialistes. S’il « montait » au fédéral, l’un des cités pourrait reprendre sa place en Wallonie. Philippe Goffin n’est pas impossible comme secrétaire d’Etat. Sans exclure une « surprise du chef », qui pourrait être tenté de faire monter un jeune (pour autant que, ce faisant, il ne se mette pas les anciens à dos, il n’a pas besoin de ça en ce moment…). Les affaires étrangères, une fonction régalienne et une autre socio-économique (comme les classes moyennes), voire la présidence de la Chambre intéresseraient le MR. Qui dispose toutefois déjà du commissaire européen (poste équivalant normalement à un ministre…).

Enfin, chez Ecolo, le nom du chef de groupe à la Chambre, Georges Gilkinet, est le plus cité. Sans exclure totalement le co-président Jean-Marc Nollet. Le parti pourrait être intéressé par un portefeuille à caractère social (à la Chambre, il a préféré la présidence de la commission Affaires sociales plutôt que celle de l’Environnement).

Reste à voir si le timing du 1er octobre, pour la déclaration de gouvernement à la Chambre, pourra être tenu...

Coronavirus: la conférence de presse du CNS a-t-elle fait son temps?

Sophie Wilmès s’est enfermée dans une formule qu’elle avait créée mais dont le côté «
barnum
» n’est peut-être plus adapté.
Sophie Wilmès s’est enfermée dans une formule qu’elle avait créée mais dont le côté « barnum » n’est peut-être plus adapté. - EPA.

Analyse

L’exercice de la conférence de presse post-CNS est on ne peut plus périlleux. Il a permis à Sophie Wilmès de prendre du galon en tant que Première ministre d’un pays à la dérive politiquement et sanitairement. Il lui a attiré autant de louanges que de quolibets. Et il s’est terminé mercredi sur une performance jugée décevante par de nombreux observateurs, surtout au nord du pays. L’éditorialiste du Laatste Nieuws, quotidien le plus lu en Flandre, a tiré le plus fort : « Plus Wilmès parlait, plus nous la voyions comme un candidat belge moyen à l’Eurovision : mal à l’aise et honteux. »

Mais était-ce vraiment la faute de la Première si la présentation des mesures était confuse ? Non. On sait que les experts n’ont pas rendu un rapport à la hauteur et qu’il faudra attendre deux semaines supplémentaires avant d’y voir plus clair sur la gestion sanitaire du pays à long terme. Il n’empêche, l’avancée des négociations gouvernementales semble indiquer qu’entre-temps, un successeur aura été désigné. Pour éviter la pluie de critiques qui s’abat – pratiquement à chaque fois –, Paul Magnette, Alexander De Croo ou un(e) autre pourrait être tenté de changer de méthode.

Un dispositif qui ne remplit plus sa fonction

Un changement plus que nécessaire si l’on suit le raisonnement de Sandrine Roginsky, prof de communication politique à l’UCL : « Cela fait un certain temps que ce dispositif ne remplit pas ses fonctions. Après un CNS, on ne devrait parler que des mesures et savoir comment on s’y adapte, pas si Sophie Wilmès est apparue isolée ou a eu la bonne attitude. » Le treizième CNS (si on a bien compté) était peut-être celui de trop. « On voit qu’en France, on n’assiste plus à des allocutions présidentielles de Macron pour annoncer les mesures », poursuit Sandrine Roginsky. « C’est le ministre de la Santé qui a annoncé la fermeture des bars à Marseille, par exemple. On peut se demander pourquoi la Belgique n’a rien changé à son dispositif. Il y a un gros risque de perdre l’intensité qui doit normalement accompagner une allocution auprès de la population. » Une lassitude qui se voit déjà dans les audiences télévisées de la conférence de presse, en très forte baisse. Même si on ne peut pas tout à fait comparer les chiffres actuels avec ceux datant du confinement.

Un ministre régional va dans le même sens que notre chercheuse : « Il faudrait proposer quelque chose de plus digeste au citoyen et Sophie Wilmès en est consciente. » Un autre, plus cash : « Il faut arrêter avec le ton martial qui ne passe plus. Il est vrai que l’objectif était un peu de faire un dernier grand barnum avec tout un package de mesures pour l’avenir, sauf qu’on n’avait pas le fameux baromètre… » Il insiste : « Cela n’a plus de sens de faire des grands CNS. Il faut travailler dans la discrétion puis annoncer les mesures quand elles sont décidées. »

La Belgique n’est pas la France…

Facile à dire, répondent ceux qui ne voient pas réellement comment on pourrait faire autrement. « C’est un moment de rencontre entre la Première, les ministres-présidents et les citoyens », glisse le ministre Denis Ducarme (MR). « Il me semble important d’avoir un lieu d’information, un rendez-vous régulier qui représente la Belgique. » « Ce sont les télévisions qui en ont fait un moment à suivre en direct », insiste un autre libéral. « La Première parle à la presse et, oui, elle s’est rapidement adaptée, consciente que la population était aussi derrière le poste de télé. » On se souvient de la première ratée, avec une conférence sans cesse reportée jusqu’à plus de 22 heures. Puis quelques semaines plus tard du PowerPoint, absolument pas clair. Avant qu’on souligne son « humanité » lors du déconfinement. « On n’est pas en France », poursuit notre observateur privilégié. « Vu les multiples intervenants et niveaux de pouvoir, on ne reste pas maître du contenu longtemps. C’est déjà un petit miracle qu’on arrive à proposer un discours de synthèse qui parvient à satisfaire tout le monde aussi rapidement. »

Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’Ihecs et Science-po Paris, confirme que la « culture de la fuite » est typiquement belge et ne simplifie pas la tâche de celle ou celui qui doit venir annoncer les mesures à la population. Il est par contre convaincu que le prochain CNS sera totalement différent, du moins s’il n’est plus « présenté » par Sophie Wilmès : « Elle est peut-être un peu piégée par une formule qui pourrait être repensée, mais sa plus grande réussite restera d’avoir pu installer un personnage hybride, à la fois communicante de crise, cheffe de gouvernement et psychologue sociale. On imagine difficilement un Paul Magnette ou un Alexander De Croo entrer dans ces habits. Elle a su communiquer au-dessus de la mêlée avec de la retenue et une neutralité politique, très loin d’un Macron ou d’un Boris Johnson. » L’expert ajoute au crédit de Sophie Wilmès qu’elle a chaque fois été soutenue par les représentants des entités fédérées – contrairement à Angela Merkel en Allemagne, pourtant souvent citée en bon exemple.

Au suivant ou à la suivante de trouver son propre ton, mais assurément le bon ton. Peut-être pas nécessairement via ces conférences de presse publiques qui ne laissent pas le temps aux médias de digérer l’information pour mieux la transmettre au citoyen. « Ouvrir la diffusion au grand public est une tendance inévitable qui dépasse la Belgique, mais cette configuration transforme les journalistes en comédiens qui participent à l’action », analyse encore Sandrine Roginsky. « Le risque est de se perdre en tentant d’être compréhensible par tout le monde. Le discours devient vite inaudible. Il me semble plus pertinent de limiter ce grand barda uniquement à des annonces fondamentales et pas pour les simples ajustements. » À repenser donc. Surtout que le prochain rendez-vous est déjà fixé dans quinze jours avec la présentation – on l’espère pour de bon, cette fois – du « baromètre » de la vie au temps du Covid.

Le guide pour tout comprendre au concept de «contacts rapprochés» (infographie)

Le guide pour tout comprendre au concept de «contacts rapprochés» (infographie)
Kelsey Chance

Ne dites plus « bulle de contacts », dites « contacts rapprochés », c’est-à-dire avec des personnes ne faisant pas partie du foyer, pendant plus de 15 minutes, sans distance de sécurité et sans masque. La Première ministre a évoqué des personnes avec lesquelles on pouvait « faire un câlin » ou « boire un verre ».

« Etant donné que des études démontrent qu’une majorité de citoyens ont besoin d’une référence chiffrée », a-t-elle poursuivi, « les experts ont conseillé que leur nombre ne dépasse pas les cinq personnes maximum par mois, en dehors du foyer ». Ce nombre pourrait être revu à la baisse si l’épidémie devait s’aggraver, a prévenu Sophie Wilmès.

Par une pirouette de langage, le concept très critiqué de bulle sociale (que plus personne ne respectait) a donc été aménagé. Exit la contrainte de ne voir que cinq personnes par foyer. Mais il est vivement conseillé de ne pas exploser son crédit. Sauf si on respecte les gestes barrières. La Première ministre a insisté –dans deux des trois langues nationales– sur le fait que les citoyens pouvaient voir autant de personnes qu’ils souhaitaient à condition de respecter les distances sociales de sécurité ou, à défaut, de porter un masque. Les rassemblements sont d’ailleurs autorisés, à la maison ou en rue, mais ils ne doivent pas excéder les dix personnes (enfants non compris). On peut donc organiser un dîner ou une fête, pour peu qu’on respecte ses distances.

Chaque membre d’une famille (ou d’un couple ou d’une colocation) peut donc désormais décider « en son âme et conscience » de voir cinq autres personnes de façon rapprochée, pourvu que ce soit les mêmes pendant un mois. Pour une famille nombreuse (ou une coloc à plusieurs), le nombre de contacts peut dès lors vite avoisiner les 25, voire les 50 au total.

« Il y a eu pas mal de discussions à ce sujet », confie l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert, qui a par ailleurs fait savoir ce mercredi qu’il quittait le Comité d'évaluation fédéral. « Par rapport à la situation actuelle, c’est vrai que c’est un sacré changement. Il ne faudrait pas donner l’impression qu’il n’y a plus de limitation. Il faut comprendre que la philosophie actuelle est de sortir de la logique de règle. Tout le monde est conscient qu’on ne peut pas empêcher les gens de voir des proches. Il faut leur donner des points de repère en disant ce qui est prudent de faire en fonction du stade de l’épidémie pour garder la transmission à un niveau bas. Le concept de bulle de cinq était très contraignant, mais il a permis de percevoir qu’il était important de limiter ses contacts rapprochés. »

Bruxelles: le commissaire Vandersmissen temporairement écarté après la manifestation Santé en lutte

Bruxelles: le commissaire Vandersmissen temporairement écarté après la manifestation Santé en lutte
Capture d’écran LN24.

Les faits se déroulent lors de la manifestation du 13 septembre dernier, à propos de laquelle nous avons réalisé une enquête publiée mercredi, dans le but de retracer le parcours du dispositif déployé ce jour-là. Au niveau de la rue de la Régence, en fin de manifestation, la police a en effet procédé à plusieurs interpellations que des témoignages nous décriront comme « arbitraires » et « violentes ».

Sur une vidéo compilant des images tournées par LN24, on peut voir, à partir de la dixième seconde, un homme se faire intercepter puis plaquer au sol par un policier en civil et le commissaire Pierre Vandersmissen, chef du maintien de l’ordre de la zone Bruxelles-Ixelles, sur le terrain ce jour-là.

Quelques instants plus tard, un homme équipé d’un appareil photo professionnel arrive en courant. Il pointe un spray en direction du manifestant et l’asperge d’un coup de gaz. Le commissaire Pierre Vandersmissen lui fait alors un geste de la main pour lui signaler d’arrêter. L’homme s’exécute, et semble cacher le spray derrière son dos.

D’après nos informations, cet homme s’appelle Philippe B. Sur le site de son agence, bePress Photo Agency, il a déjà publié les photos qu’il a prises lors de la manifestation. Plusieurs d’entre-elles attestent de sa présence rapprochée de la scène lors des faits. Cela fait des années que Philippe B. réalise des reportages photographiques au plus près des policiers de la zone, notamment dans le cadre de missions relevant du maintien de l’ordre. L’an dernier, il publie même un ouvrage de photographies intitulé PolBru. Dans ce contexte, il a déjà fréquenté de près le commissaire Vandersmissen. Il a d’ailleurs passé toute une partie de la manifestation du 13 septembre à ses côtés. Dans une des séquences vidéos filmées plus tôt durant la manifestation, à proximité du Carrefour de l’Europe, on le voit déjà prendre des clichés des manifestants, derrière une ligne de policiers conduite par le commissaire.

Comment dès lors expliquer qu’un homme n’étant visiblement pas policier puisse, à ce moment-là, disposer d’une arme en principe prohibée par la « loi sur les armes » du 8 juin 2006, et de surcroît s’en servir sans que cela ne semble préoccuper outre mesure l’officier de police à ses côtés ? Contacté pour des explications à ce sujet, Monsieur B. coupe court et nous prie de poser nos questions à PolBru.

Enquête administrative

Après avoir soumis les éléments dont nous disposions et nos questions à la zone de Police ainsi qu’au cabinet du bourgmestre Philippe Close (PS), celui-ci nous confirme que les faits n’étaient pas connus de la hiérarchie policière et qu’ils sont dès lors pris très au sérieux : « D’après les éléments en notre possession, il apparaît qu’un non policier a utilisé un gaz lacrymogène à la fin de la manifestation du dimanche 13/09 ce qui est inacceptable et complètement illégal. Après avoir vu les images, une enquête administrative a été demandée directement au chef de corps par le bourgmestre de Bruxelles. Dans l’attente de cette enquête, le chef de corps a pris une mesure d’ordre : le directeur des interventions sera écarté de sa fonction le temps de l’enquête. Si ce comportement venait à être confirmé par l’enquête, il entraînerait immédiatement une enquête disciplinaire. »

Carte blanche sur le port du voile dans les administrations et les écoles: «Libérales et pour!»

Carte blanche sur le port du voile dans les administrations et les écoles: «Libérales et pour!»
Photonews

Ces dernières semaines et suite au dépôt de différentes motions au sein de certaines communes, le débat concernant le port de signes convictionnels au sein des administrations s’éveille à nouveau. Les discussions renvoient automatiquement aux récentes manifestations de collectifs tels que « Les 100 diplômées », ou « Hijabis Fight Back » tant pour le port du voile dans les administrations que dans les écoles. Face à cette actualité, le Mouvement Réformateur semble mettre un point d’honneur à réaffirmer sa position. Pourtant, nous tenons aujourd’hui à mettre en lumière la position de libérales en désaccord avec la ligne de leur parti.

Il convient premièrement de préciser que cette carte blanche se penchera uniquement sur le cas du port du voile pour les femmes musulmanes. Si d’autres signes convictionnels existent, nous pensons que ces débats tournent principalement autour de la question du voile, sans jamais oser le verbaliser. Nous prenons le postulat qu’une fois de plus, les femmes sont en première ligne lorsqu’il s’agit de débats visant à limiter les libertés individuelles, et nous ne pouvons l’accepter en tant que femmes libérales et féministes.

Une société heureuse doit être une société libre

Ces libertés individuelles sont au cœur des valeurs fondamentales du libéralisme. Nous concevons la liberté en son sens donné par la Convention des droits de l’Homme et du Citoyen, comme « consistant à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui, ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ». Une vision partagée également par d’autres éminents penseurs libéraux (nous citerons Ruwen Ogien ou encore Stuart Mill), selon lesquels une société heureuse est une société libre, au sein de laquelle chacun vit comme il l’entend tant que cela ne nuit pas à autrui.

Cette notion fondamentale d’égalité est intrinsèquement liée à celle d’égalité en droit. Cette égalité en droit, nous la concevons comme une garantie pour chacun·e à l’accès à un travail, et un droit à l’éducation. Nous comprenons qu’il puisse exister des visions différentes, et nous entendons les arguments qui défendent qu’on ne puisse autoriser le port du voile dans les administrations (ou à l’école). Certes, il est possible de considérer que l’égalité de droit de chacun·e doit être garantie par une administration totalement neutre. Cependant, nous déplorons l’absence totale de débat au sein du parti sur cette question, et souhaitons souligner qu’il existe des libérales convaincues que le port de signes convictionnels puisse ne pas entrer en contradiction avec les libertés individuelles.

Oser le débat

Nous avons accueilli avec beaucoup d’enthousiasme les nouvelles lignes du Mouvement, souhaitant se moderniser, se diversifier et s’exprimer sur des débats pour lesquels le parti se faisait habituellement plus absent. Dans cette optique, il serait probablement pertinent de se pencher sur ces questions d’inclusivité et tolérer le débat car les arguments déployés par certain·e·s élu·e·s semblent vouloir nier la question. Nous avons entendu, dans le cas de Molenbeek, « que ces questions ne sont pas les principales en ce moment ». La politique serait donc incapable d’attaquer plusieurs problèmes en même temps ? Nous avons entendu que les priorités étaient l’éducation, la pauvreté, la qualité de vie. Mais l’accès à un travail et une éducation pour toutes, n’est-ce pas là un premier pas vers ces problématiques ? Comme le soulignait le mouvement Hijabis Fight Back, l’arrêt de la cour constitutionnelle du 4 juin 2020 porte atteinte au droit à l’éducation des femmes voilées.

Une dangereuse marche vers la division

Lors du Libre Débat, notre Président de parti soulignait encore l’opposition du MR aux différentes motions déposées dans les communes. On pouvait alors entendre qu’on ne pouvait permettre le port de signes visant à diviser les communautés. Par cet argument, Georges-Louis Bouchez semble vouloir nier que les différences culturelles existent. Nous pensons plutôt qu’interdire l’accès à certains milieux à une certaine communauté, c’est là que se trouve le pas vers la division. Ensuite, le président rappelait très justement que le rôle d’une administration est de traiter sur un pied d’égalité et de respecter les convictions et les orientations de chacun. Le postulat est tout à fait correct, mais débouche pourtant sur une conclusion ferme du parti concernant la question du voile. Respecter les convictions de chacun·e, ne serait-ce pas justement permettre à chaque individu d’exprimer ses convictions sans que cela altère leur service ? Par un enchaînement réflexif qui semble peu se soucier de la réalité du vécu des personnes, la ligne du parti a l’air de vouloir slalomer pour éviter le cœur du débat.

Une incapacité à se moderniser

En réalité, ce manque de volonté criant à entrer au cœur du débat dévoile probablement un problème plus important : l’incapacité pour le MR de se moderniser tout en essayant de satisfaire son électorat conservateur sur un maximum de plans. Pourtant, il devient urgent pour le parti de se permettre d’ouvrir le débat, en interne, concernant ces sujets, et pourquoi pas, offrir une plus grande liberté à ses élu·e·s sur ces questions. En tant que libérales convaincues, nous appelons à considérer la question.

Donald Trump se jette à toute vitesse dans la bataille pour la Cour suprême

Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment. » Impossible de ne pas entendre la voix de Ruth Bader Ginsburg prononcer ces mots, en regardant le dernier hommage rendu à la juge, au pied de la Cour suprême à Washington, ce jeudi. La confidence de « RBG », recueillie par sa petite-fille Clara Spera quelques jours avant sa mort, était décidément annonciatrice du tumulte provoqué par la mort de la juge progressiste.

Agir vite

Car pour Donald Trump, l’heure tourne, et toutes les minutes sont précieuses : le président américain refuse d’attendre le résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre prochain pour désigner la remplaçante de Ginsburg. Dès samedi, le Républicain compte enclencher le processus de succession en annonçant depuis la Maison-Blanche le nom de la juge qu’il souhaite nommer à ce poste très influent. Cinq noms circulent aujourd’hui, cinq femmes, dont celui de la magistrate Amy Coney Barrett, coqueluche des milieux religieux, et celui de Barbara Lagoa, une juge conservatrice d’origine cubaine (lire ci-contre). Deux Républicaines, dont l’une viendra s’ajouter à la liste des nominations très conservatrices opérées par Donald Trump depuis le début de son mandat – comme celles de Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh à la Cour suprême.

L’issue de vote de confirmation au Congrès fait peu de doute : les sénateurs républicains détiennent la majorité au Sénat, malgré la défection de deux élues qui estiment préférable d’attendre l’élection de novembre. Le timing autour de la succession de Ginsburg est sans précédent dans l’histoire de la Cour suprême : si le Sénat s’en tient à son agenda, le vote qui confirmerait la successeure prendrait place à la fin du mois d’octobre. Une poignée de jours avant l’élection.

A la différence de trois de ses prédécesseurs (John Quincy Adams, Abraham Lincoln et Dwight Eisenhower) qui, dans une situation similaire, s’étaient bien gardés d’agir avant l’élection, Donald Trump refuse d’attendre. A-t-il raison de s’empresser ? Tout est une question de point de vue. Ses détracteurs démocrates, Biden en tête, jugent qu’il devrait se retenir d’exercer ce genre de compétences et laisser son successeur, qui bénéficiera d’une légitimité électorale plus récente, prendre en main la nomination. C’est en tout cas l’argument qui avait été avancé en 2016 par la majorité républicaine au Sénat pour bloquer la candidature de Merrick Garland, proposée par Barack Obama. Mais Donald Trump, contrairement à Obama qui n’allait pas briguer de nouveau mandat, à toutes ses chances de remporter l’élection.

Assurer ses arrières

Pourquoi cet empressement ? On peut y voir plusieurs raisons. La première, celle, pour Donald Trump, d’assurer une Cour suprême résolument conservatrice, vœu cher au Parti républicain. Même si les Américains élisaient un président et un Sénat démocrates. « La Cour suprême jouera un rôle décisif sur les questions clés qui divisent profondément la société américaine : avortement, contraception, justice “raciale”, immigration, climat, assurance médicale, contrôle des armes… », détaille l’historienne Nicole Bacharan dans les colonnes du Monde. Et au sommet de la hiérarchie judiciaire, la Cour peut aussi avoir à arbitrer des litiges électoraux. Que se passe-t-il déjà, le 3 novembre ?

La seconde raison de l’empressement de Trump, donc : anticiper des recours, assurer ses arrières. Car la Cour suprême est l’institution qui pourrait arbitrer l’issue du scrutin de novembre prochain, en cas de litige. « Il faut que l’on aille vite », a encore plaidé Donald Trump mercredi. « C’est très important que l’on ait neuf juges » le 3 novembre. Si les résultats étaient contestés – et le président a marqué à plusieurs reprises sa volonté de le faire si son rival démocrate Joe Biden venait à l’emporter –, la Cour suprême pourrait être amenée à trancher comme elle l’avait fait lors de l’imbroglio de 2000. Entérinant de fait la victoire du Républicain George W. Bush.

Filip Dewulf préface ce Roland-Garros 2020 en automne: «Dans ces conditions, je mettrais bien une pièce sur Thiem!»

Filip Dewulf préface ce Roland-Garros 2020 en automne: «Dans ces conditions, je mettrais bien une pièce sur Thiem!»
Belga

Qu’est-ce qui change vraiment à la Porte d’Auteuil ? Quel est l’aspect nouveau que doivent craindre le plus les joueurs ? Et finalement, vivra-t-on un changement radical, y compris dans le résultat final le 11 octobre ? Nous avons posé toutes ces questions à Filip Dewulf, demi-finaliste surprise de l’épreuve en 1997. Ce Roland-Garros 2020 devrait être unique (du moins on l’espère).

1.

Les conditions humides et froides ont un gros impact sur le poids de la balle et ses trajectoires

C’est très rapidement (trop, disaient certains) que les organisateurs parisiens ont décidé, au plus fort de la pandémie, de déplacer leur Roland-Garros, initialement prévu du 24 mai au 7 juin, au mois de septembre. Une décision lourde dont on va vraiment mesurer toutes les conséquences pratiques dès ce dimanche. Car un Roland-Garros disputé sous les feuilles mortes, plutôt que sous les premiers rayons de soleil, ça change tout. L’automne, et ses conditions humides et froides, a évidemment un impact sur le corps humain, mais aussi sur les balles de tennis. Filip Dewulf explique. « Avec l’humidité, les balles ont tendance à prendre l’eau et la terre, elles deviennent donc plus grosses, plus lourdes. Conséquence sur le tennis, et on l’a vu en fin de semaine à Rome, le jeu est plus lent, les effets moins efficaces et le rebond plus bas. Pour un Rafael Nadal qui adore faire gicler la balle et dépasser ses adversaires, ce n’est pas une bonne nouvelle. Je ne dis pas que l’Espagnol n’est plus le favori de ce Roland-Garros, mais ces conditions de jeu augmentent significativement les chances de joueurs comme Djokovic ou Thiem.

Et pour ne rien rendre facile, les organisateurs ont aussi opté cette année pour un changement de marque de balles. Exit la Babolat Roland-Garros, voici la Wilson, déjà légèrement plus grosse. « Pour monsieur tout le monde, une balle de tennis est une balle de tennis… Pas pour les pros ! Je me souviens qu’en 1999, déjà, les organisateurs avaient opté pour une balle Technifibre au lieu de la Lacoste traditionnelle. Pour moi, c’était comme jouer avec des cailloux, je n’avais plus aucune sensation. Chaque détail compte à ce niveau, et on est certainement dans une saison où celui qui s’adapte le mieux, et rapidement, peut créer la surprise. »

2.

Les journées seront moins longues, il faudra aussi s’adapter à l’éclairage artificiel

Toujours liée au changement de saison, on estime à 1h30 à 2h, la perte de clarté naturelle à cette époque. Les organisateurs parisiens en sont bien conscients puisqu’outre l’éclairage sur les grands courts, ils ont muni 9 des 11 courts annexes de spots extérieurs qui sortent du sol, une fois commandés. « On les activera dès 17h30-18h pour habituer les joueurs progressivement », commente Guy Forget. « Je pense que la majorité des joueurs sont désormais habitués à évoluer dans des conditions de night session, même s’il faut toujours s’adapter », enchaîne Filip Dewulf. « Pour ceux qui portent des lentilles (NDLR : comme Djokovic), c’est parfois problématique. Mais voilà encore un petit détail dont il faudra tenir compte dans l’évolution d’un match. La vision des choses, les repères, sont toujours plus compliqués le soir, même avec un bon éclairage. Certains s’y habituent vite, d’autres moins… »

3.

Le Central parisien est enfin muni d’un toit, mais il ne faudrait pas que ça tourne à de l’indoor

On l’attendait depuis si longtemps, ce toit sur le Philippe Chatrier, entièrement reconstruit ! Une vraie prouesse technologique (11 « ailes » de 105 m d’envergure et de 330 tonnes chacune qui se déploient en 15 minutes) qui risque d’être vraiment utile en cette édition automnale… 2020 marque le temps où Roland-Garros ne s’arrêtera plus complètement à cause de la pluie ! Mais ne va-t-on pas, dès lors, transformer un peu l’épreuve en tournoi indoor ? « Le toit de Roland-Garros est une version moderne, il laisse passer l’air, c’est déjà mieux que s’il était complètement fermé », commente Filip Dewulf. « Il n’empêche, avoir un toit, ça facilite toujours le jeu des attaquants ou gros serveurs. Pas de vent ou de soleil pour les gêner, une surface plus sèche : ils adorent, ça va jouer plus vite, c’est certain. Une donnée à prendre en compte… »

4.

5.000 ou 1.000 fans par jour (au lieu de 30.000) feront-ils oublier le huis clos ?

Les organisateurs espéraient accueillir 11.500 fans par jour, la « jauge » a été réduite par les autorités à 5.000 et peut-être à 1.000 (pourparlers en cours), Paris et la France sont en « rebond » rouge… Distanciation, hygiène des mains et port du masque obligatoire : finies les bousculades autour des courts, bienvenue dans l’ère Covid-19 de ce Roland-Garros. « Des fans sur le site, c’est mieux que rien », plaide Filip Dewulf. « L’US Open était à huis clos et ça m’a fait mal de n’entendre aucune réaction dans le stade après un long rallye entre deux joueurs : c’était comme dans un cauchemar. Un public, ça donne toujours de l’énergie ! Techniquement, cependant, ce n’est pas toujours évident pour un joueur de servir dans un stade très vide. Les sièges sont beiges ou gris à Paris, on peut plus facilement perdre la balle au moment du toss ou lors d’un rallye. On a plus de repères dans un stade plein… »

5.

Confinés dans deux hôtels précis, les joueurs vont devoir être forts psychologiquement

Il n’y a pas de doute là-dessus, le contexte lié au coronavirus reste très anxiogène : tests répétitifs, port du masque obligatoire, respect des règles sanitaires, risque d’exclusion, etc. A Roland-Garros, tous les joueurs sont logés dans deux hôtels, sans exception. Pas de maison particulière pour les plus nantis comme à New York… Ils s’entraînent à l’abri de tout contact (même de la presse) au stade Jean Bouin, tout proche, et ils jouent à Roland-Garros : c’est tout ce qu’ils verront de Paris, cette année… « Psychologiquement, c’est évidemment une contrainte en plus », ajoute Filip Dewulf. « Une épée de Damoclès qui pèse lourd au-dessus de chaque tête, ça diminue la sensation de bien-être qui permet de bien jouer. Ce qui est arrivé à Novak Djokovic à l’US Open est accidentel, mais pas anodin. On le sentait déjà très nerveux, il avait la pression sur lui avec les absences de Federer et Nadal, tout ce contexte n’a rien arrangé et, oui, il faudra avoir les nerfs encore plus solides pour aller au bout de cette quinzaine ! »

6.

Un Roland-Garros qui arrive sans une vraie saison sur terre battue, sans préparation

Monte-Carlo, Barcelone, Madrid (pour les principaux) à la trappe, la saison préparatoire à ce Roland-Garros s’est réduite à une peau de chagrin. Même Rafael Nadal se présente à la Porte d’Auteuil pour la toute première fois sans avoir conquis un seul titre sur ocre au préalable… « Le passage à la terre battue est une transition difficile, et dans ces conditions, c’est encore pire », conclut Filip Dewulf. « J’ai beaucoup évoqué les aspects techniques ou mentaux, mais il y a aussi le physique, évidemment. Le risque de blessure sera élevé avec une si courte préparation et des conditions plus lourdes et dures. Regardez à Rome, la finale dames a duré 32 minutes après l’abandon de Pliskova. Ce Roland-Garros va nous réserver des surprises. Et même si Nadal ou Djokovic restent au-dessus du lot, dans ces conditions, je mettrais bien une pièce sur Dominic Thiem ! Il est en pleine confiance après son sacre à New York, il est libéré d’un poids, il n’a plus rien à prouver et il adore Roland (NDLR : finaliste en 2018 et 2019). Physiquement, c’est sans doute celui qui a le plus bossé durant l’arrêt forcé, il n’a pas la pression du favori suprême, même si moi, je l’attends : j’en fais mon candidat au titre ! Goffin ? Il a toujours besoin de temps pour se lancer dans le bain. Le contexte actuel ne lui est guère favorable, j’ai un peu peur pour lui. Côté féminin, en l’absence de Barty et Osaka, Simona Halep est ma favorite, il n’y a pas photo avec les autres, physiquement, tactiquement et par rapport à son jeu sur terre battue. Finaliste en 2017, lauréate en 2018, titrée ici à Rome : ce sont de bonnes références… Serena ? Il faut toujours compter sur elle au départ d’un Grand Chelem, mais honnêtement dans ce Roland-Garros si particulier, je ne la vois être au top durant sept matches. Enfin, j’ai hâte de voir Elise Mertens à l’œuvre. Si elle a bien récupéré physiquement, car elle a déjà beaucoup donné depuis la reprise, je la verrais bien réussir un truc. Les conditions plus lentes à Paris ne seront pas pour lui déplaire… »

Emploi: un indépendant sur cinq est un free-lance

Les cours de yoga en entreprise font partie des nouveaux services proposés par les free-lances.
Les cours de yoga en entreprise font partie des nouveaux services proposés par les free-lances. - Mathieu Golinvaux.

A chaque fois que je postulais pour un poste, je ressentais que je n’avais plus envie de cela… J’avais besoin de liberté », raconte Sylvie Cappaert-Blondelle. « Le déclic a eu lieu quand j’ai refusé le dernier emploi pour lequel j’étais retenue. » En 2018, à 48 ans, l’ancienne directrice de la communication de l’Union internationale des transports publics fait le choix de voler de ses propres ailes et de proposer ses services de communicante spécialisée en « story telling d’entreprise ». Elle devient free-lance, en personne physique puis, l’an dernier, en société.

Free-lance (ou freelancer), le statut n’existe pas. Il n’apparaît donc pas dans les statistiques. Et pourtant, l’Union des classes moyennes (UCM) l’a débusqué, en croisant les données disponibles, dont celles du Graydon. Il s’agit d’un indépendant sans personnel qui travaille principalement ou exclusivement pour les entreprises (en B to B, donc). Ils étaient 291.653 fin juin, soit 20 % environ des entrepreneurs actifs en Belgique. Les premières recherches sur le sujet remontent à la fin de l’année dernière. Soit avant la crise de la Covid-19. Et les derniers datent de juin. « Sur six mois, nous avons enregistré une augmentation de 2 % du nombre de free-lances, malgré la crise », observe Clarisse Ramakers, directrice du service d’études de l’UCM. Ils se répartiraient comme suit : 62 % en Flandre, 23 % en Wallonie et 15 % à Bruxelles.

L’UCM, qui vient de leur consacrer une étude, a également pu cerner leur profil. « Un freelancer n’est pas engagé dans un emploi fixe et/ou permanent. Il peut en revanche être actif auprès de divers clients et aura donc également diverses missions à accomplir. Les missions peuvent se succéder ou être combinées. » Cet indépendant, même s’il est lié par une convention à son client, doit pouvoir fonctionner librement, sans être soumis par un lien d’autorité à son client.

2 % de plus en un semestre

C’est le cas de Mila Laneau (39 ans). Sous le nom de « Belette liégeoise », elle a lancé son activité de services aux entreprises : administration, comptabilité, communication, graphisme… Sa palette de compétences est large, résultat d’une première partie de carrière comme salariée. « Ce qui marche bien, c’est la gestion de la communication, du site web et des réseaux sociaux », explique-t-elle. « Vient ensuite l’aide à l’administration et à la comptabilité. »

Au total, l’UCM a identifié 22 codes Nace correspondant aux activités exercées par les free-lances. Au début de cette année, ils étaient 285.761. Leur nombre a donc crû de 5.892 unités en six mois (+ 2,06 %), dont quatre de crise Covid. Une croissance qui s’explique notamment par le fait que durant le confinement, les entreprises ont dû rechercher certaines compétences extérieures. Comme en informatique, pour mettre en œuvre le télétravail, cite Clarisse Ramakers en pointant la troisième catégorie de free-lances la plus peuplée (voir l’infographie).

A l’échelle du pays, ils se constituent davantage en société (57,5 %) qu’en personne physique (42,5 %). Mais la préférence d’un statut juridique à un autre varie selon les régions. A Bruxelles (62,1 %) et en Flandre (60 %), celui de personne morale a la cote ; en Wallonie, le free-lance exerce davantage en qualité de personne physique (52,6 %).

De nouveaux services

Quatre raisons majeures poussent leurs clients à recourir à leurs services, selon l’enquête de l’UCM : le besoin (temporaire) de connaissances spécialisées (66,43 %), l’importance de la mentalité entrepreneuriale et de la flexibilité des freelancers (51,43 %), la simplification administrative par rapport aux salariés (44,29 %) et les pics de travail (40,71 %).

L’émergence de cette catégorie d’indépendants correspond d’ailleurs à une nouvelle forme d’organisation du travail en entreprise : l’externalisation. « On constate que le nombre de sociétés qui se créent avec du personnel est en diminution, l’inverse de celle n’occupant qu’un salarié », confirme Clarisse Ramakers. « Et désormais, pas mal d’entreprises, plutôt que d’engager un agent administratif, vont recruter un free-lance parce qu’elles ne savent pas quel temps de travail la tâche à accomplir va représenter et qu’elles ne peuvent offrir un temps plein. » Pour autant, une majorité de free-lances travaillent avec moins de 10 clients et « 60 % fonctionnent avec des contrats écrits ». « En moyenne, je travaille sur cinq ou six projets simultanés », précise Sylvie au moment d’entrer chez son 111e client.

Mais ce n’est pas la seule explication. De nouveaux secteurs d’activité sont apparus ces dernières années, augmentant la palette des services proposés aux entreprises, constate la directrice du service d’études de l’UCM : « Coach d’entreprise, prof de yoga ou même graphiste, alors qu’autrefois, l’entreprise se serait tournée vers une société de communication. »

L’impact de la Covid

Si la crise a vu croître leur nombre, elle a tout de même impacté leurs activités. Ainsi, un tiers des entreprises (34,4 %) disent avoir dû interrompre les contrats en cours avec leurs free-lances, tandis que 41,7 % des collaborations se sont poursuivies. Et si une large majorité des free-lances questionnés par l’UCM estimaient disposer de très bons revenus avant la crise, ils sont tout aussi nombreux à juger aujourd’hui qu’ils gagnent trop peu et à rencontrer des difficultés financières. Car, à l’instar des sous-traitants et des intérimaires, les free-lances constituent l’une des « variables d’ajustement » quand l’entreprise est contrainte de réduire ses coûts ou que l’activité économique ralentit.

« Depuis la Covid, j’ai beaucoup moins de demandes », reconnaît Mila. « Je travaillais notamment pour un indépendant dans le secteur du chauffage mais ses problèmes de trésorerie l’ont contraint à faire des économies et à renoncer à notre collaboration. J’avais également des restaurateurs et des organisateurs d’événements parmi mes clients et, au final, j’ai perdu 50 % de mon chiffre d’affaires durant le confinement. Avant, je gagnais correctement ma vie mais à présent, j’ai dû demander un report de mes cotisations sociales. »

A l’inverse, « durant le confinement, j’ai mené une campagne de communication sur LinkedIn et Facebook pour mettre en valeur les entrepreneurs que j’avais interviewés et montrer ainsi la qualité de mon travail », raconte Sylvie. « Et j’y ai dispensé quelques conseils pour mener sa propre communication. J’ai ainsi pu obtenir quelques contrats à la sortie du confinement car les entreprises ont bien compris qu’il était important de bien communiquer. » La « Belette liégeoise », elle, espère que le ralentissement économique ne sera pas trop long. « Cela reste une merveilleuse expérience et je ne regrette pas mon choix, malgré les barrières que l’on peut rencontrer, comme les sommes à verser à l’Etat. Car au final, ce que l’on gagne correspond peu au temps de travail. »

« Renforcer le statut d’indépendant »

Les difficultés sont donc bien réelles. Mais « 85 % des sondés disent que si c’était à refaire, ils choisiraient à nouveau ce statut », constate Clarisse Ramakers. « Cela montre qu’il ne s’agit pas de l’exploitation de travailleurs mais d’un choix librement posé par l’indépendant. » Et la directrice du service d’études de l’UCM de prédire une nouvelle hausse du nombre de free-lances au sortir de la crise, quand des salariés qui auront perdu leur emploi, devront poser un choix professionnel. Une piste, notamment, pour des travailleurs plus âgés qui pourraient ainsi valoriser leur expérience professionnelle.

Pour autant, « il ne faut pas créer un 3e statut de freelancer mais renforcer le statut d’indépendant », estime l’UCM. Le besoin est autre : « Il faudrait créer un organisme qui permette aux freelancers de travailler en réseau ; de partager leurs compétences, leurs clients et leurs tâches », plaide Mila Laneau. « Il manque quelque chose pour faciliter notre vie. »

Navalny veut revenir à Moscou, le Kremlin tergiverse

La photo, postée sur Instagram le 23 septembre, montre Alexeï Navalny sur un banc, à Berlin.
La photo, postée sur Instagram le 23 septembre, montre Alexeï Navalny sur un banc, à Berlin. - AFP.

Appartement saisi, comptes bancaires gelés, poursuites relancées : l’étau judiciaire s’est hier encore un peu plus resserré à Moscou sur Alexeï Navalny. A peine sorti du coma après son empoisonnement présumé au novitchok en Sibérie et son transfert à Berlin, le leader de l’opposition anti-Kremlin venait à peine d’envisager un retour chez lui. Mais, en Russie, tout est fait pour l’en dissuader. Les autorités intensifient leur contre-offensive et pestent contre « une nouvelle opération » des Occidentaux pour décrédibiliser Moscou. « Le cirque ! Cette affaire est une buche de plus sur le feu anti-russe couvant depuis des années », proteste une source haut placée au ministère des Affaires étrangères. Avec un paradoxe : publiquement, ni le gouvernement ni le Kremlin ne prononcent le nom d’Alexeï Navalny, l’un des plus virulents leaders de l’opposition face à Vladimir Poutine.

Dmitrï Peskov, porte-parole du président, a néanmoins fini par craquer. Lors d’une interview, il a prononcé le nom du « patient » russe traité pour empoisonnement à Berlin… Mais, alors qu’Alexeï Navalny a demandé la restitution de ses vêtements pris lors de son malaise en Sibérie le 20 août avant son évacuation en Allemagne, Dmitrï Peskov a vite retrouvé ses vieilles habitudes : « Avec tout le respect que je dois au patient, nous ne nous occupons pas de vêtements », a-t-il sèchement répondu. Puis il a inversé les rôles et accusé les proches de l’opposant d’avoir emporté avec lui « des preuves importantes ».

Discréditer Moscou

« C’est un fait : le pouvoir est très embêté par cette affaire », confie une source proche du Kremlin. « Tout a été mené pour qu’après l’empoisonnement, dont personne ne doute, l’Occident accuse le président. Mais il ne contrôle pas tout… » Les plus fidèles, assurant que les Etats-Unis ont pu jadis récupérer du novitchok russe, dénoncent un complot occidental pour discréditer Moscou. D’autres voient derrière le commanditaire un oligarque à Moscou ou des dirigeants régionaux visés par les enquêtes anticorruption d’Alexeï Navalny. « Avec de bons contacts et un peu d’argent, on peut trouver du novitchok et mener une opération sans l’aval du président », affirme un homme d’affaires européen bien connecté avec le pouvoir.

Le « patient », lui, se remet difficilement mais envisage bel et bien un retour à Moscou. « Il n’a jamais été question d’autre chose », avait assuré sa porte-parole dès le 15 septembre. La prudence reste de mise. Alexeï Navalny a certes quitté l’hôpital de Berlin mais il doit poursuivre en Allemagne sa longue convalescence, réapprendre à marcher et utiliser ses mains. « Le traitement n’est pas terminé », insiste son équipe alors que, sur les réseaux sociaux, l’opposant multiplie les signaux contradictoires. Il envoie des photos de lui physiquement affaibli mais des messages politiquement offensifs.

« Comme tout citoyen russe », il est « libre » de revenir, assure le Kremlin. Tout en s’irritant contre le soutien européen apporté à celui que Vladimir Poutine, dans sa récente conversation avec le président français Emmanuel Macron, a méprisé en « simple trublion sur internet qui aurait simulé des malaises par le passé ». Une information du Monde ni démentie ni confirmée par le Kremlin. Les médias publics, qui ignoraient jusque-là Alexey Navalny ou l’accusaient d’être un provocateur au service des étrangers, poursuivent sur la même ligne. La vidéo de son équipe, révélant la présence de traces de novitchok sur une bouteille d’eau dans l’hôtel en Sibérie de l’opposant, a provoqué une nouvelle salve. La télévision publique a crié à la manipulation et le tabloïd Komsomolskaïa Pravda a ironisé sur les incohérences.

Un « avant et un après »

Sur le terrain, les militants d’Alexeï Navalny assurent qu’il y aura « un avant et un après » l’empoisonnement. « On sent des mouvements tectoniques. Notre activité locale attire beaucoup plus d’attention : recherches sur la corruption, mobilisation sur les réseaux sociaux, préparation des législatives de 2021 », témoigne parmi eux Alexeï Gresko, le représentant du mouvement à Ekaterinbourg, grande ville d’Oural. « Nous travaillons en attendant que Navalny rentre d’Allemagne, revienne de l’au-delà. »

Pour ces militants, pas de doute : le Kremlin est responsable de l’empoisonnement. Ils rappellent que son mouvement, fédérant une partie des oppositions, devient une menace pour la « stabilité » orchestrée depuis vingt ans par Vladimir Poutine. Le magazine Novaya Gazeta, proche de l’opposition, soutient d’ailleurs la proposition de parlementaires européens de geler les avoirs des individus accusés de corruption dans les enquêtes d’Alexeï Navalny : « Cela changerait la donne en politique russe. »

Comment le coronavirus influence le choix d'un prénom

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La référence à l’Empire sur les médailles britanniques fait controverse

Parmi les nombreuses personnalités décorées par la reine, le comédien Benedict Cumberbatch.
Parmi les nombreuses personnalités décorées par la reine, le comédien Benedict Cumberbatch. - Abaca.

Tout Britannique qui se respecte rêve de figurer sur la liste des honneurs que Buckingham Palace publie deux fois par an. Devenir Commandeur de l’Empire britannique (Commander of the British Empire, ou CBE), Officier de l’Empire britannique (Officer of the British Empire, OBE) ou Membre de l’Empire britannique (Member of the British Empire, MBE), titres auréolés d’une réputation flatteuse, constitue une apothéose dans un royaume où les divisions de classes perdurent.

Mais voilà qu’en raison de la controverse sur le lien entre colonialisme et esclavage et sous les pressions du mouvement Black Lives Matter, la commission des honneurs entend abandonner toute mention à l’empire dans les trois décorations les plus courantes remises dix fois par an par Elizabeth II.

La controverse fait rage, opposant les patriotes fiers du passé impérial aux supporters de la repentance pour les crimes commis lors de la colonisation.

Plusieurs personnalités noires ont récemment refusé le hochet pour protester contre sa référence à l’Empire. C’est le cas d’Howard Gayle, premier footballeur noir à évoluer à Liverpool, pour qui l’offre d’un MBE. « constitue une trahison » des Africains victimes des exactions impériales. Pour sa part, le rapper Jonzi D a fait de même en affirmant : « L’Empire est une saleté ».

Modernité contrôlée

Ces jours-ci, la Reine Elizabeth II pourrait plonger sa réflexion dans le propos de son aïeule Victoria, la fondatrice de l’Empire, face aux petits désagréments de l’existence.

Née en 1926, Elizabeth II est en effet une enfant de la fantastique épopée impériale, lorsqu’un quart des terres du globe était peintes en rose sur les mappemondes. Elle reste marquée, comme toute sa génération, par le souvenir de l’Empire dans lequel elle a grandi. Elle accepte la société multiculturelle issue de la décolonisation mais ne la comprend pas, incompréhension qu’elle partage avec les « petits Blancs » du royaume, appuis traditionnels de la monarchie.

Depuis son accession au Trône en 1952, Elizabeth II a poursuivi la transformation, commencée par son père Georges VI, des ex-dominions et anciennes colonies en un Commonwealth moderne. Preuve de son attachement à la grande famille d’outre-mer, elle continue d’utiliser les mesures impériales en dépit de l’adoption du système métrique par le Royaume-Uni en 1965. Quand elle se déplace dans un pays du Commonwealth, elle dispose d’un étendard spécial, bleu foncé avec un E (empire) en lettres dorées entouré d’un chapelet de roses.

Reste que la marge de manœuvre d’Elizabeth II pour protéger ses chères médailles est limitée. La plupart des titres nobiliaires et des décorations sont octroyés par le Premier ministre. Le Palais doit accepter la liste sans ciller.

Influence en coulisses

De surcroît, la page de l’Empire, sur lequel le soleil ne se couchait jamais, est bel et bien tournée. Née des combats livrés ensemble lors de la Seconde Guerre mondiale, la relation particulière avec les États-Unis est devenue prioritaire sur le plan militaire et d’échange de renseignements. Malgré le Brexit, les rapports commerciaux avec l’Union européenne sont essentiels. Et la nostalgie n’est plus de mise dans les pays jadis sous tutelle, qui sont passés à autre chose.

Toutefois, en dépit de ses pouvoirs extrêmement limités, Elizabeth II peut exercer en coulisses un vrai pouvoir d’influence. Quand ses intérêts sont en jeu, comme c’est le cas dans l’affaire de l’appellation des médailles, elle peut intervenir en recourant au même mode opératoire qu’elle utilise pour faire rentrer dans le rang les membres rebelles de sa famille : la main de fer dans un gant de velours.

À un visiteur qui lui avait demandé si elle pouvait bloquer un projet de loi qui n’était pas de son goût, elle avait répondu : « Sur le plan institutionnel, je dois l’accepter, mais pour lui communiquer mes réticences, je peux dire au Premier ministre que j’aimerais une information supplémentaire. C’est là une indication qui n’échappe à aucun chef de gouvernement ».

Négociations fédérales: la Vivaldi advient, bonjour les querelles

Comme dirait – et on n’est pas forcément des supporters – Donald Trump : « Ça va refroidir. » Sauf que, comme les incendies en Californie, le feu en politique chez nous ne s’éteint pas non plus. En apparence, ça va mieux. En réalité, ça chauffe.

En apparence, disait-on…

Après d’âpres échanges entre les sept présumés de la Vivaldi (Open VLD, SP.A, PS, MR, CD&V, Groen, Ecolo) les dernières 48 heures, les deux préformateurs, Egbert Lachaert et Conner Rousseau, se sont rendus au Palais mercredi à 18 h 30. Pour expliquer au Roi qu’il y avait une entente globale sur les contours d’un accord de gouvernement (du moins les principaux nœuds ont-ils été tranchés, en matière sociale, fiscale, environnementale ou institutionnelle, lire ci-dessous). Et pour lui proposer le passage du témoin à deux formateurs (des co-formateurs), Paul Magnette, président du PS, et Alexander De Croo, actuel vice-Premier ministre Open VLD.

Le Roi a écouté, approuvé, désigné officiellement nos co-formateurs, qui sont chargés de lui faire rapport le 28 septembre, date à laquelle ils doivent être en mesure de présenter un accord de gouvernement en bonne et due forme et d’installer quelqu’un au Seize, l’un des deux plus que très certainement.

Enfin ! Seize mois après les élections de mai 2019.

Voilà, tout baigne… Sauf que, en réalité, nous le disions, ça chauffe.

Bouchez furieux

Car Georges-Louis Bouchez, président du MR, n’était pas du tout heureux de cette issue. Dans l’après-midi, les préformateurs avaient proposé le duo Magnette-De Croo aux autres présidents de la Vivaldi, qui tous avaient, soit accepté, soit ne s’y étaient pas opposés. Tous, sauf un : Bouchez. Qui répète depuis le début qu’il ne veut du président socialiste ni comme formateur, ni comme co-formateur, ni, a fortiori, comme Premier ministre. Il ne l’a pas caché à Lachaert et Rousseau avant leur audience au Palais. Laissant même entendre, nous dit-on à bonne source, qu’il pourrait en rester là si le duo était tout de même désigné…

Mais de manière assez inhabituelle, malgré l’absence de consensus, les co-formateurs ont bien été proposés au Roi. Qui a validé le scénario. Après la bronca générale contre lui le week-end dernier, le président du MR, affaibli, n’a plus été en mesure de s’opposer à la désignation de son adversaire socialiste.

A bonnes sources dans plusieurs formations, on décrivait mercredi soir un président du MR furieux. Il a fallu une bonne heure de réflexion avant qu’il ne tweete : « Le MR ne commente jamais les décisions du Palais. Nous sommes totalement concentrés à travailler sur le fond afin d’avoir un gouvernement de plein exercice pour le 1er octobre. Au travail ! » Le MR fait donc toujours partie de l’aventure Vivaldi.

Dans l’intervalle, sans savoir quelle serait la décision libérale finale, un négociateur de premier plan nous glissait : « On verra bien demain s’il est à la table ou pas. » Sinon ? « On continuera à six ou on rappellera le CDH… » Et en interne, plus d’un libéral se montrait inquiet, pour ne pas dire plus, de la tournure prise par les événements et du danger de voir le président s’opposer ainsi frontalement à ses collègues. Certains se demandant si GLB pourrait vraiment se retirer. Ce n’est donc pas le cas. Comment se mettre lui-même hors jeu, avec des conséquences en cascade pour son parti, qui verrait le CDH peut-être le remplacer dans les négociations fédérales, après cela dans la majorité wallonne… ?

Bagarres annoncées

Un scénario circulait dès lors mercredi soir : Georges-Louis Bouchez accepte, la mort dans l’âme, de laisser passer Magnette comme co-formateur, le socialiste peut se targuer de ne pas avoir renoncé à cause du veto libéral, mais s’effacera dans quelques jours pour laisser Alexander De Croo filer au Seize, ce qui consolera Georges-Louis Bouchez à la fin… Tiré par les cheveux ?

En attendant, un autre écueil menace. Comme on le lira par ailleurs, l’ébauche de programme gouvernemental demande à être précisée ; elle est rédigée en termes vagues. Il y en a un peu pour tous les goûts, mais tout cela est très peu affirmé et chiffré. Un responsable politique nous confie : « En fait, il n’y a pas de canevas précis, ce sera la bagarre à chaque kern, chaque ajustement budgétaire, c’est comme ça… »

Bref, la Vivaldi devrait survivre à ces lourdes dissensions. Mais quelle ambiance !

Revivre le cinéma en vrai et en grand de Namur à Gand

«
Adieu les cons
», de et avec Albert Dupontel, concoure au FIFF pour le Bayard d’or qui sera décerné par un jury présidé par Samuel Benchetrit.
« Adieu les cons », de et avec Albert Dupontel, concoure au FIFF pour le Bayard d’or qui sera décerné par un jury présidé par Samuel Benchetrit. - D.R.

Ils ont croisé les doigts pendant des mois tout en continuant à travailler, voir des films, contacter les productions, discuter avec les distributeurs, garder le lien avec les artistes, comme si de rien n’était. Presque. Entre inquiétude, enthousiasme et mesures sanitaires à baromètre variable, ils n’ont rien lâché et ont tout fait pour s’adapter, voire se réinventer avec les moyens du bord. Eux, ce sont les organisateurs des deux grands festivals belges de la rentrée : le 35e Festival du film francophone de Namur (2 au 9 octobre) et le 47e Film Fest Gand (13 au 24 octobre). Animés par le même désir de revivre le cinéma en vrai et en grand, ils viennent l’un et l’autre de révéler leur programme. Selon les mesures sanitaires requises – la sécurité de tous passant avant tout –, avec moins d’invités physiquement présents et dans une formule hybride, à la fois physique et online. Tous deux incitant les spectateurs à acheter leur billet à l’avance, les places étant limitées. Détails.

Le FIFF light et bucolique

Les accents de la francophonie ne seront pas vraiment dans les rues de Namur cette année. Pour cause de Covid-19, Québécois, Ivoriens, Burkinabè and Cie seront de la partie mais virtuellement. Les organisateurs ont d’ailleurs décidé de faire un festival à la fois physique et online, une partie des films étant visibles sur la plateforme Ciné Chez Vous. L’idée de cette 35e édition est de mettre l’accent sur le cinéma belge. Et ce, dès l’ouverture, avec Une vie démente, premier long-métrage d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, qui aborde le thème de parentalité. A travers la programmation, il y a aussi la volonté de dire combien la culture est fondamentale et peut sauver les hommes. L’apothéose de cette conviction se fera avec le film de clôture, Un triomphe, d’Emmanuel Courcol, récemment primé au Festival d’Angoulême. Avec 30 % de partenaires privés en moins, l’édition 2020 sera fatalement plus light. Mais la sélection, tributaire de bien des reports, comprend 88 films dont 40 longs-métrages. Avec deux grands axes de réflexion : le collectif qui fait avancer et le pouvoir de l’imaginaire. Parmi ces films, l’épatant Calamity, film d’animation de Rémi Chayé, couronné au Festival d’Annecy, Miss de Ruben Alves, déjà remarqué avec La cage dorée, L’origine du monde, le premier long de l’acteur Laurent Lafitte, avec Karin Viard. 13 longs-métrages dont Adieu les cons, de et avec Albert Dupontel, concourent pour le Bayard d’or qui sera décerné par un jury présidé par Samuel Benchetrit. On pourra aussi découvrir deux épisodes de la quatrième saison de la série à succès Dix pour cent. Pas de pass cette année mais la séance à 6 euros. Pas de coup de cœur, pas de chapiteau non plus mais la possibilité de planter une fleur sur la Place d’Armes et de soutenir l’horeca à travers des lieux partenaires. S’ajoutent des curiosités comme Home, de Yann Arthus-Bertrand projeté sur l’eau (écran géant flottant) et des événements avec les partenaires culturels namurois.

Pixar et Aragorn à Gand

A Gand, on le dit d’emblée : la crainte qu’il n’y ait pas assez de nouveaux films s’est avérée infondée. 110 longs-métrages, 30 courts, 2 séries télés, un focus sur le cinéma allemand. Le programme dont les lignes de force contiennent la question du genre, des femmes dans l’industrie du cinéma, de la diversité, est de fait alléchant avec notamment There is no evil, de Mohammad Rasoulof, (Ours d’or à Berlin), Nomadland, de Chloé Zhao (Lion d’or à Venise), et quatre films de la sélection officielle Cannes 2020 : Gagarine, de Fanny Liatard et Jeremy Trouilh, Drunk, de Thomas Vinterberg (en film d’ouverture), le nouveau Pixar Soul, de Pete Docter et Kemp Powers (film de clôture), et ADN, de Maïwenn. Ajoutons Ennemi, de notre compatriote Stephan Streker, sur l’affaire Wesphael, en ouverture de la compétition (qui regroupe 14 longs-métrages en parfaite parité), ou encore I am Greta, le documentaire de Nathan Grossman, sur la jeune militante suédoise, présenté à la Mostra, ainsi que Falling, de et avec Viggo « Aragorn » Mortensen qui sera présent dans la Cité des Comtes.

Tout comme Gabriel Yared et Alexandre Desplat, deux grands compositeurs de musique de film, fil rouge du festival.

Infos FIFF : www.fiff.be

Infos Gand : filmfestival.be (le programme est en néerlandais et en anglais)

CNS: baromètre et code couleur manquent toujours à l’appel

CNS: baromètre et code couleur manquent toujours à l’appel

C’était l’une des annonces les plus attendues de ce CNS, mais elle n’est jamais venue. Le baromètre qui doit permettre de renforcer ou assouplir les mesures en fonction de l’évolution de l’épidémie de coronavirus n’était pas prêt. Ou plutôt, « il doit encore être affiné », dixit Sophie Wilmès. En réalité, il a été tout simplement recalé par les politiques. Les membres du Celeval ont eu un mois pour fabriquer cette boussole mais ils ont eu beaucoup de mal à se mettre d’accord. Les rencontres avec les différents secteurs ont pris du temps. Le résultat était, de l’avis des politiques, « décevant ». Car les indicateurs n’étaient pas clairs.

Premier problème, les couleurs changeaient dans chaque province en fonction du nombre d’hospitalisation. « Nous devons impérativement limiter la saturation de nos services hospitaliers », a précisé Sophie Wilmès. « Et ce, afin de garantir la meilleure prise en charge possible des patients dans nos hôpitaux. » Tout le monde était d’accord pour le prendre en compte, mais pas tout seul. Cela allait par exemple largement désavantager la Ville-Région qu’est Bruxelles où les lits sont occupés à 25 % par des résidents du Brabant flamand ou wallon. Un travail statistique va être réalisé à ce sujet.

Le second problème est plutôt lié à la forme : « On attendait un guide qui nous permet de nous dire quand et comment on passe d’une phase à l’autre », raconte en participant du CNS. « Mais ils sont venus avec quelque chose de similaire à ce qui se fait pour les voyages et les écoles. Tout le monde était d’accord sur le fait que cela allait faire un code couleur de plus qui allait perturber les gens. »

Le Celeval a donc quinze jours pour revoir sa copie. Il lui a déjà été signifié que l’impact des couleurs ou du baromètre sur le nombre de contacts sociaux « conseillés » (on ne dit plus « limité ») à la population ne pouvait se faire qu’au niveau national, et pas provincial comme envisagé. Pas touche non plus au secteur privé : « On ne va pas commencer à limiter le nombre de personne dans les restaurants à Bruxelles et pas au Luxembourg », entendait-on aussi. La première mouture allait jusqu’à augmenter ou réduire le nombre de personnes qui pourraient être présentes par mètres carrés dans une série de lieux.

Les experts sont invités à revoir ou voir les représentants des secteurs culturels et sportifs notamment. Ils seront particulièrement impactés puisqu’on devrait pouvoir annoncer un changement de phase maximum quinze jours à l’avance.

Commerce en ligne: l’avenir radieux des marketplaces

La vente de vêtements en seconde main, comme ce que propose Vinted, est un des phénomènes qui portent les marketsplaces.
La vente de vêtements en seconde main, comme ce que propose Vinted, est un des phénomènes qui portent les marketsplaces. - DR

Le mot « marketplace » vous est peut-être inconnu. Pourtant, si vous vous adonnez à des achats – et à de la vente – en ligne de vêtements neufs ou de seconde main, d’équipements électroniques, d’objets de décoration ou de nourriture, vous avez déjà très probablement fréquenté ce type de plateforme mettant en relation des vendeurs multiples avec une clientèle variée. Bon nombre de marketplaces ont une dimension internationale et constituent le gros de l’e-commerce en Europe. Et cela va s’accentuer… C’est en tout cas ce qui se dégage de la première édition du « Top 100 Marketplaces » réalisée, en collaboration avec FedEx et Worldline, par Cross-Border Commerce Europe.

Née en 2017, cette entreprise, qui constitue une plateforme européenne d’échanges et d’information pour des acteurs de l’e-commerce, a travaillé durant un an sur ce classement des plateformes de vente en ligne actives au sein de l’Union. Ensemble, ces places de marché ont généré l’an dernier 84 milliards d’euros, soit 59 % du chiffre d’affaires total de l’e-commerce (hors voyages et services) dans l’Union (143 milliards d’euros). Sans surprise, c’est Amazon qui occupe la tête du top 100. C’est que le poids lourd US a généré 32 milliards d’euros, soit un quart du marché. Suivent un autre géant américain, eBay, puis le chinois AliExpress.

Le seul Belge est 29e

Mais le Top 100 Marketplaces Commerce Europe n’a pas été conçu que sur base du succès financier. En tout, huit paramètres qualitatifs et quantitatifs viennent pondérer le classement. Il tient notamment compte du nombre de pays couverts, du nombre et du pourcentage de visites transfrontalières ou encore des services offerts aux clients. C’est ainsi que Etsy, plateforme américaine spécialisée dans l’artisanat, se retrouve en 4e position, suivi par le spécialiste musical Discogs (Etats-Unis aussi), de Wish, puis de Vinted qui illustre le succès grandissant de la seconde main dans la mode. La seule et unique marketplace belge est Delcampe, bien connu des collectionneurs, qui arrive en 29e position.

« Le but de notre Top 100 est de mettre en lumière des plateformes qui méritent d’être mieux connues du grand public », explique Carine Moitier, fondatrice de Cross-Border Commerce Europe. « Chacune présente un modèle d’affaire particulier. Toutes ont l’avantage de drainer un trafic et un chiffre d’affaires potentiel qu’un commerçant isolé ne pourrait que difficilement atteindre ». C’est d’autant plus vrai en cette période de crise sanitaire durant laquelle l’e-commerce, marketplaces incluses, a connu une accélération fulgurante. Selon la toute récente mise à jour du BeCommerce Market Monitor, les Belges ont dépensé 20 % de plus en ligne durant le premier semestre de cette année. « La consommation digitale s’installe. Les consommateurs qui l’ont découverte durant le confinement ont connu de bonnes expériences et reviennent », souligne Carine Moitier.

Merci le Covid…

Cross-Border Commerce Europe estime du coup que « la pandémie du Coronavirus donne un coup d’accélérateur aux achats en ligne transfrontaliers sur les marketplaces », lesquels devraient passer à une part de marché de 65 % en 2025. En effet, « les consommateurs préfèrent ces plateformes pour leurs commandes fréquentes et répétitives », surtout si ces clients ont souscrit à un programme de fidélité comme Amazon Prime. Tant et si bien que « les marketplaces constitueront indéniablement l’avenir de l’e-commerce », selon Carine Moitier.

« C’est exact », estime Gino Van Ossel, expert en distribution et enseignant à la Vlerick Business School. « Mais attention à la tentation, tant pour les commerçants que pour les clients, de les contourner afin d’éviter les commissions qu’elles prélèvent. On observe déjà ce phénomène dans les réservations d’hôtels. Des touristes se mettent à contacter des hébergeurs en direct après un tour sur Booking.com. Ils bénéficient de nuitées à prix plus bas, tandis que l’hôtelier gagne mieux sa vie ». Tout dépend de la perspicacité des consommateurs et du temps qu’ils veulent bien dépenser pour payer moins cher…

CNS: un assouplissement généralisé, noyé dans un flot de détails incomplets

CNS: un assouplissement généralisé, noyé dans un flot de détails incomplets

Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé mais à chacun d’assumer ses responsabilités. » Voilà le message qu’a tenté de faire passer Sophie Wilmès lors de son (peut-être) dernier Conseil national de sécurité (CNS) mercredi. La Première s’était engagée fin août à revenir face au citoyen avec une vision à long terme permettant de répondre à la question : « Comment vivre aussi normalement que possible dans le cadre de la pandémie ? »

Cette vision n’est pas là. Pas même à moyen terme. La faute à l’absence de ce fameux baromètre ou « code couleur » qui avait été promis mais n’était pas prêt. Du moins, il était incomplet et « mal fagoté » comme le glisse un ministre. Dit autrement, la proposition des experts qui voulaient faire évoluer le risque en fonction du nombre d’hospitalisations dans les provinces n’a pas convaincu. Le désarroi politique était unanime lors des présentations orales le lundi soir, de la lecture du rapport le mardi et des dernières discussions en matinée mercredi. « Les réunions des derniers jours étaient plutôt sereines mais on s’est rendu compte qu’il était très difficile d’arriver à établir un système qui tient la route », regrette un ministre régional. « On espérait que le CNS permettrait d’arriver à une décision claire, ce qui explique d’ailleurs sa longueur mais ça n’a pas pu être pas le cas. »

Les experts du Celeval ont deux semaines pour revoir leur copie. Cela se fera sans l’un de leur principaux représentants, Marius Gilbert (ULB) qui explique vouloir retourner vers ses activités académiques.

Confusion

Résultat des courses, Sophie Wilmès s’est retrouvée devant l’ensemble des médias du pays à devoir annoncer un nouveau catalogue de mesures, ou plutôt à repréciser, réexpliquer et parfois, remettre au goût du jour ce que l’on savait déjà mais qui avait peut-être été mal compris. « Vous pouvez voir qui vous voulez tant que vous respectez les règles de distanciation sociale », a répété en français et en néerlandais la Première. Facile ? Moui. Autant qu’on veut, mais maximum dix à la fois. Qui on veut, mais pour les contacts « rapprochés » (un terme qui reste encore flou pour beaucoup de citoyens) la limite actuelle est de cinq, par personne. « Mais ce n’est pas une obligation, juste une indication ! », insistait-on.

Cette toute nouvelle liberté retrouvée après des mois de privation a de quoi dérouter. « Mais c’était plus que nécessaire », insiste Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Certains veulent encore faire croire que la situation est alarmiste mais ce n’est pas le cas. On doit être vigilant mais il n’y avait pas de raison de durcir les mesures, il fallait assouplir. » L’avis n’est pas partagé par certains spécialistes comme Marc Van Ranst au nord du pays. On glisse aussi que cela pourrait expliquer le départ de Marius Gilbert. « Le Celeval a rendu son rapport à la dernière minute », regrette un insider. « On sait qu’ils ont vraiment beaucoup travaillé, en plus de toutes leurs activités. Ils font ça bénévolement mais cela n’empêche pas qu’ils n’ont pas été à la hauteur des attentes, très élevées. » Un autre est plus dur : « Le temps des virologues prédicateurs est terminé, le politique a repris ses droits et tous ceux qui trouvent qu’on en faisait trop – même dans les spécialistes – commencent à faire entendre leur voix. »

« Encore moins clair qu’avant »

C’est dans ce contexte que Sophie Wilmès a donc tenté de prendre la voie de la « responsabilisation » du citoyen. Un exemple ? Le masque. Le CNS a décidé qu’il ne faudrait plus le porter en extérieur, sauf dans les zones très fréquentées. Aux bourgmestres de les délimiter. Ces mêmes bourgmestres à qui le fédéral demande de suivre autant que possible sa vision, à savoir de ne plus obliger à porter le masque. On vous le dit, ça râle déjà. Un Conseil de sécurité au niveau Bruxellois est annoncé : « Comment on va gérer toute la logistique ? », râlait déjà l’un d’entre eux. « Cela rend tout encore moins clair qu’avant. C’est un retour en arrière. »

Autre responsabilisation : à chacun d’estimer sa conduite en vacances. Cela influencera l’obligation de faire un test ou pas en retour de zone rouge et de rester ou pas en quarantaine. Une quarantaine qui a été réduite à 7 jours pour les asymptomatiques (du moins si le résultat du test arrive dans les 48 heures comme promis). Au rayon des bonnes nouvelles, on nous promet d’ailleurs plus de centres de tri, moins de files pour se faire tester et un call-center dont on ne connaît pas le numéro mais qui permettra de poser toutes les questions afin d’arrêter de déranger constamment les généralistes épuisés. L’assouplissement dans l’événementiel, surtout les mariages, finissait de compléter la longue liste énumérée par Sophie Wilmès.

Reste cette impression que les bonnes nouvelles ont été noyées dans un flot de détails et qu’on n’y voit toujours pas tout à fait plus clair sur l’organisation concrète de ce « retour à la vie presque normale » en temps de Covid.

Comment Paul Rusesabagina, héros du film «Hôtel Rwanda», est arrivé au Rwanda au lieu du Burundi

En embarquant à Dubaï, Paul Rusesabagina pensait rejoindre le Burundi. Il a atterri au Rwanda.
En embarquant à Dubaï, Paul Rusesabagina pensait rejoindre le Burundi. Il a atterri au Rwanda. - AFP.

Le brigadier général Nzabamwita, chef des services de renseignements du Rwanda, n’a pas la réputation d’un homme expansif. Devant la presse, il s’est cependant réjoui ouvertement du « coup fumant » réalisé par ses services et s’est félicité de l’arrivée à Kigali de Paul Rusesabagina : cet ancien gérant de l’hôtel des Mille Collines, qui inspira le film Hôtel Rwanda, était devenu par la suite l’un des principaux adversaires du régime de Paul Kagame.

Si le brigadier général insiste sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un enlèvement, c’est parce qu’un tel procédé rendrait caduque une éventuelle procédure judiciaire. L’officier rwandais a attribué le succès de l’opération à une « bonne coopération internationale », précisant que le chef de station de la CIA à Kigali et le patron des services de renseignement belges l’auraient personnellement félicité. Ce que les intéressés démentent. « Les services de renseignements ne sont en rien impliqués dans l’arrestation de M. Rusesabagina », a assuré mercredi le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), en réponse à une question du député Ecolo Samuel Cogolati. « Le parquet fédéral me confirme que les autorités judiciaires belges ne sont aucunement intervenues dans l’arrestation de Paul Rusesabagina – ni activement ni passivement. »

Les proches de Paul Rusesabagina rappellent cependant que le renseignement militaire belge a déjà participé à des opérations aux côtés des services rwandais, en vertu d’un accord de coopération très discrètement conclu. Ils n’excluent pas que les communications téléphoniques de l’opposant, qui appelait fréquemment sa famille en Belgique, aient été écoutées et transmises. « Le gouvernement belge doit activement protéger les droits de la défense de notre réfugié et compatriote au Rwanda, et doit faire toute la lumière sur les graves allégations de coopération de nos services de renseignements dans son enlèvement », estime M. Cogolati.

Rusesabagina était donc suivi d’autant plus près que les chefs d’accusation énumérés par Kigali pèsent lourd : meurtre, vol à main armée, incitation à l’insurrection, incendie criminel… Et cela alors qu’aux États-Unis, les actes de courage posés en 1994 lui avaient valu de recevoir la médaille de la liberté et un prix d’un million de dollars.

Comment cet homme qui, au moment du génocide, avait accueilli et sauvé 1.268 réfugiés tutsis, en même temps qu’il accueillait dans son hôtel une partie des « services français » et des membres du gouvernement intérimaire (hutu), a-t-il pu se jeter ainsi dans la gueule du loup ?

Un plan de vol surprenant

Son plan de vol était pour le moins surprenant. Paul Rusesabagina, après avoir créé en Belgique une prospère compagnie de taxis, passait beaucoup de temps à San Antonio, au Texas, et c’est depuis Chicago qu’il s’envola pour Dubaï le 26 août dernier. S’entretenant avec sa famille en Belgique, dont il était séparé pour cause de pandémie, il s’était montré avare de détails à propos de son voyage, invoquant uniquement des raisons d’affaires. En réalité, il avait l’intention de répondre à une proposition de se rendre au Burundi, pour y rencontrer le nouveau président, Evariste Ndayishimye.

A Dubaï, après quelques heures d’attente, il prit place dans un avion privé qui, croyait-il, lui avait été envoyé par ses hôtes de Bujumbura. Selon le New York Times, le vol était opéré par Gain Jet, une compagnie charter dont le président Kagame utilise régulièrement les services. La destination de l’appareil n’était cependant pas le Burundi, mais le Rwanda : s’expliquant devant la presse à Kigali, M. Rusesabagina expliqua que l’invitation lui avait été adressée par un pasteur burundais, Constantin Niyomwungere. Ce dernier aurait souhaité le présenter aux fidèles de son église. Embarquant volontairement à Dubaï, le héros du film Hôtel Rwanda croyait donc que sa destination finale serait le Burundi, mais il se retrouva finalement… à Kigali !

« Quelle opération magnifique », se réjouit le brigadier général Nzabamwita, « il s’est livré lui-même ! » Sans démentir cette étonnante version, le prévenu a précisé qu’à son arrivée, il passa trois jours dans un lieu inconnu, ligoté et les yeux bandés, mais correctement traité.

A Kigali, cependant, on est persuadé du fait que M. Rusesabagina ne se rendait pas au Burundi pour prêcher et prier, mais plutôt pour rencontrer des membres de l’opposition armée rwandaise, très affaiblie par des opérations menées au Kivu par les forces armées congolaises assistées par les voisins rwandais. Voici quelques mois, un autre opposant armé, Callixte Nsabimana, alias « Sankara », arrêté aux Comores et transféré au Rwanda dans des circonstances peu claires, avait livré à Kigali le « modus operandi » de l’opposition armée et le rôle joué par Rusesabagina.

Cette hypothèse ne dissipe cependant pas d’autres points d’ombre : comment cet homme d’affaires avisé et débrouillard a-t-il pu commettre l’imprudence de se rendre dans un pays voisin du Rwanda à bord d’un avion privé, au départ d’un pays, les Emirats arabes unis, entretenant d’excellentes relations avec Kigali ? Et surtout, comment a-t-il pu faire confiance à un homme se présentant comme le pasteur burundais Constantin Nyiomwungere ? Selon des sources burundaises, aucune des églises de ce pays n’aurait les moyens de s’offrir un jet privé et, surtout, aucun pasteur officiant sous ce nom n’est connu sur la place. Par contre, en Belgique, un certain Nyiomwungere, un Tutsi né au Burundi, serait apparu comme demandeur d’asile voici cinq ans. On se souvient de lui à Aywaille et Louvain-la-Neuve, où il se présentait comme un pasteur de l’église Goshen Holy Church International. Il fréquentait les milieux rwandais, mais il était soupçonné de travailler pour le gouvernement de Kigali. Si tel est le cas, il recevra certainement une promotion pour avoir réussi à tromper Rusesabagina en lui inspirant confiance et en jouant sur la perspective de lui faire rencontrer à Bujumbura le chef de l’Etat lui-même…

Visa pour la Flandre: «Ouvre la bouche et avale»

Visa pour la Flandre: «Ouvre la bouche et avale»
Capture d’écran vier.be

Les amis devront se mettre à genoux, ouvrir la bouche et avaler tout ce qu’il faudra. » Cette idée-là a servi de mantra au martyre infligé à Louvain par dix-huit jeunes membres du club « d’élite » Reuzegom à une recrue qui était censée, au terme de ces horreurs, être jugée digne du groupe. Cette idée-là a suscité l’horreur et le dégoût de la Flandre et ensuite de tout qui a eu connaissance de ces actes pervers, mus par un désir de domination malsaine et une humiliation mortifère. Cette idée-là, mise en actes, a conduit à la mort un jeune homme de 20 ans, à genoux au fond d’un trou, aspergé d’eau glacée, étouffé par de l’huile sale et des poissons rouges vivants, au terme de deux jours en enfer.

Alors, cette phrase-là, ce lundi, dans la bouche d’un Bart De Wever, badin, face aux caméras de la Vier à Anvers était tout juste insupportable. Interrogé lundi sur la crise politique dans le cadre du Gert Late Night sur la Vier, un talk-show du méga « BV » Gert Verhulst, Bart De Wever déclarait en fait exactement : « Nous les briserons dans l’opposition. Les amis bleus devront se mettre à genoux, ouvrir la bouche et avaler tout ce qu’il faudra. »

Allusion inaudible au viol pour certain.e.s, dérapage inacceptable et dangereux pour d’autres dans la manière dont le langage est dévoyé par le monde politique. Même l’intervieweur s’est exclamé en direct en entendant la réponse du président de la N-VA : « Là, vous allez trop loin ! »

C’est De tijd qui frappe cette fois, à la fois sur Conner Rousseau et ses « godverdomme » ou « je m’en bats les c. » en direct à la télévision, et sur Bart De Wever au Gert Late Night. « Ces déclarations n’émanent pas de l’arrière-ban de l’extrême droite, ou d’un troll sur Twitter, mais du préformateur et du leader de l’opposition. Même le Vlaams Belang communique de façon plus élégante. » L’éditorialiste de ce journal très lu par l’élite financière et politique en Flandre avertit : « La politique n’est pas le fait de vierges effarouchées. Et les différences d’opinion peuvent donner lieu à des échanges brutaux. Mais on perd quelque chose de nos valeurs si on pervertit les usages et la tradition orale. »

« Politic as usual », la politique comme d’habitude ? Ça ne passe plus, que ce soit sous couvert d’humour – ce qu’a tenté de défendre la N-VA face au tollé – ou de tactiques politiques. C’est le message sans concession qu’a aussi envoyé Liesbeth Van Impe, la rédactrice en chef du Nieuwsblad, à Georges-Louis Bouchez et à ses camarades politiques. Jugez plutôt (sur une traduction de Daar Daar) de ce qui s’écrit au nord du pays : « Il sera le premier à souligner que la politique n’est pas un métier de poules mouillées. Et il n’a pas tout à fait tort. Que tout cela est de bonne guerre. (...) Bien sûr, la politique n’a pas grand-chose en commun avec une veillée autour d’un feu de camp, mais elle ne saurait pas davantage se résumer à un combat sans merci, tous contre tous, jour après jour. Le temps du “politics as usual” est passé. Le problème fondamental est ailleurs. Ce qui disqualifie Georges-Louis Bouchez aujourd’hui, c’est justement sa conviction de ne rien faire que ce que les politiciens ont toujours fait. Or, comme le reste du monde, notre pays traverse une crise sanitaire sans précédent, susceptible de se muer sous peu en une crise économique, elle aussi sans précédent. Et c’est le moment que choisit notre classe politique pour jeter aux orties sa crédibilité, transformant pendant 16 mois la formation du gouvernement en un véritable cirque. Le temps du “politics as usual” est passé. »

Visant au départ cruellement Bouchez – « Il est seul à se prendre en selfie sur le Titanic. Tout cela, parce qu’il est convaincu qu’on lui réservera un canot de sauvetage personnel » –, Liesbeth Van Impe élargit son propos à l’ensemble du monde politique : « Notre pays a besoin d’une autre approche de la politique. Georges-Louis Bouchez n’est pas un cas particulier : toute la classe politique belge a en elle quelque chose de Bouchez. Il est l’émanation ultime de la particratie, un animal politique qui ne voit d’autre d’intérêt que celui de son parti et de son ego. Quoi que l’avenir nous réserve, nous devrons nous débarrasser de ce type de politique si nous voulons arriver à quelque chose. Sinon, le moment sera venu de faire nos prières. »

Ce mercredi soir à Gand, l’écrivain Stefan Hertmans ne disait pas autre chose, mais encore plus gravement. L’auteur présentait son nouveau roman, De Opgang (Bezige Bij, bientôt traduit chez Gallimard), où il raconte l’histoire d’un Gantois devenu SS durant la Seconde Guerre mondiale. Interrogé sur ce que ce livre « d’histoire » dit à notre époque, Stefan Hertmans était sans concession : « On demande s’il y a un retour des années 30 ou si c’est une lubie d’ex-hippies obsédés par le fascisme. Ce que je constate est pire : les années 30 n’ont jamais disparu. Ces choses sont toujours là. La façon dont on fait les ragots, les accusations, la “twittertaal” (le langage en mode Twitter) du monde politique, la perversion des discours. La tâche de la littérature n’est pas de moraliser mais de montrer à travers des vies individuelles le destin d’une époque. » Nous ajouterons : Et de mettre en garde.

L’égalité hommes-femmes dans le tennis pour Billie Jean King: «Il y a encore du boulot»

L’égalité hommes-femmes dans le tennis pour Billie Jean King: «Il y a encore du boulot»
Belga

Jeudi dernier, de l’autre côté de l’Atlantique, Billie Jean King, la légende du tennis féminin aux 39 titres du Grand Chelem, dont 12 en simple, est revenue sur le devant de la scène. Pour marquer les 50 ans de la Women’s Tennis Association qui régit toujours le tennis féminin et dont elle fut l’une des pionnières, la Fed Cup, pendant féminin de la Coupe Davis, a ainsi été rebaptisée «  Billie Jean King Cup by BNP Paribas », du nom de la championne huit fois victorieuse de l’épreuve.

Que représente pour vous cette compétition par équipes qui va porter votre nom ?

Tout d’abord, je n’en reviens pas que ça devienne réalité. C’est un grand honneur et une grande opportunité d’essayer d’aider notre sport, le tennis, à se développer et à rajouter des pays à cette épreuve. Nous en avons 116 pour les femmes. Mais j’aimerais en avoir plus. Je sais que l’ITF (la Fédération internationale du tennis – NDLR) fait beaucoup d’efforts. Elle a déjà fait un excellent travail en obtenant l’égalité des prize money, et elle essaie d’améliorer les choses en général, dans le domaine de l’égalité des sexes et sur les principes d’inclusion.

Quels sont vos meilleurs souvenirs dans cette épreuve ?

[Sourire] J’en ai tellement en tant que joueuse et en tant que capitaine ! J’ai toujours préféré les matchs par équipes aux simples, et j’aimais mieux le double que le simple. J’ai disputé la toute première Coupe de la fédération, en 1963, au club du Queen’s à Londres, à l’âge de 19 ans. Je m’appelais à l’époque Billie Jean Moffit et nous avons eu la chance de la remporter. Nous étions 16 équipes la première année et personne n’avait de veste brodée ! Notre capitaine était tellement excité qu’il était tombé du banc, nous l’avions ramassé… Cette compétition nous fait vivre des moments magiques depuis tant d’années, et la victoire de la France en Australie l’année dernière fait partie de ces grands moments.

Cette compétition va se transformer en Coupe du monde, comme la Coupe Davis, sur une seule semaine. N’êtes-vous pas nostalgique des matchs à domicile et extérieur qui ont fait la magie de ces épreuves ?

Ce format de phase finale dans un seul lieu existait déjà, en 1963. Et nous avons gardé les matchs à domicile/à l’extérieur pour les phases éliminatoires. L’ITF a écouté les joueuses et ce qu’elles voulaient : une phase finale d’une semaine et plus d’argent. J’espère en tout cas que la première aura bien lieu à Budapest, du 13 au 18 avril 2021, mais la première chose est d’abord de venir à bout du Covid-19 et de rester en bonne santé…

Aujourd’hui, le tennis est sans doute le sport le plus paritaire au monde. Ce n’était pas du tout le cas quand vous étiez joueuse…

Je voulais que femmes et hommes jouent sur le même circuit, mais les hommes refusaient notre présence. On ne pouvait plus vivre dans un monde où les joueuses gagnaient presque dix fois moins d’argent que les joueurs et où les femmes n’avaient pas le droit d’avoir leur propre carte de crédit. C’est pourquoi, en 1970, neuf d’entre nous ont signé un contrat de 1 dollar avec Gladys Heldman, la fondatrice de World Tennis Magazine. Heldman nous a trouvé un sponsor et on a décidé de se serrer les coudes, parce que nous n’avions pas le choix, nous étions dos au mur. En 1971, pour la première fois, nous avons eu une série de tournois, des infrastructures, et je me suis fixé comme objectif d’essayer de gagner cent mille dollars par an, pour que les gens regardent notre circuit. J’ai gagné 117.000 dollars (près de 100.000 euros – NDLR) en 1971… En 2007, nous avons obtenu l’égalité des prize money dans les Majeurs, ce qui est formidable. Aujourd’hui, selon le magazine Forbes, neuf des sportives les mieux payées sont des joueuses de tennis. C’est un motif de fierté. Mais il y a encore du boulot quand on voit qu’il n’y a pas assez de femmes dans l’arbitrage ou le coaching…

Vous avez consacré votre vie à lutter pour l’égalité des droits. Quelle en a été l’origine ?

Petite, j’ai essayé toutes les disciplines collectives : football, basket, football américain, volley… Un jour, une camarade d’école m’a proposé de jouer au tennis et je lui ai répondu : « C’est quoi ça ? » Je n’en avais aucune idée. J’ai essayé et j’ai aimé. J’ai décidé que j’avais trouvé ce que je voulais faire de ma vie. Je voulais être la numéro un de ce sport. Dans le club californien où je jouais à 13 ans, j’ai remarqué que tout le monde portait des chaussures blanches, des vêtements blancs, et tous les joueurs étaient blancs. Ce sport était en train de devenir un sport de riches. Je me disais : « Mais où sont tous les autres, où sont les femmes ? » Je voulais que le tennis appartienne à chaque enfant, qu’il soit pauvre ou riche. C’est ce qu’on essaie de faire depuis toutes ces années.

Le 20 septembre 1973, vous avez défié et battu Bobby Riggs, devant 90 millions de téléspectateurs. Imaginiez-vous l’impact qu’aurait ce match, revenu à la lumière en 2017 avec le film « Battle of the sexes »  ?

Oui, je savais que l’impact médiatique serait énorme. 90 millions de personnes ont vu ce match en prime time. C’était un moment crucial pour la professionnalisation du tennis féminin. Et une opportunité de faire débattre les gens sur l’égalité hommes-femmes, sur un salaire égal pour un travail égal. En gagnant ce match, je voulais aussi m’assurer que le circuit féminin de tennis puisse être pérennisé, car, en cas de défaite, cela aurait pu donner une bonne raison à certains de ne plus nous soutenir financièrement. Oui, ce match, ce n’était pas seulement du tennis. Il a aidé la cause des femmes dans la société en général. La première fois que je l’ai rencontré à la Maison-Blanche, le président Obama m’a dit : « J’ai vu ce match quand j’avais 12 ans et ça m’a assurément influencé dans la manière dont j’ai élevé mes deux filles. » Je ne sais combien de fois j’ai reçu ce genre de témoignages.

Naomi Osaka, récente lauréate de l’US Open, a affiché ses engagements politiques. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Le sport est une plateforme formidable pour porter ces débats qui visent à rendre le monde meilleur. Nous avons porté des revendications en 1970. Et les jeunes générations continuent de le faire. Chaque génération aide à passer le témoin comme dans une course relais. Osaka n’a que 22 ans et déjà une grande maturité. Et grâce aux nouvelles technologies, elle peut faire rapidement passer ses messages. Quand elle est interviewée, elle regarde l’intervieweur dans les yeux. Elle est authentique et donne des réponses sincères. Bianca Andreescu, 20 ans, lauréate de l’US Open 2019, a écrit une lettre ouverte pour nous remercier, les « neuf originales », d’avoir façonné le tennis féminin tel qu’on le connaît aujourd’hui. N’oublions pas que Venus Williams s’est battue pour l’égalité des prize money dans les Grands Chelems. N’oublions pas non plus le travail fantastique de sa sœur Serena qui se bat pour l’égalité salariale de toutes les femmes.

Roger Federer a récemment évoqué l’idée d’une fusion entre les circuits masculin et féminin. Pensez-vous que cela se fera ?

C’était mon rêve dans les années 1960. Roger Federer l’a évoqué. Je lui ai répondu : « Vous êtes parfait en plus, vous qui avez deux filles et deux garçons » [rires]. Je serais très heureuse que l’ATP et la WTA fusionnent, mais je ne suis pas sûre que cela se produise, du moins pas maintenant. Nous n’avons jamais autant travaillé ensemble, ce qui est une bonne chose. Nous verrons bien. Nous sommes très chanceux d’être un sport avec des hommes et des femmes. Une certitude : des tournois avec des hommes et des femmes ensemble sont mieux dotés et ont une meilleure visibilité.

En 1981, vous aviez été forcée de révéler votre homosexualité. Aujourd’hui, sur les circuits, très peu font pourtant leur « coming out ». Comment l’expliquez-vous ?

Quand Amélie Mauresmo a fait son coming out en 1999, elle n’a pas perdu ses sponsors. En 1981, je les ai perdus, et j’ai dû recommencer à zéro financièrement. Je ne souhaite cela à personne. C’était donc une période très difficile de ma vie. Martina Navratilova a été très courageuse, par la suite, car elle a fait son coming out peu de temps après que ma propre homosexualité fut révélée. C’est une autre chose pour laquelle je me suis battue toute ma vie, pour que chacun puisse être authentique. Je pense que nous avons fait beaucoup de progrès en matière d’égalité du mariage, mais il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir ; nous devons nous préoccuper de la situation des transsexuels, également…

Les coopératives, l’autre économie – «Ce système capitaliste n’a donné aucune réponse à la crise»

Frédéric Dufays (à g.) et Bruno Colmant sont d’accord
: la diversité est la clé.
Frédéric Dufays (à g.) et Bruno Colmant sont d’accord : la diversité est la clé. - Pierre-Yves Thienpont.

Entretien

Comment le Covid-19 a-t-il bouleversé l’économie actuelle au point de remettre en question ses fondements et inviter les hautes sphères de ce système à lorgner du côté de l’inventivité des coopératives ? Le débat entre l’économiste libéral Bruno Colmant, CEO de la banque d’investissements privés Degroof Petercam, et l’universitaire spécialiste en économie sociale Frédéric Dufays ouvre la voie au mélange des genres et à une plus grande diversité des modèles économiques.

Vous venez de deux secteurs très différents : de la banque à l’université, la crise du Covid-19 a-t-elle bouleversé vos pratiques professionnelles ?

Bruno Colmant. La banque est devenue extrêmement digitalisable. Et donc digitalisée. On a pu très rapidement passer en mode télétravail. J’ai dû admettre nolens volens tous les bienfaits de cette capacité de travailler différemment. Par ailleurs, je pense que c’était un immense stress test dans la gestion de l’entreprise. Dans la gestion financière, d’abord, parce qu’une banque, ça gère des risques – de marché, de crédit, opérationnels –, mais aussi dans le management. Je me suis vraiment concentré sur la communication avec l’ensemble de nos 1.400 collaborateurs. Ce qui a permis de bien gérer l’entreprise, c’est la confiance. Et ça, c’est une très, très belle leçon de management.

Frédéric Dufays. A l’université, on a dû basculer du jour au lendemain dans l’enseignement à distance. Pour la recherche, on peut travailler facilement sur son ordinateur portable, même si toute la collecte de données a alors posé problème. L’université a fait preuve de beaucoup de résilience et de flexibilité, selon moi. Des choses ont été mises en place par les services pour soutenir l’enseignement et les étudiants. Quant aux coopératives et à l’entrepreneuriat social, je pense qu’ils ont vécu la crise un peu comme toute entreprise, finalement, et qu’ils ont dû s’adapter.

Vous parlez de bouleversement, de résilience aussi, de confiance, de flexibilité. Qu’est-ce que cette crise a montré quant au fonctionnement de notre système économique ? Et comment prendre cela en compte dans l’équation ?

B.C. Ce qu’a montré cette crise, c’est que, sans l’Etat, qui a dû immédiatement intervenir pour aider les personnes les plus fragilisées, ce système capitaliste qui crée la prospérité n’a donné aucune réponse. Au fond, on a fait sans doute une grosse erreur, celle de croire qu’on peut gérer des Etats comme des entreprises. Les entreprises cherchent le monopole, parfois très éphémère, que ce soit celui d’être le seul coiffeur dans une ville ou la seule boîte digitale dans une partie du monde, pour pouvoir imposer leurs prix et leurs services. Un Etat, ça gère des valeurs morales, ça gère de l’intangible, ça gère des choses qui sont sociétalement bonnes… mais pas à long terme. Par exemple, qui peut mesurer aujourd’hui la valeur, sur la prospérité collective, de l’enseignement, des soins médicaux ? C’est une longue transhumance dans le temps.

F.D. On n’a sans doute pas anticipé les dérives du système capitaliste. Ce que cette crise a montré, c’est une fois de plus les limites de ce système-là. A chaque crise, on en observe les limites mais on a du mal à les résoudre. Les inégalités ont été croissantes. Prenons en exemple les milliards de profits de Jeff Bezos (le patron d’Amazon, NDLR) comparés aux conditions salariales des personnes qui travaillaient comme des forcenés chez Amazon. Ces crises sont de plus en plus rapprochées et se superposent. Et on voit que le système n’arrive pas à y répondre. Il y a donc besoin d’autre chose. Une partie de la réponse est sans doute dans le rôle de l’Etat, qui doit réapprendre à fixer des limites et des cadres qu’il a laissé tomber petit à petit.

Et l’autre partie de la réponse est dans le chef des entreprises…

B.C. Les entreprises, de plus en plus, ont conscience d’une responsabilité sociétale. C’est une réalité. C’était des mots il y a quelques années, ça ne l’est plus maintenant. Il y a beaucoup d’entreprises qui intègrent leurs responsabilités en termes de contribution à l’environnement, à la transition climatique. Sur le principe, bien sûr, une entreprise a beaucoup de parties prenantes, ce sont comme des cellules qui sont en osmose avec toute une série d’autres intervenants, mais d’abord, c’est un facteur d’équilibre et un lieu d’apaisement social. Et je pense qu’il y a beaucoup d’entreprises maintenant qui redécouvrent ces valeurs, de justice aussi, d’égalité homme-femme, de respect de la vie des personnes. Cela veut dire aussi être sûr que ce qu’on fabrique, ce qu’on produit, est utile pour les futures générations. Si, dans les entreprises et au sein de l’Etat, toute décision, aussi infime soit-elle, était subordonnée au bien-être des futures générations, on agirait différemment.

Des questions que les coopératives intègrent déjà.

F.D. Tout à fait. Les coopératives sont à l’avant-garde de cette responsabilité sociétale puisqu’elles sont fondées sur des valeurs plutôt que sur le capital. Elles intègrent des principes de conduite qui font d’elles une forme radicale d’entreprendre de façon alternative. Un entrepreneuriat qui met justement l’humain au centre de son fonctionnement et retourne aux besoins essentiels et à une réappropriation par les usagers de la production de ces besoins. A partir du moment où on essaie de répondre uniquement aux préoccupations des usagers, on pense à plus long terme et on prend en compte les futures générations et les questions environnementales. Les coopératives peuvent vraiment montrer le chemin aux autres entreprises pour être plus vertueuses et avoir une économie bienveillante. Mais je pense que les entreprises conventionnelles vont de plus en plus entrer en dialogue et prendre cela en compte dans leur stratégie. C’est déjà un fait, d’ailleurs.

Et ce n’est pas juste de la com ? Du social- ou greenwashing ?

F.D. Je pense qu’il y en a, c’est tendance et c’est un marché comme un autre, mais il y en a aussi qui ne le sont pas. Un des grands exemples, c’est Danone. Le CEO, Emmanuel Faber, a changé la stratégie pour intégrer davantage de problématiques sociales et environnementales et le faire vraiment en dialogue avec les bénéficiaires de ces actions-là.

L’entreprise conventionnelle n’a-t-elle pas perdu l’objectif de servir la société ? Ne devrait-elle pas, comme la coopérative, chercher à se reconnecter au citoyen ?

B.C. Avec la crise du Covid, dans cette économie de services, les travailleurs se dispersent à nouveau. Ils peuvent travailler sans être concentrés physiquement, rassemblés sur le même lieu. Et comme ce lien social de la coexistence humaine a disparu, cela impose que le travail ait du sens ! Sinon, les travailleurs se demandent ce qu’ils fabriquent dans leur salon avec leur plante verte derrière et leur réunion Zoom lancée… Ceux qui gèrent des entreprises aujourd’hui doivent faire le tri mental de ce qui est sensé, ou pas, dans ce qu’ils font. Et pour cela, comme on dit en anglais, size matters (la taille compte, NDLR).

F.D. Du sens, on en trouve dans les coopératives. Il y a une dimension de solidarité entre les membres, mais aussi entre les membres et la coopérative elle-même. Certaines coopératives travaillant dans le circuit court ont été submergées pendant la crise et n’arrivaient pas à suivre en matière de livraison. Alors, des membres, des consommateurs comme les autres mais qui ont aussi une part dans l’entreprise, ont proposé de faire des livraisons, spontanément, pour soutenir l’entreprise et lui permettre de tenir bon. Un autre élément de solidarité : la coopération entre les coopératives. A Bruxelles, plusieurs coopératives de livraison à vélo se sont rassemblées pour faire des distributions de masques. En Italie aussi, au plus fort de la crise, les coopératives de circuit court ont reversé des surplus et ont rendu des services aux hôpitaux coopératifs qui, eux, étaient la tête sous l’eau. Cette coopération et cette solidarité permettent de traverser les crises de façon plus fluide.

B.C. Mais est-ce qu’on ne devrait pas reprendre les choses, non pas top-down (de haut en bas, NDLR), mais bottom-up (de bas en haut, NDLR) ? Est-ce qu’on ne doit pas finalement recréer une sorte de « patriotisme économique », en partant de l’idée que l’on doit stimuler ce genre d’entreprises ? Parce qu’avoir un avantage fiscal si l’on investit dans Amazon ou si l’on investit dans une coopérative, ce n’est pas la même chose. Le temps est à la réflexion maintenant : on vit un point de discontinuité, c’est évident. De plus, l’Etat a montré son bien-fondé, même en termes de stimulation économique. Parce que, même si l’Etat a toujours été considéré comme l’ennemi des marchés, s’il n’était pas intervenu durant cette crise, je ne sais pas dans quelle situation nous aurions été aujourd’hui… Alors, est-ce que l’Etat ne peut pas en profiter maintenant justement pour penser à ça ? C’est une bonne occasion. Moi, je pense que si j’étais dans le secteur des coopératives, c’est exactement maintenant que je porterais combats et projets en avant.

La coopérative offrirait donc des réponses là où ni l’entreprise conventionnelle, ni l’Etat ne se trouvent ? Un peu comme une troisième voie ?

F.D. Effectivement. La théorie, c’est vraiment que la création de coopératives se fait là où il y a des défaillances de marché et des défaillances de l’Etat. Typiquement, une situation de monopole où des clients doivent se mettre ensemble pour essayer de le casser ou inversement, s’il n’y a qu’un seul gros client et qu’un seul producteur, la coopérative vient recréer l’équilibre dans ces forces. Autre situation dans laquelle la coopérative est une sorte de troisième voie : l’établissement de normes par l’Etat, qui va créer des normes si particulières qu’elles finissent par empêcher une forme d’innovation sociale, laquelle va pouvoir venir des citoyens. On parlait bottom-up : on y est. Mais au fond, ce dont l’économie a besoin selon moi, c’est d’une plus grande diversité.

B.C. Exactement.

F.D. Or, les coopératives sont pour l’instant marginales… Si l’on peut augmenter leur nombre pour augmenter la diversité des entreprises dans l’économie belge et même mondiale, je pense que c’est en fait toute l’économie qui, grâce à cette diversité, serait plus résiliente.

Expo: la Belgique envahit le Marché à Paris

C’est le premier grand magasin au monde. En âge. Un élégant palais de verre, dessiné par Louis Boileau sur des structures métalliques de Gustave Eiffel, encadré par la rue de Sèvres, la rue de Babylone, la rue du Bac et la rue Velpeau dans le 7e arrondissement de Paris.

Il s’appelait Au Bon Marché autrefois, quand Aristide et Marguerite Boucicaut s’associent avec les frères Paul et Justin Videau qui possèdent depuis 1838 une mercerie à comptoirs multiples (douze employés et quatre rayons) vendant des draps, des matelas et des parapluies.

En 1852, Aristide et Marguerite voient grand, et large, et loin. Ils pensent : vaste assortiment, prix fixés à faible marge et indiqués sur une étiquette, principe du satisfait ou remboursé, accès direct et mise en scène de la marchandise. Zola le dit bien mieux dans Au bonheur des dames  : ce qu’on y vend désormais, c’est le désir d’acheter.

La Belgique mise en boîte

Après le Brésil, le Japon, Brooklyn, Paris, l’Italie et Los Angeles, c’est à la Belgique que s’intéresse Le Bon Marché Rive Gauche. Jusqu’au 18 octobre, il propose une centaine de produits belges exclusifs, toutes catégories confondues : vêtements, sacs, accessoires, lunettes, jeux en bois, produits de beauté, vaisselle, déco… Côté food, tout y est, des biscuits Dandoy aux sauces Brussels Ketjep. Côté mode, de jeunes marques streetwear ou pointues (outre Delvaux) comme Bernadette, Imprévu, Essentiel, Bellerose, Antwrp, Sofie d’Hoore, Valentine Witmeur et il y a même le salon de coiffure Marisol qui propose « un rituel de brillance au houblon ».

Et pour enrober tout ça, les silhouettes sympathiques de héros de la BD – le Marsupilami, Gaston Lagaffe, Spirou et Fantasio, Lucky Luke, les Schtroumpfs, Martine, Michel Vaillant (dont le créateur, Jean Graton, est Français mais vit en Belgique) –, réalisées pour l’occasion, s’égayent follement dans les allées du magasin.

L’épicerie de Stéphane De Groodt

« Ce sont de très grosses expos », explique Jennifer Cuvillier, directrice du style au Bon Marché, « préparées plus d’un an à l’avance. Chacune est faite sur-mesure et créée au gré des rencontres, des surprises, des échanges qu’on peut avoir en nous rendant sur place. Rien n’est prédéfini. La Belgique, voilà plusieurs fois qu’on en parlait, qu’elle nous attirait dans l’absolu. C’est en y allant, en faisant ce voyage d’immersion qu’on a eu un vrai coup de cœur. On a visité pas mal de villes et on a essayé d’en saisir l’essence. C’est primordial pour une expo de cette envergure, véritable take over sur le Bon Marché et la Grande Epicerie. On est sur les vitrines, sur toute l’installation artistique à l’intérieur, des milliers de mètres de carré. Et bingo. On a vu qu’il y avait suffisamment de matière à raconter. »

L’auteur et comédien Stéphane De Groodt a été invité à créer son propre supermarché surréaliste et à poser ses savoureux calembours sur toute une série de produits : des boîtes d’allumettes Bande d’allumées, des paquets de Caramels d’enfanterie et de Penne d’amour

« Une des choses qui nous a frappés sur tous nos voyages en Belgique », poursuit Jennifer Cuvillier, « c’est le côté joyeux, facile et agréable des rencontres, avec toujours beaucoup d’humour et de second degré. On a voulu retranscrire ça auprès de nos clients français et parisiens. En espérant aussi surprendre les Belges de passage à Paris. »

Si vous avez l’occasion de braver la zone rouge, allez faire un tour au Bon Marché. Vous serez dépaysés.

Décès de Juliette Gréco: la servante des seigneurs s’en est allée

Décès de Juliette Gréco: la servante des seigneurs s’en est allée
EPA.

Interprète des Brel, Ferré et Gainsbourg, la chanteuse décédée mercredi, entourée de ses proches, restera associée à tout jamais à l’âge d’or du Saint-Germain-des-Prés des années 40 et 50.

Juliette Gréco n’a pour ainsi dire pas écrit (à quelques exceptions près) ni composé de chansons mais combien, et les plus belles de la chanson française, n’en a-t-elle pas chanté ! Elle-même s’était rebaptisée « la servante de ses seigneurs », avec un peu plus de modestie qu’Yves Montand qui officiait dans le même créneau. Celui des grands poètes du XXe siècle qu’elle a véritablement immortalisés après, pour certains, les avoir aidés à se faire connaître.

Pourtant, celle qui est née Marie-Juliette Gréco à Montpellier le 7 février 1927 ne se prédestinait pas à la chanson mais bien au théâtre et à la danse. En 1938, elle était même petit rat à l’Opéra Garnier. Née d’un père d’origine corse, commissaire de police des jeux, et d’une mère bordelaise, Juliette et sa sœur aînée de trois ans, Charlotte, suivent leur mère en Dordogne au début de la guerre. En 1943, Juliette, Charlotte et sa maman sont arrêtées par la Gestapo pour faits de résistance. Juliette est emprisonnée à la maison d’arrêt de Fresnes mais ne sera pas envoyée à Ravensbrück en raison de son jeune âge. Elle retrouvera en 1945 à l’hôtel Lutetia, réquisitionné, sa mère et sa sœur libérées par l’Armée soviétique. Jamais elle ne l’oubliera et nous donnera même un jour de 2003 rendez-vous dans ce palace dont les caves servirent de salle de torture à la Gestapo.

« C’est vrai que j’ai gardé des séquelles de mon arrestation mais je préfère me souvenir de celles que j’y ai retrouvées avec cette odeur fade de la mort qu’elles transportaient avec elles. Je pense plutôt à la vie qu’à la mort », nous avait-elle dit pour justifier ce choix.

Sartre, Prévert et Kosma

Réfugiée à Paris chez sa professeure de chant, Juliette se trouve tout près de Saint-Germain-des-Prés où, dès la Libération, fleure un entêtant parfum de liberté. Juliette suit des cours d’art dramatique et décroche quelques rôles au théâtre avant de fréquenter de nombreux artistes du quartier, dont Boris Vian, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. C’est ce dernier qui la convainc de chanter. Il lui offre même un texte de chanson tout en lui conseillant d’aller voir Joseph Kosma pour qu’il l’améliore. Cela deviendra Rue des Blancs-Manteaux, sa première interprétation née de la plume du pape de l’existentialisme et du partenaire musical de Prévert.

La voie est toute tracée pour Juliette qui, riche d’un nouveau répertoire, participe à la réouverture du Bœuf sur le Toit en 1949. Année où elle rencontre Miles Davis, dont elle tombe éperdument amoureuse. Cet amour est possible à Paris mais pas aux États-Unis racistes. Miles rentre fin de l’année chez lui et, désespéré, plonge dans la drogue. Juliette le reverra en 1990 sur le plateau de Sacrée soirée, de Jean-Pierre Foucault : « Dans son autobiographie, Miles avait écrit de très belles choses sur moi », nous dira-t-elle. « Ça m’avait complètement émue et bouleversée. Quand je l’ai revu ce soir-là, je l’ai aperçu comme un être venant d’une autre planète. J’étais totalement éblouie. Il s’est déplacé par amour pour moi. Avant cela, il me laissait des petits mots tout autour du monde. C’était un bel amour. »

Zanuck et Hollywood

La pin-up et muse des existentialistes, belle et mystérieuse, se remet de cette séparation et vit à cent à l’heure dans une ivresse totale. Raymond Queneau et René-Louis Laforgue, conseillés par Sartre, lui écrivent des chansons. Marlon Brando la ramène à l’hôtel le soir sur sa moto. La carrière de Juliette s’envole. Elle se produit à Antibes et à Rio et, dès 1950, enregistre pour la Columbia. En 1951, elle chante Prévert et Kosma pour son premier disque Philips, par l’entremise de Jacques Canetti. L’année suivante, aux Trois Baudets, elle croise Brassens et se fait refaire le nez. En 1953, elle épouse l’acteur Philippe Lemaire dont elle aura une fille, Laurence, en mars 1954. Ce mariage ne durera que quelques mois. Sa liberté est trop importante.

Juliette collectionne les amants avant (et après !) de rencontrer le producteur de Hollywood Darryl F. Zanuck, qui lui donne quelques rôles (Juliette rêve toujours d’être actrice !), mais leur relation est houleuse. Difficile de dompter la panthère noire française. Exit Zanuck !

Brel et Jouannest

Juliette chante maintenant à l’Olympia Trenet, Bécaud, Brel, Brassens et Ferré. Avant Gainsbourg en 1958. Juliette représente la France à l’étranger, aux États-Unis notamment. C’est une star. Les auteurs et compositeurs font la file pour qu’elle les chante. Juliette s’en est fait une raison. Elle ne sera « que » chanteuse et les années 60 seront pour elle lumineuses. En 1968, elle interprète sa plus célèbre chanson, Déshabillez-moi, révélant déjà son côté coquin et provocateur. Libre et révoltée. Cette année-là, Gérard Jouannest, le pianiste et complice de Brel, devient le sien. Elle l’épousera en 1988 et ils ne se quitteront plus. Jusqu’à ce dernier concert de 2016 et son dernier souffle le 16 mai 2018 à Ramatuelle, où ils vivaient, il sera son pianiste.

Les années 70 seront celles de nombreuses tournées à l’étranger, toujours en tant qu’ambassadrice de la chanson française, et de nombreux albums. Elle se remet même à l’écriture de textes, exercice auquel elle s’était essayée sans grand succès en 1969.

En 1982 paraît Jujube , ses mémoires, qui la rappelle aux bons souvenirs d’une France qui lui remet la Légion d’Honneur en 1984. Elle passe les années 90 sur scène et en studio avant qu’une nouvelle génération d’auteurs (de Miossec à Biolay en passant par Abd Al Malik, qu’elle rejoint sur scène au Printemps de Bourges) ne succombe à son charme en lui écrivant de fort belles choses. En 2007, Juliette reçoit la Victoire d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. En 2012, elle chante des textes d’Amélie Nothomb, François Morel, Philippe Sollers, Marie Nimier, Thierry Illouz… Toujours curieuse, toujours à la recherche de nouveaux talents…

Les adieux de 2015

Après un petit malaise sur scène en 2013, Juliette annonce deux ans plus tard une tournée d’adieux. Intitulée sobrement « Merci ! ». Nous la retrouvons pour un nouvel entretien exclusif à Montréal. Elle nous avoue que sa décision d’arrêter la scène, née d’un « moment de lucidité extrême » car « une femme (contrairement aux hommes) ne peut pas donner le spectacle de la vieillesse », l’empêche de dormir : « C’est abominable. Je vis au jour le jour comme si de rien n’était. Et de temps en temps, je me réveille la nuit. Ce n’est pas vrai, je me dis. Calme-toi. Peut-être que tu mourras avant d’arrêter. J’espère bien mourir avant. »

Sur scène, elle est magique, éternellement jeune, mais les coups de fatigue s’accumulent, l’obligeant parfois à écourter son tour de chant. Le 24 mars 2016, Juliette est victime d’un AVC dans un hôtel lyonnais, la veille de son concert à Sausheim. Les dates suivantes de la tournée, d’abord reportées à l’automne, seront finalement annulées. Juliette ne remontera plus jamais sur scène. Ainsi s’en allait, sur la pointe des pieds, l’autre dame en noir, titre qu’elle partageait avec son amie Barbara. Avec Françoise Sagan, elles étaient trois copines très complices. Chacune à sa façon, elles représentent l’élégance à la française et une certaine idée de la femme libre au caractère fort et à la fragilité sensuelle.

Juliette était fascinante, tant sur scène que dans l’intimité. Juliette était aussi une provocatrice. À propos de Déshabillez-moi, qu’elle chantera avec humour jusqu’à la fin, elle nous disait : « C’était scandaleux. On a retrouvé des papiers de l’ORTF avec plusieurs titres portant le tampon INTERDIT. J’en avais plein. Je ne cherche pas le scandale mais je fais ce que je veux. Je suis née comme ça. J’ai un caractère fort. Ce n’est pas un jeu. L’injustice, je ne peux pas, depuis que je suis toute petite. »

« Jolie môme »

C’est elle aussi qui créera Jolie môme, que lui avait apporté le jeune Léo Ferré. (« T’es toute nue sous ton pull. Jolie môme… »). Quand Brel – qui dira plus tard d’elle « Gréco, c’est un mec ! » – lui chante quelques-unes de ses chansons, inédites ou non, Juliette lui conseille de les garder pour lui et de ne lui confier que la plus difficile à interpréter. Ce sera Ça va (le diable). Gainsbourg lui offrira Un peu moins que tout à l’heure… Il arrivait à Juliette de refuser certaines chansons. Quand elle ne le sentait pas, c’était non. Sinon, elle en faisait une merveille. Juliette se réappropriait un texte et une musique, leur donnant une théâtralité nouvelle. Sur scène, Juliette, c’était un long corps tout de noir vêtu, ou bleu nuit, de velours bien souvent, avec ses cheveux et ses yeux noirs perçants, puis ce visage blanc et ces mains qui dessinaient des arabesques. Tout en sobriété, sans en remettre.

Charmante et passionnée

Nous avons rencontré à de nombreuses reprises Juliette. À Paris, Bruxelles ou Ramatuelle. Toujours elle s’est montrée charmante, élégante, passionnée, séductrice, drôle et belle. La dernière fois, à Montréal, elle avait passé une mauvaise nuit et reporté notre rencontre matinale à l’heure de l’apéro vespéral. Elle nous demande de lui verser un verre de ce vin blanc mis au frais. Oubliant le temps, on videra la bouteille, s’opposant aux directives de son manager qui nous avait demandé de respecter son repos. Mais il est impossible de dire non à Juliette la pasionaria, de la museler. On passerait l’éternité avec elle à parler de tout, à commencer par ces poètes qu’elle a tant aimés et dont elle continuera à jamais, sur disques, de nous livrer le meilleur.

Chez l’ado, une bonne croissance passe par une alimentation équilibrée

Céréales sans trop de sucre, fruits, laitage
: la formule du petit-déjeuner réussi
!
Céréales sans trop de sucre, fruits, laitage : la formule du petit-déjeuner réussi ! - D.R.

Il arrive souvent que les adolescents mangent un peu comme ils veulent. Et il n’est pas facile de savoir s’ils grignotent beaucoup entre les repas, s’ils sautent le petit-déjeuner ou s’ils mangent assez à l’école. Cependant, leur croissance n’est pas finie et il faut donc être attentif à ce qu’ils mangent certains aliments bons pour leur corps.

Hélène Lejeune, diététicienne-nutritionniste et présidente de l’Union professionnelle des diététiciens de langue française, a tenté de dresser un menu « idéal » pour une journée : « Le petit-déjeuner doit comporter un féculent ; la mode est aux céréales mais ils sont souvent très sucrés donc il faut préférer des céréales complètes, pain complet ou du gruau d’avoine, avec éventuellement une garniture un peu sucrée mais aussi un laitage, lait de vache ou végétal. Idéalement, ce petit-déjeuner va avoir un apport en fruit et va comporter aussi une boisson qui n’est pas sucrée. Si l’une des composantes manque, on va pouvoir la prendre en collation. Sinon, la collation n’est pas forcément nécessaire. »

Important : l’hydratation

En Belgique, le repas de midi est généralement un repas froid, « souvent à base de pain, idéalement pain complet avec une source de protéines animales ou végétales. Cela peut être du houmous, des pois chiches ou bien du fromage, du jambon ou une viande sans trop de sel. Et systématiquement, un apport ou deux de légumes, sous forme de crudités ou bien d’un petit potage ou un fruit », continue-t-elle.

Quant au goûter, prisé par les enfants et les ados, il ressemble beaucoup au petit-déjeuner.

Enfin, pour le repas du soir, c’est souvent un plat chaud. « Il va être composé de féculents, viande ou poisson ou volaille ou œufs ou alternatives végétales et bien sûr un apport de légumes », finit Hélène Lejeune.

Il faut ajouter à ça bien sûr l’hydratation, très importante pendant la journée. « Il faut boire un litre et demi par jour. Mais un adolescent qui fait une activité physique importante aura besoin de davantage s’hydrater », explique André Van Gossum, chef de clinique à l’hôpital Erasme. Cependant, il faut faire attention aux boissons sucrées, comme les sodas : « On sait que, chez les adolescents, les boissons sucrées peuvent compromettre le comportement et l’équilibre alimentaires sur la journée », confirme la nutritionniste Nathalie Delzenne, professeure à l’UCLouvain.

Attention au « binge snacking » !

Attention aussi au « snacking » devant les écrans : « Il ne faut pas manger devant les écrans car cela gêne l’attention et cela empêche de prendre conscience de ce qu’on mange, on ne goûte plus et on n’a plus aucune idée des rations », explique Hélène Lejeune.

Il faut également être attentif à ne pas développer des comportements extrêmes : un adolescent est toujours en cours de croissance et s’il ne mange pas les catégories d’aliments nécessaires, il peut avoir des carences. André Van Gossum ajoute : « Un adolescent construit encore son organisme et notamment ses os, donc il faut un apport correct en calcium et vitamine D. L’autre élément important, c’est le fer et c’est encore plus important chez les filles. En effet, les adolescentes vont commencer à avoir leurs menstruations et vont développer un besoin accru en fer, à compenser pour ne pas provoquer une anémie, source de fatigue chronique et de troubles de la concentration. »

Les consommations alimentaires hectiques, un phénomène appelé aussi « binge snacking », peuvent également avoir des conséquences néfastes chez les ados. « Il faut être vigilant. C’est souvent au cours de l’adolescence qu’il y a le plus de risques d’un désordre alimentaire. Et il faut faire attention à ce que cela ne soit pas le début d’un désordre alimentaire plus sérieux », conclut André Van Gossum.

Charleroi à la conquête des trois millions d’euros

Belga
Belga

C’est un euphémisme, le Sporting de Charleroi est en grande forme en ce début de saison puisqu’il a remporté six succès en autant de matches officiels. Oubliée la préparation faite de hauts et de bas, les Zèbres caracolent en tête du championnat avec cinq unité d’avance sur le Standard. C’est toutefois sur une autre scène que les hommes de Karim Belhocine vont se produire ce jeudi soir puisqu’ils vont faire leur grand retour sur la scène européenne, cinq ans plus tard. « On prépare ce match comme un autre, pas parce que toutes les rencontres se ressemblent, mais parce qu’il faut être concentré de la même façon. Après, on va représenter la Belgique en Europe et ça doit nous pousser », expliquait Karim Belhocine ce mercredi après-midi.

S’il doit rentrer dans la compétition dès ce troisième tour préliminaire, le matricule 22 a d’abord été très proche de rejoindre les poules de la C3 directement. Toutefois, la victoire de l’Antwerp en finale de la Coupe de Belgique en a décidé autrement. « Après cette finale, j’ai eu peur que ça nous mette un petit coup sur la tête, mais on a su directement tourner le bouton. On sait qu’on ne recevra jamais de cadeau, que ce qu’on veut, on doit aller le chercher nous-mêmes. On a fini à la troisième place du dernier championnat et le ticket européen nous donnait donc accès à ce troisième tour préliminaire », voulait relativiser le T1 des Zèbres.

Réussir un grand coup

Alors qu’il va affronter une équipe serbe qui a davantage l’habitude des soirées européennes que lui, le Sporting compte tout de même tout faire pour réussir un grand coup et rejoindre les poules de l’Europa League, via les barrages qui auront lieu la semaine prochaine à Charleroi en cas de succès contre le Partizan ce jeudi. Et s’il y parvient, il pourra disposer d’un belle manne financière puisque même si l’UEFA n’a pas encore communiqué sur les primes accordées aux participants à la phase de poules de la C3, celles-ci s’élevaient à 2,92 millions la saison dernière, et ce sans tenir compte des résultats au sein de ces groupes.

Bien que Charleroi ait traversé la crise sanitaire plus facilement que d’autres clubs grâce à sa bonne gestion financière, nul doute que cet apport d’argent frais lui permettrait de continuer à grandir.

Pour cela, il faudra donc commencer par vaincre le Partizan de l’ancien Anderlechtois Lazar Markovic et de l’ancien Gantois Uros Vitas, deux joueurs que Karim Belhocine a côtoyé dans le passé.

Le guide pour tout comprendre aux nouvelles règles de quarantaine (infographie)

Le guide pour tout comprendre aux nouvelles règles de quarantaine (infographie)
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Au fil des usages de notre époque, la quarantaine est devenue quatorzaine… Demain, à tout le moins dès le 1er octobre, on pourra parler de demi-quatorzaine, voire de septaine… Toujours est-il que cette réduction de moitié de la durée de la quarantaine sonne comme un changement majeur. D’abord pour les citoyens confinés chez eux alors qu’ils sont souvent en bonne santé. Ensuite pour le monde de l’école au sens large – familles, élèves, enseignants, directions – où la gestion des gardes, des cours à distance et des remplacements de personnel est un casse-tête quotidien. Enfin, pour le monde de l’entreprise qui doit lui aussi faire avec ces absences à répétition. Demain, derrière des règles un peu complexes, tout pourrait être plus simple, ou à tout le moins plus court. Explications.

1

En cas de symptôme

Lorsqu’une personne est victime des symptômes faisant penser au Covid (fièvre, anosmie, toux…) elle doit immédiatement s’isoler pour sept jours et prendre contact avec son médecin. Après vérification de la suspicion de Covid le médecin prescrira un test à réaliser le plus rapidement possible. S’il est positif, la quarantaine se poursuit pour 7 jours. S’il est négatif, le patient sort de quarantaine après avis médical.

2

En cas d’absence de symptôme

C’est typiquement le cas des personnes qui ont eu un contact rapproché (moins de 1,5 m, sans masque, pendant minimum 15 minutes) avec un malade du Covid ou qui a été contactée par le centre de tracing des cas. Elle doit alors se mettre immédiatement en quarantaine pour une durée de sept jours « à compter du dernier jour où la personne a eu un contact rapproché avec la personne contaminée », précise la Première ministre. Le cinquième jour, la personne concernée doit passer un test Covid. S’il est négatif, la quarantaine s’arrête au septième jour ; s’il est positif, elle reprend pour sept jours.

3

En cas de retour d’une zone orange

Jusqu’à présent, il était conseillé aux personnes de retour d’une zone coloriée en orange par le ministère belge des Affaires étrangères d’entrer en quarantaine et de se soumettre à un test Covid (avec le risque d’encombrer les files des centres de testing). À partir du 1er octobre, le retour d’une zone orange n’impliquera plus aucune démarche.

4

En cas de retour d’une zone rouge

Les voyageurs de retour de zone rouge (après y avoir séjourné au moins 48 heures) devront se mettre en quarantaine dès le 1er jour de leur retour. Ils seront contraints de faire un test au 5e jour de ce retour. Une alternative pourrait bientôt exister : les voyageurs pourront se soustraire à la quarantaine et au test obligatoire en se soumettant à une « auto-évaluation ». Si le principe est acté – le passager répond à une série de questions pour évaluer les risques qu’il a pris durant son séjour – la forme reste encore à être peaufinée par les experts avant le 2 octobre. Sur le principe, donc, un voyageur de retour de zone rouge devra détailler les conditions de sa dernière semaine passée en zone rouge : a-t-il résidé dans un quartier très dense ? A-t-il été en contact avec beaucoup de personnes ? Ou au contraire, s’est-il replié dans une maison de campagne, isolé ? Selon les réponses, et s’il a été prudent, le voyageur pourra se passer de quarantaine et de test. L’outil développé prendra sans doute la forme d’un formulaire en ligne.

«Le virus est toujours là mais la vie doit continuer»: le message rassurant mais parfois confus du CNS

«Le virus est toujours là mais la vie doit continuer»: le message rassurant mais parfois confus du CNS
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Le ton se voulait clair et pédagogique. Le message l’était moins, sur certains points du moins parfois confus, tandis que l’épidémie gagne en puissance. Les jeunes sont désormais les plus touchés et les catégories d’âge les plus à risque (60 ans et plus) enregistrent une hausse significative de cas positifs. Une moyenne de 1.374 cas quotidiens sont désormais comptabilisés et le taux de positivité des tests est passé à 4 %. Une cinquantaine d’admissions à l’hôpital pour Covid ont lieu par jour, un nombre qui pourrait doubler la semaine prochaine, a averti mercredi matin le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem.

« Le virus est toujours là mais la vie doit continuer » : Sophie Wilmès a répété l’ambition du CNS de passer d’une « gestion de crise » à une « gestion des risques », avec une vision à long terme. Les mesures en vigueur seront modulables en fonction de l’évolution de la situation. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Il y aura un baromètre, à mettre encore en place.

Pour le reste, il s’agit encore et toujours de respecter les six règles d’or qui ont à nouveau été énumérées : se laver régulièrement les mains, privilégier les activités en extérieur, protéger les personnes les plus fragiles, porter le masque, maintenir les distances d’un mètre et demi, limiter les contacts rapprochés.

Sur ce dernier point, la Première ministre s’est exprimée dans les deux langues pour que le concept de contacts rapprochés soit le plus clair possible : « Dans notre vie quotidienne, on peut voir toutes les personnes qu’on a envie de voir, à condition de garder la distance ou de porter le masque. Vous ne pouvez pas voir en même temps au même endroit plus de dix personnes (enfants exceptés). Le contact rapproché, c’est un contact physique proche de plus de 15 minutes sans porter de masque et sans garder la distance. Ces contacts rapprochés doivent être limités au maximum. »

Cinq contacts rapprochés

On peut donc organiser un dîner avec dix amis maximum ou les retrouver en pleine rue, mais sans les embrasser, en gardant les distances de sécurité. Pour les câlins, les experts conseillent de se limiter à cinq contacts rapprochés (pour le moment) par personne et par mois, en dehors du foyer. Le choix est individuel et doit se faire en âme et conscience, mais le chiffre pourrait diminuer si l’épidémie devait s’aggraver.

Le masque reste très « important dans la gestion de l’épidémie, néanmoins il est inutile partout et tout le temps », a déclaré Sophie Wilmès. Entendez : il ne sera plus obligatoire à l’extérieur, sauf dans les lieux fréquentés qui seront déterminés par les autorités locales. Il restera de mise à l’intérieur.

Les rassemblements privés hors du domicile (type cérémonie ou mariage) suivront les règles très strictes de l’horeca, sans nombre maximum de convives, mais sans soirée dansante non plus. Les rassemblements publics resteront limités à 200 personnes à l’intérieur et 400 au-dehors.

Un baromètre en vue

Un baromètre va être mis en place avec les entités fédérées, dans les deux semaines qui viennent, pour moduler les règles en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique. Ce baromètre régional (ou provincial) dépendra des hospitalisations « mais pas seulement », parce que c’est un indicateur clair mais qu’il risque de pénaliser les grandes villes – à Bruxelles, par exemple, 30 à 40 % de la patientèle des hôpitaux n’habite pas la Région-ville.

La durée de la quarantaine sera revue à partir du 1er octobre. Elle passe à sept jours si on a eu un contact rapproché positif ou si on revient de zone rouge. L’obligation de passer un test reste alors de mise. Dans l’attente des résultats, on reste chez soi. Si le test est positif, on prolonge la quarantaine de sept jours, sinon on est libéré. L’application de traçage devrait par ailleurs entrer en application le 30 septembre. La Première en a profité pour réinsister sur l’intérêt de limiter ses contacts rapprochés pour ne pas devoir se mettre en quarantaine préventive. Ici aussi, elle s’est exprimée dans les deux langues.

« Nous devons trouver en nous la force de s’adapter à la situation », a résumé Sophie Wilmès avant de conclure avec sa traditionnelle incitation à prendre « soin de vous et des autres ».

Contacts rapprochés, port du masque, quarantaine…: les annonces du Conseil national de sécurité

Le Conseil national de sécurité (CNS) de ce mercredi a annoncé des changements sur le port du masque, la durée de la quarantaine et les contacts rapprochés autorisés.

« Aujourd’hui nous sommes dans une phase qui s’appelle ‘gestion du risque’ : comment pouvons-nous retourner vers une situation la plus normale possible tout en ayant le coronavirus parmi nous ? Certaines règles seront assouplies, d’autres restent maintenues » a commencé par expliquer Sophie Wilmès. La Première ministre a fait le point sur la situation épidémiologique dans le pays.

« Il est toujours plus facile d’agir en amont, la vigilance reste donc de mise » prévient-elle. « La pandémie n’est pas passée, le virus est toujours là, mais la vie doit continuer d’une façon adaptée pour essayer de maîtriser cette épidémie. Et c’est pour cela que nous avons nos six règles d’or dont le respect reste essentiel dans notre quotidien. Ils sont le pilier de notre futur. »

Pour rappel : se laver régulièrement les mains, privilégier les activités en extérieur, protéger les personnes fragiles, garder les distances d’un mètre et demi, garder le masque.

Contacts rapprochés : les experts conseillent 5 personnes par mois

Sophie Wilmès a expliqué qu’en ce qui concerne les contacts « nous pouvons voir toutes les personnes que nous avons envie de voir, à condition de garder cette distance ou de porter le masque. Mais vous ne pouvez pas voir en même temps au même endroit plus de dix personnes. Le contact rapproché c’est un contact physique proche de plus de 15 minutes sans porter de masque et sans garder la distance. Ces contacts rapprochés doivent être évités au maximum. »

« Les experts conseillent d’avoir des contacts rapprochés avec 5 personnes maximum par mois par personne, en dehors de celles avec qui l’on vit. Et si l’on respecte les distances de sécurité, on peut voir toutes les personnes souhaitées », a-t-elle insisté.

En ce qui concerne les événements, les règles sont les suivantes : un maximum 10 personnes peuvent se réunir à un événement privé. Pour les événements publics, la limite est de 200 personnes à l’intérieur et 400 à l’extérieur, sauf exception comme certains événements sportifs.

Des changements pour le port du masque

En ce qui concerne le port du masque, la Première ministre a d’abord rappelé qu’il était « très important dans la gestion de l’épidémie », avant d’ajouter qu’il était inutile de « l’imposer partout et tout le temps ».

Dès le 1er octobre le port du masque ne sera plus obligatoire à l’extérieur sauf dans les lieux où les distances de sécurité ne peuvent être respectées ou dans les lieux extrêmement fréquentés, qui sont déterminés par les autorités locales. Il faudra toutefois toujours porter un masque dans les lieux « couverts », comme précédemment. À savoir : les transports en commun, les magasins ou le cinéma, « qu’il y ait du monde ou pas », a précisé la Première ministre.

Baromètre de l’épidémie

La Première ministre a entre autres annoncé la création d’un call center, la mise en place d’une plateforme de rendez-vous, et l’allégement des charges administratives des médecins. Elle a également exprimé le souhait d’augmenter la rapidité de communication des résultats des tests aux patients. L’application Coronalert sera lancée à la fin du mois de septembre.

Un baromètre de l’épidémie sera par ailleurs mis en place. « Le baromètre fonctionnera selon un système de palier : plus la situation s’aggrave, plus des mesures de restrictions doivent être prises. Ce baromètre sera repris comme référence, et se basera principalement sur l’évolution du nombre d’hospitalisations. Il sera prospectif, nous pourrons établir des prévisions sur plusieurs semaines », a expliqué la Première ministre.

Quarantaine de sept jours

La quarantaine se limitera désormais à sept jours, si le test au coronavirus est négatif la personne peut sortir de quarantaine. Si la personne est positive, la quarantaine continue.

« Si vous n’avez pas de symptômes mais si vous avez eu des contacts rapprochés avec une personne positive au coronavirus, vous devez vous mettre immédiatement en quarantaine pendant sept jours », a expliqué Sophie Wilmès.

« Cette règle illustre bien l’intérêt de garder les distances, de porter le masque pour éviter des quarantaines à risques » a-t-elle souligné. À partir de vendredi, se rendre en zone rouge sera fortement déconseillé.

Sophie Wilmès a terminé la conférence de presse en demandant à chacun de « prendre sur lui, de ne pas tomber dans la lassitude. » « Il faut trouver la force de s’adapter et de ne pas subir la situation » a-t-elle conclu.

Négociations fédérales: Magnette et De Croo nommés co-formateurs… contre l’avis de Bouchez

Après le rapport final des préformateurs Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A), le président du PS Paul Magnette et le vice-Premier libéral Alexander De Croo ont été nommés « co-formateurs » du futur nouveau gouvernement fédéral par le Roi. Les deux hommes « ont accepté cette mission et feront rapport au Roi le 28 septembre ».

Oui mais voilà : le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avait explicitement fait savoir aux préformateurs que son parti n’était pas favorable à la désignation de Paul Magnette comme formateur ou co-formateur. Le libéral ne veut pas du socialiste au 16, rue de la Loi, ni même, donc, dans le rôle de co-formateur. Comment va-t-il dès lors réagir à la désignation de son adversaire politique ? Après analyse de la situation, le libéral a tweeté : « Pour faire taire les rumeurs en tout genre, le MR ne commente jamais les décisions du Palais. Nous sommes totalement concentrés à travailler sur le fond afin d’avoir un gouvernement de plein exercice pour le 1er octobre. Au travail ». Le MR reste donc bien à la table Vivaldi. Un négociateur de premier plan nous avait confié avant ce tweet : « On verra demain s’il est à la table ou pas. » Sinon ? « On continuera à six ou on rappellera le CDH… »

A leur sortie du Palais royal, les préformateurs ont brièvement commenté la fin de leur mission. « La confiance est rétablie. Un accord a été trouvé », se sont réjouis Egbert Lachaert et Conner Rousseau. « Avec beaucoup de respect entre les partenaires, on a pu s’accorder sur la santé ou encore le pouvoir d’achat », a ajouté le président du SP.A. « Les derniers jours ont été très difficiles », a admis son homologue de l’Open VLD. « Nous avons travaillé dur pour restaurer la confiance entre des partis d’idéologies différentes. Nous n’avons pas beaucoup dormi. »

Le travail de formation d’un nouveau gouvernement fédéral peut à présent commencer. Paul Magnette et Alexander De Croo sont attendus chez le Roi lundi prochain.

L’objectif est que le nouveau Premier ministre, vraisemblablement l’une de ces deux personnalités, prononce une déclaration à la Chambre le jeudi 1er octobre.

La Commission veut systématiser son modèle grec de gestion de l’asile

La présidente de la Commisison Ursula von der Leyen.
La présidente de la Commisison Ursula von der Leyen. - REUTERS.

La migration est un sujet complexe. Le vieux système de gestion ne fonctionne plus. » La présidente de la Commission Ursula von der Leyen n’y est pas allée par quatre chemins mercredi à l’issue de la réunion du Collège devant adopter la proposition de la Commission pour une réforme de la gestion de l’asile et de la migration au sein de l’Union européenne. Dossier ultrasensible sur lequel la précédente Commission s’est cassé les dents, à plusieurs reprises.

« Le nouveau paquet proposé par la Commission offre un nouveau départ. Beaucoup d’intérêts légitimes doivent être mis en balance », a souligné la présidente, faisant écho au communiqué qui précise : « La sécurité des personnes qui cherchent l’asile ou une vie meilleure, la crainte des pays aux frontières extérieures de l’UE qui s’inquiètent que la pression migratoire ne dépasse leurs capacités et qui ont besoin de solidarité. Ou l’inquiétude des autres pays membres, inquiets qu’en cas de non-respect des procédures leur propre système d’asile, d’intégration ou de retour ne soit plus en capacité de gérer les flux ». Fini les solutions ad hoc à chaque débarquement de bateau, l’UE doit « mettre en place un système de management prévisible et fiable ».

En voici les principaux aspects.

1

« Procédure frontière »

La commissaire Ylva Johansson l’a souligné : une des grandes difficultés actuelles tient aux trop longs délais de traitement des demandes d’asile. La Commission propose d’accélérer le traitement des demandes d’asile en systématisant la « procédure frontière ». Il s’agit d’opérer une sorte de pré-tri : après un premier screening (santé, sécurité, empreintes) auquel serait soumise tout personne entrant irrégulièrement sur le territoire européen – après un débarquement par exemple –, « certaines catégories » de demandeurs seraient soumises à un examen accéléré du dossier. Seraient concernées les personnes dont la nationalité a un taux d’acceptation jugé faible (moins de 20 %) et, dans le cas de la Grèce, si l’accord avec Ankara se poursuit, celles passées par la Turquie. Les profils ayant de forte chance de voir leur demande acceptée ainsi que toutes familles avec enfants et personnes fragiles seraient, elles, orientées vers la procédure classique du pays ou bénéficieraient d’une relocalisation.

La procédure accélérée déterminera si le demandeur doit être renvoyé vers un pays tiers sûr, obtenir l’asile ou être débouté. Une décision de retour devra être prise endéans 12 semaines. Ces procédures devraient être cogérées par les autorités locales et les agences européennes (EASO et Frontex). Il s’agit de soulager les administrations en écartant rapidement une partie des demandes non fondées, d’optimiser les retours en ayant les gens à disposition en détention et ainsi éviter les mouvements secondaires vers d’autres pays de l’UE.

Un système déjà d’application… dans les hotspots grecs, depuis lesquels les migrants doivent obtenir un laissez-passer pour être autorisés à rejoindre le continent. Et qui n’a jusqu’à présent guère fait la preuve de son efficacité : délais extrêmement longs avec effet entonnoir, conditions de vie extrêmement précaires, difficulté d’accès aux avocats et aux soins, peu de renvois effectifs vers la Turquie.

2

Solidarité à la carte

C’est LE point d’achoppement de ces dernières années. Le règlement Dublin, reconnu à peu près unanimement comme anachronique, a plombé les Etats du sud, désormais porte d’entrée de l’Union européenne, en leur imposant toute la charge de l’asile. Mais comment faire jouer la solidarité européenne après la séquence de 2015 – et ses relocalisations obligatoires – qui a durablement braqué toute une série d’Etats réfractaires ? La Commission propose un système de solidarité obligatoire (« La question n’est pas de savoir si les Etats doivent porter assistance mais comment », soulignait von der Leyen) mais à la carte, permettant aux Etats membres de choisir sous quelle forme ils souhaitent participer : via des relocalisations, l’organisation de rapatriements pour les personnes déboutées (« parrainage ») mais aussi, dans certains cas, via une contribution opérationnelle.

Reste à préciser comment la part due par chaque Etat sera pondérée. Le mécanisme de solidarité permanent pourra être activé dans trois types de situations : en cas de crise, lors d’un débarquement après une opération de recherche et sauvetage et dans le cas d’une pression particulière à la frontière.

3

Travailler avec les pays d’origine

C’est un des points faibles du système d’asile européen : les pays peinent à renvoyer les demandeurs d’asile déboutés, faute de coopération efficace avec les pays d’origine. L’accent devrait donc être mis sur la coopération avec les pays tiers en jouant notamment sur l’accès aux visas (comme carotte et bâton). Il s’agirait ainsi de développer des partenariats pour développer des canaux de migration régulière (via réinstallation et migration de travail), conditionnés à la reprise des ressortissants éloignés.

4

Mécanisme de contrôle

Un mécanisme de contrôle devrait permettre de vérifier que les Etats remplissent leurs obligations en termes de respect des droits humains. Des manquements graves notamment aux frontières croates (violences policières) ou grecque (refoulement) ont ainsi largement été documentés sans pour autant faire l’objet de contrôles ou de sanctions, les Etats étant censés s’autocontrôler… La tâche sera confiée au bureau européen d’asile, EASO, à Frontex et à l’agence des droits fondamentaux (FRA). Reste à savoir si un pouvoir de sanction y sera associé.

Il n’est pas clair si ce mécanisme – demandé par la gauche – sera strictement restreint à la question des droits humains ou s’il fera aussi office de « flicage » du respect des procédures (enregistrement…) par les Etats membres.

Epidémiologiste, infectiologue, virologue: qui fait quoi pour lutter contre le coronavirus?

Epidémiologiste, infectiologue, virologue: qui fait quoi pour lutter contre le coronavirus?

Depuis le mois de mars, ils peuplent les plateaux télévisés, s’expriment et décortiquent la crise sanitaire dans la presse. Mais ils œuvrent surtout au quotidien pour y mettre un terme. Ils sont épidémiologistes, infectiologues ou encore virologues, tous experts du Covid-19 chacun à sa manière.

Mais que cache leur spécialité ? Avant toute chose, une attention portée à des sujets différents. « Je résume souvent cela avec une formule que j’ai baptisée la règle des trois P », explique Emmanuel Bottieau, infectiologue à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. « L’épidémiologiste s’intéresse à la population, le virologue au pathogène et l’infectiologue au patient ».

En découlent des environnements de travail bien différents. L’épidémiologiste, par exemple, se cache souvent derrière un ordinateur à scruter des courbes et des chiffres. « Nous sommes médecins mais surtout statisticiens. Nous essayons de déterminer comment une maladie s’est déclarée et comment sa dynamique va évoluer. Nous nous basons pour cela sur des bases de données hospitalières, de santé ou encore de mortalité. A partir de ces chiffres, nous établissons des modèles épidémiologiques qui vont nous indiquer comment la maladie va évoluer dans le temps. En fonction de ces modèles, nous formulons des recommandations et des mesures dans l’intérêt de la population et pas uniquement d’un patient. Notre public cible, c’est la communauté », développe Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur en santé publique à l’ULB.

L’infectiologue, l’homme de terrain

L’épidémiologiste n’est donc pas en contact direct avec le patient, à l’inverse de l’infectiologue. « Nous faisons directement face au Covid-19 depuis le début de la crise sanitaire. En tant que cliniciens spécialistes des infections, notre rôle est de prendre en charge le patient malade et sa famille. Nous sommes face à des symptômes que nous devons décoder pour établir un diagnostic dans le but d’administrer un traitement à l’hôpital ou en ambulatoire. Alors que l’épidémiologiste pense en termes de population, l’infectiologue agit dans l’intérêt de son patient en tant qu’individualité », précise Emmanuel Bottieau.

Autre spécialité, autre réalité. Les virologues constituent sans doute les véritables spécialistes du virus à proprement parler. Leur terrain de jeu ? Les laboratoires. L’œil rivé sur leur microscope électronique, ils décortiquent les séquences génétiques du virus et étudient leur évolution en termes de mutation. Un ensemble d’informations primordiales en vue de la confection de vaccins.

Alors que l’épidémiologiste scrute les indicateurs de mortalité et de morbidité (NDLR : les formes cliniques de la maladie : asymptomatique, faible, importante) en vue de calculer le taux de reproduction de la maladie (le fameux RO), l’infectiologue, lui, garde un œil sur d’autres paramètres. « Nous prêtons attention au nombre de tests effectués, aux chiffres des nouvelles infections quotidiennes, mais aussi aux admissions particulièrement aux soins intensifs. Ce sont les indicateurs qui nous permettent d’estimer la charge de travail qui arrive pour y être préparés au mieux », affirme Emmanuel Bottieau.

Rien d’étonnant, donc, que les avis de ces experts semblent parfois former une cacophonie. L’un n’aurait pas davantage raison que l’autre, tous se focalisent sur leur réalité. « Par exemple, certaines mesures sont édictées et se justifient tout à fait d’un point de vue scientifique. Mais les infectiologues tirent la sonnette d’alarme en s’inquiétant qu’elles ne soient pas appliquées. Sur le terrain, ils se rendent davantage compte du problème d’adhésion de la population aux mesures établies », souligne Yves Coppieters.

A chaque maillon son importance

Si tous ne s’entendent pas toujours sur le sujet, la synergie entre ces métiers qui se mobilisent pour lutter contre le coronavirus est primordiale. Dans cette chaîne de professionnels spécialisés, chaque maillon a son importance. Au même titre que d’autres disciplines non médicales cette fois. Sociologues et psychologues sont par exemple essentiels pour comprendre et anticiper comment la population réagira aux mesures qui seront d’actualité jusqu’à ce que le Covid-19 nous laisse reprendre le cours de nos vies.

L’interdisciplinarité, le nouvel eldorado de l’enseignement?

Aborder certains thèmes avec les élèves nécessite souvent de faire appel à des connaissances dans plusieurs domaines. D’où l’importance d’une approche interdisciplinaire.
Aborder certains thèmes avec les élèves nécessite souvent de faire appel à des connaissances dans plusieurs domaines. D’où l’importance d’une approche interdisciplinaire. - AFP.

Depuis maintenant trois décennies, les réformes visant à amender l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) n’ont pas manqué : décret « école de la réussite » en 1995, décret missions en 1997, lutte contre le redoublement dans le premier degré, régulation des inscriptions à l’entrée du secondaire… Des réformes qui ne se sont pourtant pas toujours avérées des plus efficaces. Le Pacte pour un enseignement d’excellence pourrait-il changer la donne ? En cette année d’inauguration du nouveau tronc commun « polytechnique », trois chercheurs au Cripedis (Centre de recherche interdisciplinaire sur les pratiques enseignantes et les disciplines scolaires à l’UCLouvain) ont en tout cas souhaité apporter une réflexion sur l’interdisciplinarité en éducation dans le dixième numéro de la revue Sociétés en changement. Considérée comme un nouvel idéal, voire carrément une nouvelle doxa pour certains chercheurs et enseignants, l’interdisciplinarité devrait en effet s’implémenter davantage dans le nouveau tronc commun.

Mais l’interdisciplinarité, qu’est-ce donc au juste ? Face aux démarches voisines que sont la pluridisciplinarité et la transdisciplinarité, pas toujours facile de s’y retrouver. Pour Jean-Louis Dufays, professeur de didactique du français à l’UCLouvain, il s’agit avant tout d’un dispositif amenant des professeurs de branches différentes à collaborer autour de thématiques qui nécessitent l’ancrage de plusieurs disciplines. Et ce afin de porter un regard pluriel sur la complexité du monde. « Une question telle que la crise climatique, par exemple, justifie un éclairage à la fois biologique, géographique et historique », illustre-t-il.

Susciter l’intérêt des élèves

L’interdisciplinarité veut également amoindrir les frontières pour être en phase avec le processus neurologique de l’être humain. « L’enseignement maternel est décloisonné parce que les processus de préhension et de compréhension du monde le sont par essence », explique Véronique Lemaire, didacticienne des sciences des arts du spectacle. Il ne s’agit pourtant pas d’abolir les disciplines scolaires. « Cette approche suppose un solide ancrage disciplinaire et ne nécessite pas un renversement des pédagogies traditionnelles », insiste Jean-Louis Dufays. « Mais l’important est de pouvoir faire des liens entre les différentes matières. »

L’objectif étant in fine de permettre aux élèves de mobiliser les savoirs acquis autour d’un projet commun, comme la création d’un journal, d’une exposition ou encore la mise en œuvre d’une pièce de théâtre. Une façon de fédérer les élèves, mais aussi de susciter leur intérêt. « Le cloisonnement disciplinaire est problématique en ce qu’il n’est pas très enthousiasmant pour les étudiants », déplore Véronique Lemaire. Démotivation, perte de sens, échec scolaire. Une étude réalisée en 2006 pointait déjà le dysfonctionnement de nos systèmes éducatifs comme source signifiante de décrochage. A l’inverse de l’enseignement interdisciplinaire qui donne du sens aux savoirs et qui réintègre le plaisir d’apprendre. « Lorsque les apprentissages aboutissent à la réalisation d’un projet concret, les élèves peuvent constater que ce qu’ils ont appris est utile », souligne la didacticienne des arts du spectacle. Et puisque l’ennui et l’échec scolaire concernent davantage les élèves les plus défavorisés, l’interdisciplinarité trouverait également sa légitimité dans la lutte contre les inégalités.

Pesanteurs du système éducatif

Malgré les nombreux avantages que présente cette approche, le décloisonnement des disciplines peut exiger du temps supplémentaire en dehors des heures de cours. Pour que cette approche soit vertueuse, Jean-Louis Dufays insiste sur plusieurs conditions à réunir. « La première est liée à la direction. Si celle-ci est favorable, suscite la collaboration parmi les enseignants, les projets auront plus de chance d’aboutir. Et même si les directeurs ont peu de pouvoir sur la gestion du nombre total de périodes par professeur, ils peuvent attribuer des heures à des équipes qu’ils sentent dynamiques », signale-t-il. « La deuxième condition, c’est qu’il faut une petite équipe de trois/quatre enseignants autour d’un projet qui fera ensuite boule de neige. Enfin, il est essentiel que les enseignants se retrouvent à certains moments ensemble devant les élèves. Si chaque prof voit le thème de son côté, on reste dans une juxtaposition des différents savoirs. Cela ne va pas permettre aux élèves de comprendre que chaque matière est nécessaire à la compréhension d’un phénomène. »

Même si Jean-Louis Dufays et Véronique Lemaire rêvent d’un système éducatif où les projets interdisciplinaires ne seraient pas de simples expériences isolées, ils savent qu’il ne sera pas possible de tout révolutionner du jour au lendemain. « Il faut être réaliste, nous connaissons bien les contraintes du système éducatif. Par ailleurs, il y aura toujours des professeurs très attachés à l’ambition d’enseigner le plus grand nombre de savoirs disciplinaires possibles. Et il est vrai qu’avec l’interdisciplinarité, ils risquent de voir une moins grande quantité de matière », admet Jean-Louis Dufays. « Mais ce qu’on perd en quantité, on le gagne certainement en qualité. »

Carte blanche: «Signes convictionnels dans la fonction publique: il faut assurer la laïcité de l’Etat, l’impartialité du service public et la neutralité des agents»

Carte blanche: «Signes convictionnels dans la fonction publique: il faut assurer la laïcité de l’Etat, l’impartialité du service public et la neutralité des agents»

La question du port des signes distinctifs à connotation religieuse, politique ou philosophique a, comme souvent, inévitablement dérivé sur le port du voile. Dans un débat essentiel qui demande néanmoins d’être dépassionné, notamment sur les réseaux sociaux, le Centre d’Action Laïque tient à repréciser sa position, tant les caricatures dans un sens comme dans l’autre nuisent au débat.

Mais avant tout, un fait : en Belgique, le port du voile, comme des autres signes religieux, est actuellement autorisé partout. Cette autorisation ne connaît que deux limites, très circonstanciées : la fonction publique et partiellement les écoles.

Si l’arrêt de la Cour constitutionnelle relatif au règlement d’ordre intérieur de la Haute-Ecole Francisco Ferrer a cristallisé le débat cet été, ce dernier prend essentiellement corps ces derniers jours autour des différentes motions communales qui éclosent à Bruxelles, et dont l’objectif stipulé est la lutte contre les discriminations sur les lieux de travail communaux. Partisans et détracteurs ne cachent pas la réelle motivation de ces motions : ouvrir ce type d’emploi aux femmes portant le voile.

Eviter la juxtaposition d’identités

Pourtant, ce débat fait également et avant tout référence à un principe général, celui de la nécessaire neutralité d’un service rendu par les agents de l’Etat ou d’un service public. Cette neutralité des agents découle du principe d’impartialité de l’Etat, principe qui organise notre société – et donc notre démocratie – et qui a progressivement desserré l’étau confessionnel sur nos institutions et les individus. Il affirme et garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes dans le respect de l’ordre public démocratiquement défini.

En réalité, quelles que soient les convictions des un.es et des autres, il ne s’agit pas de se battre contre telle religion ou telle conviction, mais bien de favoriser la neutralité des agents de l’Etat dans toutes ses expressions. Il ne s’agit pas d’interdire telle pratique religieuse dans telle circonstance, mais avant tout de protéger un principe juridique et politique dans cette même circonstance. Il s’agit de laïcité : accepter que la neutralité des agents de l’Etat et du service public rendu ne puisse souffrir d’aucune exception, c’est assurer que la règle soit acceptée par tou.te.s dans un ensemble pluriel et non dans une organisation sociétale qui se contente de juxtaposer des identités.

Mettre de côté les symboles, distinctions et appartenances dans certains lieux ou situations, ce n’est évidemment pas la seule et unique garantie que le service rendu soit neutre. Tout le monde s’accorde sur ce point. Mais la neutralité d’apparence y contribue aussi et garantit l’égalité de traitement au nom d’une société dont le cadre est commun pour chacun.e.

Converger vers ce qui nous est commun

La défense des libertés individuelles est, pour le Centre d’Action Laïque, indissociable de son corollaire, à savoir le renforcement des mesures de lutte contre les discriminations et les inégalités sociales. Sans ce corollaire, aucune position universaliste n’est tenable. C’est à l’Etat qu’il appartient de garantir les droits et les libertés de chacun.e de façon impartiale – c’est la raison pour laquelle ce symbole de l’Etat qu’est la fonction publique ne peut que rester neutre. Dans une société où la parole xénophobe et raciste se libère, où le complotisme et l’antipolitique sont galvanisés, où la peur de l’autre et le détricotement du lien social se développent, converger vers ce qui nous est commun n’est ni un réflexe ni une chose aisée. Pourtant, bâtir (sur) ce qui nous unit est la seule méthode de « faire société », comme aimait le marteler l’ancien Secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros-Ghali à l’ONU.

Dans cette optique, le Centre d’Action Laïque entend faire valoir sa position dans l’écoute et le respect des convictions et avis de chacun.e. Il invite les responsables politiques à adopter une législation garantissant fermement la neutralité des agents plutôt que de laisser les communes régler cette question au cas par cas, au risque d’une multiplicité de décisions contradictoires.

De la même manière qu’il nous faudra rester unis face aux conséquences de la crise sanitaire que nous traversons, restons rassemblés autour de ce qui nous est commun. Pour y parvenir, il est plus que jamais essentiel d’assurer la laïcité de l’Etat, l’impartialité du service public et la neutralité des agents.

Scènes: comment la Flandre a pris une longueur d’avance avec la diversité

Le KVS à Bruxelles fait figure d'excellent élève en termes de diversité dans la programmation. Notamment avec Dear Winnie repris cette saison.
Le KVS à Bruxelles fait figure d'excellent élève en termes de diversité dans la programmation. Notamment avec "Dear Winnie" repris cette saison. - D.R.

Les amateurs le savent : les scènes francophones ne sont pas encore aussi représentatives de la société qu’on pourrait l’espérer. Un constat encore relevé récemment lors de la cérémonie des Prix Maeterlinck de la Critique : « Pour que les talents les plus divers soient visibles du public et du jury, c’est tout un système artistique qui doit se regarder dans les yeux et faire son examen de conscience, affirmait, lundi, Christian Jade, président de ces prix. Comme notre jury, il faut que les théâtres, les compagnies et les écoles d’art soient davantage ouverts. Il faut aussi que les politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles favorisent l’éclosion de ces talents. L’exemple de la Flandre est intéressant : une série de décrets, de 2004 à 2008, obligent les institutions et les compagnies à rendre des comptes annuels sur l’engagement à tous les niveaux, pas juste artistiques, de personnes issues des minorités. » La Flandre offre en effet des solutions concrètes, tangibles, qui vont dans le bon sens. Nous avons voulu identifier ces bonnes pratiques, afin de couper court aux dénégations du problème, au fatalisme et autres aveux d’impuissance.

Allouer des budgets spécifiques

Un simple coup d’œil à la programmation du KVS ou du Beursschouwburg suffit pour observer une large présence d’artistes issus de la diversité. Un autre regard, braqué sur les directions cette fois, permet de constater, là aussi, un accès plus évident à la tête des institutions flamandes : citons notamment Sidi Larbi Cherkaoui, directeur artistique du Ballet royal de Flandre, ou encore Melat Gebeyaw Nigussie, toute nouvelle directrice du Beursschouwburg. Quelques conversations avec de jeunes artistes issus des minorités et aujourd’hui propulsés sur les scènes permettent de comprendre que les incubateurs dont ils ont bénéficié sont essentiellement flamands : Piano Fabriek, Zinnema, Globe Aroma, etc.

Les plus grincheux diront que la culture flamande bénéficie, financièrement, d’un gâteau bien plus gros à partager que la culture francophone qui, à côté, fait figure de cupcake, mais, plutôt que de dresser une comparaison comptable de la situation, examinons les leviers qui facilitent cette diversité. Au Kaaitheater, par exemple, les nouvelles directrices Agnès Quackels et Barbara Van Lindt ont décidé de consacrer 20 % du budget artistique à des organisations qui n’ont pas accès d’habitude aux institutions. « C’est un engagement sur le long terme pour favoriser la multiplicité des voix dans les choix et les prises de décision, souligne Agnès Quackels. Nous contactons des associations pour leur demander : Qu’est-ce qu’il manque sur nos scènes ? Pour l’instant, c’est encore nous qui décidons qui participe mais, à long terme, l’idée est d’ouvrir les portes, de créer un appel d’air pour quiconque pense avoir des choses à partager avec nous. »

Donner carte blanche

Ne pas programmer de manière pyramidale, en invitant l’un ou l’autre artiste minorisé, mais plutôt donner les clés du lieu, donner carte blanche à des collectifs qui sont directement branchés sur toute une communauté, voilà l’autre pratique largement répandue chez les Flamands. « Le Kaaitheater devient une boîte à outils que nous mettons à leur disposition pour qu’ils fassent leur programmation », poursuit Agnès Quackels. Cette saison, le Kaai accueille notamment For all queens, qui travaille sur les communautés trans et noires. « Nous partons du principe qu’ils feront une sélection bien plus pertinente que nous pour leur communauté », précise Agnès Quackels. Même démarche horizontale au KVS qui collabore notamment avec Wipcoop ou Lézarts Urbains pour leur céder une partie de la programmation.

Faire un scan des institutions

Au Vooruit, à Gand, où l’on se veut aussi attentif à ouvrir, sans condition, les portes du lieu à tout un pan de l’activisme à l’œuvre dans les communautés non blanches comme Black speaks Back ou Leaving Living Dakota, Matthieu Goeury nous signale l’initiative sCan & Do, de PodiumKunsten : « Ils embauchent des gens de couleur qui, aux côtés d’artistes, font un scan de ta structure. Ils regardent qui est dans ton CA, dans ton staff, sur ta scène. Puis, ils te donnent une liste de choses à faire pour améliorer la diversité. C’est la preuve qu’il y a une vraie prise de conscience. »

Remettre en question un prisme blanc occidental

« Le colonialisme a laissé de profondes traces, parmi lesquelles l’universalisation et la priorisation des systèmes de savoir blancs occidentaux d’un côté, et l’anéantissement, l’invisibilisation et la silenciation des savoirs des territoires colonisés de l’autre, déplore Elisa Liepsch, programmatrice arts de la scène au Beursschouwburg. Nous nous sommes donc demandé comment continuer à produire et montrer des œuvres artistiques dans un tel contexte, marqué par les histoires coloniales et la violence systémique et persistante qui les caractérise. Gayatri Spivak, spécialiste des études postcoloniales, nous a répondu : “désapprenez radicalement les paramètres qui vous environnent, démantelez le canon européen et ses structures de pouvoir, mettez-vous à l’écoute des sans-voix et de leur savoir étouffé.”  » Une telle injonction ne peut se concrétiser que dans la durée, dans une démarche d’amélioration et d’attention continue. Mais cette prise de conscience n’est-elle pas la première étape nécessaire ?

FinCen Files: les partenaires douteux à qui ING Belgique a permis de transférer des millions

FinCen Files: les partenaires douteux à qui ING Belgique a permis de transférer des millions
Pierre-Yves Thienpont.

Welcom to Consett, une petite ville anglaise d’un peu plus de 25.000 habitants, située au sud de Newcastle, a priori sans histoire. Ou presque. Depuis le début des années 80 et la fermeture des aciéries, Consett galère. De nombreux riverains ont perdu leur emploi. C’est là que naît l’idée, dans la tête d’un habitant du coin, de créer une agence de domiciliation de sociétés. L’homme connaît un peu la mécanique des sociétés écrans, après avoir travaillé à l’île de Man au début des années 2000. Alors il se lance dans le business : pour quelques milliers de livres sterling, il offre la possibilité de créer une société pour le compte de n’importe qui. Il se charge de fournir une adresse (une boîte aux lettres à Consett bien sûr), de compléter toute la paperasse nécessaire, de publier les comptes annuels, et de nommer des hommes et femmes de paille pour prendre la direction et gérer le secrétariat des entités. Tout cela afin de camoufler l’identité réelle du bénéficiaire de la société. Sa petite affaire fonctionne pas mal, et attire une série de sites en ligne ravis d’obtenir si facilement une adresse au Royaume-Uni, qui leur donne un accès facile au marché européen (donc aux paiements intra-européens).

Poker en ligne, sites pornographiques, pop-up pour devenir « riche en quelques clics », voilà que toutes ces activités établissent leur base à Consett. Selon une enquête de Reuters, plus de 1.000 sociétés ont été créées par cet homme, et 400 habitants de la ville se sont retrouvés propulsés à la tête d’entreprises dont ils ignoraient tout. Leur seule mission étant de prêter le nom et de signer de temps en temps un papier officiel, contre quelques bienvenus billets.

Parmi ces sociétés : Medina Networks Limited. Tout le mystère qui l’entoure semble fortement interpeller les banques américaines, d’où sa présence dans les FinCEN Files. « La société est introuvable dans le domaine public et semble être une société écran. Plusieurs autres entités sont logées à la même adresse (à Consett, NDLR) », écrit une première banque dans une « déclaration d’activités suspectes » rédigée aux USA. Une autre stipule qu’il s’agirait d’une boîte « d’ingénieurs-conseils »… sans le moindre site internet. Au total, cinq institutions bancaires différentes enverront des notifications, au moins à 10 reprises, à leur instance de contrôle à propos de Medina. La société fait également l’objet en 2017 d’une enquête de l’organe chypriote en charge de la lutte contre le blanchiment. En étudiant les nombreux paiements auxquels cette fuite nous a donné accès, Medina semble clairement liée au secteur du porno en ligne.

Parmi ses administrateurs, une certaine Sianne Monaghan, l’une des habitantes de Consett qui a visiblement accepté de prêter son nom. Nous avons retrouvé la trace de cette femme, actuellement employée dans un hôtel, qui aime s’afficher avec ses trois enfants sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Des comptes en Bulgarie

L’autre élément qui inquiète les banques américaines, c’est que Medina a choisi de délocaliser ses comptes bancaires. Elle dispose d’un compte auprès de la FBME Bank à Chypre (qui a perdu sa licence bancaire en 2015 suite à plusieurs enquêtes aux États-Unis, motivées par ses liens avec la mafia russe et le Hezbollah). Et d’un autre compte chez TBI Bank EAD, basée à Sofia (Bulgarie). Une multiplication des juridictions qui est un signal d’alerte supplémentaire, dans la lutte contre le blanchiment. De plus, alors que les bilans annuels de Medina Networks laissent penser qu’elle est très peu active et sans réel revenu (pas plus de quelques milliers de livres), elle a transféré plus de 25 millions d’euros entre 2013 et 2014 depuis son compte bulgare. Souvent via des coupures anormalement rondes allant jusqu’à 950.000 dollars.

Et c’est là que ça se corse. Car une banque bulgare est incapable d’effectuer des paiements en dollars. La règle d’or est qu’une devise ne peut jamais quitter son pays d’origine. Pour opérer cette transaction, la banque bulgare doit donc se trouver une banque partenaire, dite « correspondante », basée aux USA, au sein de laquelle elle dispose d’un compte. Cette banque US pourra alors effectuer le versement pour le compte de sa cliente. Ce qu’on appelle, dans le jargon, le « correspondent banking ».

Sauf qu’ici, la banque bulgare n’a pas de partenaire américain. Pour avoir accès au dollar, elle va donc ajouter un intermédiaire supplémentaire dans la chaîne : ING Belgique. Qui dispose bien, elle, d’un allié américain (en l’occurrence Bank of America). TBI demande donc à sa correspondante ING Belgique de faire appel à sa correspondante américaine pour effectuer les versements ordonnés par Medina. Vous suivez ? Une sorte de double correspondance, ou de correspondance à la chaîne appelée « nesting », toujours dans le jargon bancaire.

Histoire d’ajouter un peu d’exotisme à l’exotisme, une partie de ces 25 millions est destinée au compte bancaire chypriote de Medina. L’autre grosse partie à la société Earthport PLC basée au… Belize, mais qui dispose d’un compte chez Barclays, au Royaume-Uni. Et quand on sait qu’Earthport est une société qui fournit des services de paiement transfrontalier, il ne fait aucun doute que ces millions ont dû poursuivre leur tour du monde, mais les FinCEN Files ne permettent pas de savoir dans quelle poche ils ont finalement atterri. Ni quel était le motif réel de ces transactions.

En résumé, on a donc une mystérieuse société écran britannique, liée au monde du porno, qui décide d’envoyer depuis son compte en Bulgarie plusieurs millions à destination du compte bancaire anglais d’une société logée aux Caraïbes. Et au milieu de tout cela : la banque ING Belgique, sans qui la transaction en dollars n’aurait pas pu être possible. On n’imagine pas tout ce qu’il peut se passer derrière un virement.

Devoir de vigilance accrue

Plusieurs banques américaines, déjà suspicieuses à l’égard de Medina, ont tellement peu d’informations sur les fonds qui passent devant leur nez qu’elles ont notifié ces transferts à l’organe américain anti-blanchiment. Et ING Belgique, dans tout ça ? La banque sert également d’intermédiaire. Elle n’est qu’un maillon de la chaîne, qui offre un service (rémunéré) à la banque bulgare. Mais ING Belgique n’a pas de vue sur le donneur d’ordre réel de l’opération (la personne qui détient Medina). Ni de vue sur le destinataire final. Ce que la législation anti-blanchiment lui impose, c’est de bien connaître son client, à savoir la banque bulgare.

ING doit faire preuve de « vigilance accrue » en s’assurant que sa cliente bulgare respecte bien les conditions initiales du partenariat conclu (comme l’impose une loi de 2010). Si ING perçoit une anomalie (une transaction étrange pour un client étrange, par exemple), elle est en droit de poser des questions, et d’obtenir toutes les réponses de son partenaire. Mais ces relations de correspondance fonctionnent avant tout sur la confiance et la bonne foi. Et quand l’un des partenaires ne joue pas le jeu, ce système de correspondance en série où les intermédiaires n’ont aucune vue complète sur les transactions qui s’opèrent peut vite devenir un milieu propice au blanchiment, et au financement du crime organisé. « Ces relations sont essentielles au développement économique mais sont également hautement risquées », confirme la Banque nationale de Belgique.

Or, selon nos confrères bulgares de l’ICIJ de Bivol.bg, TBI Bank n’a pas toujours fait preuve de « vigilance » à l’égard de ses propres clients. En 2014, l’établissement a été lié à un scandale de faux traders en ligne : l’argent de centaines de personnes arnaquées – on leur faisait miroiter de faux investissements lucratifs – arrivait sur des comptes de la banque bulgare. Chez TBI, on rétorque que « la banque a, ces cinq dernières années, changé de mains, d’équipe de direction et s’assure de déployer les plus hauts standards de sécurité autour des opérations suspectes ». La banque ajoute que les comptes qui ont pu poser problème par le passé ont été fermés, avec notification des transactions douteuses aux autorités de régulation locales.

ING Belgique, le mauvais élève belge

Cet exemple n’a pas été choisi au hasard. Parmi les 2.100 « déclarations d’activités suspectes » que l’on retrouve dans les FinCEN Files, c’est clairement la banque ING Belgique qui apparaît le plus souvent comme maillon de ces chaînes de correspondance, parmi les banques belges. 179 fois sur les 365 dossiers dans lequel apparaît le mot « Belgium ». Aucune autre banque du pays ne fait mieux. Et après que Le Soir et ses partenaires Knack et De Tijd ont analysé l’ensemble des documents, il apparaît également que les partenaires d’ING semblent bien plus sulfureux que ceux des autres banques belges. ING est la banque belge qui sert d’intermédiaire au plus grand nombre de transferts vers ou depuis des paradis fiscaux notoires, sur la période de la fuite (2011-2017).

Elle a offert son carnet d’adresses à la banque bulgare TBI, comme dans l’exemple précité, mais également à d’autres établissements à hauts risques. Le cas le plus célèbre est celui de la banque lituanienne Ukio Bankas, qui avait noué une relation de correspondance avec ING Belgique fin des années 2000. On retrouve une septantaine de ces versements dans le Leaks. Ce cas est connu : Ukio Bankas a blanchi 1,7 milliard d’euros issus de mystérieuses sociétés basées dans des îles exotiques par l’intermédiaire de la banque belge, au profit notamment d’un cartel colombien. Ce qui a mené à la faillite d’Ukio Bankas en 2013 et mis ING Belgique dans l’embarras, accusée d’avoir laissé passer pendant trop longtemps ces transactions sans broncher. Soit une absence coupable de vigilance.

Un partenariat à la Barbade

Mais l’affaire Ukio Bankas n’a apparemment pas brisé les envies de « correspondance à risque » d’ING. En 2013 et 2014, les FinCEN Files illustrent aussi que la banque belge a régulièrement offert ses services à Amicorp Bank Trust Ltd, basée à la Barbade. Cet établissement – qui n’a pas répondu à nos nombreuses sollicitations – se présente comme un acteur capable de faire de « l’optimisation fiscale très attractive » sur son site web. Il est également cité dans un récent scandale de fraude dans la presse indienne. Mais il apparaît qu’au moins jusqu’en 2016, Amicorp avait un accord avec ING Belgique pour avoir accès au dollar. Une société de paris en ligne, basée à Chypre mais disposant de comptes à la Barbade, a pu profiter de ce partenariat pour mener ses transactions, notifiées comme suspectes par l’une des banques de la chaîne craignant « des paris illégaux ». Autre exemple : une société des îles Vierges, dont on ne trouve aucune trace, a reçu plus de 4 millions de dollars sur son compte bancaire chez Amicorp Barbade. Un versement émis par une entreprise de Dubaï, qui se présente comme « spécialisée dans les vêtements et les accessoires ». Le tout rendu possible grâce au partenariat conclu entre Amicorp et ING Belgique.

Notons encore qu’une société canadienne considérée comme « organisation criminelle » par les États-Unis en 2016 a pu transférer quelques mois plus tôt 1,6 million de dollars, utilisant ici la route TBI – ING.

Si le « correspondent banking » est une activité parfaitement autorisée, le fait de multiplier les relations avec des banques basées dans des paradis fiscaux, ou qui ont des problèmes de réputation, rend l’activité nettement plus risquée. Si vous y ajoutez le fait que, dans les cas précités, la société émettrice ou bénéficiaire du versement opte toujours pour un compte bancaire dans un pays très éloigné du sien, cela fait beaucoup de signaux d’alerte au milieu desquels nage la banque belge.

FinCen Files: ING Belgique chouchoute toujours ses sulfureux oligarques via sa filiale suisse

Le magnat du pétrole kazakh Igor Bidilo, qui doit sa fortune à la commercialisation du pétrole russe extrait par la société étatique Bashneft, avec qui Bidilo a signé des contrats de plusieurs milliards. Les recettes pétrolières générées sont expédiées aux îles Vierges, puis circulent dans un labyrinthe de sociétés offshore faisant escale à Chypre. Une partie de cet argent est venue alimenter une société italienne, via laquelle Bidilo rachète tout ce qui se vend à Sienne.
Le magnat du pétrole kazakh Igor Bidilo, qui doit sa fortune à la commercialisation du pétrole russe extrait par la société étatique Bashneft, avec qui Bidilo a signé des contrats de plusieurs milliards. Les recettes pétrolières générées sont expédiées aux îles Vierges, puis circulent dans un labyrinthe de sociétés offshore faisant escale à Chypre. Une partie de cet argent est venue alimenter une société italienne, via laquelle Bidilo rachète tout ce qui se vend à Sienne. - D.R.

Ce n’est pas la première fois que le nom d’ING Belgique revient avec insistance dans une fuite massive de documents du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ). En juin 2018, dans un second volet des Panama Papers,Le Soir et ses partenaires belges de Knack et du Tijd révélaient les activités troubles de la banque belge. Ou plus précisément de sa succursale basée à Genève, baptisée sobrement « ING Belgique, Bruxelles, succursale de Genève ». Selon le dernier bilan annuel, cette succursale emploie 278 personnes, génère un chiffre d’affaires de 234 millions d’euros et compte 1.300 clients d’affaires. En juin dernier, elle a été rapatriée sous pavillon néerlandais, au sein de la maison mère. Elle ne dépend désormais plus d’ING Belgique, qui en avait la responsabilité juridique jusqu’au transfert (une succursale n’ayant pas de personnalité juridique).

Pour rappel, il apparaissait dans les épisodes précédents que cette entité suisse hébergeait encore en 2017 les comptes de sociétés basées dans des paradis fiscaux, aux îles Vierges ou au Panama (contrairement à ce qu’avaient affirmé certains dirigeants d’ING). Et derrière ces écrans, on retrouvait quasi systématiquement de puissants oligarques russophones ou russophiles, dont certains soupçonnés de blanchiment.

L’homme qui rachète Sienne

Les FinCEN Files viennent apporter de nouveaux éléments qui confortent les révélations de l’époque. La « Geneva branch », comme on dit en anglais, semble toujours raffoler des oligarques. Il ressort de cette nouvelle fuite qu’ING Genève abrite par exemple les comptes bancaires des sociétés offshore Portland Consult Services Ltd et Somitekno Ltd, toutes deux logées aux îles Vierges britanniques. Derrière ces paravents, on retrouve le magnat du pétrole kazakh Igor Bidilo, qui doit sa fortune à la commercialisation du pétrole russe extrait par la société étatique Bashneft, avec qui Bidilo a signé des contrats de plusieurs milliards.

Le magnat du pétrole kazakh Igor Bidilo.

Les recettes pétrolières générées sont expédiées aux îles Vierges, puis circulent dans un labyrinthe de sociétés offshore faisant escale à Chypre. Une partie de cet argent est venue alimenter une société italienne, via laquelle Bidilo rachète tout ce qui se vend à Sienne. Bars, restos, glaciers, l’homme a mis la main sur plus d’une dizaine de propriétés autour de la célèbre Piazza del Campo.

Une enquête est ouverte en Italie sur certains transferts venus des îles Vierges, notamment pour soupçons de blanchiment. Une commission rogatoire internationale a été envoyée aux autorités suisses afin d’obtenir la levée du secret bancaire sur les comptes suisses des sociétés offshore d’Igor Bidilo. Ce que la justice suisse a approuvé en juillet dernier, malgré les contestations du Kazakh, comme révélé par le site spécialisé Gotham City.

Igor Bidilo a également fait l’objet d’une notification auprès du FinCEN par une banque américaine. En novembre 2016, 47 transactions pour un total de plus de 275 millions de dollars ont transité par sa société offshore Somitekno, dont 9 via son compte ING à Genève. Des transferts jugés suspects car « bon nombre de paiements ont été envoyés consécutivement par l’intermédiaire de plusieurs banques et juridictions », souvent avec « de gros montants arrondis ». La banque américaine qui tire la sonnette d’alarme ne semble d’ailleurs même pas savoir qu’Igor Bidilo se cache en vérité derrière Somitekno. Contacté, l’avocat suisse d’Igor Bidilo nous a fait savoir que son client « n’entendait pas faire de commentaire ».

Le plus riche d’Ukraine

On pourrait poursuivre ici la liste et faire du « name dropping » de charmants oligarques. Mais ça deviendrait vite répétitif. Il y a pourtant bien d’autres cas liés à ING Genève, dans les FinCEN Files. On y découvre par exemple qu’ING Genève a hébergé le compte d’une société panaméenne, active dans le pétrole, qui a reçu 4 millions de dollars en 2013 d’un oligarque ukrainien inculpé aux USA pour racket et blanchiment. Ou encore que la banque offre ses services à une société chypriote détenue par un ingénieur ouzbek, épinglée précédemment dans l’affaire de corruption Swedbank. Ou qu’un autre richissime oligarque, ukrainien cette fois, a logé un compte de l’une de ses (multiples) sociétés auprès d’ING Genève. Or, la banque Barclays, qui sert d’intermédiaire dans les transferts effectués par cette société, a qualifié différentes transactions de suspectes. Car le client d’ING serait « soupçonné de blanchiment, de fraude fiscale et de lien avec le crime organisé », même si l’homme ne semble jamais avoir été condamné. Certains versements opérés depuis le compte ING filent droit vers les îles Vierges, au bénéfice d’une société intraçable sur le net, et dont l’activité et les actionnaires sont introuvables. En 2015, ces éléments pousseront d’ailleurs Barclays à actionner un filtre pour rejeter systématiquement les transactions liées à cet individu, peut-on lire dans un document des FinCEN Files.

ING Genève en a-t-elle fait autant ? La banque refuse de commenter ce cas individuel. « Genève est l’un des centres mondiaux du commerce de matières premières. La succursale d’ING s’y consacre également. En raison de la nature internationale des entreprises qui y sont basées, nous constatons que les clients utilisent généralement plusieurs banques dans différents pays. En outre, nous avons pour politique de ne faire aucune déclaration sur les clients individuels, les transactions ou les interactions avec les régulateurs », répond la porte-parole.

Conseil national de sécurité: vers davantage de clarté afin d’apprendre à vivre avec le virus

Les experts plaident pour que Sophie Wilmès insiste plus que jamais dans son discours sur la responsabilité individuelle pour endiguer l’épidémie.
Les experts plaident pour que Sophie Wilmès insiste plus que jamais dans son discours sur la responsabilité individuelle pour endiguer l’épidémie. - Belga.

Expliquer, responsabiliser, harmoniser. Bref, rendre les mesures sanitaires à la fois plus cohérentes et plus proportionnées pour retrouver l’adhésion de la population avec qui il s’agira de nouer un pacte : voilà l’objectif principal du CNS de ce mercredi.

La tâche s’annonçait ardue. Un mois après leur dernière réunion officielle, les ministres fédéraux et représentants des Régions se sont réunis mardi en soirée, autour de Sophie Wilmès. A partir du rapport du Celeval (le nouvel organe composé d’experts de différents horizons) – que certains jugeaient un peu décevant –, ils devaient déterminer les grandes orientations vis-à-vis de la gestion de l’épidémie de coronavirus en Belgique. Les derniers détails devront être fignolés mercredi dans la matinée, avant la traditionnelle conférence de presse.

À l’heure d’écrire ces lignes, on n’y voyait pas encore clair sur plusieurs dossiers « chauds » comme l’avenir de la fameuse « bulle » de contact. Une chose est sûre, elle va évoluer. Comme la durée de la quarantaine. Là, par contre, il y aurait déjà un accord politique pour la réduire et surtout limiter à un test (et plus deux) pour les asymptomatiques, afin de diminuer la pression sur les centres de tri, les labos et les médecins qui sont déjà à bout alors que l’hiver n’a pas encore pointé le bout de son nez.

Revoir la communication

En plus de la multiplication par deux de la capacité du nombre des tests (entre 70.000 et 90.000) ainsi que le lancement d’une application de tracing (la semaine prochaine si tout va bien), les autorités ont prévu de revoir leur communication. Absolument nécessaire à en croire l’ancien porte-parole interfédéral, Emmanuel André : « La population attend des clarifications après des semaines où la communication a été inexistante. On doit expliquer, faire un guide des contacts sociaux ou de la quarantaine par exemple. On doit aussi réinsister sur quand les gestes barrières sont importants. » Pour l’épidémiologiste de la KUL, plus que des nouvelles mesures, « il faut surtout remotiver les gens ».

Justement, les experts plaident pour que Sophie Wilmès insiste plus que jamais dans son discours sur la responsabilité individuelle pour endiguer l’épidémie. Il faut donc s’attendre à quelques maigres carottes (fin de la bulle si la situation le permet, réduction de la quarantaine) mais à ce que le bâton ne soit jamais très loin. Celui qui ne porte pas son masque ou ne reste pas chez lui quand on lui dit de le faire risquera toujours une amende salée.

Pas de grand relâchement

C’est que le grand relâchement dont rêvent beaucoup de Belges paraît difficilement compatible avec la situation toujours jugée alarmante d’un point de vue épidémiologique. Les dernières données disponibles montre que l’escalade des chiffres continue. Un exemple : le taux de positivité des quelque 35.000 tests effectués quotidiennement est passé de 3,3 % dimanche à 3,7 % lundi. Toutes les provinces du pays sont touchées mais la hausse des contaminations n’est pas homogène. L’indice est bien plus bas est dans le Limbourg (1,7 %) qu’à Bruxelles-Capitale (7,9 % de tests positifs). Ces variations locales justifieraient, selon certains experts, de proposer des mesures différentes d’une province à l’autre. Se pose alors directement la question de la ville-Région qu’est Bruxelles. Qui décide de quoi et quand ? Sur base de quels critères ? De longs débat sur les aspects pratiques de ce « code couleurs provincial » étaient à prévoir. Il n’est pas sûr que cette proposition passe la rampe des discussions du CNS…

C’est donc une « coach Sophie » qu’on espère voir à la télévision ce mercredi. Elle devra trouver les mots pour tous les publics. On pense aux jeunes. Avec la rentrée scolaire, les contaminations au sein des groupes 10-19 ans et 20-29 ans atteignent des sommets. La répercussion se fait déjà sentir sur le reste de la population, avec une hausse de la représentation des 60 ans et plus, qu’on sait plus susceptibles de développer une forme grave de la maladie. Les hospitalisations suivent d’ailleurs cette courbe ascendante. Samedi dernier, on dépassait pour la première fois depuis la fin mai le chiffre des 50 nouvelles admissions en une seule journée dans les hôpitaux. Sur ce critère, Bruxelles reste en tête, suivie d’Anvers, du Hainaut et de Liège. Notons que les décès, eux, restent actuellement stables, entre deux et trois par jour en moyenne.

Négociations fédérales: le jeu des familles (du divorce, plutôt)

Septembre 2020, remake du «
pas avec le MR
», avec Georges-Louis Bouchez dans le rôle du «
mouton noir
».
Septembre 2020, remake du « pas avec le MR », avec Georges-Louis Bouchez dans le rôle du « mouton noir ». - Photo News.

La politique belge est magnifique. Comme partout, elle est traversée d’un classique clivage gauche-droite. Y survit aussi le vieil affrontement chrétien-laïc. Apparaît désormais l’opposition conservateur-progressiste. Sans oublier le conflit démocrate-populiste/extrémiste. Et elle entretient jalousement sa grande spécificité : la division nord-sud. « Le » label belgo-belge.

Dans ce contexte, un divertissement fait fureur depuis quelques mois, dans l’interminable tragi-comédie des négociations fédérales : le jeu des familles. Ou plutôt : le jeu de la séparation des familles. Du divorce, en somme.

Le pitch ? Dans la famille UneTelle, je (ne) demande (que) sa branche flamande (ça marche aussi avec la branche francophone). Un petit jeu qui a « égayé » bien des tentatives de coalition depuis fin 2019, et concerné toutes les couleurs politiques.

Démonstration (sans doute non exhaustive).

Décembre 2019. Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR) sont à la manœuvre. Testant plusieurs options, dont la coalition miroir, qui associerait au fédéral les partis impliqués dans les gouvernements wallon et flamand. Par deux fois, le patron des démocrates chrétiens flamands demande à Ecolo : « Vous monteriez bien au gouvernement sans Groen ? » Ben non.

Juin 2020. La formule « Arizona » fait son apparition. Avec la N-VA, sans le PS. Le trio Bouchez (MR)-Coens-Lachaert (Open VLD) invite le SP.A à la rejoindre. « Vous viendriez bien sans le PS ? ». C’est oui. Mais les socialistes flamands ambitionnent de convaincre leurs frères francophones de venir aussi. En vain.

Juillet 2020. Paul Magnette et Bart De Wever tentent l’impossible : rassembler leurs formations antagonistes. Ils y sont presque : cinq partis acceptent (PS, SP.A, CD&V, CDH, N-VA). Et le président nationaliste n’en veut plus qu’un pour compléter l’attelage et disposer ainsi d’une majorité parlementaire. « Vous lâcheriez bien le MR pour nous rejoindre ? », insiste-t-il auprès de l’Open VLD. Enfin, lui l’énonce à sa manière, brutale : « Plus personne ne veut du MR au gouvernement ! » C’est non quand même. Et séparer les verts ? C’est toujours non.

Août 2020. Egbert Lachaert est à la barre. Pour réessayer une Vivaldi. Rouges, bleus, verts et orange sont conviés à la table. Enfin, pas tous les orange : « On se passerait bien du CDH », explique-t-on au CD&V. C’est (finalement) oui : après avoir demandé à être reçu avec son frère centriste francophone, le CD&V y va seul.

Septembre 2020. Remake du « pas avec le MR ». Dans le rôle du lanceur d’exclusive envers Georges-Louis Bouchez cette fois : le SP.A. « C’est sans le MR ou c’est fini ! », tonne le bureau du parti socialiste flamand. Avec ce message implicite à l’Open VLD : « Vous resterez bien dans la Vivaldi sans le MR ? » A ce stade, c’est toujours le même non qu’en juillet.

Très familiales, n’est-ce pas, ces négociations gouvernementales ?

Santé en Lutte: itinéraire d’un déploiement policier qui fait mal

Santé en Lutte: itinéraire d’un déploiement policier qui fait mal
Nicolas Maeterlinck

Enquête

En revendiquant 7.000 participants (4.000 selon la police) dimanche 13 septembre à sa Grande Manifestation de la Santé, le collectif La Santé en Lutte a réussi le pari de rassembler à gauche autour de son enjeu. L’événement fut couvert par la plupart des médias, qui évoqueront une fin de manifestation un peu tendue, avec 35 arrestations (32 administratives, 3 judiciaires) citées par la police.

Peu après la fin de l’événement, les organisateurs dénonceront la répression dont la manifestation a fait l’objet. Pendant une semaine, les témoignages se multiplient en ligne, remettant en cause la stratégie appliquée par les forces de la zone Bruxelles-Ixelles (Polbru) et évoquant pêle-mêle arrestations arbitraires, encerclement de manifestants pacifiques et recours démesurés à la force. Alors que d’une part, la police communique sur des départs de manifestations sauvages, de l’autre, manifestants et organisateurs dénoncent provocations et violences policières à l’égard de personnes qui cherchaient à quitter les lieux. Sur base d’une douzaine de témoignages (dont nous avons systématiquement recontacté les auteurs lorsqu’ils étaient écrits), nous avons tenté de reconstituer le déroulé des faits.

« On ne pouvait pas autoriser »

Dimanche 13 septembre, les manifestants convergent à 13h sur le Mont des Arts, comme cela a été négocié avec les autorités locales. L’événement, précise-t-on, est né dans la douleur : l’autorisation pour un cortège, réclamée depuis plusieurs mois par La Santé en Lutte, est d’abord refusée. « On a alors l’impression que la seule chose qui reste confinée, c’est la liberté d’expression. On peut être 10.000 à Walibi mais on ne peut manifester en respectant les distanciations physiques, » déplore Karim Brikci, organisateur. Daniel Van de Calck, officier à la direction des opérations de Polbru, réfute toute mauvaise foi. « Ce n’est pas que nous ne voulions pas, mais on ne pouvait pas laisser les gens marcher au regard de l’arrêté ministériel en vigueur, » explique celui qui est souvent qualifié de « monsieur manif » sur la zone. Une lecture de l’arrêté du 22 août 2020 lui donne raison. Malgré tout, un accord est trouvé avec le bourgmestre Philippe Close (PS) sur le principe d’un rassemblement statique en plusieurs blocs de 400 personnes qui se déploieront le long du périmètre autorisé. L’autorisation court jusque 16h « au plus tard ».

Sur l’Albertine, ça n’empêche pas l’ambiance d’être bonne et les slogans d’être revendicatifs. Vers 15h35, alors qu’une grosse partie des manifestants sont déjà rentrés chez eux et qu’il ne reste que quelques centaines de personnes sur les lieux, la police envahira pourtant la place et le Mont des Arts avec des hommes en armures, soutenus par une autopompe et une équipe d’interpellation en civil, matraque au poing. Selon la technique de la nasse (appelée « confinement » à Polbru), les manifestants sont séparés en groupes et encerclés de cordons policiers. « À ce moment -là, des discours ont encore lieu sur le podium, » s’offusque Karim Brikci, qui soutient que la police a chargé une fin de manifestation pacifique. « Depuis le matin j’étais en dialogue permanent avec la police. Et tout d’un coup, on ne me prévient plus. »

Pourquoi la police agit-elle de la sorte ? Celle-ci évoque une réaction à une tentative de manifestation sauvage à la marge du rassemblement, repoussée vers la rue du Quesnoy. Des images filmées ce jour-là attestent il est vrai de tensions en contrebas avec un groupe de manifestants aux alentours de 15h10, puis d’une prise à partie par un petit groupe de gens «  du côté du Carrefour de l’Europe, à 15h23, » comme le décrit Daniel Van Calck en citant le rapport de police. Évoquant une « cinquantaine d’éléments radicaux » présents dans la zone, ce dernier dénonce un manque d’effort de la part de l’organisation pour prévenir ces actes.

Pour les personnes encerclées au Mont des Arts, qui sont alors nombreuses à être restées boire un verre ou pique-niquer, ce « coup de filet » général n’en demeure pas moins incompréhensible. « Une personne de notre groupe essaie de traverser et y arrive. Elle avait un t-shirt signalant “service de santé”  » explique Merlin, présent sur place. « Nous aussi on en avait un, on a fait la même chose mais au moment où je franchis le barrage, j’entends les instructions parmi les cordons :“ On laisse passer le personnel de santé et on garde les gauchistes”  ». Images rapportées et témoignages confirment qu’à ce moment se retrouvent, prises en étau, de nombreuses personnes sans intention d’en découdre. «  Pour avoir déjà fait des manifestations, on ne voulait pas se retrouver dans cette situation, » pointe Anna, enseignante, venue avec deux amies et son bébé qu’elle porte en écharpe. « On ne pouvait plus que remonter le Mont des Arts. On arrive donc place Royale pour aller vers Parc, et là, barricades. On ne pouvait donc avoir accès ni au métro ni au parc pour rentrer. On essaie rue de Namur et là encore, on ne peut pas passer. » Même avec un bébé.

À bout portant

Comme elle, plusieurs dizaines de personnes convergent par petits groupes en direction de la place Poelaert via la rue de la Régence, dernière issue possible pour sortir du dispositif. Entre-temps, une partie du contingent policier s’est redéployée sur l’axe, lâchant du lest au Mont des Arts. Alors que le contexte reste nettement plus apaisé qu’en bas, c’est à ce moment qu’Anna dit avoir été témoin, en face des Beaux-Arts, du contrôle d’identité de deux hommes « dans la vingtaine », puis du gazage à bout portant de l’un d’entre eux par le commissaire Vandersmissen, chef du maintien de l’ordre ce jour-là. Plusieurs témoignages recouperont celui-ci et évoqueront le fait que l’interpellé était passif. C’est ce qu’assure Antonin*, qui a essuyé ce jet de poivre avant d’être arrêté administrativement. « C’est la première fois que je me fais arrêter » nous dit-il. Le jeune homme, qui explique avoir été contrôlé tandis qu’il cherchait simplement à rejoindre sa voiture, explique être encore lourdement traumatisé par ce qu’il a subi. « Ça brûle très fort. Je tourne la tête puis me plie en deux mais je reste calme. Au bout d’un temps, quand je recommence à voir, la scène a complètement changé : il y a des policiers qui crient et s’agitent partout. »

La scène choquera de nombreux passants et fera effectivement monter la tension d’un cran. « Des observateurs de la scène se sont dirigés vers le commissaire, indignés mais pas agressifs, » poursuit Benoît, un manifestant assurant qu’il était lui aussi sur le départ. Parmi les autres observateurs, Loïc. Le jeune homme explique avoir quitté la manifestation une dizaine de minutes plus tôt pour prendre son vélo en haut du Mont des Arts. Il se retrouve alors dans ce qu’il appelle un «  piège à rats ». Il dit avoir laissé son engin au sol pour s’approcher de la personne gazée et tenter de lui donner de quoi se rincer les yeux. « En revenant, je suis tombé sur un agent en civil qui plaquait quelqu’un au mur. Je lui ai demandé d’arrêter. L’agent s’est retourné vers moi, matraque à la main. J’ai essayé de partir et c’est le moment où je me suis fait plaquer au sol. » Le plaquage est arrosé d’une dose de spray irritant. Une partie de séquence, filmée par LN24, en témoigne. « Quelqu’un me met un genou sur les côtes et me crie de me mettre sur le ventre. J’ai crié plusieurs fois que je n’y arrivais pas, que j’avais du mal à respirer. »

« Ne regarde pas »

Pendant ce temps, le déploiement policier venu du Mont des Arts crée un nouveau cordon à proximité du Sablon, bloquant pour de bon l’accès vers Poelaert. Quelques parents accompagnés d’enfants, comme Anna, parviennent à se frayer un chemin. Parmi les passants, une vingtaine de personnes, dont Benoît, sont par contre encerclées en bordure du Jardin des Sculptures, pour être pour la plupart embarquées ensuite. Il est environ 15h55.

Plusieurs témoins expliqueront avoir vu alors « une fille en robe » recevoir des coups. Il s’agit de Kali, enseignante. Au Soir, celle-ci explique avoir voulu rentrer tôt avec son compagnon, Raphaël, pour préparer son cours du lendemain. Après avoir attendu en vain le tram 92, ils circulent vers le petit Sablon, d’où ils voient débouler plusieurs véhicules de police. Le couple se retrouve soudainement face à un barrage qui prend forme devant eux, et qu’ils parviennent à traverser. Il est ensuite pris en étau entre cette ligne et une seconde rangée de policiers qui se crée quelques dizaines de mètres plus loin, et assiste alors à l’interpellation de Loïc. « On est choqué. On voit aussi d’autres gens en train d’attendre le tram se faire compresser dans un coin » dit Kali. « Je demande de pouvoir passer. On me dit de parler à quelqu’un qui a du rouge sur son casque. Je vois ça comme une ouverture, je cherche cette personne, je ne la trouve pas, je redemande. Là, tout à coup, un bouclier me pousse et un policier en civil me tombe dessus, me dit de circuler. Je dis que ce n’est pas possible, que c’est fermé. Il me pousse à deux mains. » Là, une équipe en civil surgit du cordon. Kali est « étranglée en l’air », selon Raphaël, et « secouée » selon un autre témoin. Dans un second temps, elle sera immobilisée au sol avec une clé d’étranglement, puis maintenue genou sur le dos, comme en attestent encore des images de LN24. Raphaël est également plaqué au sol après avoir tenté de s’approcher, « pour calmer le jeu », dit-il. « Je me fais balayer d’un coup de pied dans le tibia. » Près d’une dizaine de témoignages nous décrivent une scène très dure. Toujours immobilisé près du Jardin des Sculptures, Benoît dit avoir été forcé d’en détourner les yeux. « On nous a dit de ne pas regarder. Quand j’ai réessayé de le faire, un policier a sorti sa matraque, l’a tapée sur le sol. »

Le couple et Loïc sont arrêtés judiciairement, ils devront répondre de « rébellion ». Kali reçoit un arrêt de dix jours, Loïc de deux jours. Elle dit encore boiter, lui se plaint d’une douleur au thorax. Tous trois dénoncent, outre des coups, le fait d’avoir été réprimés pour avoir usé de leur droit de manifester.

« Pas le profil »

Daniel van Calck ne voit pas de quoi s’émouvoir. «  D’après tous les films que j’ai pu voir, il n’y a aucun usage abusif de la force » dit-il. « J’ai écrit un rapport au bourgmestre pour dire qu’il n’y avait pas de dégâts, au regard du risque de la manifestation, et pas de blessés. Pas chez les policiers et à ma connaissance, pas chez les manifestants. » Plusieurs témoins, outre les cas susmentionnés, nous feront pourtant part de leurs blessures, photos à l’appui. « J’ai reçu de gros coups de boucliers sur mon côté gauche » pointe Pauline, kinésithérapeute interpellée devant le Jardin des Sculptures. « Aujourd’hui, j’ai un hématome sur le bras et j’ai eu, pendant 3 ou 4 jours, de grosses douleurs au côté gauche. » Édouard, commercial pour une société pharmaceutique, est lui aussi aligné là. Il dit avoir reçu un coup de matraque dans la cuisse, qui lui vaut un sérieux hématome, constaté par médecin. Peu habitué des manifestations, il est en état de choc. Il assure avoir pu quitter les lieux après que le commissaire a déduit que lui et sa femme «  n’avaient pas le profil »

Édouard assure que cet hématome est le fruit d’un coup de matraque reçu alors qu’il était « confiné par la police ».

Reste à comprendre pourquoi la police a considéré que la situation nécessitait un tel déploiement de force. Daniel Van Calck soutient que l’opération de la rue de la Régence ciblait des éléments tracés depuis le Mont des Arts, qui auraient tenté de relancer un cortège. « À un moment donné une trentaine de personnes jouaient au chat et à la souris. On les a confinés plus haut pour les arrêter » assure-t-il. «  J’ai neuf noms de gilets Jaunes connus parmi la liste des personnes interpellées et 7 personnes d’autres groupes que l’on reconnaît. »

Ces explications sont battues en brèche par de multiples témoignages affirmant qu’une grande partie des personnes confinées puis arrêtées sur ce tronçon cherchaient bien à rentrer chez elles dans le calme. « Deux touristes ont même été interpellés, bien qu’on les ait laissés partir après un moment, » note Benoît. « Parmi le groupe de personnes arrêtées, nous étions visiblement nombreux à quitter les lieux pour aller au cinéma ou au restaurant » ajoute Aurélien Berthier, rédacteur en chef du trimestriel Agir par la Culture, pris lui aussi dans le cordon, menotté et arrêté. Aujourd’hui, il cherche encore à connaître les raisons de son arrestation et s’interroge sur ce qu’elle dit de la liberté de manifester. Enfin, des mineurs sont eux aussi pris dans le filet. Isabelle, mère de Nils – arrêté administrativement avec deux amis –, dit ne pas avoir été informée par la police de la détention provisoire de son enfant, mais par un SMS de celui-ci. « Il a été emmené au commissariat où il est resté trois heures. Il n’a signé aucun document, n’a reçu aucun PV, nous n’avons pas été prévenus. » Le Délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos, mis au courant du témoignage, l’a jugé assez sérieux pour réclamer par courrier des explications au bourgmestre de Bruxelles.

À 16h15, la police peut tweeter que la circulation est rétablie près de la gare Centrale. Mais pour les manifestants et les organisateurs, cela aurait pu tout aussi bien être le cas sans matraques. D’après Aurélien Berthier, une dizaine de personnes arrêtées à la Régence vont, comme lui, déposer plainte auprès du Comité P. Une interpellation citoyenne auprès de la Ville de Bruxelles est également sur les rails. Au cabinet Close, la surprise est de mise à l’aune des témoignages exposés. «  On fait toujours en sorte qu’avant la dislocation il y ait un avertissement. Si les gens ne répondent pas à ces injonctions et ne quittent pas les lieux, ils peuvent être arrêtés, » résume Wafaa Hammich, sa porte-parole. « Mais le bilan, quand il y a des arrestations, n’est jamais positif ». Nous avons également demandé d’obtenir des explications du commissaire Vandersmissen sur des faits décrits plus haut. Sa hiérarchie a préféré que nous en restions là.

*Nom d’emprunt

Négociations fédérales: voici les contours de l’accord Vivaldi, chaque couleur revendique sa part

Les préformateurs Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A) ont obtenu l’accord des partis de la Vivaldi sur une note dessinant les contours du futur programme gouvernemental. Ils la présentent au Roi ce soir.
Les préformateurs Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A) ont obtenu l’accord des partis de la Vivaldi sur une note dessinant les contours du futur programme gouvernemental. Ils la présentent au Roi ce soir. - Photo News.

Les préformateurs Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A) ont donc obtenu l’accord des partis de la Vivaldi sur une note dessinant les contours du futur programme gouvernemental de cette coalition rouge, bleue, verte, orange. Du moins ont-ils tranché d’importants nœuds, certains sujets devant encore être affinés. Chaque parti a ainsi engrangé des trophées et renoncé à d’autres, comme toujours.

Voici une première ébauche de ce compromis.

Les socialistes ont obtenu, avec le CD&V et les écologistes, la pension à 1.500 euros, la revalorisation des prestations sociales les plus basses et une taxe digitale sur les géants du net (taxe digitale qui sera appliquée en Belgique même si l’Europe ne s’accorde pas en la matière). Le PS parle d’un « financement des soins de santé le plus important depuis la création de la sécurité sociale », l’équilibre de la Sécu étant garanti sans limite dans le temps. Les rouges ont également défendu et décroché des mesures Corona pour faire redémarrer l’économie, ainsi que la fin des opérations de régularisation fiscale et l’accentuation de la lutte contre la fraude fiscale.

Le PS évoque encore le fait que la réforme de la loi sur l’IVG sera l’objet de débats en commission du Parlement, après avis de scientifiques ; il faudra ensuite un consensus entre les partis de la majorité. Il est encore question d’une « contribution spéciale pour les citoyens aux épaules les plus larges », ou « contribution sur les gros patrimoines », et d’un taux d’imposition minimum pour les sociétés multinationales. Enfin, précisent les socialistes, le plan d’investissement et les mesures de relance en 2021 et 2022 seront conçus hors budget au sens strict.

Les libéraux, eux, disent avoir engrangé l’absence de nouveaux impôts et notamment le fait qu’il n’y ait pas d’imposition des plus-values ni des comptes-titres. Mais la phrase exacte du texte porte : « On n’introduira pas de nouveaux impôts, sauf dans le cadre de discussion budgétaire ». Ce qui semble tout de même ouvrir une porte. Outre la « contribution spéciale » évoquée supra.

Pour le reste, les bleus ont obtenu la réduction du déficit budgétaire (on parle de 0,1 % du PIB par an, voire davantage si la croissance le permet) ; la limitation des nouvelles dépenses (hors Corona), qui devront se situer dans une enveloppe dont le montant doit encore être précisé (et qui servira pour les pensions, les allocations sociales, la transition écologique, la sécurité et la justice, des thèmes défendus chacun par différents partis) ; et le maintien de la loi de 1996 sur la norme salariale (mais l’on nous dit par ailleurs qu’une marge de manœuvre pourra être donnée aux partenaires sociaux, via une circulaire).

Le CD&V a la garantie qu’une réforme institutionnelle aura lieu, dans laquelle tant l’autorité fédérale que les autorités régionales seront renforcées (ces dernières, notamment en matière de soins de santé) ; et que les dossiers éthiques feront l’objet d’un accord entre partis du gouvernement. Il revendique aussi des investissements dans les soins de santé (y compris mentale), le renforcement du pouvoir d’achat (« le travail doit être plus rémunérateur »), une « fiscalité équitable », des allégements fiscaux pour les gardes d’enfants, les bas salaires et les personnes seules, « une politique d’asile et de migration dynamique, des procédures plus rapides et une meilleure politique de retour ». Mais le point « asile » devrait encore être affiné entre les sept partenaires. Il évoque enfin une trajectoire budgétaire « crédible », « le cadre budgétaire européen devenant le principe directeur ».

Les écologistes obtiennent que le calendrier de sortie du nucléaire soit respecté (2025, c’était un point soutenu par le PS aussi) et que « l’impact éventuel sur la facture des citoyens et des entreprises, actuellement évalué par un groupe de travail technique, sera neutralisé ». Ils engrangent aussi l’objectif de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et la liaison au green deal européen ; ainsi que la suppression progressive du régime des voitures de société (dans le cadre d’une réforme fiscale préparée d’ici 2024), voitures de société qui devront de toute façon être zéro émission au plus tard en 2026.

Restent encore des sujets à affiner en plénière, comme la réforme du marché du travail ou la compétitivité des entreprises. Il est toutefois acquis, nous dit-on, qu’il n’y aura pas de dégressivité supplémentaire des allocations de chômage et que de nombreux points concernant le marché du travail seront renvoyés vers la concertation sociale.

Test Achats s’en prend aux aliments enrichis en protéines

En supermarchés, on trouve de plus en plus de produits alimentaires dont le taux de protéines est dopé... de même que le prix de vente.
En supermarchés, on trouve de plus en plus de produits alimentaires dont le taux de protéines est dopé... de même que le prix de vente. - DR

Des fromages frais et à pâte dure, des céréales du petit-déjeuner, des barres aux fruits secs… Voici au moins quatre produits alimentaires que vous pouvez trouver dans votre supermarché en version « riche en protéines » ou accompagnés de la mention « source de protéines ».

Ces allégations nutritionnelles, de plus en plus en vogue, garantissent que les protéines représentent respectivement 20 et 12 % de la valeur énergétique des aliments concernés. Ceux-ci agacent Test Achats qui les juge « chers et inutiles ». L’organisation de consommateurs estime en effet qu’il s’agit d’une astuce de l’industrie agroalimentaire « pour surfer sur la vague de l’alimentation hyperprotéinée » et « pour créer la demande, pas pour répondre à des besoins réels ».

En effet, argumente Test Achats, « la population belge consomme suffisamment de protéines par rapport aux recommandations ». C’est ce qu’a démontré la dernière enquête de consommation alimentaire publiée en 2017 par l’Institut de santé publique, intégré depuis au cœur de Sciensano. Cette étude indique que les Belges puisent leurs apports protéiniques principalement dans la viande et ses substituts (35 % des apports journaliers), dans les céréales et les produits céréaliers (21 %), dans les produits laitiers et leurs substituts (19 %) et dans les poissons, coquillage et crustacés (6 %). « Une alimentation équilibrée suffit donc amplement », en conclut Test Achats, pointant en outre le faible apport protéinique supplémentaire des produits spéciaux, comparativement à leur équivalent standard.

Pour sportifs et seniors

« La population générale est effectivement loin de manquer de protéines, lesquelles ont pour fonction de renouveler l’organisme », confirme Nicolas Guggenbühl, diététicien et professeur à l’Institut Paul Lambin. « Tout ce que nous consommons en plus fait juste travailler davantage notre métabolisme. »

Toutefois, précise l’expert, certaines catégories de personnes ont besoin d’un apport protéinique renforcé. « C’est le cas des sportifs qui s’entraînent au moins 3 à 4 heures par semaine et qui souhaitent développer leur masse musculaire. Sont également concernées les personnes âgées qui ont besoin de plus grandes quantités de ce nutriment pour entretenir leur renouvellement cellulaire. »

C’est précisément pour cela que sont nés les produits enrichis en protéines, plaide l’industrie agroalimentaire. « L’un de nos axes de développement, c’est d’élargir nos gammes avec des aliments sur mesure destinés à des consommateurs conscients de leurs besoins et éventuellement conseillés par un diététicien », détaille Nicholas Courant, porte-parole de Fevia, la fédération du secteur.

Pourquoi pas ? Sauf que ces produits coûtent 10 à 15 % de plus que leur version traditionnelle, comme le dénonce Test Achats. « Ce serait oublier que l’innovation a un coût », réplique Fevia, tout en insistant sur le fait qu’aujourd’hui, le secteur se concentre surtout sur l’enrichissement des aliments en céréales complètes, conformément à l’épi alimentaire publié l’an dernier par le Conseil supérieur de la santé.

Découvrez le dossier complet de Test Achats sur les aliments riches en protéines : www.testachats.be/alimentproteine

Johan Ickx au «Soir»: «Je me demande pourquoi Yad Vashem ne loue pas Pie XII»

Pour Johan Ickx, des milliers de Juifs auraient été sauvés grâce à Pie XII.
Pour Johan Ickx, des milliers de Juifs auraient été sauvés grâce à Pie XII. - Alessia Capasso

ENTRETIEN

En mars 2019, affirmant que l’Église n’avait « pas peur de l’Histoire », le pape François a ouvert 1,5 million de documents des archives du pontificat de son lointain prédécesseur Pie XII, en poste de mars 1939 à octobre 1958. On l’aura deviné, ce sont les six premières années de ce règne qui intéressent au premier chef les historiens…

Au départ de ces sources de première main, le Belge Johan Ickx, directeur des archives historiques du Saint-Siège, a commis un ouvrage à décharge – Le Bureau ; les Juifs de Pie XII – qui réhabilite la mémoire d’Eugenio Pacelli, critiqué depuis 75 ans pour ses silences face aux exactions nazies.

Question préjudicielle : les archives déclassifiées par le pape actuel ont-elles été « triées » ou « caviardées » ?…

Non, tout a été ouvert. Aucune censure. Au contraire : comme il aurait été compliqué de rendre consultable une petite partie des archives pour des raisons techniques, parce qu’elles étaient trop fragiles, j’ai tout digitalisé, si bien que désormais, 1,5 million de documents sont consultables librement, pour qui en fait la demande.

Pour entrer dans le vif du sujet, que savait Pie XII des atrocités commises par les nazis, et quand en a-t-il été informé ?

Les persécutions de masse étaient connues du Vatican dès la fin des années 30. Le pape était informé surtout par le clergé et les catholiques importants, mais également par des témoignages d’organisations juives et de Juifs individuels, qui faisaient état d’exactions. Il était également au courant de certaines atrocités commises par des nazis dans des camps de prisonniers. Ainsi, dès 1939, on trouve des documents relatifs à la décapitation de prêtres. Mais il faut se rappeler que la Solution finale (décidée par les pontes du Troisième Reich en janvier 1942, NDLR) était entourée d’un secret absolu. À partir de septembre 1942, l’Amérique et la Grande-Bretagne ont commencé à dénoncer les atrocités commises par les nazis et ont cherché à y associer le Vatican. Officiellement, Pie XII n’a pas voulu, pour rester non pas dans la neutralité mais dans l’impartialité, qu’il a imposée durant toute la guerre. Mais le 24 décembre 1942, dans un message de Noël diffusé sur Radio Vatican, il va évoquer les « centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». C’était la confirmation d’un avertissement public lancé aux Allemands par Roosevelt et Churchill quelques semaines plus tôt : avertissement quant à la responsabilité qui pourrait leur être imputée pour le meurtre des Juifs d’Europe. L’intervention du pape a eu un écho mondial – sauf en Allemagne et en Pologne, sans doute… Évidemment, c’était une intervention politique et non une « protestation de rue », mais il est bien clair qu’il visait les nazis et leur politique.

Mais Pie XII n’a jamais dénoncé nommément Hitler. Pourquoi ce mutisme, dès l’envahissement de la Pologne ?

Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien : c’est le paradigme observé par la diplomatie et les diplomates. Des diplomates ont sauvé de nombreux Juifs ; les diplomates du pape aussi, comme Andrea Cassulo, nonce papal en Roumanie, qui a d’ailleurs reçu le titre de « Juste parmi les nations » de Yad Vashem (le mémorial de l’Holocauste d’Israël). Personnellement, je me demande souvent pourquoi Yad Vashem ne loue pas Pie XII, car il est clair qu’un diplomate ne va jamais rien faire sans instructions, sans que le président lui dise de le faire et insiste pour qu’il le fasse… Et dans le livre, archives à l’appui, je montre que les instructions de Rome étaient très claires.

Dans votre livre, vous expliquez que le Vatican a organisé des baptêmes en urgence et fourni de faux papiers à des Juifs. Mais dès décembre 1944, l’Église a également fourni des faux papiers à des nazis, pour les exfiltrer vers l’Afrique du Sud ou l’Amérique latine…

Pas le Vatican !

Le rôle d’Aloïs Hudal (recteur du Pontifico Instituto Teutonico Santa Maria dell’Anima) ou celui de Krunoslav Draganovic (secrétaire de la Confraternité de San Girolamo, basée au monastère de San Girolamo degli Illirici : le centre opérationnel de la filière) sont bien connus…

Oui, mais ce n’est pas le Vatican. Cette filière d’exfiltration des nazis a été fondée par l’OSS (Office of Strategic Services, ancêtre de la CIA, NDLR), qui a effectivement recruté Hudal, Draganovic. En 1948, ces gens sont rentrés à Washington mais la filière a continué à fonctionner à merveille – entre parenthèses, parce que certains pays, en Amérique du Sud par exemple, étaient disposés à accueillir ces Allemands…

Le pape était-il au courant du rôle d’un Hudal ou d’un Draganovic ?

Oui, et il était furieux. Mais que pouvait-il faire ? Dénoncer Washington ? Lorsqu’une campagne de diffamation a été menée par les Soviétiques, les Américains n’ont jamais eu l’honnêteté de reconnaître que c’était eux qui étaient derrière cette filière et de dédouaner le Vatican. Mais il y a des documents, tant à la CIA qu’au Vatican, et aujourd’hui, ils sont accessibles.

Le Bureau, Johan Ickx, Ed. VdH - Michel Lafon, 411
p., 21,95
€
; ebook
14,99
€.

Des Nuits Bota XXS en mode Covid

Yael Naim est toute contente d’ouvrir la saison.
Yael Naim est toute contente d’ouvrir la saison. - EPA/MARTIAL TREZZINI.

Reportées pour cause de coronavirus, les Nuits de mai 2020 auront finalement bien lieu du 24 septembre au 17 octobre. Des Nuits étalées sur trois semaines donc mais au programme fortement réduit qui proposera, un peu comme en saison, un seul artiste et ses premières parties par soir, en un seul lieu. Que ce soit l’Orangerie (en configuration assise, limitée à 200 personnes) ou la scène du Parc remplaçant le traditionnel Chapiteau. Exceptionnellement, quelques concerts se tiendront à l’Église Notre-Dame de Laeken (comme l’ouverture par Yael Naim, jeudi), à la Rotonde ou au Grand Salon. Autant d’endroits qui respecteront bien sûr un protocole sanitaire strict pour un public masqué assis à bonne distance.

Quarante artistes et groupes (essentiellement belges évidemment) sont programmés au lieu des cent quarante initialement prévus. Une cure d’amaigrissement qui nous privera donc des Sébastien Tellier, Baxter Dury, Aloïse Sauvage, Nicolas Godin, Pomme, Louise Verneuil, Juicy Orchestra, etc. qu’on verra sans doute l’année prochaine.

La Fête de la FWB aussi

Mais en maintenant coûte que coûte cette 27e édition des Nuits, le Bota fait œuvre de résistance, à l’image d’une AB « normale » qui a également maintenu une saison essentiellement réduite aux artistes belges. Ou également à l’image de la traditionnelle Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la Grand-Place de Bruxelles qui, ce vendredi 25, proposera un grand concert 100 % belge, histoire avant tout de soutenir le secteur culturel, fortement impacté lors de cette crise sanitaire. Typh Barrow, Lous and The Yakuza, Loïc Nottet, Tanaë, Blanche, Noé Preszow, Saule & Alice On the Roof, Charles, Delta, Claire Laffut, Caballero & JeanJass, Suarez, et Plastic Bertrand seront du programme devant un parterre de quatre cents personnes installées par tables de quatre dans un style café-théâtre, ce qui permettra le respect des règles sanitaires et des gestes barrières. Le tout, uniquement sur réservation, et diffusé en direct en radio (VivaCité) et en télé (sur la Une).

Heureusement il y a Yael

Revenons au Botanique qui proposera donc tous les soirs une seule affiche avec une seule véritable tête : Yael Naim en ouverture à l’Église Notre-Dame de Laeken, là où, le lendemain, se déroulera, une soirée électro avec Fennesz et Adriaan De Roover. Il s’agira de la seule Nuit « hors les murs », le reste se déroulant dans les salles du Bota ou dans le jardin avec une scène en plein air qui, espérons-le, bénéficiera d’une météo clémente.

Ces Nuits 2020 XXS d’une vingtaine de concerts seulement sont mieux que rien, elles permettront au Centre culturel de la FWB d’accueillir à nouveau du public et de vivre autrement qu’en résidences d’artistes qui, cet été comme cet automne, ont pu bénéficier d’une opportunité non négligeable de pouvoir répéter et exercer leur art, avec ou sans captation live.

Les concerts reprennent donc mais en petit comité, mesures sanitaires obligent. Du moins pour le secteur culturel, contrairement au secteur sportif qui, lui, peut réunir des milliers de supporters déchaînés. Cette injustice qui touche tout le milieu de la nuit et de l’événementiel est un mal nécessaire, diront certains. Toujours est-il que seuls les artistes « en développement » pourront retrouver le public. Les autres devront encore patienter. Le problème vient surtout des concerts qui – comme Typh Barrow au Cirque royal ou Suarez à l’AB – ont lancé la billetterie avant la crise covid. Que faire une fois que vous avez mille ou deux mille billets vendus pour une jauge limitée à deux cent ? Sinon reporter. Si vous avez vendu quatre cents tickets, vous pouvez encore faire comme Vincent Delerm qui, le 14 octobre au Cirque, donnera deux concerts plutôt qu’un.

Contentons-nous donc des « petits concerts » en attendant des jours meilleurs en 2021. Allons voir nos artistes dans de petits lieux, comme cela sera encore le cas à Bruxelles avec le festival Franco Faune (du 2 au 17 octobre dans quinze lieux) et notamment une carte blanche donnée à Alain Chamfort et Jacques Duvall. Une création qui nous rappelle qu’en ces temps incertains, la bonne idée est aussi de se montrer créatif !

Tennis: le tournoi d’Anvers tient bon face au coronavirus

Goffin, 12
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 mondial.
Goffin, 12 e mondial. - News

L’an dernier, l’European Open avait frappé fort avec la présence d’Andy Murray et de Stan Wawrinka (le revenant britannique l’avait emporté en finale 3-6, 6-4, 6-4). Une année plus tard, et avec l’émergence de la crise liée au coronavirus, le premier exploit, c’est d’avoir su maintenir l’épreuve (du 18 au 25 octobre) au sein d’un calendrier complètement chamboulé. « On est fiers en tant que Belges de voir notre tournoi d’Anvers toujours figurer au programme aux côtés de villes comme New York, Rome ou Paris », explique via une conférence-zoom Dick Norman, le directeur de l’épreuve. « Surtout qu’on peut annoncer un niveau de joueurs encore jamais atteint ! »

Kei Nishikori (ex-nº4) aussi à l’affiche

C’est le deuxième exploit de cet European Open qui verra débarquer 8 joueurs du top-20 dans la Métropole, soit Berrettini (8e), Rublev (14e), Fognini (15e), Khachanov (16e), Carreno-Busta (18e), Dimitrov (19e), Raonic (20e) et Goffin (12e), bien sûr ! « David a été le premier à nous assurer de sa présence et à nous soutenir dans un événement pas facile à organiser, nous l’en remercions », explique Kristoff Puellinckx, le propriétaire du tournoi. « Kei Nishikori (NDLR : en manque de compétition cette année après une blessure au coude et avoir… contracté le Covid-19) a été le deuxième à s’inscrire ! Il fait assurément partie des joueurs à suivre cette année en même temps que Dimitrov ou du spectaculaire Fognini. »

Notre gourmandise nous pousse presqu’à regretter les absences de joueurs comme Murray et Wawrinka qui, eux, ont justement opté pour le nouveau tournoi de Cologne qui se jouera la même semaine qu’Anvers. « Là, on est un peu défavorisé par le nouveau règlement du classement ATP, version coronavirus, qui veut qu’on ne retienne que le meilleur résultat entre 2019 et 2020 au sein d’un même tournoi », précise Puellinckx. « Finalistes à Anvers 2019, Murray et Wawrinka ont choisi d’aller chercher des points à Cologne… Mais c’est aussi bien d’avoir de nouveaux joueurs à l’affiche. La notoriété de notre épreuve grandit et ça permettra de faire d’autres convaincus pour l’avenir. Financièrement, même si on n’a perdu qu’un sponsor (NDLR : BNP Paribas), on sait que l’exercice sera difficile. On n’espère pas gagner de l’argent, une balance en équilibre serait déjà très bien, mais en tant que jeune tournoi, on ne pouvait pas se permettre une année blanche… »

30.000 € au lieu de 110.000 € pour le vainqueur

Une crise qui se fera aussi ressentir au niveau d’un prize-money revu à la baisse de 40 % par l’ATP et surtout mieux équilibré pour les joueurs « plus fragiles ». Ainsi un joueur battu au 1er tour recevra 6.565 € pour 6.400 € l’an dernier, mais le vainqueur ne touchera plus que 30.160 € pour 110.000 € en 2019 !

Les places en vente dès ce vendredi, « premier servi »

Le troisième exploit de cet European Open, c’est qu’il ouvrira tout de même les portes de la Lotto Arena au public, à raison d’environ 1.500 fans par jour. « On a changé des dizaines de fois de protocole, mais on a obtenu l’accord de pouvoir accueillir un maximum de 1.500 fans (NDLR : 30 % de la capacité de la salle) à partir de 4 bulles différentes », explique Ilse Van Parys, l’épouse de Dick Norman. « Que ce soit pour les joueurs (NDLR : un test tous les 4 jours), les différents staffs, le public ou la presse, tout sera réglementé et compartimenté pour la sécurité sanitaire de chacun. Il ne vous reste plus qu’à venir sur place ! »

Les places seront en effet mises en vente dès ce vendredi au rythme du premier payeur (2 tickets minimum), premier servi. Infos sur www.europeanopen.be

Covid-19 et frontières: comment la zone «rouge» est devenue «déconseillée»

Selon le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin, la décision a été prise vendredi dernier mais a été annoncée dans la nuit de lundi à mardi «
par courtoisie
» envers les partenaires européens.
Selon le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin, la décision a été prise vendredi dernier mais a été annoncée dans la nuit de lundi à mardi « par courtoisie » envers les partenaires européens. - Belga.

C’est un communiqué de presse tombé dans la nuit de lundi à mardi qui a fait pousser un « ouf » de soulagement aux vacanciers belges… pour peu qu’ils fussent réveillés. La Belgique va cesser d’interdire les déplacements non essentiels dans des villes et régions européennes classées « rouges » en raison d’une forte circulation du coronavirus, et se conformer à un système européen en cours d’élaboration, ont annoncé les Affaires étrangères. Plus d’interdiction, donc, mais une volonté de « déconseiller strictement » le déplacement aux voyageurs belges vers une zone classée rouge par le Celeval. La décision entrera en vigueur à partir du vendredi 25 septembre.

Un tempo qui interroge

Pourquoi s’être fendu d’un communiqué de presse envoyé dans la nuit de lundi à mardi pour communiquer une annonce attendue fébrilement par tous les voyageurs ? Interrogé, le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin (MR) affirme que la décision a été prise le vendredi 18 septembre lors d’un kern élargi, mais qu’il a été jugé préférable de mettre en priorité au parfum les partenaires européens, à l’occasion du conseil des ministres des Affaires étrangères de ce lundi qui s’est achevé « tardivement », selon le ministre (en fait, 16h). « Par courtoisie », précise encore le ministre, qui estime que l’information aura le temps de circuler d’ici à vendredi prochain auprès des voyageurs.

Une courtoisie toute relative, si on prend la question au niveau belge. La levée de l'interdiction devait normalement être discutée au niveau du Conseil national de sécurité (CNS) qui se réunissait mardi soir et ne devait présenter ses conclusions que lors de la traditionnelle conférence de presse de Sophie Wilmès mercredi. La priorité aurait-elle été grillée ?

Depuis la réouverture des frontières le 15 juin dernier, la Belgique était le seul pays à interdire et non à déconseiller les voyages en zones. Une posture vivement critiquée dans les mois qui ont suivi, notamment par la France et l’Espagne qui appelait à davantage de coordination entre Etats.

Ce faisant, affirme Goffin, la Belgique entend apporter sa pierre à « une plus grande coordination européenne ». Les Etats membres de l’Union européenne tentent en effet depuis peu d’harmoniser leurs critères sanitaires face au Covid-19, notamment en vue « d’élaborer un système coordonné d’avis de voyage », rappelle le ministre belge.

« C’est compliqué, car il s’agit de compétences nationales », indiquait encore fin de la semaine dernière un haut diplomate européen proche de la discussion, à la veille d’une nouvelle concertation entre représentants des Etats membres. « Mais on progresse ». Version « optimiste », jauge-t-il : un accord pour la mi-octobre. Réunis mardi à Bruxelles (en « présentiel », pour la première fois depuis… février), les ministres de l’UE en charge des Affaires européennes ont convenu que l’objectif était noble… mais qu’il fallait continuer le travail.

L’impulsion de la Belgique

L’ambition de cette tentative de coordination de la jungle des « mesures Covid » s’étend à l’évaluation des risques, aux mesures qui en découlent, à la cartographie des zones, au timing de la communication des décisions… Objectif : aboutir à une « recommandation du Conseil », qui serait « politiquement contraignante, à défaut de l’être juridiquement », complète le diplomate. « Nous travaillons à une solution commune », a dit le ministre allemand Roth, à l’issue de la réunion avec ses homologues – l’Allemagne assure la présidence tournante des travaux du Conseil au second semestre 2020.

Ces efforts de coordination européenne sont menés « sous l’impulsion notamment de la Belgique », affirme Philippe Goffin. Une nouvelle batterie de décisions belges, fin août, dont la décision de placer Paris en zone rouge, avait toutefois contribué, avec d’autres, à pousser le nouveau secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Clément Beaune à entamer un travail avec la présidence allemande pour harmoniser les zones à risques au niveau européen. Aujourd’hui, c’est « à chacun son comité scientifique, à chacun ses critères », déplorait-il dans les colonnes du Parisien.

« Il est très important que nous puissions avoir les mêmes critères pour prendre une décision sur les déplacements, sur les frontières en Europe, sinon cela crée, comme on le vit malheureusement aujourd’hui, de la confusion », a insisté Clément Beaune mardi à Bruxelles, à son arrivée au Conseil des ministres.

« Très difficile d’obtenir un accord au Conseil »

« Il faut que les citoyens et les entreprises sachent à quoi s’en tenir », plaide mardi Didier Reynders, le commissaire européen à la Justice mais aussi à la protection des consommateurs. Le commissaire rappelait au Soir, la semaine dernière, que la Commission a déposé sur la table du Conseil un projet de recommandation le 4 septembre. La proposition a déjà été discutée près d’une dizaine de fois par les Etats membres, sans résultat définitif, jusqu’ici.

« La coordination européenne reste un problème compliqué : depuis août, sur fond de chiffres coronavirus plus inquiétants, on a un problème avec les codes couleurs pour les voyages non essentiels. On a essayé de coordonner les Etats membres. Le 4 septembre, on a déposé un projet au Conseil. Le Parlement soutient largement mais je vois bien qu’il est très difficile d’obtenir un accord au Conseil », soulignait Reynders. « Car il reste de la compétence des Etats de décider en matière de santé. Et ils veulent garder la maîtrise de l’accès au territoire ».

L’idée, précise le commissaire, « c’est d’adopter les mêmes critères pour définir une zone : par exemple, à partir de quel pourcentage de taux positifs, le pourcentage de tests, etc., afin d’aboutir à une même carte. Et ce serait à faire une fois par semaine, le jeudi par exemple, en vue d’une entrée en vigueur le lundi suivant – sauf cas exceptionnels, bien sûr ». Et de reconnaître que la « reprise » de la pandémie peut avoir deux effets, diamétralement opposés : soit davantage de coordination, soit… « chacun veut prendre ses mesures. Je crois qu’il y aura encore quelques semaines devant nous avant un accord ! »

La présidence allemande confirme : les discussions restent « particulièrement sensibles » mais « un éventuel catalogue de mesures communes mérite d’être poursuivi ».

Négociations fédérales: Georges-Louis Bouchez (MR) a accepté la note de compromis des préformateurs

Négociations fédérales: Georges-Louis Bouchez (MR) a accepté la note de compromis des préformateurs
Belga

Georges-Louis Bouchez est d’accord avec la proposition des préformateurs en vue d’une coalition Vivaldi, apprend-on dans l’entourage des négociateurs. Une ultime proposition avait été soumise au président du MR avant l’entrevue au Roi. Un entretien bilatéral avec les deux préformateurs Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau a eu lieu cette après-midi.

Les préformateurs se sont mis d’accord mercredi sur les contours du programme du gouvernement fédéral qu’ils comptent mettre sur pied d’ici le 1er octobre, après avoir reçu depuis mardi l’ensemble des présidents des partis libéraux, socialistes, écologistes et du CD&V.

La proposition de compromis porte sur le social, les investissements dans les soins de santé, l’éthique, l’institutionnel et l’énergie nucléaire. Le président du MR, qui avait fait part le week-end dernier de ses réserves sur une série de points, a été reçu une seconde fois par les préformateurs. Il a donc marqué son accord sur les contours ainsi définis. La « Vivaldi » devrait dès lors entrer dans une phase de formation. Les sept partis pourraient se réunir en plénière afin de s’accorder sur l’identité du ou des formateur(s).

Qui pour diriger les discussions de formation finale de cette Vivaldi, et donc devenir Premier ministre ? Trois hypothèses circulent, autour des deux mêmes noms : soit Paul Magnette (PS) et Alexander De Croo (Open VLD) ensemble ; soit Paul Magnette seul ; soit Alexander De Croo seul.

Les préformateurs sont attendus au Palais à 18h30. Réponse, sauf surprise, dans le communiqué royal qui suivra.

Dernier appel pour la Vivaldi: Rousseau-Lachaert attendus au tournant au Palais

Conner Rousseau (SP.A) et Egbert Lachaert (Open VLD) sont attendus au Palais ce mercredi.
Conner Rousseau (SP.A) et Egbert Lachaert (Open VLD) sont attendus au Palais ce mercredi. - Photo News.

Un peu de calme après (avant ?) la tempête. Après l’arrêt brutal des négociations ce week-end, ponctuées lundi par la visite des deux préformateurs au Palais, les partis déchirés de la présumée Vivaldi (Open VLD, SP.A, SP, MR, Ecolo, Groen, CD&V) ont repris langue mardi. Mais à l’heure d’écrire ces lignes, on n’envisageait pas de réunion à sept avant ce mercredi – réunion plénière qui serait le signe d’une conclusion, d’une issue, fût-ce pour se dire adieu.

Mardi soir, Paul Magnette (PS) avait rejoint les préformateurs pour tenter de sortir de l’impasse et rétablir la confiance. Ensuite, c’est Joachim Coens, président du CD&V, qui a été reçu. Si ces discussions s’avéraient concluantes, leur résultat pourrait être soumis à Georges-Louis Bouchez (MR). Et si ce dernier l’acceptait, ce pourrait être le signal attendu par ses partenaires pour se remettre à table, tous ensemble. Et relancer la Vivaldi.

Le compteur tourne. Lors de l’audience au Palais lundi, le Roi Philippe a refusé la démission des préformateurs et a donné à « tous les partis concernés » jusqu’à ce mercredi, sans doute en fin d’après-midi, pour « rétablir la confiance ».

On le sait, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avait concentré sur sa personne les griefs multiples des autres formations. Et de ce côté, une éclaircie semblait envisageable. Il nous revient en effet que le leader libéral a changé un peu de ton dans les échanges, et qu’il « bouge enfin un peu sur le contenu ». Ne s’accrochant plus nécessairement au Seize.

Au MR justement, le président ayant trop parlé les derniers temps, jusqu’à hypothéquer la Vivaldi, ce sont… tous les libéraux qui ont été priés de se taire. Une consigne de silence a en effet été envoyée aux mandataires, afin d’éviter que, « maladroitement, quelqu’un déforme une position ou qu’un propos soit mal interprété ». Et que cela recomplique la donne.

Laquelle reste compliquée. Parmi les négociateurs, on rapporte qu’en termes de contenu, bon nombre de questions cruciales (quid d’un impôt de solidarité ou sur la fortune ?, quid de la fin du nucléaire ?…) restent en suspens à ce stade, sans parler du futur locataire du Seize. Alexander De Croo (Open VLD) et Paul Magnette (PS) tiendraient la corde, mais on présume là encore.

Damoclès

Toujours à propos de « complication », il nous revient qu’en réunion restreinte lundi matin, avec une poignée de responsables du parti, Paul Magnette, président du PS, a évoqué franco le scénario d’élections anticipées. En substance : « Il n’y a pas de consensus entre partenaires, ce n’est pas fini, mais là, c’est grave, il ne faut vraiment pas exclure que tout cela se solde par un retour aux urnes », a-t-il expliqué.

N’oublions pas l’épée de Damoclès sur la tête de Georges-Louis Bouchez : voir le CDH intégrer les discussions, se substituer au MR, et s’imposer à sa place au fédéral, peut-être même par ricochet à la Région wallonne. Nous n’en sommes pas là. On nous précisait bien mardi que les échanges actuellement ont lieu entre les sept classiques de la Vivaldi, avec le MR donc (plutôt optimiste dans l’après-midi d’ailleurs). S’ils devaient rester improductifs, alors d’autres formules pourraient être testées.

Pendant ce temps, N-VA et Belang, eux, se réjouissent de la tournure des événements, qui voit la coalition en gestation se déchirer… avant même que le travail d’opposition ait commencé, ce qui a donné des ailes aux deux fers de lance de la lutte contre cet attelage minoritaire en Flandre, Bart De Wever (lire ci-dessous) et Theo Francken.

Coronavirus: un deal à 6 millions d’euros entre l’Etat belge et ZenTech sans aucun test acheté

Coronavirus: un deal à 6 millions d’euros entre l’Etat belge et ZenTech sans aucun test acheté

Va-t-on pouvoir enfin mettre un point final à la saga ZenTech ? Peut-être bien. Selon nos informations, un deal aurait été trouvé entre l’État belge et la société liégeoise qui fabrique des tests sérologiques rapides (ceux qui permettent de savoir si on a été contaminé au coronavirus via une simple piqûre au bout du doigt). Le cabinet du ministre du Budget, David Clarinval (MR), nous confirme que le nouveau contrat est en cours d’analyse par l’inspection des Finances. S’il est validé, – ce qui semble très probable –, on pourra enfin tourner la page de ce conflit aux multiples rebondissements.

L’État n’a jamais honoré le contrat

Côté politique, personne ne voulait commenter le contenu de l’accord à ce stade, mais Philippe De Backer (Open VLD) a confirmé la nouvelle en commission Santé ce mardi après-midi. La société ZenTech ne souhaite pas non plus réagir puisque, techniquement, les négociations sont toujours en cours. Il nous revient toutefois que l’État aurait proposé de verser environ 6,5 millions d’euros à ZenTech pour la dédommager de tous les frais avancés. Les 3,65 millions de tests ont été assemblés en Belgique dans un atelier protégé, conformément au premier contrat datant du mois de mars. Un contrat que l’État n’avait jamais honoré, ayant réalisé – un peu tard – qu’il n’aurait finalement pas besoin de ce type de tests.

Après un premier long suspense de près de trois mois, Philippe De Backer, qui est à la manœuvre dans cette négociation, du moins son cabinet, avait finalement annoncé fin juin en commission Santé qu’il n’achèterait pas ces tests commandés au plus fort de la pandémie. Le ministre insistait à l’époque sur le terme « sécurisé » et pas « acheté » pour justifier la renégociation de la commande. ZenTech, qui attendait les premiers versements depuis trois mois, a perdu patience et saisi le tribunal des référés, faute d’avancées dans les négociations menées durant l’été. En septembre, le juge, contrat à l’appui, a considéré qu’il s’agissait bien d’une vente et que l’État devait fournir la liste des endroits où livrer les tests, sous peine d’une astreinte de 10.000 euros par jour de retard.

Bataille d’études

Philippe De Backer, encore, ne comptait toutefois pas en rester là. Se basant sur deux nouvelles études, dont une de Sciensano réalisée en août dernier et très critique à l’égard de la qualité des tests de ZenTech, le ministre a proposé à ses collègues d’aller en appel. Il n’a pas été entendu, surtout par les francophones. Certains Wallons voulaient carrément payer pour les 3,65 millions de tests, en se basant pour leur part sur deux autres études – positives pour ZenTech cette fois – des Universités de Liège et de Bruxelles. Au final, ce serait la Première ministre, Sophie Wilmès, qui aurait tranché et décidé de couper la poire en deux. On dédommage ZenTech mais on annule le contrat de base, dont la valeur était de 23 millions d’euros.

La solution laissera un petit goût amer à Philippe De Backer, qui peut tout de même faire valoir qu’il a tenté d’assurer les arrières du pays, à un moment où on en savait encore très peu sur l’évolution de la maladie. L’emploi « belge », ou plutôt wallon pour le coup, est aussi préservé chez ZenTech. L’entreprise liégeoise empoche beaucoup moins que prévu mais une jolie somme tout de même. Elle dispose toujours de 3,65 millions de tests à écouler, une potentielle source de revenus supplémentaires si elle parvient à débaucher de nouveaux clients avant que ces lots soient périmés. Quant au contribuable belge, il peut soit s’estimer heureux d’avoir « épargné » 17 millions d’euros pour des tests à l’utilité controversée, soit pester contre les 6,5 millions bientôt en route vers les caisses liégeoises.

Coronavirus: Charles Michel en quarantaine, le sommet européen reporté d’une semaine

Coronavirus: Charles Michel en quarantaine, le sommet européen reporté d’une semaine

Le président du Conseil européen Charles Michel a dû se mettre en quarantaine mardi, conformément aux règles en vigueur en Belgique, après qu’un membre de la sécurité avec qui il a été en contact ces derniers jours a été testé positif au coronavirus, a annoncé son porte-parole.

M. Michel lui-même a toutefois encore été testé négatif ce lundi. Il se soumet régulièrement à des tests.

Conséquence de cette quarantaine, le sommet européen qui devait se tenir ces jeudi et vendredi a été reporté d’une semaine.

Les FinCenFiles, une enquête sur le rôle des banques dans le blanchiment de l’argent de la fraude et du crime organisé

Les FinCenFiles, une enquête sur le rôle des banques dans le blanchiment de l’argent de la fraude et du crime organisé

Depuis six mois, le monde entier est secoué dans ses certitudes par la pandémie de coronavirus. Dans le contexte actuel, nous souhaitons plus que jamais investir sur nos deux piliers fondamentaux : un journalisme citoyen et un journalisme d’investigation. La preuve encore ce lundi, avec la parution de l’enquête internationale « FinCEN Files » à laquelle Le Soir participe et qui dénonce les transferts d’argent suspects dans le monde, liés à la corruption et la criminalité.

Cette enquête sera publiée toute la semaine, en collaboration avec près de 100 médias à travers le monde, sur l’ensemble de nos supports (numérique et papier). Elle s’inscrit dans la suite des grandes enquêtes internationales comme les LuxLeaks, les FootballLeaks et les Panama Papers. Elle s’inscrit aussi dans notre volonté d’investiguer, comme ce fut le cas pour l’affaire Nethys et l’enquête sur le business du cannabis, deux dossiers par ailleurs en lice pour le prix de la presse en Belgique. Mais aussi sur la « saga des masques » Avrox, ces dernières semaines, ou sur la gestion de la crise par les politiques. D’une manière générale, l’investigation, c’est un état d’esprit, la volonté de se poser les bonnes questions sur tous les sujets importants pour les citoyens que vous êtes. C’était notre volonté hier, ça l’est encore plus aujourd’hui pour répondre aux défis qui se présentent à nous.

Christophe Berti, rédacteur en chef du Soir

Le lanceur d’alerte

Les FinCEN Files ont initialement été transmis au média américain Buzzfeed News, qui ne souhaite pas divulguer l’identité de sa source. Il est toutefois de notoriété publique qu’une dénommée Nathalie Mayflower Sours Edwards, ex-employée haut placée du FinCEN, a en janvier dernier plaidé coupable pour avoir divulgué des rapports confidentiels (dits « SAR »).

Selon Buzzfeed, une partie des documents de cette fuite ont été rassemblés dans le cadre de l’enquête du Congrès américain sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016. L’autre partie vient d’une collecte de rapports regroupés à la demande des forces de l’ordre. Dans tous les cas, il ne s’agit que d’une vue très partielle sur l’ensemble des rapports transmis au FinCEN. La fuite en contient plus de 2.100, alors que l’organe et ses 300 employés en reçoivent 2 millions chaque année.

La fuite en quelques chiffres

166 jours

Dans l’ensemble des transactions étudiées, il y a un délai moyen de 166 jours (soit plus de cinq mois) entre le moment où les transactions sont opérées par les banques et le moment où elles sont signalées comme suspectes au FinCEN. Les Etats-Unis imposent que ces notifications aient lieu maximum 30 jours après leur détection.

620 cas

L’un des motifs de suspicion les plus fréquents relevés par les banques est l’utilisation de sociétés offshore pour ordonner ou recevoir des paiements. Selon l’analyse de l’ICIJ, 20 % des rapports des FinCEN Files contiennent au moins une adresse aux îles Vierges britanniques, l’un des plus célèbres paradis fiscaux. Dans plus de 620 des 2.100 rapports, le terme « juridiction à haut risque » est également utilisé.

52 %

L’analyse des données de la fuite révèle encore que dans plus de la moitié des 2.100 rapports (52 % des cas), les banques ne disposaient pas d’informations suffisantes sur l’identité réelle du donneur d’ordre ou du bénéficiaire réel de la transaction épinglée.

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Les pubs anglais, victimes collatérales du coronavirus

A l’instar de ses confrères, le Champion s’est adapté à la nouvelle donne sanitaire.
A l’instar de ses confrères, le Champion s’est adapté à la nouvelle donne sanitaire. - D.R.

Au lendemain des déclarations alarmistes des autorités médicales sur l’évolution de la pandémie, la décision du chef du gouvernement apparaît comme un compromis entre les partisans d’un confinement strict, autour du ministre de la Santé, Matt Hancock, et le ministre des Finances, Rishi Sunak, qui redoute les conséquences économiques de telles mesures, en particulier pour un secteur de la restauration déjà très affaibli.

A Londres, trois pubs gardaient les entrées d’Ossington Street, une ruelle du quartier chic de Notting Hill. Deux ont disparu, récemment remplacés par un centre de yoga et un bloc d’appartements. Seul survit le Champion, dont le gestionnaire se déclare « assommé » par les nouvelles restrictions annoncées par Boris Johnson : « Après quinze semaines de fermeture dues au confinement, on commençait juste à reprendre espoir. Je ne suis pas certain que nous allons survivre à ce nouveau revers car le gros des ventes de pintes de bière et repas a lieu entre 21 h et minuit. »

Coup de blues

Par ailleurs, le gouvernement a fait volte-face en encourageant le public à travailler à domicile plutôt qu’à se rendre au bureau, privant les pubs de la très rentable clientèle du midi et du début de soirée. En outre, en raison de l’augmentation des infections et de la crainte d’une « deuxième vague », les personnes âgées évitent ces univers clos aux décors sans âge, faits de boiseries sombres, de tapis usés et de vieux miroirs tachetés, marqués de motifs victoriens. De plus, les touristes asiatiques et américains, qui privilégient ce symbole de l’Angleterre éternelle, sont absents.

A l’instar de ses confrères, le Champion s’est adapté à la nouvelle donne sanitaire. La règle intangible de la commande au comptoir et du paiement à l’avance a été supprimée au profit du service à table. On ne boit plus debout mais assis. La réservation est obligatoire pour le traçage éventuel des infections. La carte a été remplacée par une version électronique. Pour éviter que les consommateurs à l’extérieur ne s’agglutinent, des emplacements spéciaux ont été aménagés sur la voie publique pour respecter la distanciation d’un mètre et la limite à six personnes exigées par les autorités. Le staff porte le masque et les gants.

Les pubs ont le blues comme rarement depuis la création de ces estaminets en l’an 745. Ainsi, un quart des pubs ont fermé leurs portes depuis 2008. Selon la British Pub Association, l’organisme professionnel, l’existence de 10.000 à 15.000 pubs sur les 35.000 existants est menacée dans les années qui viennent.

Réinvention

Le pub ne joue plus comme avant le rôle central dans la vie et la culture d’outre-Manche : l’augmentation des loisirs maison a fait l’affaire des supermarchés, dont les ventes d’alcool dépassent désormais celles des pubs et des restaurants. Les grandes surfaces se servent des montagnes de « six packs » offerts au prix coûtant, voire à perte, comme d’un produit d’appel. Enfin, ce club pour ceux qui n’en ont pas souffre des campagnes officielles visant à réduire l’alcoolisme, en particulier les beuveries, activité incontournable des jeunes.

Pourtant, malgré l’aggravation de la crise et la désaffection du public, le secteur est loin d’être à l’agonie. Les « ales », les bières traditionnelles, tièdes avec peu de bulles, qui avaient perdu la faveur des Britanniques, reviennent en vogue. Outre le retour des produits du terroir, les « public houses » qui prospèrent disposent d’une clientèle ciblée. D’autres se transforment pour attirer les femmes, en offrant des bières aux goûts fruités, moins riches en calories ou en alcool, des vins fins et des plats moins bourratifs.

Comment le trafic de drogue s’est adapté à l'ère du coronavirus

Comment le trafic de drogue s’est adapté à l'ère du coronavirus
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La crise du coronavirus a changé le marché de la drogue en Europe. Confinés, les consommateurs, comme les vendeurs, ont dû s’adapter. C’est un des constats majeurs du rapport européen sur les drogues 2020 diffusé ce 21 septembre.

« Il y a eu deux événements qui se sont passés pendant la pandémie. D’une part, on pouvait moins sortir de chez soi et il y avait aussi plus de policiers en rue. Donc, face aux substances illégales, c’est un contexte qui rend la consommation plus compliquée », contextualise Antoine Boucher, chargé de communication à Infor-Drogues.

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) s’est pour sa part d’abord penché sur un changement de tactique chez les dealers : ils se sont tournés vers le darknet, les réseaux sociaux et les services de livraison à domicile. Un rapport datant de mai et consacré à l’approvisionnement de drogues via le darknet met en avant l’utilisation en augmentation de ce service. Pour vendre du cannabis, par exemple. Une hausse de la demande en substances illicites sur le web a été par ailleurs observée. Pour Alexis Goosdeel, le directeur de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, « l’utilisation d’internet avait déjà commencé avant en Europe. Néanmoins, d’une manière générale, l’épidémie a boosté la transition digitale dans tous les secteurs d’économie, que ce soit pour les activités illicites ou licites ».

Des calmants plutôt que la cocaïne

Au début de la pandémie, une baisse de la consommation de substances illicites a été enregistrée. L’Observatoire a constaté une diminution des drogues liées aux contextes sociaux comme la MDMA et la cocaïne. « Les gens n’ont pas besoin de consommer des substances qui vont les rendre plus hyperactifs alors qu’ils sont enfermés dans un espace », explique Alexis Goosdeel. Cependant, il y a eu une augmentation de l’usage de substances comme le cannabis et les benzodiazépines, utilisées comme somnifères, calmants ou anxiolytiques. En effet, les consommateurs se sont davantage tournés vers les drogues légales comme l’alcool ou les anxiolytiques selon l’OEDT.

Les motivations des consommateurs ont elles aussi changé. Un rapport de juin 2020 sur l’impact du Covid-19 sur les motifs de l’utilisation de la drogue atteste d’une moindre consommation. Sur 7.352 répondants, près de 45 % disent n’avoir pas consommé ou consommé moins de substances. Et si on regarde les motivations enregistrées par l’Observatoire, on remarque que les plus représentées sont l’ennui et l’angoisse. Antoine Boucher développe : « Au plus vous êtes fragile, au plus vous développez votre stress. Donc, tout ce qui est médicaments, anxiolytiques, vous allez en prendre plus ».

Deux autres conséquences du confinement sont la pénurie de substances illicites en Europe et la hausse des prix. « Le transport par voie maritime ne semble pas avoir bougé mais le trafic par voie aérienne s’est réduit. Les trajets aériens nationaux et intercontinentaux sont en deçà de ce que c’était avant la pandémie, donc il y a moins de drogues », indique M. Goosdeel. Un constat exprimé déjà dans un rapport publié en mai. L’OEDT, en collaboration avec Europol, remarquait alors une offre en baisse et des prix en hausse dans 14 pays pour l’herbe de cannabis, dont la Belgique. De même pour d’autres drogues comme l’héroïne ou les opioïdes. Néanmoins, la tendance pourrait s’inverser avec l’assouplissement des mesures de sécurité.

L’aide en panne

Enfin, le Covid-19 a eu un impact sur les services de prise en charge des personnes utilisant des drogues. Ils ont été contraints de fermer ou de limiter leur offre. Ils ont dû s’adapter et innover en passant par la vidéoconférence ou la consultation par téléphone. Cependant, ces nouvelles méthodes ne sont pas optimales. « Cela a été extrêmement difficile pour tous les centres de traitement et de réduction des risques car ces programmes n’ont pas été considérés, en Europe, comme des programmes de soins ou de santé essentiels. Nombre d’entre eux ont dû fermer. Leur personnel n’étant pas considéré comme essentiel, il n’avait pas accès au matériel de protection », déclare Alexis Goosdeel. Une conséquence qui, selon lui, pourrait se reproduire à l’annonce d’un deuxième confinement.

Un monde sans fin à Kanal

Au troisième étage, John M. Armleder a rassemblé les œuvres d’une quarantaines d’artistes et amis appartenant à sa collection. Un trop-plein inattendu créant de multiples connexions entre les œuvres qui semblent observer le visiteur.

Par Jean-Marie Wynants

Arts plastiques ,

Google devient diffuseur d’offres d’emploi, un mouvement désintéressé?

Google devient diffuseur d’offres d’emploi, un mouvement désintéressé?
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Chercher un emploi depuis la barre de recherche de Google et voir des offres s’afficher directement dans la liste des résultats, c’est désormais possible. L’entreprise a lancé ce mardi une nouvelle fonctionnalité permettant aux demandeurs d’emploi d’obtenir directement dans un encadré un aperçu des différentes offres d’emplois disponibles sur le marché pour un job donné. En cliquant sur l’un des résultats de la recherche, on accède à des informations plus précises comme une description de l’entreprise et du poste. Les personnes qui souhaitent postuler sont ensuite redirigées vers le site web des partenaires où l’offre d’emploi est publiée et peuvent y poser leur candidature.

Pour lancer cette initiative, Google s’est associé à des services publics emploi comme le Forem, Actiris, le VDAB ainsi qu’à des prestataires privés tels que Randstad et Jobat. La liste n’est pas définitive. Thierry Geerts, le patron de Google Belgique, précise que la fonctionnalité est ouverte à toutes les sociétés qui souhaitent y intégrer leurs offres d’emploi et que le moteur de recherche ne perçoit aucune forme de revenu sur ces annonces.

La nouvelle fonction de recherche d’emploi permet aussi aux utilisateurs de faire des recherches en fonction du lieu, du secteur d’activité et du temps plein/temps partiel. Pour rester informés des nouveaux postes vacants, les utilisateurs peuvent créer une notification par mail et enregistrer la recherche, y compris les paramètres de filtrage.

Google affirme ainsi vouloir donner un coup de pouce aux demandeurs d’emploi à un moment où les chiffres du chômage – particulièrement chez les jeunes – repartent à la hausse.

Google déjà très utilisé

Dans les faits, Google est déjà très utilisé par les demandeurs emploi ; 45 % des visiteurs du site du Forem y accèdent via Google. Chez Actiris, on parle d’un tiers. Une étude de Randstad datant de 2019 indique quant à elle que 36 % des Belges utilisent le moteur de recherche comme canal de recherche pour un emploi. C’est presque autant que les sites spécialisés en offres d’emploi et davantage que les réseaux sociaux type LinkedIn ou Facebook.

« Cette collaboration va nous permettre d’amplifier et de démultiplier la diffusion et l’accès aux offres d’emploi, souligne Yves Magnan, directeur général du Forem. C’est important pour un service public comme le nôtre qui travaille sur sa digitalisation depuis des années ». Il rappelle que l’année dernière, le Forem a distribué 530.000 annonces et qu’il y en a pour l’instant 49.900 hébergées sur son site. Même son de cloche du côté d’Actiris. « Ce partenariat va donner plus de visibilité à nos offres et faciliter la recherche d’emploi avec des résultats adaptés en fonction du profil du demandeur. Cela devrait favoriser une meilleure correspondance entre l’offre d’emploi et la demande », explique Caroline Mancel, directrice générale adjointe.

Craintes

Si l’initiative de Google suscite l’enthousiasme des services publics, d’autres acteurs voient celle-ci avec beaucoup de méfiance. C’est le cas de Références, le site emploi du groupe Rossel (Le Soir, Sudpresse…). « Nous collaborons avec Google sur cette initiative parce qu’on n’a pas vraiment le choix, mais nous ne la voyons pas d’un bon œil, explique Derek D’Ursel, responsable de References.be. Pour l’instant, Google affiche nos offres d’emploi sans se rémunérer mais on connaît la musique. Dans trois ans, il viendra nous dire qu’il faut payer si on veut que nos annonces apparaissent en tête de liste. Il a déjà fait la même chose pour le voyage. Il investit des niches rentables du marché du “search” en vue de monétiser ses audiences. Au final, Google – qui est un simple agrégateur – va venir capter la valeur de ce marché sans rien créer lui-même ».

Négociations fédérales: les deux scénarios en cas d’échec de la Vivaldi

Ce lundi, le Roi a refusé la démission des deux préformateurs, Egbert Lachaert (VLD) et Conner Rousseau (SP.A). Quarante-huit heures pour sauver la Vivaldi...
Ce lundi, le Roi a refusé la démission des deux préformateurs, Egbert Lachaert (VLD) et Conner Rousseau (SP.A). Quarante-huit heures pour sauver la Vivaldi... - Belga.

Scénario 1 : un retour de la N-VA ? Peu probable, mais…

Si la Vivaldi échoue (la formule testée jusqu’à présent, comme sa variante avec le CDH à la place du MR) et pour éviter absolument de retourner aux urnes, est-il pensable de recadrer les négociations fédérales en ramenant la N-VA dans le jeu ? De revenir, en quelque sorte, à l’entente Paul Magnette-Bart DeWever comme base de nouvelles discussions visant à composer une majorité sans le MR ?

Les deux avaient avancé en août dernier. Le CD&V et le CDH étaient partants, ils avaient rejoint PS, SP.A et N-VA dans l’aventure. A laquelle libéraux et écologistes, cependant, avaient mis fin, signifiant ensemble, on s’en souvient, leur refus de jouer dans la pièce.

Près de deux mois plus tard, les verts d’Ecolo-Groen pourraient-ils se raviser, et envisager cette fois de s’engager dans cette configuration exceptionnelle ? On n’y est pas. Le scénario est tout théorique. Un président de parti francophone ponctue pour nous : « Je n’y crois guère, c’est mort. »

Scénario 2 : Le retour aux urnes ? Ça se précise

Au lendemain des élections du 26 mai 2019, vu les résultats, l’écart entre les paysages politiques au nord (qui a voté majoritairement à droite) et au sud (majoritairement à gauche), beaucoup tablaient d’emblée sur un retour aux urnes. Nous avions rendu compte d’un entretien en coulisse entre plusieurs responsables politiques, un président parmi eux, qui concluaient tous à l’impossibilité de constituer un gouvernement fédéral stable dans ces conditions…

De fait, après de longs mois riches en missions royales de tout genre en 2019, pas même la crise du Covid début 2020, qui semblait pouvoir pousser à l’une ou l’autre forme d’entente plus ou moins « nationale », n’aura permis de débloquer la situation. Le rapprochement N-VA/PS (le fameux duo DeWever-Magnette) au cœur de l’été, non plus, qui avait laissé accroire à un possible grand accord Nord-Sud. Enfin, les négociations Vivaldi, un peu de la dernière chance, se traînent, donnent à voir surtout les divisions, pour le dire modérément, entre partis et entre présidents.

Alors ? Alors le scénario électoral revient en force. On entend : « Ne serait-il pas plus sain démocratiquement, après tous ces affrontements et ces échecs, de rendre la parole au citoyen-électeur ? »… Oui, docteur. Sauf que les pires prévisions circulent pour ce qui concerne le nord du pays, où le Vlaams Belang rêve de transformer son succès dans les sondages en victoire aux élections. L’on pressent une crise de régime dans ce cas – si l’on n’y est déjà. Reste que, la peur au ventre peut-être, les formations démocratiques mesurent le risque, mais, aujourd’hui, n’excluent plus un retour aux urnes, par la force des choses. Début novembre, on en parle.

Commission spéciale Covid: «L’Europe avait un rôle à jouer dans la gestion de la crise»

Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem
: «
L’ECDC avait un rôle à jouer (…) mais l’Europe n’est pas une Europe de la santé
».
Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem : « L’ECDC avait un rôle à jouer (…) mais l’Europe n’est pas une Europe de la santé ». - Photo News.

Quel cap le fédéral a-t-il suivi entre janvier et juin, celui que lui indiquait l’OMS, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) ou ses propres experts ? Qui avait la boussole en main ?

Devant la commission spéciale Covid, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, Yves Van Laethem, et son homologue Steven Van Gucht ont décrit les rouages de la gestion de la crise sanitaire mondiale et ont évalué l’impact des décisions prises par les deux institutions, européennes et internationales, que sont l’OMS et l’ECDC sur la population belge.

Interrogé sur le rôle de l’OMS, qui fait face à de nombreuses critiques en raison de ses recommandations tardives ou contradictoires, Yves Van Laethem s’est refusé à lui jeter la pierre. Selon le clinicien, « on peut critiquer l’OMS qui, à l’époque de la grippe aviaire, annonçait une catastrophe à l’horizon qui n’est finalement pas arrivée » mais on ne peut lui reprocher « d’avoir attendu quelques jours pour signaler le problème majeur ».

« Habituellement on ne détecte que les cas graves et la partie immergée de l’iceberg », a complété Steven Van Gucht. « Dans ce cas-ci, c’est différent. A Wuhan, le taux de décès était de 3 ou 4 % mais en Italie, on a vécu la situation inverse : le pourcentage de décès était très élevé, de l’ordre de 10 %. A ce moment-là, l’OMS n’était effectivement pas favorable aux restrictions de voyage même si l’Italie l’avait décidé de façon individuelle par rapport aux voyageurs chinois. C’est aussi ce qu’a fait Trump. En Belgique, on n’était pas en position de fermer les frontières seul. Quoi qu’il en soit, c’était déjà trop tard. Ça n’aurait rien changé, d’autant que les compatriotes revenant de ces zones pouvaient aussi amener le virus dans le pays ». « A ce moment-là », a précisé le virologue, « on ignorait aussi le risque que représentaient les sujets asymptomatiques ».

On peut par contre reprocher à l’OMS sa déclaration tardive de pandémie le 11 mars. Les jours suivant, on interdisait les visites dans les homes, on fermait les écoles, les magasins… « Pour nous, il y avait déjà une situation de pandémie. L’impact a été plus important pour les responsables politiques qui ont abordé les choses avec plus de sérieux ». Peut mieux faire aussi en ce qui concerne la communication autour des masques, passés de déconseillés à indispensables.

« L’OMS a-t-elle eu raison ou tort ? On peut en discuter mais en tout cas elle a, à chaque fois, adopté une position concrète et claire ». À l’opposé de l’ECDC qui s’est montré trop neutre, trop prudent dans ses analyses de risque « entre deux chaises », ont jugé Steven Van Gucht et Yves Van Laethem. L’organe chargé de préparer les mesures, de les harmoniser et d’organiser la coordination entre les labos européens rend également des avis, ce qui « fait peut-être doublon » avec l’OMS. « Cela nous a menés dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. L’ECDC avait un rôle à jouer (…) mais l’Europe n’est pas une Europe de la santé ».

Quel cap le fédéral a-t-il suivi entre janvier et juin, celui que lui indiquait l’OMS, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) ou ses propres experts ? Qui avait la boussole en main ?

Devant la commission spéciale Covid, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, Yves Van Laethem, et son homologue Steven Van Gucht ont décrit les rouages de la gestion de la crise sanitaire mondiale et ont évalué l’impact des décisions prises par les deux institutions, européennes et internationales, que sont l’OMS et l’ECDC sur la population belge.

Interrogé sur le rôle de l’OMS, qui fait face à de nombreuses critiques en raison de ses recommandations tardives ou contradictoires, Yves Van Laethem s’est refusé à lui jeter la pierre. Selon le clinicien, « on peut critiquer l’OMS qui, à l’époque de la grippe aviaire, annonçait une catastrophe à l’horizon qui n’est finalement pas arrivée » mais on ne peut lui reprocher « d’avoir attendu quelques jours pour signaler le problème majeur ».

« Habituellement on ne détecte que les cas graves et la partie immergée de l’iceberg », a complété Steven Van Gucht. « Dans ce cas-ci, c’est différent. A Wuhan, le taux de décès était de 3 ou 4 % mais en Italie, on a vécu la situation inverse : le pourcentage de décès était très élevé, de l’ordre de 10 %. A ce moment-là, l’OMS n’était effectivement pas favorable aux restrictions de voyage même si l’Italie l’avait décidé de façon individuelle par rapport aux voyageurs chinois. C’est aussi ce qu’a fait Trump. En Belgique, on n’était pas en position de fermer les frontières seul. Quoi qu’il en soit, c’était déjà trop tard. Ça n’aurait rien changé, d’autant que les compatriotes revenant de ces zones pouvaient aussi amener le virus dans le pays ». « A ce moment-là », a précisé le virologue, « on ignorait aussi le risque que représentaient les sujets asymptomatiques ».

On peut par contre reprocher à l’OMS sa déclaration tardive de pandémie le 11 mars. Les jours suivant, on interdisait les visites dans les homes, on fermait les écoles, les magasins… « Pour nous, il y avait déjà une situation de pandémie. L’impact a été plus important pour les responsables politiques qui ont abordé les choses avec plus de sérieux ». Peut mieux faire aussi en ce qui concerne la communication autour des masques, passés de déconseillés à indispensables.

« L’OMS a-t-elle eu raison ou tort ? On peut en discuter mais en tout cas elle a, à chaque fois, adopté une position concrète et claire ». A l’opposé de l’ECDC qui s’est montré trop neutre, trop prudent dans ses analyses de risque « entre deux chaises », ont jugé Steven Van Gucht et Yves Van Laethem. L’organe chargé de préparer les mesures, de les harmoniser et d’organiser la coordination entre les labos européens rend également des avis, ce qui « fait peut-être doublon » avec l’OMS. « Cela nous a menés dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. L’ECDC avait un rôle à jouer (…) mais l’Europe n’est pas une Europe de la santé ».

Négociations fédérales: la crise de trop

Négociations fédérales: la crise de trop
Belga

Les préformateurs sont sommés de poursuivre. Malgré tout. Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A) se sont rendus au Palais lundi peu après 17 heures pour avouer au Roi leur impuissance à donner vie à la Vivaldi, cette présumée coalition associant 7 formations, à savoir : Open VLD, SP.A, MR, PS, Groen, Ecolo, CD&V. Un président de parti nous confiait avant le communiqué royal : « Il n’y a de consensus sur rien, pas même sur la prolongation des préformateurs, on ne sait pas où ça va »… Quelques minutes plus tard, le Palais expédiait : « Les préformateurs ont remis leur démission au Roi. Le Roi a refusé leur démission et leur a demandé de poursuivre leur tâche. Le Roi demande à tous les partis concernés de rétablir au plus vite la confiance. Les préformateurs feront à nouveau rapport au Roi au plus tard le mercredi 23 septembre ».

Les deux devaient en principe transmettre ici leur rapport final, et soumettre le nom d’un ou d’une formateur-formatrice en vue de mettre sur pied un gouvernement Vivaldi pour le 1er octobre. On est loin du compte. Mais ils restent aux commandes. Ils ont 48 heures pour tenter de tirer le pays de la crise noire.

A quoi s’attendre ? La Vivaldi est morte, vive la Vivaldi ?

Empêcheur de résoudre la crise

Les discussions à sept dimanche, jusque dans la soirée, puis les réunions (surtout des bilatérales) durant plusieurs heures lundi, avant l’entrevue au Palais, ont donné à voir (nos précédentes éditions) de profondes divisions entre les partis et entre les hommes. Comme on le sait, Georges-Louis Bouchez (MR) est à l’épicentre. Son interview fracassante dans Humo (en substance : Sophie Wilmès sera Première ministre, Paul Magnette n’est pas fiable, l’accord de gouvernement sera plus à droite que celui négocié par Magnette et de Wever en juillet…), également son comportement à la table des négociations, ses exigences (en termes programmatiques, aussi pour ce qui concerne le casting et le Seize) sont la cible de critiques convergentes, certainement du côté socialiste. A tel point, en tout cas, qu’après s’être réuni en bureau politique lundi matin, le SP.A a fait savoir qu’il n’entendait plus discuter avec le MR de Georges-Louis Bouchez, décrit comme un empêcheur, depuis de longs mois, de résoudre la crise.

SP.A et PS produisent en gros le même réquisitoire à cet égard, celui-ci en l’occurrence : « Georges-Louis Bouchez avait dit non à la tripartite classique, barré l’entente N-VA-PS, maintenant il règle son compte à la Vivaldi… Il sabote le travail à chaque étape. Tout ça pour maintenir le gouvernement Wilmès et, on peut s’interroger gravement maintenant, peut-être pour aller aux élections. » Mais le président du MR n’est pas le seul visé par les critiques : certains pointent le comportement « problématique » de Conner Rousseau, qualifié d’« immature ».

« Certains tentent de me viser »

Côté libéral, le bureau de parti unanime a réaffirmé, lundi, « sa volonté absolue, dans l’intérêt du pays, de travailler pour arriver ‪d’ici au 1er octobre à un accord gouvernemental ». Demandant que « l’attention se porte sur la résolution des points de fond avancés par tous les partis, en ce compris les lignes libérales portées par le MR » et appelant à « un climat de confiance et de sérénité ». Un communiqué sans aspérité. Georges-Louis Bouchez confiant simplement, avant la rencontre : « Certains tentent de me viser. » Les libéraux insistant sur la résolution des « problèmes de fond » plutôt que de s’attarder sur les questions de personnes.

Reste que la confiance entre partenaires est au plus bas. Les préformateurs peuvent-ils recoudre ? Conner Rousseau, président du SP.A, est-il à même de faire se raviser son bureau politique à propos du MR ? C’est le sens des entretiens que le socialiste et le libéral flamand auront dans les prochaines heures, avant mercredi, nouveau deadline pour la Vivaldi. Dans une conférence de presse, lundi soir, Conner Rousseau déclarait : « Il me semblait impossible, ce matin, de réparer cette confiance, mais si le Roi le demande, je veux bien essayer de rendre cet impossible à nouveau possible. » Pour cela, « il faudra des signaux très forts de certains », ajoute-t-il le regard tourné vers le MR. Espérant qu’il n’y aura plus de « petits jeux et de sabotage ».

Avec le CDH ? « C’est jouable »

Quarante-huit heures pour rétablir une confiance jamais complètement installée entre certains partenaires, voilà qui tiendrait de l’exploit. Voilà pourquoi certains pensent déjà à d’autres scénarios (lire ci-dessous). Outre que la Vivaldi a une variante. En effet, si les sept présidents concernés devaient échouer à trouver un terrain d’entente, alors : pourquoi pas le CDH ?… L’hypothèse est envisagée dans plusieurs états-majors, à coup sûr côté socialiste : inviter le CDH de Maxime Prévot à se substituer au MR dans les négociations… Total : 78 sièges à la Chambre, contre 87 avec le MR, sur 150. C’est jouable. Et, notent certains, « ça rééquilibrerait un peu la coalition entre ses composantes francophone et néerlandophone ».

L’éviction du MR serait un séisme, on s’en doute. Pour son président aussi, Georges-Louis Bouchez. Cela d’autant plus que la formation libérale-réformatrice pourrait, dans la foulée, se voir ravir sa place également à l’étage wallon, par le CDH donc, qui rejoindrait le PS et Ecolo pour former une nouvelle équipe Di Rupo. Là encore, c’est pure fiction à ce stade. Mais on en parle. Et la perspective, on s’en doute, ne réjouit pas dans les rangs bleus. Qui espèrent que le lien familial avec l’Open VLD pourra être maintenu. Car pour évincer le MR au profit du CDH, il faudrait que les libéraux flamands acceptent de monter au gouvernement sans leur frère francophone. Ce qu’ils ont refusé en juillet durant la tentative PS-N-VA. A l’heure d’écrire ces lignes, les liens bleus résistaient…

« Vu le niveau d’énervement et de tension », conclut un proche des négociations, « il fallait bien 48 heures pour apaiser les choses et ramener la sérénité. Puis conclure à l’avancée ou à l’échec de la Vivaldi. »

Enseignement supérieur: le refus d’inscription en haute école est illégal

Le refus d’inscription touche notamment le paramédical en raison de la difficulté d’organiser des stages pour tous.
Le refus d’inscription touche notamment le paramédical en raison de la difficulté d’organiser des stages pour tous. - D.R.

A la Fédération des étudiants francophones (FEF), en ce début d’année c’est le branle-bas de combat autour des habituels recours, des actions sur la finançabilité, de l’accès au logement et d’un phénomène qui prend de l’ampleur : les refus d’inscriptions en haute école. Des refus qui se font parfois oralement, parfois par écrit, parfois tout simplement sur le site web de l’école.

L’une d’elle prévient d’ailleurs depuis des mois et justifie : Attention ! En raison du succès de cette formation, soyez prévoyant et ne tardez pas dans vos démarches. Les inscriptions peuvent être limitées à tout moment pour des raisons d’organisation, d’infrastructure et/ou de sécurité dans les locaux ».

Il ne fait pas de doute en effet que les locaux ou le matériel technique disponible ne sont pas toujours dimensionnés pour absorber une hausse d’inscrits. C’est particulièrement le cas dans le paramédical, les sections techniques, l’agronomie…

Pratique illégale

« Cette pratique de refus d’inscription pour manque de place se répand dans l’enseignement supérieur », assure la FEF : « Des étudiants reçoivent des mails de la part des établissements leur faisant savoir qu’ils vont d’abord calculer le nombre d’étudiants avant de pouvoir leur fournir une confirmation d’inscription. Ils les mettent donc sur une liste d’attente. Parfois l’établissement va même jusqu’à conseiller à l’étudiant de trouver un plan B. D’autres assurent que cette pratique est tout à fait légale, d’autres encore ne communiquent que par téléphone, ne laissant aux jeunes aucune chance de pouvoir faire un recours contre la décision. »

L’un d’eux témoigne : « Je voulais changer d’école pour me consacrer à ma passion en lien avec les animaux. Mon inscription dans la haute école de mon choix a été refusée par manque de place : le secrétariat m’a informé qu’il y avait déjà trop d’étudiants par rapport aux capacités d’accueil et m’a redirigé vers d’autres lieux. »

Quoi qu’il en soit, ces pratiques sont illégales en regard du décret Paysage organisant l’enseignement supérieur. Ce texte légal stipule exclusivement deux situations pour lesquelles un établissement peut refuser une inscription. Un, l’étudiant a fait l’objet, dans les trois années académiques précédentes, d’une mesure d’exclusion d’un établissement d’enseignement supérieur pour des raisons de fraude à l’inscription ou de fraude. Deux, l’étudiant est considéré comme non finançable (au terme d’une série d’échecs).

Ajoutons toutefois un autre cas de figure : une inscription est impossible pour ceux qui échouent aux examens d’entrée des études d’ingénieur, de médecine, de dentisterie et des études artistiques. Idem pour l’accès à la seconde année des études vétérinaires en cas de mauvais classement au concours.

Des difficultés réelles

Interpellés récemment par des étudiants, les commissaires du gouvernement affectés aux hautes écoles ont levé tout doute dans un courriel adressé à qui de droit : « La crise sanitaire que nous connaissons, et ses conséquences sur la difficile organisation des enseignements, n’autorise nullement les établissements d’enseignement supérieur à refuser l’inscription d’étudiants qui remplissent les conditions de régularité et de finançabilité. Nous n’avons évidemment jamais envoyé de recommandation en ce sens. Si des étudiants devaient essuyer de tels refus, qu’ils s’adressent preuve à l’appui au commissaire/délégué de leur établissement, qui interviendra directement auprès de celui-ci. »

Dans une haute école bruxelloise, on confirme. « Il nous est arrivé de pratiquer de la sorte et c’était d’ailleurs inscrit dans notre règlement général des études. Le commissaire du gouvernement nous a précisément fait remarquer l’impossibilité de maintenir cette disposition, nous avons donc obtempéré ». Les difficultés pour la haute école en question n’en restent pas moins réelles : capacité limitée des locaux, souci de sécurité et, surtout, difficulté de prévoir les stages obligatoires pour tous les étudiants.

Obligations à respecter

De son côté, la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny (MR) insiste : « Il n’est pas autorisé pour un établissement de restreindre l’inscription à des étudiants, sauf bien entendu pour les conditions mentionnées dans le décret Paysage », dit son porte-parole.

« La Ministre tient à rappeler aux établissements la nécessité de respecter scrupuleusement leurs obligations légales, afin de permettre à tous les étudiants d’entamer le cursus de leur choix. Elle tient également à souligner que si un étudiant devait faire face à une telle situation, il doit immédiatement prendre contact avec les commissaires et délégués de gouvernement, qui feront respecter la législation. »

Coronavirus: les auto-tests finalement autorisés mais vivement déconseillés

Les auto-tests Covid n’ont pas du tout la fiabilité des tests pour diabétiques.
Les auto-tests Covid n’ont pas du tout la fiabilité des tests pour diabétiques. - Belgaimage

L’annonce est passée un peu inaperçue mais, depuis le week-end dernier, il est autorisé de vendre et d’acheter des auto-tests en Belgique. On parle de ceux qui permettent de savoir si on a contracté une immunité au coronavirus via le prélèvement d’une goutte de sang au bout du doigt par exemple. Ces tests sont donc désormais autorisés après avoir été interdits pendant six mois. Mais les autorités sanitaires insistent : autorisé ne veut pas dire « conseillé ». Dans un communiqué un peu alambiqué, l’Agence fédérale des médicaments et produits de santé (AFMPS) met clairement la population en garde contre une mauvaise interprétation des résultats : « Ces tests ne déterminent pas si la personne souffre d’une infection active. Ils sont moins fiables que les tests similaires effectués sur un échantillon sanguin dans les laboratoires cliniques. »

Contactée par Le Soir, la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) ne dit pas autre chose : « Nous déconseillons fortement ce type de test », insiste son porte-parole. « Leur utilité est très limitée, pour ne pas dire inutile. Sans l’opinion d’un médecin dans un cadre diagnostique, ce test n’apporte pas grand-chose. » Et d’insister : « Faites attention ! »

Pourquoi les autoriser, finalement ?

Entendu, mais alors pourquoi les autoriser ? Surtout qu’il y a une dizaine de jours à peine, la même Maggie De Block assurait au Soir que l’interdiction des auto-tests allait être prolongée. « On n’avait plus le droit de les interdire », résume son cabinet. « Les règles européennes de libre circulation jouent et nous ne sommes plus dans l’urgence. » Car l’interdiction, datant du mois de mars, avait placé notre pays dans une situation d’exception. Cela fait d’ailleurs déjà des mois que les Belges vont se faire piquer le bout du doigt en France ou aux Pays-Bas.

C’est l’AFMPS qui avait convaincu Maggie De Block de faire passer un arrêté royal, via les pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement Wilmès, dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus. Même si les indicateurs actuels ne sont pas bons, on est désormais hors du cadre des pouvoirs spéciaux. Il n’était donc apparemment plus possible de prolonger l’interdiction au motif de l’urgence, à moins de passer la procédure habituelle qui implique le Conseil d’Etat et des délais très longs.

Des anticorps ? Et alors !

On l’aura compris, les autorités sanitaires ont été contraintes et forcées d’autoriser la mise sur le marché des auto-tests. A ne pas confondre avec les « tests rapides ». Similaires dans leur fonctionnement, ces derniers ne peuvent être utilisés que dans un cadre médical, c’est même écrit sur la notice. La société liégeoise ZenTech, dont on a beaucoup parlé ces derniers mois vu son conflit avec l’Etat belge, propose par exemple des tests rapides et pas des auto-tests (du moins pour le moment). « Les tests rapides sérologiques sont vraiment censés être des tests d’orientation », explique Sophie Quoilin, épidémiologiste chez Sciensano. « Même si on voit qu’on a des anticorps, ce qu’il faut se dire c’est : “Et alors ?” Il y a beaucoup de faux positifs et cela ne veut pas dire qu’on doit arrêter de pratiquer les gestes barrières ou de porter le masque. Recommander un auto-test n’aurait aucun sens. »

Les experts insistent : c’est aussi un gaspillage d’argent pour le citoyen. Le prix attractif, autour des 10 euros, parfois moins, reste assez élevé vu la faible utilité. Surtout qu’une étude publiée la semaine dernière par Sciensano démontrait qu’à peine 6 % des Belges auraient développé une immunité au coronavirus. Il y a donc 94 % de chance que votre test soit négatif…

Il y a donc peu de raison de se mettre à la recherche d’un auto-test dès la fin de la lecture de cet article. On ne pourra toutefois pas vous en empêcher. En tout cas, bonne chance. Il n’existerait actuellement aucun test de ce type disponible sur le marché belge. C’est logique vu l’interdiction de ces six derniers mois. Pour vendre chez nous, il faudra passer par un organisme indépendant européen. Or, ces derniers seraient débordés. Les procédures vont donc prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Commerce : le déclin des centres-villes frôle le point de non-retour

A Charleroi, l’ouverture de Rive Gauche en 2017 a contribué à désertifier la rue de la Montagne, autrefois très commerçante.
A Charleroi, l’ouverture de Rive Gauche en 2017 a contribué à désertifier la rue de la Montagne, autrefois très commerçante. - Photo News.

Le confinement et la Covid-19 ont-ils eu un impact sur l’attractivité commerciale des centres-villes wallons ? La question a inspiré le baromètre annuel dressé par l’Association de management des centres-villes (AMCV) qui, sur la base d’une méthodologie constante depuis plus de quinze ans, ausculte la santé commerciale des cœurs urbains du sud du pays.

Cette méthodologie consiste à mesurer la densité commerciale (le nombre de bâtiments commerciaux d’un périmètre par rapport au nombre global de bâtiments de ce même espace) et le taux de cellules vides recensé dans cette zone prédéfinie. Une démarche qui, cette année, a donné lieu à une petite surprise. Ainsi, à Charleroi, « il faut désormais parler non pas d’un centre-ville mais de deux », constate Jean-Luc Calonger, président de l’AMCV et professeur retraité de géographie commerciale.

La raison en est simple : lors des précédents comptages, la rue de la Montagne, colonne vertébrale du centre-ville, établissait un lien entre Ville Haute et Ville Basse. Une continuité qui a disparu, ce qui explique pourquoi l’intra-ring carolo abrite à présent deux zones commerciales distinctes et autonomes.

Les habitudes changent

Cette scission a pour conséquence que la métropole carolo dégringole au classement du commerce urbain wallon. En 2019, elle était encore en 2e position derrière Liège. Un an plus tard, le cœur commerçant de la Ville Basse n’arrive qu’en 5e position, également devancé par Namur, Tournai et Mons. Des villes où la situation s’est relativement dégradée, parfois peu (à Louvain-la-Neuve, Namur ou Liège), parfois sérieusement (comme à Châtelet ou Verviers), parfois de manière impressionnante (comme à Beauraing, où le taux de cellules vides est passé de 4,5 à 16,5 % en un an).

La faute à la Covid ? « Non, explique Jean-Luc Calonger. Le confinement n’a pas encore eu de répercussion sur le nombre de cellules vides car les commerçants ont pu bénéficier de la prime wallonne, du droit-passerelle et du chômage économique. Son véritable impact ne se marquera probablement qu’à partir de janvier. »

Par contre, ajoute-t-il, « certains changements dans les habitudes de consommation sont déjà perceptibles ». Cela peut-être le fait de se tourner vers les circuits courts mais c’est aussi, plus simplement, le fait de se rendre moins souvent dans les magasins (où il faut être masqué) ou de ne plus renouveler deux à trois fois par saison sa garde-robe comme le propose la « fast fashion ». « Durant le confinement, les gens se sont habitués à acheter moins de vêtements, par exemple », relève l’expert de l’AMCV. Les achats en ligne ont également explosé.

Le danger de l’offre périphérique

En réalité, ce que constate l’AMCV, c’est une dégradation globale de l’attractivité commerciale des grands centres-villes, entre 2005 et 2020. Et Jean-Luc Calonger de pointer un grand responsable : le centre commercial périphérique. « On n’a jamais cessé d’en construire depuis quinze ans », constate-t-il en citant des exemples ici de mall, là-bas de retail park.

Au niveau des implantations en centre-ville, l’ouverture de Rive Gauche en 2017 à Charleroi a renforcé indéniablement l’offre de la Ville basse tout en faisant migrer l’hypercentre de la rue de la Montagne vers la place Verte en y aspirant les commerces, tandis qu’à Mons, l’extension des Grands Prés, la même année, a relancé ensuite à la hausse le taux de cellules commerciales vides dans le centre de Mons : tombé à 21,5 % en 2018 avec l’arrivée de Primark, il est à présent de 27,9 %. « Là où les centres-villes se portent encore bien, c’est surtout parce qu’il n’y a pas encore d’offre périphérique surdimensionnée », note-t-il.

Au bout du processus

Mais loin de répéter un constat déjà dressé par le passé – et qui n’a pas modifié d’un iota la politique mise en œuvre par les gouvernements wallons successifs –, Jean-Luc Calonger s’inquiète : « Nous sommes arrivés au bout d’un processus. » Il entend par là que certains centres urbains ont été à ce point vidés de leurs enseignes « shopping », remplacées au mieux par du commerce de proximité, qu’ils ne peuvent même plus prétendre au statut de centre commerçant.

A Eupen, Marche-en-Famenne ou Andenne, le taux de commerces de proximité (salon de coiffure, boulangerie, etc.) est supérieur à 50 %, tandis que celui concernant des activités de divertissement et d’équipement de la personne (comme la mode) y est respectivement de 21,9 %, 16,1 % et 17,1 %.

L’autre élément qui nourrit ce raisonnement, c’est la récession qui va probablement frapper l’immobilier commercial : les banques sont moins prêteuses pour des projets imposants car le nombre d’enseignes va baisser avec la crise, tandis qu’une partie des consommateurs est en recherche d’autres types de consommation… L’ère des malls et autres shopping-centers mastodontes touche peut-être à sa fin. Les centres-villes pourraient peut-être en tirer profit de ce retour de balancier pour régénérer leur tissu commercial, en accueillant notamment ces nouveaux commerçants du web en quête d’un point de vente physique et des enseignes locales tournées vers le qualitatif. Du moins, ceux qui le peuvent encore.

La FEB: «Nous avons besoin d’un gouvernement très vite»

Le secteur des voyages est particulièrement touché par le chômage temporaire.
Le secteur des voyages est particulièrement touché par le chômage temporaire. - BELGA.

Comment se porte l’économie ? La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a voulu répondre à cette question en examinant les chiffres du chômage temporaire qui lui parviennent semaine après semaine. Et ceux-ci sont particulièrement parlants.

Sans surprise, l’examen des données mensuelles montre un pic atteint en avril, avec 1,233 million de salariés du privé placés (près de 40 %) en chômage temporaire pour cause de force majeure Covid-19. Soit bien plus qu’en mars (32 %) et en mai (31 %). Durant ce mois de confinement, 57 % des chômeurs temporaires furent d’ailleurs à l’arrêt entre 13 et 19 jours (23 %) ou 20 jours (et plus) (34 %). « Sachant qu’il y a pas mal de travailleurs à temps partiel parmi ceux-ci, on peut estimer que plus d’un salarié du privé sur deux était à l’arrêt tout le mois d’avril », analyse Edward Roosens (Chief Economist de la FEB). A titre de comparaison, ils étaient 92 % (mars) et 70 % (mai) à avoir chômé un maximum de 12 jours sur le mois.

L’analyse des données hebdomadaires et journalières permet encore d’affiner l’analyse. On y découvre ainsi que durant les semaines d’avril, près d’un tiers des salariés du privé se trouvait en situation de chômage temporaire (33,3 % la première semaine d’avril) durant au moins une journée. Soit près d’un million de personnes. Et le pic a été atteint le vendredi 3 avril, jour où 825.000 ouvriers et employés du privé étaient à l’arrêt. Le samedi 4 avril (161.000 personnes) et le dimanche 5 avril (52.000) complètent ce point haut de la crise, sachant que le nombre de travailleurs susceptibles d’être placés en chômage le week-end était moins élevé. D’une manière générale, le jeudi et le vendredi étaient les jours les plus « chômés ».

Ces données « lissées » sur la semaine et sur le week-end confirment ce paroxysme puis la décrue amorcée en mai, avec la reprise progressive du travail dans les entreprises (le 4), les commerces (le 11) et les métiers de contact (le 18) puis dans l’horeca (le 8 juin).

Un risque accru de faillites

Le Chief Economist de la FEB pointe tout de même cette stagnation du chômage temporaire durant l’été. Le point le plus bas est atteint la semaine du 5 août, où 119.000 salariés (3,76 %) chômaient encore dans le secteur privé, avant une légère hausse des statistiques. « Malheureusement, dans les dernières semaines d’août, nous avons constaté un retour à la hausse du chômage temporaire jusqu’à 125.000 personnes ou 3,95 %, conséquence de l’important regain d’intensité des contaminations à Anvers et à Bruxelles », souligne Edward Roosens. Et depuis lors, on ne peut plus parler de décrue, les données hebdomadaires montrant que 6,1 % des salariés du privé sont toujours contraints à l’inactivité.

La FEB a également voulu mesurer le nombre de jours de travail perdus, en multipliant l’emploi sectoriel par le nombre de jours ouvrables puis en faisant le rapport avec le nombre de jours chômés par secteur. Une manière de mesurer l’impact économique de la Covid sur chaque secteur. Sans surprise, le transport aérien (99,71 % de jours chômés en mai) ; l’horeca (88 %) et les activités sportives, culturelles et artistiques (80,3 %) sont frappés de plein fouet. En moyenne, en mai, 84,1 % des jours n’avaient pas été prestés dans ces cinq secteurs, pour 17,7 % dans le reste des branches du secteur privé. Et sur l’ensemble de la séquence mars – août, 19,8 % des jours ouvrables ont été chômés dans les secteurs les plus touchés, pour 3,9 % dans le reste de l’économie.

Mais d’autres souffrent également de l’arrêt des activités ou des conditions strictes de redémarrage. Comme la fabrication de textiles et l’industrie de l’habillement (59,86 %) qui, dans notre pays, reste concernée par la confection de vêtements professionnels mais aussi de bâches pour camion. Ou les entreprises proposant du matériel en lien avec le transport de personnes ou de marchandises (51,88 % des jours chômés en avril ; 26,97 % en août). Ou les agences de voyages (67,79 %). « En août, un tiers des jours était perdu et deux tiers étaient encore prestés, pour un chiffre d’affaires très limité, s’inquiète Edward Roosens. Ce secteur risque d’être très vite confronté à des problèmes de liquidités. »

Raison pour laquelle la FEB attend du prochain gouvernement des mesures de soutien réservées à certains secteurs en difficulté. « Il nous faut au plus vite un gouvernement stable, insiste le Chief Economist. Nous allons au-devant d’une crise de -8 % de l’activité, ce qui va générer des problèmes de solvabilité dans les entreprises. Nous devons craindre des faillites avec, dans les mois qui viennent, une hausse du chômage structurel, alors même que l’on n’a pas résolu la crise sanitaire. Il est urgent d’avoir quelqu’un à la barre du pays. »

La chronique «Alternatives»: «Ce que j’ai dit au procès Charlie»

La chronique «Alternatives»: «Ce que j’ai dit au procès Charlie»

Quelle réflexion vous inspire l’évocation judiciaire de ce massacre ? »

L’autre vendredi, je témoignais au procès Charlie à la demande de l’épouse de l’une des victimes, le dessinateur Tignous. Il avait travaillé, avec moi, à L’Evénement du Jeudi, puis à Marianne, de même que Bernard Maris et Philippe Lançon, défiguré et auteur d’un livre admirable, Le lambeau. Tignous, lumineux de générosité, d’humanité, me rendait presque jaloux tant il pouvait, lui, en quelques minutes, de quelques coups de crayons, exprimer une opinion dont la force démonstrative dépassait souvent en efficacité celle de nos laborieux éditoriaux.

C’est lui qui me convainquit de commander à plusieurs dessinateurs célèbres, pour universaliser le rejet de tout enfermement dogmatico-fanatique, des caricatures non seulement de Mahomet, mais aussi de Jésus et de David. Je dois la vérité de préciser que plusieurs lecteurs chrétiens, pourtant solidaires de Charlie Hebdo, protestèrent à cause des caricatures de Jésus.

Donc, soudain, un avocat me prit au dépourvu en me posant cette question.

Or, j’avais lu, ici ou là, qu’on qualifiait les auteurs du massacre de « barbares ».

« Barbares » ?, lui répondis-je. Donc ce n’est pas de leur faute. Ils n’étaient pas comme nous. Mi-hommes mi-bêtes. C’est leur barbarie qui, en quelque sorte, les avait criminalisés. Cette barbarie était coupable et eux presque innocents.

Le virus du fanatisme

Mais non ! Ce n’étaient pas des barbares. Ils étaient nos semblables. Des « comme nous » qui, comme beaucoup d’autres « comme nous », au cours de l’Histoire, ont été infectés par ce terrible virus, mortel, qu’est le virus du fanatisme. Ce virus, dont les premiers effets sont apparemment superficiels, mais qui peut transformer toute personne à qui on l’a inoculé – toute – en tueur, en massacreur, en génocidaire, dont des millions de juifs, d’infidèles, d’incroyants, de mécréants, de schismatiques, d’hérétiques, de déviationnistes, de révisionnistes, furent victimes et sous les coups desquels tombèrent Henri IV, Lincoln, Jaurès ou Gandhi.

Sacralisation et diabolisation

Mais au cœur de cette saloperie pandémique, que trouve-t-on, toujours, virus dans le virus ? L’effroyable concept de sacrilège ou de blasphème.

Qu’est-ce qu’un blasphème ? Le déni supposé (ce fut un délit, en France, jusqu’en 1830) d’atteinte au sacré. Or, qu’est-ce que le sacré ? Le résultat d’une sacralisation : d’un lieu, d’un mot, d’une image, d’un objet, d’une idée. Qui, au fond, peut sacraliser ? Tout le monde. Les premiers lanceurs de fatwas venus. Que peut-on sacraliser ? N’importe quoi : un être suprême, un présumé créateur, un supposé prophète, mais aussi un morceau d’os – une relique –, un bout de bois – un morceau de la vraie croix –, un poil de la barbe de Mahomet – dont le vol, dans un musée de Calcutta, provoqua un carnage –, une icône, une hostie !

La propriété a commencé quand on a dit : « cela est à moi ! ». Le blasphème, donc le crime, est devenu possible quand on a prétendu : « cela est sacré ».

Un dessin de Picasso représentant Staline fut, en Union soviétique, jugé sacrilège, donc blasphématoire. Le peintre aurait-il été Russe qu’il aurait été exécuté.

Lorsque j’accompagnais la délégation d’Alain Peyrefitte en Chine, un journaliste français arracha, par inadvertance, une page du Petit Livre Rouge. Il dut faire son autocritique publique. S’il avait été Chinois, il aurait été exécuté.

Toute sacralisation induit la diabolisation de l’atteinte au sacré et, donc, la néantisation de la personne qui est censée lui avoir porté atteinte.

Le crime passionnel, comme on dit – tuer, par exemple, l’amant de la femme que l’on aime –, n’est-il pas une forme de sanction d’un sacrilège ? On a porté la main sur une personne que l’on a sacralisée.

La forme absolutiste de l’égotisme

Et, dans tous les cas, ce qu’on sacralise, en fait, ce n’est pas la personne, l’objet, la représentation ou la formule (on a condamné à mort pour remise en cause de la formule « dictature du prolétariat » ou « Allah est grand »), c’est le sentiment exalté et mythifié qu’on porte à cette personne, à cet objet, à cette représentation ou à cette formule. C’est-à-dire, au fond, à soi-même, à soi-même totalement dissout dans cette passion qui, de façon maladive, le magnifie. Je tue parce que je crois ; je tue parce que j’aime. Forme absolutiste de l’égotisme. C’est moins la foi, ici, qui provoque le pétage de plomb que la bêtise.

Les terroristes islamistes, en leurs victimes, dénoncent immanquablement des « croisés ». Or, qui étaient les « croisés » les plus massacreurs ? Des fanatiques qui voulaient venger le Christ dont on avait souillé le supposé tombeau sacralisé.

Comme d’ailleurs les tueurs de Charlie Hebdo prétendirent avoir vengé le Prophète.

Ostende et Waasland-Beveren vivent le rêve américain à la sauce belge

Auteur d’un début de saison encourageant, Ostende a reconstruit son équipe grâce à une nouvelle approche
: un recrutement basé en grande partie sur les statistiques.
Auteur d’un début de saison encourageant, Ostende a reconstruit son équipe grâce à une nouvelle approche : un recrutement basé en grande partie sur les statistiques. - Belga.

Outre le fait qu’ils luttaient à couteaux tirés pour leur maintien avant l’arrêt lié au Covid-19, la saison dernière, qu’ont en commun Ostende et Waasland-Beveren ? L’un et l’autre s’en sont remis tout récemment aux mains d’investisseurs nord-américains soucieux de leur apporter, outre une manne d’argent frais bienvenue, un savoir-faire et une expérience qui pourraient leur permettre d’évoluer vers d’autres zones moins troubles.

Forcément, la question est de savoir ce que cette opération va réellement rapporter à ces investisseurs aux poches déjà bien pleines. En débarquant sur un marché belge complètement différent du leur, ces derniers vont forcément devoir écouter, s’adapter, tâtonner sans aucune garantie de résultats. En clair, comme l’a rappelé Oliver Swolfs, le directeur financier de Waasland-Beveren, ils devront mettre au goût du jour l’adage « Think global, act local ».

Pour les clubs concernés, on peut se demander si ces rachats ne vont pas modifier leur ADN, pour autant qu’il existe encore, et/ou mettre en péril leur pérennité au plus haut niveau du football belge. Là aussi, seule l’épreuve du temps apportera des réponses…

En attendant, l’optimisme semble de mise tant à Waasland-Beveren qu’à Ostende, où l’on se gardera bien de poser un jugement trop hâtif lié à un début de saison : si Waasland-Beveren est avant-dernier avec 3 points, Ostende pointe pour sa part dans la première moitié du classement avec ses 8 unités.

« De nouvelles perspectives »

Mais au fait, qui sont ces investisseurs venus donner un coup de main à des équipes sans charisme, du moins à l’international ? Pour Waasland-Beveren, la bouée de sauvetage « made in USA » n’est arrivée que le 13 septembre dernier, après un printemps et un début d’été rythmés par de multiples rebondissements judiciaires et une issue heureuse, le maintien en D1A via les tribunaux. N’ayant plus aucune ligne directrice depuis longtemps, si ce n’est de faire de l’import-export foireux, le club waeslandien a été repr