Vaccination: la question d’une troisième dose à l’étude

Vaccination: la question d’une troisième dose à l’étude
Reuters.

La campagne de vaccination tourne à plein régime avec la livraison régulière de plusieurs milliers de doses des quatre vaccins disponibles en Belgique, qui va permettre de vacciner jusqu’à 700.000 personnes par semaine. Au total, quelque 3,8 millions de Belges ont à ce jour reçu une première dose, soit 42 % de la population adulte.

La task force vaccination et la CIM Santé voient déjà plus loin en envisageant la possibilité d’une troisième injection d’ici la fin 2021 ou le début de l’année prochaine. La question est actuellement à l’étude : « La probabilité qu’on ait besoin d’une troisième dose est assez élevée car le nombre de variants se multiplie », explique Sabine Stordeur, coresponsable de la task force vaccination. « A l’avenir, avec l’ouverture des frontières, on sera probablement insuffisamment protégés. Cette troisième dose aura une formulation modifiée pour tenir compte des différentes souches en circulation. »

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Une 3e dose pour qui ?

« Il faudra déterminer si les 10 millions de Belges auront besoin de cette troisième dose ou juste les plus fragiles et ceux qui ont peu répondu du point de vue immunitaire », confie Sabine Stordeur. « L’objectif est de pouvoir l’offrir à tout le monde. Mais suivant l’approvisionnement, elle sera injectée en priorité aux personnes à risque, c’est-à-dire qui sont susceptibles de moins bien répondre aux vaccins : globalement, les plus de 65 ans, les patients immunodéprimés ou avec un facteur de risque », détaille pour sa part le professeur Jean-Michel Dogné (UNamur), expert en sécurité vaccinale et membre de la task force vaccination.

Pour lui, il est essentiel d’envisager la question dès maintenant dans une démarche prospective : « Comme tout vaccin nouvellement mis sur le marché, c’est impossible pour le moment d’anticiper la durée de l’immunité. » Sans compter qu’en janvier 2022, cela fera un an que les premières personnes vaccinées en Belgique, dans les maisons de repos et de soin, auront reçu leur première dose. Les personnes ayant reçu le vaccin de Pfizer auront « probablement » besoin d’une troisième dose d’ici six mois à un an, puis sans doute d’une injection chaque année, avait prévenu le patron de la firme américaine Pfizer, il y a tout juste un mois.

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Quelle nécessité ?

« L’objectif est d’anticiper qu’avec le temps, certains vaccins soient moins efficaces, que ce soit parce qu’on perd une partie de l’immunité au fil du temps ou par rapport à de nouveaux variants », poursuit l’expert. « C’est pour ça qu’il faut commander des doses dès maintenant et préparer la suite. La CIM Santé va prendre une décision rapidement concernant l’achat de ces troisièmes doses qui se fera via l’Europe (la Belgique peut prétendre à 2,53 % des commandes), pour pouvoir en disposer à la fin du quatrième trimestre de cette année. »

« Préparer la population à recevoir une dose supplémentaire pour maintenir ou renforcer la protection, c’est très bien. Mais la première priorité aujourd’hui me semble être la protection de ceux qui n’ont pas été protégés efficacement par les deux doses de vaccin, en envisageant dès maintenant l’administration d’une troisième dose et l’approvisionnement en anticorps monoclonaux qui peuvent leur sauver la vie en cas d’infection », pointe le professeur émérite d’immunologie Michel Goldman (ULB).

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Changer l’organisation

Un projet pilote va être réalisé pour voir comment attribuer cette troisième dose de façon plus décentralisée et ainsi réduire le nombre de centres de vaccination. Il n’y en aurait plus qu’un ou deux par province, tandis que les médecins généralistes, les pharmaciens, les infirmiers à domicile ou la médecine du travail prendraient le relais… « Ce sont des pistes qu’on explore en organisant aussi des réunions avec les pays voisins », explique Sabine Stordeur. « On prend les devants déjà maintenant car cela implique de modifier le cadre légal. Un vaccin actuellement ne peut pas être administré par un pharmacien. Il faut donc préparer le terrain juridique. »

« Si les pharmaciens vaccinent en France, c’est parce qu’on a constaté avec la grippe ou d’autres maladies que, quand on passe par eux, on augmente la couverture vaccinale », appuie Jean-Michel Dogné. Michel Goldman considère quant à lui que mobiliser les médecins généralistes est une excellente chose : « Lorsque la pandémie sera sous contrôle, il est essentiel que les médecins reprennent la main. La vaccination est un acte médical qui doit être décidé et réfléchi avec son médecin. C’est lui qui est le mieux à même de conseiller la vaccination et ses modalités en fonction de l’histoire médicale de chacun ». Actuellement, un patient ne peut pas encore simplement aller faire sa piqûre chez le généraliste, car un flacon de vaccin contient plusieurs doses qui doivent être administrées le plus rapidement possible. Mais les choses pourraient changer avec des conditions de stockage améliorées, chez Pfizer notamment.

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Et après ?

« Plus personne ne pense que le virus va disparaître. Il va devenir endémique et revenir en fonction de la saisonnalité, des variants, de nos comportements… L’objectif restera d’avoir un nombre minimum de personnes hospitalisées ou avec des symptômes les moins élevés possibles. On est parti pour des années. Cela veut dire qu’il va falloir une adaptation des vaccins et, comme pour la grippe, protéger les plus fragiles, les plus de 65 ans, les femmes enceintes… », poursuit Jean-Michel Dogné. A minima… « La vraie question, c’est celle-là : est-ce qu’on vaccinera chaque année tout le monde ou seulement les plus à risque en priorité ? » D’où la nécessité aussi de prévoir un système de vaccination efficient qui passe par les médecins généralistes et éventuellement aussi les officines.

Les chaînes de restaurants ont, elles aussi, faim de reprise

Les chaînes de restaurants attendent impatiemment le 9 juin pour, à nouveau, accueillir les consommateurs en intérieur.
Les chaînes de restaurants attendent impatiemment le 9 juin pour, à nouveau, accueillir les consommateurs en intérieur. - Belga.

Elles aussi ont rouvert leurs terrasses ce week-end en composant tant bien que mal avec la météo et avec les consignes sanitaires. Et elles aussi attendent impatiemment le 9 juin pour à nouveau accueillir les consommateurs en intérieur, après sept mois de sécheresse financière. Bref, elles ont faim de perspectives et d’argent frais. Elles, ce sont les chaînes de restauration qui comptent des centaines d’implantations et des milliers de collaborateurs, employés ou franchisés, un peu partout dans le pays.

« Tout comme les établissements horeca gérés par des indépendants, ces chaînes ont également été lourdement impactées par les mesures anti-covid », assure Laura Nivesse, porte-parole de Comeos, la fédération du commerce et des services qui représente les Quick, Burger King, McDonald’s, Lunch Garden et autres Exki, Foodmaker ou encore Le Pain quotidien. « Selon la localisation et le type de restauration, ces établissements ont connu des difficultés plus ou moins sévères, voire catastrophiques, car ils sont restés fermés eux aussi depuis octobre dernier. Certes, une partie d’entre eux a pu pratiquer le take away. Mais ceux qui sont situés dans les centres-villes ont été particulièrement fragilisés par les bureaux vides en raison du télétravail et par la forte baisse de trafic dans les lieux de shopping. Les chiffres sont un peu meilleurs pour les restaurants localisés en périphérie, dont l’activité de menus à emporter a permis de couvrir une partie des coûts fixes, voire de rester à flot. »

Des franchisés plus exposés

C’est que les coûts fixes de ces enseignes sont autrement plus lourds que ceux des restos de quartier, ne fût-ce qu’en raison des loyers pour des espaces très vastes et bien en vue. Sans compter la marchandise, à multiplier par le nombre d’implantations, qui a dû filer à la poubelle au début de chaque confinement. « Mais, à l’échelle de ces grandes entreprises, ces pertes de nourriture ne constituent pas un défi énorme », nuance Gino Van Ossel, professeur de retail à la Vlerick Business School. « Puis, les chaînes ont davantage de facilités de trésorerie que les petits indépendants car elles ont une meilleure assise financière à faire valoir auprès des banques. C’est évidemment moins vrai pour leurs franchisés qui ne disposent pas tous de réserves. Mais si l’un ou l’autre d’entre eux se retrouve en difficulté, cela n’entraîne pas l’ensemble de la chaîne vers la faillite. »

La taille imposante de ces entreprises constitue une force en termes de capitalisation… mais aussi une faiblesse sur le terrain des aides publiques, tant fédérales que régionales, davantage pensées pour les entrepreneurs les plus modestes de l’horeca, ce que ne manque pas de critiquer Comeos. « D’accord, il y a la baisse de la TVA à 6 %. Mais les primes, elles, ne concernent qu’à la marge les entreprises de plus de 50 employés, tout comme les exonérations d’ONSS et les aides aux loyers », souligne Laura Nivesse répétant cette formule mordante de Comeos : « En Belgique, on est sanctionné quand on a réussi et fait grandir ses affaires. » En conséquence et à l’unisson avec les dirigeants de chaînes de restauration que nous avons questionnés, elle attend avec impatience la réouverture de l’intérieur en juin. « Grâce à leur expérience internationale, nos membres s’y connaissent particulièrement bien en ventilation. Ils sont prêts à rouvrir en toute sécurité. » Reste à voir si les consommateurs montreront le même entrain.

Quand les politiques débarquent sur Twitch

Le 1er mai, pour son congrès, le MR avait choisi les réseaux sociaux pour se faire entendre. En plus de Facebook, le live avait également lieu sur Twitch, la plateforme des gamers. Une première qui indique l’utilisation de plus en plus fréquente de ce réseau par les politiciens. En France, le live du 8 mars diffusé sur la plateforme de Samuel Étienne, le présentateur de « Questions pour un Champion », avait rassemblé 87.000 personnes en direct, pour 734.000 vues en différé. Ce soir-là, c’était l’ancien président français, François Hollande, qui était l’invité. En Belgique, des politiciens comme Elio Di Rupo, Georges-Louis Bouchez ou Paul Magnette s’y sont mis.

Twitch, c’est quoi ?

Twitch a été lancé en 2011. Au départ, c’est un réseau social qui permet aux utilisateurs de voir, en direct, une personne jouer à un jeu vidéo. L’avantage : pouvoir partager ses trucs et astuces sur les jeux en question. Mais, depuis son rachat par Amazon en 2014, cette plateforme s’est popularisée au point de compter aujourd’hui 10 millions d’utilisateurs. Un public toujours de niche, certes, mais un public conséquent. De quoi donc attirer les politiciens qui peinent à convaincre la jeunesse et qui vont donc la chercher là où elle se trouve. « La pratique de Twitch par les politiques reste encore assez marginale. Aujourd’hui, ils défrichent le terrain comme quelqu’un qui découvrirait un nouveau continent pour planter un drapeau », explique le professeur en communication politique à l’Ihecs et à Sciences Po Paris, Nicolas Baygert. « Ils vont y chercher de potentiels sympathisants, voire de nouveaux électeurs. Et avoir une audience qu’ils ne retrouvent pas ailleurs. Le public des gamers est intéressant à deux niveaux : son âge mais aussi son audience. Ils sont suivis par de nombreuses personnes. »

Le confinement a accéléré l’utilisation de cette plateforme. Les partis politiques ne savent plus voir leurs militants. Pour rester en contact, ils utilisent donc d’autres moyens de communication. En un an, Twitch est passé de 4 à 10 millions d’utilisateurs. Cette arrivée massive a également conduit à une diversification des contenus. Aujourd’hui, la plateforme n’est plus seulement l’apanage des gamers, rendant la présence des partis politiques moins anachronique.

Pourquoi et comment utilisent-ils Twitch ?

Il y a donc autant une stratégie de communication que de pédagogie dans la démarche des hommes et femmes politiques qui débarquent sur Twitch : faire passer un message qui devient inaudible auprès de la jeunesse et convaincre cette jeunesse par sa modernité. Si les partis comme le PTB et le Vlaams Belang ont autant investi les réseaux sociaux, c’est principalement parce que ces partis avaient moins accès que les autres aux médias traditionnels. Ils ont donc dû trouver d’autres canaux de diffusion. Le succès du Vlaams Belang lors des dernières élections a conscientisé les partis traditionnels qui, depuis lors, ont compris l’importance des réseaux sociaux. « Il y a une volonté de certains partis de ne pas paraître à la traîne mais il ne faut pas investir un réseau social sans une réflexion stratégique et un plan de communication réfléchi », dit Nicolas Baygert. Car un réseau social n’est pas un autre. Débarquer sur Twitch nécessite pour le politicien de s’adapter au code de la plateforme. « Ce qui différencie Twitch d’une autre plateforme, c’est que l’échange se fait en temps réel avec une interaction avec les utilisateurs », explique Baygert. Au MR, si on a choisi Twitch pour le 1er mai, c’est dans une volonté « d’utiliser différents canaux en fonction de la stratégie. Twitch permet d’avoir un contact et un feedback direct avec les citoyens. Cependant, on doit respecter les codes de la plateforme, être à l’écoute du réseau et y aller pas à pas ». Car le risque est finalement de faire fuir vers une autre plateforme la communauté que l’on tente de séduire. Certains utilisateurs de Twitch ont d’ailleurs vite dénoncé la « politisation » de la plateforme. « Les politiciens arrivent sur une plateforme où ils ne sont pas chez eux. Il faut respecter les codes, comme l’a très bien compris la politicienne américaine, Alexandria Ocasio Cortez, qui, lors d’un streaming de jeu en live, a abordé une série de thèmes de manière détournée. Tout en jouant, elle a réussi à transmettre un message. Mais certains intervenants qui n’avaient pas la crédibilité et la connaissance de la plateforme ont donné l’impression de patauger », ajoute Nicolas Baygert.

Margaux De Ré (Ecolo), jeune députée bruxelloise, a même utilisé Twitch pour mener un débat sur la cyber-violence. Elle a retenu de ce débat quelques pistes qui ont nourri un projet de résolution de loi sur la question. « Twitch permet une interaction immédiate et est un petit café du commerce sans le côté péjoratif », explique-t-elle. « Cela permet aussi de longs formats, ce qui est assez inhabituel dans les réseaux sociaux. On peut faire un live de 2-3 heures, sans problème. Mais on ne peut pas utiliser Twitch comme si on était sur un plateau de débat de la RTBF. Le sujet abordé et le contenu doivent aussi s’adapter à la plateforme. Pour moi, qui suis jeune et donc peu connue, c’est plus facile de maîtriser les codes des réseaux sociaux que des médias traditionnels, et même de se faire inviter par des influenceurs que pour un débat TV ».

A Jérusalem, le quartier Sheikh Jarrah est devenu un champ de bataille

Des membres de l’armée israélienne tentent d’arrêter une jeune femme palestinienne dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Ouest, le 15 mai dernier.
Des membres de l’armée israélienne tentent d’arrêter une jeune femme palestinienne dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Ouest, le 15 mai dernier. - AFP

Reportage

On n’avait jamais vu ça, à Sheikh Jarrah. Entre cavalcades effrénées, jets de pierres, grenades assourdissantes et pulvérisation d’eau putride, ce qui était un quartier tranquille passe des nuits fiévreuses. Depuis que le Hamas a lancé des roquettes vers Jérusalem, les militants d’extrême droite israéliens y affrontent de jeunes Palestiniens tous les soirs.

Groupes mixtes de hooligans, suprémacistes juifs et colons, ces groupes appellent ouvertement au meurtre d’Arabes. Peu à peu, ils s’enfoncent toujours plus profondément dans Sheikh Jarrah. Les Palestiniens battent le rappel. Jeudi soir, des centaines d’entre eux viennent de tout Jérusalem pour en découdre. Les affrontements durent toute la nuit, la police intervenant, le plus souvent contre les Arabes.

Ce scénario se répète dans toutes les villes mixtes d’Israël, qui s’enfonce dans des confrontations intercommunautaires. Epuisés par la pression de la colonisation, ulcérés par les attaques contre la mosquée al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam, les jeunes Palestiniens se révoltent. Et c’est à Sheikh Jarrah qu’il a basculé en premier.

La nuit du 22 avril dernier, des activistes de Lehava, un groupe suprémaciste juif, défilent dans Jérusalem en criant : « Mort aux Arabes ! » Ils cherchent à en découdre avec de jeunes Palestiniens. Ceux-ci, en réponse à l’occupation de la porte de Damas par la police israélienne en plein ramadan, partagent des vidéos montrant des provocations vis-à-vis de juifs – quelques claques, des brimades. Les militants juifs cherchent l’affrontement dans la vieille ville de Jérusalem. Mais l’endroit, verrouillé par la police, est inaccessible. Ils fondent alors sur Sheikh Jarrah, par la rue Saint-George.

Un camp de résistance

L’axe connecte l’ouest de Jérusalem, majoritairement juif, à Sheikh Jarrah, à l’est, majoritairement palestinien, annexé par Israël en 1967 et occupé depuis. Si la bataille s’y déroule, c’est parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent y être pris à revers. Elle est bordée par trois grands hôtels israéliens, Leonardo, Olive Tree et Grand court, dirigés par des Israéliens. Destinés aux touristes, ils ont hébergé une clientèle juive pendant la pandémie.

Mais ils ne s’aventurent guère plus loin. Après l’ombre protectrice des hôtels, il faut traverser un rond-point, passer devant la mosquée Sheikh Jarrah et surtout, le moukhayyam Sumud – « camp de la résistance ». Cet immeuble, construit par le Waqf, une fondation religieuse musulmane, accueille depuis 1996 une trentaine de familles palestiniennes expulsées de Jérusalem-Est. Le bâtiment ressemble à une citadelle sombre posée au bord de la route. « Du toit, on a des guetteurs. Dès que la police ou des colons arrivent pour nous attaquer, on appelle tout le quartier. On court après les militants d’extrême droite en criant Allah Akbar, ça les effraie, même pas besoin de lancer des pierres », explique fièrement Jawwad Burqan, 42 ans, résident de l’immeuble, le visage buriné, couturé de cicatrices.

Pour les forces de l’ordre, c’est un casse-tête. Il semble en jaillir une réserve inépuisable de défenseurs juvéniles qui, à coups de pierres ou de bâtons, surgissent pour donner le coup de main contre les intrus. Ils cassent les lampadaires et les caméras, faisant du passage un trou noir. La police entre dans l’immeuble, un labyrinthe, arrête quelques adolescents, qui sont relâchés bien vite, faute de charges. Ainsi continuent les nuits de Sheikh Jarrah. En attendant la première victime.

Bernal au pouvoir au Tour d’Italie, une bonne affaire pour Evenepoel

AFP
AFP

La précipitation n’est pas bonne conseillère, en particulier lorsqu’on affronte pour la première fois de sa jeune carrière un Tour de trois semaines. La Belgique, le souffle court, les yeux rivés sur « Eurosport », la « RAI » ou les sites de streaming gratuits bourrés de pub intempestives voyait Remco Evenepoel en rose, pour la simple et unique raison que le Hongrois Attila Valter devait en principe céder sa belle tunique.

1. Le final convenait mieux à Bernal, plus explosif

Et en effet, le coureur de Groupama craqua, mais très tard, dans le secteur de terre où le dénivelé de la pente soumise aux coureurs piqués par un crachin froid devint plus raide, voire brutal. L’explosivité du pur grimpeur pouvait s’exprimer à cet instant précis et il n’a pas fallu plus de trois hectomètres à Egan Bernal pour mettre tout le monde d’accord et donc ses adversaires directs, Evenepoel, Vlasov, Yates, Bardet, ainsi qu’un outsider qui affiche de beaux élans, le grimpeur Giulio Ciccone.

Un court instant perdu sur un revêtement qu’il craignait, Evenepoel s’appuya sur Almeida pour finir en force, au point de remonter de purs finisseurs comme Dan Martin. Dix secondes concédées à Bernal sur la base de cette arrivée qui était peut-être la plus compliquée pour lui, c’est une excellente opération pour Evenepoel, distancé de 15 secondes au général par le jeu des bonifications.

2. Le poids de la course plus que jamais sur les épaules d’Ineos

Deceuninck s’était du reste préparée au coup de force d’Ineos Grenadiers qui grignotait du temps chaque jour, qui manifestait clairement l’intention de prendre le pouvoir. C’est fait, et Patrick Lefevere ne va pas s’en plaindre. La défense d’un maillot, c’est du boulot en plus. Les équipiers de Bernal ont déjà été soumis à rude épreuve depuis le début du Giro. Ils vont désormais assumer seuls la poursuite, ce qu’ils partageaient jusqu’à hier avec les Groupama.

La Belgique assoiffée de ce maillot rose jusqu’à en perdre la raison avait donc confondu ses rêves avec la réalité. Remco Evenepoel a pourtant réalisé une étape exemplaire en ne concédant pas grand-chose. Devons-nous rappeler qui est Egan Bernal ? Lorsqu’il souleva le trophée du vainqueur final sur les Champs-Élysées en 2019, on prédisait au Colombien de gagner plusieurs fois le Tour. Avec l’équipe la plus riche du peloton à son service, le meilleur grimpeur du monde pouvait voir venir mais des problèmes de dos ont ensuite tout gâché. Revenu à son meilleur niveau, Bernal pourrait être irrésistible lors de la troisième semaine, celle qui lui convient le mieux avec la succession d’ascensions au-dessus de 2.000 mètres.

La Belgique, revenons-y, est pour l’instant sur le podium du Giro à 15 secondes de son leader colombien. Une paille, presque un détail que le leader de Deceuninck-Quick Step, si on pousse jusqu’au bout l’extrapolation pourrait effacer sur le seul contre-la-montre de Milan (le dernier jour) car là se situe la faiblesse de Bernal, le chrono, raison pour laquelle il a préféré être aligné en Italie, sur son premier Giro. Que le Brabançon soit devancé par ce champion dont on peut considérer qu’il est le meilleur grimpeur de la planète avec Tadej Pogacar est un exploit. Une performance de choix pour un coureur qui, rappelons-le, est venu pour apprendre, tout en bouclant, dimanche, son neuvième jour de course consécutif, ce qui est une première, la plus longue épreuve ayant été le Tour de Pologne, juste avant sa chute en Lombardie.

3. Gare aux chemins de traverse des Strade Bianche, mercredi

Doit-on enfin rappeler que Remco Evenepoel n’avait plus roulé depuis neuf mois alors que son adversaire, même souffrant du dos, a enchaîné beaucoup de compétition (trop selon son directeur sportif Matteo Tosatto) ? Le premier grand Tour de Bernal, ce fut le Tour de France en 2018. Il avait 21 ans, exactement comme Evenepoel (le Colombien est lui aussi né en janvier). Au service de Geraint Thomas (vainqueur final) et de Chris Froome (troisième), il finit 15e à Paris dans une configuration de course accomplie en qualité d’équipier.

Le Belge, lui, assume déjà un statut de leader que nul ne lui conteste chez Deceuninck-Quick Step depuis les minutes perdues par Joao Almeida, dont l’avenir ne se situe plus dans l’équipe belge mais dont l’utilité sera capitale pour Evenepoel. Dimanche, le Portugais s’est demandé un court instant où était son jeune leader lorsque Bernal plaça son accélération. Et il attendit patiemment Evenepoel. Pas sûr que chez Ineos, Bernal dispose d’un grimpeur semblable jusqu’au sommet de chaque col. C’est un détail, convenons-en, mais dans une course de trois semaines, chaque détail compte, à commencer par l’usure des organismes, les parcours parfois tortueux. En réalité, pour Remco, le dernier écueil qu’il déteste se situera en Toscane, vers Montalcino, mercredi, où le peloton empruntera une partie des secteurs des Strade Bianche. Le Brabançon y sera moins à l’aise que Bernal, vu son poids-plume, mais ceci n’est que pure théorie.

4. « C’est bon signe pour la semaine prochaine »

Rien n’est laissé au hasard au sujet de la récupération de Remco Evenepoel, libéré des obligations protocolaires puisqu’il ne porte pas de maillot distinctif, mais également des interviews sur la ligne d’arrivée lorsque les conditions extrêmes, comme c’était le cas encore dimanche, sont impropres à cet exercice. De retour à l’hôtel, le Belge s’est exprimé en début de soirée, évoquant un léger incident qui s’est produit dans le tunnel à deux kilomètres de l’arrivée. « Un équipier de Bernal a failli toucher la propre roue arrière de son leader, cela m’a déséquilibré, ce qui m’a fait perdre ma position puisque j’étais devant. Je me suis retrouvé vers la 15e place. J’ai dû cravacher pour remonter mais c’était finalement un bon test car j’échoue de peu derrière l’attribution des bonifications. L’étape a été dure toute la journée et en particulier à la fin, que je craignais, mais je m’en sors bien. C’est en tout cas bon signe pour la semaine prochaine. » Lisez : pour la semaine de haute montagne…

Harry provoque à nouveau la famille Windsor

Diffusée le 14 mai, l’interview du plus jeune fils du prince Charles et de Diana a une nouvelle fois mis le feu aux poudres. En critiquant l’héritier au Trône pour « m’avoir traité de la même manière qu’il avait été lui-même traité », Harry, âgé de 36 ans, a fait voler en éclats le semblant de réconciliation familiale opéré dans la foulée des funérailles du prince Philip, le 17 avril. En déclarant à un podcast américain, « en tant que parent, si j’ai subi une forme de douleur ou de souffrance, c’est peut-être à cause d’une douleur ou d’une souffrance que mon père ou les parents ont peut-être vécue », le prince a infligé un nouveau camouflet à son clan.

Revoilà relancée la polémique créée par Harry, au côté de Meghan, lors de son interview choc à Opra Winfrey en mars dernier dans laquelle il accusait sa famille de racisme et de lui avoir coupé les vivres.

Le Palais n’est pas resté les bras croisés devant cette nouvelle provocation. Selon la presse dominicale, Elizabeth II envisage de priver le couple du titre de duc et de duchesse du Sussex qu’elle lui avait décerné à l’occasion du mariage de 2018. Or, Meghan est très attachée à cette dignité qui l’aide dans sa carrière médiatique aux Etats-Unis. Par ailleurs, Buckingham a demandé au musée Tussauds de séparer les statues de cire des deux insurgés de celles de la famille royale, l’exposition la plus populaire du musée londonien. Ils ont été ramenés au rang ordinaire de célébrités de l’Entertainment.

Comme la famille Borgia

Enfin, la souveraine a mobilisé son réseau important de courtisans pourvoyeurs de l’influence royale : les écrivains à gages de la monarchie. Au premier rang duquel figure Peny Junor, auteur d’une biographie très remarquée du prince, qui dénonce ses errements actuels : « J’ai été l’une de ses admiratrices. Ma déception est grande. Harry n’est pas seul à être issu de parents divorcés, à avoir eu une enfance et une jeunesse misérables mais il n’a jamais manqué de rien… il est urgent qu’il cesse de blâmer le monde entier pour assumer ses responsabilités ».

Quel est l’effet des actes de rebellion à répétition du sixième dans l’ordre de succession ? D’après les sondages, entre 50 % à 60 % des Britanniques se déclarent royalistes, plébiscitant la royauté qui structure la nation britannique. Cette institution au-dessus de la mêlée partisane est un point fixe dans la tourmente, comme l’a montré le rôle clé joué par les Windsor pour remonter le moral des sujets pendant la pandémie.

Mais comme l’atteste la chute de la célèbre famille de la Renaissance italienne, la famille Borgia, la race des princes n’est pas éternelle. Le prestige d’Elizabeth II, âgée de 95 ans, unanimement respectée, démontre qu’il ne faut jamais transiger avec ce qu’impose le rang. Faute de quoi, le trône risque de devenir une chaise.

Ouverture des mentalités

Car la société britannique est devenue moins déférente, moins obsédée par les divisions de classe, davantage féminine et multiculturelle. Ces mutations ont accentué le fossé des générations. Les jeunes s’identifient davantage aux leitmotivs de Harry et de Meghan, à savoir le féminisme, l’écologie ou la lutte contre le racisme, qu’à la vulgate royale. Le nombre d’opposants, particulièrement au sein des minorités ethniques, est en augmentation. En Ecosse, le parti indépendantiste SNP, qui a le vent en poupe, est ouvertement républicain tandis qu’en Irlande du Nord, la réunification avec le sud, une république, est désormais à l’ordre du jour.

Une chose est claire, l’inauguration de la statue de la princesse Diana dans le jardin de son ancienne demeure de Kensington Palace, le 1er juillet, en présence des deux frères promet d’être épique. Des retrouvailles Borgia tout crachés !

Bénédictions d’homosexuels en Allemagne: un acte de désobéissance pour défier le Vatican

Alex et Markus ont reçu ce samedi à Potsdam une bénédiction jugée «illicite» par une nouvelle note de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Alex et Markus ont reçu ce samedi à Potsdam une bénédiction jugée «illicite» par une nouvelle note de la Congrégation pour la doctrine de la foi. - D.R.

Reportage

Ils se tiennent par la main et regagnent religieusement leur place sur les bancs de l’église. Mais l’émotion est trop forte. Impossible de contenir les larmes. Le couple s’arrête et s’enlace pour pleurer. Les deux catholiques homosexuels viennent de se faire bénir dans l’église Saints-Pierre-et-Paul de Potsdam, près de Berlin, « comme tous les autres gens qui s’aiment ». Une prière organisée par des prêtres allemands dans le cadre du mouvement #l’amourl’emporte (#liebegewinnt) organisé à la suite d’une nouvelle missive homophobe venue de Rome.

Markus et Alex, deux autres catholiques homosexuels, sont venus eux aussi ce samedi à Potsdam pour recevoir cette bénédiction jugée « illicite » par une nouvelle note de la Congrégation pour la doctrine de la foi, la « police mondiale » des mœurs et du dogme de la hiérarchie catholique. « On se souviendra de cet instant », témoigne Alex. « Nous avons grandi tous les deux au sein de l’Eglise catholique. Cela nous a toujours paru étrange d’être exclus à cause de notre orientation sexuelle. Nous vivons une vie normale dans la paroisse où nous sommes très actifs. C’est douloureux de voir que Rome ignore le quotidien des catholiques et vit encore dans une autre réalité », ajoute-t-il.

Les bénédictions de couples homosexuels ne sont pas nouvelles en Allemagne. Mais, pour la première fois, des prêtres sont sortis de l’anonymat pour mener une action publique et concertée à l’échelle de l’ensemble du pays. Un acte de désobéissance sans précédent. Depuis début mai, plus d’une centaine de paroisses défient le Vatican en arborant les couleurs arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), et en organisant ces « bénédictions pour tous ». Plus de 2.600 prêtres ou diacres ont signé un appel pour exprimer publiquement leur désaccord avec le Vatican sur la question de l’homosexualité. « Nous interprétons la sexualité comme une force positive. (…) Les interdits de Rome ne feront en rien avancer [le débat] », écrivent-ils.

Maria 1.0 contre Maria 2.0

« L’homophobie de mon Eglise me met en colère », s’emporte Jan Korditschke, prêtre jésuite, qui a organisé ce dimanche une bénédiction à l’église Saint-Canisius de Berlin. « La missive de Rome a rouvert de vieilles blessures et ma démarche est celle d’un simple aumônier qui réconforte des êtres humains en détresse », dit-il.

« Les prêtres bénissent des motos, des voitures ou des grilles de jardin. Pourquoi l’amour entre deux personnes ne pourrait-il pas être béni ? », s’emporte Renate Spannig, responsable en Bavière de l’organisation Maria 2.0, un mouvement en faveur de l’accès des femmes aux postes à responsabilité et co-initiatrice de l’action #l’amourl’emporte. Il faut « secouer les catholiques », dit-elle.

Ces scènes de joie et d’amour dans les églises allemandes mettent en rage les évêques. Georg Bätzing, président de la Conférence épiscopale, a jugé cette action « peu utile » alors que l’Eglise a organisé un débat sur l’homosexualité dans le cadre du « chemin synodal » (Der Synodale Weg).

« En réalité, le Vatican considère cette action comme un acte de résistance et d’indiscipline », insiste Norbert Lüdecke, théologien à l’Université de Bonn, spécialiste en droit canonique et auteur d’un ouvrage à paraître (Die Täuschung) sur les « duperies » de l’Eglise catholique. « L’indignation contre l’absence de démocratisation et de modernisation mobilise désormais de plus en plus de catholiques engagés », ajoute-t-il.

Elle divise aussi la communauté chrétienne. Les catholiques les plus conservateurs réclament d’urgence l’excommunication de ces prêtres désobéissants. Le mouvement Maria 1.0, créé en réaction à Maria 2.0, exhorte les évêques à réagir contre cette « hérésie ». A Wuppertal, des contre-manifestants se sont postés devant l’église en inscrivant sur une banderole : « Pas de bénédiction pour le péché ! » Certains prêtres ont même dû bénir sous protection policière. Le prêtre Wolfgang Rothe, qui a organisé une cérémonie à l’église Saint-Benoît de Munich, a reçu des menaces avant l’office. Les courriers électroniques, parfois signés de leurs auteurs, dénonçaient des « pratiques sataniques » et une démarche visant à « introduire le diable dans l’Eglise ».

« C’est leur maison »

« Nous observons une contre-réaction au sein de la communauté religieuse », confirme Norbert Lüdecke. Les médias catholiques tentent d’éteindre l’incendie en invitant les fidèles en colère à rejoindre le « chemin synodal », cette assemblée créée après le scandale des abus sexuels « pour servir de soupape à une situation explosive », selon le théologien.

Bien que les évêques allemands aient officiellement privilégié le dialogue, les prêtres s’exposent à des sanctions. « Beaucoup n’osent pas bénir de couples homosexuels de peur de perdre leur emploi », confirme Jan Korditschke. « Mais les évêques sont opportunistes. Ils n’exerceront pas leur pouvoir de sanction publiquement mais plus subtilement », ajoute Norbert Lüdecke.

Le défi lancé par les prêtres allemands montre à quel point le fossé continue de se creuser entre la vie de l’Eglise sur le terrain et la hiérarchie, toujours prisonnière de son dogme. Une réalité dont souffrent les homosexuels car ils ne voient pas d’issue au conflit. « Les catholiques rejetés par l’Eglise restent paradoxalement attachés à l’institution. Ils continuent de craindre au plus profond d’eux-mêmes qu’ils ne monteront pas au ciel sans la bénédiction de l’Eglise », pense Norbert Lüdecke. « Il est illusoire de croire que Rome va changer de doctrine avec de genre d’action », ajoute-t-il.

Mais pour les homosexuels catholiques, il n’est pas question de quitter l’Eglise. « Nous avons grandi dans la religion catholique. C’est comme une famille », affirme Markus. « Ces fidèles ont reçu une éducation catholique qu’ils veulent conserver. C’est leur maison. Pourquoi devraient-ils la quitter et vivre ailleurs ? », ajoute le prêtre Jan Korditschke avant d’ajouter : « Il n’y a pas d’alternative pour eux ».

Concours Reine Elisabeth: une finale qui promet du grand et beau spectacle

Les six finalistes assis à une distance... sanitaire.
Les six finalistes assis à une distance... sanitaire. - Queen Elisabeth Competition, Derek Prager

Des personnalités riches, marquées, faites de fulgurances mais possédant aussi une maîtrise technique presque sans faille : les six finalistes du Concours Reine Elisabeth 2021, session piano, sont des musiciens aboutis, avec pour la plupart une sensibilité musicale immense. En effet, peu de grandes surprises à l’annonce ce samedi soir des candidats sélectionnés pour l’ultime épreuve de la compétition qui aura lieu à Bozar du 24 au 29 mai au terme d’une semaine de pause qui leur permettra d’apprendre D’un jardin féerique, l’imposé de Bruno Mantovani.

Cette année, le jury a fait le choix de la maturité et, contrairement à l’habitude, les jeunes ont été balayés. Mais la sélection est équilibrée et plutôt attendue. On se réjouit ainsi d’entendre la fascinante simplicité de Keigo Mukawa, candidat solaire, trouvant le ton juste avec humilité ; la magnifique palette sonore de Dmitry Sin ; la fluidité et la maîtrise de Sergei Redkin ou encore l’interprétation passionnée de Jonathan Fournel. On regrette toutefois aussi l’absence en finale de la Coréenne Su Yeon Kim, musicienne sensible et ultra-douée, ou du jeune Chinois Xiaolu Zang, un candidat très touchant, au talent naturel.

En finale, le public retrouvera donc (dans l’ordre de passage) : Vitaly Starikov (Russe, 26 ans), Tomoki Sakata (Japonais, 27 ans), Keigo Mukawa (Japonais, 28 ans), Sergei Redkin (Russe, 29 ans), Dmitry Sin (Russe, 26 ans), Jonathan Fournel (Français, 27 ans). Pour rappel, le Concours a cette année décidé de limiter le nombre de finalistes à six pour des raisons sanitaires.

Le grand retour des Russes et des Japonais

On observe également le retour de deux pays clés dans l’histoire du Concours : la Russie (avec trois candidats sur six) et le Japon (deux candidats). L’illustration de deux approches différentes du piano. D’un côté, la Russie, qui a toujours balancé entre une ouverture et une attirance vers l’Europe occidentale et ses racines slaves. Et qui après l’académisme de la période communiste a vu naître des voix originales. De l’autre le Japon, ses musiciens nombreux, travailleurs acharnés, doués pour la compétition, très présents dans les écoles occidentales. Deux styles, deux sensibilités comme le démontrent assez bien les candidats sélectionnés.

En finale, les candidats interpréteront l’imposé de Bruno Mantovani ainsi qu’un concerto de leur choix, accompagné par le Belgian National Orchestra sous la direction de Hugh Wolff. Deux candidats ont choisi le Concerto nº3 en ré mineur op. 30 de Rachmaninov, deux autres le Concerto nº2 en si bémol majeur op. 83 de Brahms. Le reste du programme comprendra une fois le Concerto nº1 en si bémol mineur op. 23 de Tchaïkovski et une autre le Concerto nº2 en sol mineur op. 16 de Prokofiev. Quatre pièces fortes qui promettent de beaux moments de musique.

Une finale à suivre tous les jours dans le Soir, et en radio et télévision. La finale sera diffusée en direct dès 20h10 du 24 au 29 mai sur La Trois et Auvio, et dès 20 heures sur Musiq3. Elles seront commentées en télé par Caroline Veyt et Patrick Leterme, accompagnés d’un pianiste ou musicien belge, et en radio par Cécile Poss et Pierre Solot. Petite nouveauté dans l’air du temps : le violoniste Timothy Chooi, deuxième lauréat du Concours en 2019, commentera avec ses invités la prestation du candidat du jour sur la plateforme de streaming vidéo en direct Twitch. Résultats samedi 29 mai vers 23 heures.

Foire du livre: le laboratoire 2021 pousse à innover en 2022

Léonie Bischoff dessine, Daphné Huyn lit à voix haute. C’était le dimanche 9 au Cabaret Mademoiselle. Et c’est encore maintenant sur flb.be
Léonie Bischoff dessine, Daphné Huyn lit à voix haute. C’était le dimanche 9 au Cabaret Mademoiselle. Et c’est encore maintenant sur flb.be - Pierre-Louis Poliart.

Les chiffres, vous les voyez ci-contre. Est-ce un succès ? Difficile à dire. « On ne s’était pas fixé de chiffres », explique Marie Noble, la commissaire de la Foire : « on voulait tester, cette Foire 2021 était un laboratoire. » Quand même, 50.000 vues en onze jours, ce n’est pas mal. Le Festival Passa Porta 2021, tout numérique lui aussi, avait fait 10.000 vues en trois jours. « Ce qui est important, ajoute Marie Noble, c’est qu’on a étendu notre aire de chalandise : on a eu des internautes de Belgique, de France, des Pays-Bas, de Suisse évidemment puisque la Suisse était invitée, mais aussi de Finlande, du Canada, d’Autriche, d’Italie, du Royaume-Uni. Et surtout, ce laboratoire nous permet d’envisager la suite autrement. »

Anne Lemaire, la trésorière de la Foire, précise : « En présentiel, la Foire accueille 70.000 visiteurs. Mais ce ne sont pas 70.000 personnes qui assistent à des rencontres. Je crois qu’on a beaucoup plus de spectateurs d’événements littéraires en numérique qu’en présentiel. »

« Je trouve que cela a bien fonctionné », surenchérit le président de la Foire Tanguy Roosen. « Sous l’objectif “La foire s’invite chez vous”, et sous les différents formats de notre site, on a essayé de se rapprocher du public. Et des libraires, qui étaient très satisfaits de cette collaboration pour les dédicaces. Cette hybridation entre le numérique et le présentiel doit nous donner à réfléchir. »

Toute l’année

Mais l’année prochaine, alors ? « La Foire a envie de sortir, de s’ouvrir. L’idée était de prendre Bruxelles comme terrain de jeux et de prévoir des événements dans des lieux formidables, dans l’espace public, dans les librairies », rappelle Marie Noble. « On n’a pas pu la concrétiser cette année, mais cela reste l’idée pour l’année prochaine. Nous voudrions conserver ce qui marche d’une foire classique, mais innover, s’ouvrir à la ville, profiter des expériences de cette année. Comme cela a bien fonctionné avec la Suisse, on a proposé de réfléchir avec Livresuisse à la formule de l’année prochaine, où la Suisse sera réellement invitée d’honneur. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout déconstruire, mais il faut certainement réinventer. Cette fois-ci, nous avons en quelques sorte appris un nouveau métier. »

Une Foire ouverte mais qui retrouvera Tour & Taxis comme pôle ? « Il faut être prudent sur le sort de la Foire l’an prochain », précise Tanguy Roosen. « Notre volonté est d’organiser un grand événement où se retrouve toute la chaîne du livre. Personnellement j’aimerais que ce soit à Tour & Taxis, mais c’est trop tôt pour l’affirmer. Cette année, nous avons dû refaire nos plans à trois reprises, avec l’effet de la pandémie. Où sera-t-on au début 2022 ? On ne sait pas encore quelle forme pourra prendre l’événement qu’on pourra présenter. Cela nous laisse le temps de réfléchir. »

De toute façon, la Foire du livre de Bruxelles est présente dorénavant toute l’année, c’est sa volonté. D’abord via son nouveau média, qui s’appelle momentanément Média, et qui va devenir une plateforme culturelle dédiée au livre. Pendant la foire, il a reçu 5 à 800 lecteurs par jour. Et puis toutes les animations de cette Foire 2021 vont continuer à vivre sur son site. On pourra tout voir ou revoir pendant encore plusieurs mois.

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La Chine se libéralise, mais les Occidentaux n’en profiteront pas

«Peugeot avait établi avec l’entreprise chinoise Dongfeng une joint venture nommée DPCA. Aujourd’hui, la direction de Peugeot a le sentiment amer que cette usine DPCA était une usine de formation: leurs meilleurs ouvriers partaient ensuite dans les usines Dongfeng», explique encore Arthur Neveu.
«Peugeot avait établi avec l’entreprise chinoise Dongfeng une joint venture nommée DPCA. Aujourd’hui, la direction de Peugeot a le sentiment amer que cette usine DPCA était une usine de formation: leurs meilleurs ouvriers partaient ensuite dans les usines Dongfeng», explique encore Arthur Neveu. - AFP.

La Chine, encore sous-développée à la mort de Mao au milieu des années 70, est aujourd’hui la deuxième économie du monde, derrière les Etats-Unis – ou la troisième, si l’on considère que l’Union européenne n’est pas seulement un grand marché.

Mais le modèle chinois reste ambigu. La Chine est-elle (encore) l’atelier du monde, offrant une main-d’œuvre bon marché, bien formée et docile ? Une économie « en rattrapage » tout juste capable de copier les technologies développées dans les pays dits « avancés » ? Un marché potentiel de 1,4 milliard de consommateurs à conquérir – à condition de négocier l’abaissement des barrières protectionnistes mises en place par les autorités ?

Demain, la Chine ouverte ?, issu du travail de fin d’étude de deux jeunes fonctionnaires français tout juste diplômés du Corps des mines, Victor Mabille et Arthur Neveu, tord le cou à ces images d’Epinal.

« Nous sommes partis en Chine – au sens propre, pour l’un de nous – avec cette image d’une économie très protégée… pour nous rendre compte qu’elle était fausse. La Chine libéralise, de son propre chef, des pans de plus en plus larges de son économie. Mais cette libéralisation sélective est le signe du triomphe des entreprises chinoises contre les entreprises occidentales sur leur marché intérieur », assure Victor Mabille.

Basé sur de multiples entretiens avec des industriels français, notamment à l’occasion du stage d’un des deux auteurs à Shanghai, Demain, la Chine ouverte ? vient d’être publié par La Fabrique de l’industrie, un laboratoire d’idées codirigé par les présidents des groupes PSA et Saint-Gobain.

Combler le retard

Les deux auteurs utilisent un outil simple – une typologie en quatre catégories : secteurs stratégiques (et donc fermés), secteurs en développement, secteurs (ouverts, mais) saturés et secteurs ouverts – mais qui permet de clicher la stratégie de développement accélérée mise en œuvre par la Chine.

Mettons de côté les secteurs stratégiques, touchant à la souveraineté de l’État chinois, à l’exemple des services numériques et des télécoms : « Ils sont tout bonnement fermés aux entreprises étrangères pour des raisons autant de politique intérieure qu’économiques – et c’est ce qui a notamment permis le développement des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), équivalents chinois des Gafam », explique Arthur Neveu.

Au contraire, les secteurs en développement sont des secteurs dans lesquels il n’existe pas (encore) d’entreprises chinoises compétitives et performantes, mais qui sont considérés comme prioritaires par les autorités chinoises.

« L’objectif est de combler le retard par rapport à l’Europe et aux États-Unis. Ces secteurs sont ouverts aux entreprises occidentales, mais encadrés par des règles qui imposent notamment les transferts de technologie, via l’obligation, par exemple, de constituer des entreprises communes (joint ventures) avec des partenaires chinois », explique Victor Mabille, qui cite, « aujourd’hui, le nucléaire ou l’aéronautique – ou, dans les années 2000 à 2010, les secteurs ferroviaire et automobile ».

Dans ces secteurs, « les entreprises occidentales ont pu ou peuvent tirer profit de leur incursion en Chine durant la montée en compétence de leurs partenaires locaux, si elles gardent à l’esprit que c’est temporaire », poursuit Arthur Neveu.

Occuper le terrain

« Dès le moment où les entreprises chinoises ont rattrapé l’essentiel de leur retard technologique, elles évincent alors leurs anciens partenaires occidentaux et occupent le marché national, tirant parti d’un avantage en termes de coûts. La Chine n’a plus besoin d’aspirer les technologies étrangères – ses entreprises, disposant d’un marché très profond, développent leurs propres technologies. Le secteur peut alors être libéralisé… puisqu’il est saturé : les entreprises chinoises occupent le terrain – à l’image par exemple de CRRC, issu de la fusion en 2015 des différents constructeurs de matériels ferroviaires chinois », explique Victor Mabille.

Officiellement, le marché est ouvert, mais les entreprises étrangères, comme Alstom, ne remportent plus d’offre, expliquent les deux auteurs, qui soulignent que la Chine a pu développer très rapidement son industrie ferroviaire grâce à d’énormes effets d’échelles : 30.000 kilomètres de ligne à grande vitesse ont été construits depuis 2000, contre 12.000 kilomètres en Europe depuis… 1980.

Les tribulations de Peugeot en Chine racontent, à peu de chose près, la même histoire. « Le constructeur français avait établi avec l’entreprise chinoise Dongfeng une joint venture nommée DPCA. Aujourd’hui, la direction de Peugeot a le sentiment amer que cette usine DPCA était une usine de formation : leurs meilleurs ouvriers partaient ensuite dans les usines Dongfeng », explique encore Arthur Neveu.

C’est ainsi que le marché chinois de l’automobile a échappé aux constructeurs occidentaux – à l’exception des marques de prestige comme BMW ou Tesla. Et ce n’est pas un hasard si Stellantis (issu de la fusion des groupes PSA et Fiat Chrysler) a récemment décidé de produire sa future berline haut de gamme Citroën en Chine.

« Il nous semble que cette décision corrobore notre analyse, sur deux points. Un : Stellantis souhaite se concentrer sur une niche, après l’échec de PSA dans le milieu de gamme. Deux : la Chine n’est plus seulement l’atelier du monde pour les produits à faible valeur ajoutée, mais un réservoir de compétences industrielles », commente Victor Mabille, qui rappelle que « les usines Tesla situées aux États-Unis se sont révélées être des échecs relatifs, alors que la gigafactory de Shanghai est un succès complet pour l’instant. »

Garder la main

Le luxe est un des rares secteurs que Victor Mabille et Arthur Neveu qualifient d’ouvert (réellement) aux entreprises occidentales. Comme quelques autres « niches », dans l’industrie (où l’équipementier automobile Valeo, par exemple, a su se faire une place), dans les services BtoB (en conseil informatique notamment), ou dans l’alimentaire, en particulier les produits laitiers, ou les médicaments, en raison des scandales sanitaires à répétition impliquant des entreprises chinoises.

Dans ces secteurs, des opportunités existent pour des groupes occidentaux, dans la mesure où les autorités chinoises ne souhaitent pas favoriser la naissance de champions nationaux – ou pas encore (mais Pékin a annoncé vouloir développer son industrie pharmaceutique nationale).

Car les autorités gardent toujours la main, décidant et du rythme de la libéralisation, et des secteurs pouvant être ouverts – la nouvelle loi sur les investissements étrangers, entrée en vigueur en janvier 2020, a ainsi réduit la liste des secteurs dont l’ouverture aux entreprises occidentales est légalement limitée.

Victor Mabille et Arthur Neveu soulignent également une autre évolution juridique importante en Chine, qui concerne la protection de la propriété intellectuelle. L’Empire du Milieu s’alignerait (enfin) sur nos règles ? Là encore, le virage est stratégique. « Aujourd’hui en Chine, de nombreuses entreprises de haute technologie possèdent des grands centres de recherche, de taille et niveau équivalents aux centres américains et européens, ce qui appelle naturellement un besoin de défendre leurs innovations », explique Victor Mabille.

« L’avance acquise par les entreprises chinoises dans certains domaines, comme la 5G, peut constituer, pour des acteurs occidentaux, la source d’accords d’échange de technologies mutuellement bénéfiques, à condition que les partenaires partagent le même objectif », renchérit Arthur Neveu.

Conquérir le monde ?

A lire l’essai de Mabille et Neveu, on ne peut s’empêcher de penser que la Chine comprend bien mieux l’histoire économique et le bon usage de la concurrence et des mesures protectionnistes. Pékin ne raisonne pas en noir et blanc – lisez : protectionnisme contre libre-échange – mais de manière stratégique.

La Chine protège d’abord « l’industrie dans l’enfance », comme l’a théorisé au XIXe siècle l’économiste allemand Friedrich List et l’ont fait, auparavant, aussi bien l’Angleterre que les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon ou la Corée du Sud – mais avec cet atout de pouvoir s’appuyer sur un énorme marché intérieur. Puis, quand l’industrie est suffisamment forte, Pékin permet une certaine concurrence étrangère, pour stimuler l’innovation et empêcher ses entreprises de s’endormir sur leurs lauriers.

L’amende record de 18,2 milliards de yuans (soit 2,33 milliards d’euros) infligée à Alibaba pour abus de position dominante participe d’une logique similaire – une reprise en main après avoir laissé la bride sur le cou pour favoriser un développement ultra-rapide du géant de l’e-commerce.

« Il faut comprendre que la Chine n’est plus en rattrapage, mais fait désormais la course avec nous, explique Victor Mabille. Peut-on dire que la Chine se libéralise ? Oui. Peut-on dire que les Occidentaux en profiteront ? Non. »

« Et la question n’est plus : les Occidentaux conquerront-ils les marchés chinois ? Mais : les Chinois conquerront-ils l’Europe ? », conclut Arthur Neveu.

Demain, la Chine ouverte?, Victor Mabille et Arthur Neveu, La Fabrique de l’industrie, 80p., 12€ (version brochée), gratuit en PDF; disponible sur le site des Presses des Mines (<a href=http://www.pressesdesmines.com>www.pressesdesmines.com</a>).

Cookies: comment éviter le traçage en ligne

En une session d’une journée durant laquelle 37 sites ont été consultés, ce ne sont pas moins de 270 sites, bien souvent des sites d’analyses statistiques et publicitaires, qui ont récolté des données grâce aux traceurs présents sur les pages consultées...
En une session d’une journée durant laquelle 37 sites ont été consultés, ce ne sont pas moins de 270 sites, bien souvent des sites d’analyses statistiques et publicitaires, qui ont récolté des données grâce aux traceurs présents sur les pages consultées... - Capture d’écran Lightbeam.

Téléphone, ordinateur, tablette, tous les appareils qui permettent de se connecter à internet disposent d’un identifiant publicitaire. Grâce à cet identifiant unique, les applications installées peuvent avoir une vue sur les autres apps installées, à quelle fréquence elles sont utilisées et quels sont les achats qui y sont faits.

Fin avril, au grand dam des créateurs d’applications, Facebook en tête, Apple a modifié sa politique de confidentialité . Depuis la dernière mise à jour d’iOS, les applications n’ont, de base, plus l’accès à cet identifiant. Si un utilisateur veut « bénéficier » des publicités qui résultent de son usage, il doit le spécifier dans les paramètres de son appareil.

Il est également possible de désactiver ces publicités ciblées sur les téléphones Android, via les paramètres Google. Il suffit de « désactiver les annonces par centre d’intérêt » et de cocher la case « réinitialiser l’identifiant publicitaire ».

Bien sûr, les applications ne représentent pas les seuls mouchards auxquels sont confrontés les internautes. L’essentiel du traçage se passe au sein même du navigateur. La plupart des sites déposent sur l’appareil de petits scripts informatiques. En s’accumulant, ces derniers, plus connus sous le nom de cookies, finissent par dresser un profil particulièrement complet de l’internaute. Une aubaine pour les publicitaires désireux de proposer des pubs toujours mieux ciblées.

Pas étonnant, dès lors, de se faire assaillir, en ligne par des pubs pour couches pour bébé après avoir surfé sur le site d’une liste de naissance.

Les plus vicieux de ces cookies sont les cookies tiers qui permettent l’échange d’information entre différents sites. Google a récemment annoncé vouloir se débarrasser de ces cookies pour avancer une technologie de leur cru tout en promettant une anonymisation des données récoltées. Mais pour l’heure, impossible de faire trois clics en ligne tout en y échappant. Les navigateurs permettent heureusement d’empêcher les sites d’enregistrer leurs cookies pisteurs sur les appareils. Soit dans les paramètres du navigateur, soit en utilisant la navigation privée qui efface tous les cookies et l’historique à la fin de la session.

Ne pas hésiter à changer de navigateur

Le navigateur peut en effet être un allié de taille pour préserver sa vie privée en ligne. Il existe de nombreux add-ons qui promettent de protéger les internautes des cookies et autres traceurs cachés. Mais c’est surtout le choix du navigateur en lui-même qui est loin d’être anodin. Et les plus populaires ne sont pas forcément les plus respectueux des données de leurs utilisateurs.

Le meilleur élève à ce niveau est sans doute Firefox qui propose, de base, des paramètres plutôt sévères envers les cookies et traceurs publicitaires, et particulièrement les cookies tiers. Il est également possible de le paramétrer afin qu’il supprime toutes les données après chaque session.

Autre solution : les VPN. Ces réseaux privés virtuels sont souvent présentés comme un moyen de surfer de manière plus anonyme. Un VPN, ou réseau privé virtuel permet effectivement de se connecter à la toile en modifiant son adresse IP et simuler une connexion depuis un autre endroit que celui où l’on se trouve effectivement.

En outre, passer par un VPN garantit bien souvent plus de sécurité et permet par exemple de connecter des ordinateurs distants sur un réseau virtuel simulant un réseau local. Très utile, notamment en cette période de télétravail généralisé.

En revanche, difficile de conseiller à monsieur et madame Toulemonde d’y avoir recours dans leur vie privée. De nombreux VPN gratuits ont été pris la main dans le sac ces dernières années , alors qu’ils revendaient des données de connexions à des tiers. Un peu contre-productif.

Tour d’Italie: Remco Evenepoel au nom du rose

Tour d’Italie: Remco Evenepoel au nom du rose
Photo News

La cote de Remco Evenepoel est au plus bas… chez les bookmakers car, sur le vélo, elle grimpe en flèche, un peu à l’image du parcours qui gagne en intensité chaque jour, avec son lot d’incertitudes aussi, témoin l’abandon de Caleb Ewan. Nul n’est à l’abri d’un souci, physique ou technique, d’une chute malencontreuse. Raison pour laquelle la vigilance s’impose à tout instant, quelle que soit la difficulté du parcours. Les apparences sont du reste souvent trompeuses, on l’a vu samedi, en début de course, tandis qu’un vent violent pouvait générer des bordures et donc des dégâts dont Ewan fut la principale victime.

Pourquoi, dès lors, imposer aux coureurs une arrivée sur un chemin de terre parsemé de cailloux et autres subtilités naturelles d’une route de montagne ? C’est une mode de l’ère moderne, utilisée sur tous les grands Tours, souvenons-nous des vignes de champagne ou du plateau des Glières au Tour. Les pavés, les chemins de terre, les graviers de Toscane des Strade Bianche (étape de mercredi à Montalcino) appartiennent à l’histoire du vélo, il convient donc de s’en accommoder mais les coureurs ne partagent pas cette vision du spectacle à tout prix et on peut aisément comprendre leur position. On ne prépare pas pendant des mois une course de trois semaines pour venir « bouffer » de la poussière inutile sur des chemins de traverse.

Que dira-t-on, du reste, s’il pleut ce dimanche à Campo Felice où 1.500 mètres de terre pourraient se transformer, du coup, en boue ? Interrogé à ce propos, Remco Evenepoel ne cachait pas son agacement liminaire, samedi, à Foggia. « L’étape est déjà suffisamment difficile comme cela. Est-ce vraiment nécessaire ? Je ne le pense pas. Une crevaison ou une chute et votre Giro peut être terminé. »

Quoi qu’il en soit, outre le fait qu’il disputera son neuvième jour de course d’affilée, un record pour lui, Remco Evenepoel sera scruté par toutes les caméras de la RAI et ses adversaires directs, de Bernal en passant par Vlasov, Carthy, Yates etc. Car le maillot rose, même si chez Groupama, on croit beaucoup en Attila Valter, devrait changer d’épaules ce dimanche. Soit sur celles d’un échappé au long cours ou, plus probablement, sur celles d’un favori pour la victoire finale. Car outre le dernier col (le premier de première catégorie depuis le départ) filant vers Campo Felice (1.655 mètres), le parcours de la neuvième étape proposera trois autres ascensions dont le Passo Godi en début d’étape (1.556 mètres). De quoi mettre les équipiers à l’épreuve dès les premiers kilomètres. Or, on sait l’importance des hommes de l’ombre pour protéger les leaders. « Nous avons une excellente équipe pour défendre les intérêts de Remco », a d’ailleurs souligné Patrick Lefevere dans la colonne qu’il écrit chaque samedi pour « Het Nieuwsblad ». Et d’ajouter : « Nous ne sommes pas à tout prix obsédés par la quête du maillot rose dès maintenant, mais si cela arrive, nous ne serons pas mécontents non plus. Il serait dommage, plus tard, de regretter de ne pas avoir essayé. »

Après trois examens réussis jusqu’ici, Remco Evenepoel abordera très clairement le plus difficile depuis le départ de Turin. Mais puisqu’il dit lui-même qu’il se sent plus fort chaque jour, la copie qu’il devrait rendre risque d’être sans faute.

Graham Nash: «Déjà Vu n’a jamais sonné aussi bien qu’aujourd’hui»

La photo des musiciens de «Déjà Vu» en 1969: Le batteur Dallas Taylor, Graham Nash, Dtephen Stills, Neil Young et le bassiste Greg Reeves. david Crosby est assis.
La photo des musiciens de «Déjà Vu» en 1969: Le batteur Dallas Taylor, Graham Nash, Dtephen Stills, Neil Young et le bassiste Greg Reeves. david Crosby est assis. - Henry Diltz.

Entretien

Graham Nash, c’est l’élégance. Dans les tournées mondiales de Crosby Stills & Nash, il y a une dizaine d’années, c’est lui qui est au centre, svelte, pieds nus, enjoué, présentant les tubes avec verve, la voix claire et nette, flanqué de Stephen Stills à sa droite et de David Crosby à sa gauche, ces deux-là ayant pris, avec l’âge, un beau bide et une voix moins assurée. A 79 ans depuis le 2 février, le Britannique qui vit aux Etats-Unis depuis 1968 tient toujours la forme. « Je vais bien », assure-t-il par téléphone depuis sa maison de New-York. « J’aurai 80 ans à mon prochain anniversaire et je me sens vraiment en forme. »

Mieux que Crosby Stills Nash & Young. Le groupe légendaire a vécu. Sa reformation tient de l’utopie. Nash s’est brouillé avec Crosby, avec qui il a pourtant enregistré plein de merveilles. Sur scène, Nash ne peut même pas chanter le préambule « Critical Mass » qui introduit « To the Last Whale » : les avocats de Crosby le lui interdisent. Nash a aussi coupé les ponts avec Stills et Young. Bref, la cata. « Je ne crois pas qu’on reverra CSN et CSN&Y sur scène, confesse-t-il. On doit s’aimer pour faire de la bonne musique ensemble, vouloir que chacun soit là, à vos côtés. Et si ce n’est pas le cas, il n’y a rien à faire. »

Il n’y a plus qu’à écouter la musique qu’ils ont faite ensemble. Et, justement, l’occasion est là. Warner/Rhino vient de ressortir, ce vendredi 14 mai, le mythique Déjà Vu, l’album sorti le 11 mars 1970, dans une formidable version 50th Anniversary Deluxe Edition. On vous en parle ci-contre. Revenons à Graham Nash.

Quelles impressions ressentez-vous aujourd’hui quand on vous parle de « Déjà Vu » ?

Je crois que c’était un fameux bon disque. Assez différent du premier album de Crosby Stills & Nash. Quand on a enregistré celui-là, j’aimais et je vivais avec Joni Mitchell, Stephen était amoureux de Judy Collins et David était amoureux de Christine Hinton. Tout était beau et rose, nous étions tous pleins d’amour, et heureux, et le soleil brillait, et il y avait de la musique et de la joie. Quand nous avons enregistré Déjà Vu, Joni et moi avions rompu, Stephen et Judy aussi, Neil avait quitté sa première épouse et Crosby avait tragiquement perdu Christine dans un terrible accident. Les vibrations de l’album étaient donc très différentes de celles du premier, plus tristes.

L’album était pourtant impressionnant.

Parce que nous le voulions. Nous étions quatre auteurs, compositeurs, musiciens solides et nous avions beaucoup écrit. Et c’est précisément ce que nous voulons faire avec cette nouvelle sortie de Déjà Vu  : offrir de la matière que personne n’avait jamais entendue. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de démos, de nombreuses pistes inédites, des mixages différents de certaines chansons. Nous avons pris le temps de peaufiner cela ensemble parce que nous voulions que le public apprécie vraiment cette nouvelle sortie.

Ensemble ?

Oui. Chacun a dit : je veux ou je ne veux pas ce morceau-là. Chacun a fait ses choix.

C’était facile ?

Oui, parce que la musique, ça vous étreint le cœur ou pas. Les musiques qui ne nous semblaient pas finies, qui ne nous emballaient pas, on ne les a pas prises. Et nous savons ce qu’est un bon morceau de musique. Je vais vous raconter une histoire. On a enregistré Déjà Vu surtout à San Francisco, au Wally Heiders Studio. Nous ne vivions pas à San Francisco, alors nous étions tous dans un motel très étrange, très bon marché, dans le Tenderloin District, qui était proche du studio. Un soir, j’ai dit à Stephen qu’on n’avait pas pour cet album un morceau comme « Suite Judy Blue Eyes », qui avait boosté notre premier disque. Quand on pose l’aiguille sur le disque, on la laisse courir après un tel morceau. Le premier morceau d’un album doit être bon, intéressant, accrocheur pour qu’on l’écoute en entier. Il m’a répondu : Je vois, et je crois que je l’ai, ce morceau, je vais l’avoir. Et le jour suivant, il est revenu vers moi : qu’est-ce que tu penses de ça ? Et il m’a joué « Carry On ». Formidable. Stephen Stills a été un génie pendant de nombreuses années.

Quand vous vous rappelez ces sessions, vous ressentez de la fierté, du bonheur, de la nostalgie ?

Je sens qu’on a fait un bon album. Mais je vous le dit : ça n’a jamais sonné aussi bien que cela le fait aujourd’hui. La technologie est vraiment différente aujourd’hui. Et, dans cette re-sortie, Déjà Vu sonne bien mieux qu’il ne l’a jamais fait.

Dans la chanson « Myself at last », vous posiez une question : mon avenir est-il mon passé ? Vous sentez-vous prisonnier de « Déjà Vu » et des chansons de cette période de votre vie ?

Non, parce que nous avançons sans cesse. Il y a tellement de choses sur lesquelles écrire. Je n’ai d’ailleurs pas détesté cette année de confinement. J’ai écrit plein de chansons, je les ai enregistrées avec ma guitare acoustique et je les ai envoyées via internet à Shane Fontayne, mon guitariste, qui a ajouté sa guitare et la basse, m’a renvoyé la prise, et on l’a envoyé à Todd Caldwell qui a ajouté les claviers, m’a renvoyé la nouvelle prise et j’y ai ajouté ma voix, dans mon studio, chez moi, à New York. C’est la magie de la technologie d’aujourd’hui.

Vous avez écrit pas mal de chansons engagées, comme « Teach your Children », « Chicago », « Military Madness ». Mais la chanson qui vous ressemble le plus, n’est-ce pas « Simple Man » ?

Probablement. J’ai récemment fait une tournée aux Etats-Unis, où j’ai joué tout mon album Songs for Beginners de 1971. Et après l’entracte, j’ai joué tout Wild Tales de 1973. Deux albums en un concert. Et ça fonctionne aussi auprès des jeunes.

Vous avez des tournées en préparation ?

En effet. Mais on ne peut imaginer ce qui va arriver avec ce terrible virus. On connaît les précautions qu’on doit prendre pour l’anéantir mais malheureusement, il y a, dans ce pays, beaucoup trop de gens qui ne veulent pas porter le masque, qui estiment que le gouvernement leur rabote leurs droits humains. Tant que les gens qui portent ces idées ne prennent aucune précaution, le virus pourrait encore rester pour un long temps. Donc on ne sait pas si on pourra faire des tournées fin de l’année ou l’année prochaine. On ignore ce que le futur nous réserve.

Malgré les risques, New York rappelle ses fonctionnaires au bureau

Malgré les risques, New York rappelle ses fonctionnaires au bureau
Anthony Behar/Sipa

Mes post-it, les chocolats pour les collègues, mon agenda. Je me demande si les choses que j’ai laissées sur mon bureau il y a un an y sont encore. Quand j’ai quitté le bureau en mars 2020, je n’ai rien emporté. Je pensais que j’allais retourner rapidement sur les lieux, mais quatorze mois se sont écoulés depuis. Je suis très émue. Si ce n’est dans le cadre des réunions organisées sur Zoom, je n’ai plus jamais parlé à mes collègues. » Nancy Arechigia, 53 ans, le visage couvert d’un de ces masques noirs avec le logo Chanel vendus par des vendeurs ambulants à chaque coin de rue, arrive au 1 Center Street à 7h50. Son badge autour du cou et un sachet en papier contenant des bagels et du café à la main, elle pointe du doigt la fenêtre du département Logements sociaux où elle travaille. Il se situe dans le Dinkins Municipal Building, le bâtiment de style néoclassique de 40 étages qui, depuis 1913, abrite les bureaux municipaux et a servi de décor à de nombreux épisodes de New York, police judiciaire, la série télévisée dont une scène est d’ailleurs en train de se tourner aujourd’hui, juste au coin de la rue. « Je n’ai pas peur. Dans ma famille, nous sommes tous vaccinés. Et puis pour l’instant, nous ne travaillerons sur site que deux jours par semaine. »

Nancy fait partie des 80.000 fonctionnaires municipaux rappelés le 3 mai au bureau par le maire Bill de Blasio. Le signe d’un nouveau départ, le jour même de l’assouplissement d’autres restrictions – comme celle qui empêchait les gens de s’asseoir aux comptoirs des bars – et de l’annonce de la réouverture du métro 24 heures sur 24. « Le retour au bureau est un indicateur de sécurité et un exemple pour le secteur privé », a assuré le maire, prêt à déconfiner entièrement la ville dès le 1er juillet.

Une façon d’inciter les entreprises encore réticentes à reprendre le travail en présentiel dans un Manhattan où, pour l’instant, seuls 10 % des employés sont retournés au bureau (ce chiffre passera à 45 en septembre). Une situation risquée, mais nécessaire à la relance d’une métropole dont l’identité et la richesse reposent précisément sur l’activité exercée dans ses gratte-ciel, sièges des plus importantes sociétés commerciales et financières du monde. Aujourd’hui, même les courtiers de Wall Street travaillent encore à distance, et le Financial District, déjà éprouvé par les attentats du 11 septembre et les ravages de l’ouragan Sandy, est un quartier fantôme, dépourvu de la vitalité des zones résidentielles.

« La méthode n’est pas la bonne »

Certes, comme nous le rappelle le New York Magazine dans son nouveau numéro intitulé Remember the Office ?, la « mort du bureau », chaque fois ébranlé par une technologie différente, n’a rien d’un phénomène nouveau en Amérique. Le sujet a été abordé pour la première fois en 1969. Mais la pandémie a véritablement bouleversé le système. Dans sa lettre annuelle aux employés, Jamie Dimon, PDG de JpMorgan, souligne aussi les inconvénients du travail à distance : « Le télétravail ralentit le processus décisionnel, freine la créativité et empêche les nouvelles recrues de bien s’intégrer. » La transformation des habitudes et des espaces de travail est désormais sur toutes les lèvres.

« Il faut être positif. Il fallait bien commencer quelque part », affirme Sharon Gilford Jackson, une Afro-Américaine de 48 ans, alors qu’elle se rend à sa première réunion en chair et en os avec son patron à Citywide, le département qui gère les biens immobiliers municipaux. Vêtue d’un imperméable kaki, d’un pantalon noir et de chaussures plates (« On travaille mieux avec des vêtements confortables, voilà ce que m’a enseigné le confinement »), elle s’équipe d’une visière en plastique : « Mes collègues doivent pouvoir me reconnaître. » Le protocole de reprise prévoit le port obligatoire d’un masque et l’espacement des bureaux. Le vaccin, quant à lui, est facultatif, « mais 80 % des employés l’ont fait », assure Bill de Blasio. « Nous avons investi 206 millions de dollars (170 millions d’euros) dans l’amélioration du système d’aération, dans la construction de cloisons et dans le renforcement de l’hygiène. »

Pourtant, tout le monde n’est pas serein : « Je travaille dans un bureau au 32e étage, nous sommes 50, et les fenêtres ne s’ouvrent pas », déplore Rick Jenkins, 62 ans, contrôleur fiscal. « Aux abords des ascenseurs, l’agitation est à son comble. Nous sommes trop nombreux pour ne monter que trois à la fois. Vous ne pouvez pas non plus manger à votre bureau. Ils nous font revenir sans même un e-mail d’instructions. » C’est notamment pour cette raison qu’il s’est joint à la manifestation organisée devant les bureaux du maire, juste en face : « Il fait passer les intérêts politiques et économiques avant la santé de ses citoyens. »

Diego Segalini, directeur du Lower Manhattan Cultural Council, une institution culturelle qui, après le 11 septembre, a mis tout en œuvre pour faire revivre le centre-ville meurtri (et s’apprête à réitérer son action avec un festival qui démarrera le 10 juin), approuve : « Il est essentiel de redémarrer. Mais la méthode n’est pas la bonne. Les gens sont sous le choc. Alors qu’il y a peu, ils étaient encore contraints de s’isoler, on ne peut pas leur dire maintenant que tout est redevenu comme avant. Il y a eu un changement social et culturel. Nous devons le comprendre, en écoutant les travailleurs, leurs exigences et leurs craintes, avant de pouvoir réellement redémarrer. »

Fraudeurs et criminels ont surfé sur la crise du covid

En 2020, une gigantesque fraude aux accises a été découverte: bière, alcool et sodas achetés frauduleusement et revendus principalement à des propriétaires de night-shop.
En 2020, une gigantesque fraude aux accises a été découverte: bière, alcool et sodas achetés frauduleusement et revendus principalement à des propriétaires de night-shop. - Photo News.

Si la crise sanitaire a fait tourner l’économie « régulière » au ralenti, l’économie souterraine, en revanche, se porte plutôt bien. Elle « continue de prospérer », assure le rapport annuel de la CTIF que Le Soir a pu lire. La CTIF, c’est la Cellule de traitement des informations financières. Elle est chargée, en Belgique, de lutter contre le blanchiment d’argent d’origine criminelle et le financement du terrorisme. Tout acteur appartenant à une liste de professions définies, comme les banques, les établissements de paiement ou encore les études notariales, qui voit passer une transaction suspecte est tenu de la notifier à la CTIF, qui procède à l’analyse et qui, en cas d’indices sérieux de blanchiment, transfère le dossier au parquet (parfois au fisc, à l’auditorat du travail…).

Selon le bilan annuel, la CTIF a reçu, en 2020, 31.605 déclarations de soupçons. Après analyse, 1.228 dossiers ont été transmis aux autorités judiciaires, « en raison de l’existence d’indices sérieux de blanchiment ou de financement du terrorisme ». Pour un montant total de 1,64 milliard d’euros. Cette somme d’argent potentiellement sale, sur lequel la justice est priée d’enquêter, est en progression de 33 % par rapport à la moyenne des trois dernières années.

« Never waste a good crisis »

« La pandémie et la crise sanitaire prouvent que les fraudeurs et les criminels font montre d’une grande adaptabilité aux changements de circonstances économiques ou à l’émergence de situations extrêmes, s’appropriant la devise “never waste a good crisis”  », expliquent Philippe de Koster, président de la CTIF, et le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw en introduction du rapport.

« Au plus fort de la crise sanitaire, nous avons assisté à une recrudescence des mécanismes de fraude. » Au départ, il s’agissait essentiellement d’escroqueries liées au commerce de masques, de gel hydro-alcoolique ou de faux médicaments. Puis se sont ajoutés les dossiers de perceptions indues d’allocations de chômage ou de primes corona. Dans un dossier sur lequel a travaillé la CTIF, le parquet fédéral soupçonne un groupe d’individus « d’avoir créé de fausses entreprises en utilisant de fausses identités pour déclarer du chômage temporaire lié au coronavirus et percevoir ainsi les primes de compensation », pour un montant total dépassant le million d’euros.

Le président Philippe de Koster s’inquiète également des effets à plus long terme de la crise. « La probabilité de voir des pans de notre économie en difficulté se tourner vers les milieux criminels n’est pas exclue. De nombreux établissements de l’horeca, du secteur textile… en difficulté, ne trouvant plus de crédits bancaires, pourraient n’avoir d’autres options que de se tourner vers les milieux criminels pour trouver de l’argent frais ou devenir des proies faciles et se transformer en vecteurs de blanchiment ».

Un fournisseur clandestin de night-shops

À côté de la nouveauté liée au covid, les menaces criminelles qui génèrent l’argent sale traqué par la CTIF restent plutôt classiques : escroquerie, fraudes fiscale et sociale, trafic de stupéfiants, corruption. Exemple. « En 2020, une gigantesque fraude aux accises a été découverte dans laquelle de la bière, de l’alcool et des sodas ont été achetés au Luxembourg, en Allemagne ou aux Pays-Bas et entreposés dans des magasins clandestins abritant des stocks énormes. Ainsi, des clients, principalement des propriétaires de night-shop, se rendaient ensuite auprès de ces entrepôts afin de se fournir en marchandises », peut-on lire dans le chapitre sur la fraude fiscale.

Malgré le confinement, les saisies de cocaïne ont également battu un record en 2020 (plus de 65 tonnes saisies au seul port d’Anvers). « Tant au niveau du nombre de dossiers qu’en termes de montants, le trafic de stupéfiants est l’une des criminalités sous-jacentes les plus importantes. Les dossiers traités en 2020 ont principalement trait au trafic de cocaïne ainsi qu’au trafic et à la production de cannabis et de drogues de synthèses ».

La CTIF pointe notamment l’utilisation de sociétés « cash intensive » comme l’horeca ou les vendeurs de voiture pour blanchir. Elle a pu identifier différentes sociétés dont les recettes mélangent leur activité régulière à du cash issu du trafic de stupéfiants, entre 300 et 800.000 euros par an selon le dossier. Ces montants restent faibles par rapport à la valeur de la drogue saisie. Mais cela s’expliquerait par le fait que seul l’argent « issus de l’organisation logistique du trafic » circulerait en Belgique ; les bénéfices finaux de la vente atterrissant directement à l’étranger.

Un fonctionnaire corrompu

La CTIF a également transmis à la justice un dossier de corruption qui impliquait un fonctionnaire belge. « Des indices sérieux indiquaient que des versements effectués en espèces sur le compte belge d’un fonctionnaire public correspondaient à des pots-de-vin perçus pour la livraison de documents officiels à des personnes n’y ayant pas droit », écrit la Cellule, en taisant le nom de l’individu.

Les techniques utilisées pour faire rentrer de l’argent sale dans le circuit semblent aussi de plus en plus sophistiquées. Les recours à des mules financières (lire par ailleurs), à des jeux de hasard en ligne ou aux crypto-monnaies ont la cote. Le système bancaire classique est parfois contourné. « Les blanchisseurs se tournent désormais fréquemment vers des prestataires de services de paiement et de monnaie électronique ainsi que des néo-banques », note la CTIF.

Notons enfin qu’au cours des 10 dernières années, 533 jugements ont été prononcés par les cours et tribunaux dans des dossiers transmis par la CTIF. Ce qui a conduit à des amendes et confiscations pour plus de 360 millions euros. Cela peut paraître peu au regard des sommes dénoncées. « Il ne faut pas oublier que le temps de la CTIF n’est pas celui de la justice. En effet, si la CTIF transmet un dossier au parquet lorsqu’elle a des indices sérieux, les autorités judiciaires doivent apporter la preuve que les opérations financières sont liées au blanchiment ou au financement du terrorisme », explique Philippe de Koster. Or, dans un grand nombre de dossiers, « la recherche de preuves peut prendre plus de 10 années et les condamnations intervenir au-delà de cette période ».

Conflit israélo-palestinien : les cendres de la tour d’Al-Jalaa à Gaza, symbole de la division internationale

Des journalistes filment la destruction de la tour Al-Jalaa, balayée par une frappe israélienne. Les autorités soupçonnaient le Hamas d’avoir infiltré le bâtiment.
Des journalistes filment la destruction de la tour Al-Jalaa, balayée par une frappe israélienne. Les autorités soupçonnaient le Hamas d’avoir infiltré le bâtiment. - Photo News

Donnez-nous dix minutes. Rien ne changera entre 15 heures et 15h10. Laissez quatre journalistes entrer récupérer leur matériel de travail ». Le propriétaire de la tour al-Jalaa à Gaza a bien tenté de plaider la cause des journalistes ce samedi, en vain. Quelques minutes après son coup de fil à un officier israélien – capté par une caméra de Middle East Eye – la tour al-Jalaa s’est effondrée, touchée par un tir de missile israélien. 11 étages situés dans la ville de Gaza abritant une soixantaine d’appartements résidentiels et un certain nombre de bureaux, dont ceux d’Al Jazeera et de l’agence Associated Press, réduits en cendres.

Le Hamas soupçonné d’être présent

L’armée israélienne a indiqué que des équipements militaires du Hamas se trouvaient dans l’immeuble, où les médias étaient, selon elle, utilisés comme « boucliers humains ». Elle a affirmé avoir prévenu en amont « les civils » qui se trouvaient à l’intérieur : « Le groupe terroriste du Hamas place intentionnellement ses moyens militaires au cœur des populations civiles de la bande de Gaza ». Pour l’historienne Frédérique Schillo, co-autrice de « Jérusalem. Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire », la situation est inédite : « Je n’ai pas souvenir de bâtiment abritant des médias qui ont été détruits dans le passé. Cette tour était connue depuis longtemps et soulevait déjà des questions en 2014. L’armée israélienne y soupçonnait un centre de communications, un lieu où le Hamas stockait des armes et se servait des journalistes comme sorte de bouclier humain ». Les réactions suite à la frappe disent toute l’impossibilité de parvenir à un semblant de position commune au sein de la communauté internationale vis-à-vis du conflit.

La Maison-Blanche semble avoir été convaincue par les justifications israéliennes : après avoir indiqué à Israël qu’assurer la sécurité des journalistes était « capital », le président démocrate Joe Biden, qui s’est entretenu avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a « réaffirmé son fort soutien au droit d’Israël à se défendre contre les attaques à la roquette du Hamas et autres groupes terroristes à Gaza ». Un soutien américain toujours très fort mais qui s’étiolerait à mesure que l’opération s’éterniserait : « Biden subit une forte pression au sein du parti démocrate, rappelle Schillo, l’aile gauche, du sénateur Bernie Sanders à l’élue Alexandria Ocasio-Cortez, réclame davantage de sévérité ».

L’agence de presse américaine AP, dont les bureaux se trouvaient dans la tour, s’est dite « choquée et horrifiée » par la frappe qu’elle qualifie de « développement incroyablement inquiétant ». L'Association de la presse étrangère (FPA), qui regroupe quelque 480 journalistes de la presse internationale actifs en Israël et dans les Territoires palestiniens, pointe qu’Israël « n'a pas présenté la moindre preuve pour soutenir ses affirmations selon lesquelles le bâtiment était utilisé par le Hamas »

Une rupture « terrible » avec les journalistes

Du côté du média qatari Al-Jazeera, la réaction a été beaucoup plus vive. Le directeur du bureau en Palestine et en Israël, Walid al-Omari, a déclaré que ce « crime » s’ajoutait à la « série de crimes perpétrés par l’armée israélienne » à Gaza. Israël ne veut pas « seulement répandre la destruction et la mort à Gaza, mais aussi réduire au silence les médias qui voient, documentent et disent la vérité sur ce qu’il s’y passe », a fustigé le journaliste. Pour Frédérique Schillo, la destruction de la tour Al-Jalaa abîme un peu plus le lien de confiance entre les journalistes et les autorités israéliennes : « La rupture est terrible entre la communauté des médias et les autorités politiques militaires israéliennes ». L’épisode de la tour intervient après celui de jeudi dans la nuit où l’armée israélienne a annoncé que des soldats avaient pénétré dans la bande de Gaza, menant une opération au sol, ce qui était incorrect. Plusieurs médias internationaux craignent d’avoir été manipulés par l’armée pour tromper des combattants du Hamas. « Israël dépense beaucoup pour soigner son image, rappelle l’experte. Et une réussite sur le terrain peut être abîmée par une seule image forte »

197 Palestiniens et 10 Israéliens tués

L’aviation israélienne a bombardé dimanche la maison du chef du Hamas pour la bande de Gaza, franchissant un nouveau palier dans ses attaques contre le mouvement islamiste palestinien, quelques heures avant une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. A l’heure d’écrire ces lignes, une déclaration du Conseil était en train d’être négociée mais l’appui des Etats-Unis, qui s’y refusent depuis une semaine, restait encore incertain. « La puissance de feu du Hamas va pousser la communauté internationale à modérer toute condamnation des représailles israéliennes », estime Frédérique Schillo.

Depuis le début du nouveau cycle de violences le 10 mai, 197 Palestiniens ont été tués, dont 58 enfants et plus de 1.200 blessés, selon un dernier bilan palestinien. En Israël, dix personnes ont été tuées, dont un enfant, et 282 blessées, dans les tirs de roquettes palestiniennes.

Les Racines élémentaires de Carola Rackete: «Je ne tiens pas en place si je fais quelque chose de vain»

«Je recharge mon énergie dans la nature, j’adore passer beaucoup de temps à l’extérieur. Travailler en groupe, avec le support d’amis est aussi très important.»
«Je recharge mon énergie dans la nature, j’adore passer beaucoup de temps à l’extérieur. Travailler en groupe, avec le support d’amis est aussi très important.» - Belga

entretien

L’image a fait le tour du monde : le 29 juin 2019, le Sea-Watch 3 entrait dans le port de Lampedusa, sans autorisation pour débarquer une quarantaine de rescapés épuisés bravant l’interdit du ministre italien de l’Intérieur Salvini. La capitaine, une jeune femme allemande à dreadlocks, était immédiatement arrêtée par la police et menacée de prison ferme (elle sera totalement exonérée). En l’espace d’une nuit, Carola Rackete est devenue un symbole. Double. Pour les uns, elle est la jeune Européenne qui a osé résister à un populisme débridé pour protéger les droits humains. Pour les autres, elle incarne l’irresponsabilité d’ONG devenues complices de trafiquants. Les menaces et les attaques verbales à son encontre seront d’une violence inouïe, y compris au sein du Parlement européen. Sa glorification fut tout aussi disproportionnée, nous explique-t-elle aujourd’hui en substance. Elle n’est pas une pasionaria de la cause migratoire, juste une fille « arrivée par hasard » dans cette histoire et qui, dans des circonstances difficiles, n’avait pas d’autre choix que de faire ce qui était juste.

Vous ne seriez pas devenue ce que vous êtes aujourd’hui, si…

… Si je n’avais pas vécu toute une série de rencontres. S’agissant de mon engagement écologique, mon voyage en Arctique et ceux en Antarctique ont été déterminants parce que la crise climatique y est particulièrement visible. Je suis allée pour la première fois au pôle Nord il y a 10 ans sur un navire scientifique et on voyait déjà clairement ce qui était en train de se produire. Au cours de cette mission, j’avais accès à tous ces scientifiques qui m’ont permis de comprendre non seulement la dynamique de la crise climatique mais aussi le problème du manque d’action politique. Les chercheurs m’expliquaient à quel point ils rapportaient les données pour documenter le phénomène depuis 20-30 ans sans que ça ne trouve d’écho.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire ce voyage ?

C’était mon travail. J’ai étudié la navigation par hasard et j’ai commencé à travailler sur ce navire.

Comment choisit-on la navigation « par hasard » ? C’est assez atypique comme orientation…

Ce qui était clair pour moi, c’est que je ne voulais pas me lancer dans des études qui m’amèneraient à travailler dans un bureau et je voulais quelque chose de concret. Les opportunités d’emploi étaient plutôt bonnes. Or je venais d’un milieu qui avait été beaucoup confronté au chômage et aux difficultés économiques et je voulais sortir de cela.

Une personnalité marquante dans votre vie, un modèle vous a inspirée ?

Non.

Pas un ?

Non, je n’ai rencontré personne d’intéressant quand j’étais plus jeune.

Un enseignant, quelqu’un de votre famille ?

Non. Je pense que la plupart du temps, l’école n’est pas un bon environnement pour les jeunes. Ça apprend plein de choses pas très utiles et c’est surtout une perte de temps.

Et la famille ?

Rien.

Vous diriez que la famille est un lieu de transmission ou un environnement contre lequel on se construit pour trouver sa propre voie ?

(Silence) Je ne sais pas. J’imagine que la plupart des gens apprennent beaucoup de leur entourage en grandissant. Mais une fois de plus, ça peut être bon ou mauvais…

Vous avez été harcelée à l’école secondaire, au point, raconte le journal Le Monde, de vous isoler et de passer une partie de votre jeunesse devant votre ordinateur, plongée dans le jeu de rôle en ligne « World of Warcraft » où vous trouvez une forme de communauté. Cette épreuve vécue à l’adolescence vous a-t-elle fragilisée ou rendue plus forte ? La rabbin Delphine Horvilleur dit qu’on se construit plus sur ses souffrances que sur le bonheur…

Je ne sais pas… Beaucoup de livres et de biographies racontent une expérience traumatique de l’auteur, un passage en prison, que sais-je et ce que l’auteur en a tiré. Mais la souffrance n’amène pas toujours à tirer un quelconque apprentissage d’une situation. Je pense que ça peut surtout briser les gens. Prenez les personnes qui ont fui vers l’Europe, qui ont développé des troubles post-traumatiques et qui sont brisées, abîmées pour le reste de leur vie, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Tout dépend de son entourage et de la situation aussi après l’événement. Donc non, je ne dirais pas qu’on apprend de la souffrance de manière générale.

Vous avez travaillé avec Greenpeace, c’est là que vous avez découvert l’importance de l’activisme comme moyen de faire progresser les causes auxquelles on croit ?

Après le voyage au pôle Nord, je me suis dit que plutôt que de collecter des données scientifiques et puisque j’avais le permis de navigation, je pourrais travailler sur un bateau de Greenpeace et poser des actes politiques. Mais in fine, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire, parce que c’était un job terriblement ennuyeux. Même si le but était bon, les conditions de travail n’étaient pas intéressantes. Conduire un bateau, c’est ennuyeux, un nombre incalculable de marins vous le diront. Vous n’avez aucune part créative, c’est juste un job très, très technique. Vous n’êtes pas impliqué dans ce qui arrive, juste un facilitateur pour amener le bateau où il doit être.

Pourtant c’est en conduisant un bateau, le Sea-Watch-3, que vous avez accompli l’acte le plus politique possible ?

Oui, mais c’était une coïncidence. Je n’ai pas passé mon permis pour conduire un bateau parce que je pensais en faire quelque chose d’utile. A l’époque, la situation était tout à fait différente en Méditerranée. Et la difficulté de ces sauvetages ne tient pas dans la conduite du bateau, mais dans la situation politique autour : organiser l’équipe, coordonner toutes les relations humaines.

Qu’est-ce qui fait qu’on est courageux, qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné on dit « non » ?

Je pense que c’est un processus. Il y a quelque chose que les gens sous-estiment souvent à propos des opérations de sauvetage : c’est le travail de préparation. On ne réagit pas à une menace qui survient tout à coup. Chaque membre de l’équipage – pas seulement le capitaine – sait qu’il risque d’être poursuivi en justice. C’est quelque chose auquel vous devez vous préparer : on a des briefings juridiques et politiques. Prenez Rosa Parks. Beaucoup de gens pensent qu’elle a refusé de céder sa place (à un blanc dans un bus, NDLR) parce qu’elle en avait marre. Mais c’était une activiste politique, passée par la Highlander Folk School, qui connaissait Martin Luther King. Elle avait déjà essayé avant de poser ce geste, mais sans que cela ne provoque d’indignation. Et il y avait une énorme organisation derrière elle. C’est quelque chose à côté duquel on passe souvent quand on se penche sur les gens courageux : on ne voit pas ce qui les a amenés au point où ils se trouvent. Prenez la journaliste russe Anna Politkovskaïa qui enquêtait en Tchétchénie et qui a été tuée. Je lisais une interview où elle disait qu’elle était à un point de sa vie où ce n’était plus un choix : « j’ai la possibilité de le faire, je dois y aller ». Pour elle, il n’y avait pas d’autre choix que de publier et raconter ce qui se passait. C’est la même chose pour le secours en mer. Il faut y aller et vous n’avez pas le choix. L’impression de choix est vécue par l’extérieur – « Peut-être n’aurait-elle pas dû accoster dans ce port… » –, mais quand vous êtes sur le bateau, la situation est très claire, la loi est très claire : il n’y a pas de choix.

Ce moment – lorsque vous forcez l’accostage du bateau – fait-il de vous quelqu’un de différent ? On peut retourner à sa vie d’avant après ce geste-là ?

Evidemment, ça a été un tournant parce que tout ce que j’ai fait après est basé sur ce qui s’est passé. Mais s’agissant du militantisme, j’ai continué ce que je faisais avant. Je suis toujours engagée dans des projets mais je ne me focalisais pas à 100 % sur l’activisme. Ce sont les endroits, les gens et les projets qui ont changé.

Vous pensez qu’on vous a trop mise en évidence, quasi « starifiée », héroïsée ?

Le story telling médiatique aime se concentrer sur une personne parce que c’est comme cela qu’il fonctionne. Mais les gens peuvent parler pour eux-mêmes. En termes de migration, il y a des millions de personnes qui sont expertes de ces questions, précisément parce qu’elles sont réfugiées et demandeuses d’asile. Beaucoup sont organisées et actives politiquement. Elles n’ont pas besoin de quelqu’un pour parler pour elles, ce dont elles ont besoin, c’est de la possibilité d’être entendues. Et ça n’aide pas que les médias se concentrent sur une personne blanche arrêtée par accident. Je n’ai pas été arrêtée parce que je suis une spécialiste de la migration, pas du tout. J’étais sur le bateau par hasard, Sea Watch m’avait appelée trois jours avant. Or j’ai été arrêtée et immédiatement, les médias ont créé ce personnage. Mais moi je travaille en zone polaire, je suis une écologiste. Tout cela n’avait aucun sens et éloignait l’attention des gens dont on parle et qui sont ceux à qui on devrait parler.

Après votre coup de force en Italie, vous avez suscité tant l’admiration que la haine, avec parfois des attaques d’une rare violence. Comment gère-t-on une notoriété aussi brutale ?

J’ai décidé de continuer à faire ce que je faisais avant, après avoir écrit un livre. Je me suis stabilisée en retournant dans les endroits et auprès des gens avec qui j’avais travaillé avant : en Antarctique, en Amérique du Sud. Contrairement à ce qu’on peut penser, je n’ai jamais été une employée ou même un membre de Sea Watch, mais on s’est organisé avec l’ONG pour redistribuer toutes les requêtes qui arrivaient pour moi vers des membres de l’organisation. Si quelqu’un veut m’attribuer un prix, on le passe à l’organisation. On essaie de gérer cela en tant que groupe.

Quelques mois avant votre participation à la mission de Sea Watch, vous disiez vouloir arrêter, repartir pour le nord, faire ce que vous aimez, mais vous disiez que c’était impossible parce que les besoins en matière de migration étaient trop importants, que vous ne pouviez pas tourner le dos à ce qui se passait. C’est quoi le moteur de cette abnégation ?

C’est une question difficile… D’un côté, il y a ce que vous pouvez faire, ce pour quoi vous êtes bon, de l’autre il y a les besoins de la société. Et puis à côté, ce que vous voulez faire, ce qui vous procure de la joie et vous rend heureux. Je crois que si on ne trouve pas un sens, un accomplissement dans ce qu’on fait, on ne peut pas le faire longtemps. Et je crois que pour certaines personnes, ce genre d’engagement pour la société est moins important. Beaucoup agissent à un niveau plus personnel dans leur famille et leur voisinage. Les gens me demandent souvent : « Pourquoi tu protèges les droits des migrants ? Les droits des autres ? ». En fait, ce sont toujours ses propres droits qu’on protège, in fine. Si vous permettez qu’on attaque le droit des SDF, si vous permettez qu’on retire leur droit aux migrants ou qu’on se pose la question de la protection des personnes âgées face à une épidémie sur le thème « elles seraient bientôt mortes de toute façon », vous laissez la société glisser vers une dégradation morale qui est dangereuse. C’est le poème sur le nazisme « Quand ils sont venus chercher… » (de Martin Niemöller, NDLR).

Vous parlez « des gens » mais pour vous, quel est le moteur ?

C’est une question que je me suis beaucoup posée : que faire de mon temps ? Je ne tiens pas en place si je fais quelque chose qui me paraît vain ou pas engageant. C’est important pour moi de remplir ma vie avec quelque chose qui a du sens. Je vois beaucoup d’injustices dans le monde, le problème écologique : il y a un million de choses qu’on peut faire. Parce que je comprends les problèmes que nous vivons et que je sais qu’ils ne pourront qu’empirer si on ne fait rien, je n’ai pas le sentiment d’avoir le choix. Je n’ai pas d’autre choix que d’agir. On parle toujours de veiller aux conséquences de nos actes, mais il faudrait aussi réfléchir aux conséquences de l’inaction. La difficulté, c’est qu’on est conditionné pour l’immédiateté, alors les conséquences à 10, 20 ans, ça paraît moins important.

Qu’est-ce qui vous donne de la sérénité et du bonheur dans cette vie de combat ? Où rechargez-vous votre énergie ?

Dans la nature – j’adore passer beaucoup de temps à l’extérieur. Des études le prouvent d’ailleurs : nous sommes plus heureux si nous passons du temps dehors, même rien qu’en nous promenant dans un parc. Travailler en groupe, avec le support d’amis est aussi très important.

Conflit israélo-palestinien: 3.000 personnes réunies à Bruxelles en soutien de la Palestine

Les soutiens aux Palestiniens se sont rassemblés dans plusieurs pays samedi en appui à la cause palestinienne, sur fond d’escalade militaire entre le Hamas et Israël.

Quelque 3.000 personnes, selon un décompte de la police, ont manifesté samedi après-midi place de l’Albertine à Bruxelles pour commémorer la Nakba – la « catastrophe » en arabe, marquant le début de l’exode de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création d’Israël en mai 1948 – et dénoncer une escalade de la violence ces derniers jours, sans précédent en Israël et Palestine depuis plusieurs années.

Le rassemblement, organisé par l’Association belgo-palestinienne (ABP), le Forum démocratique palestinien en Europe, Palestina Solidariteit, la Plateforme Charleroi Palestine, le Rassemblement des démocrates arabes en Belgique et l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) notamment, se déroule dans le calme, a précisé la police. Les organisateurs avaient préalablement averti sur l’événement Facebook de la manifestation qu’aucun propos antisémite ne serait toléré.

Les participants dénoncent notamment les expulsions et démolitions de maisons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui « se sont accélérées de façon fulgurante ces derniers mois malgré la crise du coronavirus ».

« Ces persécutions sont constitutives du crime d’apartheid, comme le signalent nombre d’organisations de défense des droits humains tant israéliennes, palestiniennes qu’internationales », pointent les organisateurs. « Il incombe donc à la Belgique d’agir pour que l’autorité qui le pratique soit tenue pour responsable, et de défendre le droit inaliénable des Palestiniens exilés à retourner sur leurs terres. »

La partie palestinienne de la Ville sainte, occupée par Israël, a connu ces derniers jours les violences les plus importantes depuis 2017 autour de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam. Les tensions ont suivi l’annonce d’une possible expulsion de familles palestiniennes au profit de colons juifs dans le quartier de Cheikh Jarrah, et ont débouché sur une confrontation générale entre Israël et le mouvement islamiste Hamas.

Depuis lundi, cette dernière a déjà fait 139 morts, parmi lesquels 39 enfants, et 1.000 blessés dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Plus de 2.300 roquettes ont également été lancées sur le territoire israélien depuis lundi, tuant 10 personnes, parmi lesquelles un enfant et un soldat, et faisant plus de 560 blessés, selon les secours.

France

En France, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes, y compris Paris où les manifestations avaient été interdites par les autorités mettant en avant le précédent de 2014, lorsqu’une marche pro-palestinienne avait dégénéré en violences urbaines.

Les policiers ont appliqué dans la capitale française les consignes de «dispersion systématique et immédiate» dès que des manifestants tentaient de se regrouper, en utilisant des canons à eau et gaz lacrymogènes.

Selon les journalistes, des face-à-face entre manifestants et forces de l’ordre avaient lieu dans l’après-midi dans le quartier populaire de Barbès, dans le nord de la capitale.

«Palestine vivra. Palestine vaincra», pouvait-on entendre. Boulevard Barbès, un groupe d’une centaine de personnes chantait «Israël assassin». Des drapeaux palestiniens étaient brandis ou utilisés en cape.

«La France est le seul pays démocratique à interdire ces manifestations», ont protesté les avocats de l’Association des Palestiniens en Ile-de-France.

Paris.

Espagne

En Espagne, environ 2.500 personnes ont défilé dans le calme dans le centre de Madrid. Les manifestants scandaient « Ce n’est pas une guerre, c’est un génocide ! » et brandissaient des pancartes barrées de slogans tels que « Le silence des uns est la souffrance des autres » ou « Jérusalem capitale éternelle de Palestine ».

« Nous demandons à l’Espagne et aux autorités européennes de ne pas collaborer avec Israël, car elles collaborent par leur silence » sur les violences en cours au Proche-Orient, a expliqué pour sa part Ikhlass Abousousiane, 25 ans, infirmière d’origine marocaine comme de nombreux participants à la manifestation.

Madrid.

Allemagne

Des milliers de personnes se sont rassemblées à Berlin et dans plusieurs villes allemandes. Au total, trois rassemblements ont été autorisés dans la capitale allemande. Deux des manifestations se sont déroulées dans le quartier populaire de Neukölln, dans le sud de la ville.

À l’appel du collectif «Samidoun», derrière le mot d’ordre «marche du peuple palestinien pour la libération et le retour», plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur l’Hermannplatz, la place centrale du quartier, brandissant des drapeaux turcs et palestiniens. Plus de 3.500 personnes étaient présentes, selon la police.

Les autorités ont ordonné au bout d’une demi-heure la dispersion du rassemblement, en raison du «non-respect des mesures» de distanciation sociale contre la pandémie de Covid-19, a indiqué la police berlinoise sur Twitter. Cela a donné lieu à des «agressions contre les forces de l’ordre» et des arrestations, a-t-elle ajouté.

Royaume-Uni

A Londres, des milliers de personnes ont manifesté dans le centre de la ville, appelant le gouvernement britannique à intervenir pour faire cesser l’opération militaire israélienne.

Les manifestants se sont rassemblés à la mi-journée à Marble Arch, d’où ils se sont dirigés vers l’ambassade d’Israël, brandissant des drapeaux palestiniens et des pancartes demandant de «libérer» les territoires palestiniens.

Suisse

En Suisse, 300 personnes se sont rassemblées à Genève pour soutenir le peuple palestinien. Deux cents personnes ont également manifesté à Bâle.

Dans la cité de Calvin, les manifestants ont dénoncé la politique israélienne à l’encontre des Palestiniens, traitant l’État hébreu d’assassin et de criminel.

Pays-Bas

À La Haye, aux Pays-Bas, 300 à 400 manifestants, certains enveloppés de drapeaux palestiniens, se sont rassemblés sur le Malieveld. D’autres se sont réunis sur la Hofplaats.

Tunisie

En Tunisie, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes. Des centaines de manifestants drapés dans des drapeaux palestiniens se sont rassemblés dans le centre de Tunis, avant de défiler sur l’avenue Habib Bourguiba, surveillés par la police.

Parmi les slogans des manifestants, qui ont bravé le confinement en vigueur jusqu’à dimanche, on pouvait entendre: « Tunisiens et Tunisiennes soutiennent la Palestine ! » ou « Le peuple veut criminaliser la normalisation avec Israël ! ».

Archéologie: et si les manuscrits de Moïse Shapira étaient authentiques?

Le British Museum a renoncé en 1883 à acheter les manuscrits de Shapira. Qualifiés de contrefaçons, ils ont été vendus pour 20 livres sterling avant de disparaître de la circulation.
Le British Museum a renoncé en 1883 à acheter les manuscrits de Shapira. Qualifiés de contrefaçons, ils ont été vendus pour 20 livres sterling avant de disparaître de la circulation. - BelgaImage.

Et si les manuscrits de Shapira étaient authentiques ? Plus d’un siècle après le suicide de l’antiquaire Moïse Wilhem Shapira, la question est de nouveau posée par l’archéologue israélo-américain Idan Dershowitz dans un article et un ouvrage intitulés The Valediction of Moses. L’auteur y défend la thèse selon laquelle les manuscrits que faillit acheter le British Museum à la fin du XIXe siècle ne sont pas nécessairement faux, mais qu’ils pourraient appartenir à une version très ancienne du Deutéronome, livre biblique que la tradition attribue à Moïse. Le Deutéronome contient les derniers discours du prophète au peuple hébreu avant son entrée à Canaan (Palestine), le récit de sa mort ainsi que les Dix Paroles (les dix commandements).

Pour comprendre cette histoire digne d’un Indiana Jones, il faut remonter en 1883. Moïse Shapira, un antiquaire installé dans le quartier chrétien de Jérusalem, pense avoir un trésor entre les mains. Des Bédouins lui ont vendu des fragments de rouleaux de la Bible trouvés dans une grotte sur les rives de la mer Morte. Ils constitueraient le plus ancien livre du Deutéronome. Non le texte qui fait foi depuis le Moyen Âge, mais un Deutéronome largement antérieur puisqu’il remonterait au IXe siècle avant Jésus-Christ.

Un million de livres sterling

Shapira s’apprête à faire l’affaire de sa vie : le British Museum lui offre un million de livres sterling pour acquérir les fragments de manuscrit. Un projet d’exposition est mis en place à Londres. Mais peu avant la transaction, un orientaliste français, Charles-Simon Clermont-Ganneau, décrète qu’il s’agit d’une contrefaçon. L’écriture est trop maladroite pour être authentique, argumente-t-il, en se référant à la stèle de Mésha découverte en 1868. Cette pierre, qui date du IXe siècle avant Jésus-Christ, est gravée de l’un des premiers textes non bibliques confirmant un événement mentionné dans la Bible. Elle est contemporaine de l’époque à laquelle se réfère Shapira.

Charles-Simon Clermont-Ganneau connaît bien cette stèle. Il en a assuré la reconstitution après qu’elle eut été détruite par des Bédouins. Pour lui, Shapira s’est inspiré des caractères qui y figurent pour fabriquer un faux de toutes pièces. Mais il s’y est mal pris.

Il faut dire que Moise Shapira traîne une réputation sulfureuse. Des années auparavant, il a fabriqué et vendu des fausses poteries au musée de Berlin. Cette affaire ajoutée à l’analyse épigraphique de Clermont-Ganneau convainc le British Museum de renoncer à l’acquisition des fragments. L’univers de Shapira s’écroule. Il se suicide peu après dans une chambre d’hôtel, aux Pays-Bas. Ses manuscrits sont vendus aux enchères comme contrefaçons pour 20 livres sterling. Depuis, ils ne sont jamais réapparus. Les archéologues actuels – et c’est fondamental pour ce qui suit – sont donc privés du matériau source qui permettrait de faire la part du vrai et du faux.

Une magistrale erreur ?

Dans The Valediction of Moses pourtant, Idan Dershowitz fonde l’hypothèse d’une magistrale erreur. Selon l’Israélo-Américain, le texte mis à la vente par Shapira ne serait pas une réécriture frelatée du Deutéronome, mais l’aurait bel et bien précédé. Il pourrait dater d’une période qu’il faut situer entre la construction du Premier Temple de Jérusalem par le roi Salomon, au Xe siècle av JC, et sa destruction par Nabuchodonosor II, roi de Babylone, en 586 av JC. Il pourrait dès lors s’agir du plus vieux manuscrit biblique, offrant aux chercheurs une multitude de perspectives nouvelles sur les origines et l’évolution de la Bible ainsi que du judaïsme.

Plusieurs arguments sont avancés par Dershowitz.

Les manuscrits incriminés présenteraient une écriture moins mauvaise que celle qui figure sur les fausses poteries de Shapira. Pour affirmer cela, le chercheur de l’université de Potsdam se base sur des dessins reproduisant les fragments du manuscrit. Ils ont été réalisés à l’époque des tractations avec le British Museum par le Britannique Christian David Ginsburg. Or, Ginsburg, explique Dershowitz, était mauvais dessinateur. Outre ces dessins, il n’existe qu’un cliché très sombre des parchemins.

L’autre argument majeur en faveur de Shapira réside dans l’absence de certains passages du Deutéronome « classique » dans les fragments proposés au British Museum. On y trouve bien les dix commandements, et même un « onzième commandement » (« Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur »). En revanche, les lois qui balisent la société israélite n’y figurent pas, ce qui signifie que le manuscrit pourrait être au moins antérieur au VIIe siècle avant Jésus-Christ. C’est en effet à cette époque qu’un roi nommé Josias aurait édicté ces lois afin de justifier le bannissement des cultes étrangers de son royaume et d’asseoir celui de Yahvé à Jérusalem. Elles constituent aujourd’hui les chapitres 12 à 26 du Deutéronome, des pages essentielles de la Torah et du Pentateuque, qui reprend chez les chrétiens l’ensemble des cinq premiers livres de la Bible.

« Le Deutéronome est le résultat d’un long processus éditorial qui aboutit au Moyen Âge », explique le paléographe français et spécialiste de la Bible Michaël Langlois. « L’absence de certains passages peut donc conduire à penser que la version de Shapira est antérieure à la version complète ».

Il y a enfin ce vieux différend qui oppose l’orientaliste Charles-Simon Clermont-Ganneau à l’antiquaire Moïse Shapira. Car en 1873, soit dix ans avant la transaction avortée avec le British Museum, c’est également… Clermont-Ganneau qui a jugé « fausses du début à la fin » des poteries vendues par Shapira au musée de Berlin. Question : et si, fort de cette seule expérience, Clermont-Ganneau avait décrété sans preuve que les fragments du Deutéronome ne pouvaient être que faux ?

Toute la carrière de Shapira ne peut être résumée à la production de contrefaçons : avant l’affaire du Deutéronome, il a vendu des manuscrits tout ce qu’il y a de plus authentiques à différentes institutions. D’où la question de savoir si, bien que converti au christianisme, le juif d’origine russe Shapira n’a pas été également la cible de l’antisémitisme ambiant de l’Europe occidentale de la fin du XIXe siècle…

Prudence, prudence…

Tous ces arguments ne prouvent toutefois pas que les manuscrits de Shapira sont authentiques. « D’autant qu’il n’est pas impossible, ajoute Michaël Langlois, qu’un brillant faussaire, très au courant des débats qui tournaient autour du Deutéronome au XIXe siècle, ait imaginé une version au contenu incomplet pour suggérer son antériorité. » Le professeur et spécialiste de la Bible (UCLouvain/FRS-FNRS) Hans Ausloos insiste quant à lui sur le fait que Dershowitz base son hypothèse sur des dessins et des notes du XIXe siècle, non sur le matériau original. « Peut-être les dessins sont-ils corrects, peut-être pas. Personne ne peut vérifier puisque les manuscrits n’existent plus. Et même s’ils étaient redécouverts demain, il faudrait s’interroger sur le réemploi de parchemins anciens par un ou des faussaires au XIXe siècle ».

Les objections formulées par Idan Dershowitz ne peuvent être pour autant écartées d’un revers de la main. Le New York Times rapporte que, lors d’une présentation à Harvard en 2019, sa thèse a jeté le trouble parmi les scientifiques présents. En résumé, ou Dershowitz a raison et les fragments de Shapira pourraient constituer une découverte aussi importante que celle des manuscrits de la mer Morte en 1947 ; ou il se trompe complètement et met en danger sa crédibilité de chercheur.

Authentiques, les fragments de Shapira apporteraient aux historiens de la Bible des textes bien plus anciens que les manuscrits de la mer Morte, datés du IIIe siècle av JC au Ier siècle ap JC. Une telle trouvaille révolutionnerait les études bibliques. Sans oublier qu’au Proche-Orient, plus que partout ailleurs, l’archéologie est aussi affaire de politique…

Mais prudence. Tout ce qu’avance Idan Dershowitz reste hypothétique, jusqu’à preuve du contraire. « Les savants de l’après-guerre, refroidis par l’affaire Shapira, ont mis du temps à prouver que les manuscrits de la mer Morte étaient authentiques. Prudence bien inspirée puisque, en effet, quelques fragments des parchemins conservés par le nouveau Musée de la Bible, à Washington, ont été jugés faux en 2020 », rappelle Hans Ausloos. Des faussaires ont réussi à rouler des spécialistes de la Bible, tirant parti d’un marché où le moindre fragment (authentique) peut se vendre à des centaines de milliers d’euros.

Quant à l’éditeur néerlandais Brill, qui avait édité ces prétendus manuscrits de la mer Morte en les entourant du plus grand sérieux scientifique, il a depuis retiré la publication de ces textes de sa collection.

Tour d’Italie: coup double pour Egan Bernal, qui remporte la 9e étape et s’empare du maillot rose, Remco Evenepoel 2e du général (vidéo)

Tour d’Italie: coup double pour Egan Bernal, qui remporte la 9e étape et s’empare du maillot rose, Remco Evenepoel 2e du général (vidéo)
Reuters

Egan Bernal (Ineos Grenadiers) a remporté la 9e étape du 104e Tour d’Italie cycliste dimanche entre Castel di Sangro et Campo Felice (158 km), marquée par quatre ascensions à travers les Apennins et 3400 m de dénivelé positif. La montée finale, le Campo Felice (5,7 km à 5,8 %) classé en 1re catégorie une longue portion de 1,5 km non asphaltée à son sommet où le pourcentage approchait les 10 %. Le Colombien a attaqué dans les cinq cents derniers mètres. Il a déposé les deux derniers échappés du jour avant de s’imposer en solitaire. L’Italien Giulio Ciccone a pris la 2e place à 7 secondes devant le Russe Aleksandr Vlasov (Astana) également à 7 secondes. Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) a terminé 4e à 10 secondes.

Le Colombien de 24 ans a décroché sa première victoire d’étape dans un grand tour.

Bernal, qui était 3e du classement au départ de l’étape, est le nouveau maillot rose que détenait le Hongrois Attila Valter (Groupama-FDJ). Grâce aux bonifications, Il possède 15 secondes d’avance sur Evenepoel. Vlasov est 3e à 21 secondes. Valter est désormais 5e à 43 secondes, derrière Ciccone 4e à 36 secondes.

Tomasz Marczynski, le coureur de Lotto Soudal, n’a pas pris le départ après avoir présenté de symptômes similaires à ceux du coronavirus. Les organisateurs ont eux annoncé que l’ensemble des tests passés par les coureurs et les encadrements des équipes étaient tous négatifs.

Le premier événement de l’étape survenait dans la descente du Passo Godi, la première difficulté de la journée, avec une chute spectaculaire de Matej Mohoric après 40 km de course. Le coureur slovène de Bahrain Victorious passait au-dessus de son vélo et tombait sur sa tête. Il était ensuite évacué, conscient, sur civière. Quelques kilomètres plus loin, Jasper De Buyst était aussi contraint à l’abandon, laissant Lotto Soudal avec cinq coureurs après les abandons d’Ewan, samedi, et Marcszynski.

Après plusieurs tentatives d’échappée avortées par le peloton, un groupe de seize coureurs s’isolait en tête après 74 km. Il réunissait Tony Gallopin et Geoffrey Bouchard (AG2R Citroën), Luis Leon Sanchez (Astana-Premier Tech), Giovanni Visconti et Filippo Zana (Bardiani-CSF), Matteo Fabro (Bora-hansgrohe), Nicolas Edet (Cofidis), Simon Carr et Ruben Guerreiro (EF-Nippo), George Bennett et Koen Bouwman (Jumbo-Visma), Augusto Rubio (Movistar), Tanel Kangert (BikeExchange), Michael Storer (Team DSM), Bauke Mollema (Trek-Segafredo) et Diego Ulissi (UAE Emirates). Eduardo Sepulveda (Androni Giocattoli) parvenait ensuite à intégrer le groupe au km 92.

Le peloton laissa faire et accusa jusqu’à trois minutes de retard. Geoffrey Bouchard en profita pour aligner les points au classement de la montagne en passant en tête au Foca Caruso (km 102) et à Ovindoli (km 135), malgré les attaques de Simon Carr.

Ce qu’il restait des échappés a abordé les dix derniers kilomètres avec 2 : 15 d’avance sur le peloton du maillot rose. C’est alors que Bouchard a tenté sa chance seul. Koen Bouwman s’est lancé à sa poursuite et le rejoignait. Dans le peloton, les équipiers d’Egan Bernal assuraient le rythme et l’écart passait sous la minute à 3 km de l’arrivée. Ce ne fut pas suffisant pour les fuyards. Sous l’impulsion de Gianni Moscon, Bernal était placé sur une rampe de lancement dans le dernier kilomètre et le vainqueur du Tour de France 2019 en profita pleinement sur les graviers des derniers hectomètres.

Lundi, la 10e étape, L’Aquila-Foligno (139 km) devrait sourire à nouveau aux sprinters.

Dimitri De Condé : «Pour devenir un vrai grand, Genk va devoir un jour sortir de son Limbourg»

@News
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Trois semaines et demie après une étape triomphale au stade Roi Baudouin qui lui a permis de brandir son 9e trophée en l’espace de 23 ans, le Racing on tour fera cette fois escale à Anderlecht. Où il peut à la fois perdre son avance comme il peut effectuer un énorme pas vers les préliminaires de la Ligue des champions, lors d’un pile ou face qui vaudra la peine d’être vécu.

Dimitri De Condé, certains craignaient que Genk ne soit démobilisé en abordant les Playoffs 1, après avoir remporté la 5e Coupe de son histoire. C’est même tout le contraire. Surprise ou demi-surprise ?

Je ne prends aucune de ces deux propositions. Et j’en avance une troisième : l’application par le groupe de ce qu’on s’était proposé ensemble au début de la saison : franchir le goulet d’étranglement de Playoffs 1 qui passaient de 6 à 4 équipes, et tenter de gagner le deuxième prix mis en jeu, comme pratiquement toutes les équipes de D1A veulent le faire, en soulevant la Coupe de Belgique. On a réussi à aller au bout, on a marqué le coup en fêtant ça entre nous alors qu’on aurait préféré que ce soit en présence des supporters. Mais ça s’est arrêté là. L’équipe a su se reconcentrer directement sur l’amélioration du deuxième objectif, à savoir aller chercher le second ticket ouvrant la voie de la Ligue des champions.

Deux victoires et un nul pour commencer, ou comment mettre d’emblée la pression sur la concurrence. Toute la concurrence ?

Il faut rester raisonnable : l’avance de Bruges reste tout de même de 5 points.

Et celle sur Anderlecht de 3 pour la deuxième place…

Oui. Mais dans un cas comme dans l’autre, personne ici n’est dans le calcul. C’est le meilleur moyen de se perdre en cours de route. Rien à voir avec de la langue de bois, mais on en reste sur la seule volonté d’aborder chaque match avec l’intention de le gagner. Sans autre forme de projection par rapport à une position au classement. Peut-être qu’après la deuxième confrontation avec Anderlecht, ce paramètre va finir par intervenir, mais à cette heure-ci, on est loin de tout ça. Notre saison est réussie et le meilleur moyen de l’améliorer encore davantage, c’est justement de ne pas se prendre la tête. On a l’équipe pour jouer de manière libérée et l’entraîneur idéal pour manager tout ça. Keep cool  !

Parlons-en : pour le même prix, John van den Brom n’est plus sur le banc depuis longtemps. Le 26 février, il sauvait sa peau en gagnant à Charleroi après une série de 3 défaites…

C’est une conclusion tirée un peu hâtivement par la presse, dont le jugement est souvent influencé par les statistiques. Un entraîneur prend autant de points ? Il va rempiler. Un autre perd autant de matchs ? Il va être viré ! La vie d’un club, la relation entre une direction et son coach ou entre son coach et un vestiaire, c’est bien plus subtil que ces arbitrages qui devraient être effectués sans nuance. Lors de situations de crise, tout n’est pas tout noir ou tout blanc !

A vous entendre, votre 3e entraîneur de la saison n’aurait pas été menacé : vrai ?

Vraiment vrai ! Je vais même vous le prouver en vous avouant publiquement que je suis allé trouver le groupe, juste avant le déplacement au Mambourg, pour mettre ma démission dans la balance vis-à-vis des joueurs. S’ils voulaient vraiment la peau de Van den Brom, ils auraient dû obtenir la mienne au préalable. Ce jour-là, j’ai lu dans les regards que nous avions encore un bout de vie commune à vivre.

Van den Brom sera-t-il encore en poste la saison prochaine ? On imagine mal le contraire au vu des résultats actuels.

Et je l’espère à long terme ! Certains de vos confrères pensent peut-être qu’un entraîneur ne peut demeurer en poste pendant 4 ou 5 ans pour un prétendu phénomène d’usure. Surtout avec un Hollandais ! Moi, je pense tout le contraire : Van den Brom est un entraîneur sain, sans porte arrière. Il est cash ! Et il a prouvé à l’AZ Alkmaar qu’il pouvait travailler dans la stabilité pendant 5 ans. Il possède une qualité commune à beaucoup d’entraîneurs néerlandais : on peut discuter de manière extrêmement franche avec eux et ils sont capables de se remettre en question.

Genk-Anderlecht puis Anderlecht-Genk en l’espace de 4 jours : après le partage de la première manche (1-1), quel est votre regard sur le duel des deux équipes en forme du moment ? Et plus particulièrement sur le boulot de Vincent Kompany, qui vient de réaliser une réelle performance en qualifiant le Sporting pour les Playoffs 1 ? Avec la manière, en plus.

Je ne vis pas à Neerpede et donc je suis mal placé pour donner un autre avis que celui d’un observateur extérieur connaissant le milieu. Ceux qui ont initié puis soutenu le projet Kompany ont déterminé une ligne de conduite. Leur grand mérite est de s’y être tenus alors que personne ne croyait en ces Playoffs 1. Vincent a très bien géré la pression extérieure en la prenant sur lui autant qu’il le pouvait. Il a été capitaine de Manchester City et a travaillé pendant des années sous les ordres de Pep Guardiola, que je considère comme le meilleur entraîneur du monde. Ce n’est pas de la petite tranche de vie, tout ça ! En plus, on me dit qu’il bosse comme un fou. De quoi aller jusqu’au bout de ses ambitions en décrochant le titre la saison prochaine ? Je ne sais pas, mais je vois que quelque chose de très fort se dégage de son ambition personnelle pour Anderlecht.

Le football belge se cherche un 4e pilier depuis l’avènement de Malines dans les années 90, sous l’ère Cordier. Avec 4 titres de champion et 5 Coupes depuis 1998, Genk aurait logiquement dû devenir celui-là. Et pourtant, il tarde à l’être : pour quelle raison ?

Vous me parlez d’Anderlecht, du Standard ou de Bruges, mais concernant ces trois-là, c’est minimum 50 ou 60 ans de tradition ! Or, la tradition, on ne la forge pas en un claquement de doigts. L’histoire d’un club s’écrit au travers de ses trophées et de l’engouement qu’il suscite sur la durée. Je sais que sur les deux dernières décennies, Genk est le 3e classé, avec 4 titres et 5 Coupes. Anderlecht, c’est 10+1 et Bruges 6+4. Là où le Standard n’est qu’à 2+3.

Mais cela ne suffit pas à bousculer une hiérarchie bien établie dans les palmarès et, surtout, dans les cœurs. Quand je vois qu’après avoir gagné le championnat, en 2019, on fait la fête pendant trois semaines et qu’à la reprise, on se dit déjà que ce n’est pas grave si on ne reconduit pas notre titre, je me dis qu’il y a encore du chemin à faire. Mais on a tous conscience de cette lacune et on travaille à faire évoluer les mentalités : pour changer de statut, Genk doit devenir un club qui doit gagner ! Et pas un club qu’on cite parmi ceux qui sont susceptibles de gagner. La nuance est là.

L’adjectif limbourgeois est systématiquement accolé au patronyme Racing. Une forme de carcan dont il est difficile de se défaire pour un jour revendiquer d’être l’égal du trio des « historiques » du championnat ?

On ne sera plus là, vous et moi, pour en reparler dans 50 ans, mais il y a du vrai dans ce que vous dites. Cela fait aujourd’hui sa force identitaire, mais un jour, Genk va devoir sortir de son Limbourg. Nous commençons à avoir des supporters jusqu’à Louvain, mais ce n’est pas suffisant pour soulever une lame de fond comme sont parvenus à le faire jadis Anderlecht, le Standard puis Bruges.

Le Club est systématiquement cité en exemple en matière de modernité de gestion. Dans son sillage, on retrouve Genk, qui tient particulièrement bien la route en matière de détection des jeunes talents qu’il revend à prix d’or par la suite. Un incomparable atout, avec 17 transferts au-dessus de 6,5 millions en l’espace de 8 saisons, pour une somme totale de 199 millions ?

Une très belle carte, en effet. Et un crédit en termes d’image dont il faut profiter. Les réussites de Courtois, De Bruyne, Benteke, Berge, Trossard, Koulibaly, Milinkovic-Savic et d’autres encore constituent nos meilleures ambassadrices. Sur le marché des transferts, cela contribue souvent à faire la différence quand un jeune talent hésite entre deux ou trois propositions équivalentes. L’exposition constante vers l’étranger et la réussite de notre centre de formation sont des arguments qui jouent en notre faveur.

Bruges continue à explorer de nouveaux marchés, et notamment celui de l’Amérique du Sud. Avec les datas qui occupent une place sans cesse plus importante. Si pas pratiquement toute la place, notamment dans un club comme Anderlecht. Qu’en pense le nez le plus fin de Belgique sur ces dernières années ?

Je n’ai certainement pas la prétention de l’être, mais je peux vous donner mon avis sur la question. Genk travaille avec un bureau néerlandais spécialisé. On dresse des listes, on croise des données, mais en réalité, on en reste très rapidement là. Les datas constituent un paramètre très important du recrutement, mais ils restent loin de la réalité finale. A mes yeux, c’est juste une base de travail, pas la panacée. Le scouting et le relationnel sont quant à eux des éléments qui font vraiment la différence. Les chiffres restent des chiffres. Personnellement, je travaille avec Dirk Schoofs, qui chapeaute toute une série de scouts. Je voyage très peu comme directeur sportif. Mais quand je me déplace, c’est que Dirk et son équipe me disent que je ne vais pas perdre mon temps. Et c’est souvent très bien vu de leur part ! La suite, c’est une question de négociations en respectant ses limites financières et sa conception du jeu.

La méthode De Condé se résume à de l’anticipation et à une grande part de flegme ?

Mon principe est simple : agir de manière normale dans le foot permet de réaliser des trucs qui sortent de l’ordinaire. Durant ma carrière, j’ai vécu les faillites de Lommel et d’Alost, la pression du Standard, et je changeais de club dès que mon temps de jeu s’effilochait. Autant d’expériences qui m’ont beaucoup appris sur moi-même et sur le milieu du football. Avec les années, tout cela m’a appris à gérer mes émotions par rapport au foot. Quand je gagne, je ne danse pas sur les tables, et quand je perds, je ne déprime pas pendant des jours.

Anderlecht avait pensé à vous après le titre de Genk, en 2019, Bruges et l’Antwerp vous ont en très haute estime au point de vous voir intégrer leur structure à l’avenir. Dur dur de résister au chant des sirènes ?

Non. Je suis très à l’aise par rapport à tout ça. Je ne veux pas jouer la carte de la flatterie envers les supporters de mon club actuel, mais je suis un Limbourgeois très fier de bosser pour le club phare de sa région. J’ai une famille dont chaque membre a une écharpe bleue autour du cou, et tant que ma direction voudra de moi dans mes fonctions actuelles, je ne partirai pas pour un autre club belge.

Pour évoluer, peut-être. A Bruges, par exemple, vous disposeriez d’autres moyens. A moins que le challenge d’importer à Genk un modèle plus performant encore ne vous titille ?

Le Club a des moyens, mais il s’est surtout donné les moyens d’en avoir. Je m’explique : il a parié sur la mise en place d’une structure belge autour de Mignolet, Mata, Mechele et Vanaken. Et en fidélisant un Vormer, pour citer un exemple de joueur étranger. Ces gars-là constituent un squelette solide et fiable autour duquel on peut espérer articuler une équipe compétitive. Mais cette stabilité a un prix.

Un prix sur lequel Genk ne peut espérer s’aligner pour le moment.

Exactement ! Le Racing reste un club avec une assise populaire. Une équipe du peuple, comme le veut d’ailleurs le maintien de ses structures en ASBL, avec un organe d’administration représentatif de diverses sensibilités. On ne veut ni d’un cheikh ni d’un Belge fortuné qui concentrerait tout le pouvoir dans son portefeuille. Dans ces conditions et sur le schéma de développement actuel qui prévoit un nouveau complexe pour l’équipe A et une rénovation de la Luminus Arena, il n’est donc pas question de nous calquer sur le modèle brugeois. Notamment au niveau du volume des contrats proposés. J’espère que dans 10 ans, je serai encore là pour vous tenir un propos différent, mais à l’heure actuelle, rapatrier des internationaux belges pour leur dernière partie de carrière, c’est exclu. Trop cher !

De la boîte à pizzas à la carte de vaccination, une logistique inédite

Reportage

Bonjour. Un peu de patience. Il est de ce matin, le masque ? Non ? Je vous en donne un nouveau. » Bouquet de Deltrian (ça tombe bien, c’est une marque belge) ficelé à la main gauche, vaporisateur de gel calé dans la droite, casquette mauve vissée sur la tête, Jean-Pierre incarne la vaccination. Gardien de la paix à Anderlecht, il a transféré sa jovialité au RSCA : le stade des Mauves est l’un des dix centres bruxellois où l’on injecte, huit à douze heures par jour, du Pfizer, de l’Astra Zeneca… Premier visage d’une opération qui mobilise, en coulisses, de très nombreuses personnes, dont c’était le métier, ou pas, avant le Covid…

Jean-Pierre est gardien de la paix à Anderlecht. A l’entrée du stade, il distribue masques et gel, à la sortie, des sourires.

D’abord le feu vert fédéral

Avant d’être livrés, décongelés, pour l’injection, les vaccins suivent un parcours semé d’autorisations et contrôles. Chaque lot, expédié par avion ou camion, est réceptionné par la Belgique via Medista, société désignée par l’Etat pour assurer toute la logistique vaccinale. « La Belgique est petite, nous avons opté pour un seul lieu de stockage centralisé », explique Viviane Henry, conseillère stratégique au service gestion de crise du SPF Santé publique (en charge du stock). Les flacons reçus par notre pays conformément aux contrats d’achat négociés par l’Europe ne sont confiés aux administrations régionales qu’après avoir reçu leur bon de sortie de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) et du Laboratoire de Sciensano. Tout est contrôlé : conformité aux normes pharmaceutiques, quantités, conditions de conservation, traçabilité…

En parallèle, les fichiers Excell tournent, les zooms chauffent, pour répartir les caisses. En théorie, c’est simple, chaque livraison est attribuée selon la population : environ 57 % pour la Flandre, 31 % pour la Wallonie, 10 % pour Bruxelles, le solde pour les germanophones. En pratique, cela n’a rien d’un long fleuve tranquille, « sinon ça ne s’appellerait pas une crise », sourit Viviane Henry. Il y a d’abord les prévisions, à délai variable : « Pfizer nous a déjà communiqué ses chiffres jusqu’à fin juin, pour les autres, cela varie d’une à six semaines. » S’y greffent parfois des soucis de production donc des retards de délivrance. De quoi chambouler presque quotidiennement les plannings… Sans compter les calculs qu’il faudra revoir. Ainsi, l’Astra Zeneca ne peut être administré aux moins de 41 ans, qui représentent plus de 31 % de la population bruxelloise, contre moins de 25 % en Wallonie… Quant au Johnson et Johnson, sa dose unique est tout indiquée pour les groupes plus précarisés (sans-abri, sans-papier, personnes ne pouvant sortir de chez elles), plus nombreux, aussi, dans la capitale… Raison pour laquelle Bruxelles souhaite obtenir davantage de vaccins unidoses que le nombre prévu dans le quota global. Autant de points en discussion actuellement dans les concertations quotidiennes entre administrations.

Ensuite la commande régionale

Pendant ce temps, les vaccins autorisés sont proposés à la demande régionale, via l’app Medista (n’existe pas en version grand public). Un outil, parmi d’autres, avec lequel Ariane Tiberghien jongle toute la journée. Responsable du planning de Vaccination à la Cocom (qui gère, à Bruxelles, la crise sanitaire), elle découvre chaque mardi son quota hebdomadaire, avec deux semaines d’avance – « Je viens d’apprendre que, pour celle du 31 mai, on recevra 65.000 doses. » Soit la quantité maximale qu’elle peut commander – adresse de livraison : Hub botanique ; les seringues, le sérum physiologique, les cartes de vaccination, fournies par le SPF, sont incluses. Et ensuite répartir entre les deux grands centres (Heysel et Hôpital militaire) et les huit plus petits répartis sur le territoire bruxellois. Une équation à plusieurs inconnues. Forcément, la capacité du site, entre 1.000 et 4.000 vaccins injectés quotidiennement. « On alterne Astra Zeneca, Moderna et Pfizer. Au Heysel, on peut en avoir deux simultanément mais, ailleurs, leurs pharmacies sont trop petites, on envoie un seul type de vaccin par jour. » La deuxième dose, avec ses rendez-vous attribués automatiquement, complique la donne : « ces jours-là, que le centre complète avec des créneaux pour des premières doses, on n’a pas le choix du vaccin qu’on envoie. » Le jeudi, Ariane Tiberghien transmet aux responsables des sites le décompte précis des livraisons, pour la première semaine de juin donc. « Ils peuvent décider s’ils font des journées de 8 heures ou 12, s’ils ouvrent le week-end… Et ils indiquent alors les créneaux dans le calendrier. Ils ont une certaine liberté. »

Ariane Tiberghien est responsable du planning Vaccination à la Cocom. C’est elle qui passe commande.

La responsable du planning travaille, aussi, pour le lendemain, avec une offre (de vaccins) actualisée en temps réel par les centres. « On part du principe que toutes les doses de Pfizer sont utilisées tous les jours, ce n’est pas le cas de l’Astra Zeneca. » En cas d’annulation de rendez-vous, des plages se rouvrent, disponibles à la réservation, sur le site Bruvax, premier point d’accès à la vaccination (90 % des inscriptions). Il arrive que des personnes posent un lapin aux vaccinateurs ; « dans ce cas, leurs doses avaient été préparées donc décongelées. Si les flacons n’avaient pas été percés, on a cinq jours pour les utiliser si c’est du Pfizer, six mois pour de l’Astra. » Cela suppose de recalculer quotidiennement les stocks, donc les commandes pour chaque centre. Et de briefer chaque matin le call center : « Aujourd’hui, il reste des places à Woluwe-Saint-Pierre ou Schaerbeek. » De quoi aiguiller les 230 agents vers les créneaux libres. En période creuse, ils épluchent la liste d’attente (20.000 noms au dernier pointage) pour proposer des plages disponibles, ce que les centres peuvent aussi faire, en fin de journée, s’ils ont le temps et s’ils trouvent des volontaires disponibles quasi sur le champ.

Puis la livraison des boîtes à pizzas

Avec toutes ces données, Ariane Tiberghien passe ses commandes, jusqu’à 30 par semaine, livrées, pour Bruxelles, au Hub Botanique. Les cargaisons sont déchargées des camions dans le parking, en sous-sol, avant d’être acheminées, aux étages, dans la zone de conservation. Sous les néons d’une ancienne cuisine industrielle, des congélateurs à moins 70 et moins 20. Vestiges d’un passé de bureaux, ils ont été rebranchés, revérifiés, placés sous alarme (de température) permanente et refroidissent désormais les flacons de vaccins, rangés par 576 dans des « boîtes à pizzas » (menu enfant). QG stratégique de la vaccination à Bruxelles, le lieu vient des bonnes relations de la clinique Saint-Jean avec ses voisins. « A la fin de l’été, nous nous sommes lancés dans les tests PCR, raconte Kenneth Coenye, urgentiste à l’hôpital et par ailleurs responsable médical du Hub Botanique mais aussi du centre Pacheco. Très vite, quand nous avons accueilli 100 à 200 personnes par jour, cela empiétait sur le fonctionnement de nos urgences. Nous avons donc cherché une autre solution et lancé un appel à nos voisins, Belfius, AG Real Estate propriétaire de City 2, Saint-Louis, etc. » Message reçu, qui a permis l’ouverture d’un centre de tests, puis de vaccination (après un petit passage au Brico, rayon gyproc), dans les anciens locaux de Belfius Insurance. Un ancien mess, doublé d’une cuisine et d’une chambre froide, s’est ensuite vite imposé comme espace de stockage. « La Cocom est venue voir, a validé l’idée, et a financé le projet pour en faire le hub central, on a ouvert en février. »

Kenneth Coenye, urgentiste à la clinique Saint-Jean, assure la coordination médicale du Hub Botanique.

Chaque arrivée (pas de week-ends ni fériés qui compte, le flux est journalier) est contrôlée par un(e) expert(e) pharmacien(ne). « Légalement, c’est un pharmacien qui est responsable, depuis la production, jusqu’à l’administration d’un médicament », explique Nathalie Clément. Deux jours par semaine, elle déserte son officine pour venir prêter main-forte à ses confrères de Saint-Jean et les aider à gérer le stock régional. « Nous vérifions le respect de la chaîne du froid, la traçabilité. »

Nathalie Clément est experte pharmacienne au Hub; avec son équipe, elle réceptionne les vaccins, contrôle le stockage, prépare et vérifie les livraisons.

Tous les après-midis, l’équipe sort du congélateur le nombre de doses requises par chacun des dix centres, pour le lendemain. Gants de rigueur, ni trop fins (gare aux engelures) ni trop épais (manipulation délicate pour la mise en plateaux), directions les frigos à +2/+8. Ensuite, c’est une course contre la montre : il reste cinq jours pour injecter un Pfizer, un mois pour un Moderna, six pour l’Astra Zeneca.

Le lendemain matin, Medista est de retour, pour l’expédition, à l’unité près (ne surtout pas perdre de dose) aux quatre coins de la ville. Protégés des mouches et moustiques par des lumières bleues, les deux pharmaciens et trois assistants du Hub préparent par ailleurs les doses destinées aux équipes mobiles. « Elles reçoivent un frigo box spécial avec six à douze seringues déjà remplies, à administrer dans les six heures, trois si on dépasse les 8 degrés », explique Stéphanie Marheux, Hub Manager. Ces infirmiers à domicile viennent quotidiennement prendre livraison de leur colis, à Botanique. Idem pour les généralistes qui vaccinent leurs patients ne pouvant se déplacer. « On tourne autour de 700 doses par semaine pour ces deux catégories », précise la responsable des lieux. Bientôt il faudra compter avec les associations qui se chargeront de la protection des sans-abri (objectif, en phase de démarrage, imminent : 400 doses injectées par semaine) et des sans-papier (dans un premier temps, début juin, 100 à 200 vaccins hebdomadaires, via Fedasil). Ou encore le médecin responsable de la vaccination sur le marché molenbeekois (et d’autres éventuels « centres intermittents »). Du monde qui défile, sur rendez-vous, là aussi. « Chaque vaccin sort d’ici avec un bon de livraison, un numéro de lot, une heure de passage, cela permet ensuite au médecin d’encoder la dose dans Vaccinet », insiste Stéphanie Marheux.

Stéphanie Marheux est Hub Manager. C’est elle qui gère le ballet des entrées et sorties de vaccins.

Enfin, l’injection

A Anderlecht, le coursier de Medista confie son colis à Daniel De Ron, le pharmacien expert. C’est dans son labo, au cœur du centre, que sont préparées les doses. Ce matin-là, c’est Bryan et Anissa qui sont de service, Mozart en réserve dans le baffle. Très concentrés, l’étudiant en médecine et l’infirmière préparent les doses. Avec du Pfizer, il faut diluer le produit dans du sérum physiologique, mais ce matin, c’est de l’Astra – « c’est pour cela que le centre est si calme, glisse Ingrid Godeau, coordinatrice médicale. Par contre, la semaine dernière, avec du Pfizer, on a vacciné 1.170 personnes en un jour ! Aujourd’hui, on est à 400 ou 500. » Bryan et Anissa vérifient, devant le filament d’une ampoule, chaque seringue, pour s’assurer que pas une bulle ne s’est immiscée. Au bout de quelques minutes, chaises musicales : « on se contrôle mutuellement, c’est une deuxième vérification », insiste le pharmacien expert.

Bryan et Anissa font partie de l’équipe de pharmacie; ce sont eux qui remplissent les seringues, sans bulle!

Son « duo de choc » vient de Human Supports, société d’intérim spécialisée dans la santé (et l’horeca). « Je suis habitué à prendre des jobs pendant mes études, d’habitude je travaille à l’hôpital. » Depuis la fin mars, Bryan rejoint régulièrement l’équipe mauve – 25 joueurs chaque jour, puisés dans un noyau enthousiaste. « Pour les vaccinateurs, je travaille avec des médecins, des infirmières, j’ai deux sages-femmes qui viennent dès qu’elles sont en congé, un pédiatre en deuxième master, sourit Ingrid Godeau, un stéthoscope pédiatrique (indice : la peluche dalmatien qui l’enserre) au cou. Directrice du département Santé à la commune d’Anderlecht, elle assure, depuis le 22 mars, la coordination médicale de la vaccination. « Quand on a créé les centres, on a d’abord veillé à les répartir sur le territoire bruxellois. Certaines communes se sont portées candidates pour en organiser un elles-mêmes, explique Karen Van Rengen, coresponsable de centres de vaccination pour la Cocom. C’est le cas ici, mais aussi à Woluwe-Saint-Pierre et Molenbeek. » Comme partout ailleurs, la coordination est assumée par un binôme, médical (Ingrid Godeau) et administratif, Bernard Jonckheere. Issu de l’administration communale, il a lancé un appel à ses collègues volontaires : « cela fonctionne super bien, j’ai déjà reçu des offres de services d’une cinquantaine de personnes, de tous les services, du directeur à l’ouvrier. J’organise le planning pour qu’ils viennent travailler ici une fois par semaine, je donne une petite formation à tout le monde. »

Ingrid Godeau est coordinatrice médicale du centre anderlechtois, Daniel De Ron pharmacien expert. Entre autres casquettes.

« Ça nous change du boulot habituel », témoigne Jean-Pierre, aux portes du stade. « Préparez votre carte d’identité », que vérifient des employés communaux, aux guichets d’accueil – en cas de problème, un help desk fait le reste. A l’étage, six boxes de vaccination. « Quand on a imaginé tout cela, il restait beaucoup d’incertitudes… Mais on s’est lancé et on a dessiné un scénario de base, se souvient Karen Van Rengen. On voulait un cheminement sans croisement, avec un accueil, une ligne d’attente devant chaque box, qui devait être traversant et déboucher sur une zone de repos. Avec un système de chicane, pour préserver l’intimité. » Un flux unidirectionnel qui fait ses preuves, par sa fluidité et sa clarté, même sur un espace aussi vaste qu’un Palais du Heysel. Le Sporting d’Anderlecht a mis à disposition ses locaux désertés pour cause de Covid. Dans les box, tout de bleu vêtus, les vaccinateurs, « minimum six par jour, détaille Ingrid Godeau. Tant qu’on fait des journées de 8 heures, on ne fait pas de rotation de personnel, il faudra le faire si on passe à 12 heures certains jours. » Assis sur des chaises en ligne, les candidats à la vaccination patientent. « Certaines personnes sont parfois angoissées, la peur de la piqûre, alors que c’est une aiguille très fine, qu’on ne sent rien », rassure la médecin.

Karen Van Rengen est coresponsable des centres de vaccination de la Cocom, qu’il a fallu imaginer à partir de rien.

« Vous pouvez vous asseoir là pour patienter. » Luc veille sur la salle de repos (quinze minutes). Les soirs de match, c’est ici que « Vincent » – « il n’est pas encore passé, il avait dit qu’il le ferait » – et ses joueurs peuvent prendre un verre avec leurs proches. « Je surveille que tout se passe bien, après l’injection. On est toujours deux », explique le secouriste. En cas de malaise, direction le petit poste de secours, bien aéré – la porte ouvre sur une tribune, vue imprenable sur la pelouse. « Cela aide à détendre les gens, cette vue », plaisante Luc, dont la vareuse rouge trahit le bénévole pour Humanity Help Team. « C’est bon, voici votre carte de vaccination », ornée de l’étiquette mentionnant le lot du vaccin, traçable de l’usine au bras. « Pour sortir, c’est en bas », il suffit de suivre le fléchage au sol, mauve bien sûr.

« Passez une bonne journée ». A la sortie, ce sont des sourires que Jean-Pierre distribue. « Ça fait partie du job ».

La Boum, le bal non-masqué des indociles

Récit

Beaucoup de photographes, de la presse professionnelle ou non, sont venus immortaliser le drôle de déjeuner sur l’herbe organisé en ce samedi 1er mai sur la pelouse du bois de la Cambre. La photo de famille est improbable. Que donne-t-elle à voir ? Des jeunes aux airs de festivaliers, bobs et cheveux colorés sur la tête. D’autres en survêt, venus des quartiers populaires de Bruxelles. Des quarantenaires du sud et de l’est de la capitale en doudounes onéreuses. Des grappes de quinquas aux accents wallons, comme ceux que l’on entendra crier au porte-voix : « Obligation de retirer le masque ! » Et puis il y a puis ces malabars de noir vêtus, cagoule rangée dans la poche, prête à servir à l’occasion. Dans le jeu de quilles, un homme fait flotter un grand drapeau à fond jaune, flanqué d’un serpent à sonnette. Cela fait longtemps, outre-Atlantique, que le Gadsden Flag a été récupéré par les libertariens et les suprémacistes blancs. Mais qui s’en soucie dans cet état mêlé d’excitation et de tension ? Car depuis le haut de la plaine, un cordon policier se rapproche inexorablement.

La suite de l’histoire est connue. Charges à cheval. Autopompes. Jets de branches, de bouteilles et de pavés contre distributions de doses de gaz poivré. Les images du 1er avril et du 1er  mai ont fait le tour du monde. L’histoire se répétera-t-elle encore ce week-end, voire les prochains ? Ce samedi, les fêtards sont à nouveau invités à converger vers le bois de la Cambre, dans le cadre d’une « Boum Test » (lire par ailleurs). L’événement se mêlera à un autre rassemblement prévu cette fois en marge de la « World Wide Demonstration », vaste appel à manifester dans plusieurs villes du monde contre les mesures de confinement. La perspective des terrasses ouvertes calmera-t-elle les ardeurs des moins déterminés ? Les autorités locales restent sur le qui-vive.

« Intelligence collective »

La « Boum » originelle, celle du 1er avril, était supposée n’être « qu’une blague ». Cela n’aura pas empêché la fête de tourner en débandade. La seconde « Boum », celle du 1er mai, ne fut ni une plaisanterie ni vraiment une fête, mais ressemblait assez sérieusement une manifestation. Contrairement à la farce initiale – dont la plupart des jeunes participants semblaient surtout attirés par le parfum de la fête –, cette redite aura fait venir à elle des adultes en grand nombre, profitant de cette plateforme pour porter des revendications hétéroclites. Pas facile de s’y retrouver dans ce magma contestataire allant des « donnez de l’air à nos jeunes » aux discours radicalement anti-vaccins, anti-masques, voire anti-Etat, rassemblé sur invitation d’un mystérieux collectif organisateur se faisant appeler « l’Abîme », lequel appelait dès le 1er avril à remettre le couvert à la date du 1er mai, via une campagne de communication soigneusement orchestrée.

Peu de temps avant la fête du Travail, un homme, Dave Monfort, émergeait comme la personne se trouvant derrière l’appel, ou du moins derrière le site web à partir duquel celui-ci a été lancé. Quelques jours avant la date fatidique, ce webdesigner se retrouvait ainsi plongé dans la lumière après avoir été cueilli à son domicile par des policiers en vue d’être interrogé. Qu’était-il donc venu chercher dans cette galère ? Le goût du buzz ou du bon coup marketing, comme cela a pu être écrit çà et là ? La provocation ? L’intéressé s’en défend, mettant en avant de plus hautes intentions. « Non, ce n’est pas du tout de la provocation, c’est juste un besoin vital. Et tant que nous ne pourrons pas nous rassembler en intérieur, ce qui est un droit constitutionnel, nous nous rassemblerons en extérieur, toutes les semaines si la météo nous le permet », veut clarifier le trublion, répondant par écrit aux questions qui lui ont été soumises par mail. « Nous le faisons pour défendre notre Constitution, et les articles 23 et 26 en particulier, qui sont piétinés par des règlements jugés anticonstitutionnels par le tribunal de Bruxelles », poursuit-il, réfutant au passage l’idée selon laquelle il serait le seul chef d’orchestre des rassemblements passés et à venir. « Le collectif l’Abîme est un concept d’intelligence collective qui s’articule de deux manières : une sélection de ce qui est produit sur les réseaux sociaux, mais aussi le fruit de la collaboration avec d’autres personnes ou groupes avec lesquels nous partageons le même dénominateur, la défense de nos libertés. »

Au nom de la Constitution

La défense de l’esprit de la Constitution belge, selon lequel « chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine » et « les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans armes », voilà bien une cause jugée digne d’intérêt par Mireille Dupon. «  Je sais que sur le site de l’Abîme, ils font référence à ces articles. Et je pense que pour les gens qui tournent autour de l’événement, c’est vraiment un lien fort », nous dit cette mère de famille, travaillant comme technicienne de surface. En 2018 déjà, celle-ci avait pris l’habitude de faire la navette Charleroi-Bruxelles pour battre le pavé de la capitale avec les gilets jaunes. Le 1er avril, elle convergeait cette fois avec une bonne partie de sa famille vers le bois de la Cambre, avant de remettre le couvert un mois plus tard. « J’entends souvent dire que nous étions en position illégale à La Boum 1 et 2, mais en fait, ce n’est pas vrai », affirme la quinqua. « Depuis, tout est tombé à l’eau. Notre gouvernement n’a pas pu régulariser au niveau du Parlement les décrets qu’il avait mis en place. »

Comme la Carolo, on retrouve gravitant autour de La Boum moult citoyens et collectifs pour qui la décision rendue fin mars par le tribunal de première instance de Bruxelles – forçant le gouvernement à « mettre un terme à la situation d’illégalité apparente découlant des mesures restrictives des libertés » – a représenté la goutte d’eau faisant déborder le vase. Parmi eux, Isabelle Duchateau, infirmière hennuyère. Celle-ci a fondé il y a quelques mois l’ASBL Notre Bon Droit avec son compagnon Christophe Clarembeau et la juriste Stella Stellina. Sur sa plateforme en ligne, l’association lève aujourd’hui des fonds pour financer des actions en justice et produire des avis juridiques sur les mesures de crise. À coup de vidéos, l’ASBL sert aussi de caisse de résonance auprès de sa communauté (7.000 abonnés sur Facebook) pour faire passer le message d’experts « à contre-courant ». « On essaye de donner un espace de parole à des scientifiques qui se font censurer sur Facebook, comme M. Christophe De Brouwer ou M. Bernard Rentier, et leur permettre d’avoir un espace de parole qui leur a été confisqué », nous explique l’infirmière indignée par la mise à l’arrêt de la société. Sans filtre, elle assène : « On ne peut pas accepter le fait que pour essayer de sauver quelques centaines de 85 ans et plus, qui vont de toute façon décéder dans les mois qui viennent, nous soyons en train de gâcher l’avenir d’une jeunesse qui se retrouve avec des idées suicidaires. »

Attention, toutefois, précise Isabelle Duchateau. Entre « sympathiser avec » et « organiser » La Boum, il y a une différence et de taille. Si elle confirme ainsi avoir bien participé aux éditions 1 (par curiosité) et 2 (par soucis de rendre compte cette fois de l’action des forces de l’ordre), elle assure n’être nullement impliquée dans la coordination de l’événement. « Ceci dit, je me sens tout à fait en adéquation avec les revendications des gens sur place  », tempère-t-elle, en expliquant en avoir assez de voir les jeunes «   pris pour des boucs émissaires   » de la crise. Raison pour laquelle son association a par contre choisi de s’impliquer dans la défense des participants en leur proposant tout au long du 1er mai dernier une assistance juridique en cas d’arrestation ou de violences policières, mise sur pied grâce à une permanence téléphonique.

« Protéger nos jeunes »

Voilà un autre un lien qui relie entre eux de nombreux « boumeurs ». L’indignation face à la force utilisée pour réprimer les fêtards lors du premier événement est sur toutes les lèvres. Elle a d’ailleurs poussé de nombreuses personnes à se rendre au second round, à l’instar de Bob* et Pierre*, deux étudiants croisés au bois de la Cambre alors qu’ils raccompagnaient une jeune fille en pleurs, les yeux rougis. « Elle s’est fait tabasser par un flic », dénonçaient-ils, laissant cette dernière poursuivre sa route avec d’autres amis. Sur le groupe Facebook « Violences Policières » créé par le collectif l’Abîme, nous retrouverons après coup une vidéo des instants ayant précédé cette rencontre. On peut y voir l’adolescente recevoir en plein visage, et ce alors qu’elle se trouve couchée par terre, un jet de poivre administré avec désinvolture par un membre casqué des forces de l’ordre. Il n’en fallait pas plus pour conforter la vision que les deux amis se faisaient de la police. « Nous, on est plutôt venus ici en tant que témoins, pas du tout dans l’optique de lancer des bouteilles », explique Bob. « Avec toutes les affaires de gilets jaunes et tout ça, il y avait vraiment une envie de voir “en vrai” ce qu’il se passait. » Voire, admet-il à demi-mot, une envie de se laisser prendre au jeu de la confrontation. « C’est vrai que cet effet de masse, ça alimente aussi l’envie de contrer un peu la police. Ce n’était pas l’intérêt de base. Mais là, en l’occurrence, c’est assez flagrant qu’il y a un problème. Ils ont dispersé les foules il y a une heure, ce qui ne servait à rien car il n’y avait plus qu’une centaine de personnes, et ils ont quand même continué à poursuivre celles-ci. »

C’est après avoir tiré les mêmes conclusions du 1er avril que Mireille Dupon est revenue à Bruxelles le 1er mai, cette fois-ci en tant que meneuse du collectif des « Parents Boucliers », dont le groupe constitué sur Facebook comptabilise aujourd’hui 1.400 membres. « Ayant été témoin de ce qu’il s’était passé le 1er avril, j’ai mis quelques commentaires sur mon mur Facebook en reprenant ma position », rapporte cette adepte autoproclamée de la mobilisation sur les réseaux sociaux. De fil en aiguille, elle finira par nouer des liens avec des parents partageant son indignation, pour ensuite les retrouver sur la pelouse du bois de la Cambre. « Dans l’équipe des “Parents Boucliers”, nous avons un Namurois, un Wavrien, plusieurs mamans sur la Louvière… Notre motivation, c’était de nous poser en gardiens des jeunes face aux violences policières, et plus largement face à la violence du gouvernement », évoque-t-elle. « Mais attention, “bouclier” ne veut pas dire “épée”, hein. On n’est pas là pour se battre avec les forces de l’ordre, mais bien pour protéger nos jeunes. » Ensemble, Mireille et ses compagnons tâcheront de former un cordon pacifique entre policiers et manifestants, peu avant le début de l’affrontement. Face à la charge policière, celui-ci ne fera pas long feu.

Venue dans son chic manteau vert, la Bruxelloise Virginie Van Lierde était aussi au front pour tâcher de refroidir les esprits échaudés par la perspective de l’affrontement. Figure du mouvement citoyen « Trace ton Cercle », qui défend depuis plusieurs mois le droit des jeunes à s’adonner à des activités collectives, cette habitante de Woluwe-Saint-Lambert dit s’être rendue sur place animée par une volonté de calmer le jeu plus que par sympathie pour La Boum et son message. « Ce n’est pas comme si je soutenais La Boum. Je comprends leur volonté de faire la fête, mais je trouve pour ma part qu’il y a d’autres priorités comme le fait d’ouvrir les écoles et les universités, ou le fait d’offrir aux jeunes la possibilité de faire du sport », précise-t-elle. « Je suis venue à La Boum faire de la médiation. Le fait que les choses allaient dégénérer ce jour-là était écrit dans les astres. »

Les événements lui donneront raison. Après s’être interposée entre manifestants cagoulés et policiers peu avant l’entame des hostilités, Virginie Van Lierde recroisera en fin de journée la route de quelques agents nerveux, à l’extérieur du bois. L’un d’entre eux lui enverra une solide dose de poivre au visage. Filmée sous plusieurs angles, la scène fera rapidement le tour de la Toile.

Extrême indifférence ?

Forcé de réagir face à la redite du scénario catastrophe de la première édition, le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS) déclarait le lendemain, sur le plateau de RTL-TVI : « C’était une Boum qui avait décidé d’en découdre. » Une caricature ? S’il est clair que l’événement brassait une majorité de sympathisants sans intentions belliqueuses, il n’est cependant pas inexact que des groupes d’individus étaient venus avec l’intention ferme d’en découdre. Ou bien, dans d’autres cas de figure, d’assurer sur place la représentation d’idées de l’extrême droite. C’est aussi ce qu’a constaté Manuel Abramowicz, coordinateur de ResistanceS, le web journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite. Selon ce dernier, « on y retrouvait notamment des membres d’En Colère », un groupuscule formé autour de Mouscron à partir d’une dissidence du parti d’extrême droite Nation. Sur la page web de ce collectif identitaire, on retrouvait dès le lendemain de l’événement des photos de militants prenant la pose au bois de la Cambre, en pleine foule. Un autre faisant de la main – en joignant le pouce et l’index – le signe « OK », repris en masse par les suprémacistes blancs aux USA et supposé évoquer les premières lettres du slogan « white power ».

Sur place étaient également repérés de petits groupes de hooligans bruxellois. Sur les réseaux sociaux, on a ainsi pu voir circuler l’image d’un groupe de « casuals » du RWDM – réputé très à droite – se vantant d’avoir dérobé la banderole antifasciste du club rival de l’Union saint-gilloise en marge de La Boum. De quoi indisposer une frange de la gauche radicale, dont certains sympathisants étaient visiblement aussi présents sur la pelouse du bois de la Cambre le 1er mai dernier. La semaine suivante, les forces en présence derrière la page « Bruxelles Antifa » invitaient ainsi leurs partisans à la vigilance. « La liste des groupes et personnes affiliées à l’extrême droite venus avec comme prétexte de vouloir défendre “la liberté”, est anormalement longue et inquiétante. »

Il en faut plus pour inquiéter Dave Monfort. Ce dernier balaie d’un revers de main l’idée d’une récupération de l’événement par des forces extrêmes. « La Boum n’est reprise par personne car La Boum n’est qu’une fête. Si vous allez à Dour ou Tomorrowland, il y aura autant d’anticovid, d’antivax ou provax, de gens d’extrême droite ou d’extrême gauche, qu’il peut y en avoir à La Boum. » Ne lui demandez pas, dès lors, de s’en sentir responsable. « Comment se sentent les clubs de foot avec leurs supporters racistes et violents ? », riposte-t-il. « Quand vous savez que nous n’avons pas les mêmes moyens ni l’influence qu’ont ces clubs de foot, pourquoi s’attendre à ce que nous fassions mieux qu’eux pour gérer ce genre de problèmes propres à notre société. Ce n’est clairement pas notre devoir de gérer cela. »

*Noms d’emprunt

Rajae Maouane, viscéralement verte

L’avenir dira si la franchise calculée de Rajae Maouane paiera auprès des moins de 30 ans.
L’avenir dira si la franchise calculée de Rajae Maouane paiera auprès des moins de 30 ans. - Pierre-Yves Thienpont.

décodage

Il y a quelque chose d’authentique chez Rajae Maouane. Quand la coprésidente d’Ecolo sourit, apparaît sur la mer lisse de son visage l’écume de la sincérité. Et c’est peut-être à l’aune de ce constat qu’il faut lire la polémique, une de plus, déclenchée par son récent post sur le conflit israélo-palestinien. Dans sa story sur Instagram, publication éphémère disparaissant après 24 heures, elle partageait la photo d’un lanceur de pierre palestinien entouré de soldats, avec pour musique de fond la chanson de la chanteuse libanaise Julia Boutros, Wein Al Malayeen. De quoi lui valoir, de la part de la Ligue belge contre l’antisémitisme, l’accusation d’inciter à la haine des Juifs.

Antisémite ? Elle s’en défend vertement dans une nouvelle publication sur Twitter. Et ce jeudi, dans un communiqué commun, l’Association belgo-palestinienne (ABP), l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et De-colonizer ASBL lui apportent leur soutien : « La chanson incriminée est bien un chant guerrier, mais elle ne contient nulle trace d’appels à la haine des Juifs et se focalise surtout sur la passivité des dirigeants arabes face à Israël, dont les crimes de guerre commis à l’époque étaient encore frais dans les mémoires. Et si les attaques contre des civils, quels qu’ils soient, sont évidemment condamnables, on voit mal en quoi l’illustration d’un lanceur de pierre entouré de soldats pourrait signifier autre chose qu’un soutien au droit légitime des Palestiniens à la résistance. Par ailleurs, aucun positionnement d’Ecolo ne permet d’attester une supposée dérive antisémite de sa part. »

Voilà pour le procès en antisémitisme. Mais la coprésidente d’Ecolo est-elle pour autant exempte de toute critique ? Assurément, non. Elle le reconnaît implicitement en s’excusant, dans son tweet : « En accompagnant cette photo d’un court extrait d’une chanson, mon intention n’était nullement de heurter qui que ce soit. Si tel est le cas, je le regrette ». Car choisir la chanson d’une interprète réputée proche du Hezbollah, mouvement lui-même connu pour ses accointances avec le régime iranien, relève de la maladresse, sinon de la faute politique. Et cela indépendamment du soutien affiché à la cause palestinienne.

Des précédents récents

Or cet incident n’est pas le premier, dans le chef de la Bruxelloise. La semaine passée, dans un entretien accordé au Soir, elle revenait sur la décision de la Justice condamnant la Stib pour avoir licencié une femme portant le voile. Et distillait au passage quelques piques à son partenaire socialiste, en ciblant, excusez du peu, Rudi Vervoort, Nawal Ben Hamou et Rachid Madrane.

Un double saut périlleux. D’une part, car si les échanges d’amabilités entre partenaires fleurissent parfois une fois la législature bien engagée, elles n’assurent pas son auteur de faire florès de la polémique ainsi semée. De l’autre, parce que le port du voile reste un sujet sensible comme la nitroglycérine. Entre Ecolo, le PS et Défi mais aussi au sein même d’Ecolo où, pas plus tard qu’en septembre, il a suscité la polémique. A l’époque, un débat sur la « neutralité inclusive » avait agité le conseil communal de Molenbeek. Il était question d’autoriser le port des signes religieux au sein de l’administration communale, afin de n’écarter personne de ces postes. Chef du groupe Ecolo au conseil communal, Karim Majoros avait estimé que le problème n’est pas des plus urgents. Et il aurait été prié de ne pas s’exprimer au nom du groupe. Lors du conseil, c’est Rajae Maouane qui avait pris la parole, l’ancien échevin s’exprimant ensuite en son nom propre et s’abstenant lors du vote. Le lendemain, il démissionnait de ses fonctions.

Outre le soupçon d’autoritarisme dans le chef de la coprésidente, l’incident soufflait sur des braises jamais éteintes chez Ecolo : celles des « accommodements raisonnables ». Une problématique qui a déjà divisé le parti et qui, durant la campagne fédérale de 2019, avait suscité la polémique en raison d’un tact sur l’abattage rituel à Bruxelles. Un thème utilisé régulièrement par les adversaires politiques des verts pour les discréditer au sein de la population.

Le feu avait vite été éteint. Et personne chez Ecolo ne s’était désolidarisé de la comparse de Jean-Marc Nollet. Pas plus qu’en novembre, quand elle avait publié un post sur Instagram pointant le gouvernement français. A l’époque, le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin s’était fendu d’une sortie sur le communautarisme : « Moi, ça m’a toujours choqué de rentrer dans un supermarché et de voir, en arrivant, un rayon de telle cuisine communautaire et de telle autre à côté. C’est mon opinion, c’est comme ça que commence le communautarisme ». Le lendemain, Rajae Maouane publiait sur son réseau social favori une image où elle se cachait le visage en souhaitant une « Bonne journée à tout.e.s sauf au gouvernement français ». Une autre controverse éteinte après une rencontre avec l’ambassadeur de France à Bruxelles et des propos a posteriori pour rappeler son rejet de l’obscurantisme islamiste.

Maladresse ou stratégie ?

Ces communications disruptives relèvent-elles d’accidents de parcours ? Sans doute pas car un phénomène qui se répète, relève davantage de la règle que de l’exception. Elles disent donc quelque chose de leur autrice. Mais quoi ?

On en revient alors à ce parfum d’authenticité qui entoure Rajae Maouane. La jeune femme a conservé ces valeurs qui l’ont conduite chez Ecolo, prolongement d’un parcours de vie qui l’a vue grandir au sein d’une « minorité » et l’a construite. Et celles-ci lui sont littéralement chevillées au corps. Le féminisme et l’antiracisme constituent deux des vertèbres de sa colonne idéologique. Et, pour l’écrire autrement, quand elle s’exprime, c’est aussi, dans une certaine mesure, avec ses tripes. Viscéralement, quitte à verser ensuite dans le « very bad trip » politique. Avec cette fièvre militante qui passerait pour une erreur de jeunesse si la Molenbeekoise de 32 ans bientôt n’occupait pas les fonctions qui sont les siennes. Car dans une Belgique où les coalitions politiques relèvent de l’atelier de peinture, les positions tranchées d’une cheffe de parti détonnent.

« Elle a pris le pli de s’adresser aux 24-30 ans directement », analysait en janvier Nicolas Vanderbiest, fondateur de l’agence de communication Sater Vedere et spécialiste de l’analyse des réseaux sociaux. « Sa communication vers eux se fait sans intermédiation, avec une certaine authenticité. » Qui, aux yeux de l’analyste, reflète aussi parfois « un certain amateurisme ». « C’est une publication qu’on n’aurait pas dû lui permettre », estimait alors le politologue Pascal Delwit (ULB) à propos de la photo critiquant le gouvernement français.

Franchise calculée

Reste cette question récurrente : une présidente de parti peut-elle avoir cette présence sur les réseaux sociaux et y exprimer ses convictions personnelles, quitte à cliver ? Ou doit-elle y faire montre de plus de retenue ? L’histoire politique belge plaide pour la prudence du verbe dans le chef des ténors. Mais elle s’est écrite, pour une large part, avant l’avènement des réseaux sociaux. Dans ce registre, un Georges-Louis Bouchez n’hésite pas à heurter en assumant, lui aussi, ses convictions et engagements personnels, loin de la prudence de Sioux de certains de ses coreligionnaires. Il s’agit alors d’une stratégie adaptée au média employé (où les interactions accroissent la visibilité) et au public visé : la nouvelle génération d’électeurs qui découvre les thèmes politiques par ce biais.

Alors, erreur de jeunesse ou nouveaux codes de communication ? L’avenir dira si cette franchise calculée paiera, en ces territoires virtuels où règnent les moins de 30 ans. A condition de durer. Car le moment où les mots se paient en voix gagnées ou perdues finira par arriver, en 2024. Rajae Maouane saura alors si sa verve est appréciée, tolérée ou condamnée par les verts. A moins que d’ici là, elle ait vieilli.

Thomas Dermine: «On peut dégager des moyens ambitieux pour le plateau du Cinquantenaire»

«Tant qu’à rénover, plutôt que de se contenter des toitures ou de telle ou telle salle», Thomas Dermine est partisan de «travailler sur une réflexion beaucoup plus large».
«Tant qu’à rénover, plutôt que de se contenter des toitures ou de telle ou telle salle», Thomas Dermine est partisan de «travailler sur une réflexion beaucoup plus large». - Roger Milutin.

Entretien

Secrétaire d’état pour la Relance et les Investissements stratégiques chargé de la Politique scientifique, Thomas Dermine (PS) exerce notamment la tutelle sur les ESF (Etablissements scientifiques fédéraux) et, parmi ceux-ci, les Musées royaux des Beaux-Arts, le Musée Art & Histoire au Cinquantenaire, la Bibliothèque royale (KBR), l’Institut royal des Sciences naturelles, l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) et le Musée royal de l’Afrique centrale. Soit quelques-unes des plus grandes institutions culturelles du pays.

Après quelques mois à la tête de ce secteur, comment envisagez-vous l’avenir ?

On a hérité d’une gestion, sous la précédente législature, qui a créé un climat d’instabilité profonde au sein du département Belspo qui chapeaute les ESF. Car cette gestion (par des ministres N-VA, NDLR), était sous-tendue par une vision politique claire : la politique scientifique fédérale est une « restbevoegheid », une compétence résiduelle. A force d’entendre cette question, je m’en suis posé une également : pourquoi avons-nous une politique scientifique fédérale ? J’ai beaucoup consulté, discuté, rencontré des gens qui connaissent très bien le secteur, les directeurs des ESF mais aussi des membres du personnel, des gens du secteur culturel. De tout cela sont ressorties trois raisons qui légitiment cette politique scientifique, quel que soit le modèle institutionnel futur de l’Etat. Premièrement, si on a une politique scientifique fédérale, c’est parce qu’elle a un objectif qui est d’éclairer la politique. Tant qu’on fera de la politique au fédéral, on aura besoin de cet éclairage par la politique scientifique. Deuxièmement, quelle que soit notre vision du futur de ce pays, on ne pourra pas faire abstraction de notre passé commun, de notre patrimoine commun. Et les expériences de démantèlement de celui-ci pour communautariser les choses se sont toujours faites au détriment du public, mais aussi de la conservation et de la valorisation de ce patrimoine. Enfin, il y a un effet de masse qui est la résultante mathématique du poids démographique. Quand la Belgique va à l’ESA (l’agence spatiale européenne, NDLR) pour discuter de la politique spatiale, nous pesons en tant que 5e ou 6e contributeur. Le plus grand des petits pays. Bien plus que si la Flandre ou la Wallonie s’y présentait en solo. Une fois ce préalable posé, toute une série de questions peuvent être étudiées : sur le modèle (centralisé, décentralisé), la valorisation, les personnels…

Commençons par le modèle : centralisation générale ou autonomie de chacun ?

Je pense qu’il faut donner une forme d’autonomie dans les équipes. Les activités de l’IRM, du Musée de l’Afrique ou de l’IRPA sont de natures très différentes. Un paléontologue du Musée des Sciences naturelles ne fait pas le même métier qu’un historien de l’art des MRBAB. Par contre, pour certaines fonctions, des transformations sont nécessaires : dans le domaine de l’adaptation au digital, dans la transversalité des collections, dans les programmes de recherche… Cela n’a pas de sens que chaque ESF développe son propre service informatique, son programme de gestion, de comptabilité, etc. Il faut construire un nouveau modèle sur cet équilibre entre autonomisation des fonctions scientifiques et synergies des fonctions transverses avec Belspo en support et au service des missions des différents ESF.

Comment mettre cela en place alors que Belspo, qui chapeaute toute la politique scientifique, n’a plus de président depuis plusieurs années,

Nous avons d’abord entamé un travail avec les équipes des différentes entités, sur la rédaction d’un contrat de gestion, qui n’existe plus, entre le gouvernement, Belspo et chaque ESF. On a formé trois grands groupes de travail : un premier autour des aspects appui et organisation, un deuxième sur la recherche, et un troisième groupe sur la valorisation des collections. Ces groupes ne comprennent pas seulement les directeurs mais aussi des membres des équipes. C’est un trajet qui va prendre fin après l’été pour aboutir à un contrat de gestion pour la fin de cette année. Dans le même temps, nous nous sommes penchés sur le remembrement des équipes. A commencer par le poste de président de Belspo.

En pratique, comment traduisez-vous cela ?

Nous avons lancé un appel, par le biais du Selor, pour le poste de président du comité de direction de Belspo. Celui-ci s’est terminé ce mardi 11 mai. L’idée est d’aboutir au recrutement dans les derniers mois de 2021 afin qu’il ou elle puisse avoir de la marge pour retravailler et s’approprier les contrats de gestions. Ensuite, ce sera à ce président de lancer la procédure de nomination des différents directeurs. Aujourd’hui, beaucoup sont « ad interim », certains depuis près de dix ans. Et certains ont tout à fait le profil pour être désignés à titre définitif. Mais il faudra, pour cela, passer par les procédures Selor. Et il y a une obligation de parité francophones/néerlandophones. Ce qui va évidemment compliquer les choses. Je sais que tout cela n’est pas « sexy » politiquement mais il faut recréer des équipes et un fonctionnement efficace. C’est essentiel.

Comment voyez-vous le rapport entre Belspo et les ESF ?

Dans les ESF, on a des scientifiques à la pointe dans leur domaine. C’est juste incroyable de voir ce qu’ils réalisent. Mais il faut recréer du lien entre les ESF et Belspo en renversant la pyramide. Plus que d’une administration qui contrôle et surveille, on a besoin d’une administration qui aide et propose des synergies. On va construire le modèle organisationnel autour de ça.

Certaines équipes sont actuellement trop peu nombreuses, notamment pour le gardiennage, entraînant la fermeture de certaines salles…

Il y a deux choses. D’une part, la situation covid qui complique les choses, notamment pour les équipes de gardiennage où il faut plus de monde que d’habitude, alors que, depuis un peu plus d’un an, avec les fermetures temporaires et surtout l’absence de tourisme, les recettes ont dégringolé. De façon structurelle, il y a aussi un définancement depuis des années. Alors, plutôt que de gérer la décroissance de l’ensemble, il me semble important de redonner des perspectives. Que va-t-on continuer à faire et à bien faire ? Peut-être doit-on faire moins ou autrement dans certains domaines. Nous devons donner une vision et une perspective claire. A partir de là, c’est beaucoup plus facile d’aller défendre des budgets.

Comment arriver à cela : réduire le personnel scientifique pour engager des gardiens, fermer des salles pour ne pas réduire le personnel scientifique ?

L’équilibre entre les fonctions scientifiques et les fonctions d’accueil n’est pas une variable. Là où nous devons réfléchir, c’est sur nos domaines d’excellence, sur les partenariats… Idem sur la politique muséale : visite-t-on encore un musée comme il y a 50 ans avec une chronologie linéaire, une salle pour chaque époque… ? Ou peut-on réfléchir à des approches plus thématiques, à faire tourner les collections pour augmenter la fréquence de visite… ? Aujourd’hui, on veut des lectures interprétatives, thématiques et plus seulement chronologique. On peut, par exemple, avec les collections des Musées royaux des Beaux-Arts, faire un formidable parcours sur la question de la domination sociale ou des questions environnementales, de Brueghel à Permeke. C’est une valeur ajoutée que le musée peut apporter, notamment grâce à ses compétences scientifiques en matière de recherche. C’est l’approche qu’on trouve aujourd’hui dans la plupart des grandes institutions internationales.

Moins de grandes expositions de prestige et davantage de mise en valeur des collections ?

Bien sûr. Je m’intéresse beaucoup au digital. Pas pour opposer le modèle de la visite virtuelle à celui de la visite réelle mais pour augmenter l’expérience vécue au musée, par le biais des technologies digitales : permettre à chacun d’en découvrir plus, de prolonger les choses. Et c’est quelque chose qui valide d’autant plus le modèle de nos ESF mêlant conservation et valorisation du patrimoine à destination du public et recherche scientifique permettant aussi d’aller plus loin dans l’expérience de chacun.

Pour revenir au personnel : y a-t-il des possibilités de recrutement, au-delà des directeurs, alors que vous travaillez dans une enveloppe fermée ?

D’une part, par rapport au covid, nous avons mis des moyens additionnels de 2,5 millions en 2020 face à la situation engendrée par la pandémie. Nous allons essayer de faire de même en 2021. Ensuite, au niveau structurel, nous ne sommes même pas dans une enveloppe fermée car il y a un linéaire de réduction sur les fonctions transverses de l’Etat, de 2 %. La politique scientifique fait l’objet d’une exception par rapport à ce taux général. On est à – 0,87 ou 0,89. Donc il y a une forme de reconnaissance du fait que ce n’est pas sur ce département qu’il faut encore aller grappiller des économies. Par contre, il existe aussi des cadres budgétaires prévus… mais non remplis. On recherche notamment des gens dans la recherche, pour le support I.T… Là, l’enjeu, c’est l’attractivité des fonctions, liée une fois encore à une vision, une dynamique au sein de l’administration. Enfin, c’est une chose de défendre quelque chose d’existant. C’est autre chose de défendre de nouveaux budgets dans le cadre d’une nouvelle manière de penser, de chercher. On a des discussions passionnantes dans les groupes de travail à ce sujet. Un exemple : à Uccle avec l’IRM, l’Observatoire et l’institut d’Aéronomie, nous avons environ 450 chercheurs à la pointe dans leur domaine. C’est une des plus grandes concentrations, en Europe, de chercheurs autour du climat. C’est une thématique centrale aujourd’hui. Plutôt que de lutter contre le définancement, ne vaut-il pas mieux se mettre dans un nouveau projet, autour de la recherche climatique, et aller chercher des financements additionnels, notamment à l’Europe ? Idem au Cinquantenaire où on trouve plusieurs institutions fédérales avec les Musées Art & Histoire, l’IRPA, le Musée de l’Armée… Comment repenser globalement le projet, avec les communautés européennes dont le Parc du Cinquantenaire est le jardin… L’enjeu financier est lié à la manière dont on réinvente le modèle d’activité.

Qui doit être à la manœuvre pour un projet comme le Cinquantenaire : le fédéral, la Région, la Ville ?

Il faut casser les murs. C’est un projet qui doit être piloté par le fédéral parce que c’est le fédéral qui a la maîtrise foncière du bâtiment et les plus grandes institutions. Mais si on veut avancer, il faut que de nouvelles choses se fassent avec la Région, l’Europe… Le Cinquantenaire, en soi, est un bâtiment voulu par Léopold II pour le cinquantenaire de la Belgique et qui n’a aucune fonction autre que de célébrer la valeur d’une Belgique révolue : le modèle patriarcal, colonial, guerrier, masculin… Tant qu’à rénover, plutôt que de se contenter des toitures ou de telle ou telle salle, ne vaut-il pas mieux travailler sur une réflexion beaucoup plus large ? Que représente la Belgique à l’aube de son bicentenaire ? Tout comme les équipes autour de Léopold II ont dû se poser la question à l’époque du cinquantenaire. Je pense qu’il faut partir de ce questionnement sur les valeurs. La Belgique aujourd’hui, c’est quoi ? Un pays hôte des institutions européennes, un pays cosmopolite, multiculturel, qui fait attention à sa diversité, qui pratique une forme de fédéralisme de coopération… Cette réflexion sur le Cinquantenaire et sa transformation en Bicentenaire pourrait être la catalysation de toute une série de réflexions en cours sur notre identité, notre modèle institutionnel, le rapport à l’Europe…

Avec quels moyens pour concrétiser les choses ?

On peut dégager des moyens ambitieux. J’en suis certain. Si on additionne la programmation au niveau de Beliris, de la Régie des bâtiments, de la Défense, de la Politique scientifique, de la Région (au niveau espaces verts), de l’Union européenne (qui investit de plus en plus et a décidé de reconcentrer ses bâtiments autour de l’axe Arts-Loi) et des budgets bloqués dans le cadre du plan de relance… On a des moyens pour célébrer dignement 2030. Le tout est de voir comment inscrire ces moyens dans une programmation cohérente et un peu visionnaire avec la perspective du bicentenaire de la Belgique.

Un tel projet doit être pris en main. On a beaucoup entendu parler de l’implication de Paul Dujardin ?

Il est trop tôt pour parler de qui, de quoi, de quand. Mais une réflexion de ce type doit être portée par des gens non politiques qui ont une expertise dans ce genre de projet, un vrai souffle, une vraie vision, des liens avec des partenaires internationaux potentiels et une capacité à se détacher des limites institutionnelles qu’on aime bien s’imposer en Belgique. Mais rien n’est décidé quant aux personnes.

Musk vs Bezos, le combat - inégal - pour la domination spatiale

Elon Musk (à gauche) et Jeff Bezos.
Elon Musk (à gauche) et Jeff Bezos. - Hannibal Hanschke et Clodagh Kilcoyne/Reuters

Les deux hommes les plus riches au monde avaient entouré le 5 mai d’un rond rouge, comme un jour historique pour les voyages dans l’espace, leur grande passion. En effet, ce jour-là, il y a soixante ans, Alan Shepard devenait le premier Américain à voler dans l’espace. Elon Musk, PDG de Tesla, et Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, tous deux milliardaires, ont choisi cette date symbolique pour rendre public l’avancement de leurs projets spatiaux. Et il s’est avéré que Musk a encore creusé l’écart sur son grand rival. Sa fusée Starship pourrait être une avancée clé qui lui permettrait de façonner l’avenir de l’ensemble du secteur. En effet, après quatre tentatives infructueuses, Musk a finalement réussi un atterrissage de précision avec le premier vol réussi du prototype SN15 de son atterrisseur lunaire et martien Starship.

Si les années 1960 ont été le témoin de l’affrontement des Etats-Unis et de l’Union soviétique, bien décidés à être les premières Nations à se poser sur la lune, et donc de la rivalité de deux grandes puissances, de deux systèmes, la situation actuelle a bien changé. L’agence spatiale américaine Nasa a privatisé une partie de l’aérospatiale. Désormais, ce sont les dirigeants de deux groupes technologiques, à savoir Musk et son entreprise SpaceX et Bezos et son entreprise Blue Origin, qui s’affrontent.

Tous deux ont des projets bien plus ambitieux que de faire atterrir le prochain Américain sur la Lune, ce que Donald Trump appelait de ses vœux lorsqu’il était encore président des Etats-Unis. Musk et Bezos veulent devenir des fournisseurs complets dans l’aérospatiale, amenés à proposer des fusées et des satellites, mais aussi toute une gamme d’offres parmi lesquelles le tourisme spatial, les réseaux mondiaux regroupant des milliers de satellites Internet ou encore des taxis spatiaux gouvernementaux.

Musk parle de sauver l’humanité sur le long terme en rendant possible la colonisation de la Lune, de Mars et d’autres planètes. Bezos, quant à lui, poursuit plutôt l’idée d’une infrastructure de production dans l’espace, qui tournerait ensuite autour de la Terre. D’après lui, l’humanité pourrait également survivre dans d’immenses colonies volantes ou de gigantesques stations spatiales.

L’argent ne fait pas tout

Ce rêve, qui semblait au départ tout droit sorti des romans de science-fiction, devient peu à peu une réalité. Du moins en ce qui concerne les fusées et en ce qui concerne Musk. Car Bezos, pour sa part, a dû se contenter d’annoncer, pour la première fois en ce jour anniversaire, une date pour un vol habité de sa fusée de tourisme spatial réutilisable. Selon Bezos, celle-ci devrait s’élever à une altitude de 100 kilomètres à l’occasion d’un court trajet de dix minutes le 20 juillet. En bon businessman, Bezos veut vendre aux enchères un siège dans la capsule pour un invité qui accompagnera ses cinq astronautes. Le futur prix des billets pour voyager à l’avenir à bord de la capsule Bezos n’a pas encore été fixé.

Bezos peut sans peine se permettre son hobby spatial. Sa fortune est estimée à plus de 190 milliards de dollars (157 milliards d’euros). Il détient toujours plus de 10 % du groupe Amazon. Régulièrement, il vend pour des milliards de dollars d’actions afin d’injecter également de l’argent frais dans Blue Origin. Cette somme est estimée à 1 milliard de dollars par an, juste pour ses activités spatiales. Bezos vient de vendre des actions Amazon pour environ 2,5 milliards de dollars (2 milliards d’euros), contre plus de 7 milliards de dollars l’an dernier.

Mais dans le domaine spatial, l’argent ne fait pas tout : c’est également une question d’ingénierie. La quasi-totalité du secteur estime qu’à ce niveau, Musk possède un net avantage. Les critiques dénoncent le manque de connaissances techniques de Bezos. Il s’occupe trop peu de ses projets, contrairement à Musk. Lorsque Bezos a annoncé en février qu’il quitterait son poste de PDG d’Amazon cet automne, l’une des raisons qu’il a invoquées est qu’il disposerait ainsi de davantage de « temps et d’énergie » pour ses autres projets.

Des approches très différentes

SpaceX opère à un tout autre niveau que Blue Origin. Au printemps 2020, une capsule habitée s’est envolée pour la première fois à destination de l’ISS, la station spatiale internationale. Musk a désormais à son actif trois missions habitées réussies. Or, ces missions sont techniquement beaucoup plus complexes que des voyages courts dans l’espace.

Considérant l’avance technologique et les coûts nettement inférieurs de SpaceX, la Nasa a récemment préféré Musk à Bezos pour l’attribution du contrat concernant le prochain alunissage habité des Etats-Unis. Il s’agit d’un projet de 2,89 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). Bezos a fait appel de la décision, affirmant qu’il avait été lésé. Le projet est donc gelé pour l’instant. Reste à savoir si la réclamation de Bezos aboutira.

Mais il devient de plus en plus clair que les approches de Musk et Bezos sont aussi différentes que celles des Etats-Unis et de l’Union soviétique en leur temps. Bezos a doté sa société astrospatiale Blue Origin de la devise latine « Gradatim ferociter », ce qui signifie « pas à pas, courageusement ». Musk, quant à lui, est l’impatience personnifiée. Rien ne va jamais assez vite pour lui. Surtout lorsqu’il s’agit de sa super-fusée Starship.

Les résultats sont déjà là : un prototype de 50 mètres de haut (SN15) a réussi à s’élever à une altitude de dix kilomètres et à atterrir à la verticale. Mais Musk ne compte pas s’arrêter là. La fusée recyclable n’est que la partie supérieure d’une gigantesque fusée de 120 mètres de haut, amenée à transporter un jour plus de 100 tonnes de marchandises sur une orbite terrestre basse. Celle-ci est propulsée au premier étage (Super Heavy) par 30 réacteurs.

Un véritable lieu de pèlerinage

Pas étonnant, du coup, que le nouveau site de lancement de fusées de SpaceX à Boca Chica, au Texas, soit devenu un véritable lieu de pèlerinage pour les passionnés d’exploration spatiale. Sur ce site, Musk charge des chiens robots de patrouiller afin d’éloigner les intrus. Ces chiens ont déjà examiné les débris de l’explosion lors des tentatives infructueuses d’atterrissage de la fusée Starship. Par ailleurs, de nouvelles images et vidéos en direct sont diffusées en permanence afin de montrer les travaux de construction gigantesques qui se déroulent sur la base de lancement. Le message est clair : l’histoire est en marche.

Bezos, de son côté, protège son entreprise d’astrospatiale comme un service secret protège son siège. Et ses résultats font pâle figure à côté des récents succès de Musk.

Peu après l’atterrissage réussi de la fusée Starship cette semaine, un porte-parole de SpaceX a fait état d’autres réussites. En deux semaines seulement, une capsule Dragon de SpaceX a ramené sur Terre en toute sécurité quatre astronautes se trouvant sur l’ISS, qui ont ainsi amerri de nuit dans l’océan Atlantique. Sans oublier deux lancements de fusées Falcon 9 en seulement sept jours, transportant chacun 60 satellites Internet Starlink. Avec son projet Starlink, Musk veut mettre en orbite près de 12.000 satellites autour de la Terre afin de fournir une connexion Internet de qualité aux régions reculées ou mal desservies à travers le monde. Musk a déjà lancé environ 1.500 satellites. Les astronomes ne les aiment pas, car ils obstruent la vue de l’espace.

Bezos s’est engagé sur la même voie avec son projet Kuiper, qui prévoit la mise en orbite de près de 3.200 satellites. Pour autant, aucun ne vole encore, tandis que la flotte Starlink de Musk en est à la phase de test.

« Jeff qui ? »

Ses succès n’empêchent pas Musk de s’opposer à Bezos sur la place publique. Bien au contraire. Depuis des années, les deux rivaux se livrent à une guerre des mots, s’accusant mutuellement d’utiliser toutes sortes de stratagèmes pour entraver les projets spatiaux de l’autre. Par exemple, Musk n’hésite pas à égratigner publiquement son rival sur Twitter. Et lorsque la chaîne de télévision britannique BBC a voulu l’interroger concernant Jeff Bezos, il s’est contenté de répondre : « Jeff qui ? »

Depuis cette semaine, Bezos doit s’inquiéter du fait que l’avance de Musk est amenée à s’accroître encore lorsque la grande fusée SpaceX deviendra pleinement opérationnelle, autour de 2023. Il s’agirait d’une fusée universelle destinée au fret et au transport de personnes pouvant emmener jusqu’à 100 astronautes. Par ailleurs, pour la première fois, les deux étages seraient réutilisables, à la manière d’un avion : faire le plein, voler, atterrir, analyser, faire le plein.

Même les stratèges des grandes compagnies aériennes devraient suivre cette évolution avec intérêt. Il est d’ores et déjà prévu d’utiliser la fusée Starship pour réaliser des vols longue distance intercontinentaux. Musk a déjà réussi à faire voler ses fusées Falcon 9 deux fois en 40 jours. Un modèle a déjà voyagé dans l’espace dix fois.

Etape suivante : Musk prévoit de mettre sa fusée Starship en orbite autour de la Terre d’ici à la fin de l’année. Et dans deux ans, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa, accompagné de huit membres d’équipage, devrait se mettre en orbite autour de la Lune à bord d’une fusée Starship. Musk a également une longueur d’avance sur Bezos en matière de tourisme spatial.

Pauline Farazijn gère la com de Deceuninck–Quick-Step: «Remco Evenepoel a un grand futur devant lui»

@DR
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Tel un chat d’une discrétion absolue, Pauline Farazijn, 23 ans, se faufile entre ses collègues, pour la plupart des hommes, sans s’émouvoir de leurs larges épaules. Elle n’a pas besoin de mesurer 1m80 pour distinguer ses responsabilités et affronter la meute des journalistes, pour la plupart impatients, et jouant des coudes par caméra interposée en zone mixte.

Sans élever le ton ni perdre le sourire sous son masque, la fille de Peter Farazijn (surnommé « Fausto » lorsqu’il évoluait chez Lotto au service de Tchmil puis chez Cofidis pour épauler Frank Vandenbroucke) assume la responsabilité d’assurer la communication de Deceuninck – Quick-Step sur ce Giro. Elle vit un conte de fées qu’elle évoque avec ce qui la caractérise le mieux, le cœur.

Pauline, le vélo, c’était un destin obligé ?

Ma sœur Léontine a roulé en compétition mais elle a dû arrêter à cause des études, mon frère Maxime fait de la compétition en amateurs tout en travaillant dans un magasin de vélos et moi, je ne roule pas mais je travaille chez Deceuninck-Quick Step ! Et mon père, après sa carrière, n’a jamais cessé de rouler, tout en assumant sa reconversion comme chauffeur de bus.

Cela ne vous a jamais gavée ce milieu 100 % vélo ?

Au contraire, j’ai grandi dans cette ambiance. Mon père était sur les courses et tout le programme familial était fait en fonction de lui. Ma maman s’occupait de tout et c’est toujours le cas aujourd’hui. La course, le milieu, me passionnaient à tel point que je n’avais qu’un objectif, travailler dans le milieu du cyclisme.

Comme journaliste ?

J’ai en tout cas étudié le journalisme à Howest, à Courtrai, parce que dans le programme, il y avait une option « journalisme sportif ». J’ai ainsi suivi des leçons, plusieurs fois, de Renaat Schotte et Sammy Neyrinck (journalistes à Sporza) qui venaient donner des formations. J’adore écrire et les langues étrangères en général. J’avais donc déjà, dès ma première année, l’idée arrêtée de m’occuper de communication dans une équipe cycliste, de préférence chez Deceuninck – Quick-Step. J’ai eu de la chance, car mon stage, je l’ai effectué chez Flanders Classics. J’aidais, entre autres, à l’alimentation du site internet.

Comment êtes-vous arrivée chez Deceuninck-Quick Step ?

Ma mère a parlé avec Patrick Lefevere, peut-être parce que je n’osais pas le faire moi-même. Car quitte à intégrer une équipe cycliste, il fallait que cela soit celle-là, la plus prestigieuse à mes yeux, la plus attirante. Car si tout le monde dit que cette équipe est une famille, ce n’est pas une légende, c’est la vérité. La solidarité y est exemplaire, tout le monde aide tout le monde, à l’image de notre staff de la communication où nous travaillons main dans la main.

Et Patrick Lefevere a réagi ?

J’attendais un coup de fil, alors que je venais d’avoir fini mes études. Je travaillais comme femme de chambre dans un hôtel à Ypres, ce que je faisais déjà comme étudiante pendant les vacances et le week-end. Puis Patrick m’a dit qu’il y avait une possibilité de travailler au siège de l’équipe à Wevelgem pour donner un coup de main au niveau de la logistique et du marketing avec Alessandro Tegner (NDLR : l’Italien était l’ancien chef de presse à l’époque de Tom Boonen, de Paolo Bettini et est devenu le bras droit de Lefevere). Ce n’était pas vraiment dans la ligne de mes études, mais une chance exceptionnelle pour moi. Quand Patrick Lefevere m’a appelée pour m’annoncer que je pouvais commencer la semaine suivante, j’ai pleuré. Des larmes de stress. S’il avait dit non, je ne sais franchement pas ce que j’aurais fait. Pendant deux ans, j’ai beaucoup appris au contact d’Alessandro (marketing) et de Julie Verrept (logistique). Cela m’a permis d’observer la vie de l’équipe d’une autre manière.

Et du bureau au terrain, cela s’est passé comment ?

Encore une histoire de chance, c’est incroyable. Quand l’équipe chercherait un nouvel attaché de presse fin de l’année dernière, Patrick m’a demandé si le poste m’intéressait. J’ai fait de grands yeux ! (sic). Je ne voulais pas croire que je pourrais avoir une deuxième chance d’affilée. Patrick m’a dit de dormir une nuit là-dessus, mais je n’ai pas hésité une seconde ! J’en ai discuté avec ma mère. Elle savait que si j’acceptais, c’était la certitude de ne plus me voir beaucoup à la maison mais nous savions toutes les deux que c’était une opportunité exceptionnelle. Le lendemain, ce fut donc un oui massif.

Votre engagement était lié à Remco Evenepoel ?

Non. Avec mon collègue Phil Lowe, nous nous occupons de tous les coureurs sans exception. On se partage les courses. Phil a beaucoup d’expérience, je l’écoute énormément, son aide m’est précieuse.

Vous vous rendez compte que Remco est sans doute le coureur le plus demandé par la presse en Belgique ?

Je l’ai compris dès mon arrivée au Giro. En mars, j’avais couvert Tirreno-Adriatico pour me préparer à cette aventure italienne en m’occupant de Julian Alaphilippe. Davide Bramati (directeur sportif) m’avait dit qu’au Giro, ce serait bien plus de stress mais que tout le monde m’aiderait et c’est le cas. Il est toutefois clair qu’ici, les demandes concernant Remco sont énormes.

Peut-on être attachée de presse sans être supportrice de ses coureurs ?

Ce métier n’empêche pas les émotions. Les plus récentes concernent Almeida, quand il a perdu du temps l’autre jour. J’étais en train de prendre des photos, mais dans ces moments-là, tu n’as pas envie. Cela fait toutefois aussi partie du cyclisme, les beaux moments et les moins beaux moments

On ressent, du côté de la presse flamande, une concurrence exacerbée à son égard. Vous aussi ?

Alessandro Tegner m’a dit récemment qu’on était revenu à l’époque de Tom Boonen. Avec les résultats obtenus par Remco l’année dernière, cette situation est normale. Ici, ce qui me surprend, c’est que souvent, on oublie qu’il n’a plus roulé depuis neuf mois et qu’il sort d’une longue période difficile. C’est son premier grand Tour, on ne sait pas ce qui va se passer et ce qu’il fait semble normal ! J’estime donc qu’il n’a pas besoin de pression supplémentaire mais il gère cela très bien. L’attachée de presse est aussi là pour protéger les coureurs.

Vous n’avez pas peur, parfois, de privilégier un média par rapport à un autre ?

Phil Lowe et moi tentons de contenter tout le monde, ce qui n’est pas facile, a fortiori depuis les conditions sanitaires. Nous essayons aussi d’avoir de bonnes relations avec tout le monde et ce dans le monde entier. Je ne connais pas encore tous les journalistes non plus ! Chaque jour, avec Phil Lowe, nous discutons des demandes qu’il reçoit et celles que je reçois.

Est-il encore possible aujourd’hui d’avoir une interview en solo avec un coureur de la trempe de Remco ?

Bonne question ! En compétition, c’est plus difficile. Je l’ai vu avec Julian Alaphilippe à Tirreno et pendant les classiques. Les jours sont toujours remplis. Il y avait beaucoup de sollicitations pour avoir des interviews personnelles mais en course, c’est difficile.

Que vous a dit votre père quand vous êtes partie au Giro ?

Je pense qu’il est fier, il m’a dit que c’était le plus beau des trois Tours. Notamment pour manger ! Et que je devais admirer les paysages et en profiter chaque jour.

Quel regard portez-vous sur Remco Evenepoel ?

Remco a un grand futur devant lui, mais un homme normal que je trouve très mature pour son âge dans tout ce qu’il dit, dans tout ce qu’il fait. Il est très professionnel avec tout le monde et il semble faire cela de manière naturelle, il ne force pas le trait. Et il est très gentil. Quand je repense aux images de sa chute, je me dis que c’est un privilège pour lui d’être ici, et pour moi de m’occuper de la communication de l’équipe. C’est un rêve.

Josh Cullen, le juste milieu à Anderlecht

@News
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Chaque fois qu’on le pense enterré, Cullen revient encore plus fort

Sur le banc pour le premier match des Playoffs 1 à Bruges, où il n’était monté que dix minutes puis remplacé à la pause contre l’Antwerp, Josh Cullen (25 ans) est revenu de nulle part, mercredi, à Genk. Une fois de plus. Renvoyant Adrien Trebel sur le banc – c’est le monde à l’envers –, l’Irlandais fut carrément l’homme du match dans le Limbourg, évoluant en première mi-temps à un niveau qu’il n’avait encore jamais atteint depuis son arrivée à Bruxelles il y a six mois et demi.

Un marathonien, mais pas uniquement. Encore davantage qu’Aït El Hadj, Josh Cullen avale les kilomètres à chaque match. A Genk, il fut encore l’Anderlechtois qui parcourut la plus grande distance (12,57 kms). A une vitesse moyenne (8,09 km/h) que personne n’égala dans l’effectif bruxellois, à l’exception de Dauda (8,10 km/h) qui ne joua que 7 minutes à la Luminus Arena. Cullen est partout, mais jamais n’importe où ni n’importe comment. Indispensable à la récupération, l’ancien milieu de Charlton n’a encore délivré qu’une passe décisive en 27 sorties et 1819 minutes pour le RSCA, mais il n’en demeure pas moins également très précieux à la construction. Il le confirma pas plus tard qu’il y a trois jours en étant à la base de l’action du 0-1 brillamment conclue par Aït El Hadj, avant que Verschaeren ne gaspille une opportunité en or de faire 0-2. Plus doué balle au pied que d’aucuns le pensaient, Cullen signe également une bonne dizaine de sprints par rencontre, sa pointe de vitesse ayant atteint à Genk 30,16 km/h.

Sa valeur a déjà explosé. Transféré pour à peine 500 000 euros en provenance de West-Ham, qui l’avait prêté à Bradford, Bolton et Charlton ces dernières années, Josh Cullen apparaît déjà comme l’affaire de l’année réalisée par Peter Verbeke et sa cellule scouting. Sa valeur est désormais estimée à quelque 2,6 millions sur Transfermarkt tandis qu’à Neerpede, on confirme que l’intérêt pour l’aspirateur de poche (1m75) ne cesse de croître et pour des montants plus élevés encore. Mais le juste milieu mauve n’est pas à vendre.

Menacé de suspension, il a été averti par Kompany. Tant à Bruges que face à l’Antwerp, Cullen est passé à deux doigts d’une exclusion à la suite de deux tacles beaucoup trop appuyés. Il s’est davantage contrôlé mercredi à Genk, évitant la carte de jaune de trop qui l’aurait privé du match retour ce samedi. Il n’empêche qu’il reste sous la menace d’une suspension contre Bruges jeudi prochain en cas de nouvel avertissement face à la bande de John van den Brom. « Je lui en ai déjà parlé, mais je ne dois pas exagérer non plus, souligne Vincent Kompany. Contre ZulteWaregem, je lui avais demandé’ être prudent dans ses interventions mais, 30 secondes plus tard, il se faisait exclure. Comme quoi, il faut aussi laisser le joueur être lui-même. S’il reçoit la carte de trop, nous le remplacerons tout simplement, nous avons des solutions dans le noyau (NDLR : Adrien Trebel). Cela dit, je tiens à rappeler que Josh n’est pas un joueur méchant. Le plus gros tacle, cette saison, c’est lui qui l’a encaissé à Charleroi. Et cela l’a écarté des terrains durant trois semaines. »

Il est heureux à Bruxelles et les playoffs l’amusent. Josh Cullen n’est pas du genre à se poser trente-six mille questions. Il donne tout pour le groupe lorsqu’on fait appel à lui mais, lorsqu’il est renvoyé dans l’ombre, il est le premier supporter du onze de base. Cela en a très rapidement fait l’un des chouchous de la direction et en particulier du président Wouter Vandenhaute. « Je me sens de mieux en mieux au Sporting et dans cette compétition, dit l’intéressé. J’ai eu besoin d’un peu de temps pour m’imposer et montrer mes qualités, mais je pense avoir désormais trouvé mes marques. En plus, l’équipe tourne de mieux en mieux. Nous méritions sans doute davantage que trois partages dans ces PO mais nous sommes toujours en course pour la 2e place. Si nous battons Genk ce samedi, nous reviendrons d’ailleurs d’office à hauteur des Limbourgeois. Je sais que les PO sont critiqués par certains mais, moi, ça m’amuse. Nous allons tout faire pour remporter nos trois derniers matches. Même sans public, jouer deux fois à domicile est un avantage. »

Pas un Soulier d’or mais un joueur en or pour le coach. L’international irlandais a beau être aux antipodes de la philosophie de Vincent Kompany et du beau football prôné par l’entraîneur anderlechtois, il a réussi à se faire apprécier. « Il a un cœur et une manière d’être incroyables, peu importe la situation, se félicite « Vince the Prince » au sujet de son guerrier. Il est exemplaire pour tout le reste de l’équipe. Josh sera toujours sous-estimé par rapport à sa technique car il ne se met jamais en avant. Nous avons eu besoin d’autres profils que le sien dans certains matches mais, à ce stade-ci de la compétition, il nous est terriblement précieux. C’est lui qu’il nous faut. Nous n’avons plus trois Souliers d’or dans l’équipe comme quand j’étais jeune, mais c’est le collectif qui fait la différence. Cullen est très important dans ce groupe, avec notamment 18 joueurs issus de Neerpede. »

Son match à Genk : le roi des stats

Kilomètres parcourus : 12, 57 (record de l’équipe juste devant Aït El Hadj avec 12,47)

Vitesse moyenne au km : 8,09 km/h (seul Dauda fait mieux avec 8,10 km /h mais il n’a joué que 7 minutes)

Sprints : 13

Vitesse max : 30,16 km/h (le record est détenu par Murillo qui a poussé une pointe jusqu’à 34,12 km/h)

Tacles : 3 (seul Miazga en a fait autant que lui)

Ballons récupérés : 5

Ballons perdus : 12

Dernières passes (passes décisives incluses) : 4 (record de l’équipe également, juste devant Lokonga qui en a signé 3)

Ses stats depuis le début de la saison

21 matches en championnat (1413 minutes)

3 matches de PO1 (166 minutes)

3 matches de coupe de Belgique (240 minutes)

Total toutes compétitions confondues :

27 matches

1 819 minutes

O but

1 assist

Ses premiers playoffs

Pas titulaire à Bruges (monté les 10 dernières minutes)

Remplacé à la mi-temps contre l’Antwerp

Titulaire à Genk et homme du match

Carte d’identité

25 ans

1m75

Contrat jusqu’au 30 juin 2023

Adeline Dieudonné et Victoire Tuaillon à la Foire du Livre: une femme avec une femme

«Les couilles sur la table», des podcasts et un livre de Victoire Tuaillon, illustrés par Clarisse Pillard.
«Les couilles sur la table», des podcasts et un livre de Victoire Tuaillon, illustrés par Clarisse Pillard. - Binge Audio/Binge Editions

Le lieu, déjà. Toute une promesse. Pour cette rencontre que les organisateurs de la Foire qualifient de « hautement inflammable ! » – moitié pour le titre du second roman d’Adeline Dieudonné, Kérozène, moitié pour l’incandescence des podcasts de la journaliste Victoire Tuaillon –, rendez-vous a été pris à l’Hectolitre, ancien club échangiste du centre de Bruxelles.

A deux pas de la place du Jeu de balle, dans la rue de l’Hectolitre, ce temple du sexe a chauffé les Marolles (et la Belgique entière) du début des années 2000 jusqu’à sa fermeture, en 2015. On y a stocké des antiquités un temps, avant d’en faire « un dispositif basé sur l’échange ». Non, pas ce type d’échange. Uniquement culturels, les échanges, désormais : ateliers partagés, expositions, performances, rencontres musicales, projections de films, débats et mille autres initiatives de réflexion et d’expérimentation.

C’est là, dans un surprenant méli-mélo architectural de briques rouges ou de verre coloré, de pièces d’art brut et de mosaïques de petits miroirs que ce dimanche 16 mai, à 20 h, la romancière belge Adeline Dieudonné, révélée en 2018 avec La vraie vie (L’Iconoclaste), premier roman multi-récompensé, rencontrera la journaliste française Victoire Tuaillon, reine du podcast féministe avec la sulfureuse série – multi-récompensée – Les couilles sur la table (recueil éponyme publié chez Binge Editions).

Les couilles, c’est une série d’enregistrements qui démarrent en septembre 2017 avec un seul but : déconstruire les masculinités. Au pluriel. Parce que, comme elle dit si bien, paraphrasant la grande Simone : « On ne naît pas homme, on le devient. » Pour bien faire le tour de la question, elle appelle au micro des sociologues, des anthropologues, des chercheurs et chercheuses, des écrivains et écrivaines… dans des épisodes intitulés Les pères au travail, Pénétrer, Parler comme un homme, La loi de l’inceste ou Les vrais hommes ne violent pas

Des couilles au cœur

La langue de bois n’est pas un fantasme pour des femmes comme Victoire Tuaillon et Adeline Dieudonné. Dans leur conversation sans tabou, cette dernière évoquera bien entendu son second roman mais aussi ses engagements féministes. Si la violence et la domination masculine étaient au centre de La vraie vie, on retrouve dans Kérozène et sa galerie de personnages – catapultés par l’autrice sur une aire d’autoroute par une belle nuit d’été – les mêmes ingrédients « hautements inflammables », passés à l’humour noir qui décape.

Tout s’éclaire sous les néons de la station-service : les secrets, les pulsions, les phobies, les complexes, les désirs, les angoisses et les obsessions. Qu’est-ce qui aura retenu l’attention de Victoire Tuaillon ? Quel anti-héros ou héroïne ? Juliette la caissière ? Chelly, la prof de pole dance ? Alika, la nounou ? Joseph, le représentant en acariens ? Quelle page, quelle ligne, quelle phrase ? Celle-ci peut-être, page 154 : « J’avais déjà voulu lui dire que je ne voulais plus qu’il vienne, que le plaisir de sentir un homme à l’intérieur de moi était trop court et trop faible pour compenser le temps passé à laver mon linge, à le sécher et à le repasser. »

En octobre 2019, la podcasteuse a, elle aussi, été publiée, avec la sortie d’un recueil synthétisant les 50 épisodes de sa saga. Un livre, dit-elle, « qui montre qu’être un homme est d’abord une construction, qu’ensuite c’est un ensemble de privilèges, une exploitation et qu’enfin, c’est aussi l’usage légitime de la violence. » Quel épisode aura touché Adeline Dieudonné ? Tout sur la bite ou Guide de survie aux fêtes de famille ? A moins qu’on ne parle d’amour, dimanche soir, et de la nouvelle série de la journaliste française, toujours produite par Binge Audio et intitulée… Le Cœur sur la table.

Attention, hautement inflammable ! ce dimanche 16 mai à 20 h avec Adeline Dieudonné et Victoire Tuaillon (modératrice Audrey Vanbrabant) sur www.flb.be/

Conflit israélo-palestinien: le calcul risqué du Hamas

Analyse

Dans cette nouvelle crise, le comportement du Hamas a surpris tout le monde, à commencer par les autorités civiles et militaires israéliennes. Selon la presse en Israël, les évaluations stratégiques n’avaient pas prévu le scénario qui se développe depuis près d’une semaine. La branche militaire du mouvement islamiste qui domine la bande de Gaza a également déployé des moyens sans doute assez largement supérieurs à ce que les responsables israéliens les croyaient capables de faire. Les objectifs du Hamas ont visiblement évolué ces dernières semaines, mais il est trop tôt pour évaluer les résultats.

Jérusalem a cette fois servi de tremplin au Hamas. Les tensions qui se sont développées dans la ville trois fois sainte avec la proximité d’évictions de familles palestiniennes dans le quartier palestinien de Sheikh Jarrah et les incidents sur l’esplanade des Mosquées/mont du Temple ont enflammé les Palestiniens, et les islamistes ont saisi l’occasion à pleines mains. Brandir en même temps la cause nationale palestinienne et l’étendard de l’islam en danger à Jérusalem aura été aisé pour eux.

Une leçon de nationalisme à l’AP

Même si d’obédience islamiste radicale, le Hamas a toujours d’abord été un mouvement nationaliste. Dans cette affaire, l’une de ses cibles – sinon la cible principale – s’appelle Mahmoud Abbas (et son Autorité palestinienne) qui venait de reporter sine die les premières élections législatives depuis quinze ans prévues le 22 mai. Les observateurs en conviennent, la vraie raison de ce report gisait dans la crainte qu’Abbas entretenait – sans doute à juste titre – de voir son Fatah subir une déconfiture, laquelle eût hypothéqué sa réélection comme président de l’AP quelques mois plus tard. Le Hamas se positionne ainsi comme l’incarnation de la cause palestinienne et profite de l’image dégradée de l’AP, impuissante, corrompue et même souvent vue comme un collaborateur d’Israël.

Ce calcul du Hamas pourrait sembler payant en première analyse, sa popularité à Jérusalem et en Cisjordanie occupée profite sûrement des événements. Mais, à Gaza, où les destructions et les morts s’accumulent, il paraît moins aisé de faire un bilan à ce niveau. Car si les islamistes ont sans doute surpris Israël par l’importance des frappes de roquettes, ils risquent de payer cher ce « fait d’arme ». Si l’on en croit le Haaretz, l’information – fausse – lâchée cette nuit par l’armée israélienne à la presse internationale sur son entrée terrestre en territoire gazaoui était destinée à faire entrer un maximum de membres du Hamas, y compris les dirigeants, dans le réseau de tunnels défensifs construits ces dernières années, qui ont été ensuite lourdement bombardés par l’aviation et l’artillerie israélienne (le nombre de victime reste inconnu à ce jour).

Retour au statu quo ante ?

Réaliste, le Hamas savait de toute façon qu’il n’allait pas gagner d’un point de vue militaire. Il a donc vite fait savoir qu’il était prêt à un cessez-le-feu mais pourvu qu’Israël se retire de l’esplanade des Mosquées, condition refusée. Il y a gros à parier qu’en fin de compte le statu quo ante sera rétabli. Car, pour le gouvernement israélien, il n’est pas question pour le moment de se priver du Hamas à Gaza, bien trop commode.

L’ancien ministre israélien des Affaires étrangères, Shlomo Ben Ami, explique bien ce contresens apparent sur le site aseanpost.com : « Paradoxalement, Netanyahou n’a aucun intérêt à détruire le Hamas. Bien au contraire, il a conclu avec lui un accord non écrit contre l’AP d’Abbas, que ses gouvernements ont toujours fait tout ce qu’ils pouvaient pour affaiblir et humilier. Un État islamique du Hamas à Gaza offre à Netanyahou le prétexte idéal pour rejeter les négociations de paix et une solution à deux États. Netanyahou a même permis au Qatar de faire fonctionner Gaza en payant les salaires des fonctionnaires du Hamas. »

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou remerciera peut-être même un jour le Hamas dont les innombrables roquettes ont mis fin aux négociations de l’opposition israélienne en vue de composer une coalition sans lui.

En Cisjordanie, Israël face à un troisième front

L’armée israélienne assure avoir frappé 150 cibles au cours d’un déluge de feu nocturne. En représailles, le Hamas a à nouveau envoyé des salves de roquettes vers des villes israéliennes.
L’armée israélienne assure avoir frappé 150 cibles au cours d’un déluge de feu nocturne. En représailles, le Hamas a à nouveau envoyé des salves de roquettes vers des villes israéliennes. - AFP

Les chiffres disent la violence et la mort. 160 avions israéliens (engagés la nuit dernière), 150 cibles palestiniennes (visées en une nuit), 1.800 roquettes vers Israël (tirées depuis lundi), plus de 120 morts désormais sans compter les centaines de blessés au total.

Israël fait désormais face à de nombreux fronts. Les jours et les nuits s’enchaînent sans repos. Le regain de violences a démarré à Jérusalem, avant d’embraser la bande de Gaza puis les villes mixtes où cohabitent Arabes et Juifs israéliens. Désormais, c’est en Cisjordanie occupée que les manifestations prennent un tour sanglant. « On n’a pas vu des affrontements et des manifestations (de cette ampleur) depuis la deuxième Intifada », a indiqué un responsable de sécurité palestinien à l’Agence France Presse. En une seule journée, celle qui marquait la fin du ramadan, 10 Palestiniens ont été tués et plus de 150 blessés lors d’accrochages avec les troupes israéliennes, selon un bilan officiel palestinien.

En plus de la Cisjordanie occupée, des manifestations ont dérapé à la frontière avec le Liban et la Jordanie. Des manifestants ont forcé la frontière entre le Liban et Israël.

C’est à la frontière Sud d’Israël et à l’intérieur de cette minuscule enclave palestinienne qu’est la bande de Gaza que les affrontements sont les plus meurtriers. Entre jeudi et vendredi, l’armée israélienne a lancé une offensive visant à détruire un réseau de tunnels exploités par le Hamas. Le mouvement islamiste qui contrôle Gaza creuse depuis des années des conduites sous terre. Un réseau tentaculaire qui permet aux combattants de se protéger des attaques aériennes, de faire irruption sur le territoire israélien, ainsi que de passer outre le blocus imposé au territoire.

Si les dégâts n’ont pas été confirmés, l’armée assure avoir frappé 150 cibles au cours d’un déluge de feu nocturne, l’opération la plus violente depuis le début des violences lundi. En représailles, le Hamas a à nouveau envoyé des salves de roquettes vers les villes israéliennes de Sderot, Ashkelon et Beersheva. Il ne passe pas une heure sans qu’un belligérant ne frappe l’autre. Associated Press rapporte une scène glaçante : la nuit dernière, on a entendu les cris de peur des habitants de Gaza à plusieurs kilomètres à la ronde.

Une fausse information

L’armée israélienne a massé jeudi des forces terrestres, chars et véhicules blindés, le long du territoire palestinien. Le ministère de la Défense a donné le feu vert à l’armée pour mobiliser au besoin des milliers de réservistes et une offensive terrestre fait bien partie des options sur la table.

L’Egypte tente bien d’amener les belligérants à un cessez-le-feu, mais sans résultat pour l’instant.

Israël a d’autres inquiétudes avec la montée des violences entre citoyens israéliens, juifs et arabes. A l’intérieur même de son territoire. Dans plusieurs villes du pays, comme Lod et Acre, des civils ont été attaqués et blessés dans des émeutes. Des extrémistes nationalistes juifs et des militants palestiniens s’affrontent à l’arme à feu, avec des bâtons et des pierres.

Nouveaux rythmes scolaires: quelles conséquences pour les gardes d’enfants?

L’idée est d’éviter l’engorgement des tribunaux de la famille.
L’idée est d’éviter l’engorgement des tribunaux de la famille. - ALAIN DEWEZ.

La réforme des rythmes scolaires, adoptée ce jeudi par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, va toucher le quotidien de tous les élèves d’écoles francophones du pays dès la rentrée 2022-2023. L’Ordre des barreaux francophones et germanophone Avocats.be, avait été sollicité il y a quelques semaines par Caroline Désir, ministre de l’Enseignement, pour donner son avis sur ce changement, notamment quant aux gardes d’enfants dont les parents sont séparés. La commission « famille » de l’Ordre rencontrera à nouveau la Ligue des Familles à ce sujet le 9 juin prochain pour bien préparer ce tournant, annonce sa présidente, Me Isabelle Tasset.

Le schéma adopté par le gouvernement Wallonie-Bruxelles est celui d’une semaine supplémentaire durant les vacances de Toussaint et de Carnaval, ces deux semaines étant « récupérées » sur le début et la fin des vacances d’été. Pour les avocats en droit de la famille, la répartition entre les parents pour la Toussaint et le Carnaval sera plus aisée, notamment auprès des parents géographiquement éloignés : « en tant qu’Ordre communautaire, nous avons réfléchi à différentes formules de calendriers, et ces changements ne sont pas compliqués à mettre en pratique », explique Me Tasset. Avocats.be propose une première formule avec l’enfant en juillet une semaine chez le parent A, deux semaines chez le parent B, puis en août deux semaines chez le A et une semaine chez le B. Le second calendrier est une formule trois semaines/trois semaines, avec une alternance entre les années paires et impaires si désiré.

Accords à entériner

L’Ordre prévoit de faire passer un message auprès de tous les avocats en droit de la famille afin que la procédure amiable soit favorisée : la médiation et le droit collaboratif devraient permettre d’éviter un embouteillage au tribunal de la famille. Les accords peuvent être entérinés gratuitement devant le tribunal de la famille, pour éviter de nouvelles dépenses aux parents. Certains risquent cependant de se déchirer sur ce nouveau problème : « Je dirais qu’environ 70 % des situations peuvent se régler à l’amiable entre les avocats des deux clients ou par le biais d’un médiateur, poursuit la présidente de la commission famille. Dans les 30 % restants, on retrouve des parents qui n’ont pas fait le deuil de leur couple et pour lesquels chaque sujet peut être une raison supplémentaire de faire valoir leurs griefs… La réforme du rythme scolaire sera peut-être le prétexte pour ressasser le passé, mais s’ils n’avaient pas ce prétexte, ce serait un choix de stage ou un achat de lunettes… La procédure de divorce accélérée n’a, sur ce point, pas changé les choses, les rancœurs et la frustration sont toujours là, tout cela doit être dégrossi, il faut du temps. »

Certains avocats ont déjà déposé des conclusions consenties tenant compte du changement de rythmes scolaires, mais il y a cependant un bémol, qui concerne les parents dont les enfants sont répartis entre école francophone et école néerlandophone ou germanophone – cette réforme ne visant qu’une partie de la fratrie entraînera pour eux des complications organisationnelles. Avocats.be dit espérer que cette réforme donne rapidement aux autres communautés l’envie de suivre le mouvement.

Le conflit israélo-palestinien ne montre aucun signe de répit

Une foule arrachant un homme de sa voiture. Le traînant au sol et le rouant de coups jusqu’à ce qu’un dernier assaillant s’éloigne d’un corps inerte. Mercredi soir, près de Tel Aviv, le lynchage d’un jeune homme, considéré comme arabe, par une foule de jeunes extrémistes a sidéré les esprits. Après les confrontations entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes à Jérusalem, le déluge de missiles et les frappes aériennes à la frontière avec Gaza, voici que le conflit israélo-palestinien atteint le cœur de la société israélienne.

Car les violences ont débordé dans les villes mixtes d’Israël depuis mardi soir. Celles qui voient cohabiter des citoyens juifs et arabes. Dans le nord du pays, à Saint-Jean d’Acre, c’est un citoyen juif qui a été violemment frappé par des manifestants arabes munis de bâtons et de pierres. Bâtiments (dont des édifices religieux juifs) et véhicules carbonisés, coups de feu, violences entre groupes… La situation est particulièrement tendue dans la ville de Lod. De l’aveu même du porte-parole de la police israélienne, un tel niveau de violence n’a pas été atteint depuis des décennies. Les festivités de l’Aïd-el-Fitr jeudi, pour la fin du ramadan, n’ont pas permis d’apaiser les esprits.

Des observateurs et experts du conflit s’inquiètent de ces nouvelles violences sur le territoire même d’Israël que les autorités peinent à calmer. Plus de 400 personnes, Juifs et Arabes, ont été arrêtées depuis lundi. « Ce qu’il se passe depuis ces derniers jours dans les villes d’Israël est insupportable… rien ne justifie le lynchage d’Arabes par des Juifs et rien ne justifie le lynchage de Juifs par des Arabes », a déclaré le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou.

Ces violences ont fait s’effondrer les discussions politiques pour former un gouvernement « anti-Netanyahou ». Le leader de la droite religieuse Naftali Bennett a annoncé avoir rompu les pourparlers avec le centriste Yair Lapid. Naftali Bennett souhaite reprendre les négociations avec Binyamin Netanyahou, qui avait échoué à former un gouvernement. Rien ne dit pour l’heure qu’il pourrait réussir avec ce nouvel appui.

Une opération terrestre envisagée

Dans le sud du pays, à la frontière avec Gaza, la situation ne semble pas non plus se calmer. Et c’est un euphémisme. Des centaines de roquettes ont de nouveau été tirées vers Israël par le Hamas et d’autres groupes armés. Et l’armée israélienne a mené de nombreux raids aériens et tiré à l’artillerie sur l’enclave sous blocus israélien depuis plus de 10 ans. Jeudi, Israël a déployé des chars et des blindés le long de la frontière avec la bande de Gaza.

« Cela prendra du temps mais nous allons restaurer la quiétude en Israël », a déclaré Binyamin Netanyahou. « Nous sommes prêts et nous continuons à nous préparer à différents scénarios », a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée, Jonathan Conricus, précisant qu’une invasion terrestre était « l’un des scénarios ». La dernière invasion terrestre s’est déroulée en 2014. A l’issue de l’opération Bordure protectrice, on dénombrait 2.251 morts côté palestinien, en majorité des civils, et 74 côté israélien presque tous des soldats.

Depuis lundi et le début du déluge de missiles à la frontière gazaouïe, le conflit a déjà coûté la vie à 87 Palestiniens dont 18 enfants dans la bande de Gaza sous contrôle des islamistes du Hamas, ainsi qu’à sept personnes, parmi lesquelles un enfant et un soldat en Israël, selon un décompte de jeudi soir.

A Jérusalem, où les violences avaient débuté, l’Aïd-el-Fitr a été célébrée dans le calme sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam. Quelques jours auparavant, des affrontements avec les forces de l’ordre israélienne y avaient fait plusieurs centaines de blessés. Quelques tirs de grenades assourdissantes ont sporadiquement rompu la tranquillité. Mais l’accalmie peut être trompeuse. Samedi, les commémorations de la Nakba par les Palestiniens (la création de l’Etat d’Israël en 1948, ce qu’ils désignent comme la « catastrophe ») pourraient échauffer encore les esprits.

A l’international, les appels à la désescalade se multiplient. Sans trouver d’écho.

François Testu, chronopsychologue: «Aménager le temps scolaire, c’est aussi s’intéresser aux inégalités»

Selon le chronopsychologue, le schéma «7 semaines de cours + 2 semaines de congé» permet de respecter les rythmes annuels des jeunes.
Selon le chronopsychologue, le schéma «7 semaines de cours + 2 semaines de congé» permet de respecter les rythmes annuels des jeunes. - Mathieu Golinvaux.

ENTRETIEN

François Testu est chronopsychologue. Professeur émérite de l’université de Tours (France), il a fait des rythmes de l’enfant et des jeunes sa raison de vivre académique. Il a d’ailleurs fondé « l’Observatoire des rythmes et des temps de vie des enfants et des jeunes ». Auteur de nombreuses publications sur le sujet, il ne tarit pas d’éloges à l’égard de la réforme dont la ministre Caroline Désir (PS) vient de poser les premiers jalons. Parce qu’elle colle parfaitement à ses multiples recommandations. Parce que, sur cette question, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’inscrit en pionnière. Parce qu’il rêve, en vain, que la France en fasse autant.

La Belgique francophone se prépare à donner vie à vos travaux et à ceux de quelques rares. Pourquoi est-ce important ?

Le schéma proposé par votre gouvernement va permettre d’être au plus près des intérêts de l’élève, de favoriser les apprentissages via le respect des rythmes biologiques. Si ce projet intéressait le ministère français de l’Éducation, ce serait déjà bien… mais on en est loin désormais. Avec mes confrères chronopsychobiologues et chronopsychologue, nous avons démontré que les élèves vivent naturellement de manière rythmique, que ce soit à l’école ou en dehors. Ils sont par ailleurs soumis à des rythmes extérieurs, ceux des emplois du temps. Il existe en réalité une rythmicité naturelle qui fait que l’humain est plus ou moins performant, vigilant, résistant aux efforts… Raison pour laquelle, durant certaines périodes de l’année, tous, nous sommes moins performants.

Lesquelles par exemple ?

Les études épidémiologiques montrent qu’autour de la Toussaint la période est critique : les gens sont plus souvent malades, ils ont moins le moral, ils sont moins réceptifs, plus vite fatigués… C’est aussi chez l’adulte la période où l’on meurt le plus. On retrouve les mêmes symptômes – quoique moins marqués – fin février, début mars. Ce sont ces périodes que la Belgique francophone a choisies pour permettre aux élèves de lever le pied, et c’est très bien. En fait, le schéma « 7 semaines de cours + 2 semaines de congé » permet de respecter les rythmes annuels des jeunes. Pour autant bien qu’ils aient un emploi du temps raisonnable – ce qui semble être le cas –, ils peuvent tenir sans difficulté de manière régulière au moins sept semaines, voire huit dans certains cas.

Pourquoi 2 semaines repos au lieu d’une ?

Parce qu’il faut la première pour se déshabituer de son emploi du temps et l’autre pour profiter pleinement de ce temps de repos. C’est une bonne solution, surtout pour la période fin octobre début novembre. Car on sait que physiologiquement, les enfants ne sont pas en grande forme… Les professeurs diront : « Ils sont juste là »… En reproduisant ce schéma tout au long de l’année, les adultes réaffirment le besoin de faire une pause. Évidemment cela réduit les grandes vacances mais il reste sept semaines, ce qui est bien. Je recommanderais cependant de ne pas aller en dessous.

La suite, c’est s’attaquer aux rythmes journaliers ou hebdomadaires ?

Je n’ai pas de souci majeur avec les rythmes hebdomadaires sur 4, 5 jours comme chez vous, j’en ai davantage avec le modèle français de la semaine de quatre jours car elle va à l’encontre des évidences scientifiques sur la chronopsychologie. Les rythmes journaliers par contre, constituent un tout autre volet qui, idéalement, devrait suivre une réforme de l’année. On constate en effet qu’il existe trop souvent une désynchronisation entre la rythmicité propre à l’enfant et celle imposée par les adultes au travers des emplois du temps. Avec la chronopsychologie, nous sommes parvenus à démontrer que dans une journée il existe des temps forts et des temps faibles, lesquels jouent sur les performances des jeunes.

C’est effectivement un tout autre volet, probablement plus coûteux…

Avant tout, sur le sujet, je vois trois priorités. Un, il faut de la régularité dans la vie scolaire avec des horaires fixes, c’est fondamental. Deux, il faut respecter ce que les chronobiologistes et les chronopsychologues ont mis en évidence : dans une journée, il y a des pics et des creux. On sait par exemple que dans la seconde partie de la matinée scolaire, les élèves sont plutôt performants, Ensuite, il a un creux en milieu de journée alors que la reprise de la vigilance se fait dans la seconde partie de l’après-midi scolaire, vers 14h30. Il faut savoir en tenir compte pour organiser les activités. Trois, il faut savoir aménager ce qui est autour de l’école, ce que j’appelle la « complémentarité éducative ». Cela invite à réfléchir sur la place des activités périscolaires. Je suis en faveur de nouveaux rythmes scolaires à la journée mais cela ne peut se faire qu’à la condition de bien réfléchir sur toutes les dimensions de l’école. Les travaux scientifiques montrent que cet apport éducatif par les compléments de l’école est d’autant plus important que les enfants vivent dans des conditions difficiles en dehors de la classe. Je ne vous apprends rien en disant que certains sont défavorisés par des emplois du temps non adaptés. Qu’en dehors de l’école, certains qui n’ont pas grand-chose d’autres que la rue ou la télé. Nos travaux démontrent tous que quand vous libérez du temps par une adaptation des rythmes, il faut savoir quoi en faire. C’est pour cela que je suis un farouche opposant à la semaine des 4 jours en France. Elle ne pose pas de problème dans les milieux favorisés car les parents ou les communes pourront toujours s’offrir ou offrir des structures d’accueil onéreuses. Elles ont évidemment leur intérêt mais pas toujours pour ceux qui en ont le plus besoin. Nous sommes face à un problème de société : aménager le temps scolaire c’est aussi s’intéresser aux inégalités.

Un tel schéma existe-t-il chez nos voisins ?

Pas à ma connaissance. Et vous savez pourquoi ? Parce que trop souvent, ce sont les intérêts des adultes – qu’ils soient parents, enseignants ou animateurs – qui priment alors que ceux des enfants passent régulièrement à la trappe. En fait, votre projet à vous montre la voie.

Marc Coudron: «Sans le covid, je n’aurais pas été candidat à la présidence de la Fédération internationale de hockey»

Marc Coudron n’est pas sûr d’être élu, loin de là. Narinden Batra, son adversaire, jouit d’un puissant réseau. @Dominique Duchesnes
Marc Coudron n’est pas sûr d’être élu, loin de là. Narinden Batra, son adversaire, jouit d’un puissant réseau. @Dominique Duchesnes

Le samedi 22 mai, Marc Coudron (51 ans) saura s’il prendra ou non la succession de l’Indien Narinder Batra à la présidence de la Fédération internationale de hockey (FIH). En cas de succès – qui n’est pas acquis d’avance face à celui qui représente l’Inde au CIO et jouit d’un puissant réseau –, il pourrait ainsi devenir le deuxième Belge à la tête d’une grande fédération sportive internationale, après Ingmar De Vos, président de la Fédération équestre internationale (FEI).

Celui « qui a fait le hockey belge » – comme il déteste qu’on le dise, si l’on omet d’y associer l’équipe dont il s’est entouré – arrivera quoi qu’il en soit 3 semaines plus tard (le 11 juin) au terme de son quatrième et dernier mandat de président de l’Association royale belge de hockey (ARBH), souvent citée en modèle – en Belgique et à l’étranger – pour la réussite qu’elle incarne au travers des Red Lions (champions du monde et d’Europe, vice-champions olympiques), mais aussi d’un sport qui a connu une croissance fulgurante – de 16.000 à 54.000 pratiquants pendant ces 16 années de présidence –, en suscitant au passage admiration (souvent) et jalousie (parfois).

Alors qu’il renoncera aussi à son mandat au Comité de gestion du COIB en septembre prochain, Marc Coudron a prétendu un moment qu’il allait prendre du recul et se consacrer davantage à sa famille. « Mais lorsque j’ai évoqué la chose à mon épouse, elle m’a directement rétorqué qu’elle me voyait incapable de ne rien faire ! », sourit le banquier bruxellois. « Et je dois admettre avoir bien du mal à ne rien faire ! Alors après en avoir parlé à mon meilleur ami, et à l’un de mes associés à la banque où je continuerai à travailler vu que mon mandat à la FIH ne sera pas rémunéré, j’ai dit go ! »

Pendant tout un temps, on vous avait plutôt imaginé prendre la succession de Pierre-Olivier Beckers à la présidence du COIB : un poste a priori taillé sur mesure pour vous !

J’adore mon pays et j’ai énormément de respect pour le sport belge dans son ensemble. Si un jour ça se présente, je serai honoré de me porter candidat, mais sans doute pas, et ça n’a rien à voir avec mes ambitions à la FIH.

C’est quoi, ou c’est qui alors ?

Jean-Michel Saive ! Je connais très bien Jean-Mi, et je trouve qu’il a toutes les qualités requises pour endosser ce rôle de président. Il a certainement plus envie que moi d’y aller et fera très bien les choses : il connait et sent le sport d’une manière incroyable. Même si je n’avais pas été candidat à la FIH, je ne l’aurais sans doute pas été au COIB. Ce n’est pas quelque chose qui me tentait. De son côté, Jean-Mi que j’adore et que je respecte pour l’énorme carrière qu’il a eue, pourra apporter beaucoup au COIB. Pierre-Olivier Beckers en a renforcé les structures. Avoir un sportif de hyper haut niveau à la barre pourra sans doute faire avancer les choses de façon différente.

Et vous, vous voilà désormais candidat à la présidence de la FIH ! Pourquoi ? Comment ?

Grâce au covid, si je puis dire ! En fait, ça faisait 2-3 ans que je réfléchissais à ce que j’allais faire après juin 2021. Et il est clair que s’il n’y avait pas eu la pandémie, je ne me serais pas présenté, parce que je n’étais pas du tout dans cet esprit en novembre dernier, quand cette élection aurait dû avoir lieu. Ce n’est que peu avant la date limite des candidatures pour la nouvelle élection, titillé par quelques-uns, que je me suis décidé. Avec toujours dans un coin de tête cette phrase de Mohamed Ali : « Impossible is temporary ». Une vérité qui colle parfaitement à l’histoire du hockey belge. Quand j’ai pris la présidence de l’ARBH en 2005, ou même en tant que joueur au début des années 2000, jamais je n’aurais imaginé que nous allions réussir tout cela, avec en apothéose, une Grand-Place de Bruxelles comble suite à notre victoire à la coupe du monde 2018.

Dans quel état d’esprit vous présentez-vous comme président de la FIH ?

Je ne suis pas ravi de l’évolution du hockey mondial. Si on veut résumer en une phrase l’approche de Narinder Batra et la mienne, je dirais qu’il favorise les supporters, alors que je veux favoriser les joueurs. Et je suis renforcé dans cette conviction suite aux contacts pris avec une bonne moitié des 140 fédérations réunies à la FIH. En fait, nous sommes gâtés en Belgique, car les besoins fondamentaux pour la pratique du hockey (des balles, des coachs, des terrains, etc.) sont justes gigantesques.

De par sa gestion actuelle, le hockey mondial est en danger ?

Certainement pas ! Sauf peut-être par le fait que ce sport se porte très bien, mais que nous ne le disons pas assez ! Sans vouloir fanfaronner, notre sport affiche très peu de violence physique ou verbale, nous échappons aux scandales liés au dopage, aux paris truqués ou au racisme. Cela dit, ce dernier point soulève sans doute une autre réalité : notre sport n’est pas suffisamment multiple ; oui, il est peut-être encore « trop blanc », sans vouloir soulever la question des quotas. La 3e place mondiale conquise par l’Iran en indoor est une bonne nouvelle à cet égard, mais il reste des choses à faire.

Sans entrer dans les détails, quels sont les grands chantiers auxquels vous pensez ?

Une meilleure distribution et répartition du matériel (balles, sticks, chaussures, maillots) ; la fin des terrains mouillés qui, en termes de coûts et d’environnement, son juste scandaleux ; la promotion du hockey sous ses trois formes : à 5, à 11 et en salle, car chacun de ces formats peut permettre au hockey de se développer aux quatre coins du monde où la réalité du terrain n’est pas la même. A terme, j’aimerais qu’on puisse organiser des coupes du monde outdoor et indoor à 24 dans ces trois disciplines, et qu’on puisse par exemple pousser l’arrivée du hockey à 5 en plus de celui à 11 aux JO d’été, tandis que le hockey en salle serait inscrit au programme des Jeux d’hiver ; la réforme du hockey en salle qui nourrit aujourd’hui le paradoxe d’être beaucoup moins spectaculaire que le outdoor ; etc.

Comment sentez-vous cette élection ?

Un peu comme une finale de hockey, qui ira peut-être même aux shoot-out ! Depuis 2015, j’avais déjà reçu des appels du pied d’anciens joueurs, d’arbitres ou d’officiels issus de pays comme l’Afrique du Sud ou l’Argentine. C’est resté dans un coin de ma tête. Bien sûr, je n’ai aucune garantie d’être élu, mais j’y vais : « Impossible is temporary ».

Accidents, vitesse: des premiers résultats encourageants pour la zone 30 généralisée à Bruxelles

Accidents, vitesse: des premiers résultats encourageants pour la zone 30 généralisée à Bruxelles

Les premiers chiffres concernant la généralisation du 30 à l’heure sur le territoire bruxellois sont tombés. Et ils sont de nature à réjouir la ministre de la Mobilité et de la Sécurité routière Elke Van den Brandt (Groen). Quatre mois après l’entrée en vigueur de la mesure – pour tous les véhicules, la vitesse maximale autorisée est passée à 30 km/h presque partout, à l’exception d’un certain nombre de grands axes – les premières tendances semblent confirmées.

La vitesse moyenne mesurée diminue partout à Bruxelles, montrent les mesures de 34 Lidar entre fin 2020 et les quatre premiers mois de 2021. La réduction est « constante et significative », insiste-t-on. Alors que la vitesse moyenne mesurée en zone 30 était de 29 km/h en 2020, elle a chuté à 26,5 km/h. Là où la limite est passée de 50 à 30, la vitesse moyenne mesurée pendant les quatre premiers mois de 2021 est de 29,6 km/h (contre 34,7 auparavant, une réduction de 15 %). Et même là où il est toujours permis de rouler à 50, la vitesse mesurée a aussi chuté.

Ces constats sont confirmés par les mesures réalisées par les radars tronçons, indique Bruxelles-Mobilité. « Cette réduction de vitesse moyenne n’a pas d’impact sur les temps de parcours », dit Van den Brandt. Les durées des trajets mesurées par l’administration bruxelloise sont « identiques voire légèrement inférieurs en fonction des périodes ». Il est vrai que le trafic a aussi diminué et peut-être changé de nature, alors que le télétravail maintient des navetteurs automobiles loin de la capitale.

Plus important encore, la ville à 30 km/h permet d’améliorer la sécurité routière. Selon le recensement de Bruxelles Mobilité basé sur les chiffres préliminaires des accidents communiqués par la police fédérale, on a constaté une réduction du nombre d’accidents au premier quadrimestre 2021 : 635 accidents contre 815 si on compare avec le premier quadrimestre de 2020. Même si l’on prend pour base une période moins marquée par le confinement (le dernier quadrimestre de 2020), l’amélioration est aussi sensible : 635 accidents contre 708. Il est à noter qu’on a enregistré 860 accidents lors du premier quadrimestre 2019 et 860 lors de la même période en 2018 – années où, il est vrai, le trafic était plus intense.

La diminution de l’insécurité routière se marque aussi dans les accidents graves. Le nombre de personnes décédées ou grièvement blessées atteint un record historique à la baisse (2 morts sur place, 28 blessés graves). Il est intéressant de noter que même si tous les usagers profitent de la ville 30, ce sont les occupants des voitures qui profitent le plus de l’amélioration de la sécurité routière. Le nombre d’accidents les impliquant passe de 132 à 108 entre 2020 et 2021. Et de 401 à 180 si l’on compare avec la moyenne des premiers quadrimestres entre 2016 et 2020. Les chiffres sont moins favorables pour les cyclistes, mais il est vrai qu’il y a de plus en plus de vélos circulant à Bruxelles. Peut-être une conséquence… de la ville 30.

« Il faut rester prudent, dit Elke Van den Brandt. La période est exceptionnelle, ce ne sont que des premiers chiffres et ils ne portent que sur quatre mois. On estime qu’il faut deux ans pour tirer des conclusions solides. Mais ce que nous constatons confirme ce qui s’est passé dans d’autres villes comme Grenoble ou Helsinki. Cela montre qu’on peut apaiser la ville et la rendre plus agréable ». Etonnée ? « La plupart des gens respectent le code de la route et respectent les autres usagers. Et si les chiffres diminuent, c’est grâce à cela ». Rien en tout cas qui soit de nature à faire changer de cap. « On va continuer à investir dans les infrastructures, notamment là où la vitesse est trop souvent dépassée parce que la voirie est trop large. Nous avons une liste d’axes où il faut travailler en priorité. Et il faudra surveiller comment la vie “normale” va reprendre.

Coronavirus: déclaré mort, le coronapass respire encore

Alexander De Croo a répété mercredi à la Chambre être opposé au coronapass. Mais les «pro-pass» n’ont peut-être pas dit leur dernier mot...
Alexander De Croo a répété mercredi à la Chambre être opposé au coronapass. Mais les «pro-pass» n’ont peut-être pas dit leur dernier mot... - Belga.

En a-t-on réellement fini avec le coronapass « à la belge » ? Oui, si l’on se fie aux propos d’Alexander De Croo (Open VLD) devant les députés à la Chambre mercredi, au lendemain du Comité de concertation (Codeco). Le Premier ministre a expliqué qu’il ne voulait pas d’une « société qui évolue vers une société de pass, où un pass est nécessaire pour aller chez le coiffeur ou au restaurant ». De Croo rejoint ici la position prônée depuis un moment par le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Ce dernier ne cachait d’ailleurs pas sa satisfaction d’avoir obtenu « la mort » du coronapass lors du Comité de concertation du 11 mai.

A la place du coronapass, un « Covid Safe Ticket » sera instauré, et ce uniquement lors d’événements réunissant plus de 5.000 personnes. Ce système de ticket-corona est aussi limité dans le temps : entre le 13 août et 30 septembre. Il concernera a priori seulement Tomorrowland, le Pukkelpop ainsi que le Grand Prix de F1 de Francorchamps. L’attestation pourra être obtenue via le dossier médical électronique E-Health ou sur présentation d’un test PCR négatif. Il sera même possible de se faire tester directement à l’entrée de ces événements.

Résultat des courses : le seul « pass » qui devrait arriver sur nos smartphones dans les prochaines semaines (ou mois…) sera celui établi au niveau européen. Toujours en cours de négociations, il a uniquement pour but de nous faciliter le passage des frontières en toute sécurité sanitaire.

Les vaccinés privilégiés ?

Tout cela nous éloigne fortement des pistes avancées par plusieurs experts et politiques en Belgique ces dernières semaines. A commencer par Frank Vandenbroucke (Vooruit) et le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), tous deux ouvertement favorables à un système permettant aux personnes vaccinées d’avoir la possibilité de « regagner de la liberté. »

Contacté par Le Soir pour aborder la suite des événements, le ministre fédéral de la Santé, ne souhaitait pas livrer de commentaire supplémentaire. Mais les « pro-pass » n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. La semaine prochaine, le commissariat Corona devrait enfin livrer un rapport commandé par Vandenbroucke, il y a deux mois. Ce rapport doit répondre à une série de questions concrètes autour des « privilèges » dont pourraient bénéficier très prochainement les personnes vaccinées, soit plus de 4 millions de Belges. On pense au fait de pouvoir se rassembler à l’intérieur entre groupes de vaccinés ou à la suppression des tests et de la quarantaine au retour d’une zone rouge.

Des conclusions qui ne manqueront pas de relancer le débat entre ceux qui voient dans le pass une manière d’encourager la vaccination et ceux qui dénoncent une discrimination au sein de la population. Elie Cogan, professeur émérite à l’ULB et spécialiste en médecine interne au Chirec-Delta, fait partie du premier groupe. Très remonté après les annonces de mardi soir, celui qui a schématisé dans le détail les avantages d’un coronapass, considère que le Codeco est à côté de la plaque. Selon lui, De Croo et Bouchez font aussi preuve d’un mauvais biais idéologique : « Parler d’une “société à pass” est très réducteur. Répondre à une situation épidémiologique donnée avec un moyen approprié, en rapport avec cette situation, ne va pas automatiquement ouvrir la porte à des dérives. On peut encadrer ce pass avec des garde-fous comme sa limitation dans le temps ou en fonction du niveau de l’épidémie. »

« Ce pass est nécessaire »

Pour celui qui est aussi représentant de la plateforme Take Care of Care, le raisonnement de ceux qui crient à la discrimination n’a pas de sens : « On est en train d’empêcher les personnes dont l’espérance de vie est limitée biologiquement de se réunir parce que tout le monde n’a pas encore eu l’occasion d’avoir accès à la vaccination. Il n’y a aucune raison d’attendre puisque c’est justement le fait d’atteindre un niveau d’immunité collective suffisant qui permettra de ne plus avoir besoin d’un pass. »

Dernier avis, et pas des moindres, arrivé sur la table en cette veille de long week-end, celui du Comité de bioéthique. Plutôt tiède pour ne pas dire froid face à l’idée d’un coronapass, ses représentants appellent à une grande prudence et à encadrer strictement son utilisation dans le temps : « Si les autorités belges décident finalement de le mettre en place, le coronapass devra être encadré par une loi qui définit la méthode, les conditions d’utilisation et la durée des mesures fondées sur la détention du pass. » Tout en invitant au débat, le Comité se montre intransigeant sur le fait qu’un tel document ne pourra jamais être demandé à l’école, à l’hôpital ou dans les commerces alimentaires.

Jean-Luc Crucke au «Soir»: «D’accord pour dépenser encore, mais de manière qualitative»

Pour Get Up Wallonia, «les idées ne manquent pas, c’est très bien. Mais il faut désormais un effort de cohésion».
Pour Get Up Wallonia, «les idées ne manquent pas, c’est très bien. Mais il faut désormais un effort de cohésion». - Dominique Duchesnes.

Entretien

Le gouvernement wallon est à la croisée des chemins. Le ministre-président Elio Di Rupo (PS) a convoqué l’équipe PS-MR-Ecolo à une mise au vert qui se tiendra samedi et dimanche à l’Elysette. Au menu : le plan de relance Get Up Wallonia, ses arbitrages et son financement.

Dans la foulée, un conclave budgétaire débutera lundi pour mesurer l’impact de la crise sur les finances régionales et envisager de nouveaux efforts pour les secteurs les plus touchés. Au centre du jeu, forcément : Jean-Luc Crucke (MR), le ministre du Budget, vers lequel convergeront toutes les demandes.

Les demandes des ministres seront fortes pour Get Up Wallonia comme pour le budget. Comment comptez-vous y répondre ?

Les ministres demandent et le ministre du Budget aboie ! C’est son rôle. Il peut apparaître parfois comme antipathique. Mais je ne crois pas l’être quand je dis qu’il y a des marges pour des investissements judicieux.

Pour Get Up Wallonia, le gouvernement se retrouve face à des dizaines de projets suggérés par les experts.

Les idées ne manquent pas, c’est très bien. Mais il faut désormais un effort de cohésion pour privilégier l’efficacité et l’efficience et obtenir rapidement des résultats sociaux, économiques et climatiques. Il faut donner de l’harmonie à tous nos efforts. Cette mise au vert tombe bien. Après, il faudra décliner en actions concrètes. Et financer.

De quelle somme parle-t-on ?

On parlera en milliards. Je ne mettrai pas un chiffre précis sur des évaluations et des demandes que je n’ai pas encore vues… Mais cet effort sera indispensable. On ne peut pas rater cette opération. Nous sommes face à une obligation de résultats et pas seulement une obligation de moyens. Le covid n’a pas évacué le mal belge : 2024 et la fin de la solidarité nord-sud, c’est demain ! On jugera alors de la qualité des efforts que nous nous apprêtons à fournir avec ce plan.

D’accord, mais jusqu’où la Wallonie peut-elle financer cette relance ?

Tout dépendra de la maturité et de l’efficacité de ces projets. L’argent, on peut le trouver sur les marchés. Mais les projets doivent correspondre aux besoins de changement social, économique et environnemental. Ce serait une erreur de fermer le robinet budgétaire. La crise n’est pas finie, elle fera connaître encore ses effets en 2022 et 2023. Tous les efforts fournis auraient été inutiles si nous n’agissons pas aujourd’hui de manière forte.

Quitte à s’endetter toujours plus ?

Je vais vous dire ma conviction. D’abord, vacciner, vacciner, vacciner ! Mais ensuite en effet, il faut créer les conditions de l’investissement par les deniers publics tant que le privé n’a pas pris le relais, qu’on n’a pas pu mobiliser l’épargne. Dépenser aujourd’hui, même en s’endettant, c’est la meilleure manière de préparer l’étape suivante : nous allons créer de la croissance qui créera elle-même des recettes supplémentaires, ce qui permettra de restaurer la capacité budgétaire. Je ne suis pas du tout de ceux qui disent qu’une dette ne se rembourse pas. Un jour, nous pourrons envisager à la fois une trajectoire plus longue pour le remboursement de la dette mais aussi l’assainissement de la dépense publique. Il faut saluer le changement d’attitude de l’Europe en la matière.

Comment s’organiseront les arbitrages entre ministres et entre partis pour cette relance ?

Je le dirai à chaque ministre : oui à l’investissement, mais un investissement productif. La qualité de la dépense, c’est le curseur sur lequel on doit s’entendre. Si je peux résumer en une formule : il faut aujourd’hui être généreux en investissement et rigoureux dans la dépense publique.

Le rapport des experts pour Get Up Wallonia ratisse large. Quelles sont les priorités absolues ?

J’entends des entreprises qui réclament bien sûr un choc de la consommation mais qui en appellent surtout à un choc de la formation et de l’éducation parce qu’elles sont en pénurie de personnel. Je sais que ce n’est pas de la compétence de la Wallonie, pas encore en tout cas, mais le covid a perturbé le parcours éducatif d’une génération complète, à son corps défendant. Il faut y être très attentif, cela affectera leur bonheur mais aussi toute notre économie. Cela m’inquiète bien plus qu’un déficit ! C’est une bombe à retardement.

L’ajustement budgétaire, lui, sera marqué par la poursuite des aides liées au covid…

Oui, même si cela continue à creuser les déficits. Il n’est pas question d’agir sur les recettes. Mais il faut désormais travailler de manière ciblée. Plus question de jouer à l’Helicopter Money qui arrose tout le monde.

Combien faut-il trouver ?

Pour les aides liées au covid, on a dépensé en un semestre les 700 millions prévus pour toute l’année. La crise n’est pas terminée. Il faut reconstituer des marges. Combien ? De quoi aider ceux qui en ont vraiment besoin… Créer un peu plus de dette aujourd’hui, ce n’est pas grave. On peut créer de la bonne dette comme du bon cholestérol, si elle permet de créer de la croissance. Ne pas le faire ce serait une erreur.

Sarah Schlitz: «Il y a un décalage entre le cadre législatif et une homophobie ordinaire»

La modification de la loi transgenre est l’un des dossiers qui attend la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz.
La modification de la loi transgenre est l’un des dossiers qui attend la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz. - pierre-yves thienpont

entretien

A l’approche du 17 mai, Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, il est communément question d’un état des lieux des politiques et de la réalité du terrain. En mars dernier, l’assassinat d’un quadragénaire à Beveren a rappelé avec une acuité toute particulière que l’homophobie était loin d’être enterrée. La secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances Sarah Schlitz (Ecolo) avance un diagnostic et présente quelques pistes de travail pour les prochains mois.

En Belgique, le cadre législatif garantissant les droits des personnes LGBTQI+ et luttant contre les discriminations dont elles peuvent faire l’objet s’est progressivement enrichi au cours des 20 dernières années. On a l’impression pourtant qu’entre celui-ci de plus en plus complet et la réalité de terrain, le décalage subsiste. Où serait alors le problème ?

Il y a, je crois, un contexte international peu favorable actuellement aux droits LGBTQI+. Ceux-ci ont pu progresser durant plusieurs années mais subissent actuellement une forme de recul dans certains pays bien connus mais aussi dans d’autres comme les pays scandinaves, pourtant réputés progressistes, ou encore l’Allemagne. La Belgique n’échappe pas à cette tendance internationale. Si nous avons avancé assez vite en Belgique vers un cadre législatif aujourd’hui considéré, par contraste à ce qui se passe dans d’autres endroits du monde, comme hyperprogressiste – alors que dans un certain sens, nous n’avons fait qu’étendre aux personnes LGBTQI+ des droits évidents pour les personnes hétérosexuelles –, on doit bien constater effectivement un décalage entre ce cadre législatif et une « LGBTQI+-phobie » ordinaire. Certains chiffres sont alarmants. Si on s’intéresse au ressenti des personnes LGBTQI+, on voit ainsi par exemple qu’une majorité d’entre elles n’osent pas tenir la main de leur partenaire en rue ou qu’une sur deux seulement fait son coming-out sur son lieu de travail. Tout cela démontre je crois un climat encore hostile et appelle des réactions, notamment politiques. Pour continuer à faire progresser le cadre législatif mais aussi pour améliorer le travail de sensibilisation et de prévention.

L’on sait que la loi transgenre doit être revue après avoir été recalée en partie par la Cour constitutionnelle, qui a estimé que forcer les personnes non binaires à s’identifier soit comme « homme » soit comme « femme » était problématique. Quelle piste préconisez-vous : l’ajout d’une case « X » ou plutôt la suppression de l’identité de genre comme élément de l’état-civil ?

L’arrêt de la Cour dit tout d’abord qu’il faut mettre fin à l’irrévocabilité du changement de genre. Au-delà, la Cour invite effectivement à sortir de la binarité stricte en proposant même plusieurs pistes. L’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes a demandé à l’Equality Law Clinic (ULB) de les étudier en explorant notamment ce qui s’est fait à l’étranger à ce sujet ou encore en considérant l’enregistrement du genre et son inscription sur la carte d’identité sous un angle historique. Au bout de ce travail, l’Equality Law Clinic nous décourage de suivre la piste de la case « X » trop restrictive selon elle et met l’accent sur deux pistes : d’une part, la création de plusieurs catégories (« non déclaré », « genre fluide », etc.) à définir avec les personnes concernées ; d’autre part, l’invisibilisation qui peut intervenir à différents niveaux (sur la carte d’identité seulement ou sur la puce par exemple). Les milieux féministes se tracassent de cette invisibilisation (qui dans certains cas peut gêner l’établissement de statistiques basées sur le critère du genre NDLR). Je peux entendre cette inquiétude bien sûr. Toutefois, je note qu’on a un référencement très fort actuellement et que ce n’est pas pour autant que l’on a des statistiques de qualité suffisante.

Mais donc vous abandonneriez l’option de la case « X »…

En tout cas, ce n’est pas une piste retenue dans le rapport. Par ailleurs, les associations concernées n’y sont pas favorables non plus. Donc a priori…

Se profile également, fin d’année, le plan interfédéral contre les discriminations et les violences à l’égard des personnes LGBTQI+ (plan SOGIESC). Que contiendra-t-il ?

Le processus de coconstruction n’a pas encore débuté. Il se fera avec les Régions et les Communautés. Mais ce qu’on veut, c’est un plan concerté avec la société civile avec comme grands axes la santé, la sécurité et l’enseignement pour coller aux ressentis du terrain.

Certains experts insistent sur la nécessité de penser les discriminations de façon transversale dans les politiques publiques. Est-ce que des choses sont prévues à cet égard pour éviter notamment que des politiques génèrent elles-mêmes des discriminations ?

Avec le plan interfédéral, on sera déjà dans quelque chose de transversal. Mais en la matière, l’attention à avoir doit être permanente. Chose que j’essaie de faire dans les compétences qui sont les miennes. Par exemple, dans la gestion de la crise, certains ont pu nous reprocher de ne penser qu’en termes de familles avec un papa, une maman et deux enfants. Avec parfois des témoignages qui nous revenaient de couples homosexuels obligés en rue de se lâcher la main alors qu’en tant que couples ils avaient tout à fait le droit de ne pas respecter le 1,5 mètre ou de ce couple de femmes lesbiennes dont le donneur venant de l’étranger n’a jamais pu arriver en Belgique. Donc, il faut vraiment travailler à instaurer une vision inclusive.

Jugé pas assez fragile pour être protégé, Mohammed s’est suicidé

récit

Moi, je n’ai pas eu de chance. Tous les pays où je suis allé m’ont refusé. Je n’avais pas de chance, aucune. » Dans un des derniers messages envoyés à son cousin, trois jours avant de se donner la mort, Mohammed Masko blâme la chance. Pas les autorités, pas le système d’asile européen ni les événements traumatiques qu’il a subis dans les combats ou dans les camps : la chance. Comme si obtenir une protection et la possibilité d’une nouvelle vie lorsqu’on fuyait la guerre en Syrie et les camps grecs se jouait aux dés, sans règles claires.

Le garçon kurde syrien de 23 ans est décédé le 27 avril 2021, quelques jours seulement après avoir appris, par l’assistante sociale, que son recours avait été rejeté par le Conseil du contentieux des étrangers. Il n’a jamais reçu l’arrêt transmis par son avocate (« Le courrier est revenu comme si l’adresse était incorrecte, mais ce n’était pas le cas »). Il aurait pu y lire ceci :

« Au demeurant, le Conseil ne conteste pas la situation de fragilité psychologique de la partie requérante. Il constate néanmoins que le seul document récent […] consiste en une attestation, laquelle ne fournit aucune précision utile […]. Pour le surplus, aucun commencement de preuve quelconque ne vient étayer l’allégation de trois tentatives de suicide en Grèce, énoncée dans la requête. Le Conseil conclut dès lors que cette fragilité psychologique de la partie requérante, non autrement caractérisée ni documentée, n’est pas suffisante pour conférer à sa situation en Grèce, un degré de vulnérabilité significativement accru, et partant, justifier une perception différente de ses conditions de vie dans ce pays. »

De la guerre aux camps grecs

Les emojis de cœurs brisés rythment les messages de Newroz, sur Whatsapp. Pour sa cousine, installée dans le nord de la Syrie, rien n’a de sens : ni son suicide, ni les refus en série essuyés par Mohammed. « C’était quelqu’un de normal, d’affectueux, qui aimait sa famille. Il était calme et léger », évoque-t-elle au lendemain de l’inhumation. La jeune femme étudiait l’informatique avec lui avant qu’il ne quitte l’université pour rejoindre les Unités de protection du peuple, une milice kurde luttant alors contre Daesh. « C’était courageux. Il a été blessé à la tête et à la poitrine et, après la victoire de Kobane, il a décidé de partir pour être soigné en Europe. Mais tous les pays l’ont rejeté. Il n’a jamais trouvé ni la sécurité, ni la stabilité. »

Pour comprendre l’effondrement progressif du jeune Syrien, il faut remonter le fil de ces cinq dernières années, jusqu’à son entrée sur le territoire européen.

Mohammed Masko a 18 ans lorsqu’il débarque en Grèce, sur l’île de Leros, où il restera coincé pendant un an. Leros, c’est un des quatre « hotspots » créés à cette époque par l’Union européenne dans les îles de la mer Egée. L’idée est de bloquer les demandeurs d’asile sur ces îles et d’y traiter rapidement leur dossier pour faire le « tri » avant de les laisser accéder au continent et donc potentiellement aux autres pays européens. Une façon d’obliger la Grèce à se conformer au règlement Dublin qui désigne le premier pays d’entrée responsable du dossier, alors que jusque-là, la pratique consistait plutôt à regarder ailleurs en désignant la prochaine frontière. Sauf qu’en fait de traitement rapide, les procédures s’éternisent, inefficaces, laissant les camps se remplir jusqu’à deux, trois, quatre fois leur capacité maximale.

Les conditions sont dantesques, dangereuses. Lorsque Masko arrive, Leros vient de faire l’actualité : des habitants ont attaqué des migrants en guise de manifestation de leur ras-le-bol. La situation est tendue aussi entre les « bénéficiaires », les camps deviennent parfois des zones de quasi-non-droit, difficiles à gérer. Au fil des mois, le jeune Kurde sera victime de violences, l’envoyant au moins une fois à l’hôpital, et d’agression sexuelle. Face à une situation psychique dégradée, il finit par obtenir une reconnaissance de vulnérabilité, qui lui vaut un transfert vers Athènes, pour recevoir des soins. Masko passera un mois à l’hôpital, qu’il quittera précipitamment. Il raconte à son avocate avoir vécu dans la rue, sans plus suivre l’avancement de son dossier administratif. En août 2018, il débourse 5.400 euros pour quitter la Grèce.

Fuite en avant

C’est le début d’une fuite en avant à travers l’Europe. En neuf mois, il passe par la France, l’Islande et l’Allemagne. A chaque fois, sa demande d’asile est déboutée, il doit quitter le pays. Tout recommencer. En mars 2019, il débarque finalement en Belgique, où il sera pris en charge dans le centre d’accueil Fedasil de Mouscron. Les travailleurs qui l’ont côtoyé parlent d’un garçon « vraiment gentil mais tout le temps triste ». Les autorités identifient que sa situation psychique dégradée nécessite un suivi rapproché. Il est envoyé après quelques mois à Bilzen, dans un logement individuel, pour bénéficier d’un suivi auprès de psychologues spécialisés dans le travail avec les réfugiés.

Sa demande d’asile, en Belgique donc, suit son cours. Enfin, c’est en tout cas ce que pense son avocate jusqu’au jour de l’entretien avec l’officier de protection… « Quand je l’ai rencontré, Mohammed pensait qu’il avait un dossier Dublin, parce qu’il avait fait une demande d’asile en Grèce et que ses empreintes avaient été enregistrées. Entre la rue et l’hôpital, il avait complètement décroché du suivi de son dossier administratif. Il ne savait pas qu’il avait obtenu le statut de réfugié », raconte Anne-Sophie Rogghe – une « prétendue ignorance » que le Conseil des contentieux des étrangers jugera peu crédible dans son arrêt. « A aucun moment les autorités ne nous ont prévenus qu’il avait un statut, ce qu’elles ont pourtant su assez rapidement. Donc, quand son dossier a été transféré au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, on en a déduit qu’ils avaient accepté de traiter la demande sur le fond. »

L’avocate prépare donc son client à raconter les raisons de sa fuite de la Syrie (coincé entre la milice et Daesh). « C’était un cas a priori facile vu son profil, il devait obtenir une protection. Mais en arrivant pour l’entretien, surprise, on découvre qu’il a déjà un statut en Grèce et ça change complètement la donne. » Il ne s’agit plus de déterminer si Mohammed doit être protégé mais s’il y a une raison d’être protégé ici plutôt que dans le pays qui a déjà traité son dossier. Pendant près deux heures, l’officier de protection l’interroge donc exclusivement sur son expérience en Grèce. « C’était très déstabilisant pour lui. »

Ces entretiens, sur lesquels se joue le destin des individus, sont connus pour être difficiles et potentiellement source d’angoisse chez les profils vulnérables. En particulier lorsque la mémoire traumatique ne permet pas de reconstituer une histoire cohérente – ce qui risque d’affecter la crédibilité du récit et, partant, l’octroi d’une protection. Il arrive que des psychologues demandent report sur report sentant que la personne n’est non seulement pas en état de défendre son cas, mais risque d’en sortir abîmée.

La décision d’irrecevabilité tombe en septembre 2020. Dans son recours, l’avocate ajoute des rapports internationaux faisant état de l’indigence du système grec d’asile (où les réfugiés n’ont droit à aucune aide qu’elle soit financière, matérielle ou linguistique – sauf à intégrer un programme dont le nombre de places est limité). L’irrecevabilité est confirmée par le Conseil du contentieux des étrangers.

Fausses combines et faux espoirs

Dans le message vocal qu’il adresse à son cousin, évoquant son manque de « chance », Mohammed revient sur ces échecs en série qui dénote en fait une méconnaissance des procédures – ou du moins une croyance en des combines relevant de la rumeur : « J’avais un passeport iranien mais ma situation n’est pas bonne. Je suis venu en Belgique mais je n’ai pas eu de chance. Ils m’ont dit de repartir. Avant, les gens venaient avec un passeport iranien et en arrivant, ils le déchiraient et leur demande d’asile était acceptée. Belgique, Norvège, Islande, tous ces pays acceptaient les réfugiés. Mais moi je n’ai pas eu de chance. Tous les pays où je suis allé m’ont refusé. Je n’avais pas de chance, aucune. »

Si son avocate n’a jamais entendu parler de faux passeport, l’allégation n’étonne pas vraiment les acteurs du dossier. « Il y a un problème de confiance », relève Michelle Warriner psychologue au sein de l’association Solentra, qui a suivi Mohammed. « Il est connu que les trafiquants vendent une histoire que les personnes désespérées veulent entendre. Quand, dans le même temps, un avocat vous dit que “certaines personnes sont reconnues, d’autres pas”, qui voulez-vous croire ? Si vous avez traversé des expériences traumatisantes, en particulier là où vous étiez censé être en sécurité, c’est difficile de savoir à qui faire confiance. Même si une personne vous fournit les bonnes informations, vous n’êtes pas en état émotionnel de faire le tri. Alors vous choisissez un des discours et vous espérez que ça se passera pour le mieux. »

Au Commissariat général aux apatrides, on regrette « une situation dramatique », tout en défendant la décision d’irrecevabilité. « Par principe, on présume que chaque personne peut compter sur une protection effective dans chaque pays européen, puisque les réfugiés bénéficient des mêmes droits que les citoyens du pays d’accueil », explique Damien Dermaux, porte-parole du Commissariat aux réfugiés et aux apatrides. « Donc le dossier est a priori irrecevable. Cela dit, la Belgique a une position un peu atypique puisque la possibilité existe, pour des cas exceptionnels, de déroger à cette présomption : si la personne a vécu dans des conditions particulièrement dégradantes, a vécu des violences dans le pays sans que les autorités ne réagissent, en cas de graves problèmes psychiques. » S’il est donc possible – mais exceptionnel – d’obtenir une nouvelle protection, c’est bien au réfugié de faire la démonstration des défaillances des autorités ou de son incapacité à rentrer.

« Tout était bon pour refuser »

Or l’argumentation qu’on peut trouver dans l’arrêt du CCE, qui reprend les éléments du CGRA, est claire : le requérant ne fait pas une démonstration suffisante. Les trois tentatives de suicides en Grèce ? Pas démontrées. L’attestation psy ? Pas assez détaillée. L’hospitalisation psy ? La preuve d’un accès aux soins. L’agression sexuelle ? L’auteur a été interpellé et expulsé, signe que les autorités ne sont pas indifférentes. Le dénuement ? Le requérant avait de toute évidence des moyens financiers et est parti de lui-même, rien ne montre qu’on lui aurait refusé quoi que ce soit. « Tout était bon pour refuser », se désole l’avocate Anne-Sophie Rogghe. « Si la décision est fondée sur un examen individuel, il n’y a pas à avoir une politique générale derrière. Or sur ces décisions concernant les personnes déjà reconnues, j’ai l’impression que pour des raisons politiques on ne tire pas les bonnes conclusions. »

Des enjeux politiques ? « Il ne faut pas le cacher : il y a des inégalités en matière de droits sociaux entre les Etats membres, mais c’est davantage un enjeu de manque d’Europe sociale que de politique migratoire », modère Damien Dermaux. Comprendre : il ne s’agirait pas de devenir trop accessible, sachant que le système social belge risque d’être comparativement trop attractif. La Belgique, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas seraient les principaux pays concernés par ces « nouveaux » mouvements secondaires de réfugiés. Jusque récemment, le Commissariat aux réfugiés et aux apatrides ne tenait pas de comptage spécifique pour les dossiers émanant de demandeurs ayant déjà une protection. Le seul indicateur est le nombre de décisions d’irrecevabilité pour ce motif (qui ne tient donc pas compte des rares dossiers retenus). Il est clairement en hausse : 339 en 2018, 1.525 en 2019 et 1.707 en 2020 (sachant que le covid a eu un impact sur le volume de dossiers traités).

Même si le phénomène reste marginal (il représente un dixième des décisions de 2020), le gouvernement en a fait dès 2019 une priorité avec des traitements rapides et fermes en vue d’un renvoi rapide. Une ligne que continue de suivre le secrétaire d’Etat Sammy Mahdi (CD&V) : « Une politique d’asile et de migration est et sera toujours un fait humain difficile […]. Il y aura toujours des gens qui recevront un non, aussi difficile que cela puisse être sur le plan humain. […] La vulnérabilité est prise en compte, mais les réfugiés reconnus dans d’autres pays européens ont un statut dans le pays où ils sont reconnus. Notre système européen sera mis sous pression si nous ne devons plus l’appliquer. »

Pour les psychologues qui l’ont suivi, derrière l’histoire de Mohammed se joue le sort de nombre de réfugiés et demandeurs d’asile. « Quand on a traversé beaucoup de traumatismes, la première condition d’un traitement efficace est d’apporter une sécurité physique mais aussi psychologique », développe Michelle Warriner. « La seule idée d’être obligé de retourner dans un pays qu’on associe à ces traumatismes, même si on y est reconnu comme réfugié, est la source de beaucoup de stress et rend un traitement de traumas récents et traumas de guerre, presque impossible. Cela contribue à rendre impossible toute forme de confiance, à renforcer l’isolement et à être très, très déprimé parce qu’il n’y a plus de perspective. Les gens perdent espoir et sans espoir ça peut avoir des conséquences sérieuses. »

«Coyotes»: une nouvelle dose d’«ardennaline»

Il aura fallu attendre près de quatre ans et demi, mais le résultat est là : sélectionnée par le fonds séries de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la RTBF en septembre… 2016, la série La Patrouille installe son campement sur la Une ce dimanche. Repensée, remodelée, et renommée Coyotes, elle a été écrite, à l’origine, par Vincent Lavachery et Axel Dubus. Elle se plante dans un petit village imaginaire du sud de la province de Luxembourg, Warnaffe, où une troupe de scouts séjourne dans le parc d’un château, et où l’un d’eux, au terme d’une soirée, fait la découverte, au fond d’une carrière, d’un sac contenant des diamants.

Rampe de lancement

Un magot, un cadavre, et une bande de malfrats qui tentent de récupérer leurs biens, ce sont les ingrédients de la production belgo-luxembourgeoise, tournée pendant le confinement. « Notre objectif, rappelle le producteur André Logie (de Panache Productions), était de faire une série ancrée dans la réalité belge. La Belgique est un des pays où le scoutisme est le plus pratiqué dans le monde ». L’intrigue de Coyotes repose donc en partie sur la mécanique d’un camp scout, mais aussi sur les valeurs qui animent le mouvement, comme la solidarité. Et celle-là est mise à rude épreuve avec la découverte par Kevin du magot : de nature plutôt solitaire et renfermé, celui-ci, interprété par Louka Minnella, espère d’abord s’en sortir par ses propres moyens, avant de se reposer sur le groupe, à mesure que l’étau se resserre et qu’il enchaîne les erreurs. « C’est ce qui m’a plu dans le personnage de Kevin », raconte Louka Minnella, le jeune acteur, déjà vu au cinéma dans La fille inconnue des frères Dardenne, « c’est l’évolution du personnage, qui finit par être soudé au groupe, alors que par sa situation familiale, il a toujours fonctionné par lui-même. Il ne pense qu’à lui-même et par lui-même. »

Aux côtés du jeune homme, d’autres talents belges comme Sarah Ber ou Victoria Bluck, déjà à l’affiche du Jeune Ahmed, des Frères Dardenne également, ainsi que quelques nouveaux venus, qui faisaient leur premier pas devant une caméra… Ce qui rencontre la volonté de la RTBF de faire en sorte, rappelle Sylvie Coquard, que le fonds séries « serve de rampe de lancement pour les jeunes talents », et pas seulement au niveau de la réalisation et de l’écriture. Celles-ci auront été nécessité quelques ajustements. Au niveau du scénario, par exemple, revu et corrigé pour apporter une touche féminine dans la troupe, mixte pour l’occasion. Ce que les scénaristes n’avaient pas du tout prévu au départ, comme le rappelle Vincent Lavachery : « On avait imaginé une série où les garçons s’entraînent l’un l’autre dans les conneries. Après avoir réécrit avec des filles, on s’est aperçu que ça marchait tout aussi bien avec des personnages féminins, dont la cheffe de la troupe par exemple. »

La réalisation avait quant à elle dans un premier temps été confiée au réalisateur flamand de Unité 42, Indra Siera, quand le projet portait encore le nom de La patrouille. C’est en fin de compte les noms de Gary Seghers et Jacques Molitor qui figurent au générique. Les réalisateurs et les scénaristes ont préféré gommer le côté comédie noire « à la Coen » que présentait la première mouture du projet, pour lui donner un aspect plus sombre. « Le ton a beaucoup évolué », relate Jacques Molitor, le réalisateur luxembourgeois, « il y avait un aspect comique qu’on a lissé pour avoir un ton plus sérieux, avec des scouts plus âgés aussi, à cheval entre l’adolescence et l’âge adulte. Les influences sont à chercher du côté des séries américaines comme Euphoria, avec des événements graves qui peuvent se passer ».

Bande originale

Si elle a été tournée pendant le confinement, et si elle a aussi pour particularité d’avoir été réalisée entièrement dans un cadre forestier, en extérieur, avec tous les aléas météorologiques que cela suppose, la particularité de Coyotes tient surtout à sa bande originale. Après Lionel Vancauwenberghe, qui avait signé « Black Pig » pour Ennemi Public, c’est un autre membre des Girls In Hawaii, le musicien Daniel Offerman, qui a donné le ton de Coyotes. Au point d’avoir pesé sur les choix de réalisation. « Il a lu le scénario et, en un week-end, il a composé 7 ou 8 morceaux. Ce qu’il a amené a contribué de près à la création de la série », précise le producteur André Logie. Pour Jacques Molitor, cela a insufflé au projet « une atmosphère proche de celle de Stranger Things. C’était particulier parce qu’on s’est inspiré de la musique pour la réalisation, ce qui nous a amenés à filer autrement, pour accompagner d’une certaine manière le côté “synthé” par l’image ».

On ne sera donc pas totalement en terre inconnue avec cette nouvelle série du fonds FWB/RTBF, dans la lignée de La Trêve et d’Ennemi public, à qui ses concepteurs souhaitent de connaître un destin semblable, à l’exportation notamment. C’est qu’avec un budget de 650.000 euros par épisode, on est bien au-dessus des montants cités à l’époque de La Trêve (275.000 euros par épisode pour la première saison, 330.000 euros pour la seconde). La série tient d’ailleurs en 6 épisodes, format plus exportable aux yeux de la production : « Pour pouvoir faire rentrer des partenaires extérieurs, comme le Film Fund Luxembourg, il a fallu s’adapter. Les séries en 10 épisodes se vendent peu et, pour les chaînes, ce n’est pas la même chose de prendre un risque sur 3 soirées (NDLR : à raison de deux épisodes par soir) ou sur 5. On s’adapte à la réalité du marché », conclut André Logie.

Reine Elisabeth: Sergei Redkin, interprète mature et investi

Candidat le plus âgé de cette demi-finale, le Russe Sergei Redkin, 29 ans possède une incontestable maturité de jeu. Chez lui, chaque détail est pensé, apprivoisé et surtout pleinement vécu. Une personnalité forte, doublé d’un interprète investi, qui a proposé un vrai programme de concert ce jeudi soir à Flagey.

Dans son Concerto nº 17 en sol majeur KV 453 de Mozart, le discours est limpide. Après un premier mouvement fluide et nuancé, Redkin se montre enivrant dans l’Andante central. Presque un peu direct parfois, tout en parvenant à nous surprendre et à aller vers la lumière. Une partition qu’il conclut dans un troisième mouvement enjoué, presque un bouquet final.

Dans son récital, on découvre son tempérament de feu dans Wandererfantasie D 760 de Schubert. Une partition qu’il incarne avec une certaine folie, un dynamisme presque volontariste mais une délicatesse aussi. Le discours est très riche, imagé et rempli de contrastes.

Ces contrastes justement, entrent en parfaite résonance avec le Nocturne de Pierre Jodlowski, choisi comme pièce centrale de son récital. Une œuvre dont il a fait résonner les premières notes de manière assez sublime pour la conclure dans un tourbillon de couleurs musicales.

Comme pour retrouver l’apaisement, il termine son programme par deux œuvres de Debussy : La plus que lente et L’Isle joyeuse. L’une propose une sorte de retour au calme. L’autre est fleurie, imagée et flamboyante. Un interprète passionnant et investi.

Concours Reine Elisabeth: la sincérité conquérante d’Aidan Mikdad

Benjamin de cette demi-finale à 19 ans (ce qui signifie qu’il s’apprêtait l’an dernier à présenter le Reine Elisabeth à 18 ans !), Aidan Mikdad aborde le concerto nº17 en sol majeur KV 453 de Mozart avec une assertivité décidée : l’allegro est très enlevé avec un jeu allant et direct, l’andante est dense et serré, l’allegretto final solidement cadencé et franchement emporté dans sa coda finale. Aucun souci de joliesse ici au milieu de ces impulsions conquérantes qui provoquent parfois des tensions avec l’orchestre.

Au-delà de cette autorité sans partage, le candidat néerlandais témoigne dans l’imposé d’un sacré sens de la sonorité qui évoque tantôt Messiaen, tantôt Liszt.

La partie libre de son récital porte assez étonnamment sur des partitions qui ont une histoire. La sonate-fantaisie nº2 op.19 de Scriabine est une œuvre en deux mouvements joués sans interruption qui évoque la mer, calme et ensuite déchaînée. Son nocturne pour la main gauche op.9 nº2 de Wittgenstein n’est pas une des nombreuses œuvres composées à la demande, à l’instar du fameux concerto de Ravel. Le compositeur lui-même, s’étant blessé à la main droite, le composa en 1894 à son propre usage.

Quant à Après une lecture de Dante, c’est une sonate en un mouvement que la lecture de la Divine Comédie inspira à Liszt qui l’introduisit dans la 2e année de ses Années de pèlerinage.

« Un lisztien-né »

Mikdad aborde ce programme avec un sens aigu des atmosphères : d’abord planante au travers des reflux des vagues sonores, ensuite de plus en plus engagée dans la sonate-fantaisie qui mérite pleinement son qualificatif, très belle fluidité dans le nocturne pour la main gauche seule qui donne subtilement l’illusion des deux mains. Avec Après une lecture de Dante, on atteint au grandiose. Ce concurrent est assurément un lisztien-né, par la sûreté et la netteté de sa technique, par la variété et la profondeur de ses sonorités mais surtout par sa capacité à utiliser ces atouts pour nous offrir une construction d’une puissance tellurique. Une incontestable gravité, des élans passionnés mais inassouvis, des replis vers une réflexion introspective, tout Liszt est là dans son mélange de fureur et de générosité. Sa sincérité est à l’image de toute sa prestation : entière et fière quels qu’en soient les risques.

Reine Elisabeth: la fascinante simplicité de Keigo Mukawa

Keigo Mukawa.
Keigo Mukawa. - D.R.

Pour se démarquer lors d’une compétition internationale au niveau diablement élevé, le secret ne serait-il pas de jouer la carte de la simplicité ? De miser sur des pièces que vous chérissez pour mieux les incarner plutôt que sur la technique à tout prix ? C’est en tout cas le sentiment que l’on a après la remarquable prestation de Keigo Mukawa ce jeudi après-midi.

Keigo Mukawa est un interprète complet au jeu très clair, imagé, délicat, nuancé à l’image de son poétique Concerto nº 27 en si bémol majeur KV 595 de Mozart (qu’il sera le seul demi-finaliste à interpréter). Après une attaque très douce, il a offert une interprétation juste, nuancée, sans esbroufe. Inspiré, solaire, mais aussi empreint d’une certaine mélancolie dans un premier mouvement chantant, il poursuit son Larghetto avec délicatesse et brillance. Le spectateur, lui, n’a qu’à se laisser porter. Dans l’Allegro final, il parvient à trouver un certain entrain, une dynamique mais sans jamais en faire de trop. C’est juste, maîtrisé, humble et en osmose avec l’orchestre.

Une impression qu’il distille aussi tout au long de son récital. Son interprétation du Nocturne de Pierre Jodlowski est inspirée, allie aussi bien l’aspect méditatif et intérieur demandé par le début de la partition que des accents puissants et contrastés pour le bouquet final. Ses choix de répertoire intéressent tant ils ne sont pas l’œuvre de quelqu’un venu faire une démonstration. Élégant chez Rameau, il propose un Rachmaninov lumineux, explosif mais toujours maîtrisé. Keigo Mukawa vit sa musique, à l’image de sa manière d’accompagner ses phrases musicales de tout son corps. Un programme sans faute, conclu en beauté par un Chostakovitch enjoué.

L’immense défi de convaincre les récalcitrants au vaccin

L’immense défi de convaincre les récalcitrants au vaccin

A chaque étape de la pandémie son obstacle. Après le défi de l’accès aux tests et aux précieuses doses de vaccins, voici venu le temps, pour certains pays dont la campagne de vaccination va bon train (les États-Unis ont déjà vacciné 34,3 % de leur population, la Grande-Bretagne 25,8 %), de convaincre les récalcitrants, maillons indispensables dans notre quête d’immunité collective. Dans un monde idéal, pour se débarrasser du covid – si les divers variants ne bouleversent pas trop la donne – la solution passe par l’immunité collective mondiale. Nos confrères du Financial Times ont fait le calcul, il faudrait alors vacciner 75 % de la population adulte à l’échelle de la planète. Ce qui représente 9 milliards de doses de vaccin à produire et à injecter.

« Il faudrait vacciner plus de 90 % de la population adulte si l’on veut atteindre au minimum 80 % d’immunité collective », précise Antoine Flahaut, directeur de l’Institut de santé globale de Genève. Pour l’expert, les Américains se sont déjà rendu compte de la difficulté de l’exercice : « Ils ont pris conscience qu’un certain plafond de verre a été atteint en matière de vaccination. Ils tentent de le faire exploser ». Et met en garde : le même phénomène nous attend en Europe. « Je dirais même que le pourcentage d’hésitants à la vaccination est plus important ici en Europe qu’aux États-Unis, estime Flahaut. Il faut pourtant tout faire pour vacciner le plus de monde possible, même si cela ne permet pas d’atteindre l’immunité collective ».

La formation des mouvements « antivax » ou de ceux qui nient l’existence de la pandémie fournit des indicateurs très concrets de l’impact de la désinformation autour du vaccin, écrit Chamila Liyanage pour le Centre d’analyse de la droite radicale (CARR). « Ces mouvements procurent un faux sentiment de sécurité dans ce quotidien chamboulé par le virus. (…) La désinformation et l’activisme antivax épousent naturellement l’opposition classique contre les élites, l’establishement, les discours des gouvernants et même les experts », relève l’experte. Le défi de réussir à convaincre n’est alors que plus grand.

Baromètre de la motivation: 38% des francophones non-vaccinés refusent de l’être

Baromètre de la motivation: 38% des francophones non-vaccinés refusent de l’être
Pierre-Yves Thienpont.

Les néerlandophones sont nettement plus enclins à la vaccination que les francophones. Si 71 % des non-vaccinés du Nord du pays sont favorables au vaccin contre le covid, ils ne sont que 51 % à l’être à Bruxelles et en Wallonie. A l’inverse, il y a 38 % des francophones qui refusent d’être vaccinés, contre seulement 20 % des Flamands. Ce constat interpellant a été dévoilé ce jeudi, à l’occasion de la sortie du trentième rapport du Baromètre de la motivation mis au point par l’UGent, l’UCLouvain et l’ULB.

Ainsi, 128.331 personnes ont pris part à ce Baromètre depuis décembre, avec une majorité (67 %) de néerlandophones, ce qui s’explique par le fait que c’est en Flandre qu’a démarré cet outil permettant de calculer la motivation pour les mesures comportementales et l’adhésion à la vaccination. Cependant, il en est 8.422 d’entre eux, dont un pourcentage bien représentatif des deux communautés linguistiques, qui ont répondu aux questions des différentes phases, ce qui permet de voir l’évolution entre novembre-janvier et avril et avoir ainsi des données plus fiables sur le temps.

« Cette différence linguistique s’était comblée en février, mais elle s’est recreusée depuis mars », constate Olivier Luminet, professeur de psychologie de la santé à l’UCLouvain et membre du groupe d’experts psychologie et corona. « Du côté francophone, la réserve des gens prêts à se faire vacciner est occupée à se réduire, avec un pic au-delà des 40 % de personnes refusant la vaccination dans la province de Liège. Le risque majeur, après avoir parlé longtemps du fait qu’il n’y avait pas assez de doses, c’est qu’on risque désormais d’avoir assez de doses mais pas assez de personnes pour venir se les faire administrer… Pour l’instant, les centres de vaccination sont remplis car, lorsque les gens de plus de 65 ans refusent de venir, on va chercher des personnes dans les catégories d’âge plus basses. Mais si ces chiffres se confirment fin juin, cela va finir par caler avec une proportion de gens qui ne vont pas se présenter et qui vont empêcher d’atteindre la couverture vaccinale tant attendue de 70 %. »

Mettre en valeur le discours médical

Il reste tout de même des notes plus optimistes dans ce nouveau rapport puisque 74 % des personnes qui ont pris part au Baromètre indiquent avoir eu une révision positive sur la question au fil du temps. Ainsi, sur 100 % des gens qui refusaient « sans aucun doute » d’être vaccinés, ils ne sont plus que 66 % à être aussi négatifs, tandis que 12 % hésitent désormais et, surtout, que 22 % indiquent vouloir accepter le vaccin. Et sur les 100 % des gens qui acceptaient « sans aucun doute » une dose, ils sont toujours 98 % à être convaincus, 1 % étant devenu hésitant et 1 % à la refuser.

Qu’est-ce qui les a fait changer d’avis ? Dans les différentes réponses possibles, le discours médical a été le plus favorable, à savoir 59 % du côté des médecins, 28 % du côté des pharmaciens et 22 % chez les experts. Le monde politique, lui, n’a convaincu que 18 % des répondants dans le doute, mais cela reste mieux que les 14 % des répondants déclarant avoir été sensibilisés par des personnalités ou les 13 % convaincus par des témoins.

Yohan Benizri: «Une boussole morale est indispensable face au conflit israélo-palestinien»

Pour Yohan Benizri, la Belgique ne peut avoir une attitude ambiguë vis-à-vis du Hamas. Comme Daesh, il s’agit d’un groupe terroriste.
Pour Yohan Benizri, la Belgique ne peut avoir une attitude ambiguë vis-à-vis du Hamas. Comme Daesh, il s’agit d’un groupe terroriste. - Dominique Duchesnes.

Entretien

Yohan Benizri est président du CCOJB, la coupole des associations juives de Belgique. Il faut « sortir du brouillard moral », dit-il. « Et faire la clarté : il y a une organisation terroriste d’un côté, et un Etat qui défend sa population de l’autre. »

La coprésidente d’Ecolo Rajae Maouane a partagé sur Instagram une photo représentant un combattant palestinien et une chanson incitant à combattre les « fils de Sion ». Une réaction ?

Nous avons déploré un message de glorification du terrorisme. Plutôt que la question de la qualification d’antisémitisme, c’est le contexte dans lequel cela s’est produit qui nous a inquiétés. Notre position en la matière est claire : le post était maladroit parce que glorifiant le terrorisme, peut-être sans en avoir l’intention, mais avec pour conséquence de le faire. Rajae Maouane s’est défendue de tout antisémitisme, en regrettant cette maladresse. Peut-être a-t-elle mal mesuré la portée de son post…

Vous lui laissez donc le bénéfice du doute ?

Actuellement, ce qui m’intéresse, c’est de savoir si l’on est face à un brouillard moral ou pas. Je veux revenir à un débat sur le fond : est-ce que nous – c’est-à-dire les Belges et leur pays – pouvons accepter qu’il y ait une équivalence entre un groupe terroriste reconnu comme tel par la Belgique et un Etat qui défend sa population ? Tout le reste – les débats sur les causes et les conséquences, le tweet de la coprésidente d’Ecolo et les réactions politiques qu’il a engendrées – m’intéresse moins que de savoir si nous avons une boussole morale.

Il y aurait deux poids deux mesures, à vous entendre. La Belgique n’observerait pas la même attitude entre le Hamas et Daesh, alors que ces deux organisations sont classées groupes terroristes…

Il est tout à fait inacceptable de justifier le terrorisme de quelque manière que ce soit. Lorsqu’on me dit que c’est la politique étrangère d’Israël qui justifie le terrorisme qui s’abat sur sa population, je dis non. Il ne serait venu à l’esprit de personne à Maelbeek, à Zaventem ou au Bataclan, de dire que c’est la politique étrangère de la France ou de la Belgique qui a conduit à cela. On ne rentre pas dans ce type de considérations lorsqu’une population fait face au terrorisme. Une idée tout à fait inacceptable circule selon laquelle « un pays est en guerre contre des enfants palestiniens et qu’il faut absolument mettre un terme aux actions de ce pays ». Ce n’est pas ce qu’il se passe. Si l’on me dit cela, je veux que l’on m’explique ce qu’on fait avec ma nièce qui vit en Israël.

Votre nièce qui est belgo-israélienne. Vous rappelez qu’il y a des Belges qui souffrent dans ce conflit…

Évidemment. Des Belges sont sur place et risquent leur vie. Or on ne fait pas mention de ces concitoyens. C’est comme s’ils étaient fautifs d’être en Israël. Umberto Eco a dit que tenir tous les résidents ou les citoyens d’un pays pour responsables des actions d’un gouvernement quel qu’il soit est une forme de racisme. Ici, on ne tient pas compte de la souffrance de personnes qui vivent sous une pluie de roquettes. Que ferions-nous en tant que Belges si, depuis l’étranger, nous étions exposés à une salve de roquettes, même de la part d’un groupe terroriste assez mal organisé ? Que ferions-nous si nos enfants étaient sous les bombes ? Littéralement…

On vous objectera qu’il y a une nette disproportion entre les armements utilisés de part et d’autre…

Cet argument n’a de sens que depuis 1967. Avant cette date, Israël était sous-militarisé par rapport à ses voisins. Du reste, quand on me dit qu’il faut protéger le faible, je rétorque que, lorsque ce faible attaque mortellement une population entière, comportant également des gens faibles, des malades, des écoliers…, où est la réponse proportionnée ? Si le Hamas envoie 1.700 roquettes sur Israël, faut-il envoyer 1.700 roquettes sur Gaza ? Dire qu’il y a un fort et un faible est un piège. Dire que le fort doit montrer de la retenue par rapport au faible, c’est à nouveau mettre les parties en présence sur un terrain d’égalité. Je le répète : il y a une organisation terroriste d’un côté et un Etat qui défend sa population de l’autre.

Cette analyse doit servir de fil rouge au positionnement de la Belgique ?

Les appels au calme sont extrêmement utiles et nous sommes de ceux qui appellent au calme. Mais pas lorsque ces appels embrument notre cerveau au point de penser qu’il y a une responsabilité équivalente de part et d’autre. Nul ne penserait à appeler au calme un Etat qui vient d’être attaqué par Daesh au motif que Daesh ne fait pas le poids face au même Etat. Face au terrorisme, nous devons être clairs. Lorsqu’on met les camps opposés sur une sorte de responsabilité égale, que l’on se contente d’appeler au calme, on abandonne son compas moral. On abandonne cette question nécessaire qui est de savoir qu’elles sont les personnes que nous voulons être par rapport au terrorisme.

Qu’attendez-vous de la Belgique dans les prochains jours ?

Simplement de la clarté au niveau des théories de la justice, de la clarté morale. Quand on a une population qui est sous les bombes et un Etat qui se défend face à un groupe que la Belgique a qualifié de terroriste, il faut pouvoir dire que nous soutenons Israêl dans son droit de se défendre contre ces attaques. Que l’on discute ensuite des causes, des conséquences, de l’histoire, etc., c’est une nécessité. Mais dire seulement cela est inacceptable. C’est un abandon. Si on appelle à la désescalade, c’est d’abord et avant tout en condamnant les groupes qui terrorisent la population israélienne. C’est le message que doit faire passer la Belgique à l’international. Entendre certains politiques appeler à l’une ou l’autre sanction économique contre Israël est un non-sens absolu. Que dit de la Belgique le fait d’appeler à des sanctions contre un pays qui se défend contre le terrorisme ?

Que faire pour éviter une nouvelle importation du conflit israélo-palestinien chez nous ?

Peut-être faudrait-il juste faire une clarification préalable. L’importation du conflit et les débordements observés lors de manifestations ne sont jamais le fait de gens issus de la société belge qui seraient pro-israéliens. Ce n’est jamais arrivé. Par contre, des débordements allant jusqu’à appeler à la guerre contre les juifs, à l’exécution de juifs, ont eu lieu dans le cadre de manifestations pro-palestiniennes. A Anvers, un jugement a mis en exergue des risques de débordements antisémites dans les manifestations pro-palestiniennes. On a appelé à trancher la gorge des juifs en 2014. On a appelé à la guerre contre les juifs en juin 2020. A Paris, pour éviter les débordements antisémites qu’on a vus en Allemagne il y a quelques jours et dans d’autres pays, la manifestation de ce 15 mai a été purement et simplement annulée. Attention, je veux être très clair : il ne s’agit pas de dire qu’être pro-palestinien, c’est être antisémite.

Que faire pour sortir de cette polarisation ?

Évidemment, cela passe par l’éducation, par l’explication que l’on peut être solidaire avec le peuple israélien, que l’on soit Belge non juif ou juif. Sans pour autant être vilipendé, critiqué voire ostracisé, notamment à travers l’antisémitisme. Et si cela doit prendre des formes de sanction et de sécurisation plus importantes des communautés menacées, qu’il en soit ainsi. Mais que l’on n’attende pas une nouvelle fois des drames absolus pour reconnaître qu’il y avait un problème. Avec l’attentat du Musée juif, nous avons souffert nous-mêmes d’un terrorisme justifié par la politique étrangère de la Belgique. Il faut comprendre que nous avons besoin d’un compas moral. Il faut le dire sans ambiguïté, sans nuances et, certainement, sans excuses.

Le sentiment d’insécurité est-il allé crescendo ces derniers jours dans la communauté juive de Belgique ?

Il n’est pas question d’un sentiment. En juin 2020, on a entendu appeler à la guerre contre les juifs dans les rues de Bruxelles. Ce n’est pas un sentiment. En 2014, l’attentat contre le Musée juif a été perpétré à un moment où les manifestations pro-palestiniennes étaient plus nombreuses. Elles ont appelé au meurtre des juifs, notamment à Anvers… Nous avons la preuve par l’histoire et par l’expérience que nous sommes dans une situation explosive. Prenons nos responsabilités et ayons des discours clairs et précis. Prenons des dispositions tant sécuritaires qu’au niveau des sanctions éventuelles pour réguler les sentiments antisémites et autres. Et alors on avancera. Mais qu’on ne me dise pas qu’il s’agit simplement d’une question de crainte de la communauté juive. Nous prenons acte de l’atmosphère lourde qui existe en Europe actuellement par rapport au conflit israélo-palestinien qui est importé uniquement par ceux qui attribuent la responsabilité des choses à Israël.

Avez-vous demandé des mesures de sécurité supplémentaires pour protéger les synagogues, les écoles juives…

Nous sommes en contact permanent avec les autorités pour les questions de sécurité. Les mesures adéquates, nous n’en doutons pas, seront prises dans les prochains jours.

Taiwen-1 bientôt sur Mars: un enjeu majeur pour la conquête spatiale de la Chine

Le 20 novembre dernier, un lanceur Longue Marche 5B s’élançait, avec pour mission de ramener des échantillons lunaires.
Le 20 novembre dernier, un lanceur Longue Marche 5B s’élançait, avec pour mission de ramener des échantillons lunaires. - AFP.

ENTRETIEN

La Chine va tenter de poser sur Mars son astromobile Taiwen-1. Marc Julienne, chercheur sur la Chine à l’Ifri (Institut français des relations internationales), décode les ambitions spatiales de Pékin.

Marc Julienne.

Où en est la Chine dans le domaine spatial ?

Comme les États-Unis et l’ex-URSS, la Chine a lancé son programme spatial dès les années 50, qui a été perturbé pendant la période maoïste. À partir des années 80, avec l’ouverture due à Deng Xiaoping, ce programme a pu se structurer. Le lancement du premier satellite chinois a eu lieu en 1970. Le premier essai d’une navette spatiale date de la fin des années 80, et le premier taïkonaute chinois a été mis en orbite en 2003. Il y a eu une forte accélération ces vingt dernières années. L’objectif des Chinois, c’est de réussir de « grands bonds » de manière méthodique : envoyer un homme en orbite, placer en orbite une toute petite station spatiale, puis une deuxième, viser la Lune. Elle a d’ailleurs réussi fin 2020 une première mondiale en explorant l’autre face de la Lune.

Et maintenant, la Chine veut se poser sur Mars, mais le Perseverance américain y est déjà…

Jusqu’ici, la Chine a eu une suite de rendez-vous ratés avec Mars. En 2013, elle a manqué la fenêtre de tir (quand Mars est plus proche de la Terre) : les scientifiques étaient prêts à lancer une sonde, mais les autorités ont refusé. L’Inde l’a alors fait avec succès, réussissant une première asiatique.

Cette fois, la Chine s’est lancée dans la course vers Mars en juillet 2020, en même temps que les Émirats Arabes Unis et les USA : les Émiratis sont arrivés en orbite 24 heures avant la sonde chinoise, et le robot américain Perseverance s’est posé avec succès le 18 février dernier et a pu envoyer de spectaculaires images. La Chine, une fois de plus, n’aura pas la primeur. Mais si Taiwen-1 est un succès, ce sera totalement inédit : elle aura réussi en une seule mission à mettre une sonde en orbite autour de Mars, faire un atterrissage sur le sol martien et déployer un robot qui envoie des données. D’autres pays l’ont accompli via une succession de missions et parfois d’échecs. Ce serait remarquable. Si par contre elle échoue, cela confirmerait une « malédiction martienne »… Mais la Chine a connu assez peu d’échecs dans sa conquête spatiale récente : il y en a eu sur le dernier lanceur lourd Longue Marche 5B, mais il a été retravaillé et permet d’envoyer des engins importants. La Chine a pris le temps de se préparer. Mais se poser sur Mars reste très délicat.

Elle a aussi commencé à lancer des éléments d’une nouvelle station spatiale : pour remplacer la station internationale actuelle ?

Il n’est pas certain que la Chine sera la seule à posséder une station orbitale, mais la Station spatiale internationale (ISS) arrive en fin de vie : la Nasa parle de 2025 ou 2030 pour sa mise hors-service. La faire revenir dans l’atmosphère sera compliqué. C’est une structure énorme, il serait très coûteux de la démonter mais la laisser en orbite coûterait cher aussi car il faudrait la contrôler. Il serait possible de la rénover et de travailler avec des entreprises privées qui pourraient y avoir accès, y envoyer des touristes, etc. L’avenir de l’ISS est donc incertain. La future station spatiale chinoise pourrait être opérationnelle dès 2025 et ouverte, comme la plupart des programmes spatiaux chinois actuels, à la coopération internationale. S’il n’y a plus l’ISS, qui est LE laboratoire international en orbite, la Chine serait la seule à gérer toutes les opérations, à décider qui peut y aller et pour mener quelle recherche. Il y a donc un enjeu politique et stratégique très important. Mais ce n’est pas si simple. La Chine a déjà eu deux stations spatiales : la première, dans les années 2000, a vu deux équipages y séjourner quelques jours. Et la deuxième n’a accueilli aucun équipage, elle a servi à développer d’autres technologies. Gérer une station qui abrite des équipages en permanence qui se relaient tous les six mois, c’est vraiment autre chose

Cette conquête spatiale s’appuie sur trois piliers : développement, militaire et compétition entre puissances…

Les budgets étant contraints, la Chine a d’abord choisi les programmes utiles pour son développement. Dans les années 60, 70 et 80, elle a privilégié les satellites de télécommunication, la télévision, les observations météo. Ce pilier-là compte toujours beaucoup mais les budgets sont beaucoup plus importants et la Chine a tellement progressé qu’elle peut travailler sur un grand nombre de programmes en même temps : observation des phénomènes terrestres ou marins, sécurité de l’État, protection des télécommunications… Pour un yuan investi, il faut cependant toujours qu’il y ait le plus de retours sur investissement.

Le secteur spatial chinois a-t-il un écosystème très différent de celui des USA ?

Les programmes spatiaux nécessitent des budgets tellement colossaux que le parti communiste a voulu trouver de nouveaux financements. Il y a aussi un problème avec l’innovation : la R&D spatiale y est monopolisée par deux mastodontes étatiques où règne une certaine inertie, une absence de concurrence. Depuis 2014, le gouvernement a donc incité des scientifiques à monter des start-up pour stimuler l’innovation, développer satellites et lanceurs réutilisables. Mais on est très loin du « New Space » américain, ces entreprises de pointe créées par Elon Musk et Jef Bezos. Certaines firmes privées chinoises développent des constellations de satellites en orbite basse, pour l’internet ou la 5G, mais ce sont des programmes embryonnaires, prévoyant quelques centaines de satellites. Très loin des 12.000 satellites prévus pour la constellation Sarlink d’Elon Musk ! Le rôle du parti est évidemment très important, à la différence du système américain où l’innovation est libéralisée : le parti va sélectionner les start-up qui ont son assentiment… et les autres. Certaines vont s’effondrer, d’autres vont grandir ou se faire absorber par les conglomérats d’État.

La Chine s’affiche pacifique tout en s’activant sur le plan militaire ?

Il y a une contradiction dans le discours officiel. Pékin insiste sur la nécessité d’utiliser l’espace de manière pacifique et milite pour un traité international sur le non-placement d’armes dans l’espace. Mais, parallèlement, l’armée joue un rôle essentiel dans le spatial. Or, la Chine est relativement en retard : le système GPS, développé par l’armée américaine et ouvert ensuite aux civils américains et au reste du monde, existe depuis plusieurs décennies, alors que la Chine n’a achevé sa constellation Beidou de géolocalisation qu’en 2020. En 2007, elle a testé ses capacités militaires en détruisant un de ses propres satellites : elle a montré qu’elle en était capable, mais cela a beaucoup nui à son image car elle a créé des milliers de débris en orbite, très dangereux pour ses systèmes et ceux des autres pays. Les missiles anti-satellites ne sont cependant pas l’arme prioritaire pour les Chinois. Vu le nombre de satellites militaires américains, il faudrait un nombre colossal d’intercepteurs. L’armée chinoise mise beaucoup plus sur ses systèmes de cyberattaque, pour brouiller, aveugler les capacités de renseignement des satellites américains.

Il y a aussi la compétition entre grandes puissances : Xi veut que la Chine devienne à moyen terme la première puissance spatiale. Réaliste ?

Il semble difficile que la Chine s’impose dès 2030, car les USA ont une avance colossale : sur le système de géolocalisation, les méga-constellations, l’exploration de Mars ou de la Lune, ou les stations spatiales en orbite. La Chine doit encore apprendre, il lui faudra probablement plus de dix ans. Et puis il y a la question des budgets, très brumeuse : il n’y a pas de chiffres officiels, on doit se baser sur des estimations. Le consensus s’accorde sur une dizaine de milliards de dollars par an du côté chinois, mais on ne sait pas si ce montant prend en compte les budgets du Département des systèmes spatiaux et de la Force de soutien stratégique : a priori non. Est-ce seulement le budget de l’Agence spatiale chinoise, une petite agence avec relativement peu de ressources ? Difficile à estimer. Ce chiffre est en tout cas un peu inférieur au budget de l’Agence spatiale européenne. Et le budget de la Nasa est plus de deux fois plus important. Cela risque donc d’être difficile, en quelques années, de devancer les USA. La Chine l’a pourtant fait sur la 5G. Cela ne veut pas dire qu’elle les dépassera sur la 6G : la course est toujours en cours. Et dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’informatique quantique ou de la télécommunication quantique, la Chine risque de bientôt dépasser les USA.

Des technologies qui sont aussi un instrument d’influence internationale ?

Internet via des constellations de satellites, 5G, fibre optique : ces technologies jouent un rôle majeur dans les Nouvelles Routes de la soie, ce grand projet économique, industriel, culturel. Grâce à elles, la Chine déploie son influence politique et stratégique dans des pays jusque-là laissés pour compte, en Asie, Afrique, Amérique latine. Des pays deviennent dépendants de ses infrastructures de télécommunications… qu’elle pourrait, en cas de désaccord politique, couper du jour au lendemain.

L’absentéisme augmente dans les écoles, faut-il s’inquiéter pour autant?

Comme après chaque réouverture des écoles, le nombre de tests effectués va crescendo. Par conséquent, les cas recensés augmentent et les absences aussi.
Comme après chaque réouverture des écoles, le nombre de tests effectués va crescendo. Par conséquent, les cas recensés augmentent et les absences aussi. - BelgaImage.

Quatre semaines seulement après les vacances de printemps, l’absentéisme scolaire reprend de plus belle. C’est en tout cas ce que démontrent les derniers chiffres recensés par le Segec (le Secrétariat général de l’enseignement catholique), qui accueille près de 50 % des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans l’enseignement fondamental (maternel et primaire), le taux d’absentéisme des élèves est passé de 8,5 % à 9,4 % (+0,9 %) entre le 3 et le 10 mai. Du côté des directions, les absences atteignent 7,2 %. Un chiffre qui n’avait plus été recensé depuis la fin octobre au moment de la seconde vague. Du côté des enseignants, le taux reste stable (-0,1 %) après avoir connu une hausse de 2,2 % la dernière semaine d’avril.

L’enseignement secondaire, lui, se porte bien. Toutes catégories d’acteurs confondues, le taux d’absentéisme reste stable, voire diminue chez les éducateurs (-2,4 %) et les élèves (-0,2 %). Il est évidemment trop tôt pour constater les effets (ou non) de la rentrée à 100 % en présentiel pour tous de lundi dernier. « La situation sanitaire nécessite objectivement une vigilance, mais le rythme soutenu de la vaccination des adultes nous permet d’espérer une fin d’année dans des conditions organisationnelles soutenables », observe Etienne Michel, président du Segec.

Plus de tests, plus de cas

En conférence de presse mercredi, le porte-parole interfédéral, Yves Van Laethem, est revenu sur les chiffres de contaminations au coronavirus dans cette tranche d’âge. « On constate bel et bien une augmentation des cas de l’ordre de 13 % par rapport à la semaine précédente. » Avant d’ajouter : « Mais, soyons clairs, on teste de plus en plus les enfants. »

Les chiffres de l’institut belge de santé Sciensano le démontrent : comme après chaque réouverture des écoles, le nombre de tests effectués va crescendo. Par conséquent, les cas recensés augmentent et les absences aussi. D’après les derniers chiffres disponibles, cette tendance à la hausse serait déjà en train de s’inverser. L’évolution du nombre de cas recensés entre le 4 et le 10 mai n’était plus que de +1,2 % chez les 0-9 ans et de -1,3 % chez les 10-19. Dans toutes les tranches d’âges, le taux de positivité ne fait que diminuer depuis le pic de la troisième vague à la mi-avril. Si la prudence est mère de sûreté, les indicateurs restent au vert en Belgique.

Réforme des rythmes scolaires: la CSC-Enseignement exprime ses inquiétudes

Parmi les réformes, les début et fin des cours: les 900.000 élèves francophones rentreront à l’école, non plus le 1er septembre 2022, mais bien le 29 août.
Parmi les réformes, les début et fin des cours: les 900.000 élèves francophones rentreront à l’école, non plus le 1er septembre 2022, mais bien le 29 août. - Belga.

Nous sommes surpris par cette réforme qui ne correspond pas à ce que nous avions privilégié. » Le secrétaire général de la CSC-Enseignement, Roland Lahaye ne cache pas son étonnement face à la réforme des rythmes scolaires annuels telle que proposée par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Lors d’une réunion avec les acteurs du Pacte d’excellence, nous avions abouti à un scénario différent. A savoir