COP25: un échec pour le multilatéralisme et pour le climat

COP25 à Madrid
COP25 à Madrid - AFP

ANALYSE

Malgré l’accord arraché dimanche en début d’après-midi après les plus longues négociations de l’histoire et les commentaires orientés qu’en feront les uns et les autres, la COP25 a jeté un terrible voile d’ombre sur le processus des négociations climatiques internationales. « Tiempo de actuar », proclamait le slogan du sommet : « Il est temps d’agir »… Jamais expression aura été aussi mal payée par les faits. En réalité, entièrement mobilisée à faire du « damage control », la COP25 a fait resurgir tous les maux qu’un peu naïvement on croyait enfouis depuis l’accord de Paris.

Car sous les objectifs ambitieux acceptés par tous en 2015 – limiter la hausse de la température bien en dessous de 2ºC par rapport à l’ère préindustrielle et de poursuivre les efforts pour rester sous 1,5ºC – l’accord recelait de nombreuses faiblesses comme autant de chausse-trappes. On les connaissait, à peine l’encre de Paris avait-elle séché. A Madrid, elles ont éclaté au grand jour. Derrière une façade sympathique, survendue par les partisans de l’ambition climatique, Paris couvait les germes de son propre affaiblissement. Des règles d’application floues, des échappatoires, des ambiguïtés jugées « constructives » à l’époque, mais qui s’avèrent destructives aujourd’hui. Le seul exemple des marchés du carbone grâce auxquels certains pays voient un moyen d’échapper à leurs engagements est frappant. A Madrid, on a évité le pire. Mais le sujet reviendra empoisonner le prochain sommet à Glasgow en novembre 2020.

En période de tensions, la fameuse méthode « bottom up » partant de la base, tant chérie par la communauté internationale depuis l’accord de Paris, se résume à l’alignement de mauvaises volontés et tourne à l’enlisement.

Des positions cent fois exprimées, des termes âprement débattus, des principes déjà inlassablement négociés sont ainsi revenus sur la table à Madrid, comme si rien ne s’était passé en quatre ans – voire en plus de vingt ans. C’est comme si tout s’était figé : comme si les rapports scientifiques de plus en plus inquiétants ne tombaient pas aussi régulièrement et aussi brutalement que la pluie sur les vallées cévenoles. Comme si « Mère nature » n’exprimait pas de plus en plus violemment ses réactions aux outrages qu’on lui fait subir.

Chaque année, les experts et les organisations internationales redisent les évidences : il faut beaucoup plus diminuer les émissions de gaz à effet de serre si l’on veut éviter le pire des dérèglements et, pour cela, l’essentiel des énergies fossiles doit rester sous terre. Mais le monde continue à tergiverser en se mettant la tête sous le sable. Malgré l’objectif ambitieux pour le long terme coulé dans l’accord de Paris, personne ne peut aujourd’hui forcer personne à faire quoi que ce soit pour y arriver. On tourne donc sur les mêmes divisions sclérosées et les mêmes débats. Un petit jeu dans lequel les gouvernements climatosceptiques en place au Brésil, aux Etats-Unis, en Australie et en Arabie saoudite disposent d’un avantage évident.

La COP26 de Glasgow début novembre 2020 va-t-elle pouvoir remettre la machine en route ? Vu ce qui s’est passé à Madrid, il est très probable qu’on aille au-devant de sérieuses déconvenues. L’Europe présentera sans doute un objectif rehaussé – il passera de -40 % d’émissions en 2030 par rapport à 1990 à -50, voire -55 %. Cela met presque les 28 sur les rails de l’accord de Paris. Avec « l’unanimité » des chefs d’État sur la neutralité carbone en 2050 et le projet de Green Deal, l’Union européenne fait sa part du job. Des dizaines d’autres pays feront de même, mais tous ensemble, ils ne pèsent que 10,5 % des émissions mondiales et à Madrid, les annonces européennes n’ont suscité aucune émulation. Aucune autre grande puissance n’a embrayé.

Avant la COP de Glasgow, quelques pays relèveront bien leur propre objectif. Mais sans doute pas ou trop peu dans le chef des principaux émetteurs (Chine, États-Unis, Inde). Résultat : le fossé entre les engagements et les objectifs se réduira peut-être mais il restera béant. Or, Paris ne prévoit de revoir les objectifs des États que tous les cinq ans. Que de temps perdu. Glasgow pourrait bien déboucher sur le constat qu’on s’est tellement éloigné de la trajectoire de 1,5ºC, voire de 2ºC et que les progrès risqueront d’être tellement pelliculaires entre 2020 et 2025, que ces objectifs sont désormais hors d’atteinte.

Certes, on peut se réjouir des mobilisations populaires : les Greta Thunberg, Jeunes pour le climat, Extinction Rebellion ou coalitions climat, partout dans le monde. Mais Madrid a montré ceci : si puissante et mobilisée soit-elle, la voix de la rue ne porte pas jusqu’aux salles où s’affrontent négociateurs et politiques. Si on n’assiste donc pas à un essoufflement des déprimés, ce constat pourrait déboucher sur une radicalisation des plus convaincus et des plus inquiets. « Comment vendre à mouvement qui attend du concret des conclusions qui sont totalement à l’opposé ?, s’interroge un expert. Il y a une abstraction totale, un décalage gigantesque ».

Aux côtés de la Chine, les Européens pourraient-ils reprendre le flambeau abandonné par Washington après Paris ? Certains l’espèrent. Le sommet entre l’Union et la Chine à Leipzig en septembre 2020 sera truffé de points conflictuels autour du commerce et des investissements. Peut-on y inclure le climat, un sujet de nature à booster la coopération, en ouvrant cette alliance à d’autres blocs de pays ambitieux (les petites îles, les pays les moins avancés…) ? Cela sue la méthode Coué. Rien à la COP25 n’a montré que l’esprit de coopération souffle actuellement à Pékin. Au contraire : de l’avis général, les Chinois sont apparus « très rigides ».

L’espoir réside-t-il dans le basculement d’une partie de plus en plus importante des entreprises et de la finance dans un nouveau modèle énergétique qui rayerait la civilisation fossile de la carte du monde ? À la faveur de l’effondrement du prix des renouvelables, les progrès sont indéniables. Ils vont se poursuivre. Encore faut-il qu’ils soient suffisamment rapides et radicaux et que la puissance publique vienne en soutien. Avec des objectifs et des mesures concrètes.

Et la Belgique dans tout cela ? Il a fallu que nos quatre ministres du Climat viennent à Madrid pour se rencontrer pour la première fois… Sous la pression du timing européen, ils ont (presque) bouclé le plan national énergie-climat, même s’il reste des arbitrages sur le point délicat des biocarburants à l’agenda du comité de concertation du 18 décembre. On le sait, en raison de la frilosité flamande, les mesures qu’il contient sont insuffisantes pour atteindre nos objectifs pour 2030 en réduction de gaz à effet de serre et en énergies renouvelables. « Ça se voit comme le nez au milieu de la figure », explique un proche du dossier. Mais au moins, le calendrier a été tenu. Et, malgré l’une ou l’autre prise de bec, un contact plutôt bon est noué entre les responsables politiques. On se réjouit comme on peut.

Sabine Laruelle (MR): «PS et N-VA doivent tomber les masques»

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Il est temps maintenant d’arrêter les postures disant qu’on veut bien négocier mais qu’on ne négocie pas réellement.
» © Mathieu Golinvaux.
« Il est temps maintenant d’arrêter les postures disant qu’on veut bien négocier mais qu’on ne négocie pas réellement. » © Mathieu Golinvaux.

ENTRETIEN

Sérénité ! Sabine Laruelle (MR) en fait son leitmotiv. C’est au nom de l’apaisement que, vendredi, la présidente du Sénat a reporté le vote sur la nomination de Zakia Khattabi (Ecolo) à la Cour constitutionnelle. Un calme de courte durée puisque samedi, David Clarinval (MR), vice-Premier ministre d’un gouvernement en affaires courantes, a troublé un peu plus le jeu fédéral en déclarant dans La Libre de ce week-end que les options se limitaient désormais à l’arc-en-ciel élargi au CD&V ou de nouvelles élections. Une sortie vite recadrée par un communiqué aux allures de démenti. Avec en toile de fond, l’attitude de la N-VA.

Les attaques contre Zakia Khattabi vous ont contrainte à reporter le vote, vendredi…

Je ne pouvais pas laisser passer les campagnes ad hominem, du type de celles qui ont été menées en Flandre, avec la photo de Mme Khattabi sur les réseaux sociaux. A un moment donné, il faut respecter et la personne, et l’institution. C’est quand même la Cour constitutionnelle. J’ai donc souhaité reporter le vote, ce qui a été accepté à la toute grande majorité, à l’exception de la N-VA et du Vlaams Belang. Il fallait que chacun reprenne ses esprits.

D’autant que cette campagne a eu pour effet que toute critique à l’égard de cette candidature apparaissait comme faisant le jeu de la N-VA et du Vlaams Belang…

Exactement. Et très franchement, sans faire du communautaire, si une campagne de ce type-là avait été menée contre un candidat néerlandophone, je me demande comment auraient réagi la N-VA et le Vlaams Belang.

La N-VA qui vote avec le Belang et qui adopte des postures ou des slogans fort proches, cela vous inquiète ?

Je n’apprécie évidemment pas les sorties de Bart De Wever avec son dentifrice et ce qu’il dit à chaque fois sur les francophones. Mais il y a aussi tout un positionnement de ce parti qui est démocratique. Et en voyant ces caricatures de part et d’autre, avec aussi certains francophones qui présentent les Flamands comme étant tous racistes et d’extrême droite, je me dis que le Sénat demain, même s’il est appelé à évoluer, a toute sa raison d’être. Il faudra peut-être en faire un endroit où on continue à se connaître entre personnes des différentes communautés et à s’informer de nos situations respectives et des politiques que l’on mène dans le cadre de compétences qui sont parfois régionalisées depuis les années 90. Prenez les « neets », ces jeunes sans diplôme qui ne sont ni à l’emploi, ni en formation. J’aimerais savoir quelle est la situation en Flandre, quelles mesures ont été prises pour quels résultats. A Bruxelles, en Wallonie et en Communauté germanophone, la situation est différente. Ces échanges permettraient peut-être aux députés régionaux de se nourrir de ce qui se fait ailleurs puis de retourner dans leur parlement d’origine pour déposer des propositions de décret. Car cette méconnaissance de l’autre est quand même interpellante. Il faut donc continuer à faire un pas vers l’autre. Et ça, c’est la même chose pour la formation du gouvernement fédéral.

On ne semble pas aller vers ça si l’on en juge par le sondage publié ce samedi dans nos colonnes…

Ce sondage doit en tout cas démontrer à tous les démocrates des deux communautés, et principalement aux deux formations politiques qui sont premières dans leur communauté, qu’il est temps maintenant d’arrêter les postures disant qu’on veut bien négocier mais qu’on ne négocie pas réellement, que les uns sont dangereux et que les autres font de la bouillie.

Derrière les discours, n’y a-t-il pas le constat que les programmes du PS et de la N-VA sont incompatibles ?

En quoi ? Il faut enlever les masques. Est-ce que M. De Wever et M. Magnette veulent bien négocier ensemble et voir s’il y a des convergences possibles entre leurs partis ? On n’est jamais arrivé jusque-là. Ces deux partis disent tout et son contraire. Mais veulent-ils essayer ? Quand vous avez reçu un mandat de l’électeur, que votre parti est le premier de votre communauté, votre première responsabilité six mois après les élections et un an après l’entrée du gouvernement en affaires courantes, c’est ou d’être clair, ou d’essayer réellement de négocier. Si le PS estime que la N-VA est un parti dangereux, qu’il dise qu’il ne négocie pas avec celui-ci.

C’est un peu ce qu’il sous-entend…

Mais il ne le dit pas. Il ne veut pas faire ce cadeau à M. De Wever. Or il faut clarifier la situation.

Samedi, David Clarinval disait qu’il ne restait que l’arc-en-ciel élargi au CD&V ou les élections…

Depuis, il a corrigé son propos. On n’en est pas là aujourd’hui. Le travail des deux informateurs, c’est de fermer des portes et d’obtenir des clarifications. Avançons sur le fond. Les gens nous ont élus pour trouver des solutions. Et c’est tout à fait possible. Alor, tombons les masques, pour qu’après cette mission d’information, on puisse passer à une mission de formation.

Anna Karina, première muse de Godard, ne chantera plus sous le soleil

Anna Karina, en 2018.
Anna Karina, en 2018. - AFP

En mai 2018, nous avions croisé la Marianne sensuelle de Pierrot le fou, borsalino blanc et veste rouge sur pantalon noir, sur la Croisette. Personne ne portait attention à cette élégante au visage pâle et aux yeux gris-bleu qui déambulait nonchalamment, icône d’un autre temps ayant toujours la grâce et une espièglerie au fond du regard. Elle avait souri au souvenir de ses 18 ans à Cannes, avait levé les yeux au ciel à l’évocation de son grand amour de jeunesse, l’insaisissable Jean-Luc Godard, avec qui elle avait été mariée, puis avait continué son chemin, nous laissant avec son baiser de jeunesse à Jean-Paul Belmondo dans Pierrot Le Fou, immortalisé par l’affiche de Cannes 2018, cinquante ans plus tard.

Mannequin d’origine danoise, de son vrai nom Hanne Karin Bayer, née le 22 septembre 1940 à Solbjerg et ayant débarqué à Paris à 17 ans, pour fuir une mère absente et un beau-père violent, Anna Karina est morte d’un cancer à 79 ans, dans la nuit de samedi à dimanche, dans un hôpital parisien. Quand on évoque son nom, on pense d’abord à Godard pour les films, à Gainsbourg pour la chanson avec « Sous le soleil exactement » ou encore à Philippe Katerine pour l’album Une histoire d’amour, réalisé en 2000.

On la revoit dans la fameuse danse de Bande à part, on craque pour son « Qu’est-ce que je peux faire ? » de Pierrot le fou, on se souvient de ses traits donnés à Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot. Icône de la Nouvelle Vague en devenant l’égérie de Godard, actrice magnifique chez Rivette, Fassbinder, Visconti, Cukor, Kris Marker, Agnès Varda, Roger Vadim, Volker Schlöndorff, elle a enchanté les années 60-70. Une époque qu’elle qualifiait de « plus cool » qu’aujourd’hui en expliquant : « On avait l’esprit de famille, on se démerdait avec peu, on n’avait pas de roulotte, on ne se prenait pas pour des stars. On ne se prenait pas au sérieux mais on faisait les choses sérieusement. »

En 1963, avec Jean-Luc Godard.

Forte personnalité, elle n’avait pas hésité à dire « non » à Jean-Luc Godard qui la voulait dans A bout de souffle. En 2011, alors qu’elle était marraine du Festival d’amour de Mons, elle nous avait confié : « Jean-Luc voulait que je me dénude. Il m’avait vu dans la pub pour le savon Palmolive… J’ai refusé. Avec raison. Sans ça, je n’aurais pas eu les autres rôles. Et le prix d’interprétation à Berlin pour Une femme est une femme qui a ouvert ma carrière. » Godard, qui craque pour elle sur le tournage du Petit soldat, en fera sa muse et sa femme. Ils se marieront en 1961 et divorceront en 1967. Le temps de tourner sept films ensemble donc, effectivement le très marquant Une femme est une femme dans lequel il y a cette réplique culte qui résume le film et dit beaucoup de son époque : « Angela, tu es infâme. – Non, répond-elle, je suis une femme. » Elle enregistre sa première chanson tirée du film, La chanson d’Angela, sur une musique de Michel Legrand et des paroles de Jean-Luc Godard qui commençaient par : « Tout le monde est fou de moi/ Ce n’est pas compliqué/ Voilà la vérité/J’ai des très jolis seins/Des yeux d’améthyste/Un tout petit col marin/Et un slip de batiste… »

Personnalité singulière

Anna Karina avait aussi tourné deux films avec notre compatriote André Delvaux dont Rendez-vous à Bray. Lors de notre rencontre montoise, elle avait évoqué ce moment avec beaucoup de tendresse. « Le plateau était à 80 kilomètres de Paris. C’était l’hiver, il neigeait et chaque soir, je jouais au théâtre. J’avais la trouille d’être en retard car André disait : “Encore un petit plan Anna”. Je ne pouvais pas refuser, c’était Delvaux, un maître. »

En 2008, elle fait sa dernière apparition au cinéma avec Victoria, un road movie qu’elle réalise et joue sur une musique de Philippe Katerine. En 2018, une compil de ses chansons extraites des films Une femme est une femme, Pierrot le Fou, Anna, Last song, de l’albumUne histoire d’amour et ainsi que plusieurs chansons inédites, sort sous le titre Je suis une aventurière. Un titre évocateur pour cette personnalité singulière dans le cinéma français, figure féminine majeure de la Nouvelle Vague et du cinéma de Godard, icône des sixties ayant merveilleusement utilisé sa fragilité à fleur de peau. Car c’est bien cette image-là qui restera d’elle dans la mémoire des cinéphiles même si elle partagea sa carrière entre cinéma, théâtre, romans et chansons.

Il est grand temps de lâcher Windows 7

C’est en juillet 2009 qu’est sorti Windows 7. Il s’est bien vite imposé de le monde des systèmes d’exploitation contrairement à Windows Vista, son aîné qui avait peiné à convaincre. © EPA.
C’est en juillet 2009 qu’est sorti Windows 7. Il s’est bien vite imposé de le monde des systèmes d’exploitation contrairement à Windows Vista, son aîné qui avait peiné à convaincre. © EPA.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Après plus de dix ans de bons et loyaux services, Microsoft va débrancher la prise de Windows 7 le 14 janvier prochain. Ces dernières semaines, Microsoft a multiplié les alertes sur les PC concernés et diffusera massivement le 15 janvier une ultime notification qui prendra tout l’écran pour conseiller à ses utilisateurs de migrer vers Windows 10.

Le géant de l’informatique a raison d’insister ; si les ordinateurs continueront bien entendu à s’allumer et à fonctionner normalement, le système d’exploitation ne sera plus mis à jour. Et c’est la raison pour laquelle il faut arrêter de l’utiliser dès que possible. « Dans l’esprit de beaucoup d’utilisateurs, les mises à jour des logiciels servent à corriger les bugs », remarque Jean-Michel Dricot, professeur en cybersécurité à l’école polytechnique de l’ULB. « C’est assez vrai dans premier temps après le lancement du logiciel. En revanche, une fois les bugs corrigés, l’essentiel des mises à jour déploie des correctifs pour colmater les failles de sécurité. Et ce n’est pas parce que le logiciel est déjà âgé que toutes les failles ont été réparées. On en découvre encore régulièrement aujourd’hui. Toutes les failles que l’on pointera après le 14 janvier – et il y en aura – ne seront donc jamais corrigées, et le simple fait de surfer sur Internet, même avec un antivirus, comportera un risque. »

Cible de choix

« Ce sont les entreprises qui risquent le plus », estime Jean-Michel Dricot. « Les pirates auteurs d’attaques ont assez peu d’intérêt à cibler les particuliers. Idem pour les grosses sociétés qui sont généralement bien sécurisées. En revanche, les PME qui disposent d’un parc de machines vieillissantes sur un système d’exploitation obsolète constituent une cible de choix. Un seul ordinateur vulnérable, car resté sous Windows 7, et connecté aux autres peut être un point d’entrée pour des pirates dans l’ensemble du parc informatique. »

Microsoft propose aux entreprises une extension de support payante prolongeable jusqu’en 2023 pour assurer une transition plus douce. « Mais la solution la plus pérenne pour tout le monde, particuliers et entreprises, reste de basculer sa flotte vers un système d’exploitation plus récent. Non seulement c’est la solution la moins risquée, mais le basculement est inéluctable et conserver Windows 7 ne fait que retarder l’échéance. »

On pourrait penser que la plupart des utilisateurs de Windows sont à l’abri aujourd’hui et que plus grand monde n’utilise la version 7 mais, selon les dernières estimations, environ un tiers des ordinateurs en fonctionnement dans le monde l’utilisent encore. Et le PC sur lequel est écrite cette chronique en fait partie.

Vers la fin d’Explorer

Reste à savoir s’il vaut mieux acheter de nouveaux appareils déjà équipés de la dernière version de Windows ou acheter une licence à installer sur ses anciennes machines. Sur son site internet, Microsoft incite fortement à renouveler son équipement. Théoriquement, Windows 10 n’est pas extrêmement gourmand et peut être installé sur des ordinateurs relativement modestes. « Mais les composants informatiques ont pas mal évolué ces dernières années », note Jean-Michel Dricot. « L’achat d’un ordinateur plus récent permet de s’assurer de la compatibilité de ces derniers avec les fonctionnalités plus récentes de Windows 10. De la même manière, les logiciels d’aujourd’hui sont avant tout pensés pour le matériel récent. Installer cette nouvelle version avec une clé USB peut redonner un peu de fraîcheur à une vieille machine mais elle ne fera pas de miracle. »

La fin du support de Windows 7 signifie aussi peu ou prou la fin d’Internet Explorer, l’emblématique navigateur Web de Microsoft que beaucoup ont adoré détester. Inclus de base dans Windows 7 mais délaissé au profit d’Edge dans Windows 10, il devrait, lui aussi, prendre une retraite bien méritée.

A Bastogne, le 75e anniversaire passe par la réconciliation entre vétérans américains et allemand

Le 75ème anniversaire de la Bataille des Ardennes a été dense à souhait, et la foule a répondu présent, même si les conditions climatiques de samedi furent pénibles. Mais chaque activité a vraiment attiré du monde, voire beaucoup de monde, come le spectacle son et lumière samedi soir, ou le défilé des véhicules d’époque ce dimanche après-midi.

Samedi matin, les commémorations avaient démarré fort, riches en émotions. Le Bastogne Barracks, la caserne où Mc Auliffe, général de la 101ème Airborne, a lancé son historique « nuts » en décembre 44, grouille de monde. Des visiteurs, des reconstituteurs, des militaires, des officiels, et… des vétérans, bien sûr. Mais dans un hall un peu frisquet, avec comme décor une volée de matériel militaire d’époque, les responsables du War Heritage Institute mettent en avant une partie de la trentaine de vétérans qui sont revenus sur la terre de leurs combats. Et grande première à Bastogne, voilà sept vétérans américains qui se retrouvent à côté d’un vétéran de la Wehrmacht, qui a dirigé une compagnie conduisant les fameux chars Tiger, précisément dans les alentours de Bastogne.

Respect à la 101e Airborne

Mais l’animosité d’hier a fait place depuis longtemps au respect, à la fraternité, au pardon. Pas à l’oubli, car chacun sait ce qu’il a enduré durant ces combats inouïs. Ils avaient 18, 19, 20, 21 ans à l’époque. Aujourd’hui, ils rigolent entre eux. J’ai 95 ans. Moi, 94. Et moi, 95, dit le Dr Jurgen Tegethoff, le vétéran allemand au fameux parcours. Lieutenant en 1942, il est envoyé en 43 sur le front de l’Est, est plusieurs fois blessé. Il est transféré dans un hôpital de Paderborn durant l’été 44. Il ne sait pas ce qui l’attend. En novembre 44, il rejoint le front occidental et débarque en Ardenne le 16 décembre pour diriger une compagnie de tankistes, jusqu’au 15 janvier. En avril 45, il sera fait prisonnier lors de la bataille de l’encerclement de la Ruhr, par les forces américaines. En 50, il devient docteur en droit, est juge dans la foulée puis ministre fédéral de la Défense en 1957.

« Je rends hommage à la bravoure de tous les combattants, et notamment à ceux de la 101ème Airborne. Je suis heureux d’être ici, de rencontrer des ais, je suis surpris de l’accueil des Américains et des Belges. J’espère que cette amitié se prolongera désormais longtemps. Et qu’on n’oubliera rien ! »

« Mes ennemis, les Allemands et le froid »

Assis à ses côtés, Victor Cross et Jack Stitzinger de la 87th Infantry Div, David Bailey de la 106th Infantry Div, et leurs collègues d’arme, écoutent. Eux aussi ont de la compassion. Victor Cross ne cache pas qu’ils avaient à l’époque « deux ennemis, les Allemands et… le froid ». Mais lui a combattu du côté de St-Vith. Jack Stitzinger n’a pas perdu son humour. « J’ai un nom… allemand, glisse-t-il. Mais c’est la première fois que je rencontre un vétéran allemand ! C’est comme cela. » Pour David Bailey, son meilleur souvenir de cette terrible bataille fut… « le retour au pays. Revoir ma famille ! »

Le noyer de la fraternité

Dans un froid piquant, venteux et humide, ces nonagénaires ont ensemble planté un noyer, l’arbre symbole de cette bataille des Ardennes, lié au fameux « nuts » de McAuliffe même si l’argot américain veut dire bien autre chose…

Six gendarmes du renseignement européens, dont la Belgique, forment une alliance

Serge Lipszyc, président du Comité R, souhaite garantir les droits des citoyens sans pour autant entraver le travail des agences de renseignement. © Belga.
Serge Lipszyc, président du Comité R, souhaite garantir les droits des citoyens sans pour autant entraver le travail des agences de renseignement. © Belga.

Ils sont six à signer la charte. Six organes de contrôle des services de renseignement de pays différents étaient réunis jeudi à La Haye (Pays-Bas), afin de poser les bases d’une coopération accrue. Les institutions du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de Suisse, de Norvège, du Danemark et de Belgique ont adhéré au texte fondant un « Groupe de travail du contrôle du renseignement ». Ces six États ont en commun d’avoir instauré des organes de surveillance de leurs « 007 » respectifs assez semblables. A savoir ? Des institutions indépendantes rendant compte en premier lieu à leurs parlements.

Notre royaume était logiquement représenté par le président du Comité permanent R, Serge Lipszyc. Le Comité est chargé en Belgique de contrôler les activités de deux agences : la Sûreté de l’État (les renseignements civils) et du Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS, militaire). « L’objectif du groupe est de renforcer la confiance des citoyens en leurs agences de renseignement en garantissant une plus grande transparence. In fine nous voulons renforcer la collaboration entre nos services de renseignement, y compris sur des dossiers particuliers », détaille M. Lipszyc.

Le texte signé jeudi par les six patrons des organes de contrôle du renseignement comporte cinq objectifs. En résumé, il s’agit de renforcer la coopération, d’augmenter la transparence entre ces organes de contrôle, d’échanger savoirs et bonnes pratiques.

Souveraineté

Si des partenariats (et des échanges d’informations) plus ou moins formels existent de longue date entre services de renseignements eux-mêmes, cette alliance des gendarmes du contre-espionnage est une première en Europe. « Aujourd’hui les règles étatiques régissant les services ne sont pas les mêmes, les organes de contrôle (quand ils existent) n’ont pas les mêmes pouvoirs », constate Serge Lipszyc. Un exemple ? Certaines agences en Europe sont autorisées à effectuer des écoutes téléphoniques, d’autres pas. « Au risque que les agences qui ne le peuvent pas détournent la loi et aillent faire leur “shopping” ailleurs. » Le second risque coule de source : il est pour la vie privée des citoyens. « Si une information sur un individu est transmise d’un pays A à un pays B, le citoyen en question peut en subir les conséquences très concrètement (dans ses déplacements, sa recherche d’emploi…). Que l’information soit vraie… ou erronée. » D’où la proposition du Groupe de travail : « Veiller au bon fonctionnement des services tout en garantissant les droits des citoyens à la vie privée ». Des défis pas minces, qui concernent un monde « complexe et secret », celui des renseignements. Et à l’heure du big data et de l’intelligence artificielle.

« A terme », déclare le patron du Comité R, « notre intention est de pouvoir travailler sur des dossiers d’enquête précis, comme lorsque nous sommes saisis d’une plainte par exemple. » Il précise : « Sans intenter à la souveraineté des États, mais en permettant le travail sur une enquête de deux organes de contrôle de pays différents. » Avant cela, il faudra convaincre les pouvoirs publics de les y autoriser.

Lettre d’Europe: l’affaire Dreyfus ne prendra jamais fin

Une scène de «
J’accuse
», de Roman Polanski.
Une scène de « J’accuse », de Roman Polanski. - DR

Il y aurait pu ne pas y avoir d’affaire Dreyfus, ou du moins, cela aurait pu rester une injustice réparée et oubliée depuis longtemps. Le nouveau film de Roman Polanski, dont le succès en salle est énorme, a remis au goût du jour ce scandale qui avait secoué la France. Il s’agit du procès d’un militaire juif injustement condamné pour espionnage en 1894. Le personnage principal du film, comme celui du roman de Robert Harris An officer and a Spy , dont il s’inspire, est le colonel Georges Picquart, un officier devenu ministre qui n’a jamais caché son antisémitisme.

Réfugié alsacien à Paris suite à la perte de ces territoires après la défaite de la France lors de la guerre franco-prussienne de 1870, Picquart vivait dans un monde pétri de haine et de peur – deux sentiments qui se rejoignent souvent – des étrangers et des juifs. Dreyfus était les deux : bien qu’il soit lui aussi d’origine alsacienne et donc parfaitement français, sa religion faisait de lui un étranger et il parlait le français avec un léger accent allemand. Il était donc suspecté d’espionner pour Berlin. Picquart, chrétien d’Alsace était quant à lui tout de suite perçu comme un patriote réfugié.

Mais Picquart a fait fi de tous ses préjugés lorsqu’il a découvert, après avoir été nommé chef du service secret militaire français, que Dreyfus était innocent et que l’écriture de la lettre qui le condamnait ne pouvait être la sienne. Son premier réflexe a été de protéger les institutions avant de chercher à libérer un innocent. Il a cru qu’en racontant ce qu’il savait, l’armée réagirait et réhabiliterait le capitaine Dreyfus, lui rendant son grade et son honneur. Il aurait sauvé ainsi son propre honneur. Mais le haut commandement a cherché avant tout à occulter la vérité, à l’étouffer sous des amas de mensonges et de propagande que nous appellerions aujourd’hui des fake news. S’ils avaient écouté Picquart à ce moment-là, il n’y aurait pas eu d’affaire Dreyfus, Émile Zola n’aurait jamais écrit J’accuse et elle ne serait pas devenue une affaire d’État qui a miné la démocratie et les institutions françaises, envenimé et divisé la société jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.

Dissimuler la saleté par plus de saleté

Il s’agit d’un mal qui n’a ensuite cessé de secouer l’Europe : au lieu de nettoyer les écuries d’Augias, certains représentants politiques et personnalités publiques pensent pouvoir dissimuler la saleté sous encore plus de saleté au point que certains scandales deviennent de véritables godzillas . D’autres n’hésitent pas à diviser la société, parfois de façon irréversible, afin de tenter d’occulter leur responsabilité ou de mobiliser leurs partisans.

Après avoir vu le film de Polanski et lu au sujet de cette affaire – le fameux rapport Jean-Denis Bredin ; le livre de Harris, un grand enquêteur et écrivain ; les écrits de Zola ou l’essai The soul of France , de Frederick Brown –, on est frappé par l’ampleur des répercussions qu’a toujours ce funeste scandale. La première à s’apercevoir que l’affaire Dreyfus ne prendrait jamais fin fut Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme , publié pour la première fois à la fin des années quarante, dans lequel elle a écrit : « L’ affaire a survécu et continue d’avoir des répercussions politiques, car deux de ses éléments ont gagné en importance au cours du XXe siècle. Le premier est la haine des juifs ; le deuxième est la méfiance envers la République elle-même, le Parlement et la machinerie étatique ».

En Europe, après l’holocauste, l’antisémitisme est resté un problème prégnant. Et au XXIe siècle, de nombreux juifs vivent toujours sous une menace constante dans de nombreux pays, tant et si bien que beaucoup préfèrent ne pas porter la kippa dans la rue de peur de se faire agresser. Les partis nationalistes et d’extrême droite, du parti Fidez de Victor Orban au parti espagnol Vox, nourrissent la même obsession pour Georges Soros, tenant des discours sur « le riche juif qui domine le monde » ce qui nous rappelle ce que pensaient les antidreyfusards qui criaient « mort aux juifs » dans la rue. Sortir la carte de la xénophobie pour gagner des voix est à l’ordre du jour, tout comme l’insolence dont certains dirigeants font preuve, préférant ébranler les institutions plutôt que reconnaître leurs propres responsabilités. À l’époque, tout comme aujourd’hui, la presse a joué un rôle majeur pour dénicher et révéler la vérité, mais aussi pour fomenter la haine et diviser.

Mais l’affaire Dreyfus, plus de 100 ans après la réhabilitation et l’acquittement du capitaine, devait surtout servir de mise en garde contre ce qui se passe lorsque l’on cultive et attise la haine, lorsque l’on essaie de combattre des sociétés où les cultures et les religions se mélangent inévitablement et lorsque l’on est toujours en quête de coupables. L’écrivain français George Bernanos a soutenu que l’affaire Dreyfus a révélé des « passions irrépressibles et des appels à la haine », un dangereux cocktail, presque mortel, auquel on assiste à nouveau aujourd’hui. Exactement comme si le XXe siècle n’avait jamais eu lieu.

Les sardines envahissent Rome et sa place Saint-Jean, Everest de la politique italienne

Les sardines envahissent Rome et sa place Saint-Jean, Everest de la politique italienne
Reuters.

Combien étaient-elles : 100.000 ? 200.000 ? Difficile à dire mais les sardines ont atteint l’objectif ambitieux de remplir, samedi 14 décembre, la place Saint-Jean à Rome. L’immense place de la basilique du pape à Rome est en effet un Everest de la politique italienne. Seules les formations capables de mobiliser les grandes foules osent l’affronter. C’est là que le Parti communiste d’Enrico Berlinguer organisait ses meetings océaniques. Silvio Berlusconi ne la convoqua qu’une seule fois, alors qu’il était au sommet de sa popularité. En la remplissant en 2014, le Mouvement 5 Etoiles démontra qu’il était devenu un poids lourd de la politique transalpine.

Dessins d’enfants ou collages représentant une sardine épinglés aux manteaux, des milliers de Romains ont donc envahi sous un soleil radieux la place symbolique de la politique italienne. Si quelques slogans étaient liés à l’agenda politique – « sardines anticapitalistes », « Sardines pour la défense des retraites », « sardines pour l’immigration » –, les manifestants affichaient en majorité des messages ironiques. Ainsi, une dame âgée avait écrit sur un carton : « C’est avec les vieilles sardines qu’on fait les meilleures soupes de poissons ». Les orateurs n’étaient pas sur une scène géante mais sur un petit camion comme dans une fête de village. Un message clair : l’important n’est pas la structure mais les individus qui choisissent de se réunir sur une place.

Davantage que les discours politiques, ce sont d’ailleurs les notes de « Bella Ciao », la chanson des partisans, qui faisait vibrer une foule de jeunes, de moins jeunes et de familles réunis contre le populisme de Matteo Salvini. « Salvini est un danger pour l’Italie, pour l’Europe et pour les migrants, affirme Nicola du haut de ses 19 ans. Il est encore plus dangereux depuis qu’il n’est plus au pouvoir parce qu’il est plus libre de distiller de la haine. Je voudrais pouvoir voter pour les sardines aux prochaines élections. » Grazia, une dame d’un certain âge, n’est pas une habituée des manifestations. « Pour moi, c’est la première fois, confie-t-elle. Depuis des mois, je voulais manifester mon dégoût de la dérive fasciste de mon pays mais je ne savais pas comment. Les sardines sont un miracle : 4 jeunes ont réussi à réveiller la conscience civile de tout un pays. Ils posent les questions, c’est à la politique de trouver les réponses. »

La politique institutionnelle, même celle qui s’oppose à Matteo Salvini, avait choisi d’éviter la place Saint-Jean. Son dilemme est simple : comment profiter du mouvement sans paraître en contaminer la spontanéité. Elle se limite donc à envoyer des messages conciliants. « Les sardines sont sympathiques, je suis prêt à les rencontrer », a déclaré Giuseppe Conte, le président du conseil qui fût allié de Matteo Salvini et est aujourd’hui son plus ardent adversaire. Leader du parti démocrate, Nicola Zingaretti a remercié les sardines « d’avoir rendu Rome si belle » et leur a proposé « de changer ensemble l’Italie ». Même le Vatican, à travers les paroles du cardinal secrétaire d’état, Pietro Parolin, souligne « tout ce qu’il y a de positif dans ce mouvement ».

Figure charismatique du mouvement, Mattia Santori, se garde bien de répondre à ces appels de pieds. « Il est trop tôt pour rencontrer le Président du conseil, a-t-il déclaré place Saint-Jean.

Nous avons enregistré le nom du mouvement mais c’est pour ne pas être instrumentalisés par la politique ». Les sardines en restent donc à une série de principes éthiques : transparence dans l’utilisation des réseaux sociaux par les partis, refus de la violence, même verbale, dans le langage politique, lutte contre les fake news dans la presse, limitation de la communication des ministres aux canaux institutionnels. Santori préconise l’art, la culture, l’ironie, l’inclusion, la participation des minorités, les valeurs de l’antifascisme pour donner naissance à une nouvelle narration « qui abattra la bête du populisme. »

La tête dans les nuages, les sardines ont néanmoins les pieds bien sûr terre. Dimanche, à Rome, les représentants des 160 places qui se sont mobilisées dans la péninsule se réuniront pour se doter d’une structure organisationnelle. Une ébauche de parti politique ? « Non, s’insurge Stephen Ogongo, l’organisateur de la manifestation de Rome. Nous sommes nés il y a un mois. Nous sommes comme un bébé. On ne peut pas nous demander de marcher ou de courir immédiatement. Il faut nous laisser le temps de grandir. »

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Rome

75 ans de la bataille des Ardennes: pourquoi ce fut aussi la bataille des ponts

Aux éditions Weyrich, Hugues Wenkin et Christian Dujardin réexpliquent l’importance du front nord dans l’issue de la bataille des Ardennes. © Dominique Duchesnes.
Aux éditions Weyrich, Hugues Wenkin et Christian Dujardin réexpliquent l’importance du front nord dans l’issue de la bataille des Ardennes. © Dominique Duchesnes. - Dominique Duchesnes

REPORTAGE

Rien n’a changé depuis des siècles dans ce coin de Haute-Ardenne. Les collines boisées succèdent aux collines boisées. Et les fonds de vallées aux fonds de vallées. Dans cet enchevêtrement, la Salm, la Lienne, l’Amblève, bien que peu profondes, sont autant de barrières naturelles. Rien n’a changé si ce n’est ces « fox holes » (littéralement, des trous de renard) creusés dans la campagne par les soldats de la bataille. Si ce n’est aussi ces localités reconstruites à la hâte, sans véritable ligne architecturale, après les sanglants combats. Si ce n’est enfin la E42 qui, surfant aujourd’hui sur le paysage, semble faire un pied de nez aux dizaines de milliers de soldats embourbés ici dans la deuxième quinzaine de décembre 1944.

Nous sommes dans la région de Stavelot, à deux pas de ce qui fut un jour la frontière belgo-allemande. Hugues Wenkin et Christian Dujardin, passionnés d’histoire, fins connaisseurs de la Bataille des Ardennes et coauteurs, chez Weyrich, de l’ouvrage L’Echec aux Panzer (lire ci-contre) jouent les guides par monts et par vaux. Et par ponts ! Car les événements, dans cette région affectée à la 6e Armée de Dietrich, ramènent systématiquement aux ponts. « Les cours d’eau sont certes de taille modeste, mais les pluies d’automne en ont considérablement gonflé le débit. Or, qui tient les ponts tiendra les Ardennes. Les Américains le savent, Peiper aussi », explique Hugues Wenkin.

Les chars allemands, « des fardeaux »

Dans ces Ardennes-là, la 1re Division Panzer SS commandée par l’officier Joachim Peiper fait figure de fer de lance de la 6e Armée. Le groupe comprend 5.000 hommes, une centaine de chars d’assauts, des centaines de pièces d’artillerie, véhicules d’appui, camions logistiques… Une colonne de 25 km de long s’élance à travers l’Ardenne le 16 décembre à l’aube. Objectif : traverser la Meuse, à Huy. Elle n’y parviendra jamais. En partie à cause du matériel : « Un char Panther consomme 1.000 l aux 100 km, alors qu’un Sherman en consomme la moitié, il faut donc une sacrée logistique… Et puis, avec leurs 70 tonnes, ils sont trop lourds pour l’usage qu’on peut en faire en forêt, par temps de brouillard, sur des chemins de campagne… Dans une bataille comme celle-là, ce sont des fardeaux. » En partie aussi à cause de l’aviation alliée qui harcèle les colonnes logistiques. En partie enfin à cause des ponts, ces fameux ponts qu’il faut, selon les cas, ou bien garder intacts pour assurer la progression et celle de la logistique, ou bien détruire pour couper l’ennemi de ses bases arrières où voyagent carburants, réserves de munitions, ravitaillement…

Ainsi, à deux pas du pont de Ligneuville, entre Baugnez et Stavelot, un petit groupe de soldats US tire sur des éléments avancés de la colonne Peiper, mais ils ne font pas le poids et seront massacrés. « Parmi eux », détaille Christian Dujardin, « un Carter, un Johnson et un Lincoln… rien à voir avec les présidents américains du même nom mais la coïncidence est troublante. »

Stavelot, clé de la bataille

Direction Stavelot. A l’entrée de la cité médiévale, l’étroite route « de montagne » se faufile entre falaises et ravins. « L’endroit est idéal pour former un bouchon antichar », assure Hugues Wenkin. Quelques soldats alliés s’y emploieront : un véhicule blindé de reconnaissance dépêché par Peiper s’y cassera les dents… bloquant pour de longues heures le reste de la troupe en amont. Peiper finit par passer avec une partie de la colonne. Mais une partie seulement. S’engage alors à Stavelot une bataille entre Américains qui veulent à tout prix garder le pont sous contrôle et Allemands qui cherchent à rejoindre leur leader.

« Bastogne a été un symbole mais il ne faut jamais oublier que si l’héroïsme américain y a été possible, c’est parce que des frères d’armes ont tenu à Marche, à Hotton, à Trois-Ponts, à Stavelot… », analyse Hugues Wenkin. « Stavelot, précisément, devient la clef de la bataille dans cette région parce que son pont permettait de franchir l’Amblève, passage obligé pour ravitailler Peiper parti en direction de Huy. » Il n’y arrivera pas, parce que les heures perdues à Stavelot ont permis aux Américains de se positionner plus loin, à Trois-Ponts. « Comme son nom l’indique, il y a bien trois ponts… dont certains sauteront au nez et la barbe des panzers de Peiper. ».

Le scénario se répète à de nombreuses reprises… obligeant Peiper à chercher d’autres points de passage tout en consommant son précieux carburant. « Si les Américains n’avaient pas tenu à Stavelot – la bataille durera une semaine –, Peiper aurait pu être ravitaillé. Au contraire, il terminera sa course à La Gleize, à court de carburant, encerclé par les troupes américaines. Il abandonnera sa position de nuit, le 24 décembre, laissant ses véhicules sur place et traversant à pied des cours d’eau tumultueux. Faute de pont.

Drogue, viols et décès en série: rien ne va plus au royaume de la K-Pop

Le mémorial à Goo Hara.
Le mémorial à Goo Hara. - Chung Sung-Jun/Getty Images via Reuters

K-Pop, ton univers impitoyable. Le phénomène musical mondial, qui a déjà fait parler de lui ces derniers mois pour des affaires de drogue, prostitution et corruption, doit désormais faire face à une série de suicides de ses stars. Le dernier en date, Cha In Ha, acteur et chanteur du groupe Surprise U, a été retrouvé mort chez lui le 3 décembre. Le troisième en à peine deux mois.

Le premier, Kim Jong-Hyun, âgé de 27 ans, s’est donné la mort dans sa chambre d’hôtel de Séoul en décembre 2017. «  Je suis cassé de l’intérieur. La dépression qui me ronge doucement m’a finalement englouti tout entier  », révélait-il dans un message d’adieu. En octobre dernier, c’est la chanteuse Sulli qui était retrouvée morte à son domicile, quelques semaines après avoir dénoncé le cyberharcèlement dont elle était victime.

Le 24 novembre, Goo Hara, victime elle aussi de harcèlement en ligne et souffrant de dépression, a été retrouvée chez elle, sans vie. « D’après la scène et le témoignage de sa famille, il n’y a aucun signe d’un crime, du moins à l’heure actuelle », ont déclaré les autorités lors d’une conférence de presse. Une note «  très pessimiste  » rédigée par la chanteuse a été retrouvée sur une table du salon, alimentant la thèse du suicide. « La famille et les amis de Goo sont sous le choc en ce moment, alors nous demandons aux médias et aux fans de s’abstenir de visiter le site commémoratif, de répandre des rumeurs et de publier des reportages trompeurs », lit-on dans un communiqué publié au nom de l’agence de la star et relayé par The Korea Times. « S’il vous plaît, protégez les gens contre les commentaires de haine et les critiques qui se propagent comme un virus », demandent les auteurs d’une pétition sur le site du bureau du président sud-coréen, réclamant ainsi des sanctions contre les harceleurs.

Des abus sexuels souvent impunis

Depuis quelque temps, Goo Hara n’était plus sous le feu des projecteurs en raison d’un litige avec son ex-petit ami. L’homme avait menacé à maintes reprises de divulguer des photos et vidéos à caractère sexuel pour la faire chanter. Ils en étaient venus aux mains plusieurs fois et un procès avait été engagé. Fin août, Choi Jong Bum a finalement été condamné à un an et six mois de prison avec sursis pour trois ans de probation. «  Beaucoup de gens estiment toujours que les femmes non mariées ne doivent pas avoir de relations sexuelles », expliquait Lee Soo-yeon, chercheuse au Korean Women’s Development Institute. «  Le stigmate peut être encore plus important pour les personnes connues.  » Jusqu’à provoquer des drames ?

Connue pour son engagement pour les droits des femmes, Sulli (de son vrai nom Jin-ri) avait, peu avant sa mort, refusé de porter un soutien-gorge en public et avait fait l’objet de harcèlement en ligne. Dans une récente émission de télévision, elle avait fait part de son expérience de lutte contre le trouble panique et la phobie sociale. La maladie mentale reste une question taboue en Corée du Sud. Son franc-parler a trouvé un écho chez de nombreuses jeunes femmes sud-coréennes.

Concurrence impitoyable et harcèlement

Comment expliquer toute cette violence et cette lumière macabre portée sur les célébrités de la K-Pop ? Derrière l’image glamour des bands, il y a la concurrence impitoyable, la renonciation à toute vie privée, le harcèlement et une pression publique constante pour entretenir les apparences. Ces personnalités sont soumises à une forte pression du public et se doivent de conserver une image respectable. Elles représentent en effet le fer de lance culturel de l’économie sud-coréenne. Le gouvernement les soutient activement comme produit d’exportation, ce qui aggrave l’onde de choc suscitée par les scandales à répétition.

En mars dernier déjà, les stars du genre étaient devenues les parias de tout un pays en l’espace de quelques jours. D’abord visé en début d’année dans une enquête d’évasion fiscale et de trafic de drogue, le chanteur populaire Seungri avait été inculpé pour « incitation à la prostitution ». Après la publication par la chaîne de télévision SBS d’extraits de conversations privées, c’est son ami Jung Joon-young, leader d’un groupe de rock, qui s’était attiré les foudres de la population coréenne. L’affaire avait également révélé plusieurs cas de corruption au sein de la police. « Je reconnais tous mes crimes », déclarait Jung Joon-young dans une lettre d’excuse. « J’ai filmé des femmes sans leur consentement, j’ai partagé les images dans un chat et pendant que je faisais ça, je ne ressentais pas une grande culpabilité. »

Selon SBS, la conversation groupée dans laquelle il partageait les preuves de ses « conquêtes » réunissait huit membres, dont trois artistes hommes, parmi lesquels figuraient Seungri et le guitariste du groupe FT Island, Choi Jong-hun. « Comme si c’était normal, Jung Joon-young filmait les femmes et les traitait comme des objets », commente SBS. « Il prenait du plaisir à les filmer de manière illégale, tout en étant conscient du caractère criminel de ses actes. »

Après la publication de cette lettre d’excuses, l’agence de Jung Joon-young a annoncé dans un communiqué avoir rompu son contrat avec lui. Dans l’un des derniers extraits de sa correspondance divulgués par la chaîne, le chanteur encourage les autres membres du groupe à « se retrouver tous sur le Net, aller dans un club de strip-tease, et violer quelqu’un dans une voiture ». Dans un autre, alors que le membre « Kim » raconte avoir eu une relation sexuelle avec une femme après lui avoir donné des somnifères.

De forts soupçons de corruption policière

Selon l’avocat de Jung Joon-young, qui a été placé en détention le 21 mars dernier, une partie de la police sud-coréenne serait mêlée à cette affaire. Sans révéler les noms des agents de police présumés corrompus, il a admis avoir trouvé parmi les fichiers des éléments laissant penser que certains délits perpétrés par des membres du groupe auraient été étouffés en échange de sommes d’argent.

La corruption aurait déjà sauvé Jung Joon-young par le passé. En 2016 déjà, une ancienne petite amie portait plainte contre lui pour l’avoir filmée sans son accord lors d’actes sexuels. Mais l’enquête de police a été étouffée.

Ces scandales concernant les stars Seungri et Jung Joon-young sont liés à la très mauvaise réputation du club Burning Sun, dont Seungri était le directeur des relations publiques.

Cette onde de choc du printemps dernier se prolonge aujourd’hui à travers les morts de Sulli et Goo Hara. Elle expose au grand jour des agissements trop fréquents et souvent ignorés dans l’industrie sud-coréenne du divertissement. Sans oublier que la Corée du Sud est le pays avec le plus haut taux de suicide de l’OCDE depuis 2003. En 2016, plus de 13.000 Coréens ont mis fin à leurs jours, selon les plus récentes statistiques.

L’avocat d’Albert II sort du silence: «Il n’a jamais considéré Delphine comme sa fille»

Les avocats d’Albert II, Me Alain Berenboom et Me Guy Hiernaux
Les avocats d’Albert II, Me Alain Berenboom et Me Guy Hiernaux - Pierre-Yves Thienpont

Jusqu’ici, Me Alain Berenboom, avocat d’Albert II, se montrait très discret sur les arguments avancés pour défendre son royal client devant la justice. Pour la première fois, il accepte de nous répondre à ce sujet, réfutant point par point les éléments évoqués ci-contre pour expliquer l’attitude de l’ex-Roi dans cette « affaire Boël ».

Concernant un potentiel aveu de paternité : « Il n’existe pas le moindre témoignage attestant qu’Albert affirmait que Delphine était sa fille, nous assure-t-il. Aucun élément ne permet de penser qu’il ait confié à quelqu’un qu’elle était sa fille. Une seule lettre a été produite dans laquelle Albert demande “comment va notre petite ?”, ce qui n’est qu’une expression, pour parler de la fille de sa copine. Ce n’est pas un aveu de paternité. »

Sur le fait d’être une famille : « Ils ne vivaient pas ensemble ; quand Albert voyait Sybille, il ne voyait pas nécessairement Delphine. Il leur est arrivé de prendre des vacances ensemble, mais il y avait d’autres personnes et d’autres enfants sur le bateau à l’époque. Albert, Sybille et Delphine n’ont jamais formé une famille. D’ailleurs, la possession d’état n’a pas été reconnue pour Albert et Delphine par la Cour d’appel, mais bien pour Jacques et Delphine Boël. »

Sur la relation entre Albert et Delphine : « Albert n’a jamais considéré Delphine comme sa fille et n’a jamais vécu comme si elle était sa fille. C’est ce qu’il lui a dit au téléphone (en 2001, NDLR) : “Je ne te considère pas comme ma fille.” Il considérait qu’elle était la fille de Jacques Boël, comme Sybille l’avait voulu (à la naissance de Delphine, Sybille de Selys était mariée à Jacques Boël, qui a donné son nom à l’enfant, NDLR). A l’époque, Sybille l’assumait, Delphine l’assumait et Jacques Boël l’assumait. Et Delphine ne considérait pas non plus Albert comme son père. Jusqu’à ce que, à ses 17 ans, sa mère lui dise que c’était Albert son père. Ce qui n’a pas changé la relation. »

Sur le fait de « jouer la montre » : « Le roi Albert n’est pas maître du calendrier judiciaire. Hélas, si je puis dire. Il aurait préféré que tout ça aille beaucoup plus vite. Ce n’est pas agréable pour Delphine et Jacques Boël, mais pas non plus pour Albert, de traîner cette procédure depuis six ans. Ce n’est pas lui qui a joué la montre. Il a été mêlé malgré lui au premier volet contre Jacques Boël. »

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Les racines élémentaires de Pierre Wynants: «J’ai été viré de l’école, ça a été ma chance»

Les racines de Pierre Wynants sont place Rouppe, où la prodigieuse cave compte pas moins de 25.000 bouteilles. Son petit-fils Loïc y travaille en salle et comme sommelier.
Les racines de Pierre Wynants sont place Rouppe, où la prodigieuse cave compte pas moins de 25.000 bouteilles. Son petit-fils Loïc y travaille en salle et comme sommelier. - Pierre-Yves Thienpont

Entretien

Pierre Wynants est un monstre sacré de la gastronomie belge. C’est lui qui a été à la tête du célèbre Comme chez soi, situé place Rouppe à Bruxelles. Cette année, il fête ses 80 ans. Le Soir revient avec lui sur ses racines élémentaires.

Je ne serais pas devenu ce que je suis si… ?

Sans mes parents. J’ai l’amour de la bonne chère, alors je suis bien tombé avec eux ! Même quand ils étaient de sortie, je me faisais un petit quelque chose avec ce qu’il y avait dans le frigo. Et puis comme cela ne marchait pas très bien à l’école, mon père m’a changé en cours d’année pour me mettre à l’école hôtelière, au Ceria. Là, je suis tombé sur une bande de sorteurs. On brossait les cours pour aller jouer au kicker dans les cafés. Il faut dire aussi que les cours n’étaient pas très intéressants : on n’avait qu’une matinée de pratique où on faisait par exemple une soupe paysanne. A la fin de l’année, je n’avais pas mes points et suivant le règlement de l’école, j’ai été foutu à la porte. J’avais 14 ans. Ma chance, ça a été de passer directement au manuel sans passer par l’intellectuel.

Pourquoi ?

Parce que quand j’ai quitté le Ceria, je suis venu travailler avec mon père, qui n’était évidemment pas très content, en attendant une place dans un des deux grands restaurants de l’époque, le Savoy et le Carlton. Ce fut le Savoy où j’ai travaillé pendant trois ans et demi comme apprenti, auprès de Maixent Coudroy qui m’a appris toute la cuisine classique. Il y avait une grande brigade, on était 15 en cuisine et j’ai traversé le tout : petit commis, commis rôtisseur, commis entremets, commis poisson, puis pendant un an premier commis. Pour la petite histoire, à la fin de mon contrat d’apprentissage, je suis sorti premier ! Mais bon, peut-être aussi que les autres n’étaient pas bons, hein. En tout cas, c’est rigolo quand on sait que j’ai été mis dehors du Ceria parce qu’on ne m’estimait pas capable.

Vous aviez envie de faire de la cuisine ou il n’y avait pas le choix ?

C’était mon hobby. Je n’ai jamais dû choisir ou penser à la succession qui était faite ici avec les parents et les grands-parents.

On apprend auprès des chefs, en cuisine, davantage qu’à l’école ?

Oui, bien sûr, et c’est encore toujours la même chose. Tous les jeunes doivent faire l’école aujourd’hui parce qu’il faut connaître les paperasseries et l’administration, etc. Mais au niveau cuisine, ils ont évidemment une base mais ils ne connaissent rien dans le fond. C’est pour ça qu’après l’école hôtelière, on leur conseille d’aller faire des stages dans les grandes maisons.

Après l’apprentissage, que faites-vous ?

Mon service militaire. Puis je suis parti en Angleterre, au Kingsway Hotel, pour apprendre l’anglais et pouvoir répondre à la clientèle. Et puis j’ai travaillé chez Raymond Henrion, au Moulin Hideux (Noirfontaine). Il y a eu des spécialités qui viennent de là, comme la mousse de jambon. Pendant cinq ans, si on prend le service militaire, les stages et ainsi de suite, je n’ai pas pris de vacances. J’ai toujours profité un maximum de ce que je pouvais faire. Par après, j’ai été travailler à Paris, au Grand Véfour, auprès de Raymond Oliver. En août, c’était le mois de congé du Véfour et de tous les grands restaurants. Le seul qui restait ouvert, c’était la Tour d’argent. Alors, j’ai été travailler à la Tour d’argent, grâce à Raymond Oliver, qui connaissait bien Claude Terrail.

Qu’est-ce que vous avez appris là qui vous sert toujours aujourd’hui ?

Les bases. Je regrette qu’actuellement, on ne les utilise plus : les fonds de veau, les sauces bordelaise, béarnaise, hollandaise, toutes les sauces de poissons, fumets de poissons, etc. On n’emploie plus beaucoup ce genre de choses. Je suis pour l’évolution de la cuisine, mais je regrette qu’on oublie de parler de la cuisine ancienne. Parce qu’il y avait quand même de très bonnes choses. Et on ne peut pas l’oublier, sinon tout va se perdre. Pour manger une bonne blanquette, vous devez aller dans les brasseries, alors que ce sont quand même des plats extraordinaires ! Puis, on faisait les sauces. Le grand souvenir de la gastronomie se fait par le palais et par le goût des sauces. Qu’est-ce que vous trouvez encore dans votre assiette aujourd’hui ? Des petits points ! Vous ne savez même plus les goûter car il y en a tellement peu.

Qu’avez-vous apporté au Comme chez soi ?

Au fond, je suis de la troisième génération ici, mais la première génération de cuisinier. Car mon grand-père était un maître d’hôtel, mon père un boucher – ce qui m’a beaucoup servi car la découpe des viandes était très importante. Et moi, j’étais cuisinier, le premier de la série. Mon père faisait une grande cuisine démocratique, bourgeoise. Il a eu la première étoile en 1953 – c’était une tous les treize ans, la deuxième en 1966 et la troisième en 1979, six ans après le décès de mon père. Moi, j’ai apporté la cuisine classique, mais je n’ai pas voulu travailler d’une façon différente pour le souvenir de ce que mon père et mon grand-père faisaient. Ça plaisait. J’ai juste rajouté certaines choses.

En somme, vous ne seriez pas devenu ce que vous êtes si votre grand-père n’avait pas été maître d’hôtel ?

Oui, c’est lui, Georges Cuvelier, qui a lancé toute l’histoire. Il venait du Borinage, mais il ne voulait pas travailler dans la mine comme son père. Il a commencé comme aide voiturier dans un hôtel en face de la gare de Mons. Après ça, il a travaillé à Bruxelles, puis en Allemagne, en Angleterre, et il a fini à Anvers. C’est alors qu’il a rencontré son épouse, aussi une Cuvelier (mais qui n’était pas de la même famille, même si elle venait aussi du Borinage). Mais ma grand-mère ne se plaisait pas à Anvers, alors ils sont venus à Bruxelles où ils ont fini par ouvrir un petit restaurant, en 1926, au 136, boulevard Lemonnier. Ça s’appelait « Chez Georges ». C’était déjà un restaurant où la cuisine était ouverte. C’est de là qu’une cliente un jour a fait une réflexion : « Georges, chez toi, on mange comme chez soi. » C’est de là que c’est venu. Et on a gardé ce nom. C’était de la cuisine simple, il y a encore des menus de l’époque dans les livres sur le Comme chez soi.

Qu’est-ce qu’il y a encore aujourd’hui que vous diriez : ça c’est mon père/grand-père ? Qu’est-ce qui reste d’eux aujourd’hui ?

La sole mousseline au riesling, c’est mon grand-père. Et la sole Cardinal, mon père. Voilà. Et puis, il y avait aussi la saison des perdreaux, en septembre/octobre, qui était leur spécialité, avec les feuilles de vigne à la cuisson.

Vos parents ont donc repris l’affaire de vos grands-parents ? Comment s’est passée la transition ?

Ma mère travaillait au restaurant du boulevard Lemonnier et mon grand-père la prenait avec pour faire ses courses. Les fournisseurs à l’époque, ce n’était pas le marché matinal, il n’y en avait pas. Ils allaient donc au marché près de la place Sainte-Catherine. Et là, elle s’est amourachée d’un commis boucher qui venait de Tirlemont. Ils se marient, ils travaillent ensemble au restaurant du boulevard Lemonnier avec mes grands-parents. En 1936, comme mon grand-père était en fin de bail, il a trouvé une maison place Rouppe pour déplacer son restaurant. Et moi, je suis né trois ans plus tard.

Vous êtes donc né au Comme chez soi. La maison était-elle comme maintenant ?

Non, cela a beaucoup changé, on travaillait sur 78 ou 84 mètres carrés. La cuisine était très petite. J’ai connu six ou sept agrandissements de la cuisine, il faut voir ce qu’elle était par rapport à aujourd’hui.

La maison a grandi avec vous…

Mon père avait essayé trois ou quatre fois d’obtenir une maison ici, sur la place Rouppe. Quatre ou cinq mois après sa mort, en 1973, une première possibilité s’offre à nous, c’était le café ici à côté. On parvient à l’avoir et on a continué à avoir de la chance. Dans l’avenue de Stalingrad, il manque deux maisons, toutes les autres sont à nous, ce qui permet à Laurence et Lionel (sa fille et son beau-fils, qui ont repris le restaurant, NDLR) d’avoir une liaison directe avec leur appartement dans leur maison rue de la Roue. On a pu faire la cave, une ancienne réserve des pièces de rechange de Vanden Borre, qui était avant rue de Stalingrad.

L’histoire du Comme chez soi, ce sont finalement plusieurs histoires de couples, aussi.

C’est ce que j’ai toujours dit aux enfants : il faut bien choisir son conjoint. C’est la décision la plus importante de la vie. Parce qu’un couple qui ne s’entend pas ne peut pas travailler de la même façon que s’il y a une harmonie. Sans compter si on divorce, les frais…

Vous n’avez pas raté votre coup.

Non. Je touche du bois (rires). Moi, j’étais dans la cuisine, ma femme dans la salle. Elle avait beaucoup de feeling. Puis, on a été dans d’autres restaurants, on a pris des idées, on a vu comment ça fonctionnait. C’est une vie continuelle.

Je ne serais pas devenu ce que je suis sans Marie-Thérèse ?

Ah oui ! C’est elle la troisième étoile. Si elle n’avait pas été là, on n’aurait peut-être pas eu la troisième étoile. On l’a tenue pendant 27 ans, hein. Alors que maintenant, les guides et les étoiles, on ne sait pas… J’ai déjà demandé trois fois de rencontrer le grand directeur du Michelin pour dire ce qu’on pense, mais ils ne veulent rien savoir. Ma chance, c’est que ma femme m’a beaucoup aidé dans la vie. Avec les enfants, mais aussi les problèmes de la vie, comme quand j’ai eu un cancer de la gorge, il y a une quarantaine d’années. Pendant six mois, je n’ai plus rien goûté… On a dû retirer des dents, faire des rayons.

Qu’est-ce que vous reprochez au Michelin ?

On ne peut pas mettre sur un même pied les grands palaces parisiens où les chambres complètent le déficit du restaurant et des restaurants comme celui-ci. La grande cuisine belge, c’est plutôt une cuisine démocratique. Moi, ce qui me décourage dans ces trois étoiles à Paris, c’est que vous ne trouvez pas un plat en dessous de 100 €. Faut pas pousser la cuisine là où il ne faut pas.

Jeune homme, vous auriez repris le restaurant maintenant comme l’a fait votre beau-fils ?

Je pense. Parce que si je ne fais pas ça, qu’est-ce que je vais faire ?

Mais ce n’est pas facile de s’inscrire dans les pas de son prédécesseur. Votre beau-fils a dû faire sa place ?

Mon père aussi avait une notoriété. Il y avait des gens qui nous disaient quand on a repris que ce n’était plus la même chose. Naturellement, pour mon beau-fils en cuisine, ça a été plus difficile. Il a eu la chute de la troisième étoile (en 2006, NDLR), ma succession, les inconvénients du piétonnier, le grabuge en ville, la crise de 2008, tout ça ensemble. Mais enfin, je trouve qu’il a très bien repris la cuisine et qu’on mange aussi bien que dans un trois étoiles. Il travaille de façon plus raffinée que moi. Il soigne ses présentations. Il a eu la chance de par la réputation du restaurant de pouvoir faire des stages dans des grandes maisons. Il est allé chez Frédy Girardet (élu « cuisinier du siècle » en 1989 aux côtés de Paul Bocuse et Joël Robuchon, NDLR), à l’Auberge de Lille, chez Robuchon ou Lenôtre… Quand il a fait le tour de tout ça, il a trouvé que la cuisine d’ici était celle qui lui plaisait le plus.

Il y a des choses que vous lui dites de ne pas faire ?

Non. Si jamais je viens manger et qu’il y a quelque chose, je peux dire ci ou ça, mais c’est rare.

En plus de la salle et de la cuisine, on peut désormais aussi manger dans le cellier, devant les grands crus classés de la cave. Vous avez eu votre mot à dire ?

C’est-à-dire qu’au début, je ne trouvais pas l’idée très bonne… Je me disais que ça allait être compliqué pour le service. Mais finalement, je dois bien avouer que c’est très bien. C’est une table pour 12 couverts maximum. Ils ont appelé ça Riwyne, comme Rigolet et Wynants. Et c’est Loïc, mon petit-fils, qui fait le service comme sommelier ici. La cinquième génération.

Standard-Anderlecht: Sclessin, un enfer qui l’est encore plus pour les Mauves

Lors du dernier déplacement à Sclessin, les Anderlechtois avaient connu l’enfer avec un match arrêté après une demi-heure suite à la bêtise des supporters bruxellois.
Lors du dernier déplacement à Sclessin, les Anderlechtois avaient connu l’enfer avec un match arrêté après une demi-heure suite à la bêtise des supporters bruxellois. - Belga.

Pour ceux qui ont encore en souvenir les larges victoires bruxelloises en bord de Meuse (0-6 le 2 mai 1999 ou encore le 0-4 le 17 janvier 2010), la statistique est surprenante. Quand il rend visite à un club du G5, le Standard est le pire cauchemar d’Anderlecht et les Mauves sont la victime préférée des Rouches à Sclessin (« privilège » qu’ils doivent cependant partager avec le Racing Genk).

Certes, la dernière victoire anderlechtoise ne remonte pas au déluge (le 2 octobre 2016 et le but de Teodorcyzk dans le dernier quart d’heure) mais la réalité des chiffres est éclatante sur les 20 dernières confrontations en championnat (phase classique et Playoffs 1 entre les deux éternels rivaux) dans l’Enfer de Sclessin. Les Liégeois disposent-ils d’une formule magique... ou les joueurs du Sporting souffrent-ils inconsciemment d’un complexe dès qu’ils débarquent à la rue de la centrale ? Des (anciens) acteurs des deux camps donnent leur avis... d’experts.

« Le rôle du public est décsif »

Quand votre âge vous permet de remuer les souvenirs des Clasicos passés, le nom de Freddy Luyckx arrache à la fois un rictus de joie et une grimace amère aux supporters du Standard. Le back droit avait inscrit le seul but du match disputé le 16 février 1986 sur une pelouse gelée. Mais aurait-il pu se douter qu’il allait rester pendant un peu plus de quinze ans (jusqu’au 27 octobre 2001) le symbole d’une malédiction pour les Rouches ? Au regard de cette période de disette, le statut de « pire bourreau » des Mauves quand ils se déplacent chez un membre du G5 a de quoi interpeller. En vingt déplacements, seul le Racing Genk y a mordu aussi souvent la poussière qu’Anderlecht. Sclessin, l’enfer du Sporting, voilà de quoi étonner des anciens acteurs qui ont pourtant goûté au succès en bord de Meuse !

« Ah bon ? », s’interroge Philippe Léonard. « Sur mes années au Standard, j’ai juste dû gagner une seule fois ou deux, notamment une fois avec un but de Moreira et un auto-but (NDLR : Juhasz)… »

« C’est à la fois surprenant… et pas tout à fait », souligne Éric Van Meir. « Le Standard est traditionnellement fort dans son stade, comme l’indiquent encore ses statistiques cette saison avec 7 victoires, 1 partage et 1 défaite. Dans ces circonstances-là, tu veux toujours donner quelque chose en plus à ton public. »

« C’est assez singulier », remarque l’entraîneur néerlandais Ron Jans. « Anderlecht et Bruges sont les deux plus grands clubs du pays et devraient avoir les mêmes statistiques à Sclessin et pourtant ce n’est pas le cas… »

Une seule explication revient à la surface pour expliquer le secret des victoires liégeoises. Oubliez les individualités ou les trouvailles tactiques, revenez à l’essence du club : ses supporters.

« 30.000 personnes qui font du bruit comme 60.000 », intervient Éric Van Meir. « Quand tu joues à domicile, tu grandis de quelques centimètres. Quand tu viens en adversaire, tu n’as pas peur… mais tu es sous influence. Je n’avais jamais disputé un Clasico dans ma carrière et je venais du Lierse où le stade est plus petit (sic). Cela reste un souvenir exceptionnel avec ce but de Moreira qui a donné la première victoire aux rouches depuis 1986… et qui va vers les supporters avec son maillot flottant. Avant de vivre ce match, tu ne sais pas ce que c’est même si Anderlecht a toujours été le rival que je joue au Standard, au Lierse, à Charleroi ou à Berchem. »

« Sur le plan sportif, ce match est le sommet de mon passage au Standard », constate Ron Jans au sujet du clasico du 7 octobre 2012. « Au niveau des émotions et de la passion engendrées par ce match, je n’ai jamais connu cela. Aux Pays-Bas, on connaît aussi Ajax-Feyenoord… mais Standard-Anderlecht est encore un cran au-dessus. Je crois même que cette haine envers les Mauves est une raison qui fait qu’Anderlecht a des difficultés à venir faire le jeu à Sclessin. En 2012, il y avait eu des banderoles contre la direction. Le groupe et moi avions été à la rencontre des supporters et nous avions été impressionnés par ce qu’ils nous disaient. Quelle que soit notre situation, ils voulaient qu’on gagne par tous les moyens. Et certains ont été très loin avec ces fumigènes qui auraient dû amener à l’interruption définitive. Heureusement, cela n’a pas été le cas… »

« Dès que tu es sur le terrain, tu entends le public », souligne Philippe Léonard. « Ta volonté est décuplée. Après une semaine à te mettre le cerveau en boule, tu veux lâcher les chevaux. Dès la publication du calendrier, tu regardes quand tu vas affronter Anderlecht, si c’est d’abord à domicile ou si c’est chez eux… Quand tu vois plus de supporters à l’entraînement, quand tu aperçois aussi le président ou le directeur sportif en semaine, tu sais que c’est un match important. Tout le monde est plus concentré sur les détails. L’entraîneur est parfois aussi à cran. Dominique D’Onofrio était le plus décontracté. Anderlecht ou le 18e du classement, il ne nous mettait aucune pression préférant prendre tout sur lui. »

« Le Standard joue sans Mpoku et Carcela ? En tant que coach, tu te concentres sur qui est disponible », insiste encore Ron Jans. « En fait, tu ne dois pas faire grand-chose pour trouver la motivation des joueurs. »

« D’ordinaire, tu penses au match une semaine à l’avance : cette fois-ci, il y a eu Arsenal en cours de semaine… alors qu’Anderlecht n’a pas eu de Coupe d’Europe », remarque encore Éric Van Meir.

« Des joueurs peuvent être plus fébriles que d’habitude »

Cette semaine, dans les couloirs de Neerpede, Franky Vercauteren et Pär Zetterberg ont évoqué des vieux souvenirs liés au clasico entre le Standard et Anderlecht. Le Suédois a indiqué à l’entraîneur principal du Sporting qu’à l’exception d’une rencontre, il n’avait jamais connu les affres de la défaite dans l’antre de l’ennemi honni.

Les temps ont bien changé. Car, depuis quelques années, le déplacement en bord de Meuse est synonyme de chemin de croix pour les joueurs bruxellois voguant presque de désastre en désastre avec comme point de non-retour le dernier clasico en Principauté qui n’a pas pu aller à son terme. Excédés par la situation globale et les événements de ce funeste vendredi soir, les supporters du RSCA ont provoqué l’arrêt définitif d’une joute qui serait entrée dans les annales.

Lors des vingt derniers déplacements à Sclessin, Anderlecht ne s’est imposé qu’à trois reprises pour quatre partages et surtout treize défaites. C’est bien simple, si on extrapole aux autres membres du G5 (NDLR : Bruges, Genk et Gand), c’est à Liège que le bilan du Sporting est le plus faible avec 21,7 % des points mis en jeu lors des vingt derniers matchs alors qu’il est parvenu à gratter plus d’un tiers des points (36,8 %) au stade Jan Breydel, l’autre enfer du championnat belge, et 55 et 58,3 % des points à Gand et à Genk.

Un ascendant liégeois qu’il faut tenter de comprendre auprès de ceux qui ont vécu au plus près cette expérience de Sclessin. « La première raison, c’est le public », avance Mbo Mpenza, joueur du RSCA entre 2004 et 2008. « Il joue le rôle qu’on attend d’un public bouillant et pour un clasico, il est dix fois plus en forme que pour les autres rencontres. Lorsque vous êtes adversaire, c’est un aspect qu’il faut gérer. » Qui plus est quand vous portez les couleurs du Sporting d’Anderlecht. « Le Standard et ses supporters en font un match plus important que les autres », assure Thomas Chatelle, « Sportingboy » entre 2008 et 2012. « En tant que joueur, quand j’ai été à Sclessin avec Genk et avec Anderlecht, je ressentais une fameuse différence. L’animosité était bien plus importante à l’encontre des joueurs d’Anderlecht. Dans le couloir, on comprenait rapidement qu’il fallait s’attendre à une bagarre de tous les instants sur le terrain. »

Un contexte délicat et une pression très forte sur les joueurs du RSCA qu’il n’est pas simple d’appréhender pour n’importe quel joueur de pro qui peut être trahi par ses émotions. « Il y a des joueurs qui peuvent être plus fébriles que d’habitude », note Mpenza. « Si vos premières passes ne sont pas bonnes, vous allez davantage ressentir l’ambiance du stade et votre match peut être foutu. » « Certains joueurs répondent mieux que d’autres à cette atmosphère », rétorque Chatelle. « Silvio Proto avait besoin de ce genre de match et de cette animosité pour être au top. Cela ne le tétanisait pas du tout. Que du contraire ! »

Eu égard à ces dernières années, on est davantage dans le cas de joueurs ayant le trouillomètre à zéro. Pour avoir vécu ça comme joueur et coach, Franky Vercauteren en touchera un mot à ses joueurs. Surtout aux plus jeunes. « J’ai prévu d’en parler lors de la dernière théorie mais il ne faut pas faire peur aux joueurs en en parlant trop », indique le T1 du RSCA. « C’est un stade qui est plus chaud que les autres et il faudra être prêt à gérer certaines choses différemment. » Jusqu’à entamer une inversion de la courbe anderlechtoise à Sclessin ce dimanche ?

Libra de Facebook: un actif financier, pas une monnaie

Libra de Facebook: un actif financier, pas une monnaie
REUTERS

Les images défilent à toute vitesse, vous emmènent de Manille à Mexico City. « Et si on rendait l’argent vraiment accessible à tous ? Et si on donnait à tous les mêmes opportunités financières ? », susurre la voix off. Bienvenue dans un monde où la monnaie s’échange aussi vite « qu’un message tapé sur votre smartphone » et « pour le même prix ». Bienvenue dans un monde où 1,7 milliard de personnes qui n’ont actuellement pas accès à des services financiers pourraient progressivement « être incluses » à la sphère économique.

Le pitch publicitaire d’une minute trente a de quoi convaincre : libra, pourquoi pas ? Après tout, nous sommes plus de deux milliards d’individus sur la planète à avoir intégré Facebook, WhatsApp et Messenger à notre quotidien… Les ambitions « monétaires » d’un consortium d’entreprises privées méritent pourtant d’être précisées.

Un actif financier plus qu’une monnaie

La libra est présentée par ses initiateurs comme une monnaie. Elle n’en sera pourtant techniquement pas une. « La première question à se poser est : “Serez-vous prêt à vendre votre maison et à être payé en libras ?” Si la réponse est non, alors il ne s’agit pas d’une monnaie mais d’un actif financier », schématise Alexandre Girard, professeur de finance à l’Université Saint-Louis.

Première conséquence : un actif financier n’est pas « garanti » par une autorité souveraine. Il est donc par essence plus risqué que des euros logés sur un compte bancaire. Si la libra s’écroule pour l’une ou l’autre raison, votre « argent » converti en « token » ne sera pas protégé.

On parle cependant de « stable coin » – l’appellation est controversée – car la monnaie virtuelle sera adossée à un panier de devises officielles. En d’autres mots, pour chaque libra créée, des euros, des dollars, des livres sterling… seront conservés en contrepartie. La valeur de cet actif dépendra par conséquent de la valeur du portefeuille auquel il est adossé. Bref, en théorie, il ne devrait pas fluctuer fortement.

« La stabilité à long terme de la libra sera complexe à garantir », estime pourtant le professeur de finance. « Les entreprises membres devront être prêtes à investir pour compenser un éventuel déséquilibre. Si tout le monde échange ses libras en dollars alors qu’il y a plus d’euros déposés dans la réserve, par exemple. »

Un risque d’influence sur la souveraineté

Le projet manque encore certes de contours mais des deux côtés de l’Atlantique, les réactions politiques « anti-libra » fusent, preuve que le consortium est pris très au sérieux par les autorités. Normal : actuellement, les e-monnaies ne sont que très peu utilisées (1 % de la masse monétaire globale), mais la libra pourrait totalement changer la donne. Rappelons que Facebook, à lui seul, pèse 2,4 milliards d’utilisateurs. Que dans certains pays continents, comme l’Inde, WhatsApp est déjà bien plus qu’une messagerie parmi d’autres.

Or, aucune indication officielle n’a encore été donnée sur l’équilibre entre les différentes devises qui composeront la réserve qui garantira la libra. Certains y voient, en raison de la force de frappe, un potentiel outil de déstabilisation de la souveraineté monétaire de nos Etats. « On ne payera a priori pas son loyer ou ses impôts en libras. Nos instruments de politique monétaire peuvent, en outre, intervenir en cas de perturbations causées par des flux de capitaux internationaux », temporise cependant la Banque nationale de Belgique.

Les économies émergentes sont ici particulièrement concernées (et d’ailleurs directement visées par les ambitions du consortium). Dans des pays ravagés par l’inflation, on peut facilement imaginer que la libra devienne une valeur refuge pour la population avec, à la clé, un risque d’influence mais aussi de dépendance (parallèle à l’exposition au dollar) sur des monnaies d’Etat déjà affaiblies.

Un outil pour favoriser une « marketplace »

La question de la finalité de l’initiative doit donc elle aussi être posée. Si la libra n’est pas, comme expliqué plus haut, une monnaie proprement dite, son utilisation sera, par définition, restreinte aux périmètres des plateformes qui l’ont initiée. Vraiment souhaitable ?

Certes, ses initiateurs positionnent le projet comme « le nouvel outil pour favoriser l’inclusion financière ». Comment ? En facilitant les transferts d’argent, généralement coûteux pour le particulier. Sous un angle « plus occidental », le portefeuille Colibra (lire ci-dessous) est vendu comme un instrument ultra-accessible, à l’utilisation intuitive. Plus pratique qu’un compte en banque ou qu’une carte de crédit, en quelque sorte.

Les géants du numérique seraient-ils devenus soudainement philanthropes ? Non. Le business model – l’association a précisé ne pas souhaiter se rémunérer via une commission sur chaque transaction – repose tout simplement sur l’effet de réseau. « On peut prendre l’exemple du géant chinois Alibaba et de son service de paiement Alipay. La “marketplace” d’Alibaba devient incontournable », argumente Alexandre Girard. En brassant jusqu’à la monnaie échangée, Facebook & Co s’assurent de renforcer la dépendance de leurs utilisateurs comme celles des tiers professionnels à leur « plateforme ».

La potentielle monétisation de vos données financières ne doit pas non plus être oubliée. Facebook promet une ségrégation totale entre utilisation des données privées à des fins publicitaires et données financières. Ce qui n’exclut pas qu’un jour, l’entreprise vous propose, sur la base de vos comportements, des produits financiers « personnalisés », libellés en libras.

On est loin aujourd’hui d’une libra qui règne sur le monde du paiement. D’autant que des barrières réglementaires ont été érigées. Mais comme le rappelait Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne, récemment au Soir  : « Ignorer le phénomène serait une erreur. Les technologies existent, elles évoluent très vite et il serait naïf de s’y opposer par principe, car ces technologies finiront par s’imposer. » Aux régulateurs de trouver la réponse appropriée.

Mariah Carey, la voix du Père Noël

Injuste pour Dean Martin, John Williams et Bing Crosby
: «
All I want for Christmas is you
» a récolté 11millions d’écoutes au réveillon de Noël 2018, record de la chanson la plus écoutée en une seule journée sur Spotify.
Injuste pour Dean Martin, John Williams et Bing Crosby : « All I want for Christmas is you » a récolté 11millions d’écoutes au réveillon de Noël 2018, record de la chanson la plus écoutée en une seule journée sur Spotify. - Infographie Le Soir

Soyez indulgents, c’est Noël. Même si, oui, c’est un Marshmallow sur une pierrade. Du slime à paillettes. Une bûche à la crème au beurre (avec trop de rhum). Oui, c’est un faux rock’n’roll à l’ancienne, avec des arrangements de débutant et où les grelots, le piano et la rythmique, tout, sauf la voix de Mariah, tout est synthétique et programmé dans l’ordinateur. Oui, ces chiffres hallucinants, c’est injuste pour Dean Martin, John Williams et Bing Crosby : 11 millions d’écoutes au réveillon de Noël 2018, record de la chanson la plus écoutée en une seule journée sur Spotify. Avec le gluant Last Christmas de Wham, la rengaine de Mariah Carey, All I want for Christmas is you, pétillante comme un petit mousseux sorti du frigo, est un phénomène exaspérant.

Mais soyez indulgents. Ce n’est pas sa faute, elle le répète de bout en bout dans cette chanson : Mariah Carey, à la base, elle n » avait rien demandé du tout. Écoutez bien, elle ne dit que ça : « Je ne veux pas grand-chose pour Noël/Il y a seulement une chose dont j’ai besoin/Je me fiche des cadeaux sous le sapin de Noël/Je n’ai pas besoin de pendre mes chaussettes là sur la cheminée/Le Père Noël ne me rendra pas heureuse avec un jouet. » C’était pourtant clair, non ? Mais voilà, le Père Noël, il ne l’a pas écoutée, ce qui arrive hélas tous les jours dans nos sociétés patriarcales, les vieux types étant persuadés qu’ils savent tout mieux que les gamines. Bref, en 1994, alors que tout ce qu’elle demande (pour Noël et le reste de l’année), c’est de rester une icône hip-hop toute simple, son producteur Walter Afanasieff – à l’origine de bonnes grosses soupes commerciales bien grasses comme le thème de La Belle et la Bête ou Le Rêve Bleu d’Aladdin – vient avec cette idée.

Elle est pas chaude, chaude, Mariah. Elle trouve qu’elle est un peu trop jeune (24 ans) pour faire un album de Noël. C’est un truc qu’on sort en fin de carrière pour se rebooster, comme quand on signe à Las Vegas comme Elvis ou Céline Dion. Mais les fêtes, l’ambiance, les chorales, elle adore ça, alors elle finit par accepter. Ce n’est pourtant pas une fille facile. Essayez d’utiliser ses chansons dans un film : c’est toujours non. Sauf dix ans plus tard, allez savoir pourquoi, quand elle accorde à Richard Curtis, réalisateur de la comédie romantique Love Actually, les droits d’utiliser All I want for Christmas is you… qui devient alors un carton intergalactique.

Soixante millions de dollars récoltés en royalties depuis 25 ans (1). Soit un tableau de Klimt, ou de Basquiat. Une Ferrari 250 GTO de 1962. La villa de Tiger Woods ou celle de Kim Kardashian. Ça valait le coup. Beaucoup ont tenté leur chance depuis, de Justin Bieber à Ariana Grande, en passant par Eric Clapton et Coldplay, réinterprétant la recette à l’infini sans parvenir à faire prendre la sauce. Kelly Clarkson avec Underneath the tree ne s’en sort pas si mal. Mais n’est pas Mariah Carey qui veut.

Le secret de cette guimauve musicale où on voit le Père Noël, sa petite protégée et un doberman déguisé en renne batifoler dans la neige pendant 3’55, c’est peut-être juste la tessiture exceptionnelle de la chanteuse new-yorkaise : plus de cinq octaves (La Callas dépassait à peine les deux), de fa à si en voix de sifflet, descendant comme un baryton basse. Le baryton basse, à l’opéra, c’est la voix des personnages divins, puissants et autoritaires, c’est la voix de Méphistophélès dans Faust (Gounod), de Figaro dans Le Mariage de Figaro (Mozart) ou, devinez quoi, oui, c’est un peu la voix… du Père Noël.

(1) Le jour J, c’était le vendredi 1er novembre. Pour fêter cet anniversaire, la chanteuse américaine de 49 ans a publié une réédition de l’album et prévoit un concert au Madison Square Garden à New York ce dimanche 15 décembre.

Daisy Ridley (Star Wars): «Il vaut toujours la peine de se battre pour ce qu’on pense être juste»

«
Les fans redoutent toujours les changements, mais au final, ils accrochent tous.
»
« Les fans redoutent toujours les changements, mais au final, ils accrochent tous. » - DR

La saga Star Wars n’est pas qu’une simple succession de films. Il s’agit de quelque chose d’autre. C’est une aventure à laquelle je suis fière et heureuse d’avoir participé ces dernières années. » A 27 ans, l’actrice londonienne Daisy Ridley pourra interpréter les rôles les plus divers, mais elle restera à jamais Rey. La nouvelle héroïne de La guerre des étoiles a passé ces cinq dernières années dans une galaxie fort, fort lointaine : sur le plateau de tournage du Réveil de la Force (2015) et des Derniers Jedi (2017), qui ne sont autres que les deux premiers « épisodes » de la dernière trilogie de Star Wars .

Aujourd’hui, elle se prépare à la sortie du dernier (dans l’ordre, il s’agirait de l’épisode 9), L’ascension de Skywalker . Le film a été réalisé par J. J. Abrams et sortira dans les salles le 18 décembre.

Le personnage de Rey (qui lui a valu de remporter en 2016 le MTV Movie Award de la meilleure révélation de l’année et l’Empire Award de la meilleure révélation féminine) est encore enveloppé d’un passé mystérieux. Ce que nous savons, c’est que les deux premiers chapitres ont fait d’elle la nouvelle leader de la Force, un point de référence dans l’éternel conflit entre le bien et le mal qui depuis le premier film, réalisé en 1977, caractérise une des sagas les plus longues et les plus populaires de l’histoire du cinéma.

Trois films : ce fut une longue aventure. Il est maintenant temps pour vous de dire au revoir.

Si j’en parle, je vais me mettre à pleurer. Je suis émue quand je repense à la dernière scène et à la dernière journée de tournage. Ce fut l’effusion de larmes. Nous étions dans le désert jordanien, il faisait une chaleur insupportable et avec nos lourds costumes, on aurait dit qu’on sortait tout droit d’une fête de carnaval. Mais personne ne s’est isolé. Notre petit groupe est toujours resté soudé : moi, John Boyega, Oscar Isaac, Joonas Suotamo, qui joue Chewbacca, et Dave Champman, qui anime le droïde BB-8. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu une famille.

Avec Carrie Fisher.

Comme dans toutes les familles, on a toujours une pensée pour ceux qui ne sont plus là. Dans certaines scènes, on vous voit avec Carrie Fisher, disparue en 2016. Sa princesse Leia restera à jamais gravée dans nos mémoires.

A l’origine, on avait tourné une scène dans laquelle Carrie et moi nous nous serrons dans les bras : c’était à une époque et dans un lieu complètement différents, mais pourtant elle fonctionne parfaitement dans L’ascension de Skywalker . Mais à chaque fois qu’on voit Carrie dans le film, c’est bien elle, pas un hologramme. Il s’agit de scènes tournées par le passé qui n’ont jamais été utilisées. Et elles constituent une partie importante de ce film. C’est fantastique qu’ils aient réussi à retrouver ces enregistrements. Je ressens une grande émotion quand je repense au tournage de la scène de l’étreinte.

Faisons un petit flash-back : les choses n’avaient pas bien commencé pour vous, les fans de la saga avaient contesté votre embauche pour le rôle de Rey.

Je le savais, oui, mais ce qu’on disait sur John Boyega et Kelly Marie Tran, des choses horribles, me mettait encore plus en colère. Je me suis alors dit : menons à bien ce travail et laissons le public juger, pas les détracteurs. Je n’aime pas en parler, parce que je ne veux pas donner de visibilité à ces gens-là, mais il convient également de préciser qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Dans des cas comme La guerre des étoiles , les fans redoutent toujours les changements, mais au final, ils accrochent tous.

Dans les films précédents, on vous a vue aux prises avec des combats compliqués. Avez-vous dû à nouveau vous soumettre à un entraînement intensif cette fois-ci ?

Les deux premiers films m’ont épuisée. Je n’avais jamais rien fait d’aussi prenant. Je m’entraînais sans arrêt. J’y ai réfléchi et j’ai réalisé que ça avait été pour moi une expérience très fatigante. Cette fois-ci, j’ai donc dit aux producteurs qu’il fallait que je commence à m’entraîner des mois à l’avance afin d’être au top pour le début du tournage. Et aujourd’hui, je suis plus en forme que jamais. Et je suis ceinture verte de kickboxing.

Et comment vous débrouillez-vous avec le sabre laser ? Le maniez-vous avec plus de naturel ?

Dans le nouveau film, il est un peu plus court et plus léger, plus maniable. Et mes mouvements paraissent plus naturels. Mais ça reste fatigant : après chaque combat, Adam Driver et moi nous demandions mutuellement si nous avions assuré.

Une fois la bataille finale remportée, que garderez-vous de l’expérience « Star Wars » ?

J’ai toujours pensé que toute l’histoire de Star Wars était porteuse d’espoir. D’ailleurs, ce dernier film contient également pas mal de moments qui apaisent l’esprit. C’est pourquoi de cette aventure, je garderai la conviction qu’il vaut toujours la peine de se battre pour ce qu’on pense être juste. Et la force des liens qui se sont tissés sur ces tournages. J’espère que le public pourra saisir et partager tout cela.

Grand Baromètre: à la Chambre, Vlaams Belang et N-VA majoritaires dans le groupe flamand

Grand Baromètre: à la Chambre, Vlaams Belang et N-VA majoritaires dans le groupe flamand
Belga

Les projections en nombre de sièges réalisées par Ipsos ont tout leur intérêt au moment où l’on ne parle que de ça : la possibilité mathématiquement de mettre sur pied telle ou telle coalition fédérale, sa surface en nombre de députés à la Chambre et dans les groupes linguistiques…

Qu’en est-il ? La projection donne à voir un groupe linguistique flamand radicalisé à droite, avec… 27 sièges pour le Vlaams Belang, qui bondit de 9 sièges par rapport aux élections du 26 mai. Derrière, la N-VA décroche 20 sièges, elle se tasse : dans notre Grand Baromètre de septembre, elle perdait 4 sièges par rapport aux élections, elle en reperd un ici, ce qui fait 5 unités en moins au final.

Surtout, Vlaams Belang et N-VA obtiennent ensemble 47 sièges… Cela signifie que ces deux formations ont une majorité dans le groupe linguistique flamand à la Chambre, qui comprend 89 sièges au total (la majorité est donc de 45 sièges). C’est la première fois que les partis nationalistes-séparatistes dominent dans le groupe linguistique néerlandophone. Ils ont 43 sièges à l’heure actuelle au Parlement fédéral.

C’est le trait marquant du sondage.

Gouvernement ultra-minoritaire

Pour le reste, les variations sont moins significatives. On relèvera tout de même que le VLD perd 4 sièges par rapport aux élections du 26 mai. Et que si l’on additionne les scores des sept formations pressenties pour constituer un gouvernement arc-en-ciel élargi (PS, MR, Ecolo, Groen, VLD, SP.A, CD&V), on obtient 78 sièges à la Chambre. C’est 10 de moins que la même coalition telle qu’elle se présente actuellement, sur la base des résultats des législatives de mai. Autrement dit, suivant notre sondage, l’arc-en-ciel élargi aurait deux sièges seulement de majorité à la Chambre (il faut 76 sièges sur 150) et serait tout juste voire pas du tout praticable.

Au fait, le gouvernement en affaires courantes ex-Charles Michel, emmené par Sophie Wilmès ? Il est plus que jamais minoritaire : composé du MR, du VLD et du CD&V, il réunit 38 sièges (sur 150) au Parlement fédéral à l’heure actuelle, et se rétrécit encore selon notre sondage, avec 32 sièges au total.

COP25: une nuit pour conclure un accord au forceps

Des manifestations de jeunes et de représentants de peuples menacés ont émaillé les dernières heures officielles de la COP de Madrid.
Des manifestations de jeunes et de représentants de peuples menacés ont émaillé les dernières heures officielles de la COP de Madrid. - Photo News.

D’aussi loin que remontent les souvenirs des journalistes « copistes », on ne se souvient plus d’un sommet climat qui ne se soit terminé sans prolongations. Vendredi soir, la COP25 de Madrid s’acheminait, elle aussi, vers ce cas de figure désormais coutumier. Les plus optimistes prévoyaient un atterrissage samedi en fin de matinée. Les plus pessimistes (ou aguerris) évoquaient la soirée.

Le projet de décision de la conférence et les textes annexes sont passés sous le niveau des radars en début de soirée pour être soumis à des discussions bilatérales entre la présidence chilienne du sommet et les principaux pays et groupes de pays impliqués. Principaux points d’achoppements : l’encadrement des marchés du carbone et la manière d’exprimer ce que le monde attend du grand rendez-vous de l’année prochaine, début novembre à Glasgow (la COP26).

Sur le premier point, une guerre des tranchées opposait toujours ceux qui se posent en défenseurs de « l’intégrité environnementale » de l’Accord de Paris et ceux qui veulent faire un usage maximal – et délétère, disent les premiers – des mécanismes de marché permettant l’achat et la vente de tonnes de CO2 entre pays réduisant leurs émissions et pays cherchant à réduire les leurs à moindre coût en les négociant à l’extérieur. Le Brésil, les Etats-Unis et l’Australie ont pris la tête des partisans de la plus grande flexibilité. En face, l’Union européenne tentait d’éviter une trop grande perméabilité du système, dans un combat inégal face à une citerne dont on cherche à colmater les trous alors que des brèches semblent partout en formation. Ces trous, « il en faut le moins possible », insistait Alain Maron (Ecolo), le ministre bruxellois de l’Environnement, qui occupait le siège belge.

Engagnements « mis à jour »

Deuxième point en discussion : comment exprimer l’attente à l’égard du prochain sommet climat qui devrait être beaucoup plus politique ? A Glasgow, les pays qui ont présenté des engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre avant et après Paris sont invités par l’accord signé dans la capitale française à présenter des engagements « mis à jour ». Formulation durement négociée à l’époque et résultat d’un compromis entre ceux qui voulaient qu’on prévoie une révision à la hausse et d’autres qui n’en voulaient point. Même débat à Madrid : va-t-on seulement réinvoquer Paris et un simple « update » des engagements ou lancer un « appel » à rehaussement de l’ambition « basé sur la meilleure science disponible » ? Cette dernière option est défendue par les Européens qui l’an prochain remonteront leur propre curseur de -40 à -50 % au moins en 2030, mais elle est recalée par la Chine et l’Inde.

Selon une évaluation du Programme des Nations unies pour l’environnement, les engagements actuels de réduction d’émissions mènent le monde à une augmentation de la température de plus de 3ºC d’ici à la fin du siècle, comparé aux niveaux préindustriels.

En fin d’après-midi vendredi, certains ont lié les deux dossiers : pas de règles du marché du carbone sans appel à l’ambition pour Glasgow, ont martelé les Européens et les pays les plus vulnérables. De quoi peut-être entrevoir un compromis. Mais les partisans de l’ambition refusaient de payer une formule ponctuellement plus ambitieuse en acceptant des « trous » s’ouvrant sur des entourloupes dans un système d’échange de CO2 qui en a déjà connu quelques-unes et n’en a pas encore soldé l’héritage.

Budget de la zone euro: Charles Michel reprend la main

Charles Michel en conversation avec le Premier portugais, Antonio Costa. Curieusement, ce dernier s’en est pris au travail de son propre ministre des Finances.
Charles Michel en conversation avec le Premier portugais, Antonio Costa. Curieusement, ce dernier s’en est pris au travail de son propre ministre des Finances. - AFP

Les très difficiles discussions sur l’embryon de budget pour la zone euro vont désormais être menées par le président du Conseil européen, Charles Michel, ont décidé les chefs d’Etat et de gouvernement lors d’un sommet vendredi.

Etrangement, c’est une sortie en séance du Premier ministre portugais, Antonio Costa, qui aurait amené les leaders à demander à l’ancien chef de gouvernement belge d’inclure ce « budget » de la zone euro dans ses consultations sur le prochain cadre financier de l’UE pour 2021-2027.

Dans le fond, cette demande fait sens. Les Etats de la zone euro, après d’âpres discussions, avaient convenu d’avoir non pas un outil budgétaire indépendant (avec un financement propre) du budget des 28 mais uniquement une ligne à l’intérieur de ce pot commun. Sur la forme, ce qui étonne dans la sortie d’Antonio Costa, c’est que c’est son ministre des finances, Mario Centeno, qui a mené les discussions et forgé les compromis jusqu’ici, en sa qualité de président de l’Eurogroupe (le cénacle des grands argentiers de la zone euro). Or, c’est bien le résultat obtenu par Centeno que Costa a critiqué. L’embryon de budget de la zone euro prévoit par exemple que chaque pays recevra au moins 70 % des fonds qu’il y a lui-même versés pour financer des réformes « structurelles » souvent impopulaires. Ce « juste retour » partiel limite donc la solidarité entre les membres de la zone euro. Au lieu d’un « instrument de convergence » (c’est d’ailleurs son nom officiel), le Portugal estime donc qu’il s’agit d’un outil qui favorisera les économies qui ont le plus de moyens, a expliqué Antonio Costa à l’issue de la réunion.

13 milliards pour 19

La taille de cet embryon de budget (initialement 17 milliards sur sept ans, réduits à 13 milliards dans un texte soumis récemment à la négociation, un gâteau à partager entre 19 pays) fait aussi l’objet de la critique. Pour la défense de Centeno, en tant que président de l’Eurogroupe, il n’était pas supposé pousser la position de son pays dans cette négociation, mais il est tout de même assez rare qu’un chef de gouvernement dénigre autant le travail mené sous l’égide de l’un des siens.

Antonio Costa n’a par ailleurs pas été le seul à voir d’un mauvais œil les résultats de l’Eurogroupe. Si ce cénacle ministériel a fait des progrès, « je considère pour ma part que le compte n’y est pas. Les déclarations en format zone euro sont éminemment insuffisantes, ce qui suppose de réenclencher un travail stratégique extrêmement fort des chefs d’Etat et de gouvernement », a aussi dit en conférence de presse, le président français, Emmanuel Macron. Mais si certains veulent voir les leaders reprendre la main, d’autres, comme les Pays-Bas estimeraient que chacun doit rester dans ses compétences. La tâche de Charles Michel ne sera pas facile, puisque chaque blocage (il y en a plus d’un) trouve finalement sans source dans le même problème : le manque de confiance entre les membres de la zone euro.

Plan d’austérité en Flandre: «La culture n’est ni de gauche ni de droite»

Le ministre flamand de la Culture, Jan Jambon, envisage de réaliser des économies de l’ordre de 6 % dans le secteur culturel, avec des pics pouvant atteindre 60 % pour ce qui concerne la jeune création. Une telle vague d’austérité est-elle réellement exceptionnelle ? La culture est-elle l’éternel parent pauvre de la politique, au Nord comme au Sud ? Un observateur avisé du monde culturel belge, Jean-Gilles Lowies, expert en médias, culture et communication à l’ULiège, a confronté pour nous les chiffres et analysé les options politiques.

Les budgets de la culture sont-ils comparables au Nord et au Sud du pays ?

Avec environ deux milliards d’euros par an, la Belgique se situe légèrement au-dessus de la moyenne européenne en pourcentage de dépenses publiques consacrées à la culture, soit près de 1 %. Plus surprenant peut-être, le budget culturel francophone a augmenté de 80 % entre 2004 et 2019. Même en tenant compte de l’inflation, la hausse est de 35 %. L’investissement est globalement similaire au nord et au sud, au vu du nombre d’habitants respectifs, mais c’est évidemment la répartition de ces budgets qui s’avère délicate… En l’occurrence, le secteur de la création artistique n’est pas le plus doté, il reçoit environ 20 % des budgets, au nord comme au sud. La création et la production d’œuvres artistiques ne sont que la portion congrue des politiques culturelles dont le champ d’action intègre le soutien aux médias, au patrimoine culturel (immobilier, mobilier, immatériel), à l’éducation permanente, à la diffusion culturelle (bibliothèques, médiathèque, centres culturels), etc.

L’impression, côté francophone, que les Flamands sont mieux servis en matière de subsides publics à la culture est-elle justifiée ?

Oui et non, cette impression provient en partie d’une culture du subventionnement quelque peu différente. En Flandre, on concentre davantage les moyens disponibles alors qu’au Sud du pays, les subventions sont plus éparpillées. En Flandre, on mise plutôt sur le ruissellement des subventions et au sud, sur leur saupoudrage : en 2018, 210 subventions représentaient 46 % des dépenses et 8.717 subventions représentaient seulement 3 % des dépenses.

 

En quoi les leviers et les mécanismes de décision des politiques culturelles sont-ils différents au Nord et au Sud ?

Dans les deux Communautés, le pouvoir exécutif reste très largement aux commandes. On navigue entre la centralisation à la française et le pluralisme idéologique du Pacte culturel de 1973. Cette tutelle politique forte sur le financement de la culture est un modèle qui tend à se raréfier dans les démocraties libérales. La polémique en Flandre illustre bien la nécessité de passer d’un pouvoir discrétionnaire à un système où l’indépendance de la culture constitue la valeur cardinale. Même si l’on ne peut jamais transposer tels quels les modèles étrangers, les pays scandinaves pourraient être une source d’inspiration fort utile en la matière.

Le pouvoir discrétionnaire du ministre de la culture est-il fondamentalement différent au Nord et au Sud, depuis la mise en place des contrats programmes en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Non, les contrats-programmes existent depuis longtemps. Le ministre Miller avait innové en donnant une base légale au subventionnement qui se faisait pour ainsi dire de manière « artisanale » depuis des décennies. Ce qui change la donne c’est le fait d’octroyer tous ces contrats en même temps. Cela permet de « dynamiser » le système culturel mais cela décuple aussi le pouvoir du ministre qui, auparavant, était limité par l’indisponibilité des crédits. En octroyant toutes les contrats-programmes au même moment, le ministre peut activer les vases communicants, enlevant à certains et ajoutant à d’autres.

Le choix de Jan Jambon de soutenir les grandes institutions et de valoriser le patrimoine ancien pour servir l’identité flamande, est-il en opposition avec la vision politique de la culture côté francophone ?

Ne soyons pas naïfs, il n’y a qu’une et une seule ligne qui voit une diminution si drastique sur 45 pages de développements budgétaires pour la culture. On imagine difficilement qu’un politicien de la trempe et de l’expérience de Jambon ne s’en soit pas aperçu et n’ait pas anticipé ses effets. Monter en épingle une polémique, ouvrir un conflit avec des « élites culturelles de gauche », voilà qui ressemble à un schéma de communication connu de la N-VA. Force est de constater que le procédé fonctionne. La culture n’est ni de gauche ni de droite. Elitisme et populisme existent dans chaque camp, et la ligne culturelle de la N-VA marie adroitement les deux. La vision de la politique culturelle francophone est plutôt « socioculturelle ». C’est là que l’on peut questionner les critiques francophones visant l’instrumentalisation politique de la culture au nord du pays. Le nord n’en a peut-être pas le monopole.

La culture peut-elle (sur)vivre avec moins de subventions publiques, en dynamisant le mécénat privé comme certains le suggèrent au Nord du pays ?

La réponse doit être nuancée car cela dépend des secteurs culturels. Certains peuvent générer des revenus importants, notamment lorsqu’il y a production d’œuvres dématérialisées, et d’autres non. Le mécénat culturel ne peut s’épanouir que si les pouvoirs publics mettent en place des incitants fiscaux adéquats. L’Etat doit donc s’impliquer en ce sens, développer le mécénat n’est pas synonyme d’un désengagement de l’Etat. En Belgique, on manque cruellement d’une loi sur le mécénat culturel, à l’image de ce qui existe en France. Le secteur culturel gagnerait à ce que soit libéré le potentiel de philanthropie culturelle venant des entreprises et, plus encore, des particuliers.

Des économies de 2 à 3 % dans les grandes institutions culturelles comme le KVS ou le Théâtre National pourraient-elles réellement compromettre la création ?

Les organisations culturelles sont dans leur rôle en s’offusquant des coupes budgétaires et elles ont raison de le faire, que ce soit pour 2 % ou 3 %. Du côté francophone, l’effort budgétaire s’est clairement fait sentir ces dernières années, par la non-indexation des subventions et par une réduction linéaire de 1 % pour les aides pluriannuelles. L’impact exact de ces mesures reste néanmoins difficile à établir. Il est possible que cela menace la création de certains projets artistiques, mais cela reste in fine un choix de gestion propre à chaque directeur. Il faut savoir que plusieurs grandes institutions flamandes avaient été augmentées en 2017, parfois de plus de 10 % (l’AB : +12 %, le KVS : +16 %), la baisse prévue pour 2020 ressemble donc à un yo-yo budgétaire dont les acteurs culturels chercheraient en vain la signification. Rien ne sert pour autant d’opposer créateurs et grandes institutions. Gardons à l’esprit que les institutions phares des grands pays voisins bénéficient de subventions deux, trois ou quatre fois plus élevées qu’en Belgique francophone. C’est donc le secteur de la création artistique dans son ensemble qui est mis sous pression. La diversification des sources de revenus est devenue incontournable aujourd’hui pour assurer une continuité des activités et diminuer la dépendance à l’argent public.

Jan Jambon a annoncé des coupes pouvant atteindre jusqu’à 60 % dans les nouveaux projets et la jeune création. A-t-on jamais connu des économies d’une telle ampleur côté francophone ?

Avec la coupe annoncée, le financement des aides aux projets en Flandre redescendrait environ à son niveau de 2010. Le secteur culturel francophone a aussi connu des coupes budgétaires importantes dans les aides aux projets, par exemple dans le domaine du théâtre en 2012, avec une diminution de 45 %. La dotation du Conseil de l’aide aux projets théâtraux n’a en fait jamais retrouvé son niveau… de 2000, année où elle avait été augmentée. Si l’on tient compte de l’indice santé, ce budget a diminué de 30 % entre 2000 et 2018. Ici aussi il y a un impact pour le secteur de la création artistique. On a malheureusement tendance à oublier que le soutien à la création c’est la « recherche et développement » de l’économie culturelle, c’est là que se font les investissements qui feront éclore les talents et l’excellence de demain. Par définition, elle ne pourrait être rentable à court terme et comporte des risques. Pour l’instant, ce risque financier est principalement concentré sur les plus petites structures, les plus fragiles, les moins dotées.

Même s’il ne dépend pas des ministres de la culture, le tax-shelter a-t-il les mêmes effets d’entraînement au Nord et au Sud ? A-t-on une idée des flux financiers qu’il génère de part et d’autre de la frontière linguistique ?

Le bilan actuel du tax-shelter dans les arts de la scène se révèle très positif, même si l’on identifie une part notablement plus élevée de fonds récoltés en Flandre. En 2018, 190 projets ont été agréés par la Fédération Wallonie-Bruxelles (9,4 millions d’euros) et 279 projets ont été agréés par la Flandre (27,8 millions d’euros). Des inquiétudes voient toutefois le jour car les investissements globaux via le tax-shelter, audiovisuel inclus, semblent s’essouffler quelque peu. Les pouvoirs publics ont déjà annoncé qu’ils veilleraient à prendre les mesures correctrices afin de maintenir cet outil attractif pour les investisseurs.

Que mettre au pied du sapin pour les enfants?

Jeu de construction
Jeu de construction

Saint Nicolas vient à peine de déposer le contenu de sa hotte auprès des souliers des enfants sages que c’est au tour du père Noël de se gratter la barbe pour trouver ses cadeaux… D’après un récent sondage de Camille, la Caisse d’allocation familiale de l’UCM, 60 % des familles gâtent autant leurs enfants à la Saint-Nicolas qu’à Noël.

Les professionnels du jouet constatent que dans un cas comme dans l’autre, les courses se font surtout à la dernière minute : « Cette semaine qui a suivi Saint-Nicolas a été relativement calme, mais la semaine prochaine, on sait que ce sera la folie », témoigne ainsi Marie, des magasins Oliwood Toys (Bruxelles). Pour mieux faire son choix dans ce rush de Noël, il vaut donc mieux se préparer. En plus des conseils des détaillants, la sélection faite depuis 20 ans par la Fédération belge du jouet pour désigner les jouets de l’année est un précieux viatique, disponible sur son site.

Pour Brigitte Serneels, du magasin bruxellois éponyme, « le plus important c’est que le jouet soit adapté à l’âge de l’enfant ». Voici donc quelques conseils pour satisfaire toutes les tranches d’âge. Et s’amuser en famille.

L’éveil des tout-petits

Du côté d’Oliwood comme chez Serneels, on plébiscite la collection d’instruments de musique en bois tactile de chez Baby Einstein : piano, guitare, percussions, xylophone… « Ce sont des jouets très colorés qui permettent à l’enfant de composer sa mélodie ou de jouer un morceau connu comme un virtuose », détaille Brigitte Serneels. Pour les enfants entre 1 et 5 ans.

Un piano en bois tactile pour les tout-petits, futurs virtuoses.

Chez Serneels, on se dit sensible à l’écologie autant qu’à la créativité. La gamme Tegu, un jeu de construction en bois magnétique, répond à ces deux points. Entre 3 et 99 ans.Jeu de construction

Construire et décorer

Quand la construction va, tout va. « Un article qui reste très demandé notamment parce qu’il comprend des tas d’extensions, c’est le jeu de construction de descente de billes Gravitrax (Ravensburger), qui a été jouet de l’année l’an dernier », avance Marie. A partir de 8 ans.

Un autre jeu qui cartonne, c’est La chimie des sorciers (Buki), jouet de l’année dans la catégorie des jeux éducatifs, qui mêle habilement magie et chimie. « Tout ce qui est magie fonctionne très bien, que ce soit les coffrets ou les tours individuels. Harry Potter a aussi le vent en poupe cette année, avec toute une série de produits dérivés : Dobble, jeux de cartes, Trivial Pursuit, Cluedo… Et le Choixpeau, évidemment », poursuit la détaillante. Globalement, les jeux de société restent une valeur sûre. Y compris pour exprimer ses émotions, comme Le monstre des couleurs (Asmodee).

La chimie, ce n’est pas sorcier.

Du côté des loisirs créatifs, les puzzles en 3D (bois ou carton) à construire pour décorer sa chambre ont aussi beaucoup de succès. Très plébiscités également, les coffrets pour fabriquer ses cosmétiques ou encore laisser courir son imagination jusqu’au bout des ongles, avec le set de manucure Go Glam Nail Stamper, lauréat 2019 dans la section des loisirs créatifs.

Déconnecter les ados

Beaucoup d’applications prolongent le plaisir du jeu. Ce n’est donc pas gagné de se libérer des écrans… Chez Dreamland, on confirme la tendance : la console Nintendo reste très demandée, tandis que The Ring Fit Adventure pour la Switch et Just Dance font bouger les joueurs.

Pour occuper autrement les ados à partir de 10 ans, il reste le Geobender, un puzzle/casse-tête dont les faces imprimées se manipulent à l’infini pour créer 70 formes géométriques différentes. Magnétique, dans tous les sens du terme.

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Sapins de Noël: comment faire son choix sur ce marché très… épineux!

Le sapin le plus populaire mesure un peu moins de deux mètres.
Le sapin le plus populaire mesure un peu moins de deux mètres. - Photo News.

Chez ce fleuriste ixellois, les premiers sapins ont été installés sur le trottoir début décembre. « La saison commence traditionnellement après la Saint-Nicolas. Mais il y a toujours ceux qui aiment s’y prendre un peu plus tôt », sourit la gérante des lieux. Ici, on ne vend quasiment plus que des Nordmann, plus résistants et importés du Danemark. Le prix : de 25 à 140 euros pour des sapins qui vont de moins d’un mètre à quatre mètres. Le plus populaire d’entre eux mesure un peu moins de deux mètres et revient à une septantaine d’euros. Un peu plus loin, mêmes tarifs. « Le sapin le plus vendu mesure entre 150 et 175 cm et il faut compter 65 euros », annonce la vendeuse. Des prix qui, ces dernières années, n’ont guère évolué. Un constat confirmé par l’Union ardennaise des pépiniéristes (UAP), qui regroupe les producteurs wallons de sapins de Noël. « Pour le consommateur, c’est la troisième année consécutive que le prix est stable », affirme son président Jonathan Rigaux.

L’arbre comme produit d’appel

Une tendance qui est loin de réjouir les producteurs wallons. « Notre production coûte plus cher à cause des sécheresses et d’une démarche plus éco-responsable », tempête Jonathan Rigaux. « Mais on n’arrive pas à augmenter le prix à cause de la pression européenne du marché et de certains gros marchés ». En ligne de mire : Ikea. Cela fait une dizaine d’années que le géant de l’ameublement s’est lancé dans la vente de sapins de Noël, avec des prix cassés : 19,99 euros pour le Nordmann d’un mètre cinquante environ, contre 50 euros au moins dans les commerces locaux. Et désormais, le Suédois propose de rembourser une partie du prix du sapin sous forme de bon d’achats. En clair, le conifère ne vous coûte que… cinq euros ! Cette stratégie offensive est suivie par la grande distribution qui propose aussi des arbres moins chers que sur les marchés et chez les petits commerçants. En général, il faut compter une trentaine d’euros pour un arbre de 175 centimètres. C’est le prix chez Brico par exemple, qui proposait d’ailleurs une promotion similaire à Ikea le week-end dernier. « Mais elle ne dure que deux jours. L’idée est vraiment de lancer la saison », indique son porte-parole Rudi Schautteet. L’UAP estime que 30 à 40 % des sapins sont vendus via ce type d’enseignes.

Naturel versus artificiel

Le sapin naturel se frotte également à la concurrence d’un autre produit : le sapin artificiel, disponible dans les magasins de bricolage, de décoration, les grandes surfaces, mais aussi maintenant les plateformes en ligne comme Amazon. Chez Brico, 60 % des sapins vendus sont en plastique, le naturel ne représente que 35 à 40 % des ventes. Sur ce produit, les prix peuvent aussi évoluer rapidement du simple au double, selon la matière utilisée, la taille, la densité, le rendu esthétique, les décorations. Les entrées de gamme tournent autour d’une bonne dizaine d’euros mais pour un sapin de plus d’un mètre et très ressemblant, il faudra débourser au moins cinquante euros. Il n’est pas rare que les prix dépassent même les cent euros. Mais le faux sapin a un avantage : il se conserve plusieurs années, c’est donc un investissement de long terme. C’est ce qui fait dire à certain qu’il serait plus écologique. Une idée battue en brèche par plusieurs associations. « L’impact environnemental de sa fabrication est considérable », écrit sur son site l’ASBL écoconso. « Ces faux sapins sont souvent fabriqués en PVC, en plastique et en aluminium, dont la production et la transformation génèrent nuisances et déchets. De plus, ils sont fabriqués en Asie, ce qui alourdit l’impact du transport ». Une étude montre qu’un sapin artificiel doit être utilisé vingt ans pour égaler le bilan environnemental d’un sapin naturel. Or, on estime qu’il n’est utilisé en moyenne que six ans.

Du bio pour bientôt ?

Aujourd’hui, plusieurs chartes mises en place par l'UAP permettent aux consommateurs de faire des choix plus écologiques. La marque « Véritable » garantit que l’arbre a bien grandi au sein du royaume. Autre label lancé l’an passé : « Véritable et éco-responsable ». Les choses sont ici bien plus poussées puisque la production doit respecter des critères comme la non-utilisation d’herbicides durant une période déterminée, les mottes ne sont plus prélevées pour la commercialisation, etc. L’Union tente également de mettre en place un label bio, encore inexistant pour l’instant. « C’est quelque chose qu’on travaille avec l’administration wallonne », souligne Jonathan Rigaux. « On a démarré les plantations l’année passée et les premiers sapins bio devraient arriver sur le marché en 2022 ou 2023 ».

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Youri Tielemans au «Soir»: «En Angleterre, j’ai appris à réfléchir plus vite»

Youri Tielemans au «Soir»: «En Angleterre, j’ai appris à réfléchir plus vite»

«  Un cheval ! Mon royaume pour un cheval. » Ces mots, prononcés par Richard III dans la pièce éponyme de William Shakespeare, résonnent comme un classique de la littérature anglaise et s’inscrivent au cœur même de l’histoire d’Angleterre. Difficile d’imaginer la ville de Leicester y jouer un rôle tant la beauté et le charme ne font pas partie de ses atours. Coincée à l’est des Midlands, région vampirisée par Birmingham (la deuxième plus grande ville d’Angleterre), cette cité provinciale n’a été réveillée que par la découverte, en 2012, sous un parking, des restes de Richard III, l’un des plus fameux et cruels rois d’Angleterre, mort à la bataille de Bosworth en 1485 et mis en scène par Shakespeare un siècle plus tard.

Leicester se serait résumé à cela s’il n’y avait eu, en 2016, ce titre sorti de nulle part de Leicester City, jusque-là une équipe sans grand palmarès, habituée à se battre davantage pour la descente qu’à lutter pour le titre. A l’image de son stade, plus éloigné du centre, et peu visible car construit dans une cuvette, Leicester City FC a longtemps vécu dans l’ombre de l’équipe de rugby, les Tigers, plus glorieuse (dix titres de champion, deux Coupes d’Europe), et dont on ne peut manquer l’enceinte à quelques mètres du château et du centre-ville. Pourtant, depuis le titre de 2016, les équilibres de la cité ont été modifiés. Les Foxes ont pris une autre envergure et sont en pleine expansion. Le megastore traduit cette croissance internationale alors qu’un nouveau centre d’entraînement est en construction et devrait être livré pour le début de la prochaine saison. Actuellement deuxième derrière Liverpool, Leicester City observe les mêmes temps de passage que ceux qui étaient les siens lors de la saison du titre. Et dans les Midlands, on se demande si Aston Villa, club légendaire de Birmingham, n’a pas cédé le relais de force régionale à Leicester City. Et ce pour un bon bout de temps.

C’est donc dans la félicité d’une saison réussie, au sein de l’ancien centre d’entraînement, appelé à fermer prochainement, que nous partons à la rencontre de Youri Tielemans, titulaire indiscutable depuis son arrivée en janvier. Acheté cet été pour 40 millions, Tielemans (22 ans) a su s’épanouir et rebondir après un passage délicat à Monaco.

Votre choix de partir à Leicester était risqué. Et pourtant, onze mois plus tard, il s’avère être le bon…

En janvier, Monaco et moi avions pris la décision que c’était mieux pour moi de continuer ma progression ailleurs. Leicester m’a proposé un bon deal (NDLR : un prêt sans option d’achat) et comme je me sentais très bien et que le club voulait me garder, je suis resté. Je connaissais les ambitions du club. Les dirigeants recherchent davantage de consistance et une présence plus accrue dans les places européennes. Donc, ça me parlait et j’avais envie de faire partie de ce projet.

Qu’avez-vous trouvé ici qui vous manquait à Monaco ?

Il ne faut pas comparer. Le club et le championnat sont différents. C’est un autre style de jeu, la Premier League est beaucoup plus intense que la Ligue 1. Mais Monaco m’a appris énormément. J’y ai bien grandi. Et même si, de l’extérieur, on pense que ça ne s’est pas bien passé, je trouve que j’y ai fait d’énormes progrès. Cela reste le club qui m’a offert ma première expérience à l’étranger.

Mais n’attendiez-vous pas plus de votre passage à Monaco ?

Cela a été compliqué au niveau des résultats, surtout la deuxième saison. La première était davantage une saison d’adaptation, d’autant plus que j’ai été freiné par une blessure au moment où je commençais à enchaîner les matches. Par contre, la deuxième ne s’est pas déroulée comme on le voulait, avec peu de points, beaucoup de défaites et un changement d’entraîneur.

Si vous pouviez revenir en arrière, faites-vous le même choix ?

Oui. On ne peut pas prévoir ce qui va se passer. J’aurais juste évité de me blesser (il rit). Monaco venait d’être champion de France, ce qui n’est pas rien avec la présence du PSG, et restait sur un énorme parcours en Ligue des champions (NDLR : demi-finales). Je savais qu’il y aurait certains départs mais pas la moitié de l’équipe. Ceci dit, cela reste le projet de Monaco et c’est de la sorte qu’ils me l’avaient vendu.

Est-ce que Jardim vous convenait ?

J’ai dû m’adapter mais c’est un entraîneur qui a beaucoup de bonnes idées. J’avais une bonne relation avec lui mais c’était à moi de faire le boulot sur le terrain.

Est-ce que le choix de Monaco n’était-il pas davantage dicté par votre ancien agent, Christophe Henrotay ?

Je préfère ne pas parler de cela car ça n’a rien à voir avec le foot.

Le style de Leicester vous convient mieux ?

Il est différent. Cela joue offensif, on essaie d’aller presser très haut et de faire le jeu. A Monaco, il fallait parfois attendre et partir en contre. Le jeu en France est plus statique, au contraire de la Ligue 1. Mais je ne me sentais pas bloqué dans mon jeu en Principauté. Je devais simplement m’adapter.

Quel fut le changement le plus marquant ?

A Monaco, on ne vit pas pour le foot. Ici, les stades sont pleins, l’ambiance est présente à chaque match. Quand on marque à la dernière seconde contre Everton et que le stade explose, c’est une sensation agréable.

Comment expliquez-vous le succès de Leicester ?

On a un très bon entraîneur, on est bien encadré. Avec un groupe jeune et talentueux qui a envie d’apprendre et de progresser. On fait partie d’une famille et les événements tragiques survenus il y a un an (NDLR : la mort du président dans un accident d’hélicoptère sur le parking du stade) ont encore davantage rapproché tout le monde.

Avoir Vardy qui plonge dans la profondeur, cela doit vous plaire…

C’est un très bon attaquant qui va à 2000 à l’heure. Il se donne à fond pour l’équipe et veut toujours qu’on gagne. Quand je me tourne et qu’il court dans l’espace, j’ai juste à mettre le ballon où il va. C’est facile de jouer avec un attaquant pareil.

Comment vous partagez-vous les tâches dans l’entrejeu, avec Ndidi et Maddison ?

Il y a un médian défensif et deux plus offensifs. Mais on doit tous les trois défendre. Maddison est un peu plus petit, plus vif avec des petits appuis. Tu lui donnes le ballon, il se tourne directement et va vers l’avant. Moi, je suis davantage dans la course de fond, plus box-to-box. J’aime courir et faire les longues distances.

En vous plaçant plus haut sur le terrain, cela relance le débat sur votre place favorite…

Moi, je joue où on me dit de jouer. La première année à Anderlecht, l’entraîneur m’avait même fait jouer arrière gauche ! Il n’y a plus une seule équipe qui joue avec un numéro dix. Seul en dix, tu as moins de soutien, moins de points d’appui. Tu es plus dos au but. Avec deux joueurs offensifs, ça me plaît. Et avec Ndidi derrière qui récupère plein de ballons et qui a des tentacules à la place des jambes, ça aide. On peut plus se libérer offensivement. Quand je sais que je dois jouer comme numéro six, je me mets en condition et je suis naturellement moins offensif, je sais que je dois rester plus bas. Comme numéro huit, je joue de manière plus offensive, je sais que je dois revenir vite mais je sais aussi que j’ai un numéro six pour me couvrir. Je connais la spécificité de chaque poste et je m’adapte. Lors de la dernière rencontre des Diables, on jouait avec deux numéros six mais l’entraîneur m’avait demandé d’être moins offensif que Vanaken. C’est simplement de la discipline tactique.

Brendan Rodgers estime que vous êtes un cerveau sur le terrain…

Je vois bien le jeu, j’essaye de l’analyser et de le lire. J’ai appris à réfléchir plus vite. Le niveau est plus élevé. Quand le football va plus vite, il faut réfléchir plus vite. Ça vient naturellement.

Vous avez pris aussi du muscle…

Oui, mais ça vient aussi tout seul. Avec l’âge et la maturité. Je travaille en dehors mais je faisais déjà de la salle à Anderlecht ou Monaco. Pour moi, c’est plus une question de travailler son corps pour les matches. J’essaie toujours de placer la barre un peu plus haut, de devenir meilleur même si cela m’arrive parfois de passer à côté de mon sujet.

Votre réussite n’est pas altérée par les nuits de votre deuxième fille de deux mois ?

Non, elle fait de bonnes nuits (il rit). Mon secret, c’est ma femme. Même quand elle n’en peut plus, elle se réveille pour le bébé.

Le couple politique le plus bizarre des Etats-Unis

Kellyanne et George Conway.
Kellyanne et George Conway. - Reuters

Si vous êtes un admirateur de Donald Trump, le compte Twitter de Kellyanne Conway est un incontournable. On y trouve des éloges de la personne du président, de ses résultats et de son incroyable cote de popularité, mais aussi des moqueries à l’égard des démocrates et des enquêtes menées dans le cadre de la procédure d’impeachment. Elle y diffuse des vidéos et des publications de républicains, de journalistes conservateurs et de Fox News.

Au contraire, si vous haïssez Donald Trump, tournez-vous plutôt vers le compte Twitter de George Conway, où il critique le président et l’accuse de ne pas être à la hauteur de son mandat. Il diffuse des publications qui qualifient Trump de « personnalité narcissique à l’esprit dérangé » et des tweets de « Never Trumpers », ces républicains qui détestent le président.

Kellyanne Conway, 52 ans, travaille à la Maison-Blanche. Elle est l’une des conseillères du président américain, voire l’une des plus proches. Elle a en tout cas, jusqu’à maintenant, survécu au chaos, aux diverses vagues de licenciements et exclusions qui ont secoué le 1600 Pennsylvania Avenue. Kellyanne Conway travaille pour Trump depuis 2016. Elle faisait déjà partie de son équipe de campagne alors qu’il n’était encore que candidat. Sa réputation : une fidélité à toute épreuve à Donald Trump.

George Conway, 56 ans, est avocat. Diplômé de Harvard et de Yale, il fait depuis toujours partie des républicains. Pourtant, depuis que Donald Trump a été élu, il ne s’octroie aucun répit. Chaque jour ou presque, parfois des dizaines de fois par jour, il diffuse des publications critiques et mordantes à l’encontre de Trump sur Twitter. Sa réputation : une opposition tenace à Donald Trump.

Kellyanne Conway et George Conway sont mariés depuis 2001 – presque une éternité dans l’univers politique de Washington. Le couple passionne la capitale américaine, éveillant les fantasmes et les théories du complot les plus délirants. On soupçonne même les Conway de mettre en scène leurs différends politiques pour détourner l’attention lorsque Trump est confronté à une crise d’ampleur au sein de l’appareil gouvernemental. En clair : pour aider Trump.

Il y a peu, au cours d’une discussion au siège du Washington Post, un chroniqueur a émis l’hypothèse selon laquelle Kellyanne Conway serait l’auteure anonyme du livre sur les folies de la Maison-Blanche. Et même qu’il s’agirait en fait d’un livre du couple. Le présentateur, un reporter qui fréquente régulièrement la Maison-Blanche et accompagne Donald Trump lors de ses déplacements, s’est esclaffé d’un rire moqueur.

Sa conclusion : l’homme le plus puissant du monde est fou

Si Washington adore spéculer sur le couple Conway, tous deux tiennent en réalité farouchement à leur indépendance. La preuve en a été donnée il y a quelques semaines. Un article du Washington Examiner affirmait que Trump aurait évoqué Kellyanne Conway comme possible chef d’état-major, mais aurait finalement renoncé à cause des piques de son mari à l’égard du président.

En lisant cet article, Kellyanne Conway est sortie de ses gonds et a appelé la journaliste en insistant sur l’importance qu’a pour elle la séparation de sa vie professionnelle et de sa vie privée. Elle a demandé à la journaliste : « Comment osez-vous mettre en rapport ma carrière et les tweets de mon mari ? » Elle a ensuite affirmé que, si son mari avait été à sa place, rien de ce qu’aurait pu dire son épouse ne l’aurait empêché de progresser dans sa carrière. La journaliste s’est sentie menacée, et le journal a publié la discussion téléphonique.

Pourtant, ce n’était pas la première fois, tant s’en faut, que quelqu’un se permettait de mettre en opposition la vie de Kellyanne Conway et celle de son mari. Donald Trump l’a lui-même fait en mars dernier. A l’époque, George Conway avait écrit à propos du président qu’il était « urgent de mener une enquête sérieuse sur la santé mentale de cet homme ». Il avait ouvertement mis en doute la santé mentale du président, le qualifiant de « narcissique colérique » dont le profil correspondrait à celui d’une personne atteinte d’un trouble de la personnalité narcissique. Maître Conway s’était ainsi fait psychologue, établissant un diagnostic selon lequel, pour résumer en deux mots, l’homme le plus puissant du monde serait fou.

George Conway est même allé plus loin, en envoyant une liste des critères de diagnostic d’un trouble de la personnalité narcissique à ses 800.000 followers sur Twitter, avec en en-tête une question directement adressée à Donald Trump : « Lequel de ces critères de diagnostic ne remplissez-vous pas ? »

Ce tweet a mis Donald Trump hors de lui, et il n’a pas tardé à répliquer sur Twitter. Il a ainsi qualifié l’avocat républicain de « gros loser », de « mauvais perdant » et de « mari exécrable ». Il a ensuite poursuivi en twittant, parfois en majuscules, que George Conway était « TRÈS jaloux de la réussite de sa femme et fâché, qu’avec son aide, je ne lui ai pas donné le poste qu’il voulait si désespérément ». « Lamentable », c’est le mot employé par Eric, le fils de Donald Trump, pour qualifier les remarques de George Conway, qui a ensuite réitéré ses accusations concernant le trouble de la personnalité de Donald Trump – malgré, ou certainement même à cause de la vive réaction de Trump.

L’homme de confiance de Trump, son directeur de campagne Brad Parscale, a lui aussi affirmé que George Conway aurait convoité un poste au sein de l’administration Trump. Mais le président aurait refusé la proposition de Conway. D’après lui, George Conway chercherait désormais à nuire à son épouse, « parce qu’il est jaloux de sa réussite ». D’ailleurs, Donald Trump ne connaîtrait absolument pas son adversaire.

« En aucun cas, je ne voterai pour Trump ou ne le soutiendrai »

Comme souvent chez Trump et son entourage, c’est là un gros mensonge. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs décennies, Conway ayant même résidé à la Trump World Tower de Manhattan. D’après le New York Times, les deux hommes auraient même passé ensemble la nuit de l’élection en 2016, au sein d’un groupe d’amis. Par ailleurs, George Conway et Donald Trump ont tous deux été invités au mariage du ministre des Finances Steven Mnuchin en 2017. Et comme il le dit lui-même, George Conway avait de toute manière réfléchi et renoncé de lui-même à demander un poste de chef de service au sein du ministère de la Justice.

Il se reproche lui-même d’avoir contribué à l’élection de Trump en 2016, même si, comme il le reconnaît, son action est restée modeste. Il se considère malgré tout partiellement responsable de la situation actuelle. D’après lui, Trump n’a aucun respect pour la figure présidentielle, ni pour l‘histoire. A ses yeux, le président n’a pas compris que sa mission allait au-delà de sa propre personne. George Conway est convaincu que, dès son premier jour de mandat, Trump a donné la preuve qu’il n’était pas apte à l’assumer.

George Conway, il faut le savoir, est un vrai conservateur. Mais en vue de l’élection présidentielle de 2020, il n’exclut désormais plus de soutenir un candidat démocrate. Cela dépendra de leurs déclarations politiques, « mais en aucun cas, je ne voterai pour Trump ou ne le soutiendrai ».

Comme on peut le lire dans le New York Times, les conseillers de Donald Trump lui auraient recommandé depuis un certain temps d’ignorer George Conway. Kellyanne Conway fait-elle également partie de ces conseillers ? En tout cas, tout le monde aimerait être une petite souris pour écouter ce que le couple peut bien se dire à propos de Trump. Difficile d’imaginer que de telles figures politiques n’aborderaient absolument pas la question du président.

Dans sa pugnacité, George Conway ressemble à Trump

George Conway a confié au New York Times qu’à l’approche de la campagne pour l’élection présidentielle, lui et son épouse avaient organisé leur vie de manière à permettre à madame d’assumer la direction de la campagne de Trump. Il a ajouté qu’il faisait tout pour aider sa femme, comme lors de son déménagement à la Maison-Blanche suite à la prise de fonctions de Trump en 2017. George Conway a payé la progression fulgurante de la carrière de son épouse au prix fort. La famille a déménagé du New Jersey à Washington, et il a dû abandonner ses activités d’associé d’un cabinet d’avocats, car ce dernier ne disposait d’aucune antenne dans la capitale.

Depuis, il joue le rôle de « conseiller ». Parfois, George Conway sous-entend que sa femme n’aurait aucune estime pour Donald Trump. Quelle autre interprétation donner à son retweet d’un article de magazine mis en avant par la phrase : « Les gens qui travaillent le plus étroitement avec Trump sont ceux qui le respectent le moins » ?

Pourtant, dans sa pugnacité, George Conway ressemble à Trump. Il répond aux attaques avec détermination, les considère comme un honneur, y voit une sorte de consécration. Lorsque celui qu’il considère inapte à occuper le poste de président le traite de « loser », cela ne fait que confirmer son jugement initial.

Pour Trump, l’attaque est toujours la meilleure défense, et le président américain est un fervent adepte du principe « œil pour œil, dent pour dent ». Toute personne ayant pris ses distances avec lui ou ne l’ayant même critiqué qu’une seule fois se retrouve dans le collimateur. Dans des relations sociales normales, où peuvent parfois également apparaître des tensions et critiques, ce type de mode de pensée en noir et blanc et ami/ennemi serait très mal accepté. Rester de marbre face aux critiques, les ignorer pour punir ceux qui les ont formulées, c’est une méthode qui ne vient absolument pas à l’esprit de Trump. Quand quelqu’un l’attaque, il contre-attaque. Et George Conway en fait autant. Mais Trump est sans aucun doute plus tonitruant – et résolument plus puissant.

Kellyanne Conway, qui d’ailleurs, avec trois millions de followers, est quatre fois plus suivie sur Twitter que son mari, montre quant à elle qu’une autre voie est possible : elle refuse toujours catégoriquement de commenter publiquement les commentaires de son époux. Lorsque George Conway a mis en doute la santé mentale du président, elle a simplement répondu aux journalistes qu’elle ne partageait pas cette opinion. Mais de manière générale, son attitude est toujours : no comment. Notamment, comme l’aurait expliqué Kellyanne Conway à des amis, pour protéger leurs quatre enfants communs.

Personne ne pourra donc dire que la Maison-Blanche de Trump ne compte aucune personnalité douée de bienséance, de maîtrise de soi et de style.

«J’ai pris la fuite lors de la nuit de noces mais ma mère m’a ramenée à mon mari»

«J’ai pris la fuite lors de la nuit de noces mais ma mère m’a ramenée à mon mari»
Reuters

Sara, telle que nous la nommerons dans cet article, est une mineure qui s’est mariée à l’âge de 13 ans à Casablanca. Aujourd’hui, elle en a 18. En réalité, elle a été mariée de force. Cette pratique est aussi banale qu’assumée au Maroc. Il s’agit du mariage « orfi », nom que l’on donne aux unions conclues par la simple lecture de la Fatiha, la sourate d’ouverture du Coran. Il n’a fallu ni document écrit, ni notaire, ni tampon officiel. Son mari a habité une semaine avec elle chez ses parents puis il est parti combattre en Syrie. C’est depuis la Syrie qu’il lui a demandé de porter le niqab, ce voile qui couvre tout le visage des femmes, à l’exception d’une ouverture au niveau des yeux, et qu’elle se rende en Syrie en passant par la Turquie pour le rejoindre. « La jeune fille n’a pas voulu se rendre en Syrie », raconte Amal el Amine, membre de l’organisation Droit & Justice. « Mais elle n’avait aucune formation, elle avait quitté l’école et sa famille était très pauvre. Sa seule issue était la prostitution. Notre association lui finance une formation d’un an en coiffure. »

Le Code de la famille, lancé par Mohamed VI et approuvé en 2004, a représenté une grande avancée pour les droits des femmes. Pour la première fois, l’âge légal du mariage était fixé à 18 ans. Mais il laissait la porte ouverte à certaines exceptions : on pouvait légaliser le mariage si des « raisons impérieuses » étaient invoquées et qu’un « examen médical ou une enquête sociale » étaient réalisés au préalable. L’idée étant que les mineures ne perdent pas leurs droits en tant qu’épouses. Mais les exceptions prévues par la loi sont devenues la règle.

La féministe Nouzha Skalli, ministre du Développement social et de la Famille entre 2007 et 2012 pour le Parti du Progrès et du Socialisme, explique que l’article 16 du Code de la famille avait prévu la possibilité de régulariser les mariages informels : « L’article de loi a été prorogé de cinq ans en 2009 et de cinq années supplémentaires en 2014. Il a été utilisé pour contourner la loi sur les questions de polygamie et de mariage de mineures. Il a permis aux hommes, généralement assez âgés, de se marier avec de très jeunes femmes. C’est ainsi que des actes pédophiles ont été tolérés, sous couvert de mariage, alors qu’il s’agissait d’actes illégaux. Heureusement, depuis février dernier, l’article de loi n’a plus été prorogé. »

Ce qui ne fait pas disparaître le problème. Nouhza Skalli estime que le problème n’est pas seulement d’ordre juridique, mais qu’il est aussi social : « Le mariage par la Fatiha est profondément enraciné dans la société. Beaucoup pensent que sa simple lecture légitime le mariage, même s’il n’y a pas de documents pour en attester. Il est très difficile de lancer une campagne contre le mariage par la Fatiha, parce qu’on peut être accusé d’attenter à la religion. »

« L’Etat a beaucoup de pouvoir, mais il n’agit pas »

Anisa a 52 ans. A Fez, à l’âge de 15 ans, elle a été mariée de force à un homme de 28 ans. Au siège de l’association Union de l’Action Féministe de Rabat, elle raconte : « La première nuit, quand il s’est approché de moi, je suis partie en courant, j’ai fui vers la maison de mes parents. Mais ma mère et une de mes tantes m’ont ramenée chez lui. Il faut dire que ma mère n’avait que 10 ans lorsqu’on l’a mariée. Elle et ma tante attendaient derrière la porte pour s’assurer que je ne m’enfuirais plus. J’ai passé une semaine entière à pleurer toutes les nuits. »

Ce qu’a vécu Anisa est loin d’être un cas isolé. Le ministère de la Justice a enregistré 32.104 demandes de mariage de mineures en 2018, contre 30.312 en 2006. Entre 2011 et 2018, 85 % de ces demandes ont été acceptées. On parle généralement de « mineures », mais 99 % d’entre elles sont en fait des adolescentes, voire des petites filles. Les statistiques ne prennent pas en compte les mariages par la Fatiah car, sans preuve écrite, ils sont impossibles à comptabiliser.

Fatima el Maghnaoui, directrice de l’Union de l’Action Féministe, souligne que le terme « mariage de mineures » est inapproprié : « On devrait plutôt parler de mariage forcé de mineures. L’Etat est le principal responsable : la place d’une jeune fille mineure ne doit être nulle part ailleurs que sur les bancs de l’école. L’Etat a beaucoup de pouvoir : il peut se rendre dans les villages, lancer des campagnes médiatiques, mettre des amendes aux parents qui marient leurs enfants. Mais il n’agit pas. »

Le procureur général du royaume, Mohamed Abdel Nabaui, a tiré la sonnette d’alarme, le 29 octobre dernier : « Le nombre de demandes de mariage de mineures ne cesse d’augmenter. Nous remettons en question le traitement juridique qui a été octroyé à ces demandes. » Et il a posé cette question inquiétante : « Les différents membres du système judiciaire, les procureurs y compris, ont-ils traité ces demandes comme ils l’auraient fait pour leurs filles ou comme de simples procédures judiciaires ? » « Je laisserai chacun en juger en son âme et conscience », a répondu le procureur lui-même.

« Ces jeunes filles se voient obligées d’abandonner l’école »

Fatima a été mariée à l’âge de 15 ans à un homme de 26 ans dans la ville de Zagora, dans le sud du Maroc. Aujourd’hui, elle a 30 ans et trois enfants. « Je me souviens que c’est la perspective de la fête du mariage qui me faisait le plus rêver. Lors de ma première semaine en tant que jeune mariée, j’avais très peur des rapports sexuels. » Au bout de deux ans, son mari s’est mis à boire, à se droguer et à la battre. Maintenant, Fatima est désemparée et ne trouve pas d’issue à sa situation. Il n’est pas facile d’obtenir le divorce, ni de vivre de façon indépendante avec trois enfants à charge. A défaut d’être soutenue par l’Etat, Fatima fait appel à l’association Insat, dans la ville de Béni Mellal.

« Il y a un élément récurrent dans le cas des mariages de mineures : l’abandon des études », explique Mouhsine Saida, membre de cette organisation qui porte secours aux femmes en difficulté. « Bien que dans leur majorité, ces jeunes filles souhaitent poursuivre leurs études, elles se voient obligées d’abandonner l’école pour toute une série de raisons : la pauvreté de leur famille, l’éloignement de leur école par rapport à leur lieu d’habitation, l’interdiction imposée par leurs parents de retourner à l’école. Souvent, ces jeunes filles se retrouvent, au bout de quelques années, à charge d’enfants et sans échappatoire. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles sont au bord du suicide. »

Hanan a été mariée à 14 ans à un homme de 28 ans. Aujourd’hui, elle a 35 ans et cinq enfants. Elle a divorcé il y a quatre mois et vit à Béni Mellal. « Je me suis mariée pour fuir le foyer parental. La fête du mariage me faisait rêver. Mais mon mari n’a pas organisé de fête. Je me souviens qu’il se montrait très heureux d’avoir des rapports sexuels les premières nuits, alors que moi j’étais terrorisée. Si c’était à refaire, je me serais mariée à l’âge que j’ai aujourd’hui, c’est-à-dire à plus de 30 ans. Ça m’aurait permis de rencontrer un homme qui m’aime vraiment. »

Stephanie Willman, fondatrice de l’ONG Mobilising for Rights Associates à Rabat, pense qu’il existe un lien très clair entre le mariage de mineures et l’article 490 du Code pénal qui sanctionne les relations extraconjugales : « Tant que les jeunes filles ayant des rapports sexuels en dehors du mariage n’auront d’autre choix que le mariage ou la prison, les mariages de mineures continueront d’avoir lieu. »

Salaires: êtes-vous bien payés? (infographie)

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Par Cédric Petit

Finances ,

Les partis francophones signent une trêve sur le cas Khattabi

Kakia Khattabi à la Cour constitutionnelle
? Sa candidature est loin de faire l’unanimité en Flandre et au sein du MR.
Kakia Khattabi à la Cour constitutionnelle ? Sa candidature est loin de faire l’unanimité en Flandre et au sein du MR. - Belga.

Récit

Vendredi 13 décembre. On ne choisit pas ses dates. Ou parfois, oui. Le Sénat se réunit en séance plénière, avec à l’ordre du jour, un point qui sent le soufre : la désignation de deux nouveaux juges à la Cour constitutionnelle, après autant de départ à la retraite. Côté néerlandophone, le poste revient au SP.A, où Yasmine Kherbache doit succéder à Erik Derycke ; côté francophone, l’écologiste Jean-Paul Snappe s’en va et Zakia Khattabi est pressentie pour occuper son siège.

En ce matin de crachin, le ciel de l’ex-coprésidente des verts est en berne. Depuis le 6 décembre, elle essuie les attaques du Vlaams Belang et de la N-VA sur les réseaux sociaux. Et la famille libérale, au nord comme au sud, ne cache pas ses réticences à soutenir la candidature d’une femme politique qui ne les a pas épargnés sous la précédente législature et à qui ils reprochent, en vrac, de se laisser emporter par ses émotions et d’être « incapable de prendre de la hauteur, ce qui est nécessaire pour cette fonction ».

Quand les sénateurs se réunissent, vers 11h30, Sabine Laruelle (MR) annonce le report du point. « La Cour constitutionnelle est un organe essentiel au fonctionnement de notre démocratie », explique la présidente du Sénat. « C’est la première fois qu’on assiste à une campagne ad hominem de diffamation. Or il faut de la sérénité pour ce genre de désignation. C’est pourquoi j’ai proposé le report du vote au 17 janvier. » Une décision qui provoque la colère de la N-VA et du Vlaams Belang : l’ordre du jour avait été fixé par le bureau du Sénat et aucun élément neuf de nature juridique ou technique ne vient justifier ce report, dénoncent-ils avant de quitter la séance en signe de protestation.

Le MR mal pris

En réalité, ce report répond aussi à des préoccupations plus terre à terre. Au MR, d’abord. Les libéraux sont partagés. Leur contentieux avec Zakia Khattabi est long comme un jour sans pain. Dans l’opposition, elle n’a pas ménagé le gouvernement de Charles Michel. Et sa rancune trouve encore des relais parmi les mandataires libéraux. Georges-Louis Bouchez, le nouveau président du MR, ne ménage pas non plus ses critiques à l’égard de l’ex-coprésidente écologiste. Y compris en pointant le fait que celle-ci n’est pas juriste, alors que son prédécesseur à la Cour constitutionnelle, Jean-Paul Snappe, était agrégé de géographie et que ce critère ne figure pas parmi ceux prévus pour la désignation des juges « politiques ». De plus, la campagne pour le scrutin fédéral de mai dernier n’a rien arrangé. Enfin, la récente désignation d’un écologiste (Baptiste Erkes) à la tête du conseil d’administration de la RTBF, au détriment de Richard Miller, est restée en travers de la gorge à l’avenue de la Toison d’or.

Mais si les griefs sont nombreux au MR, certains réformateurs mesurent le risque qu’il y a à torpiller la candidature de Zakia Khattabi dans le climat actuel. Cela donnerait l’impression que le MR cautionne les attaques des nationalistes flamands, alors que les libéraux ont simplement exprimé des critiques à l’égard de son profil, rappelle l’un d’eux. De plus, le jeu fédéral est assez compliqué pour y ajouter une difficulté en se brouillant avec Ecolo. Néanmoins, l’abstention ayant été annoncée publiquement, impossible de changer de vote sans perdre la face. C’est pourquoi la solution du report arrange le MR.

Les présidents dans la danse

Qui a sollicité ce report ? Plusieurs sources désignent les verts, même si d’autres insistent sur le fait que cela arrangeait bien le MR. Ecolo ne peut prendre le risque d’un camouflet. Ce serait une première pour un tel vote. Dans d’autres partis, on est également gêné aux entournures. « Zakia Khattabi n’a pas une très longue expérience politique », fait valoir un sénateur. Et elle n’a mené aucune démarche pour se rendre populaire. Mais il y a traditionnellement un droit de suite pour garantir le pluralisme et le choix était de la soutenir ou de cautionner les attaques des flamingants. » Autrement dit, les interférences de la N-VA et du Vlaams Belang dans le poto-poto francophone (chacun choisit ses juges dans son groupe linguistique) contraignent les sénateurs sudistes à soutenir la candidate écologiste « même si cela aurait été plus simple avec une autre personnalité ».

Pour éviter un clash qui n’arrangerait personne côté francophone, on fait chauffer les téléphones. Les présidents des différents partis se parlent. Et s’ébauche alors le scénario du report. Avec cette condition implicite : plus de vagues. Ce qui explique le silence radio des présidents sur ce sujet, en cette journée du vendredi 13.

Le vote est renvoyé au-delà de la trêve des confiseurs. A ce moment-là, le calme sera revenu, espèrent les différents états-majors. Les fêtes auront peut-être permis à Zakia Khattabi d’amadouer les autres familles politiques. Ou à Ecolo de lui trouver un substitut plus rassurant pour celles-ci. Car il faudra donner une raison au MR de changer de position, si cette candidature veut rallier une majorité des deux tiers au Sénat. Et d’ici là, éviter les échelles et les chats noirs.

Grand Baromètre: le Vlaams Belang s’envole, la Flandre à droite toute

En Flandre, le Vlaams Belang, parti d’extrême droite, caracole en tête du classement, avec pas moins de 27,3
% des intentions de vote.
En Flandre, le Vlaams Belang, parti d’extrême droite, caracole en tête du classement, avec pas moins de 27,3 % des intentions de vote. - Belga.

Entre la N-VA et le VLD, c’est à qui boira la plus grosse tasse. Pour ce qui concerne la Flandre, c’est l’enseignement numéro un de ce nouveau Baromètre Ipsos-RTL-Le Soir.

Commençons par la N-VA, qui reste derrière le Vlaams Belang, comme nous l’avait indiqué déjà notre précédent baromètre, en septembre. C’est donc une confirmation. C’est grave en soi, et plus encore car l’écart se creuse : d’après Ipsos, il s’élève maintenant à 5,2 points des intentions de vote. Le parti d’extrême droite caracole en tête du classement, avec pas moins de 27,3 % des intentions de vote, la N-VA, deuxième, est pointée à 22,1 %.

Venons-en au VLD. Là aussi, ça fait mal. Les libéraux flamands recueillent 9,9 % des intentions de vote. C’est 3,6 points de moins qu’aux élections de mai. Et on passe sous la barre symbolique des 10 %. Berezina.

Enseignements ?

L’électorat en Flandre est en colère. Il se radicalise un peu plus encore. La N-VA version ultra, avec Theo Francken en voltigeur, trouvera dans ce sondage des raisons de durcir le ton, ce que Bart De Wever a, du reste, commencé de faire ces derniers temps, flairant sans doute l’embrouille.

Arc-en-ciel à contresens

Quant au VLD, gageons qu’il est sanctionné pour avoir laissé accroire qu’il pourrait éventuellement prendre part à un gouvernement fédéral arc-en-ciel aux côtés des socialistes et des écologistes et aux dépens de la N-VA. Car le sondage a été réalisé entre le 29 novembre et le 6 décembre, alors que Paul Magnette évoluait comme informateur royal et poussait tant et plus son projet arc-en-ciel. Si l’on en croit l’institut Ipsos, l’électorat du VLD ne veut pas de cette alliance à contresens par rapport aux tendances lourdes en Flandre. On imagine que le sondage raidira un peu plus encore les troupes libérales flamandes.

Pour compléter le tableau, on notera que ces glissements en termes d’intentions de vote ont des conséquences directes sur le nombre de sièges à la Chambre dont sont créditées ces deux formations : la N-VA en perd 5, le VLD 4…

Les autres partis ? Le CD&V peut se targuer de se maintenir à la troisième place au classement général, mais il n’y a là rien de rassurant pour lui. Le diagnostic, au contraire, est inquiétant… Avec 11,4 % des intentions de vote, les chrétiens-démocrates flamands font 2,8 points de moins qu’aux élections de mai dernier et, en fait, s’enfoncent au sein de ce petit groupe de poursuivants très éloignés de la tête de course : juste derrière eux, Groen est pointé à 10,7 %, le VLD, on l’a dit, obtient 9,9 % des intentions de vote, le SP.A, 8,9 %, ajoutez le PVDA (le PTB au nord du pays), qui recueille 8,4 % des intentions de vote. Ce n’est pas anodin : l’extrême gauche ne décollait pas jusqu’ici mais, si les prévisions sondagières se concrétisent, l’aile flamande du PTB est sur le point de rattraper le SP.A, alors que plus de cinq points de pourcentage les séparaient aux dernières élections.

Gauche flamande en berne

Faut-il préciser que les partis flamands (VLD, SP.A, CD&V, Groen) composant le fameux hypothétique arc-en-ciel élargi dont il est question au fédéral sont ceux qui font partie de ce petit groupe de retardataires, de perdants…

On relèvera enfin – ce n’est pas nouveau, mais c’est toujours remarquable – l’insigne faiblesse du camp de gauche en Flandre : si l’on additionne SP.A, Groen et PVDA, on atteint 28 % des intentions de vote en tout et pour tout.

Ce sondage ne facilitera pas la vie des informateurs actuellement en action, Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens. On le sait, ils privilégient pour le moment un gouvernement sans la N-VA, un arc-en-ciel élargi au CD&V, mais notre sondage indique que cet attelage perdrait des voix, alors qu’il n’est actuellement pas majoritaire en Flandre. Et l’actualité de ces dernières heures laisse à penser que, si les informateurs veulent à tout prix un gouvernement sans la N-VA, ce ne sera pas simple. Ce matin, sur la VRT, Pieter De Crem, l’un des hommes forts du CD&V, a relancé l’idée d’une implication de la N-VA dans la future coalition fédérale. « Nous estimons qu’il faut une majorité flamande », a-t-il indiqué, ce qui exclut implicitement l’arc-en-ciel, même renforcé du CD&V. Et, on s’en étonnera peu, Bart De Wever a rappelé lui aussi sa disponibilité. « J’ai présenté une méthode de travail au Roi. Je prendrais volontiers mes responsabilités et j’aimerais toujours le faire. » La veille, sur la RTBF, Paul Magnette avait affirmé que Bart De Wever n’avait aucune intention de devenir informateur. « Je veux vraiment démentir », a conclu Bart De Wever en réponse.

Bref, on le constate, la constitution d’une majorité reste très compliquée. En cas d’échec, restera la perspective de nouvelles élections. Et dans ce cas, notre sondage ne donne pas beaucoup d’autres perspectives qu’une nouvelle vague brune.

Élections britanniques: pourquoi Nicola Sturgeon n’a aucun levier politique pour un nouveau référendum écossais

Sturgeon
: un référendum bien compromis.
Sturgeon : un référendum bien compromis. - EPA

Elle clamait déjà la volonté d’un référendum pendant la campagne électorale. Elle estime aujourd’hui disposer « d’un mandat pour donner à nouveau le choix » à la population. Nicola Sturgeon, leader du Parti national écossais SNP et Première ministre de l’Ecosse, veut mettre à l’agenda un second référendum sur l’indépendance de sa nation. Son parti a remporté 55 sièges lors des élections législatives de jeudi au Royaume-Uni. Pour Nathalie Duclos, professeure et spécialiste de l’Ecosse à l’université de Toulouse, la tâche s’annonce ardue pour Nicola Sturgeon.

Le SNP a remporté plus de sièges qu’annoncé. Quelles conséquences pour le parti indépendantiste ?

Cela ne change pas grand-chose pour le SNP à vrai dire. À l’assemblée des communes, il n’y a que 59 sièges pour l’Écosse. Même si le SNP avait raflé 100 % des sièges, ce n’aurait pas été un levier numérique sur le parti conservateur britannique. Le bon score du SNP aurait été un atout si les travaillistes avaient gagné. Le scénario idéal aurait été que Corbyn devienne Premier ministre mais que les travaillistes n’obtiennent pas suffisamment de sièges pour pouvoir se passer des nationalistes écossais au Parlement : un gouvernement travailliste minoritaire.

Convaincre Boris Johnson d’autoriser un second référendum écossais, c’est impossible ?

Le problème c’est que Sturgeon n’a aucun levier politique. Le SNP peut seulement dire « nous avons la légitimité politique, nous avons la volonté majoritaire du peuple écossais dernière nous ». J’ai du mal à voir pourquoi Johnson céderait alors qu’il s’est toujours opposé à l’organisation d’un second référendum. Le souci c’est que Sturgeon est au pied du mur : elle s’est engagée auprès de son parti à demander un second référendum avant Noël. Quand Johnson refusera, il faudra qu’elle présente une stratégie alternative.

Qu’est-ce qui est envisageable ?

La seule chose qu’elle n’a pas encore tentée c’est de porter l’affaire devant la Cour suprême britannique. C’est la seule voix. À partir du moment où les indépendants écossais se refusent à un référendum illégal sur le mode catalan, c’est les tribunaux qui sont compétents pour trancher et questionner la division des pouvoirs entre les Écossais et les Britanniques. Le SNP n’a pas évoqué officiellement ce scénario mais je ne vois pas ce qu’il leur reste. Cette élection n’a rien changé dans les rapports de pouvoir : le gouvernement est toujours conservateur, toujours dirigé par Johnson, qui est toujours opposé à un nouveau référendum. Pour lui, le dernier référendum a été vendu comme « celui d’une génération » par les indépendantistes à l’époque. Il n’est pas nécessaire de relancer les dés aussi tôt. Pour Sturgeon, les circonstances sont bien trop différentes puisque la menace d’un Brexit n’était pas encore clairement présente en 2014.

L’avocat du Roi Albert II au sujet de l’affaire Delphine Boël: «Il me fait penser à l’empereur Marc Aurèle»

L’avocat du Roi Albert II au sujet de l’affaire Delphine Boël: «Il me fait penser à l’empereur Marc Aurèle»
Belga

En réaction au rejet ce vendredi du pourvoi en cassation du roi Albert II, son avocat Alain Berenboom a souligné que son client a été mêlé à cette première procédure de désaveu de paternité de Jacques Boël malgré lui, alors que la loi ne l’imposait pas.

Victoire pour Delphine Boël: la procédure de reconnaissance de paternité d’Albert II peut commencer

Alain Berenboom refuse de voir ce rejet du pourvoi comme une défaite. La cour de cassation a décidé qu’à ce stade de la procédure, le roi Albert II était étranger à l’action en contestation de paternité et que, en conséquence, son point de vue ne pouvait pas encore être entendu. Ses arguments seront pris en considération dans le cadre du deuxième volet de la procédure, qui va maintenant s’ouvrir devant la cour d’appel de Bruxelles pour déterminer la paternité éventuelle du roi.

« Personne ne connaît les résultats de ce test ADN »

« Personne ne connaît les résultats de ce test ADN, pas même le Roi », met en exergue Me Berenboom. « Devant la cour d’appel se posera la question de savoir s’il faut produire ou non les résultats de ce test ADN. Cela fera l’objet de débats juridiques ». Le point primordial sera de savoir si le Roi peut ou non être considéré comme le père légal de Delphine Boël. « Delphine Boël n’a maintenant plus de père légal », explique Me Berenboom. « La question est de savoir si le Roi va devenir ou non son père légal ».

Concernant l’état d’esprit de l’ancien souverain, Me Berenbaum s’avance à faire une comparaison avec l’empereur romain Marc Aurèle : « J’ai le sentiment lorsque je le vois qu’on a affaire à un roi philosophe. J’ai l’impression qu’il a une très grande sérénité. Il me fait un peu penser à l’empereur Marc Aurèle, qui disait notamment qu’il ne faut pas en vouloir aux événements. Je pense que le Roi partage cette philosophie-là ».

Netflix a lancé l’opération «Fêtes»

Un pyjama en pilou, un plaid bien moelleux et une tasse de chocolat chaud dans les mains : Noël est la période par excellence où l’on a envie de rester bien au chaud chez soi, confortablement installé dans le fin fond de son canapé, si possible devant une comédie romantique un peu kitsch où la magie de Noël fait son effet.

Au fil du temps, un véritable business s’est en fait construit autour des films de Noël, devenu un genre à part entière, synonyme de succès au box-office. Parmi les exemples les plus marquants : Le Grinch, qui a rapporté plus de 345 millions de dollars au Box-office mondial, Le Pôle express de Robert Zemeckis (313 millions) et Maman, j’ai raté l’avion ! (476 millions).

Une recette qui fonctionne tellement bien qu’elle est devenue une tradition pour les studios et producteurs, tant pour le cinéma que pour la télévision, et aujourd’hui les plateformes de streaming. Cette année, pas moins d’une centaine de productions du genre sortent (surtout aux États-Unis mais aussi partout dans le monde). Les spectateurs auront le choix entre Last Christmas, où Emilia Clarke se glisse dans la peau d’un elfe ; Un safari pour Noël avec Kristin Davis, la Charlotte York de Sex and the City  ; The Knight before Christmas avec Vanessa Hudgens ; Flocons d’amour  ; La légende de Klaus pour les plus jeunes ; …

Il faut dire que la période de Noël est particulièrement favorable pour les sorties cinéma, comme le démontre le nombre de blockbusters qui sortent à cette période (La Reine des Neiges 2 fin novembre, le dernier Star Wars à la veille du réveillon…). Selon un sondage de l’institut Rentrak, des États-Unis aux différents pays d’Europe, on aperçoit une petite augmentation du nombre d’entrées en salles durant cette période. Plutôt logique puisqu’entre deux parts de bûche, Noël est une période que l’on passe généralement en famille et où on prend son temps après une année pleine de travail et de stress. D’où l’attrait des films de Noël, qu’ils soient comédies, romantiques ou animés.

Un plaisir coupable et rassurant

« Les « films de vacances » sont populaires car ils sont un moyen d’évasion mais surtout parce qu’ils offrent un aperçu du monde tel qu’il pourrait être », explique S. Brent Rodriguez-Plate, professeur de Sciences religieuses, de cinéma et de communication au Hamilton College de New York dans un article pour The Conversation, média indépendant en ligne regroupant des textes issus de la communauté scientifique. « Et cette constatation est particulièrement vraie lorsqu’il s’agit de films de Noël. Le classique de 1946 La vie est belle (de Frank Capra) représente les visions d’une communauté dans laquelle chaque citoyen est une composante vitale. Love Actually (2003), qui suit la vie de huit couples à Londres, apporte aux téléspectateurs le thème éternel de la romance et des épreuves au sein d’un couple. En emmenant les spectateurs dans un monde fictionnel, ces films permettent aux gens de surmonter leurs propres peurs et désirs. Ils offrent l’espoir de croire que tout pourrait bien se terminer à la fin. » Bref, autant de choses qui permettent de rendre la vie plus douce.

Une réalité que les chaînes de télévision et les plateformes de streaming ont bien comprise. Depuis 2017, la chaîne américaine Hallmark a augmenté son nombre de films de Noël de 20 % (ce qui lui a permis d’augmenter de manière significative son nombre d’abonnés alors que les Américains ont plutôt tendance à abandonner leur abonnement aux chaînes câblées pour les services de streaming), Lifetime l’a quadruplé et Netflix l’a doublé. « Quelle que soit la situation économique, que ce soit le chaos ou qu’il y ait une stabilité, il y a un goût extraordinaire pour des programmes simples, kitsch, peu sophistiqués et faciles à regarder », explique au New York Times Robert Thompson, directeur du Bleier Center for Television & Popular Culture à l’université de Syracuse. « Et tant mieux si c’est enveloppé avec des rubans de Noël. »

Aux États-Unis, les chaînes du câble, qui dominaient depuis longtemps le marché, entrent aujourd’hui en compétition avec les plateformes comme Netflix, Apple ou Walt Disney. Et l’offensive lancée par Netflix cette année en est un bon exemple : chez nous, pas moins de 72 films et séries sont recensés sous cette catégorie. À l’image de ce qu’elle fait de plus en plus pour les films traditionnels, la plateforme a également produit six nouveaux (télé)films. Une manière sans doute de reconquérir les spectateurs, qui ont ces derniers mois eut tendance à se désabonner.

Peut-on se payer la Maison-Blanche?

Nelson Rockefeller (à gauche), bref vice-président de Gerald Ford, n’est jamais parvenu à décrocher l’investiture républicaine.
Nelson Rockefeller (à gauche), bref vice-président de Gerald Ford, n’est jamais parvenu à décrocher l’investiture républicaine. - AFP.

I’m not a billionnaire ! », a lâché, amère, la sénatrice de Californie, Kamala Harris, en annonçant qu’elle abandonnait la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine.

La pique visait sans doute moins Donald Trump que deux candidats de son propre parti, Tom Steyer et Michael Bloomberg, dont les fortunes personnelles sont estimées, respectivement, à 1,6 milliard et 50 milliards de dollars par le magazine Forbes.

Que des hommes, blancs, et vieux, comme Steyer (62 ans) et Bloomberg (77 ans), mais aussi Joe Biden (77 ans) ou Bernie Sanders (78 ans), puissent – sauf surprise – mener campagne jusqu’à la convention démocrate de Milwaukee, prévue en juillet 2020, alors que Kamala Harris, self-made woman de 55 ans, métisse, de père jamaïcain et de mère indienne, ait dû jeter l’éponge début décembre 2019 est déjà, en soi, problématique pour certains progressistes.

Qu’à l’instar de l’actuel président des États-Unis – à la tête d’un pactole de 4,1 milliards de dollars, toujours selon Forbes – les deux premiers cités soient, en plus, « pleins aux as » constitue un scandale.

Pourtant, si on consulte les comptes de campagne sur le site officiel de la commission électorale fédérale, on découvre que Kamala Harris occupait une très honorable 5e place en termes de fonds levés, soit 37 millions de dollars : autant que le favori démocrate, Joe Biden.

Par ailleurs, comme l’a épinglé le chroniqueur politique du New York Times, Frank Bruni, Mme Harris – qui s’était vantée d’avoir le soutien enthousiaste du réseau de donateurs et de partisans d’Hillary Clinton – est entrée en campagne avec un viatique de 6 millions de dollars, alors que Bernie Sanders ne disposait que de 2,5 millions, Amy Klobuchar de 2 millions ou Pete Buttigieg de 100.000 $ – trois candidats toujours en lice.

On pourrait ajouter que Bernie Sanders et Elizabeth Warren ont levé des mannes d’argent considérables sur un programme bien à gauche et sans courtiser les ploutocrates…

Mais voilà, après un début de campagne en fanfare, celle que certains avaient surnommée « l’Obama au féminin » a dégringolé dans les sondages.

Un manque de fond plutôt que de fonds ? « Il y a le sens politique », opine Frank Bruni. « Il y a le talent brut. Le dernier président démocrate, Barack Obama, en avait beaucoup. Le prochain président démocrate devra en avoir, aussi ».

Exit Kamala Harris. Demeure la question, in abstracto  : faut-il être milliardaire pour devenir président des États-Unis ?

L’exception Trump

On le sait, Donald Trump l’est – et est même très fier de l’être. Idem, on l’a dit, pour Tom Steyer et Michael Bloomberg. Ce dernier est carrément, et de loin, le candidat président le plus fortuné de toute l’histoire politique américaine.

Ceci acté, si l’on feuillette les annales, ils font figures d’exceptions.

Si aucun président n’a connu de fins de mois difficiles après avoir quitté la Maison-Blanche – sauf peut-être le démocrate Harry Truman (en fonction de 1945 à 1953) – Donald Trump est le seul et unique milliardaire à avoir occupé le Bureau ovale.

Si l’on convertit les avoirs de ses 44 prédécesseurs en « dollars actuels », ses deux dauphins, George Washington (1789-1797) et Thomas Jefferson (1801-1809), font pâle figure, avec une richesse respective estimée à 587 et 236 millions de dollars. Le président le mieux nanti du XXe siècle fut le républicain Théodore Roosevelt (1901-1909), avec une fortune de 139 millions de dollars.

Même parmi tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont concouru pour décrocher l’investiture de leur parti, on ne dénombre guère que deux milliardaires, depuis la Deuxième guerre mondiale.

L’arbitre Perrot

Ross Perrot, disparu le 9 juillet de cette année à l’âge de 89 ans, a laissé un héritage estimé à 4 milliards de dollars.

Il créa la surprise à l’élection présidentielle de 1992. Inscrit comme indépendant, il finança sa campagne sur fonds propres et joua les trouble-fête lors du duel final entre le républicain George H. Bush et son jeune challenger démocrate, Bill Clinton.

Clinton devint le 42e président des États-Unis en séduisant 44 millions d’Américains, contre 39 millions pour Bush. Perrot arriva troisième, mais en rassemblant près de 20 millions d’électeurs sur son nom, soit 19 % des suffrages. Des voix essentiellement siphonnées dans le réservoir républicain – qui causèrent donc la perte du président sortant.

Ross Perrot récidivera quatre ans plus tard, mais sous la bannière du Parti réformateur, qu’il avait fondé pour l’occasion, et avec un succès nettement moindre : 8,4 % des voix seulement. Un score toutefois inhabituellement élevé dans un pays où le bipartisme est la règle.

Le looser Rockefeller

Le cas de Nelson Rockefeller (décédé en 1979) est plus pathétique.

Petit-fils du fondateur de la Standard Oil, John D. Rockefeller, multimilliardaire lui-même, il fut réélu gouverneur républicain de l’État de New York de 1959 à 1974. Ses seuls succès électoraux…

Sans lésiner sur les dépenses, il se lança à trois reprises dans la course à l’investiture pour la candidature du Great Old Party à la présidentielle.

En 1960, il fut battu par Richard Nixon.

En 1964, par Barry Goldwater.

En 1968, par Richard Nixon à nouveau.

En août 1974, Gerald Ford, qui venait de succéder inopinément au président Nixon, démissionnaire, choisit un Rockefeller en semi-retraite pour occuper le poste de vice-président qu’il laissait vacant. Une reconnaissance tardive qui se termina in fine en queue de poisson : pour l’élection de 1976, c’est Bob Dole et non lui qui figura comme colistier de Ford.

Si Gerald Ford – battu par Jimmy Carter – restera dans l’histoire comme le seul président américain à n’avoir jamais remporté une élection présidentielle, Nelson Rockefeller fut pour sa part, malgré ses moyens illimités, le seul vice-président à n’avoir jamais réussi à être désigné candidat à la présidentielle par son parti, ni « élu vice-président » sur un ticket présidentiel.

Nethys: la tutelle juge les indemnités illégales mais ne peut pas tout annuler

Nethys: la tutelle juge les indemnités illégales mais ne peut pas tout annuler
Belga

Le ministre wallon des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne (PS), vient de signer un arrêté annulant une série de décisions prises en mai 2019 par le comité de rémunération de Nethys, liées au paiement de généreuses indemnités. Pour rappel, quatre membres du management (dont trois ont été licenciés) ont empoché un pactole contesté s’élevant à plus de 18 millions d’euros, comme Le Soir le révélait il y a quelques semaines.

La liste des choses que le ministre Dermagne reproche aux anciens administrateurs de Nethys est longue. Dès le 22 mai 2018, le comité de nomination et rémunération (CNR) a imaginé une solution permettant d’indemniser les managers en contrepartie de la réduction de salaire qu’ils allaient subir, suite à l’entrée en vigueur du décret gouvernance. Nethys voulait, à l’époque, absolument garder ses dirigeants, pour accompagner la société dans la phase de transition qu’elle traversait, qualifiée de cruciale. Des « indemnités de rétention » ont donc été approuvées, moyennant l’engagement des managers de rester au moins deux ans dans la société. Des primes que Pierre-Yves Dermagne juge aujourd’hui illégales.

A deux jours près

La démonstration du ministre se fait en deux temps. D’abord, il explique pourquoi, selon son administration, les décisions prises par le CNR du 22 mai 2018 sont irrégulières. La tutelle parle, dans son arrêté, d’une « construction artificielle » dont Nethys ne pouvait « ignorer l’illégalité ». Et qui avait pour objet délibéré de contourner le plafonnement des salaires à 245.000 euros brut (à indexer). « L’indemnité globale qu’il a été décidé d’octroyer aux managers n’est rien d’autre qu’un complément de rémunération déguisé pour échapper au plafond de rémunération », dénonce encore la tutelle. Autre irrégularité soulignée par Pierre-Yves Dermagne : le conseil d’administration de Nethys « n’a jamais approuvé, dans leur principe, les décisions du Comité de nomination et de rémunération du 22 mai 2018 », alors que le trio du CNR Fornieri-Meyers-Tison avait « expressément souhaité une telle approbation ».

Mais le calendrier du décret gouvernance coince un peu le ministre aux entournures. Ce texte – qui introduit un pouvoir de tutelle sur la société Nethys- n’est entré en vigueur que le 24 mai 2018… soit deux jours après les décisions litigieuses du CNR. Le ministre des Pouvoirs locaux n’a donc pas le pouvoir de les annuler. Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer cette ruse de Nethys pour « échapper à la sanction de l’autorité de tutelle », comme mentionné dans son arrêté. La mise en perspective et l’argumentaire de la tutelle contre ces indemnités ne sont cependant pas uniquement symboliques. Ils ont aussi pour objet de préparer le terrain pour les enquêteurs lorsqu’ils s’attaqueront au volet « indemnités » du dossier.

Bonus annulés

Le ministre rochefortois n’est cependant pas sans biscuits face à certains versements. Comme les paiements de bonus long terme, octroyés en 2019 avec effet rétroactif. Les montants bruts s’élèvent à 543.000 euros pour Stéphane Moreau, 126.000 euros pour Pol Heyse et 71.000 euros pour Bénédicte Bayer. Des sommes non négligeables, mais très éloignées des 18 millions d’euros contestés.

La décision du 21 mai 2019 de verser ces bonus rétroactifs vient, elle, d’être cassée par la tutelle. Le même jour, le comité de rémunération de Nethys modifiait également les conditions d’octroi des indemnités de rétention, décidées un an plus tôt, et actait sa volonté de « liquider » le solde des montants promis. Ces décisions ont également été annulées, ce vendredi 13 décembre, par la tutelle.

Casser n’est pas rembourser

Rappelons qu’un arrêté signé par la tutelle n’annule que l’acte administratif, soit dans ce cas les décisions du comité de rémunération. Mais ceci n’implique pas automatiquement le remboursement des montants payés. Il faut quoiqu’il arrive que Nethys, ou ses actionnaires d’Enodia, se tournent vers la justice pour réclamer les remboursements (ce que certains ont déjà annoncé). Pour mémoire, Enodia a aussi décidé d’introduire une demande de saisie conservatoire des 18 millions, le temps que la justice fasse son travail.

Joachim Coens, l’Ommegang et Paris: les gagnants et les perdants de la semaine

Joachim Coens, l’Ommegang et Paris: les gagnants et les perdants de la semaine
D.R.

Les gagnants

Joachim Coens

Les temps et la mode changent au Palais. Philippe convoque désormais des débutants. Dans le cas du nouveau président du CD&V, les observateurs et les dessinateurs de presse ont été ravis par la tenue du royal invité. Ce manteau vert à carreaux lui collera à la peau. Entre le rideau de grand-mère, le patchwork de kilts et l’habit de clown. Il manquait l’œillet qui fait pschitt à la boutonnière, le Roi aurait bien rigolé, nous aussi.

Georges-Louis Bouchez

Dans le genre vestimentaire, le président du MR fait plus classique : un costume de bonne coupe et l’imper en prime. De quoi cacher toutefois les tatouages du Montois, qui ont contribué à sa célébrité autant que ses mèches rebelles. Un tatoué au Palais, Mathilde a cru rêver ! C’est une sorte de première. On cherche en vain le précédent : Reynders ? Demotte ? Magnette ? Mwouais…

L’Ommegang

Les festivités historiques de Bruxelles effectuent une entrée méritée au patrimoine de l’Unesco où elles rejoignent le carnaval de Binche, les ducasses d’Ath et de Mons, les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse, et on en passe, faute de place. Sur la longue route des traditions de chez nous qui valent le détour, l’Ommegang croisera le carnaval d’Alost, qui renonce à son statut. Qui s’en plaindra ?

Les perdants

Bart De Wever

La saillie du président de la N-VA sur la « bouillie arc-en-ciel » dans la bouche de Paul Magnette et le nécessaire « dentifrice flamand » pour s’en débarrasser n’aura échappé à personne, on la résume donc. Vous voulez notre avis ? De Wever a un talent pour la métaphore qui frappe fort. Mais il en rajoute, il pousse le bouchon, flirte avec l’injure. Et on se demande : que cherche-t-il vraiment, à part le ridicule ?

Paris

Lu cette semaine en gros caractères chez un confrère : « Fuyez Paris ! » Référence aux grèves et aux manifestations qui paralysent la capitale française, et pas qu’un peu, et ce n’est pas fini. On songe à la chanson de Francis Lemarque popularisée par Yves Montand : « Les ennuis/Y’en a pas qu’à Paris/Y’en a dans l’monde entier/Oui, mais dans l’monde entier/Y’a pas partout Paris/V’là l’ennui… » Tout est dit. On y va ?

Les machos finnois

A Helsinki, machos et mufles en tous genres font grise mine : à 33 ans (un record du monde), Sanna Marin est devenue Première ministre de Finlande. Et ce n’est pas tout : son gouvernement compte douze femmes et seulement sept hommes. Et ce n’est pas tout (bis) : la ministre de l’Enseignement, celle des Finances et celle de l’Intérieur ont moins de 35 ans. Sophie Wilmès doit parfois se sentir bien seule…

Grand format – 75 ans de la bataille des Ardennes: «Ce n’est pas possible, ils sont revenus»

Récit

Les flonflons des fêtes de la libération de Bruxelles, le 4 septembre, et de la Belgique (jusqu’au 16 septembre) se sont à peine assourdis qu’en cet hiver 1944, il faut se rendre à l’évidence. L’avancée fulgurante des armées alliées, renforcées au fil du temps par la reconstitution de bataillons belges qui se portent à leurs côtés, ne sanctionne pas la fin de la guerre, pas plus que l’affadissement des velléités guerrières des nazis, dont le chef, Adolf Hitler, se refuse à admettre l’inéluctable défaite de son Reich millénaire. Il le sait sans doute : le 10 septembre, les zwanzeurs des Marolles ont organisé son faux enterrement, réitérant celui, tout aussi festif, du Kaizer en 1918 après l’armistice. Le dictateur vit toujours. Il va le prouver. Et c’est dans son lit, malade, qu’il va imaginer sa dernière éructation guerrière et insensée, montée dans le plus grand secret.

En Ardennes, les corps d’armées alliés se massent progressivement pour mener cette offensive sur le Rhin qui signerait le début de la fin de cette guerre meurtrière de quatre ans. Les soldats britanniques et américains sont fatigués. Les vallées des Ardennes et leur massif forestier sauvage, croient-ils, leur offrent un écrin de répit avant le dernier acte.

Les Allemands semblent désespérés et résignés à l’inéluctable. Sauf qu’à Berlin, Hitler se concerte avec son vieux général Gerd Von Rundstedt pour reconquérir les territoires perdus. Son plan est d’aboutir, sinon à une nouvelle victoire, à un accord de paix auquel, croit-il, il pourrait prétendre en réoccupant Bruxelles, Anvers et son port, permettant l’approvisionnement massif des Alliés, en poussant jusqu’à Dunkerque. L’intention est d’à nouveau affirmer la puissance allemande qu’il prétend être intacte malgré les défaites sur les fronts d’Afrique, de l’Est ou de l’Ouest. Le Führer, malgré l’avis de ses généraux, se donne huit jours pour accomplir ce nouveau destin allemand. Il compte réemprunter la stratégie de la Blitzkrieg qui lui avait souri en mai 40.

Les « bombes volantes »

Mais le massif ardennais, par lequel il compte mener son offensive, n’offre pas le relief plat qui avait autorisé sa progression fulgurante en France. L’hiver s’annonce sévère. Le terrain forestier est hostile. Les Allemands sont en manque crucial de carburant pour alimenter une aviation décimée et des chars qui en demandent tant.

Dès la Libération de la Belgique en septembre, les Allemands sont revenus en Belgique par les airs. Les V1 et V2, les « bombes volantes » de Werner Von Braun, pleuvent sur Liège, Anvers et Bruxelles, signe que l’ogre nazi ne s’avoue toujours pas vaincu. Liège et son agglomération (2.000 morts civils pour 2.407 sur l’ensemble de la province) sont particulièrement touchées. Les offensives sont imprécises et visent en principe l’île Monsin où est établi un dépôt de carburant allié, indispensable à l’avancée des libérateurs.

Le 16 décembre 1944, un V2 frappe le cinéma Rex à Anvers, tuant 567 personnes, dont 291 militaires américains qui regardaient le film Plainsman racontant l’épopée de Buffalo Bill. Cette catastrophe est vite reléguée au second plan de l’actualité. Le même jour, les armées allemandes, qui se sont progressivement et discrètement massées aux frontières occidentales, dégarnissant ainsi le front de l’Est, se lancent dans l’opération de reconquête voulue par Hitler.

La crainte des espions

Neuf divisions blindées allemandes et quatre divisions d’infanterie composées de 250.000 hommes envahissent d’abord le grand-duché de Luxembourg, entrant en Belgique le 17 à Saint-Vith, puis se dirigeant vers Bastogne tandis que d’autres tentaient de percer jusqu’à la Meuse pour y prendre le contrôle de ses ponts. Les Allemands, qui avaient garni leurs troupes de vieillards et de quasi-adolescents des Jeunesses hitlériennes, comptaient sur l’effet de surprise et une météo maussade empêchant les avions alliés de les contrer.

Hitler avait aussi confié au redoutable colonel Otto Skorzeny de mener des opérations de déstabilisation des forces alliées, recrutant des Allemands parlant l’anglais ou l’argot américain, les déguisant en GI’s, les infiltrant dans le dispositif allié. Certains d’entre eux, démasqués par les Américains, sont exécutés. La crainte des espions de Skorzeny s’empare des Alliés, qui adoptent des tactiques de défense comme celle d’interdire l’occupation des Jeep par plus de trois militaires (les Allemands déguisés continuaient de circuler à quatre) ou qui se rassurent sur la réelle identité des patrouilles en leur posant des questions précises sur les résultats du championnat de football américain. Les SS ne sont pas en reste : ils massacrent des militaires américains, comme à Baugnez (83 victimes), une tuerie qui provoque en réplique l’exécution de 60 prisonniers allemands.

Un exploit des fusiliers belges

On connaît l’issue militaire du conflit : le refus, à Bastogne, de McAuliffe de se rendre (le célèbre « Nuts » signifié aux émissaires allemands), le retour du beau temps permettant l’intervention de l’aviation alliée, la jonction des différentes armées alliées (dont celle de Patton) permettant la fin du cruel siège de Bastogne qui prend fin le 26 décembre, le repli des forces allemandes. Il y eut aussi cet exploit du 5e bataillon de fusiliers belges, constitués comme le 6e de volontaires issus de la Résistance, qui mirent le feu à l’un des principaux dépôts de carburant de l’armée allemande, établi sur la vieille route de Francorchamps, près de Stavelot.

La bataille des Ardennes fut sanglante pour les forces en présence. Les bilans humains font état de 82.000 morts du côté des Alliés, d’au moins 100.000 côté allemand. Elle le fut aussi pour les civils, dont 2.500 perdirent la vie.

Les nazis ne font pas de quartier

Lorsque les Allemands entrent à nouveau en Belgique libérée le 17 décembre, c’est la stupéfaction : « C’est impossible, ils reviennent ! », se désolent les villes et villages frontaliers. A Stavelot, comme dans d’autres localités, des résistants sortis du maquis se voient contraints de se mettre à l’abri. Les listes des insoumis et des résistants sortis des maquis sont en effet conservées depuis la Libération dans les maisons communales. Les reliquats des fêtes de la Libération de septembre se doivent d’être dissimulés, notamment ces drapeaux américains façonnés à Houffalize. Les Allemands vengeurs se méfient des « francs-tireurs » dont ils pensent qu’ils se sont refugiés dans les clochers des églises.

A Renardmont, 13 civils sont exécutés à la ferme Legrand. Henri Delcour en fut le témoin. Son père, trois de ses oncles et deux de ses cousins sont abattus par une mitrailleuse allemande. Lui survécut. Atteint d’une balle à la jambe, il a la chance et l’effroi d’être dissimulé par un cadavre, alors qu’un SS achève d’une balle dans la nuque des blessés. Le bébé de son épouse, Lucie, est frappé à coups de crosse par un jeune SS. L’enfant meurt quelques jours plus tard.

Un vieux soldat abattu par le jeune SS

A Houffalize, ville martyre, des habitants prennent le parti de se réfugier dans les bois qu’ils connaissent si bien. La neige est épaisse : jusqu’à 30 centimètres en ce mois de décembre. Ils sucent des glaçons pour s’abreuver. Les forestiers s’emploient à allumer des feux qui ne produisent pas de fumées. Des fagots sont assemblés pour édifier des cabanes. Les jeunes parcourent, à grands risques, les fermes, déjà pillées par les Allemands qui ne bénéficient de canaux d’intendance. Les cheptels sont décimés. Les volailles sont dévorées par les Teutons.

A la scierie de Gouvy, sa propriétaire Thérèse Dethier est fauchée par un tir de mitrailleuse allemande. François Gatez, réfugié dans la cour de la scierie, se souvient de la cruauté des jeunes SS. Un jour, l’un d’eux avait voulu se saisir d’une rare casserole d’eau bouillante destinée à un frugal repas de rutabagas. Un vieux soldat de la Wehrmacht signifie au jeune soldat : « Cela ne se fait pas. » Avant de l’abattre.

A la Roche, Camille Collin, alors âgée de 9 ans, se souvient de sa maman tuée par un bombardement américain. Elle se rappelle aussi ses voisins, dont l’homme, bossu, se réfugie dans la superstition pour contrer le mauvais sort : « Emma », disait-il à sa femme, « caresse-moi la bosse, ça porte chance. »

A Bastogne, des « volontaires pour aider » répondent à l’appel du bourgmestre d’avant-guerre Léon Jacquemin. Les vivres disponibles en ville sont rassemblées. La « chasse à la bougie » s’organise. Les blessés sont récupérés dans les rues malgré la menace des tireurs allemands. La faim, amplifiée par le froid glaçant, tenaille. Dans les caves où s’amassent les réfugiés, les poux et la gale prolifèrent.

A Bande, le 24 décembre, 34 jeunes gens sont arrêtés et exécutés par les Allemands. Le village est connu des services allemands pour son esprit de résistance. Les exécuteurs sont issus, semble-t-il, de la Gestapo dont des unités ont été envoyées aux côtés des militaires dans les Ardennes. Les corps des 34 suppliciés, dont le plus jeune avait 17 ans, seront retrouvés par les troupes anglaises qui leur réserveront les honneurs militaires. Une centaine de civils seront victimes de la folie nazie, dont les 23 (y compris des enfants) de la ferme Legeay à Stavelot.

Retour en Allemagne

A la fin janvier, les troupes allemandes se retrouvent, hors Belgique, sur leur ligne de départ. La bataille des Ardennes, ce coup de poker qui ne pouvait réussir malgré les illusions d’Hitler, eut aussi pour conséquence d’affaiblir considérablement les ressources en hommes et matériel des Allemands. Pour mener à bien l’offensive ardennaise, le front de l’Est avait dû être dégarni, facilitant ainsi la progression inéluctable de l’Armée rouge.

Les villages meurtris des Ardennes purent compter sur la solidarité, tant en Flandre qu’en Wallonie ou à Bruxelles, d’autres villes et communes épargnées par cette dernière saillie nazie. Les sinistrés durent toutefois attendre de longues années pour panser leurs plaies, tant humaines que matérielles. La reconstruction prit du temps.

La bataille des Ardennes donna à la Belgique la dimension réelle de la guerre, comme la Normandie l’avait subie avant elle. Elle rappela les destructions de 14-18, les massacres commis alors par les Uhlans. Elle demeure dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale comme l’un de ses épisodes majeurs, à l’égal du débarquement en Normandie, même si celui-ci fut le réel démarrage de la Libération des pays sous le joug nazi. Les troupes américaines enregistrèrent 10 % des pertes subies durant le conflit mondial dans les forêts ardennaises.

Elections britanniques: après sa victoire, Boris Johnson est maître du temps

Elections britanniques: après sa victoire, Boris Johnson est maître du temps

Nous avons un nouveau mandat pour réaliser le Brexit » : comme l’a indiqué Boris Johnson, lors de l’annonce de sa réélection confortable dans sa circonscription d’Uxbridge, le Premier ministre conservateur a désormais les mains libres pour rendre la sortie de l’Union européenne irréversible. A la tête d’une confortable majorité, d’un gouvernement uni et de l’éviction des pro-européens modérés, Johnson pourra faire adopter haut la main son plan de retrait négocié avec Bruxelles.

Le Royaume-Uni sortira donc de l’Union européenne au 31 janvier. La période de transition se terminera au 31 décembre 2020. Un accord commercial minimum visant à botter en touche les volets les ardus à négocier comme les tarifs douaniers ou les normes sanitaires devrait être signé avec Bruxelles. Le chef du gouvernement sait en son for intérieur qu’il n’aura pas trop de cinq années pour achever sa révolution « Brexiteer » que sa majorité aux Communes lui permettra de mener à bien.

Priorité aux relations avec l’UE

Libre des contraintes électorales, M. Johnson devrait donner la priorité aux relations commerciales avec l’UE au lieu de se concentrer sur le « Global Britain » (la Grande-Bretagne planétaire) tournée vers les Etats-Unis et l’Asie. En effet, l’hôte du 10 Downing Street n’a plus de comptes à rendre aux Brexiters purs et durs désormais marginalisés. « Bo Jo » est surtout maître du temps.

La position travailliste consistait à négocier dans les trois mois après la victoire un nouvel accord avec l’UE prévoyant une sorte de maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière. Le nouveau document devait être ensuite soumis à un référendum organisé avant le 30 juin 2020. Réputé eurosceptique, le leader de la gauche, Jeremy Corbyn s’était engagé à rester neutre entre les deux camps qui divisent son parti, les Brexiteers du Nord, des Midlands et du Pays de Galles et les pro-européens concentrés à Londres et dans les grandes villes universitaires. Un tel positionnement au-dessus de la mêlée lui a été fatal. L’homme qui se dit « très déçu », ne conduira pas les travaillistes aux prochaines élections.

Traditionnellement pro-européens, les libéraux-démocrates (centristes) ont subi un grand revers. En se prononçant en faveur de l’abandon de l’article 50 sans deuxième référendum, le leader des centristes, Jo Swinson, a mordu la poussière.

Une percée dans la classe ouvrière

La consultation a marqué une refondation de la politique britannique. Dans le passé, les Tories étaient associés au sud prospère, aux services et à l’ancrage à l’UE, comme l’atteste la réussite électorale des Premiers ministres John Major et David Cameron. Après cette élection, les conservateurs sont désormais un parti nordiste, ouvriériste et anti-européen. Même Margaret Thatcher, au pouvoir entre 1979 et 1997, n’avait jamais pu accomplir cette gageure !

La percée de Johnson dans la classe ouvrière et la petite classe moyenne qui votait travailliste devrait contraindre le vainqueur à abandonner sa vulgate libérale. Ses nouveaux électeurs exigent des investissements massifs dans les services publics, en particulier dans le service national de santé, la police et l’éducation. Mais parallèlement, le «  One nation  » tory attaché à la société multiculturelle et à l’immigration des « talents » sera contraint de mettre fin à la libre-circulation des ressortissants de l’UE via un permis à points à l’australienne.

Procès Rwanda: Fabien Neretsé, adhérent et exécutant d’une idéologie

La famille Bucyana-Beckers
: Isaïe, Claire et leur fille Katia.
La famille Bucyana-Beckers : Isaïe, Claire et leur fille Katia. - D.R.

Les parties civiles ont dénoncé jeudi les « méthodes mafieuses » utilisées lors des débats par Fabien Neretsé pour présenter au jury des témoins manipulés, qui se contredisent ou qui livrent des versions différentes de celles actées lors de leurs premières auditions. « Il ne s’agit pas seulement d’acheter les témoins, il y a aussi les menaces, les pressions », s’est indigné Me Michèle Hirsch. « J’ai assisté aux quatre procès (relatifs au génocide rwandais) et je n’ai jamais vu pareil défilé de témoins. Des dizaines de personnes ont été préparées par l’accusé. Ce qui n’a évidemment été possible que parce qu’il est libre ». Quant à Me Maryse Alié, elle a dénoncé une « version arrangée au fil de la lecture du dossier ».

L’ex haut fonctionnaire de 71 ans est accusé de crime de génocide et de crime de guerre. Les faits se sont produits au Rwanda en 1994, durant le génocide des Tutsis et le conflit armé qui a opposé les Forces Armées Rwandaises (FAR) et le Front Patriotique Rwandais (FPR). Néanmoins, depuis le début de son procès devant la cour d’assises de Bruxelles, l’accusé comparait libre.

Homme d’influence, proche du pouvoir, affilié au Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND, parti unique jusqu’en 1991), Fabien Neretsé est suspecté d’être impliqué dans treize meurtres, dont ceux de la Belge Martine Beckers, de son mari Isaïe Bucyana et de leur fille Katia Bucyana.

Alors qu’elle tentait de fuir Kigali avec d’autres voisins tutsis et de se mettre en sécurité, la famille Beckers-Bukyana avait été arrêtée par des militaires et assassinée à l’arrière d’une maison. Seuls deux enfants avaient survécu au massacre en se cachant sous les corps. La justice soupçonne Fabien Neretsé d’avoir prévenu les militaires que ses voisins préparaient activement leur départ et d’avoir désigné la maison dans laquelle ils s’étaient regroupés. Ces dernières semaines, l’accusé n’a cessé d’affirmer que le jour du massacre, il était resté confiné chez lui, avec sa famille et ses domestiques, craignant lui-même pour sa sécurité. Et que ce n’est que le lendemain qu’il a constaté que ses voisins avaient été exécutés par les miliciens. Une explication qui ne convainc pas les parties civiles qui, se basant sur plusieurs témoignages, dont ceux des enfants rescapés du massacre et de voisins qui l’ont vu « circuler dans le quartier » de Nyamirambo et organiser des réunions les jours précédents, estiment qu’il est bien le responsable de ces assassinats.

« Lorsqu’on ment, on finit toujours par se trahir », a déclaré Me Morgan Bonneure pour qui il existe des contradictions entre les déclarations de l’accusé, celles des témoins et des « mémoires » de Fabien Neretsé qui ont été saisies à son domicile. Un document qui, a estimé l’avocat de parties civiles, ressemble plus « à une ébauche de défense en vue de poursuites pénales futures ».

Le génocidaire présumé est aussi accusé d’avoir commandité des meurtres, dont ceux des dénommés Joseph Mpendwazi et Anastase Nzamwita, en mai et juin 1994, soit juste après son départ de Kigali. À Mataba, son village natal au Nord-Ouest du Rwanda, Fabien Neretse aurait créé, armé et entretenu une milice d’Interahamwe qui aurait massacré sous son commandement des Tutsis et des Hutus modérés de la région.

« On n’a pas attendu le retour de Fabien Neretsé pour tuer. La machine était prête mais cela s’est accéléré après son arrivée », a estimé Me Eric Gillet. Pour Fabien Neretsé, il est insensé de dire qu’il circulait avec les jeunes Interahamwe alors qu’il était à l’époque bien plus âgé qu’eux et qu’il ne les contrôlait pas. Mais, a exposé Me Gillet, « il faisait faire, il briefait, il payait, il régalait. Et ça, on peut le faire même quand on est âgé ». « Fabien Neretse ce n’est pas un leader du génocide au niveau national mais il partage leur idéologie. Il fera ce qu’il faut à son niveau. Il partagera leur objectif, celui de la solution finale », a ajouté l’avocat.

Vendredi, la parole sera donnée au ministère public puis, à partir de lundi, à la défense de Fabien Neretsé.

Le foie gras de la discorde

La majorité du foie gras consommé en Belgique vient des importations en provenance de France, de Hongrie mais aussi d’Espagne ou de Bulgarie.
La majorité du foie gras consommé en Belgique vient des importations en provenance de France, de Hongrie mais aussi d’Espagne ou de Bulgarie. - Dominique Duchesnes.

Poêlé, en terrine ou sur des toasts, il est souvent l’un des produits phares sur les tables des fêtes de fin d’année : le foie gras. En 2018, 105 grammes par habitant ont été consommés dans notre pays, ce qui place les Belges sur la deuxième marche du podium des plus gros consommateurs de foie gras au monde (derrière les Français, avec 275 grammes consommés par habitant chaque année). Cru ou mi-cuit pour une saveur plus prononcée ou en bloc pour plus de douceur, il en existe pour tous les goûts, pour toutes les bourses aussi. Pour un foie gras entier mi-cuit, comptez un budget compris entre 80 euros du kilo en grande surface et 110 euros du kilo chez un producteur wallon. La somme à débourser tombe aux alentours d’une soixantaine d’euros du kilo pour un bloc de foie gras en grande surface. « La majorité du foie gras consommé en Belgique vient des importations en provenance de France, de Hongrie mais aussi d’Espagne ou de Bulgarie. Au total, nous importons environ 1.900 tonnes de foie gras chaque année », confie Catherine Colot, chargée de mission pour le secteur avicole et cunicole au Collège des producteurs.

Un retour vers le marché local

Le consommateur de foie gras belge aurait cependant de plus en plus tendance à privilégier la production locale. En Belgique, douze à treize tonnes de foie gras sont produites chaque année. « Il s’agit essentiellement de foie gras de canard, plus fort en bouche que le foie gras d’oie. En Wallonie, nous n’élevons d’ailleurs que des canards car ils sont plus faciles à engraisser que les oies », précise Catherine Colot. Un seul producteur de foie gras persiste en Flandre. Ils sont au nombre de huit en Wallonie, à l’image de la famille Petit à la tête d’Upignac depuis 1985. « Nos produits sont majoritairement fabriqués à partir de foie gras cru importé de France et de Hongrie. Mais une petite partie de notre production reste en Belgique. Nous élevons environ 10.000 canards sur le sol belge, avec un savoir-faire que mon père m’a transmis », témoigne Thibaut Petit, directeur d’Upignac. Le canard, dès l’âge de vingt-quatre heures, est élevé en prairie pendant une durée de onze à douze semaines. « A quinze jours de son entrée en gavage, nous augmentons sa quantité de nourriture en prairie afin d’habituer son organisme. Il entre ensuite dans la période de gavage qui dure une dizaine de jours. Durant cette période, on gave le canard de maïs à raison de deux fois par jour, matin et soir. Les quantités données suivent une courbe croissante très précise. Au bout de ces dix jours, les canards sont abattus », poursuit Thibaut Petit.

Division autour du gavage

Un processus de production ancestral qui divise, pourtant Catherine Colot l’assure : « La Belgique est le seul pays au monde à avoir une législation spécifique relative au bien-être des canards et des oies à foie gras. Celle-ci date de 1994 et a été revue en 2010. Elle interdit notamment le gavage en cage individuelle. Elle limite également la durée de gavage à 14 jours, impose des courbes strictes pour la quantité de nourriture donnée aux canards ainsi que de bonnes conditions de ventilation de la salle de gavage. » Législation ou pas, le gavage reste indissociable de la production du foie gras en Wallonie, et c’est bien là le problème pour l’association de défense du bien-être animal, Gaia. « On a beau mettre les canards dans des cages collectives et ventiler l’espace dans lequel ils sont confinés, le foie gras tel qu’il est commercialisé, en Belgique comme en France, est issu du gavage et donc d’une forme de maltraitance animale. C’est surtout un foie malade à cause de l’utilisation d’une méthode qui provoque une stéatose du foie de manière irréversible. Aujourd’hui, le foie gras reste un produit bien trop cher au regard de la souffrance animale qui en découle », estime Rafal Naczyk, responsable communication de Gaia. A noter qu’en 2017, la Région bruxelloise a interdit légalement le gavage pour la production de foie gras. En 2018, la Flandre lui a emboîté le pas avec un décret interdisant effectivement le gavage à l’horizon 2023. Une décision incomprise par le Collège des producteurs. « La Belgique reste un pays consommateur de foie gras. Alors pourquoi interdire à un producteur local de poursuivre son activité, pour ensuite aller importer un foie gras de l’étranger, produit avec les mêmes méthodes ? », s’interroge Catherine Colot.

Affaire Boël: comment expliquer l’attitude d’Albert II

JUSTICE CASSATION KING ALBERT II PATERNITY DELPHINE BOEL Décodage

Par Martine Dubuisson

Société ,

L’Europe, championne du monde de la «neutralité carbone» en 2050, mais la Pologne gâche la fête

L’Europe, championne du monde de la «neutralité carbone» en 2050, mais la Pologne gâche la fête
AFP

Serait-ce la « méthode Michel » ? Le nouveau président du Conseil européen a annoncé un accord sur le climat, vers une heure du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi. Problème : la Pologne, cinquième économie de l’Union européenne, n’a pas… souscrit à l’accord.

Mais, comme le reconnaît l’ex-Premier ministre belge qui préside désormais l’aréopage des chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’UE, « l’Europe a besoin de créativité ». Alors, puisqu’il eût été de très mauvais goût de se quitter sur un « clash » au premier jour du sommet européen, qui plus est, en pleine COP25 à Madrid, Charles Michel a annoncé que le Conseil européen s’était « mis d’accord sur ce but important » : la neutralité climatique en 2050.

« Nous avons pris l’engagement historique de faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre en 2050, en tenant compte des nombreuses préoccupations de plusieurs pays », a proclamé Charles Michel. Tout en reconnaissant qu’« un Etat membre a besoin de plus de temps pour mettre en œuvre » cet engagement : la Pologne.

Rendez-vous en juin 2020

Le sommet européen de juin 2020 refera le point sur la question. On verra alors si l’indispensable consensus pour annoncer des « accords » est atteint. D’ici là, Varsovie aura peut-être une vue plus claire sur « les détails de notre feuille de route », a indiqué Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission.

L’exécutif européen présentera en janvier sa proposition de « plan d’investissement pour une Europe durable » et de « mécanisme pour la transition équitable ». Et les discussions sur le futur budget de l’UE pour les années 2021-2027, et la part réservée aux soutiens à la « transition verte », auront peut-être avancé.

Dans leurs conclusions écrites, les 28 leaders des pays de l’UE (le Britannique Johnson, resté à domicile, avait confié sa voix à… Charles Michel) disent « faire (leur) l’objectif consistant à parvenir d’ici 2050 à une UE neutre pour le climat, conformément aux objectifs de l’accord de Paris. Un Etat membre, à ce stade, ne peut s’engager à mettre en œuvre cet objectif en ce qui le concerne, et le Conseil européen reviendra sur ce point en juin 2020 ».

Dépendant du charbon

Le retrait polonais ? « C’est acceptable pour un pays qui des régions très dépendantes du charbon », juge von der Leyen. Même compréhension du côté de la Première ministre belge : « On est 27, on a énormément de différentiel entre pays, on n’a pas tous les mêmes géographies, donc on ne va pas tous pouvoir profiter du même renouvelable, relève Sophie Wilmès. On n’a pas la même histoire, donc on ne part pas tous du même point de départ et on n’a pas tous la même économie. Donc il y a des pays pour lesquels il est plus difficile d’investir que d’autres. Et on n’a pas tous la même trajectoire budgétaire »…

Le président du Conseil européen note encore, qu’il y a six mois, seuls 8 Etats membres partageaient cet objectif de « neutralité carbone » à l’horizon 2050. Au sommet de juin, ils étaient déjà 24. « Et aujourd’hui, on a un fort engagement européen ». « Sans crise, sans drame, nous avons effectué un pas en avant significatif », juge-t-il. « C’est un objectif, maintenant, à concrétiser ». Une tâche « pour une génération », reconnaît la présidente de la Commission.

Si la Pologne reste donc seule en rade, à ce stade, le sommet avait commencé jeudi après-midi sur l’étalage d’autres divisions. D’entrée de jeu, le consensus titubait sur le rôle du nucléaire pour atteindre l’objectif et sur le financement de la « transition verte ». A l’heure du dîner, à… 22h, il n’y avait toujours pas d’accord. Même topo à minuit. Les « chefs » étaient pourtant censés avoir conclu sur le climat avant de passer à table et d’aborder le point budget, pour la première fois chiffres en mains : plus de 1.000 milliards sur sept ans. Ce point est forcément lié au premier, mais ne sera pas ficelé de sitôt. Charles Michel entamera la tournée des bilatérales au début de l’an neuf, pour tenter de forger un compromis.

Le happening de Greenpeace

Le ton de la cacophonie était donné dès l’arrivée des Premiers ministres et des présidents au QG européen, tout juste débarrassé des oripeaux du happening spectaculaire de Greenpeace.

« Nous devons en faire plus, nous devons faire plus vite ! », s’est enthousiasmée la nouvelle vedette du sommet, la Finlandaise Sanna Marin, 34 ans au compteur, ce qui en fait la Première ministre la plus jeune de la planète – après une crise politique « courte : en une semaine, nous avions un nouveau gouvernement ».

A l’opposé, son homologue tchèque Andrej Babis sonnait l’alarme : cette neutralité coûtera bien plus à son pays qu’à d’autres, « de 30 à 40 milliards d’euros ». On ne peut pas « seulement dire let’s do it ». Et de trancher : « Sans nucléaire, ce n’est pas possible ». Le Hongrois Orban le dit aussi. « Pas de neutralité carbone sans nucléaire », plaide-t-il, réclamant des « garanties financières » avant de s’engager sur 2050. Dans la soirée, la Pologne émettait soudainement l’idée de fixer l’objectif à… 2070.

Les centrales atomiques dans le « Green Deal » ? Pas question, pour le Luxembourgeois Xavier Bettel. En tout cas pas question de « financer des centrales avec l’argent du contribuable européen ». Les outils pour aider les plus polluants à verdir leur économie ne sauraient financer ce mode de production électrique. Qui n’émet pas de CO2, mais produit des « déchets » et cause des « incidents », souligne Bettel, qui gouverne avec les Verts, l’œil rivé sur les réacteurs… belges.

Nucléaire, non merci

Bettel n’est pas seul à marteler : nucléaire, non merci. L’Autriche est de la partie, l’Allemagne qui en sort, aussi. A l’inverse, le Français Macron, dont le pays dépend à 70 % de l’atome, juge que « le nucléaire peut faire partie de la transition ». Mais les « solutions nationales doivent se conformer » à l’objectif 2050, plaidait le président.

A minuit, les « aspects financiers » restaient le nœud du problème, selon une source européenne. L’ajout d’une petite phrase dans les conclusions faisait tomber les résistances de la Hongrie et de la République tchèque : « Certains Etats membres ont indiqué qu’ils utilisent l’énergie nucléaire dans leur bouquet énergétique national ».

« La première chose à faire », insistait la Belge Sophie Wilmès, c’est de « fixer la neutralité climat pour 2050. Une fois qu’on est clairs sur les objectifs, on doit déterminer les mesures pour y arriver ».

Manifestement, pour la Pologne, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Mais il y a urgence. Non seulement pour être en phase avec la COP25, qui s’achève ce vendredi à Madrid. Mais aussi parce que l’UE doit se mettre en ordre de marche pour les prochaines échéances internationales. Or la bagarre budgétaire, et pas seulement sur le volet « climat », risque d’être longue, très longue.

Les marchés du carbone empoisonnent la COP25 Madrid

Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne.
Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne. - EPA

Dire que le résultat du Conseil européen de Bruxelles était attendu avec impatience dans les couloirs du sommet mondial sur le climat de Madrid (la COP25) est forcer le trait. Mais les positions que l’Union européenne s’apprête à prendre sur son avenir à long (2050) et moyen (2030) terme sur le dossier du climat sont de nature à influencer la « diplomatie climatique » très sensible aux aléas des grandes puissances.

Le premier bloc est tombé avec l’annonce du Green Deal européen proposant un objectif de neutralité carbone pour 2050 et un relèvement des objectifs des 28 pour 2030 de -40 % à au moins -50 % par rapport à 1990. De quoi faire écho au projet de décision de la COP qui était toujours âprement négocié jeudi soir à Madrid. Le texte de quelques pages mis sur la table fait écho à « l’urgence climatique » et appelle chaque pays signataire de l’accord de Paris à relever ses propres objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le rendez-vous pour assister à cette vaste surenchère d’engagements est fixé à la prochaine COP qui se tiendra à Glasgow du 9 au 19 novembre 2020, mais Madrid veut donner un « signal politique ». Car il ne faut pas tarder : les engagements actuels causeront une augmentation de la température moyenne de plus de 3ºC à la fin du siècle. De quoi rendre certaines parties du monde tout bonnement inhabitables.

Nouvelles connaissances scientifiques

« Message politique également », estime un expert belge, le projet de conclusion fait une référence explicite aux nouvelles connaissances scientifiques, les derniers rapports sur les terres émergées et les sols, sur océans et la cryosphère qui n’ont fait que confirmer la gravité de la situation, mais aussi le rapport du panel mondial sur la biodiversité. Si elle subsiste, cette référence n’est pas banale : lors de COP précédentes, des pays ont combattu toute référence à la science dans les conclusions finales. Le vent tournerait lentement. Pour le reste, avertit un négociateur un brin désabusé, « on n’est plus dans le soft, on est dans du très soft ».

Le vent a cependant du mal à tourner dans la discussion sur les marchés du carbone qui était toujours enlisée dans la nuit de jeudi à vendredi. Certains pays (Brésil, Etats-Unis, Chine…) s’échinent toujours à réclamer des règles très vagues pour encadrer les échanges de permis de CO2 pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. De quoi mettre en péril la notion même de diminution d’émissions, puisque certaines réductions pourraient être comptées à deux reprises : chez le pays ayant diminué ses rejets (par exemple en préservant une forêt ou en fermant une centrale au charbon) et chez le pays auquel il aurait vendu des permis de CO2 ainsi générés.

Dans ce dossier hypertechnique discuté déjà depuis des mois, l’objectif des Européens est d’éviter que certains vident l’accord de Paris de sa substance tout en préservant les aspects positifs des marchés du carbone. A la COP24, le dossier avait déjà été renvoyé à la session suivante. Cela pourrait être encore le cas ; l’Union européenne ne cesse de répéter qu’il vaut mieux reporter la discussion que de boucler un mauvais accord. Mais il peut être tentant de vouloir boucler à Madrid : « Les textes sont plus gérables et plus raisonnables, dit une négociatrice. Les gens sont plus raisonnables ». Le Brésil et les Etats-Unis poussent pour un accord. Il y a beaucoup d’argent en jeu.

Affaire Boël: la Cour de cassation tranche ce vendredi

Delphine Boel.
Delphine Boel. - Pierre-Yves Thienpont.

En 2013, Delphine Boël entamait une double procédure judiciaire : en contestation de paternité, contre Jacques Boël, et en reconnaissance de paternité, envers Albert II. En première instance, le tribunal avait jugé que Jacques Boël était bien le père légal de Delphine en raison de la « possession d’Etat » (le fait de s’être comporté en père et fille durant des années). Mais en appel, la Cour a décrété au contraire qu’il n’était pas le père de Delphine (test ADN à l’appui) et qu’Albert devait soumettre à une analyse génétique.

Ce vendredi, la Cour de cassation dira si elle casse ce jugement d’appel comme le réclame Albert ou si elle suit l’avis de son avocat général et rejette le pourvoi royal. Si elle casse le jugement, ce sera retour à la Cour d’appel ; si elle ne le casse pas, Jacques Boël ne sera définitivement plus le père légal de Delphine et le deuxième volet du dossier, la reconnaissance forcée de paternité, pourra débuter.

Le Parlement européen veut 60 milliards de plus pour le climat, selon Olivier Chastel

«
On ne peut pas multiplier les politiques et les priorités à couvrir et réduire le budget à y consacrer
», insiste Olivier Chastel.
« On ne peut pas multiplier les politiques et les priorités à couvrir et réduire le budget à y consacrer », insiste Olivier Chastel. - Pierre-Yves Thienpont.

Entretien

Vice-président de la commission budget au Parlement européen, l’eurodéputé belge Olivier Chastel (MR) sera chargé de co-mener la négociation avec les Etats sur le budget 2021, soit le premier du prochain cadre financier 2021-2027. Une tâche qui ne sera pas facile, puisque les positions actuelles sur l’enveloppe allouée à l’UE sur ces sept ans diffèrent de près de 250 milliards d’euros...

Pouvez-vous expliquer, derrière la bataille des chiffres, quel est l’enjeu du budget européen?

Il s’agit de lancer un signal politique clair aux citoyens européens exprimant que leurs préoccupations ont été entendues. On ne peut pas multiplier les politiques et les priorités à couvrir (un nouveau fonds de transition juste, un plan d’investissement européen durable, la gestion des frontières extérieures, la gestion des migrations ou encore l’équipement des armées, etc) et réduire le budget à y consacrer. La proposition de budget faite par les Etats membres n’est pas suffisante pour concrétiser un Green Deal européen.

Comment réconcilier les demandes du Parlement européen pour un budget de l’UE plus élevé et les contraintes budgétaires des États ?

Il est crucial de souligner une nouvelle fois l'importance de la valeur ajoutée de l’Europe et des dépenses basées sur la performance et les résultats. J’ai jamais dit que c’était un sujet facile, je ne dis pas qu’en un claquement de doigt, on va régler problème. Je dis que si les Etats membres ouvraient le champ des discussions plus largement qu’autour du montant de leur contribution nationale vers une réflexion autour de nouvelles ressources propres (des fonds directement versés au budget de l’UE et non des sommes versées chaque année par les Etats, NDLR), on pourrait sans doute trouver des solutions. Cela atténuerait la prédominance des contributions basées sur le revenu national brut des Etats et un financement adéquat au prochain budget de l’UE.

De quelles ressources parle-t-on ?

La présidence finlandaise propose deux nouvelles ressources propres : étendre la contribution sur les systèmes d'échange de quotas d'émissions et un impôt de 80 centimes sur chaque sac plastique. Mais qu’en est-il, par exemple, des initiatives prises par le Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen concernant les nouvelles ressources propres, à savoir l’introduction d’une taxe carbone aux frontières, l’extension du système d'échange de quotas d'émission pour couvrir le secteur maritime, le secteur aéronautique et la réduction des quotas gratuits alloués aux compagnies aériennes ?

Avez-vous parlé directement avec Sophie Wilmès ou Charles Michel ? Est-ce un avantage d’avoir des alliés politiques et dans le « cockpit » européen et au gouvernement belge ?

À ce stade, je n’ai pas encore abordé cette question avec Sophie Wilmès (au niveau national) ou Charles Michel (au niveau du Conseil européen). Comme vous le savez au Conseil européen de cette semaine, les chefs d’État et de gouvernement des états membres demanderont à Charles Michel de prendre en main les négociations du prochain budget 2021-2027. Dans la foulée nous aborderons le dossier tant avec Charles Michel investi de cette nouvelle mission par ses collègues qu’avec Sophie Wilmès. L'équipe de négociation du Parlement a par ailleurs l’intention de prendre contact avec chaque capitale pour expliquer leur vision.

Quelles sont les coupes proposées par la présidence que vous jugez le plus durement ?

Celles dans Horizon Europe (recherche, innovation) la présidence finlandaise reprend (et augmente même légèrement de 0,6%) l'enveloppe financière proposée par la Commission. Elle reste cependant 36 milliards d'euros inférieure à la position du Parlement. Il faut ici souligner l’importance pour la Belgique de la recherche et innovation ainsi que la transition digitale du continent. Le programme pour le marché unique (estimé à -52% par rapport au Parlement européen). Nous ne pouvons pas accepter les coupes faites par la présidence finlandaise dans les domaines où il y a une valeur ajoutée européenne et où l’UE doit se positionner sur la scène internationale (recherche, énergie, numérique et espace). Le budget de la zone Euro est aussi trop faible : près de 13 milliards sur une période de sept ans à diviser par 19 Etats membres. On ne peut pas avoir de force de frappe d’autant plus que ce mécanisme est volontaire. Ou encore, Erasmus +, que le Parlement européen cherche à tripler avec le soutien de la nouvelle Commission européenne (il y aurait un écart estimé à -48% entre la présidence finlandaise et le Parlement).

Avec un budget réduit, 25% des dépenses allouées au climat représentent évidemment moins que dans la proposition du PE (ou de la Commission). L’UE tient-elle ses engagements en faveur du climat ?

En aucun cas avec la proposition du Conseil, même si la présidence modifie le texte pour dire que les dépenses pour le climat doivent atteindre « au moins » 25% du budget. Les investissements climatiques réels dans le cadre de la proposition de la présidence finlandaise pourraient être inférieurs de près de 12 milliards d'euros en raison de la taille réduite du budget de l’UE. À titre indicatif, le seuil de 25% se traduirait en effet par 283,6 milliards d'euros dans la proposition de la Commission, contre 271,8 milliards d'euros avec la taille globale proposée par la présidence finlandaise. Avec le niveau proposé par le Parlement, le seuil de 25% correspondrait à 331 milliards d'euros (59 milliards d'euros de plus que la proposition de la présidence finlandaise, malgré des objectifs plus ambitieux).

Peut-on avoir une Commission géopolitique, comme le veut Von der Leyen, avec un budget représentant 1% du revenu national brut de l’UE ?

Poser la question, c’est y répondre.

Antony Root, patron de HBO Europe: «Les plateformes de streaming ont rebattu les cartes»

entretien

Ce n’est pas de la télévision, c’est HBO ». À la fin des années 90, le slogan annonce la couleur et l’âge d’or des séries télé. Des Sopranos à Game of Thrones, c’est en effet HBO qui a fait de la série un art majeur. Mais la chaîne câblée américaine, partie du conglomérat WarnerMedia qui s’apprête à lancer le service de streaming HBO Max pour mieux concurrencer Netflix, est aussi présente en Europe (en Belgique, ses programmes sont diffusés par Be TV). Antony Root, le CEO de HBO Europe, était à Bozar pour présenter une première création espagnole, Foodie Love, au festival Are You Series ? L’occasion aussi de parler des mutations auxquelles fait face le métier.

Antony Root, CEO de HBO Europe.

HBO Europe est présent dans les pays d’Europe de l’Est, de Scandinavie et depuis peu en Espagne et au Portugal. Depuis des décennies, les publics européens regardent des séries américaines. Mais dès le départ, votre stratégie a été de produire des programmes locaux avec des talents locaux. Pourquoi ?

Notre tâche est d’attirer des abonnés et de les garder. La grande partie du catalogue HBO Europe vient des États-Unis, mais on s’est rendu compte que si nous voulions attirer le public local, il était important de proposer des programmes locaux qui lui parlent plus directement et profondément qu’une série américaine. On s’en est rendu compte dans les pays d’Europe de l’Est où HBO s’est d’abord implanté. Et aujourd’hui, certains de ces programmes traversent les frontières. Beforeigners, une série norvégienne, a très bien marché dans les autres pays scandinaves et maintenant en Espagne ; The Sleepers, qui est une série d’espionnage tchèque, fonctionne très bien au Danemark et en Suède. Les bonnes séries parviennent à s’exporter, peu importe d’où elles viennent. On le voit aussi avec La Casa de Papel ou Dark sur Netflix. Même aux États-Unis, il y a un appétit pour les séries européennes. C’est une niche, mais elle existe. Maintenant, cela signifie-t-il que la prochaine série polonaise sera le nouveau Game of Thrones  ? Disons qu’on peut toujours espérer.

Comment expliquez-vous ce nouvel attrait pour les séries européennes ?

Je pense que le monde est devenu plus petit. Cette évolution s’explique surtout par les plateformes de streaming qui rendent disponibles des titres à l’international qui n’auraient auparavant jamais été distribués au-delà de leur pays d’origine. Mais pour n’importe quel diffuseur, la première étape reste d’avoir du succès sur le territoire où il est implanté.

En ce moment, tout le monde se tourne vers le streaming. HBO a toujours misé sur la qualité de ses productions, mais ces plateformes semblent plutôt miser sur la quantité, comme s’il fallait sans cesse les nourrir…

Je ne suis pas d’accord avec ça. Il est vrai que certains concurrents peuvent sortir une centaine de productions par an, mais HBO n’est pas dans cette optique. Aux États-Unis, ils doivent être à cinquante séries par an. HBO Europe diffusera huit nouvelles séries l’an prochain. L’idée n’est pas d’augmenter notre production. Nous sommes très sélectifs et nous travaillons de manière étroite avec les créateurs. Nous ne sommes pas dans le business : « Il faut un meurtre à la dixième minute » ou « Il faut que quelqu’un sorte un revolver à la deuxième minute ». On est plus proche du travail d’un éditeur qui aide un auteur à publier ses écrits.

HBO n’est donc pas l’empire des algorithmes…

Non. Une phrase qui se dit souvent au sein de WarnerMedia est : « Comment dit-on déjà ? Ah oui ! Recommandé par un humain ! » C’est une petite blague qui dit bien ce qu’elle veut dire.

La VOD et les algorithmes ont-ils changé la manière dont on fait une série ?

Pas fondamentalement, non. Il y a eu deux changements fondamentaux dans notre industrie. Le premier est qu’il n’y a pas si longtemps encore, personne ne voulait acheter une série télé. Aujourd’hui, c’est un des formats les plus populaires, mais ce n’est qu’à partir de la fin des années 90 que les choses ont changé. L’autre changement significatif auquel nous faisons face aujourd’hui est que le volume des séries de qualité produites est tellement élevé que je me demande si l’industrie va pouvoir soutenir tout cela très longtemps. On ne peut pas soudain tripler le nombre de réalisateurs ou de scénaristes talentueux, particulièrement dans les petits pays. La pression qu’il y a de donner un feu vert rapidement pour être sûr d’avoir toutes les personnes disponibles au moment du tournage est devenue énorme. Et je pense que c’est une part importante de mon boulot de résister à ce genre de pression. La question importante doit rester : « Le projet est-il prêt à être tourné ? Est-il solide ? ». Aujourd’hui avec Netflix, Amazon, Disney qui s’ajoutent aux chaînes traditionnelles qui continuent à produire, il y a un nombre toujours croissant de séries. Pourra-t-on maintenir un tel volume et conserver la qualité ? C’est une réelle crainte. L’an dernier, cinq cents séries ont été produites aux États-Unis. Comment pourraient-elles être toutes de qualité ?

Quelle est votre position sur le « binge watching » (regarder à la suite de nombreux épisodes d’une série – ndlr) ?

Pour moi, cela dépend des séries. C’est une décision au cas par cas. Pour un diffuseur, si vous possédez un produit qui est assez fort pour tenir sur la longueur en diffusant un épisode par semaine, c’est évidemment plus intéressant, parce qu’il aura un cycle de vie dans la culture populaire bien plus long que s’il avait été proposé en une fois. Et en même temps, nous avons une série polonaise proposée en un bloc qui a eu un cycle de vie de six mois ! Qui peut dire à l’avance ? Il n’y a pas de règle, c’est au cas par cas.

HBO cherche-t-il à s’installer dans d’autres pays d’Europe ?

On recherche toujours l’opportunité d’entrer dans de nouveaux territoires. En même temps, le cœur de HBO reste les programmes américains. Nous avons des accords avec certains diffuseurs pour les proposer dans les pays où nous ne sommes pas implantés (Be TV en Belgique – ndlr). Le problème auquel nous faisons face en ce moment est que le paysage est de plus en plus vaste et qu’il bouge à une vitesse folle. Les plateformes de streaming ont clairement rebattu les cartes. En termes de volume de production, de changement des habitudes de consommations… Qui aurait cru que toutes les plus grandes entreprises du monde allaient se lancer dans la course au streaming ? Je ne pense pas que la télé linéaire soit morte. Mais on peut se poser la question : dans cinquante ans, qu’en sera-t-il ? Quoi qu’il en soit, pour ce qui est d’attirer des abonnés, je ne pense pas que la quantité de l’offre soit nécessairement la réponse.

L’élève francophone prend souvent du retard, mais la situation s’améliore

L’élève francophone prend souvent du retard, mais la situation s’améliore
Dominique Duchesnes

Qui sont les élèves francophones belges ? En combien de temps acquièrent-ils leur diplôme ? Combien coûte l’enseignement aux pouvoirs publics ? Le niveau socio-économique influence-t-il la réussite ? Des centaines de questions se posent dès que l’on aborde la thématique « enseignement ». Et des centaines de réponses sont disponibles, compilées et analysées par la Direction générale du système éducatif. Elle publie chaque année «Les indicateurs de l’enseignement 2019», soit la bible statistique du secteur. Coup de projecteur sur des données clefs.

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Le coût de la scolarité

En 2018, la Fédération Wallonie-Bruxelles a consacré près de 8 milliards d’euros à son système éducatif. La dépense moyenne par élève varie selon le niveau : 3700 euros en maternel, 4500 en primaire, 7500 en secondaire. Dans le supérieur, une année en haute école coûte 5 700 euros aux pouvoirs publics tandis qu’une année de master revient à près de 8000 euros.

Question subsidiaire : combien coûte un diplôme obtenu au terme d’un parcours sans faute ? Réponse : 83.000 euros pour les 15 années qui mènent à la fin de la rhétorique, auxquels on ajoutera 17.000 euros pour un bachelier de type court ou 39.000 euros pour un master universitaire. Notons que 15 années d’enseignement spécialisé (où l’encadrement est dopé) coûtent 252.000 euros.

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Le coût de l’échec scolaire

À partir de là, il est aisé de calculer le coût de l’échec scolaire, dont on sait que la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est fait une spécialité mondiale… Verdict : 386 millions d’euros pour l’enseignement ordinaire. Notons que les messages appelant à chercher d’autres solutions commencent à porter leurs fruits : cette facture-là est en baisse de 10 % depuis 2011, soit une non-dépense de 43 millions d’euros.

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Un élève sur vingt dans le spécialisé

L’enseignement spécialisé francophone est réputé pour sa qualité mais également pour le nombre d’élèves qui y font tout ou partie de leur scolarité. On y compte aujourd’hui 17900 élèves de primaire et 18500 du secondaire, avec chaque fois une part prépondérante de garçons (près des deux tiers). La part relative de ce type d’enseignement est en hausse légère mais constante : 5,2 % des élèves de primaire (pour 4,9 % en 2011) et 4,8 % des élèves du secondaire (contre 4,2). Ça représente tout de même un vingtième des enfants en âge scolaire.

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Disparités socio-économiques

La répartition différenciée des élèves en fonction de l’indice socio-économique de leur famille apparaît très tôt dans la scolarité. Dès l’enseignement primaire, on constate une corrélation entre l’entrée dans l’enseignement spécialisé et le niveau socio-économique faible. En secondaire, c’est dans le choix des filières que la différence se fait jour : plus l’indice socio-économique est faible, plus la « chance » de fréquenter le premier degré différencié (qui accueille ceux qui n’ont pas obtenu leur CEB) est élevée. L’écart s’accentue ensuite tout au long du parcours en secondaire, particulièrement avec la fin du tronc commun, quand doit se faire un choix de filière. Il suit la « hiérarchie » des niveaux d’enseignement ancrée dans la culture scolaire : secondaire général de transition, technique de transition, technique de qualification et professionnel. « Cette situation peut s’expliquer par une orientation vers les formes de l’enseignement secondaire les moins réputées ou vers l’enseignement en alternance et par les sorties prématurées qui touchent les élèves issus des secteurs les moins favorisés », dit Elsa Albarello, responsable de la direction de l’exploitation des données à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L’indice socio-économique est également intimement lié au retard scolaire : à 16 ans, 74 % des élèves issus du pied de l’échelle socio-économique sont en retard scolaire alors qu’au sommet de l’échelle, ils ne sont « que » 35 % dans cette situation. À 16 ans aussi, la moitié des moins favorisés est dans le qualifiant pour un quart seulement des plus favorisés (lire point 5).

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Retard scolaire

En Fédération Wallonie-Bruxelles, la durée théorique de scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire ordinaire de plein exercice est de douze ans (on exclut ici le maternel qui n’est pas obligatoire). C’est bien connu, une part très importante d’élèves ne fait pas un « parcours sans faute » : en 2017-2018, 13 % des élèves de l’enseignement primaire et 45 % des élèves du secondaire de plein exercice étaient en retard scolaire (à un âge donné, ils ne sont pas dans l’année scolaire qui leur est en principe attribuée).

En réalité, la part d’élèves à l’heure diminue de manière quasi linéaire dès la troisième maternelle (infographie ci-contre), si bien qu’en fin de primaire, 17 % des élèves sont en retard scolaire. En première secondaire, le taux de retard concerne un élève sur cinq, en deuxième il passe déjà à un sur trois. En troisième, ils sont près d’un sur deux dans cette situation, en quatrième ils sont plus d’un sur deux alors qu’en cinquième la part d’élèves en retard atteint 59 %. La diminution du retard scolaire entre la cinquième et la sixième année secondaire de plein exercice s’explique principalement par les départs vers la formation ou l’enseignement en alternance et les abandons, principalement pour des élèves ayant atteint l’âge de dix-huit ans, limite de l’obligation scolaire. Notons qu’en 5e et 6e secondaires, il y a autant d’élèves en retard de minimum deux ans que d’une seule année. Une note positive pour conclure : s’il reste très important, le taux de retard scolaire suit une légère tendance à la baisse : 17 % désormais en fin de primaire contre 24 % il y a 10 ans, 48 % en troisième secondaire contre 51 %. Il reste cependant plutôt stable en fin de secondaire… Il faut sans doute y voir l’effet retard des mesures contre le retard…

Un Plopsaqua à Hannut: «L’exemple même de la collaboration entre deux régions»

Le patron de Plopsa, Steve Van den Kerkhof, les pieds dans la boue.
Le patron de Plopsa, Steve Van den Kerkhof, les pieds dans la boue. - Michel Tonneau.

Entretien

Nous sommes sur la « Route Jolie » entre le Platteland et la province de Liège. On n’entend pas le bruit de l’autoroute E40 malgré sa proximité. Par contre, une grue attire l’attention. En plein milieu des champs, s’élève une nouvelle construction, juste à la frontière entre Landen, côté flamand, et Avernas-le-Bauduin, dans l’entité de Hannut, côté francophone. C’est là que le groupe Plopsa a décidé d’installer son nouveau parc aquatique, de 4.800 m2, après avoir été choisi par les deux communes désireuses de remplacer leur piscine vieillissante. Entretien avec le patron de Plopsa, Steve Van den Kerkhof, les pieds dans la boue, devant une tour de béton d’où partiront trois toboggans, dont un à dix-neuf mètres de haut.

Un exemple pour la Belgique qui n’a pas réussi à s’entendre sur le stade national ?

Je le prends comme tel, en effet. Je pense d’ailleurs que nous allons inviter le Roi en décembre 2020 pour venir inaugurer notre deuxième Plopsaqua car ce lieu est l’exemple même de la coopération qui existe entre deux régions, deux communautés. Il témoigne surtout qu’il est possible de s’entendre sur un projet commun. On pourra en tout cas dire qu’on l’aura réussi !

Mais pourquoi ce deuxième investissement en Wallonie après celui de Coo ?

Nous recevons beaucoup de demandes que nous étudions avec soin car le Plopsaqua de La Panne a atteint la saturation en termes de fréquentation. Ici, nous nous trouvons de plus quasiment au centre de notre zone d’action qui s’étend désormais de La Panne à Hasselt et jusqu’à Coo. Et la proximité de la sortie de l’autoroute sera un atout supplémentaire.

Une manière d’attirer le public francophone ?

Ce n’est pas le but recherché avec ce deuxième parc aquatique, même si on apprécie évidemment que les Francophones viennent dans nos parcs d’attractions ! Notre philosophie est, en effet, de travailler avec des communes qui ont le besoin d’un bassin de natation. C’était le cas à La Panne et ce l’est aussi ici. Nous amenons simplement notre expertise, ainsi que la partie plus fun du bâtiment.

Mais, face à la concurrence, est-ce une nécessité d’avoir un parc aquatique ?

La concurrence est là, mais il faut se rendre compte que nous projets sont tout à fait différents de ceux de Walibi ou de Bellewaerde. Nos concurrents ont leurs propres installations et les gèrent en privé. Dans notre cas, tout résulte d’une collaboration, d’une durée de vingt-cinq ans (plus deux ans de travaux), entre le public et le privé pour le financement. Nous gérerons, nous, les lieux, avec cinquante équivalents temps plein. Ou plutôt entre 25 et 35 personnes en temps normal, plus des étudiants jobistes pendant les périodes de congé.

Des problèmes pour avoir les permis ?

Les bourgmestres m’ont expliqué qu’ils avaient dû choisir d’établir le bâtiment sur Hannut car la Région wallonne accepte que l’on puisse établir une zone de loisirs dans une zone agricole. Ce qui n’est pas le cas en Région flamande… Cependant, vu la proximité de l’autre région, le permis a dû être étudié et approuvé aussi par la Flandre. Au total, ce qui me plaît le plus dans ce dossier, c’est que le public qui viendra ici entrera dans le parking du côté flamand et en ressortira du côté wallon. Quand vous parliez de symbole !

Même chose pour la partie construction ?

Oui, on peut vraiment dire que nous faisons autant appel à des entreprises wallonnes que flamandes. Cela va même plus loin puisque l’architecte est allemand, tandis que les techniques de traitement des eaux sont hollandaises.

Justement, sur un plan écologique, où vous situez-vous ?

Le public fait de plus en plus attention à cet aspect. Alors, s’il faut faire une analogie avec le monde automobile, on pourrait dire que l’on se situe entre l’Audi A6 et l’Audi A8. On a vraiment opté pour diverses technologies écologiques, même plus importantes qu’à La Panne où le parc aquatique date déjà de cinq ans. Des panneaux solaires seront installés pour contribuer à la poursuite d’une neutralité énergétique. L’éclairage scénographique sera réalisé à 95 % au moyen de lampes LED. Un système de cogénération veillera à ce que de la chaleur et de l’électricité soient continuellement et simultanément produites, ce qui permettra des économies et une efficacité énergétique optimales. Le chauffage se fera, lui, par le sol, pour rendre agréable le séjour des visiteurs. Enfin, le bâtiment sera évidemment isolé suivant les normes PEB 2018.

Et pour l’eau ?

La température sera de 29º dans le bassin de natation et le petit bassin, et montera jusque 32º dans la partie détente. Mais qu’on se rassure, l’irritation par le chlore sera limitée puisque l’hygiène de l’eau sera assurée par la technique de l’électrolyse par le sel. Ce qui permet de limiter aussi l’eau nécessaire. Il ne nous faudra renouveler l’eau qu’à concurrence de trois litres par nouveau nageur entrant, contre trente litres dans les autres installations. Nous allons également mettre en place une station d’épuration très pointue pour pouvoir récupérer les eaux, notamment pour les toilettes, tandis que le reste sera réinjecté dans la nappe phréatique. Sans aucun risque de contamination.

Affaire Nethys: la Socofe renonce à son recours contre le décret gouvernance wallon

Affaire Nethys: la Socofe renonce à son recours contre le décret gouvernance wallon
Belga

Jeudi midi, le conseil d’administration de la Socofe a décidé de renoncer au recours qu’il avait introduit devant la Cour constitutionnelle contre le décret gouvernance adopté par le parlement wallon afin d’empêcher les dérapages de gouvernance constatés dans l’affaire Nethys. La Socofe est une structure peu connue du grand public. Ce holding fédère les intérêts des pouvoirs locaux dans des domaines stratégiques comme l’eau, l’environnement ou l’énergie.

Cette décision intervient au lendemain de celle prise par les administrateurs d’Intégrale, le groupe d’assurances dont Nethys est actionnaire à 71 %. À l’inverse de la Socofe, l’assureur basé à Liège et Bruxelles a décidé de poursuivre son combat : il demande l’annulation du décret entré en vigueur en mai 2018. Si la Cour constitutionnelle devait suivre ses arguments, le gouvernement wallon se retrouverait dans un sacré pétrin. Même si l’heure n’est pas à la panique à Namur : aucune des décisions fortes prises ces dernières semaines (annulation de ventes de filiales, départ du management) ne pourrait être remise en cause, nous assure-t-on.

Une bonne nouvelle pour le gouvernement wallon

Le renoncement de la Socofe est pris comme une bonne nouvelle par l’exécutif régional. Il isole Intégrale dans une démarche qui frise l’obstination alors que, la semaine dernière déjà, le gouvernement wallon a mis sur la table un projet de modification de son texte qui est susceptible de rencontrer la demande principale de l’assureur : son secteur d’activité étant régi par la loi fédérale et des organismes comme la Banque Nationale et l’autorité des marchés (FSMA), il doit échapper au champ d’action du décret.

À ce stade, les avancées couchées sur le papier par le cabinet Dermagne ont manifestement été jugées insatisfaisantes. Intégrale poursuit son action. Les plaidoiries sont prévues le 18 décembre prochain. Quant à la Socofe, elle se satisfera des correctifs apportés par le ministre. Il faut dire que les difficultés qu’elle soulevait étaient de moindre ampleur : par la faute du décret gouvernance, elle se trouvait dans l’obligation de solliciter l’avis conforme de tous ses actionnaires pour chaque décision stratégique.

L’assureur Intégrale isolé

Or dans l’actionnariat du holding wallon, certains partenaires intercommunaux comptent pour très peu, jusqu’à 0,04 % parfois. La nouvelle procédure mettait à mal la capacité de réaction voire de travail de la société. À l’avenir, il faudra disposer de 10 % du capital pour s’exprimer sur les décisions, dans des délais revus à la baisse et avec un avis réputé favorable en cas d’absence de réaction. Pour le gouvernement wallon, ce problème est réglé. C’est déjà ça.

La Région wallonne peaufine dès lors les arguments à opposer à Intégrale la semaine prochaine. Elle insistera à coup sûr sur sa bonne volonté : des modifications au décret sont prêtes pour rencontrer le souci réel de compétence soulevé par l’assureur. Elle sollicitera un délai pour les faire adopter. Si nécessaire, elle demandera aussi le maintien des effets du décret à l’égard des autres structures visées par celui-ci.

Les élections législatives au Royaume-Uni, un air de deuxième référendum Brexit

Une touche d’humour dans la fin de campagne de Boris Johnson
: une vidéo parodiant le film «
Love actually
» et promettant, en pancartes «
détournées
», l’aboutissement du processus du Brexit.
Une touche d’humour dans la fin de campagne de Boris Johnson : une vidéo parodiant le film « Love actually » et promettant, en pancartes « détournées », l’aboutissement du processus du Brexit. - D.R.

C’est dire si Boris Johnson ne tient pas la victoire pour acquise. Comme ses adversaires, le Premier ministre britannique a sillonné le pays jusqu’au dernier moment ce mercredi pour essayer de faire basculer les circonscriptions les plus serrées dans l’escarcelle des conservateurs. Mais il a aussi donné de sa personne sur les réseaux sociaux, avec une vidéo humoristique, parodie du film « Love actually ». Comme dans la comédie romantique de 2003, Boris Johnson frappe à la porte d’une citoyenne britannique, muni de panneaux qu’il dévoile un par un pour ne pas éveiller les « soupçons » de son compagnon par les éclats d’une conversation. Mais au lieu de déclarer sa flamme, comme le fait le personnage du film, le chef du gouvernement explique « votre vote n’a jamais été aussi important ». Puis sur un autre panneau : « l’autre homme peut gagner ». « Vous avez le choix entre une majorité qui fonctionne et un autre parlement sans majorité », explique un autre panneau. Puis « nous avons seulement besoin de 9 sièges pour gagner une majorité. »

Car l’enjeu se trouve bien là pour cette élection législative : le parti conservateur espère une majorité absolue à la Chambre des communes, pour faire adopter l’accord de sortie de l’Union européenne négocié par Boris Johnson et obtenir le divorce le 31 janvier. Face aux Tories, les travaillistes eux ne peuvent guère compter sur une majorité absolue. Mais ils espèrent parvenir à un nouveau parlement à majorité indéterminée, qui pourrait permettre de porter au pouvoir Jeremy Corbyn.

Rush final en tous sens

Crédible ? Même s’ils apprécient peu le dirigeant du Labour, presque tous les partis d’opposition souhaitent un nouveau référendum sur le Brexit. Ce qui pourrait conduire à une alliance de circonstance. En attendant chacun des dirigeants de parti a mis ce mercredi son poids dans la bataille. La libérale-démocrate Jo Swinson en déplacement dans le Surrey, non loin de Londres, avec ses deux bus de campagne orange. Dans le Yorkshire, Nigel Farage chef de file du Brexit party, a fait un bilan de cette campagne « assez affreuse », qui se résume maintenant à « des déclarations vides de sens (…) et une flopée de théories du complot (…) sans aucune discussion sur l’accord Brexit. » Amertume peut-être d’un chef de parti qui ne peut attendre de grande victoire, puisqu’il a retiré ses candidats dans la moitié des circonscriptions, afin de laisser le champ libre aux conservateurs pour ne pas arrêter le Brexit.

Le travailliste Jeremy Corbyn, lui, a pris la route du nord : en Ecosse puis dans le nord de l’Angleterre et les Midlands. Dernière tentative pour empêcher Boris Johnson de mettre à bas le « mur rouge », cet ensemble de circonscriptions ouvrières et traditionnellement de gauche, mais qui a voté pour le Brexit en 2016 et ne veut pas d’une nouvelle consultation populaire - Le Soir du 11 décembre.

Quant à Johnson, il a enfilé son tablier de cuisinier dans le Derbyshire et visité une laiterie dans le Yorkshire. L’occasion d’une nouvelle maladresse : le Premier ministre s’est littéralement réfugié dans un frigo pour échapper aux questions de la tranche matinale de la télévision ITV. « La lâcheté, ça fait toujours mauvais genre » a twitté laconiquement le présentateur Piers Morgan, dans la foulée.

Un verdict toujours incertain

Fin de la frénésie. La campagne outre-Manche s’achève et la parole est aux électeurs ce jeudi, avec à l’issue un résultat toujours incertain. Le dernier sondage de l’institut Yougov, sur la base de réponses entre le 4 et 10 décembre, prévoit 339 sièges pour les conservateurs, soit une majorité de 28. Avec des gains attendus dans les régions du « red wall ». Mais l’écart en voix est estimé à 9 points entre les Tories et le Labour, une marge qui diminue depuis des jours. Et le commentaire qui accompagne l’étude illustre la prudence d’Anthony Wells, directeur de recherche politique et sociale chez Yougov : « la marge d’erreur met le nombre de siège conservateurs entre 311 et 367. Ce qui signifie qu’on ne peut absolument pas écarter l’idée d’un nouveau parlement sans majorité – ni exclure une majorité conservatrice plus large. »

Premiers éléments de réponse ce jeudi soir à partir de 23 heures - heure belge -, avec une confirmation dans la nuit. Mais comme l’a fait remarquer mercredi Nigel Farage, chef de file du Brexit Party : « si nous avons une majorité conservatrice, je pense que ce sera le cas, nous serons à nouveau en crise avant mai l’an prochain, pour un éventuel report de la fin de la période de transition, qu’il faut réclamer avant le 1er juillet. » En effet une victoire conservatrice et un Brexit le 31 janvier ne seraient qu’une première étape, et le coup d’envoi d’une nouvelle négociation sur la relation à trouver avec l’Union européenne…

Adamo au «Soir»: «Il ne faut pas vivre en fonction du passé»

entretien

Comme à son habitude, c’est chez lui, à Uccle, que nous reçoit Salvatore Adamo. Pour parler de ce coffret de ses années d’or de la période EMI que publie la firme PIAS mais aussi de cette année qui, entre concerts et problèmes de santé, a été très chargée.

Dans ce nouveau coffret qui reprend vos enregistrements des années 1962 à 1975, on est heureux de découvrir dix-sept chansons véritablement inédites, jamais entendues…

Oui, j’aurais pu les sortir plus tôt. Je me demande encore pourquoi je ne l’ai pas fait. Il ne faut pas oublier que sur les vinyles, on était très limité. Il y a peut-être eu des doubles emplois à un moment donné. Certaines ont dû être considérées comme démodées pour l’époque, trop proches des années 50. Ou alors trop proches de certains de mes succès. Mon gars, je me souviens l’avoir écrite le même jour que Tombe la neige.

Ce sont vos débuts chez PIAS, qui a racheté les droits à Warner qui les avait elle-même hérités d’EMI…

Oui, j’ai apprécié leur proposition car ce coffret marque un pan de vie, une façon de voir les choses avec un peu plus de candeur qu’aujourd’hui. J’aime la façon de travailler de PIAS qui a également racheté tout le catalogue international qui ressort en digital. En italien, en espagnol, en allemand… J’ai eu la chance d’avoir des arrangeurs extraordinaires : Oscar Saintal, Alain Goraguer (qui en a fait la plupart), Jean-Claude Vannier, Jean Musy, Frank Pourcel, François Rauber… En 1975, j’ai décidé de quitter EMI car j’avais rencontré Jacques Souplet, le patron de CBS-France, où j’avais produit Gilbert Montagné. J’ai beaucoup aimé sa façon d’être, son côté paternaliste, sa proximité. Ça m’a décidé de le rejoindre.

Vous reste-t-il encore beaucoup de chansons inédites dans votre grenier ?

De cette époque-là, il doit m’en rester une bonne vingtaine d’enregistrées. Sinon, au fil du temps, j’en ai une centaine de maquettées.

Avec vos cent millions de disques vendus, vous restez, et de loin, l’artiste belge le plus populaire dans le monde…

Il ne faut pas que je vive en fonction de ça. Comme l’objet me plaît, je me prête à un minimum de promo. Mais je suis déjà sur mon prochain projet chez Universal. Ce sera un disque où je me fais plaisir en rendant des hommages. Il s’agira d’un album de reprises… Début octobre, j’ai participé au Grand Rex à un hommage à Bashung. J’ai chanté en duo avec Chloé Mons, la veuve de Bashung, Sommes-nous, et seul, Vertige de l’amour. Il y a trois ans, Chloé m’avait contacté pour me signaler qu’elle préparait un album en italien, avec ma chanson La nuit, et qu’elle aurait aimé faire un duo. J’accepte et lui demande si elle a choisi La nuit sachant qu’Alain devait la chanter avec moi sur Le bal des gens bien. Son état de santé l’en a empêché. Quand je lui ai dit ça, elle a failli s’évanouir car elle l’ignorait. C’est une coïncidence incroyable.

L’année prochaine paraîtra donc cet album de reprises…

Oui, Universal désire un disque concept. Moi j’aimerais rendre hommage à des chanteurs comme Nat King Cole. J’ai déjà fait une version française de I’m Not In Love de 10cc. Ce sera un peu éclectique. Il s’agira de chansons que j’aime, qui m’ont influencé. Ça va peut-être partir des Everly Brothers. Avec aussi une ou deux chansons inédites qui expliquent le contexte comme Paris 60 qui raconte mes premiers pas à Paris, avec mon père et ma guitare pendant les événements d’Algérie. On m’arrêtait à tous les coins de rue car mon étui à guitare était suspect. Le disque ne sortira pas avant l’automne 2020. Et l’album de mes nouvelles chansons – j’en ai déjà une quinzaine –, ce sera pour 2021. On verra ma santé aussi…

Parlons de votre année 2019 qui a commencé pour vous par des concerts en Espagne avant l’Amérique du Sud…

Oui, à Madrid et Barcelone où j’ai fait un duo avec le pauvre Nilda Fernandez. C’est lui qui m’a traduit en espagnol mon dernier album, Si vous saviez. En août, il était prévu que j’aille en Colombie et au Chili mais j’ai eu une extinction de voix qui a duré quatre mois. Parce que, fin avril, j’avais fait trois concerts avec une laryngite. En plus d’une tendinite. J’ai eu un hématome qui a dû être opéré. J’ai dû faire une longue rééducation. On a pu reporter le Chili durant les événements en octobre, mais pas la Colombie. J’ai repris le 15 septembre et ça s’est bien passé.

Le Chili est, avec le Japon, un des pays qui vous est le plus fidèle. À quoi devez-vous ça ?

Le Chili, c’est autre chose. La première fois que j’y suis allé, c’est en 1967, avant Allende. Il y avait eu une manifestation dans les rues pour me faire venir, avec des calicots à mon effigie. J’ai encore des photos de ça. La Colombie, ils aimeraient reprogrammer la tournée en février 2020 mais ça devient un peu trop fatigant. Peut-être en mai. Le Japon, ça va se faire en décembre 2020. Ce sont des concerts particuliers au Japon. Je ne peux y chanter que d’anciennes chansons, avec un traducteur ou une traductrice toutes les quatre ou cinq chansons. C’est presque une conférence. Mais que ce soit en Belgique ou encore récemment à la salle Pleyel, à Paris, je rencontre régulièrement des Japonaises qui font le déplacement, économisant pour s’offrir le billet d’avion. Ça me bouleverse, c’est émouvant.

Pour le reste, tout s’est bien passé ?

Oui, la deuxième péridurale, pour ma jambe, s’est mieux déroulée que la première. Je me redresse un peu. Ce fut de mai à septembre que c’était un peu compliqué pour moi. La scène, c’est du sport et les médecins me disent d’en faire moins. J’essaie de doser et d’éviter deux concerts de suite. Des chanteurs plus jeunes que moi le font déjà.

Les corps souffrent. On l’a bien vu avec Stromae qui n’est pas sorti indemne de ses deux cents concerts en deux ans…

J’ai eu des années à trois cents concerts. Ça pouvait aller jusqu’à trois concerts d’une heure par jour. Le 7 août 1963, j’ai donné un premier concert à Comblain-la-Tour, au festival de jazz, où je reçois des pommes et des poires pour me faire comprendre que je n’étais pas à ma place. J’ai tout de même eu l’occasion de discuter avec Ella Fitzgerald et Jimmy Smith qui parlait sicilien. En deuxième concert, direction Roulers, avec mon père qui conduisait. On a même eu une collision. Troisième concert à Deux-Acren, près de Lessines, avec Jean-Claude Drouot. On s’est perdus dans la campagne, avec un fermier qui sort armé d’un fusil. On est arrivés avec une heure et demie de retard à Deux-Acren où on me hue et où certains voulaient renverser la voiture. Ça ne s’oublie pas… Avant d’être connu en France, je faisais Flandre et Wallonie tous les week-ends.

On comprend Brel et Françoise Hardy qui n’ont plu voulu en faire…

En 1969, on chantait, Françoise et moi, à Libourne, près de Bordeaux. C’était le jour du championnat du monde cycliste sur route. Je pars du concert d’avant début d’après-midi. En route, on s’arrête pour voir à la télé la victoire d’Eddy Merckx et arriver à Libourne pour répéter vers 18 heures. Les gens m’attendaient en me huant car j’étais annoncé en matinée. J’ai heureusement pu montrer le contrat qui prévoyait en soirée mon concert. Et la pauvre Françoise Hardy avait dû chanter avant moi. Ça m’est aussi arrivé à Waimes où il y avait une erreur d’affichage qui m’annonçait la veille. Les gens hurlaient…

Quels sont vos autres projets pour 2020 ?

J’ai tellement de disques en retard, en allemand, en espagnol, en italien… J’ai reçu un prix honorifique début de l’année à San Remo. Pourquoi pas mais tout a été décalé à cause de mes quatre mois d’aphonie. Il faut compter quinze jours par album… J’ai la chance d’avoir encore beaucoup de plaisir à écrire des chansons, à chanter en studio et à être sur scène. C’est ça, mon moteur. La semaine prochaine, j’ai un concert à Zaventem et début mars, à nouveau l’Espagne. Mon deuxième roman, ce sera plutôt des nouvelles, avec cinq ou six histoires parallèles…

Jacky Ickx au «Soir»: «Je suis une sorte de dinosaure en voie d’extinction»

belga
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Jacky, vous avez été mis à l’honneur par la Fédération Internationale de l’Automobile la semaine dernière. Cela vous procure quel sentiment d’être désormais au Hall of Fame de la FIA ?

Tant d’honneurs, ça commence à sentir la dernière ligne droite, non ? L’essentiel de ma vie est largement derrière moi. Plus sérieusement, ce « Panthéon » du sport automobile a été imaginé par Jean Todt, le Président de la Fédération. Il a d’abord mis à l’honneur les pilotes de Formule 1 puis les rallymen. Cette année, c’était au tour des pilotes d’endurance. C’est très bien : à une époque, l’endurance était plus importante que la F1. J’aime rappeler ce qu’était le sport automobile dans les années 1960, 70 et 80. On évoluait dans une arène fréquentée par des gens talentueux. C’était brutal, dangereux. À chaque course, il y avait le risque d’y rester. Cette entrée au Hall of Fame de la FIA m’a aussi permis de rencontrer des tas de pilotes beaucoup plus jeunes. C’est formidable de constater à quel point la passion du sport automobile traverse toutes les générations.

Cinquantième anniversaire de votre première victoire au Mans, Hall of Fame… Vous avez souvent été à l’honneur cette année…

C’est vrai. Il faut dire que j’ai un parcours atypique par rapport aux générations actuelles. À mon époque, beaucoup de pilotes roulaient en F1 et en endurance. Aujourd’hui, je suis une sorte de dinosaure en voie d’extinction. Mais je n’ai aucune nostalgie. Chaque génération vit des moments très forts. J’ai eu une très belle vie. Contrairement à beaucoup de pilotes de ma génération, j’ai échappé à l’issue fatale.

C’est bientôt la remise des prix du RACB. Certains pilotes belges vous ont impressionné cette année ?

Bien sûr ! Comment ne pas l’être par les performances de Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul. C’est incroyable que notre pays possède un des trois meilleurs rallymen au monde. Avec Tänak et Ogier, Neuville forme un sacré trio.

Je suis aussi ravi que Stoffel Vandoorne ait retrouvé un volant officiel en Formula E chez Mercedes. C’est devenu tellement difficile de se frayer un chemin. En sport auto, 80 % de la réussite vient du matériel. Il paraît qu’en MotoGP, c’est le pilote qui assure 80 % du succès !

Et pour terminer avec nos pilotes, je tire aussi un grand coup de chapeau à Laurens et Dries Vanthoor. Laurens a réussi l’exploit d’être champion IMSA avec Porsche et, si ma mémoire ne me fait pas défaut, Dries a remporté les 24 Heures du Nürburgring et Suzuka avec Audi.

Le prochain Dakar en Arabie saoudite, ça vous inspire quoi ?

Je m’en réjouis. J’ai lu plein de bouquins sur ce pays. J’y suis allé récemment, pour la course de Formula E précisément. Il s’ouvre et le Dakar va y contribuer. C’est aussi une contrée exceptionnelle pour le déroulement d’une course comme celle-là. Je pense que les concurrents vont être très impressionnés par les différents types de terrains qu’ils vont rencontrer.

En janvier, ce sera le Salon de l’Auto à Bruxelles. Certains appellent à son boycott. Qu’en pensez-vous ?

Mais n’est-ce pas un principe de la démocratie ? Tout le monde a le droit de donner son avis que l’on soit pour ou contre l’auto. Cela dit, il faut être prudent avec les chiffres. L’influence de la voiture sur le réchauffement climatique est de 7 % seulement alors que le chauffage domestique est de 40 % ! Ceux qui appellent au boycott du Salon se bercent d’illusions. Cela n’empêchera pas 500.000 visiteurs de rejoindre le Heysel en janvier.

Le 1er janvier, vous fêterez vos 75 ans…

Vous devenez moins sympa, tout d’un coup. On se connaît depuis si longtemps, Dominique, que j’ai l’impression que vous faites partie de ma famille. Vous devriez savoir que j’ai horreur de cette fête. Dieu merci, vous n’avez pas utilisé la traditionnelle formule « trois quarts de siècle ». Je vous en suis reconnaissant.

Les bulletins des Rouches face à Arsenal: Mpoku a dirigé la manœuvre, Bodart a assuré dans les buts

©News
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7,5 Bodart : une première mi-temps impeccable, avec un arrêt du pied devant Smith Rowe (14e), un réflexe devant Saka (27e), une sortie… de la tête devant Lacazette (35e) et un double sauvetage face à Saka et Nelson (45e). Il peut peut-être mieux sur le but égalisateur de Saka.

5,5 Fai : il a eu un match très compliqué face à Saka, très remuant, puis face à Martinelli. Sur le plan offensif, une reprise loin au-dessus du but de Martinez (77e) et un excellent ballon pour Avenatti (83e).

7 Vanheusden : une remise suicidaire dans l’axe dont Rowe Smith ne profite pas (32e), mais à part cela, solide et costaud dans les duels, il a évolué avec une belle maîtrise et a pu se permettre l’une ou l’autre montée en ligne.

6 Laifis : une remise dans les pieds de Lacazette (37e), mais beaucoup de présence, notamment dans le trafic aérien. Il est à la faute sur le but de Lacazette.

7 Gavory : calme, intransigeant, il a parfaitement maîtrisé Smith Rowe, qu’il a laissé à distance respectable.

6,5 Cimirot : moins précis qu’à l’habitude, même si c’est lui qui glisse le ballon à Bastien sur le but d’ouverture, il a eu du mal à trouver le bon rythme, avant d’être un peu mieux en jambes en deuxième mi-temps.

7 Bastien : il fait 1-0, sur un envoi dévié, sur sa première véritable montée en ligne. Avant cela, il avait rarement pu se tourner vers l’avant. Bien plus incisif après le repos, où il a pu enchaîner les incursions dans le clan londonien.

6,5 Carcela : il se procure la première occasion du match, à la faveur d’un envoi du pied droit expédié dans les mains de Martinez (12e). Pour le reste, il a joué le plus souvent par à-coups, avec des changements de rythme intéressants.

6,5 Amallah : du travail et de l’engagement pour récupérer des ballons dans la ligne médiane. Il a été récompensé par un but inscrit avec la complicité de Mavropanos.

7,5 Mpoku : il a été impliqué dans tous les bons mouvements. Il a signé de belles remontées de balle et a évolué sur toute la largeur du terrain, sans ménager ses efforts. On l’a même vu en position d’arrière gauche. Très précieux sur le plan technique et dans la conservation du ballon.

6 Emond : il a été important par son jeu de tête et son pressing, au point d’avoir contraint à plusieurs reprises Martinez à dégager en touche. Sorti à la mi-temps.

Remplaçants

6 Avenatti  : il a pesé sur le plan athlétique et est passé tour près du 3-2 sur un centre au cordeau de Fai (83e).

NC Lestienne.

Médicaments orphelins: pourquoi les prix de Big Pharma sont exagérés

Médicaments orphelins: pourquoi les prix de Big Pharma sont exagérés

L’étude que publie aujourd’hui la revue Regards économiques de l’UCLouvain et que Le Soir a pu consulter en primeur va bousculer dans le milieu pharmaceutique. Elle tend à prouver que Big Pharma abuse de l’impact émotionnel des maladies rares pour fixer des prix surfaits, en gardant le secret sur ses vrais coûts de production. Démonstration avec une des autrices, Sandy Tubeuf, professeur d’économie de la santé et chercheuse à l’Institut de recherche santé et société (IRSS).

Pourquoi les prix fixés pour ces médicaments rares seraient-ils exagérés ? Ce sont des maladies complexes, pour lesquelles ils n’existent aucune solution…

C’est le paradoxe de la rareté des maladies rares : on dénombre 5.000 à 8.000 maladies rares, une faible proportion de la population étant atteinte par chacune d’elles ; cependant, globalement, les maladies rares touchent un total de 30 millions d’Européens. On estime qu’il y a alors 6 à 8 % de la population qui est affectée d’une maladie orpheline, ce qui est équivalent au nombre de patients atteints de diabète. Les maladies rares ont donc un impact important sur la santé publique. En Belgique, environ 700.000 personnes souffrent d’une maladie rare. Or, on constate que les investissements en recherche ciblent tout particulièrement les maladies rares de trois types : celles qui sont les plus fréquentes dans la population ; celles qui surviennent à l’âge adulte ; celles qui sont caractérisées par un âge au décès prématuré chez les adultes. Ce sont les maladies qui touchent la petite enfance qui reçoivent les plus faibles investissements alors même qu’une maladie rare sur deux touche des enfants.

Mais le fait que les essais cliniques doivent être souvent transnationaux, vu le faible nombre de patients, induit un surcoût : multiplicité des acteurs, des lois nationales, des comités d’éthique.

C’est ce qu’invoque l’industrie. Mais, en fait, l’industrie dispose depuis l’an 2000 d’une politique de régulation offrant des avantages financiers et des avantages en matière de propriété intellectuelle à l’attention des industriels du médicament afin de les inciter à investir dans la R&D d’innovations destinées aux patients atteints d’une maladie rare, et notamment au développement de médicaments orphelins. Les pouvoirs publics compensent ainsi les industriels pharmaceutiques pour les risques qu’ils prennent face à un retour sur investissement potentiellement moindre en fournissant des crédits d’impôt sur la conduite des essais cliniques, des dispenses de frais de processus d’autorisation de mise sur le marché du médicament, et des subventions de la recherche.

Ces aides couvrent-elles le surcoût ? Une étude récente montre que le taux de succès moyen des thérapies en développement depuis l’ouverture d’un essai clinique jusqu’à l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau médicament est plus faible pour les médicaments orphelins. Il est estimé en moyenne à 6,2 % alors qu’il est de 13,8 % tous médicaments confondus.

C’est vrai. Mais Les médicaments développés pour le traitement des maladies rares sont comparativement beaucoup plus chers que d’autres médicaments innovants dans des maladies moins rares. Le coût médian par patient par an en 2016 était de 140.443 dollars pour un médicament orphelin alors qu’il était de 27.756 dollars pour un médicament non orphelin, soit six fois plus ! Alors que les frais ne sont que doublés. Cela veut dire qu’ils multiplient leur prix par trois sans aucune justification. Le prix maximal pour un traitement a même été atteint récemment pour l’amyotrophie spinale avec la thérapie génique Zolgensma qui s’établit à 2,1 millions de dollars. C’est le médicament qui a été administré au bébé Pia grâce à la générosité du public. Mais cela pose problème que l’on n’ait trouvé une solution que grâce à ce mécanisme, alors que la Sécurité sociale devrait pouvoir le couvrir.

Reste que développer un médicament orphelin coûte plus cher…

Ce n’est pas certain du tout : une étude récente suggère que les coûts de développement moyens des médicaments orphelins pourraient en fait être inférieurs. Les coûts cliniques directs seraient de 166 millions de dollars pour les médicaments orphelins contre 291 millions pour les autres. La différence s’explique par la spécificité des essais cliniques dans les maladies rares. D’une part, le nombre de patients inclus est inférieur celui des essais conventionnels. D’autre part, ces essais cliniques peuvent souvent ne pas être des essais randomisés comparant la molécule à un traitement comparateur actif ou un placebo. De fait, les maladies rares sont souvent orphelines de traitement comparateur et la non-participation des patients à un essai clinique présente des enjeux éthiques de pertes de chance car l’essai est parfois le dernier recours pour accéder à un traitement. Ajoutons à cela que l’industrie pharmaceutique n’est pas le seul acteur à entrer en jeu dans le développement des thérapies. La recherche à son stade non clinique est principalement portée par des chercheurs en milieux académiques et par les associations de patients et autres entités à but non lucratif : en conséquence, une partie de la R&D est donc exclusivement financée par de l’argent public et des dons. Il apparaît ainsi que des économies pourraient être réalisées sur les coûts globaux de R&D dans le cas des médicaments orphelins et se répercuter sur la détermination de leur prix.

Vous soulignez aussi que les fabricants profitent d’effets d’aubaine au détriment des patients.

Les entreprises biotechnologiques et pharmaceutiques ont rapidement adopté des stratégies leur permettant de réaliser des profits importants. Un médicament orphelin efficace pour une maladie rare initiale l’est parfois aussi pour d’autres maladies rares ou encore pour des maladies plus fréquentes. Par exemple, le traitement pour les tauopathies orphelines telles que la paralysie supranucléaire progressive peut aussi être utilisé pour les maladies neurodégénératives dont la maladie d’Alzheimer, une maladie nettement plus répandue. Le médicament orphelin bénéficie alors d’une extension d’indication qui permet d’accroître le nombre de patients recevant le médicament. Les industriels ont ainsi accès à un marché plus vaste que celui de la maladie rare initiale ; ils récupèrent alors les coûts fixes de R&D plus facilement avec un nombre de patients plus large. De plus, les avantages financiers et de propriété intellectuelle de la réglementation orpheline s’appliquent lorsque la taille de population cible du médicament est inférieure au seuil de prévalence des maladies rares, et non pas lorsque la maladie est stricto sensu rare. Par conséquent, si un essai clinique donné est mené sur une population de patients relativement restreinte et ciblée, son promoteur peut être éligible aux incitations proposées par la réglementation sur les médicaments orphelins. Cette politique peut donc causer des effets d’aubaine selon lesquels des projets de R&D qui auraient été menés en l’absence de la réglementation viennent à bénéficier abusivement des dispositifs d’incitation de la réglementation en se polarisant sur des sous-groupes de patients.

Mais les fabricants ne doivent-ils pas justifier leurs coûts ?

Non, le détail de leurs investissements, matériels comme humains, est une « black-box ». Ils procèdent en fait d’une autre façon pour fixer leur prix : ils s’appuient sur le principe du « value based pricing ». Selon cette approche du coût par la valeur, un fabricant définit le prix d’un bien qu’il produit en prenant en compte le bénéfice que tirera l’utilisateur de ce bien. Dans ce contexte, la mise sur le marché d’un traitement pour une maladie, qui jusqu’ici n’a aucune option thérapeutique disponible, constitue une innovation dont la valeur thérapeutique est majeure. Les industriels justifient un prix fort par la preuve des propriétés supérieures voire uniques du médicament. Dans le cas du Zolgensma, qui est le plus cher médicament du monde, l’industriel justifie ce prix sans précédent par le fait que la thérapie est curative en une perfusion unique. Il est probable aussi que le fait que le Zolgensma traite une maladie rare qui frappe des nourrissons avec une probabilité de décès en moins de deux ans conduit à accroître la valeur thérapeutique (et donc le prix) du fait de l’âge des patients. En effet, un traitement ciblant des personnes plus jeunes est susceptible de fournir une durée de bénéfice plus longue puisque les patients plus jeunes ont comparativement plus d’années à vivre que les patients plus âgés.

C’est l’émotocratie, alors ? On paiera des millions pour un nourrisson, sur lequel chacun s’attendrit, quitte à oublier les autres, plus vieux et moins attendrissants ?

Certaines pratiques y ressemblent vraiment beaucoup. Si le Big Pharma veut s’en défendre, qu’il soit transparent sur sa manière de fixer les prix, qu’il expose ses structures de coût. Sinon, on a toujours le doute sur le fait de payer un prix juste. Dans le dossier des médicaments contre l’hépatite C, le différentiel entre pays est considérable, pour exactement le même médicament. C’est aux pouvoirs publics de jouer le rôle d’arbitre pour représenter le rôle d’arbitre. Ils doivent davantage utiliser la prise de décision fondée sur des preuves, qui a pour but d’identifier les investissements qui présentent la plus grande valeur en rendant explicites aux pouvoirs publics les bénéfices et les coûts associés à une innovation médicale par rapport aux traitements auxquels elle se comparerait. Il faudrait aussi que les conseils d’administration des fabricants intègrent des défenseurs du bien commun au sein des organisations, comme proposé par Dewatripont & Tirole il y a déjà 20 ans. Ces défenseurs ont pour objectif de défendre une cause en particulier plutôt que le bien-être global de la firme. Enfin, nous avons trois recommandations qui pourraient éclairer les décideurs politiques. La première encourage la dynamique déjà mise en place de mise en commun de données sur les patients atteints de maladies rares. La deuxième propose de poursuivre les efforts d’augmentation du pouvoir de négociation des décideurs avec les industriels. La troisième appelle une plus grande transparence sur les coûts tout au long de la chaîne de R&D jusqu’à la fixation du prix.

Transformer son garage en parking à vélos collectif n’a jamais été aussi simple

Veerle, propriétaire du premier garage à vélos collectif en Région bruxelloise.
Veerle, propriétaire du premier garage à vélos collectif en Région bruxelloise. - D.R.

Planquée dans la rue de Nancy, derrière les Brigittines, une lourde porte de garage en acier que rien ne distingue des autres, à l’exception d’un grand autocollant « Fietsparking Nancy-Marolles », placardé depuis peu. Passée la porte, que l’on déverrouille grâce à un badge ou une application mobile, nous entrons dans la propriété de Veerle Slootemans, qui vient d’acheter la maison avec son mari Tim. Sur le sol, entre les murs encore bruts, point de paillasson mais de grands racks à vélo, qui n’attendent plus que de trouver des occupants.

Cycloparking, le partenariat entre l’ASBL Cyclo et parking.brussels, vient de signer avec Veerle et Tim un type de contrat inédit. Le couple, moyennant un loyer de 200 euros par mois, a accepté de transformer son garage en parking à vélo collectif pouvant accueillir jusqu’à 50 montures. Celui-ci est mis à disposition des cyclistes du voisinage, qui peuvent en jouir moyennant un abonnement de 60 euros à l’année (120 pour un vélo cargo), calqué sur celui en vigueur pour les « box » à vélos que l’on retrouve déjà en rue. Une première qui ravit la propriétaire des lieux, cycliste quotidienne. « Jusqu’à présent, nous ne faisions rien de ce garage. Avec ce projet, on a une super-opportunité d’utiliser cet espace, qui n’est pas encore rénové, de manière utile », explique Veerle Slootemans. « Pour nous, ça a été très facile : parking.brussels a mis les racks à vélo, a changé la serrure pour que l’on puisse rentrer via son téléphone. On a deux entrées séparées, pour la maison et le garage, il n’y a donc aucun souci avec ces gens qui passent. L’installation a été très facile. »

Un complément aux « box »

Cela faisait déjà plusieurs années que parking.brussels et Cyclo cherchaient à développer de nouvelles solutions sécurisées pour du stationnement à moyen terme, alors que la demande va croissant. Les « box » à vélos qui fleurissent aux coins des rues représentent certes une option intéressante, mais ne sont pas la solution ultime. « On ne peut pas en mettre 50 dans chaque rue. Ça prend de la place, ça n’offre que 5 places de vélo et c’est un investissement de tout de même 4.000 euros », explique ainsi Geoffrey Usé, responsable de la politique stationnement vélo chez parking.brussels. « Et puis ça nécessite un permis de voirie. Administrativement, c’est donc un peu plus lourd », là où, avec le modèle développé ici, il « suffit » de se mettre d’accord sur les termes du contrat avec le particulier et de commander puis d’installer les dispositifs.

En attendant que l’initiative fasse des petits, il faudra aussi que les emplacements installés se remplissent. Pour l’instant, une seule personne s’est engagée pour l’année, d’autres devraient suivre. Pour Marie Verkaeren, chargée de projet pour Cyclo, les opportunités sont nombreuses : « Dans les environs, il y a une maison médicale où l’on sait que les travailleurs sont en demande de parking vélo. On va pouvoir leur proposer une solution ici. Il y a aussi éventuellement des partenariats à faire avec les Tanneurs, juste à côté » Dans tous les cas, la rentabilité n’a pas vocation à devenir le moteur de ce type de projet, insiste Marie Verkaeren. « Il faut savoir qu’au niveau des parkings vélo sécurisés à Bruxelles, avec les prix qu’on pratique, soit 60 euros par an, il n’y a rien qui est rentable. Les abonnements des usagers ne vont jamais couvrir les dépenses engagées par les pouvoirs publics. C’est de toute façon à considérer comme un service public et pas comme une activité commerciale », conclut la chargée de projet, encourageant tous les particuliers qui seraient intéressés d’imiter Veerle et Tim à contacter Cycloparking par email.

Carice van Houten, l’actrice qui ensorcelle votre écran

«
J’ai le sentiment d’être pleine de contradictions. Certaines personnes me décritaient comme quelqu’un de très fort, d’autres comme quelqu’un d’extrêmement fragile. Je pense que je m’identifie à des personnages complexes.
»
« J’ai le sentiment d’être pleine de contradictions. Certaines personnes me décritaient comme quelqu’un de très fort, d’autres comme quelqu’un d’extrêmement fragile. Je pense que je m’identifie à des personnages complexes. » - Belga

portrait

Carice van Houten est de ces actrices magnétiques, à l’air à la fois énigmatique et bienveillant. Révélée au monde grâce à Black Book de Paul Verhoeven, elle a captivé les fans de la série Game of Thrones (GoT) en y incarnant la sorcière Mélisandre. Pourtant, son ascension internationale n’a pas brimé ou formaté l’actrice. Au contraire. Elle parle naturellement de tous les sujets – même si elle confie surveiller ce qu’elle publie sur les réseaux sociaux – et évoque sans fard les choses qu’on aurait cru indiscrètes. « On est conditionnés à avoir une opinion sur ce à quoi les gens ressemblent », lance-t-elle ainsi spontanément en avalant un morceau de mandarine. « Quand quelqu’un utilise trop de botox par exemple, on le critique. Mais lorsqu’il n’en utilise pas, ils sont critiqués parce qu’ils paraissent trop vieux. C’est juste injuste et très compliqué. Je ne dirai pas que j’en souffre, mais je n’ai que 43 ans. Donc je ne sais pas ce que ce sera dans quelques années… »

Toujours est-il que depuis ses débuts sur scène dans une pièce d’Hugo Claus, Carice van Houten a réussi à construire une carrière à la fois au théâtre, qu’au cinéma (Black Book, Walkyrie, Repo Men) ou à la télévision (Suzy Q, GoT) et même dans la musique (elle a sorti un album en 2012). « Au départ, être actrice était avant tout une nécessité », explique l’actrice. « Pour que les gens me remarquent, je devais être sur scène. Ça a l’air un peu triste mais j’avais besoin d’être sur scène pour m’exprimer car je n’y arrivais pas vraiment autrement. Aujourd’hui, jouer des personnages complexes est tout ce qui m’importe. Avoir un rôle dans Game of Thrones a sans doute aidé à ce que plus de gens me connaissent mais pour moi en tant qu’actrice, ça n’a pas vraiment changé de choses. En fait, je dirai que ça m’a donné envie de plus aller vers des projets comme Instinct où je peux être plus impliquée. »

Forte et fragile à la fois

Instinct, c’est le premier long-métrage de l’actrice et réalisatrice Halina Reijn, sa complice et amie de toujours. L’histoire de Nicoline, une psy travaillant en milieu carcéral entrant peu à peu dans un jeu de manipulation avec un détenu. « Nicoline est une femme très forte mais abîmée. On peut être forte et fragile à la fois. Nous voulions montrer la complexité d’être une femme. Bien sûr, son comportement est extrême mais je pense que beaucoup de personnes peuvent se reconnaître dans cette situation : cette envie irrépressible de faire quelque chose même si vous savez que ce n’est pas bon pour vous. Ça a été mon cas : j’ai été amoureuse d’une personne que je n’aurais pas dû aimer. On a tous fait ça. Intuitivement, j’ai toujours eu le sentiment de savoir comment jouer ce personnage mais bien sûr, j’ai été influencée par Halina. Elle m’a menée dans la direction dans la direction d’un personnage à la Isabelle Huppert dans La pianiste. Quelque chose d’assez différent de ce que j’ai fait jusqu’ici. Dans tous les rôles, à l’exception peut-être de Game of Thrones, j’essaie toujours de terminer la scène comme si c’était une blague. J’aime qu’il y ait un certain sens de l’humour. J’ai grandi avec des films drôles et j’ai toujours essayé d’y faire un clin d’œil. »

Des rôles de femmes complexes

À l’écran, Carice van Houten a régulièrement endossé des rôles de femmes complexes où, souvent, sa beauté a été exploitée par les réalisateurs, à l’image d’Halina Reijn qui la filme amoureusement, avec une multitude de plans rapprochés. « J’adore quand la caméra fait des gros plans sur moi », sourit naturellement van Houten. C’est par contre amusant parce que plus on grandit dans ce métier, plus on voit ce rapport à l’image différemment. J’ai une relation contradictoire avec mon image : je sais que je peux avoir l’air belle mais je ne dirai pas que je trouve que je suis une belle femme. On a tendance à me choisir pour des rôles de femmes fortes, méchantes… C’est comme ça que fonctionnent les castings. Après avoir fait Black Book, on m’a évidemment proposé un tas de films sur la deuxième guerre mondiale. Par contre, la manière dont je perçois mes films précédents, en termes de corps et de nudité, a assurément changé. Aujourd’hui, je me pose la question de savoir si ces choses étaient vraiment nécessaires. Avant, j’étais simplement conditionnée à présumer que la scène était nécessaire pour l’art. En fait, il y a plein de moment où, rétrospectivement, je me dis que ce n’était pas vraiment nécessaire. Ce n’est pas quelque chose que je regrette mais aujourd’hui, j’ai beaucoup plus conscience des choses que je dis, que je fais. Le mouvement #MeToo m’a aidée. C’est un long processus. Et c’est vrai que c’est beaucoup plus facile maintenant de refuser ce genre de chose. »

Instinct d’Halina Reijn, en salles actuellement.

Nethys et Providence renégocient les conditions de la vente de Voo

Nethys et Providence renégocient les conditions de la vente de Voo
BELGA

Les discussions ont bel et bien repris entre le groupe liégeois Nethys et le fonds d’investissement américain Providence, au sujet de la vente de 51 % des actions de Voo. Le conseil d’administration de Nethys en a informé ce mardi le comité d’actionnaires Enodia-Nethys. Enodia (ex-Publifin) est la maison mère de Nethys. Les négociations portent actuellement sur les modifications que les parties envisagent d’apporter d’un commun accord aux contrats signés précédemment.

Des avancées positives mais pas décisives

« Nethys a repris les négociations avec Providence et les discussions avancent de manière positive », note une source dans l’entourage du dossier. « Mais on n’est pas encore au bout du processus. »

On sait que dès le mois de mai, Nethys, à l’époque toujours dirigée par Stéphane Moreau, avait vendu discrètement 51 % des actions de son pôle télécoms Voo à Providence, sans même en informer Enodia. Cette dernière n’a appris la nouvelle que près de trois mois après la signature de la convention. Une situation qui a conduit à la démission de l’ensemble du conseil d’administration de Nethys, au limogeage de plusieurs membres du management et à l’annulation par des arrêtés du gouvernement wallon des conventions de vente de plusieurs actifs, dont Voo, Elicio et Win.

Trois volets seraient sur la table

Mais la nouvelle direction et le nouveau conseil d’administration à la tête de Nethys ont repris discrètement des contacts avec Providence. Les Liégeois voudraient faire monter le prix, jugé moins attractif que ce qu’auraient pu mettre sur la table d’autres candidats acquéreurs, éconduits en mai dernier, comme Telenet.

Par ailleurs, une clause permettant un intéressement financier pour Stéphane Moreau et l’ancien directeur financier de Nethys, Pol Heyse, est absolument inacceptable pour Nethys et Enodia. Enfin, les garanties concernant l’emploi et le maintien du siège en région liégeoise ne semblent pas aussi bétonnées que Stéphane Moreau l’avait laissé entendre. Elles devront être coulées dans les statuts de la nouvelle entreprise, notamment sous la forme de majorités spéciales. Tout nouvel accord devra également recevoir un « avis conforme » de la part d’Enodia.

Sauver le deal avec Providence n’est cependant qu’une étape dans le délicat processus mené par Nethys. Il faudra encore mener une négociation difficile avec Brutélé, le câblo présent à Bruxelles et Charleroi et que convoite également Providence. Des contacts entre Brutélé et Nethys auraient également eu lieu ce mardi.

Coalition fédérale: l’arc-en-ciel élargi au CD&V est en pole position

Même s’ils ne le disent pas ouvertement, les deux informateurs privilégient l’arc-en-ciel élargi. Décodage

Par David Coppi et Bernard Demonty

Politique ,

COP25: les Belges proches d’un accord sur un plan climat insuffisant

COP25: les Belges proches d’un accord sur un plan climat insuffisant
Belga

Après des moments de tensions, l’atmosphère était aux sourires et à la détente, entre les quatre ministres belges du Climat qui se sont vus pour la première fois ensemble au cours de la COP25 à Madrid. Même si tous les détails ne sont pas réglés – ils le seront pour demain après-midi sans faute, promet-on – le plan national énergie-climat de la Belgique est en voie de finalisation. Après une ultime validation par le comité de concertation (la Première ministre et les ministres-présidents), le 18 décembre, il sera présenté à la Commission européenne avant la fin de l’année.

Ce plan détaille comment la Belgique atteindra son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 35 % en 2030 par rapport à 2005 et comment elle va contribuer à l’objectif européen d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique. Dans leur contribution au plan, chaque entité explique les politiques et mesures qu’elle entend mettre en œuvre pour y arriver. Première nouvelle : le contenu du plan ne permettra pas d’atteindre -35 %. Dans l’état actuel des choses, la contribution flamande ne suffira pas : elle est à -32,6 % au lieu de 35 %. Ce qui impactera la performance finale de la Belgique (on calcule encore à quel point…). Mais, sourires quand même : la Flandre par la voix de Zuhal Demir (N-VA) a promis que des mesures supplémentaires seraient prises. « On va continuer à travailler, ce n’est pas le point final, c’est un plan évolutif » a-t-elle promis. Par ailleurs, on espère beaucoup d’avancées technologiques qui faciliteront les choses. La Belgique présentera donc un plan en dessous de l’objectif qu’on lui a fixé, mais promettra de faire mieux.

Un fiat de la Commission ?

La Commission qui avait émis des critiques à l’égard de la première version du plan validera-t-elle l’entourloupe ? La Belgique ressemble à un étudiant que le professeur vient de mettre en échec mais qui va tenter de le persuader de modifier sa cote en lui promettant de mieux travailler à l’avenir. L’exécutif européen vient justement de proposer aux États de relever le niveau de l’ambition européenne de -40 % à au moins 50 % en 2030 par rapport à 1990. Or, cela nécessitera un relèvement des engagements de tous les États membres…

On a bien senti la volonté des trois partenaires de la Flandre de ne pas mettre en difficulté leur collègue Demir qui s’est réjoui de « discussions constructives » et du « respect des positions ». « Nous avons essayé de comprendre, en écoutant les contraintes des uns et des autres », a décodé le Bruxellois Alain Maron (Ecolo). On aura un plan ambitieux, intégré pour la semaine prochaine. « Le texte est totalement intégré, tout le monde est à l’aise », a indiqué tout sourire la fédérale Marie-Christine Marghem (MR). Quant au Wallon Philippe Henry (Ecolo), il a néanmoins insisté pour que le plan final mentionne que « chacun aura la responsabilité d’atteindre ses objectifs » et promette « de renforcer les actions si ce n’est pas suffisant ».

Voilà pour les bonnes nouvelles. Il n’en reste pas moins que la stratégie à long terme pour 2050 que la Belgique doit aussi remettre d’ici la fin de l’année ne sera pas prête à temps. Par ailleurs, Régions et fédéral se divisent toujours sur l’objectif européen de la neutralité carbone : la Flandre s’y oppose. Cette dernière a également empêché la Belgique de cosigner une déclaration de la « High ambition coalition » qui en parlait, de se joindre à une « climate ambition alliance » (à laquelle Bruxelles et la Wallonie se sont associées) et d’approuver une déclaration « sur les enfants, les jeunes et le climat » au prétexte que celle-ci mentionnait l’appel du patron de l’ONU à ce que les Etats « accroissent leur ambition et prennent des actions concrètes pour limiter l’augmentation de la température à 1,5ºC ».

La voie est libre pour le Brexit

La voie est libre pour le Brexit

« Merci à tous (…) Nous vivons dans la démocratie la plus formidable du monde. » Les résultats sont encore partiels ce jeudi soir quand le premier ministre britannique envoie sur le réseau social Twitter ce message triomphant. Mais nul besoin de s’embarrasser de précaution : même s’il ne s’agit que de projections des sondages de sortie des urnes, les chiffres sont suffisamment importants pour que le parti conservateur soit assuré de remporter une majorité absolue. Une majorité de travail confirmée autour de 6 heures ce vendredi matin. Cette majorité, que les Tories et Boris Johnson appelaient de leurs vœux, pour pouvoir « get brexit done » accomplir le Brexit, le slogan de campagne de la majorité. Autour de 5 heures du matin, discours de victoire de Boris Johnson dans sa circonscription d’Uxbridge, dans le grand Londres. « Ce gouvernement conservateur vient de se voir confier un immense nouveau mandat pour faire le Brexit. Et pas seulement faire le Brexit mais unifier ce pays et le faire avancer. » Le chef du gouvernement promet entre autres choses de se concentrer sur le NHS, service de santé britannique. « Oui, je vais recruter 50 000 infirmières supplémentaires et 6000 généralistes et nous allons bâtir 40 hôpitaux de plus dans le pays ». Les conservateurs remportent la majorité la plus importante depuis Thatcher. Ils ont fait tomber le « mur rouge », anciennes villes ouvrières et/ou bastion de la gauche depuis des décennies : Blyth, Darlington, Stoke-on-Trent, Workington, Blackpool south… La droite a aussi profité des divisions du camp des pro-européens, dans le centre de Londres à Kensington par exemple, où Felicity Buchan, conservatrice, l’emporte par quelques dizaines de voix face à deux fervents partisans de l’Union européenne, Emma Dent Coad, travailliste et Sam Giymah, l’une des figures de proue du parti libéral-démocrate.

Une nuit « très décevante » admet le chef de file du parti travailliste face au pire résultat de la formation depuis les années 30. « Le parti a proposé un programme d’espoir, mais le Brexit a polarisé le débat. » Jeremy Corbyn, face au « choc » admis par ses propres cadres, annonce qu’il ne conduira pas le parti à la prochaine élection législative. Mais il reste pour l’instant à la tête du Labour, afin de mener à bien un « processus de réflexion sur ces résultats ». Attitude diversement appréciée par les députés et ex-députés : plusieurs réclament la tête de leur chef. Dans la circonscription de Don Valley, Caroline Flint, défaite après 22 ans pointe les failles de son parti : « à ceux qui nous ont amenés à ça, je rappelle que le parti travailliste ne peut pas être seulement un parti de grandes villes et de villes universitaires, pas seulement un parti de jeunes ou un parti d’opposants au Brexit. Nous devons être un parti du Labour, un parti proche de la classe travailleuse. »

Défaite, plus cinglante encore, pour le parti libéral-démocrate. Sa chef de file, Jo Swinson perd son siège d’East Dunbartonshire au profit du SNP, les indépendantistes écossais. Défaite par 149 voix seulement. « Une vague de nationalisme balaie le pays, des deux côtés de la frontière anglo-écossaise », regrette Jo Swinson. « Pour des millions de personnes, ces résultats vont amener la peur et la consternation, et les gens cherchent de l’espoir. »

Une allusion claire, notamment, au succès des indépendantistes écossais dans les urnes. Le très europhile SNP gagne entre une douzaine et une quinzaine de sièges selon les projections, et se retrouve donc à la tête d’une cinquantaine de circonscriptions sur cinquante-neuf. « L’Ecosse vient d’envoyer un message très clair. Nous ne voulons pas d’un gouvernement dirigé par Boris Johnson. Nous ne voulons pas quitter l’Union européenne », savoure la patronne du SNP Nicola Sturgeon. La première ministre écossaise réclame un nouveau référendum sur l’indépendance de sa région. « Je ne vais pas prétendre que tous les gens qui ont voté pour le SNP sont en faveur de l’indépendance, admet-elle. Mais j’ai un mandat pour donner la possibilité aux gens de faire ce choix. » Choix qui divise lui aussi puisqu’environ un écossais sur deux serait favorable à la rupture avec le Royaume-Uni.

Quant au divorce avec les 27, Londres devrait pouvoir le consommer bientôt. Boris Johnson entend soumettre au vote son accord sur la sortie de l’Union européenne avant la fin de la semaine prochaine. Sauf surprise, le texte devrait se voir valider par des parlementaires acquis à la cause du premier ministre. Le Royaume-Uni se dirige donc vers une sortie de l’Union européenne le 31 janvier prochain, comme prévu. Une sortie qui n’est qu’un au revoir. Une nouvelle négociation démarre, celle qui concerne la relation à venir avec l’UE. Elle doit aboutir avant décembre 2020, fin de la période de transition – qui maintient une sorte de statu quo dans la relation malgré le Brexit. Sauf que les négociateurs européens estiment déjà ce laps de temps trop court pour un accord commercial, et que le premier ministre s’est engagé à ne pas reporter l’échéance. Ce qui fait dire à David Gauke, ex-ministre conservateur défait hier dans sa circonscription par l’un de ses anciens camarades : « je reste inquiet parce que nous pourrions quitter finalement l’UE sans accord ou avec quelque chose de très proche de ça. »