Comité de concertation: pas de déconfinement en vue mais des perspectives

Comité de concertation: pas de déconfinement en vue mais des perspectives

Les esprits s’échauffent en Belgique alors que les dirigeants des pays voisins multiplient les annonces de déconfinement plus ou moins large. Chez nous, on a surtout droit à une belle cacophonie entretenue par les politiques et les secteurs qui s’estiment injustement lésés par le confinement. Difficile pour le citoyen de s’y retrouver entre les paroles très strictes du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A) pour qui « il sera probablement très difficile d’alléger les mesures rapidement ». Alors qu’au même moment, son collègue David Clarinval (MR) est parti en campagne pour une réouverture des commerces le plus vite possible. Ces deux-là devront s’entendre au plus tard d’ici à vendredi où un nouveau Comité de concertation (Codeco) est annoncé à 13 heures.

Fêter Noël ou Nouvel an, un dilemme de luxe

Si les ministres du Fédéral et des Régions se basent sur les chiffres de l’épidémie, ils ne devraient pas être en mesure de satisfaire grand monde. La Belgique est toujours dans le rouge même si on ne peut nier que la situation commence à s’améliorer dans quelques provinces flamandes comme le Limbourg, le Brabant flamand et Anvers. Cela poussera peut-être le duo De Croo-Vandenbroucke à être un peu moins rigoriste. On écrit bien : « peut-être ».

Pas de baromètre mais des perspectives

Alors, encore punis les Belges ? Au regard de ce qu’il se passe ailleurs en Europe, peut-être un peu. C’est ce qui arrive quand on fait partie des plus mauvais élèves de la classe.

Pour éviter que la population tombe en « décrochage corona » (faut-il rappeler qu’un tiers des Belges a déjà dit qu’il ne respecterait pas les règles actuelles à Noël), Alexander De Croo a compris qu’il devra offrir un peu de perspectives.

Il a déjà commencé ce week-end en annonçant qu’il voyait notre vie sous le virus en deux phases : le moment où on le contient (le confinement) et le moment où le maîtrise (le déconfinement). Ces deux phases devraient remplacer le fameux « baromètre » créé par les experts à la fin de l’été mais jamais officiellement adopté par le politique. S’il est déterré un jour (ce qu’on ne nous confirme pas du tout, du côté du ministre de la Santé), il sera plus simple à appréhender que celui des experts, utilisé officieusement depuis plusieurs mois par les autorités sanitaires. Le « nouveau baromètre », s’il prend au final la forme d’un « baromètre », devra laisser une marge bien plus grande aux décideurs politiques.

Bref, si les annonces de vendredi risquent de décevoir beaucoup de gens, on devrait au moins obtenir des éclaircissements sur le quand et comment on reviendra en mode « déconfinement ».

17 syndicalistes condamnés: le droit de grève est-il menacé?

17 syndicalistes condamnés: le droit de grève est-il menacé?
Belga.

Six responsables syndicaux, dont Thierry Bodson – alors patron de la FGTB wallonne – écopent d’un mois de prison et de 600 euros d’amende, le tout avec sursis. Onze autres syndicalistes sont condamnés à 15 jours de prison avec sursis, et tous ont donc désormais un casier judiciaire. Le droit de grève est-il ainsi menacé ? Pour l’avocat en droit social Jean-Paul Lacomble, on ne s’en est pas pris à la grève mais aux faits qui ont été commis à cette occasion. Pour le politologue Jean Faniel, on essaie par la voie judiciaire de formater l’effectivité du droit de grève.

Bruxelles investit 1,4 milliard dans la mobilité: voici les projets

Bruxelles investit 1,4 milliard dans la mobilité: voici les projets

Le budget d’1,4 milliard d’euros destiné à la mobilité bruxelloise en 2021 sera consacré à la sécurité routière, à l’amélioration de la qualité de l’espace public et la promotion des modes actifs et au renforcement de l’offre et de la fréquence du réseau de transports publics. « L’élaboration du budget 2021 a été l’occasion de confirmer la priorité que constitue la politique de mobilité pour le gouvernement », a déclaré la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Ecolo) mardi en commission au parlement. « La mobilité n’est plus vue comme un problème, mais bien comme une source de solution et d’opportunité. »

Un budget de 7,1 millions d’euros sera consacré à la Ville 30, qui sera mise en oeuvre dès le 1er janvier prochain, a précisé la ministre: « La Ville 30 est bien sûr, une question de sécurité routière. Nous allons sauver des vies. Mais c’est aussi une question de qualité de vie : une ville où l’on roule moins vite est une ville moins bruyante, plus conviviale et où les mobilités actives peuvent vraiment se développer. Nous rêvons tous de pouvoir laisser nos enfants se rendre seuls à l’école à pied ou à vélo en toute quiétude par rapport au trafic, et c’est bien sûr, cela l’objectif à long terme. »

Quelque 14,6 millions d’euros seront dédiés à la politique de sécurité routière, avec notamment l’élaboration et la mise en oeuvre du nouveau plan d’action bruxellois pour la sécurité routière 2021-2030 ou encore l’achat et l’entretien de caméras, des radars et radars-tronçons.

Espaces verts et quartiers apaisés

L’amélioration de la qualité de l’espace public passera par la multiplication des espaces verts, l’instauration de cinq mailles apaisées supplémentaires (25 millions d’euros) dans le cadre du plan Good Moove, qui prévoit d’apaiser cinquante quartiers en dix ans, ainsi que par la poursuite de l’aménagement des infrastructures cyclables et l’amélioration du confort des piétons. « La crise sanitaire a mis en exergue l’importance de la qualité de l’espace public et de la promotion des modes actifs, qui constituent une des priorités du gouvernement », a souligné la ministre Van den Brandt.

Un budget de 113 millions d’euros est prévu pour la grande rénovation des tunnels, principalement dans le cadre de la finalisation de la phase de rénovation du tunnel Léopold II, en plus du budget de 50 millions d’euros pour les rénovations ordinaires des tunnels.

« Epine dorsale de la mobilité » de la Région bruxelloise, le réseau de transports public se verra renforcé avec la livraison en 2022 du plan Directeur Bus qui va en augmenter l’offre et la fréquence, avec l’accessibilité tarifaire de la Stib pour les moins de 25 ans et le maintien des tarifs pour les autres usagers et avec, à moyen et long terme, l’arrivée de nouvelles lignes de tram et d’une nouvelle ligne de métro. Par ailleurs, 95 millions d’euros sont également prévus pour les travaux d'investissement et d’entretien des ouvrages et équipements métro et prémétro par Bruxelles Mobilité, notamment dans le cadre de la rénovation et de l’amélioration de l’accessibilité des stations (aménagements prévus en 2021 notamment dans les stations De Brouckère, Porte de Hal, Roodebeek, Botanique, Parc, Brel, etc.).

« Rien de neuf »

Pour l’opposition libérale, « la gestion écologiste de la mobilité est chaotique, cacophonique et idéologique ». « On met la charrue avant les boeufs », a déclaré la présidente de la commission Anne-Charlotte d’Ursel (MR). « Absence de concertation dans toute une série de dossiers, mauvais timing, similis de tests et de prises de mesure pendant une période de confinement… Cela crée des tensions inutiles et une agressivité entre automobilistes et cyclistes mais aussi entre cyclistes et piétons. Il faut apaiser tous les modes de transports à Bruxelles. »

Le MR plaide pour des partenariats publics-privés avec les entreprises de micro-mobilité (trottinettes et vélos électriques, vélos en libre-service, etc.), essentiels à leurs yeux pour couvrir les « first and last miles », c’est-à-dire les premiers et derniers kilomètres du trajet d’une personne en transports publics.

Les libéraux demandent aussi plus d’attention aux piétons, dont 40% sont des personnes à mobilité réduite à Bruxelles, ainsi qu’aux zones à forte concentration d’accidents (Zaca). « 101 points noirs ont été relevés dans Bruxelles, dont trente jugés prioritaires », a fait savoir Anne-Charlotte d’Ursel lors d’un entretien au Soir. « Or, il n’y en a que neuf qui ont bénéficié d’un réaménagement. Cela nécessite un engagement et une urgence dans les budgets à mettre en place pour résoudre cette problématique. Nous voulons un plan d’investissements sur plusieurs années. »

Concernant les transports en commun, « tout était connu et planifié », d’après les libéraux. « A l’exception de nouveaux retards, la ministre ne propose rien de neuf », regrettent-ils. « Des montants inférieurs aux engagements pris par le gouvernement précédent, des investissements annulés en 2020 à cause du Covid mais pas intégralement réalisés en 2021… »

Par ailleurs, le MR soutient les projets d’extension, mais demande une hausse de la fréquence et de l’offre ainsi qu’une attention plus grande portée aux communes du Sud de Bruxelles. « Pour les nouveaux projets de métro bruxellois, avec les Verts, la situation n’a jamais été aussi précaire », a réagi le député David Weytsman (MR) auprès du Soir. « Il y a du retard pour le métro Nord entre Forest et la gare du Nord, mais rien de prévu au budget 2021 pour au moins le résorber. Il n’y a aucune volonté d’accélérer, aucune volonté de projets vers le Sud de Bruxelles, aucune automatisation, aucune extension en soirée et les weekends… Le métro n’est pas une priorité. J’ai la conviction qu’ils veulent tuer les projets de métro bruxellois! »

Une « priorité » malgré une situation financière compliquée

Le gouvernement bruxellois a choisi de maintenir ses investissements pour la mobilité malgré un exercice budgétaire complexe. La semaine dernière, un rapport de la Cour des Comptes a dévoilé que la dette directe de la la Région de Bruxelles-Capitale s’élèverait à 5,4 milliards d'euros au 31 décembre 2020, soit une augmentation de 2 milliards d’euros (+60,8 %) en l'espace de deux exercices. Ce qui, pour l’opposition, est le signe que la Région-Capitale s'endette comme jamais auparavant et bien plus qu’annoncé.

« Le gouvernement a montré à nouveau que la mobilité est l’une de ses priorités politiques », a déclaré Elke Van den Brandt. « À Bruxelles, vous le savez, il y a urgence : une urgence de pollution de l'air, de sécurité routière et de congestion. Il y a aussi une urgence économique: les embouteillages coûtent à notre région chaque année près d’un milliard d’euros. Chaque euro investi dans ce budget va être bénéfique à notre économie. En effet, si celui-ci peut améliorer la qualité de l’air, et donc la santé publique, diminuer le bruit et donc le stress des Bruxellois, et bien entendu limiter la congestion de notre Région, il sera vraiment rentable pour notre économie. »

Bruxelles veut acheter des terres agricoles:le cabinet d’Alain Maron s’explique

Bruxelles veut acheter des terres agricoles:le cabinet d’Alain Maron s’explique

L’achat de terres agricoles, et la spéculation foncière qui peut en découdre, est un sujet chaud qui irrite rapidement un certain nombre d’acteurs concernés directement ou indirectement. Pour preuve, la sortie du ministre Alain Maron (Ecolo), ce lundi, expliquant la possibilité d’achat de terres dans les deux provinces des Brabants wallon et flamand, par la Région bruxelloise. Vu de façon réductrice et manquant encore de visibilité et de communication entre toutes les parties concernées, ce projet a d’emblée été critiqué de toutes parts, tant du côté politique – les deux ministres libéraux de l’Agriculture, Willy Borsus pour la Région wallonne et David Clarinval pour le fédéral – que des syndicats agricoles (FWA et Fugea).

Il était donc important d’expliquer plus en profondeur les tenants et aboutissants du concept car, comme le souligne Nicholas Elles, chargé de communication du cabinet d’Alain Maron, « le dossier est beaucoup plus large et complexe. Pour préciser, le budget porte sur 1,5 million d’euros pour l’an prochain. On ne pourrait pas acheter beaucoup de terrains avec cette somme-là… Ceci dit, le foncier agricole est rare à Bruxelles comme en périphérie. Dès lors, la Région se doit d’être prête pour intervenir dès qu’une occasion se présente afin de préserver ou, si possible, d’accroître le foncier agricole, pour le rendre accessible à des agriculteurs locaux, dans le cadre d’un mode de culture conforme à la stratégie Good Food (agriculture agroécologique, écoulement de la production directement vers les ménages bruxellois…) ».

Une vision qui cadre d’ailleurs avec un autre projet que la coopérative Terre-en-Vue va enclencher en 2021 à Haut-Ittre, où elle a pu acheter cette année 12 ha de terres agricoles, les 500.000 euros d’une généreuse donatrice devant servir, selon sa volonté, à soutenir un ou des projets agricoles ou maraîchers à proximité de Bruxelles, des projets innovants, viables, professionnels.

Priorité à des achats à Bruxelles

« La Région achètera des terrains prioritairement à Bruxelles, lorsque des opportunités se présentent », poursuit Nicholas Elles. « Et occasionnellement, elle pourra soutenir l’acquisition ou acquérir des terrains en périphérie immédiate, contribuant aux objectifs d’une production urbaine et périurbaine orientée vers la demande bruxelloise. En parallèle, ce budget servira aussi à développer une structure de gestion pour ces terres agricoles, mises à disposition d’agriculteurs et maraîchers privés. Le modèle de gestion est encore en cours de réflexion. »

Le but n’est donc pas de réinventer l’eau chaude, mais de mieux soutenir ce qui se fait déjà. Des structures coopératives et (ou) agricoles wallonnes et flamandes commercialisent d’ailleurs actuellement leur production en Région bruxelloise et l’objectif est de développer ces filières et de les soutenir encore plus. « Augmenter la production alimentaire implique de réfléchir à l’échelle de la Région mais aussi de sa périphérie. Dès lors, cela passe par des liens forts avec les producteurs des Régions wallonne et flamande, dans une relation respectueuse de réciprocité et d’équivalence. »

Construire un système alimentaire résilient

« La stratégie Good Food, lancée en 2016 par le précédent gouvernement bruxellois, vise précisément à construire un système alimentaire résilient pour notre Région », poursuit Nicholas Elles. « Je le répète, le projet n’a pas pour priorité d’acquérir des terres en dehors de Bruxelles, mais surtout d’organiser les relations entre les producteurs et les distributeurs autour des objectifs de la stratégie. Elle se compose de sept axes stratégiques. Le premier porte sur l’activité agricole, qui est par essence le premier maillon de notre système alimentaire : augmenter la production alimentaire locale et durable. Dans ce cadre-là, cette stratégie Good Food 2016-2020 se fixait comme priorité le développement de la production alimentaire locale (Bruxelles et sa périphérie), dans une approche écologique et innovante, pour atteindre une autonomie de 30 % en fruits et légumes à l’horizon de 2035. Elle établissait notamment que “pour encourager le développement d’une production alimentaire durable, tant professionnelle qu’individuelle ou collective, la Région facilitera l’accès à des lieux de production variés, en pleine terre et hors sol”. Les terres agricoles en Région bruxelloise et en périphérie seront préservées et leur fonction nourricière pour la ville sera encouragée. Cette stratégie est en cours d’évaluation en vue d’élaborer la prochaine, que nous envisageons de lancer en 2021, en nous appuyant sur l’engagement exemplaire de tous les acteurs dans le cadre de celle-ci. »

Mode: une année de joggings, de masques et de combats

En octobre, la campagne «You Can’t Stop Our Voice» de Nike autour de l’élection présidentielle américaine.
En octobre, la campagne «You Can’t Stop Our Voice» de Nike autour de l’élection présidentielle américaine. - Nike.

Ce qui frappe, c’est cette phrase : « Pour la première fois depuis la création de The Lyst Index, la première place n’est pas occupée par une marque de mode de luxe. » En 2020, année qui restera dans nos mémoires synonyme de pandémie mondiale, de confinements en masse et de bouleversements dans nos modes de consommation, notre travail et nos priorités, 2020 donc a distingué une marque de sport devant toutes les autres : Nike.

Fondé à Londres en 2010, Lyst, moteur de recherche exclusivement dédié à la mode, publie son classement chaque trimestre à partir d’une analyse des comportements de plus de neuf millions de consommateurs qui, chaque mois, recherchent et achètent leurs articles en ligne auprès de 12.000 marques et boutiques. The Lyst Index révèle donc les griffes et pièces les plus populaires sur internet, en prenant en compte les recherches sur Lyst et Google, les taux de conversion et de ventes, les mentions sur les réseaux sociaux, ainsi que les statistiques d’engagement du monde entier, sur une période de trois mois.

Et une fois par an, sur l’année entière. Mercredi dernier, l’étude Year in Fashion a donc dévoilé les tendances depuis janvier 2020, lourdement perturbées par l’épidémie de covid.

E-commerce et justice sociale

Nike qui tire son épingle du jeu, il y a deux raisons à ça. Une générale et une particulière.

Tout d’abord, la marque à la virgule a tiré parti de l’augmentation de 106 % de la demande en vêtements de sport et de détente quand les consommateurs se sont mis en quête de tenues confortables à porter à la maison, adaptées à l’exercice physique et aux activités d’extérieur. Son succès est également révélateur de la manière dont le coronavirus a redéfini les habitudes de consommation, en accélérant la transition vers l’e-commerce. Si Nike a dû, comme tout le monde, faire face à une chute de son chiffre d’affaires, liée à la fermeture de ses boutiques physiques, sa grosse présence sur les supports numériques lui a permis d’obtenir les 30 % de ventes en ligne dont elle rêvait pour 2023. Du coup, nouvel objectif : atteindre les 50 % dans un avenir proche.

Mais ce que révèle le rapport de Lyst, c’est que c’est dans l’émotion que tout le monde a gagné des points.

En juin, les appels à l’égalité et à la justice sociale se sont multipliés dans le monde entier, après la mort de George Floyd sous la violence de la police américaine. Si certaines marques ont eu du mal à réagir et à s’adapter à ce contexte changeant, Nike, en s’engageant à reverser 40 millions de dollars à des associations qui agissent en faveur de la justice sociale, a gagné deux places au classement. Et sa vidéo antiraciste visionnée plus de 16 millions de fois sur Instagram où elle détourne son célèbre slogan en « Don’t Do It », a achevé de la sacrer marque la plus populaire de 2020.

A un plus petit niveau, le label français Jacquemus a raflé quatre places dans le top, pour devenir la 11e marque la plus populaire du monde. Instagram a bien aidé, durant le confinement : au mois d’avril, la griffe a fait le buzz avec une campagne entièrement réalisée à distance via FaceTime, capturée par le photographe Pierre-Ange Carlotti pendant deux heures. Depuis chez elle, la top modèle Bella Hadid a changé plusieurs fois de tenue dans une pièce vide, sans l’aide de maquilleur ou habilleur, juste son iPhone. En mai, rebelote : les publications Instagram faisant apparaître la grand-mère du créateur Simon Porte Jacquemus sont devenues virales.

2021, l’année folle

Si l’on s’intéresse aux pièces les plus populaires de l’année 2020, ce sont évidemment les masques qui l’emportent haut la main. Les recherches pour la catégorie ont augmenté de 502 % en une année seulement, et le masque à logo du label Off-White – griffe italienne de streetwear haut de gamme fondée par Virgil Abloh fin 2013 à Milan – a vu ses recherches augmenter de 496 % entre janvier et mars.

Outre les masques, ce sont des vêtements et accessoires décontractés qui ont fait l’unanimité, comme les sandales Arizona de Birkenstock, le cabas shopping de Telfar, ou les joggings Nike.

Après une année placée sous le signe du confort, du cocooning, voire de la protection, Lyst table sur un retour à des vêtements plus audacieux en 2021, une « version moderne des années folles » avec des coupes courtes et des teintes tranchées, mais également sur une mode beaucoup plus engagée que ce soit en matière de militantisme, de durabilité, ou de vêtements non genrés. Du mieux, quoi.

Mais ça, que 2021 battra 2020 à plates coutures, pas besoin d’analyser le comportement de millions de consommateurs pour s’en assurer. C’est une évidence.

Pour consulter le rapport : lyst.fr/year-in-fashion-2020

Pourquoi Anderlecht et Vincent Kompany n’y arrivent pas

PhotoNews Décodage

Par Guillaume Raedts et Xavier Thirion

Anderlecht ,

Les riverains se (re)mobilisent contre Liege Airport

Les riverains se (re)mobilisent contre Liege Airport
Belga.

Au bout d’une procédure qui aura duré plus de 20 ans, pour avoir négligé de protéger la qualité de la vie des riverains de Liege Airport entre 1998 et 2004, la Région wallonne a récemment été condamnée à verser 50 millions d’indemnités à une partie des riverains de Liege Airport. Auxquels il faudra sans doute bientôt ajouter 15 autres millions pour clôturer la fronde des mécontents d’alors. Soixante-cinq millions, c’est une somme dont rêverait plus d’un secteur pour assurer son développement. Plus de 20 ans se sont écoulés depuis les premières plaintes mais, après des années de calme ou de résignations, depuis deux ans environ, une nouvelle fronde grandit au sein d’une partie des riverains de l’aéroport de Liège. À prendre au sérieux pour ne pas repartir dans un très coûteux règlement de comptes ?

Un 747 pour 38 kilomètres

Par ordre chronologique. Il y a quelques jours, le mouvement Demain dénonçait de nouveaux vols inutiles de gros Jumbo Jet B747 entre les aéroports de Maastricht et de Liège. Un des plus gros avions du monde pour effectuer un saut de puce, deux fois par semaine : « Ce vol de 9 minutes et 38 kilomètres était peut-être le vol de fret le plus court et le plus anti-écologique du monde », précisait Pierre Eyben, élu Vert Ardent (opposition) Liège, un parti qui regroupe des citoyens et le parti Écolo dans une ville qui n’est pourtant pas directement voisine de l’aéroport. Depuis plusieurs mois, un changement climatique se traduit par des modifications des vents dominants. Bilan : en 2019, 30 % de vols ont atterri ou décollé (toujours contre le vent) dans le sens inhabituel et ont donc survolé Ans, Liège et d’autres communes plus épargnées auparavant, alors que les plans d’exposition aux bruits, sur lesquels sont basés les plans d’intervention de la Région (isolation ou rachat des maisons) sont élaborés sur une probabilité de seulement 10 %.

Quelques jours avant le communiqué de Demain, un autre groupe de riverains de l’aéroport liégeois déposait une citation devant le Tribunal de première instance de Liège au nom de l’ASBL Comité des citoyens de l’aéroport de Liège, qui se fait connaître auprès du grand public sous le nom de Clap (Comité Liège Air Propre). Un groupe composé récemment, de manière informelle d’abord, autour d’anciens de Netsky (l’association qui, historiquement, a regroupé les riverains fin des années 90 et a entamé les actions en justice) et de riverains « nouvellement » dérangés par l’activité de l’aéroport.

« Il n’y a pas plus d’avions ces derniers temps, reconnaît par exemple l’un d’eux, Pierre Bernard, mais plus de gros avions plus lourds donc plus bruyants ». Autre exemple, Nesty Belleflamme (un « historique » de Netsky) analyse sévèrement l’inefficacité des arrêtés wallons supposés punir les dépassements sonores des compagnies qui fréquentent Liege Airport, « plutôt un arrêté de dérogations, tellement il y en a, qu’un outil de sanction ». « Dans Netsky, les avocats des riverains avaient la main sur la stratégie, ici, ils nous suivent par rapport à tout ce qu’on découvre » résume Ulrich Winkler, ancien de Netsky, également membre du Clap – qui compterait aujourd’hui plus de 1.000 membres, ainsi que le soutien de certaines communes voisines (Donceel, Awans, bientôt d’autres peut-être) qui s’associent aussi à certaines actions en justice.

Poser les bonnes questions

Entre autres objectifs de la nouvelle association : imposer une étude d’incidence globale sur l’activité de l’aéroport. Une telle étude est pourtant au programme de la Région wallonne et des autorités aéroportuaires pour le renouvellement du permis d’exploiter de l’aéroport, mais les riverains estiment que la Région ne posera pas les bonnes questions pour évaluer l’incidence réelle des nuisances aéroportuaires, qu’elle saucissonnera les contours de l’étude, qu’elle biaisera les véritables enjeux environnementaux. Autre demande insistante : que les autorités respectent déjà les règles environnementales et autres existantes.

Fin septembre, à Liège, les militants d’un groupe « Stop Alibaba & co » manifestaient devant le conseil communal de la Cité ardente afin de s’opposer au développement de Liège Airport et à l’arrivée du géant chinois de la vente en ligne, Alibaba, via sa filiale logistique Cainao. Ils rejoignaient ainsi la philosophie d’un groupe dont ils sont très proches, Watching Alibaba. Ce dernier est plus un groupe de réflexion qu’une association de riverains. Un groupe qui pose des questions et étudie plutôt le mode de vie qu’Alibaba implique/impose/suscite/suppose : les relations à l’e-commerce et à notre consommation, l’utilité des déplacements en avion, etc. Un mouvement porté, entre autres, par des personnes qui se basent sur des recherches, des avis scientifiques. Ils portent la réflexion au-delà des limites de l’aéroport liégeois, en soulignant par exemple que l’expansion aéroportuaire se ferait aux dépens des terres agricoles, que l’augmentation du nombre d’avions à Bierset, avec l’arrivée du géant chinois, va immanquablement impliquer une multiplication des camions sur les routes – ils dénoncent une forme de « fuite en avant logistique ».

Un secteur sous perfusion wallonne

François Schreuer, un des initiateurs de ce groupe de réflexion entend porter un « contre-discours urbain qui estime que la Région maintient l’aérien wallon sous perfusion comme autrefois elle soutenait la sidérurgie. » Avec des conséquences économiques et environnementales importantes mais à l’encontre desquelles, il l’a compris en lisant le dernier accord gouvernemental régional, aucun parti, y compris Écolo, ne va plus s’opposer. « Watching Alibaba a lancé quatre ateliers, rappelle le porte-parole du mouvement, un atelier qui étudie les aspects juridiques, un autre qui recense ou anime les études sur le sujet, un palier communication et un autre dédié aux actions et manifestations. Pour être plus “libre”, ce dernier a pris son autonomie sous le titre Stop Alibaba &Co. »

Face à Alibaba ou Cainao, particulièrement avares en communication sur ce qu’ils développent à Liège, les autorités wallonnes, les responsables de l’aéroport avancent avant tout un argument : les emplois. Si, en 30 ans, on a dégagé plus de 300 millions pour les riverains et autant en développement d’infrastructures, c’est avant tout pour créer des emplois. Un projet né quand la production industrielle lourde, principalement la sidérurgie, désertait la région. Une récente étude de l’Awex vient d’ailleurs d’essayer d’apporter de l’eau à leur moulin en quantifiant (chiffres 2018) 4.099 emplois directs à et autour de l’aéroport (3.885 emplois privés et 214 emplois publics) ainsi qu’environ 2.500 emplois indirects. Pour des activités qui ont généré plus de 267 millions de valeur ajoutée (selon la Banque nationale).

Des chiffres contre des nuisances, sera-ce suffisant ?

Coronavirus: les chiffres actuels ne permettent pas encore de déconfiner

Le nombre de lits d’hôpitaux occupés, en particulier aux soins intensifs, ne diminue que lentement, en particulier en Wallonie et à Bruxelles.
Le nombre de lits d’hôpitaux occupés, en particulier aux soins intensifs, ne diminue que lentement, en particulier en Wallonie et à Bruxelles. - Belga.

Vendredi, c’est le grand retour du Comité de concertation spécial « covid » (l’organe choisi par le Premier Alexander De Croo pour se concerter avec les entités fédérées sur la situation sanitaire du pays). Il avait presque fini par nous manquer, ce Codeco (c’est comme ça qu’on dit, dans le jargon). Car il ne s’est réuni qu’une fois pour parler virus depuis le reconfinement quasi général décrété fin octobre. C’était le 13 novembre. Et c’était un petit tour pour rien : Alexander De Croo ayant simplement rappelé que la Belgique était toujours en « situation d’urgence sanitaire ».

Cette semaine, à quoi faut-il s’attendre ? La tension monte déjà autour de la question des fêtes de fin d’année. Mais un mois avant l’échéance, il semble prématuré de décider quoi que ce soit pour ce double réveillon. En revanche, la réouverture des commerces non essentiels (pour qui le mois de décembre est un énorme enjeu économique) va revenir sur la table. Le Codeco s’était en effet engagé à réexaminer leur situation d’ici au 1er décembre, alors que toutes les autres mesures de reconfinement sont d’application jusqu’au 13 inclus (avec possibilité de prolongation).

Sans préjuger des décisions de la fin de semaine, il est déjà possible de faire parler les différents indicateurs sanitaires, qui servent de boussole à nos gouvernements. Pour mettre en perspective ces données, Le Soir les a comparées avec la situation sanitaire de début mai, moment où la Première de l’époque Sophie Wilmès avait enclenché le déconfinement, premier du nom. Et autant l’écrire tout de suite : cette comparaison ne laisse pas beaucoup d’espoir pour le mois de décembre. « Il est vraiment trop tôt pour assouplir », annonçait déjà le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke, ce lundi, au micro de la RTBF.

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Une baisse constante…

Début novembre, tous les indicateurs permettant d’évaluer la situation sanitaire sont (enfin) repartis à la baisse, éloignant le spectre d’une saturation hospitalière. La liste qui suit est un peu fastidieuse, mais elle permet de mesurer le chemin parcouru :

– 3.672 cas détectés par jour, ce lundi, contre 16.154 fin octobre

– 304 admissions par jour, ce lundi toujours, contre un pic à 693 le 3 novembre

– 5.024 lits occupés, dont 1.194 aux soins intensifs, contre un maximum de 7.489 début novembre

– 170 décès par jour, contre un pic à 205 il y a dix jours

C’est clair, ça diminue.

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… mais pas suffisante…

On ne peut évidemment que se réjouir de cette amélioration sur le « front covid ». Mais pour pouvoir relâcher la pression, il faut évidemment revenir à un niveau d’épidémie gérable, à la fois pour les services de tracing et pour les hôpitaux. Ces derniers aspirent à revenir en fonctionnement « normal », sans devoir réserver l’immense majorité de leurs lits à des patients covid.

Le niveau de « normalité » n’a pas été officiellement coulé dans un baromètre. Mais l’institut Sciensano et le RAG (un groupe d’experts chargé d’évaluer le risque) travaillent depuis juillet avec une échelle de circulation du virus à quatre niveaux. Le niveau 1 correspond à une circulation très faible du covid, le « 4 » à un état d’alerte maximal, dans lequel la Belgique est plongée depuis le 11 octobre.

Les experts du RAG se sont réunis mercredi dernier, pour réévaluer la situation sur la base de ce baromètre officieux. Ils en ont conclu que notre pays se situait toujours au niveau 4. « Le nombre de nouvelles infections continue à diminuer et le nombre de nouvelles hospitalisations est également en baisse. Cependant, le nombre de lits d’hôpitaux occupés, en particulier aux soins intensifs, ne diminue que lentement, le taux de positivité (pourcentage de tests positifs, NDLR) reste élevé, indiquant que le virus circule encore largement et il y a toujours des foyers importants dans les maisons de repos et de soins, avec une haute mortalité. Il faut également attendre de voir l’impact de la fin des vacances d’automne prolongées et de l’augmentation de la mobilité qui en découle. Par conséquent, l’urgence sanitaire reste en place pour le moment », peut-on lire dans ce rapport du RAG.

Toutefois, d’après les calculs du Soir, deux provinces viennent de repasser en phase d’alerte 3 (soit une alerte « grave ») si on applique à la lettre les critères du baromètre. Il s’agit du Brabant flamand et du Limbourg. Et la province d’Anvers va basculer également en zone 3 dès que les chiffres de mardi matin seront rendus publics. La Flandre pourrait donc, prochainement, revenir en alerte « orange ». Côté francophone, en revanche, le « rouge vif » reste de sortie pour quelques jours (voire quelques semaines dans certaines provinces). D’ici à vendredi prochain, jour de Codeco, la Belgique devrait donc toujours être classée en état d’alerte maximale selon les critères du RAG. Un niveau qui ne permettrait donc pas encore de parler « assouplissement », si l’on part du principe que ce baromètre officieux sert de référence.

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… par rapport à mai

On peut également comparer la situation actuelle à celle de mai, lors de la sortie de première vague. Le Soir a choisi comme référence la date du 6 mai, jour où le Conseil national de sécurité approuvait l’activation de la phase 1B du déconfinement, soit l’introduction d’une bulle de 4 personnes par foyer et la réouverture des commerces essentiels. Des mesures proches de celles qui devraient être débattues par le Comité de concertation de vendredi (à la différence que les écoles sont ouvertes, cette fois).

Force est de constater qu’en mai dernier, au moment d’approuver ces assouplissements, Sophie Wilmès disposait de données plus réjouissantes qu’aujourd’hui. 102 admissions par jour à l’hôpital, à l’époque ; moins de 2.700 lits occupés, dont 542 aux soins intensifs. Le niveau est aujourd’hui deux fois plus élevé en termes de lits occupés, et trois fois plus important côté admissions. En faisant l’hypothèse (incertaine) que les indicateurs vont poursuivre leur baisse à la cadence actuelle, il faut compter entre deux et trois semaines (semaine du 7 décembre) pour revenir à une centaine d’admissions par jour. Et plus longtemps encore pour que l’occupation des soins intensifs revienne aux alentours des 500 lits. Quand on sait que les ministres De Croo et Vandenbroucke ont annoncé vouloir se montrer plus prudents que lors du premier déconfinement, les chiffres actuels ne plaident donc pas en faveur du scénario d’un quelconque assouplissement dès vendredi.

Jeunes et covid: un besoin criant de considération

«Nous avons l’impression d’être responsables de tous les maux…»
«Nous avons l’impression d’être responsables de tous les maux…» - Photo News.

Etre jeune aujourd’hui, c’est être altruiste. La crise sanitaire ne nous permet plus d’être égoïstes. Etre jeune aujourd’hui, c’est accepter de vivre au jour le jour. On ne peut pas vraiment avoir de projet, prévoir notre vie sur le long terme, savoir de quoi demain sera fait. Etre jeune aujourd’hui, c’est parfois avoir l’impression d’être sacrifié. » Sophie, 22 ans, est étudiante en langue et lettres françaises. Pour cette Bruxelloise, le respect des mesures sanitaires sonne comme une évidence. Mais par moments, elle ressent tout de même une impression de sacrifice. Et elle est loin d’être la seule au sein de sa génération.

A la demande de la Cocom – l’autorité publique en charge, notamment, de la lutte contre les épidémies en Région bruxelloise –, le bureau d’étude Marescon a mené une enquête qualitative auprès de 24 jeunes bruxellois de 18 à 25 ans. Sur la base d’entretiens semi-structurés réalisés entre le 4 et le 13 novembre, les enquêteurs se sont penchés sur la manière dont les jeunes percevaient le covid ainsi que leur vécu face à cette crise sanitaire. Les enseignements à tirer de cette enquête sont nombreux.

Contrairement aux idées reçues, la plupart des jeunes ont bien conscience de la dangerosité du virus et de la difficulté à le combattre. En revanche, le covid n’est pas directement perçu comme une réelle menace pour eux, et ce malgré que certains des répondants aient contracté le virus. « Chez les jeunes, c’est assez interpellant de voir à quel point le respect des règles sanitaires est principalement motivé par des facteurs externes. Leur priorité n’est pas de se protéger, mais bien de protéger leurs grands-parents et leurs parents », insiste Karima Amrous, porte-parole de la Cocom en charge du covid.

Risque d’isolement

Quant aux règles sanitaires justement, les jeunes disent connaître les mesures et la plupart d’entre eux semblent les appliquer. Port du masque, hygiène des mains, distance physique : ces gestes font désormais partie du quotidien pour les 18-25 ans. Bien sûr, la restriction du nombre de contacts sociaux est particulièrement difficile. Tout comme la fermeture de l’horeca. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est l’isolement dans lequel se placent certains jeunes adultes pour ne pas avoir à se confronter aux mesures sanitaires : évitement des contacts avec leurs amis (même avec masque et distance), des transports publics, renoncement aux sorties autorisées…

Pour Evelyne Josse, psychologue et chargée de cours à l’université de Lorraine (Metz), l’isolement des pairs est source d’une grande souffrance à l’adolescence et chez les jeunes adultes. « A ce moment-là, ils se découvrent de nouveaux modèles à l’extérieur du foyer familial. C’est auprès de leurs pairs que les jeunes cherchent du réconfort en cas de difficultés. Le confinement va donc à l’encontre de leurs besoins. »

Manque de perspective et découragement

Informations contraires, règles changeantes, contradiction parmi les experts, incertitude quant à la date de fin. Parmi les jeunes interrogés, deux sentiments prédominent durant ce second confinement : l’incertitude et le manque de perspective d’avenir. Pour les 18-25 ans, l’incertitude quant à une possible sortie de crise est source de démotivation et de désengagement. « Globalement, les jeunes ont l’impression que la crise sanitaire leur vole les plus belles années de leur vie », résume Karima Amrous. « Or le fait d’être privé de perspectives est un facteur décourageant pour les jeunes. On est donc face à un véritable problème de santé publique si on veut que le respect des règles sanitaires se maintienne dans le temps… »

Epuisés et lassés par la longueur de la crise sanitaire, les jeunes ne se sentent pas suffisamment pris en considération par la société. Ils regrettent que toute l’attention publique et médiatique soit orientée sur certains groupes (personnes âgées), certains secteurs (commerces, horeca), certaines professions (personnel médical), mais pas sur les difficultés et besoins de leur génération. Pour la porte-parole de la Cocom, il est crucial d’impliquer davantage les jeunes dans la crise sanitaire. « Même si l’on parle de plus en plus du mal-être des jeunes, ils ont l’impression de ne pas être entendus. Lors des entretiens réalisés, ils étaient ravis de pouvoir s’exprimer, qu’une autorité publique s’intéresse à leurs ressentis. »

« Les oubliés de la crise »

Même s’il convient de tenir compte du faible nombre de participants au vu du caractère qualitatif de cette enquête, ces résultats rejoignent ceux de l’étude réalisée par Fabienne Glowacz, professeure de psychologie à l’ULiège, sur l’impact de la crise covid sur le bien-être et la santé mentale. « Parmi les adultes, nous constations que ce sont les jeunes de 18-30 ans qui sont les plus à risque en matière de santé mentale face à l’impact du covid. Chez ces jeunes, on constate davantage de symptômes d’anxiété et de dépression. »

Pour cette psychologue clinicienne, il faut pouvoir entendre la lassitude et le découragement de cette tranche de la population. « Pendant longtemps, les jeunes ont été les oubliés de la crise, et ensuite ils en ont été les stigmatisés. Il est temps qu’ils deviennent les acteurs de la crise. Les pouvoirs publics doivent les associer au débat, à l’élaboration des politiques. C’est de cette manière qu’ils seront les meilleurs garants des décisions prises. »

Un avis que semble partager Sophie : « Les politiques parlent énormément des jeunes. Mais selon moi, leur discours n’est pas suffisamment adéquat. Nous avons l’impression d’être responsables de tous les maux… »

Anderlecht: le gros coup de Michael Verschueren

@Belga Décodage

Par Xavier Thirion et Guillaume Raedts

Anderlecht ,

Présidentielle américaine: Trump donne son feu vert au processus de transition vers une administration Biden

Présidentielle américaine: Trump donne son feu vert au processus de transition vers une administration Biden

Plus de deux semaines après l’annonce de sa défaite à la présidentielle américaine, Donald Trump a donné lundi soir son feu vert à l’ouverture du processus de transition vers une administration Biden. L’équipe du démocrate a aussitôt pris note d’une étape permettant « un transfert du pouvoir pacifique et sans accroc ».

Le président républicain sortant s’est bien gardé de reconnaître directement la victoire de Joe Biden, promettant de poursuivre un « juste combat » alors qu’il multiplie les recours en justice, sans succès, pour tenter de démontrer des fraudes lors du scrutin du 3 novembre. « Néanmoins, dans l’intérêt supérieur de notre pays, je recommande » que l’agence gouvernementale chargée du transfert du pouvoir fasse « ce qui est nécessaire concernant les protocoles, et j’ai demandé à mon équipe de faire de même », a-t-il tweeté.

Cette agence, la GSA (General Services Administration), venait auparavant d’envoyer une lettre informant Joe Biden que la voie était ouverte à la transition.

L’administration Trump doit officiellement reconnaître que Joe Biden est le président élu pour que l’équipe de transition du démocrate puisse commencer à recevoir des informations classées top-secret et s’entretenir avec les équipes en place dans les différents ministères.

Une décision saluée par l’équipe de Joe Biden

« A cause de récents développements impliquant des recours en justice et des certifications de résultats électoraux, je vous transmets cette lettre aujourd’hui pour que ces ressources et ces services vous soient fournis », écrit la patronne de la GSA, Emily Murphy, dans la lettre diffusée lundi soir par plusieurs médias. « Veuillez noter que j’ai pris cette décision de manière indépendante, sur la base du droit et des faits à ma disposition », poursuit-elle.

« Je n’ai jamais fait l’objet de pressions, directes ou indirectes, d’un responsable d’une branche de l’exécutif quelle qu’elle soit », à la Maison Blanche ou à la GSA, précise-t-elle, tout en tenant à faire état de « menaces » contre sa personne, sa famille, son personnel « et même (ses) animaux domestiques » en raison du délai entre l’annonce de la victoire de M. Biden et la décision de l’agence.

L’équipe du démocrate a aussitôt salué dans un communiqué une étape fournissant « à la prochaine administration les ressources et le soutien nécessaires pour mettre en œuvre un transfert du pouvoir pacifique et sans accroc ». Ce feu vert permet « d’ouvrir formellement le processus de transition avec les agences fédérales », a ajouté l’équipe de Joe Biden.

Avec le délai pris par la GSA, le président élu n’avait toujours pas, plus de deux semaines après l’annonce de sa victoire, accès aux informations classées secret défense sur les questions ultra-sensibles concernant la sécurité des Etats-Unis, comme c’est l’usage. Il n’avait pas non plus pu commencer à coordonner avec l’équipe Trump la gestion de la pandémie de Covid-19, qui a fait plus de 256.000 morts aux Etats-Unis.

Procès Mawda: «J’ai tiré parce que je n’avais pas le choix»

Procès Mawda: «J’ai tiré parce que je n’avais pas le choix»
Photonews

Avant d’être un policier, je suis un être humain et un papa doté de sentiments. La mort de Mawda m’a touché et me touche encore. » Ces mots sont ceux de Victor J., le policier qui a tiré le coup de feu qui a touché mortellement la petite Mawda qui se trouvait à bord d’une camionnette avec une vingtaine d’autres migrants, le 17 mai 2018. Il a tenu à les prononcer avant de répondre aux questions du tribunal correctionnel qui tente d’établir les responsabilités dans ce dossier, à Mons.

Ce 17 mai, la course-poursuite a commencé en province de Namur. Lorsque la camionnette entre en province de Hainaut, la police montoise prend le relais. Des informations sont échangées. Notamment à propos de la présence d’enfants dans le véhicule, selon certains policiers. « Quand je suis arrivé, je ne savais pas qu’il y avait des migrants dans la voiture », relate Victor J. « On me demande de l’intercepter. Si j’avais su qu’il y avait un enfant, je n’aurais jamais sorti mon arme de son étui. »

« Des auditions font pourtant état d’échanges radio signalant la présence d’enfants », insiste la présidente Marie-Sheila Bastiaans. « On venait de recevoir notre véhicule neuf dans lequel il n’y avait pas encore de radio, contrairement aux véhicules qu’on utilise d’habitude », tente de justifier le policier. « Je n’avais pas pris avec moi ma radio portative et celle de mon collègue ne rentrait pas dans le car-kit. Il l’a donc fixée à son gilet pare-balles. Je n’ai donc entendu aucune information sur la présence d’enfants. »

« Pourquoi avez-vous tiré ? », demande alors la présidente. « Ça ne fait pas partie de la procédure. » « Durant ma formation, on nous déconseillait en effet de tirer dans les pneus », reconnaît Victor J. « On nous précisait cependant que si on tire dans le flanc du pneu, c’est un moyen d’obtenir une crevaison lente. Je me suis dit que j’allais essayer car c’était le seul moyen que j’avais. »

« Pourtant », insiste la présidente, « une note de 2016 déconseille fortement de tirer sur un véhicule en mouvement. » « Je ne la connaissais pas sinon je n’aurais pas tiré. » « L’un de vos collègues namurois également impliqué dans la course-poursuite dit qu’un document de 2014 mentionne ce conseil », ajoute la présidente Bastiaans. « Ça ne me dit rien », rétorque laconiquement le policier.

« La camionnette a essayé à plusieurs reprises de nous foncer dessus », poursuit Victor J. « Je n’ai pas eu le temps de penser. Il fallait que je fasse quelque chose. C’était la seule solution car il avait en plus une conduite dangereuse et il refusait de s’arrêter. Comme il était juste à côté de moi, je me suis dit que j’allais essayer. D’autant qu’il y avait danger pour nous et pour les autres usagers. Au moment du tir, j’étais déséquilibré. J’ai entendu un claquement mais je ne savais pas où mon tir avait abouti. Je n’ai tiré qu’une fois. » Ce qu’avait confirmé l’expert en balistique dans la matinée, ajoutant que le tir, vu les circonstances, aurait même pu être dû à la crispation. Ce que dément le témoignage du policier.

En fin d’audience, Me Selma Benkhelifa, avocate des parties civiles, a plaidé sur « le climat raciste et déshumanisant qui règne au sein de la police » et qui aurait pollué cette affaire depuis le début. Sa collègue, Me Loïca Lambert a demandé, comme annoncé, de requalifier les faits en meurtre au lieu d’homicide involontaire. « Quand il prend la décision de tirer, il sait qu’il prend le risque de tuer quelqu’un. »

Réquisitoire du ministère public et plaidoiries de la défense ce mardi.

Vive polémique en France après l’évacuation brutale d’un camp de migrants

Après les images de lundi soir, c’est l’indignation. Le malaise est palpable jusqu’au sein de la majorité du président Macron.
Après les images de lundi soir, c’est l’indignation. Le malaise est palpable jusqu’au sein de la majorité du président Macron. - AFP.

Des coups de pied assénés aux migrants. Un journaliste molesté. Des tentes brutalement démontées alors que leurs occupants s’y trouvaient encore. Le démantèlement d’un camp de migrants en plein Paris, place de la République, a donné lieu, lundi soir, à des images insupportables. Et aussitôt déclenché une vive polémique, mettant le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en grande difficulté alors que sa future loi sur la « sécurité globale » devait justement être adoptée ce mardi en première lecture à l’Assemblée nationale.

Venu de la droite, le premier flic de France refusait jusqu’alors d’entendre parler de « violences policières ». Le voilà sévèrement contredit par des images, lui qui voulait précisément mieux encadrer les photos et les vidéos montrant les forces de l’ordre. « Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants sont choquantes », a bien dû admette Gérald Darmanin, en exigeant aussitôt un rapport circonstancié des faits au préfet de police, le très contesté Didier Lallement. Celui-ci a proposé la saisine de la police des polices. L’IGPN devra rendre ses conclusions dans les 48 heures.

Toute la gauche est vent debout. « Ces images nous couvrent de honte », s’indigne le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. « J’ai été sidéré par ce que j’ai vu », a réagi le premier des socialistes, Olivier Faure. Adjoint en charge des réfugiés à la mairie de Paris, le communiste Ian Brossat va encore plus loin : « On parle de gens qui auraient dû être mis à l’abri la semaine dernière et que l’Etat a été infoutu d’héberger. » Les migrants chassés de la place de la République erraient depuis l’évacuation, la semaine dernière, d’un précédent campement en Seine-Saint-Denis.

La majorité fissurée

Mais au-delà, c’est la majorité elle-même qui se fissure. Des députés marcheurs n’ont pas hésité à dénoncer l’opération policière. « On ne répond pas à la détresse et à la misère par la brutalité », a réagi le député LREM Pieyre-Alexandre Anglade. Au sein du gouvernement, c’est l’embarras. La ministre de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a promis que tous les moyens seraient mobilisés pour trouver des solutions d’hébergement. Mais sans s’étendre sur les violences policières. Jamais le malaise n’avait été aussi directement exprimé chez les macronistes, même au plus fort de la tension lors de la crise des gilets jaunes, à l’hiver 2018-2019, quand Christophe Castaner, un proche d’Emmanuel Macron, occupait alors le poste place Beauvau.

Alors que la droite s’est faite très discrète, seul le RN a pris le parti des policiers. « A quoi sert de faire voter une loi pour protéger les policiers si c’est pour les désavouer collectivement au moindre incident ou à la moindre provocation d’extrême gauche ? », a twitté Marine Le Pen.

Depuis plusieurs jours, Gérald Darmanin essuie les critiques des journalistes et des défenseurs des libertés, sans parler des mises en garde de la commission européenne et de l’ONU. En cause, un article de la future loi sur la sécurité globale interdisant de filmer ou de photographier des policiers ou des gendarmes dans le but de nuire à leur intégrité physique ou psychique. Après un recadrage à Matignon la semaine dernière, une formule d’apaisement avait été proposée. Ne seraient plus interdites que les images prises dans le but « manifeste » de nuire aux agents des forces de l’ordre. Mais même cette précision n’a pas calmé la colère. Le Premier ministre, Jean Castex, a promis de soumettre l’article controversé aux sages du Conseil constitutionnel. Mais tout en qualifiant la loi sur la sécurité globale de « texte excellent ».

Comment les supermarchés se préparent aux fêtes de fin d’année

En rayons pour les réveillons: des conditionnements plus petits et donc adaptés aux repas en comité réduit.
En rayons pour les réveillons: des conditionnements plus petits et donc adaptés aux repas en comité réduit. - D.R.

Dans un mois, nous célébrerons Noël, suivi de la Saint-Sylvestre… dans des conditions parfaitement inédites. Il est effectivement probable que nous devrons fêter les 24, 25 et 31 décembre, de même que le 1er janvier en comité restreint. Et, à ce stade, rien n’indique que les restaurants pourront rouvrir en 2020. Tout cela aura des conséquences très concrètes sur nos achats alimentaires de fin d’année. C’est ce qu’anticipe depuis des semaines et même des mois déjà la grande distribution, véritablement sur pied de guerre à l’approche des réveillons.

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De plus gros volumes

Il est ainsi évident que, par rapport à fin 2019, les grandes surfaces vendront plus de denrées à l’occasion des prochaines fêtes. Ne fût-ce qu’en raison de ce constat résumé par Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation à l’ULB : « Avec le premier puis le deuxième confinement, de plus en plus de gens se sont lancés dans les préparations culinaires. C’est devenu un centre d’intérêt à un moment où les loisirs d’extérieur sont en veilleuse. Puis, bien manger, cela apporte du réconfort ». Colruyt Group approuve et s’adapte en conséquence, comme l’explique Nathalie Roisin, porte-parole : « Nous prévoyons que, cette année, nos clients cuisineront davantage. D’une part, parce qu’il y aura des célébrations en petits groupes. D’autre part, parce que les gens sont maintenant habitués à cuisiner plus eux-mêmes. Certains clients mitonneront l’ensemble du menu de A à Z, d’autres utiliseront davantage du “prêt-à-cuire”, comme les légumes redécoupés par exemple. D’autres encore utiliseront les menus prêts à l’emploi que nous proposons ».

Pour vendre plus, il faut disposer de marchandise en suffisance. C’est le cas chez Aldi, assure Jason Sevestre, chargé de communication : « Nous avons examiné de très près les stocks de notre gamme de fin d’année et nous les avons augmentés le cas échéant. Nos vins jouent également un rôle important à cet égard ». Idem chez Delhaize, où Karima Ghozzi, porte-parole, se montre rassurante : « Nous avons fait ce qu’il fallait avec nos fournisseurs et au niveau de notre logistique afin de disposer de stocks en suffisance pour répondre à la demande de nos clients. Nos rayons seront toujours bien remplis. Nous prévoyons même de livrer nos magasins le dimanche ». Carrefour précise de son côté qu’une série de produits, la dinde par exemple, sont commandés depuis cet été déjà. « Nous avons pris des engagements avant de connaître les mesures gouvernementales », souligne Siryn Stambouli, porte-parole. « Mais nous pouvons encore nous adapter avec des commandes de volumes supplémentaires pour des produits à la date limite de consommation plus longue. Nos fournisseurs s’y attendent ».

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Des portions plus petites

Comme les réveillons devraient réunir moins de convives, les portions seront plus petites, prévoit la grande distribution. « Pour la fin d’année, le produit phare est traditionnellement la dinde de 3 à 5 kg. Ici, plusieurs pièces de volaille seront disponibles aussi à la découpe », annonce Carrefour, dont les magasins appliqueront la même logique de portions plus petites pour le foie gras, les plateaux pour fondue et pierrade, les zakoukis et, bien entendus, les bûches. A propos du sacro-saint dessert du 24 décembre, Delhaize s’attend à « beaucoup plus de commandes de petits formats, pour une à six personnes maximum », faute de nombreux convives. « Nous ne proposerons pas de grands conditionnements », prévient quant à lui Jason Sevestre (Aldi), « mais plutôt des packs destinés à une, deux ou quatre personnes. De cette façon, le consommateur pourra rapidement s’adapter à la bulle qui sera annoncée. Par exemple, nos mini-bouteilles de champagne (37,5 cl) sont parfaites pour deux convives ».

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Encourager la répartition des achats

Si la grande distribution communique déjà ses plans pour la fin de l’an, c’est parce qu’elle souhaite éviter l’afflux massif de clients juste avant les réveillons, ce qui créerait des files devant ses enseignes. Or, indique Delhaize, « selon une enquête que nous avons réalisée en octobre auprès d’un échantillon d’un millier de personnes, 97 % des répondants privilégient les courses en magasins. Et les jours privilégiés pour les réaliser sont les trois qui précèdent les réveillons ». Il s’agit donc d’inciter les clients à répartir davantage leurs achats. Pour cela, le Lion lance d’ores et déjà des promotions sur les produits secs, en espérant que la clientèle ne se déplace, juste avant le jour J, que pour le frais. « Cela devrait nous permettre de maîtriser le temps passé en magasin ». De son côté, Carrefour « encourage ses clients à anticiper tant que possible leurs achats de fin d’année », en passant notamment par des commandes en ligne ou via le téléphone.

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Des renforts de personnel

Encore plus que les fins d’année précédentes, les supermarchés auront besoin de bras supplémentaires pour assurer le réassort des rayons, pour absorber les files à la caisse et pour gérer les commandes de clients. « Au début de ce mois, nous avons lancé un appel aux personnes actuellement au chômage temporaire pour venir prêter main-forte en magasin mais aussi dans les centres de distribution ou encore les ateliers de production », explique Nathalie Roisin (Colruyt Group). « Notre appel a été très bien reçu. Pour l’instant, nous avons la situation sous contrôle. » Carrefour, lui, a mis les bouchées doubles sur l’engagement d’étudiants. Et quasi toutes les enseignes encouragent leur personnel administratif à venir donner un coup de main en magasins pour épauler leurs collègues sur le front. Ils en auront besoin plus que jamais.

La chronique «Détours wallons»: petite commune deviendra grande

A Rochefort, le travail en vue d’un futur destin commun avec Marche-en-Famenne est officiellement engagé.
A Rochefort, le travail en vue d’un futur destin commun avec Marche-en-Famenne est officiellement engagé. - Dominique Duchesnes.

Quel est le point commun entre les communes flamandes de Kruishoutem et Zingem ou d’Opglabeek et Meeuwen-Gruitrode ? C’est très simple : ces communes n’en sont plus, en réalité. Le nez sur les élections locales de 2018, elles ont choisi de fusionner. Mieux : elles ont opté pour un nouveau nom, Kruisem dans le premier cas et Oudsbergen dans le second. En Flandre, le nombre total de communes est ainsi passé de 308 à 300.

Et le phénomène ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin : Bart Somers (Open VLD), le ministre flamand de l’Intérieur, a dévoilé un plan qui vise à pousser les communes à s’inscrire dans la logique de la devise nationale : l’union fait la force des pouvoirs locaux. Les incitants et les budgets disponibles sont revus à la hausse, de même que le nombre de mandats d’échevins en cas de fusion volontaire.

Et en Wallonie ? Calme plat ou presque. Certaines communes du sud du pays n’ont pas encore complètement digéré la méga-fusion réalisée en vue des élections de 1976, qui ont conduit au maintien de 262 entités, pas une de plus.

Un décret sans arrêtés

Jusqu’à présent, les gouvernements successifs ont surtout cherché à favoriser le travail en symbiose des communes et de leurs CPAS ainsi que les efforts en matière de collaborations supracommunales autour d’un centre culturel, d’une piscine ou d’un hall omnisports. La réflexion sur les villes et communes s’inscrit aussi dans celle sur l’avenir des provinces.

Au début de l’année 2019, alors qu’elle était en charge des pouvoirs locaux, la ministre Valérie De Bue (MR) a fait voter par le parlement un décret qui cherche à inciter les communes à se marier, toujours sur base volontaire, cela va sans dire. La Région s’engage à reprendre la dette des pouvoirs locaux qui s’engageraient sur cette voie à concurrence de 500 euros maximum par habitant avec un plafond de 20 millions par opération. Un budget global de 100 millions est réservé à ce dispositif.

La volonté wallonne est aussi qu’un projet d’une telle importance soit soumis, le cas échéant, à une consultation populaire sur les territoires concernés. En Wallonie, six communes sur dix ont moins de 10.000 habitants. A priori et en théorie, elles pourraient donc être nombreuses à s’intéresser à la proposition régionale en vue des élections locales de 2024, par exemple.

Rien de moins sûr ! Huit arrêtés d’application doivent encore être adoptés pour que le décret puisse faire connaître ses effets. Christophe Collignon (PS), le tout nouveau ministre des Pouvoir locaux, prévoit que cet effort législatif et réglementaire soit mené à bien en 2021. Dans leur déclaration de politique régionale, PS, MR et Ecolo encouragent les communes à réfléchir à des projets communs ou à des fusions.

Sur le terrain, les réticences restent nombreuses. L’opération des années septante a été pilotée en très haut lieu et n’a pas laissé que de bons souvenirs, on l’a dit. L’esprit de clocher et la défense des micro-baronnies restent une réalité très tangible dans les milieux politiques.

Dans deux provinces

On en est là. C’est-à-dire pas très loin. Sauf à Marche-en-Famenne et Rochefort où le travail en vue d’un futur destin commun est officiellement engagé, à la demande des conseils communaux des deux entités qui ont chargé deux intercommunales, Idelux côté marchois et le BEP côté rochefortois, de mettre à plat tous les éléments d’un rapprochement.

Les communes sont évidemment voisines. Elles collaborent à la satisfaction générale au sein de l’association Pays de Famenne. Leurs habitants passent d’un territoire à l’autre. Mais elles ont ceci de particulier : elles sont situées dans deux provinces différentes, donc dans deux arrondissements judiciaires, deux circonscriptions électorales. Autant de terres à défricher en vue d’une union.

La question que soulève André Bouchat (CDH), bourgmestre de Marche, est toute simple : « Ma commune compte 17.500 habitants, mais a un rôle de chef-lieu puisqu’elle fournit du travail sur son sol à 14.000 personnes. Or nous ne comptons pratiquement pas dans le paysage belge ou wallon. Comment exister ? En dessous de 30.000 personnes, une entité n’est pas crédible face aux grandes villes qui pompent les budgets. Une fusion permettrait de trouver une nouvelle assise politique. Le phénomène de l’urbanisation est mondial. Même les petites villes n’y échapperont pas. »

A deux pas de là, Pierre-Yves Dermagne (PS), bourgmestre en titre de Rochefort, est du même avis : « Un modèle comme celui du Pays de Famenne est fructueux, mais il montre aussi ses limites puisque le pouvoir reste dans les six communes membres. Avec Marche, nos deux territoires s’interpénètrent, nos populations vivent ensemble. Quand je parle d’une fusion avec les gens, je suis surpris par le peu d’opposition que je rencontre. Le sujet est peu clivant. Il y a une évidence : la Wallonie avance vers une logique de pôles et une dynamique plus urbaine. Pour nous assurer des financements, il faut aller dans ce sens. »

Moyens en commun

En Hesbaye liégeoise cette fois, le député wallon Manu Douette (MR), par ailleurs bourgmestre de Hannut, milite plutôt pour des collaborations supracommunales plus structurées qu’aujourd’hui. A l’échelle de cette sous-région de 88.000 habitants, les entités ont déjà l’habitude de se concerter et de travailler ensemble. Hannut elle-même a même réussi l’exploit de travailler avec Landen, sa voisine flamande, pour la création d’une piscine commune qui sera inaugurée en janvier.

Dans une proposition de décret qu’il peaufine, le député Douette propose de formaliser les collaborations en créant entre les communes qui le souhaitent des régies pluricommunales autonomes : « Le modèle est moins lourd qu’une intercommunale et plus souple qu’une commune notamment pour mener à bien des partenariats public-privé. Il s’agirait de mettre en commun des matières ou des moyens : chaque petite commune ne peut pas s’offrir un informaticien à temps plein ou un spécialiste de l’énergie. Les forces des uns et des autres peuvent se partager. »

Lentement mais peut-être sûrement, la réflexion progresse donc en Wallonie. A l’heure où les communes ont prouvé toute leur utilité en cas de crise sanitaire, elle semble plus que jamais pertinente.

Joe Biden constitue un cabinet diversifié et expérimenté

Antony Blinken (à g.), un francophone de 58 ans, devrait hériter du portefeuille de secrétaire d’État et l’ancien secrétaire d’État, John Kerry, 76 ans hériterait du poste d’envoyé spécial sur le climat.
Antony Blinken (à g.), un francophone de 58 ans, devrait hériter du portefeuille de secrétaire d’État et l’ancien secrétaire d’État, John Kerry, 76 ans hériterait du poste d’envoyé spécial sur le climat. - AFP.

Confronté à une guérilla institutionnelle sans précédent de la part du président sortant, qui refuse d’organiser une transition pacifique du pouvoir, l’équipe Biden s’avance en ordre resserré vers la Maison Blanche. Les futurs collaborateurs du 46e président des Etats-Unis sont des personnalités expérimentées et reconnues, pour la plupart vétérans de précédentes administrations démocrates : le francophone Antony Blinken, 58 ans, un temps pressenti comme conseiller à la sécurité nationale, devrait hériter du portefeuille de secrétaire d’État. Jake Sullivan, 43 ans, le remplacera pour le choix initial.

Ancien numéro deux du département d’État sous l’ère Obama et conseiller de politique étrangère très écouté par Joe Biden, « Tony » Blinken est un centriste, attaché aux alliances multilatérales, en particulier avec les Européens, et a soutenu une posture intransigeante face à Damas (il était en faveur des frappes aériennes en 2013) ou la Chine. Sa confirmation par le Sénat, en balance entre démocrates et républicains avant deux élections décisives en Géorgie le 5 janvier prochain, semble plus probable que celle initialement pressentie pour le poste, Susan Rice. L’ancienne conseillère à la sécurité nationale d’Obama fait figure de bête noire auprès des républicains, qui lui reprochent sa passivité dans l’affaire de Benghazi (assaut contre le consulat américain dans l’est de la Libye en 2012).

Rompre avec le chaos permanent

Un ancien secrétaire d’État, John Kerry, 76 ans, francophone lui aussi et architecte de l’accord nucléaire iranien de 2015, hériterait du poste d’envoyé spécial sur le climat, signe de l’importance que Joe Biden attribue à ce dossier. Le retour des Etats-Unis dans l’accord climat de Paris, dont s’était désengagé Donald Trump en 2017, et dans celui avec l’Iran, dénoncé en 2018, devrait être annoncé dès le premier jour de Biden à la Maison Blanche, à en croire ses promesses de campagne.

Le choix d’hommes tels que Blinken et Kerry reflète la volonté du futur locataire du Bureau ovale de rompre avec le chaos permanent de l’ère Trump, marqué par la nomination de ministres parfois novices en politique et de fréquents limogeages.

Mais Joe Biden innove également : un Cubain-américain de 60 ans, Alejandro Mayorkas, est nommé pour la première fois à la Sécurité intérieure. Autres choix forts, deux femmes ont été retenues pour assurer des postes stratégiques : Avril Haines, 51 ans, deviendrait directrice du Renseignement national (DNI), un poste chargé de coordonner les 17 différentes agences fédérales actives dans ce domaine, jusqu’ici toujours occupé par un homme ; Linda Thomas-Greenfield, quant à elle, une diplomate afro-américaine de 68 ans, ex-secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique, sera nommée ambassadrice auprès du siège de l’ONU, à New York.

Remco Evenepoel: «J’ai hâte de disputer un grand Tour, peu importe lequel»

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Un sourire, plusieurs mêmes, tous réjouissants, tous lumineux. À travers l’écran du fameux Zoom, Remco Evenepoel n’a pas feint son plaisir de communiquer avec quelques journalistes de la presse belge, lundi, depuis sa retraite sur la Costa Blanca où il réside depuis une semaine pour s’entraîner dans des conditions optimales. Décontracté, heureux d’être là, le jeune homme sait qu’il est passé à quelques millimètres d’un destin qui aurait pu l’orienter vers une paralysie irréversible voire vers la mort. Ces glaçantes certitudes l’ont aidé à surmonter la peine incommensurable de devoir laisser dans un ravin une condition exceptionnelle qui aurait pu l’emmener vers d’autres succès prestigieux. Elles l’ont aidé à entamer un long processus de revalidation, avec la force et le caractère qu’on lui connaissait déjà entre les mains expertes de Lieven Maesschalck.

Remco, plus de trois mois après votre terrible chute dans la descente de Sormano (15 août, Tour de Lombardie) comment allez-vous ?

Mieux que ce que les pronostics affirmaient, c’est donc déjà un miracle lorsqu’on sait que cela aurait pu être beaucoup plus grave. Logiquement, j’aurais pu remonter sur le vélo à cette époque de l’année. Or, je suis dessus depuis un bon mois déjà. Les progrès m’encouragent car, chaque semaine qui passe et je me sens mieux. Plus fort, mieux positionné sur le vélo. Tout va dans la bonne direction même s’il y a encore beaucoup de travail à accomplir. Mon corps est resté inactif pendant deux mois, cela ne pardonne pas pour un athlète.

Pourriez-vous comparer votre condition actuelle avec celle de novembre 2019 ?

Non, car je n’ai encore passé aucun test, ils se feront lors du premier stage avec l’équipe en décembre. Et puis, surtout, je suis plus maigre de cinq kilos par rapport à novembre de l’année passée, je pèse 59 kilos. Je ne connais pas mes « wattages ». Quand on est plus léger, on doit pousser moins dans les watts pour rouler aussi vite, donc les comparaisons, on les fera plus tard ! Je suis plus léger aussi parce que ma masse musculaire a fondu pendant les deux mois d’immobilisation. Quand je regarde le haut de mon corps, j’ai la peau sur les os ! Dans mon malheur, j’ai peut-être eu la chance d’appuyer sur « reset » et de réinitialiser complètement mon corps.

À l’échelon de la diététique également ?

Absolument. Le fait de ne plus être en mouvement m’a incité à être très vigilant sur mon alimentation, à ne plus gober les trois éclairs au chocolat qui traînaient dans le frigo. Je savais que chaque kilo pris serait un calvaire à perdre lors de ma reprise. Je ne suis pas devenu anorexique mais la diététique appartient désormais complètement à mon nouveau style de vie. Je fais une exception, le dimanche en famille, pour ne pas devenir invivable et profiter de la vie. Donc, j’allonge mon entraînement du lundi ! J’ai fait la même chose dimanche à Calpe après mon premier bloc d’entraînement : un petit extra avec ma copine qui m’accompagne ici. Nous joignons l’utile à l’agréable, ce qui n’est vraiment pas difficile ! Quand je ne roule pas, on joue au Monopoly consacré au vélo, que je vous conseille d’acheter (rires), à Fifa, on regarde des séries, rien d’exceptionnel pour des gens de notre âge…

Vous ne ressentez plus rien de vos douleurs ?

Le muscle qui relie l’intérieur de la jambe droite à l’os pubien me fait encore souffrir mais c’est parfaitement normal. Les mouvements que je m’impose sur le vélo déclenchent une légère douleur, très supportable, alors que le bassin est rétabli. Il n’y a déjà plus de différences de puissance entre mes deux jambes, ainsi que j’ai pu le mesurer lors de mes derniers tests à « Move to Cure » (l’établissement de Lieven Maesschalk) avant de partir pour l’Espagne. Au début, on a travaillé sur les ischio-jambiers, immobilisés pendant deux mois. Les muscles de l’estomac et du dos devaient également être réveillés. Ce qui a demandé le plus d’efforts a été d’évacuer l’eau de mon mollet gauche. En raison du coup contre le mur, il y avait beaucoup de rétention d’eau. Même maintenant, après une séance d’entraînement, j’ai parfois encore l’impression que ce mollet est raide. Là, ce 23 novembre, vous êtes encore en période de revalidation ou en mode préparation pour 2021 ? À fond dans ma préparation pour la saison prochaine. Il y a peut-être un désavantage pour moi, par rapport à mes concurrents, de reprendre trop tôt, mais sur base de ce que j’ai vécu, je ne vais pas me plaindre. Cette dernière semaine en Espagne, j’ai roulé 26 heures, avec des sorties variées, pour un total de 763 kilomètres. Comment occupez-vous vos périodes sans vélo, à Calpe ? En Espagne, on peut aller au restaurant sans problème, même si nous cuisinons le plus souvent nous-mêmes, Oumi et moi. Les règles sont pourtant strictes, le port du masque est obligatoire partout, même sur la digue quand vous marchez. Les enfants doivent porter le masque dès l’âge de six ans. La police intervient très régulièrement. C’est strict mais suivi à la lettre par les gens, c’est peut-être pour cela que les restaurants peuvent ouvrir, le sujet est à méditer pour nous, en Belgique…

20 ans en 2020, vous vous en souviendrez mais quel bon souvenir retenez-vous néanmoins ?

Ma victoire au Tour de Pologne. Le classement général d’une épreuve relevée du calendrier WorldTour avec de grands noms à l’affiche (NDLR : le Brabançon y a devancé Fuglsang et Simon Yates)

Comment avez-vous vécu le Tour d’Italie en voyant Ganna, que vous aviez été le seul à avoir battu cette saison, remporter les chronos, puis votre équipier Almeida prendre le maillot rose ?

J’avoue qu’au début, c’était difficile. J’avais mal au cœur par rapport au premier chrono évidemment, par rapport à cette étape de l’Etna. Puis quand j’ai vu que l’équipe Deceuninck y brillait, avec Almeida notamment, cela m’a donné du courage et de la motivation. Almeida m’a agréablement surpris même si je connaissais ses qualités, il avait tout de même terminé troisième du Tour de Burgos en y travaillant comme équipier pour moi. Au Stelvio, les 3.000 mètres de dénivelé étaient de trop, c’est normal à son âge mais ce que personne ne lui ôtera, c’est sa classe.

Vous avez donc logiquement la tête à 2021. Les JO seront-ils à nouveau votre priorité ?

Il y aura les Jeux, bien sûr, mais mon impatience de prendre le départ d’un Grand Tour est importante. Quel qu’il soit, Giro, Tour ou Vuelta, j’ai très envie de découvrir une course de trois semaines, j’ai trop perdu de temps. Ce que j’ai vu à la télévision, cet été, cet automne m’a convaincu dans cet esprit-là.

Julian Alaphilippe disait récemment, dans une interview sur Eurosport, que vous ne serez jamais concurrents, plutôt des alliés ?

C’est normal, dans la même équipe. Nous serons rarement ensemble mais lorsque cela sera le cas, sur les classiques ardennaises par exemple, nous pourrons goûter aux différentes tactiques. Lui pourra attendre de s’expliquer au sprint, moi de partir de plus loin, cela va être passionnant et surtout en phase avec ce que fait l’équipe depuis toujours en alignant plusieurs leaders. J’ai régulièrement des contacts avec Julian par WhatsApp, j’ai hâte de le retrouver en stage pour qu’on parle de tout cela.

Où commencera votre saison ?

J’aurais aimé en Australie, donc le plus vite possible mais ce ne sera donc malheureusement pas le cas. Nul ne sait aujourd’hui ce qui nous attend encore avec ce Covid mais j’espère que ma première course se situera au Tour de Valence, une région que je commence à connaître !

Votre chute a-t-elle laissé des traces, mentalement ? Êtes-vous ainsi encore disposé à prendre des risques en descente ?

Dans le Mur de Sormano, j’ai commis une faute, en perdant le sillage des premiers, je n’avais plus de repères, cela m’a beaucoup appris. Je n’ai jamais eu peur. Peu de temps après ma chute, je regardais le Tour, je voyais Marc Hirschi faire des descentes super folles et je n’ai pas eu peur pour lui ! Sincèrement, je n’ai aucune appréhension. En Lombardie, mon erreur est d’avoir voulu à tout prix pédaler à fond dans la descente pour faire la différence alors que nous n’étions plus que 7 pour la victoire, c’était ridicule. Cela ne m’arrivera plus.

Pourquoi la Foire du livre va quitter Tour & Taxis

Tanguy Roosen.

Par Jean-Claude Vantroyen

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Le vaccin d’AstraZenaca efficace à 70%, seulement? Un score malgré tout satisfaisant

Le vaccin d’AstraZenaca efficace à 70%, seulement? Un score malgré tout satisfaisant
EPA.

Les résultats prometteurs en provenance des essais cliniques intermédiaires des vaccins les plus avancés se suivent. Et se ressemblent plus qu’il n’y paraît : si les taux de réussite affichés (qui doivent encore être validés par des essais de plus grande ampleur) semblent s’apparenter à une surenchère, ils n’en restent pas moins impressionnants, bien au-delà du minimum syndical de 50 % d’efficacité. Ils confortent surtout l’espoir d’une vaccination massive prochaine grâce à la coexistence de ces vaccins au fur et à mesure de leur disponibilité sur le marché, dès leur approbation par les autorités régulatrices.

Ces deux dernières semaines, les firmes américaines Pfizer et Moderna ont fait état par voie de communiqué de taux d’efficacité de 95 % de leur vaccin utilisant la technologie novatrice de l’ARN messager. Ce lundi, c’était au tour de l’université d’Oxford alliée au groupe anglo-suédois AstraZeneca de faire une annonce similaire, avec cette fois un taux de réussite de 70 % de leur vaccin à vecteur viral recombinant, technologie que la prestigieuse université britannique maîtrise depuis plusieurs années.

Cette approche, plus éprouvée chez l’homme – au contraire de l’ARNm –, mais surtout offrant des vaccins moins chers et plus faciles à stocker, consiste à entrelacer grâce au génie génétique les protéines du Sars-CoV2 avec un autre virus inoffensif (en l’occurrence, ici, l’adénovirus responsable d’un simple refroidissement chez le chimpanzé). Un cheval de Troie déguisé en rhume (ou en rougeole ou en fièvre jaune, selon les labos) pour stimuler une réponse immunitaire, en somme.

Des taux de réussite pas comparables

70 % seulement ? Les résultats intermédiaires des essais cliniques menés en Grande-Bretagne et au Brésil sur 23.000 personnes semblent en effet plus modestes à première vue que ceux de Pfizer et Moderna. Selon les scientifiques d’Oxford, ils ne seraient pas comparables, car ils ont inclus des personnes légèrement ou gravement malades, contrairement aux deux autres. L’immunologue Arnaud Marchant (ULB) insiste quant à lui pour relativiser les scores avancés par les firmes pharmaceutiques : « Ce ne sont pas des chiffres absolus, il faut tenir compte d’un intervalle de confiance plus ou moins grand en fonction de toute une série de paramètres comme la taille de l’échantillon. Il s’agit donc d’une estimation avec une marge d’erreur, même si plus le score est élevé, plus cette marge est réduite. Mais ces chiffres vont s’affiner avec des essais cliniques de plus grande ampleur. » Ceci étant, « ces résultats intermédiaires restent impressionnants. »

Le score « satisfaisant » du vaccin d’AstraZeneca est par ailleurs une moyenne basée sur l’échantillon de personnes testées : le taux de réussite du vaccin chute à 62 % chez le groupe plus conséquent (d’environ 8.000 volontaires) qui a reçu deux doses élevées à un mois d’intervalle et s’élève à 90 % dans le sous-groupe (2.741 personnes) à qui on a administré d’abord une demi-dose puis une plus forte un mois plus tard.

Si elle est approuvée par les autorités, l’économie de ces demi-doses permettrait de vacciner davantage de monde, insiste le PDG d’AstraZeneca, Pascal Soriot. A noter que le groupe n’entend pas réaliser de bénéfice et vendra le vaccin à prix coûtant (environ 3 € la dose), le temps que durera la pandémie. « Ce sera aux autorités de régulation de déterminer les doses nécessaires », confirme Anne-Laure Dreno, directrice générale d’AstraZeneca Belgique. « Mais il est certain que dans la course à la production de vaccins, le fait d’administrer des demi-doses permettrait d’aller plus vite. » Le groupe a sécurisé des partenariats pour pouvoir produire 3 milliards de doses en 2021, dans le but de couvrir tous les pays, y compris les plus pauvres. Leur livraison dépendra de la vitesse à laquelle ces vaccins seront autorisés par les autorités. La demande d’approbation devrait être introduite sous peu.

« En donnant une première dose plus petite, le système immunitaire répond mieux. Ce que nous ne savons pas, c’est si c’est lié à la qualité ou à la quantité. Il y a davantage de travail à faire là-dessus », a expliqué Andrew Pollard, professeur à l’université d’Oxford, lors d’une conférence de presse en ligne. L’immunologue Michel Goldman (ULB), qui salue cette collaboration académique menée en Europe, avance comme hypothèse une meilleure stimulation des cellules mémoires productrices d’anticorps : « Une première dose inférieure pourrait favoriser le développement des cellules immunitaires douées de mémoire. Ces cellules jouent un rôle déterminant lorsque l’on se trouve confronté au virus et des observations analogues ont été faites précédemment avec d’autres types de vaccins. »

Pas de cas graves

Mais ce qu’il faut surtout retenir de ces résultats intermédiaires selon lui, c’est l’absence totale de cas graves ou d’hospitalisations parmi les personnes qui ont reçu le vaccin et fait la maladie (30 cas dans le groupe vacciné contre 101 dans le placebo) : « De toutes les données rapportées ces derniers jours avec les trois vaccins en tête de la course, la protection quasi parfaite vis-à-vis des covid sévères me semble l’information la plus importante », estime l’immunologue. Vu sous cet angle, la protection serait de 100 %. « Le premier bénéfice que l’on attend de ces vaccins, c’est en effet qu’ils empêchent les formes graves de la maladie », poursuit Michel Goldman. « Pour le bien-être des patients d’abord, pour préserver nos capacités hospitalières ensuite. Bien entendu, on espère aussi que les vaccins freinent les infections proprement dites et la transmission du virus, mais des données supplémentaires doivent encore le confirmer. » L’université d’Oxford souligne que la faible proportion de personnes asymptomatiques dans le groupe vacciné permet d’espérer que son vaccin freine les transmissions.

Union européenne: une solidarité renforcée par l’épreuve du covid

Le Centre de coordination de la réaction d’urgence de la Commission européenne fait face aux catastrophes naturelles - inondations, feux de forêts, tremblements de terre… Tous les Etats participants voient les appels à l’aide et les offres de réponse.
Le Centre de coordination de la réaction d’urgence de la Commission européenne fait face aux catastrophes naturelles - inondations, feux de forêts, tremblements de terre… Tous les Etats participants voient les appels à l’aide et les offres de réponse. - D.R.

Il y a, rue de la Loi, juste en face du Thon Hôtel, un bâtiment qui ne dort jamais. A l’intérieur, sous des écrans de télévision retransmettant Euronews, CNN ou Al-Jazeera et des horloges digitales affichant les différents fuseaux horaires, de larges cartes représentant en temps réel les alertes météorologiques en Europe et des images satellites du continent.

C’est le Centre de coordination de la réaction d’urgence de la Commission européenne, pour faire face aux catastrophes naturelles. Depuis 2013, il fonctionne 24 heures sur 24. Il sert de boîte de réception européenne des appels à l’aide de pays faisant face à des inondations, des feux de forêts, des tremblements de terre… Tous les Etats participants voient les appels à l’aide et les offres de réponse.

Ce système existait dans une forme moins sophistiquée depuis 2001. En presque 20 ans, il a été activé 424 fois, dont 90 rien que cette année.

Un silence assourdissant

C’est depuis ce bâtiment qui s’étale aujourd’hui sur près de 900m2 que les Européens ont assisté, impuissants, aux appels à l’aide de l’Italie, à la fin de l’hiver dernier. Le 26 février, la « Botte », qui a été le pays le plus rapidement touché par le covid, demande à ses pairs s’ils peuvent lui faire parvenir des masques. Le 13 mars, elle élargit sa demande pour demander également des viseurs, du gel hydro alcoolique et des protections en plastique pour les chaussures. Quatre jours plus tard, elle demande des respirateurs. Deux jours plus tard, elle demande si l’un de ses pairs peut lui envoyer d’urgence 150 docteurs et 300 infirmières. Fin mars, elle demande des cylindres à oxygène. Mais la première réponse à ces appels répétés n’interviendra que le 6 avril, quand la Norvège, qui participe au système, propose de mettre à disposition 19 médecins. Le même jour, la Roumanie propose d’envoyer une équipe médicale de 15 personnes.

Ce silence assourdissant qui a duré six semaines « nous a tous blessés », estime le commissaire européen à la gestion des crises, Janez Lenarcic, « car cela a donné la fausse impression qu’il n’y avait plus de solidarité. L’absence de réponse à l’Italie n’était pas un manque de solidarité mais un manque d’équipement. Vous pouvez le voir clairement car quelques semaines plus tard, le 22 mars, lorsque des tremblements de terre ont touché la Croatie, elle a demandé deux types d’assistance. D’une part, des tentes, des lits de camp, des générateurs, etc D’autre part, des équipements de protection médicale dans le cadre du covid. La réponse est arrivée le même jour, de la part de la Slovénie et d’autres pays. La demande a été comblée entièrement sur le matériel lié au tremblement de terre et pas du tout sur le covid. Parce que personne n’avait la capacité de partager ses équipements avec d’autres », se souvient-il.

On le sait, les Etats n’étaient pas préparés. « Ces dernières années, les virus, Ebola, Zika, etc ont été contenus et contrôlés avant de se propager dans le monde, donc on ne pouvait pas se fier à l’expérience passée. Si un pays avait dix millions de masques, il pouvait raisonnablement penser que ce serait suffisant », poursuit le commissaire. C’est dans cet espoir de contenir le virus en Chine que vingt jours avant l’appel italien, en février, de nombreux Etats, y compris l’Italie, envoyaient des équipements médicaux suite à l’appel à l’aide de Pékin. Mais ces envois ne peuvent expliquer les pénuries qui ont suivi, « c’était un geste important des Européens, mais plutôt symbolique, compte tenu des quantités », explique Janez Lenarcic.

L’expérience des rapatriements a de son côté porté ses fruits. En vingt ans, c’était la première fois que la Belgique déclenchait le mécanisme de protection civile. Elle a rapatrié 2900 personnes, dont 2700 étaient des citoyens de l’UE. Au total, via des avions prêtés par d’autres Etats, plus de 3300 Belges ont été rapatriés.

Le tournant 2017

Mais comment expliquer, pour le reste, qu’un système d’assistance mutuelle entre Etats si bien rodé depuis 20 ans ait failli, face au covid ? Pour bien comprendre, il faut savoir que chaque offre d’assistance aux pays qui appellent à l’aide est volontaire. Un Etat fait face à un tremblement de terre, il demande une série d’équipements et ses pairs proposent d’envoyer ce qu’ils ont sous la main. « La protection civile est une compétence nationale », rappelle le commissaire. Et ça fonctionnait bien, dans un réel esprit de solidarité. Les Etats qui aident sont supposés facturer les pays assistés pour leurs coûts opérationnels, mais la tradition, c’est que cela n’arrive presque jamais. Les coûts de transport de matériel ou de personnel sont quant à eux soutenus à 75 % par le budget de l’UE.

Mais en 2017, les feux de forêts sont d’une intensité jamais vue. Et les avions bombardiers d’eau des pays qui en disposent sont déjà mobilisés ailleurs quand certains appellent à l’aide. « Il y a trois ans, les forêts brûlaient, de la Suède aux pays de la Méditerranée, c’était la première fois. Il n’y avait alors pas assez de capacités disponibles pour aider le Portugal », explique le commissaire. Les Nordiques n’avaient pas du tout l’habitude de ce genre de phénomène. « On ne peut jamais imputer une catastrophe individuelle au changement climatique, mais il est clairement prouvé que la fréquence et l’intensité des événements météorologiques y sont liées. Et dans le cas des feux de forêts, les hectares brûlés ont aussi augmenté ».

En mars 2019, après un an et demi environ de négociations, les institutions valident les idées de la Commission pour faire face à cette nouvelle donne. Une réserve européenne d’avions bombardiers et autres équipements liés aux feux de forêts sera créée. Elle s’appellera « RescEU » et constituera une aide du dernier ressort.

L’existence de cette réserve et de ce changement de paradigme dans la solidarité européenne face aux crises « nous a beaucoup aidés. Créer RescEU a pris près de deux ans. Le fait qu’on ait déjà une décision sur le concept de RescEU nous a permis d’aller vite. Le 19 mars, face à la pénurie d’équipement médical, comme on avait déjà la base juridique, nous avons pu adopter une décision étendant le champ de cette réserve aux produits médicaux en seulement deux semaines, un temps record », se souvient Janez Lenarcic.

Le 25 avril déjà, la Roumanie délivrait 90.000 masques de RescEU à l’Italie. Le stock commun devra atteindre 10 millions de masques et 885 respirateurs (il y en a 240 actuellement, sans compter les 30 envoyés récemment à la République Tchèque). Pourquoi la Roumanie ? Parce qu’avec ses compétences limitées, l’UE ne peut pas acheter elle-même ces équipements. Des pays doivent se porter volontaires pour le faire en son nom, puis les stocker. Pour les avions, l’UE assume 90 % des coûts d’achat et de maintenance et en échange, dispose d’un droit de tirage. La Commission n’a pas de pilote à sa disposition, ce qui explique que la France, par exemple, s’occupe de l’achat et de l’entretien de ces avions.

Aller plus haut ?

Pour les masques etc, des produits qui ne peuvent être utilisés plusieurs fois, « on a augmenté le taux de financement de l’UE à 100 % parce qu’on ne peut pas demander à un pays de payer 10 % du coût de quelque chose complètement dévoué aux autres », explique le commissaire.

La Roumanie est le premier pays à s’être porté volontaire pour acheter et stocker les masques et les équipements médicaux de RescEU. L’Allemagne a suivi, ainsi que quatre autres Etats. La Commission « discute aussi avec la Belgique ».

Janez Lenarcic estime que le système pourrait être encore plus efficace. « En situation de crise, ce serait bien d’avoir la capacité d’acheter nous-mêmes. On a proposé cela en juin, mais cela fait maintenant l’objet de grandes discussions parmi les Etats pour savoir si c’est ou pas en ligne avec les traités et les responsabilités de l’UE. Les questions de compétences sont toujours très délicates. Certains disent qu’on ne peut pas acheter nous-mêmes. On répond qu’on veut bien préciser dans la législation qu’on ne le fera que dans les urgences et seulement si les Etats ne le peuvent pas eux-mêmes », explique-t-il, visiblement frustré. « Je suis commissaire à la gestion des crises. J’ai d’une part l’aide humanitaire, qui est une, compétence partagée et applicable seulement hors de l’UE. Et d’autre part la protection civile, une compétence nationale, que je peux juste coordonner. Autant dire que mes compétences n’étayent pas mon grand titre ».

Bruxelles veut racheter des terres agricoles wallonnes: de quoi alimenter une hausse des prix ?

Bruxelles veut racheter des terres agricoles wallonnes: de quoi alimenter une hausse des prix ?
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Pour de nombreux agriculteurs, la première difficulté pour exercer leur métier repose sur l’achat de terres agricoles, leur « matière première ». Trop souvent, les prix d’achat sont exorbitants que pour pouvoir les rentabiliser et en vivre. La spéculation foncière est une réalité en de nombreux endroits, le sol étant une valeur refuge, surtout en temps de crise.

Des entreprises rachètent ainsi des hectares à des prix que des agriculteurs familiaux ne peuvent se permettre. Récemment, le syndicat agricole Fugea fustigeait la politique de Colruyt qui a ainsi acheté une ferme et ses 25 hectares en Flandre. « Le paysage agricole belge se caractérise notamment par une pression foncière accrue, qui bloque l’installation des jeunes et freine la reprise d’exploitations », déplore la Fugea. Aux frontières, ce sont des agriculteurs néerlandais ou luxembourgeois qui mettent le prix fort lors de ventes de parcelles agricoles, des tarifs intenables pour les agriculteurs du cru.

Ce lundi, c’est un projet du ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron (Ecolo) qui a fait réagir unanimement contre lui. Il a en effet annoncé que « la Région bruxelloise allait acheter, dans les mois et années à venir, des terres agricoles dans les Brabant wallon et flamand afin de préserver la biodiversité et favoriser une agriculture locale qui pourrait nourrir une partie de la population bruxelloise. La Région mettra ces terres agricoles à disposition d’agriculteurs dans le but de favoriser les circuits courts. Les discussions sont enclenchées », a assuré le ministre.

Quatre réactions indignées

La FWA, la Fugea, et les ministres fédéral et wallon de l’Agriculture ont d’emblée réagi. Willy Borsus (MR) se disait « stupéfait. Les terres agricoles sont déjà extrêmement coûteuses et l’accès à la terre est très compliqué en Wallonie. Qu’une Région vienne annoncer avoir une politique d’achat agricole va augmenter cette pression au détriment des éleveurs, des cultivateurs et maraîchers. La Région wallonne a une action très offensive de soutien à l’agriculture, à la diversification agricole, à l’installation des jeunes, au déploiement du maraîchage. La Région bruxelloise débarque comme un cheveu dans la soupe dans cette action de long terme, structurée et concertée ». Même son de cloche de la part de David Clarinval (MR), ministre fédéral, qui note que « cela témoigne d’une conception médiévale du découpage et du fonctionnement de notre pays. Je regrette dans cette démarche une méconnaissance des ambitions de la PAC post-2020 qui souhaite privilégier l’accès à la terre par les jeunes agriculteurs ainsi que le soutien des petites et moyennes exploitations ».

La FWA se dit surprise. « Il est heurtant pour les agriculteurs d’apprendre qu’il serait nécessaire qu’un opérateur extérieur (public ou privé) intervienne pour que l’activité agricole soit menée dans le respect de l’environnement et de la biodiversité. Les agriculteurs sont des travailleurs indépendants, des entrepreneurs… Ils sont et doivent rester libres de produire ce qu’ils souhaitent, dans le respect des normes sanitaires et des standards de qualité. Les agriculteurs savent qu’ils doivent répondre aux attentes des consommateurs. »

La Fugea estime pour sa part que « ce projet paraît tellement décalé avec les enjeux actuels du monde agricole qu’on ne peut qu’espérer à une maladresse politique. La mise à disposition de terres à des agriculteurs en Wallonie est encadrée par la loi du bail à ferme. Et une des dispositions principales de cette loi est la liberté de culture. Dans ce cadre, la Région ne pourra en aucun cas dicter les orientations stratégiques des exploitations. Sauf si Bruxelles décide d’agir comme le groupe Colruyt en imposant de manière coercitive son influence sur le producteur. La Fugea ose espérer que la politique des autorités en termes d’approvisionnement alimentaire ne va pas se calquer sur les stratégies douteuses d’entreprises privées. Créer une ceinture alimentaire autour de Bruxelles a du sens, mais uniquement à travers une collaboration étroite avec les agriculteurs wallons et flamands, et pas par le biais d’achats de terres ».

Des nuances énormes selon les régions et le statut des terres

Au-delà de ce débat du jour, de manière plus globale, on peut se pencher sur le rapport 2020 de l’Observatoire du foncier agricole wallon publié il y a quelques semaines. Il révèle que le prix des terres dépend des régions, et même des sous-régions. Si l’augmentation entre 2018 et 2019 se situe en Belgique à + 0,6 %, elle est de 7,6 % en Wallonie. Et entre 2015 et 2019, c’est du 28,7 % au niveau belge et du + 41,8 % en Wallonie. Mais c’est un prix moyen qui englobe tous types de terres et partout… Or, les nuances sont importantes et on peut passer du simple au triple, selon que l’on soit en zone jurassique ou en Hesbaye.

Il faut dès lors effectuer une analyse plus pointue des chiffres et des situations géographiques. En juillet, la Fédération des notaires, qui alimente régulièrement l’Observatoire wallon du foncier agricole en données chiffrées, avait signalé que le prix moyen de l’hectare se situait en province de Luxembourg à 33.562 euros. Une donnée qui avait fait bondir la coopérative Terre en Vue qui achète des terres, par le biais de ses coopérateurs, pour soutenir l’agriculture familiale. Il faut en effet nuancer entre des terres agricoles situées en partie en zone urbanisable ou pas. Pour un terrain agricole pur, c’est 22.000 euros. Or, des vendeurs se sont désormais fixés sur le premier prix qui n’est pourtant pas le reflet de la réalité.

Il n’empêche que l’accès à la terre reste problématique dans le cadre d’une agriculture familiale, d’autant plus s’il y a surenchère. Philippe Duvivier, président de la Fugea, remarque ces derniers temps des acquisitions par des entreprises qui n’ont pourtant rien d’agricole. « Certains investissent car ils craignent un nouveau krach boursier… » L’Observatoire wallon fait d’ailleurs remarquer que la qualité de l’acquéreur (agriculteur à titre principal ou complémentaire ou non agriculteur) impacte le prix moyen de vente à l’hectare des biens immobiliers agricoles non bâtis entièrement situés en zone agricole (avec un différentiel de + 22 % quand on n’est pas agriculteur). Et c’est encore plus marquant quand il s’agit de personnes morales. Pour le même type de vente, « lorsque le secteur d’activité de l’acquéreur ayant la qualité de personne morale est lié à l’immobilier, le prix moyen à l’hectare (49.634 euros /ha) est supérieur de 40 % au prix moyen s’il s’agit de personnes liées à l’agriculture (29.960 euros/ha). Le vendeur se tournera dès lors plus vers un non-agriculteur-investisseur qui sera prêt à payer un prix plus fort…

Prison avec sursis pour 17 syndicalistes liégeois

Le tribunal a estimé que les prévenus, par leur présence, avaient «conforté les autres dans leur intention délictueuse».
Le tribunal a estimé que les prévenus, par leur présence, avaient «conforté les autres dans leur intention délictueuse». - Belga.

Le tribunal correctionnel de Liège a condamné 17 syndicalistes, ce lundi, estimant qu’en étant présents lors du blocage d’une autoroute, le 19 octobre 2015, ils avaient participé à une entrave méchante à la circulation. Leur conseil évoque une « inacceptable atteinte au droit de grève. »

Pour ce jour de grève intersectorielle, les prévenus, des affiliés, des représentants syndicaux ainsi que Thierry Bodson, alors patron de la FGTB wallonne – il l’est désormais à l’échelon national – s’étaient donné rendez-vous au petit matin à l’entrée d’un centre commercial de Herstal situé en contrebas d’une sortie d’autoroute. De là, les syndicalistes fraîchement condamnés ont expliqué avoir remarqué qu’un blocage, avec incendie de palets, avait été mené quelques centaines de mètres plus loin, sur l’autoroute E40 dans les deux sens, à hauteur du viaduc de Cheratte. Attirés par l’agitation, ils auraient décidé de rejoindre cette action.

Photos et vidéos

Ce matin-là, les palets carbonisés ont endommagé le bitume ; le blocage a causé 400 km d’embouteillages, et un chirurgien n’a pu se rendre à l’hôpital à temps pour opérer sa patiente, entre-temps décédée. L’hôpital s’était constitué partie civile pour homicide involontaire, mais ce volet de l’affaire a abouti à un non-lieu au moment du règlement de la procédure. Les syndicalistes avaient aussi été inculpés pour incendie volontaire mais ils ont également été blanchis sur ce point.

C’est par les images des JT, mais aussi des photos qu’ils avaient partagées sur les réseaux sociaux, légendées « la lutte contre l’austérité continue », « chapeau bas à tous les manifestants », ou encore « équipe de choc », que les prévenus, affiliés à la FGTB, ont été identifiés parmi les 300 manifestants. « Leur présence a conforté les autres dans leur intention délictueuse », avait exposé, dans son réquisitoire, la substitute Collignon.

Me Mercier, pour l’ensemble des prévenus, avait insisté sur le fait que ce ne sont pas ses clients mais bien des « fauteurs de troubles », restés non identifiés, qui avaient utilisé des palets en feu pour faire obstacle au passage. Sur ce point, il est suivi : les prévenus sont acquittés de la prévention d’entrave méchante à la circulation avec utilisation d’objets. Par ailleurs, il avait plaidé qu’on ne pouvait condamner le blocage partiel ou total, dans le cadre d’une grève, d’une autoroute ou d’une entrée à une entreprise. Citant les travaux préparatoires à la loi de 1963 punissant l’entrave méchante à la circulation, il avait estimé que l’élément moral pour condamner, qui est l’intention méchante, « n’était pas présente. » Le tribunal a suivi un courant doctrinaire opposé, qui soutient, pour que l’élément moral soit présent, qu’il suffit d’avoir été là et d’avoir voulu bloquer la voie.

« Atteinte au droit de grève »

« L’autoroute était déjà fermée quand ils ont rejoint le mouvement, et on estime que par leur présence, ils y ont participé… Ce raisonnement n’est pas acceptable : et la presse qui couvrait l’événement, elle doit aussi être condamnée ?! », s’offusque Me Mercier.

La cour d’appel d’Anvers avait emprunté la thèse développée par Me Mercier en 2004, estimant qu’il fallait une « intention méchante » pour condamner. Mais en juin 2019, la cour d’appel d’Anvers, toujours, avait condamné le président de la section anversoise de la FGTB pour le blocage des accès au port. La Cour de cassation a confirmé cette décision en janvier dernier, estimant que la malveillance doit être liée uniquement à l’entrave à la circulation et que « l’auteur ne doit pas nécessairement avoir conscience que ses actes peuvent provoquer une situation dangereuse ou des accidents ».

La cour d’appel d’Anvers n’avait cependant condamné que le président syndical, comme responsable de l’action de blocage, et un délégué poursuivi avait été acquitté, souligne Me Mercier : « Le tribunal correctionnel de Liège est allé encore bien plus loin aujourd’hui en condamnant tout le monde, rendant une décision qui est une véritable atteinte au droit de grève », estime-t-il. Les six responsables syndicaux, dont Thierry Bodson, écopent d’un mois de prison et d’une amende de 600 euros, le tout avec sursis. Les onze autres sont condamnés à 15 jours de prison avec sursis.

Me Mercier a d’ores et déjà annoncé que ses clients interjetteraient appel de cette décision.

Gault&Millau met à l’honneur les produits locaux: Christophe Pauly élu chef de l’année 2021

Gault&Millau met à l’honneur les produits locaux: Christophe Pauly élu chef de l’année 2021

Christophe Pauly est un excellent professionnel et un très bon entrepreneur. Il a son propre style et produit une cuisine très fine et équilibrée », affirme d’emblée Marc Declerck, administrateur délégué de Gault&Millau. Déjà étoilé au guide Michelin, le chef est un adepte des produits locaux et de la mer, et sait comment les sublimer. « Ce qui nous a également marqués, c’est l’association entre les vins et les plats dans son menu qui est délicieuse », continue Marc Declerck.

Des compliments que le lauréat accepte volontiers. « C’est une récompense fabuleuse. Rentrer dans le cercle des chefs de l’année chez Gault&Millau, c’est comme être meilleur ouvrier de France, c’est le Graal. Je ne m’y attendais pas du tout car je suis encore jeune, mais ça va me conforter dans mes idées, ma cuisine et m’encourager à aller encore d’avantage au bout des choses », explique le chef du Coq aux champs.

Christophe Pauly n’est pas le seul à avoir été primé à l’occasion de la sortie du célèbre guide culinaire. David Grosdent (L’Envie – Zwevegem), Stefan Jacobs (Hors Champs – Gembloux) et Kevin Lejeune (La Canne en Ville – Bruxelles) s’emparent des titres de jeunes chefs de l’année tandis que les restaurants Bon-Bon (Bruxelles) et Hof van Cleve (Kruisem) obtiennent les meilleures notes avec 19,5/20.

Une année particulière pour le Gault&Millau

L’élection du chef de l’année et la sortie du guide annuel marquent la fin d’une année de travail chahutée par le coronavirus pour le Gault&Millau. Après le premier confinement lors duquel les restaurants ont dû fermer leurs portes, les inspecteurs du guide culinaire n’ont eu d’autre choix que d’accélérer leur travail. « On visite en moyenne un millier de restaurants par an », explique Marc Declerck. « Cette fois, nous n’avons pu travailler que huit mois : quatre avant le premier confinement et quatre entre les deux. Heureusement, grâce au fait que nous sommes là depuis 18 ans, nous avons une large équipe d’inspecteurs et nous avons pu mettre le turbo quand nous le pouvions. »

Il était tout de même important que le guide culinaire soit publié au vu de son importance pour la gastronomie belge, surtout en cette période difficile pour le secteur. Chaque année, les chefs l’attendent avec impatience pour recevoir la reconnaissance de leur travail. « Je crois que pour beaucoup de chefs et pour leurs équipes, c’est une confirmation du fait que leur travail est apprécié par des professionnels », explique le CEO de Gault&Millau. Outre cette reconnaissance, une bonne note dans le guide ou un award génère souvent un chiffre d’affaires supérieur qui, même s’il aura lieu avec un temps de retard cette année, est bien réel. Une belle récompense donc pour des restaurateurs qui travaillent d’arrache-pied depuis des années.

Les lauréats pour les différents awards sont :

– Jeunes chefs de l’année : David Grosdent (L’Envie – Zwevegem), Stefan Jacobs (Hors Champs – Gembloux) et Kevin Lejeune (La Canne en Ville – Bruxelles)

– Hôtesse de l’année : Marieke Moyaert (Schatteman – Hertsberge)

– Italien de l’année : Gellius (Knokke-Heist)

– Asiatique de l’année : Saito Harumi (Samouraï – Bruxelles)

– Terrasse de l’année : Brugmann (Bruxelles)

– Restaurant au plus beau design : Cuchara (Lommel)

– Sommelier de l’année : Tom Ieven (Hof van Cleve – Kruisem)

– Dessert de l’année : Nuance (Duffel)

– Brasserie de l’année : Bar Bulot (Bruges)

– Gastro-bistro de l’année : Les Potes au Feu (Namur)

– Artisan cuisinier de l’année : Michaël Rewers (Bistrot du Nord – Anvers)

– Plat de légumes de l’année : Brutal by Bruut (Bruges)

– Nouveauté remarquable de l’année : Le Pristine (Anvers)

– Nouveau concept de l’année (nouvel award) : Bartholomeus (Knokke-Heist)

– Carte des vins de l’année : Arden (Château de Vignée – Rochefort)

– Carte des bières de l’année : La Marelle (Blaregnies)

– Prix-plaisir de l’année : Rizoom (Gand), Ventre Saint Gris (Bruxelles) et La Gare d’Hamois (Modave).

– Les trois découvertes de l’année : Blanc by Aytems (Saint-Trond), La Bonne chère (Bruxelles) et Quai nº4 (Ath).

Cinq millions de pertes attendues pour la RTBF en 2021

Cinq millions de pertes attendues pour la RTBF en 2021
BELGA.

Le conseil d’administration de la RTBF a approuvé vendredi dernier le budget 2021. Nous avons pu nous le procurer. Comme prévu, celui-ci n’est guère souriant. Après une année record en 2019 (15,9 millions d’euros de bénéfices), et une année 2020 qui devrait se clôturer sur un résultat courant négatif de 3,5 millions, la RTBF s’attend à perdre encore 5 millions d’euros en 2021. Le retour dans le vert n’est programmé que pour 2022.

Principale raison de cette dégradation de la situation financière : la baisse des recettes publicitaires qui représentaient en 2019 17,8 % des rentrées de la RTBF. A la fin octobre, l’opérateur public affichait un recul de 12,7 millions d’euros par rapport aux estimations budgétaires : – 21 % pour les recettes télé et radio et – 48 % pour les recettes internet (qui sont beaucoup plus modestes). Pour la fin de l’année, la RTBF s’attend à un manque à gagner de 16,4 millions. Malgré la résurgence de l’épidémie et le second confinement, la RTBF estime cette prévision relativement « sûre » car 79 % des espaces publicitaires pour les deux derniers mois de l’année sont réservés, soit un taux identique à celui de l’année dernière.

Si l’immense majorité de ce recul s’explique par la réduction des investissements publicitaires des marques suite au covid (97 %), une petite partie est aussi à mettre sur le compte de la décision du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de diminuer de 50 % à partir du 1er septembre le volume de la pub sur la tranche matinale de La Première (422.000 euros de moins).

Et pour 2021 ? La RTBF estime que ses recettes publicitaires devraient être meilleures que cette année (+ 19 %) mais ne s’attend pas à ce qu’elles retrouvent le niveau de 2019. Elles devraient toujours être inférieures de 9,6 %. En cause ? L’impact de la crise sur les annonceurs qui va perdurer mais aussi la suppression totale de la pub sur la matinale de La Première à partir du 1er juillet 2021 (-1,9 million) et le déclin structurel de la publicité sur la télé linéaire classique qui profite aux plateformes numériques. Pour compenser en partie ce recul, la RTBF peut compter sur une augmentation de ses dotations de 3 % et des redevances payées par les câblo-opérateurs de 10 % (par rapport au budget 2020).

Construction de Media Square

Parallèlement à la pression sur ses recettes publicitaires, la RTBF va voir ses dépenses 2021 augmenter. Le plan de soutien aux secteurs culturel et audiovisuel belges francophones « Restart » adopté à la mi-mai représente un coût additionnel de 8,1 millions sur deux ans, dont 3,2 millions budgétés en 2021. Il y a aussi le report des coûts liés à la couverture des Jeux olympiques de Tokyo et de l’Euro 2020 pour 7,5 millions. Enfin, figurent dans le budget 925.000 euros de frais de consultance pour le futur plan stratégique Horizon 2027. Côté investissements, la RTBF va devoir financer la première phase des travaux de construction du nouveau siège de la RTBF, Media Square, pour 37,1 millions d’euros.

Au boulevard Reyers, on estime qu’avec 3,5 millions de déficit en 2020 et 5 millions en 2021, on limite la casse. « Il faut tenir compte du contexte difficile dans lequel on évolue mais aussi du fait qu’on a maintenu l’emploi sans recourir au chômage technique et qu’on n’a pas décidé de réduire la voilure », explique Axelle Pollet, porte-parole. « Au contraire, on a initié beaucoup de choses, que ce soit au niveau du divertissement, de l’info, de l’éducation et, bien sûr, du plan Restart. On a réalisé des économies pour 4 millions d’euros pour limiter ce déficit, mais on a aussi réinjecté de l’argent dans l’écosystème pour soutenir nos partenaires. »

A la RTBF, on rappelle aussi que grâce aux bonis dégagés les années précédentes, l’impact de ce déficit sur la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles reste neutre.

Le débrief de Philippe Albert: «Difficile de dire qui du Standard ou d'Anderlecht aborde le Clasico en confiance»

@DR Chronique

Par Philippe Gerday

Division 1A ,

Europe: la qualité de l’air s’améliore, mais est loin d’être parfaite

Le chauffage urbain est, avec le transport routier et l’agriculture intensive, une des principales sources de pollution à tenir à l’œil.
Le chauffage urbain est, avec le transport routier et l’agriculture intensive, une des principales sources de pollution à tenir à l’œil. - Roger Milutin

Près de neuf mille ; 8.950 pour être précis. C’est le nombre de morts prématurées causées en Belgique par la pollution de l’air en 2018. Le calcul n’est pas banal et émane de la très sérieuse Agence européenne pour l’environnement (AEE). Celle-ci vient de rendre son dixième rapport sur la qualité de l’air en Europe. Il pointe le rôle délétère des trois principaux polluants atmosphériques : les particules fines, le dioxyde d’azote et l’ozone.

Sur l’ensemble du continent, les trois polluants seraient responsables d’environ 400.000 morts prématurés – décès avant d’avoir atteint la moyenne d’espérance de vie. Pour les experts, une mort prématurée est considérée comme évitable si la cause est éliminée. Comme dans le cas du covid, ce sont les personnes les plus âgées (à partir de 75 ans) qui paient le plus lourd tribut à la pollution de l’air. Mais celle-ci affecte d’autres personnes fragiles : les enfants, les femmes enceintes et les personnes déjà atteintes par une autre affection cardiaque, pulmonaire ou allergique.

Malgré ce constat, les autorités européennes sont plutôt satisfaites de l’évolution de la qualité de l’air. « Au cours des dix dernières années, elle s’est améliorée et c’est aux politiques européennes qu’on le doit, lorsqu’elles sont correctement mises en œuvre par les Etats membres », estime le commissaire chargé de l’environnement, Virginijus Sinkevicius. On estime que 60.000 personnes en moins meurent en raison de la pollution aux particules fines et que la mortalité due au dioxyde d’azote a chuté de 54 % entre 2009 et 2018. La pollution reste chez nous la première cause de décès lié à la qualité de l’environnement. Pour la Belgique, les derniers chiffres de mortalité prématurées étaient de 9.380 pour 2016.

Si les normes européennes sont de mieux en mieux respectées par les Etats membres de l’Union, on est encore loin de s’approcher des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, relève le commissaire. Si l’on se tient à celles-ci, de 80 à 90 % des habitants des villes européennes respirent un air néfaste pour leur santé. En Belgique, c’est le cas de 2,3 % des habitants pour le NO2 et de plus de la moitié des urbains pour l’ozone.

Principales sources à tenir à l’œil : le chauffage urbain, le transport routier et l’agriculture intensive pour ses émissions d’ammoniaque nuisible pour les écosystèmes.

Du côté de la Commission européenne, on rappelle que l’un des objectifs du Green Deal est d’atteindre un niveau « zéro pollution » en Europe. On prépare activement une révision des directives sur les plafonds d’émission et sur la qualité de l’air ambiant afin de se rapprocher des recommandations de l’OMS. « Pour cela, il faut que tout le monde participe et que l’on développe de nouveaux réflexes », insiste Sinkevicius. Car il ne faut pas compter sur l’épisode du covid pour donner un grand coup de balai dans l’air européen. « On a effectivement constaté de sérieuses améliorations dans certaines villes européennes sur les particules fines et le dioxyde d’azote, relève Hans Bruyninckx, patron de l’Agence européenne. A Milan et Madrid, les concentrations de NO2 ont baissé de 70 % et de 59 % respectivement. En Belgique, les réductions enregistrées sont de 30 à 40 % en avril 2020 et de 10 à 20 % pour les particules fines. Mais ces phénomènes sont restés temporaires. Il est clair que nous ne pouvons pas mettre la vie à l’arrêt pour améliorer la qualité de l’air. Mais ces mesures montrent que si on continue à améliorer les normes et les technologies, le bénéfice pour la santé humaine est évident ».

Faux départ au procès de Nicolas Sarkozy

Faux départ au procès de Nicolas Sarkozy
AFP.

L’audience, historique, aura duré à peine plus d’une heure ce lundi. Le temps, pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, de se présenter à la barre du tribunal correctionnel de Paris et de donner un avant-goût de sa pugnacité.

Invité à décliner son identité complète, l’ex-chef de l’Etat omet sa particule. « Nicolas Sarkozy, ça suffira », lance-t-il. A la présidente qui tient à l’exhaustivité « pour l’inscription au casier judiciaire », l’ex-locataire de l’Elysée répond dans un haussement d’épaules : « Pour le moment, pas besoin de l’utiliser ! »

Le procès dans lequel l’ancien président comparaît pour corruption et trafic d’influence – une première ! – s’est à peine ouvert qu’il est déjà ajourné. L’ex-juge Gilbert Azibert qui, comme son fidèle ami et avocat Thierry Herzog, aurait dû s’asseoir sur le banc des prévenus n’est pas là. A septante-trois ans, l’ancien magistrat, qui souffre du cœur, craint d’attraper le coronavirus, fait valoir sa défense en réclamant le report du procès. La procureure plaide pour une comparution par visioconférence. Le tribunal ordonne une expertise médicale du prévenu. Il dira jeudi si l’audience peut ou non se poursuivre ou si le procès est renvoyé à l’issue de la deuxième, voire d’une éventuelle troisième vague de l’épidémie.

« La vraie voyoucratie »

Pour celui qui, huit ans après son départ de l’Elysée, reste à soixante-cinq ans le parrain de la droite, ce ne serait pas une bonne nouvelle. Ceux qui l’ont vu récemment décrivent son envie pressante d’en découdre, convaincu que les charges feront « pschitt » à l’audience. Il y a une semaine, sur BFM TV, l’ancien président, se défendant d’être un « pourri », avait traduit son état d’esprit en termes fleuris. « Que j’ai un téléphone pour parler avec mon avocat ne fait pas de moi un délinquant. La vraie voyoucratie, c’est de mettre sur écoutes les plus grands avocats du barreau de Paris pour se payer Sarkozy ! »

Car voilà donc ce qui l’amène au tribunal. La fameuse affaire dite des « écoutes téléphoniques ». En 2014, les grandes oreilles de la justice ont « branché » l’ancien président dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007. Mais elles découvrent que Nicolas Sarkozy et son avocat se parlent sur une ligne téléphonique dédiée et discrètement souscrite au nom d’un mystérieux « Paul Bismuth ». Ce que se disent les deux hommes s’apparente, aux yeux de l’accusation, à un pacte de corruption. Ils évoquent l’intervention d’un magistrat bien placé auprès de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, pour obtenir des informations dans le cadre d’un autre dossier judiciaire (l’affaire Bettencourt). En échange de ce service, il est question d’offrir un coup de pouce au juge pour un poste convoité à Monaco. Finalement, Gilbert Azibert ne sera jamais promu sur le Rocher. Mais qu’importe. Le seul fait d’avoir évoqué une intervention en sa faveur suffirait à caractériser le délit.

Une affaire de « cornecul », comme tente de la minimiser Paul-Albert Iweins, l’avocat de Thierry Herzog, en citant le bon mot du général de Gaulle ? Il est vrai que la présence à l’audience d’un vrai Paul Bismuth, venu se porter partie civile, prête à sourire. Mais le dossier n’en est pas moins explosif. Nicolas Sarkozy encourt jusqu’à dix ans de prison et un million d’euros d’amende.

Et bientôt un procès Bygmalion

Ce procès n’est pas le seul que doit affronter l’ancien président. Au printemps prochain, il devra aussi comparaître dans l’affaire Bygmalion, un système présumé de fausses factures mis en place durant sa campagne présidentielle de 2012.

Seule bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy dans ce calendrier judiciaire chargé : la récente rétractation de son principal accusateur dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007. L’homme d’affaires Ziad Takkieddine ne prétend plus qu’il a obtenu de l’argent de feu le dictateur Mouammar Kadhafi.

C’est la deuxième fois en France qu’un ancien président comparaît en correctionnelle. Jacques Chirac avant lui avait été condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Déjà diminué physiquement, il n’avait pas comparu à l’audience.

Procès de l’affaire Mawda: «Le policier peut avoir tiré par réflexe ou par crispation»

Procès de l’affaire Mawda: «Le policier peut avoir tiré par réflexe ou par crispation»
Photo News.

Très attendu, c’est par un faux départ qu’a commencé le procès de l’affaire Mawda. Dans un premier temps, Me Franck Discepoli a fait régler par la cour un problème de non-respect des distanciations sociales. Des tables et chaises ont été ajoutées pour permettre aux avocats de ne pas être écrasés les uns contre les autres. L’audience a ensuite été suspendue afin de trouver l’avocat qui allait pouvoir traduire les débats en sorani, la langue de deux des accusés et des parents de la petite Kurde de 2 ans décédée en mai 2018 à la suite du tir d’un policier en direction d’une camionnette pleine de migrants qui tentaient de rejoindre la Grande-Bretagne. L’interprète qui a officié durant toute la procédure s’est, dans un premier temps, déclaré indisponible pour le procès. Il a finalement accepté de venir après une interruption d’une heure et demie car son remplaçant ne maîtrisait pas la langue.

Il était donc 11h30 lorsque le Dr Grégory Schmit, médecin légiste, a ouvert les débats. Avec moult détails que la maman de Mawda a préféré ne pas entendre, il a expliqué que la fillette se trouvait à l’avant de la camionnette au moment du tir du policier qui l’a atteinte à l’avant de la tête et est ressortie par l’arrière, sectionnant le tronc cérébral. « Le décès a été quasiment instantané », conclut le légiste.

La version des parents mise à mal

De son côté, l’expert en balistique André Chabotier précise que les vitres avant-gauche et avant-droite ont volé en éclats suite au coup de feu venu de la gauche, de façon presque perpendiculaire. En revanche, aucun impact de balle n’a été retrouvé sur la camionnette et aucun projectile n’a été découvert à l’intérieur de l’habitacle. Selon ces constatations, Mawda ne pouvait donc pas se trouver à l’arrière du véhicule comme l’ont prétendu ses parents lors de la reconstitution.

Le tir était-il volontaire ou accidentel ? « L’arme était chargée à ce moment de la course-poursuite », poursuit l’expert. « Le chauffeur a reconnu avoir effectué un mouvement brusque vers la gauche pour éviter la camionnette qui avait, elle-même, fait un mouvement vers la gauche. Compte tenu de la force, tout à fait normale, de 28 Newton qu’il faut pour appuyer sur la détente de ce type d’arme et le déplacement qu’il faut exercer sur cette même détente, le coup a pu partir par réflexe ou par crispation. Un tir accidentel est donc tout à fait plausible même s’il est difficile. »

Economie durable: un atelier participatif pour la transition écologique et sociale

Valentine Fruchart (à g.), à l’initiative de Green Fabric, réunit près de l’abbaye de Forest neuf artisanes dont la couturière Stéphanie, la bijoutière Caroline et la céramiste Sonia.
Valentine Fruchart (à g.), à l’initiative de Green Fabric, réunit près de l’abbaye de Forest neuf artisanes dont la couturière Stéphanie, la bijoutière Caroline et la céramiste Sonia. - Pierre-Yves Thienpont

Située derrière l’abbaye de Forest, la vitrine de l’atelier participatif Green Fabric attire la lumière hivernale, tout comme les regards. Cet espace ouvert, lancé en mai dernier, réunit création et innovation sur fond de transition écologique et sociale.

Au rez-de-chaussée : un lieu partagé où se donnent en temps normal des sessions de formation dans des domaines allant de la réparation-création en couture à la céramique en passant par la confection de produits zéro déchets.

Plus haut dans les étages, des ateliers occupés par neuf artisanes passionnées. Parmi elles, la fondatrice du lieu : Valentine Fruchart. Après avoir travaillé pendant dix ans sur la performance énergétique des bâtiments, cette ancienne ingénieure architecte prend la décision de tout arrêter pour mieux appliquer la philosophie de la transition dans sa pratique professionnelle.

Elle imagine alors « Green Fabric » pour favoriser l’autonomie et créer du lien social grâce à la transmission de connaissances et de savoir-faire par des créatrices locales. « Le durable, c’est mon dada depuis toujours ! », lance la jeune femme derrière une des machines à coudre de l’atelier partagé. « En parallèle de mon travail, je faisais déjà mes propres vêtements et je tricotais énormément… » Alors, lorsque Valentine Fruchart entreprend une réorientation professionnelle pour changer de secteur, elle se tourne logiquement vers la formation textile et technologie de la « Fabricademy » de l’ULB, un Fab Lab - lire par ailleurs - dédié au textile et à l’industrie textile.

Rien à voir avec Ikéa

Le projet part d’un constat clair : « Nous sommes dans une société qui surconsomme. Pour réduire notre consommation, de façon positive, il faut apporter de la valeur aux choses en faisant soi-même. Avec Green Fabric, je voulais, par la transmission de savoir-faire permettre de gagner en autonomie tout en réduisant l’impact sur l’environnement. »

Valentine répond à l’appel à projet d’occupation temporaire de la commune de Forest d’un ancien bâtiment de transferts de fonds. « Cela nous permet d’occuper temporairement cet immeuble de trois étages en payant seulement les charges. » Elle se retrousse les manches et participe à la remise à neuf du lieu, chinant les meubles en seconde main et dénichant des machines toutes plus intrigantes les unes que les autres : de la surjeteuse à l’imprimante 3D en passant par la machine à tricoter Singer des années 1980… De quoi attirer la bijoutière Caroline, la couturière Stéphanie ou encore la céramiste Sonia dans l’aventure. Au total ce sont neuf jeunes femmes qui, tout en occupant les ateliers, proposent au minimum une fois par mois une session consacrée à leur artisanat pour tout public.

« Mettre la création au centre de la transition par différents biais : soit en apprenant à faire soi-même ou en consommant local en achetant à des créateurs de la commune ou, tout simplement, en disposant d’un lieu où apprendre et se rendre compte du temps que cela prend de créer… Un bol fait main ça prend deux bonnes heures, sans parler de la cuisson ! Ce n’est pas là même chose que de l’acheter chez Ikéa », sourient les créatrices.

Après un vif succès entre fin juin et fin octobre, les ateliers sont suspendus du fait du coronavirus, mais reprendront si possible pour les fêtes de Noël. A noter que les ateliers enfants se poursuivent malgré tout : les mercredis après-midi, ils sont une petite dizaine de 8 à 12 ans à découvrir, eux aussi, comment faire de leurs mains un des artisanats de chez Green Fabric.

www.greenfabric.be

Green Fabric ABY, 24 chaussée de Bruxelles, 1190 Forest info@greenfabric.be

Coronavirus: les demandes d'aides aux CPAS explosent

Une enveloppe de 125millions d’euros (à laquelle il faut soustraire 10millions destinés à renforcer les équipes) a d’ailleurs été débloquée par le fédéral pour des aides financières «exceptionnelles» à la population.
Une enveloppe de 125millions d’euros (à laquelle il faut soustraire 10millions destinés à renforcer les équipes) a d’ailleurs été débloquée par le fédéral pour des aides financières «exceptionnelles» à la population. - Photo News.

Cette année, environ 15.000 nouvelles personnes devraient avoir bénéficié du revenu d’intégration sociale (RIS ou revenu minimum garanti par le CPAS, accordé à certaines conditions, NDLR), celui auquel on a droit quand on ne dispose de plus rien d’autre. Il s’agit d’une augmentation sur douze mois de près de 10 %. Une progression proche des deux chiffres, c’est très rare, dans l’histoire. Il faut aussi préciser qu’en 2019, nous étions plutôt dans une courbe descendante », détaille Alexandre Lesiw. « Une hausse qui devrait au minimum être dupliquée en 2021. » A titre de comparaison, le taux de croissance attendu (de janvier à janvier), hors covid, était de 3,4 %.

Le président du SPP Intégration sociale est convaincu des projections qu’il avance : son administration a mis sur pied un monitoring spécial auprès des CPAS depuis le début de la crise (pour cette deuxième édition, l’échantillon est composé de 75 % des structures du pays), permettant de mesurer, sans gros décalage dans le temps comme à l’accoutumée mais mois par mois, l’évolution des recours aux aides sociales. Les prévisions pour l’ensemble de l’année en cours et celle à venir sont extrapolées, avec l’aide du Bureau fédéral du Plan, notamment, sur la base du supplément de croissance observé de mars à août.

Car 5.000 personnes additionnelles (on comptait un peu moins de 150.000 bénéficiaires du RIS avant le début de la crise) avaient déjà reçu ce revenu garanti durant le premier confinement, des chiffres qui sont ensuite redescendus durant l’été, mais moins que ne l’impose habituellement « la saisonnalité ». Les profils des populations concernées ? Principalement des groupes déjà vulnérables avant la crise qui ont vu leur situation s’aggraver. Travailleurs sous petit contrat à durée déterminée ou précaire qui ont perdu leur job et n’ont pas droit à des allocations de chômage (6 % de la population totale avant la crise, 18 % aujourd’hui) et anciens bénéficiaires d’un complément de chômage (8 % avant, 14 % aujourd’hui). « Pour le solde, on voit apparaître, mais encore de manière modérée, de nouveaux profils : des artistes, des indépendants, des intérimaires, des étudiants… Cette tendance va fatalement s’imposer. »

Le travail d’insertion socioprofessionnelle, lui, est en échec, confinement et isolement ne facilitant pas ce type d’accompagnement. « Les mises à l’emploi baissent chaque mois depuis le début de la crise. Les centres de formation ne sont à nouveau plus tous ouverts. Cette mobilité réduite provoquera aussi des dégâts, sur le plus long terme. »

Aides alimentaires et médiations de dette explosent

D’autres signaux sont au rouge. Car, à côté d’un revenu financier récurrent pour les personnes totalement démunies, les CPAS fournissent aussi tout un panel d’aides sociales « ponctuelles » aux citoyens qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, deux publics qui ne se croisent pas nécessairement.

Or, dès le début de la crise, les demandes d’aides alimentaires ont explosé. « Il s’agit clairement d’un mécanisme d’urgence sociale : solliciter une aide alimentaire est le premier réflexe pour une personne qui perd brusquement ses revenus. Si on élargit à l’ensemble du secteur (les banques alimentaires, les associations… NDLR), on observera une hausse entre 15 et 20 % du nombre de citoyens qui y ont fait appel sur l’année. » En 2019, environ 400.000 ménages ont reçu des colis de denrées périssables et non périssables en Belgique.

Les médiations de dette, elles aussi, sont de plus en plus sollicitées. Ici, l’accélération a débuté après le premier « lockdown ». « Durant la première vague, les personnes qui ont rencontré des difficultés ont plutôt reporté les échéances de paiement : les loyers, les factures… Résultat, quand “la vie” a repris cet été, les profils surendettés étaient beaucoup plus nombreux. On s’attend à un phénomène similaire après la deuxième vague. » 10.000 personnes en médiation de dette se sont ajoutées aux 33.000 déjà engagées dans ce procédé. « Je pense qu’il y a un message à faire passer : ne pas attendre avant de frapper la porte du CPAS, leur accessibilité est garantie durant la crise. Même si on n’a pas l’habitude de faire une telle démarche. »

Une enveloppe de 125 millions d’euros (à laquelle il faut soustraire 10 millions destinés à renforcer les équipes) a d’ailleurs été débloquée par le fédéral pour des aides financières « exceptionnelles » à la population. Qui couvrent des possibilités aussi larges que le paiement d’un minerval universitaire au règlement d’une facture de gaz. Impossible à ce stade de chiffrer les dépenses exactes à ce niveau, mais la somme « serait encore largement disponible ». « Preuve que les publics touchés ne sont pas encore suffisamment informés. Nous allons redoubler d’efforts aussi à ce niveau. »

Le vrai ou faux: les policiers peuvent-ils s’inviter chez vous le soir du réveillon?

Le vrai ou faux: les policiers peuvent-ils s’inviter chez vous le soir du réveillon?
Belga

Vrai

Pas question d’une trêve des confiseurs durant la période des fêtes et encore moins le soir du réveillon de Noël. La ministre CD&V de l’Intérieur Annelies Verlinden a annoncé ce dimanche que les autorités veilleront au respect des mesures sanitaires pendant les fêtes. Alors que selon une étude de l’Université d’Anvers un Belge sur trois affirme qu’il ne fêtera pas Noël en cercle très restreint, la ministre réplique en affirmant « la police contrôlera le respect de ces mesures ». Oui, mais comment ?

« Si nécessaire, en cas de nuisances sonores par exemple, la police sonnera aux portes », détaille Annelies Verlinden. « Mais entrer dans les maisons n’est pas une priorité. La loi ne le permet d’ailleurs pas non plus. » La ministre se trompe, rejointe dans son erreur par le Premier ministre Alexander De Croo (CD&V) sur les antennes de la VRT d’ailleurs.

« Dans un cadre totalement privé, les policiers ont tout à fait le droit de sonner chez les gens », détaille Vincent Gilles, président national du SLFP Police. « Ils peuvent demander à entrer dans le domicile afin d’effectuer une vérification. Les habitants peuvent refuser et exiger un mandat. »

« Dans le cas où quelqu’un organise une fête plus importante, dans un lieu fermé », poursuit le policier, « il faut normalement qu’il dispose d’une autorisation maïorale. On arrive là dans le cadre de la police administrative et dans la loi covid. Dans ce cas, si elle soupçonne une infraction, la police peut entrer d’office, sans mandat, pour non-respect des normes sanitaires. Tous les participants écopent d’une amende de 250 euros et, pour l’organisateur, l’addition sera encore plus lourde. Si les gens refusent d’obtempérer, l’affaire peut passer d’administrative à judiciaire. Ça alourdit encore les choses qui peuvent se terminer devant un tribunal correctionnel. » Une ampleur de poursuites qui avait visiblement échappé à la ministre de l’Intérieur.

Annelies Verlinden souhaite « permettre un peu plus de proximité humaine pour Noël » mais rappelle que « nous devons prendre très au sérieux les signaux d’alarme des hôpitaux. Nous devons trouver un équilibre. Si nous nous en tenons tous aux mesures, nous pourrons peut-être offrir une perspective. »

Ce à quoi le Premier ministre Alexander De Croo ne semble, en revanche, pas trop croire. « Il y a deux phases : contenir ou maîtriser », a-t-il rappelé ce dimanche sur RTL-TVI. « Vous ne devez pas être un virologue pour comprendre que ces fêtes peuvent être un risque majeur. La dernière chose qu’on veut, c’est se mettre en péril pendant cette période. Ou on casse cette troisième vague ou on fait le lit de cette troisième vague. »

Passer le cap

Alors que le couvre-feu a déjà été prolongé jusqu’au 13 décembre, pas question d’un relâchement des mesures pour la fin décembre ? « Ça m’étonnerait qu’on le fasse, on sait que c’est le milieu social qui mène aux contaminations. Je comprends que pour les personnes seules ce sera une période difficile, mais on demande de passer ce cap. »

Durant les fêtes, les forces de police seront aussi, comme toujours, sur les routes pour mener des contrôles. Peuvent-elles vérifier si les automobilistes partent ou reviennent d’un réveillon en surnombre ? « Des questions de cet ordre sont posées depuis plusieurs mois », commente Vincent Gilles. « Mais c’est plus à titre éducatif que répressif. On peut rappeler aux contrevenants qu’ils ne respectent pas les mesures sanitaires, mais on ne peut pas les verbaliser. Juste leur montrer qu’on a compris qu’ils nous ont menti si tel est le cas. » Le Premier ministre, lui, entend bien montrer l’exemple en annonçant qu’il fêtera les réveillons avec son foyer uniquement.

Gouvernement fédéral: la Vivaldi installée, l’opposition peut dégainer

La Vivaldi en Kern. © Belga.
La Vivaldi en Kern. © Belga.

L’actualité politique était très riche ces derniers jours. En cause : la présentation des notes d’intention des différents ministres et secrétaires d’Etat à la Chambre. L’occasion pour les visages du nouveau gouvernement Vivaldi de clarifier devant les députés les objectifs du gouvernement dirigé par Alexander De Croo (VLD). En septembre, l’opposition avait souligné l’imprécision de certains passages de l’accord gouvernemental. Un flou renforcé par les sorties de différents présidents de partis pas toujours totalement au diapason. Les questions de la fermeture des centrales nucléaires ou de la taxe sur les plus aisés l’ont illustré récemment.

Raoul Hedebouw pour le PTB, Maxime Prévot pour le CDH et François De Smet pour Défi ont accepté de se projeter. Et si eux avaient été aux commandes à la place des Vivaldiens, qu’auraient-ils fait en priorité ? Défi et le CDH ciblent la santé comme la Vivaldi, mais ils se démarquent dans la manière de faire, parlant de réforme, de refinancement, de clarté ou de consultation du terrain. Du côté du PTB, on insiste – sans surprise – sur le fait que ce gouvernement n’est pas assez à gauche et qu’il manque d’avancées sociales, ce que dit aussi Défi.

Pour convaincre ses adversaires politiques, la Vivaldi devra faire preuve de transparence et avancer sur une même ligne, claire. Pour nos interlocuteurs, ce qui n’est toujours pas le cas après deux mois. Il faudra aussi dépasser les symboles. La parité, c’est bien, mais tous attendent des mesures concrètes, notamment en matière de défense des droits des femmes.

L’opposition francophone promet donc d’être attentive mais elle pourra aussi se montrer constructive. Presque une respiration par rapport à ce qui attend la Vivaldi du côté flamand, où la N-VA et le Vlaams Belang tirent déjà de tous les côtés.

Précarité: bientôt un centre de jour réservé aux jeunes SDF

Le centre d’accueil de jour Macdam offrira une vie stable pour les jeunes dits en errance, en situation de sans-abrisme ou à risque de s’y retrouver.
Le centre d’accueil de jour Macdam offrira une vie stable pour les jeunes dits en errance, en situation de sans-abrisme ou à risque de s’y retrouver. - Pierre-Yves Thienpont

Un petit-déjeuner, un vestiaire, une douche, un endroit où laver ses vêtements, où parler, où jouer à des jeux de société. A priori, Macadam, ce sera ça. Juste ça. Une vie stable pour les jeunes dits en errance, « mais sans contraintes », souligne Yaël Wischnevsky, la future directrice de l’ASBL. Ce sont des jeunes de plus en plus nombreux, de moins de 26 ans, en situation de sans-abrisme ou à risque de s’y retrouver. Leurs liens avec leur famille, l’école, les institutions sont fragilisés ou rompus. Ils ont connu l’exclusion, les fugues, les renvois. Les logements alternatifs, les hébergements d’urgence, les nuits sur le canapé d’un pote ou à l’hôtel, les rares retours en famille, les squats et puis la rue, avec ce qu’elle représente comme dangers, violences et abus. Les institutions censées les protéger les ont déçus ou leur ont offert des solutions inadaptées, à un rythme qui n’est pas le leur.

Le centre d’accueil de jour Macadam, qui devrait ouvrir au printemps prochain à proximité de la gare du Midi à Bruxelles, se veut à bas seuil d’accès, c’est-à-dire à l’accueil inconditionné. « Nous, on sera la porte d’entrée pour ces jeunes », explique Yaël Wischnevsky. « Un foyer de vie. Un dispositif à l’écoute des jeunes avec des professionnels de secteurs différents qui peuvent répondre à leurs besoins, c’est-à-dire manger, se laver, se réchauffer, se reposer et une fois qu’ils ont la sérénité, le repos, la confiance en eux suffisante, chercher des solutions à leurs problèmes. »

La rue, synonyme de liberté

C’est en cela que le projet est une « innovation sociale », d’après la directrice : il rassemble des acteurs de terrain qui se réunissent en un seul et même endroit pour « travailler ensemble à trouver des solutions », précise le ministre bruxellois francophone de l’Action sociale Alain Maron (Ecolo). « Alors que souvent, les professionnels doivent accompagner le jeune physiquement dans ses différentes démarches. »

Ici, les secteurs de l’aide à la jeunesse, de la santé mentale, du sans-abrisme, de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales s’associent pour considérer « le jeune dans sa globalité et répondre à ses besoins de santé mentale, de restauration de confiance en soi, de formation », fait savoir Madeleine Guyot, collaboratrice du délégué général aux droits de l’enfant. « C’est un dispositif qui lui assure que, quoi qu’il arrive, il est toujours là », affirme Yaël Wischnevsky, « même si sa formation n’a pas abouti ou s’il a des assuétudes ».

Car le risque, c’est que ces jeunes en difficultés « ne soient plus récupérables après et soient accompagnés tout le reste de leur vie », souligne la future directrice : « Ils ont vécu des traumatismes. Et quand les institutions s’occupent d’eux, ils doivent s’autonomiser, avoir des revenus, garder leur logement. Alors, ils craquent sous la pression, se marginalisent et deviennent anti-systèmes. L’expérience de la rue devient synonyme de liberté face aux règles de la société dans lesquelles ils se sentent coincés. »

Stratégies de survie

On ignore combien de jeunes vivent en rue en Belgique aujourd’hui. « C’est un phénomène très connu, depuis des années, que l’on sait plus important à Bruxelles », précise Madeleine Guyot. « Mais le dénombrement est difficile parce que c’est un public très mobile qui peut aller de Bruxelles à Charleroi puis à Liège et qui va choisir un squat ou une chambre d’hôtel plutôt qu’être en rue. »

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a, parmi eux, des enfants placés, des jeunes LGBTQI+, rejetés par leur famille, des mineurs étrangers non accompagnés (Mena), des jeunes qui sortent d’hôpital psychiatrique ou de prison, des jeunes filles qui fuient leur lieu de vie à cause de violences morales ou physiques. Et que tous développent des stratégies de survie. Que ce soit le vol et la délinquance, les jobs informels comme la recharge de trottinettes électriques la nuit ou des prestations artistiques avec un passage de chapeau, la demande de dons pour des associations qui n’existent pas. Question de survie. Peu mendient : « ils ne veulent pas attirer la pitié », affirme Fanny Laurent. Certains se prostituent. Pour de l’argent ou pour un logement. « Les jeunes filles n’identifient pas ça comme de la prostitution », souligne la chargée du travail social communautaire. « Mais le corps est un moyen d’échange comme l’argent : ‘Le gars a accepté de m’héberger, c’est donc normal que je couche avec’. »

Les pros en réseau

Une chose est sûre : de plus en plus de jeunes sont à la rue, affirme Yaël Wischnevksy. Et la crise sanitaire risque de fragiliser davantage encore la vie des enfants et jeunes adultes en difficulté. Celle des LGBTQI+ ou des jeunes victimes de violence dont la situation familiale s’est détériorée en confinement. Celle des enfants issus de familles pauvres qui éprouvent de plus en plus de difficultés à s’en occuper.

D’où l’urgence de rassembler tous les acteurs concernés. « On a décidé de travailler à un projet A way home, qui est une coalition avec des acteurs issus de l’aide à la jeunesse, de la santé mentale, de lutte contre le sans-abrisme et la pauvreté », explique Alain Maron. Un mouvement qui est né au Canada où 20 % des sans-abri ont entre treize et 24 ans et qui vise à rassembler les différents professionnels concernés autour de la table. « On réfléchit à quoi faire ensemble et on sensibilise les politiques à ce niveau », précise Yaël Wischnevksy. « Quitte à faire bouger les lignes. On part du terrain pour faire remonter les besoins. Parce que c’est un public qui n’est pas facilement atteignable, ni approchable, qui met fort en question ce qui lui est proposé et pour lequel il n’y a pas de recette miracle ! »

Présidentielle américaine: Trump donne son feu vert au processus de transition vers une administration Biden

Présidentielle américaine: Trump donne son feu vert au processus de transition vers une administration Biden
AFP

Plus de deux semaines après l’annonce de sa défaite à la présidentielle américaine, Donald Trump a donné lundi soir son feu vert à l’ouverture du processus de transition vers une administration Biden. L’équipe du démocrate a aussitôt pris note d’une étape permettant « un transfert du pouvoir pacifique et sans accroc ».

Le président républicain sortant s’est bien gardé de reconnaître directement la victoire de Joe Biden, promettant de poursuivre un « juste combat » alors qu’il multiplie les recours en justice, sans succès, pour tenter de démontrer des fraudes lors du scrutin du 3 novembre. « Néanmoins, dans l’intérêt supérieur de notre pays, je recommande » que l’agence gouvernementale chargée du transfert du pouvoir fasse « ce qui est nécessaire concernant les protocoles, et j’ai demandé à mon équipe de faire de même », a-t-il tweeté.

Cette agence, la GSA (General Services Administration), venait auparavant d’envoyer une lettre informant Joe Biden que la voie était ouverte à la transition.

L’administration Trump doit officiellement reconnaître que Joe Biden est le président élu pour que l’équipe de transition du démocrate puisse commencer à recevoir des informations classées top-secret et s’entretenir avec les équipes en place dans les différents ministères.

Une décision saluée par l’équipe de Joe Biden

« A cause de récents développements impliquant des recours en justice et des certifications de résultats électoraux, je vous transmets cette lettre aujourd’hui pour que ces ressources et ces services vous soient fournis », écrit la patronne de la GSA, Emily Murphy, dans la lettre diffusée lundi soir par plusieurs médias. « Veuillez noter que j’ai pris cette décision de manière indépendante, sur la base du droit et des faits à ma disposition », poursuit-elle.

« Je n’ai jamais fait l’objet de pressions, directes ou indirectes, d’un responsable d’une branche de l’exécutif quelle qu’elle soit », à la Maison Blanche ou à la GSA, précise-t-elle, tout en tenant à faire état de « menaces » contre sa personne, sa famille, son personnel « et même (ses) animaux domestiques » en raison du délai entre l’annonce de la victoire de M. Biden et la décision de l’agence.

L’équipe du démocrate a aussitôt salué dans un communiqué une étape fournissant « à la prochaine administration les ressources et le soutien nécessaires pour mettre en œuvre un transfert du pouvoir pacifique et sans accroc ». Ce feu vert permet « d’ouvrir formellement le processus de transition avec les agences fédérales », a ajouté l’équipe de Joe Biden.

Avec le délai pris par la GSA, le président élu n’avait toujours pas, plus de deux semaines après l’annonce de sa victoire, accès aux informations classées secret défense sur les questions ultra-sensibles concernant la sécurité des Etats-Unis, comme c’est l’usage. Il n’avait pas non plus pu commencer à coordonner avec l’équipe Trump la gestion de la pandémie de Covid-19, qui a fait plus de 256.000 morts aux Etats-Unis.

Daniil Medvedev, le nouveau Tsar: le Russe confirme sa progression

@EPA
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On savait depuis samedi soir, au bout de demies d’exceptionnelle qualité, que le record de succès détenu par Roger Federer (6) ne serait pas égalé (par Novak Djokovic). Et qu’un sixième vainqueur différent en six éditions serait désigné (après Djoko, Murray, Dimitrov, Zverev et Tsitsipas). Cinquante ans après l’Américain Stan Smith, le Russe Daniil Medvedev a remporté le Masters, au bout d’un combat titanesque contre l’Autrichien Dominic Thiem (6-4, 6-7, 4-6).

Il ne partait pourtant pas avec les faveurs du pronostic, parce que Dominic Thiem (27 ans, N.3 mondial) avait clairement pris une nouvelle dimension en cet exercice 2020 dense et atypique, et parce que le Russe était mené 3-1 dans les duels singuliers avec l’Autrichien. Mais Daniil Medvedev (24 ans, N.4 mondial) marchait sur l’eau ces dernières semaines, il a confirmé son état de grâce sur les rives de la Tamise. Dimanche soir, le Russe a confirmé qu’il était l’homme en forme de ce crépuscule de saison. Seul joueur invaincu en cette semaine des maîtres, le Moscovite a ajouté une 10e victoire à sa série, pour ajouter le Masters au titre conquis il y a quelques semaines à Paris. Au terme de la finale la plus longue de l’histoire depuis qu’elle se joue au meilleur des trois sets (2h42), le résident monégasque a renversé un Thiem qui avait pourtant pris les rênes du match dans la première manche, mais qui a n’a pu conclure dans le jeu décisif de la deuxième, laissant ainsi son jeune rival reprendre un ascendant mental finalement déterminant, dans ce match d’usure. Les portes de l’02 Arena de Londres se sont refermées sur la livrée 2020 du Masters, emprisonnant dans un silence assourdissant l’écho rythmé des frappes et les cris cathartiques de joueurs s’abandonnant totalement à l’ultime effort. Mais cette bulle hermétique, dans laquelle les huit meilleurs joueurs de la saison se sont enfermés durant une huitaine, a toutefois laissé échapper un vent vivifiant duquel il ne faut pas trop se méfier, celui du renouveau. Bas les masques, les maîtres du tennis futur parlent au présent, ils ne se satisfont plus d’attendre que les rois du «Big 3», Federer, Nadal et Djokovic, soient gagnés par l’usure du temps et se figent au cœur du Panthéon. Le tournoi des as, qui (pour la première fois depuis 2004) regroupait en demi-finales les quatre meilleurs joueurs de la planète, a confirmé que la génération montante ne regarde plus la montagne avec la crainte d’être écrasée par le poids de la légende. La semaine dernière, les deux finalistes avaient ainsi tous deux vaincu leurs aînés espagnol et serbe. Ils avaient au passage également affermi une statistique éloquente : dans la liste des huit derniers finalistes du prestigieux Masters (ou ATP Finals, pour la dernière fois organisé à Londres avant un déménagement à Turin jusqu’en 2025), on ne trouve trace que d’un seul des cadors (Djokovic en 2018, battu par Zverev), cas de figure qu’on n’avait par contre rencontré qu’une seule fois entre 2003 et 2016 (Davydenko avait vaincu Del Potro en 2009). Le monde a changé, il a déplacé quelques repères. Même s’il faut rester de bon compte: il faudra vite confirmer cette tendance «Masters» sur les tournois du Grand Chelem, où 14 des 15 derniers titres n’ont pas échappé à qui l’on sait.

Brexit: des centaines de personnes interdites d’entrée en Irlande

Les contrôles ont été renforcés à l’aéroport de Dublin et le nombre de voyageurs qui y sont refoulés est en augmentation.
Les contrôles ont été renforcés à l’aéroport de Dublin et le nombre de voyageurs qui y sont refoulés est en augmentation. - Reuters

Plus de 500 en 2018 et 526 en 2019 : le nombre de voyageurs arrêtés dès leur arrivée sur le territoire irlandais augmente, selon les chiffres recueillis par Vice News. Et ce pourrait n’être que le début, car le Brexit risque de transformer l’« île d’émeraude » en voie d’entrée détournée vers le Royaume-Uni.

L’Irlande fait partie d’un espace de libre mouvement avec le Royaume-Uni (l’Irlande du Nord, l’Angleterre, l’Ecosse, l’île de Man et le Pays de Galles). Dans cette zone, appelée la « Common Travel Area » ou CTA, tous les ressortissants ont le droit d’étudier, de travailler, d’aller et venir sans passeport, et de bénéficier des mêmes aides sociales. Cet arrangement existe dans les faits depuis la partition de l’Irlande il y a 100 ans, mais n’a été formalisé dans les textes que récemment, une fois que le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union européenne. Avec le Brexit se pose un nouveau problème : celui de la circulation des personnes car l’Irlande reste membre de l’UE et de l’Espace économique européen – EEE –, ce qui garantit aussi la liberté de mouvement des citoyens européens. De son côté, l’Irlande du Nord reste alignée avec le Royaume-Uni alors que la frontière sur l’île reste ouverte.

« Le sale travail ! »

« Pendant les débats pour le référendum de 2016, l’idée d’implanter des postes de contrôle britanniques en Irlande a été jugée fantasque et balayée d’un revers de la main », se souvient Daniel Holder, au Comité pour l’Administration de la Justice, une ONG installée à Belfast. « Dans les faits, c’est déjà en train d’arriver : l’Irlande fait actuellement le sale travail du Royaume-Uni ! » Après les passeports et visas non-valides et la « tentative d’entrer pour des raisons autres qu’exprimées », la « possibilité de continuer son voyage vers le Royaume-Uni » est la quatrième raison la plus fréquente pour justifier un renvoi immédiat dans son pays d’origine. Américains et Brésiliens représentent 40 % des personnes ainsi refusées sur le territoire.

Ryan Volrath en a fait les frais, en 2019 : venu depuis le Wisconsin passer une dizaine de jours avec sa compagne nord-irlandaise et leurs trois enfants, le père de famille n’a pas pu aller au-delà des contrôles d’immigration, malgré son vol de retour. Ses avocats dénoncent alors le fait que « les autorités irlandaises travaillent avec un régime bien plus rigide et agressif » qu’auparavant.

« Un effet d’entraînement »

Cette critique est partagée par les associations de défense des droits des migrants. « L’Irlande a tenté de s’aligner sur les mesures draconiennes mises en place par le Royaume-Uni : le but est de réguler les frontières extérieures du CTA sans avoir besoin de frontière intérieure », explique Daniel Holder. Une frontière « dure » entre République d’Irlande et l’Irlande du Nord n’est en effet pas envisageable, car contraire à l’Accord du Vendredi Saint de 1998, qui a rétabli la paix dans la région. Elle serait en outre difficile à mettre en place car la démarcation de 500 kilomètres de long compte plus de 200 points de passage, et 30.000 personnes la traversent chaque jour.

« Les contrôles renforcés du Royaume-Uni ont un effet d’entraînement préoccupant en Irlande », s’inquiète Paul Murphy, membre du Parlement irlandais auprès du mouvement « Rise », qui a soulevé le problème face au chef du gouvernement. « C’est d’autant plus embêtant qu’avec un gouvernement conservateur et de droite à Westminster, les régulations au Royaume-Uni vont continuer à se renforcer – ce n’est pas ce que nous souhaitons pour l’Irlande ! » Nombreux s’inquiètent de dérives racistes et de contrôles au faciès. Sans oublier qu’un refus d’entrer sur le territoire peut poser des problèmes pour solliciter d’autres visas internationaux.

Carnet de bord de l’urgentiste: «Il faut reconnaître ce besoin qu’a la population de célébrer et de pouvoir le lui offrir sans risque»

Carnet de bord de l’urgentiste: «Il faut reconnaître ce besoin qu’a la population de célébrer et de pouvoir le lui offrir sans risque»

Comme lors de la première vague, on remarque que si la croissance était exponentielle, la régression est plus linéaire. On est moins surchargé et cela devient plus facile de fonctionner et de travailler correctement. Lors de la première vague, à chaque fois qu’on libérait une unité, on la reconvertissait directement à d’autres usages. Ici, c’est beaucoup plus progressif. On attendra peut-être une semaine pour que la transition soit plus confortable et laisser reposer le personnel soignant. Même si on a dû fermer les services, on a pu tenir un fonctionnement normal plus longtemps que lors de la première vague. Certes, on a connu 70 % de cas de plus, mais cet accroissement était moins brutal. La première vague était plus abrupte. Et le fait que cette seconde vague soit moins rapide nous a permis notamment de faire les transferts. Cela nous a sauvés. »

« Il y a, dans le service comme dans la population, le sentiment que la population fut beaucoup plus touchée cette fois-ci. Et donc, tout le monde a envie de se réjouir et de célébrer la baisse des cas. Les gens sont perturbés par rapport aux fêtes de Noël. Or, je trouve que la situation est assez compliquée car, depuis le début de la crise, on est fort dans une communication de l’interdit et de la menace. Or, la population n’a pas envie d’entendre cela. Elle attend qu’on lui dise ce qu’elle peut faire et pas toujours ce qu’elle ne peut pas faire. La question que l’on devrait se poser, c’est comment organiser ces fêtes dont les gens ont besoin tout en faisant en sorte que cela demeure… une fête ! C’est le moment de donner de l’espoir. Même pendant et après la première vague, j’avais perçu cette communication. J’ai toujours pensé qu’il y a, dans cette crise, quelque chose de pervers : cette façon de culpabiliser les gens. On ne vous donne pas les moyens de lutter contre l’épidémie mais si on ne suit pas les règles, on vous punit. Or, ce type de discours ne marche jamais. C’est un peu le phénomène de la boucle de communication fermée : transmettre une information sans s’assurer qu’elle soit comprise et bien appliquée, ça ne fonctionne pas. Il faut reconnaître ce besoin qu’a la population de célébrer et de pouvoir le lui offrir sans risque. Si on reste dans l’interdiction, cela amène des dérives de la part de groupes qui auront des comportements adolescents. »

« Je trouve qu’on devrait mettre l’accent sur ce que la population a fait de bien, comme l’hygiène des mains, et lui dire : “Vous voyez, quand vous le faites bien, ça fonctionne.” C’est là-dessus qu’il faut insister et essayez d’étendre ce qui a été bien fait aux secteurs qui ont moins bien fonctionné : aider le secteur horeca à s’adapter, doubler les transports en commun pour permettre le respect des distances de sécurité. En résumé, je dirais que bien sûr qu’on ne peut pas ouvrir complètement les vannes mais on ne peut pas dire non plus qu’on fêtera Noël en juillet ! »

Quatre Prix Rossel en 2020

Depuis 1938, le Prix Victor Rossel a été décerné chaque année, sauf pendant la Seconde Guerre mondiale. Il sera remis pour la 77e fois cette année et récompensera le roman ou le recueil de nouvelles d’un auteur belge ou vivant en Belgique. Depuis 2019, le Prix Rossel prête aussi son nom à l’ancien Prix Diagonale, le plus important prix de bande dessinée en Belgique francophone, créé par Jean Dufaux et la ville de Louvain-la-Neuve en 2008.

Comme pour la littérature, le Prix Rossel de la BD a vocation à encourager les talents belges ou les auteurs résidant en Belgique. Toutefois, à la différence du Rossel de littérature, pour répondre aux spécificités du médium de bande dessinée, il se distingue de son aîné par le fait qu’il comporte deux catégories de prix : celles du meilleur album et de la meilleure série.

Historiquement, la série est un genre dans lequel les auteurs belges ont toujours brillé avec Tintin, Spirou, Lucky Luke, Boule et Bill, Gaston, Blake et Mortimer, Largo Winch, XIII, Cédric, Tif et Tondu, Les Tuniques Bleues, Kid Paddle, Sambre… et tant d’autres héros mythiques de l’univers du 9e Art. Il a donc paru naturel au jury des Prix Rossel de faire une place à part à nos créateurs de séries.

Proclamation commune le 10 décembre

La Belgique francophone est aussi un leader mondial dans la production de bande dessinée par tête d’habitant, ce qui nous confère une légitimité particulière en matière de reconnaissance et d’innovation. C’est la raison pour laquelle, au travers de l’Académie Victor Rossel, nous décernons également une récompense internationale, le Grand Prix Victor Rossel, tour à tour à un auteur et à une autrice, pour l’ensemble de leur œuvre. L’an dernier, c’est Frank Le Gall, le père des aventures de Théodore Poussin, qui l’a obtenu.

Et pour ce qui concerne l’innovation, nous offrons chaque année une Bourse de l’innovation, en partenariat avec la Société des auteurs et autrices de littérature (Scam). Le Bruxellois David Vandermeulen, créateur de La Littérature pour tous , de la Petite Bédéthèque des Savoirs et de l’adaptation de Sapiens en bande dessinée, en était le lauréat 2019.

Envers et contre la morosité de la pandémie, pour soutenir les auteurs et les libraires, l’ensemble des Prix Rossel sera donc bien décerné en 2020. Les délibérations des différents jurys se tiendront dans le respect des mesures sanitaires, à distance, en téléconférence. Les finalistes du Rossel de littérature seront désignés le 24 novembre et ceux des Rossel de la bande dessinée, le 30 novembre. En raison du confinement, la proclamation commune est programmée pour le 10 décembre et sera pour la première fois entièrement virtuelle.

Le vrai ou faux: la police peut-elle entrer chez les gens le soir de Noël?

Les policiers «peuvent demander à entrer dans le domicile afin d’effectuer une vérification. Les habitants peuvent refuser et exiger un mandat. »
Les policiers «peuvent demander à entrer dans le domicile afin d’effectuer une vérification. Les habitants peuvent refuser et exiger un mandat. » - Michel Tonneau.

Vrai

Pas question d’une trêve des confiseurs durant la période des fêtes et encore moins le soir du réveillon de Noël. La ministre CD&V de l’Intérieur Annelies Verlinden a annoncé ce dimanche que les autorités veilleront au respect des mesures sanitaires pendant les fêtes. Alors que selon une étude de l’Université d’Anvers un Belge sur trois affirme qu’il ne fêtera pas Noël en cercle très restreint, la ministre réplique en affirmant « la police contrôlera le respect de ces mesures ». Oui, mais comment ?

« Si nécessaire, en cas de nuisances sonores par exemple, la police sonnera aux portes », détaille Annelies Verlinden. « Mais entrer dans les maisons n’est pas une priorité. La loi ne le permet d’ailleurs pas non plus. » La ministre se trompe, rejointe dans son erreur par le Premier ministre Alexander De Croo (CD&V) sur les antennes de la VRT d’ailleurs.

« Dans un cadre totalement privé, les policiers ont tout à fait le droit de sonner chez les gens », détaille Vincent Gilles, président national du SLFP Police. « Ils peuvent demander à entrer dans le domicile afin d’effectuer une vérification. Les habitants peuvent refuser et exiger un mandat. »

« Dans le cas où quelqu’un organise une fête plus importante, dans un lieu fermé », poursuit le policier, « il faut normalement qu’il dispose d’une autorisation maïorale. On arrive là dans le cadre de la police administrative et dans la loi covid. Dans ce cas, si elle soupçonne une infraction, la police peut entrer d’office, sans mandat, pour non-respect des normes sanitaires. Tous les participants écopent d’une amende de 250 euros et, pour l’organisateur, l’addition sera encore plus lourde. Si les gens refusent d’obtempérer, l’affaire peut passer d’administrative à judiciaire. Ça alourdit encore les choses qui peuvent se terminer devant un tribunal correctionnel. » Une ampleur de poursuites qui avait visiblement échappé à la ministre de l’Intérieur.

Annelies Verlinden souhaite « permettre un peu plus de proximité humaine pour Noël » mais rappelle que « nous devons prendre très au sérieux les signaux d’alarme des hôpitaux. Nous devons trouver un équilibre. Si nous nous en tenons tous aux mesures, nous pourrons peut-être offrir une perspective. »

Ce à quoi le Premier ministre Alexander De Croo ne semble, en revanche, pas trop croire. « Il y a deux phases : contenir ou maîtriser », a-t-il rappelé ce dimanche sur RTL-TVI. « Vous ne devez pas être un virologue pour comprendre que ces fêtes peuvent être un risque majeur. La dernière chose qu’on veut, c’est se mettre en péril pendant cette période. Ou on casse cette troisième vague ou on fait le lit de cette troisième vague. »

Passer le cap

Alors que le couvre-feu a déjà été prolongé jusqu’au 13 décembre, pas question d’un relâchement des mesures pour la fin décembre ? « Ça m’étonnerait qu’on le fasse, on sait que c’est le milieu social qui mène aux contaminations. Je comprends que pour les personnes seules ce sera une période difficile, mais on demande de passer ce cap. »

Durant les fêtes, les forces de police seront aussi, comme toujours, sur les routes pour mener des contrôles. Peuvent-elles vérifier si les automobilistes partent ou reviennent d’un réveillon en surnombre ? « Des questions de cet ordre sont posées depuis plusieurs mois », commente Vincent Gilles. « Mais c’est plus à titre éducatif que répressif. On peut rappeler aux contrevenants qu’ils ne respectent pas les mesures sanitaires, mais on ne peut pas les verbaliser. Juste leur montrer qu’on a compris qu’ils nous ont menti si tel est le cas. » Le Premier ministre, lui, entend bien montrer l’exemple en annonçant qu’il fêtera les réveillons avec son foyer uniquement.

Extrême droite: entre manipulation et ambition, les dessous de la «télé» du Vlaams Belang

Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, qualifie volontiers la nouvelle web télé du parti diffusée sur YouTube de média «alternatif».
Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, qualifie volontiers la nouvelle web télé du parti diffusée sur YouTube de média «alternatif».

Je m’excuse pour l’erreur humaine qui s’est glissée dans l’émission précédente ». Faussement contrit, Tom Van Grieken entame tout sourire la deuxième édition de sa toute neuve « VBTV » (Vlaams Belang TV), en présentant ses excuses, jeudi dernier. Lancée en grande pompe le 10 novembre, la web télé du parti d’extrême droite flamand a essuyé les plâtres. En cause, une séquence consacrée à la Turquie diffusant des images prétendument filmées à la frontière turco grecque en 2020. Il s’agissait en réalité d’images d’archives datant de 2015, issues d’un reportage de l’agence de presse AP à la frontière gréco-macédonienne. « Un de nos jeunes collaborateurs a édité ces images, il aurait dû vérifier », s’est justifié Van Grieken dans la foulée, voyant la polémique enfler et les accusations de manipulation se multiplier. « Les médias classiques qui se trompent sans arrêt n’ont pas à nous faire la leçon », a-t-il ajouté, goguenard, dans la foulée de ses excuses.

« Média », le mot est lâché. Le président du Vlaams Belang compare tranquillement les médias traditionnels à la nouvelle web télé du parti diffusée sur YouTube, qu’il qualifie volontiers de média « alternatif ». Sauf qu’entre manipulations, débats complaisants, fausses informations et absence totale de contradicteur, la web télé du Vlaams Belang n’est pas un média traditionnel : c’est un outil de propagande. Un outil de propagande moderne, qui essaye de mimer les codes journalistiques. Si la pratique n’est pas rare aux Etats-Unis, elle dénote un peu plus en Belgique, même si le Belang n’est pas le premier parti à s’essayer à l’exercice. Chez nous, le MR et le PTB ont tous deux des canaux vidéo baptisés respectivement MR TV et PTB TV. En France, Jean-Luc Mélenchon cartonne avec ses « Revues de la semaine » sur YouTube.

« D’une certaine manière, il y a une volonté de proposer une alternative, ce n’est pas un média classique, décode Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’IHECS et à Science po Paris. C’est ce qu’on appelle un ‘média d’ambiance’ qui a pour but d’offrir un contenu qui fera plaisir aux militants du Vlaams Belang, comme une messe en ligne ». L’expert met en garde contre l’évident mélange des genres : « Le fait d’avoir propulsé Van Grieken en présentateur, cela pose directement un problème de casting et de légitimité : on n’attend pas le président d’un parti dans ce rôle ».

Covid et crise économique : un timing favorable

Après la débâcle électorale de 2014, le Vlaams Belang s’est offert un lifting payant, avec l’arrivée de Tom Van Grieken. En 5 ans, le parti d’extrême droite flamand a triplé son score, est devenu le deuxième parti de Flandre. Et pourrait même se hisser à la première place si l’on en croit les derniers sondages de popularité. Matraquage communicationnel léché, coup d’accélérateur sur les réseaux sociaux… La web télé s’inscrit très logiquement comme une étape supplémentaire de la stratégie de communication du Vlaams Belang : « C’est une logique de communication « tous azimuts » qui s’est avérée très payante pour eux, détaille le politologue Jean Faniel (Crisp). Et c’est la marque de fabrique de ce parti, déjà à l’époque du Vlaams Blok, avec l’inondation des boîtes aux lettres de tracts même hors période électorale. Il y a l’idée qu’il faut influencer, gagner la bataille de l’idéologie pour pouvoir gagner la bataille qui permettra d’arriver au pouvoir ».

Rien de nouveau sous le soleil, donc : doucement mais sûrement, le Belang poursuit implacablement sa stratégie de communication.

Pour le politologue Benjamin Biard (Crisp), la création de la web télé se fait dans un contexte favorable au parti d’extrême droite : « La crise économique qui va sans doute s’ancrer, la question du Covid sont des éléments favorables pour eux. On voit d’ailleurs qu’ils essayent de se positionner dans ce sens : leur première émission était consacrée aux difficultés que traverse le secteur de l’horeca. Cela fait partie de sa stratégie de conquête du pouvoir, estime l’expert. Ils veulent montrer qu’ils peuvent sortir de leur marotte migratoire. »

Dominer l’agenda public

Montrer qu’ils peuvent se saisir d’autres sujets que de l’éternel diptyque immigration et séparatisme, prouver qu’ils sont capables de produire un contenu adoptant les codes des médias traditionnels – qu’ils descendent en flammes par ailleurs – sont autant d’indices marquant l’irrésistible ambition électorale du parti d’extrême droite flamand : « Je ne crois pas que le but soit d’attirer de nouveaux électeurs, estime cependant Léonie de Jonge, spécialiste de la droite radicale populiste et assistante professeure à l’Université de Groningue aux Pays-Bas. Pour moi, il s’agit principalement d’une tactique pour dominer l’agenda public sans avoir à se préoccuper du cordon sanitaire (même si en Flandre, on peut dire qu’il n’existe plus). Van Grieken suit les pas de Marine Le Pen en matière de dédiabolisation. Pour cela, il tente de reproduire une émission de télé classique tout en renforçant son rôle d’outsider en montrant qu’il est forcé d’agir de la sorte car il est ignoré par les médias publics ».

5.5 millions d’euros en plus

Autre raison du lancement de la chaîne : il faut bien dépenser ses sous, tout simplement. Le dernier succès électoral du Belang lui a permis de faire exploser sa dotation publique : « Depuis sa victoire aux élections de 2019, le parti dispose de 5.5 millions d’euros de dotation en plus, rappelle Lucas Kins, doctorant en Science politique à l’ULB Charleroi qui étudie les stratégies numériques des partis traditionnels belges face à leur érosion électorale. Et s’il est compliqué de savoir comment l’argent a été dépensé dans le détail, vu l’ampleur de l’accent mis sur les réseaux sociaux, il s’agit sans doute d’argent public. » Le problème ici c’est que le Belang n’a pas d’adversaire sur les réseaux sociaux. « Le problème en Flandre, c’est que les partis de la coalition Vivaldi accusent d’un retard dans leur investissement dans les réseaux sociaux. Ils ne disposent plus des moyens du Belang. C’était une des volontés des partis traditionnels de plafonner les dépenses sur les réseaux sociaux, mais il y avait une crainte d’être taxé de discrimination . et cela n’a pas figuré dans l’accord de gouvernement », décode Lucas Kins.

On pourrait donc utiliser de l’argent public pour faire sa propre propagande, sans limite ? Benjamin Biard tempère : il est aujourd’hui possible de suspendre le versement de financements publics si le parti ne respecte pas certaines règles et incite à la haine par exemple : « C’est un garde-fou. Mais le Vlaams Belang n’a jamais été privé de sa dotation publique. Le Vlaams Blok a cru la perdre en 2004 mais s’est auto dissout. Aujourd’hui, c’est un parti suffisamment rodé : il connaît le droit, dispose de juristes ».

Frôler les limites de l’acceptable en droit, sans les dépasser, pour ne pas se faire pincer.

Ouverture du procès de l’affaire Mawda: «Je veux que le policier soit jugé pour meurtre»

Un comité de soutien s’est mis en place après la mort de la petite Mawda et il appelle à la mobilisation, ce lundi, à l’ouverture du procès.
Un comité de soutien s’est mis en place après la mort de la petite Mawda et il appelle à la mobilisation, ce lundi, à l’ouverture du procès. - Belga

Les débats risquent d’être houleux et tendus ces lundi et mardi devant la 6e chambre du tribunal correctionnel du Hainaut, à Mons, où se tient le procès de l’affaire Mawda, la petite fille kurde âgée de 2 ans tuée par un tir policier lors d’une course-poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants, le 17 mai 2018, sur la E42.

Le policier est poursuivi pour homicide involontaire. Deux hommes, le conducteur de la camionnette qui transportait les migrants et le passeur, sont poursuivis pour entrave méchante à la circulation avec circonstance aggravante de mort. Le chauffeur est en état de récidive suite à une condamnation, le 8 juillet 2016, à Dunkerque, ce qui constitue une circonstance aggravante. Ils ont été extradés de Grande-Bretagne et des Pays-Bas pour pouvoir être jugés en Belgique.

Ce 17 mai 2018, une patrouille de la police des autoroutes avait pris en chasse, sur la E42, une camionnette suspectée de transporter des migrants qui voulaient rejoindre l’Angleterre. Malgré les injonctions de la police, le chauffeur a refusé de s’arrêter et a tenté de semer la police. C’est alors qu’un policier a ouvert le feu et que le véhicule s’est arrêté à hauteur de Mons. A l’arrière, une petite fille âgée de deux ans avait été touchée par une balle. Il s’agissait de Mawda, morte sur le coup.

Opérations Medusa critiquées

Très vite, un mouvement de soutien, dénonçant la chasse aux migrants lancée par le gouvernement Michel, s’est mis en place. Ce lundi, des cordes à linge seront suspendues devant différents palais de justice du pays, notamment à Anvers, Gand, Bruxelles, Malines et Bruges, pour que les citoyens qui le souhaitent puissent venir y accrocher des vêtements d’enfants et des déclarations de soutien à la famille de Mawda. Au niveau international, de nombreuses personnalités, dont le réalisateur britannique Ken Loach et l’ancien leader de Pink Floyd, Roger Waters, ont exprimé leur soutien à la famille de Mawda sur les réseaux sociaux via la campagne Justice4Mawda.

Cette campagne vise notamment à dépasser le jugement sur la responsabilité individuelle du policier. Son but est de questionner le cadre institutionnel actuel dans lequel le policier s’est pensé autorisé à tirer vers un véhicule avec des personnes à son bord et de considérer le phénomène de déshumanisation des migrants. « On va parler au procès du contexte qui explique le geste du policier, mais il faut aussi que ces questions plus larges soient posées au parlement ou ailleurs », estime Me Selma Benkhelifa, avocate des parties civiles. « Ce policier n’a pas à répondre seul de son acte. Il n’est pas responsable du cadre dans lequel il travaille. Le problème, ce sont les opérations Medusa qui terrifient les migrants. C’est donc l’Etat belge qui est responsable du policier. »

Des passeurs oubliés

Même si elle ne considère pas le policier comme seul responsable, l’avocate rappelle qu’elle va demander au tribunal de requalifier les faits qui lui sont reprochés en meurtre alors qu’il est poursuivi pour homicide involontaire. « Les policiers sont munis d’armes létales même pour des opérations où ils ne sont pas en danger », explique Me Benkhelifa. « Le policier poursuivi le savait. Or, il l’a quand même sortie et a fait feu. Il prétend avoir visé les pneus. Ça n’est pas ce que démontre l’angle de tir. Je veux bien croire qu’il n’avait pas l’intention de tuer une petite fille mais il a visé la camionnette. Lorsqu’on dit qu’il n’était pas bien formé, je réponds qu’au moment des faits, il avait 7 ans d’expérience à la police de la route. »

Requalifier les faits en meurtre, Me Laurent Kennes, avocat du policier, n’y croit pas une seconde. « Si ça avait dû être le cas, la chambre du conseil l’aurait décidé. En droit, cette requête ne tient pas la route. C’est absurde de faire croire que c’est possible. Quant à la responsabilité de l’Etat, il est tout à fait possible d’intenter une action en ce sens. Une procédure existe. Mon client ne devrait pas être le seul à être jugé mais la procédure ne permet pas de faire autrement. »

« Ce procès est devenu celui d’un policier, voire de l’Etat », poursuit l’avocat. « On ne parle jamais des passeurs et des trafiquants d’êtres humains. Or, s’ils s’étaient arrêtés, Mawda serait toujours en vie. Sur le plan des valeurs humaines, les parties civiles se voilent la face. Il ne faut pourtant pas déplacer le débat. » Le ton est donc donné…

L’instant techno: les fleets s’envolent, les tweets restent

Le principe de ces stories est le même que sur la plupart des plateformes: une photo, une courte vidéo, visible par tous et qui disparaît après 24h.
Le principe de ces stories est le même que sur la plupart des plateformes: une photo, une courte vidéo, visible par tous et qui disparaît après 24h. - D.R.

La semaine dernière, Twitter a lancé une nouvelle fonctionnalité : le fleet. Pas particulièrement original, de l’aveu même des responsables du réseau, ce nouveau format est en réalité une « story » comme on les a vu essaimer sur tous les réseaux sociaux ces dernières années. Même LinkedIn s’y est mis en juin dernier. C’est dire.

Le principe, simple, de ces stories est le même que sur la plupart des plateformes : une photo, une courte vidéo, visible par tous et qui disparaît après 24h. Au sommet de la page du réseau, les photos de profil des utilisateurs que l’on suit s’affichent. Il suffit de cliquer sur l’une d’elles pour lancer sa story. Un swipe vers la gauche et on passe à la suivante. Aussi instinctif que sur n’importe quel autre réseau.

Pour justifier l’apparition de ce « nouveau » format sur le réseau, Joshua Harris, directeur du design de la plateforme de microbloging, a expliqué que les internautes les plus timides, sachant que le « fleet » est éphémère, y trouveraient un nouveau moyen de communiquer. « Les gens se sentent plus à l’aise pour partager des choses qui leur viennent à l’esprit, des opinions, des sentiments ».

Pour Laura Calabrese, professeure de sociolinguistique et de communication à l’ULB, il s’agit d’un argument commercial. « Les réseaux ne sont pas très friands des utilisateurs peu actifs, qui ne sont que dans l’observation. De la part de tous ces sites, il y a une injonction à la participation. Une volonté de garder la conversation la plus vivante possible et de lutter contre le “social cooling”, le fait que les utilisateurs se détournent de ces plateformes. Les réseaux sociaux ont donc un besoin crucial de données et de production de contenus. Ils doivent donc sans cesse trouver de nouvelles manières de faire réagir leurs utilisateurs ».

Les « twittos » trop timides ? Vraiment ?

Et cela peut fonctionner, étant donné le caractère plus « léger » d’une story. « Sur les réseaux et particulièrement Twitter, on a tendance à communiquer comme on le ferait à l’oral », poursuit la chercheuse. « Pourtant les messages postés restent écrits. Or, avec l’écrit, la parole change de statut. On peut être moins enclin à communiquer, surtout sur une plateforme publique. La peur d’être catalogué peut pousser à ne pas réagir. En comparaison, un écrit ou une vidéo qui disparaît donne un sentiment de légèreté qui le place entre l’écrit et le parler ».

Le passage à la « story » s’accompagnerait donc d’une sorte de libération de la parole. Voilà qui peut étonner lorsque l’on est familier avec les échanges parfois violents qui ont lieu sur Twitter. « C’est vrai que les échanges sont parfois très durs sur ce réseau. Cela fait presque partie de son ADN. On y observe une forte polarisation des débats et de nombreux faits de harcèlement, notamment des femmes ».

Twitter et les autres font tous un travail de modération pour éviter que certains contenus ne circulent trop. Mais il faut reconnaître que cette modération n’est pas infaillible et que retirer certains propos ou certaines images problématiques met parfois du temps. « Je ne sais pas trop comment les contenus de ces fleets qui se veulent éphémères pourront bien être contrôlés en si peu de temps », s’interroge Laura Calabrese. « Comment vont-ils réguler ce nouvel outil alors qu’ils ont déjà du mal à réguler le contenu habituel. Et même si les fleets sont supprimés par la plateforme avant la fin des 24 heures, quelle audience aura été touchée ? Comme tous les canaux, celui-ci pourra être utilisé à des fins de propagande. Comme si j’écrivais dans le sable devant un millier de personnes. Il en restera toujours quelque chose. ».

S’il est impossible de savoir comment les internautes utiliseront ce service à moyen ou long terme, on ne peut que constater après un rapide tour des premiers fleets qu’ils ne font pas l’unanimité auprès des utilisateurs du réseau social.

Les bulletins des Anderlechtois au Beerschot: Wellenreuther a empêché une défaite plus lourde

@News Analyse

Par Guillaume Raedts

Anderlecht ,

Lancement du satellite Sentinel-6: la mer monte, la surveillance s’intensifie

Le petit dernier du programme Copernicus fait partie d’une paire de satellites consacrés principalement à une mission d’altimétrie océanique.
Le petit dernier du programme Copernicus fait partie d’une paire de satellites consacrés principalement à une mission d’altimétrie océanique. - D.R.

Il est loin le temps où les scientifiques ne pouvaient se fier qu’aux seuls marégraphes pour suivre l’évolution du niveau de la mer. Même si ces derniers restent indispensables, depuis 1992 de précieux auxiliaires voyageant dans l’espace sont venus prendre le relais. Et désormais, c’est sur les relevés satellites qu’il faut se pencher pour prendre connaissance de la globalité du phénomène pour la période récente. Ce week-end, le satellite européen Sentinel-6 Michael Freilich est venu renforcer la flotte déjà en orbite, propulsé dans l’espace par une fusée Falcon 9 de la société privée SpaceX.

Le petit dernier du programme Copernicus fait partie d’une paire de satellites (Sentinel-6B prendra le relais en 2025) consacrés principalement à une mission d’altimétrie océanique. Ces deux satellites permettront de disposer d’un jeu de données ininterrrompu jusqu’en 2030. « Il s’agira de la plus précise à ce jour », dit-on chez Eumetsat, l’agence européenne de satellites météorologiques basée à Darmstadt (Allemagne).

La technique est celle de l’altimétrie radar : un système qui mesure le temps qu’il faut à une impulsion radar pour voyager jusqu’à la surface de la Terre et revenir jusqu’au satellite. Combinées aux données de localisation du satellite, ces mesures donnent la hauteur de la surface de la mer. Un radiomètre à micro-ondes permet de tenir compte de la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère qui ralentit la vitesse des impulsions radar. Sentinel mesurera également la hauteur des vagues et la vitesse du vent.

Circulant à haute vitesse à 1.336 km d’altitude, le satellite est placé sur une orbite polaire bien particulière, inclinée à 66 degrés, ce qui lui permettra de fournir aux stations de Kiruna (Suède) et Fairbanks (USA) suffisamment de mesures pour topographier tous les dix jours la hauteur de la surface de 95 % des océans non-recouverts de glace.

En 1992, la mission franco-américaine Topex-Poseidon a inauguré une collaboration euro-américaine dans la surveillance des mers du globe, suivie notamment par les trois satellites Jason.

Il est vrai que la surveillance de l’évolution du niveau des mers est d’une importance capitale. Avec les canicules, les sécheresses et les perturbations des précipitations, l’élévation des océans, due principalement à la fonte des calottes glaciaires (45 %) et à l’expansion thermique (43 %), est une des conséquences les plus problématiques du réchauffement du climat. Plus de 600 millions de personnes (10 % de la population mondiale) vivent dans des zones situées à 10 mètres à peine au-dessus du niveau de la mer. Or, depuis le début des années nonante, on estime que ce niveau s’est élevé d’environ 3,2 millimètres en moyenne chaque année. Et le rythme d’élévation s’accélère ; au cours des cinq dernières années, l’élévation est de 4,8 mm par an en moyenne. Pour les zones côtières, le paramètre est donc vital et Sentinel 6 sera plus performant que ses prédécesseurs pour aller y faire des mesures. On estime que pour chaque centimètre d’élévation, trois millions de personnes de plus se retrouvent exposées à une inondation côtière chaque année.

De ce côté, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Une récente étude parue dans la revue Nature, signée par 89 experts, indique que les calottes du Groenland et de l’Antarctique fondent à un rythme six fois supérieur à celui mesuré au cours des années nonante. A l’époque, elles perdaient chaque année 81 milliards de tonnes par an ; depuis une décennie, les pertes s’élèvent à 475 milliards de tonnes par an en moyenne. Les calottes comptent désormais pour un tiers de l’élévation du niveau des mers. Si le rythme d’élévation se poursuit, 400 millions de personnes seront chaque année exposées à un risque d’inondation côtière à la fin du siècle ; ce sera dévastateur, estime Andrew Sheperd, chercheur à l’université de Leeds. Les incertitudes restent grandes : l’étude estime que la contribution de la fonte des calottes polaires pourrait s’élever à 17 cm d’ici la fin du siècle. Des chercheurs belges de la VUB évoquent une hausse maximale de 20 à 44 cm, selon les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre.

Des tickets gratuits pour 50 spectacles pour lutter contre l’ennui du Covid

Le trio bruxellois de «trash-pop» Stakattak sur Auvio.
Le trio bruxellois de «trash-pop» Stakattak sur Auvio. - RTBF.

Pour que le public ne perde pas le goût du spectacle, la ministre de la Culture, Bénédicte Linard, a décidé de financer la captation d’une cinquantaine de spectacles, de concerts et de visites virtuelles de musées en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une enveloppe de 1,6 million d’euros a été prélevée sur le Fonds d’urgence d’aide au secteur de la culture, profondément impacté par la crise sanitaire.

Depuis le 2 novembre Le reconfinement a contraint les théâtres, les musées, les salles de concerts, les festivals… à fermer, à annuler ou à reporter tous les événements en cours et à venir, jusqu’au 13 décembre, a minima. Pour remédier à cette interdiction de sortir le soir et garder un accès à la culture, trois mesures ont été prises par le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles.

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Un catalogue

Une cinquantaine de spectacles pour petits et grands, filmés tout spécialement par la RTBF, sera offerte en accès gratuit sur Auvio, la plateforme de vidéo à la demande du service public. Ces événements ont été sélectionnés en concertation avec la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS) et la Chambre des Théâtres pour l’enfance et la jeunesse (CTEJ). Les captations des spectacles seront réalisées en partenariat avec des maisons de production indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le but d’apporter un soutien au secteur de la production audiovisuelle, dont les activités ont également été touchées de plein fouet par la pandémie. Dans le même esprit de solidarité, l’intégralité des droits artistiques sera versée à l’ensemble des acteurs de la chaîne des spectacles retenus.

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Des visites virtuelles

Les réserves des musées seront ouvertes sur Auvio. Une soixantaine de pôles artistiques reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles figureront au programme de ces visites guidées inédites, à la découverte de pièces rarement exposées et parfois connues des seuls conservateurs de musées.

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Une salle de concert virtuelle

Auvio fera monter sur scène des artistes de chez nous, choisis avec l’aide de Court-Circuits, et du Comité de concertation des métiers de musique actuelle (CCMA). Tous les registres de la musique seront mis à l’honneur : rock, musiques alternatives, jazz, chanson française…

Ces initiatives s’inscrivent dans l’esprit du rapport Un futur pour la culture, visant à la sauvegarde de la diffusion des Arts vivants dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Il s’agit, selon Bénédicte Linard, « à la fois de préserver l’emploi artistique et d’assurer une existence médiatique aux créations ». Et si la vidéo ne remplacera jamais l’émotion d’assister à un spectacle en live, « ces captations permettront de faire rayonner des œuvres particulièrement nécessaires en ces temps difficiles », assure la ministre.

Nouvelle stratégie de tests: les centres de tri sont-ils prêts?

Où sont passés les gens? Où sont passées les files dans et devant les centres de test qui ont fait les gros titres des médias pendant plusieurs semaines?
Où sont passés les gens? Où sont passées les files dans et devant les centres de test qui ont fait les gros titres des médias pendant plusieurs semaines? - olivier polet

reportage

Forest une pluvieuse après-midi de novembre. Armé de notre QR code, on suit les panneaux « Test Covid » jusqu’à l’entrée de ce qui ressemble à une école abandonnée. Un homme assis sur une chaise en plastique joue à Candy Crush. « Pour le test ? Il faut monter les escaliers jusqu’au deuxième et continuer à suivre les flèches. » Au deuxième, un autre homme seul nous accueille derrière un plexi. « Vous avez bien pris rendez-vous ? Pour les résultats, il faudra attendre deux à trois jours ouvrables. Pour le reste, suivez les flèches. » On s’enfonce dans un long couloir vide sans résister à la tentation de faire des pas de pile un mètre cinquante, en passant d’une marque sur le sol à l’autre. Au bout du parcours, on débouche sur une immense pièce grise où deux femmes en combinaisons de cosmonaute discutent. Un bonjour sympathique, un prélèvement dans le nez rapide et la remise des consignes pour consulter le résultat plus tard, et c’est déjà fini. L’opération aura mis moins de cinq minutes et on aura seulement aperçu en s’en allant un couple masqué montant les escaliers.

Où sont passés les gens ? Où sont passées les files dans et devant les centres de test qui ont fait les gros titres des médias pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que le système « craque » à la mi-octobre ? Moment où les autorités avaient décidé de suspendre les tests pour les asymptomatiques pendant un mois, une mesure prolongée d’une semaine mais qui prend fin à partir de ce lundi 23 novembre.

Les gens se sont « évaporés »

« Les gens ? Ils se sont littéralement évaporés », constate une infirmière indépendante qu’on ne rappelle pas assez souvent à son goût ces derniers jours. Grâce ou à cause des restrictions mais surtout du reconfinement. « Sans compter tous ceux qui préfèrent rester chez eux plutôt que de venir se faire tester, même les symptomatiques… ».

Au centre de prélèvement du Cinquantenaire à Bruxelles, sous les grandes tentes blanches, on compte cinq guichetiers et zéro patient. « Depuis le changement de stratégie, on connaît véritablement une chute dans le nombre de tests », confirme Gilles De Schepper, coordinateur Croix Rouge du site, mais aussi de ceux de Forest et de Schaerbeek. « On était à 1000 tests par jour par centre et on est tombé à 60 en moyenne à Forest par exemple. »

Même constat en Wallonie. A Belgrade (Namur), Murielle, fonctionnaire à la Ville et Jérôme, intérimaire, accueillent les voitures au compte-gouttes. « Vous avez votre ordonnance ? ». « C’est sûr que c’est devenu très très tranquille », raconte Jérôme. « Avant le congé de Toussaint, on avait encore les trois files ouvertes et les voitures se suivaient sur un bon kilomètre jusqu’au Delhaize. Cela n’arrive plus jamais ».

On se souvient d’ailleurs de la police obligée de fermer le drive-in de Jambes à quelques kilomètres de là. Les files matinales obstruaient le reste de la circulation. En charge de la logistique des centres de tests Namurois, Florent Deleeuw ne craint pas le retour des asymptomatiques dans les files : « Cette période a vraiment été une bouffée d’oxygène pour les équipes. On a pu s’organiser et faire livrer tout le matériel nécessaire. Je dirais même que cette semaine était de trop. On aurait déjà pu accueillir à nouveau du monde. Pour le moment, on a un peu l’impression d’être dans la file du Space Mountain, un jour où le parc Disney est vide. »

Nos interlocuteurs dans les centres de testings se disent donc « prêts » et « plutôt confiants ». Le son de cloche est similaire dans les laboratoires qui analysent et transmettent les résultats. C’est surtout eux que les autorités sanitaires avaient voulu soulager en limitant de nouveau strictement les critères pour se faire tester. « En quelques semaines, nous sommes parvenus à doubler notre capacité jusqu’à 10.000 PCR par jour », annonce Antoine Lejeune, CEO de Synlab Belgium, l’un des gros acteurs du secteur. « En octobre, on a été débordés surtout parce que les laboratoires hospitaliers ne prenaient plus de prélèvements supplémentaires car ils n’arrivaient pas à tenir les délais. Cela a été extrêmement compliqué en termes de charge de travail, de niveau de stress pour les équipes, de pression à tous les étages ».

La plateforme fédérale démarre (enfin) en douceur

Le seul vrai changement avec octobre, c’est l’entrée en scène de la plateforme fédérale bis, avec un mois et demi de retard. Et encore, les huit nouveaux labos mis sur pied par des universités belges avec l’argent de l’Etat ne tourneront pas à plein régime dès cette semaine. Théoriquement, ils offrent chacun une capacité d’analyse de 8.000 tests supplémentaires par jour mais on n’atteindra pas ce niveau avant janvier, minimum. « En réalité, le fait que le système craque ou pas dépendra d’abord du respect des règles par les citoyens », souligne Alain Derom, président de la commission de biologie clinique. « Mon plus grand souhait pour décembre est que nous n’ayons pas besoin de faire plus de 60.000 tests par jours, ce qui permettra à tous les labos de tenir leurs délais. » Pour rappel, vous devez normalement obtenir votre résultat en maximum 24 heures. Pour notre petite expérience à Forest, il a fallu patienter 36 heures, mais c’était un jour férié.

Reste que si les centres de tris et les labos semblent mieux préparés, certains s’inquiètent de l’absence de stratégie de testing à grande échelle. On pense au personnel hospitalier, aux collectivités comme les homes ou aux écoles par exemple. « La Belgique n’est toujours pas prête à affronter le coronavirus », regrette Fabrice Bureau de l’Université de Liège, notamment aux manettes d’un projet pilote de tests salivaires dans les maisons de repos wallonnes. « On connaît les inconvénients des différentes méthodes et des différents tests. Je ne blâme personne mais l’urgence, c’est que quelqu’un prenne ses responsabilités et décide qui on va tester et comment. »

C’est sûr qu’entre les tests salivaires en Wallonie, les antigéniques promis aux profs des écoles du nord du pays par le ministre Ben Weyts (N-VA) et le fédéral qui ne semble pas savoir choisir, il y a un gros flou sur la suite des événements. « Ça tire dans tous les sens car on laisse un espace pour tirer dans tous les sens », regrette Fabrice Bureau qui souligne que l’on n’est pas à l’abri d’un nouveau « craquage » du système de testing. « Il ne faut pas se faire d’illusion. La plateforme fédérale n’atteindra pas sa vitesse de croisière en deux semaines. Il faudra plutôt deux bons mois. » Il insiste : « Avoir des files de plusieurs kilomètres dans lesquelles 90 % des gens sont négatifs prouve que ce n’est pas la bonne stratégie. »

Personne à Forest, Belgrade ou Etterbeek ne s’attendait à ce que les centres de tris soient pris d’assaut dès ce lundi mais un patron d’un laboratoire d’analyse soupirait tout de même : « Encore une fois, on navigue à vue. »

Problèmes de livraison: la ministre et le commerce mettent la pression sur bpost

Bpost enregistre des quantités historiques d’envois depuis trois jours – pas loin de 600.000, soit plus que le pic du printemps.
Bpost enregistre des quantités historiques d’envois depuis trois jours – pas loin de 600.000, soit plus que le pic du printemps. - Belga.

Les magasins classés comme « non essentiels » seront fermés selon toute vraisemblance jusqu’au 13 décembre. Du coup, les commandes par internet sont en croissance exponentielle, en raison des promotions du Black Friday (le 27 novembre) qui ont démarré avant l’heure, mais aussi des achats de jouets de Saint-Nicolas et déjà des cadeaux de Noël. De plus, appel a été lancé, notamment par le Premier ministre Alexander De Croo, à consommer belge. Voici les ingrédients d’un cocktail explosif, tant pour les marchands que pour leurs clients. Parce que la logistique de nombreux commerçants peine à suivre, faute d’être taillée pour suppléer à la distribution en boutiques. Et parce que les services de livraison de colis semblent à la peine en cette période sanitaire – et commerciale – exceptionnelle.

Parmi ceux-ci figure bpost, que Comeos a pris en grippe. Dans un courrier adressé à Jean-Paul Van Avermaet, CEO de l’entreprise publique, et à Petra De Sutter (Groen), ministre fédérale de la Poste - qui a réagi depuis, voire ci-dessous -, la fédération du commerce organisé se plaint de retards dans la prise en charge de marchandises par les centres de tri. Elle cite cet exemple : « Un détaillant spécialisé en électro indique que ses camions, qui arrivent à 11 h chez bpost avec les articles commandés en ligne, sont renvoyés sur un autre parking pour patienter. A 23 h, soit 12 heures plus tard, le chauffeur est finalement informé que son chargement est refusé car il y a déjà trop de colis. »

15.000 colis en attente

Autre illustration, livrée cette fois par la chaîne de 100 magasins Hema, dirigée en Belgique par Carla Velghe : « Nous avons expédié 2.500 paquets par jour la semaine dernière. Là, nous avons dû stopper nos promotions de Black Friday parce que nous étions montés à 5-6.000 colis quotidiens. Or bpost ne parvient pas à suivre le rythme. Du coup, nous avons 15.000 envois, déjà payés par nos clients, que bpost n’a pas encore pris en charge. Si cela continue comme ça, nous allons devoir fermer notre webshop. C’est un comble ! » La dirigeante de l’enseigne se montre toutefois indulgente : « Bpost n’a pas la capacité pour traiter de telles quantités. »

Du côté de l’entreprise publique, on enregistre des quantités historiques d’envois depuis trois jours – pas loin de 600.000, soit plus que le pic du printemps. Et on assure se démener pour que tous les paquets arrivent dans les meilleurs délais aux consommateurs. « Cet été, nous avons inauguré une nouvelle machine de triage à Bruxelles et à Anvers. Nous avons engagé 800 personnes en début d’année et recruté 2.700 intérimaires pour élargir nos fenêtres de livraison », plaide Veerle Van Mierlo, porte-parole de l’entreprise publique.

Des propos appuyés par les syndicats. « Honnêtement, bpost a fait le maximum de ce qui pouvait être fait », explique Alain Faveaux, permanent à la CSC Transcom. « L’entreprise a réquisitionné tout ce qu’elle pouvait trouver comme camions et comme locaux. » Même son de cloche chez Thierry Tasset, secrétaire général de la CSGP Poste. « Les machines de tri ne suivent tout simplement plus. Ça finit par buguer, c’est inévitable. On pourrait engager plus de gens pour faire du tri manuel. Mais on n’a pas l’espace suffisant. Déjà aujourd’hui, on a installé des chapiteaux autour des centres de tri pour stocker temporairement des colis. Recourir à des sous-traitants ? Ils sont débordés aussi. On n’arrive même plus à trouver des véhicules de location. A l’impossible nul n’est tenu… »

Miser sur le click & collect

Et l’impossible, c’est ce que semblent demander de grands clients, dont les prévisions de volumes à livrer ne correspondent pas au nombre de camions, bien plus nombreux, qui se présentent ensuite devant les centres de tri. « Nous devons trouver des solutions ensemble », tempère toutefois Carla Velghe. Tandis que Comeos attaque sur deux autres fronts : les priorités de tri et les prix. La fédération du commerce prétend que bpost avantage son plus gros client, Amazon – ce que dément formellement l’entreprise publique – et demande à la ministre de tutelle de donner priorités aux colis des commerçants belges.

Quant aux tarifs, ils vont augmenter sous peu d’un euro par envoi. « Peut-on attendre la même chose en termes de service ? », demande Comeos. Chez bpost, on rappelle que cette augmentation tarifaire est prévue depuis 2019. On perçoit surtout que le commerce est aux abois. On le comprend, tout en l’invitant à diminuer la pression sur les livraisons en poussant davantage les consommateurs à venir retirer leurs commandes devant les points de vente.

Consommation: le foie gras belge tire son épingle du jeu

Eleveur de canards dans le Tournaisis, Louis Legrand perçoit une envie de se faire plaisir dans la population, même en petit comité.
Eleveur de canards dans le Tournaisis, Louis Legrand perçoit une envie de se faire plaisir dans la population, même en petit comité. - Roger Milutin.

En toast, en tranche, en mousse ou encore mi-cuit ou en crème brûlée, le foie gras se retrouve sous toutes les formes possibles sur les tables des fêtes de fin d’année. Du moins, c’est comme ça d’habitude. Cette année, confinement oblige, les réveillons se feront en petits comités. Chez certains touchés financièrement par la crise sanitaire, les fêtes se feront aussi au rabais. De quoi inquiéter les éleveurs de canards et producteurs de foie gras ? Pas vraiment, même s’ils doivent actuellement faire face à une séquence de grippe aviaire qui leur impose de confiner leurs élevages. Mais ils en ont l’habitude.

« Ce genre de problème ne nous inquiète plus », commente Louis Legrand, éleveur à Templeuve, dans le Tournaisis. « Ça se répète presque tous les ans à cause des oiseaux migrateurs mais on n’en parle plus souvent. On s’est adapté car on apprend. On réduit au maximum les contacts entre élevages lors des transports et lors des abattages. Surtout, moi, j’ai construit un bâtiment spécifique pour le confinement que j’appelle mon hôtel 5 étoiles. Sa capacité est de loin supérieure aux 2.400 canards qui y vivent en même temps. Ils ont de l’espace. Même quand il fait beau et qu’ils vivent dehors, ils viennent dans le bâtiment pour s’abreuver et manger. Un parcours est tracé. Ça les oblige à être en mouvement. »

Besoin de vie sociale

Cet espace, les volatiles l’ont grâce aux infrastructures de l’éleveur. Pas parce qu’ils sont moins nombreux que les autres années à cause de la crise sanitaire. « Les gens ont besoin de vie sociale », commente Louis Legrand. « Quand ils sont privés de plaisirs, ils font l’effort de pouvoir s’offrir un peu de réconfort quand c’est à nouveau permis. Les fêtes, ils les fêteront, même si c’est en petit comité. Je constate que les premières commandes que j’enregistre sont moins volumineuses mais elles sont là quand même. Il y a un engouement. »

Il n’en reste pas moins que depuis le début de la crise sanitaire, en mars, l’éleveur subit une baisse de son chiffre d’affaires par rapport aux années précédentes. « On dépend de l’horeca », poursuit Louis Legrand. « Ce qu’il subit, on le subit aussi mais il ne faut pas se regarder le nombril. Notre secteur bénéficie des vases communicants. Comme les clients ne peuvent pas aller au restaurant, ils se rabattent sur les épiceries fines ou les boucheries dans lesquelles ils peuvent acheter des produits de luxe, comme notre foie gras. Ça nous permet de nous en sortir. Même si ça ne compense pas toutes les pertes évidemment. »

Ce besoin de se faire plaisir, Eric Gérard le ressent lui aussi dans son exploitation « le Foie gras de Floumont », à La Roche. « Le premier confinement était très strict », se souvient-il. « mais les épiceries étaient ouvertes. Les gens étaient tellement contents de pouvoir acheter des produits locaux de qualité que nous avons connu un boum extraordinaire. Jamais on n’avait imaginé ça. »

Soutien aux épiciers

Depuis lors, les choses ont changé. Le deuxième confinement a commencé mais le comportement des clients n’est plus le même. « Les épiceries sont désertées », déplore l’éleveur de 125 canards. « Pour les soutenir, nous avons arrêté de faire le marché et nous proposons nos produits chez les petits artisans. Comme les restos sont à nouveau fermés, les gens se font plaisir et se déplacent vers les épiceries. Ça fonctionne. » Et il devrait en être de même pour les fêtes.

« L’an dernier, nous avons dû refuser des commandes », se souvient Eric Gérard. « Cette année, on sent que les gens ont besoin de se retrouver mais ce sera en petit comité. Nous avons donc moins de grosses commandes mais davantage de petites. A la fin de l’année, il nous manquera l’équivalent du 13e mois mais nous voulons être solidaires des restos qui, eux, ont dû fermer. »

A Templeuve comme à La Roche, les artisans producteurs ne braderont pas le prix de leur production. Ce n’est économiquement pas possible. De taille plus importante, la ferme d’Upignac, en Hesbaye namuroise, fournit l’horeca mais aussi la grande distribution. « Pour les fêtes, elle nous a déjà demandé des conditionnements de 2-3 personnes au lieu de ceux de 5-6 personnes », commente Thibaut Petit, le directeur. « On s’adapte. Par contre, il n’y a aucune discussion sur le prix. Ils ne seront pas bradés. On ne le pourrait pas car, en temps normal, l’horeca qui est actuellement fermé représente 50 % de notre chiffre d’affaires. Alors que les fêtes approchent, nous enregistrons une baisse de 30 % de notre chiffre annuel. »

A un mois de cette grosse échéance que sont les réveillons, Thibaut Petit garde espoir. « Contrairement au premier confinement, le secteur de la restauration n’est pas à l’arrêt mais tourne plutôt au ralenti », se réjouit-il. « Beaucoup d’établissements proposent des plats à emporter. Il est possible qu’ils nous passent des commandes. Nous sommes donc dans l’expectative. » Le Belge fera la fête. Reste à savoir comment…

Major Biden, Premier chien des Etats-Unis, du refuge à la Maison-Blanche

Le jour où Joe Biden a adopté Major.
Le jour où Joe Biden a adopté Major. - Delaware Humane Association

L’histoire a commencé ainsi : quelqu’un a abandonné six chiots bergers allemands, non sans avoir d’abord essayé de les empoisonner. Ceux-ci ont ensuite été recueillis par une organisation d’aide aux animaux à Wilmington, dans l’Etat du Delaware, le Delaware Humane Association. Heureusement, tous n’ont pas été condamnés à finir leur vie au refuge. Il y a deux ans, l’un des mâles, baptisé Major, a été adopté par la famille Biden. Jill s’occupait bénévolement des animaux et Joe est devenu le président de la plus grande puissance mondiale. Ce qui permettra bientôt à Major d’accéder aux pelouses soigneusement entretenues de la Maison-Blanche.

Jill Biden, Major (à gauche) et Champ.

Hasard ? Depuis plus d’un siècle, les animaux des chefs d’Etat américains constituent un thème de prédilection aussi bien pour les électeurs que pour les journalistes. Joe Biden le savait fort bien. A Washington, Major profitera des jardins au côté de Champ, un autre berger allemand de dix ans son aîné, qui vient, lui, d’un élevage professionnel. Les Biden l’ont acheté quand Joe était vice-président de Barack Obama. A l’époque, le couple avait essuyé les critiques d’associations de défense des animaux, dont il a, semble-t-il, tiré les leçons.

Roosevelt fit rapatrier son chien par un navire de guerre...

Les présidents américains ont toujours eu des animaux, ou presque. Presque, car Donald Trump fait figure d’exception. Le président sortant n’a pas jugé bon de s’occuper ne serait-ce que d’un hamster ; ainsi, il est le premier président américain depuis 1897 (1840, selon certaines sources) à ne posséder aucun animal.

Le premier président des Etats-Unis, George Washington, élu en 1789, eut plusieurs chiens, principalement de chasse, mais aussi un perroquet et un âne offert par le roi d’Espagne. La première star médiatique à quatre pattes de la Maison-Blanche fut Laddie Boy, l’airedale terrier du président Warren G. Harding, élu en 1921. Il possédait son propre fauteuil sculpté à la main, dans lequel il trônait lors des réunions officielles de son maître dans le Bureau ovale. La Maison-Blanche lui organisait une fête d’anniversaire et la presse l’appelait « le Premier chien des Etats-Unis ».

Fala, le terrier écossais de Franklin D. Roosevelt, fut l’objet d’un gros scandale. Il accompagnait son maître dans ses voyages et en 1944, il se retrouva accidentellement sur les îles Aléoutiennes. Roosevelt aurait alors envoyé un navire de guerre pour le rapatrier. Cela lui valut les critiques de l’opposition qui lui reprocha de dépenser l’argent des contribuables pour sauver son chien. Roosevelt leur répondit dans un célèbre discours retransmis à la radio, entré dans l’histoire de la politique sous le nom de « discours de Fala » : « Les dirigeants républicains ne se sont pas contentés de m’attaquer moi, d’attaquer ma femme et mes fils, non, ils s’en prennent maintenant à mon chien Fala. Fala est écossais et son âme écossaise est scandalisée », lança-t-il. Les commentateurs affirmèrent par la suite que le fait de prendre la défense de son chien lui avait permis de remporter les élections. Fala fut enterré auprès de Roosevelt et possède son propre monument.

Lyndon B. Johnson, président de 1963 à 1969, fit preuve de moins d’empathie - à ses dépens - lorsqu’il fut pris en photo… en train de tirer les oreilles de son beagle. Cela déclencha une vague d’indignation et Johnson fit face aux critiques jusqu’à la fin de son mandat. Il essaya de sauver sa réputation en adoptant Yuki, un bâtard que sa fille avait trouvé dans une station-service. Yuki fut donc le premier chien à être adopté à la Maison-Blanche, même s’il ne provenait pas d’un refuge.

Barbara, la femme de Bush père, et Millie.

Il existe d’autres histoires similaires. Lors de la campagne présidentielle de 1992, George H. W. Bush avait déclaré que sa chienne Millie, un springer anglais, en savait plus sur la politique étrangère que ses deux adversaires, Bill Clinton et Al Gore. Ce n’était pas tout à fait faux. La biographie de Millie Bush, Millie’s book, devint best-seller sur la liste du New York Times et se vendit mieux que… la biographie de Bush père.

Socks, le chat adopté par Bill Clinton.

Barack Obama a mené campagne pour la Maison-Blanche sans chien, mais lui aussi a joué cette carte en promettant publiquement à ses filles qu’elles auraient un chien s’il remportait les élections. Peu après, deux chiens d’eau portugais s’installaient à la Maison-Blanche. C’est une race rare, presque élitaire. Obama s’est justifié en mettant en avant l’allergie de sa fille, car les chiens d’eau portugais ont la réputation d’être hypoallergéniques. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a également choisi un chien de cette race.

Bo et Sunny, les deux chiens d’eau portugais d’Obama.

«Invisible», la série belge et fantastique

Myriem Akkhediou joue le rôle de Laurence, une médecin et mère de famille sensible aux ondes électromagnétiques qui sent bien que quelque chose de particulier est en train de se passer.
Myriem Akkhediou joue le rôle de Laurence, une médecin et mère de famille sensible aux ondes électromagnétiques qui sent bien que quelque chose de particulier est en train de se passer. - D.R.

Après les policières La Trêve, Ennemi Public et Unité 42, après la judiciaire eLegal et la comédie Champion, le Fonds FWB-RTBF se lance dans le fantastique avec sa sixième série en sept ans, Invisible. Une série fantastique, certes, mais on est loin de l’univers Marvel. Invisible reste proche de l’humain, voire de l’intime. Le postulat : et si on devenait invisible aux yeux des autres ? Comment réagiraient-ils ? Comment vivrait-on ce « pouvoir » ?

« J’ai toujours eu terriblement besoin qu’on me regarde dans les yeux, dit Marie Enthoven, la créatrice de la série. Un échange sans un regard donne l’impression de ne pas être une vraie rencontre. L’idée d’être invisible, c’est cela : être privé de ce moment où les gens qu’on aime ne peuvent plus vous voir. C’est un des points de départ de la série. Et puis, il y a cette idée de ne plus vouloir être vu par le monde. Une question qui est centrale dans la narration, c’est celle de notre capacité à voir l’autre pour ce qu’il est ».

A partir de là, Invisible se déploie sur huit épisodes de 48 minutes où il est aussi question de la 5G et des ondes électromagnétiques, des travers des réseaux sociaux, de la façon d’appréhender ce qui nous dépasse et de la solitude des êtres. Bref, une série ancrée dans la réalité humaine et bien de chez nous plutôt que dans les fantasmes de superhéros. « En faisant des recherches sur le traitement de l’invisibilité au cinéma, je me suis rendu compte que ça tournait toujours autour des effets spéciaux et des superhéros, continue Marie Enthoven. J’avais ce sentiment que l’invisibilité n’avait jamais été traitée avec une vraie sincérité humaine ».

Trois challenges

Sylvie Coquard, responsable éditoriale du pôle fiction de la RTBF : « Un des objectifs du Fonds séries est d’exprimer un particularisme belge francophone. C’est aussi de promouvoir les talents de chez nous. Cette série en est un exemple. Elle est 100 % belge, des créateurs aux comédiens, de la production aux musiciens… Cela nous permet aussi de garder la ligne éditoriale, cette singularité belge qu’on pourrait perdre en cas de co-production internationale ».

Produite par Kwassa Films pour un budget d’environ 400.000 euros par épisode (« C’est le prix moyen d’une série européenne actuelle, on suit les évolutions du marché »), Invisible n’a pas été la plus facile à mettre en boîte. Le tournage a dû surmonter trois défis particuliers. « Le premier challenge, explique la productrice Annabella Nezri, c’est qu’une série fantastique, avec les budgets qui sont les nôtres, ce n’est pas évident. On a beaucoup travaillé les effets spéciaux en amont. Il a fallu tourner trois fois les mêmes plans avec ou sans écran vert ».

La question qui se posait était la suivante : comment montrer au téléspectateur les personnages invisibles ? De la façon la plus simple qui soit : en les déshabillant. Une grammaire empruntée à un film italien, Le Garçon invisible, sorti en 2014. Ce qui a amené un deuxième challenge : le fait de tourner en novembre dans des petites villes du Brabant wallon avec des comédiens nus alors que les températures descendaient parfois sous zéro : « Ils ont suivi un travail de respiration pour trouver un équilibre et respirer de manière à ce que le corps ne ressente pas le froid ».

Enfin, troisième challenge, qui n’était pas prévu, la pandémie de coronavirus : « On devait finir le tournage le 22 mars et le confinement a eu lieu le 14, continue Annabella Nezri. Tout le monde était perdu. Il restait quatre jours, on a dû arrêter, ça a eu des coûts énormes. En plus, sur le plateau, les comédiens portaient tous des masques, c’est comme si la réalité rattrapait la fiction… Heureusement, les monteurs ont pu commencer leur travail durant le confinement et on a été les premiers à reprendre en juin. En fin de compte, on n’a pas eu trop de retard pour la diffusion ». Laquelle commencera ce dimanche soir sur la Une à raison de deux épisodes par semaine.

Mauves vifs et guimauve

@Belga
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Le Beerschot n’a même pas eu à forcer son talent pour venir à bout d’Anderlecht. Réputée l’équipe la plus spectaculaire d’Europe pour les 63 buts «pour» et «contre» qui avaient égayé jusque-là ses 12 matchs, la phalange anversoise s’est contentée d’un «petit» 2-1 pour écarter son adversaire. Trois buts au total alors que ses rencontres précédentes affichaient une moyenne de 5,25 réalisations… Le match le plus chiche des pensionnaires du Kiel avec leur succès 0-1 au Jan Breydelstadion, le 23 août dernier.

Il ne nous est pas revenu que Hernan Losada se soit plaint auprès de ses joueurs du but encaissé dans les toutes dernières minutes qui les a empêchés de garder une cage propre pour la deuxième fois. Un but tombé au-delà de cette fatidique 80e minute que Vincent Kompany a indiquée comme néfaste pour ses couleurs: avec des mi-temps de 40 minutes chacune, ses protégés auraient un classement meilleur encore. Comme si le temps se refusait à rendre hommage à son équipe.

De son propre aveu, l’entraîneur anderlechtois s’est en revanche adressé vertement à ses joueurs pour leur prestation. Kompany s’est encore emmêlé dans un discours contradictoire après le coup de sifflet final. D’un côté, il a rapporté ouvertement avoir tancé son groupe tout en soulignant qu’il continuerait à les défendre publiquement. Pour caricaturer : «Oui Messieurs, je les ai grondés ces vilains.» Une façon infantilisante d’affirmer son autorité.

Un «process» qui tient de la procession

Soit, ce n’est qu’un demi-problème. Plus embêtant, c’est l’évolution du «process» que seul Kompany – aux dires de ses dirigeants – peut incarner en vertu de deux qualités: son identification avec Anderlecht et sa collaboration avec Pep Guardiola. Pour les autres, plus pertinentes, le temps nous dira.

Cette idée fixe a été clairement réitérée avec le licenciement, au soir de la deuxième journée, de Vercauteren. Or, l’ancien «Petit prince» avait tout de même, au cours du championnat précédent, pris Anderlecht par le col pour lui éviter de glisser vers des profondeurs inconnues. «Un prix à payer pour mettre en place notre philosophie», se défendait à l’époque Kompany pour justifier une équipe qui ne savait pas… défendre. Cependant, à présent, son équipe ne sait même plus attaquer. Ni chair ni poisson. Le «process» reprend des allures de procession, à en juger par le rythme que les Anderlechtois n’ont pas réussi à imprimer dimanche en début d’après-midi. Et les dernières sorties n’ont guère été plus inspirées.

Qui sait, les éventuelles hésitations du coach, ce décalage peut-être entre sa volonté et sa faculté à la communiquer, son manque d’humilité envers des joueurs qui n’ont pas le niveau de City, se reflètent sur le terrain. Ce dimanche, il n’a «pas vu l’Anderlecht qu’il voulait voir». Mais quel Anderlecht veut-il réellement voir en fin de compte?

Avant de recevoir les Bruxellois, les promus avaient, à l’occasion de leurs 8 dernières sorties, aligné les résultats suivants: 5-2, 3-1, 3-2, 5-1, 6-3, 3-2, 4-2, 5-5. Des chiffres qui font envie aux autres Mauves. Ce jeu hyperoffensif doit beaucoup à Hernan Losada – sans nuire pour autant aux résultats. En effet, on ne peut pas affirmer que l’Argentin bénéficie d’une main-d’œuvre chère ni de joueurs réputés: la valeur de son effectif a été calculée à 18 millions d’euros, celle d’Anderlecht à 5 fois plus… Losada, 38 ans, n’a pas non plus une énorme expérience sur le banc d’une équipe A: il a entamé son nouveau cycle… l’année passée, en Division 1B.

Certes, on peut constater qu’Anderlecht n’a pas de joueurs de la trempe (sic) de Raphael Holzhauser ou Tarik Tissoudali. Toutefois, plutôt qu’un alibi, cette lacune constitue un argument à charge supplémentaire pour l’Anderlecht de Kompany. On doute même que, dans cet Anderlecht-là, ils auraient le même rendement qu’au Kiel. A 27 ans, ce n’est pas l’esprit sain qui a éclairé une obscure carrière, mais bien leur rencontre avec Hernan Losada.

Caeleb Dressel, petit bassin, énorme nageur

@News Portrait

Par Philippe Vande Weyer

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Etats-Unis: la stratégie de guérilla judiciaire prônée par Donald Trump s’épuise

L’agenda officiel du président est désespérément vide, alors Donald Trump s’adonne de plus en plus souvent au golf - ce samedi encore, sur son parcours de Virginie -, son hobby favori.
L’agenda officiel du président est désespérément vide, alors Donald Trump s’adonne de plus en plus souvent au golf - ce samedi encore, sur son parcours de Virginie -, son hobby favori. - EPA

La Pennsylvanie, après la Géorgie, a scellé le sort du président sortant Donald Trump et de ses tentatives dérisoires d’inverser le résultat des urnes. Samedi, un juge fédéral du Keystone State, à l’ouest de New York, a rejeté un énième recours des avocats de Trump, qui dénonçaient des fraudes dans certains comtés. En l’occurrence, la possibilité laissée par des assesseurs démocrates aux électeurs ayant mal ou incomplètement rempli leur bulletin par correspondance (à l’énoncé toujours très complexe aux Etats-Unis) de corriger leur copie pour assurer la validité de leur vote, ainsi qu’un accès rendu soi-disant difficile au dépouillement des bulletins pour des observateurs républicains, dans le comté d’Allegheny (Pittsburgh).

Dans son jugement, le juge Matthew Brann écrit que l’équipe du président sortant, emmenée par l’ex-maire de New York Rudy Giuliani et désireuse de faire invalider pas moins de 70.000 votes, a présenté « des arguments juridiques sans fondement et des accusations hypothétiques, non étayées par quelque preuve que ce soit ». « Aux Etats-Unis d’Amérique, ajoute-t-il, cela ne peut justifier la privation du droit de vote d’un seul électeur et encore moins de tous les électeurs du sixième Etat le plus peuplé » du pays. « Notre peuple, nos lois et nos institutions exigent plus » que cela, conclut Matthew Brann.

Plus aucun recours toléré

Deux jours après le choix de la Géorgie, un autre Etat-clé et contesté, d’attribuer officiellement la victoire à Joe Biden, la Pennsylvanie devrait donc à son tour certifier ses résultats ce lundi et désigner le démocrate comme vainqueur. Le juge Brann a en effet assorti son avis d’une précision impérieuse : plus aucun recours ne serait toléré dans l’intervalle, afin d’éviter un retard injustifié de la date-limite de certification, fixée à ce lundi 23 novembre.

Après cette 34e défaite devant les tribunaux, la stratégie de l’équipe Trump visant à retarder l’échéance en multipliant les plaintes en justice, sans jamais détenir l’ombre d’une preuve, paraît à bout de souffle. Certes, Giuliani et sa collègue Jenna Ellis, la conseillère juridique de la campagne Trump, ont écrit « être déçus de ne pas avoir eu au moins la chance de présenter nos preuves lors d’une audition » et juré « d’aller jusqu’à la Cour suprême ». Mais « si la campagne (Trump) a tout à fait le droit d’essayer d’en appeler au troisième circuit (fédéral) et même à la Cour suprême, le cœur du litige est si ténu que je ne vois guère de chance de réussite, même avec le plus compréhensif des juges », souligne Rick hasen, professeur de droit à l’Université de Californie. « Rudy s’est vraiment commis dans le pire des litiges que j’ai jamais vu, que ce soit en termes de plaidoirie ou d’intentions foncièrement anti-démocratiques » d’une telle démarche. « C’est une impasse » pour Trump et ses fidèles, commente Hasen sobrement.

« Allez au diable ! »

Quel objectif un homme de 76 ans tel que Giuliani poursuit-il, au nom du 45e président des Etats-Unis ? Espère-t-il un éventuel pardon présidentiel de dernière minute, pour le cas où les manigances de l’ex-maire new-yorkais en Ukraine en 2019 (inquisition contre le clan Biden et rappel brutal de l’ambassadrice Marie Yovanovitch) reviendraient le hanter en 2021 ? Un journaliste du Huffington Post, Ryan Reilly, a tenté sa chance et interrogé le premier intéressé à ce sujet. « Allez au diable ! », lui a répondu sèchement Giuliani sur Twitter.

A présent que les recours s’épuisent et que ses avocats se compromettent dans d’ineptes démarches en justice, sans espoir de succès, que reste-t-il à sauver pour un Donald Trump arc-bouté sur un refus obstiné de concéder sa défaite à la régulière ? Même pas les apparences, en tout cas : le président affiche un emploi du temps désespérément vide, place quelques pions à des postes stratégiques de l’Administration (notamment au Pentagone), limoge les « traîtres » (notamment Chris Krebs, en charge de la protection informatique du scrutin au sein du Homeland Security).

Et surtout, il joue au golf, beaucoup, allant jusqu’à hâter son apparition en ouverture d’une réunion virtuelle du G20, le sommet des 20 pays les plus industrialisés, consacrée à la lutte contre la seconde vague du coronavirus. En veste rouge et casquette blanche, le magnat de l’immobilier a purement et simplement zappé les interventions de la France, de l’Allemagne et de la Corée du Sud, pour apparaître dans la foulée sur le green de son parcours de golf de Sterling, en Virginie. Le locataire du Bureau ovale a déjà démissionné de ses ultimes responsabilités.

Les Racines élémentaires de Zwangere Guy: «J’ai eu plein de pères et de mères, et «la chance» de grandir dans cinq familles différentes.»

Gorik, dans la rue, près du studio où il nous a reçus.
Gorik, dans la rue, près du studio où il nous a reçus. - Hatim Kaghat.

ENTRETIEN

Zwangere Guy ! En français : Guy enceinte. Bienvenue dans le monde surréaliste du rap belge chanté en néerlandais, mais aussi et surtout dans un Bruxelles dévoilé, sublimé, exposé comme jamais par ce groupe d’artistes bruts et puissants, Zwangere Guy, Damso et Romeo Elvis, nés de cette ville patchwork et aujourd’hui reconnus hors de nos frontières. Notre Bruxellois publie cet automne son troisième album en deux ans, son nouveau BRUTXXL reprenant son précédent BRUTAL paru en décembre 2019.

Je ne serais pas ce que je suis devenu si…

… (après un long silence) J’ai déjà dix idées dans la tête mais il faut sortir la meilleure… Si je ne venais pas de Bruxelles. Si je n’avais pas de bons potes, copains, copines, autour de moi.

Si vous étiez venu d’Anvers, vous seriez un rappeur anversois, non ?

Oui mais je ne parlerais pas si bien le français. Je suis de Ganshoren, Jette, Molenbeek, des Marolles et de Schaerbeek. Tout en même temps. Mon père habitait à Schaerbeek, moi j’ai vécu à Jette, puis à Molenbeek. Et je suis toujours un gamin. J’ai eu la « chance » de grandir dans cinq familles différentes. J’ai eu plusieurs éducations différentes. J’ai bougé de chez ma mère quand j’avais 14 ans et demi. J’ai vécu chez des potes pendant deux ans. Tous avaient une éducation différente, à la table une autre cuisine. Certains étaient très libres, d’autres plus stricts. Je pouvais dormir et manger chez eux. Tous les jours durant deux ans. Ça m’a aidé à voir le monde autrement. Au début, je ne voyais que les problèmes, chez moi à la maison et à la fin, je voyais la beauté d’une structure avec ses différences, avec une certaine liberté. Ce que je n’avais pas avant…

Vous aviez quel âge quand vos parents se sont séparés ?

9 ans. Ça a été assez dur. J’ai bien souffert de leur divorce. Je l’ai très mal pris. Mes parents étaient très jeunes à ma naissance : ma mère avait 19 ans et mon père, 18. L’éducation était cool et libre. Je viens d’une famille ouvrière, des boulangers, bouchers, couturiers, coiffeurs… Après le travail, on faisait la fête. C’était cool. Pas marginal. On vivait de l’aide sociale car la vie est chère. Ma mère étudiait à l’univ’ tout en travaillant en plus d’avoir un gosse. Ils se débrouillaient. Rudy, mon deuxième père comme je dis toujours, était ingénieur du son au Beursschouwburg et Agnès, ma deuxième mère, était la collègue de ma mère. Rita était femme au foyer… J’ai eu plein de pères et plein de mères.

Quand le rap est-il entré dans votre vie ?

Je ne serais pas devenu ce que je suis si je n’avais pas reçu les cassettes de Tupac, The Offspring, Cypress Hill, Rage Against the Machine… de mon oncle Frederick, le frère de ma mère. Il n’avait que neuf ans de plus que moi quand je suis né, j’étais comme un petit frère. J’avais 11 ou 12 ans quand il m’a donné toutes ces cassettes, et le premier CD que j’ai reçu de ma mère, c’était Eminem.

C’était des musiques de révoltés…

Oui… Il faisait lui-même ces petites cassettes, ça a beaucoup changé ma vie, la musique. J’ai reçu ma première radio à 12 ans… Mais je n’ai jamais écrit avant mes 21 ans. Je n’étais pas capable. L’école ne m’a jamais montré que j’avais ce talent en moi. Le système scolaire était pourri. Une école ou une maison de jeunes devrait davantage s’occuper des gens qui ont des problèmes à la maison. Il faut plus investir dans les écoles de musique par exemple, dans la jeunesse. Chaque école devrait avoir un psy et un bureau social.

Avez-vous eu un éducateur formateur qui vous a aidé ou servi de modèle ?

Non. Je n’ai pas eu cette chance. J’ai quitté très tôt l’école car j’avais besoin d’argent. À partir de mes 16 ans, j’ai commencé à habiter tout seul. En une semaine, je travaillais quatre jours pour un jour d’école. Ça s’appelle un leercontract. Ça m’a permis de gagner de l’argent et d’être indépendant. J’ai été maçon et fait des travaux de toiture de mes 15 ans et demi jusqu’à mes 26 ans. J’ai travaillé à l’AB en même temps. Je voulais partir un mois en Afrique, au Malawi, chez mon frère, pas de sang mais mon frère quand même. J’avais besoin d’argent pour ça. Après le chantier, je prenais mon vélo et je venais faire la vaisselle à l’AB. Pendant six mois. C’est mon oncle Frederick, toujours le même, qui m’a trouvé cette place, il connaissait Eric, du bar. L’AB, c’était le temple… J’ai vu mon premier concert à l’AB à 15 ans : Starflam en 2003 ! Putain, quelle claque ! Mais jamais je ne me suis dit que je voulais faire comme eux un jour. Je ne savais pas comment ça marchait.

Comment s’est fait le déclic qui vous a permis de passer du bar et de la cuisine à la scène ?

Quand j’avais 21 ans, ma mère était dans une très mauvaise situation. Elle était chez un gars qui la violait, la frappait… Je l’ai prise chez moi pour la protéger. Ça a été la grande catastrophe de ma vie car on ne se connaissait plus. Elle voyait que je vendais beaucoup de drogues, ça ne lui plaisait pas, je l’ai mise dehors au bout de trois mois. Le monde à l’envers… A ce moment, après son départ, j’ai senti que je devais dire quelque chose, comme tous ces musiciens rockeurs et rappeurs que j’écoutais. Il fallait que ça sorte. J’ai acheté un cahier, j’ai eu mon premier laptop à 21 ans. J’ai commencé à écrire sur des prods’ de Mobb Deep, A Tribe Called Quest, Cypress Hill… Le déclic a commencé là. J’avais plusieurs problèmes car en amour, ça n’allait pas si bien non plus.

Votre morceau « Gorik Pt.1 » parle de ce beau-père violent…

Oui mais ça, c’est venu plus tard. Ça m’a pris du temps pour en parler. Même si sur le premier Stikstof, j’étais déjà assez dark. J’avais trouvé ma famille.

Avec l’album « Wie is Guy ? » en 2019, vous vous posez la question identitaire : qui suis-je ?

Exact. Beaucoup de gens se posaient aussi la question. Et je ne le sais toujours pas. Il me faut encore un peu de temps.

Dans les concerts, tout un temps, vous passiez ce message téléphonique où votre maman vous demandait de la rappeler. Puis, un jour, vous avez décidé de ne plus le faire…

Entre mes 21 et mes 30 ans, j’ai gardé les messages vocaux de beaucoup de gens. Depuis que je la revois, je ne l’utilise plus car c’est passé, on s’est réconciliés. Ça me fait pleurer, c’est trop douloureux. Voilà, c’est arrivé et maintenant on doit avancer. Je dois me concentrer sur aujourd’hui. Dans mon nouvel album, on entend l’acteur Josse De Pauw qui me demande pourquoi je regarde beaucoup en arrière alors que je dois me concentrer sur ce que je suis maintenant. Mais je n’arrive pas, tellement ma musique est introvertie, sur mon passé. Je parle souvent de moi…

Vous êtes entouré de producteurs et de beatmakers qui vous proposent des musiques inspirantes…

Je ne leur demande pas. Ils me préparent des trucs comme des gâteaux. Moi j’écris, je ne peux pas produire, je n’y arrive pas. C’est important de comprendre que les beatmakers sont les gens les plus importants dans tous mes projets. On oublie souvent que le rappeur mis en avant a besoin d’un beatmaker que moi je mets toujours à mes côtés, pas derrière. C’est pareil pour Roméo Elvis avec Le Motel. Moi, je travaille avec plusieurs producteurs. Chez Stikstof, c’est Paolo qui fait tout.

C’est un vrai crew, une vraie équipe…

À fond. Comme CNN199 ou The Roots, Wu-Tang Clan, Run the Jewels… On est un crew… Donc, oui, je ne serais pas devenu ce que je suis sans Stikstof… Mais il y a aussi Tupac et ma femme, Ella. C’est un bon mélange. Quel sacré match ce sera à nous trois quand on se rencontrera. (NDLR : Tupac Shakur a été assassiné en 1996 à l’âge de 25 ans).

Parlez-nous d’Ella…

Je ne parle jamais de ma femme, en fait. C’est une psychologue et thérapeute pour enfants. Je fais partie de ses clients. Le plus grand gamin de merde, elle l’a à la maison. On se connaît depuis vingt ans. J’avais 12 ans. C’est une amie qui est devenue mon épouse. C’est elle qui me connaît le mieux. Ça ne doit pas être facile de vivre avec un idiot comme moi.

Un idiot qui mène bien sa barque tout de même…

C’est vrai. T’es tout le temps occupé ou t’es jamais là… Mais, même en cette période de corona, j’ai décidé de m’en sortir. Je ne suis pas capable de rester assis dans mon fauteuil à mater des films toute la journée, il faut que je sorte, que j’aille au studio. Elle non plus. Ella n’a pas arrêté de travailler pour la CGG (Centrum Geest Gezondheid, si je ne me trompe pas). C’est à Saint-Josse. C’est pour les gens qui sont dans la misère, avec une liste d’attente de dix-huit mois. Son boulot n’est jamais fini non plus. Les fruits de son boulot, elle ne les voit que dix ans après. On philosophe beaucoup ensemble, on part souvent en voyage (ce qui nous manque beaucoup en ce moment), elle me parle de son travail qui peut aussi m’inspirer. Elle n’en parle pas tous les jours mais quand t’as un job si lourd, tu le ramènes avec toi à la maison. Ce qui est chiant chez moi dans le boulot, c’est le smartphone qui commence à me casser les couilles… C’est très dangereux, le téléphone… Elle me dit que j’y suis accro. Maintenant, quand on va ensemble au resto, je donne mon téléphone ou je le laisse dans ma veste. C’est un vrai cancer… Mais sans Instagram, ce putain de Facebook, Spotify, sans tout ça je ne peux pas faire mon boulot.

2020 devait être une belle année pour vous et puis le virus a tout foutu en l’air…

Mon tour manager a fait faillite, il a dû vendre sa camionnette. La musique que moi je fais, la culture dans laquelle je vis, est toujours née d’une répression. Avec rien, on a fait quelque chose. Pour moi, le corona a eu du bon. Je n’ai que ma musique, mes paroles, les beats. Ça m’a fait plaisir car ça m’inspire. J’ai encore eu plus de temps pour entrer dans ma zone et trouver ce que je voulais dire. Sentir ce qui se passe autour de moi.

Et ça commence aussi à bien marcher aux Pays-Bas…

Oui, le festival Eurosonic était le deuxième show de la tournée. J’avais plein de concerts prévus aux Pays-Bas. J’ai beaucoup d’amour venant de là. La deuxième ville qui m’écoute le plus sur Spotify et Apple Music, c’est Amsterdam, pas Anvers ni Gand. Qui aurait cru ça il y a dix ans ? Je devais même jouer au Sziget Festival, en Hongrie. Un petit Flamand de Bruxelles, t’imagines ? Mais j’hésitais encore car le Premier ministre là-bas est d’extrême droite. C’est un fou.

Envisagez-vous de chanter un jour en français ou en anglais, comme Arno avec qui vous avez repris Edith Piaf ?

L’anglais, jamais de ma vie ! Je crois que je suis né pour rapper en néerlandais. Et je ne vais jamais être aussi fort en français. Parce que je pense en néerlandais, et je trouve que les artistes qui rappent ou qui chantent dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle, ça devient directement très… C’est 97 %, ou 75 %, ou 50 % de ce qu’ils sont capables, et moi je veux être le meilleur en néerlandais.

BRUTXXL***, Universal.

Zwangere Guy sera à l’AB les 27, 28 et 29 avril 2021.

Adriano, de Barcelone à Eupen: «C’est un privilège d’avoir évolué avec Lionel Messi»

Dominique Duchesnes
Dominique Duchesnes

De Messi à Musona. De Guardiola à Benat San José. Du Camp Nou au Kehrweg. Que vous y consentiez ou non, le football peut vous offrir de drôles de trajectoires. Au gré des performances sur le terrain ou de l’état d’avancement d’une carrière. Pour Adriano, ancien latéral gauche de Séville (218 matchs), du FC Barcelone (189), de Besiktas (111) et du Brésil (18), débarquer à la KAS Eupen à la mi-août était un choix. Assumé jusqu’ici. Parce qu’il avait encore le feu en lui pour jouer malgré ses 36 ans et parce que le club germanophone et son chaperon qatari – Aspire – lui offre la perspective d’une après-carrière comme directeur sportif.

Cela n’en reste pas moins une curiosité pour les aficionados du championnat belge peu habitués à voir débarquer des joueurs étrangers de cette trempe doté d’un palmarès qui renseigne deux fois la Ligue des champions et la Coupe UEFA et une Copa America pour ne citer que les trophées les plus prestigieux. S’il n’est pas le premier à débarquer en Belgique à la surprise générale – souvenons-nous de Victor Valdes au Standard, de Joan Capdevilla au Lierse ou de Jeffren à… Eupen –, Adriano semble être le plus prometteur. Sur les huit derniers matchs, il compte sept titularisations et une montée au jeu dans un club où il compte bien ancrer l’ambition de gagner qu’il a pu découvrir au FC Barcelone avec Pep Guardiola et Lionel Messi. Etre coéquipier de l’Argentin, ce n’est pas donné à tout le monde. Pas de quoi le rendre hautain quatre ans plus tard. Pas plus que son palmarès « XXL ». Ni sur le terrain, ni avec les gens.

Adriano, on ne s’attendait pas du tout à vous voir débarquer à Eupen. Comment êtes-vous arrivé là après vos passages à Séville, Barcelone et Besiktas ?

Après la Turquie, j’étais reparti au Brésil mais je n’ai pas pu trouver mon bonheur dans le foot brésilien. J’ai connu deux mois très difficile et j’ai décidé de revenir en Europe. Le championnat belge était une très bonne opportunité pour moi. J’ai discuté avec Jordi Condom, le directeur sportif d’Eupen, et le projet qu’il m’a été présenté m’a convaincu. Pour être joueur dans un premier temps puis pour mon après-carrière. Même si j’ai déjà pris des cours d’entraîneur, je me dirige davantage vers un rôle de directeur sportif. Avec un modèle en tête : Monchi (NDLR : le célèbre directeur sportif du FC Séville qui a fait venir Adriano en Espagne). Il m’a d’ailleurs envoyé un message pour me féliciter de mon transfert à Eupen. Il était heureux pour moi. Il m’a dit qu’il attendait que je fasse mon retour à Séville pour pouvoir travailler ensemble. Je vais d’abord terminer ma carrière de joueur parce que j’ai toujours cette passion en moi de jouer et de m’entraîner chaque jour.

Il n’y a pas que le football qui a dicté votre choix. C’est également pour votre famille que vous avez décidé de revenir sur le Vieux continent…

Mon fils le plus âgé aura bientôt 15 ans et il a pratiquement passé toute sa vie en Europe. Moi-même, après toutes ces années en Espagne, je me sens un peu espagnol. Il y a quelques mois, je suis retourné au Brésil pour être auprès de ma famille dont ma maman qui n’était pas en bonne santé. Mais la vie n’est ni facile, ni tranquille au Brésil. Je voulais revenir en Europe et ma famille avait le même feeling.

Au niveau de la tranquillité, vous êtes servi avec les Cantons de l’Est…

La vie en dehors du football se passe bien ici. Je vis à quelques kilomètres d’Eupen. J’ai vécu dans de grandes villes comme Séville Barcelone et surtout Istanbul où c’est la folie partout. Les gens vivent le football avec une passion énorme. C’était mon expérience humaine la plus folle parce que les gens vous arrêtent partout pour faire des photos ou demander des autographes. C’est fort différent en Belgique mais à ce moment-ci de ma carrière et pour ma famille, c’est l’endroit idéal. C’est très tranquille, très calme et cela me correspond bien. Il y a beaucoup de verdure, de parcs et de bois. Petit à petit, on découvre la Belgique en famille.

Un pays dont vous avez parlé avec un ex-coéquipier à vous…

Avant de prendre la décision de venir à Eupen, j’ai discuté avec Fernando Canesin (NDLR : ex-Anderlecht, ex-Ostende et coéquipier d’Adriano pendant quelques mois en 2020 au Club Athletico Paranaense). Il m’a dit beaucoup de bien de la compétition belge. Notamment que le niveau global était bon.

Est-ce que vous donnez raison à Canesin après trois mois de présence dans la compétition belge ?

Cela se passe très bien. J’ai pris la bonne décision en venant jouer dans ce championnat. Je suis persuadé qu’on va vivre une superbe saison avec Eupen. On peut réaliser un beau parcours en Coupe de Belgique. Qui sait ? On pourrait atteindre la finale. On a une bonne équipe, de bons joueurs et on s’améliore chaque jour.

Quel regard vos coéquipiers portent-ils sur vous, l’ancien joueur de Barcelone ?

Ils me regardent normalement. Comme un autre joueur de l’équipe. Et j’estime que c’est la bonne attitude. Forcément, les plus jeunes du noyau me posent des questions sur mon passé. Je suis très heureux de pouvoir apporter mon expérience et la transmettre aux plus jeunes joueurs de l’équipe d’un club qui grandit.

Un club que vous comparez avec le FC Séville. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?

Quand je suis arrivé à Séville, le club n’était pas au niveau qu’il est aujourd’hui. Il avait connu la deuxième division quelques années auparavant et était en pleine reconstruction. Il y a un projet qui s’est mis en place petit à petit et l’équipe est devenue de plus en plus forte. Pour moi, il se passe la même chose à Eupen. Petit à petit, le club s’améliore et se structure de mieux en mieux.

Le club andalou a été votre porte d’entrée en Europe mais votre carrière est évidemment marquée par vos six saisons au FC Barcelone entre 2010 et 2016. Quel regard portez-vous sur votre passage en Catalogne ?

Je suis fier d’avoir pu arriver à Barcelone, y rester pendant six saisons parce que c’est encore plus dur que d’arriver et faire partie de la meilleure époque du club. C’était un honneur et un privilège de pouvoir écrire l’histoire du FC Barcelone et contribué à l’une des meilleures périodes du club où on a remporté de nombreux trophées.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué durant cette période blaugrana ?

Les deux premières saisons ont été très importantes. J’ai eu la chance de travailler avec Pep Guardiola que je considère comme le meilleur entraîneur du monde. J’ai pu apprendre beaucoup de choses d’un point de vue tactique grâce à lui. Je me suis beaucoup amélioré. Dans mon jeu, la manière de défendre et la manière de positionner mon corps.

Qu’est-ce qui est le plus impressionnant chez lui ?

Il est capable de transmettre son savoir avec simplicité. C’est sans doute la chose la plus difficile pour un coach. Vous pouvez connaître le football sur le bout des doigts, si vous n’êtes pas capable de transmettre vos connaissances aux autres, cela ne serait à rien. Guardiola rend les choses faciles et intelligibles quand il les explique. Il est également capable de faire ressortir le meilleur de chaque joueur et parvient à améliorer les individualités et le collectif d’une équipe.

Comment se passe-t-il quand on arrive dans le vestiaire du FC Barcelone ?

Les premiers jours, c’est difficile de s’y faire parce qu’on vit un rêve en voyant qu’on joue pour un tel club et qu’on fréquente de grands joueurs qu’on a admiré jusque-là. Après, au fur et à mesure des jours, on s’intègre. Ce qui est incroyable, c’est qu’avec eux, on ne s’arrête jamais d’apprendre sur le terrain.

Avec un homme qui est au-dessus de tous les autres, c’est Lionel Messi. L’un des meilleurs joueurs de l’histoire pour le monde entier et un coéquipier pour vous…

J’ai été un privilégié de pouvoir jouer avec Leo. De pouvoir évoluer avec le meilleur joueur du monde. Quel honneur. Avec lui aussi, j’ai beaucoup appris. Lors de mes premières années à Barcelone, j’étais souvent opposé à lui à l’entraînement et c’était très difficile de défendre contre lui. Pour lui, tout semble si simple quand il a le ballon entre les pieds. Comment ne pas apprécier d’être près de lui chaque jour. Le plus incroyable, c’est que son niveau a continué à augmenter au fil des années. C’est simple, pour moi, c’est le meilleur joueur de l’histoire.

Est-ce qu’on se sent plus fort sur le terrain parce qu’il est là et qu’il peut faire basculer un match à n’importe quel moment ?

C’est le sentiment qu’on a avec Leo. Il y a eu tellement de matchs serrés et fermés où il avait la clé du match entre ses pieds. À un moment donné, il trouvait la solution et décidait du match à lui tout seul. Il est tellement souvent décisif dans les matchs couperet dont ceux en Ligue des champions. Avec toujours ce même sentiment qu’il dégage : la facilité. Cela a l’air simple quand lui les exécute mais c’est difficile voire impossible pour les autres.

Comment avez-vous vécu les problèmes du club catalan cet été ?

C’était très difficile à vivre pour moi. On sait que le football est toujours une question de cycles et de générations. C’est clair que lors des deux dernières années, Barcelone n’a pas montré son meilleur visage et son meilleur football. Mais je suis persuadé qu’on reverra le Barça d’avant dans un futur proche. Il faut être confiant. Ils sont en train de travailler pour faire leur retour au plus haut niveau et être compétitif pour gagner des titres en Espagne et en Europe. Tout peut se passer très vite en football. De mon temps aussi, on a connu l’une ou l’autre période de turbulences. Lors de la saison 2015-16, on a connu des moments difficiles. À partir de janvier, après avoir beaucoup parlé entre nous, on s’est reconcentré, on s’est serré les coudes et à la fin de la saison, on a réalisé un triplé Championnat-Coupe-Ligue des champions. Barcelone a tout en main pour redevenir le Barcelone d’avant.

Enfants de collaborateur: un passé qui passe mal

Les premiers dossiers judiciaires pour collaboration furent ouverts ele 18 septembre 1944. Au final, 58.140personnes seront poursuivies et 53.005 condamnées.
Les premiers dossiers judiciaires pour collaboration furent ouverts ele 18 septembre 1944. Au final, 58.140personnes seront poursuivies et 53.005 condamnées. - D. R.

Comment un enfant grandit-il, s’épanouit-il, construit-il son identité, trouve-t-il sa place dans la société lorsque celle-ci a condamné et voué aux gémonies son père, sa mère ou ses grands-parents pour avoir collaboré avec l’occupant nazi ?

Question terrible et commune à tous les après-guerres, qui en entraîne aussitôt dix autres. L’opprobre rejaillit-il inévitablement sur le descendant, même s’il n’est personnellement coupable de rien ? Un sentiment de culpabilité « par procuration » le saisit-il ? Est-il condamné au silence ou à l’anonymat, à refouler ces secrets de famille infamants, à tuer symboliquement son géniteur ou au contraire à prendre sa défense ?…

En novembre 2017, à l’initiative de l’historien de l’UGent Koen Aerts, la VRT a diffusé une passionnante série de documentaires, Kinderen van de collaboratie, qui donnait la parole à ces enfants au patronyme parfois si lourd à porter. Leurs témoignages ont connu un tel retentissement en Flandre que l’idée d’un pendant francophone et germanophone s’est imposée comme une évidence.

La RTBF et le Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines (CegeSoma) se sont associés pour faire advenir le projet. Le réalisateur Tristan Bourlard et la journaliste Anne-Cécile Huwart sont alors partis à la recherche de francophones susceptibles d’apporter leur témoignage sur ces épisodes familiaux traumatiques. Leur reportage d’1h30, Enfants de la collaboration, sera diffusé ce mercredi soir en télévision, sur La Une. Un débat entre historiens le complétera sur RTBF Auvio.

Sept témoignages

« L’énorme défi, côté francophone, a été de trouver des descendants de collaborateurs qui acceptaient de témoigner à visage découvert », explique Chantal Kesteloot, historienne au CegeSoma et conseillère scientifique du projet. « Ainsi, si l’on compare les deux séries, du côté de la VRT, il y a eu six émissions avec de très nombreux témoignages, alors qu’ici, il n’y a qu’une seule émission avec seulement sept enfants et petits-enfants qui ont accepté de s’exprimer. »

Deux témoignages portent sur la communauté germanophone, qui est un cas assez particulier de la collaboration en Belgique, en raison de la proximité géographique et linguistique avec l’Allemagne. Les cinq autres sont des descendants de collaborateurs ou de collaboratrices politiques, économiques et militaires wallon-ne-s.

« L’idée n’était pas de les interroger sur les faits reprochés à leurs parents mais d’essayer de voir comment ils avaient vécu le fait d’avoir dû grandir dans des familles avec une histoire difficile, une mémoire blessée, et cela au sein d’une société plutôt hostile », poursuit Chantal Kesteloot. « Car côté francophone, après la guerre, il n’y a pas eu les mêmes réseaux d’aide, les mêmes structures d’accueil que côté flamand ; il ne s’est pas trouvé grand monde pour défendre ou tendre la main aux anciens collaborateurs, qui se sont retrouvés livrés à eux-mêmes ».

Parmi les témoignages que l’on découvrira mercredi, il y a celui du petit-fils de Léon Degrelle, qui défend bec et ongles sa mémoire. Mais d’autres descendants se montrent extrêmement critiques vis-à-vis de l’engagement de leur père ou de leur grand-père. Souvent, ces faits leur sont difficiles à admettre.

Certains ont été confrontés, parfois pour la première fois, au dossier de la répression judiciaire – documents encore difficiles d’accès en 2020. D’aucuns en sont sortis soulagés, leur aïeul n’ayant pas de sang sur les mains, mais d’autres se sont brutalement rendus compte que, sans trop le savoir, ils avaient été élevés par un dénonciateur ou par quelqu’un qui avait participé à la spoliation de Juifs… Une situation émotionnellement difficile à vivre, même 75 ans après les faits.

Ouvrir les dossiers

Le sujet reste sensible, limite tabou, singulièrement côté francophone. La disproportion dans les témoignages, par rapport aux émissions flamandes, ne s’explique en tout cas pas par le nombre de condamnation de « collabos » de part et d’autre de la frontière linguistique.

« Ne pas vouloir en parler est le signe que, pour nombre de personnes concernées, la souffrance individuelle est encore là, même si elle ne s’exprime pas nécessairement au quotidien », conclut Chantal Kesteloot. « Le fait de ne pas avoir pu, pendant longtemps, avoir accès aux archives – la procédure va progressivement devenir plus facile – est également quelque chose de douloureux car, d’un côté il y a le discours qui veut qu’“il faut affronter le passé”, mais de l’autre, on ne leur donne pas les outils qui vont leur permettre de prendre connaissance de ce passé difficile. Autant, dans un premier temps, il y avait l’idée de protéger les familles, autant je crois qu’aujourd’hui, on protège bien mieux les gens par la vérité qu’en leur en refusant l’accès. »

« Les enfants de la collaboration » : mercredi 25 novembre, à 20h25, La Une. Émission prolongée par un débat entre historiens, visible sur RTBF Auvio.

Coronavirus: près d’un indépendant sur cinq juge la faillite probable

Il faut s’attendre à ce que le petit commerce non alimentaire, comme de nombreuses petites enseignes dans l’horeca ou dans les services aux particuliers, se retrouvent à la fin du deuxième confinement dans une situation très difficile. © Pierre-Yves Thienpont.
Il faut s’attendre à ce que le petit commerce non alimentaire, comme de nombreuses petites enseignes dans l’horeca ou dans les services aux particuliers, se retrouvent à la fin du deuxième confinement dans une situation très difficile. © Pierre-Yves Thienpont. - Pierre-Yves Thienpont.

Une jeune coiffeuse liégeoise est devenue le symbole du désarroi de la crise du coronavirus. Ce n’est pas le fait du hasard. Toutes les entreprises ne sont pas égales devant la crise actuelle. Au contraire, le confinement et les mesures de distanciation sociales affectent bien plus lourdement les indépendants et les toutes petites entreprises.

Depuis le printemps, on a largement insisté sur l’impact sectoriel de la pandémie. Ainsi, l’horeca, le secteur des arts, spectacles et services récréatifs, le commerce de détail non alimentaire et les services aux particuliers, comme les salons de coiffure ou d’esthétique, ou les salles de sport et de fitness, sont frappés de plein fouet. Forcément, puisqu’ils doivent baisser une nouvelle fois leurs volets.

Mais, à côté de cette dimension sectorielle, le confinement actuel frappe également plus lourdement les plus petits acteurs économiques. Surtout : on n’imagine pas l’ampleur de la « saignée ».

Notre principale infographie, tirée des enquêtes réalisées par les fédérations professionnelles sous la direction de la Banque nationale (BNB) depuis la fin du mois de mars, montre clairement que les indépendants et les petites entreprises (employant moins de 10 salariés) restent – et de loin – les principales victimes économiques de la pandémie.

En réalité, les deux dimensions se renforcent mutuellement, l’emploi indépendant étant davantage concentré dans des secteurs qui sont durement frappés par la crise, tel que l’hébergement et la restauration, les services aux personnes et le commerce de détail.

Une chute bien plus marquée

Les enquêtes montrent ainsi qu’indépendants et petites entreprises avaient déjà été les plus durement touchés lors du premier lockdown ; et leurs ventes étaient restées très en dessous de la normale lors du rebond de l’activité économique consécutif à la levée, à partir du début de mai, des mesures de confinement.

Ainsi, en avril, tous secteurs et toutes entreprises confondues, le chiffre d’affaires était inférieur d’un tiers à son niveau normal. Mais la perte était bien plus prononcée pour les indépendants et les petites entreprises, avoisinant les… 60 %.

Et si l’amélioration de la situation à partir du mois suivant était sensible pour les entreprises de toutes tailles, les indépendants déploraient encore, en septembre, un manque à gagner de plus de 30 % ; et les petites entreprises de près de 25 %.

En revanche, les plus grandes, celles employant plus de 250 salariés, subissaient alors une perte de chiffre d’affaires relativement à la normale encore substantielle, mais bien plus limitée, de l’ordre de 10 %.

Les premières indications sur l’impact direct du deuxième confinement indiquent certes que le « manque à gagner », au niveau agrégé, est moitié moindre qu’au printemps.

Mais voilà : si les toutes grandes entreprises n’ont pratiquement pas vu leur chiffre d’affaires se dégrader suite à la réinstauration de mesures de confinement, les indépendants, en revanche, font face à une chute de leurs ventes, toujours par rapport à la normale, de plus de 50 % ; et les entreprises employant jusqu’à 10 travailleurs, de 45 %.

La crainte de la faillite

Un tel manque à gagner, très substantiel et surtout récurrent depuis le printemps dernier, s’est inévitablement traduit par une détérioration marquée de leur situation financière – d’autant plus que ces entreprises disposent généralement de réserves plus faibles, relativement au chiffre d’affaires, que les plus grandes.

Il faut donc s’attendre à ce que le petit commerce non alimentaire, comme de nombreuses petites enseignes dans l’horeca ou dans les services aux particuliers, se retrouvent à la fin du deuxième confinement dans une situation très difficile – et, pour un pourcentage important, au bord de la faillite.

C’est ce que révèlent également les enquêtes coordonnées par la BNB. Ainsi, 18 % des indépendants interrogés la semaine passée, et 14 % des patrons de petites entreprises jugent la faillite probable, voire très probable dans les semaines ou les mois à venir. Comme le montre notre deuxième infographie, les entreprises de plus grandes tailles sont nettement moins pessimistes.

«On ne maîtrise pas une épidémie uniquement en faisant des tests»: l’avertissement de Herman Goossens

Herman Goossens, Monsieur Tests. © Dominique Duchesnes.
Herman Goossens, Monsieur Tests. © Dominique Duchesnes.

Dès lundi, la stratégie belge de testing re-re-change. C’est en fait un retour aux sources : les personnes asymptomatiques ayant été en contact avec une personne infectée pourront à nouveau se faire tester. Autre nouveauté : ce test devra avoir lieu sept jours après le contact rapproché (contre cinq jours auparavant). « Tester le cinquième jour, c’était vraiment beaucoup trop tôt », entame Herman Goossens, président de la Taskforce mise en place par le commissaire sur la stratégie des tests covid. « Plusieurs études ont montré qu’en testant si rapidement, on passait à côté de pas mal de cas. En allongeant à sept jours, comme en France, ce sera plus simple de détecter les présymtpomatiques », poursuit Herman Goossens, également professeur de microbiologie à l’Université d’Anvers (dont il dirige le laboratoire).

On va retester plus de monde. Cette fois, les laboratoires sont capables de tenir le choc ?

Oui. On a fait des calculs pour estimer le nombre de cas à tester à partir du 23 novembre, sur base des données fournies par Sciensano. Et on a mis ces prévisions en parallèle avec notre capacité de testing, en tenant compte de la capacité des laboratoires de biologie clinique ainsi que des huit nouveaux labos (qui composent la « plateforme bis », NDLR). On constate que le nombre de tests demandés reste toujours inférieur à la capacité maximale, qui est impressionnante ! Fin novembre, on aura une capacité totale d’à peu près 90.000 tests quotidiens (60.000 par les laboratoires classiques, le reste via la « plateforme »). Mi-décembre 110.000 tests par jour, et 115.000 en janvier. Les huit laboratoires de la plateforme seront tous opérationnels la semaine prochaine. Le nôtre à Anvers a déjà commencé. Donc je pense qu’on est à l’aise, même avec la reprise des écoles.

En octobre, il fallait encore parfois 5 jours pour obtenir le résultat du test. Ça ne se reproduira plus ?

Je suis optimiste : on devrait pouvoir maîtriser la demande, et les laboratoires ne seront plus submergés. D’une part, le nombre d’infections diminue fortement, donc le nombre de tests également. De l’autre, il y a une augmentation prévue de la capacité de tests durant les prochaines semaines, avec la montée en puissance de la plateforme bis. Avec ces deux éléments-là, il ne devrait pas y avoir de problème : les résultats seront transmis dans les 24 heures.

24h. C’est une promesse ?

En moyenne, au niveau belge, ce délai devrait pouvoir être respecté. C’est le contrat que les 8 labos de la plateforme ont signé avec l’Inami. Il stipule qu’on doit rapporter les résultats dans les 24 heures. Mais il n’est pas exclu que dans certaines régions, il faille attendre un peu plus longtemps si l’afflux journalier est supérieur à la capacité. Dans une région, ils ont eu des soucis et étaient demandeur d’attendre le 1er décembre pour rouvrir les tests aux asymptomatiques. Je ne peux donc pas vous promettre que tout le monde aura, partout, son résultat en 24 heures. Mais en moyenne, au niveau du pays, les laboratoires devraient suivre.

Qu’est-ce que les labos ont en plus, cette fois-ci, qu’ils n’avaient pas en octobre quand ils ont été saturés ?

La « plateforme bis », c’est huit nouveaux laboratoires qui ont démarré de zéro. À Anvers par exemple, on a réaménagé des bureaux. Cette fois, tous les labos travaillent ensemble avec les mêmes appareils, le même système, le même concept et le même tube. C’est un énorme avantage car s’il y en a un qui ne peut plus suivre, les autres peuvent prendre le relais. C’est toute la beauté de ce système. On a également engagé du personnel. Pour l’instant, à Anvers, on est à 22 personnes alors qu’il en faudra quarante pour arriver à faire 7.000 tests par jour. On attend aussi encore quelques appareils. Si tout va bien, huit labos à 7.000 tests, ça fera 56.000 tests quotidiens réalisés par la plateforme fin décembre.

On a l’impression que rien n’a changé dans la stratégie…

On discute déjà depuis un mois sur une nouvelle stratégie, qui inclura les tests antigéniques rapides. La semaine prochaine, on devrait faire une communication sur le sujet. Actuellement, c’est la stratégie 1.0, basée sur les tests PCR. Je veux une stratégie 2.0, où on continue avec les PCR, mais en incluant d’autres éléments. Par exemple, je voudrais faire des tests répétés auprès du personnel des maisons de repos, mais aussi dans des secteurs essentiels, l’industrie, la police… J’espère que le nombre de cas positifs, d’ici la fin décembre, aura chuté énormément, et que le nombre de tests demandés va chuter lui aussi. À ce moment-là, on aura une énorme capacité de testing quotidien. Il faut réfléchir à comment bien l’utiliser pour mieux maîtriser la pandémie et empêcher la troisième vague. C’est quelque chose dont on discute pour l’instant.

La décision d’arrêter de tester les asymptomatiques, mi-octobre, c’était l’aveu d’un échec ?

Les labos et centres de tri ne pouvaient plus suivre face à la forte demande de tests. Dans certaines régions, il fallait attendre jusqu’à 5 jours pour avoir les résultats. Dans ces conditions, ça n’avait plus de sens de faire les tests. Alors on a modifié la stratégie. Mais ce n’était pas aussi catastrophique que la façon dont cette décision a été présentée dans les médias.

Car la Belgique a testé plus que les Pays-Bas et la France, par habitant. Certes, on aurait dû tester beaucoup plus vite, beaucoup plus largement. Au début, on n’avait qu’un seul centre de référence. C’était une erreur, il aurait fallu beaucoup plus de laboratoires. Bon, c’est trop tard, et la plupart des pays ont fait la même erreur que nous, sauf l’Allemagne. Il faut comprendre que la circulation du virus croit d’une façon exponentielle et la capacité de testing a augmenté de façon linéaire. Mais désormais, avec la plateforme bis, ce n’est plus la capacité de testing qui pose problème. Elle est là, et plus conséquente que jamais.

C’est quoi le problème alors ?

Il faut aussi investir dans le contact tracing et la quarantaine. C’est là qu’il y a un problème fondamental à résoudre. Les politiciens pensent parfois qu’il suffit de tester en masse pour résoudre le problème. Mais c’est une erreur : on ne maîtrise pas une épidémie uniquement en faisant des tests. Il faut ensuite tracer, puis isoler les gens. En septembre, les experts français ont constaté que la quarantaine n’était pas respectée. Alors, ils l’ont réduite à sept jours, en espérant que l’adhésion à cette mesure augmente. Mais ça a été un échec. En contrepartie, les experts avaient fait une série de propositions pour soutenir les gens à l’isolement : compensation financière, protection du patron, aide pour ceux qui vivent seuls. Or, trop peu de mesures de soutien ont été mises en œuvre, en France et en Belgique. Tester, ce n’est que la première étape ! Si on ne prend pas des mesures pour soutenir les gens seuls, offrir des compensations financières aux gens qui ont des salaires très bas, car c’est évidemment eux qui vont souffrir le plus, ça ne marchera jamais.

Vous l’avez dit au gouvernement ?

Oui, j’ai passé le message aux ministres.

En dépassant les 100.000 PCR quotidiennes, ne craignez-vous pas que l’on crée un « monstre » dont on pourrait ne plus avoir besoin avec l’arrivée du vaccin ?

Quoi qu’on fasse, ce ne sera jamais bon. Il reste pas mal d’inconnues autour de ce vaccin, comme la durée de l’immunité, son impact sur les personnes âgées, les éventuels effets secondaires. Supposons que le vaccin soit in fine moins efficace que prévu, et qu’on n’ait pas investi dans la plate-forme sous prétexte qu’il serait bientôt là… Vous viendrez alors nous dire : pourquoi n’avez-vous pas investi dans les labos ? À l’inverse, si le vaccin fonctionne très bien et que dans six mois on peut réorganiser des festivals, vous nous demanderez si on a été fous d’investir autant d’argent dans ces labos. Oui, quoi qu’on fasse, ce ne sera jamais bon.

Thomas Dermine préface le plan de relance de la Vivaldi: «Investir massivement, c’est un ‘acquis’ de la crise corona»

«Aujourd’hui, non seulement la Commission nous donne des moyens pour investir massivement mais elle nous impose un timing hyper serré pour le faire! C’est un «acquis» de la crise corona…»
«Aujourd’hui, non seulement la Commission nous donne des moyens pour investir massivement mais elle nous impose un timing hyper serré pour le faire! C’est un «acquis» de la crise corona…» - Pierre-Yves Thienpont.

Entretien

Aux affaires depuis l’avènement de la Vivaldi début octobre, Thomas Dermine, carolo, 34 ans, secrétaire d’Etat « pour la Relance et les Investissements stratégiques adjoint au ministre de l’Economie et du Travail » dans le gouvernement d’Alexander De Croo, directeur de l’Institut Emile Vandervelde avant cela (le centre d’études du PS et cabinet du président, Paul Magnette en l’occurrence), dévoile les grands axes du « plan de relance ». L’autre Graal, après le vaccin contre le Covid. Contexte, financements, priorités, voici…

Après la première vague de l’épidémie, il y avait comme une impatience, mais là, avec la deuxième vague, la crise qui frappe, le plan de relance n’arrive-t-il pas à contre-courant ?

Non. A court terme, le meilleur plan de relance, c’est de respecter strictement des mesures sanitaires, pour éviter de prolonger le confinement au-delà de ce qui est nécessaire. J’aime utiliser l’analogie d’un moteur et de l’essence. Tant que le virus est dans la place, le seul objectif est de préserver le moteur, tout faire pour réduire les faillites et les licenciements. Ensuite, il faudra réinjecter de l’essence : c’est le plan de relance. La responsabilité du gouvernement, et de mon cabinet, c’est de préparer un plan de relance le plus concret possible, pour qu’il n’y ait plus qu’à appuyer sur « play » le jour venu.

On a perdu du temps, la formation du gouvernement fédéral a traîné…

Nous sommes effectivement en retard. La France, l’Allemagne ont commencé à travailler sur leur plan de relance dès cet été. Est-ce grave ? Pour la santé mentale de ceux qui vont devoir travailler à ces mesures, peut-être, car on va devoir faire en quelques semaines ce que d’autres ont fait en quelques mois… Mais on est prêts, on a un dispositif, une méthodologie. Et la deadline est la même pour tout le monde, le 31 avril, date fixée par la Commission européenne.

Là, on préserve le moteur, dites-vous, mais ne dépense-t-on pas trop un peu dans tous les sens ?

Tout cela est nécessaire pour préserver l’appareil économique. On a intérêt à garder ces mesures de soutien générales aussi longtemps que la crise sanitaire le nécessitera. Nous connaissons une crise, économique, d’une violence inouïe, avec une contraction du PIB de 12 % ; on est très au-dessus de la grosse crise financière de 2008-2009. Et à cette crise conjoncturelle s’ajoutent plusieurs défis structurels. Là, ce qui est remarquable, c’est que si vous faites une lecture transversale des accords de gouvernement flamand, wallon, fédéral, on voit que chacun identifie les mêmes cinq grands défis : environnemental – la transition vers une économie décarbonée –, numérique – la transition digitale –, de mobilité – accessibilité des villes, moyens de mobilité alternative, services publics –, de productivité – réduire l’écart avec nos pays voisins –, et de solidarité – assurer le financement de la sécurité sociale.

Et tout le monde semble d’accord sur la nécessité d’investir…

C’est le fondement de la relance. Il faut savoir que le taux d’investissement public en Belgique est inférieur à la moyenne européenne ; en 20 ans, nous avons accumulé un retard de l’ordre de 70 milliards d’euros ! La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, l’environnement macro rend possible l’investissement public, parce que les taux d’intérêt sont relativement bas, mais aussi parce que le dogme sur l’investissement public a radicalement changé, on a basculé.

Quel est-il, ce « basculement » ?

Prenez le plan national d’investissement stratégique de Charles Michel, présenté fin 2018, il était bon, on s’en sert d’ailleurs comme l’une de nos sources d’inspiration, mais il est resté lettre morte, d’une part parce que c’était la fin de législature, aussi parce qu’à l’époque on était tenus par les carcans budgétaires européens, et beaucoup de gens, à la Banque nationale, au FMI, etc. pensaient qu’il fallait y aller mollo avec l’investissement public. Aujourd’hui, non seulement la Commission nous donne des moyens pour investir massivement mais elle nous impose un timing hyper serré pour le faire ! C’est un « acquis » de la crise corona… Je voudrais que nos enfants et petits enfants s’en rappellent en se disant : « Tiens, en 2020, c’est là où le dogme est tombé, où l’on a vraiment changé de paradigme et de logiciel, pour réinvestir dans ce qui nous lie, ce qui nous protège des crises systémiques ».

Ce changement de logiciel, cela veut dire que la dette ne compte plus ?

Certains Etats ne peuvent pas supporter un taux d’endettement de 60 %, et sont mis sous pression de leurs créanciers, alors que d’autres, comme le Japon, vivent très bien depuis quatre décennies avec 200 % de dette… Bref, ce n’est pas le niveau absolu qui compte, mais la charge que l’on peut supporter. Là, l’agence de la dette fait de l’excellent boulot pour rééchelonner nos échéances dans un environnement de taux très intéressant. Et puis, ce qui est important, c’est le contenu de la dette : si vous jouez au casino, ce n’est pas la même chose que si vous achetez une maison ou un actif… Aujourd’hui, au vu des défis énoncés tout à l’heure, et avec, en plus, le fait que l’on est en sortie de crise, aujourd’hui donc, investir, cela a énormément de sens.

Même si le logiciel a changé, comme vous le dites, même si l’agence de la dette fait du bon boulot, même si les conditions sont favorables, à un moment, il faudra rembourser…

Le but n’est pas d’être la cigale comme dans la fable de La Fontaine, mais de concentrer l’effort dans les investissements productifs. C’est la macro de Keynes : un euro d’investissement public aura un effet multiplicateur sur la remise à l’emploi, sur le retour en valeur ajoutée, sur le retour fiscal. Investir aujourd’hui permet de protéger les rentrées fiscales futures et éviter un emballement du déficit futur.

La Commission européenne se montre pourtant critique vis-à-vis du budget de la Belgique.

L’Europe nous dit que nous devons veiller à la soutenabilité de la trajectoire compte tenu notamment du coût du vieillissement et des autres défis mais, je le répète, la crise du corona a changé la donne et c’est désormais l’Europe qui nous pousse à investir.

Au fond, quel est votre rôle exactement dans la mise en œuvre de ce plan de relance ?

Mon rôle, c’est de coordonner le processus mais les projets sont portés par les ministres et les autorités compétentes. L’exercice est effectué dans le respect des compétences de chacun, c’est donc un plan collectif dans lequel viennent se greffer les projets de chacun. C’est la raison pour laquelle je souligne trois impératifs méthodologiques : la transversalité, l’« inclusivité », et la transparence.

C’est-à-dire ?

Cela signifie que nous allons travailler en pleine concertation avec les fédéral et les entités fédérées, que ce plan de relance sera co-construit avec de multiples partenaires comme le Conseil central de l’Economie, le Conseil fédéral du développement durable, la Banque nationale et le Bureau du plan. Enfin, nous nous sommes engagés à mener le processus de manière ouverte, avec des rapports réguliers sur l’avancement du projet. Il faut donner rapidement de la matérialité à tout cela, il faut que les discussions portent avant tout sur des projets et pas sur des montants financiers.

Les groupes de travail sont déjà constitués ?

Ils le sont, la méthodologie est en place et tout le monde est aligné sur les objectifs qui sont ceux de l’accord de gouvernement et du cadre fixé par l’Europe. Nous avons déjà effectué beaucoup d’allers-retours avec la Commission européenne et dès la semaine prochaine, les premiers projets vont commencer à remonter : 200 sont arrivés au cabinet à ce stade. Les entités fédérées sont présentes dans tous les groupes de travail, et le tout passera en comité de concertation.

De quels montants parle-t-on, finalement ?

Il y a un volet « subsides », de l’ordre de 5,1 milliards, et un volet endettement, de l’ordre de 6 à 8 milliards, pour l’essentiel. C’est à la fois énorme et peu, puisque 4,5 milliards, c’est l’équivalent de 1 % du PIB. Tout le défi, c’est de parvenir à générer un effet multiplicateur au départ de cette enveloppe initiale. En mobilisant l’investissement des entreprises, en mobilisant l’épargne privée également, nous avons des projets en ce sens. Un exemple qui peut nous inspirer, c’est le programme Scholen van Morgen en Flandre (qui unit argent public et privé pour rénover les écoles, NDLR).

Peut-on estimer ces « effets multiplicateurs » ?

Si on arrive à un multiple oscillant entre 2 et 4, portant sur les 5 milliards, ce sera déjà très ambitieux.

Vous dites : parlons projets, on répartira ensuite. Mais il y aura forcément du tirage entre les Régions pour capter sa part du gâteau, non ?

Je crois que l’optimisme de la naïveté est une qualité. Mon postulat, et c’est aussi ce que je vois au quotidien, c’est que tout le monde est prêt à jouer le jeu. Il faudra évidemment que chacun s’y retrouve, mais visons d’abord les objectifs, la cohérence, la discussion sur les enveloppes viendra ensuite.

C’est tout de même un pari, vu la manière dont la concertation fonctionne en Belgique…

La concertation échoue souvent parce que nous ne sommes pas d’accord, au départ, sur la direction qu’il faut prendre. Dans le cas présent, la vision est très claire. De plus, nous sommes aidés par la Commission européenne : le timing est strict, nous n’avons pas d’autre choix que de réussir au risque sinon de passer à côté d’une fameuse opportunité. Il est objectivement plus facile de discuter quand le financement est déjà connu. Enfin, on va bosser sur de nombreux projets qui sont de nature interfédérale : la rénovation des bâtiments publics, cela va bénéficier à tous les territoires.

Donc, pas d’accord pour l’instant sur une clé de répartition de la manne européenne ?

Il y a un accord sur les enjeux et un accord pour dire qu’on ne va pas fixer la clé de répartition « ex-ante ».

Coronavirus : comment surmonter ce second confinement?

Coronavirus : comment surmonter ce second confinement?

Notre pays est dans une situation d’urgence sanitaire », clamait le Premier ministre Alexander De Croo. C’était il y a trois semaines à peine. Le comité de concertation annonçait toute une série de mesures pour endiguer la propagation de l’épidémie. Les mesures « de la dernière chance » disait le Premier ministre. Malgré des similitudes avec le « lockdown » de mars dernier, ce reconfinement se voulait toutefois moins restrictif. Cette fois, la liberté de se déplacer et de préserver un contact rapproché était bel et bien maintenue. Le retour d’un « lockdown sans isoler nos concitoyens ni les personnes qui vivent seules » insistait le ministre-président wallon Elio Di Rupo.

Il semblerait pourtant que ce second confinement soit bien plus éprouvant pour la population. Les règles de distanciation auraient un impact négatif sur le bien-être psychologique des Belges. Et la diminution du nombre d’infections n’y changerait rien. C’est en tout cas ce que démontre une étude de l’Université d’Anvers (UAntwerpen) basée sur un questionnaire d’auto-évaluation rempli par 20.000 personnes. « La plupart des gens sont actuellement au pire niveau de la première vague », déclare Philippe Beutels, l’un des chercheurs à l’origine de l’étude.

Epuisement des ressources

Sur le terrain, nombreux sont les psychologues à constater les dégâts psychologiques de ce second confinement. « Nous ne partons pas avec le même bagage de ressources psychiques. Beaucoup d’entre nous ont mal supporté le premier confinement et certains ne s’en sont pas tout à fait remis. Les vacances d’été n’ont pas été ce qu’elles sont d’habitude ; elles ne nous ont pas permis de nous ressourcer comme elles le font les années précédentes », explique Evelyne Josse, psychologue et chargée de cours à l’université de Lorraine (Metz). « Un autre facteur fragilisant, c’est la saison. Avec l’automne reviennent les dépressions saisonnières. L’approche des fêtes de fin d’année est aussi pour beaucoup une période difficile. »

Sans compter qu’avec ce second confinement, certains Belges doutent de l’efficacité de leurs efforts pour lutter contre l’épidémie. « Aujourd’hui, on nous parle déjà de la possibilité d’une troisième vague. Sans réelle perspective de juguler l’épidémie, nous nous décourageons. Dans une situation adverse, pouvoir anticiper un avenir meilleur est pourtant indispensable à tout être humain », ajoute la psychologue.

Pas tous logés à la même enseigne

Toujours selon l’étude de l’Université d’Anvers, ce sont les travailleurs horeca et les étudiants de 16 à 25 ans qui sont les plus affectés mentalement. Avec les modalités d’enseignement qui changent fréquemment et les examens qui approchent, les étudiants sont confrontés à énormément d’incertitudes. Sans parler de la perte de leur job étudiant suite à la fermeture des commerces non essentiels et de l’horeca.

En revanche, l’impact de ce second confinement serait plus modéré pour les personnes plus âgées. « Bien sûr, nous craignons toujours la contamination par le virus, mais la répétition du risque nous l’a rendu plus familier. Si les personnes vulnérables et les personnes âgées craignent toujours pour leur santé, pour une grande part de la population, c’est l’anxiété par rapport aux conséquences économiques et à l’emploi qui prédominent. Cette anxiété s’aggrave avec ce deuxième confinement et le rend plus difficile à vivre », soutien Evelyne Josse.

Lueurs d’espoir

Dans cette grisaille ambiante, il y a tout de même certaines lueurs d’espoir non négligeables : le nombre de nouvelles contaminations diminue, tout comme la quantité de lits occupés dans les hôpitaux, les vaccins pointent le bout de leur nez. Et comme l’assure le docteur Daniel Neu, « le covid aura une fin, même s’il est difficile de voir le bout du tunnel. »

Loin de nous l’idée d’attendre l’arrivée du vaccin pour se sentir bien, nous avons voulu répondre à la question suivante : comment vivre plus sereinement la période actuelle ? A partir de témoignages et d’avis d’experts (psychologues, nutritionniste, psychiatre), nous avons récolté plusieurs conseils autour de neuf thématiques : sommeil, contacts sociaux, cohabitation, bien-être psychologique, télétravail, nutrition, enfant(s), sports, loisirs.

Rokhaya Diallo, la voix incommodante de l’antiracisme en France

Rokhaya Diallo, la voix incommodante de l’antiracisme en France
PQR

Dans son enfance, Rokhaya Diallo, née à Paris en 1978, passait des heures devant la télévision. C’est là que, probablement sans s’en rendre compte, elle a extrait les codes qui, des années plus tard, allaient lui permettre de se mouvoir en toute aisance dans les électriques débats télévisés qu’elle fréquente de manière assidue. Ce poste de télévision a également permis à cette enfant timide et appliquée, fille d’une couturière et d’un mécanicien sénégalais, de découvrir l’une de ses futures passions : les dessins animés japonais et les mangas. « Ces dessins comportaient un tas d’éléments faisant allusion au combat, tout comme à la lutte et à la victoire dans une recherche d’un monde idéal », remarque-t-elle. « J’y vois une influence. »

Rokhaya. Il y a des personnes dont seul le nom suffit à les identifier. Dans les cercles qu’elle fréquente, lieux de convergence entre le journalisme, le militantisme et la politique, la simple évocation de ces trois syllabes permet immédiatement de savoir de qui on parle. Elle insiste sur le fait qu’elle ne représente personne d’autre qu’elle-même. Cependant, les personnes qui écoutent les débats auxquels elle participe, la suivent sur les réseaux sociaux, lisent ses livres ou regardent ses documentaires, que ce soit pour l’applaudir ou pour la vilipender, projettent sur elle une dimension supplémentaire.

« Femme, noire et musulmane », telle est sa définition personnelle. Ces trois termes peuvent suffire à susciter l’admiration : enfin une voix qui donne de la visibilité à cette France moins visible. Ou l’irritation. De fait, dans un pays où tous les citoyens sont libres et égaux et où l’Etat doit fermer les yeux sur leur religion, couleur de peau ou attachement à d’autres identités, apparaît une personne qui exhibe ces signes identitaires en dénonçant, de surcroît, qu’en 2020, ces marques constituent un motif de discrimination et que la France, à l’instar des Etats-Unis, traîne un péché racial originel.

« La France est un pays où les femmes doivent s’exprimer selon une logique de séduction ; nous sommes éduquées pour plaire, être agréables et souriantes. De plus, on attend d’une femme noire une espèce de gratitude. Mon aisance dans les médias et le fait de m’y sentir à ma place sont perçus comme une forme d’arrogance », indique-t-elle. « Si j’incarne quelque chose, c’est une expression minoritaire, du fait que je suis femme, noire et musulmane. Nous ne sommes pas nombreuses à être aussi visibles », poursuit-elle. Et d’ajouter : « Je paie plus cher que les autres la moindre erreur. »

Le texte sur « Charlie Hebdo » a rapidement et mal vieilli

L’entretien mené pour préparer ce portrait remonte au vendredi 16 octobre, à 17 heures. Au même moment, à Conflans-Sainte-Honorine, une ville située à 35 kilomètres du café proche du Centre Pompidou à Paris où se déroule notre conversation, un réfugié tchétchène mû par l’agitation causée par l’islamisme radical sur les réseaux sociaux décapitait Samuel Paty, car cet enseignant avait montré en classe les caricatures de Mohamed publiées par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

« Votre statut de femme, musulmane et noire vous rend privilégiée », reprochait l’essayiste Pascal Bruckner à Rokhaya Diallo quelques jours après cet attentat dans une émission de télévision à laquelle tous deux participaient. « Cela vous permet de dire un certain nombre de choses qui, si moi je les avais dites – je pense notamment à ce que vous avez dit sur Charlie Hebdo et qui a entraîné, avec d’autres, la mort des 12 de Charlie Hebdo… » « Ce que j’ai dit a entraîné la mort de quelqu’un ? C’est scandaleux ce que vous dites », a répondu Rokhaya. « Je n’ai absolument aucune responsabilité dans aucun attentat terroriste. »

Pour étayer ces lourdes accusations, Bruckner a cité un texte qui, comme l’admet aujourd’hui Diallo, fait partie de ces erreurs qu’elle aurait payées plus cher que d’autres. Il s’agit d’une lettre collective publiée en 2011, au lendemain d’une première attaque sans morts ni blessés qui a mis le feu à la rédaction de Charlie Hebdo. Le texte accusait l’hebdomadaire d’« anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe » et affirmait qu’« il n’a pas lieu de s’apitoyer » sur cette publication, puisque « les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance ».

Elle l’a signé. « C’était en 2011, avant les attentats de 2015, mais il est présenté comme si nous l’avions signé après ces événements. Une vingtaine de personnes y ont adhéré. Pourtant, je suis la seule à essuyer des critiques », pointe-t-elle. « De mon point de vue, ce texte n’était pas pertinent », admet-elle.

« Les commentateurs de télé ou de radio sont des hommes blancs »

Rokhaya Diallo jouit d’une notoriété publique en France depuis pas moins de dix années. Après ses études de droit et de commerce, elle a travaillé pour la chaîne Disney. Les émeutes en banlieue de 2005, faisant suite au décès de deux adolescents électrocutés alors qu’ils fuyaient la police, ont réveillé sa conscience politique. « Les médias les ont fait passer pour des voyous. Ils auraient pu être mes frères ou mes cousins ; leur vie ne valait rien », se souvient-elle. « J’ai alors compris que les commentateurs de télévision ou de radio étaient des hommes blancs, et qu’ils évoquaient ces faits comme s’ils étaient fort lointains. » Elle s’est consacrée toutes ces années à tenter de combler cette lacune. « Si je suis française, c’est parce que la rencontre entre mes ancêtres et la France fut raciste, coloniale et violente », souligne-t-elle, infatigable contre ce qu’elle qualifie de « racisme systémique ou de l’Etat ».

Or, comment soutenir cette thèse alors que la Constitution proscrit la discrimination raciale, qui est illégale ? La réponse réside, en partie, dans les marginalisations concrètes reconnues par Macron en personne : au niveau du logement, de l’éducation et du marché du travail. Tout comme dans les actes racistes de la police, comme l’a admis Jacques Toubon, l’ancien Défenseur des droits. Il s’agit d’une équation complexe. Rokhaya Diallo précise que « le racisme d’Etat ne signifie pas que, d’un point de vue juridique, l’Etat est raciste : ce problème ne doit pas être inscrit dans la législation pour que les institutions le propagent ».

« Je ne suis pas en faveur du voile : je défends la liberté de choix »

Pour ses adversaires, nombre de ses opinions correspondent à des idées de l’étranger directement héritées du multiculturalisme américain. Elles se heurtent à un concept de la laïcité à la française, et même au féminisme auquel elle prétend souscrire. Diallo, par exemple, ne s’oppose pas au voile, qu’elle ne porte pas, et désapprouve la loi de 2004 interdisant le port ostentatoire de signes religieux – dont le foulard islamique – dans les écoles. « Je ne suis pas en faveur du voile : je défends la liberté de choix. Au centre des considérations doit figurer la liberté des femmes à disposer de leur corps. Par rapport au port du foulard, je me battrai à la fois contre son interdiction à toute femme musulmane française et contre son imposition en Iran ou en Arabie Saoudite. C’est le choix et l’absence d’imposition qui comptent. En France, selon une étude de l’Institut Montaigne, la plupart des femmes qui portent le foulard le font librement », invoque-t-elle.

Face à l’objection assimilant éventuellement le voile à une injonction machiste, une manière de contrôler le corps des femmes, elle rétorque : « La plupart des filles qui portent le foulard signalent qu’elles le font par soumission devant Dieu. La théologie n’étant pas mon point fort, je ne vais pas m’aventurer sur ce terrain. Mais si nous examinons le voile comme un symbole affirmant la dignité du corps, il nous est impossible de ne pas l’associer à d’autres signes, par exemple les talons, qui déforment les pieds. » « Je n’apprécie pas que, dans un pays où les musulmans constituent une minorité, on juge leur sexisme particulièrement rétrograde : le sexisme est généralisé », ajoute-t-elle.

« La France : tu l’aimes ou tu la fermes »

Toutes ces positions à contre-courant, son insolence, sa détermination à dénoncer le « racisme institutionnel » ont conduit le gouvernement français, fin 2017, à l’évincer d’un groupe d’experts sur le numérique. Le New York Times a consacré un éditorial à l’affaire Diallo qu’il a intitulé « La France ne réussit pas à affronter le racisme ». « On me répète constamment que je n’aime pas la France. Pourtant, j’avais accepté d’offrir mon temps à la République pour une cause qui me tenait à cœur », observe-t-elle.

La race, comme le sentiment national, est un enjeu qu’il faut apprendre. Dans son enfance, Diallo n’avait pas conscience de sa couleur noire. Elle a grandi dans la banlieue de Paris, entourée de personnes de toutes origines. Postérieurement, au travers du regard des autres, elle va découvrir qu’elle est noire. On lui demandait d’où elle venait. On l’interpellait, car elle n’avait pas d’accent en français. Des années plus tard, d’aucuns contesteront sa loyauté envers son pays. Son dernier livre est intitulé La France : tu l’aimes ou tu la fermes .

La chronique «Vous avez de ces mots: «{Click & Collect}, peut-on mieux dire?

La chronique «Vous avez de ces mots: «{Click & Collect}, peut-on mieux dire?

Ce deuxième confinement est l’occasion de nous poser des questions sur notre mode de vie au temps du coronavirus. Par exemple, au sujet de nos habitudes de consommation : ne voilà-t-il pas que nous discutons à l’envi de ce qui distingue les commerces essentiels et ceux qui ne le seraient pas !

Pour les commerces catalogués comme « non essentiels », l’adage « Primum vivere deinde philosophari » l’emporte sur toute autre considération. En temps de crise, l’innovation est de mise et elle prend la forme du « click & collect ». Du quoi ? s’étrangle un lecteur allergique à cette appellation cliquetante venue du (mauvais) côté du Channel. Keep it chill, bro ! Ce billet va remettre les pendules à l’heure de Panam.

Un procédé efficace

Le système du « click & collect » ne date pas de la dernière pandémie. On le doit à une firme anglaise, Argos, qui l’a mis en place dans les années 2000. Le principe de base est simple : vous passez commande d’un produit sur Internet (click), puis vous venez le retirer à l’endroit de livraison (collect). Cela nécessite bien sûr des ressources informatiques dont les grandes enseignes disposent depuis quelques années déjà, mais parfois inaccessibles pour les petits commerces.

Même s’il ne remplace pas le contact direct avec le personnel du magasin ou de la boutique, ce système a de fortes chances de s’imposer à large échelle, au-delà de la pandémie actuelle. D’où l’intérêt de s’attarder quelque peu sur sa dénomination, hâtivement empruntée au monde anglo-saxon, avec la perspective d’adopter un néologisme plus « français ».

Des terminologues aux aguets

On le sait trop peu, mais il existe une « veille terminologique » pour la langue française, dans laquelle le Québec joue un rôle déterminant vu sa position géographique et économique. Elle est également bien présente en France, grâce aux travaux de la Commission d’enrichissement de la langue française. Les néologismes recommandés par cette Commission sont soumis à l’aval de l’Académie française, puis publiés au Journal officiel.

Ladite Commission a fait preuve d’un réel sens de l’anticipation dans le dossier « click & collect ». Dès juillet 2016, elle a publié dans le Journal officiel une fiche recommandant de substituer à « click & collect » la locution « retrait en magasin » ou son synonyme « cliqué-retiré ». Ce faisant, elle a grillé la politesse à l’Office québécois de la langue française qui a attendu 2019 pour proposer prioritairement « ramassage en magasin », avec comme équivalents « collecte en magasin » et les deux locutions déjà avancées par France Terme.

Des néologismes en pagaille

Les instances officielles n’ont pas l’exclusivité de la création terminologique. Sur les réseaux sociaux, certains s’en donnent à cœur joie depuis quelques semaines pour bouter « click & collect » hors du vocabulaire français.

Une première série de créations exploite la structure « [action de X] en magasin » : collecte, ramassage, retrait en magasin. Avec la variante retrait sur place, moins précise sur l’endroit de livraison. Ces néologismes ne brillent pas par leur originalité, mais ils ont l’avantage d’être immédiatement compréhensibles. À mes yeux, ils présentent deux faiblesses : d’une part, ils ne désignent que l’étape finale du processus, puisqu’ils n’évoquent pas la commande ; d’autre part, leur longueur les rend moins efficaces du point de vue de la communication.

Une autre catégorie suit le modèle « [participe passé du verbe X] – [participe passé du verbe Y] : cliqué-emporté, cliqué-livré, cliqué-retiré. Cette fois, les deux étapes importantes dans l’acquisition du produit sont nommées, sous une forme percutante. En outre, la structure rappelle celle déjà utilisée dans copié-collé, dont la variante graphique copier-coller pourrait aussi inspirer cliquer-emporter, cliquer-livrer, cliquer-retirer.

Un troisième groupe associe deux verbes conjugués, interprétables comme des impératifs : clique et cueillette, clique et collecte, clique et rapplique. Avec des variantes au pluriel, du type cliquez et ramassez. Ces formes me paraissent présenter les avantages du modèle précédent, avec un atout supplémentaire : mieux qu’un participe passé très administratif, le mode du verbe incite à l’action. De plus, clique évoque l’appellation anglaise, ce qui pourrait favoriser son adoption dans l’usage.

Une réserve, toutefois : le deuxième verbe prend, dans ce contexte, un sens inédit, de nature à rebuter certains. Le retrait d’un produit n’est pas le résultat d’une cueillette  ; l’on peut aussi hésiter sur l’emploi de collecte. Quant à rapplique, il revêt une connotation familière un peu détonante dans certains contextes.

Votre choix sera le mien

D’autres suggestions ont été avancées (cueillette en magasin, clic et cueillette, clic et retrait, cliqué-payé, service cliquer et ramasser, etc.), mais elles me semblent moins pertinentes que les précédentes… et que les propositions que vous ferez à la suite de ce billet. Quant à indiquer celle(s) à retenir dans les futures nomenclatures des dictionnaires, je m’en garderai bien. Une sélection s’opérera dans les prochains mois, suivant des critères dont certains ne sont pas d’ordre linguistique : jugements esthétiques, notoriété des usagers, coup de cœur ou gueulante d’un influenceur.

Enfin, ne perdons pas de vue que le néologisme choisi devra faire ses preuves dans des contextes syntaxiques déterminés : adopter le « clique et rapplique », recourir au « cliqué-emporté », la pratique du « cliquer-livrer », les avantages du « retrait en magasin », etc. Comme « click & collect », il lui faudra servir tout à la fois de slogan et de formule aisée à intégrer dans un texte suivi.

Vous l’avez compris, terminologue, c’est un vrai métier qui requiert bien des aptitudes. Et il en faudra beaucoup pour que ce click & collect prenne ses cliques et ses claques !

Standard: six défis à relever pour bien finir l’année

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Le Standard s’apprête à disputer dix matches en 35 jours, les derniers de l’année 2020. En espérant connaître moins de soucis qu’il y a un an lorsque l’accumulation des blessés, mais aussi de fatigue, avait plombé le mois de décembre, et la suite de la saison, et permis au FC Bruges de prendre la foudre d’escampette. Le rendez-vous de samedi (16h15) face à l’AS Eupen, où il s’agira de relancer la machine, servira déjà de révélateur pour une équipe qui a montré, juste avant la trêve internationale, des signes inquiétants de fébrilité, dans tous les compartiments du jeu. A la rue sur la scène européenne, où ils n’ont pas encore grappillé la moindre unité, les joueurs liégeois conservent pourtant le cap et le contact en championnat, où ils ne pointent qu’à une longueur du leader brugeois. Mais Philippe Montanier sait pertinemment bien que si le Standard n’élève pas le niveau de son jeu, il sera difficile à son équipe de continuer à tenir la distance. C’est donc tous les principes de jeu, défensifs et offensifs, qu’il a retravaillés depuis le début de la semaine, conscient que si ses cadres ont baissé de pied, à l’image de Samuel Bastien, Selim Amallah, Nicolas Gavory ou Gojko Cilirot, c’est collectivement que le Standard devra trouver la solution à ses problèmes.

1. De la fraîcheur à récupérer

À l’image de plusieurs de ses cadres, comme Nicolas Gavory et Collins Fai, le Standard avait bouclé, il y a près de deux semaines, sa deuxième série de 7 matches en 23 jours en tirant la langue. À Sclessin, la troisième trêve internationale de la saison aura donc fait le plus grand bien. « Même si c’est chouette d’enchaîner les matches, les organismes avaient besoin de souffler », reconnaît Noë Dussenne. « Certains, qui sont sur la brèche depuis le début du mois d’août, ont pu couper et relâcher. Cela fait du bien ». Philippe Montanier ne dit rien d’autre : « On a enchaîné 7 matches en 23 jours et 20 jours sans repos, avec beaucoup de déplacements, la fatigue des matches et la tension. La pause a donc été régénérante pour les joueurs, physiquement et mentalement ».

Conscient que certains de ses joueurs étaient un peu « cuits » et avaient besoin de retrouver de la fraîcheur avant d’aborder la dernière ligne droite de l’année 2020, même s’il a utilisé 27 éléments à l’occasion des 18 rencontres disputées depuis le début de la saison, le technicien français a mis l’accent, lors de la première semaine, sur la récupération, en séparant ses joueurs en trois groupes, avec des charges de travail très différentes. « On a créé des groupes de niveau avec ceux qui ont beaucoup joué, ceux qui ont moins joué et les jeunes qui n’ont pas joué du tout, en faisant en sorte que les uns et les autres ne s’entraînent pas en même temps, pour individualiser le travail et ainsi remettre tout le monde à peu près au même niveau ».

C’est ainsi, à titre exemplatif, que les éléments les plus utilisés depuis la reprise de la saison, le 8 août dernier, ont été invités à se présenter au centre d’entraînement à trois occasions seulement, pour des séances axées sur la récupération. Avant que tout le monde, à l’exception des internationaux (Bodart, Bokadi, Boljevic, Laifis, Cimirot, Jans et Amallah), se retrouve à la même table dès lundi, pour « travailler des choses qui doivent être acquises mais qui peuvent vite s’oublier si on ne les cultive pas quotidiennement ».

2. Un jeu défensif à mieux maîtriser

Le Standard (re)découvre la vie sans Zinho Vanheusden, qu’on ne verra plus cette saison sur les pelouses. Pas simple, tant avant sa rupture du ligament croisé antérieur du genou droit, le jeune Limbourgeois avait pris de la carrure et s’était imposé comme le véritable patron de la défense liégeoise. C’est dire si son absence sera difficile à (di)gérer pour une équipe qui, sans lui, a été catastrophique sur le plan défensif à Poznan et aura au final pu compter sur la maladresse de Mbokani pour s’en sortir miraculeusement à l’Antwerp.

Pourtant, les statistiques renseignent que le Standard n’a encaissé que 10 buts en 12 matches de championnat, ce qui fait de sa défense la meilleure de l’élite avec Charleroi (qui a joué un match de moins). Mais le chiffre, aussi positif soit-il, est trompeur, tant le jeu défensif liégeois a perdu de sa solidité et sa sûreté au cours des derniers rendez-vous d’avant trêve internationale. « On a retravaillé tous les principes de jeu, parce que je trouve que sur les derniers matches, on n’a pas été très performant, ni offensivement ni défensivement », reconnaît Philippe Montanier, qui croise les doigts pour ne pas perdre, sur blessure, suspension ou fond de crise sanitaire, Bope Bokadi, Noë Dussenne ou Kostas Laifis.

Si le Standard est apparu aussi friable sur le plan défensif, c’est aussi parce qu’il a payé au prix fort les manquements d’un entrejeu jadis dominant mais cette fois dominé par ses derniers adversaires et qui a perdu trop de ballons.

3. Un calendrier à bien gérer

Le Standard terminera donc l’année 2020 par une série de 10 matches à jouer en l’espace de 35 jours, du 21 novembre au 26 décembre. « C’est énorme », confie Philippe Montanier. « On va avancer par match par match, en voyant à chaque fois qui sera disponible. C’est assez banal de dire ça, mais c’est la réalité ». Réalité liée à la situation sanitaire, mais aussi aux blessures qui, à l’image de celle encourue par Zinho Vanheusden, pourraient à certains postes priver le coach français de réelles solutions.

On se souvient que l’année dernière, le mois de décembre avait été terriblement compliqué en bord de Meuse, où le groupe piloté alors par Michel Preud’homme avait été décapité par de nombreuses blessures et avait terminé sur les rotules, clôturant l’année 2019 par trois défaites de rang (1-3 face à l’Antwerp en quart de finale de la Coupe de Belgique, 2-1 à Waasland-Beveren et 0-1 contre La Gantoise) après trois partages signés à Mouscron, face à Arsenal et Anderlecht.

« Ce qui pose problème, ce n’est pas de disputer beaucoup de matches, parce que les joueurs sont préparés à ça et qu’on a bâti un noyau pour pouvoir le faire », avait à l’époque expliqué Preud’homme. « Ce qui est tuant, c’est de jouer tous les trois jours, avec deux jours de récupération seulement entre deux rencontres. C’est mortel parce qu’il nous manque une journée de récupération… »

D’où la question : Philippe Montanier ne va-t-il pas être tenté de faire tourner son effectif lors des trois derniers matches d’Europa League, sachant que le sort du club liégeois est scellé, ou presque, pour privilégier les sept matches de championnat qui figurent au menu d’ici à la trêve des confiseurs ? C’est une vraie possibilité. « On va voir comment le coach va analyser la situation », précise Noë Dussenne. « On a très mal démarré cette campagne européenne, mais on a envie de montrer qu’on vaut mieux que ça. Il y a une fierté en jeu, et une revanche à prendre, avec deux matches à jouer à domicile. Et puis, on s’est battu toute une saison pour pouvoir être là ». On sera rapidement fixé, la réception de Lech Poznan étant déjà prévue jeudi prochain.

4. Des cadres sur lesquels à nouveau s’appuyer

Qui n’a pas fait le constat ? Si, au moment de sa grave blessure, Zinho Vanheusden était en pleine progression, tous les autres cadres de l’équipe liégeoise, à l’exception toutefois d’un Arnaud Bodart devenu terriblement constant, ont vu leur niveau de jeu chuter d’importance. C’est le cas de Gojko Cimirot, moins autoritaire en milieu de terrain qu’il ne l’avait été ces deux dernières années, de Samuel Bastien, qui peine à revenir dans le parcours après une déchirure du tendon qui l’a laissé six semaines sur la touche, de Nicolas Gavory, en grosse difficulté à Poznan et à l’Antwerp ou encore de Selim Amallah, trop brouillon et parfois trop négatif dans ses attitudes sur le terrain, lorsqu’il perd le ballon notamment.

C’est évidemment un souci de taille pour Philippe Montanier, qui est parfaitement conscient du problème. « Sur une saison, c’est difficile d’être performant dix mois sur douze », dit-il. « Il peut arriver qu’un joueur important de l’effectif ait soudain un coup de moins bien, mais c’est alors aux autres à prendre le relais. Mais on ne peut pas se permettre d’en avoir quatre en même temps, sinon l’équipe perd de son rendement ».

Le technicien français veut croire aux bienfaits de cette pause de deux semaines. « J’espère que cette trêve FIFA a régénéré tout le monde et que chacun va retrouver son niveau, ce qui est indispensable pour qu’on puisse être performant ». Et d’évoquer la situation de Nicolas Gavory. « Il a été beaucoup sollicité depuis le début de saison. C’est aussi l’un des joueurs qui effectuent le plus de courses et de sprints dans un match. Il a donc pu être émoussé. Mais il a le potentiel pour faire mieux et apporter bien plus, sur le plan offensif notamment, comme c’est le cas de l’ensemble de notre équipe ». La méforme de Samuel Bastien ? « On s’aperçoit que des blessures sont parfois de vrais coups d’arrêt. Mais ça revient. Plus que des individualités, c’est un collectif qui doit se remettre en route ».

5. Un meilleur niveau de jeu à retrouver

Où est passé le Standard si solide et si conquérant qui s’était produit le 4 octobre sur la pelouse de Charleroi (victoire 1-2) et qui le 17 avril avait tenu tête au FC Bruges (1-1) ? Bien malin qui pourrait répondre à la question. C’est que depuis, le niveau de jeu de la formation liégeoise, que l’on croyait pourtant lancée, a terriblement chuté. Ce qui s’est payé cash sur la scène de l’Europa League, où Samuel Bastien et ses équipiers ont été balayés par les Glasgow Rangers, Benfica et Lech Poznan, et un peu moins en championnat où, après une sortie catastrophique à Saint-Trond, les Rouches ont entretenu l’illusion et sauvé les apparences face à Ostende et à l’Antwerp, en grappillant quatre points sur six de manière presque inespérée.

Mais Philippe Montanier n’est pas dupe pour autant : il sait que le Standard devra être capable de bien mieux et de produire un jeu de bien meilleure qualité s’il veut rester accroché à la tête du classement. « On a profité de la trêve pour travailler les détails qui peuvent faire la différence », explique-t-il. « La qualité de jeu va devoir augmenter. Il va falloir être bien meilleurs mais aussi croiser les doigts pour ne pas avoir trop de cas positifs au Covid car quand on doit jouer tous les trois jours, il faut pouvoir disposer d’un maximum de solutions. Lorsqu’on dispose de l’essentiel de son effectif, on est mieux armé pour performer ».

Aussi Philippe Montanier et son staff sportif ont-ils insisté, cette semaine, pour les joueurs reprennent tout à zéro, par le biais de séances vidéo notamment. « Le coach nous a remontré tous les principes de jeu, défensifs mais aussi offensifs, en passant en revue ce qu’on avait bien fait et mal fait », précise Noë Dussenne. « C’est vrai qu’on n’a pas eu des matches faciles, mais on se doit de monter chacun son niveau pour être plus performant, si l’on veut accrocher le wagon des quatre premiers ».

6. Un jeu offensif à redynamiter

Le chiffre parle de lui-même : avec 15 buts inscrits en 12 sorties en championnat, le Standard occupe le fond du panier de la division 1A. Seuls Eupen, Saint-Trond, Waaland-Beveren et Mouscron, avec pour tous ceux-ci moins de matches au compteur, présentent un bilan plus négatif. Jamais encore, jusqu’ici, Philippe Montanier n’a trouvé la bonne formule, aucun attaquant, parmi lesquels Obbi Oulare, Felipe Avenatti et Jackson Muleka (actuellement blessé), sans même parler de Duje Cop, n’étant parvenu à s’imposer et à prendre le dessus. Ce qui a incité le technicien français à opter à plusieurs reprises pour un faux numéro 9, Selim Amallah ou Michel-Ange Balikwisha, ce qui constitue d’abord un choix par défaut, et le plus souvent pour une défense à cinq, afin de sécuriser au maximum la ligne arrière sachant les difficultés rencontrées à l’autre bout du terrain pour inscrire un but.

« On attaque et on défend ensemble », assène Noë Dussenne, pour qui les responsabilités ne reposent pas uniquement sur les épaules des attaquants. « On possède des joueurs de qualité, ce qui m’incite à être confiant et à croire qu’un petit déclic peut survenir à tout moment. Si cela tombe, un joueur va inscrire cinq buts sur les sept derniers matches de l’année en championnat et on dira qu’on a trouvé notre buteur ».

Si l’accent est régulièrement mis, lors des séances d’entraînement, sur les exercices de finition, Philippe Montanier et son staff ont aussi beaucoup travaillé, cette semaine, les animations offensives, en insistant notamment sur la mission offensive qui incombe à Collins Fai et Nicolas Gavory lorsque le Standard se présente avec une défense à trois, ou à cinq c’est selon, ce qui a été le plus souvent le cas au cours de ces dernières semaines. À eux, dans ce cas-là, d’oser s’aventurer plus loin, de faire la ligne et d’adresser des centres, ce que ne fait pas suffisamment le latéral gauche français et pas assez précisément le back droit camerounais.

Pourquoi il vaut mieux ne pas aller skier cette année

Pourquoi il vaut mieux ne pas aller skier cette année
REUTERS.

Y aura-t-il de la neige à Noël ? Pour les stations de sports d’hiver, l’éternelle question fait boule de neige cette année : y aura-t-il des skieurs à Noël - et même à Carnaval ? Si la Suisse a rouvert ses pistes en renforçant les mesures sanitaires et que l’Autriche prévoit de faire de même le 17 décembre, le sort des stations de ski dans la France toujours confinée n’est pas encore décidé. D’après un protocole testé cet été, on pourrait skier à visage découvert mais le masque sera obligatoire dans les files d’attente, les remontées mécaniques, les rassemblements des cours de ski et les commerces... Pour peu qu’il y ait un feu vert (ou non) du gouvernement français, qui affiche une très grande prudence quant à un désserrement progressif du confinement d’ici la fin de l’année.

Chez nous, le Premier ministre Alexander De Croo a déconseillé ce vendredi aux Belges de partir aux sports d’hiver afin d’éviter de relancer la pandémie de Covid-19. Un conseil frappé au coin du bon sens qui n’étonne nullement les experts. Pour l’infectiologue Nicolas Dauby (CHU Saint-Pierre), c’est même une « évidence » : « La deuxième vague va s’aplanir et on peut espérer un creux pour Noël. Or inévitablement la rencontre de gens dans des lieux exigus favorise la propagation du virus. Ce n’est pas le moment », martèle le clinicien qui donne l’exemple d’une souche espagnole du virus décelée en Irlande, preuve que les mouvements de population donnent aussi au SARS-CoV2 la possibilité de voyager.

Ce n’est pas tant le fait de chausser des skis qui pose problème, mais bien de voyager, estime également le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem.  : « En vacances, on est susceptible de baisser de vigilance et on risque dès lors de propager le virus ou de le ramener. Mais ça vaut pour tout rassemblement. Il n’y a pas de raison de s’en faire particulièrement avec les sports d’hiver sauf d’un point de vue historique, quand on se souvient de la façon dont les skieurs de retour d’Italie (épicentre de l’épidémie en Europe en février dernier, NDLR) ont contribué à propager l’épidémie après les vacances de Carnaval. Selon moi, il faudra encore faire attention cette année à Carnaval, même si les personnes prioritaires pourraient être vaccinées, il n’y aura pas encore d’implémentation suffisante pour garantir une immunité de groupe. »

« Il ne faut surtout pas que se reproduise le phénomène de la fin de l’été où l’épidémie est repartie à la hausse avec le retour des vacanciers. En plus on est en hiver, donc davantage à l’intérieur où le risque de diffusion du virus dans l’air est plus grand », appuie pour sa part le professeur de santé publique Yves Coppieters (ULB) qui rappelle la nécessité de bien aérer les pièces.

Tous les voyages à l’étranger sont tout simplement déconseillés à l’heure actuelle. La carte des avis de voyage à destination de l’Europe dressée par le SPF Affaires étrangères sur son site internet est d’ailleurs presque entièrement colorée de rouge désormais, l’Islande étant le seul pays européen en orange. Pour rappel, les personnes qui reviennent en Belgique doivent remplir le passenger locator form (PLF) lorsqu’elles ont séjourné à l’étranger plus de 48 heures.

Bpost va tester des points de collecte mobiles

Bpost a noué un partenariat avec la chaîne d’articles de sport Decathlon, dont une trentaine de magasins vont se transformer en points de collecte.
Bpost a noué un partenariat avec la chaîne d’articles de sport Decathlon, dont une trentaine de magasins vont se transformer en points de collecte. - Belga.

Débordée. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire la situation de l’entreprise bpost. La fermeture des magasins non essentiels combinée à la proximité de la Saint-Nicolas et du Black Friday a boosté l’e-commerce et entraîné un afflux « historique » de colis dans les centres de tri que l’entreprise publique peine à absorber. « Cela fait trois jours que l’on bat tous les records », affirme la porte-parole de bpost, Veerle Van Mierlo. « On distribue chaque jour plus de paquets que durant le pic du premier confinement. » Elle se refuse à citer un chiffre précis mais on est « bien au-delà » des 500.000 colis/jour atteints au printemps.

Pour donner un peu d’oxygène à son réseau de distribution et tenter de raccourcir les délais de livraison, bpost demande aux consommateurs un coup de pouce en venant temporairement chercher eux-mêmes certains colis. Elle a pour ce faire noué un partenariat avec la chaîne d’articles de sport Decathlon. Dès ce lundi, une trentaine de magasins de l’enseigne (les « petits » Decathlon situés dans les centres urbains ne sont pas concernés) vont se transformer en points de collecte. Les consommateurs situés dans un rayon de 15 km autour de ces points de vente pourront venir chercher leurs paquets au guichet « click & collect » déjà existant.

Alléger la tournée des facteurs

« En fonction du code postal de votre domicile, vous recevrez un courrier électronique vous demandant d’aller chercher de préférence votre paquet vous-mêmes dans l’un de ces magasins ou dans l’un de nos 2.300 Points poste », explique Veerle Van Mierlo. « Vu la situation exceptionnelle, on demande un peu de compréhension et de collaboration à certains clients. Cela ne concerne qu’une petite partie des 500.000 paquets acheminés chaque jour. On parle de 5 %. Notre priorité reste la livraison à domicile. » Les clients pourront toujours refuser cette proposition. « Mais dans ce cas, ils recevront leur colis plus tard », indique la porte-parole.

Ce partenariat poursuit deux objectifs. D’une part, alléger la tournée des facteurs, submergés de colis. D’autre part, tenir des délais de livraison raisonnables, sachant que ceux-ci ont tendance à s’allonger. Accessoirement, le recours à Decathlon permet aussi de désengorger les locaux des points de collecte où l’espace commence à manquer.

Il nous revient que d’autres solutions « créatives » sont à l’étude pour fluidifier la distribution des colis. Selon nos informations, bpost va tester dès la semaine prochaine dans quatre villes du pays des points de collecte mobiles. Il s’agira soit de camions similaires à ceux que l’on trouve sur les marchés, avec un guichet permettant de retirer son colis. Soit d’une remorque de camion qui sera déposée à même le parking et dont un côté se dépliera pour créer le guichet. Ces points de collecte mobiles pourront contenir de 300 à 450 colis. Ils seront testés à Liège (parking du centre commercial de Belle Île), à Forest et dans deux villes flamandes.

Sortie du nucléaire: Engie rétropédale (un peu) devant les syndicats

Sortie du nucléaire: Engie rétropédale (un peu) devant les syndicats
MICHEL TONNEAU.

Un conseil d’entreprise ordinaire avait lieu ce vendredi matin à la centrale nucléaire de Tihange. Réunion fort attendue par les syndicats, qui sont arrivés avec un paquet de questions à poser à la direction, après que dans une vidéo diffusée en interne, Thierry Saegeman, le patron de la division nucléaire d’Engie, a indiqué mardi que le groupe renonçait à poursuivre ses investissements uniquement destinés à prolonger la durée de vie des centrales.

Pour rappel, le gouvernement De Croo a confirmé le calendrier de sortie du nucléaire, qui prévoit que le dernier des sept réacteurs belges sera éteint en décembre 2025. L’exécutif s’est toutefois laissé jusqu’au mois de novembre 2021 pour décider d’une éventuelle prolongation de 2 GW (Doel 4 et Tihange 3), en cas de menace sur la sécurité d’approvisionnement en électricité du pays ou d’envolée des prix. Trop tard pour Engie, qui demande que la décision soit prise avant la fin de cette année.

Sans en-tête, ni signature

Du côté des travailleurs, l’annonce a donc clairement été interprétée comme un renoncement définitif à toute prolongation de la part de l’exploitant du parc nucléaire belge. Mais au moment d’aborder le point « MAD » (pour « mise à l’arrêt définitif ») à l’ordre du jour, « la direction locale nous a donné un papier sans en-tête, ni signature, comme quoi M. Saegeman faisait un peu marche arrière », raconte Vincent Franco, délégué syndical Gazelco. Un document dans lequel Engie indique qu’« en tant qu’exploitant responsable, tout à la fois de l’exploitation en toute sûreté des installations, mais également de la gestion de la fermeture des unités et du démantèlement tel que prévu par la loi, nous nous devons de travailler sur les deux options : une éventuelle prolongation, mais également le scénario légal de la sortie complète du nucléaire en 2025 qui a été fermement rappelé par le gouvernement ».

Une explication qui reste proche de la version officielle donnée par Engie dès mardi soir, mais qui n’en a pas moins fait bondir les bancs syndicaux. « Mardi, tout le monde a compris que c’était la fin des projets de LTO (« Long Term Operations » ou prolongation de la durée de vie, NDLR), et vendredi ils reviennent en arrière », déplore Vincent Franco. « En attendant, la direction a lancé une bombe, et les travailleurs paniquent ».

Fuite des cerveaux

Une « panique » qui, précisément, peut expliquer ce que l’on peut voir comme une forme de rétropédalage de la part du management, soucieux de ne pas déclencher une « fuite des cerveaux » (vers la pétrochimie notamment). Deux mille travailleurs sont occupés par Engie sur les sites de Tihange et Doel – auxquels il faut ajouter jusqu’à 2.500 travailleurs sous-traitants par site lors des pics d’activité (c’est-à-dire les périodes d’entretien et de travaux). Certes, les premiers bénéficient d’une garantie de réaffectation à l’intérieur du groupe ou, à défaut, de reclassement au sein du secteur défini par la commission paritaire 326 (industrie du gaz et de l’électricité). « A Tihange, il y a environ 450 travailleurs qui ont moins de 50 ans », précise Vincent Franco. « Si vous avez 35 ou 40 ans aujourd’hui, il est normal de se dire qu’il faut peut-être aller chercher du travail ailleurs, d’autant qu’il s’agit de personnel hautement qualifié ».

« Une nouvelle rencontre avec la direction est programmée le 7 décembre », ajoute encore le délégué Gazelco. « On entend bien avoir des réponses précises, notamment sur le nombre de travailleurs qu’Engie gardera sur le site pour le démantèlement ». Les syndicats s’attendent néanmoins à ce que l’essentiel de ces travaux soit confié à des sous-traitants. « La base se tracasse beaucoup : il n’est pas exclu que des actions soient menées dans les jours à venir », conclut Vincent Franco.

Pensions: les communes du sud financent celles du nord

Maxime Daye et l’Union des villes et communes wallonnes réclament une réforme du dispositif.
Maxime Daye et l’Union des villes et communes wallonnes réclament une réforme du dispositif. - Olivier Polet.

Contrairement à une opinion généralement répandue, les transferts financiers entre entités fédérées de ce pays ne se font pas uniquement dans le sens Nord-Sud. En matière de pensions des agents communaux par exemple, les moyens suivent plutôt le chemin inverse, soit du sud francophone vers le nord néerlandophone.

Dans les grandes lignes et en raccourci : les communes de Wallonie et de Bruxelles contribuent à financer celles de Flandre. Le phénomène de vases communicants lié au financement des retraites était connu. Les chiffres révélés cette semaine aux administrateurs de l’Union des villes et communes wallonnes ont laissé les élus locaux sans voix.

Statutaires et contractuels

Mais commençons par planter le décor. En matière de pensions dans la fonction publique locale, il faut distinguer les agents statutaires et les agents contractuels. Les premiers cotisent à une caisse qui leur est propre. Les seconds bénéficient par contre de la même caisse que tous les travailleurs des secteurs privé, public et associatif : leur pension est nettement moins favorable que celle des agents « nommés ».

Les pouvoirs locaux paient des cotisations, sans intervention du fédéral. Celles-ci représentent une charge importante pour les budgets communaux. La cotisation de base mobilise à elle seule près de 700 millions d’euros par an du côté des pouvoirs locaux wallons. Mais en raison de la diminution du nombre d’agents statutaires (un sur trois en moyenne) et de la prolongation de l’espérance de vie, ces apports ne sont plus suffisants.

Les communes dont la cotisation de base ne permet plus de financer les pensions des statutaires à la retraite sont contraintes de payer une cotisation de responsabilisation. Elles sont très nombreuses dans ce cas, et c’est ici que les choses se corsent vraiment.

Un effort qui ne cesse d’augmenter

L’effort demandé pour maintenir à flots le Fonds de pension solidarisé n’en finit pas de croître : la cotisation de responsabilisation devrait passer de 115 millions en 2018 à près de 450 millions en 2025 pour l’ensemble des pouvoirs locaux wallons. Une bombe budgétaire en puissance : selon Belfius, trois communes sur quatre seront mises en difficulté dès 2023.

Et les agents contractuels, allez-vous dire ? On arrive ici au cœur du dispositif qui émeut les municipalistes du sud du pays. Pour tenter de compenser le différentiel entre les pensions des contractuels et celles des statutaires, l’idée d’un « deuxième pilier » en faveur des premiers nommés a pris forme au début de cette décennie. Ce ne serait que justice.

Mais comment convaincre les communes d’investir dans cette pension complémentaire ? Le fédéral a mis en place un incitant financier pour motiver les pouvoirs locaux. Les Régions ont fait de même à des degrés divers. Le principe retenu est simple à comprendre : une commune qui met en place un « deuxième pilier » en faveur de ses contractuels peut espérer, en échange, une baisse de la cotisation de responsabilisation qui lui est réclamée pour financer la retraite de ses statutaires.