Factures, crédits, transports, loyer...: ce que la crise du coronavirus change pour votre argent

Factures, crédits, transports, loyer...: ce que la crise du coronavirus change pour votre argent

Loyer, crédit, précompte, facture d’eau, pension alimentaire, crèche, taxe de circulation ou encore un acompte déjà versé pour des travaux à mon domicile…

Suite à la crise du Covid-19, vos revenus ont diminué et vous n’êtes plus en mesure d’honorer toutes les factures et charges qui tomberont au début du mois prochain. Ou vous vous posez peut-être plus simplement des questions sur l’éventuel remboursement de frais déjà engagés. Sur le report, automatique ou non, de certaines taxes. Voire sur une potentielle suspension provisoire de certains de vos abonnements.

Le Soir a tenté de répondre à toutes vos interrogations afin de vous aider à résoudre votre nouvelle équation « budget ».

Les sept thématiques

Loyer, travaux, factures...: quels sont vos droits et obligations pour tout ce qui a trait à votre maison?

Endettement: quels sont vos droits et obligations durant la crise du coronavirus?

Taxe de circulation, abonnements…: quels sont vos droits et obligations concernant les transports?

Assurances: qu’est-ce qui change durant la crise du coronavirus?

Stages, pension alimentaire, crèches…: quels sont vos droits et vos obligations pour les dépenses liées à votre enfant?

Voyages: quels sont vos droits si vous avez déjà engagé des frais?

Fitness, festivals...: quels sont vos droits?

Evolution de la propagation du coronavirus en Belgique: un lourd bilan humain (infographie)

PHOTONEWS/Carlo Cozzoli
PHOTONEWS/Carlo Cozzoli - Photo News.

Samedi, un signe d’amélioration de la situation épidémique s’était manifesté dans les statistiques quotidiennes livrées par le SPF Santé publique. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie de coronavirus, le nombre de personnes quittant l’hôpital était supérieur à celui des « entrants », pour cinq unités. L’élément était plutôt réjouissant, après une quinzaine de jours où, quotidiennement, un demi-millier de Belges étaient admis à l’hôpital pour des soins liés au coronavirus.

Hospitalisations en baisse

Mercredi, cet indicateur était à nouveau au vert, pour la troisième fois en cinq jours, avec à nouveau moins d’entrées (459) que de sorties (483). En parallèle, le nombre personnes hospitalisées diminue doucement depuis trois jours.

On ne parle désormais plus de « temps de doublement », indicateur qui était pertinent dans la phase ascendante de l’épidémie. Aujourd’hui, alors qu’on semble avoir atteint le plateau, il n’a plus guère de sens.

Autrement dit : si le nombre de personnes hospitalisées avait continué à augmenter au même rythme que celui observé au 1er  avril, il y aurait aujourd’hui près de 10.000 personnes hospitalisées dans le pays, et pas loin de 2.000 d’entre elles aux soins intensifs. Là aussi, les chiffres n’évoluent plus guère depuis la semaine dernière, autour des 1.270 malades en soins intensifs.

Sept jours de stagnation pour les hospitalisations et les soins intensifs, trois jours où les sorties d’hôpital surpassent les entrées, de plus en plus de personnes considérées comme guéries (plus de 5.000) : de quoi porter à l’enthousiasme à une dizaine de jours de l’expiration de la date de confinement, le 19 avril prochain, dans l’hypothèse où celui-ci n’est pas prolongé.

La surmortalité mesurée

Mais gare à la précipitation ! Le message des porte-parole de la lutte contre le Covid-19, ce jeudi, était à nouveau sans ambages : « Le fait que nous voyions des signes positifs donne inévitablement un certain espoir de pouvoir progresser vers un retour à la normale. Mais aller trop vite serait une erreur », clarifie le virologue Emmanuel André, pour recadrer le rôle du groupe de travail sur le déconfinement. « Ce qui a été initié, c’est la réflexion, mais ça ne veut pas dire qu’on commence aujourd’hui le déconfinement ».

Trop tôt pour parler de déconfinement, trop tôt pour parler des vacances d’été, trop tôt pour parler d’un retour à la normale, qui mettra au moins six mois comme l’indiquait Marius Gilbert dans une interview, trop tôt pour relâcher les efforts. Trop tôt, parce que les chiffres de la mortalité, eux, continuent à grimper, inlassablement. 2.523 personnes ont perdu la vie des suites du coronavirus en Belgique, dans les hôpitaux, dans les maisons de repos, ou à domicile. Statistiquement, le nombre progresse aussi moins vite qu’à l’entame du mois d’avril (le temps de doublement est passé de 4,1 jours à 6,9).

Lourd bilan qui souligne la surmortalité liée au Covid-19, désormais mesurable et scrutée de près par les épidémiologistes et spécialistes du SPF Santé publique. Sur les deux dernières semaines de mars, par rapport au nombre de décès attendus, Sciensano en a compté 256 et 867 décès considérés comme « supplémentaires » et neuf jours de surmortalité significative. De quoi rappeler que si la pression se relâche dans certains hôpitaux, mais « reste intense » selon Emmanuel André, le chemin qui mène vers la sortie de la crise est encore long…

Immunité collective, tester la population pour sortir du confinement… «Le Soir» répond à vos questions

Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du coronavirus.
Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du coronavirus. - Reuters / François Lenoir.

Sortir du confinement généralisé ne se fera pas tout de suite. Et pas brutalement du jour au lendemain. Pour pouvoir l’envisager, il faut imaginer une issue évitant une seconde vague de contamination.

Comment sortir de ce confinement ? Peut-être grâce à un vaccin qui endiguerait l’épidémie. Mais les recherches puis les tests cliniques prennent du temps. Il faudra plus d’un an avant d’en bénéficier. Par l’immunité acquise naturellement par la population, en attendant ? C’est une question qui revient régulièrement dans vos commentaires. La piste de sortir progressivement du confinement les personnes immunisées souffre de plusieurs écueils et de quelques questions sans réponses à ce stade.

Vos questions

1. Le confinement pour tout le monde est-il la bonne solution ? Dans l’espace commentaire du précédent article consacré aux réponses à vos questions, Thierry V. trouve « dommage que nous ne puissions connaître le pourcentage de Belges infectés par le virus ». Il poursuit sa réflexion : « Si moins de 60 % l’ont été, le confinement peut se justifier, dans le cas contraire, le remède (le confinement) est bien pire que le mal. Si seulement le confinement était appliqué aux personnes à risque, comme l’ont fait les pays qui ont déjà l’épidémie derrière eux… »

2. Pourquoi ne pas tester la population pour sortir du confinement ? Dans le même ordre d’idées, Adrien P. se demande « pourquoi ne pas envisager un test sérologique à grande échelle et pouvoir “déconfiner” les personnes immunisées, ce qui permettrait une reprise du travail ? »

Ce que disent les scientifiques

Pour l’épidémiologiste Simon Dellicour (ULB), cité dans Le Soir du 7 avril, quatre pistes se dégagent pour protéger la population du risque de contamination : « Un, la mise au point de traitements thérapeutiques efficaces permettrait de mieux traiter les patients hospitalisés et donc de diminuer le taux de mortalité mais aussi la saturation des hôpitaux. Deux, la capacité accrue de tests de dépistage, qui amènerait à un confinement ciblé des personnes infectées ou à déterminer qui est immunisé contre le virus. Trois, un traçage des personnes avec lesquelles elles ont été en contact via les smartphones, pour les avertir également. Mais cela charrie des questions éthiques (…). Quatre, il faudra régler la question des frontières, pour éviter que le virus ne revienne comme c’est le cas actuellement en Asie. »

La question d’un vaccin pour protéger la population est évidemment pertinente. Les labos du monde entier y travaillent. Ils sont d’ailleurs en rude concurrence. Mais aucun laboratoire ne pourra proposer un vaccin disponible pour l’ensemble des personnes avant le milieu de l’année 2021.

Nos réponses à vos questions

1. Réponse à Thierry V. : On ne connaît effectivement pas le taux de la population belge ayant été ou étant toujours infectée par le Covid-19. Et pour cause : on ne teste pas massivement la population, qui est pour le moment invitée à rester le plus possible chez elle afin de contenir la propagation du virus.

Selon une estimation du virologue Marc Van Ranst, partagée le 27 mars, 10 % des Belges auraient le coronavirus « sans même le savoir ». Cette proportion est peut-être un peu supérieure à ce jour, mais nous sommes loin des 60 % de la population que vous évoquez (et heureusement, sinon le taux d’hospitalisation serait bien supérieur).

Pourquoi ce chiffre de 60 % ? « D’après les spécialistes, un taux d’immunité collective de 60 % serait suffisant pour diminuer le risque de contagion », écrivait Le Soir récemment. « Les personnes qui ont été malades – ainsi que les porteurs sains qui n’ont pas développé de symptômes – ont en effet fabriqué des anticorps qui les protègent contre le virus. »

Mais attention ! On ne connaît pas encore bien les ressorts de cette « immunité » qui signifierait, si elle devient « collective », la disparition progressive du virus (si les personnes infectées contaminent moins de une personne en moyenne, le virus finit par disparaître. Même avec les mesures de confinement, ce stade n’est pas atteint).

Une étude menée sur des macaques a montré qu’une fois infectés par le Sars-Cov2, ils produisent des anticorps pour lui résister. Ils développent donc une immunité contre le virus. Mais combien de temps dure cette immunité ? Les scientifiques l’ignorent encore.

La plupart des gens infectés par le Sars-Cov1 (une précédente forme de coronavirus) développaient une immunité de huit à dix ans, tandis qu’avec le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), leur immunité était plus courte. Selon le Dr  Menachery, virologue à l’Université du Texas, pour le nouveau coronavirus, l’immunité devrait durer un à deux ans. Au-delà, difficile à dire. Selon Florian Krammer, microbiologiste à l’institut Mount Sinai (New York), même si la protection est de courte durée et qu’il y a réinfection, elle serait moins grave, parce qu’un sous-ensemble de cellules garde la mémoire immunitaire pour réactiver une réponse efficace.

La voie de sortie de la pandémie par « l’immunité collective » a été privilégiée au début de la crise en Europe par le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Ces deux pays sont largement revenus sur leur choix, devant le risque d’une catastrophe sanitaire sans précédent. Aujourd’hui, seule la Suède poursuit cette stratégie sur notre continent.

C’est donc le choix du confinement et des mesures de distanciation sociale qui prévalent pour limiter les risques sanitaires : un trop grand nombre de décès et une surcharge de nos capacités hospitalières.

Dans la mesure où bien moins de 60 % des Belges pour l’instant ont déjà contracté la maladie (donc potentiellement développé une immunité), ces mesures de confinement apparaissent comme le moindre mal. « C’est bien la mobilisation collective sans précédent qui évite un bilan beaucoup, beaucoup plus lourd », écrit sur Twitter ce jeudi Marius Gilbert, expert au sein du groupe « Déconfinement » constitué par le gouvernement. La Belgique compte déjà jeudi plus de 2.500 morts à cause du Covid-19.

Vous avez bien raison de souligner dans votre commentaire la nécessité de s’interroger dès maintenant sur une sortie de crise. En attendant un hypothétique vaccin, le moyen le plus rapide et efficace de savoir si on a développé des anticorps (puisque les personnes infectées peuvent être asymptomatiques), serait d’effectuer des tests. Massivement. Tester la population pour envisager un retour progressif à la normale et protéger les individus non immunisés.

2. Réponse à Adrien P. : Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du Covid-19.

D’abord, les tests « en 15 minutes ». Ils sont notamment développés par un laboratoire de Gembloux chez nous : il s’agit de prélever un échantillon naso-pharyngé sur une tigette qui est ensuite plongée dans une solution. Le résultat est positif ou négatif, un peu comme un test de grossesse. Avantage : sa rapidité et son coût. Désavantages : sa marge d’erreur assez importante. Le test est sûr à 100 % pour les cas détectés positifs, mais il manque environ 30 % des personnes infectées. Le virus s’attaque d’abord aux voies respiratoires supérieures puis descend vers les bronches. Ce qui pourrait expliquer les 30 % symptomatiques mais testés négatifs.

On dispose aussi de tests PCR. Là aussi, on effectue un prélèvement nasal. On envoie ensuite l’échantillon en laboratoire. Avantage : une marge d’erreur assez faible. Désavantages : il prend plusieurs heures, ne peut être effectué qu’en laboratoire et pour un nombre limité de personnes.

Il existe aussi des tests sérologiques, que vous évoquez dans votre question. Ce sont des tests qui déterminent la présence d’anticorps dans le sérum sanguin. Encore faudrit-il qu’ils soient stables et fiables, ce qui n’est pas encore acquis pour le moment. Le risque serait de lâcher dans la nature des « faux négatifs ». Il faut donc absolument des tests qui obtiennent l’aval des autorités compétentes.

Les laboratoires, universités et hôpitaux travaillent activement, avec le gouvernement, pour multiplier nos moyens de tester les Belges. Les premières capacités libérées sont réservées à un public à risque : les pensionnaires des maisons de repos.

Mais tester une grande partie de la population pour organiser un « déconfinement » progressif des personnes immunisées est bien la stratégie privilégiée par les scientifiques. Encore faut-il augmenter drastiquement nos capacités de testing.

« Le Soir » continue de vous accompagner dans cette crise liée à la pandémie de Covid-19. N’hésitez pas à poser toutes vos questions via le bouton « commentaires » ci-dessous. Chaque jour, nous publierons des réponses à une série d’interrogations : confinement, virus, mesures sociales, solidarités… Continuez à nous solliciter.

Emploi: les mesures en préparation pour sortir de la crise

Nathalie Muylle (CD&V), ministre de l’emploi.
Nathalie Muylle (CD&V), ministre de l’emploi. - Belga

La copie du gouvernement leur a été soumise. Et mercredi soir, les interlocuteurs sociaux réunis au sein du Groupe des Dix (G10) n’ont pu s’entendre sur celles-ci. Que comportait cette liste ? Une douzaine de mesures en matière d’emploi et de chômage. Les voici :

– Permettre 120 heures supplémentaires de plus pour le trimestre dans l’horeca ;

– Autoriser le détachement de travailleurs d’une entreprise vers une autre, aux conditions de travail et au salaire de l’entreprise « utilisatrice » ;

– Autoriser des contrats à durée déterminée (CDD) de très courte période, renouvelables, durant la période de crise (trois mois) ;

– Mettre en place une plate-forme du travail étudiant pour faire correspondre l’offre et la demande ;

– « Neutraliser » les heures de travail étudiant prestées entre début avril et fin juin afin qu’elles ne soient pas comptabilisées dans les 475 heures autorisées par an et faire bénéficier ces heures du même statut que les 475 heures annuelles (exonération de cotisations sociales, d’imposition et sans impact sur le droit aux allocations familiales) ;

– Possibilité de conserver 75 % de l’indemnité de chômage tout en la cumulant avec un salaire pour un emploi temporaire dans un des secteurs essentiels (via de l’intérim, des flexi-jobs ou des CDD) ;

– Possibilité de suspendre le crédit-temps au profit de son employeur actuel ou d’un autre employeur, en conservant 75 % des avantages liés à ce régime ;

– Gel de la dégressivité des allocations de chômage pour trois mois (d’avril à juin) ;

– Pour les artistes au chômage, la période de référence durant laquelle ils doivent prouver des jours travaillés et apporter des preuves de performances artistiques réalisées est prolongée de trois mois ;

– Possibilité d’engager des demandeurs d’asile disposant d’un permis de séjour valide ;

– Droit de transition pour les indépendants exerçant une activité complémentaire, avec l’octroi d’une allocation bimestrielle (pour ceux dont les revenus oscillent entre 6.996,89 euros et 13.993,78 euros) et qui doivent interrompre leur activité dans le cadre du Covid-19 ;

– Possibilité pour les indépendants d’interrompre leur activité et de cumuler des activités de transition (auprès d’un employeur, d’un secteur en crise, NDLR) avec d’autres revenus de remplacement (pension, chômage, prestation d’assurance-maladie).

Les interlocuteurs sociaux n’étant pas parvenus à s’entendre sur ces mesures, ils ont néanmoins adressé certaines recommandations dans l’hypothèse où le gouvernement adopterait celles-ci. La liste devrait être abordée en conseil des ministres et en « kern » élargi aux dix partis qui soutiennent la coalition en place.

Certaines propositions sont par ailleurs déjà en voie d’être adoptées. Ainsi la ministre de l’Emploi a annoncé, jeudi en commission de la Chambre, le gel de la dégressivité des allocations de chômage. Et un texte permettant une extension des heures supplémentaires de 120 heures sur base volontaire, dans les secteurs critiques et avec des rémunérations défiscalisées, est actuellement à l’examen au Conseil d’Etat.

Ces mesures visent à la fois à traverser la crise actuelle mais également à préparer la sortie du confinement.

Pâques perturbée par le virus: les cloches ne sonneront pas le glas

Les cloches de Pâques, malgré la catastrophe sanitaire, ne sonneront pas le glas ce dimanche, tant cette fête célébrant la résurrection du Christ est la plus importante et la plus joyeuse de l’Église. La tradition des crécelles se substituant autrefois aux cloches mises à l’arrêt du jeudi saint au dimanche de Pâques ne cliquettera pas dans nos campagnes, tant la crécelle rappelle en ces circonstances difficiles celles qui précédaient aussi les cortèges de pestiférés lors des grandes épidémies de jadis.

Pâques est exceptionnelle cette année. Jamais encore dans l’histoire les assemblées de chrétiens n’avaient pu la célébrer « en communauté ». Les fidèles ont en mémoire ces images désolantes en regard des rites habituels du pape François prononçant sa bénédiction urbi et orbi (à la ville et au monde) sur une place Saint-Pierre vide de fidèles. Il en sera de même pour les églises belges.

Des messes virtuelles

Tommy Scholtes, le porte-parole de la Conférence épiscopale, confirme que les offices seront diffusés à la télévision, à la radio ou sur les réseaux sociaux comme cela se fait chaque jour depuis le début de la crise. « Les audiences connaissent des records, preuve de l’intérêt des fidèles », constate-t-il. « Les gens sont contents ».

L’absence de présence physique aux offices ne change rien à la validité du culte, explique-t-il. « Dans des circonstances exceptionnelles, comme par exemple pour les malades, c’est comme si les fidèles participaient à la messe. La force de reliance dépasse la présence physique ».

« Réinterroger la réalité »

La conversion forcée de l’Eglise à des messes via les réseaux sociaux est une nouveauté imposée par les circonstances du moment. Selon Louis-Léon Christians, professeur de théologie et de droit canon à l’UCLouvain, « tous les champs de la réalité se réinterrogeront après la crise », dont ceux inscrits dans le périmètre des cultes et « tous ceux qui concernent le normatif ».

La validité des actes sacramentaux est interrogée par la crise du coronavirus qui empêche l’accès des fidèles aux officiants ou lieux de culte. « Le droit canon, souligne Louis-Léon Christians, ne fait que reproduire des normes humaines. Il a cette faculté de s’adapter à l’urgence et aux exceptions ».

Le pape François l’a rappelé en ce qui regarde la confession en accordant la contrition « parfaite » (celle qui concerne les fautes vénielles) aux malades du coronavirus, réservant les formes prescrites à la « contrition imparfaite » (les péchés les plus graves) qui imposent pour l’absolution la rencontre avec un prêtre dans les 20 jours qui suivent l’aveu adressé personnellement à Dieu.

Louis-Léon Christians le rappelle : « Il y a aussi cette règle historique concernant le sacrement de mariage qui valide canoniquement le mariage lorsque les époux sont dans l’impossibilité de trouver un prêtre dans les trois mois qui suivent leur décision de se marier ».

Liberté de culte

Une interrogation traverse cette suspension de fait de l’exercice du culte, garanti par la constitution, imposée par les arrêtés de pouvoirs spéciaux. Eric De Beukelaer, abbé épiscopal près l’évêque de Liège et juriste, estime que « toutes les libertés publiques sont toujours dépendantes des autres ». La proportionnalité est la norme : « Ce n’est pas parce que c’est dimanche qu’on peut franchir un feu rouge » figure-t-il.

Pour l’Eglise catholique, « la religion se doit de redéfinir son domaine dans la mesure où la raison délimite le sien », dit-il, amenant son interlocuteur à considérer que l’Eglise n’est pas figée dans des dogmes anciens et incompris, mais bien dans cette approche du mystère que la crise est susceptible d’encore amplifier.

L’urgence sanitaire est là et elle s’impose raisonnablement à l’Eglise. On est bien loin, comme le rappelle le constitutionnaliste et professeur émérite de l’UCLouvain Francis Delpérée, de la posture de cet évêque liégeois qui à la fin du XIXe siècle – comme en témoigne un tableau conservé au patrimoine municipal liégeois –, entendait faire défiler une procession dans les rues de la Cité ardente, contrevenant ainsi aux mesures d’interdiction prises par la Ville pour conjurer une épidémie de choléra. Il fut interdit de sortie de son église.

Le droit à la vie prime

Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel notamment à l’ULg, s’accorde sur la réflexion d’Eric De Beukelaer en ce que le droit à la vie (la santé) primait pour l’heure, relevant que si l’Etat n’avait pas pris les mesures du moment, il pourrait s’exposer à des actions en justice pour « abstention d’agir ». « Il y a par ailleurs eu une concordance de vues de tous les cultes. Il ne s’agit donc pas d’une restriction à l’expression du culte mais de mesures visant les rassemblements publics », dont ceux dans les lieux cultuels.

Le professeur Louis-Léon Christians partage cette opinion, soulignant que les cultes (et principalement l’Eglise catholique) ont pris d’eux-mêmes des mesures de préservation sanitaire de leurs assemblées, ce qui anéantit le risque – tout théorique – d’une atteinte à la liberté des cultes, garantie par la Constitution.

La communauté juive, dont les fêtes de Pessah (la Pâque juive qui commémore la sortie d’Egypte) ont débuté mercredi soir et se poursuivent jusqu’au 16 avril, est également affectée par la crise en ce que les rassemblements familiaux sont contraints par les mesures de confinement. Les repas de Seder n’auront pas la même saveur affective qu’auparavant. « Les mesures prises sont prioritaires », dit Philippe Marckiewickz, le président du Consistoire israélite de Belgique, même si elles sont pénibles pour les familles : « Tout le monde a conscience de l’importance des précautions à prendre ». Le Consistoire a créé une cellule d’appui et d’entraide particulièrement dédiée aux fidèles les plus isolés et les plus précarisés.

Le bruit des cloches

L’Eglise de Belgique a décidé de faire sonner les cloches à la volée ce dimanche tandis que le pape François adressera devant une place Saint-Pierre interdite aux fidèles du monde entier sa bénédiction pascale « urbi et orbi ». C’est un autre point de droit que les vétilleux pourraient soulever : ces volées de cloches (elles résonnent dans certains diocèses tous les soirs en soutien au personnel médical) sont-elles conformes aux décrets régionaux qui en réservent l’usage aux seules manifestations du culte ? Le temps de crise n’a pas cure de ce débat.

Et le prétexte de l’Angélus pourrait couvrir les sonneurs de la solidarité.

Elles ont accouché pendant le confinement: «Cela reste l’une des plus belles choses de la vie»

C’est souvent le moment le plus beau d’une vie. Une symphonie où le bonheur d’une petite tête qui apparaît suffit à faire oublier les heures de souffrance. Un accouchement est un moment rare, parfois angoissant pour celles qui le vivent pour la première fois. Pourtant, alors que chacun s’est claquemuré chez soi et que les hôpitaux sont submergés de gens atteints par le Covid-19 qui viennent y lâcher leur dernier souffle, des enfants naissent et des mères donnent naissance. Ainsi va le cycle de la vie. Les anciennes croyances ne disent-elles pas que là où un enfant naît, un vieillard meurt ? Au milieu de la mort, une aile fait de la résistance : la maternité. Mais comment ces mères vivent-elles leur accouchement en plein marasme ?

La crainte d’accoucher seule

Il y a d’abord les peurs de fin de grossesse. Alors que la date est entérinée depuis des mois, entourée en rouge dans leur calendrier, voilà que le coronavirus est venu tout chambouler. Avec une crainte présente chez toutes les futures mères : devoir accoucher seules. « C’est un projet à deux et la plus grosse crainte était que le papa ne puisse pas être présent à l’accouchement », explique Caroline Samain (28 ans) qui a accouché le 23 mars d’un petit Victor. Alors qu’en France, les hôpitaux interdisent la présence du père par mesure de sécurité et filment les accouchements pour que les papas puissent le suivre sur un écran, en Belgique, ils peuvent encore assister et rester près de leur femme. « On voyait les mesures se durcir au fil des jours et on avait peur que la prochaine étape consiste à interdire la présence du père », ajoute Julie Petit (27 ans), maman de Jeanne née le 19 mars, qui explique que son conjoint n’avait déjà pas pu assister au dernier monitoring et à la dernière échographie.

Une fois, cette crainte levée, il a fallu s’adapter aux circonstances. « Notre petite Emy était prévue le 7 avril, au moment où l’on prévoyait le pic. On s’est dit que ce n’était pas plus mal si elle se décidait à venir plus tôt. Je ne sais pas si elle nous a entendus mais elle est née deux semaines à l’avance », raconte Fabienne Devillet (38 ans). Pas facile en effet de se dire qu’on va accoucher dans une zone de guerre. Et pourtant, toutes ces mères sont frappées par la sérénité qui règne dans l’hôpital. Fabienne arrive à 2 heures du matin au CHR de Namur : « Il n’y avait pas un chat, l’hôpital était vide de chez vide mais c’est rassurant de ne croiser personne et de sentir ce calme. Il n’y avait pas de sentiment de panique. »

La gynéco est celle de garde, pas celle qui les a suivis durant toute la grossesse. « Quand je l’ai appris, ça m’a fait un choc », explique Julie. « Mais on a très bien compris les explications (éviter les allées et venues dans l’hôpital) et la dame qui s’est occupée de nous était très douce et très empathique. »

Une fois le travail commencé, aucune des mères n’a le virus en mémoire. « Le virus était loin à ce moment-là. Je me concentrais sur mes sensations et la manière d’aider le mieux cette petite à descendre et à arriver dans nos bras », raconte Fabienne. « Cela reste une des plus belles choses de la vie. C’est tellement fort. Les émotions, on les a eues, et elles ne sont ni altérées par l’épidémie ni par le confinement », affirme Amandine Delforge (27 ans), maman d’une petite Aria née le 21 mars au GHDC de Charleroi.

« Comme il n’y avait pas de visites, on a pu se reposer »

Si l’acte en lui-même est bien peu modifié par la présence du coronavirus, ce n’est pas le cas du retour en chambre. Là où chaque naissance est généralement fêtée par une ribambelle de visites, la mère et le père sont isolés. « Nous étions dans une bulle. Et le fait qu’il n’y ait pas de visites nous a permis de prendre plus de temps avec le bébé, de nous reposer. Le personnel soignant prenait également plus de temps pour nous expliquer les choses. On nous a d’ailleurs proposé de rentrer plus tôt pour ne pas rester dans cet environnement mais on a préféré rester comme il s’agissait de notre premier », relate Caroline. « Le premier jour, on l’a passé sur Facetime, au téléphone, à montrer le bébé. C’est aussi fatigant que les visites réelles. Comme c’est un premier, on était un peu perdu et j’aurais bien aimé que ma mère soit là, même si le personnel soignant nous entourait », ajoute Amandine.

Julie reste, elle, 15 jours à l’hôpital car sa petite Jeanne est née prématurée et demeure en néonatalogie. Une situation difficile à gérer. Surtout pour le grand de deux ans et demi qui ne peut pas venir voir ni sa mère ni sa sœur. « Comme la petite est dans une autre aile, en cas de visites, on aurait dû se couper en deux. Donc, cela nous arrange. Par contre, on a dû caser le plus grand chez mes parents, on n’a pas eu le choix. Le personnel infirmier m’a proposé de prendre le grand pendant une heure mais le médecin a fini par refuser car il y avait trop de risques d’entrer en contact avec des microbes. Pour qu’il comprenne, on lui a expliqué que l’hôpital était rempli de gens malades et qu’on ne voulait pas qu’il tombe malade. »

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C’est d’ailleurs pour le grand que Fabienne, elle, décide de ne rester qu’un jour en maternité. « Je préférais être de retour près des miens. Je n’avais pas forcément envie de traîner à l’hôpital. »

A la maison, les parents sont confinés. Pas de visites. Ni de la famille ni de l’ONE. Parfois, la famille se déplace pour apercevoir le nouveau-né à travers la vitre. « On se sent comme dans un bunker et, à travers la vitre, on voit les larmes dans leurs yeux », dit Amandine. « Il y a un côté émouvant de se dire que les grands-parents ne l’ont pas prise dans leurs bras. Le plus dur, c’est de ne pas savoir quand ça va s’arrêter, quand on va pouvoir fêter l’arrivée de la petite », corrobore Fabienne avant de conclure de manière positive : « Lors de la naissance du premier, je me souviens qu’on se prenait parfois la tête avec mon mari parce que j’étais fatiguée et je n’avais pas envie de voir du monde et d’être envahie. Là. On vit dans un bulle à quatre, et c’est unique ! »

RD Congo: Vital Kamerhe, directeur de cabinet de Tshisekedi, est en prison

Echange de documents entre Vital Kamerhe (à g.) et Félix Tshisekedi, en novembre 2018, lors de la campagne présidentielle
: le directeur de cabinet du président était réputé «
intouchable
»...
Echange de documents entre Vital Kamerhe (à g.) et Félix Tshisekedi, en novembre 2018, lors de la campagne présidentielle : le directeur de cabinet du président était réputé « intouchable »... - EPA.

Décodage

La convocation devant le parquet général de Kinshasa puis la détention provisoire d’un homme aussi puissant que Vital Kamerhe a sidéré les Congolais : réputé intouchable, le directeur de cabinet du président de la République a passé la nuit à Makala, la prison centrale de Kinshasa et cela alors même qu’un millier de détenus étaient élargis pour éviter la contamination par le coronavirus.

La journée d’interrogatoire avait été longue pour ce politicien chevronné, qui est aussi le président de l’UNC - Union pour la nation congolaise -, une formation très bien implantée au Kivu et qui a formé avec l’UDPS, le parti du président Tshisekedi la coalition Cach (Cap pour le changement). Durant plusieurs heures le directeur de cabinet du chef de l’Etat a dû expliquer où étaient passés les budgets qui auraient dû financer les grands travaux que le président a fait entamer dans la capitale et en particulier les contournements « saute-mouton » qui ont paralysé la ville.

Interrogé sans ménagement

Au titre de l’urgence, les contrats avaient été conclus par la présidence, sans appel d’offres et dans une opacité complète. Une inspection ayant révélé en début d’année que les travaux étaient loin d’être terminés, la justice a été saisie de l’affaire et, convoqué au Parquet comme simple « renseignant », Vital Kamerhe a été interrogé sans ménagement puis mis en accusation.

Quelques jours auparavant, le patron de Safricas Congo, le DG de la Rawbank et plusieurs autres personnalités impliquées dans la construction des ouvrages d’intérêt public avaient eux aussi été mis sur la sellette et, pour certains, envoyés à Makala d’où ils sortirent moyennant le paiement de fortes cautions et, peut-être la communication de certains documents.

Quelle que soit l’issue de ses démêlés avec la justice et même s’il ne passe en détention qu’un temps limité, la mise en accusation de Vital Kamerhe aura de graves conséquences. Pour lui-même d’abord. En effet, cet homme politique brillant, habile, pouvait dire sans se vanter « J’ai fait Kabila, je ferai Tshisekedi ». En effet, c’est lui qui, alors président de l’Assemblée nationale, avait accompagné Joseph Kabila dans ses premières années à la présidence après avoir participé aux négociations de paix de Sun City qui avaient marqué la fin de la guerre en 2002.

« Kamerheléon »...

Par la suite, ayant rompu avec Kabila qui avait autorisé les troupes rwandaises à revenir au Kivu, Kamerhe démissionna de son poste avec fracas et se retrouva dans l’opposition. Lors de sa traversée du désert il se lia d’amitié avec Michel Rocard qui voyait en lui l’un des politiciens les plus prometteurs de sa génération, l’un des seuls à défendre un vrai projet politique.

Même si Kabila le considérait comme un traître, l’opinion se demanda toujours si les ponts avaient réellement été rompus entre le président sortant et celui que la presse appelait parfois « Kamerheléon » et qui demeurait très populaire dans l’Est du pays. Il est certain en tout cas que Kamerhe pilota deux manœuvres de haut vol : l’alliance avec le parti UDPS de Tshisekedi à la veille des élections de décembre 2018 qui mena à la coalition Cach et, après le scrutin, la conclusion d’un accord de coalition avec la plate-forme qui avait soutenu Kabila, le Front commun pour le changement. Un dénouement surprenant, qui mena Félix Tshisekedi à la présidence et Kamerhe au poste de directeur de cabinet, dans l’attente, peut-être, de pouvoir se présenter aux élections présidentielles de 2023.

Un pilier et une cible

Proche du sommet, Kamerhe commit cependant plusieurs imprudences : si son mariage « bling bling » avec Amida Shatur, l’ex-épouse de la star J.B. Mpiana, aussi belle qu’intelligente, l’introduisit dans le milieu des musiciens de la capitale, il fut mal vu par les électeurs de base tandis qu’une première affaire, la disparition de 15 millions de dollars, défrayait la chronique.

Pilier de la coalition avec les FCC de Kabila, Kamerhe était aussi une cible : depuis longtemps les Occidentaux, Américains en tête, pressent Félix Tshisekedi de lutter plus énergiquement contre la corruption, fût-ce dans ses propres rangs, et de distendre les liens entre son régime et celui de son prédécesseur. Des pressions, y compris financières, qui se traduisirent par la mise à pied ou la disparition de plusieurs généraux, dont le général Kahimbi et l’interpellation de personnalités proches de l’ex-président.

Billard à trois bandes...

Dans ce sens, Kamerhe, au nom de la lutte contre la corruption, pourrait avoir été la victime d’un nouveau coup de balai, sauf que la probable mise à l’écart de ce politicien hors-pair risque d’affaiblir le président lui-même, même si ce dernier a eu le courage de porter le fer dans la plaie.

Il faut noter aussi que, derrière le parquet de Matete qui a emprisonné Kamerhe se trouve le ministre de la Justice Tunda ya Kasende, politiquement proche de Joseph Kabila et de son éphémère dauphin Emmanuel Shadary. Alors que sous le régime précédent des milliards de dollars se sont envolés, en toute impunité, la mise à l’écart de Kamerhe, pare-feu de Tshisekedi et artisan de la coalition Cach, pourrait aussi être interprétée comme « un coup de billard à trois bandes », autrement dit un coup tordu…

Etats-Unis: chronique d’une pandémie annoncée où toutes les mises en garde ont été balayées

Etats-Unis: chronique d’une pandémie annoncée où toutes les mises en garde ont été balayées
Reuters.

Aux Etats-Unis, il ne faudra pas attendre une commission d’enquête parlementaire pour évaluer comment les autorités ont répondu à la pandémie du coronavirus. Le « journalisme de reddition de comptes » tourne déjà à plein régime dans ce pays où la Cour suprême a consacré le rôle de la presse comme Quatrième pouvoir. « Il a fallu 70 jours pour que Donald Trump traite le coronavirus non pas comme une menace distante ou une grippe inoffensive, mais comme une force meurtrière qui s’apprête à tuer des dizaines de milliers de citoyens », écrivait le Washington Post le 4 avril dans un article de 40.000 signes, fondé sur l’interview de 47 experts et sévèrement intitulé : « Les Etats-Unis accablés par le déni et les dysfonctionnements ».

L’établissement de la ligne de temps de la pandémie et, en parallèle, des mesures gouvernementales est sans appel. Comme le reconnaissait le gouverneur démocrate de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, « la maladie a toujours eu une longueur d’avance ». Même si une partie significative du retard, en janvier, peut être imputée à l’opacité du gouvernement chinois, l’Administration Trump a été trop lente dans sa reconnaissance publique de la gravité de la menace et dans la mobilisation des ressources considérables que celle-ci exigeait. Fin janvier, pourtant, les briefings journaliers communiqués à la Maison blanche par la CIA et la Direction nationale du renseignement étaient largement consacrés à la pandémie. Le 29, le ministre du Commerce, Peter Navarro, conseillait même dans une note interne « de ne pas écarter le scénario du pire » qui entraînerait des pertes humaines et économiques colossales.

Cette question de l’imprévision ne se limite pas au premier trimestre de l’année. Les enquêtes portent au-delà de ces fatidiques 70 jours. Dès 2012, comme le souligne Uri Friedman dans le magazine The Atlantic, une étude de la Rand Corporation, un centre d’études très proche du ministère de la Défense, sur le contexte sécuritaire international concluait que « seules les pandémies constituent une menace existentielle à même de détruire le mode de vie américain ».

En 2017, une mise en garde du Pentagone

Les mises en garde sont venues du cœur même du pouvoir : du Pentagone, en particulier, qui, en janvier 2017, selon un document révélé par l’hebdomadaire new-yorkais The Nation, s’inquiétait du risque d’une nouvelle épidémie et anticipait un manque de respirateurs, de masques et de lits d’hôpitaux. En janvier également, juste avant l’entrée en fonction de Donald Trump, l’administration Obama avait organisé un exercice avec l’équipe de transition républicaine sur la manière de contrer une épidémie, qui, selon le scénario envisagé, « interromprait les voyages internationaux, bouleverserait les chaînes globales de production, ferait plonger les bourses et submergerait les systèmes de santé, sans que soit disponible un vaccin avant plusieurs mois ».

Un court-termisme aveuglant

Il est facile de « prévoir après », ripostent les responsables de l’Administration. Mais comme dans tant d’autres pays, France et Belgique comprises, le gouvernement américain s’est laissé guider par le court-termisme et par une sous-estimation de l’imminence et des conséquences d’un désastre sanitaire mondial provoqué par un coronavirus. D’autres menaces, jugées plus importantes, plus concrètes ou plus immédiates, ont voilé les rapports des experts qui travaillaient sur les pandémies. Le terrorisme, la confrontation avec l’Iran, le scénario d’une nouvelle course aux armements nucléaires, la crainte de l’émergence trop rapide de la Chine et la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine étaient au menu quotidien de Washington. Pas la santé.

« Les agences de renseignements avaient tiré la sonnette d’alarme depuis au moins cinq ans à propos des coronavirus », confiait Denis Kaufman, l’ancien responsable des maladies infectieuses au sein de la DIA, l’agence des renseignements militaires. Les avertissements répétés n’ont pas été entendus. Au contraire, note Oliver Milman dans The Guardian  : l’Administration Trump a considérablement réduit l’équipe d’experts sanitaires américains basés en Chine et « dissous » la Direction de la santé globale, de la sécurité et de la bio-défense au sein du Conseil national de sécurité. « C’eût été bien que ce bureau soit encore là », déclarait à la mi-mars le Dr. Anthony Fauci, cet éminent directeur de l’Institut National des allergies et maladies infectieuses, qui, en 2018, lors d’une audition au Congrès, avait avoué que la menace d’une pandémie comme la grippe espagnole de 1918 « l’empêchait de dormir ».

Des paroles prophétiques

Les autorités politiques n’ont pas été les seules à négliger ces mises en garde. La presse est elle aussi interpellée. Peu de médias ont sérieusement et bruyamment relayé en leur temps les rapports des centres d’études qui considéraient les pandémies comme un enjeu prioritaire de la sécurité nationale. Comme le disait en substance David Halberstam (1934-2007), le légendaire grand reporter du New York Times lors de la guerre du Vietnam, les journalistes, lorsqu’ils couvrent un événement, tendent à « arriver trop tard et à partir trop tôt ». « L’actu », qui est le battement de cœur du métier, exclut le plus souvent le journalisme « prémonitoire » qui ausculte les bouillonnements de magma annonciateurs des grandes catastrophes.

« Nous avons beaucoup de mal à sortir de cette routine du hic et nunc », nous avait confié, il y a 20 ans, le directeur de l’International Herald Tribune, Peter C. Goldmark Jr. Quelques mois plus tôt, dans un discours à l’Aspen Institute, évoquant l’épidémie de sida et le changement climatique, il avait invité les journalistes mais aussi les responsables économiques et politiques à « s’aventurer dans ces eaux où, sous l’écume, se meuvent lentement les courants qui détermineront de manière irrévocable le monde dans lequel vivront nos enfants et nos petits-enfants ». Des paroles prophétiques. Plus que jamais, gouverner, c’est prévoir et informer, c’est prévenir. Au-delà des échéances électorales et des deadlines qui rythment la politique et le journalisme.

Coronavirus: des cuisines et un camion frigorifique en guise de morgue

Coronavirus: des cuisines et un camion frigorifique en guise de morgue
belga

C’était une conséquence inévitable de l’épidémie de Covid-19 et de l’augmentation de la mortalité. Comme dans les autres pays qui ont devancé la Belgique dans cette crise, les pompes funèbres arrivent à saturation et n’arrivent plus à stocker les corps. C’est le cas notamment dans la région de Liège où, sur le site de Robermont, un camion frigorifique pouvant accueillir 36 cercueils a été mis à disposition par la ville de Liège pour les pompes funèbres qui seraient en incapacité de stocker les nombreux corps. « Ce camion a été installé ce mercredi sur le parking du crématorium de Liège suite à une demande pressante des entreprises de pompes funèbres débordées par l’ampleur de l’épidémie. Certaines avaient commencé à trouver d’autres lieux de stockage », explique Elisabeth Fraipont, échevine MR en charge notamment des cimetières et des sépultures.

Le crématorium de Liège qui collabore avec la ville en prêtant son espace mais aussi le raccordement en électricité, n’est pas encore au point de saturation même si les délais pour une crémation sont désormais d’une semaine (il n’y a plus de créneaux disponibles avant le 16 avril) et que les horaires de travail ont été allongés. Désormais, la première crémation débute à 6 heures du matin et le crématorium en réalise 23 (pour 18 avant l’épidémie). Dans les 22 cimetières de la ville, la vague avait été anticipée et des mesures édictées, d’autant plus que l’absentéisme du personnel se monte actuellement à 50 %. « Les défunts qui désiraient être inhumés arrivent uniquement sur le site de Robermont ou Sainte-Walburge, sont placés dans un caveau d’attente avant que le personnel disponible ne puisse les transférer dans le cimetière choisi pour leur dernière demeure », explique Nathalie Drion, du département des affaires citoyennes de la ville.

Et il n’y a pas qu’à Liège que les services funéraires arrivent à un point critique. À Bruxelles, la commune d’Auderghem a réquisitionné les chambres froides des cuisines du centre Adeps de la forêt de Soignes pour entreposer des corps. « Suite aux nombreux décès dans les maisons de repos, la morgue communale était complète. On s’est d’abord tourné vers les pompes funèbres mais elles ne pouvaient plus répondre à notre demande. On a alors décidé de réquisitionner le centre Adeps. Ce n’est pas drôle de prendre ce genre décisions ! », explique Didier Gosuin, le bourgmestre d’Auderghem. Deux corps sont actuellement entreposés dans cette chambre froide qui peut en recevoir 20. La morgue de la commune voisine de Watermael-Boisfort est également à saturation. Pourtant, dans la capitale, le crématorium d’Uccle qui a doublé son nombre de crémations, a augmenté sa capacité de stockage des corps. « Nous avions une marge mais nous arrivons tout doucement à saturation. Cependant, nos délais d’attente sont encore raisonnables puisqu’il me reste encore sept créneaux pour samedi », explique le directeur du crématorium, Xavier Godart.

Travailler à pause pour tenir le rythme

A Mons, autre région touchée fortement par le coronavirus, le directeur du crématorium, Emilio Brogno, n’a pas voulu nous répondre, se limitant à un « la situation est telle qu’elle est ». Dans les cimetières du chef-lieu du Hainaut, la situation, pour le moins critique, est toujours sous contrôle. « Il y a encore des places disponibles, la hausse des incinérations soulageant quelque peu les inhumations », nous explique-t-on à la Ville. De plus, chacun des 19 cimetières de la commune disposant d’une morgue, il n’y aura pas de problèmes d’entreposage des corps en cas de surcharge.

À Charleroi, la situation est beaucoup moins critique. « Pour le moment, on tient le coup », explique Mahmut Dogru, échevin (PS) des cimetières, et président du conseil d’administration du crématorium de Gilly. « Si ça vient à déborder, on a prévu de travailler à pause. Jusqu’à présent, nous sommes à 15 crémations par jour sur les trois derniers jours. Nous pouvons monter jusqu’à 17. Et si nous travaillons à pause, nous pouvons doubler le nombre et aller jusqu’à 34. ». Le crématorium de Frasnes-lez-Anvaing a, lui, doublé son nombre de crémations « pour soulager les pompes funèbres afin qu’elles ne conservent pas trop longtemps les cercueils », explique Anne-Marie Goemaere, qui s’occupe de la communication d’Ideta, l’intercommunale qui gère le crématorium.

Derrière ce problème de saturation dû à la pandémie, se niche un autre problème lié davantage aux normes auxquelles doivent répondre les funérariums. En effet, suite à un arrêté du gouvernement wallon qui date de 2013, chaque funérarium doit compter au moins autant de places réfrigérées que de locaux destinés à l’exposition des défunts. Or, certains funérariums, qui datent d’avant 2013, ne respectent pas cette norme et face à l’afflux de corps, doivent donc trouver d’autres solutions de stockage.

Comment nous nous sommes résignés à voir nos libertés confinées

Comment nous nous sommes résignés à voir nos libertés confinées
Reuters

Privés de notre liberté de circuler. De nous rassembler. De manifester. De travailler pour certains. Ces dernières semaines, petit à petit, nous nous sommes accommodés d’interdictions avec une abnégation encore inimaginable il y a de ça un mois. Des libertés jugées fondamentales, gravées dans les textes, que nous avons volontiers mises entre parenthèses, au nom de l’urgence sanitaire. D’autres, rognant les limites du respect de la vie privée – comme l’utilisation de nos données personnelles – que nous envisageons de lâcher temporairement, pour enrayer une pandémie. Des contrôles policiers soutenus, jugés invasifs hier, que certains d’entre nous se surprennent à trouver trop laxistes.

L’anxiété mène à la résignation

Dans quelle mesure cette urgence sanitaire a-t-elle imposé l’adoption de lois qui nous paraissaient impensables il y a encore un mois ? « C’est sur une toile de fond de peur et d’anxiété que les discours gouvernementaux et médiatiques ont pu facilement présenter les décisions prises comme étant inéluctables », décodent Marc-Antoine Gavray historien de la philosophie à ULiège et Muriel Sacco sociologue à l’ULB. Les deux experts ont adressé, via un collectif, une carte blanche – relayée par nos confrères du Vif –, aux ministres et parlementaires belges la semaine passée : Coronavirus : il faut veiller au respect des droits et libertés. « L’urgence sanitaire mêlait plusieurs arguments : d’une part, le risque de saturation des structures hospitalières et la possibilité de devoir opérer des choix entre les malades à soigner ; d’autre part, la virulence et la gravité du virus », reprennent Muriel Sacco et Marc-Antoine Gavray.

Une anxiété qui a conduit la grande majorité de la population (à l’exception de certains citoyens) à adopter la stratégie la plus supportable : la résignation. Si l’on vous contraint durant de longue semaine à ne pas sortir de chez vous, vous devez accepter les mesures qui s’imposent à vous. « Sans quoi votre confinement se transforme rapidement en un enfermement insupportable et révoltant », résument les deux experts. Ce n’est pas tant que l’on se conforme : on s’approprie le discours gouvernemental pour le rendre supportable, acceptable. Par ailleurs, cette perte de libertés, cet abandon temporaire, s’est tacitement fait en échange d’une promesse : celle d’une gestion rigoureuse et cohérente de la crise par le gouvernement. « Aussi longtemps que rien ne vient mettre en doute la stratégie sanitaire adoptée par les autorités, il est en définitive normal que la population accepte sa condition », estiment Muriel Sacco et Marc-Antoine Gavray.

« Pas de tentation à la Orban »

Au MR, logiquement, on acquiesce. « Ces mesures sont proportionnées, estime Georges-Louis Bouchez, chef de file du parti. Pour les libéraux, c’est particulièrement compliqué, ce n’est pas le genre de mesures qu’on aime. Mais ici elles sont véritablement indispensables ». Quant au risque de dérives, Bouchez n’est pas inquiet : « J’ai confiance envers les ministres que j’ai nommés : il n’y aura aucune envie de jouer à Viktor Orban ».

« La priorité absolue est la non-propagation du virus et la question de la santé, insiste Vanessa Matz, députée fédérale CDH. En Belgique, je trouve les mesures prises proportionnelles à la situation. En France, en Espagne, c’est un cran au dessus. Je pense qu’on a fait preuve de beaucoup de pédagogie grâce aux scientifiques, aux politiques et grâce à la population elle-même. C’est pour ça qu’elles sont globalement bien acceptées. » La députée estime par ailleurs avoir la marge de manœuvre nécessaire pour « vérifier, contrôler » les dérives potentielles.

« On sait qu’il y a des tentations d’aller plus loin, nuance le député PS Khalil Aouasti, notamment du côté de l’utilisation de données personnelles pour permettre le tracking des personnes contaminées. On soutient les mesures prises par le gouvernement… depuis l’extérieur. Tout en veillant à ce qu’elles ne réduisent pas le champ des droits de chacun ». « Le ministre De Backer s’est engagé à ce que des balises fortes en termes de respect de la vie privée soient respectées dans le développement de toute initiative de traçage des personnes infectées, rappelle le député Ecolo Georges Gilkinet. Nous y serons particulièrement attentifs ». Jeudi dernier à la Chambre, le député Egbert Lachaert (VLD), mettait en garde contre la tentation « de donner carte blanche aux policiers » ou de mettre en place des visites domiciliaires : « La vie privée des gens est un droit fondamental, que nous ne devons pas perdre dans cette urgence »

L’usage de la peur valorisé

Ne pas perdre de vue ses libertés face à l’urgence. « Le plus inquiétant tient sans doute à la dimension coercitive des mesures prises pour faire respecter le confinement », estiment Muriel Sacco et Marc-Antoine Gavray qui regrettent que l’usage de la peur par la multiplication des contrôles soit valorisé au détriment d’actions plus informatives. Qui appellent à rester vigilants à la transparence de la communication au sujet des décisions prises et à leur évaluation, « deux conditions fondamentales d’un État de droit ». En somme, veiller à sortir du climat de peur et d’anxiété « pour que chacun retrouve son sens critique ».

Un monde en récession

Pierre Wunsch, gouverneur de la BNB.
Pierre Wunsch, gouverneur de la BNB. - Belga.

Evaluer l’impact économique de la crise sanitaire est un exercice de haute voltige. Le degré d’incertitude est élevé. Personne ne sait – et ne peut savoir – combien de temps le confinement devra être maintenu. Ou dans quelle mesure la mise à l’arrêt d’une bonne partie de l’activité affaiblira le tissu économique. De sorte que les prévisionnistes seraient eux aussi, si l’on peut dire, en chômage temporaire.

Il est pourtant nécessaire de tenter d’identifier les conséquences potentielles de la pandémie. Pour une bonne raison : cela permet d’évaluer la pertinence des mesures de soutien socio-économiques prises par les autorités et la nécessité (probable) d’en prendre d’autres.

Si prévoir est impossible (ou illusoire), esquisser un ou plusieurs scénarios est légitime et utile. La Banque nationale (BNB) et le Bureau fédéral du Plan ont tenté l’exercice. Leurs patrons respectifs – le gouverneur Pierre Wunsch et le commissaire au Plan, Philippe Donnay – ont présenté les résultats de leur simulation mercredi matin.

Premier enseignement : le choc sera rude, nettement plus qu’en 2008 et 2009, suite à la crise financière. Ainsi, le PIB en volume baisserait de 8 % cette année. Il fallait s’y attendre. Plus de 1,2 million de travailleurs ont été mis en chômage temporaire ; et plus de 300.000 indépendants ont dû arrêter (temporairement) leur activité. De sorte que 40 % de la force de travail du secteur privé se croise les bras, confinement oblige.

Hypothèse : sept semaines de confinement

Ce scénario, comme tout scénario, vaut ce que valent les hypothèses retenues. Et c’est pourquoi il est important, avant d’en dire plus, de détailler les trois principales qui cadrent les projections réalisées par la BNB et le Plan.

Un : Les mesures de confinement actuelles seraient appliquées pour une durée totale de sept semaines, ce qui se traduirait, au plan économique, par une perte d’un tiers de la création de valeur ajoutée par le secteur privé – un pourcentage qui correspond à ce que montrent les enquêtes auprès des entreprises.

La BNB et le Plan précisent qu’ils ne disposent pas d’information privilégiée sur la durée probable du confinement, mais retiennent simplement l’hypothèse d’une levée progressive des mesures à partir du début du mois de mai.

Deux : le redémarrage de l’activité économique serait lui aussi progressif et il faudrait attendre neuf mois avant que l’activité ait retrouvé sa dynamique d’avant-crise.

Trois : les mesures prises en faveur des entreprises suffiront à contenir le risque de faillite de la plupart de celles qui étaient viables avant la crise.

Un rebond dès le 2e trimestre

Sous ces hypothèses qu’on peut qualifier d’optimistes, comme le reconnaît le gouverneur de la BNB s’agissant de 2021, l’activité économique (le PIB en volume), déjà en recul de 4 % au premier trimestre, chuterait de 15 % d’avril à juin, pour entamer un rebond partiel dès le troisième trimestre.

Si, comme on l’a dit, le PIB en volume afficherait un recul marqué de 8 % sur l’ensemble de 2020, il devrait rebondir l’an prochain (+8,6 %) – sous l’hypothèse, il faut insister, que « la phase aiguë de la crise serait concentrée sur la première moitié de 2020 » et n’infligerait « pas de dommage substantiel au potentiel productif de l’économie ».

Globalement, le recul du revenu disponible des ménages serait limité à -1,5 % par rapport à 2019, grâce notamment aux allocations de chômage temporaire pour les salariés et au droit passerelle offert aux indépendants.

La consommation baissera de manière plus marquée, les commerces non alimentaires étant fermés. Cela se traduira par la constitution d’une « épargne forcée » qui soutiendrait les dépenses des ménages durant la seconde partie de l’année et l’an prochain.

Les entreprises seraient plus massivement affectées. Leurs bénéfices seraient amputés de 40 % cette année. Mais l’impact serait temporaire : les bénéfices rebondiraient en 2021. Autrement dit : la chute de ce que les économistes nomment l’excédent brut d’exploitation serait brutale, mais temporaire.

Protéger le tissu économique et l’emploi

Une question essentielle est de savoir si les mesures déjà prises pour permettre aux entreprises de tenir le coup – garantie publique des prêts à court terme auprès des banques, report du versement de taxes, impôts et cotisations sociales… – sont suffisantes.

La BNB et le Plan le supposent pour les besoins de la projection. Mais ils soulignent que les agrégats macroéconomiques masquent une grande diversité de situations, selon les branches d’activité ou la taille des entreprises. « Tous les secteurs n’ont pas les mêmes capacités d’opérer avec de larges réserves liquides et ne sont donc pas égaux devant le choc. Par ailleurs, l’intensité du choc lui-même n’est pas la même pour tous ».

Ainsi, dans le secteur Horeca (hôtels, restaurants, cafés), le chiffre d’affaires a chuté de 92 %. Et, selon la dernière enquête hebdomadaire de l’Union wallonne des entreprises (UWE), près de 4 chefs d’entreprise sur 10 estiment qu’une faillite à court terme de leur entreprise est une réelle possibilité.

« Le risque de faillite pour des entreprises peu liquides, disposant de coussins de fonds propres réduits ou plus fortement touchées par la crise, est donc bien réel. Contenir ce risque nécessitera vraisemblablement de déployer rapidement des mesures supplémentaires ciblées sur ces entreprises afin de préserver leur solvabilité. Ces mesures devront a priori être temporaires et calibrées sur le dommage réellement subi », insistent le Plan et la BNB.

La dette à 115 % du PIB

L’impact attendu sur les finances publiques est à la mesure du choc : le déficit atteindrait « au moins » 7,5 % du PIB ; et la dette grimperait à 115 % du PIB à la fin de l’année (contre 100 % l’an passé).

Précisons cependant que sous les hypothèses retenues (une hausse limitée des faillites d’entreprises et, partant, du chômage), les finances publiques s’amélioreraient spontanément l’an prochain puisque les dépenses de soutien socio-économiques ne seraient plus nécessaires en 2021 ; et que le rebond du PIB se traduirait automatiquement par une baisse du ratio de la dette.

Coronavirus: quand les gens du voyage ne peuvent plus voyager

Etienne Charpentier préside le comité national des gens du voyage.
Etienne Charpentier préside le comité national des gens du voyage. - Michel Tonneau.

Le confinement d’une population est une décision forte et contre-nature. Mais que dire lorsque l’interdiction de circuler concerne les gens du voyage dont le propre est de prendre la route et de s’installer au bord de celle-ci, parfois au petit bonheur la chance ? Etienne Charpentier est de ceux-là. Il témoigne de sa frustration depuis le terrain de Pont-à-Celles où il a installé sa caravane et une dizaine d’autres, avec sa famille : « Quand tout cela sera fini, les roues vont chauffer ! », résume celui qui préside le comité national des gens du voyage, déjà dans les starting-blocks.

Combien sont-ils en Wallonie ? On cite le chiffre de 10.000, à la belle saison. Mais le recensement est difficile. Traditionnellement, beaucoup de Français sillonnent nos routes. Le confinement annoncé, ils ont préféré rentrer chez eux. Ils reviendront tôt ou tard.

En hiver, beaucoup de gens du voyage ont aussi un point de chute fixe. C’est le cas d’Albert Zepp à Mons : « J’y ai une maison et une caravane dans le jardin, où je dors. J’y suis confiné comme tous les Belges. Mais s’il n’y avait pas de coronavirus, j’aurais déjà repris la route, vers les Ardennes, la France. L’été, c’est la saison de pèlerinages. J’attends le feu vert des autorités. » D’autres, comme Etienne Charpentier, ont été surpris par le confinement et n’ont plus bougé depuis lors.

« Or, l’hiver est fini et on a l’habitude de dire que les gens du voyage bougent toutes les trois semaines à partir de mars. Les consignes les empêchent de repartir, cette fois », note Ahmed Hakim qui dirige le centre de médiation des gens du voyage. Avec cette structure, la Wallonie s’est dotée d’un outil qui combat les idées reçues et tente d’améliorer les relations de ces citoyens avec les autorités et la population.

« Des gens responsables »

Le directeur peut témoigner d’une application stricte des instructions fédérales : « Je suis agréablement surpris. Les gens du voyage se montrent très sensibles à la situation sanitaire. Ils prennent ça très au sérieux. Les familles sont dans une sorte de promiscuité, mais elles cherchent elles aussi à respecter la distanciation sociale. A ma connaissance, aucun foyer épidémique n’a été enregistré dans ces communautés. »

Le centre de médiation a publié une affichette qui recense les gestes et les attitudes à adopter face au coronavirus : lavage des mains, distances, éternuements… Mais d’autres pictogrammes font référence à ce mode de vie particulier : éviter les discussions en groupe devant les caravanes, ne pas laisser courir les enfants en bande… Ici, le « restez chez vous » se conçoit sur quatre roues !

« Nous ne sommes pas des gens à part. Nous savons que nous devons aussi nous protéger et protéger les autres. Nous sommes des gens responsables », explique Etienne Charpentier. Il n’empêche : quand la question d’un confinement a été mise sur la table, les gens du voyage ont bien senti que les rapports parfois compliqués avec les populations sédentaires risquaient de s’exacerber un peu plus.

Leurs responsables s’en sont même ouverts dans un communiqué à l’intention des autorités : « A l’heure où les mesures de confinement et les fermetures des frontières se multiplient, plusieurs groupes de la communauté installés dans différentes communes wallonnes subissent les affres de la population et se voient sommés de déguerpir. Ce sont des “villages” entiers qui sont contraints de se déplacer. »

Le respect des consignes

Etienne Charpentier évoque des cas en Hainaut, mais il n’en dira pas plus. A Pont-à-Celles où il a trouvé refuge avec les siens, l’accueil a été correct. « Mais cela n’a pas été simple parce que le terrain choisi est dans le centre-ville. Nous avons eu des expériences difficiles, des difficultés quand d’autres communautés ont choisi de s’installer sur le site de l’Arsenal », explique Pascal Tavier (PS), le bourgmestre. Quand le confinement a été décrété, certains habitants ont craint que les gens du voyage « dévalisent » les commerces locaux.

Mais le climat s’est apaisé dans cette commune proche de Charleroi : « Ils se sont installés sans accord et sont peu nombreux. Nous avons négocié. Cette famille respecte le voisinage, il y a eu une ou deux plaintes, mais c’est tout. Ils ont pris contact avec Ores et la SWDE pour l’accès à l’électricité et à l’eau. Etienne Charpentier et les siens sont là jusqu’à la fin du confinement. »

Pont-à-Celles respecte à la lettre les instructions du gouvernement wallon. Alerté de possibles difficultés par les représentants de la communauté, Pierre-Yves Dermagne (PS), le ministre des Pouvoirs locaux, a adressé un courrier aux gouverneurs de provinces et à travers eux à toutes les communes. La principale recommandation porte sur « le maintien des installations actuelles sur les sites officiels et officieux. »

Le même exécutif avait déjà gelé toutes les procédures d’expulsion. Il a affiné sa réflexion pour les gens du voyage : le temps de la crise, « ceux-ci doivent pouvoir y demeurer sans être inquiétés et sans entrave ni dans l’exercice de leurs droits ni dans l’accomplissement de leurs obligations », précise le ministre qui demande aussi que « les autorités communales organisent l’accès à l’eau et à l’électricité. »

Un impact économique

Pas question donc d’un cadeau à une communauté minoritaire : il s’agit de protéger des citoyens en difficulté dans des temps troublés. Mais le gouvernement wallon s’inscrit aussi dans une logique unanimement partagée : pendant le confinement, les déplacements sont interdits. En caravane, aussi !

Etienne Charpentier nous a demandé de l’écrire : « L’intervention wallonne a été très appréciée. » Le maintien sur place est pourtant pénible à vivre. Les familles et les groupes ne peuvent plus se rencontrer, se croiser. La fête de Pâques approche et elle compte beaucoup pour les gens de la route, elle se vivra cette fois en petit comité.

Le moment venu et comme partout ailleurs, il faudra aussi parler de l’après-coronavirus : « Ce confinement, c’est toute une économie en panne sur les marchés, le spectacle ou les fêtes foraines. Beaucoup sont indépendants et leurs activités au jour le jour ne permettent pas d’engranger de la trésorerie. Il faudra aussi aider les gens du voyage », plaide déjà Ahmed Hakim.

Confinement: le jeu de société gagne la partie

Si les jeux en ligne et les plateformes de streaming ont explosé ces dernières semaines, pour le jeu de société, on peut parler de séisme.
Si les jeux en ligne et les plateformes de streaming ont explosé ces dernières semaines, pour le jeu de société, on peut parler de séisme. - BelgaImage.

Vos derniers souvenirs de Scrabble, c’est une longue soirée d’ennui chez les scouts, les lettres Q, W, Z, K, Y, X, H dans la même pioche, Balasko au balcon dans Les Bronzés font du ski et tonton Marc énervé qui tape dans le plateau en faisant tout valser.

Depuis, la boîte prenait la poussière dans la cave avec le Trivial, le Cluedo, le Monopoly, le Mille Bornes et le Pictionary. Puis le confinement est arrivé. Et vous avez tout ressorti. Plus quelques autres, Dixit, Time’s Up, Uno, Timeline… Tout le monde a fait comme vous.

Si les jeux en ligne et les plateformes de streaming ont explosé ces dernières semaines, pour le jeu de société, on peut parler de séisme : le 31 mars, la star des études de marché, le NPD Group, révélait que pour la première fois, en France, la liste des 10 jouets les plus vendus comportait 10 jeux de société et puzzles avec le Monopoly, la Bonne Paye et le Scrabble en tête. Par rapport à 2019, sur la semaine de référence du 16 au 22 mars, les ventes de jeux de société ont décollé de 83 %. Les puzzles, de 122 %.

Mais pourquoi ? Il y aurait donc de vrais bienfaits à s’asseoir autour d’une table pour jouer aux cartes ? « C’est une question ? Non, ce n’est pas une question, c’est une affirmation, lance Laurentin Dathis, fondateur de La Luck, le café de jeux lillois qui a ouvert en septembre dernier à Bruxelles. Moi aussi, au départ, j’avais une image obsolète, pas sexy, pas drôle, du jeu de société. Dernier recours quand il pleut, à Noël ou chez les grands-parents. Mais j’ai pris une claque en découvrant l’univers du jeu moderne, ultra dynamique, aux possibilités illimitées, qui développe les réflexes visuels, la mémoire, la créativité ! Le jeu fait tout travailler. C’est un monde en croissance à deux chiffres depuis plus de dix ans. Trois jeux sortent chaque jour. Quasi mille par an. Alors oui, dans le climat anxiogène actuel, il est indispensable. Quand on joue, c’est presque méditatif. On ne pense à rien d’autre qu’à ce qu’on est en train de faire. On laisse le téléphone dans les poches, on est complètement dans le moment présent. »

Le pouvoir bénéfique du jeu, Pascal Desclos l’a compris depuis longtemps. Ce psychosociologue français, consultant, éditeur et concepteur de jeux (ou « supports de médiation ludique à vocation éducative et formative »), dont Plury One, un jeu d’ambiance primé au concours Lépine, très utilisé en soins psychiatriques et basé non sur le savoir académique mais sur le savoir ordinaire (1). « Il a été baptisé l’anti Trivial Pursuit, explique-t-il. Parce que là où celui-ci vous demande “Quelle est la hauteur du Mont-Blanc ?”, je vous propose “Pourquoi les montagnes sont-elles si hautes ?” Les questions sont ouvertes et non fermées parce qu’on ne peut pas ne pas penser alors qu’on peut ne pas savoir. Là, je prépare des jeux pour l’après-confinement où il y aura par exemple la question “L’exode des urbains vers les campagnes, qu’en avez-vous pensé ?” Les autres joueurs votent ensuite pour dire s’ils sont satisfaits de votre réponse. L’abstention n’existe pas car on ne peut pas ne pas avoir un avis. »

Le spécialiste met en garde les familles contre les « faux jeux ». Ceux qui en ont la forme, l’aspect, mais pas la dynamique. « Un vrai jeu, c’est un peu comme ce confinement : nous sommes tous à égalité devant, il n’y a plus d’autorité, il n’y a plus de hiérarchie et il n’y a plus de pouvoir. Cette règle d’égalité d’accès aux mêmes droits et aux mêmes devoirs, dans le cadre de l’espace-temps du jeu, supplante toutes les autres règles. On est loin de la vie de tous les jours où les déterminismes sociaux définissent les enjeux et la hiérarchie de ces enjeux ! »

Le Scrabble, du coup, retournera à la cave parce qu’il ne se joue qu’entre pairs et reclassifie les classes sociales. Le Trivial, pareil. « C’est le pire, je pense, pour les mêmes raisons et aussi parce que si votre passion est le sport et moi, le cinéma, aucune interaction n’existera jamais entre nous. Ce ne sera qu’une course contre la montre pour être le premier, sans même avoir besoin de l’autre pour gagner. Le Trivial Pursuit, en réalité, est un jeu solitaire. »

Dans le choix d’un bon jeu, enfin, laissez une chance au hasard. L’un des principes de base dans la définition du jeu. La surprise. L’élément déstabilisateur. Celui qui remet les gens à égalité. « Le hasard est démocratique. Et la vie est faite de hasard et pas que de certitudes. »

Alors lâchez-vous, mimez, cogitez, devinez, manigancez, riez, prenez-vous la tête. Chez Charlotte, fin de quarantaine, deux filles, un compagnon, c’est cadavre exquis, pays/villes, Chasse-fantômes, Pictureka, Wasabi. Chez Philippe et Umberto, on est plutôt Colons de Catane et Aventuriers du Rail. Monopoly Zelda, When I dream, Loups-Garous et Dixit chez Joëlle et ses trois ados. Dans la coloc’ d’Emilie, Fatou et Hanissa, on joue à Taggle, Dawak et au Burger Quiz.

A Lille, Laurentin et sa copine jouent à Hanabi, The Mind, à Diversité – « Un jeu même pas commercialisé qu’un mec m’a apporté à La Luck pour savoir ce que j’en pensais : on y joue depuis le début du confinement ! » – et évitent les embrouilles parce qu’ils sont tous deux mauvais perdants. Pour Bruxelles, il a un projet de Cluedo géant : « On se baladera dans Saint-Gilles et Ixelles tous les samedis pour résoudre une enquête, avec des indices sur les bâtiments, etc. » En septembre, si tout va bien. Lancez les dés. Double 6, c’est gagné.

(1) Editions-valoremis.com/

Licences: carte rouge pour le Standard et l’Excel Mouscron

photo news
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Comme prévu, la Commission des licences de l’Union belge a rendu ses verdicts ce mercredi en début de soirée… avec des décisions attendues mais également de grosses surprises, des désillusions même, si on se place du côté des clubs concernés, à commencer par le Standard, provisoirement renvoyé en D2 amateurs avec trois points de pénalité, et Mouscron, éjecté en D1 amateurs.

1 Mouscron est recalé en raison d’un flou sur la continuité du club

Après avoir obtenu son précieux sésame en première session il y a un an, l’Excel Mouscron a cette fois-ci été recalé et se retrouve, dans l’état actuel des choses, en D1 amateurs. Des doutes ont été émis quant au principe de continuité du club. « Depuis quelques mois, l’actionnaire principal, Pairoj Piempongsant, souhaitait renforcer la structure du club grâce à l’apport de nouveaux partenaires. Alors que plusieurs pistes étaient sur le point d’aboutir, la crise sanitaire mondiale a fait péricliter les initiatives de rapprochement avec les nouveaux investisseurs », a fait savoir le club hurlu dans un communiqué. « Le Royal Excel Mouscron estime qu’il est en mesure d’assurer la continuité de l’activité grâce à un budget de crise présenté lors du passage devant la Commission des licences. C’est pour cette raison qu’il a décidé de faire appel de la décision. »

À défaut d’être prévoyants, les Hurlus ont l’espoir de trouver des fonds dans les semaines à venir. « Nous sommes confiants sur l’obtention de la licence devant la CBAS, en mai prochain », affirment le président Patrick Declerck et le directeur général Paul Allaerts. « Des pistes sont à l’étude et nous sommes toujours optimistes sur le fait qu’elles pourront aboutir malgré les grosses difficultés engendrées par la crise sanitaire mondiale.

2 Charleroi a sa licence et devra se mettre aux normes européennes

Fin du suspense, qui n’en était d’ailleurs pas vraiment un. Le Sporting de Charleroi a obtenu sa licence pro du premier coup et fait partie des bons élèves de l’élite. Seul subsiste un flou concernant la future aventure européenne. Les Zèbres ne savent toujours pas à quel stade de l’Europa League ils entreront en lice (en phase de poules car à leur troisième place actuelle ou au dernier tour préliminaire si la finale de la Coupe se joue et est remportée par l’Antwerp qui bénéficierait de cet accès direct), un aspect qui n’est en rien lié avec les décisions de ce mercredi, mais qui ne sont toujours pas fixés non plus sur le lieu de cet(ces) affrontement(s) sur la scène continentale. Le communiqué de l’Union belge annonce que le SC Charleroi devra se rendre dans les installations d’OHL, à l’instar de l’Antwerp d’ailleurs, alors que le FC Bruges et La Gantoise pourront utiliser le Jan Breydel et la Ghelamco Arena, et que le Standard n’a pas reçu (pour le moment) sa licence européenne. Mais en fait, rien n’est gravé dans la roche. Au club hennuyer, on explique que le stade est en catégorie 3, ce qui est suffisant pour les tours préliminaires, mais n’est pas aux normes pour passer en catégorie 4 et permettre au Mambourg d’accueillir des matches dès la phase de groupes. Un souci ? Absolument pas. Le stade n’est pas encore aux normes… parce qu’il n’avait pas à l’être cette saison. Les ajustements concernent l’accueil de la presse, les espaces VIP, le parking, etc, et sont donc accessibles. Malgré le plan Horizon 2024 et l’arrivée du futur stade, le club a toujours assuré vouloir investir suffisamment dans le stade du Pays de Charleroi afin de pouvoir y jouer l’Europe le cas échéant et s’y tiendra.

3 Ostende recalé, les autres pensionnaires de D1A, dont Eupen, reçus

Le Standard et Mouscron (voir un peu plus haut) ne sont pas les seules formations de D1A à être toujours à la conquête du Graal, c’est également le cas d’Ostende, qui se rendra lui aussi en appel devant la CBAS, pour contester l’attribution de la licence à Anderlecht et le refus de la sienne. « La demande de licence se fondait sur une augmentation de capital de 2,7 millions d’euros devant être réalisée par l’investisseur américain PMG. En l’absence d’un accord entre PMG et Marc Coucke avant le 1er avril sur l’utilisation du stade et la dette, la reprise et donc l’augmentation de capital n’a pas eu lieu. Le KVO regrette profondément que la Commission des licences déclare que la question du lien de Marc Coucke n’est pas pertinente », a indiqué le KV Ostende dans un communiqué. Le club saisira bien entendu la CBAS.

Pas de problème par contre pour les treize autres formations de D1A, dont Eupen, d’ores et déjà assurer de pouvoir enchaîner une cinquième saison au sein de l’élite nationale.

Etats-Unis: c’est terminé pour Bernie Sanders

Fin de partie pour Sanders.
Fin de partie pour Sanders. - Reuters

Depuis les «  étendues glacées de l’Iowa  » et une performance décevante dans les urnes le 3 février dernier, Bernie Sanders avait deviné qu’il n’y aurait pas de marche triomphale vers la nomination présidentielle. Peut-être moins encore en 2020, qu’en 2016. Mercredi, le candidat socialiste du Vermont a jeté l’éponge, «  suspendant  » sa campagne durant une intervention télévisée en direct de sa résidence de Burlington, où il a trouvé refuge depuis l’interruption quasi-totale du processus des primaires depuis la mi-mars.

Ce retrait attendu ouvre la voie au dernier candidat en lice et grand favori à gauche, Joe Biden, qui devrait sauf accident défier Donald Trump lors de l’élection générale le 3 novembre prochain.

«  Croyez-moi, cela a été une décision difficile et pénible  », a déclaré le septuagénaire, tout en assurant à ses partisans qu’ils avaient eu «  un impact profond sur notre nation  » et imposé un programme progressiste à une campagne dominée par des modérés, voire les centristes, tels que l’ancien vice-président Biden, crédité d’une remontée subite dans les urnes lors du «  Super Mardi  » du 3 mars. Sanders avait été, le temps de quelques semaines en février, le favori des primaires, après deux victoires dans le New Hampshire et le Nevada.

«  Nous avons gagné la bataille idéologique (…), a ajouté Bernie Sanders, mais j’ai conclu que cette bataille n’allait pas être gagnée. Si je pensais qu’on aurait pu obtenir la nomination, j’aurais continué  ». serait pas Avec 865 voix de délégués dans la poche, et un retard de plus de trois cents sur son rival modéré, Sanders reconnaissait en coulisses qu’il lui serait difficile, voire impossible, d’atteindre la barre magique des 1.991 délégués nécessaire pour glaner l’investiture du «  parti de l’âne  ». Il savait également qu’il ne bénéficiait pas du soutien de l’ancien président Barack Obama, plus vénéré que jamais, et qui pourrait désormais annoncer son soutien digital, faute de mieux, à son «  vieil ami Joe  ».

Tensions

De furieux débats ont agité la campagne Sanders en interne, opposant les partisans d’un maintien dans la course jusqu’en juin, pour infléchir la barre à gauche jusqu’à la convention nationale d’août à Milwaukee (Wisconsin), et ceux d’un abandon immédiat, pour privilégier l’union sacrée démocrate face à Trump. Faiz Shakir, le propre manager de campagne de Sanders, faisait partie de ceux-là.

Comme en 2016 face à Hillary Clinton, celui que Trump surnomme «  Bernie le dingue  », et qu’il rêvait d’affronter en novembre pour cristalliser l’opposition à un « socialiste », s’incline devant une figure plus centriste, et un peu moins tonitruante. Mais, quatre ans plus tard, ses idées auparavant jugées trop radicales pour une société viscéralement individualiste et rebelle dans l’âme se sont profondément ancrées dans la conscience collective : une intervention accrue de l’Etat central dans l’économie et une prise en charge publique des dépenses de santé. La crise économique et sanitaire engendrée par la propagation du coronavirus renforce ses arguments en faveur d’une assurance-santé universelle, à l’heure où des patients décèdent des symptômes du Covid-19, incapables d’assumer des frais d’hospitalisation de dizaines de milliers de dollars. Maigre consolation.

«  Bernie Sanders fait de nécessité vertu, commente Aaron David Miller, un ex-conseiller de Bill Clinton à la Maison Blanche. Maintenant commence le plus dur : convaincre ses supporters de voter pour Biden. Puisque nous approchons de Pâques, le mot d’ordre devrait être “let my people go”  ». «  Laissez mon peuple partir », comme dans la chanson Go down, Moses de Louis Armstrong.

Numérique: aria, raconte-moi l’Opéra

À la rencontre des disciplines, aria mêle opéra, ballet et culture populaire.
À la rencontre des disciplines, aria mêle opéra, ballet et culture populaire. - D.R.

Alors que le public de l’opéra est vieillissant, les maisons d’opéra à travers le monde ne cessent de se montrer inventives pour renouveler leur public. Parmi les dernières initiatives en date : aria, une plateforme numérique pour s’initier à l’opéra et à la danse lancée par l’Opéra de Paris. « Aria découle d’une démarche engagée il y a deux ans par l’Opéra de Paris avec le mécénat de Huawei, ainsi que celui de Keyrus, acteur spécialisé dans le digital et les données. Cette démarche a également reçu le soutien du ministère de la Culture », explique Martin Ajdari, directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris. « Elle répond à la mission de transmission de l’Opéra, tout en développant sa présence sur les réseaux numériques. L’objectif général demeure de proposer une meilleure diffusion de l’opéra auprès de la population, au-delà de nos théâtres. Et aria vise à mobiliser à cette fin le potentiel du numérique, en termes d’ergonomie, de diversité, d’intelligence artificielle. »

« Interractive et ludique »

L’idée est simple : fournir un outil qui lui correspond, sans se prendre au sérieux, à un public pas forcément habitué à l’opéra. « Le but est de créer une fenêtre numérique interactive et ludique sur l’univers de l’opéra et de la danse, destinée à un large public. Avec des modules proposant des clés de compréhension de cet univers (les tessitures ou les pas de danse, par exemple), avec des éclairages sur les œuvres, avec des quiz, nous voulons toucher les personnes qui ont un intérêt pour le monde de l’opéra, parfois une forme de fascination, mais qui trop souvent considèrent que ce n’est pas pour elles, voire ne s’y sentent légitimes. »

Dans la continuité du travail entrepris avec les outils numériques, l’Opéra de Paris entend ainsi réduire davantage encore les frontières et encourager un plus large public à oser pousser ses portes. Avec aria, on apprivoise un peu mieux les liens entre ballet et pop-culture, on s’essaie à comparer football et opéra, on apprend à distinguer une soprano… « Le but est de créer des passerelles entre des univers familiers à une large partie de la population, et notamment aux trentenaires, qui ne représentent pas la majeure partie de notre public (les chiffres exacts de répartition entre les âges du public de l’Opéra de Paris ne sont pas disponibles mais la saison dernière, 20 % du public avait moins de 28 ans, NDLR). La population dont les usages numériques servent de référence sont les 25-35 ans, mais je suis sûr qu’un très grand nombre de citoyens plus âgés y trouveront aussi un intérêt et qu’en ce sens, aria peut toucher les 7 à 77 ans, pour reprendre une expression ancienne. ».

Régulièrement enrichis

Prévu au départ pour décembre 2019, le lancement d’aria aura finalement lieu ce 9 avril. Une période particulière, mais ironiquement parfaite. « Cette période de confinement fait apparaître une vraie demande de découverte, et tout particulièrement envers l’opéra et la danse. Nous espérons qu’aria y répondra. »

Les contenus seront enrichis très régulièrement pour éviter une forme de lassitude. En termes de technologie, l’application devrait dans le futur développer ses interfaces vocales, pour que les utilisateurs puissent poser leurs questions à haute voix.

aria.operadeparis.fr À noter : tous les mois, les utilisateurs actifs pourront tenter de gagner des places de spectacles.

L’évolution de la propagation du coronavirus en Belgique: baisse des hospitalisations, un signal positif (infographies)

L’évolution de la propagation du coronavirus en Belgique: baisse des hospitalisations, un signal positif (infographies)

Depuis le début de la crise du coronavirus en Belgique, et depuis que le point presse de 11 heures sur le bilan épidémiologique est devenu un rendez-vous médiatique quotidien, le mot n’avait jamais été prononcé aussi clairement. Cette fois, ça y est : « la situation semble s’approcher d’un pic ». Dans la bouche d’Emmanuel André, virologue et porte-parole du comité interfédéral de lutte contre le Covid-19, chaque mot est pesé, soupesé, mesuré : il s’empresse d’ajouter « … ou un plateau. L’avenir nous dira vers quel scénario nous allons. »

Un plateau, qu’est-ce à dire ? Pour deux des indicateurs sur lesquels on jauge la force de l’épidémie en Belgique, celui du nombre de nouvelles admissions à l’hôpital, et celui du nombre de personnes hospitalisées dans le pays (et placées en soins intensifs), les données de ces derniers jours vont dans le même sens.

Pour la première fois, le nombre de personnes qui nécessitent des soins à l’hôpital a diminué  : 5688 au total, soit 324 de moins que dans les relevés transmis lundi. Voilà qui ressemble à une bonne nouvelle. Qui ne vient pas seule puisque, comme samedi, le nombre des sorties est à nouveau plus élevé que celui des nouvelles admissions (524 pour 487), et puisque, comme depuis quelques jours, le nombre de personnes nécessitant des soins intensifs est assez stationnaire.

On rappellera, a contrario, et pour tempérer la baisse du nombre des personnes hospitalisées, qu’une part de la diminution est liée aux chiffres de la mortalité qui, eux, sont toujours en hausse, avec 2.240 morts comptabilisés à ce jour, soit 205 de plus que lundi. La rudesse des statistiques : « Partager ces chiffres est nécessaire, pour que chacun prenne conscience de la situation et de cette situation qui reste grave », confirme Benoît Ramacker, porte-parole du centre de crise. « Mais nous voudrions partager le fait que derrière ces chiffres il y a des personnes, des amis, de la famille. Et nous en sommes pleinement conscients ». « Chaque personne qui nous quitte est un mort de trop », évoquait-il encore quelques minutes plus tard, en saluant les efforts réalisés par la population belge pour s’adapter aux règles de confinement mises en place depuis le 18 mars. Sur ce plan, la diminution n’est probablement pas pour tout de suite, dans la mesure où les chiffres des décès dans les maisons de repos viendront encore gonfler le bilan dans les prochains jours – avec notamment l’ajout des décès jusqu’au premier avril.

La situation dans les maisons de repos reste problématique, tant pour les personnes âgées que pour le personnel. Faut-il dépister ce dernier au même titre que les patients ? Pour Emmanuel André, il semble un peu tôt pour répondre à cette question : « la stratégie de dépistage a débuté. nous sommes dans une phase pilote pendant laquelle nous allons accumuler de l’expérience. Et puis nous allons affiner pour savoir qui il faut tester. Au plus nous pourrons tester, au mieux nous pourrons agir », résume-t-il, brandissant aussi les 20.000 tests en cours de réalisation dans les maisons de repos.

Le décor change, les choses évoluent dans le bon sens. La météo, au beau fixe, apporte aussi son « petit coup de pouce » – bien que, note Emmanuel André, on manque de recul sur le virus pour pouvoir estimer l’impact que le beau temps peut avoir sur sa propagation. Les consignes, elles, restent identiques, et répétées avec la même force : « Prenons soin de nous et surtout prenons soin des autres ».

Coronavirus: les Européens se séparent sans accord sur leur solidarité

Coronavirus: les Européens se séparent sans accord sur leur solidarité
Twitter de Mario Centeno

Après 16h de réunion, de nombreuses interruptions et des propositions de compromis à ne plus pouvoir les compter, les ministres des finances européens se sont quittés sans accord sur les termes de leur solidarité face au choc économique du Covid-19, mercredi vers 8h. Ils ont promis de se revoir le lendemain pour essayer d’aboutir s’estimant proches d’un accord.

« On était trop justes pour y arriver ce matin. On ne parle plus que de mots », dans le texte que les grands argentiers remettront aux chefs d’Etat et de gouvernement sur les possibles mesures de solidarité, nous explique une source proche des discussions. Sans surprise, la controverse dans les discussions a opposé les Néerlandais et les Italiens.

Quelles conditions

« Surtout sur la conditionnalité » qui devra accompagner une ligne de crédit préventive du fond de sauvetage de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), doté d’une capacité de prêts de 410 milliards d’euros. C’est lui qui est intervenu pendant la crise grecque et ses prêts s’accompagnaient de conditions strictes de réformes (privatisations, marché du travail, etc.) avec des objectifs à atteindre pour obtenir les tranches de prêts. Les Italiens estiment que puisque personne n’est fautif du choc du Covid-19 et que la crise n’a pas été provoquée par une mauvaise tenue des finances publiques, il n’y a pas lieu d’imposer des conditions aussi dures. Les Néerlandais, les Autrichiens et les Finlandais plaident pour une conditionnalité en deux temps : d’abord uniquement s’assurer que les fonds seront utilisés dans la lutte contre le Covid-19 et ensuite, une fois le gros du choc passé, revenir à une conditionnalité classique. Le concept même d’argent « gratuit » est insupportable pour ces pays. Les Français et les Allemands ont bien tenté la médiation entre les Néerlandais et les Italiens mais cela n’a pas suffi à ce stade. Selon le média spécialisé dans les affaires européennes Euractiv, il aurait été question de laisser le point ouvert pour laisser les leaders décider, mais l’Espagne, cette fois, s’y serait opposée.

« Dans la mesure où le MES est utilisé comme soutien économique, nous pensons qu’il est sage de le lier à la prise de mesures économiques », a déclaré le ministre néerlandais, Wopke Hoekstra, sur son compte Twitter, ajoutant qu’il était « trop tôt pour un package global ». Les Néerlandais ne senblent pas encore sentir le choc économique. « Il s’agit principalement d’une crise sanitaire », a tweeté le ministre. « Les Pays-Bas ont refusé toute concession sur le MES, ils portent la responsabilité de ce blocage », nous a dit une source européenne.

Un fonds de relance

Utilisant le même canal, Bruno Le Maire, le ministre français, a indiqué qu’avec son homologue allemand, Olaf Scholz, il appelait tous ses collègues à « être à la hauteur des enjeux exceptionnels pour parvenir à un accord ambitieux ». Le Français se serait énervé contre ses collègues vers 5h du matin en estimant que c’était une « honte » pour les ministres de tergiverser sur des mots alors que les morts se comptent « par centaines et par miliers ».

L’autre point encore ouvert concerne le « Fonds de relance » proposé par les Français. Ceux-ci veulent le doter d’une capacité d’emprunt, ce qui revient à de la mutualisation des dettes, un tabou pour les Néerlandais ou encore les Allemands, même si cette mise en commun ne concernerait que les emprunts futurs. « On va essayer de ficeler un texte qui ne mentionnera pas la capacité d’emprunt commun, mais qui ne l’exclura pas non plus », nous dit un de nos interlocuteurs.

Crise du coronavirus: «Une dure leçon pour la N-VA»

Crise du coronavirus: «Une dure leçon pour la N-VA»
Belga

Le discours style « présidentiel » de la Première ministre Sophie Wilmès est, en Flandre, passé sans tambour ni trompette ; elle est dans notre région toujours moins connue, et donc aussi moins aimée, comme le proverbe flamand « onbekend is onbemind » (« on n’aime que ce qu’on connaît ») le décrit. Pour beaucoup de Flamands, la Première ministre se présente toujours comme la « concierge » du gouvernement (la description est de la main du site européen Politico), et elle n’a, pour la plupart des Flamands, pas encore atteint la position de leur vrai Premier ministre, même si tout est encore possible.

Cependant, le discours n’est pas passé complètement inaperçu. Le lendemain de l’annonce de Wilmès, c’est de l’hôtel de ville d’Anvers que la réponse est venue. Le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, donnait à son tour son avis sur l’actualité, sous le dénominateur commun de ne pas vouloir « faire de l’opposition, comme ça pourrait être compris comme de l’acidité ».

« Une FAQ illégale », dixit Bart De Wever

Mais d’une traite, dans l’interview, Bart De Wever, anéantissait la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement minoritaire à pouvoirs spéciaux. « Les instructions ne sont pas claires et soulèvent parfois des questions supplémentaires », dit-il, en ajoutant, « quelqu’un qui est en train de jouer du basket, tout seul, c’est interdit, mais de l’autre côté, chaque activité physique est encouragée. Ou encore, où est-il écrit qu’il est interdit de se reposer sur un banc ? Je ne vais pas maintenir cela. »

Contrairement à la rigueur avec laquelle certains aiment imposer des règles, le bourgmestre d’Anvers refuse de les maintenir. « Il a été décidé de décrire toutes les formes du comportement humain dans une FAQ (foire aux questions) du Centre de Crise, mais elle n’a aucune force légale. Aucun procureur ne poursuivra sur la base d’une FAQ. »

Une occasion manquée

Il est clair qu’on grince des dents du côté d’Anvers, car, quelques jours plus tôt, dans le magazine Humo, Bart De Wever avouait : « J’aurais aimé gérer cette crise. Au moins, vous avez alors le sentiment que vous valez votre salaire. Peut-être que cela aurait été un désastre, moi comme Premier ministre, mais au moins j’aurais vécu ça ». La N-VA réalise quelle occasion elle vient de manquer. D’autant plus qu’apparemment, les Flamands exigent que la N-VA prenne la main. « Ils comptent sur la N-VA pour gouverner, parce que pour les Flamands, la N-VA a remplacé le CVP d’autrefois. » Les paroles viennent de Jan Callebaut, spécialiste du marketing, aussi dans le domaine de la politique. Lui et la société Why5Research ont en 2006 développé une méthode qui sera finalement baptisée « L’ADN de la Flandre ». L’objectif était, au moyen d’une enquête à grande échelle, de mesurer le cadre de vie et les attentes du citoyen flamand. C’est le service info de la VRT, VRT NWS, qui réalisera trois de ces études-cadres, en 2009, 2014 et 2019, à chaque fois avant les élections régionales flamandes.

« Du couloir extérieur au centre politique »

L’analyse qui ressort de ces études est surprenante. Les trois partis classiques (CD&V, Open VLD et sp.a) ont, en Flandre, toujours leurs fervents adeptes, mais ne parviennent plus à convaincre d’autres électeurs. Le résultat est connu : aux élections flamandes de 1999, les trois partis traditionnels (démocrates-chrétiens, socialistes et libéraux) convainquaient encore 59 %. Vingt ans plus tard, en 2019, ils représentent à peine 38,6 % des électeurs. De l’autre côté, les partis Groen, Vlaams Belang et le PTB sont perçus par les Flamands comme des partis avec un « rêve clair et idéal », mais qui ne parviennent pas à mettre cette image « idéale » en pratique, ce qui les rend, selon les Flamands, des partis d’opposition éternels.

Et la N-VA ? Selon Jan Callebaut, ce parti se trouvait en 2009 dans la même situation que les autres partis d’opposition, mais elle a depuis construit une image de parti qui gère les dossiers et qui monte au gouvernement, en tout cas, c’est l’opinion des Flamands interrogés. « La N-VA est passée du couloir extérieur de la politique flamande au centre politique, et a même pris les devants, tandis que les trois autres partis d’opposition sont restés sur place. »

Le nouveau CVP

Le résultat, c’est que, en 2019, la N-VA est, aux yeux des Flamands interrogés, le parti qu’ils associent à des mots comme « puissant », « charismatique », « inspirant », « réussi », « sérieux », « compétent » et « innovant ». Aux yeux du peuple flamand, la N-VA est ainsi devenue le parti politique idéal. Le nouveau CVP est donc arrivé, c’est la N-VA.

Cette N-VA, donc, réalise quelle occasion elle a laissé passer. Dans le journal Knack, Theo Francken revient sur la formation du gouvernement Wilmès et admet qu’idéalement, le président du plus grand parti aurait dû prendre la tête du gouvernement : « Un chef de gouvernement a le pouvoir, et bien plus que nous, à la N-VA, aurions pu imaginer, il y a quelques années. » La N-VA a donc appris une dure leçon. En 2014, Bart De Wever proclamait encore, quelques mois avant les élections, que « le meilleur Premier ministre sera celui qui met en œuvre son (NDLR, de Bart De Wever) programme ». Francken admet dans Knack  : « Nous avons en effet dû l’apprendre au fil des années. »

Sur la touche

La N-VA ne cache pas qu’elle a du mal à rester sur la touche alors que la crise corona fait rage. « Je voulais rentrer dedans, mais j’ai été placé en quarantaine politique. Heureusement, en tant que bourgmestre, je peux encore faire une différence. Nous faisons de même au sein du gouvernement flamand », admet Bart De Wever. Le ministre-président flamand, Jan Jambon, est devenu le seul de la N-VA à pouvoir rentrer dans le « cockpit » de la lutte contre la crise corona, un lieu enviable et très visible pour un homme politique, et actuellement, les nationalistes flamands ne s’approcheront pas plus que ça. Le contraste avec les années précédentes, quand la N-VA faisait partie du gouvernement et Jan Jambon gérait la crise après les attaques terroristes, ne peut être plus grand. C’est une dure leçon en politique, déclare Jan Callebaut : « Faire preuve de leadership dans des moments de crise peut aboutir au succès politique. Avoir les profils personnels compétents dans un parti, est une condition essentielle pour y arriver ; mais la condition la plus importante pour parvenir à cette fin, c’est simplement de pouvoir participer au pouvoir. Et là, la N-VA a raté l’occasion ».

Vous commenceriez à grincer des dents pour moins.

Le confinement sera-t-il prolongé ou durci? «Le Soir» répond à vos questions

C’est lors du Conseil national de sécurité, dirigé par la Première ministre Sophie Wilmès, que sera décidé un prolongement après le 19 avril des mesures de confinement.
C’est lors du Conseil national de sécurité, dirigé par la Première ministre Sophie Wilmès, que sera décidé un prolongement après le 19 avril des mesures de confinement. - Belga / Benoît Doppagne.

La question est simple. Elle revient régulièrement. Le confinement sera-t-il prolongé ? Si la question est simple, personne ne connaît encore sa réponse précise, pas même les décideurs. Nous disposons toutefois de quelques indications…

Vos questions

La question nous a été posée par de nombreux lecteurs, comme Momolebeau889, Mehmet ou Adel ces dernières heures dans notre live : « Pensez-vous que le confinement sera prolongé ou durci, d’une manière ou d’une autre ? » Marianne demande encore « combien de jours à l’avance saurons-nous si le confinement sera prolongé au-delà du 19 avril » ?

La réponse des autorités

Le Conseil national de sécurité a décidé le 27 mars une prolongation des mesures de confinement jusqu’au dimanche 19 avril. Ce confinement pourra éventuellement être prolongé de deux semaines supplémentaires, jusqu’au dimanche 3 mai. Le gouvernement et les différents groupes d’experts évalueront en continu l’efficacité de ces mesures.

Par ailleurs, le gouvernement a mis sur pied cette semaine un groupe d’experts chargé d’étudier le scénario de sortie de crise.

Nos réponses à vos questions

Durcissement. Un éventuel « durcissement » des règles en vigueur ? Il n’est a priori pas à l’ordre du jour. D’abord, parce que les règles en place sont déjà particulièrement restrictives pour nos libertés : interdiction de rassemblement, sorties limitées, nombreux commerces fermés… Ensuite, parce que les chiffres du nombre d’hospitalisations en raison de l’épidémie de Covid-19 prennent la bonne direction depuis quelques jours. Ce qui ne signifie pas que nous puissions relâcher nos efforts, répètent en boucle le Centre de crise et tous les scientifiques. Toutefois, les mesures sont régulièrement ajustées, mais plutôt dans le sens d’un assouplissement modéré (exemples avec les familles avec enfants ou les couples vivant séparément).

Prolongation. Vient la question de la prolongation (ou non). Premier indice des autorités : cette option d’une prolongation du confinement jusqu’au 3 mai. Cette communication, dès le 27 mars, laisse assez peu de doutes sur l’activation future de cette option. Sans que nous puissions en être certains avant que se tienne le Conseil national de sécurité (CNS). Ce CNS se tiendra mercredi 15 avril, a annoncé jeudi le ministre-président flamand, Jan Jambon.

Autre indication sur une probable prolongation jusqu’au 3 mai : les consignes répétées de prudence à la population. Ces appels à la rigueur. « Nous ne sommes pas dans une position dans laquelle on peut relâcher nos efforts », insistait mardi le porte-parole du Centre de crise, Benoît Ramacker.

Au niveau européen, « ce n’est pas le moment d’assouplir les mesures », a affirmé le directeur général de l’OMS Europe, Hans Kluge, ce mercredi. « Il est temps de doubler et de tripler une fois de plus nos efforts collectifs en faveur de l’élimination du virus, avec le soutien de la société tout entière. » Chez nos voisins français, les règles de confinement sont régulièrement durcies, comme l’interdiction des joggings en journée à Paris. « Le confinement est appelé à durer », a encore prévenu ce mercredi le Premier ministre français Edouard Philippe. Emmanuel Macron annoncera lundi une prolongation du confinement au-delà du 15 avril. L’ambiance n’est pas à une sortie de crise à court terme.

Sortie du confinement. Reste que la question du « déconfinement » est depuis peu sur la table. La Première ministre Sophie Wilmès a créé un groupe d’experts pour plancher sur le scénario de sortie de crise. Le « Groupe d’experts en charge de l’exit strategy » (GEES) est constitué de cinq experts sanitaires (virologues, épidémiologistes…) et de cinq spécialistes issus de la sphère socio-économique. L’absence de spécialistes des sciences humaines et sociales suscite d’ailleurs quelques critiques…

La phase de « déconfinement » est donc en préparation. Les experts y travaillent. Mais lorsque sortie du confinement il y aura, elle ne sera pas brutale et désordonnée. L’enjeu est d’éviter une seconde vague de contamination. En la matière, tout est à inventer. Là aussi, il faudra quelques semaines aux autorités politiques et sanitaires pour trouver la meilleure formule de retour progressif à la normale.

« Le Soir » continue de vous accompagner dans cette crise liée à la pandémie de Covid-19. N’hésitez pas à poser toutes vos questions via le bouton « commentaires » ci-dessous. Chaque jour, nous publierons des réponses à une série d’interrogations : confinement, virus, mesures sociales, solidarités… Continuez à nous solliciter.

Jean Stéphenne: «Un vaccin prometteur contre le Covid-19 sera testé en juin »

Jean Stéphenne est le président du conseil de surveillance de CureVac.
Jean Stéphenne est le président du conseil de surveillance de CureVac. - D.R.

Nommé vendredi dernier président du conseil de surveillance de l’entreprise allemande de biotechnologie CureVac, Jean Stéphenne a choisi de s’exprimer uniquement dans trois journaux francophones, dont Le Soir. A 70 ans, le bio-ingénieur wallon qui a présidé au rayonnement international de GSK dit en avoir fini avec les spotlights. Pas de télévision donc, mais un message très clair : il faut d’ores et déjà tirer les leçons de la crise majeure qu’on traverse.

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Par vidéoconférence, le spécialiste du développement de vaccins à grande échelle a d’abord rendu hommage aux victimes du Covid19, en particulier à son ami Philippe Bodson décédé le 4 avril, ainsi qu’au personnel soignant. Il a ensuite fait part de ses regrets sur les « attaques politiciennes au milieu de la crise », mais aussi de ses espoirs vis-à-vis d’un vaccin, « arme ultime et fatale contre le coronavirus », comme celui qui est notamment en train d’être développé par CureVac – parmi d’autres.

L’ex-président du patronat wallon égratigne les différents niveaux de pouvoir entravant l’efficacité des prises de décision en Belgique : « Neuf ministres de la Santé, rendez-vous compte ! Je suis contre l’Europe des régions. Nous sommes 500 millions d’Européens, soit 6,25 % de la population mondiale. Je vous laisse calculer le poids de la Belgique et des Régions… » Devant cette crise mondiale, il faut absolument une approche européenne coordonnée au lieu des divisions actuelles, mais aussi davantage d’hommes et de femmes d’Etat, continue-t-il : « Où est l’Europe ? Je ne pense pas que nous avons mis de manière appropriée l’organisation qu’il fallait, mais elle est occupée à se faire… Nous avons besoin d’un plan stratégique pour les dix-quinze ans à venir. Cette crise est une opportunité pour les politiques. »

Chaînes d’approvisionnement erratiques, dépendance totale envers la Chine ou l’Inde notamment pour les produits réactifs, mais aussi fraudes, escroqueries, escalades déraisonnables des prix… La crise a révélé les limites de l’économie de marché, pointe l’industriel. « Je suis favorable à un capitalisme durable basé sur des entreprises avec une vision sur le long terme. La Bourse devrait être le reflet de leur valeur, pas de la spéculation », estime celui à qui on doit la mise au point industrielle du vaccin contre l’hépatite B. S’il s’est battu au début des années 80 pour que la maison mère SmithKline n’importe pas le département de la recherche aux USA, il plaide encore aujourd’hui pour le développement et le maintien de la biotech en Belgique, « qui a une industrie pharmaceutique très forte ».

80 millions débloqués par l’UE

Fort de plus de 40 années d’expérience dans le développement de vaccins, Jean Stéphenne murmure aujourd’hui aux oreilles des gouvernants belges, qu’il conseille dans leur stratégie. Mais partage aussi son temps et son savoir avec l’entreprise allemande CureVac, spécialisée dans le développement de thérapies et de vaccins à base d’ARN messager – une molécule très proche de l’ADN utilisée par les cellules comme copie transitoire pour la synthèse des protéines.

Membre du conseil de surveillance de la firme de bio-tech basée à Tübingen (sud-ouest de l’Allemagne) depuis 2015, le bio-ingénieur belge le préside donc depuis quelques jours. Inutile d’essayer de lui tirer les vers du nez sur les rumeurs de rachat américaines : « Il y a eu un peu de spéculation. Nous avons changé de CEO, parce qu’il n’était pas bon », se borne-t-il à répondre. CureVac a fait parler d’elle après la rencontre début mars de cet ex-CEO américain, Daniel Menichella, avec le président Donald Trump. Mais la convoitise des Etats-Unis aurait été stoppée net par Berlin, tandis que l’Europe a aussitôt mis 80 millions d’euros sur la table. Cette enveloppe devrait accélérer la construction en cours d’une quatrième usine de production, pour pouvoir produire des millions de doses annuellement, précise Stéphenne.

Une technologie prometteuse

Le spécialiste des vaccins se dit convaincu que la technologie de l’ARN messager (ARNm) est prometteuse dans la lutte contre le Covid19. En janvier dernier, CureVac a d’ailleurs réussi à montrer une réponse immunitaire après administration de leur vaccin contre la rage à très faible dose. « En injectant l’ARNm – pour cela on le formule avec des nanoparticules lipidiques pour mieux le délivrer aux cellules –, on stimule le système immunitaire qui va faire les protéines recherchées. On sait où le virus va se fixer sur la cellule, il faut que les anticorps induits bloquent ce récepteur », décrypte Stéphenne.

A ce jour, aucun vaccin ARN n’a encore été approuvé chez l’homme par manque de données. Au total, cinq entreprises développent cette technologie dans la course au vaccin contre le SARSCov2 – outre CureVac, l’Américaine Moderna, mais aussi Biontech (Pfizer), Translate Bio (Sanofi) et Etherna, en collaboration avec la VUB en Belgique. « Plutôt qu’une course, je dirais que c’est un défi mondial », module Jean Stéphenne. « Il y a plus ou moins 30 candidats vaccins en cours. Certains sont soutenus financièrement par Bill Gates tandis que la Barda (Biomedical Advanced Research and Development Authority) s’est associée à Johnson&Johnson pour une usine à risque visant à fournir un milliard de doses de vaccins dans le monde. L’hypothèse est de vacciner neuf milliards d’individus, ça laisse de la place… »

Coronavirus: les championnats de Belgique d’athlétisme reportés aux 15 et 16 août

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Les calendriers sportifs continuent d’évoluer avec la crise du coronavirus. Ce mercredi, c’est la Ligue belge d’athlétisme (LRBA) qui a ajusté le sien, suite également au report des Jeux olympiques de Tokyo.

Initialement prévus les 27 et 28 juin au stade Roi-Baudouin, les championnats de Belgique toutes catégories ont été déplacés aux 15 et 16 août, au même endroit. Ce week-end correspond à la date limite de réalisation des minimums pour les championnats d’Europe de Paris, qui sont toujours programmés du 25 au 30 août.

Les championnats de Belgique d’épreuves combinées ont, eux, été reculés aux 25 et 26 juillet, à Herve, tandis que le championnat francophone (LBFA) a été reprogrammé au 27 ou 28 juin, à Mouscron.

La Ligue francophone d’athlétisme a, par ailleurs, décidé de prolonger la période sans compétition au sud du pays jusqu’au 24 mai inclus alors que la Ligue flamande a repoussé cette période jusqu’au lundi 1er juin.

Les interclubs nationaux, prévus initialement les 9 et 10 mai, et qui avaient déjà été annulés, le restent définitivement.

Comment détecter les causes de la perte du goût et de l’odorat

Comment détecter les causes de la perte du goût et de l’odorat

Attablé en cette période de confinement, vous vous apprêtez à déguster un alléchant repas. En humant le contenu de l’assiette que vous dévorez déjà des yeux, soudain, une chose vous interpelle : vous n’en percevez plus l’odeur. Vous souffrez peut-être dans ce cas d’anosmie. Autrement dit, d’une perte de l’odorat.

Identifié comme l’un des symptômes du coronavirus, cette altération du système olfactif peut toutefois survenir dans bien d’autres cas de figure. « La perte de l’odorat apparaît dans une très grande majorité des cas à la suite d’une rhinite virale aiguë. Elle peut aussi se manifester à la suite d’un traumatisme crânien. Nous l’observons par exemple fréquemment chez les cyclistes qui chutent alors qu’ils ne portaient pas de casque.

Des troubles rhino-sinusiens tels que les sinusites chroniques ou les polyposes peuvent aussi en être à l’origine. Une perte olfactive peut également être observée plus rarement à la suite d’un traitement par radiothérapie ou chimiothérapie pour une tumeur ORL. Dans certains cas, cette altération est cependant idiopathique, autrement dit nous n’en connaissons pas la cause », développe le professeur Sergio Hassid, chef du département ORL de l’Hôpital Erasme.

Une perte du goût souvent associée

Si peu d’études ont été menées à ce sujet, la perte de l’odorat concernerait entre 11 à 40 % de la population belge. L’anosmie est généralement associée à l’agueusie, nom donné à la perte du goût. « La perte des goûts élémentaires que sont le sucré, le salé, l’amer et le sur (acide), est cependant un cas extrêmement rare et isolé. Quand, dans le langage commun, on parle de perte de goût, il s’agit en fait uniquement des goûts fins. Si une personne qui souffre d’anosmie (et donc d’agueusie) mange du chocolat, par exemple, elle pourra toujours déceler qu’il s’agit d’une pâte à la fois sucrée et amère. Elle ne percevra en revanche plus le goût nuancé du chocolat. Dans un même ordre d’idées, n’importe quelle bière sera perçue comme un breuvage froid et amer légèrement pétillant, mais aucune subtilité de goût ne pourra être identifiée par le patient », explique le Professeur Hassid.

Une seule arme : la cortisone

Un tel déficit olfactif peut-il être récupéré ? Oui, mais seulement dans certains cas. « Nous estimons habituellement que la perte olfactive n’est définitive que dans 40 % des cas. Si elle survient à la suite d’un traumatisme, la perte olfactive sera généralement irréversible. Dans d’autres cas en revanche, il est possible de récupérer partiellement ou totalement l’odorat, et ce, jusqu’à deux ans après un épisode infectieux tel qu’une rhinite virale par exemple », détaille Sergio Hassid.

Pour soigner cette altération et rendre leur nez à ceux qui l’ont perdu, les médecins n’ont à leur disposition qu’un seul traitement : la cortisone. « Dans les cas les plus aigus, on peut aller jusqu’à prescrire également des corticoïdes en intra-nasale », précise l’ORL. Un entraînement olfactif, au cours duquel on stimule les voies olfactives afin de réapprendre progressivement au patient à identifier certaines odeurs, peut également permettre un retour de l’odorat. L’efficacité de cette méthode n’a cependant, à ce jour, pas encore été réellement démontrée.

Festival d’Avignon: «Rien n’est plus sacré que le théâtre… si ce n’est la vie elle-même»

Le théâtre, c’est d’abord une communauté qui se réunit rappelle Olivier Py. Compliqué en ces temps de distanciation sociale.
Le théâtre, c’est d’abord une communauté qui se réunit rappelle Olivier Py. Compliqué en ces temps de distanciation sociale. - Christophe Raynaud de Lage

Très attendue, la conférence de presse du Festival d’Avignon qui devait avoir lieu fin mars avait été reportée à ce mercredi 8 avril. Entre-temps, le Printemps des Comédiens de Montpellier (qui devait débuter fin juin) et le Fringe d’Edimbourg, prévu au mois d’août, ont déjà annoncé leur annulation pure et simple.

Rien de tel du côté d’Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, qui, lors d’une conférence de presse vidéo préenregistrée, a dévoilé son programme mais aussi ses questionnements. « Je suis forcé de dire que je n’ai pas toutes les réponses, je ne suis pas omniscient mais je peux vous dire certaines choses, prévient-il d’emblée. La première est une lapalissade : nous respecterons bien sûr ce que les autorités sanitaires nous demanderont de faire. »

Eros et Thanatos

En attendant, « the show must go on ». Même si, alors que l’ensemble des équipes du festival est actuellement en télétravail, il est évidemment impossible de travailler sur les répétitions, l’installation des salles, etc. « Nous faisons absolument tout pour qu’il y ait bien une 74e édition », martèle Olivier PY. « Le thème a été décidé il y a plus d’un an : “Eros et Thanatos.” Pour aborder les questions politiques de manière peut-être moins sociétale et plus émotionnelle. Que signifie aujourd’hui aimer et mourir dans notre société ? »

Un fort contingent venu de Belgique

À la question de savoir comment penser un festival dans les circonstances actuelles, Olivier Py répond : « En ne sachant pas ce qui vient mais en sachant qu’il faudra être souple, s’adapter. Donc on ne sait pas. C’est propre à cette situation : nous n’avons pas de certitude et c’est ce qui en fait le cœur de l’expérience. »

Au programme, une belle brochette d’artistes français et internationaux dont Emma Dante, Angelica Liddell, Israel Galvan, Brett Bailey, Felwine Sarr, Frédéric Bélier Garcia, Kaori Ito et Yoshi Oida mais aussi un fort contingent venu de Belgique : Ivo Van Hove, le Raoul Collectif, Jan Martens, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, Étienne Minoungou, Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen, Lisbeth Gruwez et Claire Chevalier…

Le fait théâtral, ce n’est pas être derrière un écran

Autant d’artistes qui travaillent depuis des mois et craignent aujourd’hui l’annulation pure et simple. Car si une présentation virtuelle du programme peut être nettement plus fluide et efficace qu’une conférence de presse traditionnelle, Olivier Py écarte l’idée d’une 74e édition virtuelle : « Le fait théâtral ce n’est pas être derrière un écran. C’est une communauté qui se réunit pour chercher en nous ce qui est plus humain encore. »

Un démarrage retardé ?

Sur le plan purement pratique, il explique n’avoir eu à ce jour aucune défection parmi les compagnies invitées. Quant à la préparation technique (aménagement des salles, etc.), il se veut encore optimiste à l’heure actuelle, fixant début mai comme date butoir pour faire le point sur la faisabilité de la manifestation. Avec en tête, quelques marges de manœuvre : « Repousser les dates pour démarrer un peu plus tard est une hypothèse. Déborder sur le mois d’août me semble beaucoup plus difficile mais c’est un scénario qu’on ne peut pas écarter. »

Le sacré de la vie

Quant à la question de maintenir coûte que coûte, il se montre clair : « J’ai joué des soirs de deuil, de fatigue physique extrême, parfois sans lumière, sans public même dans certaines aventures, en se demandant s’il fallait jouer ou aller à la manifestation. J’ai toujours pensé qu’il fallait que le rideau se lève et que rien n’est plus sacré que ce geste-là. Rien… si ce n’est la vie elle-même. Et c’est la situation dans laquelle nous sommes. Si nous devons mettre en danger la vie des gens en les rassemblant, alors, c’est le sacré de la vie qui l’emporte. »

Coronavirus: et l’humain dans tout ça? Le groupe Déconfinement critiqué

A peine installé, déjà critiqué, le groupe Déconfinement mis en place par la Première ministre Sophie Wilmès... © Belga. Décodage

Par Xavier Counasse et Véronique Lamquin

Société ,

Coronavirus: une nuit entière de discussion pour tenter de s’entendre sur la solidarité de l’UE

Coronavirus: une nuit entière de discussion pour tenter de s’entendre sur la solidarité de l’UE

L’Eurogroupe, le cénacle des ministres des finances de la zone euro, a repris ses vieilles habitudes des réunions qui durent toute la nuit. Mercredi matin, vers 7h, la vidéoconférence des grands argentiers était toujours en cours sur la liste des mesures à suggérer aux chefs d’Etat et de gouvernement pour amortir le choc économique du Covid-19. Etait annoncée une conférence de presse à 10h sans pouvoir garantir à ce stade que le président du cénacle, Mario Centeno, y annoncerait un accord. La réunion a connu plusieurs interruptions pendant la nuit pour essayer de prendre un par un les plus réticents. Le blocage persistait entre les Italiens et les Néerlandais notamment sur la mention ou non dans la liste des mesures d’emprunts communs (les obligations corona ou euro obligations).

Une position binaire

Les Italiens avaient fait monter les enchères en amont de la réunion qui se débutait mardi après-midi par téléconférence et où les pays hors zone euro avaient aussi été conviés. « Non au Mécanisme européen de stabilité (MES), oui aux eurobonds. C’est la seule bonne solution », déclarait Giuseppe Conte, Premier ministre italien, lundi soir. Soit non à une ligne de crédit préventive du fonds de sauvetage de la zone euro. En face, les Néerlandais refusaient toute mutualisation de la dette, soutenus par les Finlandais, les Autrichiens et les Allemands.

Les Espagnols, sur la ligne italienne jusqu’ici, avaient quant à eux montré une ouverture juste avant la réunion en se rapprochant de la proposition de compromis française d’un fonds limité dans le temps qui émettrait de la dette commune pour financer la réponse au choc économique.

Les Français proposent un fonds jusqu’à 3 % du PIB européen. Il ne s’agit pas de mutualiser les dettes existantes ou de créer un mécanisme permanent, avaient-ils tenté de rassurer. Le pot commun irait en grande partie aux pays les plus affectés, mais le remboursement se ferait sur base des richesses nationales. Mécaniquement, il est donc attendu que les Italiens bénéficient de plus de fonds que ce qu’ils remboursent. La question des garanties (chacun se porte garant de sa part ou de tout) est ouverte, nous dit-on.

La Belgique, la veille, par la voix du ministre des finances, Alexander De Croo, avait quant à elle semblé faire marche arrière sur son soutien aux emprunts communs en estimant qu’il n’y avait pas besoin immédiat d’un tel instrument de mutualisation. La Première ministre, Sophie Wilmes, avait signé une lettre aux côtés de huit leaders appelant l’UE à travailler sur un tel mécanisme mais on assurait, en Belgique, qu’il n’y avait pas d’opposition entre les propos du ministre De Croo et la Première.

Un sujet de controverse nationale

Les Italiens étaient donc seuls à rester sur une position binaire sur les emprunts communs. « Difficile de savoir si la position des Italiens est tactique », nous expliquait une source proche des discussions. Evidemment, l’Espagne comme l’Italie ont des dettes publiques déjà élevées (respectivement près de 99 % et 134 % de leur PIB). Emprunter au MES ne ferait que creuser davantage ce ratio, même si les conditions de prêts sont avantageuses (généralement de faibles taux, de longues maturités). La situation intérieure n’est toutefois pas la même. Le MES n’est pas aussi controversé en Espagne (où il est déjà intervenu pour les banques) qu’en Italie, où il est vu comme une sorte de soumission à l’Europe. La réforme du fonds de sauvetage, fin 2019, s’y était d’ailleurs érigée en controverse nationale.

Ce qui nous amène au second sujet sur lequel les ministres continuaient de buter, mardi soir : les conditions liées à une intervention du MES impliquent. Les Néerlandais, les Finlandais et les Autrichiens voudraient du strict, pour assurer que les pays aidés reviennent sur les rails budgétaires une fois le gros du choc passé.

Les Allemands, fervents défenseurs de ces conditionnalités dans le passé, ont revu leur position, rassurés par les juristes du Conseil (cénacle des Etats), sachant que les Traités européens précisent que les pays doivent rester soumis à la « logique du marché lorsqu’ils contractent des dettes, celle-ci devant les inciter à maintenir une discipline budgétaire ». Compte tenu du fait que les règles du Pacte de stabilité sont pour le moment suspendues et qu’aucun pays ne faisait l’objet d’une surveillance particulière dans ce cadre (une procédure pour déficit excessif), le service juridique du Conseil, dans un avis que Le Soir a consulté, estime que limiter la conditionnalité du MES à demander que les fonds soient exclusivement utilisés dans la lutte contre le coronavirus serait suffisant pour ne pas violer les traités.

La Belgique fait ses calculs

Restaient alors deux points du possible paquet de mesures à proposer aux chefs à discuter : l’augmentation de la capacité de prêts de la Banque européenne d’investissement (jusqu’à 200 milliards) et le mécanisme temporaire de prêt aux Etats pour financer leur système assurance chômage partiel (jusqu’à 100 milliards). Ces deux propositions comptent chacune sur une garantie des Etats à hauteur de 25 milliards, soit un total de 50 milliards. Selon nos informations, mardi soir en téléconférence, la Belgique aurait surtout évoqué le retour financier qu’elle aurait sur ces deux propositions et qui n’est pas clair à ce stade. Les garanties qui lui seraient demandées (mais qu’elle ne devrait compter dans son déficit qu’en cas de défaut, ce qui est peu probable) avoisineraient un total de 2,2 milliards d’euros.

Coronavirus: imbroglio autour des respirateurs artificiels

Des ingénieurs de la VUB, notamment, ont travaillé à la fabrication de ventilateurs. Décodage

Par Jean-François Munster

Entreprises ,

Coronavirus: «Certains patients n’osent pas se présenter à l’hôpital»

Par crainte du Covid-19 ou pour ne pas «
encombrer
», par scrupule pour des médecins déjà débordés, certains patients atteints d’autres pathologies se présentent beaucoup trop tard aux urgences.
Par crainte du Covid-19 ou pour ne pas « encombrer », par scrupule pour des médecins déjà débordés, certains patients atteints d’autres pathologies se présentent beaucoup trop tard aux urgences. - Pierre-Yves Thienpont.

Depuis que la pandémie a touché la Belgique, urgentistes et intensivistes constatent que les salles d’attente pour les soins hors Covid se vident mais aussi que des malades nécessitant une prise en charge et des soins rapides tardent à se rendre aux urgences, avec des conséquences parfois dramatiques pour le patient.

« On le pressentait », amorce le Pr  Pierre-François Laterre, chef des services intensifs de Saint-Luc. « Pendant les deux premières semaines de confinement, on s’est dit “C’est bizarre, il y a des maladies qu’on ne voit plus”  : plus d’infarctus, plus de grosses infections, de choc septique, d’occlusion, de perforation intestinale, de péritonites, etc. En principe, elles devraient être présentes de manière assez constante ». Depuis le début de la phase de confinement, la fréquentation des urgences s’est littéralement écroulée. En temps normal, a constaté l’intensiviste, entre 250 et 270 personnes se présentent quotidiennement aux urgences. Au cours des deux dernières semaines, le chiffre est descendu jusqu’à 130.

« C’est sûr qu’il y a quantité de gens qui, en temps normal, viennent pour rien – typiquement pour un certificat le lundi, par exemple – mais il y a aussi toute une série de patients qui se présentent pour une bonne raison, des malades sévères ou qui ont besoin d’un traitement urgent, et qu’on ne voit plus. Ils vont probablement réapparaître à un moment donné… mais c’est interpellant ».

« Récemment », décrit encore le médecin de Saint-Luc, « on a reçu un patient qui faisait un infarctus mais qui n’osait pas venir. Il se fait qu’en plus, il est Covid. Il a été pris en charge tardivement alors qu’il aurait pu bénéficier dans la phase aiguë d’un traitement classique d’un infarctus. On craint l’effet boomerang ou de retrouver un certain nombre de gens qui font des complications ou qui sont décédés à la maison parce qu’ils n’ont pas osé venir suffisamment tôt, parce qu’on leur a dit de ne pas venir aux urgences pour n’importe quoi ».

Son confrère de l’hôpital Erasme ne le contredit pas. « C’est le cas dans tous les hôpitaux et c’est d’ailleurs un phénomène connu lors des épidémies et a fortiori lors de pandémie », abonde le Jean-Louis Vincent, intensiviste et professeur de soins intensifs à l’ULB.

Moment optimal

« Comme dans d’autres pays, on a constaté dans les services d’urgence que certains malades arrivent très tard. Des patients pour lesquels un traitement efficace est encore à peine possible. Les chances de récupération deviennent beaucoup plus limitées car il y a un moment optimal pour arriver à l’hôpital. La même question se pose lors de l’entrée en soins intensifs : parfois, on hésite à y envoyer un malade hospitalisé, se disant qu’il y a déjà beaucoup de travail là-bas et qu’on va essayer de le tenir dans l’autre service. Finalement, des complications arrivent parfois avant que le malade n’ait été admis en soins intensifs. Donc, il faut aussi insister auprès des médecins travaillant dans les services de l’hôpital pour qu’ils n’attendent pas trop longtemps avant de transférer un malade ».

Le Pr  Vincent identifie une double raison qui pousse les malades à retarder leur venue à l’hôpital alors que leur état de santé le nécessite : la peur pour le patient infecté d’encombrer des services d’urgence déjà surchargés et celle, pour le patient a priori non infecté, d’attraper le coronavirus en fréquentant les hôpitaux.

« C’est pour ça que nous faisons très régulièrement des appels, pour que les personnes souffrant d’infections quelles qu’elles soient ne tardent pas trop à se présenter à l’hôpital pour qu’on puisse encore appliquer un traitement actif ».

Les recommandations formulées à l’attention des citoyens par Sciensano sont pourtant claires : si des symptômes apparaissent, le patient doit impérativement rester chez lui et appeler son médecin. « Ne vous rendez pas dans la salle d’attente ou aux urgences. Le médecin généraliste déterminera par téléphone si vous pouvez rester en convalescence à la maison ou si vous devez aller à l’hôpital » prescrit l’Institut scientifique de santé publique.

S’en tenir aux recommandations

Un protocole qu’il ne faut nullement remettre en question, juge Paul De Munck, président du Groupement belge des omnipraticiens, sous peine de brouiller le message et de voir à nouveau se précipiter dans les hôpitaux des patients dont l’état de santé ne nécessite pas une hospitalisation ou une prise en charge immédiate. D’autant, souligne-t-il, qu’aucune donnée ne permet d’objectiver un problème qui, à ce stade, n’apparaît pas comme structurel.

« En période de pandémie, avoir des données sur tout ce qui se passe est très compliqué. Un cas malheureux est toujours un cas de trop s’il s’avère qu’il aurait pu être évité. Mais il n’est pas possible d’établir des données objectives sur l’ampleur d’un problème à partir de certaines situations vécues par des patients, des urgentistes ou des médecins généralistes. Un urgentiste préférera toujours avoir quelqu’un qui arrive encore en bon état plutôt que dans un état avancé. Qui plus est, que les urgentistes voient arriver des cas qui sont dépassés, en période de pandémie, c’est normal ».

« À ceux qui disent qu’on ne peut pas examiner correctement un malade par téléphone, je réponds : examiner, non, mais apprécier une situation, oui », poursuit le président du GBO. « Parce que si vous téléphonez au médecin que vous connaissez et qui vous connaît, il peut très bien évaluer une situation à partir des questions qu’il va vous poser. Lorsqu’il pratique la consultation téléphonique ou en vidéoconsultation, le médecin généraliste peut estimer si la situation doit être gérée à distance ou s’il doit le recevoir en consultation ».

Récemment, une application a été mise à la disposition des médecins. SafeLink leur permet d’assurer le monitoring des patients en ligne à domicile via un questionnaire qu’ils sont invités à remplir. « Évidemment, tout ça aurait dû être prévu au départ mais on ne va pas refaire l’histoire », raisonne le Dr  De Munck. « Qu’il y ait eu des cas qui auraient peut-être dû être référés un peu plus tôt, ça n’est pas exclu. En dehors des épidémies, on reçoit aussi dans les cabinets des patients et des patientes à qui on a envie de dire : pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour venir me voir ? »

S’il est vivement déconseillé de se rendre d’initiative à l’hôpital sans avoir consulté son généraliste au préalable (sauf cas d’urgence évidemment), intensivistes et généralistes s’accordent à dire qu’un patient court également un risque non négligeable en retardant une hospitalisation conseillée par son médecin.

Coronavirus: une vive fracture Nord-Sud en Europe sur la solidarité

Coronavirus: une vive fracture Nord-Sud en Europe sur la solidarité

Seize heures de discussions n’auront pas suffi aux Européens pour s’accorder sur les contours de leur solidarité en réponse au choc du Covid-19. Deux écoles s’opposent. D’une part, celle des prêts assortis à de strictes conditions, via un recours au fonds de sauvetage de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES). D’autre part, celle d’un vrai partage du risque en faisant des emprunts tous ensemble pour financer la relance (eurobonds, corona bonds, etc). Mardi soir, les discussions opposaient principalement les Italiens et les Néerlandais. L’idée est de se mettre d’accord sur un texte acceptable pour tous, que pourront plus tard endosser les leaders. Face à l’atmosphère qui régnait vers 5 heures du matin, le ministre français, Bruno Le Maire, se serait énervé en estimant que c’était une « honte » pour les ministres de tergiverser sur des mots alors que les morts se comptent « par centaines et par milliers ». Les leaders leur avaient donné deux semaines pour s’accorder. La date butoir est ce jeudi. La reprise de leur réunion aussi.

Le coronavirus perturbe le début de la cueillette des fruits en Belgique

Comme ses collègues producteurs de fraises, Pascal Bolle rencontre un problème de main d’œuvre disponible alors que le début de la cueillette se profile.
Comme ses collègues producteurs de fraises, Pascal Bolle rencontre un problème de main d’œuvre disponible alors que le début de la cueillette se profile. - Pierre-Yves Thienpont.

Le coronavirus et le recours à de la main-d’œuvre à bas prix vont-ils mettre au tapis la fraise de Wépion et l’horticulture belge ? Dans le secteur, la crainte est réelle. Dans l’horticulture belge, environ 80 % de la main-d’œuvre est d’origine étrangère. Surtout d’Europe de l’Est et plus particulièrement de Bulgarie, de Roumanie et de Pologne. Des travailleurs qui sont employés sous le statut de saisonniers. Ils ne peuvent pas prester plus de 65 jours par an dans le secteur de l’horticulture. Or, le soleil est de la partie et les fraises arrivent à maturité. Le temps est venu de commencer à les cueillir. La récolte des asperges a, pour sa part, commencé. Les cerises et les groseilles suivront en juin. Mais la main-d’œuvre manque.

Actuellement, moins de 8.000 saisonniers étrangers sont actifs sur le sol belge. Or, d’ici la troisième semaine d’avril, ils devraient théoriquement être 15.000. Un chiffre qui devrait monter à 25.000 dans le courant du mois de mai pour que le secteur tourne à plein régime. Sur une année calendrier, ce ne sont pas moins de 56.000 saisonniers étrangers qui travaillent en Belgique. Pas sûr que cette main-d’œuvre soit disponible en temps voulu. Afin d’éviter la propagation du coronavirus, certaines frontières nationales ont été fermées au sein de l’Union européenne. Les travailleurs étrangers n’arrivent pas à se déplacer facilement. Surtout, un bon nombre de ceux qui se trouvaient déjà sur le sol belge sont retournés dans leur pays afin de rester près de leur famille. Comment faire pour ne pas passer à travers la saison ?

Un salaire horaire très bas

Vendredi, le conseil des ministres a doublé le nombre de jours que chaque travailleur saisonnier peut prester. Dans l’horticulture, ils passent donc de 65 à 130 jours par an. Par ailleurs, pour le secteur de la culture des fruits, comme les pommes ou les poires, un aménagement législatif permet aux saisonniers de prester temporairement 200 jours contre 100 auparavant. Si les travailleurs étaient présents, peut-être ces mesures les inciteraient-elles à rester mais ils ne sont pas là. Et ces tâches horticoles, les Belges n’en veulent plus.

« Je suis assez nuancée face à ces mesures », réagit d’ailleurs Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la Fédération wallonne de l’Horticulture. « C’est un métier éprouvant qui n’est payé que 9,26 euros brut. Et cueillir les fraises se fait à partir de 5 h du matin pour qu’elles gardent leur sucre. Même les saisonniers viennent moins de Pologne qu’auparavant car ils réussissent à gagner mieux leur vie chez eux. La situation économique fait que les producteurs belges ne peuvent pas payer mieux. »

Le Covid-19 est encore venu compliquer les choses. « L’Europe permet pourtant aux travailleurs du secteur de venir chez nous pour autant qu’ils soient capables de prouver leur engagement », précise Claude Vanhemelen. « Mais des blocages apparaissent sur le terrain. Récemment, des travailleurs roumains n’ont pas pu embarquer dans leur avion, par exemple. » Ne serait-il pas aberrant de perdre toute une récolte pour une telle raison ?

Du local dans la grande distribution

Le doublement du nombre de jours prestables a cependant un côté positif, selon la secrétaire générale de la fédération. « On aura besoin de moins de gens puisque ceux qui seront présents pourront travailler deux fois plus longtemps. » D’autres mesures pourraient-elles être prises qui permettraient d’attirer des Belges qui se retrouvent momentanément en chômage partiel ou économique ? « Bien souvent, ils travaillent dans des secteurs où leur chômage temporaire leur rapporte plus que le tarif horaire de l’horticulture », constate Claude Vanhemelen. « De plus, chaque jour presté est un jour perdu au chômage. Nous sommes en négociations pour faire changer cela mais ce n’est pas gagné. Pour l’instant, nous avons été contactés par 300 personnes qui témoignent d’un intérêt pour un job de saisonnier. »

« Avec le Collège des producteurs, nous avons créé la plateforme jobs.easy-agri.com qui a pour objectif de mettre en relation des candidats pour le travail saisonnier avec des producteurs, aussi bien conventionnels que bio, qui se retrouvent actuellement démunis de forces de travail », précise Willy Borsus, ministre wallon de l’Agriculture. « A court terme, il en faut 1.000 en Wallonie. »

La saison sera-t-elle bonne ? « Avec le confinement, les gens sortent moins mais nous espérons qu’ils auront envie de se faire plaisir », ose la secrétaire générale rejointe par Willy Borsus. « Notre souhait est aussi que la grande distribution favorisera la production locale. Voici quelques jours, j’ai vu des asperges du Pérou en rayon alors que la récolte des nôtres bat son plein. Ça pose question. Il y a le beau discours et sa mise en pratique. Ça vaut pour les commerçants mais aussi pour les consommateurs… »

Œufs de Pâques: internet et le téléphone viennent en aide aux cloches

A Hollain, Cédric Cardon joue tant bien que mal les substituts des cloches de Pâques.
A Hollain, Cédric Cardon joue tant bien que mal les substituts des cloches de Pâques. - AVPress.

Comme beaucoup de choses en ce moment, c’est une fête de Pâques un peu particulière que l’on s’apprête à vivre le week-end prochain. Alors que les amateurs de chasses aux œufs géantes devront revoir leurs ambitions à la baisse, les chocolatiers, eux, pourraient garder un souvenir amer de cette édition 2020. « En temps normal, vous seriez encore en train de faire la file dehors », sourit Valentina, seule derrière son comptoir garnit d’œufs colorés.

Sa boutique de chocolats Galler, située au cimetière d’Ixelles, a fermé ses portes au début du confinement, le temps d’organiser les choses. Depuis, les clients sont de nouveau les bienvenus, mais ils ne sont pas bien nombreux. « La semaine qui arrive va être décisive. Mais c’est compliqué car les mois de mars et avril représentent d’habitude 25 à 30 % de mon chiffre d’affaires annuel, et, pour l’instant, je n’ai pas encore atteint la moitié de mon objectif. » Sur le trottoir d’en face, la concurrence ne connaît pas non plus l’habituel rush de Pâques. On rentre aussi un par un dans ce magasin Neuhaus. Derrière la grande vitrine transparente, ballotins et sachets plastiques ont remplacé les pralines en vrac. Désormais, tout est préemballé. « D’habitude, on a environ 70 clients par jour, aujourd’hui, je dirais que j’en reçois environ 35. Beaucoup n’ont pas la patience d’attendre à l’extérieur », déplore Dulce, la vendeuse.

20 % des revenus annuels sous pression

Aujourd’hui, si le sourire et la bonne humeur restent de mise dans les points de vente, en coulisses, le secteur voit noir. Dans le monde du chocolat, Pâques représente la deuxième période la plus importante de l’année après les fêtes de fin d’année. Selon la fédération du secteur, Choprabisco, les chocolatiers y réalisent entre 15 et 30 % de leur chiffre d’affaires.

« C’est une catastrophe », reconnaît Philippe de Selliers, le CEO de Leonidas. « Normalement, Pâques représente 20 à 25 % de nos revenus annuels. Aujourd’hui, nos pertes se chiffrent en millions d’euros. » Chez le géant de la praline, une bonne partie des boutiques restent ouvertes, mais 80 % du personnel est en chômage économique et l’usine de fabrication est à l’arrêt depuis trois semaines. Pierre Marcolini, tout comme son voisin Wittamer, conserve une production minimum, mais a choisi de fermer son emblématique boutique du Sablon. « Pour moi, c’est une traversée un peu longue parce que ça a débuté fin janvier avec l’arrêt de nos ventes en Chine. Mais rater Pâques fait qu’on plonge jusqu’en octobre. Car, après ça, il y a l’été qui n’est pas propice au chocolat », soupire le célèbre chocolatier, qui constate que la chute des ventes vient non seulement des particuliers, mais aussi de la clientèle business.

« Toutes les entreprises qui offraient à leur personnel des œufs de Pâques… Ça, vous oubliez ! » Alors que la maison Wittamer prévoit une diminution de moitié de son chiffre d’affaires, chez Jean-Philippe Darcis, autre professionnel de renom installé à Verviers, les chiffres sont tombés. « Sur le mois de mars, on a 70 % du chiffre d’affaires en moins », déplore Carine Lempereur, la cofondatrice des lieux.

Une « créativité » commerciale

Mais à Verviers comme à Bruxelles, pas question de baisser les bras. En ces temps perturbés, les chocolateries peuvent compter sur un allié de poids : l’e-commerce. Ces derniers jours, il a explosé dans le secteur. « On propose quelques produits sur notre site internet. On est contents parce que ça fonctionne plutôt bien », se réjouit Carine Lempereur.

Bien sûr, il y a quelques ratés. « Nous avons fait des essais avec les œufs garnis, mais ça ne marche pas, ça arrive tout cassé. » Chez Neuhaus également, un gros focus a été mis sur les ventes en ligne. « Les gens peuvent faire livrer chez eux ou chez quelqu’un d’autre et laisser un message personnel. Les frais de livraison étaient offerts jusqu’à la semaine dernière », explique-t-on dans l’entreprise. Autre option proposée : le téléphone. « Vous pouvez appeler la boutique. On prépare la commande pour vous et on vous l’envoie. »

Dans la boutique Galler de Valentina, à Ixelles, ce sont désormais 70 % des ventes qui sont réalisées via ce canal. La commerçante prend elle-même sa voiture pour livrer gratuitement ses clients dans le quartier. « Quand c’est plus loin, je fais appel à un livreur professionnel ou j’envoie par la poste. Alors je demande une participation aux frais. J’ai beaucoup de grands-parents qui commandent pour leurs petits-enfants. »

« Il y a un dynamisme et une grande créativité commerciale qui ont été développés dans le réseau de détaillants », s’enthousiasme de son côté le patron de Leonidas. « Ils trouvent des solutions, ils envoient des mails ou des SMS aux clients, ils préparent les commandes et vont les distribuer sur le pas de la porte si les clients sont inquiets, ils font des tournées avec leur voiture. C’est vraiment remarquable. » De là à y voir un renouvellement du business ? « Je pense qu’il y aura un avant et un après la crise. On est occupé à réinventer un modèle de retail. On voit de nouveaux profils commander par internet », analyse Pierre Marcolini, qui profite de la période pour prendre un peu de recul. « Ça fait 25 ans qu’on a la tête dans le guidon. Aujourd’hui, on en profite pour faire un travail de fond, regarder les recettes pour voir si elles ne sont pas trop sucrées, les mettre au goût du jour. »

Carnet de bord d’un urgentiste: «La qualité du service ne peut plus être totalement assurée»

Alexandre Ghuysen. Chronique

Par Xavier Counasse

Société ,

#CultureTogether: un temps de découvertes pour préparer l’après

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Par Jean-Marie Wynants

culturetogether ,

Coronavirus: la Fédération Wallonie-Bruxelles accorde 8,4 millions à l’urgence culturelle

Bénédicte Linard
: «
Il était urgent d’apporter des premières réponses concrètes.»
Bénédicte Linard : « Il était urgent d’apporter des premières réponses concrètes.» - Laurie Dieffembacq.

La Culture ne sera pas la grande oubliée du Fonds d’urgence « coronavirus » de 50 millions d’euros créé le 19 mars par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur proposition de la ministre Bénédicte Linard (Ecolo), le gouvernement Jeholet a avalisé ce mardi des mesures d’indemnisation du secteur culturel pour un budget prévisionnel global de 8,4 millions d’euros, ainsi qu’un périmètre d’intervention, une méthode d’octroi de cette aide et un cadre de justification. Il semble que la décision n’ait pas été réellement contestée au sein de la coalition.

Le périmètre, d’abord. Toute la culture n’est pas concernée par cette première mesure. Ne sont pris en compte par cette première aide d’urgence que « les opérateurs culturels qui subissent d’importantes pertes de recettes en raison de l’annulation d’activités ou la fermeture des lieux, lorsque ces recettes représentent une part substantielle de leur chiffre d’affaires ». En filigrane : plus la part de subsidiation était importante, plus l’aide sera réduite.

Arts vivants, cinéma, musées

On parle des arts vivants, bien entendu, mais pas seulement. Sont explicitement concernés les centres culturels, les centres d’expression et de créativité, tous les arts vivants (théâtre, cirque, conte, danse et interdisciplinaire), la musique, mais aussi les centres d’art plastiques, les musées – publics et privés – et le cinéma. S’ajoutent à cette liste « les ASBL organisant festivals et événements ponctuels, (…) les producteurs audiovisuels de cinéma qui subissent report ou annulation de tous les tournages, qui pourront avoir accès au fonds afin de pouvoir couvrir les frais » engendrés par un report. Sont explicitement exclus les acteurs de la chaîne de livre (lire par ailleurs).

Cette aide d’urgence est également balisée en termes d’agenda et de conditions d’accès. Il ne s’agit ici que de « combler les pertes de recettes propres estimées sur la période du 14 mars au 19 avril », en clair l’impact d’une probable prolongation du confinement devra être prise en compte ultérieurement. Il y a ensuite cinq repères concrets qui permettent d’éviter les effets d’aubaine : les pertes doivent être « la conséquence directe des mesures prises » pour lutter contre le Covid-19, « la rémunération des créateurs et prestataires (compagnie, auteurs, artistes, techniciens…) chargés de la conception, de l’exécution ou la réalisation d’œuvres artistiques doit être honorée » (l’emploi artistique est la justification-clé de cette aide), les opérateurs doivent avoir maximisé la possibilité de reports, ces mêmes opérateurs devront mentionner s’ils ont fait appel à la solidarité des usagers afin de diminuer les coûts (du genre : si vous ne réclamez pas le remboursement de votre ticket, vous aiderez les artistes), enfin l’opérateur devra préciser s’il bénéficie d’autres sources d’aides, régionales ou fédérales.

Vers un redéploiement

Sur base des contacts pris entre le cabinet Linard et les opérateurs culturels concernés, le budget prévisionnel global pour cette première tranche d’aide est estimé à 8,369 millions. Ce n’est pas la fin de l’histoire, « l’opportunité d’aides complémentaires sera analysée », communique la ministre Bénédicte Linard, mais « il était urgent d’apporter des premières réponses concrètes au niveau de la Fédération. Ce soutien est nécessaire aujourd’hui pour envisager le redéploiement progressif du monde culturel demain ». Une balance devra aussi être trouvée, de toute évidence, avec les besoins légitimes exprimés par d’autres secteurs de la Fédération.

Concrètement, un formulaire de demande sera « prochainement mis en ligne sur le site de l’administration », et le gouvernement dit avoir pour pour objectif de verser les aides justifiées « dans des délais serrés ».

Enfin, il ne s’agit ici que de la réponse communautaire urgente. La ministre Linard assure ne pas perdre de vue le rôle de relais que doit jouer la Fédération envers le fédéral en ce qui concerne les problèmes liés au chômage temporaire, à l’accès et au maintien du statut d’artiste, aux droits d’auteur et aux modalités de tax shelter.

CEB, CE1D, CESS: les examens annulés si les écoles restent fermées au-delà du 20 avril

CEB, CE1D, CESS: les examens annulés si les écoles restent fermées au-delà du 20 avril

Le conseil des ministres de la Fédération Wallonie-Bruxelles vient de se terminer, aux alentours de 18 heures. En ce qui concerne l’enseignement obligatoire, les deux scénarios proposés par la ministre socialiste Caroline Désir ont été validés par le gouvernement. En cas de reprise des cours le 20 avril, soit à la fin des vacances de printemps, les épreuves certificatives externes (CEB, CE1D, CESS) seront maintenues. En cas de prolongement du confinement et de non-réouverture des écoles, toutes ces épreuves seront annulées. Dans ce cas, ce sont les conseils de classe qui évalueront la réussite des élèves sur la base de leur travail régulier.

Si le confinement se poursuit au-delà du 19 avril, la ministre rappelle que les enseignants devront toujours se tenir à n’aborder dans le cadre des cours à distance que la matière vue en classe, afin de la consolider. Mais de ne pas enseigner de matière supplémentaire.

Enfin, un troisième scénario est évoqué, dans le cas où le confinement se poursuivrait au-delà du 30 avril. Dans ce cas-là, une réflexion devra avoir lieu sur l’apprentissage de nouvelles matières, à distance, pour les élèves du 3e cycle du secondaire, et particulièrement pour les rhétoriciens

L’évolution de la propagation en Belgique: atteindre le pic, à condition de «ne rien lâcher»

François Lenoir/Reuters.
François Lenoir/Reuters.

Tour à tour imminent, annoncé, reporté, « pour le début de la semaine », toujours évoqué avec beaucoup de prudence par les épidémiologistes et le centre de crise Covid-19. Ainsi pourrait se définir le pic de l’épidémie de coronavirus en Belgique. Et si, au même titre qu’Emmanuel André et Benoît Ramacker, on aimerait pouvoir l’annoncer à cor et à cri, on se contentera pour l’heure de scruter l’horizon pour voir apparaître ce Graal, qui annoncerait un retour progressif à la normale, trois semaines après que les mesures de confinement strictes ont été prises en Belgique.

Comme observé les derniers jours, le nombre de personnes hospitalisées en soins intensifs n’évolue plus guère, autour des 1.250. Un signe encourageant, qu’il faut tempérer en rappelant que cette stagnation est en partie due au nombre de décès qui surviennent dans les unités de soins intensifs. Les autorités sanitaires ne détaillent en effet pas, comme elles le font pour les nouvelles admissions, le nombre de « nouvelles » personnes placées en soins intensifs. Autrement dit : la différence journalière ne reflète pas réellement les mouvements de ces derniers jours, en fonction des derniers décès, largement revus à la hausse aujourd’hui.

Sur le front médical, ce n’est pourtant pas anodin étant donné les risques de sursaturation redoutés. Le nombre de personnes entrant à l’hôpital est aussi en diminution pour le sixième jour consécutif. On est quasiment revenu, en volume, à la situation du 21 mars au niveau des entrées, et la moyenne sur 7 jours est repassée, avec les chiffres de ce lundi, sous les 500. Symboliquement, avec 314 nouvelles admissions, on est à la moitié du chiffre du 28 mars. L’évolution positive constatée dimanche, qui avait vu le nombre de sorties passer au-dessus de celui des entrées, ne se reproduit par contre pas ces deux derniers jours.

Comme on l’a dit, cela peut être en partie lié au nombre de décès, dont on voit qu’il fait un bond important, au-dessus de la barre des 2.000. C’est presque coutumier : les personnes qui meurent au cours du week-end sont parfois comptabilisées avec un ou deux jours de retard. Et c’est encore le cas aujourd’hui : 403 décès supplémentaires ont été annoncés ce mardi, dont une bonne partie survenus au cours du week-end. Comme l’a expliqué Emmanuel André, le porte-parole de la lutte contre le coronavirus, ceux-ci proviennent, pour 241 d’entre eux, de maisons de repos en Flandre. « Dans le cas des décès qui surviennent en maisons de repos, les informations nous arrivent plus tard. Et ce sont des personnes pour lequel le diagnostic de la cause de décès n’est établi que plus tard. Ils sont souvent considérés comme patients “suspects”, suspectés de coronavirus, sans que cela puisse toujours être établi. » Ce qui laisse penser que le chiffre de 2.000 morts est sans doute en deçà de la réalité, puisque, comme l’a mentionné Emmanuel André, n’ont pas été pris en compte dans ce bilan les décès survenus en maisons de repos avant le 1er avril.

« Ce sont des chiffres très élevés », a d’ailleurs tenu à signaler Benoît Ramaecker, pour tempérer ce qui pourrait porter à un début d’enthousiasme. « Chaque jour, il y a de plus en plus de personnes hospitalisées ou décédées. Après plus de trois semaines, nous voyons néanmoins qu’il y a une certaine tendance positive. La prise en charges dans les hôpitaux diminue. » Pas de quoi, encore, annoncer le pic tant attendu, de plus en plus proche : « Nous sommes arrivés à un plateau », a poursuivi Emmanuel André, « et si nous maintenons nos efforts, il devrait pouvoir être maintenu et se transformer en diminution progressive. »

C’est la condition sine qua non : « Si nous maintenons… » Dans le cas contraire, ont rappelé les porte-parole du comité interfédéral, « ce qui nous attend, c’est une nouvelle augmentation ». Et de conclure sur le nécessaire rappel : « Nous ne sommes pas dans une position dans laquelle on peut relâcher nos efforts. »

Coronavirus: la peur s’accroît chaque jour un peu plus dans les maisons de repos

© Photo News.
© Photo News.

Alors que le ciel s’éclaircit quelque peu sur le front du coronavirus en Belgique, la réalité au sein des maisons de repos est, elle, tout autre. Les 240 décès comptabilisés pour la première fois en Flandre – mais uniquement à partir du 1er avril – ont considérablement alourdi le décompte des victimes du coronavirus ce mardi, même si ces chiffres ne viennent que confirmer la triste situation déjà observée en Wallonie où l’on compte 348 décès depuis le début de la crise. À Bruxelles, 101 personnes sont décédées du Covid-19 dans les maisons de repos et 118 autres décès sont considérés comme suspects.

« Nous ne ressentons pas du tout le ralentissement de l’épidémie », confie Claire De Pryck, secrétaire permanente de la CNE dans les provinces de Namur et Luxembourg. « Pire, nous sommes conscients de l’effet retard au sein des maisons de repos où les résidents sont maintenant confinés depuis 28 jours. S’ils ne voient plus du tout leur famille, ils restent à la merci du virus dont la seule porte d’entrée est le personnel. Cette réalité, chaque infirmière, aide-soignante ou cuisinier en est conscient mais impuissant. Une fois que le virus est dans les murs, on sait que le taux de mortalité, en raison du public âgé qui y réside, sera important. »

Le stress est inévitable, la peur permanente. « Le personnel des maisons de repos et de soins est à bout », confie Christophe Happe, directeur général d’Unessa, la fédération de l’aide et des soins aux personnes. « Malgré de récentes livraisons, il manque toujours de protections individuelles efficaces : blouses, masques chirurgicaux et FFP2… La situation devient un peu plus intenable chaque jour. »

« Un stress post-traumatique »

Les travailleurs n’ont plus qu’une obsession : éviter de ramener le virus dans l’établissement, et aussi en dehors pour ne pas contaminer leur famille. « Ce risque est extrêmement lourd à gérer et donnera probablement lieu à des stress post-traumatiques », assure Claire De Pryck. « Les consignes et les lignes de conduite de l’Aviq (Agence wallonne pour une vie de qualité) sont assez claires, mais force est de constater que leur application sur le terrain dépend des directions des établissements. Certaines sont extrêmement compréhensives et pointilleuses, d’autres beaucoup moins. Ce matin encore, une affiliée travaillant dans un home indépendant m’expliquait qu’on l’obligeait à réutiliser des masques FFP2 qu’on laissait par facilité dans la chambre de chaque patient. C’est contraire à toutes les directives et au bon sens et pourtant cela se produit encore. »

Alain Maron (Ecolo), le ministre bruxellois de la Santé, confirme la difficulté de gérer de manière transversale l’ensemble des 146 maisons de repos bruxelloises. « Les directions et les pouvoirs organisateurs sont les pierres angulaires dans la gestion de cette crise, même si les pouvoirs publics doivent être là pour apporter l’aide et le soutien nécessaire », dit-il. « Mais on voit que les situations sanitaires et en termes de personnel peuvent être très différentes d’une institution à l’autre. Nous avons d’ailleurs décidé de renforcer l’administration de la Cocom pour aller beaucoup plus sur le terrain et nous rendre compte des réalités parfois très différentes. »

« Humainement impossible à supporter »

Pour le docteur Bets, médecin-coordinateur au sein d’une institution à Jumet, la gestion de la crise au sein de certaines maisons de repos va devenir de plus en plus critique : « Le personnel va être amené à gérer des situations lourdes humainement. Il y a d’abord les patients atteints mais qui restent en maison de repos, ce qui engendre un stress énorme en ce qui concerne les risques potentiels de contamination. Les soignants ne sont pas confiants car en ce qui concerne le matériel, on leur a raconté tout et n’importe quoi ! Et ils en manquent encore aujourd’hui. »

« Mais le pire à venir concernera la gestion des soins palliatifs », poursuit-il. « Un certain nombre de patients ne seront plus envoyés à l’hôpital et nous réclamons pour eux le droit de mourir dans la dignité. Pour cela, les maisons de repos devront être équipées en matériel qu’elles n’ont pas pour l’instant. Or, on sait notamment que les appareils permettant de délivrer de l’oxygène commencent à manquer alors qu’ils sont indispensables pour assurer le confort des patients en fin de vie. En plus de voir leurs résidents mourir sans leurs proches, les soignants ne doivent pas avoir à gérer cette souffrance. Humainement, ce sera impossible à surmonter. »

Relations à distance, couples séparés par le confinement…: «Le Soir» répond à vos questions

L’amour au temps du confinement doit se préoccuper de mesures de précautions.
L’amour au temps du confinement doit se préoccuper de mesures de précautions. - Photo News / Ziv Koren.

Un thème revient régulièrement dans vos interrogations autour des mesures de confinement contre le covid-19 : puis-je voir mon/ma partenaire, mon/ma petit.e-ami.e si nous ne vivons pas sous le même toit ? Tentons d’y voir plus clair.

Vos questions

1. David. « J’habite à Bruxelles et ma copine est à Braine-l’Alleud : dans cette situation ai-je le droit de me déplacer en voiture pour lui rendre visite ? »

2. Avi. « Le site info-coronavirus.be dit qu’il est permis de rendre visite à son conjoint ne vivant pas sous le même toit. Qu’en est-il pour ceux dont la frontière fait obstacle ? J’habite à la frontière belge et mon conjoint habite à la frontière française et nous ne parvenons pas à avoir plus de renseignements à ce sujet. »

3. Phil. « J’ai entendu dire dans l’émission “C’est pas tous les jours dimanche” que les couples assez anciens ne vivant pas sous le même toit et habitant assez loin un de l’autre, étaient autorisés à faire le trajet pour se voir, mais uniquement à eux deux évidemment… Qu’en est-il exactement et quel renseignement fournir à la police en cas de contrôle ? »

4. Romi. « Je voudrais savoir s’il-y-a eu un suivi sur le sujet des visites à son partenaire non domicilié sous le même toit, par rapport au document visant à harmoniser les pratiques sur le terrain des polices locales. Dans mon cas concret, ni moi, ni mon partenaire n’avons des symptômes du covid-19. Je suis domiciliée à Bruxelles et mon partenaire à Anvers. Je voudrais lui rendre visite en prenant le train, car je ne dispose pas de voiture. Est-ce qu’il est permis de le faire avec des mesures de précaution (comme masque, gants et social distancing vis-à-vis des autres passagers) ? Aussi, une fois que le déplacement a eu lieu, est-ce que je pourrais rentrer à Bruxelles après un certain temps ou mon lieu de confinement serait alors considéré comme celui de mon partenaire ? »

La réponse des autorités

Après une période de flou autour de la question des visites entre partenaires ne vivant pas sous le même toit, le Centre de crise a précisé sa doctrine le 30 mars dernier. « Vous devez limiter les contacts à votre famille et éventuellement une personne supplémentaire. Vous pouvez donc rendre visite à votre partenaire. Vous devez éviter de le faire si vous-même ou votre partenaire est malade ou déclare des symptômes », explique le site officiel info-coronavirus.be.

En conférence de presse, un expert du Centre de crise avait déclaré que « les partenaires adultes ayant une relation stable et un cercle limité de contacts doivent pouvoir se rendre visite ». « Ce n’est pas autorisé par contre qu’un adolescent de seize ans aille rende visite à son amoureuse », avait précisé Yves Stevens.

Par « relation stable », on entend une relation amoureuse exclusive et durant depuis un certain temps. C’est en tout cas l’acception du procureur général de Mons, Ignacio De La Serna, interrogé récemment sur le plateau d’RTL-TVI.

Nos réponses à vos questions

1. Réponse à David  : selon les règles du Centre de crise, vous avez le droit de rendre visite à votre partenaire vivant à Braine-l’Alleud. Du moment que vous et votre amie ne présentez pas de symptômes de la maladie, que vous respectez les mesures de précaution avant et après les trajets (lavage des mains, distances sociales…) et que vous limitez ces visites au maximum. Bien entendu, votre partenaire doit vivre seule chez elle : ni colocataires, ni famille vivant sous son toit.

2. Réponse à Avi  : Effectivement, la règle a été assouplie en Belgique et permet de visiter son partenaire sous certaines conditions, même si on n’habite pas sous le même toit. Si les voyages « non-essentiels » à l’étranger au départ de la Belgique sont interdits, le site officiel info-coronavirus.be précise que les visites au partenaire font bien partie des exceptions. Ils sont considérés comme des voyages essentiels.

Mais attention : cela n’est pas le cas en France. Les règles sont différentes. Comme l’explique le site CheckNews, du journal Libération, « les amoureux ne peuvent pas se rendre visite pendant le confinement » outre-Quiévrain. « Le ministère de l’Intérieur, contacté par CheckNews, se montre inflexible : “Non, cela n’est pas permis de manière régulière dans le cadre du confinement. Une sortie pour motif familial impérieux peut être envisagée dans le cas d’une extrême nécessité.”  »

Votre couple pourrait donc être victime des règles plus strictes instaurées en France. On sait que les frontières sont davantage surveillées qu’à l’accoutumée afin d’appliquer les règles de confinement. Vous êtes dans un cas (très) particulier : la police belge devrait vous laisser passer, mais la police ou la douane françaises pourraient très bien vous refuser l’accès au territoire français en cas de contrôle.

3. Réponse à Phil  : Vous avez tout à fait raison. Vous avez le droit de rendre visite à votre partenaire ne vivant pas sous votre toit. Du moment que vous et votre partenaire ne présentez pas de symptômes de la maladie, que vous respectez les mesures de précaution avant et après les trajets (lavage des mains, distances sociales…) et que vous limitez ces visites au maximum. Bien entendu, votre partenaire doit vivre seule chez elle/lui : ni colocataires, ni famille vivant sous son toit. Les policiers du pays, chargés de faire appliquer les règles du confinement, sont tenus de se référer aux règles instaurées par le Centre de crise. En cas de contrôle lors de votre déplacement, expliquez clairement votre situation. Si jamais le policier vous contrôlant n’était pas correctement informé de cette exception, une rapide lecture du site officiel info-coronavirus.be devrait clarifier les choses. Mais n’oubliez pas que, même autorisée, cette visite doit rester ponctuelle, dans la mesure où nous devons tous limiter nos déplacements au maximum.

4. Réponse à Romi  : Votre domicile est – et doit rester – votre lieu de confinement durant toute la période où les mesures spéciales sont en vigueur (pour l’instant jusqu’au 19 avril, prolongeable jusqu’au 3 mai). Comme expliqué ci-dessus, des visites ponctuelles à votre partenaire vivant à Anvers sont permises, dans la limite du respect des règles de sécurité. Les transports en commun et le train fonctionnent encore (quoiqu’à des fréquences plus limitées) et sont autorisés pour les déplacements « essentiels ». La visite au partenaire ne vivant pas sous son toit est considérée comme « essentielle » selon info-coronavirus.be. Les autorités vous invitent à prendre toutes les précautions utiles lorsque vous devez prendre le train. Enfin le manuel d’application de ces règles par les forces de l’ordre, que vous évoquez dans votre question, est « uniquement à usage des policiers », nous répond Nicholas Paelinck, président de la Commission permanente des polices locales.

« Le Soir » continue de vous accompagner dans cette crise liée à la pandémie de covid-19. N’hésitez pas à poser toutes vos questions dans l’espace « commentaires » ci-dessous. Chaque jour, nous publierons des réponses à une série d’interrogations : confinement, virus, mesures sociales, solidarités… Continuez à nous solliciter.

Confinement: kit de survie ultime pour les naufragés du télétravail

Le télétravail, pour lequel certains avaient sans doute milité dans la vie d’avant, semble avoir perdu toute saveur. Décodage

Par Philippe Laloux

Société ,

Coronavirus: les poètes belges écrivent pour accompagner les morts

Le poète national belge Carl Norac rappelle que «
les premiers poèmes qu’on a trouvés, et qui sont parfois aussi les premières traces d’une langue, sont des épitaphes, des poèmes écrits pour des morts
».
Le poète national belge Carl Norac rappelle que « les premiers poèmes qu’on a trouvés, et qui sont parfois aussi les premières traces d’une langue, sont des épitaphes, des poèmes écrits pour des morts ». - BELGA.

Ce ne sont que quelques mots. Que quelques vers. Qu’un peu de baume contre l’irréparable. Cela ne pèse pas grand-chose. Cela ne nous rendra pas nos chers disparus. Mais si ce n’est pas grand-chose, ce n’est pourtant pas tout à fait rien.

Depuis plusieurs jours, la Belgique, tout comme l’Italie, l’Espagne, la France, l’Europe, et en fait le monde, enterre à la chaîne des femmes et des hommes soudainement enlevés à l’affection de leurs familles, de leurs amis, de leurs proches. Tels des soldats inconnus, tombés sur le champ d’une guerre invisible livrée contre l’ennemi pandémique, des êtres s’en vont sans un au revoir, sans un adieu. Pas de cérémonie pour eux. Pas de discours. Pas de prêtre, non plus, pour les plus croyants d’entre eux. Parfois, juste un parent présent, toléré à bonne distance, cachant un chagrin intense sous un masque de protection. Souvent choqué. Voire traumatisé par ce traitement expéditif, inhumain, fût-il pour d’indispensables raisons sanitaires. Quelquefois aussi, à l’heure de l’inhumation ou de la crémation, il n’y a personne. Pas une âme qui vive, pour accompagner celles et ceux qui s’en vont, sans retour.

Ne pas partir sans rien

A partir de ce jeudi, il y aura, à défaut de rien, ces petits riens. Quelques mots. Quelques vers. L’hommage et l’offrande spirituelle déposée à des inconnus par des poètes, qui, à partir de cette semaine, vont proposer leur service, au niveau national, aux familles endeuillées. En Flandre, en Wallonie, à Bruxelles. L’homme qui a fédéré ce collectif, c’est Carl Norac, notre poète national, depuis janvier dernier. Le poète montois s’est interrogé pour savoir comment les poètes pouvaient adoucir les instants si difficiles vécus ces jours-ci autour de la mort de victimes du Covid-19. « L’idée, observe-t-il, c’est de ne pas partir au moins sans un poème. C’est une question de dignité, qui dépasse la littérature. »

Carl Norac nous explique la genèse du projet. « Au Marché de la Poésie de Paris, j’avais rencontré celui qui est à présent mon collègue Dichter des Vaderlands des Pays-Bas, Tsead Brunja, qui m’avait dit qu’il écrivait des poèmes pour des funérailles solitaires, et je me suis dit que c’était une action importante dans nos projets, qui vont au-delà des livres. A Woord Zee à Ostende, je suis devenu ami après une lecture avec Mustafa Kör, qui m’a dit qu’il faisait partie du collectif d’Anvers VONK en Zonen. J’ai trouvé ça remarquable, et je me suis demandé si cela existait côté francophone. »

« On pense à vous »

Cela existait, mais jusqu’à présent appliqué aux malheureux, morts dans l’oubli. Le Collectif bruxellois Morts de la Rue se bat depuis 2005 pour dire adieu avec dignité à tous les (ex-)sans-abri bruxellois, en accompagnant leurs enterrements. Il y a quelques semaines, le poète Serge Meurant, membre du collectif, expliquait dans Le Soir : « Pour chaque disparu, nous écrivons un texte court, inspiré de la vie de la personne, des témoignages que fournissent ses amis, sa famille, le personnel de l’hôpital (…) De fil en aiguille, depuis cette première participation à la cérémonie, je me suis impliqué davantage, jusqu’à accompagner les enterrements de ceux qui n’avaient personne à leurs côtés. La poésie est, pour moi, une façon de leur témoigner de l’humanité, du respect, de sortir de l’anonymat ces hommes et ces femmes qui ont vécu dans l’invisibilité ou avec peu de visibilité. »

Serge Meurant, que nous contactons ce mercredi, constate que ce qui touchait hier principalement les gens de la rue est aujourd’hui valable pour tout un chacun, victimes de la pandémie. « Le message à faire passer aux gens dans le deuil est au fond : On pense à vous. On ne vous laisse pas tomber. »

« Des convois funéraires sans personne »

C’est en parlant avec l’un de ses amis, qui vit dans le nord de l’Italie, que Carl Norac a tout récemment pris l’ampleur de ce qui se jouait. « Dans ce pays où la famille est une valeur si importante, mon meilleur ami me raconte voir passer des convois funéraires sans personne. Il y a aussi des enterrements qui changent de cimetière à la dernière minute parce qu’il n’y a pas de place. Comme le pic monte en Belgique, je me suis dit que c’était urgent d’agir dans le cadre de notre projet national. »

La poésie n’a jamais été aussi ancrée qu’en ces temps de crise aiguë. Elle fait écho, ici, à des situations où les drames sont doubles. Premier drame : des malades ont été hospitalisés dans des services de réanimation, sans possibilité de visite ni de contact avec un visage familier. Second drame : celles et ceux qui ne survivent pas voient leurs corps transportés dans des morgues, avec mise en bière immédiate et, sécurité oblige, l’impossibilité d’une cérémonie funéraire. Pour les familles brutalement plongées dans le deuil, pas de rituel de passage, pour célébrer la mémoire du parent. Aucune possibilité, non plus, d’un soutien des amis et des proches, puisque leur présence est interdite.

Démunies, choquées, à l’abandon, ces familles auront, dès cette semaine, la possibilité de trouver dans les mots de poètes, écrits pour honorer le souvenir de leurs aimés, un peu de baume et d’âme.

« Un petit poème, ça n’est pas de trop », observe Carl Norac, qui, dès la fin de semaine passée, prenait son bâton de pèlerin et passait son temps à tenter de rallier à cette cause les poètes du nord et du sud du pays, en passant par ceux de Bruxelles. Quelques mails et coups de fil plus tard, l’alliance nationale était accomplie.

Cliff, Verheggen, Logist, Vielle, Namur…

Côté flamand, l’organisation littéraire VONK en Zonen, à Anvers. Côté wallon, la Maison de la poésie de Namur. Et à Bruxelles, l’ASBL les Midis de la poésie. Passa Porta apportera son soutien logistique, en traduisant les poèmes d’une langue à l’autre, en cas de nécessité.

Plus de 80 poètes belges sont de l’aventure. Parmi eux, William Cliff, Jean-Pierre Verheggen, Laurence Vielle, Colette Nys-Mazure, Karel Logist, Caroline Lamarche, Laurent Demoulin, Hubert Antoine (ces trois derniers étant lauréats du Prix Rossel), Lisette Lombe, Yves Namur, David Gianonni, Serge Meurant, Perrine Estienne, Philippe Leuckx, Françoise Lison-Leroy, Vincent Tholomé, Luuk Gruwez, Werner Lambersy, Mustafa Kör, Charlotte Van den Broeck, Aurélien Dony, Lies Van Gasse, Paul Bogaert, Geert Van Istendael… Paul Deméts, poète flamand, écrivait ce mercredi un poème symboliquement écrit en mémoire de la jeune Gantoise de douze ans.

Fleurs de funérailles

Très vite, un nom est proposé pour baptiser l’opération. Ce sera Fleurs de funérailles, (en Flandre : Gedichtenkrans) en référence à De eenzame uitvaart, lancé en 2001 aux Pays-Bas par Bart F.M. Droog, quand il était poète de la ville de Groningen.

Le service de ces textes poétiques est bénévole. Les poètes font œuvre citoyenne, en proposant deux types de textes. Les uns, qui seront disponibles sur le site Poète National / Dichter des Vaderlands, seront des poèmes généraux, écrits dans le cadre de l’épidémie, et destinés à des funérailles. « Des poètes vont nous envoyer en trois langues des textes qui ne sont pas destinés à une personne en particulier », explique Carl Norac, « mais peuvent être lus à n’importe quel enterrement. Les familles peuvent prendre librement le poème qu’elles veulent et l’utiliser. On leur demande de nous faire juste un signe pour qu’on puisse voir si un poème a été choisi. Pour les personnes pressées, ou pour celles qui ont des funérailles immédiates, avant qu’on puisse envoyer un poème personnalisé, c’est important. »

Les autres textes seront, précisément, des poèmes personnalisés. Une famille ou un être dans le deuil est invité à contacter les poètes, via les adresses mails des trois associations (VONK en Zonen, Midis de la poésie, Maison de la poésie). Il faut alors laisser, avec l’envoi du mail, un numéro de téléphone, et faire mention de ce qui est arrivé. Le coordinateur diffuse ensuite ces informations aux poètes, selon les disponibilités. Quand un poète accepte la demande dont il est saisi, il appelle la famille et recueille des informations pour l’écriture du texte, qui est ensuite transmis à l’une des trois sources (VONK en Zonen, Midis de la Poésie, Maison de la Poésie de Namur), puis remis à la famille.

« C’est étrange de penser qu’un projet comme celui-là », s’émeut Carl Norac, « est à la source même de la poésie, puisque les premiers poèmes qu’on a trouvés, et qui sont parfois aussi les premières traces d’une langue, sont des épitaphes, des poèmes écrits pour des morts. »

Pour les demandes et questions, merci de prendre contact avec :

En Wallonie, la Maison de la Poésie de Namur : info@maisondelapoesie.be

En Flandre, VONK en Zonen : info@vonkenzonen.be

À Bruxelles, les Midis de la Poésie : info@midisdelapoesie.be

Witold Banka, numéro 1 de l’Agence mondiale antidopage: «Sans contrôles, il faut reporter le Tour de France»

Witold Banka rappelle que le report des Jeux n’entraînera pas une prolongation des condamnations pour dopage en cours. @Reuters
Witold Banka rappelle que le report des Jeux n’entraînera pas une prolongation des condamnations pour dopage en cours. @Reuters

A seulement 35 ans, après quatre années passées à la tête du ministère des Sports et du Tourisme de son pays, l’ancien spécialiste polonais du 400 mètres Witold Banka est devenu président de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Il aura pour mission et responsabilité de débusquer ceux qu’il appelle simplement « cheats ». Les tricheurs du sport : les dopés et leurs complices. Cependant, le monde étant mis à genoux par le Covid-19, cette tâche n’a jamais été aussi difficile qu’actuellement.

Witold Banka, les restrictions de déplacement imposées aux citoyens s’appliquent également à vos opérateurs : il est devenu impossible pour eux d’organiser des contrôles surprises. Cela veut-il dire que lorsque votre agence reprendra du service, quelques malins en auront profité ?

Il existe un risque, nous ne pouvons pas le cacher. L’AMA ne peut que demander aux agences nationales antidopage de suivre scrupuleusement les indications des autorités locales. Mais cela ne veut pas dire que nous baissons la garde, au contraire. Le 20 mars, nous avons rédigé un guide contenant des lignes directrices précises à suivre pour la mise en œuvre de notre programme de contrôles. Les tricheurs ne pourront jamais dormir tranquilles. Car la lutte contre le dopage, elle, ne dort jamais, et nous avons de nombreuses armes à notre disposition.

Lesquelles utilisez-vous

en cette période ?

Au-delà du passeport biologique, nous réalisons un important travail de renseignement et renforçons notre collaboration avec Europol, Interpol, les tribunaux sportifs et civils. En outre, nous comptons de plus en plus sur les « lanceurs d’alerte », les « traqueurs d’infractions », nos informateurs, sans lesquels aucune enquête antidopage ne serait possible.

Pourtant, le report des Jeux olympiques de Tokyo a également été motivé par la situation particulière

du système de lutte contre le dopage, non ?

Bien sûr. C’est une sage décision et un bien pour la communauté en charge de la lutte contre le dopage. Ça n’a été facile pour personne, même pas pour nous, mais la priorité en ce moment est d’aider les gens à se protéger et à guérir. Le sport unit, le sport émeut, mais dans ce contexte particulier, il doit se mettre en retrait.

Espérez-vous que d’autres grands événements prévus ces prochains mois, comme le Tour de France,

feront également

ce choix ?

En ce moment, la seule bonne décision consiste à reporter les grands événements. Si nous pouvions reprendre le cours normal de nos vies d’ici à trois à quatre mois, ce serait merveilleux. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous devrons commencer à réfléchir à la reprise. Je ne peux pas prendre la décision de reporter le Tour de France, cette tâche n’incombe pas à l’AMA, mais je compte sur la sagesse des organisateurs. Je pense qu’ils savent que la santé, la sécurité et la crédibilité sont les choses les plus importantes. Je pense qu’ils prendront la décision la plus raisonnable.

Que demandez-vous aux athlètes ?

Je leur demande de faire preuve d’honnêteté, de garder leurs bonnes habitudes et de rester repérables et localisables, conformément aux prescriptions du programme Adams. Les tricheurs, en revanche, doivent savoir que nous les démasquerons toujours, c’est notre raison d’être.

Y a-t-il un sport qui vous préoccupe plus que les autres ?

Non, aucun sport ne me préoccupe particulièrement. Notre mission est d’éradiquer le dopage du milieu du sport en général. Le sport doit être propre. Il doit rassembler les individus, créer des émotions positives et être un bon professeur pour nos enfants.

Quel sera l’objectif à long terme

de votre mandat ?

L’Afrique est une énorme lacune historique pour nous. J’ai proposé de créer, en collaboration avec les grands sponsors du sport, un fonds de solidarité visant à élever le niveau des agences nationales antidopage des pays africains. Je sais que dans bon nombre de ces pays, la situation est loin d’être au top, et nous devons faire en sorte qu’elle s’améliore. En 2016, 10 % des médailles des Jeux olympiques de Rio ont été remportées par des pays avec des systèmes antidopage inefficaces ou inexistants. Notre principal défi, notamment pour Tokyo 2021, sera de mettre tout le monde sur le même pied. Je ne veux plus que, lors des Jeux olympiques, des athlètes sains doivent concourir face à des athlètes provenant de pays où les systèmes antidopage sont lacunaires ou inexistants.

Pourriez-vous en arriver à demander la radiation d’un athlète, même après un seul test positif ?

Ça dépend du type d’infraction et de la gravité des faits. Toutefois, je suis généralement favorable à la prise de décisions sévères, voire drastiques. Quoi qu’il en soit, le report des Jeux n’entraînera pas une prolongation des condamnations en cours. Les athlètes dont la condamnation tombe à échéance en 2020 seront libres de concourir en 2021.

Que pouvez-vous nous dire sur le dopage d’Etat organisé en Russie ? L’AMA a sanctionné ces faits d’une interdiction de participer aux compétitions internationales pendant quatre ans, mais le Tribunal arbitral du sport de Lausanne doit encore rendre

sa décision définitive.

J’ai bon espoir que la condamnation sera confirmée. Nous le saurons en juillet, je crois.

Coronavirus et absence de Johnson: au secours «Ma’am», le Brexit est de retour!

Coronavirus et absence de Johnson: au secours «Ma’am», le Brexit est de retour!
Reuters.

Dans son discours à la nation diffusé dimanche soir, Elizabeth II a évoqué « l’esprit du Blitz » pour encourager ses sujets à se montrer à la hauteur du défi posé par la pandémie de coronavirus. Le choix du château de Windsor n’était pas seulement dû au confinement de la souveraine âgée de 93 ans. La résidence de week-end du Chef de l’Etat symbolise par excellence le combat de la liberté et l’indomptable courage dans l’adversité d’un pays qui a affronté seul le nazisme entre juin 1940 et juin 1941.

Comme au cours de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque son père George VI avait montré l’exemple, la Reine s’est offerte comme un rempart devant les remous de l’heure. C’est son vrai rôle. Le ton de cette intervention – la quatrième d’un règne de 68 ans – était sobre, tranquille, normal, dépourvu de lyrisme, d’effets théâtraux ou de pose martiale. Le texte avait été écrit en étroite collaboration avec le 10 Downing Street. Le Palais voulait à tout prix éviter que ce laïus ne soit perçu comme une critique implicite de la gestion chaotique de la pandémie par le gouvernement.

Elizabeth II, en tout cas, a réveillé le souvenir de la mobilisation du peuple britannique contre l’ennemi, hier Hitler, aujourd’hui le Covid-19. Et voilà que l’unité prônée par Sa Majesté est mise à mal par la réapparition inattendue du Brexit dans le débat politique.

Au secours « Ma’am » (prononcez ham comme jambon), le Brexit est de retour !

Des pourparlers en stand-by

A première vue, les lourds dégâts infligés à l’économie britannique par le coronavirus ont repoussé aux calendes grecques la date butoir de la période de transition fixée au 31 décembre 2020. La preuve, l’ancien planificateur du « No deal » (sortie sans accord), Tom Shinner, a été nommé à la tête d’une nouvelle cellule de coordination interministérielle de la lutte contre le virus.

A ce stade, pour respecter le calendrier serré, trois longues et ardues sessions de négociation entre Londres et Bruxelles auraient déjà dû avoir lieu. En raison du confinement, les pourparlers sur la relation future n’ont pas réellement commencé, à l’exception d’un échange de documents juridiques et de discussions informelles par vidéo-conférence.

Sueurs froides

« La dernière chose dont nous avons besoin est de rallumer les vieilles querelles du Brexit », a déclaré le député tory Mark François. Le président du European Research Group, le groupe de pression qui regroupe les députés conservateurs les plus europhobes, s’inquiète des tirs croisés de la Commission européenne et des modérés de la majorité pour faire dérailler le largage des amarres. La déclaration du Parti populaire européen (PPE) représentant la droite traditionnelle au Parlement européen, demandant à Londres de « prendre le taureau par les cornes » en acceptant un report, a donné des sueurs froides à la droite dure anti-européenne.

Mark François redoute en effet qu’empêtré dans la crise sanitaire, Boris Johnson ne plie sous la pression des milieux d’affaires pour retarder le Brexit. D’autant que le Premier ministre souffre d’un coronavirus dur, qu’atteste son hospitalisation.

Un manque de poids lourds

De plus, les ratés de l’action gouvernementale ont accru la pression en faveur d’un remaniement gouvernemental de grande envergure. Comme l’indique le journaliste politique Steve Richards, « S’il manque de tests, c’est autant la faute aux dysfonctionnements du service national de Santé qu’à l’incompétence des conseillers et ministres issus de la campagne du Brexit qui dominent l’administration Johnson ». Dépassé par l’enjeu, le gouvernement monocolore Brexiteur manque visiblement de poids lourds.

Une longue absence de Johnson risque de compliquer la donne. Son premier lieutenant, le secrétaire au Foreign Office, Dominic Raab, exerce l’intérim. Après sa victoire dans la course au leadership du parti conservateur en juillet 2019, Boris Johnson avait choisi cet eurosceptique convaincu pour prendre la tête de la diplomatie britannique, un poste crucial en pleine négociation sur le Brexit. Elu député en 2010, il avait démissionné en 2018 de son poste de ministre du Brexit au sein du gouvernement de Theresa May pour marquer son opposition à sa stratégie sur la sortie de l’Union européenne, qu’il jugeait trop conciliante envers Bruxelles.

Un allergique aux fioritures

Beaucoup au sein de son propre parti n’aiment pas cet homme cassant, pète-sec et peu aimable. Dans les couloirs feutrés du Foreign Office, l’autorité tranchante de ce sabreur maussade qui ne tergiverse, ni ne compose, dérange. Mais aux yeux du Premier ministre, Raab a l’avantage d’être droit et loyal, allergique aux fioritures et sans pitié pour les tories pro-européens.

Les Tories sont d’autant plus inquiets que l’anti-Corbyn est arrivé ! Sir Keir Starmer est modéré, très urbain, caustique et surtout europhile. Le nouveau leader travailliste est d’abord un opposant au Brexit favorable à l’organisation d’un deuxième référendum. Porte-parole du cabinet fantôme travailliste sur la sortie de l’UE, cet avocat de formation n’a pas son pareil pour interpréter les textes juridiques les plus touffus. La pensée claire, la répartie bien argumentée et des dossiers soigneusement préparés tiendront la dragée haute à un Premier ministre dangereusement fragilisé.

Coronavirus: un mois d’état d’urgence au Japon pour éviter la catastrophe

Le droit nippon ne permet pas d’imposer le confinement aux citoyens, mais la plupart des Japonais respectent les règles de «
distance sociale
» - ici, dans un grand magasin de Tokyo.
Le droit nippon ne permet pas d’imposer le confinement aux citoyens, mais la plupart des Japonais respectent les règles de « distance sociale » - ici, dans un grand magasin de Tokyo. - AFP.

Dans les rues de Tokyo mardi, avant même l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, des queues se sont formées devant les distributeurs de billets et les supermarchés, dont les rayons s’étaient déjà largement vidés ces derniers jours. Dans les quartiers situés aux abords des gares, d’habitude très animés jusque tard le soir, nombre de commerces ont fermé, le trafic s’est considérablement réduit, et les rues se sont progressivement vidées. Exactement comme quand, en septembre 2019, en pleine Coupe du monde de rugby, un très violent typhon était en train de s’approcher de la capitale nippone.

Sept préfectures, dont les villes et Tokyo et d’Osaka ainsi que leurs banlieues respectives, ont été placées sous état d’urgence jusqu’au 6 mai. Elles totalisent quelque 55 millions d’habitants. La mesure permettra de réquisitionner des terrains ou des bâtiments afin d’y installer des hôpitaux de campagne ainsi que des hôtels où loger les malades dont l’état n’est pas préoccupant. Les préfectures concernées pourront aussi préempter la production d’entreprises jugées stratégiques, comme les fabricants de médicaments et de matériel médical.

Les jeunes et les employeurs mis sous pression

Mais aucun confinement ne sera imposé aux habitants, le droit nippon ne le permettant pas. La population sera juste fermement invitée à limiter au maximum ses déplacements, sans que des amendes puissent être infligées aux récalcitrants. Huit Japonais sur dix, selon les sondages, évitent déjà les sorties non indispensables. Ils devraient continuer à respecter la consigne.

Mais les jeunes, eux, sont moins disciplinés. Désormais, la majorité des établissements qu’ils fréquentaient se sentiront moralement obligés de fermer. De même, la mesure pourrait amener des entreprises à autoriser enfin le télétravail, ce qui atténuerait la cohue quotidienne dans les transports publics et, partant, les risques de contamination.

Mardi, le Premier ministre, Shinzo Abe, a justifié sa décision par l’aggravation récente de la situation sanitaire dans les régions concernées. A l’échelle de l’archipel, qui recense une centaine de décès et moins de 5000 contaminations (si l’on inclut les personnes infectées à bord du navire de croisière « Diamond Princess »), l’épidémie a pris une proportion moindre que dans bon nombre de pays.

La crainte d’un « scénario new-yorkais »

Mais d’après les experts, Tokyo se dirigeait tout droit vers une catastrophe comme celle que New York est en train de vivre. Or, la capitale aurait besoin de quatre fois plus de lits de soins intensifs pour gérer un tel scénario. Et le Japon dans son ensemble compte deux fois moins de lits de ce type par habitant que l’Italie et six fois moins que l’Allemagne.

Cet état d’urgence aura un coût exorbitant. Selon des estimations, rien que le ralentissement de l’activité à Tokyo pendant un mois (sans donc compter l’impact à Osaka : le deuxième poumon économique du pays) fera chuter le PIB nippon d’un point. Mardi, Shinzo Abe a exhorté la population à l’« espoir » et au « courage ». Le chef du gouvernement est allé jusqu’à comparer la gravité du moment à la catastrophe historique de Fukushima, qui, il y a neuf ans, avait fait 20.000 morts et disparus.

A tous les étages, «l’usine à gaz» de l'UE se mobilise contre le coronavirus

L’UE en a vu d’autres, de crises. La survie, sinon des institutions qui ont la vie dure comme on sait, du moins de «
l’esprit européen
» dépendra de la vigueur de la riposte. Décodage

Par Philippe Regnier

Union Européenne ,

Boris Johnson admis aux soins intensifs, les Britanniques inquiets

Boris Johnson, le 3 avril dernier, au 10 Downing Street
: son état de santé s’est détérioré lundi après-midi.
Boris Johnson, le 3 avril dernier, au 10 Downing Street : son état de santé s’est détérioré lundi après-midi. - AFP.

La nouvelle est tombée quasiment 24 heures après le discours optimiste de la Reine et après l’admission du Premier ministre à l’hôpital Guy and Sint Thomas dimanche soir. « L’état du Premier ministre a empiré dans l’après-midi », explique un porte-parole de Downing Street. « Et sur avis de l’équipe médicale, il a été déplacé en soins intensifs. »

Dimanche, le gouvernement parlait non pas d’une urgence mais d’une intervention planifiée, pour des « analyses de routine ». Dix jours après le diagnostic positif de Boris Johnson, le Premier ministre souffre toujours de fièvre et de toux, il s’agissait donc de détecter une éventuelle surinfection, de type pneumonie, avec toute une batterie de tests, sanguins, rayons X ou scanner.

Lundi matin, le ministre des Communautés, Robert Jenrick, affirmait même espérer et attendre le retour de Boris Johnson « très bientôt » à Downing Street. Et en début d’après-midi, le Premier ministre lui-même pianotait sur son clavier pour faire part de « son état d’esprit positif », remercier les soignants, répéter le message de confinement. Il avait passé selon les médecins une « nuit confortable ». C’était sans compter avec les évolutions inattendues liées au Covid-19. Dans l’après-midi, effectivement, la santé de Boris Johnson se dégrade, jusqu’à le conduire aux soins intensifs peu après 20 heures selon des sources proches.

Il reste conscient

Il reste conscient, assure le 10 Downing street, et n’a pas été intubé, mais on l’a placé près d’un respirateur au cas où l’utilisation de l’appareil devienne nécessaire. Réaction immédiate, les chefs des principaux partis politiques envoient, sur les réseaux sociaux, des messages de soutien, droite et gauche confondues.

« Tout le pays pense au Premier ministre et à sa famille », écrit Keir Starmer le nouveau chef du Parti travailliste. « Je prie pour qu’il se rétablisse vite », commente le maire de Londres, Sadiq Khan, qui précise : « Il ne pourrait pas être entre de meilleures mains, le NHS (le système de santé britannique, NDLR) a quelques-unes des meilleures équipes du monde ». Ian Duncan Smith, ancien chef du Parti conservateur se dit, lui, « profondément attristé ».

Raab à la manœuvre

En l’absence de Boris Johnson, c’est Dominic Raab, le ministre des Affaires étrangères, qui va se voir déléguer une bonne partie des tâches assurées habituellement par le chef du gouvernement. Il dirige notamment ce mardi matin la réunion quotidienne consacrée au Covid-19. « L’esprit d’équipe est incroyablement fort derrière le Premier ministre », affirme le chef de la diplomatie britannique.

Selon la gravité de l’état du Premier ministre, ce fervent partisan du Brexit pourrait garder les rênes pendant plusieurs semaines, un rôle très important dans cette période de pandémie, mais aussi avant le mois de juillet, puisque c’est la date limite pour que Londres réclame une éventuelle prolongation de la période de transition, afin d’éviter que le divorce entre l’UE et le Royaume-Uni soit consommé sans accord à la fin décembre.

Enfin, ironie de l’actualité, cette aggravation de l’état du Premier ministre intervient alors que l’épidémie semble marquer le pas en Grande-Bretagne. Les derniers bilans montrent que le nombre de nouveaux cas décélère depuis deux jours, premier signe peut-être que les mesures de confinement adoptées tardivement commencent à porter leurs fruits. On atteint tout de même 439 morts en 24 heures, ce qui porte le bilan total depuis le début de l’épidémie à 5.373.

L’école met trop souvent et à tort la pression à la maison

Une circulaire le précise
: pas d’apprentissage de nouvelles connaissances ni de devoirs cotés pour les élèves pendant le confinement. Analyse

Par Clara Van Reeth

Enseignement ,

Royaume-Uni: Johnson malade, Dominic Raab à la manœuvre

Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères, numéro deux dans l’ordre protocolaire, prend les rênes du gouvernement car il est «
designated survivor
», le «
survivant
» désigné par le Premier ministre.
Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères, numéro deux dans l’ordre protocolaire, prend les rênes du gouvernement car il est « designated survivor », le « survivant » désigné par le Premier ministre. - EPA.

Le Royaume-Uni n’a pas de Constitution écrite, il n’existe donc pas de règle, de mécanisme à suivre formellement quand se produit ce genre d’événement », analyse Tony Travers, politologue à la London School of Economics. Aux Etats-Unis par exemple, le vice-président prend automatiquement les rênes si le chef de l’Etat est empêché. Rien de tel outre-Manche. Les chefs du gouvernement nomment souvent des adjoints, mais Boris Johnson n’a pas souhaité le faire.

C’est donc le ministre des Affaires étrangères, numéro deux dans l’ordre protocolaire, qui prend les rênes du gouvernement car il est « designated survivor », le « survivant » désigné par le Premier ministre. Un homme de confiance pas pour sa ceinture noire de karaté mais sans doute parce qu’il a toujours adopté les mêmes positions que Boris Johnson sur le Brexit, et a même quitté le gouvernement de Theresa May pour protester contre l’accord de divorce avec l’UE. « Le Premier ministre est un battant », martèle Dominic Raab lors de la conférence de presse quotidienne consacrée au Covid-19. « J’ai toute confiance dans les arrangements qu’il a mis en place ».

Profil bas

Façon de faire profil bas peut-être et de laisser entendre que c’est encore Boris Johnson, même hospitalisé et sous oxygène, qui détermine les grandes directions stratégiques face à cette crise qui a fait 786 nouveaux décès en 24 heures. Façon aussi d’unir l’équipe gouvernementale, alors que l’autorité de Dominic Raab n’est pas gravée dans le marbre des institutions. « Il est possible que ce genre de système favorise les batailles politiques », commente Tony Travers. « Chacun s’interroge sur l’autorité de l’autre, car les ministres sont censés être égaux entre eux. »

D’ailleurs, au pupitre de la conférence de presse quotidienne sur le coronavirus se succèdent des ministres et personnalités différents depuis le départ en quarantaine de Boris Johnson. Dominic Raab n’aura pas de rendez-vous régulier avec la Reine, pas non plus le pouvoir d’embaucher et de remercier des membres du personnel. Et dès mardi matin, Michael Gove faisait entendre sa petite musique. La décision sur une éventuelle levée du confinement ? « Elle sera collégiale », selon le ministre sans portefeuille en charge du fonctionnement du gouvernement.

Et le Brexit ?

Michael Gove, ex-rival de Boris Johnson, refuse de confirmer que le ministre des Affaires étrangères serait à même de prendre des décisions en matière de défense. De quoi inquiéter les Britanniques ? David Cameron, ex-Premier ministre affirme qu’il ne faut pas craindre un exécutif affaibli. Si Boris Johnson ne pouvait prendre une décision, Downing Street et Dominic Raab sauraient le faire : « Je suis sûr que la bonne décision serait prise », martèle l’ex-chef du gouvernement.

Questions sur une possible vacance au sommet de l’Etat, questions sur les grands dossiers politiques également. L’hospitalisation du Premier ministre pose la question de la poursuite de son grand dessein : le Brexit. Bouclé dans les temps, soit pour la fin de l’année, malgré le coronavirus ? Interrogée à ce sujet à Bruxelles, la Commission européenne nous a indiqué mardi que l’adjointe du négociateur en chef pour l’UE, Clara Martinez Alberola, a fait « un état des lieux » avec David Frost, le « Monsieur Brexit » côté britannique.

Michel Barnier, pour sa part, doit s’entretenir la semaine prochaine avec Frost pour envisager un « calendrier pour faire avancer les négociations ». Des « contacts techniques » ont également eu lieu la semaine dernière, pour apporter des « précisions » sur les textes juridiques déposés par les deux parties, qui précisent leurs visions respectives de la relation future.

Pas d’automatisme

Et dans le pire des cas, si le Premier ministre trouvait la mort à cause de sa maladie, aucune continuité, aucune succession ne seraient automatiques. « En théorie, le parti devrait se choisir un nouveau leader, mais il est peu probable qu’il lance le processus au milieu d’une crise », explique le politologue Tony Travers. « Dans ce type de circonstance, un intérim temporaire pourrait se faire, avec un Premier ministre désigné par le gouvernement. »

Une manœuvre hors-norme, qui devrait être rendue plus facile par le système institutionnel britannique. Au Royaume-Uni, on élit en principe un parti et non un homme. « Il est donc facile de produire un nouveau chef », conclut Tony Travers.

Le PS veut rebondir sur la crise sanitaire pour créer une société «plus juste, plus solidaire, plus durable»

Pour Paul Magnette, il faudra repenser la société de demain.
Pour Paul Magnette, il faudra repenser la société de demain. - Photo News.

On le sait : le PS dispose d’une « machine de guerre », comme le qualifient souvent les autres partis en parlant de son centre d’études. Alors, le président Paul Magnette a élaboré avec ses équipes un large plan visant, après la gestion des urgences sanitaires liées au coronavirus, à assurer la reprise, la relance et le redéploiement de notre économie. Un plan bien rouge, évidemment, qui ne se veut « pas parfait » ni « une solution à tous les problèmes », mais plutôt « une contribution à un large débat démocratique qu’il faudra avoir avec les partis, la société civile, les partenaires sociaux, les scientifiques. Parce qu’après la crise, ce serait une faute de retourner au business as usual », pour le président du PS. Alors, comme « parti d’opposition soutenant le gouvernement minoritaire », les socialistes livrent 125 propositions pour sortir de la crise par étapes.

Bien sûr, constate Paul Magnette, « aujourd’hui et les prochaines semaines, l’urgence reste sanitaire et la santé devra rester une priorité à l’avenir ». Mais, ajoute-t-il, « il faut dès maintenant tirer un certain nombre de leçons, car cette crise révèle des failles importantes dans notre modèle socio-économique. Les mesures prises aujourd’hui doivent donc déjà aller dans le sens d’une société meilleure demain, plus juste, plus durable, plus solidaire. ». Pour le PS, « le pire serait que rien ne change ».

Soutenir le pouvoir d’achat

Comment changer la société, l’économie ? Le PS part de valeurs cardinales sur lesquelles il faudra, dit-il, bâtir notre modèle après le coronavirus : la solidarité est centrale, donc le sont aussi la sécurité sociale, les services publics, le secteur non marchand ; les métiers à forte utilité sociale ont un rôle essentiel alors qu’ils sont aujourd’hui sous-valorisés : « On ne comprendrait pas », dit Magnette, « qu’on oublie ces métiers utiles dont on ne cesse de parler maintenant » ; les règles budgétaires européennes ne sont plus adéquates ; notre modèle économique basé sur des chaînes de valeur internationales est fragile ; la puissance publique a un rôle central dans la vie économique.

Ces bases étant posées, le PS construit sa société de demain.

Passons rapidement sur la gestion de l’urgence sanitaire et des réponses immédiates à apporter aux entreprises : le PS ne diverge guère de ce qui se fait déjà chez nous, tout en insistant, au niveau européen, sur la suspension des règles du Pacte de stabilité ou une aide urgente aux Etats via un fonds Corona. Et intéressons-nous à la manière dont il envisage la reprise, la relance et le redéploiement.

Car c’est là, dans cette rénovation sociétale, que la couleur rouge se marque. Puisque le PS attend, par exemple, du fédéral qu’il soutienne « immédiatement le pouvoir d’achat et la demande intérieure », notamment via une prime aux travailleurs restés mobilisés durant la crise, des chèques (culture, horeca…) ou une baisse de la TVA. Et c’est lorsqu’il détaille sa vision pour l’avenir qu’il imprime le plus ses accents, puisqu’il entend « repenser nos modèles de production, de consommation et de solidarité ».

Une autre économie

Concrètement ? Retenons cinq idées-forces. Un : garantir, cela découle de ce qui précède, le financement de la sécurité sociale et des services publics. Deux : « relever les allocations sociales au niveau du seuil de pauvreté et les bas salaires, ce qui permet de soutenir la demande et la consommation locale, parce qu’il faudra un coup de fouet si on ne veut pas une longue récession sans reprise ». Trois : relocaliser des productions stratégiques « comme l’agroalimentaire et le sourcing médical » pour accroître notre indépendance, d’autant que « cette crise relativise la problématique des coûts de production, du coût du travail », et que « nous avons besoin de réindustrialiser l’Europe si on veut améliorer le taux d’emploi ». Quatre : revaloriser les secteurs à haute utilité sociale. Cinq : « définir un cadre budgétaire à l’horizon 2030, pour que l’on connaisse l’impact des mesures prises à moyen et long terme ».

Sans oublier l’ambition climatique : il s’agit pour le PS d’orienter les entreprises « vers une économie plus circulaire, plus respectueuse de l’environnement, car notre modèle qui saccage la biodiversité est en partie responsable de ce genre de pandémie », dixit Paul Magnette… en opposition frontale sur ce point avec son alter ego MR, Georges-Louis Bouchez. Mais le président rouge en est persuadé : « Cette crise est une occasion unique de repenser notre modèle économique. On ne peut demander à l’Etat de sauver des entreprises et puis tout recommencer comme avant. »

Dans les homes, un dépistage incomplet, et différent en Wallonie et à Bruxelles

© Photo News.
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La première vague de dépistage du coronavirus dans les maisons de repos a débuté ce lundi. Au total, pas moins de 20.000 tests, délivrés par le fédéral aux Régions, seront effectués cette semaine.

A priori, c’est une bonne nouvelle. Elle est le résultat de la forte augmentation, ces derniers jours, de la capacité de testing des laboratoires belges : de 4.000 tests quotidiens la semaine dernière, cette capacité s’élève désormais à plus de 10.000 tests par jour. De quoi permettre d’élargir enfin les critères de dépistage, ciblant jusqu’ici prioritairement les soignants et personnes gravement malades. Les premiers bénéficiaires de cet élargissement sont donc les résidents et personnel des maisons de repos.

« En dessous des besoins »

Enfin, pas tous. « Si l’on comptabilise l’ensemble des résidents et travailleurs du secteur en Belgique, on atteint plus de 200.000 personnes. Avec 20.000 tests, on est donc largement en dessous des besoins », souligne Jean-Marc Rombeaux, conseiller-expert à la fédération des CPAS, spécialiste du secteur des maisons de repos.

Chargées par le fédéral de mettre sur pied un « protocole de dépistage » pour répartir le plus efficacement leurs tests, les Régions ont donc dû faire des choix.

Avec 2.000 kits de dépistage octroyés pour son territoire, la Région bruxelloise a ciblé le personnel et les résidents de douze maisons de repos (sur cent quarante au total) – celles qui présentent le taux le plus élevé de contamination au coronavirus.

Côté wallon, les 6.000 tests attribués par le fédéral ne bénéficieront en revanche qu’aux membres du personnel. Les trois quarts des dépistages auront lieu dans les maisons de repos où se sont développés des « clusters » de Covid-19 (dix cas ou plus). Le quart restant sera attribué à des maisons de repos présentant seulement quelques cas du virus.

Gérer les conséquences

Ces choix politiques suscitent déjà l’incompréhension sur le terrain. Dans un communiqué, Unessa, la fédération des hôpitaux privés et associatifs wallons (qui fédère notamment des maisons de repos et de soins), s’interroge sur le « sens de tester le personnel et non les résidents à large échelle ». « Dans une stratégie efficace de limitation de la contagion, les deux doivent aller de pair », insiste Unessa. En effet, le scénario wallon n’empêchera pas des résidents contaminés et asymptomatiques de continuer à côtoyer des membres du personnel.

La question de l’après-testing se pose également : « Avant de tester les maisons de repos et, plus largement, la population, il faut bien réfléchir à ce que l’on fait ensuite sur la base des résultats de ces tests », soulève Niko Speybroeck, professeur d’épidémiologie à l’institut de recherche Santé et Société de l’UCLouvain.

A Bruxelles, la stratégie est d’ores et déjà précisée : il s’agira d’isoler les résidents et le personnel testés positif à un étage ou dans une aile du bâtiment. « En termes de santé publique, ça tient la route. Mais cela nécessitera de déplacer des résidents, parfois désorientés, dans des bâtiments qui ne s’y prêtent pas toujours. L’idée est pertinente mais pas évidente, logistiquement parlant », note Jean-Marc Rombeaux.

L’Absym appelle à un dépistage complet

Autre conséquence du dépistage que redoute le secteur : l’explosion de l’absentéisme (déjà très marqué) parmi le personnel. Les fédérations de maisons de repos s’interrogent sur les mesures à prendre pour les employés diagnostiqués positifs mais sans symptômes. Selon nos informations, l’une des mesures envisagées pour lutter contre le manque de personnel serait de les maintenir au travail, moyennant un matériel de protection adéquat et une hygiène des mains stricte.

Si les protocoles développés par les Régions sont jugés efficients, une deuxième vague de dépistage devra suivre à l’issue des 20.000 premiers tests.

Mardi, l’Absym (Association belge des syndicats médicaux) appelait à un dépistage complet dans toutes les maisons de repos ; pour son président Philippe Devos, « l’argument selon lequel la capacité de dépistage serait insuffisante n’est plus correct ». Unessa plaide également pour le dépistage de l’ensemble des résidents et du personnel des maisons de repos. « Ce n’est clairement pas réaliste dans l’immédiat », nuance le conseiller-expert de la Fédération des CPAS. « Mais il faut néanmoins amplifier la capacité actuelle : il ne peut n’y avoir qu’une minorité du secteur à avoir droit à cette campagne de dépistage. »

Le soleil va-t-il mettre le confinement en péril?

Pour Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses de l’ULB et du CHU Saint-Pierre, le port généralisé du masque alternatif fera partie de la stratégie de déconfinement. Mais en attendant, il permettrait aussi aux gens de s’asseoir à distance raisonnable dans les parcs publics et de tenir le coup «
parce que c’est parti pour durer
»… Décodage

Par Anne-Sophie Leurquin

Société ,

Coronavirus: négociations nocturnes et houleuses sur la solidarité de l’UE

La Belgique, par la voix d’Alexander De Croo, semble avoir fait marche arrière sur son soutien aux emprunts communs, alors que Sophie Wilmès avait appelé à travailler sur un tel mécanisme.
La Belgique, par la voix d’Alexander De Croo, semble avoir fait marche arrière sur son soutien aux emprunts communs, alors que Sophie Wilmès avait appelé à travailler sur un tel mécanisme. - EPA.

L’Eurogroupe, le cénacle des ministres des Finances de la zone euro, a repris ses vieilles habitudes des réunions qui s’étirent tard dans la nuit. Au moment de mettre sous presse, mardi soir, les argentiers n’étaient pas encore tombés d’accord sur la liste des mesures à suggérer aux chefs d’Etat et de gouvernement pour amortir le choc économique du Covid-19. La réunion avait été interrompue pendant quatre heures (jusque 23h) pour tenter de rapprocher les positions en prenant un par un les plus réticents.

Vers 20 h, le ministre maltais, Edward Scicluna, affolait d’ailleurs la presse internationale en déclarant sur Twitter que la discussion pourrait durer jusqu’au lendemain matin.

Une position binaire

Les Italiens avaient fait monter les enchères en amont de la réunion qui se tenait mardi après-midi par téléconférence et où les pays hors zone euro avaient aussi été conviés. « Non au Mécanisme européen de stabilité (MES), oui aux eurobonds. C’est la seule bonne solution », déclarait Giuseppe Conte, Premier ministre italien, lundi soir. Soit non à une ligne de crédit préventive du fonds de sauvetage de la zone euro, mais oui à des emprunts communs. En face, les Néerlandais refusaient toute mutualisation de la dette, soutenus par les Finlandais, les Autrichiens et les Allemands.

Les Espagnols, sur la ligne italienne jusqu’ici, avaient quant à eux montré une ouverture juste avant la réunion en se rapprochant de la proposition de compromis française d’un fonds limité dans le temps qui émettrait de la dette commune pour financer la réponse au choc économique.

Les Français proposent un fonds jusqu’à 3 % du PIB européen. Il ne s’agit pas de mutualiser les dettes existantes ou de créer un mécanisme permanent, avaient-ils tenté de rassurer. Le pot commun irait en grande partie aux pays les plus affectés, mais le remboursement se ferait sur base des richesses nationales. Mécaniquement, il est donc attendu que les Italiens bénéficient de plus de fonds que ce qu’ils remboursent. La question des garanties (chacun se porte garant de sa part ou de tout) est ouverte, nous dit-on.

La Belgique, la veille, par la voix du ministre des Finances, Alexander De Croo (Open VLD), avait quant à elle semblé faire marche arrière sur son soutien aux emprunts communs, en estimant qu’il n’y avait pas un besoin immédiat d’un tel instrument de mutualisation. La Première ministre, Sophie Wilmès, avait signé une lettre aux côtés de huit leaders, appelant l’UE à travailler sur un tel mécanisme, mais on assurait, en Belgique, qu’il n’y avait pas d’opposition entre les propos du ministre De Croo et de la Première.

Un sujet de controverse nationale

Les Italiens étaient donc seuls à rester sur une position binaire sur les emprunts communs. « Difficile de savoir si la position des Italiens est tactique », nous expliquait une source proche des discussions. Evidemment, l’Espagne comme l’Italie ont des dettes publiques déjà élevées (respectivement près de 99 % et 134 % de leur PIB). Emprunter au MES ne ferait que creuser davantage ce ratio, même si les conditions de prêts sont avantageuses (généralement de faibles taux, de longues maturités). La situation intérieure n’est toutefois pas la même. Le MES n’est pas aussi controversé en Espagne (où il est déjà intervenu pour les banques) qu’en Italie, où il est vu comme une sorte de soumission à l’Europe. La réforme du fonds de sauvetage, fin 2019, s’y était d’ailleurs érigée en controverse nationale.

Ce qui nous amène au second sujet sur lequel les ministres continuaient de buter, mardi soir : les conditions liées à une intervention du MES. Les Néerlandais, les Finlandais et les Autrichiens voudraient du strict, pour assurer que les pays aidés reviennent sur les rails budgétaires une fois le gros du choc passé.

Les Allemands, fervents défenseurs de ces conditionnalités dans le passé, ont revu leur position, rassurés par les juristes du Conseil (cénacle des Etats), sachant que les traités européens précisent que les pays doivent rester soumis à la « logique du marché lorsqu’ils contractent des dettes, celle-ci devant les inciter à maintenir une discipline budgétaire ». Compte tenu du fait que les règles du pacte de stabilité sont pour le moment suspendues et qu’aucun pays ne faisait l’objet d’une surveillance particulière dans ce cadre (une procédure pour déficit excessif), le service juridique du Conseil, dans un avis que Le Soir a consulté, estime que limiter la conditionnalité du MES à demander que les fonds soient exclusivement utilisés dans la lutte contre le coronavirus serait suffisant pour ne pas violer les traités.

Restaient alors deux points du possible paquet de mesures à proposer aux chefs à discuter : l’augmentation de la capacité de prêts de la Banque européenne d’investissement (jusqu’à 200 milliards) et le mécanisme temporaire de prêt aux Etats pour financer leur système assurance chômage partiel (jusqu’à 100 milliards). Ces deux propositions comptent chacune sur une garantie des Etats à hauteur de 25 milliards, soit un total de 50 milliards. Selon nos informations, mardi soir en téléconférence, la Belgique aurait surtout évoqué le retour financier qu’elle aurait sur ces deux propositions et qui ne serait pas clair à ce stade. Les garanties qui lui seraient demandées (mais qu’elle ne devrait compter dans son déficit qu’en cas de défaut, ce qui est peu probable) avoisineraient un total de 2,2 milliards d’euros.

Carte blanche: «Coronavirus et chloroquine, quels experts doit-on croire?»

Carte blanche: «Coronavirus et chloroquine, quels experts doit-on croire?»
Belga

Il existe deux voies pour attester de la fiabilité d’une information. D’une part, on peut s’attacher à la vérifier par soi-même, par l’entremise d’une méthode elle-même fiable (méthode qui peut ne pas être identique à celle qui a été mobilisée pour produire l’information). D’autre part, on peut évaluer la fiabilité de la source de l’information.

La première de ces options n’est en général pas accessible au public, dans la mesure où les méthodes de vérification se révèlent d’un degré de technicité comparable à celui de l’information à évaluer. Si tout un chacun peut ainsi aisément vérifier – surtout en cette période de confinement – l’information selon laquelle « il y a 2.500 grains dans 100g de riz », les choses se compliquent aussitôt que l’information touche à un sujet complexe, tel la virologie.

Il n’est dès lors pas étonnant que la seconde option se retrouve privilégiée dans la majorité des cas. Se fier à une information demande ainsi généralement d’évaluer la crédibilité de la personne qui la communique, à savoir (en définitive, après divers intermédiaires éventuels) : l’expert(e).

Ce qui rend l’expert (scientifique) fiable

Mais comment opérer la distinction entre « bons » et « mauvais » experts ? En substance, il s’agit d’identifier divers indicateurs de fiabilité pour la plupart aisément accessibles. Pour cela, il suffit de disposer d’une connexion internet, d’un peu de bon sens et, surtout, de la motivation d’apprendre (conspirationnistes s’abstenir !).

Quels sont ces indicateurs ? Ils se répartissent en trois catégories :

1. L’expert est-il compétent ? On recensera ici les indicateurs tels que le niveau de formation, le domaine d’activité principal et son adéquation avec le sujet traité, ou encore la reconnaissance par la communauté des pairs (p. ex. en termes de prix ou autres distinctions).

2. L’expert est-il honnête ? On regroupera ici les indicateurs tels que le dévoilement volontaire de conflits d’intérêts, l’éventuel passif de malversations, ainsi que l’acceptation de soumettre ses résultats à l’examen critique des pairs.

3. L’expert est-il affilié à – et en phase avec – des institutions scientifiques ? Cette troisième catégorie renforce les deux premières. Les diverses institutions auxquelles est rattaché un expert – comme une université ou une société savante – agissent comme autant de garants de la bonne conduite de ce dernier, notamment en réprimant ou en désavouant tout écart par rapport aux normes établies de l’enquête scientifique.

Le cas de la chloroquine, ou pourquoi rester vigilant

La chloroquine (ou l’un de ses dérivés) a récemment été présentée comme un remède efficace face au coronavirus. S’il n’y a pas lieu à ce stade de douter de la compétence et de l’honnêteté de l’expert ayant communiqué cette information, une tension est toutefois manifeste au niveau de la troisième catégorie d’indicateurs. Cela devrait nous alerter. Diverses institutions médicales ont en effet tempéré l’information et, ce faisant, se sont désolidarisées de son auteur, en pointant de concert vers un non-respect manifeste des normes établies de l’enquête médicale (1).

L’expert discordant serait-il alors l’un de ces « génies incompris », tel l’« Einstein de la médecine » ? Il faut ici ne pas se méprendre. Rappelons seulement qu’Einstein, s’il a bien révolutionné le contenu de la physique, l’a fait non pas en bafouant les normes éprouvées de sa communauté, mais justement en y adhérant plus scrupuleusement que ses contemporains.

Pourquoi vouloir croire malgré tout ?

Comment comprendre dès lors un tel engouement du public pour la chloroquine ? Nous avançons l’explication suivante : entre un individu X et la communauté scientifique, il existe un décalage d’intérêt ou de perception des risques en cas d’erreur.

C’est-à-dire ? Si la communauté médicale venait à accepter erronément la chloroquine comme un remède efficace face au covid-19, les conséquences en termes de santé publique – malheureusement déjà en partie observées – seraient dramatiques (morts par auto-médication (2), rupture des stocks et non-disponibilité de la molécule pour les pathologies qu’elle sert à traiter (3), ou encore frein dans la recherche d’un remède fiable). Par contre, si un individu X venait à faire la même erreur, les risques pour sa santé individuelle – sous la forme d’effets secondaires éventuels – seraient perçus comme négligeables.

Un individu X aura ainsi instinctivement tendance à vouloir croire l’expert discordant présentant la chloroquine comme un remède efficace, dans la mesure où, ce faisant, il pensera (légitimement) avoir, à son niveau, « peu à perdre » ou « tout à gagner ». Par contre, ce même individu sera enclin à ignorer l’avis contraire – pourtant plus fiable – de la communauté scientifique, cette dernière ayant tendance à privilégier la santé publique face aux intérêts strictement individuels.

Et nos médecins ?

Face à une information dont la fiabilité est (au moins) questionnable, agir de manière responsable demande aussi d’aller à l’encontre de nos instincts et de songer, à la manière des scientifiques, aux répercussions de nos actes à l’échelle de notre communauté. Cette prescription se concrétise en l’occurrence dans l’attitude prudente de notre personnel soignant, réservant la chloroquine aux cas de coronavirus les plus sévères, et cela dans l’attente d’une meilleure évaluation de l’efficacité de ce remède (4).

Pensons aussi à cela lorsque nous les applaudirons ce soir à nos balcons.

(1)  Pour le Conseil National (Français) de l’Ordre des Médecins  ; Pour l’OMS  ; Pour l’Inserm

(2) Voir par exemple les premiers cas de décès liés à une prise non contrôlée de la molécule

(3) Voir par exemple aux USA  ; ou en Afrique

(4) Ecouter par exemple les propos récents du Dr. Nathan Clumeck au « Grand oral » de la RTBF ; Voir également les prescriptions de la Société Scientifique de Médecine Générale

*Le collectif de signataire : Olivier Sartenaer, philosophe et physicien, lauréat de l’édition 2019 de la bourse Wernaers de Communication et Vulgarisation scientifiques (FNRS), Laboratoire de Médecine Expérimentale (ULB 222), Faculté de Médecine, Université libre de Bruxelles, CHU de Charleroi ; Marie-Françoise Meurisse, philosophe et médecin, professeure invitée à la Haute École Libre de Bruxelles Ilya Prigogine

Négocier un nouveau gouvernement en juin? La question se pose

Avec ou sans la N-VA (ici De Roover et Loones, derrière Wilmès)
? La question se posera à nouveau en juin ou en septembre, estiment les politologues.
Avec ou sans la N-VA (ici De Roover et Loones, derrière Wilmès) ? La question se posera à nouveau en juin ou en septembre, estiment les politologues. - Belga.

Analyse

On ne baisse pas la garde, la pandémie n’est pas vaincue, mais l’idée court d’ores et déjà dans les états-majors des partis : la fin du confinement, et la montée en puissance des enjeux économiques et sociaux, verra se rouvrir le débat politique, et se relancer les manœuvres en vue de la formation d’un gouvernement à part entière.

L’exécutif Wilmès en affaires courantes, minoritaire (MR, CD&V et Open VLD comptent 38 sièges sur 150 à la Chambre), qui a obtenu et la confiance et les pouvoirs spéciaux au Parlement, a pour fonction essentiellement de gérer (un combat de tous les jours) la crise sanitaire et l’urgence sous toutes ses formes : approvisionnement en matériel de protection, soutien au secteur des soins de santé, aides aux entreprises… Il peut compter pour cela sur l’appui extérieur de sept partis (pour rappel : PS, SP.A, Ecolo, Groen, CDH, Défi et N-VA prennent part aux super kerns du samedi). Total : une formule ad hoc et singulière qui a montré toute son utilité ces dernières semaines dans le feu de l’action, mais qui, pour beaucoup, atteindra sa limite lorsqu’il s’agira de poser les grands choix, opérer les grands arbitrages, ayant trait à la tentative de redressement socio-économique.

Une majorité à la Chambre

Les politologues valident. Carl Devos, de l’Université de Gand, a les idées claires : « A mon sens, la question se posera au détour des mois de mai et juin, quand il faudra renouveler l’attribution des pouvoirs spéciaux, qui ont été votés fin mars pour une première période de trois mois. Là, tous les partis s’interrogeront à propos de la suite. Après le consensus, à peu près, sur la crise sanitaire, les clivages idéologiques resurgissent, les tensions gauche-droite, les analyses différentes sur la façon de réagir à la crise économique, sociale et budgétaire. C’est ce qui me revient de mes contacts en Flandre : on ne pourra plus continuer comme c’est le cas actuellement avec une entente entre dix partis. » Carl Devos précise : « A mon sens, les manœuvres reprendront fin mai, début juin, avant le nouveau vote des pouvoirs spéciaux au Parlement, prévu fin juin, pour tenter de lancer un gouvernement qui aurait une assise solide, une majorité à la Chambre, où il y aurait aussi, enfin, une vraie opposition. »

Politologue à l’ULB, Pascal Delwit tempère mais maintient l’analyse : « Comment gérer la réplique du séisme sanitaire sur le plan socio-économique ? Une épreuve immense, notamment en termes de finances publiques. La question se posera alors : est-ce le moment d’élargir le gouvernement MR-CD&V-Open VLD à d’autres formations parmi celles qui le soutiennent de l’extérieur ? Ce sera le temps de décisions compliquées, périlleuses, je pense à la question sociale, financière, aussi aux politiques climatiques. Tout cela poussera-t-il notamment les familles socialiste et écologiste à se mouvoir ? On ne peut rien affirmer, mais, oui, la question se posera. » Pascal Delwit complète : « Au niveau gouvernemental, il faudra peut-être amener à un moment donné un supplément d’expertise, d’expérience, de légitimité politique pour faire face à la situation économique et sociale. Comme une force de frappe. Je pense notamment aux cabinets ministériels. Alors, fera-t-on le pas après trois mois ou bien après six mois, à la fin seulement de la deuxième phase de pouvoirs spéciaux, en septembre ? Un nouveau gouvernement ? En gardant la Première, Sophie Wilmès ? C’est ouvert. Mais c’est un vrai scénario. J’ajoute que l’on se réinterrogera alors : avec la N-VA ? Sans elle ? Ce n’est évidemment pas résolu. »

L’hypothèse Vilvaldi

Carl Devos s’avance, quant à lui : « D’abord, il s’agira de vérifier si quelque chose a changé entre N-VA et PS, et je crois que le CD&V comme l’Open VLD ont besoin de cette vérification. Après cela, il ne restera qu’une piste probablement : tenter de négocier une majorité du type Vivaldi, avec les libéraux, les verts, les socialistes et le CD&V. »

Les chrétiens-démocrates flamands peuvent-ils se raviser à cet égard ? En interview récemment dans le Nieuwsblad, Hilde Crevits, ministre CD&V du gouvernement flamand, a réaffirmé son attachement à l’option N-VA. Off the record, un responsable chrétien-démocrate nous confie cependant : « La N-VA s’est un peu isolée ces dernières semaines : elle n’a pas voté la confiance, par exemple ; et pensez aussi à son opposition – Sander Loones s’exprime beaucoup là-dessus – à la stratégie des eurobonds à l’échelle de l’Union. Et puis, je dirais que le CD&V a repris goût au pouvoir au fédéral. Koen Geens a des responsabilités importantes, il veut poursuivre. Et Pieter De Crem, qui était marginalisé, est revenu à l’avant-scène, comme ministre de l’Intérieur, il est le nouveau shérif national ! Alors je vois mal mon parti mettre tout cela en danger juste pour relancer Bart De Wever. Attention, c’est mon avis, mon analyse aujourd’hui, je n’affirme pas, je présume… »

«View from my window», reflet mondial des confinés

Manzanita V., Santiago du Chili, 19h50
Manzanita V., Santiago du Chili, 19h50

Les initiatives ne manquent pas sur la Toile, mais celle-ci amène un vent frais des quatre coins du monde. Le concept : connecter les confinés de la planète. Chaque jour, de leur fenêtre, ils capturent leur vue et l’offrent aux autres. L’idée émane de la graphiste belge Barbara Duriau. « J’ai toujours eu besoin d’évasion, je suis une voyageuse dans l’âme. Au début du confinement, je me suis dit que pendant un certain temps, chacun allait avoir une seule image en étant collé à sa fenêtre. J’étais curieuse de connaître la vue d’une personne à 10.000 km de chez moi. Chacun a ce besoin de voyager et partager. »

« Aussi vite que le virus »

Pour Barbara, créer ce groupe était une évidence. Après seize ans passés chez Moulinsart, la société Tintin, la graphiste a décidé de démarrer une nouvelle vie à Amsterdam. « J’ai toujours voulu créer un projet de A à Z, celui-ci m’emporte complètement et me fait lever à 6 heures du matin tous les jours. » Le nombre de membres sur le groupe n’a cessé d’augmenter, doublant tous les deux jours. « Ça se propage aussi vite que le virus. » Certains postent des photos, d’autres, plus timides, profitent simplement de la richesse des paysages.

Les trois premiers jours, il y avait 80 % de Belges sur le groupe pour 20 % d’étrangers. Maintenant, la tendance s’est inversée. De Bruxelles à Tokyo, en passant par Paris, Buenos Aires, Mexico, Bangkok, Barcelone, Milan, Hong Kong, Tel-Aviv… les publications ne s’arrêtent jamais avec le décalage horaire. Le lundi 30 mars, la fondatrice a décidé de mettre le groupe en pause pour quelques heures. « Il faut trier et approuver chaque demande de post, ça prend énormément de temps. Je travaille en moyenne 15 heures par jour avec un œil précis et rapide. » Elle a donc décidé de s’entourer de nouveaux modérateurs. Parmi eux, des gens proches. « Quand je dors, une amie de Miami va checker le groupe par exemple. Je ne veux pas me sentir noyée, ça m’attriste déjà de ne pas pouvoir répondre à tous les commentaires. »

Reflet des inégalités et des contrastes

Une ruelle, l’immeuble d’en face, un boulevard, les toits, un mur, l’océan… Chaque photo est le reflet de l’atmosphère de ce quotidien en confinement et de son lieu de vie. « Le confinement à Miami, Liège ou Beyrouth n’est pas vécu de la même façon. Des inégalités en ressortent, mais ce n’est pas nouveau. Mon groupe est une sorte de documentaire : chacun a une vue. Le but n’est pas de faire un album de photos de vacances, mais de montrer la réalité de vie de chacun. Il y a autant de photos paradisiaques que de photos tristes et banales : ça fait réfléchir les gens. » Seul souci, l’algorithme de Facebook met davantage en évidence les photos qui ont récolté le plus de commentaires et réactions. « C’est difficile d’inciter les gens à regarder toutes les photos dans l’album. »

En créant « View from my window », Barbara ne voulait pas que ces photos restent virtuelles. « Mon rêve serait de faire une exposition nomade. Elle s’arrêterait dans certaines villes représentées sur les photos. » Une maison d’édition a également contacté la fondatrice pour réaliser un livre. Pour le moment, la Belge vit au jour le jour. « Ça fait seulement deux semaines, c’était complètement inattendu. Je reçois aussi beaucoup de messages positifs. Ce groupe adoucit la vie des gens, ça leur fait du bien de quitter les news des journaux. »

www.facebook.com/groups/viewfrommywindow/

Coronavirus – «La vie en pause, jour 21»: la culpabilité

«
C’est mon métier. Et je n’en changerais pour rien au monde
», dit Sandrine, l’infirmière.
« C’est mon métier. Et je n’en changerais pour rien au monde », dit Sandrine, l’infirmière. - AFP

Hier, il s’est passé un truc incroyable.

C’était un lundi qui avait une gueule de dimanche. Un début avril comme un début juillet. Ensoleillé, paisible et doux.

Se lever pas trop tôt, petit-déjeuner avec le soleil dans les yeux, couper une mangue, un avocat, une grenade, des trucs beaucoup trop bons qui viennent de beaucoup trop loin, travailler dans le calme absolu, avec juste un piano qui joue une valse de Chopin dans la pièce d’à côté. Se laisser distraire par les Fables de Luchini – hier, c’était La Besace  : « Jupiter dit un jour : Que tout ce qui respire/S’en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur/Si dans son composé quelqu’un trouve à redire/Il peut le déclarer sans peur » – ou Antoine de Caunes, en direct de Paimpol, conseillant La Fabrique des salauds de Chris Kraus, « un petit paveton de 850 pages à lire absolument ».

Tout allait bien.

Et puis trois messages, coup sur coup, qui obscurcissent tout. Rien de grave. Pas mort d’homme. Deux amies, tout d’abord, à qui on avait demandé si elles tenaient le coup. Sandrine, une infirmière brune à frange, sexy en diable et drôle à mourir : « Ça va et toi ? Je vais aider dans les unités Covid à partir de mardi car moins de boulot dans mon service. Dur dur hein, ce confinement ? Heureusement que je bosse. Suis un peu stressée mais il faut s’entraider. » T’es courageuse, on lui dit. « Mais non, c’est juste mon métier que je ne changerais pour rien au monde ! »

Stoïque et masquée

« On fait ce qu’on peut. » Ça, c’est Marie-Anne, le sosie de cette actrice canadienne, Gabrielle Lazure, dont les yeux seuls apaisent toutes les souffrances. Elle bosse dans un hôpital de jour avec des patients qui ont de petits et gros problèmes psychiques. « J’y vais trois fois par semaine. On reçoit les patients pour des entretiens de soutien sur rendez-vous, on téléphone à tous plusieurs fois par semaine, ou ils appellent. Ils en ont fort besoin pour le moment. Je dois aussi mettre à jour le plan d’urgence en fonction de la situation et des directives fédérales et gérer le stress du personnel dans les unités d’hospitalisation avec patients suspects. Avec pratiquement pas de stock de masques. » Elle est trop cool, Marie-Anne.

Fredo aussi. On ne l’a jamais vue, Fredo. Elle est infirmière. On a juste surpris une conversation, au téléphone, où son mari expliquait qu’elle gardait son masque à la maison. Elle l’enlève juste pour manger, mais elle reste en bout de table. Pareil dans la rue. Il marche devant avec les enfants et elle, plus loin, derrière. Comme une Servante Ecarlate. Silencieuse, stoïque et masquée. Et ça serre le cœur. Fort.

Enfin, il y a ce tweet d’un confrère, Christophe : « Dédicace spéciale à ma compagne qui s’est portée volontaire pour travailler dans les unités Covid de Brugmann. » Jamais rencontrée. On ne connaît pas son nom, on ne sait pas ce qu’elle fait dans la vie mais on préfère ne pas demander, des fois qu’elle aurait un vrai métier et qu’elle ferait ça… en plus.

Comme on se sent petit alors, en ce beau lundi, ce lundi-dimanche, paradoxe ensoleillé. Même s’il paraît que suivre la règle et rester chez soi, c’est aussi de l’héroïsme. Mouais. Bof. Ce lundi-dimanche résumait tout. L’affreux sentiment mêlé de ce confinement d’avoir, à la fois, la chance et la honte d’être en vie.

Repenser Bruxelles, en mieux

Repenser Bruxelles, en mieux
Belga.

C’est une autre ville.

Une zone dans laquelle les murs trop étroits et trop pourris n’ont jamais semblé aussi inhabitables. Du béton qui ramène toujours plus à la prison. Une exiguïté qui frise désormais l’insupportabilité. Un bâti sans pitié pour le vide qui aère, le vert qui détend, le calme qui apaise.

Un territoire où le piéton prend désormais toute la place, on lui a même donné la priorité des feux, pour qu’il ne doive pas patienter trop longtemps (quarante secondes gagnées pour traverser la rue Belliard) ni solliciter un passage en pressant sur un bouton devenu suspect. On lui a même libéré des rues, sans motif scolaire, et réservé un Bois, dont il ne doit partager les anneaux qu’avec les cyclistes, les skateurs.

Un environnement où l’urbain a perdu l’un de ses deux sens. La courtoisie se mesure à la distance que l’on met avec son voisin de file ou de trottoir. La civilité commande de ne pas parler au livreur ganté et masqué et de crier par-dessus les balcons plutôt que de se retrouver au pied du mur.

Un lieu de solidarités, entre voisins qui ne s’étaient jamais salués, envers des personnes âgées qu’on ravitaille avec les précautions d’usage, pour les commerçants qui trinquent et que l’on soutient comme le portefeuille le permet.

Une bulle sans bruit et sans pollution.

Un univers terriblement inhospitalier pour celles et ceux qui n’ont pas de toit, pas de boulot, pas de papiers.

Bruxelles n’est plus la même… Et ne le sera plus jamais. Ou ne devrait plus jamais l’être. La maladie, et le confinement qu’elle impose, soulignent deux traits de la capitale : inégalitaire et dense. Deux mots à inscrire en filigrane de la réflexion sur l’après. Qui ne pourra se résumer à un copier/coller de l’avant.

Une crise de plus en plus sociale

La crise sanitaire est aussi sociale, elle l’est chaque jour davantage. Déjà, les structures croulent sous les appels à l’aide des plus grands précarisés, ces invisibles qu’on voit soudain ; le manque de places d’accueil est flagrant, qui oblige les bourgmestres, l’un après l’autre, à réquisitionner des hôtels et à mobiliser du personnel pour prendre soin des exclus. La deuxième vague sera plus forte encore, qui charriera les travailleurs au chômage dont le qualificatif d’économique pourrait être gommé par la conjoncture ; les indépendants qui, malgré les reports de paiement et autres primes, ne pourront se relever ; les acteurs de secteurs à l’arrêt pour un temps indéterminé, comme la culture, le tourisme, l’événementiel, et donc l’horeca. L’urgence de soutenir ces hommes et femmes à la vie cassée par la séquence est nationale (européenne, mondiale). Elle est particulièrement criante dans une Région qui affiche, et de loin, le taux le plus élevé d’habitant(e)s sous le seuil de pauvreté (33 % contre 22 % en Wallonie et 10 % en Flandre). Elle doit être une priorité de réflexion pour le « redémarrage ».

La menace du Covid démontre aussi la nécessité de construire la ville différemment. La densité, dictée par le boom démographique – près de 7.500 habitants au kilomètre carré – ne peut condamner tous les interstices. Les espaces verts ou bleus ont droit de cité, aussi et surtout dans cette première couronne si peuplée. Disposer d’un parc à portée de marche devrait être un droit pour tous les Bruxellois(es). Et la liste est longue de ces ingrédients d’une vie apaisée qui devraient être intégrés dans les métiers et services de première proximité et de grande accessibilité, donc garantis. Un médecin, une école, des commerces, un site sécurisé pour jouer, un arrêt stibien, une crèche et une maison de repos… La ville à dix minutes (dans certains pays on dit quinze, tout dépend de la vitesse moyenne, ou du relief, ou de l’exigence du décideur) figurait dans le programme de plusieurs partis, lors des derniers scrutins, communal et régional. Le coronavirus en démontre, en creux, les vertus.

Et si l’on repensait la ville en mieux ? Il est déjà temps d’y songer. Pour qu’une fois le péril sanitaire écarté, tout ne redémarre pas, spontanément, comme au vieux temps, qui n’était pas si bon, loin de là. Parer au plus pressé en reprenant les copies de février 2020 ? Surtout pas ! Les annoter de « leçons pour plus tard », au gré de ces journées qui bousculent toutes les normes et les réalités. Pour ne pas s’esquinter à reproduire ce qui doit, à l’évidence, être corrigé.

Wolfgang Schäuble au «Soir»: «La solidarité n’est jamais un processus à sens unique»

«
Si nous retombons dans les écueils du passé, la situation ne s’améliorera pas à long terme, elle ne fera qu’empirer
», prévient Wolfgang Schäuble.
« Si nous retombons dans les écueils du passé, la situation ne s’améliorera pas à long terme, elle ne fera qu’empirer », prévient Wolfgang Schäuble. - DPA.

Entretien

Le 26 mars dernier, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union, avaient donné quinze jours à leurs ministres des Finances pour trouver une riposte économique commune face à la crise. Ces derniers se retrouvent virtuellement ce mardi par visioconférence pour une réunion qui doit permettre de résoudre une des pires crises de l’histoire de l’Union européenne, à en croire la chancelière allemande Angela Merkel.

Ce lundi, le président de l’Eurogroupe Mario Centeno (qui est également ministre portugais des Finances) a mis en garde les ministres des Finances européens contre le risque d’une fragmentation de la zone euro : « Nous sortirons tous de la crise avec un niveau d’endettement beaucoup plus important. Mais cet effet et ses conséquences durables ne doivent pas devenir une source de fragmentation. »

Parmi les solutions envisagées, celle des « coronabonds » divise les Européens. Cet emprunt commun aux 19 pays de la zone euro est souhaité par la Belgique, l’Italie, l’Espagne la France et cinq autres pays. La mutualisation des dettes des pays européens est depuis longtemps réclamée par les pays du Sud de l’Europe, comme l’Italie, mais elle est rejetée par les pays du Nord comme les Pays-Bas et l’Allemagne.

Côté belge, le ministre des Finances Alexander De Croo n’est pas contre l’idée mais estime que ce n’est pas nécessaire dans l’immédiat… « Les Etats membres peuvent se financer de manière autonome sur les marchés, il y a assez de liquidités et les “spreads” (les écarts entre les taux auxquels chaque Etat peut emprunter, NDLR) sont assez bas », a précisé le libéral flamand à la Chambre. D’après lui, les instruments du Mécanisme européen de stabilité « sont les bons et sont suffisants pour prendre aujourd’hui les mesures pertinentes et nécessaires ».

Ce fonds d’urgence de la zone euro avait été créé en 2012 pour répondre à la crise des dettes souveraines, dont Wolfgang Schäuble, actuel président du Bundestag allemand, avait été un des principaux acteurs. Il était à l’époque ministre allemand des Finances. A l’initiative du Soir, ce mastodonte de la politique allemande et européenne donne son éclairage aux journaux du réseau Lena sur la situation actuelle.

Lorsqu’en 2008, la crise financière a éclaté, suivie de la crise de l’euro, beaucoup ont déclaré qu’il s’agissait de la pire épreuve pour l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, beaucoup prédisent une crise encore plus grave. Sommes-nous en guerre contre le coronavirus, comme le déclare le président américain Donald Trump ?

Je n’aime pas beaucoup le langage martial, je suis plutôt un adepte de l’objectivité de la chancelière fédérale. Cependant, ce que nous vivons aujourd’hui avec cette pandémie est quelque chose d’inédit, quelque chose qui était jusqu’à présent inconcevable. C’est pourquoi il est tout à fait inapproprié de comparer notre situation actuelle à des situations antérieures, et encore moins à la crise financière et à la crise de l’euro. L’Allemagne, l’Europe et l’ensemble de l’humanité font ici face à un défi bien plus grand et totalement différent. Toutefois, nous devons apprendre à surmonter ces défis.

Nous assistons à un retour de l’État-nation. Des pays qui collaboraient encore il y a peu se déchirent aujourd’hui pour des masques de protection et des respirateurs. L’État-nation est-il donc toujours l’acteur central qui garantit la sécurité et le bien-être des citoyens ?

Lorsqu’une telle catastrophe fonce droit sur nous telle une avalanche, on recherche la protection et l’appui auprès de ceux qui nous sont proches. Chaque pays n’a d’abord pensé qu’à ses propres intérêts. Cependant, nous réalisons aujourd’hui que nous ne pourrons surmonter cette crise internationale qu’en renforçant notre collaboration. La recherche internationale suit ce principe avec une intensité rarement observée. C’est pourquoi je ne dirais pas que l’État-nation est aujourd’hui ressuscité, car il n’était pas mort. Quant à l’UE, elle ne signifie pas la fin de l’État-nation. Nous avons besoin des deux. Nous avons besoin que l’Europe collabore. En cette période troublée, nous avons la preuve que l’Europe est parfaitement capable d’agir et de s’unir, même si les choses se sont mises en place avec quelques jours de retard.

Certains ne voient pas les choses ainsi. L’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi est extrêmement préoccupé par l’atmosphère anti-européenne qui régnait en Italie. Les Italiens se sentent abandonnés et beaucoup disent que si l’Europe ne fait pas preuve de solidarité dans une crise aussi dramatique, alors elle n’a plus aucune raison d’être. L’Allemagne et l’UE ne font-elles pas assez pour l’Italie et l’Espagne ?

Nous faisons tout ce que nous pouvons. Cependant, il n’y a pas qu’une seule bonne façon de procéder. Il est indéniable que dans une telle situation, nous devons aider ceux qui ont besoin d’aide par tous les moyens. Même l’Allemagne se montre solidaire : nous prenons en charge des patients gravement atteints en provenance d’Italie, même si beaucoup se demandent si nous n’avons pas nous-mêmes besoin de ces lits. Nous avons interdit l’exportation de masques de protection pendant plusieurs jours, mais c’était une erreur. C’est pourquoi nous avons à nouveau levé les restrictions à l’exportation en Europe. Quant à la proposition de la Commission européenne, qui souhaite débloquer 100 milliards d’euros pour soutenir le chômage partiel, elle a été adoptée très rapidement. Nous avons donc toutes les raisons de dire que l’Europe est solidaire. Cependant, chacun doit désormais apporter sa contribution. La solidarité n’est jamais un processus à sens unique.

Vous avez vécu la crise de l’euro en tant que ministre des Finances. Le nouveau débat autour des euro-obligations provoque-t-il chez vous un sentiment de déjà-vu ? Les divisions qui existent entre le Nord et le Sud sont les mêmes, même les arguments semblent ne pas avoir beaucoup évolué.

Nous avons déjà dépassé le stade du débat. L’Eurogroupe des ministres des Finances, mais également les chefs d’État et de gouvernement sont sur le point de trouver un accord. Peu importe comment s’appellera cette aide, le plus important, c’est de mettre rapidement tout en œuvre pour combattre cette crise aussi efficacement que possible. Tout en aidant les pays les plus touchés à porter ce fardeau.

De quelle façon cela doit-il se faire ?

Nous devons désormais travailler avec les instruments que nous avons à notre disposition, des instruments qui nous permettront également d’agir plus rapidement, au lieu de chercher à créer de nouveaux instruments pour lesquels nous devrions adapter les traités européens, ce qui est loin de se faire en un claquement de doigts. Il est donc préférable que nous recourrions au MES, dont la capacité approche les 500 milliards d’euros. Si nous combinons ce mécanisme aux moyens de la Banque centrale européenne, nous pourrons permettre à tous les pays de surmonter leurs problèmes sur le plan financier avec de faibles taux d’intérêt. À cela vient s’ajouter la Banque européenne d’investissement, dont nous pouvons élargir le cadre de garantie en cas de besoin afin d’augmenter le capital des États membres. Dans les prochains jours, nous devrons également aborder les nouvelles priorités du budget européen, y compris la planification financière à moyen terme. Nous devrons peut-être élargir la marge de manœuvre budgétaire. Tout cela est possible dans le système établi.

Quels sont les autres leviers d’action de l’UE   ?

Il serait par exemple envisageable de mettre sur pied un programme de développement avec les instruments des fonds structurels, régionaux et sociaux. Cependant, se lancer dans une querelle à vide autour de nouveaux instruments et déterminer sur cette base si l’Europe est capable d’action ou de solidarité, c’est exactement le contraire de ce dont nous avons besoin. Tout le monde doit comprendre qu’il est dans l’intérêt de l’Allemagne d’aider au mieux tous ceux qui ont besoin de soutien. Parallèlement, il est de l’intérêt des autres gouvernements d’expliquer à leurs pays que la solidarité européenne n’est pas une question de formules quelconques.

Votre principal argument contre les euro-obligations est donc le calendrier, car il faudrait trop de temps pour que les choses se mettent en place ?

Même en période de crise, il convient de faire ce qui est juste sur le plan réglementaire. Action et responsabilité vont de pair. C’est un sage principe auquel nous devons nous tenir malgré la terrible crise à laquelle nous faisons face. Tout comme nous ne pouvons pas abolir les principes de la démocratie parlementaire et de l’État de droit. Nous avons des traités européens qui posent des limites claires. Et nous, les Allemands, disposons d’une Cour constitutionnelle qui nous a clairement exposé ce que la Constitution et les traités européens autorisaient et n’autorisaient pas. Tout ce dont nous avons désormais besoin pour combattre cette crise, pour faire preuve de solidarité, nous pouvons l’obtenir avec les instruments existants. C’est pourquoi nous ne devrions pas nous disperser dans une querelle appartenant au passé.

L’Allemagne mise sur le MES, le mécanisme européen de stabilité. Cependant, certains disent que ces aides financières ne feront qu’augmenter le niveau d’endettement des pays bénéficiaires. L’Italie, par exemple, courrait toujours le risque d’être entraînée dans une spirale d’endettement.

Tout d’abord, je trouve intéressant que l’Italie se préoccupe désormais de son niveau d’endettement. Après la crise de l’euro, j’ai réduit le niveau d’endettement de l’Allemagne de façon constante, ce qui explique pourquoi nous disposons aujourd’hui d’une si grande marge de manœuvre, et cela m’a valu bien des critiques. Mais c’est à juste titre que la Commission a aujourd’hui fait usage des clauses dérogatoires du Traité européen. Si la Banque d’investissement européenne a besoin de plus de capital, alors les États membres doivent statuer dans ce sens. De même, les États peuvent augmenter le montant de la garantie du MES et assouplir la conditionnalité. Nous devons prendre toutes les mesures appropriées. Cependant, si nous retombons dans les écueils du passé, la situation ne s’améliorera pas à long terme, elle ne fera qu’empirer.

Mardi aura lieu la réunion des ministres européens des Finances. Au plus fort de la crise de l’euro, vous avez vous-même participé à ces rencontres en tant que ministre des Finances. Comment se passent ces réunions ? Les ministres se hurlent-ils les uns sur les autres ? Perdent-ils leur sang-froid ?

J’ai rarement vu des ministres des Finances perdre leur sang-froid. En tant que président du Bundestag, je ne souhaite donner aucun conseil à mon successeur Olaf Scholz et je suis confiant quant au déroulement de la réunion. Quand j’entends ce que Bruno Le Maire, Olaf Scholz et même le commissaire européen Paolo Gentiloni déclarent à ce propos, je sais que tout se passera bien. Et quand je vois avec quelle énergie la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, malgré des compétences limitées, cherche à renforcer la solidarité au sein de l’UE, je suis convaincu que nous ne nous entre-tuerons pas, mais que nous ferons tout ce qui est nécessaire ensemble. Même si cette crise implique que nous progressions chaque jour à tâtons, car après tout, nous ne savons pas encore précisément où tout cela mènera.

La crise de l’euro a déclenché une vague de populisme en Europe. Cette nouvelle dépression économique nous expose-t-elle à encore plus d’instabilité politique ?

C’est possible. Cependant, avant que cela ne devienne une préoccupation publique permanente, nous devons chacun faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contrecarrer cela. Comme on peut actuellement l’observer dans de nombreuses parties du monde, le populisme et la démagogie ne sont pas la solution. Et évidemment, les fausses informations sont légion, ce qui a tendance à déstabiliser la population. Pour contrer cela, ceux qui assument des responsabilités et souhaitent agir de manière responsable doivent donc adopter une politique sérieuse et favoriser un débat transparent. Nous avons tous une grande responsabilité, non pas par rapport à notre pays, mais par rapport à l’Europe et au monde entier.

Les autocrates utilisent la crise du coronavirus pour consolider leur pouvoir. Ainsi, en Hongrie, la démocratie a été suspendue et Viktor Orban s’est attribué un pouvoir absolu. Quelqu’un comme lui peut-il encore faire partie de la famille européenne des partis chrétiens-démocrates, le Parti populaire européen ?

L’ambassadeur hongrois vient de déclarer dans une interview accordée au journal Die Welt que le parlement hongrois n’avait fait que faire ce que d’autres parlements européens avaient fait, à savoir donner au gouvernement des procurations particulières durant la crise.

Cependant, nous n’avons pas suspendu notre parlement.

La Commission européenne doit vérifier si ces mesures ne sortent pas du cadre de la réglementation européenne. Et comme l’a déclaré la présidente de la Commission, la Hongrie fait l’objet d’une surveillance particulièrement stricte. Cependant, l’idée d’attribuer à l’exécutif de tous les pays une plus grande marge de manœuvre n’est pas si mauvaise que ça – à condition que cela se fasse sur autorisation du parlement, que cela ne dure que le temps de la crise et que le parlement conserve sa responsabilité suprême. La Hongrie prétend que toutes ces conditions sont remplies. Les institutions européennes devront vérifier si c’est bien le cas. Et s’il y a litige sur l’interprétation du droit européen, ce sera à la Cour de justice européenne de statuer. Et les décisions de la Cour de justice européenne doivent toujours être acceptées.

La Première ministre a composé son groupe d’experts «déconfinement»

La Première ministre a composé son groupe d’experts «déconfinement»

Martine Dubuisson

La Première ministre Sophie Wilmès a clôturé son tour des personnalités qu’elle souhaite voir intégrer son groupe d’experts chargés de préparer le déconfinement graduel, dont elle avait annoncé la création le 2 avril à la Chambre. Baptisé GEES, pour « Groupe d’experts en charge de l’exit stratégique », sa composition est désormais arrêtée : il comprend pour moitié de scientifiques et pour moitié de personnalités issues du monde économique et social. Mission : « élaborer une vision stratégique afin de guider la période d’assouplissement des mesures prises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus » et « fournir des analyses et des recommandations ».

C’est Erika Vlieghe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital universitaire d’Anvers qui présidera ce groupe. Les autres scientifiques seront : Emmanuel André, microbiologiste de l’UCLouvain et porte-parole interfédéral « coronavirus », par ailleurs responsable du laboratoire de référence sur les Coronavirus (UZLeuven et KUL) ; Marius Gilbert, maître de recherches FNRS à l’ULB ; Niel Hens, biostatisticien aux Universités d’Anvers et d’Hasselt ; et Marc Van Ranst, virologue à la KUL.

Du côté économique, on trouve Mathias Dewatripont, professeur d’économie à l’ULB ; Johnny Thijs, administrateur et président d’entreprises comme Electrabel, Recticel et Golazo ; et le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch, déjà membre d’autres groupes de travail.

Complètent le cénacle, la juriste Inge Bernaerts, et, côté social, Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des Services Sociaux.

Une fois encore, c’est donc sur « l’intelligence collective » que parie la Première ministre pour appréhender au mieux l’après coronavirus et préparer la transition.

Dès ce mardi après-midi, le GEES devrait tenir sa première réunion virtuelle. Libre à lui, par ailleurs de nouer des contacts plus larges qu’il jugerait utiles avec le monde académique, économique et associatif.

Dans un communiqué, Sophie Wilmès réagit à l’installation de ce GEES : « Je crois beaucoup en l’intelligence collective, qui plus est dans une crise aussi inédite que celle que nous vivons en ce moment. Notre pays ne manque ni d’expertise, ni de savoir, ni de talent. C’est une force vive qui doit guider le politique dans les décisions qu’il prend. Nous savons que la gestion de la période de transition vers un retour à la normale sera déterminante pour éviter une recrudescence de l’épidémie. Nous prenons aussi cela très au sérieux. C’est la raison pour laquelle nous nous y préparons dès maintenant. »

Coronavirus: ville ou campagne, la police ne verbalise pas de la même manière

d-20200330-GFP77H 2020-04-03 23:20:03 Analyse

Par Louis Colart

Société ,

Mario Innaurato, ancien préparateur physique des Diables rouges, à propos du coronavirus: «La responsabilité des joueurs est encore plus grande qu’avant»

@News
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Ancien préparateur physique d’Anderlecht, du Standard, des Diables rouges, de la sélection ivoirienne, de l’AC Milan, du FC Séville et de la Fiorentina, cette saison, Mario Innaurato connaît par cœur les exigences du haut niveau et se demande à quelle sauce les équipes seront mangées dans les semaines et mois à venir. Une fois que la crise sanitaire sera gérée, il sera temps de repenser au football. Mais le flou reste total. C’est d’autant plus vrai pour celui qui est toujours sous contrat avec la Fiorentina sans savoir de quelle manière il pourra être honoré, et qui a toujours une place de professeur de gymnastique à la Province de Liège s’il ne devait pas retrouver de club en vue de la prochaine saison.

Tous ces championnats à l’arrêt et ces joueurs confinés, cela vous fait-il peur pour la suite des événements ?

Physiquement non, pas vraiment. D’un côté, les joueurs professionnels sont bien conseillés. J’ai discuté avec des collègues de plusieurs clubs et j’ai toujours eu l’impression que le suivi était très bon. Tout le monde fait le maximum pour tenter de traverser au mieux cette période. C’est nouveau, c’est compliqué mais il le faut. De l’autre, les joueurs doivent se rendre compte que leur responsabilité est encore plus grande qu’avant. S’il est possible de récupérer des données après les exercices, il n’est pas possible de surveiller au quotidien leur hydratation, leur alimentation, leur temps de repos, etc. C’est ce qu’on appelle l’entraînement invisible et cela demande une vie très réglée. Je dis toujours que les joueurs sont devenus des athlètes de plus en plus professionnels, c’est le moment pour eux de le montrer.

Plusieurs clubs ont eu recours au chômage technique par la force des choses, ce qui signifie que les joueurs n’ont théoriquement plus de comptes à rendre à leurs employeurs. Où peuvent-ils puiser la motivation nécessaire ?

Le chômage technique est une réalité en cette période compliquée mais cela ne doit en rien affecter la motivation et le travail. Un peu comme un joueur en fin de contrat, il est important de rester en forme. C’est d’autant plus vrai qu’aucune décision n’a encore été actée concernant la fin de cette saison et le début de la suivante. À la Fiorentina, j’ai récupéré Franck Ribéry après plusieurs mois d’arrêt. Il lui a fallu deux semaines pour se relancer, pas davantage, car il s’était entretenu, il n’avait pas un gramme de trop, il ne lui manquait que le rythme des entraînements collectifs. Le travail paye, il ne faut jamais le perdre de vue.

La Pro League aimerait stopper le championnat en l’état en ne conservant que la manche retour de la finale de D1B pour la montée et celle de la Coupe de Belgique. De son côté, l’UEFA demande à tous les pays de faire le maximum pour tenter de mener leurs compétitions à leur terme. Le flou est total et personne ne sait quand le football reprendra ses droits. Comment un préparateur physique gère-t-il cette situation ?

Ce n’est pas à lui de dire si on doit reprendre le chemin des pelouses ou pas, et quand. Les spécialistes sont là pour nous guider. Quand la compétition reprendra, il s’agira de voir avec quel objectif. Est-ce qu’on terminerait la saison en cours au plus vite, est-ce qu’il faudrait déborder sur juillet et août, est-ce qu’on penserait directement à la saison prochaine ? Pour établir un programme de reprise, cela change tout. Sur du court terme, il faudra surtout retrouver le goût du ballon, du jeu. On n’est pas dans le cas de joueurs blessés mais plutôt contraints de rester chez eux et pouvant conserver la forme, en courant, en faisant du vélo, de la musculation. Certains clubs ont même repris l’entraînement par duos, avec des mesures strictes, mais pour permettre aux joueurs de conserver le contact avec le ballon. Sur du long terme, il faudra par contre partir sur un plan de travail plus spécifique, à l’instar d’une avant-saison classique, en sachant que le nombre de semaines ne sera peut-être pas disponible, que les stages ne seront peut-être pas permis, etc. L’idéal serait d’avoir sept à huit semaines devant nous et de procéder à reculons en partant de la date du premier match.

Un scénario existe, celui de prolonger la saison actuelle jusqu’en août et d’enchaîner rapidement avec la suivante, avec des matches tous les trois jours, y compris pour les sélections nationales. Est-ce un facteur de risques supplémentaire pour les blessures, avec un Euro en ligne de mire ?

Oui, forcément. Si les championnats se terminent en juillet ou en août, il faudra inévitablement trouver une solution pour récupérer le temps, et cela passerait par des rencontres très rapprochées. Les entraîneurs se plaignaient déjà d’un calendrier surchargé, cela n’arrangerait rien. Le temps de jeu idéal n’existe pas, certains jouent trop peu et d’autres trop. Ces derniers sont souvent ceux qui se retrouvent en équipe nationale. Le rapprochement entre les matches à haute intensité et les déplacements est un facteur qui augmente le risque de blessures, oui. De là à dire que cela pourrait impacter l’Euro, c’est encore un peu tôt. En tout cas, quoi qu’il arrive, tout le monde est logé à la même enseigne.

En toute logique, le feu vert ne sera donné que si la pandémie de Covid-19 est annihilée, que les risques sont réduits à néant. Pensez-vous qu’il sera possible de se retrouver comme si rien ne s’était passé ?

Malheureusement non. Je suis certain qu’il y aura un avant et un après coronavirus. Les habitudes vont devoir changer. Un vestiaire est un lieu fermé, restreint, dans lequel un microbe peut se propager très rapidement. Déjà maintenant, quand un joueur a un peu de fièvre, un état grippal ou une gastro, il est écarté par mesure de précaution. Alors, imaginez ce que cela donnera après tout ce qu’on est en train de vivre ! On ne reprendra certainement pas tous ensemble mais par petits groupes. Et d’ailleurs, selon moi, et les collègues que j’ai eus en ligne récemment à ce sujet sont du même avis, avant de reparler du physique et du ballon, il faudra absolument tester tous les joueurs pour être certain que ce Covid-19 a bien disparu. Cette maladie, on ne la connaît pas bien, on ne sait pas si elle peut réapparaître ou non. Autant on est très à l’aise avec un joueur de retour de blessure car on sait comment l’accompagner, autant des tests médicaux et des données concrètes risquent d’être nécessaires dans ce cas-ci.

Coronavirus: des plaintes contre les médecins? Mais non, les aînés ne sont pas abandonnés

Coronavirus: des plaintes contre les médecins? Mais non, les aînés ne sont pas abandonnés
EPA.

Les maisons de repos livrent un lourd tribut au coronavirus qui affecte mortellement des patients âgés et déjà victimes d’autres maladies. En Wallonie, un tiers des décédés du fait de l’épidémie seraient issus des homes. A Mons, une maison de repos a enregistré ces derniers jours le décès de vingt résidents.

L’état de vulnérabilité des personnes les plus âgées les expose davantage aux ravages de la pandémie. Les strictes conditions de confinement décidées les exposent aussi à des moments pénibles faits de ruptures avec leurs contacts familiaux. Et la crainte de ne pouvoir être hospitalisées, à raison des principes de « priorisation des soins », les expose aussi à l’idée d’être abandonnées, comme le colportent les réseaux sociaux.

Médecins sous pression

Les craintes des résidents sont aussi celles de leurs familles. Le site Mediquality, qui s’adresse aux professionnels de la santé, rapportait ainsi ce week-end des menaces de procédures en référé contre des médecins refusant l’accès aux soins intensifs à des résidents de maison de repos. L’éditeur de ce site, le Dr Mertens, nous confirme que « des médecins sont parfois victimes de pressions ». Il dénonce aussi l’intervention « d’avocats déchus » qui démarcheraient des familles afin d’engager des poursuites en cas de refus d’admission ou d’administration d’une médication choisie.

Un « bureau de consultance » (dont nous ne délivrerons pas le nom) établi dans la région montoise offre ainsi ses services pour incriminer la responsabilité pénale ou civile des médecins qui refuseraient l’administration à leurs patients de l’hydroxychloroquine et l’azithromycine. Il propose une lettre type à adresser aux médecins en charge des patients atteints du Covid-19. « Nous examinerons la responsabilité de l’Etat belge dans la situation actuelle et l’incidence sur la contamination ainsi que les décès des Belges. Suivez-nous », proclame ce site animé par un ancien avocat dont les services ne sont évidemment pas gratuits.

Les craintes des résidents de maisons de repos et de leurs familles sont-elles fondées ? Un avis rédigé par l’Association belge des soins intensifs exprime ainsi le débat éthique auxquels les médecins risquent d’être confrontés si la crise s’amplifie. Elle constate ainsi que « les personnes âgées dans des maisons de retraite qui souffrent souvent de graves handicaps » bénéficient d’un « plan avancé de soins » prédéfinissant « quelles interventions sont envisagées et quelles interventions seraient indésirables pour un patient en particulier ». « Le groupe de travail recommande que les patients âgés, résidant dans une maison de retraite et souffrant de troubles cognitifs graves, ne soient pas reconnus comme de bons candidats pour être référés aux soins intensifs, ces patients pourraient cependant être admis dans une salle d’hôpital pour des soins de base ».

Droit aux soins

Le « triage des patients » traverse l’éthique médicale depuis toujours. Pour Philippe Andrianne, secrétaire politique de l’association des aînés Eneo, il ne pourrait être question de décisions prises en fonction de l’âge. Gilles Génicot, avocat et professeur à l’ULiège en droit de la santé, ne dit pas autre chose : « Tout le monde a le droit d’être soigné, on ne soigne pas les gens contre leur gré, mais consentir aux soins ne donne pas le droit d’exiger un traitement. » Il rappelle que les médecins demeurent les premiers décideurs de la décision médicale à prendre. Jacqueline Herremans, avocate et par ailleurs présidente de l’ADMD (Association pour le droit à mourir dans la dignité), abonde en ce sens : « La question n’est pas celle de l’âge mais bien celle de l’efficience d’un traitement à appliquer. Le but thérapeutique prévaut ».

Un aîné en pleine santé vaut-il mieux qu’un bien plus jeune en état détérioré ? L’éthique est interrogée en ces temps de crise aiguë. L’an dernier, un rapport de l’Inami indiquait que 40 % des Belges souhaitaient maintenir l’équilibre de la sécurité sociale en n’engageant plus de soins pour les plus de 85 ans.

L’évolution de l’épidémie en Belgique: le nombre de malades aux soins intensifs commence à plafonner (infographies)

L’évolution de l’épidémie en Belgique: le nombre de malades aux soins intensifs commence à plafonner (infographies)
Belga.

Il faut éviter de s’exciter à outrance sur les bilans chiffrés du lundi, car ils sont le fruit de la collecte d’infos du dimanche auprès des hôpitaux et des maisons de repos. Et les semaines précédentes ont démontré que le recensement du week-end était toujours un peu moins exhaustif que celui du reste de la semaine.

On va donc rester calme sur ce qui apparaît comme « la » bonne nouvelle du jour. Pour la première fois, le total de patients actuellement hospitalisés en soins intensifs diminue. Il y en a quatre de moins que la veille, portant le bilan à 1.257 lits occupés.

Mais il ne faut pas se voiler la face : cette diminution a priori réjouissante (pour éviter la saturation des hôpitaux) est en grande partie due au nombre de décès dans ces unités de soins intensifs. Selon les informations qui remontent du terrain, le taux de patients qui sortent guéris des soins intensifs reste en effet très faible. Les autorités sanitaires ne fournissent d’ailleurs pas de statistiques permettant de détailler le nombre de nouvelles admissions aux soins intensifs, le nombre de patients qui en sortent vivants, et le nombre de décès. On ne dispose que de la statistique globale, qui cumule ces trois éléments. Quand on sait que 185 nouveaux décès ont été annoncés lundi (portant le bilan belge à 1.632 morts), il est permis de penser qu’une bonne partie d’entre eux a « libéré » des lits. Pour résumer un peu plus froidement : si la courbe des soins intensifs se stabilise, c’est aussi parce que des gens y meurent.

De moins en moins d’admissions chaque jour

De façon plus structurelle, la tendance observée sur le nombre d’admissions se confirme ce lundi. Si l’on prend le nombre moyen de nouvelles admissions (lissé sur 7 jours), il est en baisse pour la troisième journée consécutive. Ce qui laisse penser que le nombre de nouveaux patients qui débarquent aux urgences est bien entré dans une phase descendante. Pour la journée d’hier, on parle de 420 admissions à l’hôpital. Attention, même si ce chiffre diminue, il est toujours loin d’être nul.

Ceci se traduit par une nouvelle hausse du nombre total de personnes hospitalisées (5.840 lits occupés, selon le dernier bilan). Une augmentation de 1,8 % sur une journée. Le début de « plateau » observé hier se confirme ici aussi : la Belgique serait proche du pic des hospitalisations.

« Même s’il faut faire attention à l’effet week-end, on s’oriente bien vers une stabilisation de certains indicateurs », a commenté Emmanuel André, virologue et porte-parole interfédéral du comité Covid-19. « Les signaux positifs pourraient vous inciter à relâcher vos efforts, mais ça ne doit pas être le cas. La charge de travail reste extrêmement intense dans les hôpitaux. Il faudra maintenir nos efforts encore un certain nombre de semaines pour revenir à une charge de travail plus acceptable. »

Comment le confinement perturbe le sommeil

La position que l’on adopte durant la journée a une influence sur la qualité du sommeil. Décodage

Par Sophie Mignon

Société ,

En Belgique, l’été s’annonce sans festival

La terre vide des festivals
: l’édition 2020 annulée sera inédite
! © Belga.
La terre vide des festivals : l’édition 2020 annulée sera inédite ! © Belga. - BELGA.

Pieter De Crem, le ministre de l’Intérieur, l’avait déjà laissé entendre le 27 mars. Il l’a répété lundi au micro de la Première : les festivals d’été n’auront sans doute pas lieu en Belgique cette année. La décision en ce sens, dépendant du Conseil national de sécurité, est imminente. Les festivals craignent et comprennent à la fois cette mesure drastique mais ils attendent tous cette « force majeure » pour communiquer. Comme le précise Fabrice Lamproye, l’un des deux organisateurs des Ardentes, elle est contractuellement importante dans tous les engagements pris : « La force majeure n’existe que s’il y a une décision ou un élément extérieur qui nous contraints à ne pas tenir le festival. À ce moment-là, les sommes déjà engagées ne sont pas dues ou ne doivent pas être restituées. »

Sauf que pour l’instant, rien n’est clair pour personne, tout le monde attend tout le monde, nous a aussi confirmé Irène Rossi, porte-parole de Couleur Café. « Plus on attend et plus ça coûte de l’argent, mais on ne peut pas faire autrement. Nous sommes liés par contrats à de nombreux partenaires – agences, artistes, sous-traitants – et sans la force majeure que sera l’obligation légale d’annuler, on ne peut rien faire, c’est une question d’assurances et d’obligations contractuelles. Si un festival décide seul d’annuler, on va se retourner contre lui. »

La France à un autre rythme

Les festivals ne sont pourtant pas tous à la même enseigne. Les Francofolies de Spa, par exemple, sont dépendantes de têtes d’affiches françaises. « En France, on se rend compte qu’ils évoluent à un autre rythme », nous confirme Marc Radelet, l’attaché de presse du festival. « Ils sont en fait pour le maintien, allant jusqu’à reporter par exemple les concerts de Laurent Voulzy d’avril à juillet. »

Charles Gardier, le directeur du festival, ne dit pas autre chose. Il se sent d’autant plus concerné qu’il est député wallon (MR) se battant pour le droit des artistes belges et qu’il se remet difficilement du coronavirus : « Ça va un peu mieux mais je ne suis pas le plus à plaindre. La santé des festivaliers prime sur tout le reste, bien sûr, mais je tiens à dire tout de même que le secteur culturel au sens large a été le premier à trinquer et sera le dernier à pouvoir reprendre ses activités. Des artistes m’appellent tous les jours. Pour eux qui vivent essentiellement des festivals, c’est catastrophique. Les artistes sont en train de crever. C’est pour ça qu’il est important de soutenir les initiatives comme #playlocal ainsi que les playlists d’artistes belges, notamment pour les droits d’auteur. »

Chaque festival a ses spécificités. Cette année, les Ardentes devaient ainsi se dérouler sur un tout nouveau site. « Nous sommes vraiment dans une situation compliquée », confirme Fabrice Lamproye. « Effectivement, d’énormes frais ont aussi été engagés pour le déménagement et il y a beaucoup plus de travail que les années précédentes. Mais encore une fois, ce n’est pas ça qui va déterminer notre décision. Ce sera le critère sanitaire : s’il y a le moindre risque, on ne le prendra pas, c’est clair ! »

Des pertes conséquentes

La perte économique consécutive à l’annulation de tous les festivals d’été est encore difficilement quantifiable. Pour les Francofolies de Spa qui attendent 150.000 personnes, la perte serait de 250 à 500.000 euros mais pour la ville et la région, en retombées directes et indirectes, on parle de 15 à 25 millions de pertes. Tomorrowland, qui attend 400.000 personnes essentiellement de l’étranger, parle de 230 millions d’euros en termes d’impact sur la Flandre et la Wallonie. La Fédération flamande des festivals estime à 80.000 le nombre d’emplois mis en danger. Tout confondu, la perte globale pour le secteur serait de 1,5 milliard d’euros.

A Dour aussi, même si « on se doute bien que », on aimerait savoir sur quel pied danser. Pour Damien Dufrasne, son annulation sera effectivement une catastrophe à tous les points de vue, « économiquement, pour les organisateurs, les sous-traitants, nos salariés à l’année, les associations. À Dour, on paie aussi une grosse taxe à la commune… » Mais l’organisateur reste réaliste : « En tant qu’organisateurs et bons pères de famille, on doit se demander si on peut prendre le risque de rassembler des jeunes alors que tout ne sera pas encore géré et résolu quant au Covid. Il faut assumer ses responsabilités et dire à un moment, effectivement : il vaut mieux que ça n’ait pas lieu... »

Coronavirus: consolider les PME grâce à l’épargne populaire

Georges Hübner, professeur de Finance à HEC Liège
: «
L’épargnant solidaire aurait la certitude que son investissement serait économiquement au moins aussi rentable que son compte d’épargne
».
Georges Hübner, professeur de Finance à HEC Liège : « L’épargnant solidaire aurait la certitude que son investissement serait économiquement au moins aussi rentable que son compte d’épargne ». - Sylvain Piraux.

Quand la production est réduite, voire à l’arrêt, quand les clients sont aux abonnés absents, parce qu’ils ont eux-mêmes baissé le rideau de leurs commerces, il n’y a guère d’argent qui rentre dans les caisses. Or, certaines factures doivent toujours être honorées.

Certes, les pouvoirs publics ont offert la possibilité de reporter le paiement d’impôts et de cotisations sociales ; élargi les conditions d’accès au chômage temporaire (et relevé l’allocation), permettant ainsi aux entreprises d’alléger leur masse salariale sans mettre leurs travailleurs à la porte. Sans doute l’Etat fédéral, en offrant sa garantie, s’est-il également assuré que les banques ne ferment pas le robinet du crédit.

La majorité des entreprises ne devraient donc pas connaître de problème de liquidités durant la période de quasi-lockdown. Des mesures susceptibles ainsi de les maintenir la tête hors de l’eau étaient nécessaires. Mais pas suffisantes.

« De nombreuses entreprises vont connaître une forte baisse de leurs bénéfices ou enregistrer des pertes importantes. Le recours aux lignes de crédit bancaire offre certes une bouée de sauvetage à court terme, mais se traduira mécaniquement par une hausse du levier financier – comprenez : de l’endettement rapporté aux fonds propres – et, partant, de leur solvabilité. De sorte qu’un certain nombre d’entreprises, pourtant intrinsèquement viables et rentables, ne seront pas suffisamment solides pour redresser la tête à moyen terme », explique Georges Hübner, professeur de Finance à HEC Liège (Université de Liège).

Ne pas oublier les PME

« Pour les plus grandes entreprises, il est naturel que les pouvoirs publics prennent directement l’initiative afin de les préserver d’une détresse financière qui pourrait créer un chaos économique. Le gouvernement fédéral et son bras financier, la SFPI (Société fédérale de participations et d’investissement), sont d’ailleurs à la manœuvre ; et l’on peut anticiper que l’Etat participera directement au financement d’un pan de recapitalisation qui leur sera destiné. Mais il ne faudrait pas que les PME passent sous le radar », poursuit-il.

« Certes, chacune, individuellement, compte peu ; et la faillite d’une petite entreprise n’a pas d’impact significatif au niveau macroéconomique. Mais, collectivement, les centaines de milliers de PME forment le maillage de notre tissu économique et contribuent largement à l’emploi dans notre pays ».

Seulement voilà : les recapitaliser – leur apporter des fonds propres additionnels – n’est pas chose aisée. Elles ne sont pas cotées en Bourse ; et, mis à part la famille et les amis, elles n’ont guère d’endroit où se tourner, à supposer même qu’elles envisagent une opération qui, mécaniquement, diluerait le poids des propriétaires.

Ce problème, que Georges Hübner a retourné dans tous les sens, a pourtant une solution, assure le professeur liégeois. La mécanique qu’il a conçue repose sur deux rouages.

Des actions préférentielles

D’une part, les pouvoirs publics, idéalement entité fédérale et entités fédérées réunies, créeraient un Fonds dont la mission serait de prendre des participations – d’injecter du capital – dans les PME.

Ce « Fonds fédéral solidaire de participation », ainsi que le nomme Georges Hübner, aurait une durée de vie de cinq ans et s’adresserait à un large spectre d’entreprises dont les fonds propres sont relativement limités – entre 250.000 et cent millions d’euros, suggère le professeur liégeois.

Jusqu’ici, rien d’original, direz-vous. Pas si vite. Un professeur de finances a souvent plus d’un tour dans son sac.

Ainsi, ce Fonds souscrirait des « actions préférentielles », qui n’offriraient pas le droit de vote – « Il n’y aurait donc pas de dilution des actionnaires existants » – et donneraient droit à un dividende préférentiel et plafonné.

« Le dividende préférentiel devrait être versé avant de rémunérer les propriétaires de l’entreprise. Mais le fait qu’il serait plafonné, disons à 4 %, assure que le redressement de l’entreprise bénéficierait, pour le surplus, à ses propriétaires. »

Ces actions préférentielles seraient assorties d’un « call » – ce terme du jargon financier signifie tout simplement que l’entreprise aurait la possibilité de rembourser anticipativement le Fonds.

Elles seraient également « convertibles » : « Le Fonds pourrait, s’il juge l’opération intéressante, devenir un actionnaire ordinaire » et se transformer, au terme des cinq ans initialement prévus, en Fonds public de participation spécialisé dans les PME.

Un emprunt populaire

Mais qui alimenterait ce « Fonds fédéral solidaire de participation » ? L’Etat, pensez-vous. Faux ! Le second rouage de la mécanique conçue par Georges Hübner serait fondé, explique-t-il, sur l’idée de la solidarité.

Ainsi, le Fonds se financerait via un grand emprunt populaire – à l’image des emprunts d’Etat du passé, dont les derniers, les emprunts Philippe (ainsi nommé en référence au ministre des Finances, Philippe Maystadt), avaient la faveur des épargnants belges dans les années 90.

Ces obligations, destinées aux particuliers, auraient une échéance de cinq ans et paieraient un coupon variable, qui dépendrait des dividendes recueillis par le Fonds solidaire de participation, « qui devrait être en moyenne compris entre 2 et 3 %, mais serait toujours supérieur à zéro. »

Certes, l’investissement ne serait pas sans risque, et le rendement ne serait pas garanti, puisque le Fonds de participation pourrait très bien faire des pertes. C’est là où les pouvoirs publics interviennent : l’Etat s’engagerait, moyennant une juste rétribution qui serait déduite du coupon, à ce que les épargnants, dans le pire des cas, récupèrent à l’échéance le montant investi, déduction faite des coupons déjà payés.

Objectif : lever 10 milliards

« L’épargnant solidaire aurait donc la certitude que son investissement sera économiquement au moins aussi rentable que son compte d’épargne, et le sentiment d’œuvrer concrètement pour la remise sur pied d’une économie meurtrie par la crise », explique Georges Hübner, qui imagine que ces obligations pourraient également bénéficier d’un traitement fiscal favorable, qu’il s’agisse d’un précompte réduit ou d’une exonération partielle des droits de succession.

Les banques pourraient également fournir la possibilité de racheter les obligations avant échéance, permettant ainsi aux épargnants de récupérer leurs fonds s’ils le souhaitent, ajoute le professeur Hübner, qui est également administrateur indépendant de Belfius.

Georges Hübner a déjà testé l’idée auprès de plusieurs acteurs qui seraient en première ligne pour mettre ce système en œuvre. « La formule leur semble viable et s’avère très complémentaire à ce qui s’ébauche pour l’instant, même si sa nouveauté nécessiterait de mettre de toutes nouvelles procédures en place. Peut-être faudrait-il juste revoir quelques modalités pratiques, mais sans remettre en cause le mécanisme de solidarité économique », confie-t-il.

« D’après les premiers calculs, on parlerait de besoins cumulés à rencontrer de l’ordre de 10 milliards d’euros. Il ne paraît pas absurde de viser ce montant : après tout, il ne s’agit que d’à peine 4 % des montants placés sur les comptes d’épargne des Belges ! »

Coronavirus: la ville de La Louvière mobilise sa réserve citoyenne

Des liens forts se sont tissés entre participants au spectacle urbain «
Décrocher la lune
», qui sont utiles pour faire marcher la solidarité aujourd’hui à La Louvière.
Des liens forts se sont tissés entre participants au spectacle urbain « Décrocher la lune », qui sont utiles pour faire marcher la solidarité aujourd’hui à La Louvière. - Belga.

Comment tisser un réseau de solidarité dans une ville de 80.000 habitants comme La Louvière, en Hainaut ? Comment s’assurer que tout le monde va bien au temps du confinement, surtout quand le tissu urbain s’organise autour de plusieurs pôles comme Strépy, Haine-Saint-Paul et Haine-Saint-Pierre, Saint-Vaast ou Houdeng ? Comme partout, l’autorité communale s’appuie d’abord sur les services de son CPAS, des professionnels de l’action sociale. Elle a aussi recours à des agents dont les activités sont réduites par les circonstances.

Impossible toutefois d’identifier à coup sûr la personne âgée qui souffre de l’isolement ou qui a besoin de ravitaillement ou encore la famille en proie à de grosses difficultés financières. « Heureusement, au fil des années, nous avons organisé beaucoup de projets qui ont une dimension citoyenne, ce qui nous a permis de constituer une réserve d’habitants dont nous savons qu’ils peuvent être utiles dans une période comme cette crise sanitaire », explique le bourgmestre louviérois Jacques Gobert (PS).

Activer les antennes

Catherine Paradis a coordonné toute l’opération, elle est en charge des actions de prévention et de citoyenneté dans sa ville : « Nous avons sorti tous les listings en notre possession et qui recensaient des gens impliqués dans des projets, qui s’investissent régulièrement. En temps normal, nous passons par les maisons de quartier qui sont très actives à La Louvière. Mais elles sont fermées. Donc, nos assistants sociaux et nos éducateurs ont pris leurs bâtons de pèlerin et ont téléphoné à chaque relais potentiel, 500 en tout. »

L’idée n’est pas de constituer un réseau, ce n’est pas possible en ces temps de confinement, mais plutôt d’activer des antennes dans tous les quartiers à travers les comités locaux, les clubs sportifs, les académies de musique… Mais aussi parce que le Hainaut est d’une grande richesse associative : les organisateurs de ducasse, les amateurs de folklore, les ateliers de tricot, les jardins potagers collectifs, et on en passe beaucoup.

Une suite logique

« Les gens ont été très contents de notre sollicitation. Ils l’ont eux-mêmes relayée vers les membres de leurs associations. Une toile d’araignée a vu le jour. Des habitants n’avaient d’ailleurs pas attendu d’être contactés pour s’inquiéter de leurs voisins ou de leurs proches », précise Catherine Paradis.

Dans le bourg de Maurage, aux confins de l’entité, Salvatore Di Martino s’est ainsi mis en branle : « Chaque matin, je fais ma promenade et j’en profite pour passer devant les maisons des uns et des autres. Un rituel s’est engagé : un sourire ou un simple geste pour dire que tout va bien… L’habitude s’est prise d’afficher un dessin ou un calicot aux fenêtres. J’ai toujours habité ici, forcément je connais bien les besoins des gens. »

Avec quelques amis, Salvatore a relancé « Les baudets en folie », une petite association qui tente de redonner vie au village en impliquant les habitants. « Ce que nous faisons avec cette crise du coronavirus, c’est la suite logique », dit-il. Christelle Colassin peut en dire autant des liens tissés à travers le spectacle urbain « Décrocher la lune » dont elle est une des animatrices : « On a lancé des appels aux participants, par exemple pour manipuler les géants. On a mis en place des ateliers et même des studios. Des liens forts se sont tissés entre nous. Ils sont utiles pour faire marcher la solidarité, aujourd’hui. »

Christelle fait les courses pour des voisins et prépare ses spécialités en pâtisserie pour remonter le moral des troupes qui sont en première ligne. La mobilisation des citoyens ne s’est pas improvisée du jour au lendemain. Construite patiemment, elle donne cette fois sa pleine mesure.

Coronavirus: la carte interactive des hospitalisations en Belgique

HEALTH-CORONAVIRUS_FRANCE-HOSPITAL

Par C.Pt.

Société ,

Sortir du confinement, un scénario à inventer

La question de plus en plus pressante
: comment sort-on du confinement
? © Mathieu Golinvaux. Décodage

Par Lorraine Kihl

Société ,

Coronavirus: quand Sophie Wilmès encourage et avertit les Belges

Coronavirus: quand Sophie Wilmès encourage et avertit les Belges

Ayant fait l’objet de nombreuses interpellations ces derniers jours, la Première ministre, Sophie Wilmès, a voulu s’adresser directement à la population, dimanche soir, en un nouveau message personnel : une vidéo de sept minutes en français, dix en néerlandais, disponible sur son site internet et qui le sera en différentes capsules sur les réseaux sociaux ce lundi.

Un propos en cinq volets essentiels.

Un : « Nous devons tenir bon plus que jamais. » « Je crois en notre capacité à rester solidaires. » « C’est un combat de tous, à notre niveau. » Par ces mots, Sophie Wilmès tient d’une part à remercier la population sur le mode « Vous faites du bon boulot », mais aussi à la prévenir : ce n’est pas terminé. Une certaine confusion pourrait venir de la différence entre le nombre d’hospitalisations qui va diminuer et le nombre de décès qui va augmenter. Donc elle avertit : la tragédie va continuer ; « Les annonces des semaines à venir seront encore très éprouvantes, je le crains. »

Deux : « Nous devons impérativement continuer à respecter les règles de confinement et de distanciation sociale, aussi en respectant les injonctions de nos services de police. » En clair : la police est là pour vous protéger, pas pour vous ennuyer.

Trois : « Même si la santé de nos concitoyens reste notre priorité, nous ne pouvons détourner notre attention des conséquences socio-économiques de la crise du coronavirus. » Donc : le premier axe de travail reste les soins de santé et le gouvernement s’évertue à fournir le matériel nécessaire au personnel soignant (elle rappelle ce qui a déjà été fait et ce qui le sera encore). Mais la Première ministre réfute les « y a qu’à » : « Méfions-nous des effets d’annonces, des formules toutes faites du type “Il faut juste faire ceci ou il n’y a qu’à faire cela. » Car se fournir en matériel n’est pas aussi facile qu’hier. On nous résume dans son entourage : « Hier, vous commandiez des masques et vous les aviez ; aujourd’hui, vous ne savez pas à qui les commander, s’ils seront conformes ou si vous les aurez vraiment. Et c’est valable pour le matériel, les médicaments, les testings. Nous ne sommes pas un “failed state”, nous sommes mis à la même enseigne que le reste du monde, et on verra, in fine, qu’on a fait choses comme il fallait. »

Quatre : le deuxième axe de travail est socio-économique, étant donné les graves conséquences qu’entraînera rapidement cette crise. C’est en effet la soutenabilité de notre modèle qui est en jeu. Donc : il y aura un avant et un après ; il ne faudra pas tout remettre en question, mais, déclare Sophie Wilmès, « nous devons faire en sorte de sortir de cette épreuve renforcés », en espérant que certaines leçons seront bénéfiques à long terme.

Cinq : « Nous devons préparer notre pays à la transition. Car le retour à la normale ne pourra se faire que graduellement. » Sophie Wilmès insiste : la transition ne sera pas simple. Mais elle parie sur ce qu’elle appelle « l’intelligence collective » en préparant cette transition avec des scientifiques et des représentants du monde économique. Le message subliminal est toutefois celui-ci : on ne pourra pas rouvrir tout d’un claquement de doigt.

Un Belge sur deux victime psychologique du confinement

© Photo News.
© Photo News.

On l’a dit et répété, le confinement actuel n’a rien d’un jeu. Parce que, c’est bien connu, les risques pour la santé physique sont réels, presque palpables dans les magasins, au parc du quartier, au coin de la rue. Parce qu’aussi, c’est moins connu, les risques pour la santé mentale sont eux aussi bien réels. Et mesurables ? C’est ce que tentent de faire des chercheurs de l’UCLouvain et de l’université d’Anvers. « Le confinement n’a rien anodin, il affectera le bien-être psychologique et social de la population », assurait, à l’heure où la Belgique fermait boutique, le professeur Vincent Lorant, responsable de l’Institut de recherche santé et société à l’UCLouvain. Pour en avoir le cœur net, avec des collègues néerlandophones, ils ont dès le début du confinement, lancé une enquête dans la population belge (www.uclouvain.be/covidetmoi). Quinze mille personnes y ont participé au cours de la première semaine de confinement. Dix mille autres ont fait de même dans les jours suivants. Le Soir vous livre, en primeur, l’analyse des premiers résultats… déjà édifiants.

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Le mal-être touche un Belge sur deux

Pour mesurer l’effet du confinement sur la santé psychologique de la population, les chercheurs se sont basés sur l’outil GHQ-12 (un standard international pour mesurer la détresse psychologique). « Lorsqu’il produit son enquête quinquennale sur la santé des Belges, l’institut Sciensano utilise la même référence scientifique, ce qui nous permet d’établir d’intéressants points de comparaison », explique le professeur Lorant. Comparons donc. En temps normal (mesuré par l’enquête Sciensano de 2018), 18 % de la population déclarent être en situation de mal-être psychologique. Aujourd’hui (dans la première semaine de confinement en tout cas), ce niveau de mal-être a pratiquement triplé, il touche plus d’un Belge sur deux, 52 % exactement. De plus, il explose chez les personnes vivant de très près la maladie : il passe à 67 % lorsqu’un proche est atteint et, fort logiquement, à 73 % lorsque ce sont les répondants eux-mêmes qui sont touchés. « Ça démontre à tout le moins que cette période de suppression d’activités sociales, a des effets anxiogènes très importants », dit le professeur Lorant.

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Les jeunes et biais de genre

Autre enseignement, l’impact psychologique négatif du confinement touche avant tout les plus jeunes. Dans la tranche d’âge 15-25 ans les deux tiers des répondants assurent ressentir un mal-être. Dans la génération suivante – les 25-34 ans – ils sont encore près de 60 % mais ce ressenti diminue progressivement avec l’âge pour ne plus toucher qu’une personne sur trois chez les plus de 65 ans. De plus, nos analyses montrent, qu’à tout âge, le stress du confinement touche davantage les femmes que les hommes. Avec ceci à relever : le différentiel de genre est plus important que lors de l’enquête santé nationale de 2018.

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L’impact des réseaux sociaux

Ultime constat, le mal-être psychologique se renforce avec la baisse d’activité : ceux qui ont diminué les contacts avec leurs proches ou qui ont restreint leurs activités physiques ont 20 % de plus de chance de ressentir un mal-être psychologique. C’est encore plus marqué chez ceux qui fréquentent assidûment les réseaux sociaux. « Pour nous, c’est un grand paradoxe, puisqu’en période de confinement, l’usage des médias sociaux se renforce considérablement (95 % des répondants déclarent passer plus de temps sur les réseaux sociaux), et que les réseaux sociaux sont devenus le moyen principal de faire face à la diminution des contacts et au maintien des activités professionnelles. »

Coronavirus: quels sont les prochains défis des maisons de repos?

Coronavirus: quels sont les prochains défis des maisons de repos?

Dès ce lundi, les 20.000 tests à disposition prioritaire des maisons de repos seront lancés. Objectif : dépister massivement ce secteur à risque, où la population la plus vulnérable côtoie des travailleuses (et travailleurs) qui ont longuement été sous-équipées face au virus.

Tant du côté wallon que du côté bruxellois, on se réjouit de voir enfin arriver les tests. « Nous devons recevoir les 2.000 tests du fédéral mardi soir, entame Alain Maron, ministre bruxellois de la Santé. Cela fait une semaine qu’on en parle. Cette fois, il faut que ça soit effectif. Nous avons ciblé douze premières maisons de repos, où le taux d’infection est élevé. Mais nous attendons des tests complémentaires pour toutes les maisons de repos. L’effort devra être constant. Un membre du personnel testé négatif peut être positif deux jours plus tard. » Même son de cloche du côté du cabinet de la ministre wallonne, Christie Morreale, où on rappelle que le secteur comptabilise 18.000 travailleurs et 50.000 résidents. Un peu plus de 6.000 tests sont actuellement prévus dans la première salve. Au cabinet du ministre fédéral Philippe De Backer, on explique avoir demandé un nouvel avis au Risk Management Group (RMG) afin d’établir la priorisation des groupes à tester en plus des maisons de repos. Une conférence interministérielle Santé doit aussi avoir lieu ce lundi, sur demande de la ministre wallonne en vue d’élargir les testings.

Or, à partir du moment où l’on dépiste plus massivement, les maisons vont devoir s’adapter. Tout d’abord, pour isoler les résidents infectés des résidents sains. Pour Yves Hellendorff, secrétaire national du non-marchand à la CNE, on rattrape aujourd’hui les conséquences de la stratégie initiale : « On a maintenu la population la plus fragile, dans des institutions mal équipées avec du personnel mal protégé. On en a fait des vrais bouillons de culture ! On aurait dû extraire les personnes infectées. »

Circuits distincts

Désormais, il va falloir mettre en place des circuits distincts comme dans les hôpitaux. « Mais les maisons de repos sont très différentes les unes des autres », poursuit le responsable syndical. « Dans certaines, il est possible d’isoler un pavillon, un étage et de créer des circuits qui ne communiquent pas entre eux. Dans d’autres, c’est plus compliqué. » Côté wallon, le cabinet de la ministre de la Santé a demandé aux institutions de prévoir des « zones covid », comme dans les hôpitaux. Ces zones seront davantage médicalisées. Est aussi étudiée la piste de structures intermédiaires, à la fois pour les patients qui quitteraient l’hôpital et ne pourraient pas retourner directement dans leur maison de repos et pour les cas infectés qu’on sortirait de leur établissement, les deux groupes étant évidemment bien séparés. « Pour créer ces structures, nous privilégions des ailes d’hôpitaux, ou des hôpitaux récemment désaffectés, plus rapides à reconvertir », explique Stéphanie Wilmet, porte-parole de Christie Morreale. Du côté bruxellois, des structures similaires sont en place et une réunion entre le cabinet du ministre Maron et le secteur est prévue ce lundi pour affiner la stratégie.

Combler le manque de personnel

Dédoubler les circuits va aussi augmenter le besoin en personnel soignant, notamment infirmier, alors que les tests vont sans doute écarter du personnel positif. « Le risque est de ne pas pouvoir garantir la continuité de la présence infirmière, avertit Nathalie Lionnet, secrétaire fédérale non-marchand au Setca. La règle, c’est d’avoir au moins un infirmier, 24 heures sur 24, ce qui est déjà difficile maintenant. En plus du déficit d’aides-soignants. » « Les situations sont très variables d’une maison de repos à l’autre, constate Yves Hellendorff, de la CNE. Mais dans certaines, on a 25 à 30 % d’absents pour maladie et les autres sont en train de lâcher. Sans oublier le personnel d’entretien qui accomplit un travail très important et qui au départ n’a pas été pris en compte pour les masques, a été en contact avec le virus via les déchets, etc. On est déjà à la limite. »

Alain Maron espère que la généralisation des tests et la distribution plus importante de matériel de protection permettront de rassurer et de ramener au travail une partie du personnel. Ensuite, une réserve de volontaires a été créée par Iriscare, tout comme l’Aviq, côté wallon, a lancé une plateforme pour mobiliser du personnel supplémentaire. 270 conseillers du Forem sont sur le pont pour sonder l’ensemble des maisons de repos quant aux profils qui leur font défaut. « Nous serons attentifs aux types de professionnels qui pourront être amenés en soutien, sur base volontaire et dans des conditions secure en termes de droit au travail, prévient Yves Hellendorff. Ce sont des responsabilités énormes pour ces travailleurs. »

Dans les autres pistes à explorer, Yves Smeets, directeur général de la Fédération des institutions de soins Santhea, évoque la possibilité de permettre à certaines catégories de travailleurs – comme des éducateurs, par exemple – d’effectuer des actes qu’ils ne sont pas autorisés à pratiquer aujourd’hui. Nathalie Lionnet, elle, rappelle qu’une série de services de jour sont à l’arrêt, et propose qu’une rapide formation soit créée pour les volontaires à venir. Et si les volontaires ne suffisent plus ? « La réquisition est hypothèse envisagée depuis le début, admet Alain Maron. Nous n’en sommes pas encore là. »

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Confinement: certaines librairies tentent de reprendre la vente de livres

C’était l’une des lectures revigorantes de cette rentrée de printemps, à découvrir sur le site de la librairie L’Oiseau-Lire, à Visé : sur recommandation du syndicat des libraires, « nous abandonnons la possibilité de livrer familles et écoles (…). Nous avons conscience que le risque est grand de voir des sites de ventes en ligne s’engouffrer dans le vide commercial créé par ces mesures de confinement indispensables si nous voulons nous protéger. En ce qui concerne L’Oiseau-Lire, toute l’équipe est fière d’avoir, par les impôts qu’elle paye, contribué au maintien d’un réseau de soins de santé efficace et d’avoir participé activement à l’éducation de nos enfants. » Signé Béatrice, Pierre et toute l’équipe. Que pouvait-on y ajouter ?

Mais quinze jours plus tard, après une longue réflexion, Béatrice Charlier et Pierre Cerfontaine ont changé d’avis, « histoire de ne pas laisser les coudées trop franches à Amazon et aux liseuses. » Ce dimanche, ils ont repris un service de livraisons à domicile pour les communes de Visé, Oupeye et Dalhem. Et les deux libraires livrent en personne, pour un surcoût de 1 ou 1,5 euro. Qui dit mieux ?

Alors, vendre, ne pas vendre ? Alors que les publics confinés cherchent de la lecture ?

Il est question ici, précisons-le, de livres papier. Les ebooks