Elections 2019: non, cette campagne n’était pas ennuyeuse

Pour la première fois depuis des temps immémoriaux, on aura vu un vrai mouvement citoyen bousculer totalement l’agenda politique et imposer le thème du climat. © Photo News.
Pour la première fois depuis des temps immémoriaux, on aura vu un vrai mouvement citoyen bousculer totalement l’agenda politique et imposer le thème du climat. © Photo News.

L’expérience apprend au journaliste optimiste que défendre une opinion positive rapporte plus de critiques que d’enfoncer la porte grande ouverte de la morosité. C’est particulièrement vrai en politique. Le jour où nous avons annoncé une embellie surprise du chômage, notre dictionnaire des gros mots s’est enrichi comme jamais. Nous n’attendons donc aucune accolade pour les impressions qui vont suivre.

Or donc, le lieu commun s’est progressivement installé que cette campagne électorale était, on l’a lu, « ennuyeuse », « morose », « atone », « terne », « grise », « triste », « maussade », et on passe un qualificatif nettement plus familier.

Ce n’est pas notre avis.

Qu’on se souvienne de la campagne polaire de 2014. Il y était essentiellement question de guerre de chiffres invérifiables autour de la réforme fiscale du MR. Et de tristes insultes envoyées par-dessus la frontière linguistique suite à l’appel de la N-VA au confédéralisme, dont plus personne ne s’émeut aujourd’hui. Ces deux thèmes avaient pétrifié la campagne, une compétition « petits partis » non admis qui ne restera pas dans les mémoires comme un échange démocratique inoubliable. On avait du reste assisté à un taux d’invectives inversement proportionnel à la force de proposition. So 2014 !

Trois départs, deux chutes

Cette campagne a pris une autre tournure. Elle a brassé une plus grande variété de thèmes : climat, emploi, pensions, pouvoir d’achat, logement, enseignement, migration, justice et on en passe de très nombreux. On se réjouira aussi d’une joute nettement moins « fédérale » qu’il y a cinq ans. La réforme de l’Etat a porté ses fruits et il est difficile aujourd’hui de parler de climat sans évoquer les Régions (ce qui, on le concède, donne parfois une impression de désordre). On relève aussi que, malgré la polarisation MR-Ecolo, voulue par les libéraux, il restait de la place pour les autres partis. Les formations centristes auront été plus audibles qu’au dernier scrutin.

Et si l’on remonte au vrai début de campagne, le lendemain des élections communales, qui peut dire qu’on s’est ennuyé ? On aura connu le départ d’un coprésident de parti (Patrick Dupriez, Ecolo), puis celui d’un président (Benoît Lutgen, CDH) et le départ d’un troisième (Olivier Chastel, MR).

On aura connu aussi deux chutes de gouvernement, un fédéral, et, de manière plus rocambolesque un régional (wallon). On ne prétendra pas se réjouir de ces événements, on dira juste qu’ils ne respirent pas complètement l’ennui. Et, surtout, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, on aura vu un vrai mouvement citoyen bousculer totalement l’agenda politique. Là où, justement, on s’acheminait vers une campagne sinon ennuyeuse, en tout cas très classique, quelques dizaines de milliers de garnements ont imposé le thème climatique, obligeant la plupart des partis à se repositionner, à dévoiler surtout leur impréparation à affronter l’un des défis de demain, à les obliger à se ressaisir fissa. Et ces questions essentielles n’ont du reste pas éclipsé les autres, puisqu’il fut question de quasiment tout le reste durant les dernières semaines de campagne.

Tenus en éveil

Alors que nous testions cette opinion périlleuse dans un autre média, on nous renvoya évidemment cette pénible vidéo du MR sur la taxation de la viande, ce triste tract écologiste autour des questions communautaristes et la prose en turc d’Emir Kir. Sans nier le côté affligeant de ces initiatives créatives, on relèvera quand même qu’elles ont mis au jour des questions de fond majeures : comment, au juste, les écologistes entendent-ils appliquer un coût vérité de la viande sans taxer ? Et que racontent des candidats dans certains quartiers de Bruxelles qu’ils ne disent pas dans d’autres ? Cela ne suinte pas l’ennui non plus, et ce n’est finalement pas si superficiel que ça.

On aura aussi assisté à une expérience scientifique intéressante. Otez (ou presque) des débats politiques les questions communautaires, et vous verrez apparaître, on se répète, des discussions sur le climat, l’emploi, les pensions, le pouvoir d’achat, le logement, l’enseignement, la migration, la justice et on en passe de très nombreux. C’est fête !

On relèvera enfin la profusion de débats avec des candidats aux quatre coins du pays, dans les associations, les universités, les fédérations professionnelles, et puis dans des cubes de verre aussi ou à table chez les citoyens.

Concédons juste, pour faire plaisir, que tous les débats, en télévision ou ailleurs, ne donnaient pas spécialement envie de danser la carmagnole, et on s’estimera plus ou moins de bonne foi. On conclura que cette campagne nous a globalement tenus en éveil. Et avec un certain dépit, on constatera que quand les politiques s’invectivent, on dit que la campagne vole bas. Et quand ils argumentent, on la dit ennuyeuse. Faudrait savoir.

Elections 2019: les programmes des partis à la loupe

© Photo News
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Elections 2019: à la rencontre de Bruxellois qui font bouger les lignes

Elections 2019: à la rencontre de Bruxellois qui font bouger les lignes

Reportage

Il y a cinq ans, Rachel Delvenne entrait « De l’autre côté de l’école », la toute première rentrée pour l’établissement secondaire auderghemois rêvé par quelques parents. Il n’y avait pas de trottinettes partout dans les rues, pas non plus d’épicerie bio à tous les coins de rue, Bruxelles ne maîtrisait pas encore le hackaton ni le coding.

Rachel termine sa cinquième et, derrière elle, les années d’études affichent complet. Les Bruxellois(es) apprennent à partager les voitures, les logements, les bureaux… Ferme rime désormais avec urbain, les poules ont leur place dans la cité, les toits leurs potagers.

En cinq ans, la ville a changé. Notamment par la créativité, le dynamisme, l’audace de citoyen(ne)s. Qui ont transformé leurs idées en projets. Des exemples inspirants pour le monde politique. Des leçons à tirer. Des voix à entendre. Pour construire davantage encore de solutions pour demain. Nous sommes allés les écouter. Tout simplement.

Cinq rencontres posées dans un lieu emblématique. Des profs De l’autre côté de l’école, à Auderghem. Des jeunes en formation chez Molengeek. Des pros de la mobilité chez Hors Catégorie, à Ixelles. Des acteurs du logement à l’Echappée, à Laeken. Des producteurs responsables chez Bees Coop à Schaerbeek. Une soixantaine de citoyen(ne)s. Enthousiastes et lucides, parfois fatigué(e)s, (presque) toujours optimistes.

Elections 2019: les mouvements citoyens vont-ils exister?

Elections 2019: les mouvements citoyens vont-ils exister?
Roger Milutin/Le Soir

Elles avaient déboulé dans la campagne des communales à la surprise générale, obtenant in fine des élus en différents coins de Wallonie et de la région bruxelloise. Et les listes citoyennes sont de retour. Une partie d’entre elles se sont fédérées au sein d’un Collectif Citoyen qui proposera, à la Chambre ou à la Région, des listes dans toutes les circonscriptions électorales. A Bruxelles, Plan B et Agora (collège électoral néerlandophone) compléteront l’offre issue de la société civile.

Et après ? Le seuil électoral de 5 % pour obtenir un élu entame leurs espoirs de voir un député sans appartenance partisane pointer le bout de son nez dans une enceinte parlementaire. Les surprises existent, certes, et ces listes doivent y croire. Tout en sachant qu’il sera ardu de se faire une place.

Pourquoi, dès lors, s’intéresser à ces ovnis électoraux ? La contamination. Si les listes citoyennes, à commencer par le Collectif, devaient obtenir quelques pourcents, leurs idées percoleraient davantage au sein de partis désireux de récupérer cet électorat : démocratie directe, référendum, tirage au sort…

Elections 2019: les partis politiques, trop poreux aux financements étrangers

Elections 2019: les partis politiques, trop poreux aux financements étrangers
EPA.

C’était une mesure draconienne qui devait redorer le blason des partis politiques italiens. En tout cas, c’est ce qu’avait imaginé Enrico Letta. Il y a six ans, celui qui est alors président du Conseil des ministres annonce la fin du financement des partis politiques par l’Etat, pour une économie totale de 91 millions d’euros. C’en était trop des affaires impliquant des représentants politiques italiens, des gros titres sur la corruption ou le clientélisme en politique. Désormais, les partis italiens devraient se financer principalement via des dons.

Conséquence : les caisses se sont vidées. Les revenus de l’ensemble des partis ont chuté de 61 %, du lancement de cette mesure à début 2018. Les charitables donateurs, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, ne sont pas parvenus à compenser la perte de l’enveloppe de l’Etat.

Mais la réforme de Letta s’est également avérée être un échec pour une autre raison : si elle se montrait particulièrement stricte pour les financements venus d’Italie, aucune restriction ne s’imposait, au contraire, aux donateurs étrangers. Ces derniers pouvaient donc financer des partis italiens en toute légalité, sans que les citoyens ne sachent rien de l’origine de ces fonds – un vide juridique tout à fait classique.

Il est toujours possible de trouver une faille juridique

La place des intérêts et donateurs étrangers dans l’avenir politique de certains Etats est une question qui devient cruciale, dans la mesure où de plus en plus de fonds étrangers servent à financer les partis et campagnes politiques de l’Union européenne.

Principal soutien de la campagne du « Leave » lors de la campagne sur le Brexit au Royaume-Uni, Arron Banks aurait reçu 8 millions de livres, soit 9,2 millions d’euros, de sources russes. L’enquête est en cours.

En Allemagne, l’AfD pourrait avoir à payer une amende de plus de 400.000 euros en raison du soutien que lui aurait apporté une agence publicitaire suisse. Comme pour la campagne du Brexit, il ne s’agit ici pour l’instant que de soupçons – qui pourraient déboucher sur des délits.

Un donateur potentiel semblait représenter une menace particulièrement pesante sur les élections européennes : Steve Bannon. L’ex-stratège de la campagne du président américain Donald Trump a annoncé en 2018 avoir l’intention de soutenir certains partis populistes d‘extrême droite en Europe. Les financements étaient censés provenir de The Movement, une fondation belge à laquelle Bannon a adhéré. Mais la plupart des partis ont indiqué ne pas être intéressés, et le journal britannique The Guardian a rappelé que de nombreux pays interdisaient aux partis politiques d’accepter les financements étrangers.

Néanmoins, lorsque l’on observe les différents pays de l’UE, une chose apparaît très clairement : si certains pays interdisent rigoureusement le financement étranger des partis politiques, d’autres gouvernements semblent ne pas s’en préoccuper. Et même dans les pays où des règles strictes existent, il est toujours possible de trouver une faille juridique.

« Nous avons littéralement mis en vente les partis politiques »

En Italie, il aura fallu quatre ans pour combler le vide que le sociodémocrate Enrico Letta avait laissé dans sa réforme. Si des députés demandaient depuis longtemps une interdiction du financement étranger des partis politiques, ce n’est que sous pression du Mouvement 5 Etoiles que la loi a pu être modifiée en janvier de cette année, critique Francesco Galietti. Fondateur de la société de conseil Policy Sonar à Rome, il était auparavant l’avocat principal du ministère des Finances italien. « Pendant quatre ans, nous avons littéralement mis en vente les partis politiques », affirme-t-il.

Entre-temps, non seulement un nouveau gouvernement avait été élu en mars 2018, mais en plus, les préparatifs des élections européennes étaient lancés depuis longtemps. D’après M. Galietti, cette faille juridique a particulièrement intéressé certains pays non démocratiques, comme la Chine, la Russie et l’Iran. Via leurs dons, ces pays se sont assuré une forte influence sur les partis majoritaires et, par là même, sur les grandes entreprises dont l’Etat est actionnaire – mais aussi sur la politique européenne.

En mars dernier, le gouvernement dominé par la Lega, parti populiste d’extrême droite, s’est associé de manière quasi unilatérale à la « Nouvelle route de la soie », un projet d’infrastructure pharaonique lancé par la Chine. Au vu du vide juridique qui existait jusqu’en janvier dans la loi de financement des partis, M. Galietti ne peut observer cet accord qu’avec scepticisme. Impossible de savoir si et dans quelle mesure les partis italiens ont reçu des fonds étrangers depuis 2014, critique-t-il : « C’était légal, et il n’y aura donc jamais la moindre enquête à ce sujet. »

L’Italie est un très mauvais exemple. Les pays de l’UE où les règles concernant les donateurs étrangers sont aussi laxistes sont peu nombreux : il n’y a aucune interdiction au Luxembourg et au Danemark, tandis que la Suède est également très ouverte aux dons étrangers. Les Pays-Bas n’ont quant à eux encore adopté aucune loi contre le financement étranger des partis politiques, mais une proposition de loi allant dans ce sens est attendue pour cet été.

Des règles plus strictes en Europe de l’Est

Plus on va vers l’est, plus le sujet semble sensible. C’est ce que démontre un rapport du Conseil de l’Europe dressant un état des lieux en 2006. A l’époque, les dons étrangers étaient déjà soit interdits soit limités à certains cas très exceptionnels en Bulgarie, en Croatie, en Slovaquie, en Slovénie et en Estonie. La Hongrie et la République tchèque font également partie de ces pays, tout comme la Grèce.

Un exemple slovène montre parfaitement à quel point ces débats sont sensibles dans ces pays.

Quelques jours avant le lancement officiel de la campagne pour les élections européennes fin avril, les sociodémocrates ont publié des vidéos sur Twitter avec des slogans tels que « La même rémunération et les mêmes droits pour le même travail sur le même lieu de travail. #Nousvoulonsleuro ». Or, ces vidéos n’ont pas été réalisées par le parti, mais par Bruxelles. « La question de savoir si ces posts étaient légaux ou non a immédiatement fait débat dans les médias », explique Vid Tomić, de Transparency International en Slovénie. En effet, dans de nombreux pays, les prestations en nature sont considérées comme des dons, au même titre que les aides financières.

Les sociodémocrates rejettent ces accusations. Ils affirment que les vidéos ont été réalisées par le groupe sociodémocrate au Parlement européen auquel le parti appartient. Ces films donnent des informations sur les activités et efforts que le groupe fournit au Parlement européen et ne constituent en aucun cas une violation de la loi.

Ce n’est pas la première fois que les aides financières douteuses dont bénéficient les partis soulèvent le débat en Slovénie. Avant les élections législatives de 2018, des médias proches, voire en partie détenus par les conservateurs de droite du SDS auraient reçu 800.000 euros de la part de deux hommes d’affaires entretenant des contacts étroits avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

Au vu de ces affaires, on peut se demander si ces règles strictes protègent réellement la Slovénie de l’influence des donateurs étrangers.

L’Allemagne a encore du retard

D’autres pays comme l’Allemagne et l’Autriche sont à mi-chemin entre l’interdiction pure et simple et la tolérance, les dons venus de l’étranger étant autorisés dans certains cas exceptionnels.

En Allemagne, à partir d’une certaine somme, les dons étrangers ne peuvent provenir que de citoyens ou d’entreprises de l’UE. Tous les autres peuvent donner jusqu’à 1.000 euros. « Pour ce qui est de la sévérité des législations sur les dons étrangers, nous nous trouvons en milieu de tableau par rapport à nos voisins européens », explique le politologue allemand Martin Morlok.

En revanche, pour M. Morlok, la mosaïque de législations nationales qui existe en Europe ne représente pas réellement un gros problème : « Si la Suède, par exemple, autorise les donateurs étrangers à financer ses partis, c’est un problème qui concerne la Suède. » Le seul cas où cela pourrait devenir un problème européen est s’il existait des listes transnationales. Jusqu’à maintenant, chaque Etat est libre de déterminer lui-même l’influence politique étrangère qu’il autorise.

Anette Sawatzki, de Lobbycontrol Allemagne, n’est pas de cet avis. Meilleure est la santé financière d’un parti, meilleure sera sa campagne, et donc meilleures seront ses chances de remporter les voix des électeurs. « Cela devient problématique lorsque des partis influencés par des forces étrangères s’emparent du pouvoir dans certains pays. » Ces gouvernements intègrent alors le Conseil européen, c’est-à-dire un maillon clé de la politique européenne. « Et cela touche donc les autres Etats de l’UE. »

Anette Sawatzki et Martin Morlok se rejoignent sur un point : l’Allemagne a encore du retard. Ici aussi, plusieurs failles juridiques permettent aux donateurs étrangers d’exercer une influence sur les partis, dont les emprunts. En effet, si, dans leur rapport d’activité annuel, les partis doivent indiquer le montant de leurs crédits, ils ne sont pas tenus de préciser le nom du prêteur ni s’il est étranger.

Sur ce point, l’Allemagne n’est pas une exception. Les experts de plusieurs pays de l’UE tirent la sonnette d’alarme face à ce problème. « A ma connaissance, aucun pays n’a trouvé de solution dans ce domaine », affirme Sarah de Lange, professeur de sciences politiques aux Pays-Bas.

La Russie, toujours la Russie

La France non plus n’y est pas parvenue. Ces dernières années, l’Hexagone a progressivement renforcé ses lois sur le financement des partis politiques. Contrairement à l’Allemagne, les dons des entreprises y sont totalement interdits. Les particuliers peuvent donner un maximum de 7.500 euros par an à un parti – à condition d’être Français ou de vivre en France. D’où l’importance des fonds publics accordés aux partis. Or, les partis peu représentés au Parlement ne reçoivent qu’une faible dotation. Un problème persistant, notamment pour le Rassemblement National (RN).

Une seule solution : emprunter. Dans ce cas, les partis peuvent uniquement accepter les crédits accordés par des partis ou des banques dont le siège se situe en UE ou dans l’Espace économique européen.

En septembre 2014, le Rassemblement National reçoit un prêt de 9 millions d’euros de la part d’une banque russo-tchèque. Puis, les droits ont été transmis à une entreprise russe entretenant des relations étroites avec l’armée russe. Il s’agit là du crédit le plus connu, mais c’est loin d’être le seul.

En 1988, Jean-Marie Le Pen, président emblématique du parti, avait fondé un microparti du nom de Cotelec. Il se sert aujourd’hui de ce microparti pour prêter de l’argent aux représentants politiques du RN afin de leur permettre de financer leurs campagnes. A leur tour, les fonds de Cotelec proviennent de crédits, dont certains provenant de l’étranger. En avril 2014 déjà, Jean-Marie Le Pen avait reçu un crédit de deux millions d’euros de la part d’une société chypriote qu’on soupçonne d’appartenir à un ex-agent du KGB.

Fin 2014, Jean-Marie Le Pen reconnaissait l’existence d’autres crédits, face au journal en ligne Mediapart. Il n’a en revanche pas révélé leur montant. Plusieurs membres du parti auraient indiqué à Mediapart avoir demandé un total de 40 millions d’euros à leurs contacts russes – jusqu’en 2017 uniquement. D’après des enquêtes menées par le journal français Libération, Cotelec n’aurait accordé aucun crédit pour les élections européennes de cette année.

Un autre problème fondamental persiste en France comme dans d’autres pays européens. « Nos organes de contrôle manquent de moyens humains », souligne Yves-Marie Doublet, fonctionnaire de l’Assemblée nationale et expert au sein du Conseil de l’Europe. La commission qui est chargée de contrôler les finances des partis et des campagnes électorales en France compte 51 collaborateurs, auxquels s’ajoutent 25 personnes supplémentaires lors d’élections. « Les enquêtes prennent donc beaucoup de temps », note Yves-Marie Doublet.

Malgré les interdictions, les donateurs européens ne manquent donc pas de solutions pour influencer l’avenir politique de l’UE et de ses Etats-membres – en cachette, voire en toute légalité.

France: explosion en fin de campagne

Evacuation d’un blessé après l’explosion d’un colis piégé, vendredi soir à Lyon.
Evacuation d’un blessé après l’explosion d’un colis piégé, vendredi soir à Lyon. - AFP.

Une explosion, à trente-six heures à peine du scrutin. Les derniers moments de la campagne électorale française avant les élections européennes ont été bousculés vendredi en fin d’après-midi lorsqu’une déflagration a retenti dans le cœur de Lyon. La détonation est intervenue dans une rue commerçante et piétonne, à deux pas de la très fréquentée place Bellecour. Une douzaine de personnes ont été légèrement blessées dont une enfant de huit ans mais aucun pronostic vital n’était engagé. L’engin, de fabrication artisanale, contenait des clous et des vis.

Le parquet antiterroriste de Paris a très vite été saisi. Un homme d’une trentaine d’années, portant une casquette et des lunettes noires, a été aperçu, et filmé par des caméras de surveillance alors qu’il déposait un colis devant une boulangerie à 17H30 avant de prendre la fuite à vélo. Il était vendredi soir activement recherché.

Le Pen et Mélenchon pressés de réagir

Alors qu’il répondait à une interview en direct accordée à un jeune Youtubeur, le président Emmanuel Macron a très rapidement évoqué une « attaque » avant de rejoindre l’Elysée. Le Premier ministre Édouard Philippe, qui devait participer au dernier meeting à Paris de la liste « Renaissance » de la majorité présidentielle a renoncé à venir battre l’estrade aux côtés de la tête de liste, l’ancienne ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau.

Sans prendre le temps d’attendre les développements de l’enquête, Marine Le Pen a dénoncé très vite un « attentat terroriste ». La liste du Rassemblement national est donnée légèrement en tête devant celle des macronistes. Ces derniers jours, la dynamique était du côté de l’extrême droite mais la majorité ne désespérait pas d’inverser la tendance, en appelant à la mobilisation face à une forte abstention redoutée et en dramatisant l’enjeu.

« Ceux qui ont fait ça ont l’idée de peser sur le vote », a réagi tout aussi promptement Jean-Luc Mélenchon sans que les motivations de l’auteur de l’explosion soient pourtant encore connues. « Qu’on ne se laisse pas intimider ! », a exhorté le leader de la France insoumise. Après une campagne présidentielle où il avait frôlé les 20 % en 2017, le mouvement emmené par sa jeune tête de liste Manon Aubry n’est pas assuré de faire dimanche un score à deux chiffres.

Quel impact ?

L’explosion de Lyon pèsera-t-elle sur le vote ? Dans le passé, des événements de dernière minute ont parfois influencé le scrutin. En 2002, un fait divers (l’agression d’un vieillard), fortement médiatisé, avait achevé de donner un ton sécuritaire à une campagne présidentielle qui s’était soldée par la qualification de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour. Le socialiste Lionel Jospin, éliminé, avait confessé sa « naïveté » sur l’insécurité. En 2009, avant les élections européennes, et dans un autre registre, la diffusion du film « Home » dans la dernière ligne droite, avait probablement contribué à doper le score des écologistes. Mais en mars 2012, si les assassinats perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban avaient entraîné la suspension temporaire de la campagne électorale, ils n’avaient pas bouleversé l’ordre d’arrivée à la présidentielle, François Hollande l’emportant sur Nicolas Sarkozy.

Lors de la dernière campagne présidentielle en 2017, un projet d’attentat avait été déjoué à Marseille. Plusieurs candidats avaient été avertis d’une menace, mais c’est Marine Le Pen qui avait alors été visée.

Le vrai ou faux: La Palme d’or booste-t-elle les entrées en salle?

Après «
The Tree of life
», de Terrence Malick, c’est «
Amour
», de Haneke, avec Trintignant et Emmanuelle Riva, qui est la Palme d’or qui a séduit le plus de spectateurs (100.000 entrées) depuis 2010.
Après « The Tree of life », de Terrence Malick, c’est « Amour », de Haneke, avec Trintignant et Emmanuelle Riva, qui est la Palme d’or qui a séduit le plus de spectateurs (100.000 entrées) depuis 2010. - D.R.

Plutôt vrai

La plupart des films sélectionnés en compétition cette année ont trouvé un distributeur belge. Mais cela veut-il dire que celui qui a acheté la Palme d’or va gagner le jackpot lors de la sortie en salle ?

C’est en partie vrai. Nous parlons de cinéma d’auteur, donc des films sortant en version originale, donc pas nécessairement en français ou en anglais, ce qui élimine déjà une partie du public. Mais sans la Palme d’or, le même film aurait fait moins d’entrées. L’effet Palme d’or peut même quintupler, voire plus les entrées du film. C’est ce qui ressort d’un sondage que nous avons fait auprès des distributeurs belges des Palmes d’or depuis 2010.

7.368 entrées, ce peut être un succès !

Tinne Bral de chez Imagine qui distribua Oncle Boonmee, film thaïlandais très pointu offrant une expérience de cinéma unique et très singulière, nous explique : « Mon cher Oncle Boonmee – j’adore l’œuvre de Apichatpong – a fait 7.368 entrées en Belgique. On avait sorti le film sur huit copies. 7.368 entrées, ce n’est pas beaucoup, pensez-vous ? Apichatpong m’a consolée en me disant que c’était un grand succès car son film précédent, Cemetry of Splendor, avait eu 875 entrées. Il n’avait pas tort car ce film magnifique et distribué par Lumière avait eu huit fois moins de spectateurs qu’Oncle Boonmee  ». Et elle ajoute : « Voilà l’effet Palme d’or ! »

Chez Cinéart, qui peut s’enorgueillir d’avoir sorti quatre Palmes d’or depuis 2012, on nous a affirmé que « bien sûr, une Palme d’or donne un coup de boost à la fréquentation en salles mais il n’y a pas de miracle, tout dépend surtout du film. Cela n’aura pas le même impact sur un film en français que sur un film thaïlandais ou turc comme Winter Sleep. » En 2014, le film de Nuri Bilge Ceylan fait 18.000 entrées. Deux ans plus tôt, Amour, de Michel Haneke, avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, séduit 100.000 spectateurs. Le film est en français, avec un acteur connu et c’est aussi une deuxième Palme d’or pour le réalisateur autrichien. Mais quand le même distributeur sort La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, film français avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, ayant reçu à titre exceptionnel une Palme d’or pour leur interprétation et précédé d’une aura sulfureuse, il fait 63.000 entrées.

Les prix d’interprétation n’ont pas d’impact

Chez Lumière, qui ont sorti les Palmes d’or 2015 (Dheepan, de Jacques Audiard) et 2017 (The Square, de Ruben Ostlund) deux films difficiles, assurément pour les cinéphiles, on estime que « il y a une petite influence sur la fréquentation pour la Palme d’or, mais c’est vraiment minimal. » Katrien De Hauwere, responsable presse, ajoute : « Les prix d’interprétation par contre n’ont aucun impact, sauf si le film est belge (ou peut-être français). »

Henk Cluytens, distributeur de September Film, évoque la Palme d’or 2018 : « Shoplifters (Une affaire de famille) a bien marché en Belgique : nous sommes à 46.237 spectateurs. J’en suis très content, car il a fait presque trois fois le résultat de Like father, Like son (Tel père, tel fils), le film précédent de Kore-eda, que personnellement, je trouvais nettement mieux que notre Shoplifters. Et même si le film n’est sorti qu’en décembre, le fait d’avoir gagné la Palme a certainement aidé à atteindre ce nombre d’entrées. La Palme d’or de Dheepan par exemple a rapporté 189.000 euros, Shoplifters est à 330.000 euros. Dans le top 10 de September Film, le film de Kore-eda est troisième succès après Still Alice et Toni Erdmann, qui ne sont pourtant pas des Palmes d’or. » Ceci dit, Toni Erdmann créa le buzz à Cannes et arriva dans les salles avec l’étiquette du film honteusement oublié par le jury 2016.

Les exemples cités prouvent que la Palme d’or agit positivement sur le public. Parfois de manière infime, parfois plus importante. Quand Belga Films sort The tree of life, de Terrence Malick, la maison de distribution a deux atouts : l’aura de Terrence Malick et un casting attractif avec Brad Pitt, Sean Penn et Jessica Chastain. Le film est la Palme d’or qui a le mieux marché depuis 2010. Mais une Palme d’or n’est pas toujours gage de sortie en salle. Exemple l’an dernier, la Palme d’or spéciale donnée au Livre d’images, de Jean-Luc Godard, n’a convaincu aucun distributeur belge.

«En entreprises»: le pluriel est-il de mise?

«En entreprises»: le pluriel est-il de mise?

« En » et « dans »

« Des formations zéro faute en entreprises » titrait, le 8 avril dernier, votre quotidien favori dans sa version « papier ». S’ensuivirent les doléances d’une lectrice qui se disait très étonnée à la lecture de ce titre. Qu’est-ce qui a pu choquer dans la formule incriminée ? Le caractère trop ambitieux de l’objectif « zéro faute » ? Point du tout ! C’est la marque du pluriel au nom entreprises. Pourtant, ces formations ne sont pas destinées à une seule entreprise, mais à plusieurs ; elles seront dispensées dans les entreprises. Pour des formations zéro faute, un bref retour sur le couple en / dans les peut s’avérer utile.

L’emploi de la préposition en pour introduire un complément de lieu est d’usage général en français : travailler en usine, croupir en prison, s’éclater en boîte, servir en salle, entrer en conclave. Dans ces expressions, il est possible de lui substituer la préposition dans suivie d’un déterminant indéfini singulier : travailler dans une usine, croupir dans une prison, servir dans une salle. D’autres énoncés admettent la substitution par dans avec un déterminant défini singulier : entrer en gare ou entrer dans la gare, venir en studio ou venir dans le studio, rester en classe ou rester dans la classe.

À la différence de dans, la préposition en introduit le plus souvent un nom sans déterminant, comme le montrent les exemples déjà cités. Les quelques exceptions apparaissent principalement dans des expressions figées : il y a péril en la demeure, se marier en l’église de X, s’envoyer en l’air. Quelquefois, un déterminant indéfini peut apparaître, mais dans des constructions avec épithète : vivre en un endroit agréable (où l’épithète agréable est obligatoire), se retirer en un lieu reculé (où reculé est obligatoire). Cet inventaire est limité aux compléments de lieu, sujet de ce billet, mais il pourrait s’enrichir d’autres types de compléments avec en.

En dehors de ces cas, les grammairiens sont unanimes pour refuser la présence d’un déterminant après en, comme dans les combinaisons en le ou en les, aujourd’hui désuètes par rapport à dans le ou dans les, mais que certains écrivains affectionnent, non sans une certaine préciosité : « Comment laisser perdre une telle citation, en le présent sujet ? » (Montherlant, cité par Le bon usage, 201616, § 1050 b 1) ; « En les petites localités des provinces arriérées » (E. de Goncourt, cité par Le bon usage). Toutefois, l’emploi recommandé de dans le, dans les n’interdit pas, au pluriel, l’usage du ès, contraction de en + les. Mais celui-ci est limité à quelques expressions vieillies ou parodiques : docteur ès lettres romanes, maître ès vérités – parfois même, de manière abusive, avec un nom singulier : « maître ès dandysme » (Queneau, cité par le Trésor de la langue française).

« En » et « dans les »

L’absence de déterminant nous prive d’indice pour choisir le nombre du complément introduit par en. Mais la question se pose-t-elle réellement ? Certainement pas dans les exemples déjà cités, comme dans tous ceux où la substitution par dans un(e) ou dans le/la est seule envisageable : habiter en banlieue, vivre en situation précaire, se perdre en mer, aller en enfer, travailler en bibliothèque.

Existe-t-il des emplois où en correspondrait à dans les introduisant un complément pluriel ? Oui, dans des énoncés comme le respect des droits humains en prison ou dans les prisons  ; les palabres en réunion ou dans les réunions  ; les conditions de vie en maison de repos ou dans les maisons de repos. On note toutefois une différence entre ces constructions : si le pluriel est de mise après dans les, le singulier est d’usage pour le complément du en.

Ce singulier est-il surprenant ? Pas vraiment, si l’on considère qu’une substitution par dans un(e) est également possible : le respect des droits humains dans une prison, les conditions de vie dans une maison de repos. Mais à la condition d’employer le déterminant indéfini avec une valeur générique, celle présente dans des énoncés comme une prison n’est pas un moulin  ; une maison de repos n’est pas un hôtel. Dans ces exemples, il s’agit bien de toute prison ou de toute maison de repos, quelle qu’elle soit.

L’emploi du singulier s’impose-t-il pour le complément de lieu introduit par en  ? Oui, dans la mesure où ce singulier est associé à une valeur générique : le respect des droits humains en prison s’impose dans toute prison ; les conditions de vie en maison de repos sont celles observées dans toute maison de repos. L’emploi du pluriel – sans le déterminant défini les – ferait perdre cette valeur générique et inviterait à spécifier ces prisons, ces maisons de repos  : desquelles s’agit-il ?

C’est pourquoi, lorsque des « formations zéro faute » s’adressent aux entreprises en général, c’est-à-dire à toute entreprise, quelle qu’elle soit, elles se donnent dans les entreprises ou en entreprise. Votre quotidien favori a donc eu raison de modifier le titre litigieux dans la version en ligne de l’article, en écrivant : « Des formations zéro faute dans les entreprises ». « En entreprise » aurait tout aussi bien convenu pour éviter d’étonner certains lecteurs…

Elections 2019: à la rencontre de Wallons pour parler politique sans candidats

Elections 2019: à la rencontre de Wallons pour parler politique sans candidats

Reportage

Sous le Pont des Trous coule l’Escaut. L’âme d’Apollinaire aurait apprécié la mélancolie des quais de Tournai. Trêve de poésie toutefois : la porte d’eau médiévale illustre parfaitement le débat qui traverse la plupart des politiques wallonnes : faut-il regarder vers le passé ou miser sur l’avenir ? Éternelle querelle des Anciens et des Modernes.

Prendre le départ de notre périple pré-électoral au pied de ce monument symbolique semble judicieux. La question de son aménagement animera la prochaine législature comme elle a enflammé celle qui s’achève. Voilà exactement notre objectif à travers ce long reportage : entre deux législatures, respirer ! Prendre l’air en Wallonie, y rencontrer ses habitants, évoquer leurs craintes et leurs espoirs.

Avec sa cathédrale aux cinq clochers, Tournai est le phare ouest de la Wallonie. Plus loin, ce serait l’aventure dans des territoires aux noms étranges comme Mont-à-Leux, Herseaux Ballons ou Comines-Warneton. La ville de Clovis est une rampe de lancement idéale, la porte ouverte sur le Hainaut, puis sur toute la Région, jusqu’à l’est germanophone, à 200 kilomètres de là. Mais il est temps de se mettre en route...

Démission de Theresa May: qui lui succédera au 10 Downing Street?

Etant la Grande-Bretagne, nous allons être à la hauteur de ce défi. En quittant l’Union européenne, nous allons nous forger un rôle à la fois neuf et audacieux dans le monde » : le 13 juillet 2016, sur le seuil du 10 Downing Street, Theresa May s’était engagée à délivrer le Brexit conformément au résultat du référendum.

Mais la promesse de sortir de l’UE s’était accompagnée du lancement d’un grand chantier de politique intérieure visant à rompre avec l’approche libérale de son prédécesseur conservateur, David Cameron. La fille d’un pasteur anglican entendait marquer son passage au pouvoir en privilégiant l’industrie au détriment de la finance, en luttant contre les inégalités et surtout en mettant fin à l’austérité en vigueur depuis 2010. Si le Brexit n’allait pas être une croisière sur une mer tranquille, l’ancien ministre de l’intérieur entendait investir massivement dans l’éducation, la santé et les transports.

Après trois ans de calvaire parlementaire, trahie par ses « tories », perçue comme humiliée par les 27, Theresa May a dû jeter l’éponge en ce 24 mai, soit deux ans avant la fin théorique de son mandat.

Pourquoi une telle disgrâce alors que l’économie se porte comme un charme et que le chômage est au plus bas ?

Sept facteurs expliquent, pour l’essentiel, la chute de la cheffe du gouvernement.

1 Tout d’abord, un style de gouvernement autoritaire. Méfiante, renfermée, se laissant difficilement percer à jour, la locataire de « Number Ten » délègue peu et tranche seule avec l’aide d’une poignée de conseillers, sûrs et dévoués. Le Brexit s’est décidé au 10 Downing Street et nulle part ailleurs. Ollie Robbins, le négociateur en chef britannique, ne référait qu’à elle. Il détenait plus de pouvoir que les membres du gouvernement, pesant sur toutes les décisions du Brexit en coulisses.

2 Theresa May s’est révélée incapable de créer un consensus national en associant dés le départ l’opposition travailliste et les petites formations pro-européennes à cette vaste entreprise. « Trop tard trop peu »… Les pourparlers avec le Labour sur un maintien temporaire dans l’Union douanière étaient condamnés à l’échec. Jusqu’au bout, elle a choisi l’interprétation la plus dure de la partition du départ.

3 Face à l’énorme défi de l’heure, Theresa May a constitué un cabinet regroupant pro et anti Brexit qui se sont étripés pendant trois ans. Parce qu’elle avait soutenu, certes du bout des lèvres, le « Remain » lors de la campagne référendaire, elle n’a eu cesse de donner des gages aux Brexiters. Retrait total du Marché unique et de l’Union douanière, contrôle de l’immigration intra-européenne et fin de la compétence de la Cour de Justice de l’UE : May est restée intraitable dans la défense de ses « lignes rouges », au plus grand dam de Bruxelles et des europhiles.

4 Le leader de la droite a pâti de la désunion au sein de son parti écartelé entre « internationalistes » partisans du libre échange et « souverainistes » flirtant avec la droite la plus extrême représentée par Nigel Farage. Tout au long de son mandat, la Première ministre n’a cessé d’osciller entre les deux traditions sans jamais vraiment trancher.

5 Elle ne s’est jamais remise de la perte de sa majorité lors des élections anticipées du 8 juin 2017. Si les conservateurs demeurent le premier parti aux Communes, ils paient le prix d’une piètre campagne menée par un leader trop confiant en sa bonne étoile qui a toujours détesté les bains de foule.

6 Pour rester au pouvoir, Mme May a du passer un pacte avec le diable personnifié : les unionistes protestants. L’Irlande du nord a beau avoir voté contre le Brexit, elle est prisonnière de cette petite formation extrémiste eurosceptique dont l’intransigeance l’a empêchée de faire adopter son accord de sortie négocié avec Bruxelles. La Première ministre a du aussi compter avec une nouvelle mouvance hyper-eurosceptique, très influente au sein même de son groupe parlementaire, l’European Research Group, qui ne cessera de lui tailler des croupières.

7 Theresa May a commis une autre grave erreur. Le 29 mars 2017, celle-ci a donné le feu vert de l’ouverture des négociations de retrait de l’UE en invoquant l’Article 50 du traité de Lisbonne qui régit le divorce d’un pays avec l’UE. Les deux parties disposaient de deux années pour boucler les pourparlers de sortie. C’était trop peu, à la lumière de l’extrême complexité de la rupture après plus de quatre décennies de vie commune.

Surtout, trop sûre d’elle, May a pris cette décision capitale sans avoir mis préalablement au point une position cohérente sur le type de relation que le royaume doit avoir avec l’UE. Or, son gouvernement est profondément divisé entre les positions antagonistes des partisans et des adversaires du Brexit.

Arrogance

L’improvisation de Downing Street face au plus grand chantier constitutionnel et économique depuis la guerre et la surprenante unité des 27 ont eu raison de l’arrogance de son mantra des premiers jours symbolisée par le slogan « Brexit means Brexit » (on part, ce qui signifie qu’on part vraiment).

Fondateur de l’ONG Intermediate dont la mission est de régler les conflits, Jonathan Powell, ancien directeur de cabinet de Tony Blair, estime que pour faire jeu égal avec les Européens, Theresa May aurait du sortir de sa manche trois atouts : une stratégie claire, des négociateurs expérimentés et l’absence d’arrogance. La dame n’en disposait d’aucun.

Enfin, en asphyxiant la politique gouvernementale, le Brexit a provoqué la révolte d’une partie des classes populaires, pro-tories depuis Thatcher, qui avaient massivement voté « Leave ». Devant le refus des pro-européens associés à l’establishment d’accepter le résultat du référendum, bon nombre d’électeurs conservateurs du Nord de l’Angleterre et des Midlands sont passés avec armes et bagages dans le camp du nouveau parti Brexit de Nigel Farage.

Si personne ne conteste l’opiniâtreté, le sens du devoir et l’assiduité à la tâche de « Mrs May », ses bonnes intentions se sont heurtées aux réalités de la politique post référendum.

Le chemin de croix de Theresa May, une fois n’est pas coutume, démontre la primauté du politique sur l’économique.

Kechiche offre un film de voyeur et de branleur au Festival de Cannes

Please, un doliprane ! Imaginez un clip de dance hot et sexy durant 3 h 28… avec les petites sœurs de Shakira, Rihanna et Christina Aguilera réunies dans un volume sonore à faire péter les tympans. Voilà l’expérience qu’impose Abdellatif Kechiche avec son nouveau film, Mektoub love : intermezzo, le deuxième volet de sa trilogie sur le désir de la jeunesse des années 90, librement inspiré de « La Blessure la vraie », roman de François Bégaudeau. Kechiche a du talent pour filmer la vie mais ici, on a un souci parce qu’il revient sur un même sujet en le tirant en longueur comme s’il était voyeur de sa propre mise en scène.

Tout commence par une longue scène de drague plutôt cool sur la plage (les 30 premières minutes du film). On retrouve les jeunes héros, filles et garçons, du premier volet. La fin de l’été approche. Le beau Tony et ses ami(e)s rencontrent Marie, une jolie blonde aux yeux bleus, étudiante parisienne en vacances. Bien qu’elle lise un bouquin sur le mythe de Diogène, elle ne court pas spécialement après l’idéal humain. C’est plus simple que ça. A 18 ans, elle envisage cette fin de vacances au soleil de manière hédoniste. Prise de connaissance, approche de drague, partage de fraises et de fromage de ferme… avant de suivre la bande pour s’éclater en boîte de nuit. C’est là l’essentiel du film. Près de trois heures de danse, de musique, de shot d’alcool. Il y fait chaud, la musique est forte, l’alcool coule à flots, les corps sont en sueur et en désir. Juste pour le fun et plus si affinités. Habile directeur d’acteurs, mettant en avant le naturel des acteurs et le réalisme des situations, Kechiche filme cette frénésie jusqu’à l’épuisement, entrecoupant de petites confidences, d’une évaluation des culs mous et des culs musclés dans un brouhaha de dance party. L’essentiel de la vie de chacun, de celle qui va se marier mais est enceinte d’un autre, à celui qui n’arrive pas à s’engager, est brossé une scène ou deux. L’important, c’est ce qu’ils vivent dans cette parenthèse festive. Les corps se frôlent, l’alcool désinhibe, les barrières tombent dans l’insouciance et le plaisir. Fatalement, à force de chauffer la braise, on se retrouve dans les toilettes pour vivre en gros plan un cunnilingus de dix minutes dans toutes les positions, avant de revenir dans le groupe et repartir de plus belle dans la danse, le corps exalté de cette jouissance.

Allumer les sens plutôt que faire sens

On en ressort la tête comme un seau avec l’impression désagréable d’avoir perdu son temps en s’infligeant jusqu’au bout ce film de voyeur et de branleur, dans les deux sens du terme. Oui, les filles qui sont sur l’écran sont jeunes, belles, libres, sans complexes, faisant de leur corps ce que bon leur semble dans cet espace-temps les libérant un court temps de la réalité de leur quotidien où se mêlent le stress du boulot, des gens, des engagements pour la vie. Ça, Kechiche l’avait déjà dit dans le premier volet. C’est donc redondant, ça s’étire jusqu’à l’ennui. Du coup, on n’est plus du coup compréhensif face à sa manière de filmer, à la position de sa caméra, prolongement de son regard et de son point de vue. Une caméra de voyeur qui insiste sur les fessiers des filles qui se trémoussent joyeusement, sur leurs corps qui se sensualisent au gré de la musique et des jeux de mains caressantes, parfois insistantes. Caméra qui s’accroche à la moiteur des peaux avec l’envie de faire jouir de tout. Par cette manière de filmer qui veut faire sens mais qui a plus envie d’allumer les sens, Kechiche offre aux spectateurs de se rincer l’œil au nom du 7e art, sans avoir d’état d’âme à nous balancer sans nécessité réelle une scène porno. Certains vous diront que c’est une expérience à nulle autre pareille et qu’on peut l’élever au rang de l’art. On pouvait effectivement dire cela de son premier volet. En 173 minutes, Abdellatif Kechiche nous inondait radicalement de soleil en filmant l’été 1994 à Sète du côté de la plage, de la jeunesse, des filles en vacances, des bars de quartier, de l’ivresse des corps et des amis d’enfance. Sa caméra saisissait ces tourbillons perpétuels de vie, flirtant sans cesse avec la sensualité et le désir. Il y avait quelque chose de charmant à tout cela avec ces scènes inondées de lumière s’étirant sublimement. Pourquoi donc en remettre une couche ?

Autant, on avait apprécié sa façon de saisir le désir d’une jeunesse en bord de mer dans Mektoub my love, tout en ayant déjà des réserves sur son voyeurisme affiché, autant ici, il se répète sans fondamentalement nourrir son propos. L’expérience proposée nous semble du coup vaine et malsaine. Avec Mektoub my love : intermezzo, il poursuit certes son obsession qui le tient depuis son premier film (La Faute à Voltaire en 2000) : mettre en scène le désir de ses personnages. De film en film, il a resserré progressivement le cadre et prolongé les séquences, comme pour mieux appréhender l’essence de leurs pulsions. Grâce au numérique, il a affiné sa méthode de tournage : prises directes et en continu pour favoriser le naturel de l’interprétation. « Cette façon de filmer m’aide à transmettre et ressentir ce sentiment d’une âme qui existe », a déjà expliqué le réalisateur. Mouais… Mektoub 2 est surtout du pain bénit pour les vieux dégueulasses. Mais finalement, on ne devrait pas tant se plaindre. Initialement, le film faisait 4 heures. On a gagné 32 minutes.

Environnement: dernière manif climat, mais la mobilisation continue

Pour les jeunes manifestants, cette vingtième grève pour le climat, «
ce n’est que la fin du début
!
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Pour les jeunes manifestants, cette vingtième grève pour le climat, « ce n’est que la fin du début ! ». - Belga.

Ce n’est pas la fin, ce n’est pas le début de la fin. Ce n’est que la fin du début ! » Entre 8 et 10.000 personnes ont répondu présent pour la vingtième et dernière grève pour le climat, vendredi à Bruxelles. Une mobilisation plus importante que prévu, compte tenu des circonstances et de l’essoufflement progressif de la mobilisation. Au plus fort de celles-ci, on a vu défiler 35.000 « jeunes pour le climat », tandis que les manifestations nationales ont réuni entre 75 et 100.000 personnes les 2 décembre et 30 janvier derniers.

Greffée sur un mouvement de « grève mondiale pour le climat » qui a vu marcher des centaines de milliers de jeunes dans plus d’une centaine de pays, la manif belge n’a pas démérité. Les slogans n’ont pas rouillé. Clamant leur inquiétude et leur énervement, les jeunes demandent toujours des mesures plus ambitieuses pour lutter contre le réchauffement. Leur cible : les politiques accusés de ne pas comprendre, de ne pas agir.

« Le combat commence à peine »

Du côté des jeunes organisatrices, on reconnaît que si les politiques ont semblé écouter, rien n’a en réalité changé. « On a eu des opportunités de rencontre, on a fait débattre, mais il n’y a eu aucun changement concret », regrette Anuna De Wever. « Les politiques n’ont manifestement pas tous saisi l’urgence du problème. Pour nous, le premier chapitre s’achève, mais le combat commence à peine ». Vendredi, la N-VA et son président Bart De Wever qui a attaqué de front la mobilisation des jeunes étaient nommément visés par plusieurs slogans. Une manière de prendre parti ? « Non, nous voulons que tous les partis soient des partis du climat. Tous doivent faire le travail. Mais il est clair que le climat n’est pas la priorité de la N-VA ».

Désormais, chacun attend les résultats des urnes et les orientations des futurs gouvernements. Les jeunes ont présenté leur feuille de route, concoctée par un panel d’experts dont les conclusions ont été rendues publiques il y a une dizaine de jours. Ce sera l’aune avec laquelle les ambitions futures seront mesurées. Et si celles-ci ne sont pas à la hauteur ? « La forme de la mobilisation va changer, précise De Wever, mais si on revient ce sera plus radical ».

« Merci d’avoir réveillé les vieux »

La jeune Namuroise Adelaïde Charlier enchaîne : « On verra. On a évidemment un peu peur que les promesses ne soient pas tenues. On espère que l’urgence climatique sera au centre des programmes des prochains gouvernements. Il reste deux législatures pour introduire des changements radicaux. Si les partis oublient leurs engagements, on va ressortir pour remettre la pression. Le travail n’est pas fini, on a mis un coup de pression, mais un autre travail commence désormais. »

Devant les manifestants, le réalisateur-militant français Cyril Dion a rendu hommage à la mobilisation des Belges. « Vous êtes un mouvement, vous devez vous organiser, prendre le pouvoir politiquement, pousser les politiques. Et, dans vos métiers, contribuer à transformer le monde. On a besoin d’agriculteurs, d’ingénieurs, d’enseignants, de politiques qui pensent autrement. Merci d’avoir réveillé les vieux, j’espère que vous allez encore continuer longtemps ».

Elections 2019: les programmes des partis à la loupe

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Pour mieux aider les citoyens à voter, la rédaction du Soir a scanné les programmes des partis. Sur des thématiques qui touchent directement la vie quotidienne, de l’enseignement (aujourd’hui) à la fiscalité, en passant par la sécurité ou encore le logement.

Pour chacun de ces thèmes, nos journalistes se sont plongés dans des centaines de pages de programmes pour éclaircir les positions des formations politiques sur les grandes questions qui les divisent. Avec un objectif : vous aider avant de faire votre choix dans l’isoloir.

Pour chacun des thèmes, nous vous proposons d’explorer les programmes, au départ des questions relevées par Le Soir. Les partis y sont-ils plutôt favorables ou défavorables ? Vous le découvrirez dans notre explorateur ci-dessous.

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Opération impôts: le fisc vous fait un cadeau pour votre épargne-pension

En respectant ces conditions, il est envisageable de récupérer à travers une réduction d’impôt entre 288 et 307,50 €, en fonction des montants payés pour votre épargne-pension.
En respectant ces conditions, il est envisageable de récupérer à travers une réduction d’impôt entre 288 et 307,50 €, en fonction des montants payés pour votre épargne-pension. - Susana Vera/Reuters.

Toute personne qui dispose d’un peu d’argent a intérêt à constituer individuellement une réserve pour le jour où elle quitte la vie active. Exemple concret de prévoyance, l’épargne-pension est un système qui ne se limite pas à fournir une poire pour la soif au moment de la retraite. Le fait de verser chaque année un montant dans un fonds ou une assurance-vie afin de constituer une pension complémentaire offre aussi un avantage fiscal personnel.

Un tel placement peut être ainsi plus avantageux qu’un placement similaire sans soutien fiscal. Le fisc vous fait un cadeau en vous remboursant une partie de votre contribution. Cette réduction d’impôt pour épargne-pension est parmi les plus répandues, mais elle a malheureusement été rendue beaucoup plus complexe depuis un an.

« À partir de 2018, il y a deux possibilités pour l’épargne-pension. Ou vous avez opté pour l’ancien système et ne versez qu’un maximum de 960 €, dont vous récupérez 30 %. Ou bien vous avez versé davantage, jusqu’à 1.230 €, mais dans ce cas, la diminution d’impôt ne sera que de 25 % », expose Test-Achats dans son Guide Impôts 2019.

La déclaration ne présente qu’un seul code pour chacune des deux possibilités, le code 361 dans le cadre X comme indiqué sur la fiche 281.60, en regard duquel il convient de reporter le montant total des versements. Le fisc appliquera automatiquement la réduction adaptée. Notez que sur Tax on Web et dans les propositions de déclarations simplifiées, l’épargne-pension est préremplie grâce aux données que les banques et compagnies d’assurances ont communiquées au fisc.

« Pour pouvoir verser plus que 960 €, il faut au préalable avoir fait savoir à votre institution d’épargne-pension que vous choisissez le montant majoré. Ce choix n’est pas définitif, il faut le renouveler chaque année si vous souhaitez continuer à verser plus que 960 € », nuance l’association de défense des consommateurs.

Conditionnel

Faut-il rappeler que l’avantage fiscal pour l’épargne-pension n’est pas distribué à la grosse louche par l’administration et suppose évidemment le respect de conditions.

Il faut d’abord être âgé de 18 à 64 ans au premier versement.

« Par ailleurs, vous ne pourrez bénéficier de la réduction d’impôt que jusqu’à votre 64e anniversaire », détaille Test-Achats.

Autre condition sine qua non, le contrat doit être prévu pour avoir une durée minimale de dix ans.

« Vous ne perdrez certes pas l’avantage fiscal si vous demandez le capital avant ces dix ans, mais si cela se produit avant vos 60 ans, vous serez imposé bien plus lourdement », précise l’association. Même chose si vous avez commencé un contrat après vos 55 ans et que vous en percevez le capital avant le dixième anniversaire ou votre départ à la pension.

Mieux vaut dès lors partir du principe que l’argent placé demeurera bloqué jusqu’au moment de la pension, ou du moins vos 60 ans si le contrat est commencé avant vos 55 ans. Si l’intention est de recourir à cette épargne après quelques années, par exemple pour devoir emprunter moins lors de l’achat d’une maison, ne bloquez pas cet argent dans l’épargne-pension.

Il existe un choix de fonds et d’assurance-vie d’épargne-pension. Vous n’êtes pas obligé de verser chaque année dans le même produit, mais par année, le fisc ne retiendra le versement que dans un seul d’entre eux pour calculer la réduction d’impôt.

En respectant ces conditions, il est alors envisageable de récupérer à travers une réduction d’impôt entre 288 et 307,50 €, en fonction des montants payés, et ce sans tenir compte des centimes additionnels communaux.

En revanche, « si vous ne payez pas d’impôt parce que vos revenus imposables sont très faibles ou se composent d’un faible pensions ou d’autres revenus de remplacement, la réduction ne pourra pas être appliquée, ou pas totalement », avertit bien le Guide Impôts.

Astuce

Le fisc reprend d’une main une partie de la réduction d’impôt qu’il a donnée de l’autre. Le capital est taxé à 8 %, en général à 60 ans. Le gouvernement a déjà perçu quelques acomptes qui seront déduits de la taxe finale. Pour les fonds d’épargne-pension, la taxe est prélevée sur les versements majorés d’un rendement fictif de 6,25 % par an pour les versements antérieurs à 1992 et de 4,75 % pour les versements à partir de 1992. « Le rendement réel est sans influence », note Test-Achats.

Pour les assurances épargne-pension, le contribuable est imposé sur ses versements et les intérêts garantis, mais pas sur sa participation bénéficiaire car l’assureur a déjà payé une taxe dessus.

« Pour une assurance de branche 23, c’est la valeur du contrat à la date de taxation qui compte. », met en exergue l’association.

En pratique, lorsqu’on perçoit son capital après 60 ans, il ne faut pas déclarer le capital perçu car la taxe est libératoire. Ce n’est qu’en cas de perception du capital avant 60 ans qu’il faut déclarer le capital perçu et, en règle générale, subir une imposition beaucoup plus lourde.

Astuce pour réduire l’impact de la taxe de 8 % : si le contrat d’épargne-pension date d’avant le 55e anniversaire, effectuer le versement durant l’année du 60e, après le prélèvement de la taxe par la banque ou la compagnie d’assurances. Cela permet ainsi d’éviter que le capital n’augmente encore juste avant que le fisc n’applique l’impôt final. Les versements effectués après la taxation continuent de bénéficier de la réduction d’impôt, même s’il n’y a plus de taxation par la suite.

Enfin, notons qu’était abordée ici la formule classique d’épargne-pension. Il existe pour les indépendants certaines subtilités à l’instar de la pension libre complémentaire pour indépendants (PCLI) et depuis 2018, la convention de pension pour travailleurs indépendants (CPTI). Pour les salariés, il y aura prochainement une possibilité de pension libre complémentaire si leur employeur ne propose pas d’assurance de groupe sérieuse. Autant de formules d’épargne pour plus tard avec un coup de pouce fiscal.

« Si vous êtes indépendant, la PLCI est tellement intéressante que nous conseillons d’y donner priorité si vous ne pouvez vous permettre qu’un seul pilier de pension complémentaire », recommande Test-Achats.

Qover se lance dans l’assurance voyage très bon marché pour particuliers

Pour distribuer au mieux son nouveau produit, Qover misera gros sur le réseau social Instagram.
Pour distribuer au mieux son nouveau produit, Qover misera gros sur le réseau social Instagram. - Reuters.

La démarche est pour le moins inhabituelle mais rien ne vous empêche d’en tirer parti en tant que client. Qover, insurtech belge, a pour habitude de travailler directement avec des entreprises, en leur créant des couvertures sur mesure. Elle a ainsi mis sur pied une assurance spécifique pour les livreurs freelance de la plateforme Deliveroo. Parmi ses clients, on compte également Immoweb ou Toyota.

La start-up installée à Bruxelles vient pourtant de lancer un premier produit en « direct » : une assurance voyage, baptisée Nomad, « 100 % digitale ». A un prix défiant la concurrence. Sans vouloir pourtant « casser le marché ».

Tarif concurrentiel

« Notre but n’est pas de devenir un assureur direct pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. Nomad est effectivement disponible en ligne et s’adresse aux clients particuliers mais notre intention est ici de plutôt tirer un maximum d’enseignements sur l’e-commerce et le secteur de l’assurance. Pour mieux servir nos gros clients. Pour cela, nous devons toucher une masse critique », explique Quentin Colmant, l’un des deux fondateurs.

En pratique, l’assurance Nomad démarre à 4,5 euros par mois pour sa formule de base. « Mais on a voulu fournir un maximum de services dans cette formule standard. Avec Nomad, qui est en moyenne 40 % moins chère que le marché, vous serez couverts aux sports d’hiver, vous aurez une assurance responsabilité civile aux Etats-Unis… La police est vraiment complète, là où la concurrence facture souvent toutes sortes d’options », poursuit le jeune patron. « Si on n’a pas la volonté de casser le marché, on est agacés de remarquer que les commissions de distribution sur ce segment sont bien trop élevées. »

Un lab pour les données

Autre critère de poids expliquant ce drôle de choix : Qover est une start-up, en phase de croissance, financée par du capital à risque. En d’autres mots, elle n’a pas besoin avec ce produit de « faire de l’argent » mais plutôt de collecter des données. « Nomad est le premier bébé de notre “lab”, une start-up au sein de la start-up, qui va nous permettre d’améliorer nos services. » Niveau partenaires, c’est la Lloyd’s qui couvre la manœuvre (comme pour les autres polices Qover) et Allianz qui gère l’assistance dans le monde entier. « Des acteurs de renommée mondiale. Notre produit est complet, bon marché et très sérieux ! »

Fondée en 2016, Qover a déjà levé 7,5 millions d’euros et décroché depuis son lancement plusieurs gros contrats. Son client numéro un étant à ce jour Deliveroo. Qui vient justement de bénéficier d’une injection de cash de 515 millions d’euros de la part d’Amazon… « On est ravis. Si le business de la plateforme se développe, cela nous servira. Nous assurons déjà 45.000 coursiers », glisse Quentin Colmant. Qui promet qu’il aura « bientôt d’autres bonnes nouvelles à annoncer ».

Elections européennes: le succès néerlandais de Frans Timmermans booste ses chances au niveau européen

Elections européennes: le succès néerlandais de Frans Timmermans booste ses chances au niveau européen

C’est un succès d’autant plus spectaculaire qu’il était inattendu, qu’ont remporté les sociaux-démocrates au scrutin européen néerlandais jeudi, s’il faut en croire le sondage de sortie des urnes Ipsos/GreenPeil. Et c’est un succès personnel pour sa tête de liste Frans Timmermans, ex-ministre des Affaires étrangères, actuellement numéro deux de la Commission européenne, et qui est aussi le « spitzenkandidat » des sociaux-démocrates européens, c’est-à-dire leur candidat à la présidence de la prochaine Commission européenne. La victoire néerlandaise constitue donc aussi une première victoire symbolique à l’échelle européenne pour Timmermans.

Arrivé en tête avec 18 % des votes, le parti travailliste PvdA passerait de trois à cinq sièges au Parlement européen (PE). Le parti libéral VVD du Premier ministre Mark Rutte n’arrive qu’en seconde position, mais il réussirait tout de même à augmenter d’une unité son nombre de sièges. Les chrétiens-démocrates du CDA, premiers du scrutin européen de 2014 avec cinq sièges, en perdraient un. Quant au Forum pour la démocratie, le nouveau parti populiste emmené par Thierry Baudet, et que l’on pensait voir remporter l’élection, il n’arriverait finalement qu’en quatrième position avec 11 % des voix, ce qui lui permet tout de même de faire son entrée au PE avec trois sièges sur les 26 dévolus aux Pays-Bas.

Le PvdA n’avait plus remporté de scrutin national depuis 1998, sous son leader Wim Kok alors Premier ministre. Tous les commentateurs néerlandais s’accordent à attribuer le mérite de la performance de jeudi au vice-président de la Commission européenne. Tout en ayant mené une campagne intensive à travers l’UE en tant que « spitzenkandidat », Frans Timmermans a été extrêmement présent dans la campagne néerlandaise. Or l’homme est un orateur et un bateleur d’estrade hors pair. « Sa campagne a porté sur la justice sociale et la nécessité de lui donner forme au niveau européen après les coups durs de la crise de l’euro », écrivait ce matin Stéphane Alonso, journaliste politique du NRC Handelsblad. La position en vue de Timmermans à Bruxelles et son rôle de porte-drapeau de la social-démocratie européenne l’ont-ils servi ? « J’en suis certain, nous répond notre collègue néerlandais par téléphone. Les gens aiment voter pour quelqu’un qui est important et qui est susceptible de peser au niveau européen ». (La même position de « spitzenkandidat » avait servi Guy Verhofstadt il y a cinq ans en Belgique, puisqu’il a été établi que des électeurs francophones bruxellois avaient été nombreux à voter au collège néerlandophone, afin de soutenir l’ex-Premier ministre libéral flamand.)

Le bénéfice de ce succès jouera aussi dans l’autre sens. Comme candidat à la présidence de la Commission, et même avant cela comme candidat à la super-candidature au nom des sociaux-démocrates européens, ses opposants avaient eu beau dénigrer l’ambition de Timmermans du fait que son parti PvdA, qui a été éjecté de la coalition nationale au lendemain des dernières législatives, ne pesait plus rien dans son propre pays. Autant « la notoriété de l’ex-ministre des Affaires étrangères a donné des ailes au PvdA », comme l’écrivait Stéphane Alonso, autant sa performance de jeudi – qui doit être confirmée par les résultats officiels qui ne seront connus que dimanche à 23 heures – constitue un « boost » capital pour sa campagne européenne. Et dès lundi, si les résultats du PSE à l’échelle sont bons, à sa prétention à devenir président de la Commission.

Ce succès facilitera aussi la levée d’une hypothèque. Pour devenir président de la Commission européenne (si les sociaux-démocrates sont en position de constituer et diriger une coalition européenne, ce qui est encore une autre affaire), il faut que le gouvernement néerlandais désigne Frans Timmermans comme commissaire européen. Or le PvdA étant actuellement dans l’opposition, ce n’est pas l’option la plus naturelle. Le Premier ministre Mark Rutte aurait déjà laissé entendre qu’il ne s’opposerait pas à la désignation formelle de Timmermans s’il est susceptible de prétendre à la succession de Jean-Claude Juncker. Son succès personnel au scrutin européen national vient donc donner une légitimité politique bienvenue à l’éventuelle désignation de Timmermans comme commissaire néerlandais. Une désignation qui ferait sens même si Timmermans ne remporte pas la présidence de la Commission. Car il pourrait aussi, dans le cadre du grand marchandage sur les hauts postes européens, obtenir celui de Haut représentant pour les Affaires étrangères. Et à défaut de ce job de prestige, si Timmermans reste membre de la Commission, il devra y obtenir un portefeuille de poids.

Elections 2019: communautarisme, mobilité, transition... l’ultime débat entre Reynders et Khattabi

C’est sur la question du communautarisme que le débat entre Zakia Khattabi et Didier Reynders a été le plus animé.
C’est sur la question du communautarisme que le débat entre Zakia Khattabi et Didier Reynders a été le plus animé. - Dominique Duchesnes.

Des mois sans débattre en face-à-face. Ils ont bien participé à quelques rencontres comme têtes de liste Ecolo et MR. Mais, avant de se retrouver à la rédaction du Soir, Zakia Khattabi avait esquivé la confrontation directe. L’exercice veut que chaque débatteur « impose » un thème à l’autre. La coprésidente Ecolo met sur la table la transition, Le Soir tente de trancher le débat sur le métro… Le vice-Premier, lui, opte pour le communautarisme, quelques jours après la polémique sur le tract de Zoé Genot.

Didier Reynders On est dans un débat sur le vivre ensemble et la manière de l’organiser. La difficulté à laquelle on est confrontés, c’est de pouvoir le faire en respectant les cultures et les traditions mais en ayant un socle de valeurs communes. Ces dernières années, on a vécu chez nous une radicalisation qui tourne essentiellement autour de la communauté musulmane, je ne reviens pas sur les événements tragiques liés à cela. Et du reste, je me bats autant contre le conservatisme catholique en Hongrie ou en Pologne ou maintenant aux Etats-Unis, contre des gens qui veulent s’en prendre à l’avortement. Ici, je voudrais savoir si on est prêts, en Région bruxelloise à être ferme sur deux ou trois principes. Le premier, c’est la neutralité de l’Etat. Ma question à Ecolo : êtes-vous prêts à refuser le port de signes religieux et signes convictionnels dans l’administration et au guichet des administrations ? Et êtes-vous prêts à interdire tout abattage rituel sans étourdissement ? En particulier, ce qui me heurte à travers beaucoup d’intégrismes religieux, c’est que ce sont essentiellement des femmes qui sont soumises à des contraintes. Je souhaite qu’on puisse travailler ensemble pour éviter cela.

Zakia Khattabi Je voudrais d’abord relever que, du communautarisme, nous sommes passés à la gestion de la diversité. Je pense que la question est de savoir comment répondre à des particularismes sans fragmenter nos communautés nationales. Mais partant de là, vous évoquez le contexte international mais aussi en Belgique, lié aux drames qu’on a connus. Et de là on arrive à l’abattage et au voile. Je voudrais éclaircir en quoi la question de l’abattage rituel est liée au terrorisme. On sait que ce terrorisme fait des victimes dans les pays musulmans aussi. Il se passe quelque chose qui est interpellant mais je refuse de faire le lien que vous faites : l’abattage, le voile et le terrorisme.

D.R. Le lien, je peux l’expliquer facilement : quand les frères Dardenne parlent du fanatisme d’un jeune, c’est progressivement. Quand je parle de radicalisation, c’est dès le départ qu’il faut bloquer sur un socle de valeurs communes.

Z.K. Donc, pour vous, interdire l’abattage fait en sorte que des jeunes choisissent de ne pas…

D.R.… fera en sorte que l’on soit ferme sur un certain nombre de valeurs communes et que l’on évite de laisser se développer certaines choses. J’ai vécu le cas de 500 personnes parties comme combattants étrangers, j’étais au Musée juif quand l’attentat s’est produit, on doit bloquer ça dès le départ. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas dire dès le départ qu’il y a un certain nombre de valeurs sur lesquelles on ne transige pas. C’est vrai aujourd’hui au départ d’une communauté, parce qu’il se fait qu’on a vécu des faits de radicalisation dans cette communauté. Mais je le répète, ailleurs en Europe, cela peut être avec une autre conviction. Il faut dès le début fixer un socle commun.

Z.K. Donc si je vous suis, interdire l’abattage rituel bloquerait la radicalisation. J’en prends acte. Très bien. Sur la question de l’abattage nous avons voté le décret d’interdiction au parlement wallon avec une abstention et cette abstention était justifiée par un assez long argumentaire qui visait la question de l’abattage. C’est le bien-être animal qui nous préoccupe. On a vu les effets du décret flamand d’interdiction. Aujourd’hui, les bêtes sont transportées en Allemagne, aux Pays-Bas dans des conditions extrêmes. Nous nous interrogeons sur l’efficacité de la mesure au regard du bien-être animal. A Bruxelles, il n’y a pas eu de vote. Mais vous, vous pensez que c’est l’interdiction qui bloque la radicalisation, je comprends mieux la logique.

D.R. Mais quelle est votre position ? Nous sommes pour l’interdiction à Bruxelles.

Z.K. Au parlement wallon, un représentant de l’exécutif des musulmans de Belgique se prononçait en faveur de l’interdiction. On n’est donc pas dans du communautarisme. Nous attendons la réponse de la cour de justice et on suivra la recommandation. Mais on refuse l’instrumentalisation de ce débat à d’autres fins telles que celles que vous avez développées en disant que dans le cadre de valeurs communes et pour stopper la radicalisation, il faut interdire l’abattage.

D.R. Si la cour autorise l’interdiction, vous la suivrez ?

Z.K. Si la cour dit que le décret prévaut à la liberté de culte, alors on se mettra autour de la table pour discuter de cette interdiction mais surtout pour discuter avec la communauté musulmane pour voir comment eux peuvent encore consommer de la viande.

Donc vous direz non ?

Z.K. S’il y a une décision de justice, on s’y soumet.

D.R. Je voudrais dissiper deux malentendus. Un : je ne veux pas qu’on tombe dans la caricature. Je ne dis pas que parce qu’on interdirait l’abattage rituel sans étourdissement on va bloquer la radicalisation. Je dis qu’il faut que, dès le départ, on soit d’accord sur un socle commun de valeurs, ce qui permet d’éviter toute évolution. Sur ce socle, on doit être ferme. Deux, plus significatif encore pour moi, c’est la neutralité de l’Etat. La première mesure, c’est l’interdiction des signes religieux et convictionnels aux guichets. A côté de cela, c’est la pression qui est mise systématiquement sur les femmes.

Z.K. Vous prêchez une convaincue.

Donc vous êtes contre le port du voile dans l’administration ?

D.R. Bien entendu. Aux guichets et aux fonctions d’autorité. Pendant des années en Belgique on a trouvé normal que des magistrats rendent la justice avec un crucifix au-dessus de la tête. J’ai toujours pensé, y compris quand j’étais avocat, que ce n’était pas logique.

Zakia Khattabi, votre position ?

Z.K. Le voile doit être autorisé dans l’administration, mais pas pour les fonctions d’autorité.

Et à l’école ?

D.R. Dans le fondamental, ça n’a pas de sens.

Z.K. Personne ne le défend. Dans notre programme, c’est clair.

Et dans le secondaire ?

D.R. Si, dans des classes, quelques jeunes femmes commencent à porter le voile, petit à petit cela se répand, parce que la pression devient très forte.

Z.K. Notre position sur le voile part d’une liberté de choix. Cela suppose qu’on ait la capacité de discernement pour le poser. D’où, pour nous, l’interdiction à l’école primaire. Et à l’école secondaire jusqu’à un certain âge, nous mettons 15 ans dans notre programme en disant qu’il faudra décider collectivement. Et comme écologistes, nous serons toujours à côté de celles qui feront le choix de ne pas le porter. C’est un positionnement libéral. Aujourd’hui, on a des jeunes femmes avocates, médecins, professeurs, qui sont dans des parcours d’émancipation. Et parce qu’elles sont voilées, elles ne trouvent pas de job. J’ai rencontré des jeunes femmes qui ne peuvent plus aller à l’académie parce qu’elles sont voilées. Comme féministe, je prends la mesure de ce que le milieu de l’emploi et l’enseignement sont des espaces d’émancipation pour les femmes. Et qu’au nom de leur émancipation, on leur ferme ces portes, c’est un raisonnement que j’ai du mal à suivre. Aujourd’hui, ne sont pas suspects de prosélytisme les hommes, parce qu’on ne sait pas les identifier. Et font l’objet de procès et de mesures excluantes, les femmes.

D.R. Ce qui nous différencie probablement, c’est un peu l’idée d’accommodements raisonnables. C’est l’idée : ne pas laisser se développer des pratiques qui, à mes yeux, ne sont pas conformes aux droits des femmes, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la neutralité de l’Etat, pour que la situation évolue favorablement.

#EU4YOU Allemagne: La Saxe, ou quand les vieux démons de l’extrêmisme ressurgissent

En Saxe les manifestations anti-migrants et en faveur de la droite radicale sont courantes. C’est partie de l’Allemagne semble renouer avec des vieux démons.
En Saxe les manifestations anti-migrants et en faveur de la droite radicale sont courantes. C’est partie de l’Allemagne semble renouer avec des vieux démons. - D.R.

Début mai, Wiener Platz, au centre de Dresde. 2.000 personnes environ se sont rassemblées devant la gare. Des hommes d’âge mûr, pour la plupart. Sur la scène, Siegfried Däbritz. Il clame que Merkel a voulu détruire l’Allemagne en acceptant d’accueillir réfugiés et migrants en 2015. Comme tous les lundis, son discours inaugure une manifestation de PEGIDA, association qui lutte contre « l’islamisation de l’Allemagne ».

Elle suscite la controverse en Allemagne en raison des opinions de son président, affilié par le passé à des mouvements et des partis fascisants, au sein desquels il lui est arrivé de glorifier le Troisième Reich. Däbritz vient du milieu raciste des hooligans. Il s’est avéré trop radical même pour l’AfD, dont les autorités saxonnes ont refusé de l’inscrire sur sa liste de candidats aux élections fédérales, il y a deux ans.

En revanche, il est très populaire auprès des fidèles sympathisants de PEGIDA, qui le surnomment « Zigim ».

Accueil méfiant

« Et vous, vous êtes qui ? », nous demande d’un air méfiant un homme âgé, qui se présente comme Ewald, alors que nous filmons la manifestation de loin. Il se radoucit seulement quand nous lui expliquons que nous sommes des journalistes polonais. « Ah, ça va, alors. Je pensais que vous étiez de ces gauchistes qui filment nos visages pour les mettre ensuite sur internet et nous traiter de fascistes… »

Ewald et ses deux compagnons du même âge assurent qu’ils participent aux défilés de PEGIDA quasiment depuis sa création (soit depuis 2014, NDLR) et y viennent régulièrement. « Pourquoi ? Tu n’es au courant de rien ? Ils débarquent tous ici comme s’ils étaient chez eux. Parmi ceux qui sont arrivés depuis 2015, aucun ne veut faire d’études ou travailler. Ils se contentent de tendre la main pour obtenir de l’argent. Et nous, il faudrait qu’on reste assis sans rien dire, sous peine de passer pour des extrémistes… », lance l’ami d’Ewald, les cheveux gris pigeon. « Il faut tous les mettre dehors », ajoute le second, en blouson de cuir, en faisant un geste de résignation.

Ewald fait la moue quand il entend ce que disent ses deux compagnons. « Mais non, ce n’est pas tout à fait comme ça que… »

Il attend que nous nous mettions un peu à l’écart pour développer sa pensée. « Ils ont un point de vue un peu différent du mien. Moi, j’ai un fils qui habite en Bavière. Je lui dis : “Tiens, il y a beaucoup d’étrangers chez vous”, quand on croise une personne de couleur dans la rue. Alors il s’énerve. Il dit qu’une personne de couleur peut très bien habiter en Allemagne depuis plusieurs générations déjà, payer ses impôts ici et être un citoyen exemplaire. Je me dis qu’il a peut-être raison… »

Contre l’Union européenne

Ewald habite dans la ville de Niesky, à quelques kilomètres de la frontière polonaise. Il se plaint de l’explosion de la criminalité depuis que les frontières ont disparu. Ses voisins ont déjà été cambriolés plusieurs fois et la police n’arrive jamais à mettre la main sur les coupables, car ils n’ont qu’à emprunter le pont sur la rivière pour passer de l’autre côté. Après, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. L’Union européenne ne lui a rien apporté et sa qualité de vie ne s’est pas améliorée depuis la réunification.

En Haute-Lusace, nombreux sont ceux à penser comme lui. L’AfD enregistre une popularité record et lors des dernières élections fédérales allemandes, dans les régions frontalières avec la Pologne et la Tchéquie, elle a même battu les conservateurs de la CDU, qui avait dirigé le Land à plusieurs reprises.

A deux pas de la Pologne

Depuis de nombreuses années, le maire issu de ce parti dirige également la ville frontalière de Görlitz. L’AfD y est au coude-à-coude avec les chrétiens-démocrates. Son candidat, Sebastian Wippel, est un ancien policier. Son programme est axé autour du rétablissement de la sécurité dans la ville. Dans le journal local Sachsische Zeitung, il a déclaré être la pour la construction d’une clôture le long de la frontière. Cela a immédiatement déclenché un petit scandale car, dans la ville frontalière de Görlitz, il n’est pas de bon ton de critiquer la coopération avec la ville voisine de Zgorzelec et d’irriter le voisin polonais.

Wippel a expliqué qu’il a été mal interprété. La clôture était une métaphore, il voulait parler de l’arrestation des criminels, ainsi que des vandales et des ivrognes qui importunent la population. « Du côté polonais, il est interdit de boire dans les lieux publics, alors tous ceux qui encombrent l’espace public et font du tapage viennent chez nous. »

Mais il reconnaît qu’il n’a aucune marge de manœuvre. Il ne peut pas interdire la consommation d’alcool dans sa ville, car elle est autorisée en Allemagne. Il ne peut pas non plus instaurer de contrôle aux frontières, tant souhaité, car cela ne relève pas de sa compétence. Il promet donc de renforcer la police municipale et d’augmenter la fréquence des contrôles près de la frontière.

Lors de notre entrevue, il nous présente également deux candidats de son parti au conseil municipal d’origine polonaise, censés prouver qu’il est néanmoins candidat à la mairie et qu’il tient à entretenir de bonnes relations avec la Pologne.

Le making of du «Dernier Pharaon»: «A-t-on le droit d’être moderne avec Blake et Mortimer?»

Entretien

Illustrateur fou, le graphiste belge Laurent Durieux est la coqueluche des géants hollywoodiens Francis Ford Coppola, Steven Spielberg ou Paul Thomas Anderson, dont il détourne les affiches de cinéma pour en faire des œuvres d’art. Laurent Durieux a travaillé deux ans sur la fantasmagorie des couleurs du Dernier Pharaon . Il nous raconte comment Blake et Mortimer sont redevenus des héros modernes sous les plumes de François Schuiten, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig, ses compagnons d’armes sur ce nouvel album de Blake et Mortimer.

Blake et Mortimer est un classique du 9e art mais la série peut-elle encore incarner une forme de modernité dans la bande dessinée actuelle  ?

Entre les lignes et les cases du Dernier Pharaon , cette question figure au cœur du livre. Faut-il rester esclave du passé ? S’enfermer dans la nostalgie d’un âge d’or révolu ? A-t-on le droit d’être moderne quand on joue avec Blake et Mortimer, des personnages d’un autre siècle ? J’espère que Le Dernier Pharaon apportera une réponse positive. Blake et Mortimer sont devenus l’énorme madeleine de Proust de la bande dessinée. Il semble difficile de les associer à la modernité. Batman a réussi ce challenge mais c’est parce qu’il n’a jamais cessé d’évoluer depuis sa naissance, en 1939. Il est toujours resté un héros alternatif, ce qui n’est pas du tout le cas de Blake et Mortimer. Notre Mortimer du Dernier Pharaon a les cheveux longs. Il a mûri. C’est probablement le premier Mortimer à contre-emploi. Il s’est adapté à notre temps avec une forme de liberté retrouvée, qui séduira peut-être davantage les jeunes d’aujourd’hui.

Clairement, ce nouvel album veut sortir du temps de la nostalgie ?

Nous ne sommes plus dans les années 1950. Si Jacobs était toujours vivant, il ferait des histoires d’aujourd’hui sans vieilles Jaguar et avec des couleurs actuelles. Après sa mort, le fantastique et le fantasmagorique ont à peu près disparu dans les différentes reprises qui ont été faites. Avec Le Dernier Pharaon , on revient à cette veine-là. Il y a dans notre scénario, un savant fou à donner le frisson. J’aime créer des choses neuves, risquées, casse-gueule. Dans Blake et Mortimer, rien n’est évident. Tout doit être juste, calé au millimètre près. Jacobs se flagellait sans cesse pour faire naître le mystère dans ses planches. François entretient cette même passion avec le dessin. Il est d’une grande méticulosité et n’arrête jamais de regarder le travail des autres pour y trouver de nouvelles sources d’émerveillement.

Jacobs est le premier grand coloriste de l’histoire de la bande dessinée. Hergé a fait appel à lui pour mettre les premiers Tintin en couleurs. Vous avez retrouvé les clés de sa palette pour « Le Dernier Pharaon » ?

Les couleurs des Blake et Mortimer de Jacobs, je les avais en moi mais je ne voulais surtout pas les copier. J’ai été revoir les premières mises en couleurs du journal Tintin . Jacobs n’en était pas toujours satisfait lui-même et pourtant il y avait une finesse, une tension inouïe ! Pourtant, j’ai dû m’en détacher car Jacobs est un artiste vampirisant et parce que je ne pouvais pas coller des couleurs des années 1950 sur des dessins de 2018. J’ai regardé les albums avec un œil personnel, comme un musicien écoute les autres artistes pour nourrir son inspiration.

L’idée était de respecter l’esprit de Jacobs, plutôt que de rechercher la fidélité absolue au maître ?

Ce qui me foutait la trouille dans les albums de Blake et Mortimer étant petit, c’étaient les couleurs verte ou mauve, un peu bizarres, comme dans le Joker de Batman ! Instinctivement, j’ai repris cette idée de mettre du fantastique dans les couleurs. Dans son œuvre, François a joué du noir et blanc, du noir et blanc mélangé à la couleur, du noir et blanc photographique, de la couleur directe, de la gouache… Il y a trouvé à chaque fois une autre excitation. Je me suis dit qu’ensemble, on allait faire un album très différent : le Blake et Mortimer moderne dont il rêvait pour surprendre le lecteur. La mise en couleur a duré près de deux ans et tout au long du processus, j’avais l’impression d’avoir un grand enfant dans un magasin de jouets à côté de moi ! François me disait : «  Je ne sais pas ce que je vois mais je n’en crois pas mes yeux  » ! C’était sa manière de me pousser à être entièrement libre.

La moitié du récit se déroule dans les décors égyptiens de la Grande Pyramide. Vous n’avez pas eu peur de devoir retourner dans la Chambre d’Horus pour en ressusciter les émerveillements ?

J’ai préféré ne pas me mettre de pression en allant rouvrir Le Mystère de la Grande Pyramide au moment de mettre les planches égyptiennes du Dernier Pharaon en couleurs. Je me suis contenté d’appeler François, qui avait fait deux voyages en Egypte avec la mission scientifique ScanPyramids, chargée de percer les secrets de la construction de la pyramide de Khéops. Je lui ai demandé ce qu’il pensait de mes couleurs. Il m’a dit que ce devait être un peu plus ocre et qu’il fallait surtout que le lecteur ait l’impression d’y être. Voilà pourquoi les ambiances du Dernier Pharaon ne sont pas naturalistes. Les couleurs n’ont parfois rien à voir avec la réalité mais impriment des images mentales dans le cerveau auxquelles on croit. Il y a un côté expressionniste dans les couleurs du Dernier Pharaon .

François Schuiten a réussi à s’approprier les personnages de Jacobs ?

Il ne dessine pas du tout les personnages à la manière de Jacobs. A un moment donné de sa réflexion, il a même hésité à rendre la casquette de Blake expressionniste… avant de se raviser car on ne voulait pas non plus remettre tout l’univers de Blake et Mortimer en question. Par contre, ce qui rapproche François de Jacobs, c’est le génie de la composition, comme il en existe peu dans la bande dessinée. C’est hallucinant de voir l’équilibre des planches chez François et Jacobs, comme s’ils avaient toujours en tête le nombre d’or. Cela dépasse toute forme de préoccupation esthétique : la composition des cases, des strips et des planches est toujours au service du récit. C’est là qu’on comprend réellement pourquoi ces deux immenses auteurs sont des maîtres du 9e Art.

Outre les couleurs, François Schuiten assure que vous avez aussi joué les gardiens du vouvoiement ?

En raison de mon boulot de coloriste, j’étais le dernier relecteur des planches et celui qui passait le plus temps dessus. C’est ainsi que je me suis posé la question de savoir pourquoi dans les premières planches du Dernier Pharaon , Blake et Mortimer se tutoyaient. J’ai posé la question une première fois à François, sans que cela ne provoque de réaction. Je suis revenu à la charge plus tard, en lui demandant si c’était parce qu’ils se connaissaient depuis plus de 70 ans que finalement, ils avaient décidé de se tutoyer. Il est allé relire les albums précédents et, là, il a compris brutalement qu’ils ne s’étaient jamais tutoyés ! Cela fait partie des règles de savoir-vivre « so british » de la série Blake et Mortimer. François a dû sortir la lame de rasoir et gratter les planches pour tout corriger !

Les programmes à la loupe : tous les partis se sont emparés du climat

Ces derniers mois, le climat a fait un bond de géant dans les discours politiques. La mobilisation étudiante n’y est pas étrangère.
Ces derniers mois, le climat a fait un bond de géant dans les discours politiques. La mobilisation étudiante n’y est pas étrangère. - Photo News

Quels que soient les futurs gouvernements, voilà qui devra figurer dans toutes les déclarations gouvernementales : d’ici à 2030, la Belgique doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’origine non industrielle (transport, logement, agriculture…) de 35 % par rapport à 2005. Obligation européenne acceptée par notre pays qui sera sans doute prochainement revue à la hausse.

Mais nous ne prenons pas le chemin. En 2015, nos émissions n’avaient reculé que de 8 %. Selon la Commission européenne, la Belgique devrait parvenir à diminuer ces émissions de 12 % en 2020 comparé à 2005 (alors qu’elle doit les réduire de 15 %) si elle ne change pas radicalement de politiques et de 14 % en 2030.

Le plan national énergie-climat présenté par la Belgique à l’Europe affirme que nous atteindrons l’objectif de 2030 (réduire nos émissions de 73 millions de tonnes « équivalent CO2  » à 51 Mton CO2- eq). Mais la crédibilité de ce plan est fortement critiquée. « Vague », « non évalué », dit l’exécutif européen. Une étude de la Fondation européenne pour le climat classe notre plan en 14e position sur 28 et lui décerne un pâle 29,3 %, critiquant notamment la « très faible ambition » des objectifs en renouvelables et en efficacité énergétique, son silence sur les subventions aux énergies fossiles et le fait que ce qui est présenté comme des mesures sont en réalité souvent des objectifs.

Bref, sans mesures plus profondes et plus rapides on n’y arrivera pas. Ce sera un des enjeux majeurs des législatures à venir. Nos émissions continuent en effet à augmenter dans le transport (routier) et les bâtiments tertiaires (bureaux, commerces). Dans les autres secteurs, elles diminuent trop lentement. Pas mieux si l’on considère également les émissions d’origine industrielle. Elles devraient se stabiliser dans les années qui viennent, estime le Bureau du Plan. La Belgique a perdu ses plus gros émetteurs et les gains d’efficacité énergétique dans l’industrie se ralentissent.

A la faveur des derniers mois, le climat a fait un bond de géant dans les discours politiques. Il se retrouve en bonne place dans les programmes. La comparaison avec les déclarations gouvernementales de 2014 est flagrante.

Tous les partis sont d’accord pour viser une Belgique « climatiquement neutre » d’ici 2050. Ils approuvent également le faut de fixer au niveau européen des objectifs de minimum -55 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 (60 % pour le PTB…). Tous estiment également que la gouvernance climatique belge doit être améliorée et veulent adopter une loi climat lors de la prochaine législature (mais il faudra l’accord d’une majorité de partis flamands…). Tous plaident en faveur d’un plan d’investissement pour rénover et isoler les logements et les bâtiments publics, d’un plan européen d’investissement pluriannuel de 1.000 milliards d’euros permettant de financer la transition énergétique de l’Union européenne.

Pour le reste, la préoccupation pour le climat peut être lue dans plusieurs chapitres : la mobilité, l’énergie, l’aménagement du territoire, les déchets, l’agriculture, les investissements, le logement… Le Soir a déjà évoqué certains d’entre eux.

Changer le système socio-économique ? Le PS évoque « une modification profonde nécessaire à long terme », Ecolo juge nécessaire « une profonde reconversion de nos modes de consommation et de production ». Le PTB incrimine « le marché » et appelle à « une révolution ambitieuse et équitable » pour le climat. Le MR et le CDH n’évoquent pas formellement de changement systémique.

Affaire Valentin Vermeersch: les parents des accusés, des hommes et des femmes brisés

«
Ça a été la bombe atomique
», a confié la maman de Dorian Daniels.
« Ça a été la bombe atomique », a confié la maman de Dorian Daniels. - D.R.

Ils étaient peu, ce vendredi, pour venir parler de Dorian Daniels. Mais sa maman a pu, seule, résumer le passé de ce gamin dont on ne pouvait présager qu’il finirait sur le banc des accusés. Son père, ancien métallo sur la mutuelle, et sa mère, au foyer, sont toujours ensemble ; il a une petite sœur avec laquelle il était fusionnel et protecteur. Il travaillait comme apprenti maçon, certes sans vigueur mais avec régularité, son père le déposait et allait le rechercher. Il sortait peu, préférant sa Playstation, et si c’était le cas, il envoyait toujours un SMS à sa maman pour lui dire où il était. Jamais il n’a dérogé à cela, sauf la nuit des faits. « J’ai toujours dit à mes amies que c’est avec ma fille que je craignais d’avoir des ennuis… Puis ça a été la bombe atomique », a confié la maman.

Des amis, Dorian n’en avait que deux-trois, mais des fidèles : l’un d’eux, vivant au Sud de la France, a fait la route pour expliquer comme ce garçon est un « vrai gentil », un peu peureux, torturé par les faits. Sa grand-mère a évoqué, avec émotion, son « petit Dorian », qui venait souvent chez elle, « qui n’aurait pas fait de mal à une mouche ». Dorian, expliquent les témoins dont son amoureuse qui ne l’a pas lâché, est ravagé par les remords et il est sous médicaments pour éviter les crises d’angoisse. « Il est, de loin, celui qui a le plus exprimé de remords parmi les accusés », a exposé un enquêteur. Et si son papa n’est pas venu, c’est parce qu’il n’en avait pas la force : « il n’arrive toujours pas à comprendre que son fils ait fait cela », a déclaré la maman.

La mère de Belinda Donnay, policière, n’avait pas non plus poussé, la veille, les portes du palais de justice. Ses auditions ont été lues à l’audience, ce vendredi, ainsi que celles de son compagnon. Ce dernier a expliqué à quel point ils avaient vu changer Belinda, il a livré leur désarroi lorsqu’ils avaient tout fait pour qu’elle revienne à la raison. Avec Alexandre Hart, elle n’avait plus montré que son mauvais côté. Ils avaient fini par avoir peur, au point de changer les serrures de la maison. « Heureusement, ses quatre frères et sœurs ne portent pas le même nom qu’elle, et nous sommes parvenus à les protéger en ne leur parlant jamais des faits », a expliqué le beau-père de l’accusée. La maman a évoqué sa détresse dans ses auditions : elle avait élevé Belinda en ne manquant pas les réunions de parents, en s’inquiétant de sa scolarité, en la conduisant à l’équitation, à la natation synchronisée. Belinda avait été aimée, et elle avait tourné le dos à toute sa famille en louant le studio de la rue Oscar Lelarge à Huy, lieu des faits commis sur Valentin.

Du haut de son mètre cinquante, tout en rondeurs, la maman d’Alexandre Hart (21) avait été la première des parents à témoigner. Elle avait énuméré ses multiples tentatives pour que son gamin « prenne le bon chemin » malgré ses problèmes psychiatriques, et elle avait livré, dans son témoignage déchirant, son sentiment de culpabilité : Alexandre, elle a l’impression qu’elle l’a trop couvé, trop aimé. Le papa de l’accusé n’était pas venu : « il ne saurait pas parler », avait exposé la maman.

Les parents des bourreaux de Valentin sont ravagés par la honte, la tristesse, le harcèlement qu’ils subissent suite aux faits. Mais une chose semble les hanter, encore plus douloureusement : l’incompréhension.

Livreurs Deliveroo: le fisc durcit le ton

Deliveroo organise le travail de ses livreurs sous un statut auquel, selon le fisc, ils ne peuvent pas prétendre.
Deliveroo organise le travail de ses livreurs sous un statut auquel, selon le fisc, ils ne peuvent pas prétendre. - Sylvain Piraux

Dans la saga Livreurs vs Deliveroo, un nouvel épisode pourrait faire du bruit. Le Soir a pu consulter des documents adressés récemment (fin 2018 et début 2019) à la plate-forme organisant la livraison de repas à domicile. Ils sont sans équivoque : Deliveroo organise le travail de ses livreurs sous un statut auquel, selon le fisc, ils ne peuvent pas prétendre.

Pour bien comprendre, le contexte, complexe, doit être planté : en Belgique, la loi-programme du 1r juillet 2016, modifiée en juillet 2018, prévoit une exemption d’impôts pour les travailleurs associatifs et ceux de l’économie collaborative jusqu’à 6.250 euros de revenus annuels (collectés via ce type de prestations). C’est cette seconde catégorie qui nous intéresse. Chaque plate-forme dite collaborative active sur notre territoire peut demander un agrément au SPF Finances afin que ses « collaborateurs » bénéficient de ce statut fiscalement intéressant. Deliveroo fait partie de la dizaine d’entreprises à avoir obtenu cette autorisation (au 1r janvier 2018). Depuis, environ 80 % de ses livreurs opèrent sous ce statut. Jusque-là tout va bien.

Salariés ou indépendants

Problème, pourtant : la loi impose certains garde-fous aux plates-formes. Notamment l’existence impérative d’une convention entre deux particuliers pour encadrer l’échange de services. En l’occurrence, ici, entre le client et le coursier.

Dans les courriers du fisc que nous avons pu parcourir, le SPF Finances opère « un changement d’avis » à 180º en stipulant, notamment, à la date du 21 décembre dernier : « (…) avertir de sa décision de ne pas admettre les coursiers de Deliveroo dans le champ d’application du régime fiscal de l’économie collaborative (…) ». Raisons évoquées : la non-existence de la convention citée plus haut (une transaction Deliveroo ne permet aux deux parties de se mettre d’accord sur le paiement d’un prix en contrepartie de la livraison effectuée et implique aux moins deux tiers privés, soit la plate-forme et le restaurant).

On vous épargne les détails techniques mais sur le terrain les implications d’un tel revirement de situation sont évidents : les livreurs Deliveroo ne peuvent plus opérer sous le statut collaboratif exempté d’impôts(fiche 281.29). Et doivent être considérés par la société qui les « emploie », comme l’affirme également le fisc dans sa correspondance, soit comme des salariés, soit comme des indépendants. Cette dernière devant leur fournir les fiches fiscales appropriées (respectivement 281.10 et 281.50) « en temps utiles ».

Problème : la deadline pour remplir la déclaration de revenus 2018 approche à grands pas et Deliveroo ne s’est toujours pas conformée aux exigences du fisc. Sur le site internet de la société, on pouvait d’ailleurs consulter jeudi matin la page intitulée : « Rider, gagne jusqu’à 6.250 euros par an sans être taxé ».

A nos questions précises, la plate-forme a préféré répondre par un « statement général » : « Deliveroo s’est vu accorder le statut de plate-forme d’économie collaborative par le gouvernement l’an dernier. Des plates-formes en Belgique sont actuellement en contact avec l’administration fiscale pour savoir comment l’économie collaborative peut fonctionner au mieux. Ceci est une question qui affecte toutes les plates-formes et toutes les personnes qui travaillent avec elles. Les discussions que nous avons avec l’administration fiscale, y compris encore ce mois-ci, sont constructives. »

Le fisc, toujours dans ses écrits, est pourtant clair : l’infraction a été signalée à Deliveroo en juin 2018, les solutions proposées par la plate-forme lors d’une réunion en septembre dernier entre les parties ont ensuite été refusées. En direct, le SPF Finances nous a précisé ne pas pouvoir commenter ce cas particulier pour des raisons de confidentialité.

Un statut et des risques flous

Si Deliveroo pourrait être accusé de fraude – mais un manque de clarté de la part de l’administration pourrait également être soulevé –, que risquent alors les milliers de livreurs qui ont travaillé pour la plate-forme en 2018 et en 2019 ? Ici aussi, impossible d’obtenir des informations claires. Selon la CSC, centrale syndicale chrétienne, très impliquée dans la bataille des coursiers sur deux roues pour un statut de travailleur « plus juste », les conséquences pourraient cependant être lourdes.

« Je constate que Deliveroo, qui a été averti il y a déjà un an par le fisc, n’a aucunement informé ses coursiers. Au contraire, elle continue à tromper sciemment ses travailleurs. J’y vois un nouvel exemple d’arrogance des grands acteurs de la « nouvelle économie ». Mais ici, en plus, ils se servent des milliers de coursiers innocents comme d’une chair à canon. Ils les mettent à leur insu dans une « zone grise », pour imposer leur modèle. En tout cas, pour nous, si le fisc devait requalifier ces revenus, c’est Deliveroo qui devra en supporter le coût, et pas les coursiers. Cette loi sur le travail occasionnel est mal foutue ; elle ouvre grand la porte à toutes les fraudes et au dumping social », explique Martin Willems en charge du dossier et en contact direct des dizaines de livreurs affiliés.

L’Inasti (l’institut national d’assurances sociales pour travailleurs indépendants), que nous avons contacté sur le sujet – si les livreurs sont considérés « a posteriori » comme des indépendants, ils n’en ont pas le statut qui implique notamment la création d’un numéro d’entreprise et le paiement de cotisations sociales – n’a pas souhaité s’exprimer sur la question. (avec D.A.)

Allyson Felix: enceinte ou riche, il faut choisir

Allyson Felix tout sourire. Cétait avant.
Allyson Felix tout sourire. Cétait avant. - REUTERS.

Elle se contentait généralement de gagner et de sourire, sans trop en dire. Athlète exemplaire, « role model » pour bon nombre de ses fans parmi lesquels Cynthia Bolingo, elle représentait le « produit » idéal pour un sponsor, en ce compris son équipementier Nike, particulièrement généreux avec elle. Jusqu’à cette semaine.

Dans une carte blanche publiée dans le New York Times, Felix, 33 ans, a ouvertement critiqué la politique post-maternité de la marque à la virgule. Devenue mère pour la première fois fin novembre 2018 d’une fille, Camryn, née très grande prématurée, la coureuse a été forcée de constater que cet heureux événement ne faisait pas forcément plaisir à tout le monde. Alors qu’elle est en train de travailler comme une forcenée pour revenir à son meilleur niveau, Nike, avec lequel son contrat s’était achevé fin 2017, a, en effet, décidé de le réduire de 70 %, estimant, en dépit de ses résultats passés, qu’un retour au plus haut niveau de Felix n’était pas garanti.

« S’ils pensent que c’est ce que je vaux désormais, je l’accepte », a-t-elle indiqué, fataliste. « Mais ce que je n’accepte pas, c’est le statu quo permanent qui entoure la maternité. J’ai demandé à Nike de me garantir contractuellement que je ne serais pas “punie” si je ne courais pas à mon meilleur niveau dans les mois suivant la naissance de ma fille. (…) Si on ne pouvait pas le faire avec moi, une de leurs athlètes les plus “marketées”, avec qui pouvait-on le faire ? Nike a refusé. Depuis lors, nous sommes au point mort. »

Sur le plan commercial pur et dur, la décision – impitoyable – du géant américain peut se comprendre. Allyson Felix a très bien gagné sa vie et donc profité du système quand elle était au sommet ; comme son retour au plus haut niveau n’était pas forcément garanti, elle a dû accepter une révision à la baisse de ses émoluments. C’est la règle du jeu dans cet univers impitoyable qu’est le sport business.

Mais, dans le cas présent, le fait que l’on pénalise instantanément une athlète parce qu’elle choisit de devenir mère a quelque chose de choquant. Surtout quand on a « utilisé » cette athlète pour promouvoir le sport féminin. Un moratoire de quelques mois eût été plus judicieux. Et plus humain.

« Cela montre, une fois de plus, que, dans le secteur du sport, les règles sont écrites en grande partie par des hommes et pour les hommes », a ajouté Allyson Felix, avec plein de justesse.

Elections 2019: les «porteurs d’eau», ces (vrais) militants, dans l’ombre des ténors des partis

Dans les partis, on les appelle les « porteurs d’eau ». Derniers suppléants, candidats au beau milieu d’une liste ou à une place de soutien, on ne les voit jamais. Ou alors dans l’ombre des premiers de liste en campagne. Pourtant, ils font les marchés, du porte-à-porte, distribuent des tracts, rédigent des courriers, assistent à des débats, visitent des entreprises, se démènent pour faire gagner leur équipe.

Vrais militants, ils dépensent leur temps, parfois de l’argent, au nom de leur cause verte, bleue, orange ou autre, bien conscients qu’ils ne décrocheront pas de mandat. Avec parfois plusieurs campagnes à leur actif, sans jamais avoir été élu faute de place stratégique.

Pourquoi se mobilisent-ils ? Pourquoi cet engagement sans chance de succès ? Réponses avec Sophie, Michaël et Tina.

Quatrième suppléante CDH à la Chambre en Brabant wallon, Sophie Visart de Bocarmé en est à sa quatrième campagne, mais la première fédérale – elle s’est trois fois présentée aux communales sans être élue. Temporairement sans emploi, elle va à la rencontre des électeurs deux ou trois heures par jour. Faisant équipe avec les premiers de cordée régionaux ou fédéraux. « C’est une super expérience pour moi », confie-t-elle, « car cela me permet de rencontrer des gens qui ont déjà des compétences et de l’expérience, et cela me crée un réseau dans le Brabant wallon. » Par contre, elle qui aime prendre le temps du débat avec les électeurs, se dit « parfois un peu gênée d’accompagner un ténor, car alors il faut aller plus vite, on a moins de contacts ».

A côté d’autres CDH non-candidats mais dont le soutien est précieux, Sophie Visart de Bocarmé se sent « un peu comme le guerrier qui va au combat, soutenu par toute une base de militants ». Alors, se présenter aux suffrages, sans espoir d’être élue, lui coûte bien un peu d’argent, « pas beaucoup », mais n’entame en rien sa motivation : « Je suis une citoyenne engagée. J’ai été dans l’associatif, à la ligue des familles… J’ai une formation d’assistante sociale et un de mes moteurs, ce sont les injustices. J’ai un idéal, l’envie de changer les choses. Je vois trop de gens mécontents, alors j’ai envie de servir un peu d’exemple : je ne suis pas élue, je n’ai pas de mandat, mais je veux montrer aux gens qu’on peut changer les choses de l’extérieur. »

Citoyens engagés

Des citoyens engagés ? C’est manifestement souvent le profil de ces candidats sans espoir de siéger. Comme Michaël Butaye, 8e suppléant Ecolo à la Chambre, à Bruxelles, qui en est aussi à sa quatrième campagne et première fédérale. A 42 ans, cet employé au service des inscriptions (secteur de la santé) de l’ULB, secrétaire administratif de la locale écolo de la ville de Bruxelles, s’est autrefois investi dans un mouvement citoyen luttant contre les déchets et se dit proche d’organisations comme Amnesty international ou Médecins du monde. L’engagement, il connaît.

Alors être dans l’ombre des ténors ne l’affecte pas : « Je n’aime pas me mettre en avant mais défendre des idées », explique-t-il. « L’individualisation d’une campagne me pose problème, car plutôt que de voter pour une personne, je préfère qu’on vote pour un projet. Candidat dans la lumière ou dans l’ombre, ça ne change pas. Je vois cela comme une dynamique de groupe, un projet collectif, un débat avec les citoyens. »

Être avant-dernier suppléant ne l’empêche donc pas de faire campagne 4 à 5 heures par jour, et ne le gêne en rien, même s’il avoue : « Si un jour on me propose une place stratégique, je ne dirai pas non. » Intéressé par la politique depuis toujours, écolo depuis l’adolescence, il mouille son maillot parce qu’« il y a urgence ». Entendez : urgence climatique. « Il faut agir aujourd’hui, après il sera peut-être trop tard. Et quand je vois comment la Belgique évolue, cela ne me rassure absolument pas : on a une société inclusive et voir le gouvernement fédéral jouer le jeu des extrêmes me déplaît fortement. »

« La force, c’est l’équipe »

C’est aussi par conviction que Tina Freches, 27 ans, germanophone et trésorière des Jeunes MR de la fédération de Liège, a franchi le pas de la candidature. Pour la toute première fois. Précisément à la 4e suppléance pour le MR en Région wallonne, dans l’arrondissement de Verviers. « Je voulais m’investir à fond », confie-t-elle. Alors tant pis s’il n’y aura pas de mandat à la clef : « La candidature ne va pas avec un job, mais avec la conviction, avec le courage de défendre un projet qui rassemble et qui veut être un moteur du changement. » Ingénieur civil en aéronautique et spatial, secrétaire politique au parlement germanophone, elle consacre donc plusieurs heures par jour et un peu de ses deniers à la campagne. Animée par cette ambition, formation oblige : « La résolution des problèmes : il faut chaque fois une solution optimale pour tout le monde. »

Contrairement à nos deux autres témoins, Tina Freches n’est pas passée d’un engagement citoyen à l’engagement politique. Elle qui s’investit au sein des Jeunes MR depuis quelques années, « au niveau germanophone surtout », a apprécié « la confiance qu’on m’a témoignée. Pierre-Yves Jeholet a montré qu’il fait confiance à la jeunesse et aux germanophones, ce qui est important pour moi ». Elle a donc décidé de défendre le projet MR au sein de sa communauté. Et tant pis si elle est dans l’ombre : « Pour moi, l’esprit d’équipe est la clef de la réussite, c’est toujours une équipe qui est la force derrière chaque projet collectif. »

Roland-Garros a enfin entamé sa grande mutation (photos)

Contre-la-montre effréné… Ce n’est pas de Tour de France dont on parle ici, mais bien de la terrible course menée par les organisateurs de Roland-Garros pour présenter, ce dimanche, leur tout nouvel écrin au monde entier. « On a pris trois semaines de retard, mais on sera prêt ! », assure avec la gouaille de l’entrepreneur qui en a vu d’autres, Gilles Jourdan, le directeur du projet de modernisation du stade.

C’est vrai que, cette semaine encore, alors que le tournoi des qualifs de l’épreuve a débuté, on s’affaire de tous les côtés sur le site… « Ce n’est rien tout ça par rapport à ce qu’on a connu », sourit presque notre interlocuteur. « Juste de la cosmétique… Mais il faut s’imaginer que pratiquement après la dernière balle de la finale de Nadal contre Thiem, l’an dernier, on a détruit et reconstruit tout ça… Ce sont pratiquement 900 ouvriers qui ont travaillé jour et nuit. Heureusement, l’hiver a été assez clément… »

Le court Philippe-Chatrier newlook. Toujours 15.000 places, mais l’an prochain, il y aura un toit
!

Et notre homme de pointer « ça » : le magnifique nouveau Court Philippe-Chatrier. « Il y a 3.500 tonnes d’acier, là ! La Tour Eiffel en fait 7.300… Seul le court est resté, tout autour a été détruit. Et encore, on a gagné un mètre sur toute la longueur du côté de la chaise de l’arbitre… »

Ce n’est pas le seul agrandissement visible évidemment. Le stade en entier s’est élargi (20 mètres) et a pris de la hauteur (8 mètres) afin de pouvoir supporter l’énorme structure du toit qui viendra se poser dès la fin de cette édition. « Mais à l’intérieur, on en est resté à 15.000 places qui seront donc plus spacieuses et confortables pour les spectateurs, avec des sièges-coussins rabattables qui… ne font pas de bruit, et pour certains, même, des accoudoirs. »

Même s’il a conservé ses célèbres « croix de Saint-André », patrimoine historique du stade, construit de 1927 à 1928 à la gloire des premiers Mousquetaires du tennis français, le nouveau « vaisseau amiral » est définitivement entré dans l’ère de la modernité avec un look fondamentalement sobre et urbain qui s’enfonce jusqu’au fameux prolongement obtenu dans la verdure des fameuses Serres classées d’Auteuil. « L’ocre de la terre battue, le beige du bois des sièges, le gris du béton et le bleu du ciel sont les quatre couloirs qui balisent désormais Roland-Garros ».

Et le regard est en effet directement attiré par le tapis rouge central, scène principale du nouveau grand théâtre parisien. « Il y a aura des pétouilles comme sur tous les chantiers », prévient encore, Gilles Jourdan, avec son langage fleuri. « Mais les gens ne s’apercevront de rien. On est comme des canards flottant sur l’eau. En surface, tout est tranquille, mais qu’est-ce que ça pédale sous l’eau... »

La nouvelle entrée du côté des Serres.

Le nouveau Roland-Garros ne se résume pas uniquement à ce Central new look. La percée à l’Est, obtenue de manière si difficile administrativement, du côté des Serres d’Auteuil est une vraie bulle d’air ouverte, tant attendue pour un site devenu bien trop petit au fil des années et de son succès. Le public du « French Open » peut désormais traverser l’avenue Gordon Bennett (privatisée durant 6 semaines !), longer les très chic « meulières » rénovées, bâtiments autrefois utilisés pour la manutention des Serres, et découvrir le magnifique et tout nouveau Court Simonne-Mathieu. Un court semi-enterré et encadré par des tribunes abritant des serres avec des plantations des quatre coins du monde, afin de complètement s’intégrer dans ce lieu historique de la Porte d’Auteuil. Ce tout nouvel espace (5.000 places), sera désormais le troisième stade en importance de Roland-Garros, derrière le Philippe-Chatrier (15.000 places) et le Suzanne-Lenglen (10.000 places).

Le «
Court Simonne-Mathieu
», le nouveau bijou du site parisien, semi-enterré dans les Serres.

Et ce n’est pas tout. Totalement à l’opposé, côté Ouest, derrière le Suzanne-Lenglen, ce qu’on appelle l’espace Fonds des Princes (jadis, réservé aux courts d’entraînement qui ont désormais été déplacés au stade Jean Bouin, tout proche) a été complètement rénové avec aussi cinq courts semi-enterrés (2.000 places chacun) qui permettent au public de s’arrêter, ou de circuler, facilement, tout en ayant un œil sur les matchs en cours. Au total, ce sont pas moins de… huit nouveaux courts que découvriront les amateurs et joueurs de Roland-Garros, cette année.

Une belle prouesse, et surtout, un vrai rafraîchissement d’un site qui avait un grand besoin d’ouvertures et d’espaces. Désormais, ce sont… 800 mètres, d’un bout à l’autre, qui permettront au fameux public du tournoi parisien (40.000 places au total) de s’étaler et de vivre le tennis, plutôt que de s’amasser dans des allées bondées et de ne plus rien vivre du tout.

Tout ne sera vraiment fini qu’en 2020 dans ce Roland-Garros 2.0, mais on a l’impression qu’on respire déjà mieux… la passion.

Tout Bruxelles jazze: votre week-end en 15 clics

Viktor Lazlo programme le Brussels Jazz Weekend et y joue.
Viktor Lazlo programme le Brussels Jazz Weekend et y joue.

VENDREDI

-M-

Chanson française – Forest National

Matthieu Chedid nous revient en toute grande forme avec un album plus intime que jamais.

VENDREDI et SAMEDI

Blockbuster

Théâtre – Théâtre Varia (Ixelles) jusqu’au 1er juin

Après quatre ans de tournée, la pièce du Collectif Mensuel va fêter sa 200e représentation. Voilà un spectacle qui porte décidément bien son nom !

De VENDREDI à DIMANCHE

Nos visites des expos qui se terminent ce week-end

Toute dernière occasion pour visiter les expos Bernard van Orley (photo) à Bruxelles, Arnold Grojean et Lynn Vanwonterghem à Saint-Gilles.

La sélection night-club du week-end

A Liège, Barry, Morlanwelz, Esquelmes, Bruxelles…

Le salon

Théâtre – Théâtre National (Bruxelles)

Le Salon déroule la dernière heure dans la vie d’une femme, en avant, puis en marche arrière, tout en dédoublant le personnage pour mieux le décortiquer. A la croisée d’ Un jour sans fin pour l’effet de répétition, des films de David Lynch pour l’ambiance bizarre et anormalement étirée, ou encore d’ Inception pour le flou entre rêve et réalité.

Le jeune Ahmed

Cinéma – En salles

Ce sont les attentats de ces dernières années qui ont amené les Dardenne à se pencher sur la radicalisation. Leur film témoigne d’une impuissance européenne, voire mondiale face au phénomène. Mais leur constat n’est pas une fin en soi. Heureusement. Les frères ne baissent pas les bras et tendent la main.

John Wick 3 : Parabellum

Cinéma – En salles

Un épisode où l’on dézingue comme jamais. Au rayon « C’est con mais qu’est-ce qu’on a bon », il fera date !

Brussels Jazz Weekend

Divers lieux

Plus de cent concerts gratuits dans 42 lieux, clubs, théâtres, cafés, etc., et en plein air, où c’est la chanteuse Viktor Lazlo qui a composé le programme vendredi et samedi et les Lundis d’Hortense, l’association belge de musiciens de jazz, le dimanche. Il y en aura pour tous les goûts. Avec des vedettes comme David Linx, Steve Houben, Viktor Lazlo, Nicolas Kummert, Laurent Doumont, Or Bareket, etc. Et de belles découvertes.

Peindre (dans) le Brabant wallon

Exposition – Musée Marthe Donas (Ittre) jusqu’au 2 juin

Une exposition cohérente, poétique, très accordée au lieu, qui évoque, de tableau en tableau, la nature qui s’épanouit à l’extérieur, à la campagne.

Aux origines du surréalisme belge

Exposition – BAM (Mons) jusqu’au 2 juin

Grand initiateur du surréalisme et puis… basta, de Chirico a marqué profondément toute une génération, dont Magritte et Delvaux.

Rétrorama

Festival vintage – Tour & Taxis (Bruxelles)

Concerts, spectacle, workshops pour petits et grands, cours de danse… Ce festival vous propose de revivre les 30 Glorieuses, les Swinging Sixties, les Sexy Disco Seventies ou encore les Pop Eighties.

SAMEDI

Fête de la Place

Maison de la Création (Neder-over-Hembeek)

Cette fête annuelle permet de mettre en avant le résultat des ateliers artistiques ayant eu lieu à la Maison de la Création durant l’année. L’occasion également de vous présenter la prochaine saison. Venez donc expérimenter la danse, la percussion, le dessin, le cinéma, la cuisine, le graffiti mais aussi la science, le stylisme et autres surprises.

Nuits du cirque

Abbaye de Villers-la-Ville

Acrobates, jongleurs, trapézistes, clowns, voltigeurs et bien d’autres rivaliseront d’audace afin de créer un spectacle haut en couleur.

DIMANCHE

Evgeny Sviridov et Justin Taylor

Musique classique – Rotonde Bertouille (Bruxelles) à 11h00

Jeune claveciniste et pianofortiste franco-américain, Justin Taylor est l’un des talents en vue de la scène actuelle. Avec le violoniste Evgeny Sviridov, ils font honneur à la musique de Bach et de Rameau.

Eagles

Rock – Sportpaleis (Anvers)

La mort de Glenn Frey en 2016 n’aura pas eu la peau du dinosaure américain. Deacon Frey, le fils de Glenn, et Vince Gill ont rejoint Don Henley, Timothy B. Schmit et Joe Walsh pour repartir sur les routes avec sous le bras le coffret Legacy qui annonce un concert best of.

Parlement européen: le bulletin des députés belges francophones

Parlement européen: le bulletin des députés belges francophones
D.R.

C’est le genre de choses qu’on hésite à écrire, par crainte de paraître complaisant, mais c’est une opinion souvent entendue au Parlement européen : les eurodéputés belges sont réputés pour être des bosseurs. La reconnaissance des Belges se remarque évidemment aussi par la fonction éminente de chefs de groupes occupée par deux d’entre eux : le libéral flamand Guy Verhofstadt, et l’Ecolo Philippe Lamberts.

Si un député n’occupe pas de fonction exposée comme les chefs de groupe et, dans une moindre mesure, une vice-présidence de l’assemblée, c’est sa capacité à obtenir la responsabilité d’un rapport portant sur un projet de législation importante qui lui assure une certaine visibilité. Cette mission consiste à gérer tout le parcours parlementaire et à négocier les compromis et amendements nécessaires pour assurer, in fine, une majorité au projet de loi. L’étape suivante est tout aussi importante : c’est la négociation avec l’autre colégislateur qu’est le Conseil de l’UE, c’est-à-dire les Etats. Pour obtenir la responsabilité d’un rapport, ou représenter son groupe politique dans l’équipe des négociateurs du rapport, un critère est déterminant : le poids politique, dont l’eurodéputé jouit soit par son pedigree, soit par son engagement et l’intensité de son travail.

Marie Arena

En un mandat, la socialiste bruxelloise s’est fait un nom, tant dans les matières de commerce international et des droits des femmes, deux commissions où elle siège à part entière, mais aussi dans les questions sociales, même si elle n’était « que » membre suppléant dans cette commission. Elle a notamment été rapporteure d’un règlement sur le Fonds d’ajustement à la mondialisation. Dans les débats sur les accords de commerce, elle a porté avec vigueur la voix de la branche sociale-démocrate la plus critique envers la libéralisation, ce qui lui a valu, même dans son propre groupe, l’appellation de « socialiste radicale ».

Marc Tarabella

Eurodéputé depuis 15 ans, le bourgmestre d’Anthisnes est hyperactif dans ses deux domaines favoris qu’il laboure depuis le début : l’agriculture et la protection des consommateurs. Il s’est évidemment fort engagé dans les débats sur la réforme de la politique agricole commune imposée par le prochain cadre budgétaire pluriannuel, qui prévoit une réduction des fonds européens. Il critique lourdement cette évolution qui risque d’entraîner une renationalisation des politiques agricoles, et la réduction du soutien au développement d’une agriculture durable.

Hugues Bayet

Il n’aura presté qu’un mandat au PE, puisqu’il est cette fois-ci candidat en place éligible à la Chambre. Le maire de Farciennes s’est investi dans les dossiers de gouvernance économique et budgétaire, qu’il a souvent abordés avec sa vision de municipaliste. Il n’a eu de cesse de tenter de faire évoluer les règles de comptabilité publique imposées par Eurostat, que les édiles locaux belges accusent d’empêcher les investissements publics ou publics-privés. Il a été le rapporteur de la directive sur la publication des comptes d’entreprises pays par pays, un projet considéré comme central pour la transparence fiscale.

Gérard Deprez

Eurodéputé sans discontinuer depuis 1984, sous les couleurs du PSC (devenu CDH) donc du PPE, il est naturellement passé à l’ALDE après son ralliement au MR. Gérard Deprez a été régulièrement classé par l’ONG VoteWatch parmi les trois plus influents eurodéputés belges. Dans le classement 2019, il est à la 31è place sur les 751 députés que compte le PE. Il est notamment l’un des meilleurs spécialistes du budget européen, un domaine pour lequel il a souvent été rapporteur. Dernier en date : le rapport sur les ressources propres de l’Union.

Louis Michel

Ex-commissaire européen au Développement, ancien ministre des Affaires étrangères, Louis Michel est resté centré sur sa passion : le monde africain. Il s’est naturellement fort investi dans la présidence de la délégation aux relations avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), un instrument parfait pour cet infatigable voyageur soucieux de marquer la présence européenne dans ces régions. Mais on l’a aussi régulièrement entendu tonner dans la commission des Libertés, justice et affaires intérieures, ou vu œuvrer en coulisses à la commission du Commerce, en tandem avec Marie Arena dans la législation sur les « minerais de guerre ». Avec les départs simultanés de Deprez et Michel, le MR perd indubitablement deux poids lourds au PE.

Frédérique Ries

Ni ses statistiques, ni sa visibilité ne rendent compte d’un poids politique de premier plan, bien qu’elle siège déjà depuis 20 ans au PE. Mais Frédérique Ries a bénéficié d’un rapport très « grand public » ces deux dernières années : celui sur la directive interdisant les plastiques à usage unique. (Ries siège à la commission Environnement). Cela a permis au MR de surfer sur ce sujet écologique sympathique. Et un seul rapport sur un gros projet de législation demande un travail de longue haleine, qui vaut beaucoup d’interpellations et autres questions écrites…

Claude Rolin

Unique belge francophone au sein du premier groupe parlementaire qu’est le PPE, l’ex-patron du syndicat chrétien a été sans nul doute le membre le plus à gauche de ce parti qui a évolué de la démocratie chrétienne vers la droite conservatrice. C’est dire que Rolin n’a pas vraiment été poussé par le PPE vers les projecteurs, et c’est un euphémisme. Il a cependant été rapporteur pour la révision de la directive sur l’exposition des travailleurs aux produits cancérigènes et autres produits toxiques, qui font 100.000 morts chaque année dans l’UE.

Philippe Lamberts

Député depuis maintenant dix ans, Lamberts s’est fait un nom lors de son premier mandat avec l’élaboration de la directive limitant les bonus des banquiers. Elu chef du groupe des Verts et de l’Alliance libre européenne (régionalistes de gauche) en 2014, il est de ce fait devenu l’un des ténors du Parlement européen. Une fonction qui explique que ses statistiques de parlementaire sont plus basses. Lamberts ne cache pas que son rêve serait de devenir commissaire européen : une hypothèse qui supposerait que sa famille politique monte dans la prochaine coalition fédérale, et encore, comme force majeure qui lui permettrait de revendiquer ce poste. A défaut, il briguera à nouveau la coprésidence de son groupe.

S’y retrouver dans la nébuleuse des petits partis en une infographie

S’y retrouver dans la nébuleuse des petits partis en une infographie
Bruno Dalimonte.

Ceux qui pensaient à un feu de paille en octobre dernier semblent s’être trompés. Les listes citoyennes continuent d’arpenter la campagne électorale, comme elles l’avaient fait lors des scrutins communal et provincial. Elles se sont rassemblées au début de l’année, à l’initiative d’Olivier Carlens, et disposent désormais du soutien de Stéphane Michiels, fondateur de Belvox, qui scrute les pratiques démocratiques des partis.

« Notre démarche part de cette crise de confiance entre le citoyen et la politique, rappelle ce dernier. Et du travail mené par certains politologues. Et le résultat de ces consultations, c’est que les hommes politiques sont incapables d’avoir une vision à long terme car le système électoral les enferme dans des échéances à court terme. Et qu’on les a laissés devenir des professionnels de la politique. »

L’idée, c’est donc de réinjecter du sang neuf puisé au sein de la société civile, au sein du parlementarisme. Mais pas seulement ! « Beaucoup de gens éprouvent des difficultés à comprendre que le système démocratique représentatif n’est pas le seul possible et que des solutions existent ailleurs », poursuit Stéphane Michiels. « Notre principe, c’est de remettre le citoyen au centre de la décision, complète Olivier Carlens. Personne ne pourra répondre aux grands défis tant que l’on n’aura pas mis en cause le processus de décision, la méthodologie. »

Des listes, d’Arlon à Bruxelles

On l’a compris, la démocratie participative et la participation citoyenne figurent au centre du programme du Collectif citoyen. Mais loin de se limiter à « laisser le choix à la population », le nouveau venu sur la scène électorale a choisi de mettre l’accent sur douze priorités. Un chantier herculéen qui s’articule autour d’autant de mots-clés : démocratie, éthique, représentativité, transparence (« Nos membres s’engagent à respecter la charte de Transparencia »), justice, enseignement, environnement, énergie, prospérité-fiscalité et solidarité. Rien de bien précis cependant car le Collectif entend nouer un « nouveau contrat démocratique »

Malgré certaines « contraintes » comme l’alternance homme-femme sur les listes et la présence de suppléants, le Collectif est parvenu à présenter une offre électorale dans bon nombre de circonscriptions du collège électoral francophone. Ainsi, pour la Chambre, il n’est absent qu’à Bruxelles et en province de Luxembourg. Par contre, douze candidats seront proposés pour le parlement bruxellois. En Wallonie, dix circonscriptions sont couvertes : les quatre hainuyères, Nivelles, Arlon-Virton-Bastogne, Liège, Huy-Waremme, Verviers et Dinant. « Il existe une difficulté à trouver des candidats, à motiver des gens de la société civile, constate cependant l’homme à l’origine de la coordination des listes locales. Et nous n’avons pas de professionnels de la politique dans nos rangs. »

Le seuil électoral, trop haut ?

Cette volonté de changer le système se heurte toutefois à une difficulté de taille : celle de faire connaître ses intentions via les médias traditionnels. Ainsi le Collectif a-t-il déposé plainte auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) contre RTL-TVi. Il reproche à la chaîne privée de ne pas encore lui avoir consacré la moindre minute d’antenne dans le cadre de son dispositif électoral, lequel prévoyait pourtant d’offrir une visibilité aux formations ne disposant pas d’élus sortants.

Ce coup d’éclat apportera-t-il cette visibilité qui fait tant défaut aux nouveaux venus ? Le seuil électoral de 5 % semble pour l’heure un horizon difficile à atteindre. Et cela d’autant plus que le territoire électoral francophone accueille une vingtaine de petits acteurs, dont au moins trois listes se revendiquant de l’adjectif « citoyen ». Ainsi, dans ce créneau « société civile », on trouve également les Bruxellois de Plan B (déjà présents au scrutin communal d’octobre dans la capitale) et d’Agora qui s’y présente au sein du collège électoral néerlandophone, ainsi que Référendum, une liste riche d’un candidat unique, active sur l’arrondissement de Huy-Waremme. Avec cette même revendication d’une participation citoyenne accrue et d’une démocratie directe à instaurer plus ou moins largement.

Voilà qui fait beaucoup pour des parts de marché électoral encore limitées. À moins d’une improbable surprise…

En manque d’attractivité et de visibilité, le basket belge ne veut plus tourner en rond

En manque d’attractivité et de visibilité, le basket belge ne veut plus tourner en rond
Belga

La soirée des Awards aux studios AED, la finale de la Coupe à Forest National, le Final 4 de la Champions League au Sportpaleis ou les matches du Brussels délocalisés constituent autant d’exemples réussis de la dimension événementielle que peut revêtir le basket belge professionnel. Ils attestent des efforts consentis, par la Ligue et ses clubs, pour faire exister et redynamiser leur « produit », fragilisé depuis une dizaine d’années par la conjoncture, l’érosion du public et du sponsoring, la faiblesse des droits télévisés, la concurrence d’autres sports, etc. Cette spirale a engendré la disparition de nombreux clubs, confinant la D1 à dix membres. Pour l’endiguer, la prise de conscience semble enfin plus sérieuse, mais l’inertie qui subsiste donne l’impression que le basket belge tourne en rond.

« Notre produit est valable, mais il faut s’en occuper. Sa viabilité m’inquiète parce qu’il dépend trop de personnes et pas assez de structures », confie notamment Roger Roels, le président d’Anvers, le club qui a brisé l’hégémonie d’Ostende en Coupe avant de lui ravir la première place en saison régulière, outre son épopée européenne. Sportivement, c’est intéressant : le champion n’est plus connu d’avance, surtout que Charleroi et le Brussels peuvent brouiller la hiérarchie. Ces quatre-là semblent à nouveau tirer le niveau vers le haut. Il y a du talent et il y a eu d’excellents matches. Le championnat reste un tremplin apprécié des étrangers et les Belges y retrouvent un rôle, même si leur présence n’est pas assez encouragée.

Finances précaires

Les dix clubs pros ont obtenu leur licence. Mais ils souffrent. Les mieux lotis avouent un équilibre précaire, Liège a été placé en procédure de réorganisation judiciaire pour ne pas disparaître, Alost ne veut plus emménager dans la nouvelle salle qu’il a longtemps demandée, tandis que Charleroi et Anvers sont lourdement endettés, sur fonds propres puisqu’il s’agit d’investissements de leurs dirigeants. « Tant qu’ils restent engagés, ce n’est pas problématique », estime Roels. « Mais si tous les clubs sont en négatif, on ne peut pas dire que le produit soit viable », convient Johan Vande Lanotte, le pilier de la suprématie d’Ostende, qui lui aussi voit ses moyens régresser. « Et s’il n’y a plus assez d’argent, il va falloir diminuer la voilure. Le niveau risque d’en pâtir sur le plan européen, mais si cela permet de maintenir l’intérêt national… »

« Hormis le football, il n’existe pas de modèle sportif viable par lui-même », analyse Arthur Goethals, le président de la Ligue. « Cette crise dépasse le basket belge. Un budget qui dépend pour deux tiers du sponsoring est délicat à boucler. Il faut donc mieux travailler, sans se résoudre à moins de moyens. Le nouveau contrat télé fait le pari de rapporter moins de droits en échange de plus de visibilité (directs, streaming, réseaux sociaux). La présence affirmée de nos clubs en Champions League augmente leur compétitivité. Il faudrait le soutien des fédérations pour favoriser l’émergence de jeunes via la D2. Enfin, le niveau et la formule de compétition sont essentiels. »

Vers une BeneLeague ?

Une piste à l’étude conduit à la création d’une BeneLeague avec les Pays-Bas pour résoudre l’équation insoluble d’une formule attractive, capable de « nourrir » ces dix clubs sans lasser jusqu’à leurs joueurs par quatre confrontations entre chacun pour désigner 8 qualifiés en playoffs et aucun relégué. C’est dans cette optique que le prochain championnat, réduit de dix journées, débutera en deux groupes. Mais le semi-professionnalisme de nombreux clubs néerlandais hypothèque l’ouverture souhaitée.

Tant que l’intégration de nouveaux clubs (Courtrai, Gand, Namur, Braine, voire au Luxembourg) reste un vœu pieu, pour que le basket pro recrée un cercle vertueux, il va falloir que ses clubs intensifient leur structuration et redoublent d’ingéniosité dans l’exploitation de leur salle…

L’Etat de Washington va recourir au compostage humain

Katrina Spade, de la société Recompose, voit «
quelque chose de très beau dans l’idée de retourner à la nature de manière aussi directe et d’être placé de nouveau dans le cycle de la vie et de la mort
».
Katrina Spade, de la société Recompose, voit « quelque chose de très beau dans l’idée de retourner à la nature de manière aussi directe et d’être placé de nouveau dans le cycle de la vie et de la mort ». - AFP.

S oleil vert. Un frisson parcourt l’échine à la simple évocation de ce polar d’anticipation de Harry Harrison, adapté au cinéma en 1973 par Richard Fleischer, avec Charlton Heston. Dans un futur proche, l’humanité écrasée par la surpopulation et un inexorable réchauffement climatique recourt à un nouveau mode d’alimentation : le recyclage, parfois criminel, des corps humains en nutrition de base, sous forme de pâtes indigestes appelées « soleil vert »…

En plaçant l’action de sa nouvelle glaçante en 2022, Harry Harrison avait vu juste : c’est en mai 2020, dans un an exactement, qu’une première loi sur le compost humain entrera en vigueur aux Etats-Unis, dans l’État de Washington (nord-ouest). Loin de tout délire agro-alimentaire, il s’agit officiellement de proposer une troisième voie aux familles des personnes défuntes, à côté de l’enterrement classique ou de la crémation. La « réduction organique naturelle », pour reprendre le terme exact, permettra aux personnes décédées, d’être transformées en « compost humain », et de retourner littéralement à la terre, pour reprendre le sinistre jargon des Khmers rouges de Pol Pot.

Paille, copeaux de bois et luzerne

Définie comme « la conversion, accélérée, en milieu clos, de restes humains en humus », cette technique consiste à accélérer le processus naturel de décomposition du corps en le plaçant avec de la paille, des copeaux de bois et de la luzerne dans un conteneur, où sont recréées les conditions idéales d’humidité et d’oxygénation pour que les bactéries fassent leur travail. « Tout est ‘recomposé’, y compris les dents et les os », précise Katrina Spade, de la société Recompose, à Seattle, sur le point de commercialiser cette méthode révolutionnaire désormais validée par le législateur, qui promet des économies en matière d’émissions de CO2 (crémation) et d’utilisation des terres (cimetières surencombrés).

Durant le temps de décomposition dans ledit conteneur, les éléments non biodégradables tels que les plombages dentaires, pacemakers (stimulateurs cardiaques) et toutes formes de prothèses sont récupérés et mis de côté. Au bout d’un mois environ, ajoute Recompose sur son site, « le matériau que nous rendons aux familles est très semblable au terreau que vous pourriez acheter dans votre pépinière ». Comment est-il restitué ? Dans un container d’un mètre cube, soit l’équivalent de deux brouettes, qui permettra, suggère Recompose, de faire pousser un arbre à la mémoire du défunt. Katrina Spade, désireuse de briser le tabou véhiculé par « Soleil vert », y voit « quelque chose de très beau, avec l’idée de retourner à la nature de manière aussi directe et d’être placé de nouveau dans le cycle de la vie et de la mort ».

Inhumation écologique

L’Amérique bruit d’innovations liées aux procédés d’inhumation « verte ». Les funérailles avec un simple linceul enveloppant la dépouille des êtres disparus se multiplient, tout comme les cercueils bio. Un des précurseurs de ces nouvelles méthodes d’inhumation écologique se nomme Luke Perry. Cet acteur rendu célèbre par la série « Beverly Hills 90210 » durant les années 90 est décédé à 52 ans le 4 mars dernier. Il a été enterré vêtu d’un costume à base de champignons et d’autres micro-organismes, conformément à ses vœux. Baptisée « Infinity » et imaginée par la startup californienne Coeio, cette tenue funéraire toute noire d’un nouveau genre « aide la décomposition du corps, contribue à neutraliser les substances toxiques et transfère les nutriments à la vie végétale » à l’issue du processus. Elle est vendue 1500 dollars contre 5500 (5000 euros) pour le procédé Recompose, plus cher qu’une crémation mais moins qu’un enterrement traditionnel avec cercueil.

La « réduction organique » a déjà été testée depuis des décennies pour réduire les carcasses d’animaux dans l’agriculture. En 2018, six corps légués par des familles consentantes avaient permis de réaliser les tests scientifiques permettant de transférer ce procédé à l’homme. Loin, espère-t-on, de toute convoitise dans l’industrie agro-alimentaire.

L’Europe et le patriotisme de la liberté

Le 6 juin 1944, les troupes alliées débarquent en Normandie.
Le 6 juin 1944, les troupes alliées débarquent en Normandie. - © National Archives.

Les élections européennes du 26 mai se déroulent dans un télescopage inédit avec les célébrations du 75e anniversaire du débarquement en Normandie et du début de la libération sur le front occidental de la Seconde Guerre mondiale.

Personne, à l’exception des nostalgiques de Hitler, Pétain ou Degrelle, n’oserait aujourd’hui regretter « l’invasion de la France » le 6 mai 1944 par les forces alliées américaines, britanniques et canadiennes et les 177 Français libres du commando Kieffer. Les paroles officielles, graves ou grandiloquentes, seront donc convenues et consensuelles.

Et pourtant, elles ne devraient pas l’être. Même si officiellement la Libération ne suscite pas de controverse, l’actualité et le passé se chevauchent et s’interpellent. Quelle libération célébrera-t-on ? Avec qui ? De quelle Europe ou de quelle Communauté atlantique parlera-t-on ? Au nom de quelles valeurs ? Pour cautionner quelle politique ? La réponse ne nous sera pas donnée le 6 juin, mais le 26 mai au soir, lorsque tomberont les résultats des élections européennes.

Comme le déclara fameusement John Kennedy en 1961, « la victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline ». Des dizaines de dirigeants politiques de tous bords se bousculeront sur les plages et sur les places du souvenir pour s’approprier la victoire. Mais le 6 juin 1944 ne peut gommer ce qui le précéda, mai 1940, « l’étrange défaite », comme l’appela le grand historien français Marc Bloch : l’hébétude d’une majorité de la population et l’entrée du régime de Vichy dans une politique de collaboration active avec l’occupant nazi.

Un terme fort

Le patriotisme est un mot qui ne peut être galvaudé. C’est au moment où tout le monde va s’en réclamer qu’il importe de le redéfinir. « Ma patrie, c’est la France libre, disait l’écrivain Romain Gary. Je n’ai pas une goutte de sang français, mais c’est la France qui coule dans mes veines ». Un exilé russe, juif, sacré par Charles de Gaulle Compagnon de la Libération, l’image est extraordinaire. Alors que des Céline et des Rebatet souillaient l’ambition de leur pays de rayonner comme une terre d’humanité et de civilisation, un « étranger » s’engageait pour la France libre et publiait en 1943, en pleine guerre, Education européenne, un plaidoyer vibrant pour l’humanisme, « ce poing levé à la face de l’absurdité », selon la belle expression de l’hebdo Le 1. Alors que des « Français de souche » s’enfonçaient dans la Collaboration, des « immigrés » entraient en résistance. Pour « une certaine idée de la France ». Au nom du patriotisme de la liberté.

L’esprit de résistance, en France…

Juin 1944 ne peut se résumer, en effet, au débarquement des troupes alliées. Il fut aussi la confirmation éclatante de « l’esprit de résistance » qui anima, immédiatement après la défaite, une poignée de Français, venus de presque tous les milieux politiques. De la gauche sans aucun doute, même si le Parti communiste empêtré dans le Pacte germano-soviétique ne s’engagea vraiment qu’en juin 1941, de la droite patriotique avec la figure tutélaire de Charles de Gaulle, et même de l’extrême droite, à l’exemple de Daniel Cordier, un ancien de l’Action française qui deviendra le secrétaire de Jean Moulin, le chef du Conseil national de la Résistance. « J’étais non seulement royaliste, mais aussi férocement antisémite. Là-dessus, je peux vous assurer que la guerre m’a changé », confiait-il en mai 2018 au journal Le Monde.

… en Belgique et en Allemagne aussi

En Belgique, des personnes éblouissantes, comme Andrée De Jongh, Suzanne Spaak ou Julia Pirotte et tant d’autres, prirent aussi tous les risques pour combattre la barbarie. En Allemagne même, des personnes de conscience « trahirent » la voyoucratie nazie et les « individus de masse », ces « Allemands ordinaires », que décrit Daniel Jonah Goldhagen dans son livre Les bourreaux volontaires d’Hitler. « Ma patrie, c’est le pays où règne la liberté », s’exclama l’actrice allemande Marlène Dietrich, qui accompagnait les troupes de la Libération. « Nous qui appartenons à cette génération de l’après-guerre, nous sommes fiers qu’il y ait des gens comme vous qui, durant les années d’Hitler, ont choisi le camp de l’ennemi et qui l’ont fait par amour de l’Allemagne », déclarait en 1992 l’actrice allemande Hanna Schygulla.

La lutte contre le nazisme n’a pas été menée partout au nom de la liberté et de la dignité humaine, mais l’esprit de résistance n’a pas été une illusion ni une imposture. « A chaque menace d’asservissement, on verra toujours se lever le petit groupe de ceux pour qui la paix ne s’achète pas à n’importe quel prix », déclarait François Jacob, Compagnon de la Libération et Prix Nobel 1965 de médecine, lors de sa réception à l’Académie française en 1997.

Une vigilance nécessaire

Cet esprit appelle aujourd’hui à la vigilance, car si le recours au passé n’exprime parfois que notre incapacité à expliquer un présent déroutant, les remous et les tumultes des années 1930 et 1940, la haine, la violence, le nationalisme et le nativisme d’alors ressemblent trop aux ressentiments qui corrodent aujourd’hui une Europe désemparée. Vercors, l’auteur du Silence de la Mer, l’homme des clandestines et sublimes Editions de Minuit, évoque dans ses mémoires, La bataille du silence, cette incubation funeste de l’horreur et de la terreur. En mai 1940, quelques jours à peine après la défaite, il découvrait en bonne place dans un kiosque, Le Pilori, « un journal français spécialisé dans la chasse aux Juifs ». Et il s’indignait « On n’avait pas perdu de temps ! Avais-je donc côtoyé sans le savoir, au long de nombreuses années, tant de persécuteurs qui n’attendaient que l’occasion ? »

Dimanche, les citoyens européens démontreront dans les urnes s’ils sont dignes du 6 juin 1944. De ce moment décisif où, pour paraphraser François Mauriac dans Les Cahiers noirs, paru en 1943, « un peuple libre démontrait qu’il pouvait être un peuple fort et qu’un peuple fort pouvait demeurer un peuple juste ».

Grand format - Pop-rock, metal, rap, chanson... Où va l’argent des concerts?

Grand format - Pop-rock, metal, rap, chanson... Où va l’argent des concerts?

La route. The Dragon Queen ne connaît plus que ça. Il y a vingt ans, l’artiste pouvait rester chez elle à se tourner les pouces pendant que ses disques se vendaient comme des petits pains et la nourrissaient, elle, sa famille, ses amis. La seule vraie contrainte, c’était les médias. Il fallait toujours se montrer à la télé, dans les magazines. Mais voilà, les temps ont changé.

A l’aube de ce siècle, à la manière de Port-Réal dans Game of Thrones, la Maison du disque a brûlé. D’un côté, internet et la dématérialisation de la musique ont poussé le CD à une chute irrévocable. De l’autre, l’industrie des festivals s’est développée à grande vitesse. Alors que depuis cinquante ans, l’industrie musicale tirait la grande partie de ses revenus de la vente de disques, elle s’est réorganisée autour du live. L’or, désormais, se trouve dans les concerts et chacun (artistes, labels, tourneurs, promoteurs…) veut une part du gâteau.

Mais comment est distribué l’argent des concerts ? The Dragon Queen en profite-t-il vraiment ? Cela dépend des artistes et de nombreux facteurs qu’on résumera ainsi : leur notoriété sur un territoire donné à un moment donné lors d’un événement donné. En clair, la seule règle qui tienne est celle de l’offre et de la demande. Après tout, nous sommes dans une économie libérale…

Pour mieux comprendre et visualiser ce qui traîne dans les poches de nos artistes préférés, suivons The Dragon Queen (groupe fictif inventé pour l’occasion – au contraire des intervenants qui sont, eux, des personnes en chair, os et métier) et imaginons-le dans différents cas de figures. Il sera tour à tour groupe pop-rock belge chéri de son public, une rappeuse américaine reconnue mondialement, un groupe de metal russe réputé pour ses shows enflammés et une chanteuse populaire se produisant dans un festival. Attention, one, two , 1, 2, 3, 4 !

Campagne 2.0: le Vlaams Belang tire son épingle du jeu

La campagne du Belang vise principalement les jeunes.
La campagne du Belang vise principalement les jeunes. - Bruno Dalimonte.

Jusqu’à présent, le moment le plus captivant de la campagne électorale en Flandre a été l’interruption par des activistes climatiques d’un débat électoral entre Guy Verhofstadt, député européen libéral, et Geert Bourgeois, tête de la liste européenne de la N-VA et actuel ministre-président de la Flandre. Ils ont lancé des confettis et des tracts sur les deux hommes politiques, et se sont jetés par terre dès que les agents de la sécurité ont essayé de les écarter du plateau. Après le lancement par la rédaction d’une séquence sur un thème tout à fait différent, les activistes ont été écartés et remis dans les mains de la police. Le débat put reprendre, mais le suspense avait disparu.

L’insipidité de la campagne électorale en Flandre a, selon moi, plusieurs causes : la proximité des élections précédentes, en octobre dernier, pour le niveau communal, qui à ce moment-là était le premier scrutin depuis plus de quatre ans ; ou encore, la crise gouvernementale qui a fait l’objet de reportages intenses sur la vie politique dans notre pays, avec un rôle négatif pour les protagonistes (les politiques) aux yeux de nombreux observateurs ; ou encore, le phénomène du « kibbelkabinet » (le cabinet des chamailleries) qui a consisté en des bisbilles permanentes entre les partis néerlandophones de la coalition fédérale.

Des exclusives qui résonnent au nord

Le public flamand avait donc l’impression que la campagne électorale avait déjà commencé en été 2014, lors de la formation du gouvernement suédois.

En tête de la liste des thèmes de campagne en Flandre figurent les pensions et l’âge de la retraite, sans oublier la migration et les problèmes d’intégration, le climat, l’éducation et, au cours de la première semaine de mai, toutes les propositions sur le pouvoir d’achat. Mais le motif principal de cette campagne est probablement les veto : « qui peut gouverner avec qui ? » Des veto qui se formulent plutôt du côté des partis francophones envers la N-VA (pour Ecolo, travailler avec eux est « impensable » ; le CDH qui « en aucun cas » ne veut contribuer à la mise en place d’un gouvernement avec la N-VA et le PS qui dit « sans la N-VA »), mais qui résonnent du côté néerlandophone.

Le pic prématuré des Verts

Les écologistes flamands sont la brebis galeuse. Ils avaient le vent en poupe ; les jeunes manifestants pour le climat avaient convaincu une bonne partie de l’opinion publique de l’urgence de la protection du climat. Mais les écologistes flamands sont tombés dans un piège prévisible : l’idée plutôt abstraite de préserver le climat est peut-être soutenue par une majorité de Flamands, mais quand les conséquences deviennent concrètes, ce support s’écaille. Les écologistes flamands ont probablement atteint leur pic trop tôt. Une des causes du pic prématuré pourrait être la campagne négative de la N-VA. Les nationalistes ne cessent de projeter un « cauchemar » pour le Flamand, qui serait de devoir faire face à une coalition des partis de gauche. A chaque fois, De Wever répète qu’il s’agirait d’un « front populaire » avec à la tête l’écologiste Kristof Calvo.

Le « cauchemar » selon la N-VA

Le raisonnement est simple : une majorité de partis de gauche en région francophone (les partis qui excluent la N-VA) prendrait la main pour former un gouvernement fédéral de gauche, avec une minorité de partis néerlandophones. Pour compenser cette minorité, le poste de Premier ministre passerait du côté néerlandophone, établissant de cette façon une coalition à gauche. L’idée derrière cette projection « cauchemar » est d’avertir les électeurs de droite (surtout ceux qui hésitent à passer de la N-VA au Vlaams Belang) de voter N-VA, qui veut absolument s’assurer de 30 % des voix en Flandre. L’idée est simple : pour éviter un gouvernement de gauche, ne votez pas Vlaams Belang, mais choisissez la N-VA.

Bart De Wever et les « helfies »

Dernière remarque. La campagne en Flandre se joue pour la première fois dans deux univers parallèles : les médias classiques et le monde digital. Souvent ces deux univers débordent de l’un dans l’autre.

Quand, par exemple, pour la première fois, Bart De Wever mord la poussière dans un débat au plateau de « Terzake » (un programme quotidien d’actualités sur la deuxième chaine de la VRT), les « helfies » (des laquais digitaux) lui portent massivement secours sur le réseau social Twitter. C’est John Crombez, président des socialistes flamands qui provoque Bart De Wever afin qu’il reconnaisse que la N-VA voudrait davantage augmenter l’âge légal de la pension, si l’espérance de vie continuait d’augmenter. Le jour suivant, la N-VA, aidée par ses « helfies », lance des séquences sur les réseaux sociaux pour limiter les dégâts. Et pour ceux qui croient toujours que cette méthode pour faire du marketing politique reste marginale, il faut se rendre compte que les partis flamands, pendant cette campagne, ont déjà dépensé plus de 800.000 euros en publicité sur le réseau Facebook.

Séduire la jeunesse

Dans cet univers-là, tout indique que les Flamands se dirigent vers les extrêmes. Et si les écologistes ont atteint leur pic top tôt, il reste toujours le Vlaams Belang pour récolter ces voix. Surtout chez les jeunes, et surtout chez les jeunes « garçons », le Vlaams Belang revient en force, avec un parti d’extrême droite qui a changé de visage. Une nouvelle génération de jeunes, bien habillés et émancipés, s’accorde avec les partis populaires qui existent partout en Europe et qui utilisent surtout les réseaux sociaux pour faire de la propagande politique, en premier lieu parce qu’ils se sentent toujours limités par les médias classiques, mais aussi parce qu’ils sont convaincus de l’efficacité du marketing digital, sur mesure pour les jeunes. Des 800.000 euros dépensés en publicité digitale en Flandre, le Vlaams Belang prend la moitié à son compte. C’était un élément important de leur résurrection lors des élections locales en octobre ; une tendance qui pourrait se confirmer dimanche.

Le Vlaams Belang domine la campagne 2.0 et en Flandre, désormais le 26 mai pourrait redevenir la date d’un nouveau Dimanche Noir. Ne dites pas que vous n’étiez pas averti.

► Elections 2019: dimanche pourrait être «noir», mais qui s’en soucie ?

Les nouveaux burgers végétariens ratent notre test de goût

L’Incredible Burger de Garden Gourmet (Nestlé) saigne dans l’assiette comme un steak haché de bœuf. Mais il fera surtout saigner plus d’un cœur de gastronome.
L’Incredible Burger de Garden Gourmet (Nestlé) saigne dans l’assiette comme un steak haché de bœuf. Mais il fera surtout saigner plus d’un cœur de gastronome. - Dominique Duchesnes

Depuis ce printemps, ils fleurissent, à grand renfort de marketing, dans les rayons des supermarchés et sur les grils des barbecues. Ils s’appellent Incredible Burger (de la marque Garden Gourmet de Nestlé, en vente dans la plupart des grandes surfaces) et Beyond Burger (de Beyond Meat, en exclusivité chez Delhaize et Albert Heijn). Ce sont des steaks hachés 100 % végétaux de nouvelle génération qui prétendent imiter au plus près les patties (« les galettes ») de bœuf : même couleur, même saignement à la cuisson et à la découpe, même grésillement dans la poêle, même croûte brune en surface et chaire rosée à l’intérieur, même texture et goût approchant.

Le public cible de ces substituts issus de la foodtech et de ses millions de dollars en recherche et développement, ce sont moins les végétariens et les vegans que les flexitariens, ces consommateurs, de plus en plus nombreux, qui décident de manger moins de viande pour préserver leur santé et la planète, sans renoncer à la saveur de la bidoche.

Pari réussi ? Nous avons voulu en avoir le cœur et le palais nets en dégustant les deux nouveautés, lors d’un repas en duo. Certes, bien protégés dans leur ravier, le Beyond et l’Incredible burger ressemblent à de la viande. Cela dit, extraits de leur barquette, ils évoquent plutôt de l’américain préparé. Mais dès le film plastique percé, c’est une autre caractéristique qui saute aux yeux… ou plutôt au nez. L’odeur de ces patties n’a rien du bœuf haché. Entre vinaigre et sauce soja (le Beyond Burger n’en contient pourtant pas) très prononcés, elle n’est guère engageante. Le lendemain de notre essai gustatif, nous en avons eu la confirmation en présentant les deux barquettes ouvertes, directement sorties du frigo, sous les narines d’une dizaine de collègues. Verdict : pour la plupart, ils avaient la mine dégoûtée.

Un goût improbable

Retour à notre test en cuisine, en suivant scrupuleusement les instructions de préparation. Dans une poêle légèrement huilée, l’Incredible comme le Beyond grésillent rapidement et dégagent du simili sang (merci le jus de betterave). Amusant. Hélas, le jus de cuisson de l’Incredible brunit très vite, laissant craindre un fond de poêle carbonisé. Le Beyond, lui, adhère rapidement au revêtement. Sa couche supérieure a même tendance à se désagréger et à coller aux spatules lorsqu’on change le burger de côté. Une cuisson maladroite ? Peut-être…

Place au verdict de l’assiette par les deux testeurs d’un soir, l’un amateur de viande, l’autre flexitarienne. Comment décrire le goût de ces burgers super-innovants ? Ni l’un ni l’autre ne nous ont évoqué le goût de la viande, pas même la texture en bouche. Abstraction faite de la référence carnée, ils ne nous ont rien inspirés de connu dans notre vécu gustatif (à la rigueur du korn fumé pour le Beyond). Et encore moins de l’appétit. Il nous a été pénible – voire impossible – de terminer l’Incredible. Le Beyond, mieux toléré par nos papilles, a quand même filé en bonne partie à la poubelle, avec notre moue réprobatrice. Le repas s’est achevé avec un steak haché de bœuf.

Evidemment, ce test reste purement subjectif. Et à en croire les producteurs et les distributeurs de ces produits, le Beyond et l’Incredible Burger cartonnent, notamment parce qu’ils sont pratiques et qu’ils constituent une aide à la transition pour celles et ceux qui souhaitent diminuer significativement leur consommation de viande. Reste à voir si c’est vraiment tout profit pour la santé. « Ce sont des produits ultra-transformés qui évoquent Tricatel (l’atroce usine dans le fameux film l’Aile ou la cuisse avec Louis De Funès – NDLR) dans leur volonté de mimer la viande, » juge Stéphanie Bonnewyn, diététicienne chez Test Achats. « Nutritionnellement, ils n’ont rien de révolutionnaires par rapport aux burgers végétariens classiques. Ils contiennent eux aussi des additifs comme de l’acide ascorbique (E300) et de la gomme arabique (E414). Ils ne sont pas spécialement bons pour la santé, même si je ne déconseille pas leur consommation occasionnelle. »

La meilleure voie pour les flexitariens semble donc de privilégier des alternatives à la viande plus classiques et moins transformées, comme les œufs, le fromage ou le poisson. Et de se mettre à préparer ses propres burgers végétariens, avec des haricots et des pois.

Le vrai ou faux: est-il impossible de commencer le violon après 4 ans?

Le vrai ou faux: est-il impossible de commencer le violon après 4 ans?

Plutôt vrai

Du moins si on veut devenir violoniste professionnel. « Je ne dirai pas 4 ans mais je dirai pas après 7 ans », précise Lorenzo Gatto. « Faire du violon demande de développer une musculature particulière car on tord sa main gauche d’une façon un peu bizarre. Je ne connais pas vraiment de violonistes qui ont commencé tard. J’ai l’impression que c’est plus possible avec un instrument comme le piano, les instruments à vent ou peut-être même le violoncelle. » Lui a commencé à 4 ans et demi.

Les choses ne sont, par contre, pas du tout impossibles si on décide d’être amateur. « Il faut aussi différencier le fait de jouer tout le répertoire classique, les Caprices de Paganini, Beethoven ou Mozart : là on a besoin d’une technique qu’il faut développer très jeune. Après, on peut jouer de la musique folk, irlandaise, et plein de choses en commençant beaucoup plus tard. C’est vrai que dans la musique classique, on est un peu obsédé par toute cette perfection. C’est une manière de voir les choses, peut-être la grande culture européenne un peu complexante, mais il y a des cultures plus légères qui sont extraordinaires et dans lesquelles le violon peut vraiment être un instrument exceptionnel. »

Un instrument ingrat

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on débute, le violon est un instrument un peu ingrat. « Dire que lorsqu’on commence le violon, ça casse forcément les oreilles est simplement la vérité. Le violon est un instrument ingrat. Même pour ceux qui le jouent, il y a une certaine haine, car c’est un instrument qui n’est vite pas beau à écouter. La frontière entre le fait que ce soit magnifique et un peu magique, que ça touche, ou que ça dérange est vraiment ténue. Même quand on joue bien, on peut être dans un mauvais jour, dans une mauvaise acoustique. Je l’ai beaucoup expérimenté personnellement. Le violon peut vite être aigu et grinçant. »

Pourquoi est-ce si complexe ? « Car l’espace d’expression et d’équilibre est extrêmement petit. Un violon, en fait, c’est tout petit. Et l’espace qu’on a entre chaque doigt est micrométrique. Avec un piano, on a quand même à chaque fois deux centimètres donc on peut se planter un peu. La difficulté est ailleurs. Au violon ce n’est pas possible car la marge d’erreur est vraiment minuscule pour que ça sonne bien. »

Une complexité qui implique qu’il faut travailler souvent, aussi pour préserver sa mémoire musculaire. « Au début, je stressais vraiment d’arrêter parce que c’est un instrument qui complexe vite si on ne travaille pas tous les jours. On sent qu’on perd vite. Mais il ne faut pas avoir peur non plus de parfois s’arrêter pendant un mois, parce que ça permet de revenir avec des envies, avec les antennes plus ouvertes. On a un peu plus de recul donc en une fois, on essaie vraiment des choses diamétralement différentes. C’est un métier d’équilibre en fait. Les déplacements sont tellement fins qu’on ne peut pas tout calculer. Il y a aussi une mémoire musculaire. Ce sont les doigts qui retiennent (où ils doivent se placer, NDLR) et qui sont au final un peu la mémoire. Il n’y a pas que le cerveau. C’est quand même une discipline musculaire. »

Le travail de l’archet

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette main gauche, ces doigtés, ne sont pas forcément l’aspect le plus complexe de l’apprentissage du violon. « Je pense que l’archet est en fait plus difficile que la main gauche. Pour la main gauche, il y a évidemment la justesse qui est très difficile, mais l’équilibre dépend du bras droit. Il faut appuyer un peu fort au début puis relâcher tout de suite pour donner de l’air au son. Puis réappuyer. C’est une science vraiment très complexe, qui change en fonction de l’instrument, de l’acoustique, de l’humidité. Il faut s’adapter. C’est vrai que l’on parle tout le temps du violon mais on ne parle pas beaucoup de l’archet. Et l’art de l’archet est peut-être encore plus délicat à maîtriser. C’est ça qui produit le son pour les oreilles. »

Retrouvez tous nos articles sur le concours Reine Elisabeth 2019

Elections 2019: les curieux comptes électoraux du SPF Intérieur

Binche, Estinnes et Morlanwelz rejoignent la toute nouvelle circonscription de Soignies-La Louvière.
Binche, Estinnes et Morlanwelz rejoignent la toute nouvelle circonscription de Soignies-La Louvière. - Communauté urbaine du Centre

En Wallonie, l’élection des 75 députés appelés à siéger au parlement régional sera marquée par une évolution en profondeur du contour des circonscriptions. En tout cas en Hainaut et en Luxembourg, la carte électorale restant inchangée à Liège, à Namur et en Brabant wallon. En 2014, la Wallonie comptait treize circonscriptions. Six d’entre elles subissent l’impact de la décision imposée par le Conseil d’État et coulée dans un décret spécial de janvier 2018. C’est énorme.

Et cela risque de rendre complexe la lecture des résultats du 26 mai. Comparer par exemple les chiffres de 2014 sur la circonscription de Charleroi et ceux de 2019 sur la circonscription fusionnée (mais amputée de cinq communes) de Charleroi-Thuin semble difficile. Mais le plus étonnant réside dans l’attitude du SPF Intérieur : l’administration chargée de publier les résultats électoraux a cherché à « faire simple » en retenant des résultats partiels pour 2014. Curieux…

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Le principe

La Wallonie passe de treize à onze circonscriptions électorales. Chacune d’entre elles enverra au moins quatre députés au parlement de Namur. En Luxembourg, les deux circonscriptions de Neufchâteau-Virton et d’Arlon-Marche-Bastogne n’en font plus qu’une qui épouse les contours de la province. En Hainaut, les frontières de toutes les circonscriptions évoluent à l’exception de celle de Mons. Une loi fédérale a été nécessaire pour redessiner plusieurs cantons électoraux.

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Les vases communicants

En 2014, le Luxembourg envoyait encore cinq députés à Namur (trois en provenance d’Arlon-Marche et deux depuis Neufchâteau-Virton). Le 26 mai, ce sont six élus qui seront désignés par les électeurs. A l’inverse, le Hainaut perdra un de ses représentants à l’occasion d’un savant rééquilibrage qui implique les nouvelles circonscriptions de Charleroi-Thuin et de Soignies-La Louvière.

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Le Hainaut chamboulé

L’évolution est donc assez simple à comprendre en Luxembourg : comme pour les fédérales, il ne reste qu’une circonscription provinciale. En Hainaut par contre, on assiste à un grand chambardement. Avec trois sièges seulement à pourvoir en 2014, la circonscription de Thuin est fusionnée avec celle de Charleroi. Mais elle est aussi amputée des communes de Binche, Estinnes et Morlanwelz qui rejoignent la toute nouvelle circonscription de Soignies-La Louvière.

Outre les cinq entités précitées, cette « petite dernière » s’articule autour de trois entités historiques de l’arrondissement du Centre : Braine-le-Comte, Ecaussinnes et Le Roeulx. Mais elle hérite au passage des communes de Seneffe et Manage, jusqu’à présent rattachées à la circonscription de Charleroi. A l’inverse, le Centre se déleste de Silly, Lessines et Enghien qui rejoignent la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron.

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Les sièges hennuyers

Pour de nombreux électeurs, la campagne va changer de visages. Un habitant de Lessines habitué à choisir des candidats du Centre a vu fleurir les affiches de personnalités venues de Wallonie picarde. Dimanche, un électeur de Thuin pourra choisir de cocher le nom d’effectifs ou de suppléants domiciliés à Charleroi. Et ce ne sont que quelques exemples…

Cette nouvelle carte électorale en Hainaut a aussi des conséquences sur la répartition des sièges. Rien ne change à Mons (cinq élus) et même à Tournai (sept élus), malgré le ralliement de trois communes. La circonscription de Charleroi-Thuin enverra dix représentants à Namur. En 2014, neuf élus provenaient de Charleroi et trois de Thuin. Deux députés de moins, c’est le prix du départ de grosses communes comme Seneffe, Binche ou Morlanwelz…

Enfin, la circonscription électorale de Soignies-La Louvière hérite de cinq élus contre quatre seulement pour le territoire du Centre tel qu’il existait encore lors du dernier scrutin.

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L’impact sur les résultats

En Luxembourg mais surtout en Hainaut, ce puzzle électoral aura sans doute un impact sur les résultats électoraux. Exemple : comment se répartiront les sièges sur Charleroi-Thuin alors que cette circonscription a gagné la vaste zone rurale de la Botte du Hainaut avec des communes comme Chimay, Beaumont ou Momignies ? En 2019, 334.118 habitants sont appelés aux urnes dans ce secteur contre 285.908 dans la circonscription de Charleroi en 2014.

Plus spectaculaire encore : entre le Centre version 2014 et le Centre version 2018, on passe de 128.257 à 167.663 électeurs, soit un gain de 25 %. Bien malin qui réussira à comparer les résultats des deux scrutins… Et que dire des voix de préférence des candidats présents en 2014 puis 2019, mais sur des territoires modifiés ?

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Quelles comparaisons ?

Dimanche, les résultats officiels seront communiqués par le SPF Intérieur. Les tableaux par circonscriptions sont déjà disponibles sur le site internet du ministère. Les comparaisons entre 2014 et 2019 font fi de l’évolution de la carte électorale. L’exemple le plus flagrant concerne à nouveau Charleroi-Thuin : la colonne reprenant les résultats de 2014 intègre uniquement les chiffres de la circonscription de Charleroi.

Le même biais est constaté dans le Luxembourg où deux circonscriptions n’en font plus qu’une : pour 2014, seuls les résultats de la circonscription d’Arlon sont enregistrés, soit 114.559 inscrits sur un total de 204.189. Mais le site internet permet d’accéder à une lecture provinciale des résultats. Et comme la circonscription épouse le territoire de la province, le tir peut être corrigé.

Le comble, peut-être : pour la toute jeune circonscription de Soignies-La Louvière, aucun chiffre n’est communiqué pour 2014, comme si les électeurs de ce secteur, certes profondément remanié, étaient des oubliés de l’histoire… Où sont passées les 124.077 personnes inscrites lors la dernière élection régionale ? Mystère… L’explication reçue par le SPF Intérieur tient en quelques mots : « Ces situations sont complexes, nous avons voulu faire simple. » On ne parle ici ni d’erreur, ni de scandale donc, mais plutôt d’une méthodologie perturbante.

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Une grande stabilité malgré tout ?

On saura dimanche si cette nouvelle carte électorale a influencé les résultats. Dans une publication récente (1), le Crisp a évalué la répartition des sièges au parlement de Wallonie selon le nouveau découpage et sur base des résultats de 2014. En Luxembourg, seul le PS aurait obtenu un bonus en gagnant le sixième siège encore virtuel. En Hainaut par contre, le PS aurait perdu deux mandats et le CDH un seul, tandis que deux sièges auraient abouti dans l’escarcelle du PTB. A confirmer bien sûr.

(1) Les circonscriptions électorales du parlement wallon, Courrier hebdomadaire du Crisp nº2401-2402, par Frédéric Bouhon, Andy Jousten et Zoé Vrolix.

C’est déjà la saison des moules

Sur les bateaux munis d’une grue pour remonter les cordes, ce sont environ deux tonnes de moules par heure qui sont pêchées à partir de la fin du mois de mai.
Sur les bateaux munis d’une grue pour remonter les cordes, ce sont environ deux tonnes de moules par heure qui sont pêchées à partir de la fin du mois de mai. - Bruno Dalimonte.

Reportage

Au large de Neeltje Jans, dans l’Oosterschelde (Escaut oriental), les bateaux de mytiliculteurs s’activent pour remonter les premières moules de Zélande. Déjà ? Première idée à déconstruire : on oublie l’ancien adage qui voudrait que la saison propice soit celle des mois en « r » (janvier, février, mars, avril et septembre, octobre, novembre, décembre). Depuis quelques années, avec l’amélioration des techniques de conditionnement frigorifique, les mytiliculteurs ne craignent plus la chaleur et peuvent les commercialiser dès qu’elles arrivent à maturité, vers la fin juin. La véritable saison des moules de fond ne commence donc qu’avec l’été…

Elevage de moules suspendues

Pourtant, en ce mercredi ensoleillé de mai, on en a vu de nos yeux vu sortir de l’eau pour les manger toutes fraîches, parquées (crues) ou cuisinées par le chef étoilé Gert De Mangeleer avec des oignons frits, du soja, du champagne, de la coriandre et un zeste d’agrume. Un délice ! Ces premières moules dites suspendues n’ont rien d’un ersatz : elles sont un peu plus petites mais quasi aussi charnues et savoureuses que leurs homologues pêchées au fond de l’eau.

Culture sur corde

Pour à la fois faire face à la pénurie et satisfaire une demande grandissante, venant principalement du marché belge, les mytiliculteurs zélandais ont importé dans les années 90 une technique venue de Nouvelle-Zélande, qui permet d’anticiper la saison d’un mois : la culture sur cordes. En pratique, il s’agit de moules suspendues à ces cordes, plus en surface, qui trouvent davantage de nutriments et se développent donc plus vite.

« Les moules aiment s’accrocher, que ce soit entre elles au fond ou à une corde, c’est une stratégie de survie », explique Julien Barbé, l’un des neuf mytiliculteurs zélandais réunis sous le label « Zeker Zeeuws », qui pratique ce type de culture en plus de la pêche de fond traditionnelle. « Dans l’eau, une partie des larves s’accroche aux cordes et le reste tombe au fond. »

Agées de deux ans

En mars, les éleveurs de moules de Zélande suspendues placent donc des kilomètres de corde dans l’Escaut oriental et le lac de Grevelingen, une zone protégée Natura 2000. Puis vient la saison des amours, en avril, dont le fruit (le naissain) va spontanément venir se fixer grâce au courant sur ces cordes. Les mini-moules sont ensuite placées quelques mois plus tard par les mytiliculteurs dans des petits filets où elles se développent pendant deux ans, soit le temps d’atteindre leur maturité.

C’est donc des moules de Zélande à peine âgées de deux ans qui vont débarquer d’ici peu dans les grandes surfaces. Delhaize – qui vend actuellement des moules de corde danoises – en commercialisera à partir du 27 mai prochain. Carrefour propose également des moules de corde du Danemark ; les zélandaises seront disponibles à partir de début juin.

5 % de la production totale

En termes de volume, ces moules suspendues ne représentent qu’environ 5 % de la production totale des mytiliculteurs zélandais : deux millions de kilos contre 50 millions par an pour les moules de fond. « En vérité, si la saison des moules de corde s’étale de fin mai à octobre, elle se termine quand les moules de fond arrivent à maturité parce que nos clients les préfèrent. Nonante pour cent d’entre eux n’achètent alors plus de moules suspendues », confie Julien Barbé.

Sur les bateaux munis d’une grue pour remonter les cordes, ce sont environ deux tonnes de moules par heure qui sont pêchées à partir de la fin du mois de mai. Un travail à la chaîne en partie mécanisé : sur une nacelle, à l’arrière, un homme coupe les nœuds des filets, puis la corde rentre dans une machine où des brosses arrachent les moules un peu à la façon d’un car-wash américain pour les acheminer ensuite dans de grands bacs.

La culture traditionnelle des moules de fond quant à elle plonge de grands filets au fond de l’eau. Elles sont plus charnues et légèrement plus salées. Mais il faudra attendre la fin juin pour en manger.

► La moule se déguste en cinq questions

Roland-Garros: David Goffin, une tête de série pas si protégée

Goffin (de dos) s’est entraîné avec Federer sur le Central, ce mercredi après-midi.
Goffin (de dos) s’est entraîné avec Federer sur le Central, ce mercredi après-midi. - News

En battant Stan Wawrinka, la semaine dernière à Rome, David Goffin a sauvé sa peau en tant que tête de série à Roland-Garros.

Retombé au 30e rang mondial, ce lundi, le Liégeois est placé au 28e rang des 32 statuts protégés à Paris (suite aux forfaits déjà annoncés de Kevin Anderson et de John Isner). Un privilège non négligeable car, avec la malchance qui semble souvent lui coller aux basques, le Liégeois aurait pu tirer Rafael Nadal dès le premier tour, sans ce statut. Mais le nº1 belge ne sera pas protégé de tout ! Cette place éloignée de 28e tête de série lui garantit ainsi de tirer, pour un 3e tour potentiel, une des huit premières têtes de série de l’épreuve. À savoir, dans l’ordre : Djokovic, Nadal, Federer, Thiem, Zverev, Tsitsipas, Nishikori ou Del Potro ! Oui, vous lisez bien, Goffin a une chance sur deux de retrouver, lors d’un 3e tour éventuel, soit Novak Djokovic, Rafael Nadal, Roger Federer ou Dominic Thiem, le finaliste de l’an dernier…

Quelle partie de tableau pour Roger Federer ?

Au mieux, le sort lui placerait Kei Nishikori ou le « pas en forme » Sascha Zverev dans sa partie de tableau… Encore faut-il arriver jusqu’à ce fameux 3e tour, ce qui serait, lorsqu’on analyse la saison actuelle du nº1 belge, un premier objectif raisonnable… Pour rappel, l’an dernier, il avait écarté Gaël Monfils lors de deux journées épiques au 3e tour, avant de se faire éliminer, en huitième, par l’Italien Marco Cecchinato, révélation de l’édition 2018.

Elise Mertens, elle, sera 20e tête de série et retrouvera sur sa route éventuelle du 3e tour, une des têtes de série classée de 9 à 16, soit Elina Svitolina, Serena Williams, Aryna Sabalenka, Anastasija Sevastova, Caroline Wozniacki, Madison Keys, Belinda Bencic ou la Chinoise Qiang Wang. Mais chuuuut, n’en parlez pas à la Limbourgeoise, qui, par superstition, ne veut que connaître le nom de sa première adversaire et pas la suite éventuelle de son tableau !

Alison Van Uytvanck (55e mondiale) et Kirsten Flipkens (59e) doivent, elles, juste croiser les doigts pour éviter ce qu’on appelle un gros lot d’emblée, mais qui ne rapporte pas forcément dans ce cas-ci…

De manière plus générale, un des grands moments de la soirée, sera de voir dans quelle partie de tableau, celle de Novak Djokovic (Nº1), en haut, ou celle de Rafael Nadal (Nº2), en bas, le nom de Roger Federer (Nº3) va atterrir pour un duel possible en demi-finale. Cela fait quatre ans qu’on ne s’était plus posé pareille question avec le Maître suisse lors d’un tirage au sort à la Porte d’Auteuil…

Roland-Garros: pour David Goffin, ce sera objectif Rafael Nadal au 3e tour

Nadal mène 3 victoires (toutes sur terre battue) à 1 (sur dur) contre Goffin.
Nadal mène 3 victoires (toutes sur terre battue) à 1 (sur dur) contre Goffin. - P.N.

Teddy Riner, la légende du judo français, invité à jouer la « main innocente » à l’Orangerie d’Auteuil, ne pouvait pas offrir une plus terrible prise que celle-là à David Goffin. Surtout qu’en grand supporter avoué de Rafael Nadal (« Je suis fan de lui depuis toujours »), il a plutôt eu la main heureuse pour celui qui visera un… 12e sacre à Paris. L’Espagnol débutera, en effet, cette quinzaine par deux joueurs issus des qualifs, avant d’attendre… David Goffin ! Ce dernier devra d’abord se défaire d’un Richard Berankis (72e) qui mène 3-2 dans les duels respectifs, depuis sa victoire contre le nº1 belge début d’année à Doha… La vraie différence, c’est que les deux hommes ne se sont jamais affrontés sur terre battue et que le joueur de Vilnius n’a jamais gagné un seul match à Roland-Garros en cinq éditions ! Le vainqueur de cette rencontre défiera, au 2e tour, soit le Serbe Kecmanovic (83e), soit l’Américain Kudla (79e). La suite, vous connaissez…

Nadal devra monter en puissance

D’une manière générale, Rafael Nadal qui s’est dit « impressionné par le Central mais un peu perdu dans ce nouveau Roland-Garros » pourra monter en puissance à la Porte d’Auteuil jusqu’en… demi-finale où il pourrait retrouver le talent grec Stefanos Tsitsipas ou… Roger Federer ! Le Suisse, de retour après quatre ans d’absence, défiera l’Italien Lorenzo Sonego (73e) au premier tour. L’Italie est très présente dans son tableau puisque Matteo Berrettini pourrait être son adversaire au 3e tour et Marco Cecchinato, demi-finaliste l’an dernier, son rendez-vous en huitième de finale, avant Tsitsipas, puis Nadal…

Novak Djokovic, qui vise un quatre à la suite en Grand Chelem à Paris (!), a sans doute hérité du parcours le plus piégeux avec, d’emblée, un premier tour difficile face au talent polonais Hubert Hurcaz, 43e mondial à 22 ans. Coric, Zverev, Thiem ou Del Potro figurent aussi dans la partie de tableau du nº1 mondial !

Mertens bien lotie

Côté féminin, tête de série nº20, Elise Mertens a plutôt été bien servie avec la Slovène Tamara Zidansek (68e) au 1er tour. La Limbourgeoise défierait ensuite la gagnante du match entre la jeune Française de 16 ans Diane Parry (486e) et la Bélarusse Vera Lapko (101e). En seizièmes de finale, son adversaire théorique devrait être la Lettone Anastasija Sevastova (12e). Ça reste jouable avant un huitième de finale potentiel contre l’Allemande Angélique Kerber (5e) qui n’est pas vraiment une amoureuse de la terre battue. Elise avait défié Simona Halep, à ce stade, l’an dernier…

Alison Van Uytvanck (55e) débutera contre l’Espagnole Sara Sorribes Tormo (72e) qui lui permettra d’espérer une vengeance depuis la dernière rencontre de Fed Cup. Une victoire la placerait face à l’Américaine Sloane Stephens (7e), la finaliste de l’an dernier…

Enfin, Kirsten Flipkens (59e), toujours à la recherche d’une victoire sur brique cette saison, a hérité de la championne olympique en titre, la Portoricaine Monica Puig (61e), spécialiste de la terre battue…

Pour rappel, ce Roland-Garros débutera dès ce dimanche avec déjà 35 matches au programme !

Les affiches du 1er tour : Fognini-Seppi, Djokovic-Hurkacz, Tipsarevic-Dimitrov, Karlovic-Lopez, Haase-Kohlschreiber, Carreno-Sousa, Cecchinato-Mahut et Norrie-Kyrgios chez les messieurs ; Venus Williams-Svitolina, Ostapenko-Azarenka, Sabalenka-Cibulkova et Goerges-Kanepi chez les dames.

Les programmes à la loupe: faut-il accentuer la dégressivité des allocations de chômage?

Les programmes à la loupe: faut-il accentuer la dégressivité des allocations de chômage?
Thomas Blairon

L’idée aurait pu se concrétiser à l’automne ou à l’hiver dernier. Elle était née l’été précédent, dans la tête des ministres de la suédoise fédérale : accroître encore la dégressivité des allocations de chômage. Celui qui vient de perdre son emploi aurait perçu un revenu de remplacement plus élevé qu’actuellement, afin d’accroître les moyens à sa disposition pour rechercher un nouveau travail. Mais, au bout d’un certain temps, son allocation aurait baissé plus qu’aujourd’hui.

La chute du gouvernement fédéral en a voulu autrement, plusieurs points du « jobsdeal » (l’accord gouvernemental de juillet 2018 en faveur de l’emploi) restant finalement lettre morte. Et ce n’est pas le Parti socialiste qui s’en plaindra. A l’instar du PTB, il annonce dans son programme électoral : « Afin de respecter le principe fondamental qui régit la sécurité sociale, à savoir le caractère assurantiel de celle-ci, la dégressivité des allocations de chômage, qui n’a pas démontré la moindre utilité dans la lutte contre le chômage et qui a uniquement pour conséquence de précipiter les chômeurs de longue durée dans la pauvreté, doit être supprimée. » Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, expliquera-t-on sans doute au boulevard de l’Empereur. En effet, la mesure avait été implémentée sous le gouvernement… Di Rupo.

Cette forme de sanction financière pour chômage de longue durée, Ecolo et Défi n’y sont guère plus favorables. Pour les verts, la priorité est d’affecter les moyens disponibles à la formation des demandeurs d’emploi plutôt qu’à leur contrôle. Ce qui implique, in fine, de renoncer à les sanctionner puisque toute sanction doit être précédée d’un examen du dossier du chômeur.

Gare au sparadrap !

Quant à Défi, il défend l’idée d’« accorder à tout chercheur d’emploi qui s’engage en formation, y compris en formation PME, un gel complet de la dégressivité de ses allocations. Mettre fin à l’exclusion du chômage des jeunes de moins de 25 ans en supprimant la limitation dans le temps (3 ans) des allocations d’insertion (entre études et emploi). » Autrement dit, il ne serait plus nécessaire de s’inscrire avant 25 ans pour bénéficier de ces allocations d’insertion. Et cela afin de ne pas pénaliser les personnes qui reprennent des études tardivement. Une décision logique dès lors que l’on défend l’idée que le chômage est d’abord lié à un problème de détention d’un diplôme.

Discret sur le sujet dans son programme, le CDH ne semble guère plus enclin à accentuer cette dégressivité. Et cela d’autant plus que certaines études en dénoncent l’absence d’efficacité et les effets pervers. Elle détournerait le demandeur d’emploi de son parcours de formation en l’incitant à se tourner vers le travail au noir pour compenser sa perte de revenu. Or les centristes font de l’accompagnement individualisé des chômeurs, initié en Wallonie quand André Antoine gérait la matière (2009 – 2014), un des axes de leur programme en la matière. Et d’une manière plus large, ceux-ci semblent privilégier une approche plus incitative et moins punitive en matière de lutte contre le chômage. Pour autant, ils se montrent moins clairs en la matière que leurs concurrents de gauche et du centre.

Le MR, qui avait soutenu le projet au sein du gouvernement sortant même s’il ne l’évoque plus dans son programme électoral, devra donc renoncer à la mesure. A moins de pouvoir reconduire une suédoise bis. Car on imagine mal les autres partis francophones accepter une mesure qu’ils ont dénoncée durant la campagne et même avant.

A l’heure des réseaux sociaux, contredire un engagement électoral peut vous coller à la casquette, comme le sparadrap du Capitaine Haddock.

► Fiscalité, pensions, enseignement...: les programmes des partis à la loupe

Le RGPD a un an, mais pas encore tous ses crocs

Vera Jourova, la commissaire à la Justice et aux Consommateurs
: «
Après le scandale de Cambridge Analytica, il ne faisait aucun doute que nous avions besoin d'une protection. C'est chose faite
».
Vera Jourova, la commissaire à la Justice et aux Consommateurs : « Après le scandale de Cambridge Analytica, il ne faisait aucun doute que nous avions besoin d'une protection. C'est chose faite ». - epa

Le 25 mai 2018 entrait en vigueur l’une des directives les plus marquantes adoptées pendant la législature finissante de la Commission européenne : le fameux Règlement général sur la protection des données. RGPD, quatre lettres qui, disait-on, allait bouleverser la vie numérique de 500 millions de citoyens européens et le comportement de tout acteur amené à traiter des données à caractère personnel. Depuis le coiffeur du coin et sa flotte de cartes de fidélité, à Google, en passant par les entreprises, petites et grandes, les administrations publiques, les ONG, les hôpitaux ou les écoles. Souvenez-vous, c’était le temps où les mails nous invitant à « accepter les nouvelles conditions générales d’utilisation » (CGU) s’enchaînaient par dizaines. «Panique à bord», «demi-affolement», écrivait alors Le Soir. Car rien ni personne n’était fin prêt pour se mettre en conformité à ce mastodonte réglementaire impliquant très souvent de revoir ses pratiques du sol au plafond en matière de traitement des données. En gros, quelques mois après le traumatisme de l’affaire Cambridge Analytica, on devait basculer d’un monde où tout, ou presque, était permis, à un monde où désormais plus rien ne l’est sans l’autorisation explicite de l’utilisateur.

Où en est-on un an plus tard ? Au milieu du gué. « Le travail est loin d’être terminé », nous résume Nathalie Ragheno, premier conseiller au département juridique de la FEB. La bonne nouvelle, c’est qu’il a commencé, ce qui n’était pas gagné il y a un an. « Personne ne s’est rendu compte de la tâche, même du côté du législateur ». Et pour cause, si la Belgique n’était ni le meilleur ni le pire élève de la classe, la mise en route du cadre législatif s’était faite avec des semelles de plomb. Là où la France était dans les starting-blocks, il aura fallu attendre le 30 juillet 2018 pour que le parlement belge adopte la loi-cadre exécutant le RGPD. Soit deux mois après sa mise en vigueur. Gargantuesque, il comprend 280 articles qu’il aura fallu digérer. « Un travail titanesque », poursuit Nathalie Ragheno.

Prise de conscience

Au final, « on ne peut pas affirmer que tout le monde est en conformité, mais il y a une vraie prise de conscience ». A ce jeu-là, ce sont évidemment les plus grandes entreprises qui s’en sont le mieux sorties. A commencer par les banques qui avaient entamé le travail bien avant. « Certaines d’entre elles ont mis en place des services de “data protection” de plus de 30 personnes. Cela représente un coût énorme ». Mais le jeu en vaut la chandelle, assure encore Nathalie Ragheno. « Personne n’a joué l’autruche. Les bons réflexes commencent à s’installer dans les entreprises, même s’il faudra encore beaucoup de piqûres de rappel. Cela a apporté plus de transparence. L’entreprise qui aura un souci avec le RGPD sait aussi qu’elle s’exposera à un souci d’image de marque. Le public prend aussi peu à peu conscience de la valeur des données personnelles, même si certains sont toujours prêts à donner beaucoup d’informations pour bénéficier d’un service ou d’un avantage. ».

Tout n’est pas rose pour autant. Complexe, parfois flou, le RGPD se prêterait encore trop souvent à des interprétations à géométrie variable conduisant l’entreprise en défaut de conformité. Quand ce n’est pas l’un ou l’autre consultant improvisé qui la pousse à l’erreur. Car, si un business c’est avéré juteux depuis un an, c’est bien celui du « conseil à la protection des données ». C’est le cas essentiellement pour les petites et moyennes entreprises qui, un peu perdues, n’ont eu d’autre choix que de s’offrir leurs services. Ce l’est aussi pour certaines multinationales qui, depuis deux ans, paient jusqu’à 8 consultants à temps plein, à 1.000 euros la journée par homme.

L’autorité de contrôle

Pièce maîtresse de ce nouveau dispositif réglementaire : les autorités de contrôle que les 28 Etats-membres de l’Union ont dû mettre en place. Celles-ci doivent d’ailleurs coopérer dans le cas de dossiers transfrontaliers (typiquement Facebook ou Google), ce qui n’est pas de nature à accélérer les procédures. Au total, elles ont enregistré près de 145.000 plaintes. La plus féroce est sans conteste la CNIL française qui a accroché Google à son tableau de chasse en lui infligeant une amende de 50 millions d’euros(3 h 20 de son chiffre d’affaires) pour infraction au RGPD, essentiellement pour manque de transparence pour l’usage des données des internautes. En Belgique, le démarrage fut plus laborieux. L’Autorité de Protection des Données qui a succédé à l’ex-Commission de la Vie Privée a dû attendre le 29 mars… 2019 pour que le parlement vote, enfin, la nomination de son comité de direction, lequel est installé depuis le 24 avril.

Pour autant, bien qu’intérimaire, le précédent n’a pas chômé. Avec les moyens du bord, elle n’a d’ailleurs pas lâché l’os face à Facebook, accusé de recueillir indûment des millions de données de non-membres de son réseau. Le dossier est aujourd’hui traité par la Cour européenne de justice. En un an, l’ADP a ainsi enregistré 340 plaintes, 694 signalements de « fuites de données » et 6.514 questions d’informations. Aucune sanction n’a encore été prononcée.

Patience, plaide en substance, Charlotte Dereppe, directrice du service de première ligne, soit l’étape de médiation qui très souvent, permet de désamorcer une plainte par simple courrier invitant un « Data Protection Officer » à se mettre en conformité. L’ADP, désormais, c’est donc 66 personnes, « toutes expertes et hautement qualifiées » et 5 directeurs, autonomes, de départements pointus. De quoi donner « un véritable nouveau souffle » confie avec enthousiasme Charlotte Dereppe. « Cela change la perspective ». « Il y a une vraie conscientisation de la part des responsables de traitement des données », confirme-t-elle. Par ailleurs, « la protection des données, c’est quelque chose d’extrêmement évolutif, qui change notamment en fonction des nouvelles technologies. Il y a une nécessité d’être très réactif. Ce n’est jamais acquis. » Du coup, « il ne faut pas prendre le problème sous l’angle de la conformité, mais bien sous celui de la culture de la responsabilité. Il ne faut pas voir le RGPD comme une obligation légale abstraite dénuée de sens, mais bien comme une posture nécessaire pour protéger l’enjeu démocratique qui se cache derrière la protection des données. »

Elections européennes: les Britanniques se rendent aux urnes, désillusionnés

Dick Rodgers, 71 ans, milite en faveur de l’Europe, en terres pro-Brexit.
Dick Rodgers, 71 ans, milite en faveur de l’Europe, en terres pro-Brexit. - D.R.

Sur la place principale de Peterborough, un homme ceint d’un drapeau étoilé et équipé d’un micro-casque vante les mérites de l’appartenance à l’Union européenne. Vraiment ? N’a-t-on pas rêvé ?

Un partisan européen en terre pro-Brexit

En s’approchant un peu, nous constatons que ce partisan de l’UE en terre pro-Brexit n’est pas un hologramme. Dick Rodgers, 71 ans, est bien un Britannique de chair et de sang. Pour autant, ce partisan de l’UE n’appartient à aucun parti de gouvernement, pas plus qu’il n’est candidat au Parlement européen.

« J’aurais bien aimé me présenter aux élections européennes mais je n’avais pas les moyens de payer les 5.000 livres sterling nécessaires pour faire enregistrer ma candidature », nous explique le retraité. Faute de pouvoir défendre le maintien du pays au sein de l’Union européenne, ce jeudi, Dick Rodgers représentera son propre parti, le « Bien commun », lors de l’élection législative anticipée qui doit se tenir à Peterborough le 6 juin prochain.

Dans cette ville du comté de Cambridgeshire, qui a voté « Leave » à près de 61 % lors du référendum de 2016, quinze candidats se disputeront les suffrages des habitants de Peterborough. Le mois dernier, ces derniers ont obtenu la démission de la députée travailliste sortante, Fiona Onasanya. En juin 2017, la trentenaire avait battu de justesse le député conservateur sortant. Sa carrière a été de courte durée. Fin 2018, la parlementaire a été condamnée pour entrave à la justice : l’élue avait menti à la police dans l’espoir d’éviter une contravention pour deux excès de vitesse.

Faire pression sur les principaux partis

Dick Rodgers est lucide. Ses chances d’être élu le 6 juin prochain sont très faibles. Mais il aimerait obtenir un « nombre décent de voix » pour faire pression sur les principaux partis.« Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques formaient une équipe. Aujourd’hui, nous n’avons plus de but commun », regrette Dick, un ancien employé du système de santé public britannique et un anglican engagé pour la paix dans le monde.

Certains passants -des hommes de plus de 40 ans principalement- refusent plus ou moins bruyamment les tracts pro-européens que leur tend Dick. « Nous avons déjà voté, nous avons déjà voté », lui lance l’un d’entre eux. « No, thank you », répond ostensiblement un autre électeur, visiblement irrité par le message anti-Brexit de Dick Rodgers.

« Le pire, ce n’est pas l’hostilité, c’est l’indifférence »

« Le pire, ce n’est pas l’hostilité, c’est l’indifférence », soupire le militant pro-européen, venu spécialement de Birmingham où il réside pour faire campagne. Historiquement, les élections européennes mobilisent peu les Britanniques. En 2015, 34,19 % des inscrits s’étaient déplacés aux urnes, un chiffre presque constant par rapport à 2010 et bien en deçà de la moyenne européenne de la participation dans l’ensemble des pays membres de l’UE (42,65 %). Cette année, le contexte très particulier et très flou dans lequel se déroule le scrutin ne semble pas inciter les électeurs à choisir un eurodéputé.

Décéptions et désillusions

Face à la désillusion des citoyens, les partis continuent à faire campagne pour des élections européennes qui n’auraient pas du avoir lieu.

Shirley, 56 ans, n’ira pas voter ce jeudi. En 2016, cette aide soignante de Peterborough s’est prononcée en faveur du Brexit parce qu’elle pensait que « ce serait une bonne chose pour le pays ». Trois ans plus tard, cette Anglaise a changé d’avis mais elle juge que participer au scrutin européen « ne sert à rien » car « les responsables politiques ne font jamais ce que veulent les gens ».

Jack Inns, lui, ne veut pas s’abstenir. Cet étudiant de 22 ans, qui n’a pas participé au référendum de 2016, voudrait glisser un bulletin dans l’urne pour un parti favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Mais le jeune homme ne sait pas vers quelle formation se tourner. Et il n’est pas le seul.

« Nous n’avons pas reçu de tracts de la part du parti travailliste », se plaint Joan, qui a voté contre le Brexit il y a trois ans. Tout comme son mari, la sexagénaire est exaspérée par le Brexit et par les Brexiters en particulier. « Ne prononcez pas les noms de Boris Johnson ou de Nigel Farage », nous prévient le couple de retraités, originaires d’Huntingdon au sud de Peterborough. « Ils ne sont là que pour se remplir les poches ! »

Dans ce concert de frustrations et d’interrogations, les citoyens européens non-Britanniques de Peterborough dénotent. Les ressortissants des Vingt-Sept semblent les plus déterminés à participer au vote de jeudi. Maoro Rodriguez, un Portugais de 43 ans installé au Royaume-Uni depuis 2007, penche du côté des très pro-européens libéraux-démocrates « parce qu’ils n’ont pas changé d’avis sur le Brexit ».

Mardi, Regina Mickeviciene, une Lituanienne de 67 ans, hésitait encore entre les libéraux-démocrates et Change UK, le nouveau parti formé par des ex-députés travaillistes et conservateurs opposés au Brexit. « Le Brexit a été une erreur », affirme cette employée du secteur agro-alimentaire à la retraite.

Installée outre-Manche depuis l’entrée de la Lituanie dans l’UE en 2004, Regina, qui occupe un logement social, se sent obligée de préciser qu’elle a travaillé dur car, dans les rues de Peterborough, le sentiment anti-immigré reste fort, le salaire horaire l’un des plus faibles de l’Est de l’Angleterre selon le syndicat GMB et le candidat du Brexit party de Nigel Farage est donné favori par les bookmakers pour l’élection législative partielle du 6 juin.

► Elections européennes: pourquoi tous les pays ne votent pas en même temps

Brad Pitt à Cannes: «En août 1969, Hollywood a perdu son innocence»

Brad Pitt, Quentin Tarantino, Margot Robbie et Leonardo DiCaprio ont rendu fous les festivaliers, journalistes, photographes, cinéphiles.
Brad Pitt, Quentin Tarantino, Margot Robbie et Leonardo DiCaprio ont rendu fous les festivaliers, journalistes, photographes, cinéphiles. - Photonews.

Plus de deux heures d’attente pour entrer à la conférence de presse de Once upon a time… in Hollywood. Comme le disait un collègue étranger, la veille, juste avant la projection du film de Tarantino, « c’est la première fois que je sens une réelle excitation, un vrai désir. Non pas qu’il n’y ait pas de bons films. Au contraire. Mais là, c’est Tarantino. » Si on ajoute que le réalisateur de Pulp Fiction est présent avec deux des plus grandes stars hollywoodiennes, Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, vous comprendrez qu’on était tou(te)s prêt(e)s à tuer père et mère pour en être.

Une lettre d’amour au cinéma

Tout ce cinéma pour du cinéma ? Oui ! Car cela s’accompagne d’un amour sans mesure. Celui de Tarantino auquel il rend hommage. Car comme le dira Leonardo DiCaprio : « Il y a très peu de gens dans ce monde qui ont cette excellente connaissance de l’histoire du cinéma et de la télévision. Parler à Quentin, c’est un peu comme parler à une base de données. Il a un savoir phénoménal. Ce film est son histoire d’amour avec le cinéma. Il a réuni deux personnages, des outsiders dans les années 60 qui sont dépassés par ce secteur, et ce film est une histoire d’amour au cinéma. C’est tous ces outsiders dont on peut apprécier le travail sur le plan artistique. C’est tout un catalogue de réalisations au cinéma et à la télévision. C’est la contribution des outsiders à l’industrie. C’est ce qui est touchant ». Ce à quoi Brad Pitt a ajouté : « C’est un film qui nous ramène en paix avec nous-mêmes. Une lettre d’amour à l’industrie du cinéma. »

Le côté sombre de la nature humaine

Au cœur de cette ode au cinéma, les germes d’un fait divers atroce qui anéantira à jamais l’insouciance de Hollywood : l’assassinat sauvage de l’actrice Sharon Tate, femme de Roman Polanski, par les membres de la secte de Charles Manson. Quentin Tarantino s’est réapproprié à sa façon les événements de ce drame pour en faire une version totalement fictionnalisée. Pour Brad Pitt, « il ne s’agit pas d’une sorte de rage contre certains individus mais d’une rage contre la perte de l’innocence. En 1969, avec l’assassinat Manson, jusqu’à cette date, il y avait le mouvement de l’amour libre, il y avait de l’espoir, des nouvelles idées, le cinéma était quelque chose qui évoluait. Lorsque ces meurtres ont eu lieu, la fin tragique de Sharon et d’autres, ça a été terrifiant. On en parle encore aujourd’hui car cette tragédie soulignait le côté sombre de la nature humaine et qui a fait perdre à cette époque toute son innocence. Je pense que le film traite merveilleusement bien de cette question. »

Sans la permission de Polanski

Quentin Tarantino n’a pas parlé de son projet à Roman Polanski. Il ne lui a rien demandé. Il avoue ne pas avoir hésité une seconde à évoquer des personnes existantes ou ayant existé et dit simplement : « Nous sommes fascinés par ce fait divers car au final, cela reste insondable. J’ai fait beaucoup de recherches non professionnelles. Au fil des années, j’ai lu un livre, puis un autre, j’ai écouté des émissions sur le sujet. Comment a-t-il été possible que ces jeunes filles et garçons agissent comme ça ?! Plus on lit sur le sujet, plus on a d’informations, plus ça devient concret, moins on comprend la chose. Plus c’est obscur. C’est ce côté impossible à comprendre qui est surprenant et qui nous fascine. »

Concours Reine Elisabeth: Júlia Pusker a livré une interprétation habitée mais imprévisible

Une interprétation fortement contrastée avec des moments sublimes mais ne parvient à créer une unité.
Une interprétation fortement contrastée avec des moments sublimes mais ne parvient à créer une unité. - D.R.

Cette élève de l’Académie Franz Liszt à Budapest et de la Royal Academy of Music à Londres, est en résidence à la Chapelle Musicale où elle travaille avec Augustin Dumay. Elle s’est imposée jusqu’ici par un jeu franc et assuré qui l’amène à privilégier l’élément virtuose dans l’œuvre imposée. Júlia Pusker découpe Fidl en une série de courtes séquences souvent ardentes, parfois presque combatives comme si la concurrente voulait montrer qu’elle en impose à l’orchestre. La partie rêveuse n’échappe pas à cette volonté démonstrative. Cette interprétation farouche ne s’autorise décidément guère de moments de détente, ni dans l’envol dans le suraigu plus tendue qu’élégiaque, ni dans les réponses cinglantes aux ironiques sollicitations des mouvements en forme de valse. Cette accumulation de zones stylistiques très caractérisées répond sans doute à une dimension de la partition de Kimmo Hakola n’en devient pas moins par trop disparate. On se retrouve bien loin du travail unificateur d’un Seiji Okamoto ou du volontarisme unificateur de Ji Won Song. L’autorité de Júlia Pusker est certaine : elle n’en rend pas l’œuvre plus aimable.

Un Beeethoven très suscité

Succédant à l’attaque en force du concerto de Beethoven, le violon s’affiche d’emblée comme un partenaire pugnace. On se demande même si cette combattivité va convenir au parcours hautement mélodieux de ce chef d’œuvre si difficile à aborder. Petit à petit, toutefois, le violon impose un jeu plus recueilli, planant au-dessus des abimes que lui abandonne l’orchestre. Le discours se densifie et une réelle grandeur s’impose. Extrêmement détaillée, la longue cadence casse un peu cette ligne mais la la reprise du mouvement ne manque pas de noblesse.

Ce jeu impérieux revient dans le larghetto qui, au début, affiche des envies inassouvies et semble parfois se désincarner. Au fil du mouvement la tension se resserre, le propos s’intensifie dans une lenteur quasi insoutenable et pourtant magnifiquement servie. On atteint là un des grands moments qui joue avec les paroxysmes. Le rondo demeure, lui, sérieux et volatile, plein de nuances bien pensées et servies mais qui hachent un peu le propos. Une interprétation fortement contrastée qui réserve des moments sublimes mais ne parvient à créer une unité dans ce concerto, décidément le plus difficile du répertoire.

Tous nos articles sur le concours Reine Elisabeth 2019

Concours Reine Elisabeth: Yukiko Uno, l’art du contraste

Yukiko Uno, une interprétation tantôt très belle, tantôt pas très émouvante.
Yukiko Uno, une interprétation tantôt très belle, tantôt pas très émouvante. - Bruno Vessiez

Y ukiko Uno est de ces personnalités contrastées. Capable d’afficher une belle énergie et une vraie maturité, elle se laisse aussi parfois dépasser par l’ampleur des partitions qu’elle aborde. Ainsi, en demi-finale, elle incarnait de manière convaincue et chantante Beethoven, alors qu’elle manquait un peu d’éclat chez Mozart.

À 23 ans seulement, elle s’est toutefois déjà distinguée dans plusieurs concours, notamment les concours Andrea Postacchini, Gifu et Chengdu Guangya, et elle possède une personnalité plutôt attachante. Formée à la Tokyo University of the Arts avec Natsumi Tamai, Kazuki Sawa et Ryo Mikami, elle a ensuite étudié au Mozarteum de Salzbourg dans la classe de Pierre Amoyal puis auprès de Rainer Schmidt.

►Reine Elisabeth: la Belge Sylvia Huang en finale

Droit au but

Très souriante, elle apparaît sur scène ce jeudi soir à Bozar avec un regard presque enfantin, et une palpable envie de jouer. Son attaque de Fidl, l’imposé de Kimmo Hakola est d’ailleurs très affirmée. Yukiko Uno va droit au but, et s’applique à faire sonner son violon, fermant les yeux dans les passages plus lents comme pour trouver la juste intention. Malheureusement, très vite, son visage se ferme, ce qui enlève à l’ensemble une part d’émotions.

Cette interprétation de l’imposé résume en fait assez bien la personnalité de la candidate japonaise. Plutôt bonne élève, elle aligne jolies intentions, nuances et ajoute un côté physique à sa prestation en accompagnant le son de son violon avec tout son corps. Mais elle semble en même temps parfois trop sage ou pas encore tout à fait affirmée. Ainsi, sa cadence est très efficace, impressionnante même mais peut-être pas assez pensée musicalement alors qu’elle trouve dans le passage lent qui suit quelque chose de très chantant. C’est tantôt très beau, tantôt pas tout à fait émouvant.

Ce sentiment de contraste persiste au moins en partie dans son interprétation Concerto en ré majeur de Brahms. Yukiko Uno se lance dans l’Allegro non troppo de façon engagée, en ajoutant des nuances délicates, chantantes, mais où elle reste au départ un peu mécanique. Comme si sa maturité ne lui permettait pas encore tout à fait d’aller puiser dans son vécu pour trouver les émotions justes.

Une belle artiste en devenir

Elle est pourtant capable de passages impressionnants, où elle démontre une certaine virtuosité, surtout dans la deuxième partie de ce premier mouvement, où elle trouve des nuances très fines et plus vivantes. Comme si elle rentrait un peu plus dans son personnage, que son énergie se bonifiait et que la magie de Brahms opérait.

Elle semble en fait plus vivre les choses, se laisser porter, prendre confiance, ce qui donne à son Adagio un côté plus émouvant, avec un vrai sens de la nuance. Elle continue ensuite sur sa lancée avec un Allegro giocoso, ma non troppo vivace solide, flamboyant et assuré. Ce qui donne au morceau une conclusion on ne peut plus réjouissante.

Une belle artiste en devenir, qui doit encore affirmer totalement ses émotions.

Les demandeurs d’asile recevront un document sur les valeurs belges

«
Il est important de présenter clairement les règles de bases, dès le départ
», estime Maggie De Block.
« Il est important de présenter clairement les règles de bases, dès le départ », estime Maggie De Block. - Bruno Dalimonte.

Les demandeurs d’asile recevront désormais un document informatif sur les « normes et les valeurs fondamentales » de la Belgique au moment de leur arrivée en centre d’accueil. Le texte sera joint au règlement intérieur et discuté avec un des travailleurs du centre.

Le contenu de la note, qui n’est pas encore divulgué, devrait notamment expliquer en quoi consistent les libertés d’opinion, d’association, de culte, la non-discrimination, l’égalité homme-femme. « Il y a des règles de base dans notre société qui ne sont pas négociables », assène la ministre Maggie De Block (VLD). « Il est important que les demandeurs d’asile soient informés le plus vite possible sur le comportement attendu de leur part. Ici, les droits de l’homme sont importants. Ça ne se fait pas d’attoucher une femme. On laisse les femmes qui aiment les femmes ou les hommes qui tombent amoureux d’hommes en paix aussi. Et chacun est libre de croire en ce qu’il veut, ou même de ne pas croire. »

Modules de formation

L’idée d’un document énonçant les normes et les valeurs de la Belgique n’est pas neuve. S’il s’agit ici d’une démarche strictement informative, le Parlement avait approuvé fin 2016 un projet de déclaration pour primo-arrivants pensé au départ comme un instrument plus contraignant. Vidée de sa substance par le Conseil d’Etat, qui excluait l’obligation d’adhésion aux valeurs et exemptait le gros du public auquel elle était destinée (demandeurs d’asile, étudiants…), la « déclaration pour primo-arrivants » est depuis bloquée au niveau du comité de concertation.

A l’époque, la mesure avait suscité de vives critiques de la part du secteur associatif, qui y voyait un contenu stigmatisant.

Enjeu d’intégration cher au gouvernement fédéral (bien que la compétence soit régionale), la connaissance des « valeurs et normes » belges a depuis donné lieu à des modules de formation dispensés par la Croix-Rouge dans les centres d’accueil wallons. L’introduction de ce document vient compléter l’offre, anticipant ainsi sur le parcours d’intégration au cours duquel sont dispensés des cours d’intégration civique, mais qui vient plus tard. « A ce moment-là, ces gens séjournent déjà depuis plusieurs mois dans notre pays », explique Maggie De Block. « C’est pourquoi il est important de présenter clairement les règles de bases, dès le départ. »

Seiji Okamoto, un maître du lyrisme élégant

Sous les doigts de Seiji Okamoto, le concerto pour violon de Sibelius redevient un vrai poème symphonique.
Sous les doigts de Seiji Okamoto, le concerto pour violon de Sibelius redevient un vrai poème symphonique. - Bruno Veissiez

Au milieu de ses éclats, clins d’œil et rugissements, Fidl tolère-t-il une lecture classique qui unirait l’ensemble de ses diversités ? C’est en tout cas la démonstration que nous réserve Seiji Okamoto. Diplômé de la Tokyo University of the Arts, ce concurrent japonais étudie pour l’instant à la fameuse Hochschule für Musik Hanns Eisler de Berlin. Il avait frappé lors des deux premiers tours par son sens du phrasé. Ce dernier lui permet ici de créer une grande ligne tout au long de l’imposé. Il détaille tous les traits virtuoses du concerto avec la même égale aisance et le même sens scrupuleux du détail. Cette lecture posée et dosée flatte naturellement le lyrisme de la partition, non seulement dans le délicieux passage central dont l’onirisme gagne une volupté insoupçonnée jusqu’ici mais aussi tout au long du dialogue initial avec l’orchestre.

Le violon d’Okamoto semble survoler le débat, l’animant d’une chaleureuse connivence qui concentre naturellement le propos. Volontiers espiègle, son violon batifole et jongle autour du thème de valse. Il suffit d’entendre ensuite le calme pastoral avec lequel il répond aux gazouillis de l’orchestre après une cadence insolemment maîtrisée pour comprendre combien ce concurrent est un homme des grands équilibres. Il le restera au travers des soubresauts tumultueux de la fin de l’imposé.

Le lyrisme introspectif de Sibelius

On retrouve le même cheminement dès le début, secret et mystérieux, du concerto de Sibelius où son chant semble émerger du mystère des brumes. Cette maîtrise réfléchie va soutenir tout l’immense allegro qui mérite ici pleinement son qualificatif de moderato. Le violon chante superbement, sans suscitation expresse, de par la seule force d’un jeu chaleureux mais contrôlé.

On monte encore d’un cran dans l’intimité avec la méditation sobre, dense et profonde de l’adagio construit comme une grande arche qui conduit à une introspection inouïe du discours, pas évidente à contenir dans un tempo volontiers étiré. Un finale, sautillant et guilleret renforce encore cette impression d’humanisme pastoral.

Souvent choisi dans les concours pour sa combativité sélective, le concerto pour violon de Sibelius, sous les doigts de Seiji Okamoto, redevient un vrai poème symphonique pour violon et orchestre qui s’intègre parfaitement à la stratégie du développement organique propre au compositeur finlandais. Nous le rappeler avec un tel bonheur est tout à l’honneur de ce musicien intègre.

Le making-of du nouvel album de Blake & Mortimer, «Le Dernier Pharaon»

Thomas Gunzig, Laurent Durieux et Jaco Van Dormael ont bourdonné d’idées autour de la table à dessin de François Schuiten. Entretien

Par Daniel Couvreur

Livres ,

Mort de Valentin: Alexandre Hart, de l’enfant gentil et replié, à l’ado violent et perturbé

Les éducateurs et enseignants d’Alexandre Hart l’ont tous trouvé perturbé, mais pas violent.
Les éducateurs et enseignants d’Alexandre Hart l’ont tous trouvé perturbé, mais pas violent. - Photo News.

C’est sa maman qui a d’abord témoigné. Une petite femme ronde, tremblante, ayant les mêmes traits que l’accusé, émue aux larmes quand elle a évoqué à quel point elle aime ce dernier. Elle a confié qu’il avait été un enfant gentil, replié sur lui-même en maternelle, qui souffrait d’hyperactivité. Elle le couvait, elle était fusionnelle avec lui, et elle avait peu d’autorité. Le gamin aurait cependant reçu des fessées paternelles presque quotidiennement, parfois sans raison, a dit la maman : « Alexandre ne comprenait pas, lui et son père ne parvenaient pas à communiquer, et moi je regrette terriblement de ne pas avoir mis fin à ces corrections ».

A l’école, l’enfant s’isolait de plus en plus, il était la cible de moqueries de ses camarades. Puis il y a eu cet accident de tronçonneuse, qui l’a fait basculer : il avait 13 ans, son frère 9 et depuis, celui-ci est défiguré. Il devait témoigner ce mercredi : « J’ai peur d’être regardé comme une curiosité, a-t-il écrit à Me  Molders-Pierre, conseil de l’accusé, qui a lu le mail à l’audience. Mais je veux juste souligner que c’était un terrible et malheureux accident, et qu’il s’en est toujours voulu. Je sais que mon frère s’est vanté auprès de ses copains, mais c’était pour se faire remarquer. »

Exister

Cet accident survenu en avril 2011 a fait basculer Hart. En janvier 2012, il était envoyé un mois en pédopsychiatrie, où l’on avait conclu à des troubles dépressifs et psychopathiques, et, en février 2013, il était hospitalisé à deux reprises pour des comas éthyliques. De plus en plus esseulé, il s’était pris au jeu de faire peur à ses condisciples en leur tenant des propos inquiétants, qui n’avaient pour résultat que de l’isoler plus encore. A 17 ans seulement, il consommait des stupéfiants et cela le rendait agressif. A 18 ans, sa maman n’avait plus le dessus du tout. Une cousine d’Alexandre l’avait pris chez elle, elle l’avait sevré, il était revenu « comme avant », « gentil » et préparant le souper. Mais ses mauvaises fréquentations avaient pris le dessus. Il était parti vivre avec Belinda, sa co-accusée, « qui disait être seule à pouvoir le gérer », a expliqué sa maman.

Les éducateurs et enseignants qui ont croisé la route d’Alexandre Hart l’ont tous trouvé « perturbé », « dans sa bulle ». Aucun n’a évoqué de problème d’impolitesse ou de violence, au contraire, mais bien cette différence qui leur a laissé un souvenir étrange. Une chose est sûre, c’est que les témoins ont livré un portrait de l’accusé bien moins accablant que ce que lui-même a dit de lui, lorsqu’il a été interrogé tant durant l’enquête qu’aux assises. Comme si, aujourd’hui encore, il aimait en rajouter, susciter encore plus l’effroi. Histoire d’exister.

Emmanuel Macron au «Soir»: «Il faut une coalition européenne du progrès, avec des dirigeants comme Charles Michel»

Pour Emmanuel Macron, «
il faut une coalition plus large
» au Parlement européen, «
où les équilibres seront beaucoup mieux respectés
».
Pour Emmanuel Macron, « il faut une coalition plus large » au Parlement européen, « où les équilibres seront beaucoup mieux respectés ». - MaxPPP.

Entretien

A moins d’une semaine des scrutins, Emmanuel Macron a reçu lundi en fin d’après-midi Le Soir au palais de l’Elysée pour un entretien exceptionnel sur la manière dont le président français envisage le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’UE après les élections européennes. En bras de chemise, aussi tonique et assertif qu’à son habitude, le « PR » assume sa position de réformateur d’une Europe qu’il a pris le parti de bousculer. Et il dresse le profil des futurs dirigeants des institutions européennes.

En posant l’élection européenne comme une confrontation avec les partis populistes, nationalistes et d’extrême droite, ne leur avez-vous pas donné encore plus d’importance qu’ils en ont ?

En France il y a cinq ans, qui a gagné les élections européennes ? Le Front national. Ce n’est pas moi qui les ai fait exister. Et ils étaient au second tour face à moi à la présidentielle. L’extrême droite a progressé en Europe, elle participe à des coalitions, notamment en Autriche, nonobstant les péripéties des derniers jours, elle a gagné en Italie par exemple. Ce péril nationaliste est là. Nous devons qualifier cette période et nous mettre en situation d’agir.

Vous les créditez donc de la capacité à détruire le projet européen.

… bien sûr !…

… à devenir une force dominante en EU ?

Dans plusieurs pays européens, ces forces sont en tête. Plusieurs groupes d’extrême droite, car ils resteront sans doute divisés, se formeront au Parlement européen. Je ne veux pas que nous ne soyons pas en situation où aucune coalition ne pourra former une majorité, c’est pourquoi j’ai sonné le tocsin, sans exagérer ni minorer les choses. (Nous sommes à un moment historique pour l’Europe, sans doute l’élection la plus importante depuis 1979. Nous sortons de dix années de crise, économique puis migratoire. Il faut refonder un projet d’avenir dans un monde beaucoup plus incertain qu’il y a 5 ans, qui est celui du Brexit, de la confrontation sino-américaine, du détricotage du multilatéralisme, où l’Europe a une voix qui est attendue et éminente.) On a besoin dans le monde actuel d’une Europe plus unie et plus forte. Et tous les mouvements politiques qui sont favorables à cela doivent demain gagner, ensuite travailler ensemble.

On en arrive au moment de la politique européenne où on ne peut plus parler d’avenir de l’Europe sans parler de ses futurs dirigeants. Vous avez accueilli aujourd’hui à ce sujet le président du Conseil européen Donald Tusk. Dans la négociation qui s’ouvrira dès le lendemain des élections européennes, ce que veut le président de la France constitue un facteur important. Or personne n’a l’air de savoir ce que vous souhaitez : un membre de votre future famille politique européenne à la tête de la Commission ? Ou un Français à la présidence de la Banque centrale européenne… ?

J’essaie de faire les choses dans le bon ordre. D’abord définir un projet pour l’Europe. Ensuite m’atteler à ce que toutes les forces politiques amies puissent gagner ces élections dans leurs pays respectifs. En fonction de ces résultats nous aurons à bâtir une coalition de projets, avec les chefs d’Etat ou de gouvernement et les forces politiques au Parlement européen, et assurer ensuite que les nominations correspondent à cela. Il ne faut pas faire de mauvais compromis d’appareil. On a besoin de femmes et d’hommes qui connaissent bien l’Europe, ont une légitimité forte et correspondent au projet de coalition de progrès que je souhaite, en travaillant avec les sociaux-démocrates, avec une partie des chrétiens-démocrates et des écologistes.

Les candidats dont les noms sont avancés par les partis, notamment les « spitzenkandidaten » désignés pour la présidence de la Commission, correspondent-ils à ce profil ?

Il y en a plusieurs. Mais je ne me sens pas engagé par le système des « spitzenkandidaten ». Il y a des dirigeants parmi ces candidats qui ont les qualités que j’ai évoquées. Il y a aussi des dirigeants autour de la table du Conseil qui peuvent y prétendre. Ce sera une question d’équilibre le jour d’après, et de capacité à construire un consensus entre nous.

Avoir exercé des fonctions exécutives au plus haut niveau est-il un critère ?

A mes yeux, l’expérience au plus haut niveau gouvernemental ou de la Commission européenne est indéniablement un critère important. Une expérience plus ou moins longue car je souhaite que toutes les générations soient représentées.

La question qui fait le plus fantasmer les milieux diplomatiques et médiatiques européens est si le président Macron veut Michel Barnier à la tête de la Commission…

Je ne raisonne pas comme cela. Mais indéniablement, Michel Barnier est un homme qui a de grandes qualités et il l’a encore démontré dans la manière de gérer les négociations avec les Britanniques. Il fait donc partie des dirigeants européens qui ont des qualités éminentes et qui peuvent faire partie de cette liste.

Vous recevez ce soir le Premier ministre portugais Antonio Costa, un socialiste. Lui comme le social-démocrate italien Matteo Renzi ont enregistré des messages de soutien remarqués à votre liste française Renaissance. L’alliance que vous souhaitez bâtir accueillera-t-elle M. Costa, et des personnalités et partis comme lui et le sien ?

Il appartiendra aux responsables en charge de définir comment les groupes parlementaires se forment. En tout cas, je souhaite que nous puissions travailler ensemble. Aujourd’hui le Parlement européen connaît une majorité entre les socialistes et les conservateurs. Il faut une coalition plus large, et où les équilibres seront beaucoup mieux respectés. Il faudra œuvrer à construire cette coalition de progrès et d’avenir, avec des dirigeants comme Charles Michel, Mark Rutte, Antonio Costa et d’autres encore.

On sait que vous entretenez avec Charles Michel comme avec le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel une relation de complicité politique et personnelle. Vous verriez Charles Michel à l’un des hauts postes à pourvoir ?

Déjà, je souhaite qu’il gagne les élections nationales et européennes dans son pays, car il mène une politique courageuse, efficace, qui porte ses fruits, et qui à la fois redonne de la force à la Belgique et un vrai poids dans le concert européen. Il a eu le courage politique essentiel de ne pas faire de compromis politicien qui affaiblisse l’image et la place de son pays, et il l’a montré quand des partis extrêmes utilisent de fausses informations comme ce qui a été véhiculé sur le pacte de Marrakech. C’est très rare. Par ailleurs, sur le dossier migratoire et sur la relation avec l’Afrique, qui sont pour moi un sujet essentiel, et sur les sujets de coopération en matière de sécurité, de la zone euro et de la solidarité à l’intérieur de cette zone, sur la politique climatique, nous avons une ambition commune, une vraie communauté de vues. Nous échangeons beaucoup, et sur beaucoup de sujets au Conseil européen nous intervenons de concert. Ses qualités comme son parcours le qualifient totalement pour faire aussi partie des personnes qui pourraient avoir de légitimes ambitions européennes.

(Même si c’est un terme qui a une mauvaise connotation en France, vous êtes perçu à l’échelle européenne comme un libéral. Mais un libéral français, pour des libéraux nordiques, reste toujours vu comme étatiste, interventionniste. La Belgique est-elle un pont entre ces deux visions du monde et de l’Europe ?

Les familles politiques ont une histoire. Je les respecte. Et c’est dans cela que je m’inscris quand je parle de coalition de progrès et d’avenir. Je n’ai jamais aimé les étiquettes. J’ai toujours dit que nous portons une forme de progressisme en France. Il y a des sensibilités et des cultures politiques différentes, notamment celle que vous évoquiez et qui transparaît dans la nouvelle ligue hanséatique. Ma conviction est que si on s’arrête aux histoires et aux sensibilités, nous ne regardons que nos différences. Nous avons à rebâtir un projet européen ambitieux à un moment de fracture du monde où il faut savoir comment l’Europe défend son histoire et son avenir face aux Etats-Unis et à la Chine. Dans la hiérarchie des priorités, les sensibilités entre les uns et les autres sont moins importantes que les gouffres qui nous séparent des extrêmes. Ma priorité, c’est qu’on arrive dans les mois qui suivent l’élection à construire un programme d’action stratégique commune sur les prochaines années.)

Vous vous êtes opposé au mandat de négociation commerciale avec les Etats-Unis. Vous avez aussi été dans la minorité qui s’était opposée au report long du Brexit. Vaut-il mieux au niveau européen avoir raison tout seul ou comme minoritaire, ou avoir un peu moins raison, mais en coalisant autour de soi pour faire progresser ses idées ?

Dans le cas du Brexit, il faut juste savoir dire à un moment donné si cela s’arrête ou pas. Si on a la logique du faible qui consiste à dire que cela nous fait peur et qu’on est prêt à ne pas respecter le vote britannique et à multiplier toutes les facilités, on trahit à la fois les Britanniques et l’intérêt de l’UE. C’est pour cela que je me suis exprimé. Mais je n’ai pas cherché à agir seul. Si je l’avais voulu, le veto français aurait suffi à bloquer l’unanimité. Nous avons, avec Charles Michel et la chancelière Merkel notamment, bâti un consensus autour du 31 octobre, c’est-à-dire avant la mise en place de la nouvelle Commission, afin d’éviter que le prochain mandat soit pollué par ce sujet dont on parle depuis trois ans. Nous avons été quelques-uns à exprimer une voix différente, que j’assume entièrement. Mais nous avons bâti ensuite un consensus.

De la même manière sur les sujets climatiques, nous sommes pour l’ambition de la neutralité carbone en 2050. Nous sommes en train de bâtir un consensus, et nous avons maintenant huit Etats membres qu’on a su convaincre (dont la Belgique, le gouvernement fédéral ayant passé outre l’avis de la Région flamande, NDLR). Je crois au consensus productif plutôt qu’au compromis mou. L’Europe a vécu beaucoup de compromis mous qui ont mené à des crises et à des sommets de crise. On a besoin de clarté de projet ensuite de consensus pour y arriver. Il nous faut rebâtir avec beaucoup de profondeur certaines ambitions. Et pardon de le dire, mais sur les négociations commerciales je pense que l’Europe a tort de céder aux pressions externes. Nous avons tort de laisser l’ambiguïté planer sur le fait qu’on accepterait de faciliter l’entrée de biens ou de denrées ou de produits qui n’auraient pas les mêmes exigences sanitaires, environnementales et climatiques que les nôtres.

Vous assumez donc d’être momentanément minoritaire dans une série de dossiers, où vous n’êtes pas suivi par la partie plus septentrionale de l’Europe y compris l’Allemagne ?

J’accepte d’avoir le maximum d’ambition pour l’Europe. La timidité ou le manque d’ambition peuvent être fatals.

Vous regrettez la timidité ou le manque d’ambition de certains de vos partenaires ?

Pas du tout. C’est une question de tempérament. Mais à chaque fois, on arrive à bouger. Je considère par exemple que nous avons eu un accord très important avec les Allemands à Meseberg…

… sur le budget de la zone euro, cela tarde.

Un an avant, on me disait que je n’y arriverai jamais ! Cela prend du temps, et c’est normal. Mais j’assume d’avoir des résultats concrets, et on en a : droit d’auteur, protection des intérêts stratégiques, défense, travail détaché, budget de la zone euro, universités européennes… On a pris le risque d’annoncer, d’enregistrer des réactions puis de faire bouger les choses. Ne soyons pas excessivement myopes, à ne regarder que les petits détails ou le temps que l’on met pour avancer. Comment construire l’Europe de l’intelligence artificielle, de la 5G, de la transition écologique, de l’autonomie alimentaire et de la qualité des produits, d’une vraie convergence sociale, d’une armée européenne ? Voilà les vrais sujets.

Opération impôts: comment profiter de l’avantage fiscal sur votre emprunt hypothécaire?

Opération impôts: comment profiter de l’avantage fiscal sur votre emprunt hypothécaire?
Pierre-Yves Thienpont.

Avant toute chose, rappelez-vous que la fiscalité de l’emprunt hypothécaire conclu pour votre habitation principale diffère selon la région où vous étiez domicilié au 1er janvier de l’année suivant l’année des revenus, c’est-à-dire le 1er janvier 2019 pour les revenus de 2018. D’ailleurs, l’avantage fiscal et l’ampleur de cet avantage varieront en fonction.

En Région wallonne, l’avantage appelé « chèque habitat » est un système auquel les revenus supérieurs n’ont pas droit et qui est surtout intéressant pour les faibles revenus. Et en Région Bruxelles-Capitale, tout prêt souscrit après le 1er janvier 2017 ne rapporte plus de réduction d’impôt. Cet avantage est remplacé par une réduction des droits d’enregistrement à l’achat de votre habitation.

Si vous avez emprunté pour la première fois l’année passée, Test-Achats détaille, dans son nouveau guide impôts, les exigences à respecter.

Le chèque wallon

Pour prétendre au chèque habitat, les revenus imposables nets en 2018 ne peuvent pas dépasser 83.828 euros. L’emprunt hypothécaire, qui doit servir à l’achat ou à la construction, ou à l’achat et aux rénovations de votre habitation familiale, doit courir sur une durée d’au moins 10 ans. Un emprunt pour de seules rénovations n’est pas pris en considération. « Il doit y avoir une inscription hypothécaire. Un mandat hypothécaire n’est pas suffisant », souligne Test-Achats. Le mandat n’est qu’une promesse d’hypothèque conclue entre une banque et un débiteur, il n’est pas renseigné dans des registres publics. C’est une formule moins chère qui n’est intéressante que si vous bénéficiez déjà des avantages fiscaux avec une autre partie de vos emprunts.

Si votre déclaration n’est pas pré-remplie sur Tax on web, « prenez votre déclaration au cadre IX. I.1. Au code 338, notez la somme des intérêts et amortissements de capital payés. Le code 339 est réservé aux primes d’assurance solde restant dû. Si vous avez conclu l’emprunt avec votre partenaire, vous pourrez répartir les dépenses que vous retrouverez sur la fiche de votre banque de manière proportionnelle en fonction de votre part dans la copropriété », développe l’association de défense des consommateurs.

Versé pendant un maximum de 20 ans, le chèque habitat pourra varier au fil des ans. La réduction d’impôt accordée par la Région wallonne dépendra des revenus et du nombre d’enfants à charge. Avec 1.520 euros comme maximum absolu, plus éventuellement 125 euros par enfant à charge. Si les revenus augmentent, le chèque habitat diminuera, évidemment.

Le bonus flamand

L’emprunt hypothécaire, qui doit servir à acheter, faire construire, à rénover l’habitation propre ou même à installer des panneaux solaires, doit avoir une durée d’au moins 10 ans.

« Si vous le remboursez avant sa dixième année, seuls compteront pour cette année les amortissements antérieurs au remboursement anticipé. Vous ne pourrez pas tenir compte du capital et des intérêts versés en une fois », précise l’association.

En pratique, si la déclaration n’est pas pré-remplie sur Tax on web, dans la déclaration, au cadre IX. I. 1, il convient d’indiquer en regard du code 334 la somme des intérêts et amortissements de capital payés en 2018. Le code 335 est réservé aux primes d’assurance solde restant dû.

« La somme de ces deux montants ne pourra excéder 2.280 euros, ou 1.520 euros si vous aviez encore une autre habitation au 31 décembre 2018. Vous devrez alors indiquer “oui” ou “non” en regard des codes 336/337 selon que l’habitation était ou non votre seule habitation », fait remarquer Test-Achats.

Si le prêt hypothécaire a été conclu avec un partenaire, il est autorisé de répartir librement les deux montants en faisant toutefois bien attention à respecter le seuil maximum. La Région flamande accordera alors une réduction d’impôt de 40 %.

Détails de taille

Signalons deux derniers points d’attention. D’abord, le cas d’un emprunt de refinancement.

« Si vous refinancez votre emprunt et le remplacez par un nouveau plus avantageux, vous continuez à bénéficier des réductions d’impôts liées au premier emprunt et le nouvel emprunt ne devra pas à nouveau avoir une durée minimale de 10 ans. Il suffira d’arriver à un minimum de 10 ans pour les emprunts successifs réunis », note Test-Achats.

Enfin, l’assurance solde restant dû : il est bon de ne pas la déclarer trop vite.

« Réfléchissez-y à deux fois avant de déclarer les primes. Rien ne vous y oblige et les déclarer pourra être préjudiciable si les primes ne vous procurent en réalité que très peu d’avantage fiscal », épingle l’association.

Car dans la pratique, l’avantage fiscal ira vite totalement à l’emprunt, sans marge pour l’avantage avec les primes. Mais dès que les primes auront procuré un avantage une seule fois, l’impôt suivra si, par malheur, la compagnie d’assurances devait intervenir suite à votre décès !

Les programmes à la loupe: va-t-on augmenter le salaire minimum à 1.500 euros par mois?

Les programmes à la loupe: va-t-on augmenter le salaire minimum à 1.500 euros par mois?
Belga

La revendication figure en haut de la liste dressée par la FGTB : porter le salaire minimum à 1.500 euros nets par mois. Soit 14 euros bruts de l’heure, au lieu des quelque 9,67 euros actuels. Durant la campagne, deux partis se sont fait le relais de cette hausse de 44,8 % : le PS et le PTB.

De quoi faire hurler l’Union des Classes Moyennes (UCM), qui a récemment rappelé son opposition à une telle mesure, dangereuse à ses yeux pour les entreprises actives dans des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. A commencer par le commerce et l’horeca. La revendication est tout aussi inaudible pour la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), hostile à toute augmentation du coût salarial et qui, lors des négociations du dernier Accord interprofessionnel (AIP), avait consenti à une hausse de 0,10 euro de l’heure pour les salaires les plus bas. Soit la simple application de la norme salariale de 1,1 %. Pas plus !

Certains partis semblent toutefois penser qu’il est possible de concilier les deux approches. Il faut « augmenter fortement la quotité exonérée d’impôt jusque 10.000 euros par an, propose le CDH. Ainsi, à niveau égal, un revenu d’activité professionnelle ne sera pas davantage taxé qu’une allocation de chômage complet. Cette proposition revient à créer un différentiel de 20 % entre les revenus professionnels réels et les revenus de remplacement. »

La position est sensiblement la même chez Défi. « En vue de diminuer la pression fiscale et améliorer le pouvoir d’achat », le parti amarante « propose d’augmenter progressivement la partie du revenu qui n’est pas soumise à l’impôt des personnes physiques (la quotité exemptée d’impôt) » au niveau du seuil de pauvreté. « Défi prévoit de fixer progressivement ce montant au seuil de pauvreté fixé à 13.670 euros par an, soit 1.139 euros par mois, en 2017. Ce montant sera par ailleurs indexé annuellement. »

► Sur un revenu de 1.000 euros, combien vous en reste-t-il après taxation?

Pour qui, le coût ?

Ecolo, de son côté, entend user de deux leviers pour rehausser le plancher salarial. Les verts veulent conjuguer une réduction des cotisations sociales sur ces salaires et un crédit d’impôt. Avec pour effet d’améliorer le salaire poche du travailleur sans plomber les coûts de son employeur. Pas par une hausse barémique non plus, donc.

Sur cette question, la plupart des partis semblent sur la même longueur d’ondes, à l’exception du PS et du PTB. En effet, à droite, le MR avance des pistes fort proches de celle de ses concurrents mordant sur le centre de l’axe politique. Le Mouvement réformateur propose ainsi un complément social durant quelques mois pour les chômeurs qui retrouvent un emploi et sont alors confrontés à la perte de certains avantages sociaux (pièges à l’emploi) qui viennent grever leur pouvoir d’achat, ainsi qu’une nouvelle réforme fiscale devant générer jusqu’à 1.000 euros par an de revenu supplémentaire.

La différence entre les positions « salariales » et « fiscales » ? La première est principalement à charge des employeurs, là où la seconde est portée par la collectivité, toute exonération fiscale ou de cotisations sociales privant inévitablement les caisses de l’Etat d’une partie de ses rentrées.

► Fiscalité, mobilité, enseignement...: les programmes des partis à la loupe

Tous les maux de tête sont-ils des migraines?

Tous les maux de tête sont-ils des migraines?

Si le cerveau est réputé comme ne pouvant pas éprouver la douleur (il ne contient pas de cellules nociceptives, contrairement au reste de notre corps), il n’est pas rare d’avoir mal « à la tête ». « J’ai la migraine », dit-on. On s’alite, on évite la lumière et les sons et on attend que cela passe. Le plus souvent, cela s’en va. Mais pas pour tout le monde. La migraine, maladie honteuse ? On peut le penser en voyant qu’elle aboutit à un isolement social, professionnel, familial des malades, qui ne voient plus que leur maladie, qui s’arc-boutent sur des antidouleurs sans trouver la cause de leur mal. Qui peut être bénigne, mais qui souvent cause d’extrêmes douleurs, à tel point qu’une variante de la migraine s’appelle la « migraine du suicide », ceux qui en sont atteints ne trouvant que cette solution pour éteindre la douleur. « Cet isolement aboutit au constat désastreux que 20 % des migraineux bénéficient d’une prise en charge appropriée. La moitié d’entre eux n’ont tout simplement jamais consulté et 40 % des migraineux ont cessé de consulter par fatalisme et perte d’espoir. Or, de nouvelles découvertes permettent de traiter davantage de malades », souligne le professeur Gianni Franco, neurologue au CHU Namur-Dinant (UCLouvain) et Université de Liège.

« La migraine ne se voit pas, pourtant elle peut être intense, donner des troubles de la vision, exposer à une terrible sensibilité aux bruits et à la lumière, entraîner une forte fatigue qui vous coupe les pieds. Elle crée de l’absentéisme, quand les gens ne peuvent plus supporter d’être au travail, exposé à ces stimuli, mais aussi du présentéisme, pour cacher le mal. Les gens ont tout intérêt à consulter, parce que les facteurs déclenchants ne se solutionnent pas seuls et qu’ils évoluent avec le temps et rarement dans le bon sens ».

Les acteurs principaux de la migraine sont l’hypothalamus et la partie haute du tronc cérébral, à l’arrière de la tête. Mais aussi le cortex occipital et le cortex visuel. « La crise est due au dépassement des mécanismes d’adaptation d’un cerveau hypersensible. Le cerveau est mis à l’épreuve par des facteurs déstabilisants et souffre d’inflammation. Cela va induire des dilatations et des constrictions des artères intracrâniennes », explique Gianni Franco, qui est également vice-président du Belgian Brain Council.

Pour le professeur Jan Versijpt, neurologue à l’UZ Brussel, « une meilleure compréhension des déclencheurs de migraine peut aider les patients à mieux maîtriser leur maladie. Comme les déclencheurs peuvent parfois être très différents d’un individu à l’autre, il est important d’en faire le suivi – cela peut se faire à l’aide d’un journal de migraine, par exemple ».

Des antimigraineux… qui donnent la migraine

« Le paracétamol va donner une réponse à de nombreux migraineux. Mais, à terme, il faudra des doses plus importantes pour être soulagé. Puis on ajoutera d’autres médicaments, parfois trois ou quatre. Et on cumule les effets secondaires, dont le moins paradoxal n’est pas que certains de ces médicaments… donnent eux-mêmes la migraine. De plus, les médicaments ne sont pas du tout les mêmes pour prévenir des crises aiguës, pour diminuer et mettre fin à la crise aiguë ou pour servir de traitement de fond », explique le professeur Franco. « Il faut traiter la migraine avec sérieux. Le sommeil, un remède assez simple lors d’une crise aiguë, devient déstabilisant si on en abuse, parce que les rythmes circadiens sont perturbés. Mais certains antiépileptiques donnent des effets étonnants. Et l’arrivée d’une nouvelle catégorie de médicaments peut permettre aujourd’hui de parler de guérison de la migraine, y compris chez des gens qui n’ont pas été soulagés pendant des années ».

Ces nouvelles molécules empêchent l’activité du « calcitonine gene related peptid » (CGRP), un messager de la douleur. Le CGRP est un neuropeptide qui dilate les vaisseaux sanguins et module l’activité des récepteurs à la douleur. Son récepteur est présent dans le ganglion trigéminal (ganglion nerveux et sensitif du nerf trijumeau localisé à la base du crâne) et le taux sanguin en CGRP augmente pendant la crise de migraine. L’antagoniste du CGRP vient se positionner au niveau des récepteurs du CGRP pour empêcher celui-ci de s’y fixer et d’entraîner une cascade de réactions biochimiques qui va entraîner une crise migraineuse. Alors, non, tous les maux de tête ne sont pas des migraines. Mais toutes les migraines valent qu’on s’y arrête.

Le making of du «Dernier Pharaon»: «J’étais parfois seul à l’intérieur du tombeau de Khéops»

Le 28 mai 1952, dans le journal Tintin , Blake et Mortimer étaient ressortis amnésiques de leur aventure égyptienne. Le Cheik Abdel Razek avait gommé de leur mémoire tous les secrets de la Chambre d’Horus enfouie sous la Grande Pyramide. Soixante-sept ans plus tard, les deux héros vont retrouver le fil de leurs souvenirs perdus. Contrairement à Edgar P. Jacobs, le créateur de l’album mythique du Mystère de la Grande Pyramide , François Schuiten, l’auteur du Dernier Pharaon , a pu explorer le tombeau de Khéops pour dessiner cette nouvelle aventure où le professeur Mortimer tente de sauver le monde de la catastrophe. François Schuiten nous raconte comment l’histoire du Dernier Pharaon est née, aux frontières du réel, avec la complicité du cinéaste Jaco Van Dormael, de l’écrivain Thomas Gunzig et du coloriste Laurent Durieux.

Que reste-t-il des mystères de la Grande Pyramide, près de 70 ans après la découverte de la « Chambre d’Horus » par Blake et Mortimer ?

Quand j’ai commencé à réfléchir au projet du Dernier Pharaon , je me suis engagé parallèlement dans la mission ScanPyramids, menée par l’Heritage Innovation Institute présidé Mehdi Tayoubi. Mehdi entamait des recherches autour du site de Gizeh, dont le but était de comprendre comment la Grande Pyramide de Khéops avait été construite. Il s’agissait d’utiliser tous les outils à la pointe de la technologie d’aujourd’hui : des drones, des caméras thermographiques, des capteurs de muons, des scanners… et de croiser lucidement toutes ces mesures pour percer les secrets des bâtisseurs de la Grande Pyramide. La mission comprenait aussi des peintres, des photographes, des acousticiens… On renouait quelque part avec l’esprit pluridisciplinaire de l’époque napoléonienne et le croisement des regards s’est avéré porteur. Tandis que je dessinais la face Nord, les caméras décelaient des étrangetés dans le bas de la pyramide. J’ai remarqué que l’empilement des pierres de la Grande Pyramide n’est pas le même partout, contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier regard. Les scientifiques ne l’avaient pas remarqué. C’est en dessinant, que j’ai pu décrypter tout ça et prendre conscience de l’extraordinaire niveau d’ingénierie des Egyptiens. On a ensuite placé des capteurs de particules à muons qui permettent de « voir à travers la pierre » pour détecter les différences de densité à l’intérieur de la pyramide sans faire de trou. On a utilisé trois équipes scientifiques différentes et toutes sont arrivées au même résultat. Nous n’avons pas découvert la « Chambre d’Horus » de Mortimer mais bien un espace grand comme un avion au cœur de Khéops et cette information a été publiée dans la revue Nature .

En quoi cette « révélation » a-t-elle influencé le scénarion du « Dernier Pharaon » ?

Cette découverte allait à l’encontre de toutes les connaissances et certitudes des Egyptologues. Il y a de gigantesques chevrons sur un des côtés de la Grande Pyramide. Jacobs les avait très précisément dessinés. A la fin du Mystère de la Grande Pyramide , on voyait Blake et Mortimer ressortir d’un petit couloir, bien en dessous de ces chevrons. On pense désormais qu’ils doivent avoir une fonction : celle de retenir des forces. Il doit donc exister un couloir pas loin derrière, que l’on a jamais identifié depuis des siècles. Jacobs avait imaginé sa « Chambre d’Horus » plus bas, parce que des textes très anciens parlent de passages secrets reliant le Sphynx à la Grande Pyramide. Au final, j’ai participé à deux missions de ScanPyramids. J’étais parfois seul à l’intérieur du tombeau de Khéops. Contrairement à Jacobs, j’ai eu la chance d’escalader la Grande Pyramide, de ressentir sa proximité physique. J’étais assis dessus pendant que je la dessinais. Tout cela m’a permis de comprendre de lieu, de m’y confronter et, même si Le Dernier Pharaon n’est pas à proprement parler une aventure archéologique, ça m’a énormément servi dans la création de l’album. Je ne suis pas capable de dessiner ce que je n’appréhende pas. Là, d’un seul coup, je maîtrisais à la fois parfaitement le Palais de Justice et la Grande Pyramide. Un lien vraisemblable s’est tissé entre les deux sites, comme si les Egyptiens avaient eu la prémonition de la construction du Palais de Justice et que celle-ci ne devait rien au hasard. Mais Mortimer expliquera tout cela mieux que moi au lecteur…

Il resterait un trésor caché à découvrir, à l’image de celui dont le cheik Abdel Razek était le gardien dans « Le Mystère de la Grande Pyramide » ?

Beaucoup de gens ont rêvé de ses mystères depuis des millénaires. Il en reste énormément à percer. La Grande Pyramide a été construite avec une maîtrise extraordinaire du déplacement des pierres, de leur ajustage. C’est un sommet dans la compréhension de la physique des corps. Ce n’est pas pour rien que c’était l’une des merveilles du monde antique. Mais le trésor qui nous attend encore sera, à mon avis, d’une autre nature. Je ne crois pas que l’on retrouvera une « Chambre d’Horus » ni le sarcophage et les trésors de Khéops. Il s’agira plutôt de la clé de la compréhension du travail des bâtisseurs de la Grande Pyramide, de son horlogerie. Le rêve, aujourd’hui, c’est de percer un petit trou par lequel introduire un mini-dirigeable gonflable avec une caméra télécommandée, qui pourra visiter ces espaces secrets que les bâtisseurs ont laissés derrière eux…

Cette aventure vous a aussi permis de renouer avec l’âge d’or de la bande dessinée et les plaisirs de l’enfance ?

Mon frère me racontait les histoires de Blake et Mortimer sur ses genoux quand j’étais petit. Je n’avais pas encore appris à lire. Il prenait les voix des personnages. C’est à travers lui que j’ai découvert l’univers de Jacobs. Aujourd’hui, en faisant cet album, je vois à quel point j’ai été profondément marqué par Jacobs. A travers l’aventure du Dernier Pharaon , j’ai retrouvé mes émerveillements de jeunesse, ceux d’une autre époque, d’un autre monde. Je ne m’y attendais pas. J’ai pu expérimenter le fait que l’œuvre de Jacobs est suffisamment forte pour être traversée par des regards d’auteurs contemporains sans que cela n’entache en rien la magie de la création originelle. A l’arrivée, ce qui me trouble, c’est que sans les albums parus depuis la mort de Jacobs, personne ne parlerait plus de Blake et Mortimer. Chaque nouvel album demeure un événement et j’ose croire que Jacobs en serait fier.

Les héros appartiendraient désormais plus à leur public qu’à leur créateur ?

J’ai une profonde admiration pour le courage de Bill Watterson. Il a osé arrêter Calvin et Hobbes en pleine gloire et refuse farouchement depuis trente ans d’écrire de nouveaux épisodes. Il considère que son œuvre est close, terminée ! Pour ma part, dans ma carrière d’auteur de bande dessinée, je n’ai jamais créé de héros récurrent. Mes Cités obscures sont une fausse série. Si un fou furieux, un inconscient total voulait en écrire la suite, je lui conseillerais de rester lui-même, de ne surtout pas me copier. Mais le public de bande dessinée désire généralement retrouver ce qu’il a aimé. Si on écoutait les lecteurs, on referait toujours le même livre. C’est la difficulté à laquelle ont été confrontés les plus grands auteurs, Hergé avec Tintin, Franquin avec Spirou, Uderzo avec Astérix… Pour réellement satisfaire le public, il faut avoir l’audace de le décevoir pour l’amener dans une autre dimension où il sera surpris. C’est ce que nous avons essayé de faire avec Le Dernier Pharaon . Pour éviter qu’une œuvre ne se fossilise, je pense qu’il faut qu’elle soit traversée d’envie, d’énergie. Pour y parvenir, il n’y a pas de recette, ça doit partir du ventre mais je ne réponds pas à la question en disant cela.

Quel est pour vous l’enjeu artistique de ce « Dernier Pharaon » ?

J’ai réalisé cinq couvertures différentes. J’ai beaucoup douté. Ce livre était un laboratoire. Il plaira, déplaira, fera sa vie. Il a sa logique propre. Je voulais à tout prix éviter de tomber dans l’acharnement thérapeutique. Ce ne pouvait pas être un album de plus de Blake et Mortimer. J’avais reçu l’autorisation d’aborder les personnages comme bon me semblait, sans l’obligation de prolonger la série comme on le fait depuis la disparition de Jacobs. Je voulais m’approprier Blake et Mortimer sans aller trop loin, tenter d’atteindre la perfection de Jacobs, dans le scénario comme dans le dessin. Au Palais de Justice, il fallait que les statues auxquelles Mortimer se raccroche soient totalement fidèles à la réalité. Je ne voulais pas que quoi que ce soit puisse avoir l’air artificiel. Dans Blake et Mortimer, il est nécessaire de mettre un maximum de rigueur. C’est la clé de la crédibilité, sinon on est dans l’heroic-fantasy. Je voulais que l’album soit actuel, qu’il traduise les difficultés du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. La chose dont je suis le plus fier dans Le Dernier Pharaon , c’est l’engagement personnel, presque politique, parce que les livres doivent servir, bousculer, interroger, troubler. Cet album est le reflet de nos convictions à Jaco, Thomas, Laurent et moi. Il se fait l’écho de nos inquiétudes. J’ai la conviction que notre société va assez mal, qu’elle est brouillée. Le Dernier Pharaon est comme un éloge de la décroissance. Ma seule préoccupation, c’est que le livre fasse sa vie, sans rivaliser avec les classiques de la série. J’aimerais qu’il ouvre un nouvel espace, une voie de traverse. L’avenir nous dira s’il bénéficiera ou non d’un alignement de planètes. Certains lecteurs seront probablement troublés parce qu’on emmène les personnages ailleurs et ça ne me déplaît pas.

Algérie: le chef de l’armée tente de mettre la contestation au pas

Manifestations étudiantes ce 21 mai à Alger comme tous les mardis depuis trois mois.
Manifestations étudiantes ce 21 mai à Alger comme tous les mardis depuis trois mois. - RYAD KRAMDI/AFP.

On ne reconnaît plus l’Algérie. Depuis le début de la contestation populaire, le 22 février dernier, les manifestants se sont enhardis, jusqu’à exiger la fin du « système » qui les bâillonne depuis l’indépendance en 1962. Dans la rue par millions tous les vendredis depuis lors sans désemparer, ils ont réussi à obtenir la fin de l’ère Bouteflika entamée en 1999. Mieux : plusieurs personnalités politiques, des généraux et des hommes d’affaires qui incarnaient le régime et sa corruption notoire croupissent désormais en prison. Mais l’armée, épicentre du pouvoir depuis toujours, ne paraît pas prête à renoncer à ses privilèges, comme en atteste la dernière sortie de son chef, le général Ahmed Gaïd Salah ce 20 mai.

C’est ce même Gaïd Salah qui avait écarté le 2 avril l’inamovible Abdelaziz Bouteflika à qui il devait pourtant son poste, après un conclave réunissant les principaux chefs militaires, selon des informations de presse. D’évidence, depuis lors, le militaire, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, est devenu l’homme fort de ce qu’il reste du régime. Son intervention de ce lundi était très attendue par les Algériens : allait-il acter la volonté populaire de renoncer à des élections présidentielles fixées par la Constitution au 4 juillet ou au contraire s’accrocher à cette date, montrant alors sa détermination à prolonger la vie d’un régime dont la population ne veut plus ?

Espoirs populaires douchés

Ahmed Gaïd Salah a choisi cette seconde option, douchant d’importance les espoirs de la « rue », qui sait désormais que la partie – la lutte pour la démocratie – est bien loin d’être gagnée. « La tenue de l’élection présidentielle, a-t-il dit à Ouargla, dans le sud du pays, permettra d’éviter de tomber dans le piège du vide constitutionnel et de tout ce qui s’en suivra comme dangers et dérapages aux conséquences désastreuses, elle mettra un terme aux desseins de tous ceux qui tentent de faire perdurer cette crise ». Et de préciser qu’il vise « certaines revendications irrationnelles, telle que l’exigence du départ collectif de tous les cadres de l’Etat, sous prétexte qu’ils représentent les symboles du système. Il s’agit d’une revendication non objective et irraisonnable, voire dangereuse et malveillante ».

En fait, le militaire semble non seulement vouloir préserver le système mais aussi sauver sa peau comme responsable suprême, puisqu’il dit que cette exigence « vise à déposséder les institutions de l’Etat de ses cadres et les dénigrer. Ces cadres qui ont eu le mérite de servir leur pays à tous les niveaux, avec intégrité et dévouement ; nul n’a le droit de se substituer à la justice en leur proférant des accusations et en réclamant leur départ ». Cette sortie répond en réalité à un slogan de plus en plus audible dans les manifestations en Algérie : « Gaïd Salah dégage ! ».

Appel de trois sages

Jusqu’ici, le « hirak » (mouvement), l’incroyable contestation populaire massive, souffre d’un manque flagrant de porte-parole. Nombreux sont ceux qui s’en sont évidemment aperçus. Trois hommes considérés comme des sages, l’ex-ministre Ahmed Taleb Ibrahimi, l’ex-général et opposant Rachid Benyelles et l’avocat défenseur des droits de l’homme Ali Yahia Abdenour ont publié le 18 mai un appel pour le report de la présidentielle et un dialogue entre l’armée et « des figures représentatives du mouvement citoyen, des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent » : « Comment, se demandent-ils, peut-on imaginer des élections libres et honnêtes alors qu’elles sont d’ores et déjà rejetées par l’immense majorité de la population parce qu’organisées par des institutions encore aux mains de forces disqualifiées, opposées à tout changement salutaire ? ».

Mais le chef de l’armée n’en a cure. Reste à voir comment des élections imposées de force pourraient avoir lieu si les Algériens s’y opposent massivement. Un bras-de-fer entre l’armée et la population a-t-il commencé ?

Les programmes à la loupe: mobilité, gros sous et belles promesses

Chaussée d’Ixelles à Bruxelles, piétons, vélos et bus cohabitent dans un espace semi-piétonnier. © Bruno Dalimonte.
Chaussée d’Ixelles à Bruxelles, piétons, vélos et bus cohabitent dans un espace semi-piétonnier. © Bruno Dalimonte.

La mobilité, une histoire de récriminations et de lents progrès. Récriminations des automobilistes dans les embouteillages, pestant contre les travaux, glapissant contre le prix des carburants, furieux contre les autres automobilistes et le manque de places de stationnement… Ce sont les doléances des navetteurs, parqués dans les wagons bondés, victimes des retards, des suppressions de train, du sous-investissement, du matériel inadapté… C’est l’énervement des cyclistes, désolés d’être pris pour quantité négligeable, impatients devant le trop lent progrès des infrastructures. Sans oublier la plainte silencieuse des piétons, se sentant menacés par le comportement parfois dangereux des uns et des autres. Tout le monde le reconnaît, il y a un souci. Pour le bien-être, pour la qualité de l’air et pour l’activité économique – un paquet de milliards perdus chaque année dans les bouchons.

Fiscalité, pensions, enseignement...: les programmes des partis à la loupe

Si l’on écoute tous les partis, les choses vont s’améliorer dans les prochaines années. Comme avant d’autres scrutins, la mobilité fait partie des priorités. Dame : notre modèle du tout à la route, à la fois héritier et base d’un certain modèle de développement économique et territorial, inspiré par les lobbies, adoubé par les politiques et alimenté par l’individualisation des esprits a montré ses limites et ses effets néfastes.

Changer de mobilité ; entre le dire et oser le faire, il y a de la marge. On trouve, dans les programmes, beaucoup de propositions sur les infrastructures, les investissements. Moins sur le changement des mentalités, sur une meilleure valorisation de ce qui existe déjà. On parle beaucoup d’inciter, très peu de normer, encore moins de contraindre.

L’inverse du présent

Comment faire évoluer les tendances lourdes ? Avec plus de 5,8 millions de voitures (en hausse constante), immobiles 96 % du temps et occupée en moyenne par 1,4 personne, le secteur du transport, routier essentiellement, représente plus de 22 % de nos émissions de CO2. C’est celui qui augmente le plus. Et ce ne sont pas les 625.000 voitures de société (11,5 % du parc de voitures mais 23 % des km, au moins 2,3 milliards de pertes de recettes fiscales pour l’Etat chaque année) qui arrangent les choses. D’un autre côté, l’utilisation des transports en commun est elle aussi en hausse. Et les mobilités alternatives se développent.

Alors que certains, mais pas tous, veulent réduire progressivement le poids des voitures de société (Le Soir du 11 mai) tous les partis veulent améliorer les transports en commun, en y investissant pour améliorer la ponctualité, accroître le service, la capacité, le confort… Tous promettent d’améliorer les infrastructures pour la mobilité active et douce (vélo et marche). Peu disent qu’entre tous les modes de transport, il faudra arbitrer ou évoquent la nécessité d’une réduction de la demande de mobilité. Tous affirment que l’ordre des priorités doit être le piéton d’abord, le vélo ensuite, les transports en commun et la voiture individuelle. Soit, globalement l’inverse de ce qu’on a fait jusqu’à présent et qui continue souvent à se faire.

On parle d’encourager le covoiturage (qui stagne), de créer des « pass mobilité » reprenant toutes les offres de transport. On souhaite l’intégration tarifaire des sociétés de transport en commun. Une discussion qui traîne depuis des années : il n’y a toujours pas d’accord sur la création d’un billet unique (Jump+) dans une zone de 11,5 km autour de Bruxelles. Bref, entre les promesses et les réalisations, il faudra voir…

Grand format – Elections européennes : pourquoi ces femmes s'engagent à l'extrême droite

reportage à Düsseldorf (Allemagne) et Toulon (France)

Elles ont 65 ans, 29 ou la petite quarantaine. Elles ont grandi dans un quartier difficile du sud de la France ou dans la banlieue d’une ville moyenne à quelques encablures de Düsseldorf. Elles sont médecin à la retraite, préparatrice en parapharmacie, avocate, étudiante et ne parlent pas toutes la même langue.

Pourtant, aussi différentes soient-elles, toutes ces femmes sont d’accord sur un point. Le 26 mai prochain, elles voteront pour un parti d’extrême droite aux élections européennes. Le Rassemblement national, la Ligue ou l’AfD. « Qu’est-ce qui attire les femmes vers des mouvements d’extrême droite qui semblent dénigrer leurs droits ? La question a vexé les universitaires féministes pendant des décennies », notait l’historien Kevin Passmore en 2003 dans l’ouvrage Women, gender and fascism in Europe.

Seize ans plus tard, la question est toujours ouverte, malgré de nombreux travaux sur le sujet. Alors qu’il s’agit de la dernière ligne droite pour la campagne des Européennes et que les partis nationalistes étaient tous réunis à Milan le week-end dernier pour un dernier grand raout, Verena, Valérie, Muriel et Laura ont accepté de nous ouvrir leurs portes. Et de disséquer les raisons et les racines de leur engagement politique à la droite de la droite.

L’absence de femmes, « une chance »

Aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours adhéré aux idées « de droite radicale ». Aujourd’hui candidate aux élections européennes en 13e position sur la liste de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), Verena Wester nous a donné rendez-vous dans un café traditionnel du centre-ville de Düsseldorf. L’endroit, qui fait aussi boulangerie, fourmille de locaux et de touristes venus déguster une pâtisserie. Verena nous avait prévenus : elle préférait ne pas venir seule, s’excusant de son niveau d’anglais. C’est donc accompagnées d’un collègue de son parti, Sebastian Nehes, que l’on débute l’entretien.

« Qu’est-ce qui attire les femmes vers des mouvements d’extrême droite qui semblent dénigrer leurs droits ? La question a vexé les universitaires féministes pendant des décennies » Kevin Passmore, historien

La jeune femme est née et a grandi à Solingen, ville de 160.000 habitants située à une trentaine de kilomètres de Düsseldorf. À la maison, elle assure qu’on ne parle pas spécialement de politique, même si son père, Michael Balke, a déjà tenté sa chance auprès de l’AfD en 2013 pour obtenir un mandat parlementaire, en vain : « Je sais que ma famille est fière de moi, de mon engagement. Ils savent que c’est un job difficile ».

Moment clef de son engagement politique – que Verena citera à plusieurs reprises lors de notre entretien – la naissance de son garçon dont l’arrivée coïncide avec la crise financière. « Quand il est né je me suis sentie plus investie. Pour sa qualité de vie, son futur. C’était un moment économiquement stressant. Je travaillais de la maison en freelance [Verena est avocate, NDLR], puis j’ai dû, pour des raisons financières, rejoindre un cabinet pour mieux gagner ma vie », détaille la candidate.

D’abord proche du parti libéral FDP – elle rejoint l’AfD en 2013, « au moment de la crise des réfugiés, quand je me suis rendu compte que les partis au pouvoir violaient la loi et mettaient à mal notre sécurité sociale », justifie-t-elle. A l’époque, l’extrême droite allemande mise d’ailleurs à toute vitesse sur la crise migratoire comme thème de campagne, aussi populaire auprès des hommes que des femmes. Aux dernières élections fédérales, 17 % des femmes à l’est et 8 % à l’ouest de l’Allemagne, glissent un bulletin estampillé AfD dans l’urne, pointe le rapport « Triumph of the women » commandé par le think tank allemand de gauche Friedrich Ebert Stiftung.

Séance photo pour le moins particulière dans un petit marché de Düsseldorf. Le collègue de Verena dirige notre photojournaliste
: «
Si vous pouviez éviter ce stand, il vend des produits islamiques...
» Il s’agissait d’une échoppe proposant des produits halal.

Le phénomène n’est pas circonscrit à l’Allemagne : partout en Europe, les femmes votent de plus en plus pour les partis d’extrême droite. « Alors que les idées et l’esthétique des partis d’extrême droite sont devenues de plus en plus mainstream, la stigmatisation liée à la participation à ces mouvements a diminué », relève Cynthia Miller-Idriss, professeure à la American University et spécialiste de l’extrême droite. « Ce qui a encouragé les femmes à adhérer là où elles auraient pu hésiter. Même s’il subsiste un fossé entre les genres dans le vote des partis de droite radicale (les hommes votent davantage à l’extrême droite que les femmes, NDLR) il est souvent trop souligné ». Miller-Idriss enchaîne : « Une analyse des données de l’Enquête sociale européenne dans sept pays européens a montré que lors des derniers scrutins nationaux, plus de 40 % des voix de partis de droite populiste radicale provenaient des femmes. Les femmes sont plus actives que jamais dans les mouvements d’extrême droite ».

« Les femmes sont plus actives que jamais dans les mouvements d’extrême droite » Cynthia Miller-Idriss

Pour Verena, comme pour la majorité des femmes que nous avons rencontrées, le genre importe peu en politique. Et pourtant, à l’AfD, les femmes sont sous représentées : elles ne constituent que 13 % des militants. Mais Verena y voit une chance : « Cela a été beaucoup plus simple pour moi. Vu que nous étions peu nombreuses, on se souvenait de moi facilement ». A-t-elle déjà vécu des moments difficiles au long de sa carrière politique du fait qu’elle soit une femme ? De la discrimination au sein de l’AfD ? Elle marque une pause, son collègue scrute nerveusement sa réaction : « Oui. Depuis #metoo, je ne me fais plus complimenter par les hommes au travail ». Le collègue part d’un grand éclat de rire.

Le fait que la leader du parti soit une femme a-t-il joué dans son propre engagement ? : « Pas du tout », répond catégoriquement Verena. « Le plus important, c’est les valeurs du parti. Au final, c’est l’expérience d’Alice Weidel qui a compté, pas le fait que ce soit une femme. » Ouvertement lesbienne, en couple avec une femme d’originaire sri-lankaise et mère de deux enfants, la cheffe du parti d’extrême droite dénote fortement avec le modèle de la famille traditionnelle poussé par l’AfD : « Elle a elle-même clairement dit que le mariage homosexuel était insignifiant face à la réelle menace, celle de l’immigration », répète religieusement Verena après un bref aparté en allemand avec son collègue. Et confesse ne pas vouloir s’étendre sur le sujet, qui divise au sein du parti.

« Les femmes aussi peuvent être sexistes »

«
En 2017, lors de la campagne présidentielle, Marine Le Pen avait vraiment fait du rentre-dedans auprès des femmes
», analyse l’experte Nonna Mayer.

« Beaucoup de femmes qui adhèrent à des partis d’extrême droite ont un point de vue radicalement traditionnel sur le rôle de la femme et la protection de la famille », rappelle Cynthia Miller-Idriss. « Les déclarations du genre ‘les femmes ne sont pas des leaders naturelles ou leur rôle principal est celui d’épouse ou de mère’, que beaucoup de femmes vont interpréter comme misogyne, ne le seront pas nécessairement pour les femmes qui évoluent au sein de partis d’extrême droite. Parce qu’elles sont d’accord avec ces déclarations. Les femmes aussi peuvent être sexistes. »

« Pour moi, Giorgia Meloni était une figure inspirante. Mais en effet, je pense qu’elle aurait dû laisser les rênes du parti à un homme. Entre ce qu’elle prône – le retour à la famille traditionnelle et l’importance des mères – et ce qu’elle fait – cheffe d’un parti politique, il y a un décalage ». La jeune franco-italienne Laura* a décidé de voter pour une liste italienne aux élections européennes. Mais pas pour la liste Frères d’Italie de Giorgia Meloni : « Pour la Ligue », détaille l’étudiante lyonnaise en droit qui a accepté de témoigner par téléphone. « Son franc-parler, sa manière de prendre les problèmes à bras-le-corps, d’agir, ça me parle », poursuit-elle.

« L’immigration massive, c’est les racines de nos problèmes. Et je vois bien, quand il gouverne, que Salvini agit pour régler ce problème ». Laura, étudiante franco-italienne

L’exercice du pouvoir de Salvini a même conforté la jeune femme dans son choix : « L’immigration massive, c’est les racines de nos problèmes. Et je vois bien, quand il gouverne, que Salvini agit pour régler ce problème ». On l’interroge sur la politique familiale aux relents médiévaux de la Ligue (le ministre de l’Intérieur italien pousse pêle-mêle des révisions de lois visant à réduire les droits des familles homoparentales, des mères célibataires et des mères divorcées, NDLR) : « Pour moi, rien de choquant. C’est normal qu’une mère soit au service de sa famille. Moi je fais des études et j’espère décrocher un job intéressant. Mais ce n’est pas la finalité de ma vie. Quand j’arrêterais de travailler pour mes enfants et mon mari, j’aurais le sentiment de me mettre au service de quelque chose de plus grand. Je comprends celles qui veulent faire carrière, il faut aussi qu’elles aient la liberté de le faire. Mais moi, je veux aussi avoir la liberté de pouvoir m’occuper de mon foyer sans risquer d’être pointée du doigt. »

« On assiste en effet à un glissement des positions soit parmi les ‘nouveaux’ partis de droite radicale soit chez ceux qui veulent faire évoluer leur discours vers le mainstream », analyse Nathalie Brack, professeure en science politique à l’ULB. « L’extrême droite avait tendance à renvoyer ou promouvoir une image traditionaliste de la femme, comme mère, femme au foyer, etc. Cela reste le cas pour certains partis extrêmes comme Aube Dorée en Grèce qui défend toujours l’idée des femmes comme corps reproductifs de la nation. Mais beaucoup ont évolué dans leur position et se présentent comme défenseurs des droits des femmes, des sexualités et sont tolérants envers la communauté LGBT+ dans certains cas. C’est en particulier le cas dans le nord de l’Europe ou aux Pays-Bas, où ces partis ont une position ambiguë vis-à-vis de la communauté LGBT+. Cela va de pair avec une évolution plus générale du discours de ces partis qui se présentent comme défenseurs des ‘idéaux des Lumières’, de l’égalité homme femme et du droit des femmes dans le cadre de leur opposition à l’immigration et à l’islam ». Et c’est cette même attitude de rejet envers l’immigration et l’islam qui motivent les femmes, au même titre que les hommes, à voter pour ces partis.

« L’arrivée de Matteo Salvini sur la scène politique a tout chamboulé. Je me souviens qu’avant, je cachais systématiquement mes opinions politiques ou les minimisais, surtout en France. Maintenant, j’ai de plus en plus d’amis d’accord avec moi. Depuis quelques années, quelque chose s’est libéré », analyse Laura. Qui, toutefois, a bien insisté pour témoigner sous couvert d’anonymat, « pour ne pas gêner ses parents ».

« C’est pas un peu sexiste d’interviewer que des femmes ? »

À l’inverse de Laura, Valérie nous reçoit volontiers sans filtre : « Je n’ai jamais eu honte de mes idées, je ne vais pas commencer aujourd’hui ». Nous la rencontrons à Toulon, dans les locaux du Rassemblement national. Hauts plafonds, vitraux colorés et parquet ancien : le quartier général toulonnais du parti de Marine Le Pen n’a rien à envier au plus charmant des appartements typiquement bruxellois. Sur les murs, une ancienne affiche électorale dénonçant « l’islamisation de la France » qui avait fait grand bruit à l’époque, dénote avec les moulures. Ce dimanche, un petit groupe de militants se retrouve pour préparer les prochaines actions. L’un d’entre eux nous interpelle, goguenard : « C’est pas un peu sexiste d’interviewer que des femmes ? »

Au quartier général du Rassemblement national à Toulon.

Valérie prend place sous un énorme poster où s’étalent, tout sourire, Marine Le Pen et sa tête de liste aux élections européennes, Jordan Bardella. Un peu sur la défensive, la presque trentenaire s’avérera surtout hyper déterminée à faire passer son message. Née à Saint-Raphaël dans le Var, territoire particulièrement réceptif aux thèses frontistes, elle grandit à Fréjus, dans le quartier sensible de la Gabelle. Théâtre de violentes émeutes en 2009, le quartier – qui devrait être bientôt renommé – est encore aujourd’hui évoqué dans la presse locale pour des affaires de trafic de drogue. Valérie explique avoir été très marquée par ses années à la Gabelle : « C’était un climat d’insécurité permanent, des agressions en continu, un mauvais accès aux services publics. »

A la maison, la politique reste à l’entrée : « On ne parlait pas de politique. J’ai découvert bien plus tard que ma mère partageait mes idées », se souvient Valérie qui rembobine aux racines de son militantisme. « Je passais souvent devant la permanence du Front national à Fréjus. Un jour, j’ai poussé la porte. En 2014, j’ai aidé pour un dépouillement. Puis j’ai rencontré des adjoints, des militants. J’ai trouvé une famille politique. Et en 2017, j’ai pris ma carte pour me rendre utile ».

Valérie
: «
Pourquoi est-ce que nous, Français, on galère comme ça chez nous pour trouver du travail alors que les étrangers passent avant nous
?
»

Mère d’une petite fille, Valérie travaille en parallèle dans une parapharmacie. Elle se sent autant « laissée pour compte » que n’importe quel homologue masculin qui voterait pour le Rassemblement national. Amère, elle déroule : « J’ai trois diplômes qui ne me servent à rien. Je vais devoir reprendre des études pour avoir un salaire correct pour élever ma fille dans de bonnes conditions. Pourquoi est-ce que nous, Français, on galère comme ça chez nous pour trouver du travail alors que les étrangers passent avant nous ? » Tout au long de l’entretien, Valérie liera nos questions au « problème de l’immigration ». Qu’on l’interroge sur la sécurité, le pouvoir d’achat ou les droits des femmes : tout est systématiquement lié à l’immigration dans l’esprit de la jeune femme.

« Marine Le Pen a réussi à attirer et à fidéliser une nouvelle génération de femmes, arrivées à l’âge de voter en 2012, qui n’ont connu du FN que sa face ‘dédiabolisée’ incarnée par sa nouvelle présidente », analyse Nonna Mayer, directrice de recherche émérite au CNRS et experte de l’extrémisme de droite. « Les droites radicales évoluent, elles tentent d’adoucir leur image de parti extrémiste, d’euphémiser leur discours. Tel est notamment le but de la stratégie de ‘dédiabolisation’ affichée par Marine Le Pen depuis 2017. À l’instar d’autres leaders de droites extrêmes, en Norvège, au Danemark ou aux Pays-Bas, elle a recentré son discours sur l’islam présenté comme une menace pour les droits des femmes et la démocratie. »

« Les droites radicales évoluent, elles tentent d’adoucir leur image de parti extrémiste, d’euphémiser leur discours », Nonna Mayer, directrice de recherche émérite au CNRS

En retraite anticipée depuis un an, Muriel est médecin et addictologue. A 65 ans, elle a décidé d’embrasser une nouvelle carrière politique. Dans une brasserie du centre-ville de Toulon, Muriel reconnaît que la figure de Marine Le Pen a pesé dans la balance quand elle a pris sa carte au RN : « J’ai toujours voté pour le Front national. Mais je n’ai adhéré que lorsqu’elle a repris les rênes. J’avais envie d’agir, de vivre mes idées. Pour moi, Marine Le Pen, c’est une femme de gouvernement. Je pense que d’une certaine manière, une femme leader est plus enthousiasmante. Et surtout, je crois que les femmes sont plus fermes dans leur décision. » Elle n’a pas le sentiment que voter Rassemblement national aille à l’encontre des droits des femmes. Elle estime, au contraire, que Marine Le Pen est une femme « moderne ».

Muriel, médecin, en retraite anticipée
: «
Pour moi, Marine Le Pen, c’est une femme de gouvernement. Je pense que d’une certaine manière, une femme leader est plus enthousiasmante
»

« En 2017, lors de la campagne présidentielle, Marine Le Pen avait vraiment fait du rentre-dedans auprès des femmes, analyse Nonna Mayer. Dans son tract, ‘Marine présidente’ où elle détaillait les étapes de sa vie personnelle, elle se présentait comme une femme comme tout le monde, une mère divorcée, non conformiste, moderne ». Un point de vue qui a séduit Muriel qui se sent parfois « très loin des préoccupations de certaines féministes » : « Après #MeToo, il y a eu des dérives. Personnellement, je n’ai pas besoin de ces combats. Et je ne m’identifie pas du tout à leurs revendications. »

Pendant la campagne présidentielle de 2017, Marine Le Pen tente d’attirer les électrices en se mettant en scène de manière plus intime.

Valérie, qui n’a pas souvenir d’avoir entendu parler du mouvement #MeToo, soutient que son parti « se bat pour les libertés des femmes ». Pourtant, sur les 144 propositions du programme du parti d’extrême droite pour la présidentielle de 2017, une seule concernait spécifiquement les droits des femmes : « Défendre les droits des femmes : lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales ; mettre en place un plan national pour l’égalité salariale femme/homme et lutter contre la précarité professionnelle et sociale ». Un vide qui en dit long sur les désaccords internes, en témoigne le débat perpétuel lié à l’avortement entre membres du parti.

La jeune femme reconnaît qu’il peut y avoir une différence de traitement entre les deux genres – « C’est vrai que quand on va faire une demande de crédit en tant que femme seule à la banque, on est tout de suite moins prise au sérieux » – elle soutient qu’au sein du parti, elle n’a jamais eu le sentiment d’être traitée différemment de ces collègues masculins : « Nous ne sommes pas soumises aux hommes. Au RN, homme ou femme, nous sommes traités de la même façon et on défend les droits des femmes. » Elle s’arrête, cherche un exemple : « Comme celui de ne pas avoir à porter le voile. »

L’étranger, jamais très loin.

*Le prénom de Laura a été modifié à la demande de l’interviewée

SC Charleroi: du coup de gueule salvateur à la finale des PO2

La confiance est revenue dans le groupe carolo au fil des semaines.
La confiance est revenue dans le groupe carolo au fil des semaines. - Belga

Alors qu’il avait annoncé la couleur et son ambition avant le début des Playoffs 2, Mehdi Bayat a mal vécu le début d’exercice de ses troupes. Et pour cause, alors qu’il avait déclaré que « Charleroi était le favori et le plus riche des Playoffs 2 » et qu’il devait « assumer ce statut », le Sporting a débuté par un piètre 0/6. Désemparé, le patron du matricule 22 a alors clairement remis les joueurs devant leurs responsabilités. « Sans en expliquer exactement le contenu, je peux vous dire que j’ai été très dur avec le groupe et même avec tout le monde, pas seulement le groupe, après le zéro sur six », soulignait Mehdi Bayat au soir du succès contre Eupen, samedi dernier.

Et ce coup de gueule, qui faisait écho à celui auxquels les Zèbres avaient déjà eu droit au soir de la raclée subie à Mouscron, a eu l’effet escompté. « Je ne dis pas que ça a tout changé, mais j’ai en tout cas dit qu’il fallait de la volonté, de l’engagement et de l’état d’esprit quand on évolue à Charleroi. C’est toujours comme ça que ça a fonctionné ici et il fallait revenir à ces valeurs. » « On a vu que chacun devait faire son introspection », a expliqué Núrio ce mardi midi.

Cette prise de parole de Mehid Bayat avait eu le don de faire trembler les murs et les paniers à linge dans les vestiaires du Mambourg. « J’ai surtout voulu leur dire qu’ils étaient footballeurs et qu’ils devaient respecter ce statut. »

Ce but de Perbet à Eupen !

La suite, « c’est la loi du football qui l’a définie car sans le but de Jérémy Perbet à Eupen, on n’en serait pas là aujourd’hui », assure Mehdi Bayat, conscient que son message n’a été porteur que parce que la dynamique a rapidement changé derrière grâce au succès acquis de haute lutte à Eupen.

Si le message est bien passé, c’est notamment parce que les cadres ont aussi secoué le cocotier dans la lignée de l’administrateur-délégué du Sporting. « Plusieurs joueurs ont ainsi pris leurs responsabilités », nous est-il revenu durant les dernières semaines. Et outre la nécessité de respecter le maillot carolo, le message donné aux joueurs par la direction a été que c’est bien Charleroi qui possédait le meilleur noyau, aussi bien au niveau des remplaçants que des titulaires, de ces Playoffs 2 et qu’il s’agissait de le montrer sur le pré.

Du team building

Pour repartir du bon pied, Charleroi a tenté de changer la routine qui s’était installée au fil d’une saison qui l’a vu passer à côté de ses objectifs de Playoffs 1 tout en loupant le coche en Coupe de Belgique. « On va instaurer pas mal d’activités de team building afin de permettre aux joueurs de faire d’autres activités ensemble. En cette période de l’année, l’aspect mental est aussi important que le physique », soulignait Felice Mazzù il y a quelques semaines. Et du karting au tennis en passant par les arts martiaux, les joueurs ont pu se défouler loin des terrains de Marcinelle. Les salles de sport du Mambourg ont, elles aussi, retrouvé davantage de vie. « C’est sûr qu’il y a eu un déclic », ont ainsi répété plusieurs joueurs ces dernières semaines.

La différence s’est également vue dans l’intensité des duels lors des séances d’entraînement. Bien que cela ait parfois eu comme conséquences de petits bobos sans conséquence, la hargne et la volonté de bien faire se sont accentuées au fil des semaines tant chacun voulait montrer qu’il avait un rôle à jouer en cette fin de saison. « Et la confiance est revenue grâce à ce qu’on a fait sur le terrain », assurait Felice Mazzù ce mardi. « En gardant le zéro derrière et en gagnant des matches, la confiance était de retour. Il y a aussi eu une prise de conscience qu’on avait tout pour faire quelque chose de bien dans ces Playoffs 2. »

Tactiquement, c’est par un changement de système opéré par Felice Mazzù qu’est venue la solution. Le Sporting est en effet passé à une animation avec trois défenseurs axiaux, « laquelle a permis de prendre la grande majorité des points cette saison », a rappelé le T1 sambrien récemment. Il ne faut pas non plus oublier les analyses vidéos qui ont permis de prendre des décisions plus rapidement qu’avant. Arrivé durant la première semaine des Playoffs 2, Damien Januel a pu donner des pistes de réflexions au staff carolo dès les matches suivants puisque des analyses étaient disponibles à la mi-temps des rencontres, avec comme conséquences d’apporter du sang neuf en cours de match quand c’était nécessaire.

Désormais, Charleroi veut poursuivre sur son excellente dynamique pour pouvoir se rendre à l’Antwerp dimanche, où le match a été avancé à 14h30. Si on refuse de trop y penser au Mambourg, tout a été mis en œuvre pour avoir la chance de disputer la véritable finale de fin de saison, celle qui accorde un ticket européen.

Près de cinq mille places supplémentaires dans les écoles (carte interactive)

Environ 42.000 nouveaux sièges ont été ouverts durant cette législature, y compris grâce à des projets initiés précédemment.
Environ 42.000 nouveaux sièges ont été ouverts durant cette législature, y compris grâce à des projets initiés précédemment. - M. Golinvaux.

Ce n’est pas (encore) la fin du stress pour les élèves qui souhaitent s’inscrire dans l’école de leur choix. Par contre, une importante décision du gouvernement de la Communauté française – la dernière avant le scrutin de ce dimanche – va progressivement contribuer à le réduire. Il vient de donner son feu vert à une sélection de 27 projets d’extensions d’écoles existantes, de quoi créer 4.700 nouvelles places d’ici six ans.

20 millions par an

Six ans ? Pour appréhender la longueur du délai, il faut se replacer dans le cadre du décret de 2017 instituant un outil budgétaire pérenne pour la création de places à l’échelle de la Communauté française. Un outil duquel, assure le cabinet de la ministre Schyns, est bannie toute logique politicienne afin de favoriser prioritairement les projets dans les zones en tension géographique (Bruxelles, Liège, Gembloux, Charleroi, Bastogne…). En croisant les chiffres d’inscriptions avec des données démographiques et les prévisions du Bureau du plan, le gouvernement a pu établir, zone par zone, un cadastre des priorités pour répondre aux besoins d’ici six ans. On notera que six ans c’est aussi souvent le temps nécessaire pour monter un dossier de travaux et le mener à bien.

4.000 places pour le secondaire

Chaque année depuis 2017, un appel à projets est donc lancé aux pouvoirs organisateurs des différents réseaux sur base d’un budget récurrent d’une vingtaine de millions indexés. Les dossiers sont répartis selon une clef déterminée par le décret : 39,67 % des moyens pour l’officiel subventionné, 38,43 % pour le libre subventionné et 21,89 % pour le réseau officiel. L’appel 2019 permettra la création de 4.004 places dans le secondaire, 472 dans le fondamental et 227 dans le spécialisé, dont coût 24,3 millions.

Environ 42.000 nouveaux sièges ont été ouverts durant cette législature (y compris grâce à des projets initiés précédemment). Par ailleurs, outre les programmes habituels (fonds des bâtiments scolaires, travaux prioritaires…), le nouveau plan a permis, sur trois ans, de valider environ 14.000 nouvelles places.

Le vrai ou faux: le répertoire du violon est-il resté bloqué au XVIIe siècle?

Le vrai ou faux: le répertoire du violon est-il resté bloqué au XVIIe siècle?
D.R.

Faux

Non, quand même pas ! », sourit Lorenzo Gatto. « Certaines choses magnifiques ont été écrites au XXe  siècle, les œuvres de Prokofiev par exemple. Il y a eu tellement de choses, tellement de révolutions depuis le XVIIe. D’ailleurs, les grands violons ont été construits au XVIIIe. » On retrouve en fait un tas d’œuvres récentes dans les programmes proposés par les candidats au Concours Reine Elisabeth. Au-delà des œuvres imposées contemporaines, il y a par exemple le Concerto pour violon et orchestre de Sibelius (1905), mais aussi celui de Chostakovitch (1955).

Entre le XIXe et le XXIe  siècles, on retrouve également Béla Bartók (1881-1945) ou Eugène Ysaÿe (1858-1931). Mais l’amour des compositeurs pour le violon se poursuit jusqu’à nos jours. En 1931, Stravinsky écrivait ainsi son Concerto pour violon et orchestre. Cinq ans plus tard, Samuel Barber proposait son fantastique Adagio pour cordes rendu célèbre par Platoon, d’Oliver Stone (et massacré par quelques DJ’s quelques années plus tard…).

On peut également citer Benjamin Britten et son Concerto pour violon (1938), le Capriccio pour violon et orchestre de Krzysztof Penderecki (1967), Violone de Stockhausen, qui mêle violon et musique électronique (1995-1996), le Concerto pour violon de György Ligeti (1989-1993, Scheherazade.2, symphonie dramatique pour violon et orchestre de John Adams (2015).

En février 2015, Lorenzo Gatto créait quant à lui le Concerto pour violon de Benoît Mernier avec le Belgian National Orchestra, sous la direction d’Andrey Boreyko.

Globalement, le violon est loin de se limiter au seul répertoire classique ou contemporain. « Il y a toute la culture du Fiddle (le violon populaire à l’irlandaise, NDLR) qui s’est développée. La musique classique a quand même toujours été influencée par la musique populaire. Et le violon a toujours eu sa place dans la rue comme dans la salle de concert. Il y a vraiment un violon classique et un violon populaire. Les deux coexistent et se nourrissent. »

Côté pop, en 1966, les Beatles le mettaient à l’honneur dans Eleanor Rigby.

Depuis les années 1990, on peut même dire que le violon opère un retour en force, à la fois dans le rock, la pop, et même le rap ou le trip-hop. Parmi les exemples en vrac : le groupe français Louise Attaque qui l’intégrait pleinement dans ses compositions, la Bitter Sweet Symphony de The Verve, Unfinished Sympathy de Massive Attack,…

Tout ça sans compter les nombreuses reprises par des violonistes ou des quatuors à cordes par exemple…

... ou les compositeurs néo-classiques qui reviennent à l’amour profond des instruments, comme le violon.

Ah, et même l’Eurovision n’est pas restée indifférente…

Google s’invite dans vos listes d’achats… sans votre consentement

L’archivage des achats remonte jusqu’en 2013. Au moins.
L’archivage des achats remonte jusqu’en 2013. Au moins. - Reuters.

Qui gère votre liste de courses sans même avoir eu besoin de le lui demander ? Google pardi ! Le géant de la recherche a créé un service efficace, mais aussi très discret. Seul le hasard permet aux internautes de découvrir que leurs achats réalisés en ligne ont été soigneusement répertoriés par Google et rendus disponibles via une adresse spécifique.

Un petit test ? Connectez-vous à https ://myaccount.google.com/purchases. La liste des achats réalisés en ligne s’affiche et il est possible de cliquer sur chacun des liens pour visualiser tous les détails, comme la date de livraison ou les frais de port. Tout y est. Et si l’on se réfère aux coups de sonde réalisés auprès de quelques utilisateurs, l’archivage des achats remonte jusqu’en 2013 au moins.

Trois adresses à tester

Il n’y a pas que vos achats qui ont retenu toute l’attention de Google. https ://myaccount.google.com/subscriptions liste les abonnements en ligne et https ://myaccount.google.com/reservations montre chaque réservation effectuée pour un vol, un hôtel ou un restaurant. Saisissant.

Pour accéder aux informations, il faut disposer d’un compte Google et s’y connecter. Aucune autre manœuvre n’est nécessaire. Mais comment Google s’y prend-il pour créer ces listes ? Il utilise deux sources. La première, c’est l’ensemble des commandes que vous avez éventuellement passées avec Google Play Store ou d’autres services commerciaux de l’entreprise. Jusque-là, rien que du très banal, puisqu’il s’agit d’un simple archivage des achats réalisé par le vendeur lui-même. Mais c’est la seconde source utilisée par Google qui interpelle : il s’agit de tous les reçus ou confirmations de commandes reçus via la messagerie Gmail. Et Google ratisse large. En vrac, on retrouve dans sa liste des achats effectués sur Amazon, Audible, Zara ou encore ses factures sur iTunes.

L’un des éléments les plus irritants de ces listes, c’est la procédure de suppression. Effacer un achat ? Rien de plus facile, indique Google. Il suffit de supprimer le mail dans lequel apparaît la commande. Si vous ne voulez pas que Google archive vos courses, effacez vos mails. Comme c’est simple, au fond, internet !

Google reste trop discret

Google précise que les informations sont vues uniquement par l’utilisateur du service. « Vous seul pouvez voir vos commandes », peut-on lire sur une page d’information liée à ces trois services. Nous seuls… et bien entendu Google, qui s’est chargé du boulot à notre insu. Qu’en est-il de l’utilisation de ces informations pour la constitution de profils enrichis ? Nous avons posé une série de questions à Google à ce sujet. Les informations sont-elles utilisées à des fins de profilage ? Ou, selon la formule consacrée, en vue de l’amélioration du service ? Y a-t-il une quelconque forme de commercialisation, notamment à des fins publicitaires, d’informations extraites ou dérivées de ces données ? Nous avons également demandé à Google de nous indiquer à quel paragraphe le service est mentionné dans ses conditions générales d’utilisation.

La réponse a été très succincte et malgré une relance destinée à préciser nos questions, nous avons dû nous en contenter. « Le contenu de Gmail n’est pas utilisé pour de la publicité ou du ciblage », explique Google. « Nous n’utilisons pas ces données pour de la publicité ou pour des objectifs de monétisation et nous avons des règles de conduite claires sur la manière dont les données peuvent être utilisées. Notre but est uniquement de fournir une expérience positive à nos utilisateurs ».

La crainte de finalités cachées

« Est-il pertinent de conserver une telle information sans même avoir demandé le consentement explicite des utilisateurs ? », se demande Jean-Marc Van Gyseghem, directeur de recherche au Crids, le Centre de recherche spécialisé en droit et informatique de l’université de Namur. « J’en doute. Quelle est la finalité de cette conservation ? On peut craindre l’existence de finalités cachées. Pour moi, il y a clairement une contradiction par rapport à l’exigence de transparence qui est la pierre de touche du RGPD, le règlement général européen pour la protection des données. »

Valentin Vermeesch a passé sa courte vie à essayer d’être aimé

La cour d’assises de Liège a terminé, ce mardi, l’audition des témoins de moralité de Valentin Vermeesch, torturé et tué, en mars 2017, par cinq jeunes qu’il prenait pour ses amis. La cour et les jurés ont ainsi fait une véritable plongée dans la misère d’une famille carencée, dans la déshérence d’un gamin non désiré, qui a passé sa courte vie à essayer de se faire aimer.

Valentin est né en février 1999 et c’est seule, alors que le père biologique avait déjà pris la tangente, que sa maman a accouché. Très vite, a expliqué son oncle, on a remarqué que le gamin présentait des problèmes comportementaux, ainsi qu’un strabisme divergent très prononcé. Un diagnostic de retard mental avait été posé, mais entre-temps, la maman, dépendant de la mutuelle, avait retrouvé l’amour avec un homme désœuvré, vivant de la mendicité. Alors qu’un frère et une sœur venaient agrandir la famille de Valentin, ce dernier s’est replié sur sa grand-mère, qui, selon les témoins, le maternait beaucoup et lui laissait « tout passer ». Depuis la mort du gamin, cette dernière a perdu pied ; elle crie après lui, de son balcon, convaincue qu’un jour il reviendra sur son vélo.

Les directeurs et professeurs des écoles spécialisées fréquentées par Valentin ont tous décrit un gamin qui ne souhaitait que de l’affection, de l’intérêt, de l’amitié. Il n’avait aucune maturité, il croyait tout ce qu’on lui disait, il « réagissait comme un petit enfant », a expliqué une assistante sociale. En grandissant, ses problèmes de comportement s’étaient amplifiés, sans que le corps professoral ne parvienne à impliquer les parents. Son inscription à Sainte-Claire, en enseignement primaire spécialisé quand il avait dix ans, s’est faite par téléphone, ce qui avait interpellé le directeur. Deux ans plus tard, les parents étaient présents pour son inscription dans un autre établissement scolaire, mais la directrice avait été choquée de voir arriver le père ivre : « Je me souviens qu’ils avaient demandé à faire une pause pour fumer une cigarette », a-t-elle expliqué. Quand Valentin venait à l’école, il portait des habits sales qui n’étaient pas en adéquation avec la météo. Il avait une hygiène déplorable, ses dents n’étaient pas soignées et son strabisme était l’objet de railleries. Souvent seule, la mère était débordée ; elle semble aussi avoir adopté une attitude de déni par rapport au handicap de son fils. « Pour elle, s’il ne faisait pas de progrès en lecture, c’est que ses profs étaient mauvais », a expliqué un membre de sa famille.

Le SPJ avait fini par être alerté, et Valentin avait été confié à un internat de Flémalle : « Il était triste à voir parce qu’il essayait d’avoir l’attention des autres », a expliqué la directrice. « Il ne se sentait pas accepté, et de fait il ne l’était pas vraiment car même avec la mesure de placement, ses absences compliquaient son intégration. »

Alors que le père adoptif de Valentin avait plongé dans la toxicomanie, délaissant souvent sa famille soit pour assouvir ses assuétudes, soit pour des séjours en prison, Valentin devenait un jeune adulte sans aucune barrière : une directrice d’établissement a évoqué un gamin manquant de repères sociaux, « qui pouvait dire je t’aime et se frotter contre vous puis le lendemain se montrer vulgaire » ; il était « toujours dans le conflit, pour aller titiller l’autre puis se cacher derrière l’adulte pour essayer de se protéger ». Et surtout, pas rancunier et ne voyant le mal nulle part, il allait souvent se choisir les mauvais « amis », ceux qui le taquinaient, qui lui proposaient de faire du troc en l’arnaquant, qui l’humiliaient parfois, et vers lesquels, malgré tout, il revenait.

Le constat, chaque fois, était le même : les intervenants en milieu scolaire ont tout tenté pour lui donner les repères sociaux qui lui permettraient de mieux vivre, de ne plus être l’objet de railleries, de ne plus être décrit comme un « enfant sauvage ». Mais l’absentéisme du gamin, qui disait détester l’école, annihilait les efforts entrepris pour l’aider. Entre-temps, son frère et sa sœur avaient été placés par le SPJ (ils le sont encore aujourd’hui) : « Je ne comprends pas pourquoi ils ont laissé Valentin chez ses parents », a confié un de ses oncles, ce mardi. « Si c’était mauvais pour les deux petits, pourquoi cela n’aurait-il pas été pareil pour Valentin ? »

Escarpé de la vie, Valentin a été très jeune livré à la rue, où il croisait parfois des adultes bienveillants, émus par sa solitude, sa gentillesse, sa volonté de toujours rendre service. « Dès qu’il voyait quelqu’un, son visage s’illuminait d’un large sourire », a expliqué aux assises un voisin de ses parents. « Il était fort seul, alors qu’il était si serviable, si touchant, si vite content ! Quand je lui offrais un Quick, il me remerciait comme si je venais de lui donner 10.000 euros. Valentin, il était très attachant. Il était tellement seul que j’en avais mal au cœur. »

Reine Elisabeth: Ji Won Song, la force de la simplicité

Song Ji Won, une machine de guerre. En plus, elle a l’air de s’amuser, ce qui donne à l’ensemble un aspect réjouissant
!
Song Ji Won, une machine de guerre. En plus, elle a l’air de s’amuser, ce qui donne à l’ensemble un aspect réjouissant ! - Bruno Vessiez

Critique

Une simplicité dans les émotions, une douceur bienveillante : Ji Won Song est de ces musiciennes solaires, qui trouvent dans la finesse le moyen d’exprimer les émotions de la manière la plus juste possible. Formée notamment au Curtis Institute de Philadelphie, la jeune femme de 26 ans poursuit actuellement ses études à la Juilliard School auprès de Donald Weilerstein et d’Ida Kavafian. À côté de ça, elle s’est produite avec le Philadelphia Orchestra, le Seoul Philharmonic Orchestra et le Shanghai Symphony Orchestra, sous la direction de chefs tels que Rossen Milanov, Augustin Dumay et Nanse Gum et peaufine son expérience en concours (elle a notamment reçu le 1er prix et prix du public à la Leopold Mozart Competition (Augsburg) en 2016 et le 1er Prix à la Isang Yun International Violin Competition en 2017).

Une maturité qui lui a permis, après avoir été sélectionnée jusqu’en demi-finale en 2015, d’atteindre le stade des finales lors de cette édition 2019. Une session lors de laquelle elle a réussi à se démarquer par sa simplicité. À côté des candidats grandiloquents, Ji Won Song a su démontrer son agilité avec toujours une grande simplicité. Son Concerto mozartien s’en retrouvait ainsi très paisible et fin, avec une vraie immédiateté dans les intentions. Elle a également trouvé un côté poétique à l’imposé écrit par Bram Van Camp.

Conviction sans borne

Avec son air toujours serein, la candidate coréenne de 26 ans entrait sur scène mardi soir en deuxième partie de soirée à Bozar. Méthodique, elle démarre Fidl, l’imposé de Kimmo Hakola avec une concentration et une conviction sans borne. Elle se lance corps et âme dans cette partition fleuve qui regorge d’émotions et de couleurs différentes. Sa détermination se lit d’ailleurs dans sa manière affirmée de tourner les pages sur son pupitre.

D’un bout à l’autre de l’œuvre, elle conserve ce même tempérament assez impressionnant, fracassant même, à l’image de ce qu’a souhaité le compositeur (et que le Belgian national orchestra a sans doute tendance à souligner un peu trop…). Elle trouve toutefois un aspect joueur dans la fin du morceau et s’amuse des canons créés avec l’orchestre puis mime un affrontement dramatique avec une facilité déconcertante lorsqu’elle enchaîne les traits de la cadence. Une machine de guerre. Surtout qu’elle parvient à défendre totalement la partition en y ajoutant la touche de lyrisme qui la caractérise. En plus, elle a l’air de s’amuser, ce qui donne à l’ensemble un aspect réjouissant !

Douceur infinie

Changement radical d’atmosphère avec le Concerto en ré mineur de Sibelius, où Ji Won Song plonge avec une douceur infinie mais toujours avec de vraies intentions, de vraies nuances. Dramatique mais pas larmoyant, son Allegro moderato démontre sa musicalité mais aussi son agilité technique. Elle respire la partition, l’incarne, la vit, même dans les moments où elle ne joue pas. Dans ce premier mouvement, elle est aussi capable de démontrer une certaine force, mais sans jamais perdre sa subtilité. Elle fonce, et aucun trait ne semble l’arrêter.

Très expressive, elle perd toutefois un peu en nuances dans l’Adagio di molto et dans l’Allegro ma non tanto. Flamboyant, ce dernier mouvement perd aussi un peu la douceur qu’on apprécie tant chez elle. Une candidate quoi qu’il en soit impressionnante, qui touche par la passion qu’elle insuffle à son jeu.

Retrouvez toutes nos critiques du Reine Elisabeth 2019

L’affaire Vincent Lambert, un symbole de la lutte pour une mort digne

Les traitements pour maintenir en vie Vincent Lambert, en état végétatif depuis dix ans, ont repris mardi.
Les traitements pour maintenir en vie Vincent Lambert, en état végétatif depuis dix ans, ont repris mardi. - AFP.

L’un des avocats des parents de Vincent Lambert a confirmé mardi que les traitements sur ce patient tétraplégique en état végétatif depuis dix ans avaient repris, au lendemain d’une décision de la cour d’appel de Paris ordonnant qu’ils soient rétablis. « Ce n’est pas un sursis, c’est un nouveau départ. Le combat, à partir d’aujourd’hui, c’est le transfert de Vincent dans une unité spécialisée où il sera pris en charge de manière bienveillante par des spécialistes et non plus par ce CHU (NDLR : de Reims), qui n’a fait de lui qu’un mort en sursis », a également déclaré Me Jérôme Triomphe.

La cour d’appel de Paris a en effet ordonné lundi soir « à l’État français (…) de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées (CDPH) le 3 mai 2019 tendant au maintien de l’alimentation et l’hydratation » de Vincent Lambert . Cet arrêt est intervenu alors que l’interruption des traitements avait été entamée lundi matin sur décision médicale. Le CDPH, comité de l’ONU, avait demandé à la France de surseoir à l’arrêt des traitements dans l’attente d’un examen du dossier sur le fond, mais la France considérait que cette préconisation « est dépourvue de caractère contraignant », mettant en avant le « droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable », selon la loi Claeys-Leonetti de 2016 qui, tout en interdisant l’euthanasie et le suicide assisté, permet la suspension des traitements. La décision de la cour d’appel surprend de nombreux observateurs, la loi Claeys-Leonetti ayant évidemment passé tous les filtres légistiques avant son adoption. Et la décision elle-même n’ayant pas été suspendue par la cour européenne des Droits de l’Homme, saisie dès 2015.

« Ce n’est pas un légume »

Aux yeux de Me Triomphe, « Vincent n’est pas le légume branché à des machines qu’on nous a toujours décrit. Un légume ne pleure pas », a-t-il dit, assurant que le patient pleurait lundi « en voyant ses parents ». S’il « est pris dans une unité spécialisée où l’on prendra soin de lui en le stimulant (…), Vincent sera bien capable de nous étonner tous ». Pour l’épouse de Vincent Lambert, son neveu et cinq frères et sœurs, la poursuite des traitements relève de l’acharnement thérapeutique.

A cinq jours des élections européennes, l’affaire a radicalement pris un tour politique. « Je suis effectivement heureux de cette décision », a commenté sur Europe 1 François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux Européennes, au sujet de cette reprise des traitements, considérant que c’est la « question de notre relation à la dépendance » qui est en jeu dans cette affaire. Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, a dénoncé sur Twitter les « images de liesse footballistique » des soutiens à la poursuite du traitement : elles « entrent directement dans le Panthéon de l’indécence humaine », « quoi qu’on pense de la décision prise hier » par la cour d’appel. Il a noté sur France 2 l’existence en Belgique d’une loi « qui aurait empêché ce calvaire » en donnant « la décision à la compagne et ensuite aux enfants majeurs s’il y en a et ensuite aux parents ». Loi mise en avant également par la tête de liste EELV Yannick Jadot sur RTL.

Se disant « très choqué par les avocats qui dansaient, qui sautaient au plafond », le ministre Didier Guillaume (Agriculture) s’est prononcé sur Franceinfo pour que la question de la fin de vie fasse partie des révisions des lois bioéthique. « Qui suis-je pour juger ? », a questionné sur BFMTV Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité. Critiquant la « moindre récupération politicienne sur une tragédie familiale », elle a également attaqué M. Bellamy qui avait demandé dès dimanche une prise de parole d’Emmanuel Macron sur le sujet, aussi souhaitée par la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. « Je n’ai pas à m’immiscer dans la décision de soin et de droit qui a été prise dans le cas de Vincent Lambert », avait réagi le chef de l’Etat lundi, « profondément touché » par cette situation. Pour Manon Aubry (LFI), le cas de Vincent Lambert « montre les limites de la loi actuelle », et « il faut aller plus loin », a-t-elle dit sur France 2 en évoquant le cas de la Belgique et du Luxembourg « qui ont constitutionnalisé le droit à une fin de vie digne ».

Les programmes à la loupe: l’emploi, cette pièce dorée dont le revers est le chômage

En 2019, les salariés cherchent davantage à concilier vie professionnelle et vie privée. Pas toujours facile dans certains secteurs.
En 2019, les salariés cherchent davantage à concilier vie professionnelle et vie privée. Pas toujours facile dans certains secteurs. - Joakeem Carmans.

Quel que soit le parti choisi, l’emploi constitue un chapitre important du programme. Quoi de plus normal, dans une société où celui-ci reste structurant. Néanmoins, les propositions des partis portent la trace des évolutions qui traversent la société.

Ainsi les politiques semblent avoir pris note du changement des mentalités lié notamment à la persistance d’un chômage de longue durée sur plusieurs décennies. En 2019, les salariés cherchent davantage à concilier vie professionnelle et vie privée. Ils craignent toujours le chômage mais sont prêts à connaître une courte période d’inactivité si celle-ci permet de réorienter leur projet professionnel. Alors les partis réfléchissent à assouplir le temps de travail et à mieux intégrer la nécessité de se former.

Mais le travail a son revers : le chômage. Et celui-ci s’approche différemment au nord et au sud du pays, où la démographie influence différemment le marché du travail. La Flandre touche du doigt le plein-emploi quand Bruxelles cherche à mieux intégrer sa jeunesse, tandis que la Wallonie est confrontée au chômage de longue durée et à l’inadéquation entre offre et demande.

Dans ce contexte, les partis semblent décider à moins recourir au bâton. La plupart d’entre eux proposent de supprimer la dégressivité des allocations de chômage ou, à tout le moins, de les geler. Et pour rendre le travail attractif, on cherche aussi à accroître la différence entre l’allocation et le salaire minimum. Et tout cela sans trop fâcher les employeurs. Un bel exercice d’équilibriste.

Festival de Cannes: Tarantino est plus que jamais amoureux fou du cinéma

Quentin Tarantino, 25 ans après «
Pulp Fiction
», a provoqué une ruée sur la Croisette avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio.
Quentin Tarantino, 25 ans après « Pulp Fiction », a provoqué une ruée sur la Croisette avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. - Photo News.

Message de Tarantino lu avant la projection : « J’aime le cinéma. Vous aimez le cinéma. Une histoire est sur le point d’être découverte. Je demande juste que chacun évite de révéler quoi que ce soit qui empêcherait les futurs spectateurs de vivre la même expérience avec la même fraîcheur que vous aujourd’hui. »

Du coup, que peut-on vous dire sans spolier Once upon a time… in Hollywoodsi ce n’est que ce n’est pas Pulp Fictionle retour, plutôt son Il était une fois… à lui qui s’exprime en un énorme festival d’amour aux losers du ciné, ces acteurs sur le retour que plus personne ne veut et qui pleurent sur leur sort comme sur la mort de l’innocence d’Hollywood ?

L’histoire se passe en 1969 quand la star de télévision Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), spécialisée dans les rôles de méchant, et le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. Dans leur voisinage, il y a Sharon Tate (Margot Robbie), femme de Polanski, qui sera assassinée par des membres de la secte de Charles Manson. Un fait divers atroce qui ne fait pas partie du film puisque l’histoire se passe avant le drame et qu’elle est inventée. Immersion dans une époque et un lieu, usine à rêves avec ses revers. Cela permet une mise en abîme du cinéma dans le film et à Tarantino de se prendre pour Sergio Leone. Car l’essentiel est bien dans l’amour exponentiel de Quentin pour le cinéma, et plus spécialement ici le western spaghetti. Grand fan des séries Z, il n’a pas choisi la fin des années 60 par hasard. Le film transpire cette époque, cette colline à villas avec piscine où l’on festoie dans une insouciance enfantine. Le réalisateur de Resevoir dogsse fait un plaisir de géant dans un grand jeu de reconstitution. Une foule de petits détails qui tuent et des acteurs d’un autre temps venant faire un petit clin d’œil. C’est rétro, décalé, plein d’humour, de nostalgie et bien évidemment – c’est sa griffe – de violence.

Pour son neuvième film, Tarantino a toujours l’énergie d’imposer un rythme de fou, une bande-son en référence, des scènes de digne. Il a tourné son film en 35 mm comme avant le numérique parce que c’est ça le vrai cinéma. Il regarde les choses avec dérision jusqu’à choisir des stars pour jouer des ringards. Leonardo DiCaprio et Brad Pitt ont une tendresse pour leurs personnages et prennent leur pied à incarner ces deux has been imbibés de whisky et de LSD.

Ceux qui n’ont pas sa connaissance cinéphilique vont perdre beaucoup et même peut-être passer à côté. Les fous de cinoche comme Quentin vont exulter. Encore une dernière chose : Si vous avez craqué pour Brad Pitt dans Thelma et Louise, c’est certain, dans Once upon a time… in Hollywood, il ne va pas vous décevoir.

RGPD: la pub en temps réel sur le web pourrait être illégale

Quatre nouvelles plaintes ont été déposées contre les pratiques publicitaires en ligne de Google et de l’IAB (Internet Advertising Bureau).
Quatre nouvelles plaintes ont été déposées contre les pratiques publicitaires en ligne de Google et de l’IAB (Internet Advertising Bureau). - Reuters.

A la veille de son premier anniversaire, le 25 mai, le RGPD a de quoi attraper des cheveux gris. Quatre nouvelles plaintes ont été déposées, ce lundi, en Irlande, au Royaume-Uni, en Pologne et… en Belgique, contre les pratiques publicitaires en ligne de Google et de l’IAB (Internet Advertising Bureau). En cause : l’absence de consentement des internautes pour l’usage de leurs données à des fins publicitaires. Sont ici visées les publicités en temps réel (comme celles vantant les mérites d’un sac à dos au moment même où vous tapez cette requête dans un moteur de recherche). En filigrane, c’est un des piliers majeurs du « business model » du web qui se voit ni plus ni moins accusé d’être illégal au regard du règlement européen sur la protection des données. Le flou entourant le RGPD serait en quelque sorte complice d’une des fuites de données privées les plus massives de l’histoire du web.

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Qui porte plainte ?

Trois premières plaintes ont déjà été déposées devant les autorités de régulation nationales en Irlande et au Royaume-Uni (le 12 septembre 2018), et en Pologne (le 28 janvier). Cette fois, ce sont quatre chercheurs universitaires qui en rajoutent une couche en Espagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique. Chez nous, la plainte déposée devant l’Autorité de protection des données (ADP) est co-signée par Pierre Dewitte (chercheur en droit des technologies de l’information au Centre for IT & IP Law (CITIP) de la KULeuven) et Jef Ausloos (chercheur en droit des technologies de l’information à l’université d’Amsterdam). « Le but », nous précise Pierre Dewitte, « n’est pas de s’opposer à la publicité en temps réel. » Mais bien de « forcer une décision de l’autorité de contrôle » là où le RGPD présenterait encore de nombreuses zones de flou, en matière de transparence ou de gestion des données.

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Comment fonctionne la pub en temps réel ?

Le cœur nucléaire du modèle économique du web, c’est elle : la publicité. Sa force de frappe, c’est sa capacité à être vendue au plus offrant, en temps réel et, surtout, de manière ultra-ciblée, grâce aux données récoltées sur le profil des internautes. Sous le capot, une technologie redoutable : le « Real Time Bidding » (RTB). Tout se passe en quelques millièmes de secondes. Lorsqu’un utilisateur visite une page web utilisant le RTB (bref, quasi tous les sites présentant de la pub), des données personnelles sont immédiatement transmises à une plateforme appelée « Supply Side Platform » (SSP). Celle de Google (Doubleclick) domine largement le marché. Quasi instantanément, cette plateforme met ensuite l’espace publicitaire de la page aux enchères. L’annonceur le plus offrant empoche la mise. Pour décider, ou non, de renchérir, il se base sur plusieurs critères, tels que la page visitée, le type d’utilisateur, l’historique de ses connexions, son adresse IP, sa localisation… Autant d’informations contenues dans ces fameux « cookies », ces petits mouchards informatiques que nous sommes tous appelés à « accepter » (ou pas) en naviguant sur internet.

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Pourquoi ce serait illégal ?

Pierre Dewitte est affirmatif : « Aucune base légale ne permet de justifier le traitement des données à caractère personnel nécessaire au fonctionnement du RTB. » Autrement dit, au regard du RGPD, la publicité en temps réel ciblée en fonction des données privées des utilisateurs serait illégale. Plusieurs principes seraient bafoués. A commencer par le consentement explicite de l’internaute. « S’il y a consentement pour le traitement des données dans le cadre de la page en question » (les fameux « cookies » acceptés), « tel n’est pas le cas pour le transfert desdites données à l’ensemble des entités impliquées dans le fonctionnement du RTB. »

Autre souci : la transparence. « Dans la mesure où l’ensemble de cet écosystème demeure inconnu de la majorité des personnes concernées » (impossible de savoir en temps réel qui accède et traite vos données), « le principe de transparence imposé par le RGPD n’est pas respecté. » Qui plus est, les finalités de ce traitement, soit l’usage qui est réellement fait de ces données, ne sont pas suffisamment spécifiées. « La quantité de données à caractère personnel collectées dépasse en outre largement celle nécessaire pour atteindre les finalités poursuivies (le ciblage publicitaire). » Quelle est par ailleurs leur durée de stockage ? Que dire enfin des données à caractère « sensible », comme les opinions politiques, l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique », dont le traitement est totalement interdit, à moins d’un consentement explicite qui, dans ce cas, est matériellement impossible.

Ajoutons encore que, précisément en raison du nombre incalculable d’acteurs impliqués dans la chaîne, il est aussi « pratiquement impossible pour les personnes concernées d’exercer les droits qui leur sont conférés par le règlement ».

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Quelle issue pour les plaintes ?

Si l’acte d’accusation est lourd, son parcours risque de l’être tout autant. Premier souci : être pris en considération, ce qui, pour les autorités de régulation de chaque pays, submergées de plaintes, relève de la gageure. En Belgique, et comme partout ailleurs, les effectifs et les moyens sont limités. Ensuite, se posera le problème de la responsabilité, un point sur lequel le RGPD lui-même n’est pas clair, insiste Pierre Dewitte. Qui est responsable ? Le site hébergeant le RTB ? Google ? Les SSP ? L’IAB ? Les agences de pub ? Les annonceurs ? Que dire des intermédiaires qui se sucrent au passage ? On songe notamment au cas de Cambridge Analytica qui s’insérait dans cette chaîne pour collecter des masses de données à caractère personnel.

A défaut d’instance de régulation européenne (comme c’est le cas pour les banques), il faudra aussi déterminer qui, des 7 pays où plainte a été déposée, aura le statut d’autorité « chef de file ». Un processus long, sur lequel les acteurs, comme les Gafa dont le siège est situé en Irlande, font jouer la montre.

Justement, précise Pierre Dewitte, « ces plaintes vont sans doute permettre de déblayer une situation et de sortir du flou qui entoure le RGPD ». Forcer des décisions juridiques pour créer une jurisprudence, en somme. Car, d’un point de vue purement pratique, l’application stricte du consentement explicite dans un processus en temps réel frôle les limites du possible, admet-il. A moins de remettre profondément en cause le modèle économique du web...

Grand Format - Slovénie contre Croatie: duel au soleil, en baie de Piran

Grand Format - Slovénie contre Croatie: duel au soleil, en baie de Piran

Apiculteur amateur. Pilote d’avion de tourisme et de planeur. Joueur d’harmonica. Ex-Premier ministre au moment de l’indépendance de son pays. Et eurodéputé depuis 2004, année de l’adhésion de la Slovénie à l’UE, en quête d’un… quatrième mandat d’affilée. Sacré pédigrée que celui d’Alojz Peterle.

Nous retrouvons l’homme politique slovène, à la terrasse d’un café de Ljubljana. Le mois dernier, ce démocrate-chrétien membre du PPE, le grand groupe de la droite, faisait le « buzz », lors de la dernière séance plénière de la législature au Parlement à Strasbourg. « Lojz », comme l’appellent ses proches, empoignait son instrument de poche pour jouer la Neuvième de Beethoven. « Joyeuses Pâques », lançait-il. Ovation debout de l’hémicycle. Une vidéo immortalisant l’événement fera plus de 100.000 vues.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas l’hymne à la joie. La Slovénie enrage. Ultime recours : la Cour de Justice de l’Union européenne. Le petit pays alpin a saisi l’instance judiciaire suprême de l’Union européenne le 13 juillet dernier. Contre son grand voisin, la Croatie. En désespoir de cause. Car tout a été essayé pour tenter de résoudre un vieux conflit – ou presque : pas la guerre, heureusement. Désormais, Ljubljana s’en remet à la sagesse des juges à Luxembourg.

Du côté des concertos du Reine Elisabeth: concerto pour violon en ré mineur de Jean Sibelius op. 47

Song Ji Won est l’une des deux candidates à jouer le concerto de Sibelius.
Song Ji Won est l’une des deux candidates à jouer le concerto de Sibelius. - Bruno Vessiez.

Le concerto pour violon de Sibelius, le seul concerto écrit par ce compositeur finlandais, violoniste lui-même, est très souvent choisi par les candidats du concours Reine Élisabeth en finale, et reste aussi l’une de ses œuvres les plus jouées partout dans le monde. Sibelius, tiraillé par son addiction à l’alcool, fut hanté pendant les longs mois de sa composition par les mélodies qu’il désirait intégrer dans ce concerto. Il réussit cependant à finir la partition en 1904 et dirige la création à Helsinki. Le violon solo est confié à Viktor Novácèk, professeur de violon qui n’était peut-être pas à la hauteur de cette ambitieuse partition. Sibelius réécrit une version révisée et définitive qui est créée le 19 octobre 1905 à Berlin par Karel Halíř et dirigée par Richard Strauss. Le violoniste et ami de Sibelius, Willy Burmester, dédicataire initialement prévu de l’œuvre, fut blessé de ce choix, et ne jouera jamais la pièce.

Romantisme et modernité

Le concerto est enregistré seulement pour la première fois en 1935, par Jascha Heifetz. Pourtant, de nos jours, on répertorie une centaine de versions différentes. Son succès peut s’expliquer par sa musique tout en contraste et en conciliation. Elle plaît à un large public, tant aux connaisseurs qu’aux néophytes. Elle arrive à allier le romantisme à la modernité. À la fois sombres et claires, les atmosphères minérales amènent une forme de pureté au son. L’équilibre entre le soliste et l’orchestre est parfait, la virtuosité, sans trop d’excès extravagant du violon est magnifiquement soutenue par une orchestration qui va au-delà du simple accompagnement, plongeant l’auditeur dans une dimension symphonique.

Cette semaine, nous aurons la chance d’écouter deux interprétations différentes de ce concerto. Celle de la Coréenne Ji Won Song, deuxième candidate de la soirée de mardi et celle du Japonais Seiji Okamoto, premier candidat de mercredi.

Jeu de l’oie: comment on forme (et déforme) des gouvernements après les élections

Jeu de l’oie: comment on forme (et déforme) des gouvernements après les élections

Après les élections du 26 mai, une autre partie commence. Imaginons le parcours de chacun, et attention aux cases pièges.

Case 1 : tout le monde a gagné

En fin d’après-midi, le jour de l’élection, les premiers résultats tombent. Les présidents de parti sont retranchés dans leur QG et décortiquent les premières tendances. Le direct TV commence, il faut penser à envoyer des candidats en plateau. D’abord les quatrièmes couteaux, qui sont là pour meubler car ils n’ont rien de très croustillant à dire. Puis les troisièmes, les seconds…

Les présidents de parti finiront par prendre la parole devant les militants au QG. Puis en télé. Il y a différentes stratégies de communication. Mais les perdants de la soirée ont souvent tendance à prendre la parole les premiers, en dédramatisant et en soulignant qu’ils ont fait un carton électoral dans un canton retranché. Plus vite le discours est expédié, plus ça respire la défaite.

Puis on a les grands shows de victoire des présidents qui se sentent pousser des ailes. Quelques appels du pied se perdent. Et que la fête de fin de campagne commence ! Car les choses sérieuses démarrent juste après.

Case 2 : sa majesté entre en piste

En Belgique, les élections sont des opérations à deux tours. Au premier, l’électeur s’exprime. Au second, les partis forment un gouvernement. Et ce n’est pas une mince affaire. Notre scrutin proportionnel force à composer des coalitions de partis pas toujours sur la même ligne. En effet, plus aucun parti ne parvient à faire élire, seul, plus de la moitié du Parlement. Au Parlement wallon, par exemple, le PS était premier avec 30 sièges sur 75. Il leur fallait donc s’entendre avec un parti à minimum 8 sièges pour obtenir la majorité. A Bruxelles, le même PS en avait décroché 21 (sur 72). Avant de pouvoir gouverner, il faut donc se coaliser.

Au fédéral, c’est le Roi qui joue un rôle dans la formation du gouvernement. C’est lui qui nomme une personne (souvent un président de parti) pour former un gouvernement. Ce n’est pas le cas pour les exécutifs fédérés (Régions, communautés), où l’usage veut que le parti le plus important prenne la main pour lancer les négociations.

Le palais n’intervient donc pas à ces niveaux.

*Vous êtes trop alcoolisé, votre interview à la RTBF devient la risée du web*

Case 3 : informer, déminer, concilier et former

Au palais, peu après le scrutin et après diverses consultations, le Souverain a pris l’habitude de commencer par nommer un informateur. Il est chargé de défricher le terrain et d’analyser la faisabilité de telle ou telle coalition. Une fois sa mission terminée, il fait rapport au Roi. Ce dernier met alors en selle un formateur, qui forme la coalition avec les partis pressentis. En cas de crise politique (quand aucune coalition ne se dégage), le palais peut se montrer inventif, en faisant intervenir des négociateurs, explorateurs, médiateurs ou pacificateurs. Autant d’appellations qui recouvrent en fait la notion d’informateur. On a fait tout le dictionnaire des synonymes en 2010-2011, lors des 541 jours de crise.

Mais il n’y a pas que le fédéral. Au total, il faut former six gouvernements : au fédéral, en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles, en Communauté française et germanophone. Dans les entités fédérées, ce sont les présidents de parti qui gèrent la négociation, sans rapport au Roi. En théorie, les discussions qui ont lieu à chaque niveau de pouvoir peuvent être menées de façon indépendante. Et l’on peut imaginer qu’un des gouvernements soit formé bien avant les autres. Mais en pratique, tout s’entremêle. Soit parce que les partis qui se coalisent à un niveau de pouvoir tentent de négocier une reproduction de cette alliance à d’autres niveaux. Soit, comme on l’a vu en 2014, par esprit de revanche. Quand le PS a compris que le MR était prêt à sauter dans un gouvernement fédéral sans lui, il a vite répliqué en formant un gouvernement wallon sans libéraux.

Durant cette phase, les partis négocient ce qu’ils veulent faire durant la législature. Ils le coulent dans un « accord de majorité » (ou « déclaration gouvernementale »). Ce cahier des charges fait l’inventaire des projets que compte mener la future majorité. Sans obligation de résultat.

Case 4 : un travail d’équilibriste

En cas de succès après des semaines (mois ?) de négociations, le formateur rend son rapport au Roi. La coalition fédérale est formée et le programme est bouclé. Il reste à composer le casting gouvernemental et désigner un Premier ministre.

La Constitution stipule que le gouvernement fédéral ne peut pas compter plus de 15 ministres. Il faut également un strict équilibre linguistique entre francophones et flamands (souvent sept-sept). Seul le Premier ministre peut être considéré comme « asexué ». Le nombre de secrétaires d’Etat reste libre. En revanche, aucune règle n’organise le choix du Premier. Le chef du gouvernement est souvent celui qui a joué le rôle de formateur. Ce poste est généralement accordé au parti le plus fort de la famille politique la plus forte de la coalition (libérale, socialiste, centriste, écologique). Mais ce n’est pas une règle absolue.

Les gouvernements régionaux et communautaires, eux, sont libres de se donner la taille qu’ils souhaitent. Sauf à Bruxelles-Capitale, où l’exécutif doit obligatoirement être formé d’un ministre président (asexué), de quatre ministres (deux francophones et deux néerlandophones) et trois secrétaires d’Etat (dont au moins un est flamand). Dans les Régions et communautés, le Premier s’appelle « ministre-président ». Là aussi, son choix relève de l’usage.

Enfin, ce sont les partis (les présidents, en général) qui désignent leurs propres ministres et secrétaires d’Etat. Au fédéral, tous prêtent serment devant le Roi. Dans les entités fédérées, seuls les ministres-présidents doivent le faire.

*Votre parti est privé d’un mois de dotation*

Case 5 : et toi, tu cumules ?

Un élu qui est nommé ministre ne peut pas cumuler ce poste avec celui de député. Il est dès lors obligé de céder son siège de l’assemblée à un suppléant. Il doit également renoncer à exercer son rôle de bourgmestre ou d’échevin, s’il occupait une telle fonction dans un exécutif communal.

Pour le remplacer, on retourne voir la liste sur laquelle ce député a été élu. Et c’est le suppléant qui a récolté le plus de voix sur cette liste (en tenant compte du partage du « pot commun ») qui est promu député. Nouveauté pour l’élection du parlement bruxellois : il n’y a désormais plus de suppléants sur les listes. En cas de siège laissé vide par un élu, le remplaçant sera le candidat « non-élu » au plus grand nombre de voix de préférence.

En Wallonie, il existe une autre règle de décumul pour les députés (qui ne sont pas ministres). Depuis 2014, un décret limite le nombre d’élus wallons pouvant cumuler leur mandat de député avec une fonction exécutive locale (bourgmestre, échevin, président de CPAS). Ce décret stipule qu’au sein d’un même groupe politique, seul un quart des élus peut cumuler ces deux fonctions. Ce « privilège de cumul » est octroyé aux 25 % qui se sont distingués au scrutin par le plus grand taux de pénétration (rapport entre le nombre de voix de préférence et le nombre de suffrages dans la circonscription).

*Accusé d’avoir falsifié des procurations, vous démissionnez*

Case 6 : aie confiance

Une fois son casting bouclé, le Premier ministre doit encore se rendre au Parlement, où l’attendent les élus désignés par le scrutin. Le chef de l’exécutif va y tenir un discours. C’est ce qu’on appelle la « déclaration gouvernementale ». C’est un résumé de l’accord de majorité où les partis de la coalition, pendant les négociations post-scrutin, ont défini leur cahier des charges.

Ce discours une fois prononcé, la Chambre (disons plutôt : les élus de la majorité) accorde sa confiance au gouvernement par un vote. Ce vote – que l’on peut comparer à un feu vert – marque le début véritable et officiel de la législature. Il autorise le gouvernement à gouverner. Notez qu’au niveau régional, le procédé est exactement le même – le Parlement ne se met à fonctionner que lorsque le ministre-président lui a livré sa « déclaration de politique régionale » et, surtout, obtenu sa confiance.

Depuis quelques années, le Premier ministre fédéral a pris l’habitude de se rendre au Parlement chaque année en octobre, après les vacances parlementaires, et d’y livrer un discours. Ce n’est pas une déclaration gouvernementale au sens strict, mais un point sur la situation où le chef de l’exécutif détaille ses projets de l’année. Le Parlement ponctue le propos par un vote de confiance qui marque symboliquement la reprise de la vie politique.

Case 7 : erreur de casting

La vie d’un gouvernement est tout sauf un long fleuve tranquille.

Et on n’est jamais à l’abri d’une petite sortie de route d’un ministre gaffeur, ou d’un départ vers d’autres cieux. Bref, un exécutif sort rarement intact de cinq ans de pouvoir. Mais rien de trop grave : lorsqu’un ministre démissionne, il est remplacé par un autre, de la même couleur politique. Et la vie du gouvernement reprend.

Sur la législature écoulée, le fédéral a eu droit à son lot de secousses. Souvenez-vous de la démission de Jacqueline Galant (MR), pour cause de boulettes à répétition. De l’exfiltration d’Hervé Jamar (MR), ministre du Budget en perdition devenu gouverneur de Liège. Idem pour la secrétaire d’Etat Elke Sleurs (N-VA). Sans oublier la demande de démission de Koen Geens et Jan Jambon, ministres de l’Intérieur et de la Justice, après les attentats belges. Une demande rejetée par Charles Michel.

Sans exhaustivité, soulignons encore, côté wallon cette fois, la fracassante démission du ministre PS Paul Furlan, suite à l’affaire Publifin. Côté bruxellois, ce fut plus tranquille. Le casting en place aujourd’hui est en tout point identique à celui nommé en 2014.

*Jour de chance. Vous touchez de juteux honoraires d’un mafieux kazakh*

Case 8 : Benoit, t’as débranché la prise ?

Une démission, ça secoue un peu. Mais ça reste gérable. Parfois, ça va bien plus loin. Un gouvernement peut s’étriper, au point de décider que la vie en coalition est intenable. Là, c’est la chute. Au fédéral, nos inextricables conflits communautaires ont eu la peau de plus d’un exécutif. Le record de brièveté revient au gouvernement de Paul-Henri Spaak. Il a tenu 7 jours, du 13 au 20 mars 1946. Mais Charles Michel n’a pas de quoi rougir. En décembre dernier, après que la N-VA a claqué la porte, le Premier libéral a tenté l’aventure d’un gouvernement minoritaire jusqu’aux élections. Il a tenu treize jours (sans avoir obtenu la confiance du Parlement)… avant d’être contraint de démissionner, faute de soutien à la Chambre.

A la Région, il peut aussi y avoir un changement de majorité. Là, en cas de différend irréductible au sein d’une majorité, il faut trouver un nouvel accord avec d’autres partenaires, sans passer par les élections. Ce qui ne s’était jamais produit, jusqu’à ce que le président du CDH Benoît Lutgen crée l’histoire en juin 2017. Il a cassé son alliance avec le PS en milieu de législature, pour repartir avec les libéraux. Une première !

Case 9 : c’est reparti pour un tour

Il y a une différence de taille dans le fonctionnement des Régions et du fédéral. Au niveau fédéral, la chute d’un gouvernement peut mener à des élections anticipées. Ce fut le cas en juin 2010, quand le VLD a quitté le gouvernement Leterme suite à un désaccord sur le dossier BHV. Et on a à nouveau évoqué cette piste en décembre dernier, lorsque la N-VA a lâché le gouvernement Michel. En revanche, les gouvernements régionaux ne peuvent pas convoquer d’élections anticipées. Si la majorité se déchire en cours de route, elle doit soit trouver une majorité alternative, soit poursuivre son bail à contrecœur jusqu’à son terme.

Cette particularité pourrait casser la synchronisation actuelle du triple scrutin fédéral-régional-européen. Car s’il l’on peut déjà affirmer qu’on ne revotera qu’en 2024 pour les Régions et l’Europe, rien ne garantit que le futur gouvernement fédéral tiendra jusque-là.

Case 10 : salut les copains

Rêvons un peu. Imaginons que tout se passe pour le mieux pendant cinq ans. Qu’il n’y ait pas de bisbrouilles entre partenaires de majorité. Que le gouvernement fédéral puisse vivre toute une législature sans être contraint de démissionner. Que le gouvernement wallon dispose toujours d’une majorité pour voter ses projets de décret en 2024 (ce qui n’était plus le cas aujourd’hui, suite à la défection de la députée MR Potigny, qui a fait perdre le 38e siège wallon nécessaire à la coalition MR-CDH pour être majoritaire). Oublions tout ça, et partons du principe qu’entre 2019 et 2024, tout se passe bien.

Dans ce cas, le prochain méga-scrutin électoral sera convoqué en mai ou juin 2024. Environ un mois avant le scrutin, les différents parlements se mettent en stand-by et ferment les volets, pour permettre aux députés de faire campagne. Les gouvernements, eux, restent en place. Mais avec moins de latitude : ils ne peuvent plus déposer de projet de loi, ni désigner un haut fonctionnaire ou décider d’une dépense non prévue par le budget. En résumé : l’exécutif a les mains liées, sauf motif impérieux. En attendant le gouvernement suivant.

Petite particularité fédérale : en fin de législature, la Chambre, le Sénat et le gouvernement doivent chacun arrêter une liste des articles de la Constitution que le parlement suivant aura le droit de réviser. Les nouvelles assemblées ne sont pas tenues de retoucher la Constitution mais si elles le font, elles ne peuvent agir que sur les articles figurant dans la liste. Lorsque les trois parties ont remis leur liste, il y a dissolution des Chambres et des élections doivent être convoquées dans les 40 jours.

Cette étape a eu lieu ce vendredi, au fédéral. Le gouvernement Michel vient de valider sa liste d’articles à réviser. On n’attendait que lui, la Chambre et le Sénat ayant déjà fait leur job. Dès que l’arrêté contenant cette décision sera publié, les Chambres seront dissoutes.

Arrivée : prochain vote

Arno, un bazaar de 70 ans

Arno, marin d’Ostende, bonsoir...
Arno, marin d’Ostende, bonsoir... - DANNY WILLEMS.

Arno est bruxellois depuis les années 80. Mais ostendais, il a toujours été, même qu’il y est né un 21 mai 1949. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il a repris la chanson Comme à Ostende, de Léo Ferré, sur un texte de Jean-Roger Caussimon. Même si son héros est un certain James Ensor. Arno nous a d’ailleurs confié qu’à Ostende « on surnommait Ensor “de zwarte madame” (“la madame noire”) parce qu’il s’habillait tout de noir et madame… hein… je ne sais pas moi… Il ne s’est jamais marié, n’est-ce pas… Ma grand-mère m’a raconté un jour qu’elle avait une cousine qui, dans le temps, tenait un bordel et qu’Ensor… Je n’ai rien dit, hein. J’étais pas là… »

Arno a toujours aimé les histoires de zizi. Il l’a d’ailleurs chanté dans Mon sissoyen. Cela fait partie de la truculence du citoyen belge qui sait aussi ce que les Français aiment. Ils ont vite vu en lui – entre rots, pets et bégaiements – un héritier de Brueghel et de Brel, d’Higelin et de Tom Waits : un croisement typiquement belge. Mais européen de cœur aussi, comme l’a rappelé sa chanson Putain, putain parue quand il était encore le chanteur du groupe TC Matic. Près de trente ans plus tard, Stromae, en route pour la gloire, lui demandera de chanter avec lui cette chanson, la seule ne lui appartenant pas que le « bâtard » ait jamais chanté au cours de ses deux tournées mondiales. Entre Stromae et Arno, il y a une filiation européenne, belge et bruxelloise réelle, en plus d’une amitié et d’un respect véritables.

Le roi Arno

Arno est souvent devenu le roi Arno sous notre plume, lui qui est si attaché à la Belgique unie et métissée, lui qui est le visage du rock belge chez nous et à l’étranger depuis tant d’années. Septante ans, Arno ! Meuh, non, c’est une blague. Les rockeurs ne meurent jamais de toute façon, sinon à 27 ans. C’est donc un pied de nez que nous offre sieur Hintjens en fêtant ce que tout autre préférerait faire oublier dans un milieu qui n’accepte les rides que depuis peu de temps. Depuis que le rock’n’roll a presque le même âge finalement. Né en 1949, l’année où meurt Ensor, Arno a déjà reçu les honneurs d’Ostende pour la publicité qu’il fait de sa ville à travers le monde. Il y a laissé sa famille mais surtout des souvenirs d’enfance. Du temps où Ostende la francophone était la station à la mode, comme une Saint-Tropez du nord, une Deauville en plus anglophone. Arno y a étudié à l’école hôtelière, y croisant le papa d’Helmut Lotti, avant de faire à manger pour Marvin Gaye, comme le veut la légende. Le waterzooi d’Arno, lui, est bien réel et redoutable. A déguster chez lui, dans le quartier Dansaert, à deux pas de son café préféré (l’Archiduc) et de sa salle préférée (l’AB). Ou alors à Ostende où il va donner deux concerts exceptionnels cette semaine. « Ensor était fou de la lumière d’Ostende qu’on ne trouve nulle part au monde. Cette couleur unique, on l’appelle appel-blauw-zee-groen, pomme-bleu-mer-vert », nous a appris Arno. « Une chanson n’a rien à voir avec la lumière mais chez moi, peut-être que l’esprit est là… »

Devant le casino désert

On voyait les chevaux d’la mer/ Qui fonçaient, la têt’la première/ Et qui fracassaient leur crinière/ Devant le casino désert… Le texte est de Jean-Roger Caussimon et la voix et la musique de Léo Ferré. Arno ne pouvait que chanter cette chanson qui sent la bière, les frites et puis les moules marinières. De même que Les filles du bord de mer… Cette mer qu’on retrouve dans ses yeux clairs et dans les yeux de sa mère.

Arno est un charlatan, un lonesome zorro, un european cowboy, un Manneken Pis adopté, Een boeket met pisseblommen, comme il l’a chanté en ostendais dans l’album Jus de box.

Arno vient de publier une nouvelle chanson intitulée Oostende bonsoir, le premier single du nouvel album à paraître en septembre prochain. On vous le dit : Arno et Ostende, c’est une longue histoire loin d’être terminée.

Arno sera ces mardi 21 et mercredi 22 au Casino d’Ostende.

Le vrai ou faux: peut-on écrire un tract électoral dans la langue qu’on veut?

Rien n’interdit à un candidat d’utiliser la langue de son choix pour convaincre ses électeurs potentiels.
Rien n’interdit à un candidat d’utiliser la langue de son choix pour convaincre ses électeurs potentiels. - D.R.

Vrai

Un dérapage, le courrier écrit en turc par Émir Kir (PS) ? Pas au niveau du fond pour son président Elio Di Rupo, pour qui le tract « ne fait que reprendre des propos que M. Kir a tenus à la Chambre ».

Et en tout cas pas au niveau de la forme. Rien n’interdit à un candidat d’utiliser la langue de son choix pour convaincre ses électeurs potentiels. Au grand dam de certains qui dénoncent le « communautarisme » des partis politiques.

Si elle agace, la méthode est bien légale. « En Belgique, au niveau de l’emploi des langues, le principe est la liberté », résume Mathias El Berhoumi, constitutionnaliste à l’université Saint-Louis. C’est même prévu à l’article 30 de la Constitution : « L’emploi des langues utilisées en Belgique est facultatif. Il ne peut être réglé que par la loi, et seulement pour les actes de l’autorité publique et pour les affaires judiciaires. »

Les candidats aux élections du week-end prochain sont des personnes privées. Ils peuvent donc utiliser n’importe quelle langue. Meilleur exemple de cette liberté, une liste francophone fait campagne en Flandre, en français dans le texte. « Tant que vous n’appelez pas à la haine, au meurtre ou que vous ne tenez pas de propos diffamants il n’y a aucune raison de vous priver de vous exprimer » complète Jean Faniel, directeur du Crisp. « Je remarque toutefois que la polémique est plus importante quand il s’agit de propos écrits en turc… C’est assez étonnant d’entendre ça dans une ville où on se dit fier du statut multiculturel avec ses 180 nationalités. »

Un petit bémol

Christian Behrendt, constitutionnaliste à l’université de Liège, met un petit bémol : « Le processus électoral dans une démocratie vit de la confrontation des idées et des thèses. C’est essentiel pour que les électeurs puissent se faire une idée. Or, quand vous recourez à une langue qui n’est compréhensible que par un segment de l’électorat, vous excluez du débat les personnes qui ne parlent pas cette langue. Cela mérite une interrogation. »

Du côté du SPF Intérieur, vu l’absence de règle, on indique simplement que les candidats qui s’estimeraient lésés par l’attitude d’autres peuvent toujours saisir la commission des dépenses électorales.

Mais, au fait, comment les candidats font-ils pour savoir qui parle quelle langue ? Ils ont tous accès à la liste des électeurs qui reprend différentes informations comme l’âge ou l’adresse mais pas les origines des personnes. En réalité, c’est le nom de famille qui reste le meilleur indice pour deviner l’origine et donc la langue sur laquelle miser dans ses tracts, courriers et sur les affiches.

Vincent Kompany joueur et entraîneur: «C’est difficile à combiner» pour Roberto Martinez

PHOTONEWS_10749757-281 Analyse

Par Young Kruyts

Diables rouges ,

Les enjeux du tirage au sort de citoyens

Il y a quelques années, le G1000 avait proposé une large réflexion sur l’implication des citoyens dans le processus décisionnel.
Il y a quelques années, le G1000 avait proposé une large réflexion sur l’implication des citoyens dans le processus décisionnel. - Photonews.

L’idée d’instituer des parlements de citoyens tirés au sort a gagné du terrain, au point d’être reprise à des degrés divers par la plupart des partis politiques. Des listes «citoyennes» en font même un élément central de leur programme, tandis que des intellectuels au départ réticents se disent à présent favorables à ce procédé. Les sondages d’opinion, eux, montrent que la population est plus hésitante, mais il est hors de doute que l’idée a le vent en poupe.

Il importe d’autant plus d’en clarifier le sens. On présente généralement le tirage au sort comme un moyen d’impliquer les citoyens dans la vie démocratique, de leur permettre de participer davantage à la prise de décision, et on le range souvent du côté de la démocratie directe, comme une alternative à la démocratie représentative.

Pas de démocratie directe

En première analyse, pourtant, c’est tout l’inverse. Le tirage au sort n’est pas un procédé de démocratie directe : il ne donne pas le pouvoir de décision au peuple, mais à un échantillon représentatif qui se substitue à la population pour délibérer en son nom. Comme le disent les termes de « parlement » ou de « panel » citoyen, les clés de la délibération sont confiées à un petit nombre d’heureux gagnants, et non rendues au peuple dans son ensemble.

En outre, cette technique accentue l’aliénation que chaque citoyen ressent devant le jeu politique. Lorsqu’un parlement est composé par tirage au sort, je suis privé de mon droit de vote, je n’ai pas les moyens d’influer sur la composition de l’assemblée. Il est vrai qu’en réalité, mon vote individuel ne pèse que s’il est rejoint par une foule d’autres votes convergents, qui donneront un poids suffisant au parti de mon choix. Mais cela signifie précisément que, lors d’une élection, la masse des électeurs détermine le résultat du scrutin, inflige une défaite à la majorité sortante ou lui permet de se maintenir au pouvoir, pousse le curseur vers la droite ou vers la gauche, donne la priorité aux enjeux écologiques ou à la question migratoire, etc. Avec le tirage au sort, rien de tel : nous sommes privés de la possibilité de dessiner les nouveaux rapports de force politiques. Ce mécanisme d’implication citoyenne désimplique la quasi-totalité de la population : seule la poignée de personnes désignées par le sort y gagne un surcroît de pouvoir.

De nouvelles sensibilités rendues audibles

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles l’opinion reste réservée à l’égard de ce mécanisme. Mais elle n’est pas décisive. Malgré cet inconvénient, on peut préférer des citoyens tirés au sort si on fait l’analyse que la particratie, la lutte des places, les donnant-donnants à vocation électorale, l’enfermement des élus dans leur carrière, les clivages hérités du 19e ou 20e siècle…, pervertissent le jeu démocratique. Dans ce raisonnement, le tirage au sort a pour principale vertu de mettre les partis sur la touche et de remplacer les élus par des non-professionnels. Mais cela suppose que les parlements de citoyens se substituent aux assemblées élues, ce que presque personne ne propose.

Une traduction plus fidèle des attentes

Pourtant, si l’on suit l’idée de tirage au sort jusqu’au bout, cela aurait du sens. J’ai en effet arrêté mon raisonnement trop tôt lorsque j’ai conclu que le tirage au sort renforçait l’aliénation, la dépendance à l’égard de la volonté des autres. S’il nous prive de notre droit de vote, il n’empêche pas que le nouvel état des sensibilités politiques se fasse entendre dans l’assemblée. Les urgences, les tabous, les exigences du moment seront portés, non par les résultats d’un scrutin, mais par les citoyens tirés au sort eux-mêmes, qui sont censés être représentatifs de la population et donc partager sa sensibilité. La traduction des attentes populaires sera bien supérieure à celle que permet l’élection, car elle ne sera pas biaisée par le décalage entre les promesses et les intentions, par l’abstentionnisme de certaines couches de la population, par les décisions électoralistes, etc. Une assemblée tirée au sort ne présente pas l’avantage, qu’est censé apporter le vote, d’opérer une sélection des meilleurs, des plus compétents. Mais, de ce fait même, elle est plus représentative : c’est un peuple en miniature qui délibère, c’est une authentique « démo-cratie » qui s’installe. Cinq parlements tirés au sort devraient aboutir à la même proposition sur un même sujet puisque l’état des attentes populaires est ce qu’il est et que chaque parlement désigné par le hasard doit en constituer un miroir fidèle.

Un choix à faire

Au passage (et c’est un enjeu dont on parle trop peu), on aura sacrifié les combats menés par les partis et par le monde associatif, combats qui les dotent d’une expertise éminente. Le tirage au sort remplace une forme ancienne d’intelligence collective par une nouvelle, celle de citoyens indépendants qui décideront selon la force du meilleur argument ou à la lumière de leur sensibilité personnelle. Il faut donc décider si nous sommes prêts à confier notre destin à des novices en matière de politique et d’engagement, ou si, malgré les défauts qu’on leur impute, nous préférons profiter de l’expertise acquise par nos élus dans leur dialogue permanent avec la société civile organisée.

Une organisation à revoir

Si nous faisons le choix du tirage au sort, il faudra remplacer cette expertise par une autre, c’est-à-dire donner aux citoyens désignés par le hasard des moyens d’information et de discussion équivalents à ceux du monde politique sur chaque sujet, ce qui ne va pas de soi. C’est une question d’organisation (recruter des experts, assurer l’équité des débats…), mais aussi de disponibilité de la part des citoyens, auxquels il faudra accorder des congés et des défraiements.

Si l’on estime que c’est praticable, il faudra encore s’assurer que le tirage au sort permet d’installer des assemblées vraiment représentatives, et c’est le défi le plus difficile à relever. Il faut en effet une assemblée de grande taille pour que chaque catégorie sociale, chaque sensibilité, y soit représentée en juste proportion. Or on connaît la difficulté à trouver des volontaires en nombre suffisant, surtout dans les catégories socioprofessionnelles moins favorisées. Si l’on ne franchit pas cet obstacle, le tirage au sort conduira à une nouvelle forme d’élitisme.

Le défi est donc écrasant, et l’on comprend que les partis proposent des avancées plus modestes, des enceintes temporaires et de taille réduite ne rendant que des avis non contraignants. C’est plus pragmatique, mais sans doute insuffisant pour réenchanter la démocratie.

Niki Lauda, «un homme brutalement honnête et entièrement loyal»

Niki Lauda, «un homme brutalement honnête et entièrement loyal»
EPA

Sûr qu’il sera au centre des conversations, cette semaine dans le paddock de Monaco. Niki Lauda n’y apparaîtra pas. Comme il n’était plus apparu dans le monde de la F1, son monde, depuis le dernier Grand Prix de Belgique, alors qu’il tentait de se remettre d’une infection pulmonaire contractée quelques jours plus tôt, en vacances à Ibiza. Un souci de santé qui lui avait valu de subir au début de cette année-ci une transplantation pulmonaire dont il n’a jamais totalement supporté les effets, et qui a fini par lui faire rendre les armes dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 70 ans.

Pas mal quand même, pour un gars qui avait reçu l’extrême-onction en août 1976, il y a plus de quatre décennies ! C’était au lendemain de son effroyable accident du Nürburgring, celui qui a rendu la Formule 1 encore un peu plus effrayante, alors que pour ce qui est de sa légende, Niki Lauda y a apporté une large contribution. En commençant par afficher sans fausse pudeur son visage à tout jamais meurtri pour avoir été dévoré par le feu pendant plus d’une minute ; le temps qu’il avait fallu à quatre de ses rivaux pour l’arracher à la carcasse de sa Ferrari en flammes. Puis en remontant en piste moins de six semaines plus tard, afin de reprendre son duel haletant avec le facétieux James Hunt, dans la course au titre que le Britannique finit par s’approprier pour un point seulement…

Dans le film « Rush »

Une des pages mythiques de l’histoire de la Formule 1 que Ron Howard a eu le bon goût de relater en 2013 dans le film « Rush », offrant ainsi à la nouvelle génération l’opportunité d’en savoir un peu plus sur ce Monsieur à la silhouette d’ours mal léché, surmontée de son inamovible casquette, qui continuait à hanter les paddocks pour y distiller ses analyses à la télé ou, mieux encore, en petit comité, quand il avait l’occasion de livrer le fond de sa pensée sur l’actualité du moment. Dans un discours clair et direct qui faisait toujours mouche auprès d’un auditoire fatalement médusé devant tant de franchise exprimée dans un milieu aussi aseptisé, et surtout empreint d’un immense respect.

Car s’il a eu deux vies, Niki Lauda inspirait aussi le respect pour les nombreuses carrières qu’il a menées. En sport automobile pour commencer ; cette passion qui avait amené ce jeune-homme de la bonne bourgeoisie autrichienne à prendre part à ses premières courses sans en dire le moindre mot à ses parents, tout en disputant celles-ci au volant de la Mini offerte par l’une de ses tantes. Prélude à une carrière prolifique, jalonnée de 25 victoires en Grand Prix et trois titres mondiaux – deux avant (1973 et 1975) et un après son accident (1984) –, le dernier ayant été acquis face à son équipier Alain Prost pour le plus petit écart jamais établi à l’issue d’un championnat du monde de F1 : un demi-point !

« Un duel épique à la faveur duquel est née une profonde amitié qui ne s’est jamais démentie avec les années. C’est en tout cas la période de ma carrière la plus faste et la plus géniale que j’ai jamais connue en Formule 1, » a témoigné Alain Prost, visiblement très affecté par le décès de son ami.

Pilote d’avions aussi

Avant que les deux hommes ne se furent retrouvés chez McLaren, Niki Lauda avait brièvement mis un terme à sa carrière de pilote (entre 1979 et 1982). Une période mise à profit par l’Autrichien pour créer sa propre compagnie aérienne « Lauda Air », qu’il revendit ensuite, comme il le fit plus tard avec son autre compagnie d’avions d’affaires « FlyNiki ». « Des défis qui m’ont permis de mesurer la différence qu’il y avait entre conduire une Formule 1 pour laquelle vous êtes seul à décider de votre destin, ce qui n’est évidemment plus le cas quand vous dirigez une compagnie qui emploie entre 3 et 4.000 personnes », avait-il dit à l’époque.

Mais s’il s’était embarqué dans cette aventure d’un autre style, Niki Lauda ne s’était jamais vraiment éloigné des paddocks de Formule 1. Et après y être successivement apparu comme consultant pour la Scuderia Ferrari (1992) ou instigateur du bref passage de Jaguar en F1 (2000-02), tout en continuant à distiller ses avis autorisés sur les télévisions allemande, autrichienne ou même britannique, Niki Lauda a véritablement trouvé sa nouvelle, et dernière, dimension dans le rôle de président non-exécutif qu’il exerça chez Mercedes, aux côtés de Toto Wolff, depuis 2012. « Niki restera à jamais une des plus grandes légendes de notre sport », a dit ce dernier. Il a combiné héroïsme, humanité et honnêteté dans le cockpit et en dehors. Il a amené de la clarté et de la candeur à la Formule 1 moderne en étant brutalement honnête et entièrement loyal. Et dans l’équipe, quand il nous offrait un de ses discours inspirants, il amenait une énergie que personne ne pouvait égaler. Il était notre phare. »

Les aéroports et la Wallonie se rebellent contre Skeyes

© Photo News.
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On ne va pas dire que les foudres du ciel tombent sur la terre mais plutôt que les foudres wallonnes tombent sur les contrôleurs du ciel. Du moins sur Skeyes (ex-Belgocontrol), l’entreprise publique qui les dirige. Comme par enchantement, plusieurs acteurs et opérateurs aériens se sont mobilisés, ces dernières heures, seuls ou en groupe, pour introduire des actions en Justice afin de mettre un terme aux perturbations du trafic aérien en Belgique.

Depuis février (participation a une grève nationale et fermeture complète du ciel en Belgique), retards et annulations de vols se multiplient. Après deux opérateurs cargo à l’aéroport de Liège (Lachs et CAL), Brussels Airlines a obtenu, en référé la semaine dernière, des astreintes en cas de nouvelles perturbations entre le 17 et le 26 mai à minuit. Mardi, dans le cadre d’une audience préliminaire au tribunal de l’entreprise de Bruxelles, l’aéroport de Bruxelles et TUI se sont joints à l’action, afin de réclamer une garantie de la continuité du service et, en cas contraire, de nouvelles astreintes (50.000 euros par vol touché).

Astreintes et indemnités

Quasi parallèlement, ce sont les acteurs wallons du secteur qui ont décidé d’unir leurs voix pour faire entendre leur ras-le-bol. Autour de Jean-Luc Crucke (MR), ministre wallon des aéroports, la Sowaer (Société wallonne des aéroports) et les aéroports de Charleroi et Liège font désormais front commun pour trois aspects du dossier.

D’abord, ensemble, ils vont lancer une requête unilatérale devant le tribunal de l’entreprise, comme les opérateurs bruxellois, afin d’« exiger la continuité d’un service dont Skeyes a le monopole », résume le ministre. En cas de non-respect, les compères wallons entendent également à ce que la Justice fixe des astreintes.

Au-delà de cette action en urgence, le comité stratégique de la Sowaer (qui rassemble les acteurs du secteur aérien en Wallonie) doit coordonner une action sur le fonds afin de réclamer des indemnités face aux dégâts subis jusqu’ici. Par dégâts, il s’agit des pertes enregistrées (150.000 euros à l’aéroport de Liège et 100.000 à celui de Charleroi, jusqu’ici, sans compter les pertes des compagnies aériennes qui utilisent ces aéroports) mais aussi les pertes estimées en termes de réputation, de fiabilité, aux yeux des clients et utilisateurs.

Enfin, les acteurs aériens wallons attendent avec impatience le résultat de l’étude visant à savoir comment se passer à l’avenir des services du contrôleur aérien national. « En français comme en flamand, je dis trop is te veel », résume le ministre Crucke. « La Région a déjà suspendu tout paiement envers Skeyes qui ne remplit pas les services dont elle a le monopole. Nous avons aussi suspendu toutes négociations concernant l’aspect régional du contrat de gestion. »

Des emplois mis en danger

Luc Partoune, le patron de Liege Airport, embraie : « Malgré le fait qu’on nous annonce un nouvel accord chaque semaine, Skeyes est une boîte où le dialogue social n’existe pas. Ils ne se rendent pas compte des milliers d’emplois qu’ils mettent en danger. Du côté de la Flandre, tout le monde s’en fout et le ministre fédéral de l’Emploi (NDLR : Kris Peeters, CD&V) ne veut pas nous recevoir. On est donc décidé à casser ce monopole qui est la cause de tous ces blocages. »

À l’aéroport de Charleroi, de son côté, on estime que chaque jour de perturbation, l’impact sur le personnel et sur les compagnies aériennes représente au moins 250.000 euros.

Même si, demain, Skeyes annonçait enfin un accord social durable, il n’y aura plus de marche arrière du « front wallon » de l’aérien, estime Jean-Luc Crucke. Le dossier a été trop loin. « Aujourd’hui, l’intérêt de contourner les services de Skeyes est devenu une détermination. Et, de ma part, il n’y aura plus de marche arrière. »

Les programmes des partis à la loupe: faut-il restreindre le regroupement familial?

Les programmes des partis à la loupe: faut-il restreindre le regroupement familial?

Dans un contexte fragile, où la migration est souvent perçue comme une menace, la maîtrise – ou du moins l’impression de maîtrise – des flux est devenu un enjeu important en matière de politique migratoire. Or, deux des principaux motifs d’obtention d’un titre de séjour, l’asile et le regroupement familial, relèvent de droits des personnes et ne procède pas d’une migration « choisie » (contrairement à la migration économique, par exemple). Si le pacte de Marrakech encourage à faciliter le droit de vivre en famille, nombre de partis proposent ces dernières années de restreindre les conditions d’accès au regroupement familial, que ce soit pour limiter les flux ou pour s’assurer de meilleures conditions d’intégration.

Côté francophone, le MR propose de relever le revenu minimum exigé de la personne installée en Belgique pour avoir droit au regroupement familial. Actuellement fixé à 120 % du revenu minimum d’insertion, soit 1.093 euros, il passerait à 150 %, soit 1.366 euros. Les libéraux entendent aussi lutter contre les unions de complaisance en interdisant les mariages par procuration, en imposant un délai minimum à respecter entre le mariage et la demande de regroupement et enfin en généralisant « certificat de non-empêchement à mariage » pour les ressortissants se mariant à l’étranger.

Enfin, le MR entend réduire à six mois (contre un an pour l’instant) l’exemption dont bénéficient les réfugiés qui n’ont pas à justifier de revenus minimums ni d’un logement stable pour déposer leur dossier. Les acteurs de terrains appellent pourtant à une prolongation de cette période étant donné la difficulté pour les familles de fournir dans les temps les documents nécessaires (depuis des zones de conflits ou des camps de réfugiés avec un accès difficile au poste diplomatique).

Sans limite

Pour les autres formations politiques francophones (en matière migratoire l’échiquier est tout à fait différent, selon qu’on considère ou non les partis du nord du pays), il n’est pas question de limiter l’accès au regroupement familial. Au contraire. Défi propose notamment que les réfugiés puissent introduire leur dossier en Belgique pour les « personnes vulnérables ou résidant dans un pays dépourvu de représentation diplomatique belge ». Les amarantes rejoignent par ailleurs de CDH pour appeler à inclure les allocations pour personnes handicapées dans les revenus du demandeur. Jusqu’à présent celles-ci sont écartées, créant une situation de discrimination. Le PS et Ecolo ne mentionnent pas la thématique dans leur programme, pour le PTB « garantir l’effectivité de ce droit à vivre en famille est essentiel pour faciliter l’intégration ».

Les chantiers se bousculeront à Anderlecht pour Kompany

Les chantiers se bousculeront à Anderlecht pour Kompany
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Joueur d’exception, leader-né, compétiteur dans l’âme, Vincent Kompany a tout réussi dans sa carrière de footballeur. Mais le nouveau défi qu’il s’est lancé en acceptant d’être joueur-entraîneur au Sporting d’Anderlecht, dans un club qui plus est en crise, pourrait bien lui poser des problèmes d’un tout autre ordre.

1 Trouver un modus operandi avec son staff

Vincent Kompany arrive mais pas tout seul. Comme il va cumuler le poste de joueur-entraîneur, il va devoir se reposer sur un T2 à l’allure de T1, quelqu’un capable de seconder et de s’effacer derrière Kompany mais capable également d’imposer ses vues lors des entraînements et des rencontres que disputera Vince The Prince. Nul doute que l’ancien capitaine des Diables choisira quelqu’un de confiance mais il lui restera alors à bien limiter les rôles pour que les deux puissent fonctionner sans se marcher sur les pieds. Il faudra ensuite composer le reste du staff et savoir s’il convient de conserver Karim Belhocine.

2 Façonner un noyau compétitif

Viendra alors l’analyse du noyau. Tant quantitativement que qualitativement, il y aura des coupes à faire. Michaël Verschueren et Frank Arnesen ont analysé en profondeur ce noyau durant les derniers mois mais l’avis de Kompany comptera. Il a désormais la possibilité de convaincre ceux qui voulaient partir, et de signifier à certains qu’il ne compte pas sur eux. Il faudra également des renforts. Le premier est déjà significatif : Anderlecht vient d’arracher le capitaine et taulier de fin de saison de la défense championne d’Angleterre. Certes, l’âge et le corps de Kompany ne lui permettront sans doute pas de jouer tous les matches. Mais un Kompany sur le terrain, même s’il joue peu, est toujours quelqu’un qui apporte de la plus-value.

3 Donner une philosophie de jeu avec l’ADN du Sporting

Une fois le travail commencé, Vincent Kompany, fortement influencé par la personnalité et le style de jeu de Guardiola, va devoir apporter un fond de jeu à son équipe. Anderlecht a toujours vocation à dominer ses adversaires. Or, cette saison, les rares fois où les Mauves ont réalisé de bonnes prestations, c’est davantage grâce à une organisation et une faculté de contres qu’en posant le jeu. Il va donc falloir changer cela. Certes, Kompany n’est pas Weiler, ni Rutten mais vouloir n’est pas pouvoir. Hein Vanhaezebrouck avait aussi une philosophie offensive et il n’a jamais réussi à l’imposer à cette équipe. En grande partie à cause du manque de talent et du déséquilibre existant dans le noyau. Ce ne sera donc pas simple à accomplir. D’autant plus qu’il est inexpérimenté comme coach et que, comme tout nouvel entraîneur, il tâtonnera au début.

4 Arriver à cumuler sans se perdre dans ses fonctions

Si l’arrivée de Kompany a été saluée unanimement, le cumul a fait grincer davantage de dents. Si de nombreux consultants (Albert, Degryse) n’y voient aucun problème, on peut se demander comment il va réussir à partager ses journées entre les entraînements, le coaching et la préparation de la semaine. Tant mentalement que physiquement, cela peut laisser des traces. Prenons l’exemple de cette fin de mois : alors qu’il débarque et que les chantiers sont nombreux, il délaissera déjà Neerpede pour l’équipe nationale pendant dix jours. Certes, le téléphone existe mais alors que l’on demande aux joueurs d’être focalisés à 100 % sur leur mission, Kompany fait lui tout l’inverse en se démultipliant.

5 Supporter la pression inhérente à ses deux rôles

Le cumul lui offre aussi non pas une occasion mais deux de se planter. Il aura donc plus de pression et devra prendre plus de vent qu’un simple joueur ou simple entraîneur. Dans cette optique, on ne peut que louer son courage. Car, il aurait été bien plus simple d’aller monnayer son talent ailleurs, dans un environnement sans aucune pression. En revenant dans son pays, dans sa ville, dans son club, et en le faisant en occupant deux fonctions, il multiplie la pression et le risque. Néanmoins, son exposition médiatique permanente depuis près de quinze ans ainsi que les critiques auxquelles il a fait face lorsqu’il était blessé l’ont préparé à affronter cela.

6 Garder son niveau en tant que joueur

Les doutes quant à son niveau de jeu (et surtout sa fragilité et le nombre limité de minutes) se posaient déjà il y a un an. À la limite, comme il a terminé la saison en boulet de canon, les interrogations étaient plus nombreuses à l’époque que maintenant. Néanmoins, en quittant un environnement performant et en redescendant d’un échelon, elles risquent de réapparaître. L’exemple de Nicolas Lombaerts est à ce niveau-là interpellant. Alors qu’il revenait en Belgique dans l’espoir de se rapprocher de la sélection, il n’a jamais retrouvé le niveau qui était le sien en Russie. À un an de l’Euro 2020, Kompany va donc devoir maintenir son niveau de City, dans une équipe qui n’offre, actuellement, pas les mêmes garanties.

7 Parvenir à réaliser des résultats sportifs

On en oublierait le plus important : comme tout entraîneur, Vincent Kompany sera jugé sur les résultats. Au risque de devenir bancal, le projet repose sur la réussite de l’entraîneur Kompany. Aussi belles soient ses prestations comme joueur, un mauvais début de championnat fragiliserait sa position.

Reine Elisabeth: Stephen Kim, un fin musicien, parfois un peu scolaire

Stephen Kim a livré une prestation parfois un peu trop prévisible.
Stephen Kim a livré une prestation parfois un peu trop prévisible. - D.R.

Très net mais prudent dans ses attaques des parties virtuoses de Fidl de Kimmo Hakola, Stephen Kim s’attache à tirer parti de chaque occasion de lancer une petite phrase lyrique, montrant par là sa volonté de ne pas limiter sa prestation au déballage d’une virtuosité gratuite, sinon agressive. Il crée ainsi une très belle cohérence dans toute la première partie de l’imposé, jouant habilement de la diversité des climats.

C’est donc tout naturellement qu’il fond son chant élégiaque dans l’accompagnement rêveur de l’orchestre dans la partie lente qui s’y enchaîne, avec de très belles interventions dans la tessiture suraiguë de l’instrument. Aucune rupture avec la brève cadence qui suit. Dans la section en forme de valse, le violon de Kim distille un contre-chant presque ironique aux invitations à la danse de l’orchestre.

On retrouve cette même distanciation dans la réponse du violon aux éclats monolithiques de l’orchestre là où il négocie ensuite avec un bel aplomb les rythmes syncopés de la partie finale. Jouant habilement des contrastes que permet cet imposé, Stephen Kim réussit l’exploit d’en donner, dans une diversité revendiquée, une lecture globale d’une belle logique. Décidément, l’œuvre de Hakola n’en finit pas de nous surprendre par sa capacité à générer des sensations différentes. Mais n’est-ce pas justement ce que l’on demande à l’œuvre imposée d’un grand concours ?

Un Brahms élégiaque

Dès l’attaque de l’allegro non troppo, on comprend que le Brahms de Stephen Kim ne sera pas une course échevelée. Le violoniste américain prend le temps de chanter et le fait avec un lyrisme très pudique. Son premier mouvement baigne dans une atmosphère retenue, cette relative lenteur donnant parfois un caractère trop appuyé à certains traits même s’ils sont toujours parfaitement englobés dans un chant d’une belle sérénité. On ne peut toutefois s’empêcher de penser que ce dernier devient finalement étrangement prévisible. Les mêmes partis pris amènent le candidat à privilégier une lecture très retenue de l’adagio où la beauté de la sonorité ne parvient pas toujours à éviter un étirement excessif de la phrase musicale.

Fortement cadencé, le finale demeure dans cette même optique. On n’y retrouve sans doute pas toute l’exubérance magyare que peut dégager ce bouillonnant allegro ici plus solidement « ma non troppo vivace » qu’allègrement giocoso. Conclusion : le beau chant d’un bon élève qui n’empêche cependant pas une certaine déception.

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Quand Bart De Wever parle de «rafles» en toute simplicité

Hors contexte, en se fiant strictement à ce que dit Bart De Wever lors de son intervention en 2016, les opérations décrites flirtent avec les limites de la légalité.
Hors contexte, en se fiant strictement à ce que dit Bart De Wever lors de son intervention en 2016, les opérations décrites flirtent avec les limites de la légalité. - Photo News.

Les « rafles » de De Wever pour alimenter « Air Francken ». Non, il ne s’agit pas d’un slogan des jeunes Ecolo, mais bien de propos tenus par le bourgmestre d’Anvers en 2016 et rapportés mardi, enregistrement à l’appui par Le Vif. Un journaliste indépendant a suivi pendant trois ans les réunions anversoises de la N-VA et en dévoile peu à peu le contenu.

« Ne le criez pas sur tous les toits, mais ça va si loin que, quand nous planifions des interventions, nous devons réserver des places », affirme Bart De Wever à propos du manque de place en centres fermés. « C’est l’avantage d’avoir un secrétaire d’Etat comme ami. Quand nous allons par exemple faire une “razzia” dans le quartier Rouge, nous lui demandons : “Combien de places avez-vous pour nous ? Combien pouvez-vous en expulser ? Vers quel pays volent les prochains avions ?”  » Face aux rires de l’assemblée, Bart De Wever poursuit : « Vous pouvez rire, mais c’est vraiment comme ça ! Alors, vous continuez jusqu’à ce que la prison soit remplie. Et de préférence, les nationalités prévues pour “Air Francken”. Si tu peux remplir l’avion, ce serait fou de ne pas le faire ! »

Les propos, rapportés par le magazine Knack à l’époque, mais soutenus ici par un enregistrement audio, ont suscité un tollé. L’utilisation du mot « rafle » (la traduction française de « razzia ») en particulier et l’idée induite qu’il serait correct de cibler les actions policières en fonction des nationalités disponibles pour « Air Francken ».

Hors contexte, en se fiant strictement à ce que dit Bart De Wever lors de son intervention en 2016, les opérations décrites flirtent avec les limites de la légalité.

Deux types d’opérations peuvent être planifiés pour interpeller des personnes en situation irrégulière. Dans un premier cas, l’Office des étrangers est à l’initiative et demande à la commune de contrôler une ou des adresses spécifiques. « Dans un second cas, la police locale peut effectivement solliciter l’administration pour des opérations ciblées pour cause de travail au noir, de prostitution ou de trafic de drogue. Nous voyons combien de places sont disponibles en centres fermés, parce que sinon l’opération ne sert à rien. Ce sont des opérations qui demandent du temps, de la préparation. Nous collaborons. Mais on ne cible jamais des nationalités. »

Précisément, le problème des opérations d’Anvers, d’après la présentation grossière faite par Bart De Wever, tient à leur ciblage : « De préférence, les nationalités prévues pour ”Air Francken”. » « Un bourgmestre a des missions de police administrative pour ce qui concerne l’ordre public, la sécurité publique mais certainement pas pour être le bras armé de l’Office des étrangers », s’agace Matthieu Lys, avocat spécialiste du droit des étrangers, maître de conférences à l’UCLouvain. « S’il s’agit d’opérations visant les personnes en situation irrégulière sans lien avec un trouble public, c’est une pratique discriminatoire. La loi prévoit aussi qu’une arrestation soit une mesure de dernier ressort : est-ce qu’on est sûr en cas d’opération collective ? »

Du côté de la N-VA, on ne voit pas le problème : « C’est tout de même logique de planifier une opération de police », répond la porte-parole. « S’il n’y a pas de place en centre fermé ou dans un avion, l’action n’a pas de sens. Après, la nationalité ne se lit pas sur la tête des gens… »

Etonné que ses propos choquent, le bourgmestre d’Anvers a réaffirmé sa « fierté » d’avoir pu travailler en bonne entente avec Theo Francken, donnant au passage un autre contexte « criminel » absent de l’enregistrement de 2016 : « L’éloignement vers leur pays d’origine d’illégaux qui sont dealers, maqueraux, trafiquants et autres criminels est en effet une priorité pour nous. A Anvers, les services de police et l’Office des étrangers ont travaillé ensemble à cela. »

Le bilan de Charles Michel: Premier ministre par hasard mais pas à moitié

© Pierre-Yves Thienpont. Analyse

Par Bernard Demonty , Martine Dubuisson et Jurek Kuczkiewicz

Politique ,

Les écoles peinent à recruter des directeurs

On ne parle encore de pénurie dans les fonctions de directeur mais d’un vrai souci de recrutement pour de nombreux pouvoirs organisateurs. © René Breny.
On ne parle encore de pénurie dans les fonctions de directeur mais d’un vrai souci de recrutement pour de nombreux pouvoirs organisateurs. © René Breny.

Quand j’ai débuté dans ma fonction de directeur en 1993, le droit de l’enseignement tenait sur une étagère… Aujourd’hui, il faut trois ou quatre… armoires ! » L’image utilisée par Stéphane Vanoirbeck, directeur du service « pouvoirs organisateurs » (PO) du Segec (secrétariat général de l’enseignement catholique), en dit long sur l’intensification des tâches administratives qui touche les directeurs. Elle contribue aussi à expliquer pourquoi on ne se bouscule plus pour prendre le leadership d’une des 3.000 écoles actives sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Peut-on parler pour autant de pénurie ? Le secteur évoque plutôt une disette de candidats… variable d’un réseau à l’autre.

Dans l’officiel organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles, on ne signale pas de souci particulier. « Le PO travaille à l’échelle du territoire, tout est centralisé, il existe une réserve de recrutement qui permet de pourvoir rapidement aux remplacements ou à de nouvelles désignations », explique le cabinet de la ministre de l’Éducation. Le financement préférentiel de ce réseau permet aussi d’engager davantage de personnel administratif, comptable ou technique.

Homme ou femme à tout faire

Dans le réseau libre catholique c’est exactement l’inverse. « Certains pouvoirs organisateurs sont obligés de faire trois ou quatre appels aux candidats avant de trouver enfin la perle rare. Cela étant, c’est davantage marqué dans le fondamental que dans le secondaire », reprend Stéphane Vanoirbeck (Segec). Au passage, il pointe surtout la charge de travail, essentiellement parce que la différence de subventions (50 % de moins que dans l’officiel, rappelle le Segec dans sa campagne « un enfant = un enfant ») contraint les écoles à fonctionner avec un cadre administratif ou technique réduit. Ce qui transforme souvent le directeur ou la directrice en homme ou femme à tout faire.

« Il ou elle doit gérer de front les équipes, les parents, les inscriptions, les finances, les appels, les relations entre élèves, les problèmes techniques, les travaux… », dit Stéphane Vanoirbeck. « Il serait décent que les directeurs soit dégagés de soucis administratifs, de réparations des bâtiments, de la location de podium pour la fête de l’école… », complète Didier Burani, porte-parole d’une vingtaine de directeurs du libre au sud de Bruxelles. « Les différences de subventions entre les réseaux sont inacceptables (542 euros pour un enfant de primaire chez nous et 1.042 dans l’officiel organisé) alors que les attendus sont les mêmes pour tous. Quand va-t-on enfin proposer des solutions financières/humaines pour que notre métier de directeur présente aux enfants et à leurs parents une gestion saine, responsable et efficace ? »

« Raccourci intellectuel »

Dans l’officiel subventionné, les difficultés se présentent de manière inégale sur le territoire : « Il existe des PO où on cherche désespérément un candidat et d’autres où on se bouscule au portillon », explique Fanny Constant, secrétaire générale du Conseil de l’enseignement des communes et provinces (CECP). « Régulièrement des PO témoignent de difficultés à recruter mais ce n’est pas généralisé. Cela étant, l’implémentation du Pacte d’excellence va peut-être refroidir les candidats potentiels. »

Au Cpeons, la fédération cousine qui coordonne l’officiel subventionné pour le secondaire et le supérieur, on est également inquiet mais on tacle d’abord le Segec : « Sur l’aspect financier c’est un raccourci intellectuel de recommander le même subside que dans l’officiel. À partir du moment où le libre réclame l’égalité, il faudra de la transparence à tous les niveaux », prévient le président Pascal Lafosse.

Pourtant, sur les constats, il rejoint le Segec : « de moins en moins d’enseignants cherchent à accéder à une fonction de direction car la charge de travail est énorme tandis que l’aspect financier n’est guère motivant. Si on veut attirer des managers avec des compétences pédagogiques on doit absolument refinancer le statut des directeurs. Cela dit, ce n’est pas toujours une question d’argent. Les directeurs aiment leur métier mais ne se sentent pas assez épaulés. Raison pour laquelle nous avons beaucoup de mal à recruter, même dans les écoles à haut indice socio-économique. »

Turnover important

« Pourtant », poursuit-on au Segec, « on essaie de les dégager de ces fonctions en mutualisant les ressources pour fournir un secrétariat de qualité, du personnel spécialisé dans la gestion des bâtiments etc. » Ça ne suffit cependant pas toujours à motiver les candidats potentiels. Ni à rassurer les directeurs en place qui ne font plus nécessairement de cette fonction un plan de carrière. Jamais le réseau n’a été confronté à un turnover aussi important dans le métier. D’abord parce qu’il y a une série de départs naturels : dans le fondamental aujourd’hui, un directeur sur trois a plus de 55 ans et devra donc être remplacé au cours des prochaines années ; au secondaire ils sont 60 % dans cette situation. Ensuite parce que les directeurs et directrices adhèrent aux tendances sociétales : ils changent volontiers de carrière, optant pour plus de mobilité interne ou externe.

Enfin, le Segec pointe le risque d’épuisement professionnel : « étant donné la charge de travail sans cesse croissante, des directeurs abandonnent après trois ou quatre ans pour retourner en classe. Le burn-out du métier de direction n’est pas une fable ». Le mouvement prend tout d’un coup de l’ampleur : alors que le phénomène était tout à fait exceptionnel par le passé, à Bruxelles en 2018, 10 % des recrutements visaient à remplacer des directeurs découragés par la fonction. Et peu encouragés d’ailleurs par l’aspect salarial. Pour autant qu’ils aient fait un master en pédagogie, certains instituteurs gagnent autant, voire plus, que le patron de leur établissement.

« Je ne connais aucun directeur qui fait ce métier pour l’argent, ponctue Stéphane Vanoirbeck mais à bien regarder l’accumulation des heures de travail et des responsabilités, certains finissent par se demander si ce n’est pas beaucoup par rapport à l’intérêt financier ». Didier Burani ponctue : « Et vous connaissez beaucoup de PME où le patron gagne moins que certains de ses salariés ? »

Reine Elisabeth: Sylvia Huang, musicienne dans l’âme

Derrière son apparence fragile et discrète, Sylvia Huang parvient à imposer une spontanéité rafraîchissante. ©D.R
Derrière son apparence fragile et discrète, Sylvia Huang parvient à imposer une spontanéité rafraîchissante. ©D.R

C’est peu dire que le moment était attendu. Seule représentante de la Belgique lors de cette édition 2019, Sylvia Huang se produisait ce lundi en deuxième partie de soirée à Bozar. Une candidate au parcours d’autant plus remarquable qu’il sort des lignes. Principalement formée par son père, elle n’a ainsi jamais suivi le cursus traditionnel du conservatoire (bien qu’elle soit passée par l’Académie des Arts de la Ville de Bruxelles et qu’elle se perfectionne actuellement au Conservatorium van Amsterdam avec Liviu Prunaru). Elle n’a pas non plus participé à des dizaines de Concours (le Concours Reine Elisabeth est la première compétition internationale à laquelle elle prend part).

Son truc à elle, c’est l’interprétation, la musique. Avec le naturel qui la caractérise, aussi bien dans la vie que sur scène, elle s’est ainsi démarquée en intégrant à… 18 ans les rangs du Belgian National Orchestra puis en devenant à 20 ans premier violon du Koninklijk Concertgebouworkest d’Amsterdam, un des meilleurs orchestres symphoniques du monde. Avec une évidence déconcertante.

Simplicité et sensibilité

Et c’est sans doute cette expérience qui lui a permis, du haut de ses 25 ans, de se démarquer. Sans jamais perdre sa simplicité, elle a prouvé au fil des épreuves sa sensibilité, sa musicalité et sa capacité de se mettre totalement au service de la partition qu’elle interprète. Un talent qu’elle a réussi à déployer une nouvelle fois ce lundi soir.

C’est souriante mais assez tendue que Sylvia Huang apparaît sur scène, portée par les chaleureux applaudissements de la salle. Discrète, son attaque de Fidl, l’œuvre imposée de Kimmo Hakola s’accompagne de coups d’archets francs et d’une certaine détermination.

Si au départ la candidate semble ne pas parvenir à se détendre totalement, on retrouve assez vite son regard musical et son sens de la nuance. Alors que Luke Hsu proposait en première partie une lecture assez franche voire frontale de l’œuvre, Sylvia Huang va à la rencontre de son côté imagé et féerique. Elle s’engouffre dans les pentes sinueuses qui la mènent de montagnes dangereuses à un monde lointain, puis s’amuse dans les passages plus folkloriques. Bien que le stress ne la quitte jamais tout à fait, elle parvient à livrer une interprétation imagée, tantôt dramatique, tantôt joueuse. Et en tout cas toujours très musicale.

Un des autres talents de Sylvia Huang, c’est de se démarquer par ses choix. Amoureuse de la musique, elle se tourne vers des œuvres qu’elle affectionne et qu’elle a envie de faire (re)découvrir au public. L’aspect performance se situant bien derrière. Ainsi, après la Sonate pour violon et piano de Leos Janácek en demi-finale, c’est avec le Concerto pour violon et orchestre en la mineur d’Antonín Dvořák qu’elle a choisi de défendre sa place en finale. Une partition qui divise depuis toujours les violonistes (certains la rejetant, d’autres l’affectionnant particulièrement) et vers laquelle peu de finalistes du Concours se tournent.

Très chantante, son attaque de l’Allegro ma non troppo ravit par son sens subtil de la nuance. Sylvia Huang possède un vrai lyrisme et une musicalité touchante. D’autant plus qu’elle semble ici s’imprégner plus facilement de la musique que dans l’imposé.

Toujours à l’écoute de son instrument, elle poursuit l’œuvre de manière très mélodique, à la fois poétique et avec du caractère. Son talent est de non seulement raconter une histoire, mais aussi de livrer une palette de couleurs très variée. Parfois mélancolique, d’autre joyeuse. Elle affronte ainsi l’Allegro giocoso ma non troppo final avec une vraie agilité technique mais toujours le même naturel. Un vrai moment de musique, au-delà du concours. La seule réserve pouvant être que sa discrétion la pousse parfois à s’effacer un peu, et qu’elle gagnerait à oser s’affirmer totalement.

Emue, Sylvia Huang a été applaudie pendant de nombreuses minutes par le public… mais aussi par l’orchestre, avec lequel elle avait fait il y a sept ans ses premiers pas de violoniste professionnelle.

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