Elections 2019: le parlement fédéral, plus extrême, plus polarisé, plus séparatiste

Raoul Hedebouw ici lors d’un débat à la Chambre en septembre 2016. Il y avait 2 élus PTB dans l’hémicycle, il y en aura 12 désormais. © Belga.
Raoul Hedebouw ici lors d’un débat à la Chambre en septembre 2016. Il y avait 2 élus PTB dans l’hémicycle, il y en aura 12 désormais. © Belga.

Quel autre modèle d’organisation politique laisse-t-il autant de place à celles et ceux qui le contestent radicalement ? La démocratie parlementaire est ainsi faite. Chez nous, la Chambre des représentants qui est installée ce jeudi, sera plus extrême, plus polarisée et plus séparatiste. Merci le 26 mai.

Plus séparatiste : additionnez (voir nos graphiques) les groupes parlementaires N-VA et du Vlaams Belang qui veulent, statutairement et/ou bruyamment, la fin du pays.

Plus extrême et polarisée : prenez les mêmes, ajoutez le groupe PTBiste côté francophone. Il y a là tous les ingrédients d’une surchauffe permanente dans l’hémicycle. La Chambre est une pétaudière.

Places à la buvette

Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques), l’illustre de façon éloquente, en trois points.

Un : « Au sein de la Chambre précédente, l’écart entre le plus petit et le plus grand parti était de 1 à 33, entre un élu du Parti populaire et 33 N-VA, et cet écart est maintenant de 2 à 25, entre Défi et la N-VA, ce qui signifie que chaque groupe politique a un poids relatif plus important et, partant, qu’il peut prétendre à jouer un rôle dans la pièce. »

Deux : « Dans le même ordre d’idées, les partis dits “traditionnels” n’ont plus une majorité de sièges dans l’assemblée, s’agissant des familles libérale, chrétienne-démocrate et socialiste, ce qui, lors d’une crise, pouvait parfois permettre de trouver une solution à la façon “belgo-belge”. On aura compris encore que des groupes émergents comme le Vlaams Belang et le PTB, vu le nombre d’élus désormais, auront un temps de parole important en plénière, un poids aussi en commission, sans compter l’attribution de bureaux administratifs ou les places réservées à la buvette, ce qui est anecdotique, mais qui “incarne” bien les résultats des élections du 26 mai, et le changement intervenu. »

Trois : « Je termine par ceci : une catégorie de députés a augmenté sérieusement, et j’ai cette formule : ceux dont il faut tenir compte mais sur lesquels on ne peut pas compter... A savoir, les élus Vlaams Belang et PTB, qui sont ou se veulent hors jeu, et les élus CDH, qui se vouent à l’opposition si l’on entend bien leur président de parti. Ce qui fait 35 sièges. Sur 150 à la Chambre au total. C’est beaucoup. »

Plus flamande

Plus extrême, polarisée et séparatiste, la Chambre n’est pas, pour autant, plus à droite globalement qu’auparavant : si l’on compte les socialistes et les écologistes du nord et du sud, auxquels on ajoute les PTbistes, cela fait 62 élus, contre 50 dans l’hémicycle précédent. Mais ce rééquilibrage est sans impact en réalité, tant, on l’a dit, d’autres propriétés l’emportent et caractérisent la nouvelle assemblée parlementaire.

Au passage, on notera encore que la Chambre sous nos yeux est plus flamande que la précédente, car deux élus (une députée verte et un PTB élus à Bruxelles), peut-être trois (un PTbiste limbourgeois élu à Liège) devraient prêter serment jeudi en néerlandais, ce qui les rangerait automatiquement dans le groupe linguistique du nord du pays.

Ingérable tout cela ? Quel gouvernement fédéral imaginer dans ce maquis ?

Jean Faniel balise, il ramène au calendrier : « En comptant le début de la période d’affaires courantes, on peut estimer que nous aurons battu le record des 540 jours de crise de 2010-2011 au premier août 2020... Je ne le souhaite pas, évidemment, nous verrons. Je veux juste montrer que le temps passe et qu’il n’est pas interdit de penser que nous vivons une séquence politique au moins comparable. »

La Cour des comptes épingle Fedasil

Le réseau d’accueil compte actuellement un peu plus de 23.000 lits alors que le budget annuel correspond au réseau structurel de 16.000 places.
Le réseau d’accueil compte actuellement un peu plus de 23.000 lits alors que le budget annuel correspond au réseau structurel de 16.000 places. - Photo News

Budget irréaliste, manque de contrôle, procédures floues… Dans un rapport publié mercredi, la Cour des comptes rend un jugement sévère sur la gestion budgétaire de l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil). La Cour pointe un budget irréaliste, systématiquement sous-estimé, qui a abouti à un déficit de 85,8 millions d’euros pour l’exercice 2018.

« Fedasil est contrainte d’élaborer pour la forme un budget initial en équilibre en se basant sur un nombre trop faible de places d’accueil (de base). La Cour des comptes constate dès lors que les dépenses inscrites au budget 2018 sont sous-estimées à raison de 28 %. » Rien de nouveau précise le rapport, les mêmes sous-estimations étaient observées en 2016 et 2017. Des dépenses structurelles couvertes à l’époque grâce à des crédits supplémentaires provenant de la provision interdépartementale (respectivement 300 et 137,7 millions d’euros, précise le texte). « En 2018, Fedasil a à nouveau manqué de moyens pour accomplir sa mission statutaire. Elle a communiqué formellement le déficit le 26 novembre 2018 au cabinet du ministre compétent, qui n’a pas réagi. »

C’est qu’à l’époque, Theo Francken tente de « résister » à un afflux anormal de demandeurs d’asile. Le secrétaire d’Etat a investi beaucoup dans sa politique de retour et veut afficher un bilan de bon gestionnaire en réduisant peu à peu l’enveloppe de Fedasil. Il refuse donc d’accorder la moindre rallonge budgétaire, ni d’accepter l’ouverture de nouvelles places d’accueil estimant que le contexte européen (avec des arrivées en baisse) ne justifie pas que la Belgique adapte son offre d’accueil. Faute de pouvoir bénéficier d’une aide de la provision interdépartementale, comme les années précédentes, l’administration a pioché dans ses fonds propres pour compenser le déficit, faisant passer lesdits fonds de 198,8 à 115,3 millions d’euros.

« Fedasil doit élaborer un budget plus réaliste », assure la Cour des comptes. « Il convient de prévoir des crédits majorés dès la confection du budget initial si l’ouverture de places d’accueil structurelles supplémentaires est attendue. »

« On comprend bien les recommandations de la Cour des comptes, mais elles s’adressent peut-être davantage aux décideurs politiques. Fedasil est une administration : elle ne décide ni de son budget ni de la politique à mener », souligne le porte-parole Benoît Mansy. « En fait, le budget annuel correspond au réseau structurel de 16.000 places. Sauf qu’on commence toujours l’année très au-dessus. Donc on sait dès janvier que cela n’ira pas, sauf à supprimer des places en cours d’année. » Beaucoup de places. Le réseau d’accueil compte actuellement un peu plus de 23.000 lits. « On préférerait avoir davantage de flexibilité, avec des places tampons, non occupées, qu’on peut activer à tout moment et qui coûtent moins cher que d’ouvrir et fermer des centres en conditions d’urgence. »

Manque de contrôle

Au-delà du décalage entre budget initial et dépenses réelles, la Cour des comptes s’appuie sur les conclusions du réviseur d’entreprise qui relève un manque de contrôle dans l’utilisation des financements attribués par Fedasil à ses partenaires. Dans certains cas, cette faiblesse des contrôles – attribuée par l’agence à un manque de moyens – exposerait à des risques de double subventionnement ou à des remboursements non justifiés.

Autre bizarrerie : l’usage des fonds attribués aux CPAS pour les initiatives locales d’accueil (les logements individuels attribués aux demandeurs ayant de fortes chances d’être reconnus). « Comme le coût effectif de l’accueil a été inférieur aux interventions reçues, les CPAS ont constitué des réserves au fil des ans », explique le rapport. Réserves qui ne peuvent pas être utilisées à d’autres fins que l’entretien de ces logements. Sommé de faire des économies, Fedasil a proposé aux CPAS de rétrocéder 75 % de ces réserves, sur base volontaire. Retour censé devenir obligatoire (et portant sur 90 % de la somme) à partir de 2019. L’opération a permis de générer 10,5 millions d’euros de recette, mais son caractère légal pose question.

« Un projet d’arrêté royal a été déposé au secrétaire d’Etat il y a plus d’un an », souligne Benoît Mansy. « Nous n’avons pas eu de retour. »

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Festival de Bruxelles: Elia Suleiman, la certitude d’un formidable moment de cinéma

«
It must have been heaven
» avait reçu une mention spéciale au festival de Cannes.
« It must have been heaven » avait reçu une mention spéciale au festival de Cannes. - Carole Bethuel

Cela faisait dix ans, depuis Le temps qui reste, que le cinéaste palestinien Elia Suleiman n’avait plus tourné de film. Avant cela, il y avait eu Chronique d’une disparition (Prix du meilleur premier film à Venise en 1996) et Intervention divine (Prix du jury à Cannes en 2002). D’où réjouissance au récent Festival de Cannes de découvrir son dernier opus en compétition et de le voir récompensé d’une mention spéciale. It must be heaven avait été l’avant-dernier film de la compétition cannoise. C’est le film d’ouverture de la deuxième édition du BRIFF. Et c’est la certitude d’un formidable moment de cinéma. Intelligent, drôle, poétique et porteur de sens. Du pur Suleiman sombre et comique, nourri par des douleurs comme celle de d’enfermement, du fracas de la guerre avec deux intifadas, d’un mur qui balafre l’autre côté de la rue, des valises toujours prêtes à portée de main. La Palestine, d’évidence, au cœur de tout son cinéma.

La question de l’identité et de l’appartenance

Né à Nazareth le 28 juillet 1960, Elia Suleiman partage sa vie entre New York, Paris, Jérusalem, Nazareth. Dans son nouveau film, il se raconte cinéaste palestinien parcourant le monde, regardant le monde, découvrant le monde comme un microcosme de la Palestine et se posant la question fondamentale, « Où peut-on se sentir chez soi ? » En quête d’une terre d’accueil, son personnage se rend compte que son pays d’origine le suit comme une ombre. La promesse d’une vie nouvelle se transforme en comédie de l’absurde et le film explore avec poésie, humour et sens du burlesque l’identité, la nationalité, l’appartenance. C’est savoureusement drôle et intrinsèquement dramatique. Avec une certitude identitaire révélée à Elia Suleiman par un New-Yorkais : « Tout le monde boit pour oublier, les Palestiniens sont les seuls à boire pour se souvenir. »

Le regard de Suleiman, d’une acuité remarquable, est posé en biais sur les lieux qu’il investit. A New York, les gens font leurs courses armes à l’épaule. A Paris, la rue est un défilé de mode, de flics, de militaires. Les checkpoints se retrouvent dans les aéroports et les centres commerciaux de tous les pays et les sirènes de police et les alarmes de sécurité ne sont plus intermittentes mais constantes. C’est drôle. Mais derrière le rire, il y a le poids de cette réalité sécuritaire et des tensions qu’elle suppose. En génial héritier de Jacques Tati et Buster Keaton, Suleiman aborde son récit avec peu de dialogue mais une chorégraphie des mouvements et la poésie du silence mettant en scène des instants banals et décalés, des histoires humaines et personnelles de manière intime, tendre, touchante. « It Must Be Heaven donne à voir des situations ordinaires de la vie quotidienne d’individus vivant à travers le monde dans un climat de tensions géopolitiques planétaires. La violence qui surgit en un point est tout à fait comparable à celle qui s’observe ailleurs » dit le cinéaste dans sa note d’intention.

Trouver sa place dans le monde est une affaire planétaire, un sujet d’actualité, une nécessité humaine. « L’homme qui trouve sa patrie douce n’est qu’un tendre débutant ; celui pour qui chaque sol est comme le sien propre est déjà fort ; mais celui-là seul est parfait pour qui le monde entier est comme un pays étranger. Le tendre a fixé son amour en un seul point du monde ; le fort a étendu son amour à tous ; le parfait a anéanti le sien », disait Hugues de Saint-Victor, philosophe, un théologien et un auteur mystique du XIIe siècle. « Où s’envolent les oiseaux après le dernier ciel ? » a écrit le poète palestinien Mahmoud Darwich. Avec It must be heaven, Elia Suleiman fait écho à ce qui hante tous les migrants du monde et la deuxième édition du BRIFF commence sous les meilleurs auspices.

Le film est présenté le 20 juin à 20h à l’UGC De Brouckère. Le Briff se déroule du 20 au 29 juin à Bozar, Flagey, ainsi qu’aux cinémas UGC, Palace, Galeries et en plein air sur le Boulevard Anspach.

Infos et programme complet : briff.be

Les enseignants du secondaire se sentent mal aimés

Les profs auraient-ils le blues
?
Les profs auraient-ils le blues ? - Mathieu GOLINVAUX.

Après Pisa, voici « Talis ». Rien à voir avec un train à grande vitesse. Talis est l’acronyme de « Teaching And Learning International Survey », une enquête internationale administrée par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans une cinquantaine de pays du monde, dont la Belgique. En donnant la parole aux enseignants, elle tente de baliser les conditions d’exercice du métier, s’intéressant plus particulièrement aux professeurs et aux chefs d’établissement du premier degré de l’enseignement secondaire.

L’enquête de l’OCDE s’intéresse aux conditions d’exercice du métier d’enseignant dans le 1er degré du secondaire. En bref, ils adorent leur job mais vivent mal un déficit d’image dans la société. Les trois quarts des professeurs estiment qu’ils ont fait le bon choix de carrière. Satisfecit complété avec quelques données attestant que les enseignants se plaisent manifestement bien dans leur environnement de travail : 91 % d’entre eux assurent aimer bosser dans leur établissement, 85 % déclarent que dans l’ensemble leur travail leur donne satisfaction, 80 % qualifient leur école « de lieu agréable » et la recommanderaient volontiers.

Jusque-là, tout va bien. Ça se gâte pourtant quand les professeurs jettent un œil sur l’image que la société leur renvoie d’eux-mêmes : en Fédération Wallonie-Bruxelles, l’immense majorité des enseignants se sentent mal aimés, ils sont persuadés que leur profession est peu ou pas valorisée par la société en général, par les médias en particulier. Les enseignants ne se voient pas non plus valorisés par les décideurs politiques (94 %) et ils sont moins d’un sur dix (8,9 %) à estimer que le corps enseignant peut influencer les politiques éducatives. À titre de comparaison, les collègues finlandais sont près de 60 % à apprécier l’image que leur renvoie la population. À titre de comparaison toujours, sans atteindre ces niveaux, 25 à 30 % des collègues flamands se sentent valorisés par les médias ou la société.

« Il y a effectivement un vrai paradoxe, un écart surprenant, entre la satisfaction professionnelle relativement élevée et les discours classiques autour des horaires, de la démotivation, de la sortie précoce du métier », expliquent la professeure Dominique Lafontaine et la chercheuse Valérie Quittre, à l’ULiège.

Le blues

À l’Uliège, la professeure Dominique Lafontaine et la chercheuse Valérie Quittre soulignent le paradoxe entre satisfecit et image négative. Un paradoxe alimenté par d’autres données. Si trois enseignants sur quatre sont satisfaits du choix de leur profession, seul un sur dix assure qu’il s’est trompé et regrette cette option de carrière. Dans la première catégorie, il faut de même laisser un peu de place à la nuance : malgré la satisfaction affichée, 28 % se demandent s’il n’aurait pas été préférable de choisir une autre profession. Ces données sont semblables des moyennes de six pays proches. Par contre, nos enseignants s’en éloignent quand un sur deux assure que les avantages du métier n’en compensent pas les inconvénients. Cette forme de blues par rapport aux exigences professionnelles est typiquement belge francophone : chez nos proches voisins, près de 80 % pointent les avantages du métier avant d’en souligner les contraintes.

Le paradoxe aussi entre ce reflet de la profession et celui que renvoient effectivement les citoyens dans d’autres enquêtes. Ainsi, dans une récente étude, l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique), montre une tout autre image de la valorisation du métier. En effet, selon le dernier sondage réalisé en 2018 auprès de 1.300 citoyens, une très large majorité d’entre eux (90 %) accordent un degré élevé de confiance aux enseignants. « Cette image très négative perçue par les enseignants mérite grande attention car elle affecte le bien-être général mais aussi le recrutement dans une situation où la pénurie est déjà bien établie », précise l’Uliège.

Une explication à ce blues ambiant ? Peut-être faut-il regarder du côté des médias et de la recherche : « Ici comme en France, on voit assez peu le sujet traité de manière positive. Or, les écoles regorgent d’expériences ou de projets qui démontrent l’existence d’une belle dynamique collective. Pisa concourt aussi à cette spirale négative : les résultats font parfois l’effet d’un coup de poing dans la figure pour de nombreux enseignants ».

La professeur Lafontaine conclut : « Les enseignants font corps, positivement, ils ont le sentiment d’appartenir à un groupe dont le rôle est important pour la société mais qui est perçu négativement. J’invite les acteurs – syndicats, politiques, journalistes… – à réfléchir à ces questions, ensemble ils peuvent changer l’image de la profession ».

Notre dossier sur le pacte d’excellence

Procès Valentin: que fait-on des détenus «étiquetés» psychopathes?

Alexandre Hart au moment des faits. Ici avec sa maman.
Alexandre Hart au moment des faits. Ici avec sa maman. - D.R.

Alexandre Hart, qui avait 19 ans quand il a tué Valentin Vermeesch, a écopé ce mardi aux assises de Liège d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Killian Wilmet, qui n’avait que 16 ans lorsqu’il est devenu un assassin, a, quant à lui, été condamné à 29 ans de prison ; vu son jeune âge, le maximum était de 30 ans. Pour chacun, notamment en raison des effrayants portraits qu’ont dressé d’eux les experts psys, a été ajoutée une mise à disposition du tribunal d’application des peines pour une durée de 15 ans. Mais que fait-on des détenus « étiquetés » psychopathes ? Que deviennent ces prisonniers très, très longue durée ?

Pour Alexandre Hart, c’est un peu comme si on s’apprêtait à perdre la clé de la geôle dans laquelle il est incarcéré. Puisqu’il a écopé de la perpétuité, il peut demander une libération après 15 ans de réclusion : « mais avec la mise à disposition, explique Me Cohen, spécialiste en la matière, il lui faudra une décision unanime du TAP pour obtenir une libération. Il aura devant lui non pas seulement les trois juges du TAP, mais aussi deux magistrats professionnels, souvent des magistrats correctionnels, et chacun de ces juges aura un droit de veto – ce qui est d’ailleurs contraire au principe de justice puisque la justice ne doit pas être liée à un droit de veto – elle doit découler d’un débat ». Vu son étiquette de psychopathe, il est illusoire d’imaginer que cinq magistrats vont chacun donner directement leur feu vert à sa sortie.

Jusqu’à 65 ans

Mais une fois qu’il l’obtiendra, après 20 ans de réclusion, par exemple, en étant optimiste, « il lui restera dix ans de conditionnelle et puis seulement débutera la période de mise à disposition de 15 ans », explique Me Cohen. En résumé, s’il parvient à décrocher l’unanimité des cinq magistrats dans 18 ans (il a fait deux ans de préventive), cet homme pourrait être libre à cette échéance mais il ne sera débarrassé du suivi judiciaire qu’en 2062. À 65 ans.

Pour présenter une belle progression à ceux qui décideront – ou pas – de le libérer, Alexandre Hart aura besoin d’un suivi psy ; celui dont il bénéficie en prison remonte à son adolescence, c’est le suivi Mikado pour jeunes en difficultés, venu de l’extérieur de la prison. Mais il n’y a aucune garantie sur le maintien à moyen terme de cet encadrement, et il ne doit pas compter sur un service interne à la prison : « Au sein des prisons, en termes de soins psychiatriques ou psychologiques, rien n’est organisé », déplore Me Nève, spécialiste des conditions de détention. « Les seules aides viennent de l’extérieur, au travers d’associations d’aides aux détenus qui sont surbookées puisque les prisons débordent et que la privation de liberté ne fait qu’amplifier les pathologies. » Par ailleurs, les détenus « très longues peines », comme l’est désormais Alexandre Hart, deviennent vite « des gens perdus », explique Me Nève. « C’est une population carcérale très difficile à gérer, quand il n’y a plus de place pour l’espoir ; on se retrouve avec des bombes à retardement. »

Killian bien encadré

Killian Wilmet est actuellement très bien encadré au Centre communautaire pour mineurs dessaisis, à Saint-Hubert : « Il bénéficie d’entretiens réguliers pour la gestion du stress, des pensées négatives et de la violence », explique Me Van de Wijngaert, son avocate. « Son psychologue et son assistante sociale peuvent le voir quand Killian le désire, et ces contacts sont réguliers. A côté de ces suivis, il a des formations et activités diverses (jardinerie, horticulture, activités sportives…) ainsi que des cours comme à l’école. Il y a des feuilles de routes mensuelles, où Killian est évalué ; on contrôle le respect de sa médication, de l’accomplissement des tâches collectives, de son hygiène, de son alimentation ». Ce gamin, né en novembre 2000 verra la fin de ce régime dans 5 ans, quand il devra rejoindre la prison à l’âge de 23 ans, comme la loi le prévoit. Là, le contraste va être saisissant… « Pour une peine de moins de 30 ans, ce n’est pas l’unanimité de cinq magistrats mais un TAP « classique » », explique Me Cohen. Mais vu les expertises des psys, de nouveau, il va être ardu de sortir.

Les experts qui ont comparu aux assises pour présenter leurs rapports se sont, sur base des trois entretiens qu’ils ont eu avec les accusés, de la reconstitution et du dossier répressif, montrés très pessimistes. « Mais réduire quelqu’un à un psychopathe, c’est dangereux, d’autant que les spécialistes parlent désormais plutôt de personnalité à tendance psychopathique, qui est un parmi plusieurs traits de personnalité d’une personne », relève Me Gilissen, avocat pénaliste participant régulièrement au congrès bisannuel des psychologues. Le nouveau manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou DSM-IV) parle même désormais, pour éviter les clichés, de « comportement auto-social » plutôt que de psychopathie.

Nicolas Hulot au «Soir»: «On est sur le point de bascule et tout est encore possible»

«
Notre crise est culturelle, une crise de civilisation, une crise de l’excès.
»
« Notre crise est culturelle, une crise de civilisation, une crise de l’excès. » - Mathieu GOLINVAUX.

Transition écologique, quelle solution pour demain ? » Environ 700 personnes ont assisté mercredi soir à une nouvelle édition des « grands soirs », conférence-débat mettant en présence Nicolas Hulot, l’ancien ministre français de la Transition écologique et solidaire, avec la secrétaire générale d’Inter-Environnement Wallonie, Céline Tellier, le président de l’Union wallonne des entreprises Jacques Crahay et l’économiste français Pierre Larrouturou. Le climat, la biodiversité, les inégalités, la fragilité de l’économie mondiale sont au centre des inquiétudes. Pour décoder ces urgences, les comprendre et leur trouver des solutions, c’est sur le sens qu’il faut s’interroger, plaide Hulot. « Notre crise est culturelle, une crise de civilisation, une crise de l’excès. On a le sentiment que l’humanité est engluée dans les filaments du progrès. Comme abasourdie par ses propres prouesses technologiques. Notre notion du progrès s’est transformée en addition de performances technologiques. »

Mais la bonne nouvelle, dit le Français, c’est qu’il y a « une profusion de moyens » pour leur trouver des remèdes et qu’un grand nombre sont sur la table.

Pas besoin d’inventer des outils technologiques. Il faut s’interroger sur la manière de mettre en œuvre les moyens disponibles. « Il faut volonté et intelligence collective, dit-il. On sera tous gagnants, ou tous perdants. Et nous devons savoir qu’aucun statut ne protégera contre les conséquences de la crise écologique, économique et sociale. Elle deviendra une crise systémique ». Individuelles, économiques, financières, politiques, les remises en cause doivent intervenir à tous les niveaux. « Redevenir humain, dit Hulot. Etre plus humble, retrouver le lien avec le règne du vivant ». Fixer des limites : « La liberté, c’est la loi qu’on se fixe à soi-même. L’absence de limite, ce n’est pas la liberté, c’est une crise d’ébriété ».

« Tout est encore possible »

Décréter l’urgence. Changer les interlocuteurs des politiques, que les économistes alternatifs aient droit à la parole auprès des politiques. Lancer un plan finance-climat adossé à un nouveau traité européen, comme le propose Pierre Larrouturou, qui distrait la création monétaire de la spéculation pour la mettre au service des investissements nécessaires pour la transition.

« L’habitabilité de la planète est en jeu. Or, on s’interdit de s’interroger sur les dogmes économiques, déplore Hulot. On s’entête avec un modèle économique et marchand, qui fut une solution, mais qui aujourd’hui empoisonne nos sociétés ». Il faut donc « changer d’état d’esprit, de matrice. Sortir du principe économique selon lequel tout ce qu’on peut se payer on se le paie. Et du principe technologique selon lequel tout ce qu’on peut fabriquer on le fabrique ». La décroissance ? « Je n’en sais rien. Mais si on ne fait rien, la décroissance va nous tomber dessus comme une enclume. Et au lieu de l’anticiper on la subira. Il est préférable d’organiser une croissance et une décroissance sélectives. »

Convaincre autour de soi, mobiliser la population, même si la complexité et la gravité tétanisent un peu tout le monde. Alors que garder l’espoir devient un acte de bravoure. Il est encore temps de faire du progrès cette « révolution à l’amiable » que décrivait Victor Hugo. Mais le temps presse. Dix années encore pour réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre, rappelle Larrouturou.

Donner des ailes aux politiques

« Nous, citoyens, avons du pouvoir, souligne Céline Tellier. Il faut continuer de mobiliser, soutenir ceux qui bougent. Les choix que nous posons sont des actes politiques au quotidien. Mais nous avons besoin d’un cadre vertueux, légal et fiscal ». Changer certes, mais pas viser la vertu parfaite, ajoute la secrétaire générale d’Inter-Environnement. Soyons imparfaits ». Les politiques, « happés par un fleuve en crue », que décrit Hulot ? « Il faut casser le climat de défiance avec les citoyens. Que la société civile devienne un souffle irrésistible et qu’elle donne des ailes aux politiques ».

Le préalable, dit l’ancien ministre français, c’est de « regarder dans la même direction, d’additionner les intelligences, de mutualiser les moyens ». Jacques Crahay voit l’entreprise au centre de la transition, bien que parfois considérée comme un bouc émissaire et « prise dans une nasse », mise sous pression par un système qu’elle ne maîtrise pas. « Mais les gens doivent être en mesure de comprendre, d’adhérer au sens de l’entreprise et ce pourquoi elle travaille. Et de participer à l’action ». Les problèmes complexes peuvent être résolus par la grâce de l’intelligence collective, croit le patron de l’Union wallonne des entreprises pour qui « le but de l’entreprise n’est pas faire le maximum de profit – c’est cela qui nous a amené dans le mur –, mais de rendre service à société et qu’économiquement ce soit rentable ». Il faut, dit Crahay, « se concentrer sur la mission qui s’impose à nous tous : changer le monde, dans la joie, pour vivre heureux, en ramenant ses désirs à l’essentiel ».

« On est à un point particulier de l’histoire du monde, avertit Hulot. On sent qu’on est sur le point de bascule et que tout est encore possible. C’est sûr, le monde de demain sera radicalement différent. Mais le sera-t-il de gré ou de force ? ». Pour lui, « l’écologie pierre angulaire de la dignité humaine et de la justice sociale ». Tellier ne dit pas autre chose : « La transition environnementale, c’est l’équité, ici et ailleurs ; maintenant et pour l’avenir ».

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Energie: les communes wallonnes veulent s’unir pour se défendre face à la Flandre

Grosses manœuvres en vue dans le secteur public de l’énergie. Dans le transport d’énergie, pour être précis. En Belgique, deux géants nationaux sont en charge de transporter le gaz et l’électricité : Fluxys et Elia. Des sociétés qui brassent des centaines de millions d’euros par an. Et, on l’oublie trop souvent, qui sont contrôlées indirectement par les communes belges.

Le principal actionnaire d’Elia est en effet Publi-T. Celui de Fluxys est Publigaz. Et ces deux sociétés ont un point commun : elles sont détenues intégralement par des pouvoirs locaux. Par l’intermédiaire de différentes sociétés, comme des intercommunales pures de financement. Ces participations énergétiques sont extrêmement rentables pour les communes. L’an dernier, Elia faisait remonter plus de 44 millions à Publi-T. Et Fluxys versait un dividende de près de 110 millions à son actionnaire public.

Publi-T et Publigaz ont donc pour vocation d’être les instances où se définit la position publique belge au sein d’Elia et Fluxys. Mais la Belgique reste la Belgique. Et, au sein de ces holdings, se sont créés des « clans » aux allures très communautaires. Les communes flamandes se sont retranchées derrière Fluvius, pour gérer collectivement leurs intérêts dans Publi-T et Publigaz. Les communes bruxelloises ont fait de même, via la société Interfin. Et en Wallonie ? C’est un peu la cacophonie… Les communes wallonnes sont dispersées dans douze véhicules différents pour gérer leurs parts dans Publi-T, par exemple. Et ces véhicules se parlent très (trop) peu. Résultat : quand les Flamands ont, en amont, trouvé un terrain d’entente pour défendre leur point de vue en Publi-T et Publigaz, les Wallons subissent. Ils payent leur manque de concertation.

La Socofe pour se rassembler

Mais les choses sont en train de bouger. Claude Grégoire, directeur général de la Socofe, a jeté un pavé dans la mare. La Socofe détient en effet, à elle seule, un peu plus de la moitié des parts wallonnes en Publi-T et Publigaz. Elle s’impose donc comme le point de rassemblement logique des communes. « L’intérêt premier serait d’avoir un endroit clair où discuter de la stratégie concernant la participation des communes wallonnes dans Fluxys et Elia », écrit Claude Grégoire dans le rapport annuel de la Socofe, qui vient d’être publié. Et la réflexion est bien lancée. « Le Conseil d’administration de la Socofe examine la possibilité » de rassembler toutes les participations wallonnes en son sein, peut-on lire dans le même rapport.

Il ne s’agit pas d’un putsch de la Socofe. Les autres actionnaires wallons, qui détiennent des parts dans Publi-T et Publigaz, sont ouverts à la discussion. « Il y a un accord de principe entre tous les acteurs », entend-on à bonne source. « Ce rapprochement est d’une grande pertinence, d’un point de vue stratégique », ajoute un autre acteur clé de ce dossier. Bref, ça bouge. Certains ont même espéré pouvoir boucler ce grand rassemblement wallon au sein de la Socofe avant la fin juin. Mais le timing était trop serré. On parle désormais plutôt de bouler ce projet à la rentrée. « Il y a un créneau entre septembre et décembre ».

On parle d’une opération à plus de 200 millions d’euros. Mais la Socofe ne devra pas débourser ce montant. L’idée est de procéder à un apport de participations. Autrement dit, les actionnaires de Publi-T et Publigaz céderont leurs parts à la Socofe. Et ils recevront, en échange, des parts de la Socofe d’une valeur équivalente. Des consultants sont en train de valoriser les différentes parts, pour objectiver les termes de l’échange. Tout cela reste évidemment à négocier.

Précisons que cette négociation est purement stratégique. Elle n’aura pas d’impact sur le tarif des réseaux de gaz et d’électricité.

Bye bye EDF

Dans son rapport annuel, la Socofe annonce également vouloir se débarrasser des 4,7 % qu’elle détient au capital de l’énergéticien EDF Luminus. « Nous considérons qu’il n’est plus de notre rôle de maintenir des participations dans le secteur concurrentiel, d’autant que le contexte entraîne une forte pression sur les marges. Rappelons entre autres que les problèmes d’indisponibilité nucléaire que notre pays a connus impactent immanquablement les résultats d’EDF Luminus, qui dispose de 10 % de participations dans les centrales nucléaires de Tihange 2 et 3, ainsi que Doel 3 et 4. ». La société espère refiler cette participation à Publilec, autre holding public déjà actionnaire de Luminus. Mais ce transfert est moins prioritaire que ce qui précède. Les négociations n’ont pas encore débuté.

Notre dossier sur le nucléaire en Belgique

Faut-il jeter le vaccin de la coqueluche?

Faut-il jeter le vaccin de la coqueluche?
Belga

Alerte dans les couffins : un grand nombre de pays, y compris développés, ont connu d’importantes épidémies de coqueluche depuis le remplacement du vaccin à cellules entières par un vaccin acellulaire dans les années 90. Quelle en est la raison et faut-il revenir à un vaccin antérieur davantage pérenne dans le temps ? Ce pourrait être l’interprétation d’une nouvelle étude publiée dans le dernier numéro de Pediatrics, la revue de référence dans le domaine.

D’après cette étude, la grande majorité (82 %) des cas d’enfants frappés par la coqueluche « avaient été vaccinés de manière appropriée en fonction de leur âge ». L’équipe du docteur Ousseny Zerbo, du Kaiser Permanente Northern California, a utilisé les données de près de 470.000 enfants, suivis pendant 4,6 années en moyenne après la naissance, pour déterminer le risque de coqueluche en fonction du statut vaccinal et du temps écoulé depuis la dernière dose de vaccin acellulaire, le vaccin communément employé de nos jours. « Seuls 18 % étaient non vaccinés ou sous-vaccinés. La découverte que la plupart des cas de coqueluche surviennent chez des enfants hautement vaccinés suggère que la diminution de l’immunité vaccinale a joué un rôle important dans les cas récents de coqueluche », explique-t-il.

13 % chez les non-vaccinés

Au cours du suivi, il y a eu 738 cas de coqueluche confirmés par PCR (amplification en chaîne par polymérase) : 70 % chez les enfants entièrement vaccinés, 12 % chez les enfants entièrement vaccinés plus une dose, 5 % chez les enfants sous-vaccinés et seulement 13 % chez les enfants non vaccinés. « Cette étude est la première à examiner le rôle de la sous-vaccination et de la diminution de l’immunité vaccinale dans la survenue de la coqueluche ».

De quoi jeter le vaccin aux orties ? Pas du tout. Car le risque de coqueluche chez les enfants non vaccinés était 13,53 fois supérieur et chez les enfants sous-vaccinés 86 % plus élevé que chez les enfants complètement vaccinés, dans tous les groupes d’âge. « Pour la coqueluche, on vaccine à 2, puis 3, puis 4 mois. On donne une nouvelle dose à 15 mois. Le schéma inclut aussi une dose à 5-6 ans, puis un rappel à 15-16 ans pour être certain de ne plus être sensible à l’infection. La coqueluche n’est grave que pour les nourrissons. Les adultes manifesteront seulement une toux qui traîne de longues semaines, un syndrome grippal peu marqué. Mais pour les nourrissons, cela peut être très grave », explique la docteure Christelle Meuris, infectiologue au service des Maladies infectieuses du CHU de Liège.

Durant la grossesse

La période des quintes de toux est caractéristique. Chaque quinte est composée de cinq secousses expiratoires suivies d’une longue inspiration bruyante appelée « chant du coq ». Durant cette phase, l’enfant est épuisé par la succession des quintes. Les quintes de toux peuvent également provoquer des crises de suffocation, des vomissements, une apnée, et chez les jeunes enfants une cyanose (coloration bleue ou violette de la peau et des muqueuses). « C’est pour cela que l’on propose aux mamans de se vacciner durant la grossesse, ce qui protège l’enfant après la naissance. De la même façon, on peut protéger les nourrissons par une vaccination cocon des parents et des proches qui s’occupent de l’enfant, le touchent et l’embrassent, en leur administrant une dose de rappel. »

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Hong Kong: quels scénarios pour la suite?

Joshua Wong veut maintenir la pression sur Carrie Lam.
Joshua Wong veut maintenir la pression sur Carrie Lam. - EPA.

Décodage

Les étudiants étaient des citoyens : le gouvernement de Hong Kong et Pékin ont réussi à les transformer en dissidents ». Libéré après deux mois de prison, Joshua Wong, qui fut en 2014 le leader de la révolution des parapluies, a repris du service contre le projet de loi autorisant l’extradition vers la Chine.

1 Quelle suite pour la mobilisation ?

Mardi, lors de sa conférence de presse, Carrie Lam, cheffe du gouvernement, s’est contentée de présenter ses excuses à ses concitoyens. Exigeant le retrait total du projet de loi, la libération des manifestants arrêtés et une enquête sur les brutalités policières de la semaine dernière, des opposants lui ont posé un ultimatum via des messages anonymes sur les réseaux sociaux : si elle ne répond pas à ces demandes avant ce jeudi à 17h, ils appellent à une grève générale pour ce vendredi. Un message liké plusieurs dizaines de milliers de fois.

Des syndicats étudiants ont eux appelé à un rassemblement pacifique devant les bureaux du gouvernement vendredi matin, mais d’autres messages appellent à des actions plus radicales.

2 Quel impact sur Xi Jinping ?

Les citoyens de Hong Kong ont réussi à infliger un rare revers à Xi Jinping. Pour la première fois en 7 ans, le très puissant président chinois a dû reculer. Même s’il semble que c’est Carrie Lam qui avait voulu faire du zèle en présentant ce projet, Pékin sort affaibli de cette confrontation : c’est lui qui l’avait choisie. Cette affaire montre que protester massivement peut être payant. Voilà qui fait désordre dans une Chine qui, trente ans après, ne tolère toujours pas le souvenir de la mobilisation de Tiananmen.

3 Quelle est la responsabilité du Parti ?

En 1997, le Royaume-Uni avait rendu Hong Kong à la Chine dans le cadre d’« Un pays, deux systèmes », Pékin s’engageant à respecter les libertés de la ville pendant 50 ans. Mais depuis que Xi est au pouvoir, la pression du Parti communiste chinois sur Hong Kong n’a cessé de s’accentuer : ses libertés ont été érodées. Et si le Parti est de plus en présent à Hong Kong, c’est un euphémisme de dire qu’il n’a pas réussi à en séduire les citoyens. Une grande partie d’entre eux a une vision très négative de la Chine continentale. Et si l’esprit frondeur de la ville semblait éteint après l’échec de la révolution des parapluies en 2014 et la répression qui a suivi, ce mouvement-ci montre que le feu couvait sous la cendre et qu’il s’est remis à brûler plus fort qu’avant.

4 Que peut faire Pékin ?

Xi Jinping est face à un dilemme : soit il abandonne la méthode forte utilisée jusqu’ici à Hong Kong, qui ne s’est pas avérée payante, soit il serre encore plus la vis. La deuxième hypothèse pourrait sembler la plus vraisemblable. Un éditorial publié lundi par le China Daily affirmait que « ni la violence de rue ni les interventions mal intentionnées de gouvernements étrangers » ne pourraient faire vaciller la détermination du Parti à soutenir le gouvernement pro-Pékin de Hong Kong.

« C’est un moment crucial : nous allons voir si Xi est un idéologue rigide comme Mao, ou un pragmatique comme l’ont été d’autres leaders chinois, Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao. Les pragmatiques ajustent leurs politiques quand le coût en devient trop élevé », a expliqué dans le New York Times Susan Shirk, sinologue de l’Université de Californie, San Diego. Face à une avalanche de critiques de pays partenaires, Xi Jinping n’a-t-il pas accepté de modifier la ligne de ses Nouvelles routes de la soie pour en améliorer les règles de gouvernance ?

5 Priorité à l’économie ?

Si le pouvoir chinois s’entête, la loi d’extradition fissurerait la sécurité juridique de Hong Kong et donc son attractivité pour les milieux d’affaires. L’immobilier aurait déjà souffert des récents événements. Et 60 % des investissements internationaux en Chine passent par cette place financière. Va-t-il tuer la poule aux œufs d’or ? Peut-être pas à court terme. Mais à moyen terme, son but, via le projet de la Grande Baie, est bien de fondre Hong Kong dans la province de Guangdong. Une ville chinoise comme les autres ?

Bientôt une troisième case «X» sur les documents d’identité?

Pour Sarah Bettens, du groupe K’s Choice, devenu Sam Bettens, «
être transgenre n’est pas un choix
».
Pour Sarah Bettens, du groupe K’s Choice, devenu Sam Bettens, « être transgenre n’est pas un choix ». - Isopix

C’est une grande victoire. Je ne m’attendais vraiment pas à autant de compréhension et à un point de vue si progressiste. Sur le fond, je pense que la Cour a tout à fait perçu l’inconstitutionnalité de cette loi. » Max Nisol, fondateur de l’ASBL Genres Pluriels n’en revient pas. Ce mercredi, la Cour Constitutionnelle a donné raison à son association, ainsi qu’à l’ASBL Çavaria et la coupole Rainbow House. Ensemble, ils dénonçaient le caractère inconstitutionnel de la loi transgenre du 25 juin 2017. La Cour estime en effet qu’obliger des personnes non-binaires à s’identifier soit comme « homme » soit comme « femme » est trop limité. Le législateur devra trouver une alternative pour sortir de cette binarité.

1

Que dit la loi ?

La loi du 25 juin 2017 était, en soi, déjà une révolution et l’aboutissement d’un long combat des associations représentant les personnes trans. Par cette loi, toute personne ne se reconnaissant pas dans le genre lui ayant été attribué à la naissance (« homme » ou « femme ») pouvait désormais changer cette marque dans ses documents d’identité et changer de prénom et ce, sans devoir passer par une expertise psychiatrique et une opération chirurgicale, entraînant une stérilisation. Auparavant, c’était en effet une obligation pour modifier ses documents d’identité, ce que de nombreuses associations de terrain mais aussi Amnesty, et l’ONU, assimilaient à des traitements inhumains et dégradants. Entrée en vigueur en janvier 2018, la nouvelle loi permet à toute personne adulte désireuse de changer d’identification de genre et/ou de prénom de la faire par une simple déclaration devant l’officier de l’État civil. Le procureur du Roi peut cependant valider ou rejeter cette demande endéans les trois mois. Les mineurs d’âge peuvent aussi, dès 12 ans, demander à changer de prénom, avec l’accord de leurs parents. Dès 16 ans, le ou la jeune peut aussi changer le marqueur de genre dans son acte de naissance. Une attestation d’un pédopsychiatre reste néanmoins requise pour les mineurs. Sur la seule année 2018, 727 Belges ont effectué les démarches pour changer de marqueur de genre. En 2017, ils et elles n’étaient que 110.

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Que dit l’arrêt ?

Le problème de cette loi, pour plusieurs associations, est qu’elle conserve une vision binaire : si vous ne désirez pas vous identifier comme « M », vous êtes obligé de rentrer dans la case « F ». Dans son arrêt de ce mercredi, la Cour Constitutionnelle estime que « partant du principe de l’autodétermination, le législateur vise à permettre aux individus de mettre le sexe enregistré dans leur acte de naissance en adéquation avec leur vécu personnel. Dans cette perspective, il n’est pas raisonnablement justifié que des personnes dont l’identité de genre est non binaire soient obligées d’accepter, dans leur acte de naissance, un enregistrement du sexe sur la base du choix entre femme et homme qui ne correspond pas à leur identité de genre vécue intimement. » Par ailleurs, les associations questionnaient l’irrévocabilité de la procédure. Sur ce point aussi la Cour annule « les dispositions qui rendent en principe irrévocable la modification de l’enregistrement du sexe dans l’acte de naissance et qui ne permettent un changement de prénom pour des raisons de transidentité qu’une seule fois ». La Cour estime en effet que cela discrimine les « personnes dont l’identité de genre évolue dans le temps ». A partir du moment où il existe un délai de réflexion de trois mois et un « contrôle » par le procureur du Roi, la Cour juge que cela suffit à éviter les fraudes et les changements inconsidérés. « Il devient ainsi possible de changer à nouveau le prénom à la suite d’une nouvelle modification de l’enregistrement du sexe dans l’acte de naissance », conclut la Cour.

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Quelles solutions pour la suite ?

Quand la Cour constitutionnelle annule partiellement une loi, le législateur doit revoir sa copie. Comment ? La Cour donne des pistes. Une des options serait de rajouter une ou plusieurs catégories permettant de tenir compte de l’identité de genre de chacun et chacune. En décembre dernier, l’Allemagne a par exemple voté une loi créant une troisième catégorie, « divers », aux côtés des cases « masculin » / « féminin » sur les certificats de naissance et les documents administratifs. Ce vote faisait également suite à un arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande et plusieurs pays d’Asie laissent aussi la possibilité à leurs citoyens de cocher une case neutre, « X ».

L’autre piste lancée par la Cour constitutionnelle, plus radicale, serait de « supprimer l’enregistrement du sexe ou de l’identité de genre en tant qu’élément de l’état civil d’une personne ». C’est ce que privilégie l’ASBL Genres Pluriels, qui plaide depuis des années pour une suppression de la mention de genre sur la carte d’identité et pour le fait de dégenrer le numéro de registre national (actuellement un des chiffres du numéro de registre national est genré : il est pair pour les femmes, impair pour les hommes) : « Il y a autant de genres que des personnes », soutient Max Nisol. « Donc rajouter une autre case n’est pas pertinent. Ce numéro de registre national binaire pousse également aux pratiques mutilantes à la naissance pour les personnes intersexes. »

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A quoi sert la distinction M/F ?

Quand le service militaire était toujours obligatoire, ce numéro de registre national genré servait à distinguer les hommes des femmes pour les personnes portant un prénom intersexe. Mais aujourd’hui, en quoi cette distinction M/F est-elle encore pertinente ? A quoi sert-elle ? Les associations de défense des personnes trans pointent le problème des numéros inami genrés : on estime que certains actes médicaux ne peuvent se pratiquer que sur des hommes ou sur des femmes et ne sont donc remboursés qu’à une moitié de la population. Un homme soigné pour un cancer du sein en a récemment fait les frais. Les personnes trans qui ont pu bénéficier de la nouvelle loi pour changer de marqueur de genre, sans pour autant passer par une opération, sont également confrontées au problème. Un homme trans, désormais identifié « M », mais qui possède toujours un appareil génital féminin, n’a plus accès au remboursement de ses soins gynécologiques.

Reste que supprimer purement et simplement l’identité de genre du registre national aurait des incidences importantes, notamment sur le travail scientifique des démographes. « Le registre national est notre principal outil d’information », explique Thierry Eggerickx, démographe à l’UCL. « D’un point de vue analytique, le critère de genre est fondamental, quand on travaille sur la santé ou sur l’espérance de vie, le taux de fécondité, etc. » Or la mise en évidence de cette distinction, et de potentiels biais de genre, guide également les politiques publiques de santé, d’inégalités sociales, entre autres.

Le législateur devra donc, dans tous les cas, se montrer créatif.

États-Unis: Donald Trump mise sur son bilan économique

Sur le front économique, les chiffres plaident a priori en faveur de Donald Trump
: dix ans de croissance économique, un taux de chômage au plus bas depuis 1969 et une Bourse qui caracole à son sommet historique.
Sur le front économique, les chiffres plaident a priori en faveur de Donald Trump : dix ans de croissance économique, un taux de chômage au plus bas depuis 1969 et une Bourse qui caracole à son sommet historique. - Reuters.

analyse

Donald Trump avait promis de « rendre sa grandeur à l’Amérique » – Make America Great Again. Pour son (éventuel) deuxième mandat – on vote en novembre de l’année prochaine – l’hôte républicain de la Maison-Blanche assure que lui seul peut « préserver la grandeur de l’Amérique » (Keep America Great). Ce qui sous-entend qu’il a tenu la promesse faite lors de la campagne électorale de 2016.

Sur le front économique, les chiffres plaident a priori en sa faveur : dix ans de croissance économique, un taux de chômage au plus bas depuis 1969 et une Bourse qui caracole à son sommet historique.

C’est exactement ce que Donald Trump explique aux Américains. « À bien des égards, c’est l’économie la plus géniale de l’histoire de l’Amérique et le meilleur moment pour chercher un emploi ! », a-t-il ainsi tweeté il y a quelques jours.

La bonne santé économique est son atout majeur. Depuis la seconde guerre mondiale, aucun président américain n’a manqué d’être réélu quand l’économie tournait à plein régime. Les Démocrates le savent, eux dont un précédent champion, Bill Clinton, avait gagné son premier séjour à la Maison-Blanche en 1992, sur un slogan : « C’est l’économie, idiot ! » (it’s the economy stupid !).

Il faut, pour autant, relativiser les performances de l’actuel président.

1 Dix ans de croissance

Si l’économie américaine est en passe d’afficher la période de croissance la plus longue de l’après-guerre (le précédent record de 120 mois datant des années 90) sera égalé à la fin de ce mois, c’est évidemment parce que la reprise a démarré sous Obama, en juillet 2009.

Sans doute Donald Trump peut-il s’enorgueillir d’un taux annuel moyen de croissance légèrement plus rapide durant les deux dernières années par rapport aux sept années précédentes.

De nombreux économistes y voient l’effet dopant des réductions d’impôts, coupées à une hausse des dépenses publiques – conduisant à un accroissement du déficit budgétaire.

Mais la majorité estime d’entre eux que cela n’a pas contribué à relever le potentiel de croissance de l’économie américaine.

La Bourse est au mieux de sa forme, c’est vrai. Pourquoi ? En raison des bonnes perspectives économiques ?

Ou, plus vraisemblablement, suite aux rachats d’actions propres par les entreprises elles-mêmes, permises tout autant par de solides profits désormais moins taxés que par la possibilité, offerte également par la réforme fiscale, de rapatrier à bon compte des sommes antérieurement parquées à l’étranger pour les distribuer aux actionnaires.

Mais voilà : on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. L’argent distribué ne peut pas être simultanément investi.

Il n’y a donc pas eu de véritable accélération de l’investissement des entreprises, qui était pourtant la principale justification d’une réforme fiscale taillée sur mesure pour les plus riches.

2 Un coup de froid avant le scrutin ?

Autrement dit : le coup de fouet donné par l’administration Trump est probablement temporaire – et ses effets pourraient s’amenuiser plus rapidement que prévu face au ralentissement de la croissance mondiale.

Si le PIB en volume a augmenté de 2,9 % l’an passé, plus personne aujourd’hui n’affirme que la croissance dépasserait les 3 % cette année.

C’est d’ailleurs pour cela que le président américain réclame, depuis des mois, une baisse du taux d’intérêt directeur de la Réserve fédérale.

Certains économistes disent désormais s’attendre, sinon à une récession – auquel cas la décennie de croissance prendrait fin un peu avant les élections – tout au moins à une nette baisse de régime l’an prochain, laquelle serait, causée en partie par la guerre commerciale lancée par Donald Trump.

Encore faut-il éviter de surestimer cet impact : la dépendance au commerce extérieur est en effet bien moindre aux États-Unis, qu’en Europe.

3 Une reprise qui n’a pas profité à tous

Outre-Atlantique, la consommation des ménages représente environ 70 % du PIB. Or, les consommateurs américains gardent le moral.

Le taux de chômage, qui est tombé le mois dernier à 3,6 %, n’a plus été aussi faible depuis… cinquante ans ; et les salaires augmentent de manière un peu plus rapide qu’au cours des années précédentes, en particulier pour les salariés les moins bien rémunérés.

Face aux prophètes de malheur, l’administration Trump compte ainsi sur les consommateurs pour soutenir l’économie.

Relativisons une fois de plus. Emploi et chômage n’ont plus exactement le même sens qu’il y a cinquante. L’emploi, aujourd’hui, est beaucoup plus rarement un temps plein, relativement bien payé. Et les travailleurs pauvres sont nombreux outre-Atlantique.

L’importance du travail précaire explique en grande partie pourquoi les hausses de salaires, qui ont mis le temps afin de se manifester, restent inférieures à ce que les travailleurs Américains pouvaient espérer à la fin des Trente glorieuses – et même dans les années qui ont précédé la crise financière.

Quoi qu’en dise Donald Trump : la reprise a laissé de nombreux Américains sur le bord de la route. Le problème pour les démocrates – en particulier, pour les centristes, comme Joe Biden – c’est que c’était déjà le cas sous Barack Obama.

Mondial féminin: Marta, une reine en quête de couronne

112 buts en 146 sélections pour Marta qui n’a jamais gagné la Coupe du monde.
112 buts en 146 sélections pour Marta qui n’a jamais gagné la Coupe du monde. - BERNADETT SZABO/Reuters.

Si le Brésil des années 60-70 avait son roi – Pelé – celui des années 2000-2010 a aussi sa reine, Marta. En inscrivant l’unique but de la sélection « auriverde » face à l’Italie (1-0), « rainha Marta » est encore un peu plus rentrée dans la légende de son sport, dont elle est l’une des ambassadrices les plus connues aux quatre coins du globe. A 33 ans, la sextuple meilleure joueuse du monde (un record !), qui possède également la nationalité… suédoise, est devenue la meilleure réalisatrice en Coupe du monde, hommes et femmes confondus. Avec ses 17 réalisations réalisées en 5 éditions, l’attaquante d’Orlando Pride a largué l’Allemande Birgit Prinz et l’Américaine Abby Wambach, 14 buts chacune, mais aussi dépassé l’Allemand Miroslav Klose et ses 16 buts.

Bien sûr, le jeu des comparaisons s’arrête là, mais ce record confirme que Marta aime marquer plus que tout au monde : des buts, bien sûr, mais aussi l’histoire, son histoire qui a débuté il y a 33 ans à Dois Riachos, petite bourgade de 12.000 âmes nichée en plein cœur du Nordeste défavorisé. A l’époque, dit-elle souvent, elle était la seule fille à jouer à ce sport qui a toujours été une religion chez les garçons, qui était une aberration pour les filles.

Un « don de Dieu »

« Dans le quartier, personne ne comprenait que je veuille jouer au foot et pas au handball », expliquait-elle récemment. « Pour avoir joué dans la rue puis avec une équipe de futsal de garçons, je me suis rendu compte que j’avais reçu un don de Dieu. On m’a alors privé de jouer pendant un certain temps. Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas utiliser ce don à bon escient ».

Malgré ces railleries, Marta n’a jamais desserré l’étreinte, fière de son sport, de sa condition de femme pas tous les jours évidente à (faire) accepter à cette époque puis, progressivement, de son rôle de modèle respectée et imitée surtout en dehors de ses propres frontières. Dotée d’une technique et d’un sens du but très aiguisés, Marta est une battante, une vraie. Une joueuse qui compte 146 sélections pour 112 buts, qui déménage et ne ménage jamais ses efforts. Rapidement repérée par un club de Rio (Vasco de Gama), elle dut apprendre à se débrouiller seule, à ouvrir des brèches, à faire entendre sa voix.

Le bonheur en Suède

Heureuse dans son pays, c’est pourtant de l’autre côté de l’Atlantique, en Suède, qu’elle commença à trouver son bonheur, qu’elle en offrit par procuration, aussi. Vainqueur d’une Ligue des champions (en 2007) mais aussi de 7 titres de championne de Suède avec Umea, Tyresö et Rosengard, elle brillera aussi au FC Santos ainsi que dans pas moins de 4 clubs aux Etats-Unis.

Sur ce Mondial, elle doit encore réellement prendre son envol. Ménagée sur blessure face à la Jamaïque (victoire 4-0), elle est apparue peu affûtée lors de la défaite face à l’Australie (2-3) puis lors du succès étriqué contre l’Italie (1-0). Malgré la faiblesse de son équipe et son manque de rythme, elle rêve toujours de pouvoir brandir à bout de bras le trophée tant convoité le 7 juillet, à Lyon. Il faut dire qu’il s’agit de l’un des seuls que la mythique nº 10 de la Seleção n’a toujours pas réussi à inscrire à son palmarès interminable…

Le Parlement fédéral s’installe ce jeudi: «Fascistes, no pasarán», en néerlandais dans le texte

Dries Van Langenhove se «
réjouit
» de la visite guidée qui lui est promise de la Caserne Dossin. Le directeur de ce musée de l’Holocauste, qui fut durant la Seconde Guerre mondiale le centre de «
tri
» des Juifs vers les camps de concentration, lui promet plutôt un moment sur mesure qui le mette face à la vérité et l’horreur de cette période.
Dries Van Langenhove se « réjouit » de la visite guidée qui lui est promise de la Caserne Dossin. Le directeur de ce musée de l’Holocauste, qui fut durant la Seconde Guerre mondiale le centre de « tri » des Juifs vers les camps de concentration, lui promet plutôt un moment sur mesure qui le mette face à la vérité et l’horreur de cette période. - BELGA.

Direction Malines et la caserne Dossin. C’est le ticket gratuit mais obligatoire qu’a reçu Dries Van Langenhove, la nouvelle et sulfureuse recrue du Vlaams Belang. En même temps, ce n’est pas un détail, qu’une inculpation pour infraction suspectée à la loi sur le racisme, à la loi contre les faits de négationnisme et sur les armes.

La caserne Dossin, c’est ce lieu qui servit durant la Deuxième Guerre mondiale de camp de transit pour plus de 25.000 Juifs déportés vers les camps de concentration. Des Juifs qui, rappelait un récent livre d’Herman Van Goethem, ancien directeur de la caserne, furent arrêtés en très grand nombre à Anvers avec l’aide, le soutien et l’assistance zélée de la police et du bourgmestre de la ville. Aujourd’hui, la caserne est devenue un musée et centre de documentation sur l’Holocauste.

« Très intéressant », fut le commentaire du fondateur et chef de l’organisation Schild en Vrienden une fois relâché par la justice. Il n’a pas manqué d’ironiser auprès de VTM : « Je suis un fan fervent des musées. Je voulais aussi visiter celui-là. Il semble que j’aurai droit à une visite guidée. Ce n’est que mieux. » Comme si, remarquait Het Laatste Nieuws, la tête de liste VB sous label indépendant faisait passer sa « punition » pour une récompense. « Soyons clair », commentait auprès du journal Christophe Bush, criminologue et directeur général de la caserne Dossin. « Il ne s’agit pas ici d’un tour du musée classique avec un guide privé. Dries Van Langenhove va avoir droit à une visite sur mesure. » Il précise que la justice fait appel au musée malinois 5 à 8 fois par an pour ce genre de « visite sur mesure obligatoire » mais qui se produit généralement après un jugement.

Deux heures de visite adaptée : assez pour traiter le « patient » Van Langenhove ? « On ne peut pas attendre que quelqu’un qui est condamné pour racisme, sorte d’ici en étant “guéri”. Si c’était si facile ! La caserne Dossin n’est pas un centre thérapeutique ou un parcours de déradicalisation. (...) Mais disons que durant une telle visite, il y a au moins une chance que la personne contaminée, soit touchée par la nuance ».

Que dire durant cette visite pour impacter le fameux Dries ? « À la Caserne Dossin, il y a une photo haute d’un mètre qui représente Tomorrowland : le public en masse chante comme un seul homme devant un leader sur le podium principal », remarque Herman Van Goethem, qui suggère : « Je mettrais Van Langenhove devant cette photo et je dirais : imagine-toi que tu sois le leader et que tu puisses utiliser cette foule pour un projet politique. C’est ce qu’il fait comme leader d’un groupe qui utilise l’humour comme porte d’entrée vers la violence contre des groupes ciblés. Peut-être sait-il déjà qu’un projet politique peut être un projectile mortel, mais peut-être que la Caserne Dossin peut lui ouvrir les yeux. »

Fascisme caractérisé

Mais en Flandre ces derniers jours, on ne recommande pas que des visites guidées pour soigner la fièvre extrémiste. Certains, universitaires notamment, insistent sur la nécessité de ne pas tomber dans le panneau « cosmétique » d’un Vlaams Belang qui a adouci son programme officiel et mis en tête de gondole des jeunes gens propres sur eux, mais qui reste ce qu’il est : raciste. Qu’on liste ses prises de position comme le fait l’historien Bruno De Wever, qu’on lise les « posts » sur les médias sociaux de ses affiliés comme la présidente de l’Open VLD Gwendoline Rutten ou qu’on analyse l’idéologie comme le politologue de la London School of Economics, Bart Cammaerts, la conclusion est la même. Dans une carte blanche publiée ce mercredi par De Standaard, le professeur de la LSE explique qu’il ne classe pas le VB au rang de fasciste par hasard mais sur base des critères du philosophe de Yale, Jason Stanley. « Le fascisme d’aujourd’hui ne se présente pas de la même manière que dans les années 30 ou 40. Dans son livre How fascism works, Stanley décrit 10 mécanismes qui sont créés pour imposer l’hégémonie de la pensée fasciste. » Bart Cammaerts en épingle quelques-uns jugés pertinents dans le contexte flamand. L’ultranationalisme et le nativisme qui vont de pair avec la glorification du passé, lorsque tout était mieux, et surtout plus blanc. Le rôle central de la propagande, l’anti-intellectualisme. L’inégalité et la hiérarchie considérées comme inévitables et le rôle de la victime qui est un mécanisme central. « Le nationalisme flamand est identitaire et basé sur un passé mythique nostalgique et des leaders forts. Les Flamands qui ne sont pas blancs sont décrits comme allochtones, ils doivent s’adapter – s’assimiler – et c’est seulement après qu’ils seront considérés comme de vrais Flamands. ».

Cordon médiatique

Face à des Filip Dewinter et Van Langenhove qui savent jouer le rôle de la victime à la perfection – on le verra ce jeudi à la Chambre – ou des Vlaams Belangers qui sont si habiles sur les médias sociaux, Bart Cammaerts lance un appel : « Ce n’est pas seulement le cordon sanitaire politique contre le fascisme qui doit être réhabilité. Mais il faut aussi un cordon médiatique, de façon à ce que les journalistes et les médias sociaux protègent les valeurs démocratiques et les droits de l’homme, au lieu d’être des pions. Après des années de politique de tolérance envers le discours raciste et fasciste, nous devons à nouveau dire no pasarán ». Qui disait que seuls les francophones agitent ce fameux cordon, occupés à diaboliser ce qu’ils ne connaîtraient pas ou mal ?

►L’élu du Vlaams Belang Dries Van Langenhove a pu être inculpé car il ne bénéficiait pas de l’immunité parlementaire

Donald Trump lance sa campagne présidentielle 2020, sans changer un iota à la stratégie de 2016

Correspondant à New York

Le Donald Trump 2.0 était attendu au tournant. Au premier jour, plutôt, de sa nouvelle campagne électorale, lancée en grande pompe mardi soir devant 20.000 supporters électrisés et leurs casquettes rouges estampillés «  MAGA  » (Make America Great Again), dans l’arène omnisports de l’Amway Center à Orlando (Floride). Pour le vainqueur surprise du scrutin présidentiel de 2016, toujours prompt à célébrer son combat homérique et triomphant face à la grande favorite démocrate Hillary Clinton, il s’agissait de se réinventer, de trouver un nouveau souffle pour se maintenir quatre ans de plus à la Maison Blanche.

Quelques minutes après 20 heures locales, le tribun new-yorkais s’est présenté face à «  son  » peuple, et on a rapidement compris que rien, absolument rien, ne changerait avant le 3 novembre 2020. A part peut-être ces deux prompteurs aux verres fumés, un artifice que l’outsider de 2016 moquait ouvertement et dont il se sert désormais allègrement, et une campagne richement dotée, visant à dépenser la somme délirante d’un milliard de dollars pour assurer le résultat dans dix-sept mois, structurée, organisée, aux antipodes de l’improvisation permanente qu’était l’opération initiale.

Un nouveau coup de génie médiatique

On attendait, sans trop y croire, un nouveau coup de génie médiatique, un slogan ou une expression mémorables, un thème inédit. Un lapin sorti du chapeau de ce prestidigitateur politique, qui a réussi à soumettre un parti républicain à sa botte et le vider de son contenu historique, pour transformer le GOP (Grand Old Party) en parti de Trump. Mais à 73 ans, le locataire du Bureau ovale n’entend rien modifier à ce qui lui a réussi par le passé : il ressasse, 1h15 durant, ses accomplissements à la tête du pays, multiplie les superlatifs sur le «  meilleur pays du monde  », sur son bilan inégalable, sur une économie que le monde entier envie à l’Amérique, le taux de chômage au plus bas depuis 7o ans, la fin de ces traités de libre-échange qui «  volaient nos emplois  » et pérore sur le respect enfin imposé au reste de la planète. Surtout, le thème de l’immigration clandestine qui fit sa renommée, avec son «  mur  » à construire et «  ses violeurs, ses assassins, ses trafiquants de drogue  » à stopper net aux frontières, est recyclé sans bouger d’un iota. Le public est galvanisé à l’évocation de ces «  millions  » de clandestins que leur champion promet d’expulser «  à commencer la semaine prochaine  ». Les pro-Trump, malgré la chaleur suffocante de Floride, ronronnent de plaisir lorsque le président promet qu’il ne les laissera jamais tomber, à la différence de «  cette bande de gauchistes fanatiques  » que sont les candidats démocrates dressés face à lui, du FBI et des médias, copieusement harangués et maudits par une foule en communion avec l’imprécateur sur le podium. De ce «  marigot  » fédéral qu’il jure de continuer à «  assécher  » (drain the swamp), un slogan repris en chœur par l’assistance, ravie d’entonner les vieilles antiennes : «  en taule !  » (pour Hillary Clinton).

Le marais, cette expression péjorative désignant la classe technocratique des lobbies sur la colline du Capitole à Washington, se porte pourtant bien à l’ère de Trump : le même jour c’est un de ces lobbyosts, passé par la firme aéronautique Raytheon, qui a été nommé secrétaire à la Défense en remplacement du discret Patrick Shanahan jamais vraiment installé depuis le départ de l’estimé Jim Mattis en décembre.

Peu importe. Seules comptent les apparences face à un public acquis, et conquis. En parfaite bête de scène, l’ancien animateur de téléréalité annonce qu’il va choisir son nouveau slogan à l’applaudimètre : conserver «  Make America Great Again  » (rendons sa grandeur à l’Amérique) ou le remplacer par «  Keep America Great  » (gardons la grande Amérique telle qu’elle est) ? Surprise, la foule a choisi la deuxième suggestion. Donald Trump s’incline : «  son peuple  » a parlé. La révolution populiste continue.

F-35: l’industrie belge refuse d’être le dindon de la farce

La Belgique a bien mal joué dans le dossier du F-35.
La Belgique a bien mal joué dans le dossier du F-35. - EPA.

Reportage

L’ambiance était estivale au Bourget où se tient, cette semaine, le 53e Salon international de l’aéronautique et de l’espace. Depuis la terrasse du chalet de l’Awex (Agence wallonne à l’exportation), les pontes de l’aéronautique belge ont pu assister à la démonstration du Rafale de Dassault. Un show qui a sans doute rappelé à tout le monde que la Belgique a préféré traiter avec l’américain Lockheed Martin pour remplacer les F-16 de l’armée. Et que trois mois ont passé depuis la signature sous les flashs des photographes et les « promesses » de partenariats entre Lockheed Martin et l’industrie belge.

Depuis, les discussions tournent en rond. « C’est très, très long et très laborieux », reconnaît François Lepot, CEO de Safran Aero Boosters. Son entreprise discute davantage avec Pratt&Withney, qui construit les moteurs du F-35. On le sait depuis des mois, la Belgique a mal joué dans ce dossier. Déjà, elle n’a pas rejoint, il y a une dizaine d’années, le programme de développement du F-35. Puis elle a mal négocié des engagements de Lockheed, dans les contours des règles européennes, qu’elle seule respecte d’ailleurs, pestent les acteurs du secteur. « On a été des amateurs, Lockheed Martin va tout faire pour échapper aux faibles obligations qu’il a vis-à-vis de l’industrie », dit l’un.

Des « cacahuètes »

La Belgique ne peut même plus taper du poing sur la table, elle a raté le coche. « Elle a perdu ce levier, la commande est déjà passée auprès de Lockheed », dit un autre. Une trentaine d’avions de chasse, il ne faut pas se le cacher, ce sont des « cacahuètes » pour l’entreprise américaine. L’ahurissement d’un des représentants de Lockheed Martin, lorsqu’on l’interroge sur le dossier belge lors d’un briefing à la presse au Bourget, semble en témoigner.

Mais l’appel d’offres belge n’en était pas moins symbolique, estime le secteur en Belgique, puisqu’il s’agissait, pour le F-35, de sa première « compétition internationale » avec un pays qui n’a pas été partenaire de son développement ; ce sont ces partenaires qui auront droit à plus de retombées. D’autres pays n’ont pas suivi l’aventure F-35 depuis le berceau, mais deviendront peut-être à leur tour clients. « C’est pour ces pays-là que Lockheed Martin garde ses biscuits », dit l’une de nos sources. « On a été ridicules », dit une autre. Thibauld Jongen, CEO de la Sabca, estime de son côté que si l’industrie ne récolte finalement « que des miettes », il ne faudra pas « trop en vouloir à Lockheed Martin », estimant en substance qu’il s’agit davantage des choix politiques de la Belgique.

Alors oui, les discussions se poursuivent. Mais Lockheed arrive toujours avec une nouvelle exigence avant de transmettre aux Belges les informations dont ils ont besoin pour rédiger un business plan. « Ils sont venus mesurer nos clôtures », caricature l’une de nos sources, qui n’en revient pas. « Puis quand on leur demande les caractéristiques techniques, ils nous disent : “Secret défense”  », ajoute-t-elle.

« Ils pataugent »

La Sabca, la Sonaca et Asco veulent se réunir en consortium pour fournir une partie arrière de l’avion. « Ils pataugent », dit un observateur. Un autre ajoute qu’il n’y a même aucune garantie sur le nombre de pièces qui pourraient être commandées à l’industrie belge, or cette dernière a besoin d’investir pour pouvoir la fabriquer. Des plusieurs milliers d’unités dans le pipeline, Lockheed n’en réserverait que quelques centaines aux entreprises belges, l’américain s’étant engagé envers ses pays partenaires. Pour l’instant le processus avec Lockheed Martin « est extrêmement lent et décevant », confirme Bernard Delvaux, patron de la Sonaca, sans en dire plus.

L’entreprise mouscronnoise Feronyl a été l’une des premières à annoncer la signature d’un protocole d’accord avec Lockheed Martin. Mais elle avoue également qu’elle « ne voit rien venir », selon Philippe Dedecker, son patron. Dans les échanges qu’elle a avec Lockheed Martin, « il y a différentes interprétations qui donnent lieu à des itérations », ajoute Charles-Edouard Dendoncker, business developpement manager. D’autres du secteur vont dans le même sens. « On ne sait pas si on doit être parano, si c’est de la mauvaise volonté de Lockheed ou si on doit être juste réalistes et se dire qu’ils sont très contraints. » Un autre acteur du secteur est plus tranché et pense que l’américain attend juste que l’industrie belge se lasse. « Ce jour-là, tout le monde sera content : l’armée aura ses avions, on cessera d’embêter le politique, Lockheed pourra dire que l’industrie belge a été incapable de s’adapter à ses exigences minimales et l’industrie aura tout perdu », dit-il.

Assassinat de Valentin Vermeesch: les trois questions qui se posent après le procès

De longues années de prison sont promises aux assassins de Valentin Vermeesch.
De longues années de prison sont promises aux assassins de Valentin Vermeesch. - Belga.

De longues années de prison sont promises à ceux qui ont assassiné Valentin. Des années durant lesquelles ils auront à travailler à leur réinsertion. La liberté retrouvée sera également le résultat de facteurs extérieurs, comme l’obtention d’un logement et de moyens de subsistance. Au terme de ce parcours, le risque de récidive sera fatalement présent.

Alexandre Hart et Belinda Donnay ont été condamnés à perpétuité, Dorian Daniels à 25 ans de prison, Loick Masson à 27 ans de prison, et Kilian Wilmet à 29 ans.

Quelle sera la durée de leur détention ?

Actuellement, on peut solliciter une libération conditionnelle après un tiers de la peine pour autant qu’on soit condamné à une peine de moins de 30 ans. Au-delà, c’est après avoir purgé 15 ans qu’on peut entamer les démarches auprès du tribunal d’application des peines. Cela ne signifie pas qu’on sort immédiatement : c’est très rarement accordé au premier passage, ensuite il faut présenter un plan de réinsertion dans lequel l’aspect psychologique, l’aspect familial (il faut avoir des attaches) et l’aspect financier (il faut pouvoir bénéficier de revenus) sont déterminants.

Pour une personne diagnostiquée psychopathe, il est évidemment plus ardu de tomber sur des experts psys pouvant rendre de nouveaux avis favorables alors que les premiers experts ont souligné l’irréversibilité du caractère antisocial de leur personnalité.

Par ailleurs, les lois sur l’exécution des peines sont applicables immédiatement et des modifications législatives dans l’application des libérations conditionnelles pourraient survenir puisqu’elles figurent dans le programme de certains partis politiques, En d’autres termes, quelqu’un qui a écopé il y a dix ans d’une perpétuité ne pourra pas entamer les démarches en vue d’une libération dans cinq ans si, entre-temps, la loi sur l’application des peines a changé, en faveur d’une plus longue effectivité de la peine.

Avant-même d’envisager de présenter un plan devant le tribunal d’application des peines, le détenu doit avoir bénéficié de permissions de sorties ou de congés auprès de la direction générale des prisons en vue de mettre en place les conditions pour un reclassement. Il faut trouver un appartement, puisque souvent le logement a été perdu pendant la détention ; il faut donc pouvoir payer une caution, pouvoir déménager, obtenir le CPAS ou un emploi…

Pourront-ils travailler à leur réinsertion en prison ?

« Franchement, c’est difficile mais faisable », explique Me Molders-Pierre. Ils peuvent suivre certaines formations basiques sur place, ainsi que le jury central, par courrier. Mais il ne faut pas se leurrer, il y a un très faible taux de réussite au jury central et ce n’est pas en prison, vu les conditions, que ce taux est le plus fort. » Certains détenus suivent même une formation universitaire, mais là aussi ils se heurtent à des aspects pratiques : le jeune Kevin Mosen a écopé de la perpétuité il y a deux ans, à la cour d’assises de Liège, pour l’assassinat de sa petite amie. En détention préventive, il avait passé son CESS au jury central. Il a ensuite intégré les HEC de Liège, où il a réussi sa première année, sur base des syllabus. Mais lorsqu’il a présenté les examens de deuxième, une professeure a refusé de corriger son examen écrit. Faire passer les examens aux détenus est à la libre appréciation des professeurs… Kevin Mosen a, par le biais du système de crédits, pu passer en troisième année. Mais pour accéder au master, il doit avoir réussi ce fameux cours, il est désormais bloqué.

« J’ai un client qui a attendu trois mois avant d’avoir le cours de français qu’il avait sollicité », explique Me Töller, « et il n’en a eu que deux, d’une heure, durant son incarcération car après il a été libéré… »

Pour ce qui est du suivi auprès des psys, « il y a quelques psychologues à Lantin, pour préparer les rapports et la réinsertion, mais pas pour une thérapie puisqu’ils ne sont notamment pas soumis au secret professionnel et que le temps manque », nous explique Me Solfrini. « Un psychiatre passe une fois par semaine pour vérifier les médications, mais c’est tout, dans le concret il n’y a aucune mise en œuvre d’un suivi thérapeutique personnalisé. Le suivi psy est tellement ardu à mettre en place qu’une des conditions pour sortir avant le fond de peine est d’avoir planifié un suivi psy à l’extérieur. » Si le détenu est soutenu financièrement, il peut demander à son propre psy de se rendre en prison, « mais beaucoup de psychologues refusent de se rendre en prison puisque la visite peut prendre jusqu'à 3 heures, le temps de patienter, sans GSM, sans rien, que le détenu leur soit amené », poursuit Me Solfrini.

Quel est le risque de récidive ?

Le « Groupe du Vendredi », un groupe de réflexion indépendant financé par la Fondation Roi Baudouin, a publié fin 2018 une étude reprenant les chiffres de récidive dans les prisons belges. D’après ces chiffres, sur la période de 1995-2015, on a enregistré un taux de 57 % de récidive chez les personnes condamnées une première fois, principalement lorsqu’elles étaient passées par une période d’incarcération.

Les rechutes interviennent rapidement, puisque la moitié de ces récidivistes sont à nouveau condamnés dans les deux ans. Parmi ceux qui ont passé plusieurs séjours en prison, un sur deux a fait l’objet d’au moins sept condamnations dans les 20 ans qui ont suivi la première peine.

Après incarcération, ces chiffres augmentent encore, comme si le passage par la case prison accentuait le problème. « Il faut cependant relever que le taux de récidive dans les crimes est très bas, hormis pour les faits de mœurs où il est très haut, tandis que les récidives pour les faits de vols avec violences, vols simples ou violence gratuite sont beaucoup plus fréquentes », relève Me Franchimont.

Selon les auteurs de l’étude, « le catalyseur criminogène qu’est la prison amène logiquement un taux de récidive particulièrement élevé, alimentant par là même un cercle vicieux entre la surpopulation et la récidive, augmentant au passage la dangerosité des ex-détenus de retour dans la société ».

En Wallonie, Ecolo fixe un préalable au PS: la société civile autour de la table

Barbara Trachte, Jean-Marc Nollet et Stéphane Hazée arrivent au parlement wallon. © Photo News.
Barbara Trachte, Jean-Marc Nollet et Stéphane Hazée arrivent au parlement wallon. © Photo News.

Il faut sans doute s’y résoudre : en Wallonie, le processus de formation d’un gouvernement sera atypique. Minoritaires au sein de la nouvelle assemblée, le PS et Ecolo explorent des contrées politiques inédites jalonnées de surprises et de trouvailles qui prennent de court les observateurs. Le paysage est largement dégagé devant eux : CDH et PTB se sont mis hors jeu et, jusqu’à nouvel ordre, le MR est prié de rester en retrait. Mais socialistes et écologistes sont seuls à occuper le terrain et cela ne va pas sans demander quelques réglages en coulisses.

Dernier soubresaut en date : le discours de Jean-Marc Nollet, co-président d’Ecolo, à la sortie d’une nouvelle session de pourparlers avec le PS, mercredi à Namur. La réunion s’est achevée après deux petites heures, en deçà des pronostics, sur une exigence forte des verts : « Sans la société civile, sans que cette dernière soit reconnue dans le processus de formation du gouvernement régional et sans qu’elle soit associée à l’élaboration de ses axes structurants, ce sera sans nous. C’est à prendre ou à laisser. Les politiques de demain doivent être construites avec la société civile. »

Il s’agit d’un préalable avant d’entamer de réelles négociations, et peut-être même d’un ultimatum à l’égard du PS. Les propos très déterminés de Jean-Marc Nollet n’ont pourtant pas réussi à ébranler Elio Di Rupo, en apparence du moins : « Je ne ferai aucun commentaire sur les demandes d’Ecolo. Consulter les représentants de la société civile n’est pas un problème, mais je dois d’abord informer mes instances de la situation actuelle. Ce sera fait avant la fin du week-end. »

Mais ne comptez pas par exemple sur Ecolo pour se contenter en bout de course d’un « ministre-gadget », étant entendu que, de part et d’autre de la table, on se refuse à évoquer le casting d’un futur exécutif.

Un bureau du Parti socialiste est programmé ce vendredi. Il aura la situation politique wallonne à son ordre du jour. Officiellement, aucun contact entre PS et Ecolo n’aura lieu avant lundi prochain. Au moins…

Un cœur de programme

On n’a pas assisté ce mercredi à un clash tel que celui qui s’est produit il y a quelques jours entre le PS et le PTB. Les ponts ne sont pas coupés entre les délégations socialiste et écologiste. Mais le contraste était saisissant entre les propos très fermes de Jean-Marc Nollet à la sortie de la réunion et la sérénité qui régnait deux heures plus tôt à l’arrivée des protagonistes au parlement.

Pour le PS, Paul Magnette s’était réjoui du sérieux des discussions autour de « convergences » avec Ecolo et d’« un travail sur un projet ». De son côté, Jean-Marc Nollet évoquait « un moment important » : « Nous allons recevoir le retour du PS sur les réformes basculantes que nous souhaitons. Nous restons toutefois au stade des contacts préalables. Il n’est pas question de négociations. Mais nous sommes venus avec du contenu dont nous devons débattre. »

Elio Di Rupo, enfin, allait un pas plus loin et traçait pratiquement la route vers des négociations : « Dans l’état actuel des choses, nous essayons d’aboutir à un cœur de programme sur la base de nos convergences. Nous devons établir un calendrier qui nous permettra de rédiger une note qui sera proposée ensuite à l’ensemble des députés wallons et à tous les partis. Cela prendra du temps. Cette méthode répond à la demande d’Ecolo. »

Un scénario se confirmait alors : la mise en place d’un socle politique commun au PS et à Ecolo auquel des élus ou des formations seraient invités à se rallier, de manière formelle au sein d’une majorité ou de façon plus originale dans le cadre d’une coalition minoritaire soutenue de l’extérieur. Mais au train où vont les choses, ces formules relèvent toujours d’une vue de l’esprit…

A petits pas

En coulisses, l’heure reste à un optimisme raisonnable. Il se dit que les discussions de mercredi ont eu lieu dans un bon climat et que le fond a bien été abordé. « Aujourd’hui, nous considérons que nous avons sérieusement fait le tour de l’ensemble du contenu et des sujets sur la table. Il y a des convergences assez fortes mais aussi des divergences », constatait d’ailleurs Jean-Marc Nollet.

En face, Elio Di Rupo se montrait presque optimiste : « Nous avons identifié des points de rapprochement avec Ecolo. On avance à petits pas, mais on avance… » Comme chante Souchon : « Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense, il faut qu’on avance. »

Climat: réduire les émissions de 35% en 2030 mais pas plus, dit la FEB

Bernard Gilliot, président de la FEB.
Bernard Gilliot, président de la FEB. - Photo News.

C’était en juillet 2016. Les discussions européennes pour partager entre les Etats membres de l’Union « l’effort » de réduction des émissions de gaz à effet de serre viennent de commencer. Devant les premières évaluations, la fédération des entreprises de Belgique (FEB) s’inquiète. L’Union a promis de réduire ses émissions d’au moins 40 % en 2030 par rapport à 1990. La Belgique, note un document interne de notre administration, semble en voie d’accepter un objectif national de 31 %. Pour les grandes entreprises belges, c’est excessif. La FEB demande de ne pas accepter un chiffre « beaucoup plus strict » que celui de 24 %. Sinon, « cela aura immanquablement un coût » pour les entreprises et la population, dit la FEB pour qui « le potentiel technico-économique de réduction [des émissions, NDLR] est plus faible [en Belgique] qu’ailleurs ».

Deux ans plus tard, la FEB repart au front. La Belgique, qui entre-temps a dû finalement consentir à un objectif de -35 % (agrémenté de diverses flexibilités) réfléchit aux moyens d’y parvenir. C’est le sens du plan national énergie-climat qui a fait l’objet de solides critiques de la Commission (Le Soir du 19/06), des organisations de la société civile (Le Soir Plus du 14/06), des diverses instances d’avis (conseil fédéral du développement durable, comité économique et social…) et… de la FEB. Le plan, dit Bernard Gilliot, président de l’organisation patronale est « insuffisamment cohérent, étayé et concret ».

Les pistes sont connues

L’organisation patronale a demandé au Boston Consulting Group de l’éclairer sur les pistes à suivre pour arriver aux objectifs qui nous sont fixés. L’étude tient sur une quinzaine de pages utiles. Elle conclut que réduire nos émissions de -35 % dans les secteurs non-industriels est « juste faisable » – ce que la FEB niait en 2016 – mais que « cela ne sera pas facile à réaliser ». Les pistes sont connues : la rénovation des bâtiments, l’électrification du transport, l’expansion des pompes à chaleur, l’utilisation plus intensive de la biomasse et du gaz naturel dans l’industrie, le développement de la capture et du stockage du carbone. Des pistes très technologiques : les changements de comportements, l’agriculture, l’économie circulaire, l’évolution de la fiscalité restent en dehors de l’épure. Celle-ci considère que « des investissements majeurs » seront nécessaires : 25 à 35 milliards d’euros sur les dix prochaines années. Ces investissements permettront des économies de 11 à 16 milliards et permettront des économies ultérieures plus tard.

Mais surtout, disent les représentants des grandes entreprises, il n’est pas question d’aller plus loin. On arrive, disent-ils, au bout des réductions d’émissions. Une étude du Bureau du Plan a montré que la tendance à la réduction des émissions industrielle se ralentissait, voire s’arrêterait bientôt.

Or, le débat court au niveau européen. On sait que l’objectif de -40 % en 2030 ne permet pas à l’Union de respecter les obligations contractées lors de la signature de l’accord de Paris. Certains plaident donc pour que l’objectif 2030 passe à -55 %. En faire plus : la question sera évoquée lors d’un sommet des Nations unies convoqué le 23 septembre à New York. Les chefs d’Etat en discutent cette semaine à Bruxelles. Pas question, pour la FEB : traduit nationalement, un objectif européen de -55 % signifierait, dit-elle, un relèvement de l’objectif belge à 48 % environ.

Grand format - Cinq mots pour écrire la vie d’un illettré

Grand format - Cinq mots pour écrire la vie d’un illettré
Dominique Duchesnes.

Je n’avais plus de dignité / Je veux juste dénoncer ce qui est compliqué / Demander ma liberté. »

Analphabète fonctionnel

« Personne incapable de lire et d’écrire, en le comprenant, un énoncé bref et simple de faits en rapport avec la vie quotidienne. »

Définition de l’Unesco en 1958. En France, on utilise le terme « illettré ».

Sur un morceau préenregistré, Aurélie, Roberto, Françoise, Luis et les autres prononcent à tour de rôle une des phrases du rap qu’ils ont composé. Certains déclament haut et fort, en détachant bien chaque syllabe, d’autres murmurent leur séquence, mais l’enchaînement est bien huilé : le groupe commence à avoir l’habitude de présenter le fruit de son travail. Une façon de se réapproprier une langue contre laquelle ils ont longtemps bataillé, et avec laquelle ils se débattent parfois encore. Une manière de prendre une parole qu’on leur a peu donnée. Car ces femmes et ces hommes de tout âge sont en difficulté de lecture et d’écriture. Apprenants auprès de l’ASBL d’alphabétisation Lire et écrire, le groupe qui s’est nommé Les combattants du changement, veut, par ce chant, rendre visible, audible, la problématique de l’analphabétisme. Jérôme Debroux, 32 ans, qui s’est découvert une passion pour le rap, a accepté de nous parler de ses difficultés, de ses projets et de ses fiertés, au départ de cinq mots. Cinq mots pour explorer la vie d’un (ex-)« illettré ».

Opération impôts: quel changement dans la déclaration pour les jeunes pensionnés?

Opération impôts: quel changement dans la déclaration pour les jeunes pensionnés?
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Vous voilà pensionné. Première bonne nouvelle : vous allez payer moins d'impôts. « Il y a une réduction d'impôt sur les pensions, de telle sorte qu'elles sont moins taxées qu'un salaire », explique Jean-François Biernaux, expert fiscal chez Test-Achats. Les personnes qui ont une petite pension ne doivent d'ailleurs en général pas payer d'impôt.

Autre bonne nouvelle : le moment de remplissage de votre déclaration ne devrait théoriquement pas se transformer en casse-tête. La plupart des pensionnés ne touchent que leur pension légale et reçoivent une proposition de déclaration simplifiée. « Le service fédéral des Pensions renseigne le fisc. Les informations sont donc déjà pré-remplies », rassure Jean-François Biernaux. Comme pour les salariés, si un impôt est dû, un précompte professionnel est calculé et déduit.

A noter que l'année où vous devenez pensionné, vous devez déclarer votre salaire pour une partie de l'année et votre pension pour l'autre.

Les diverses assurances-groupe et autres

Autre particularité propre aux nouveaux pensionnés, l'année de votre passage à la retraite, vous allez probablement toucher une série de produits pour lesquels vous avez cotisé durant votre vie de salarié : une épargne-pension, une assurance-vie, une assurance-groupe, etc. L'épargne-pension a déjà été taxée au fil des années. Le dernier versement déductible aura été versé l'année des 64 ans. Il n'y a alors pas de capital à déclarer au fisc.

L'assurance-groupe est normalement liquidée au moment de la pension. Le taux de taxation varie selon le moment auquel on prend sa retraite (à l'âge l'égal ou pas). Les sommes sont automatiquement reprises dans la déclaration et une grosse partie de l’impôt – mais pas la totalité – a été retenue à la source.

L'assurance-vie classique, elle, a une spécificité : elle peut se poursuivre au-delà de 65 ans. Le contrat doit toutefois avoir été signé avant cet âge.

Intéressant de poursuivre une activité ?

La démarche est dans l'air du temps. De plus en plus de pensionnés choisissent de conserver une petite activité rémunérée. « Dans la plupart des cas, il faut le signaler au service fédéral des Pensions », indique Jean-François Biernaux. Attention, le revenu de cette activité est considéré comme un revenu professionnel, avec des cotisations sociales et des impôts à payer. Si ce revenu professionnel dépasse un certain plafond, la pension peut être diminuée. L'impact fiscal sera aussi important. « Un cadre pensionné qui garde une activité de consultance par exemple aura intérêt à créer une petite société pour diminuer l'impact sur ces impôts et sur la pension », note Jean-François Biernaux. « Le système n'est vraiment pas fait pour encourager les pensionnés à travailler ». Dans tous les cas, mieux vaut bien se renseigner au service fédéral des Pensions.

Une exception : les revenus de l’économie collaborative, qui ne sont pas taxables jusqu’à un plafond qui dépend de l’activité exercée (le site www.bijklussen.be détaille les conditions et les formalités à respecter).

Revenus mobiliers et immobiliers

Le pensionné doit bien entendu déclarer ses revenus mobiliers et immobiliers tout comme un travailleur. Il sera taxé dessus de la même manière. Là encore, mieux vaut bien faire ses calculs. Car la réduction d'impôt pour la pension ne vaut pas pour les autres revenus. Si autres revenus il y a, le fisc calcule l’impôt sur ces derniers, et la réduction d'impôt liée à la pension diminue progressivement. Exemple d'un pensionné qui souhaiterait acheter un appartement à la mer : « il va être imposé sur le revenu immobilier généré par cet appartement mais en plus, sa pension sera plus lourdement taxée que s'il n'avait pas ce revenu immobilier ».

► Opération impôts: notre dossier

Catastrophe aérienne: des visages sur l’attentat contre le vol MH17 de la Malaisia Airlines

La diffusion, mercredi aux Pays-Bas des identités des quatre responsables de la tragédie aérienne.
La diffusion, mercredi aux Pays-Bas des identités des quatre responsables de la tragédie aérienne. - Reuters.

Le « tireur », le « morne », la « vipère » et la « taupe » ne viendront sans doute pas à leur procès. Mais, pour la première fois depuis l’explosion du Boeing de la Malaisia Airlines assurant la liaison Amsterdam-Kuala Lumpur abattu dans le ciel de l’Ukraine en guerre le 17 juillet 2014, l’équipe internationale d’investigation sur ce drame a révélé ce mercredi l’identité de ces trois Russes et Ukrainien suspectés d’en être les responsables. Derrière leurs surnoms de guerre, se cachent quatre hauts gradés des séparatistes de l’est de l’Ukraine à l’époque du crash du vol MH17. Il s’agit de l’Ukrainien Leonid Karchenko, des Russes Sergueï Doubinski, Oleg Poulatov et Igor Girkine. Soupçonnés d’avoir transporté le missile utilisé pour détruire l’avion, ils sont poursuivis pour meurtre par le parquet néerlandais. L’ouverture du procès a été fixée au 9 mars 2020.

Réfugiés ou en fuite en Russie, ces quatre hommes désormais nommés sont visés par des mandats d’arrêt internationaux. « Ils seront placés sur les listes des personnes recherchées. C’est pourquoi nous donnons leurs noms complets et publions leur photo », a précisé le chef de la police néerlandaise, Wilbert Paulissen, lors de la conférence de presse organisée aux Pays-Bas pour la publication des résultats de l’équipe d’investigation conduite conjointement avec des enquêteurs d’Australie, de Belgique, de Malaisie et d’Ukraine (mais pas de Russie).

Soupçons confirmés

Le procureur néerlandais Fred Westerbeke a précisé que « les quatre suspects sont accusés d’avoir convoyé dans l’est de l’Ukraine le système de missiles anti-aériens BUK ». L’an passé, sans donner de noms, les enquêteurs internationaux avaient déjà conclu que le Boeing de la Malaisia Airlines avait été frappé par un missile tiré par une unité militaire russe venue combattre dans l’est de l’Ukraine auprès des séparatistes. Ce premier rapport en mai 2018 avait établi que le missile provenait de la 53e brigade antiaérienne basée à Koursk (ouest de la Russie). Etabli après quatre années de méticuleux travail sur des centaines de milliers de photos et des dizaines de milliers d’échanges téléphoniques, il tendait à confirmer les soupçons initiaux sur la responsabilité de la Russie.

Dans leur rapport, les enquêteurs ont pointé du doigt une nouvelle fois Moscou, évoquant une ligne directe de commandement militaire entre les rebelles et la Fédération de Russie. Depuis le début, le Kremlin rejette toute implication. L’an passé, regrettant une « terrible tragédie », le président Vladimir Poutine avait assuré que Moscou n’avait rien à se reprocher. « La Russie n’a pas pu prendre part à l’enquête, malgré son souhait exprimé dès le départ », s’est contenté de commenter hier son porte-parole.

Jugés par contumace

La Russie n’extradant pas ses ressortissants poursuivis à l’étranger, les trois Russes nommés mercredi devraient être jugés par contumace aux Pays-Bas. Parmi eux, le « tireur » est le plus connu. Igor Guirkine de son vrai nom, 48 ans, il vit aujourd’hui comme ses acolytes en Russie après avoir été, au début du conflit en 2014 dans l’est de l’Ukraine, l’un des commandants les plus actifs. Ex-colonel du FSB (l’un des héritiers du KGB), il a combattu dans les guerres de Tchétchénie et de Yougoslavie. Puis en Ukraine, il a organisé les premières milices pro-russes avec des volontaires avant de devenir « ministre de la Défense » de la République autoproclamée de Donetsk.

L’un de ses amis est le « morne », Sergueï Doubinski, 56 ans, vétéran d’Afghanistan et de Tchétchénie. Responsable du renseignement militaire des séparatistes à Donetsk au moment de la destruction du Boeing de la Malaysia Airlines, il aurait demandé à Moscou la livraison du système BUK et aurait supervisé son transport en Ukraine. Parmi leurs hommes de main : le Russe Oleg Poulatov, 52 ans, ex-officier des forces armées (la « vipère ») et l’Ukrainien Leonid Khartchenko, 47 ans, un ancien des services de renseignement (la « taupe »). Nul ne sait où ils vivent. Et s’ils sont vivants.

Alda Greoli boucle ses derniers dossiers: «Le statut d’artiste, enjeu majeur au… fédéral»

Alda Greoli
: « Aujourd’hui, la manière dont on demande aux artistes de prouver leur occupation n’est pas juste. »
Alda Greoli : « Aujourd’hui, la manière dont on demande aux artistes de prouver leur occupation n’est pas juste. » - Pierre-Yves Thienpont.

entretien

Ne vous laissez pas abuser par l’ambiance d’interrègne qui flotte dans les cabinets ministériels. En matière culturelle, la semaine aura été très active avec la publication, ce lundi, de l’arrêté d’exécution du décret de nouvelle gouvernance, la signature de la reconnaissance des 118 opérateurs en éducation permanente, enfin aujourd’hui même, au gouvernement de la Communauté française, le passage en dernière lecture de l’arrêté accompagnant le décret de réorganisation et refinancement des musées.

La gouvernance culturelle, c’est un très gros morceau : au départ du texte publié ce lundi, vont pouvoir être lancés, avant fin juin, les appels à candidature pour l’ensemble des commissions d’avis (ces organes qui président chaque année à l’attribution de pas moins de 300 millions d’euros de subsides culturels), ainsi que pour les chambres et le Conseil culturel. Il s’agit de lancer la sélection de ceux qui vont siéger dans les diverses instances de cette nouvelle structure de dialogue, nouvelle articulation entre le monde culturel, dans toute sa diversité d’expressions, d’une part, et d’autre part le monde politique. Le processus de sélection et d’atterrissage concret de ces instances aura lieu sous la prochaine législature, mais le grand big bang aura été enclenché.

Refinancement des musées

Examiné ce mercredi, l’arrêté d’exécution concernant la réorganisation et le refinancement des musées est lui aussi une belle pièce. D’un point de vue légal, le décret ne s’appliquera qu’au 1er janvier 2020, « mais cela va permettre à l’administration de lancer la procédure qui permet aux différents musées de se mettre en adéquation avec le nouveau décret », remarque la ministre de la Culture Alda Greoli (CDH). « On a fait rentrer dans le décret les musées qui n’étaient pas organisés selon le décret (précédent), comme le musée de Mariemont. Maintenant toutes les règles objectives sont applicables à l’ensemble des musées. Surtout, on a créé la possibilité de “pôle muséal”  : le fait pour plusieurs acteurs muséaux de se regrouper autour d’un thème ou d’une région. Je sais que, sur le terrain, les musées qui veulent créer des pôles sont déjà en train de s’organiser. À Liège par exemple, ils travaillent à la création d’un pôle muséal. »

Pour se mettre en ordre, les musées ont un incitant financier évident : le refinancement du secteur à hauteur de 2,5 millions d’euros obtenus en début d’année par la ministre et valable dès l’exercice 2019 : « Ces 2,5 millions d’euros, je les ai obtenus dès cette année », se félicite Alda Greoli, « donc avant de partir, je vais pouvoir finaliser – avec un an d’avance – la répartition de ces 2,5 millions d’euros sur base des critères prévus par le décret. Je pense surtout aux plus petits musées : on est, sur la législature, dans un refinancement de 100 ou 150 % pour les plus petits musées. »

Cela ne signifie pas que tout ait été réglé en matière culturelle, loin de là. Future cheffe de groupe CDH au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Alda Greoli se détournera très probablement des matières culturelles, elle n’a aucun goût pour les postures pathétiques. Mais elle sait ce qui reste au frigo.

Le statut d’artiste reste en souffrance, est-ce un chantier envisageable sous la prochaine législature ?

C’est certainement l’un des chantiers essentiels qu’il faut poursuivre, l’un des enjeux principaux de la prochaine législature au niveau… fédéral. J’ai eu la chance de travailler avec le ministre flamand de la Culture, Sven Gatz (Open VLD), et avec le ministre de l’emploi, Kris Peeters (CD&V) lorsqu’il a mis en place des commissions et concertations au niveau fédéral. Dans le statut de l’artiste, il y a toute la dimension fédérale ainsi que la dimension des régions, du contrôle, de l’accompagnement, le fait de comprendre ce qu’est un artiste… Mais il faut oser dire qu’il convient peut-être d’examiner le nombre de jeunes qu’on laisse sortir des écoles d’arts. Créer un statut de l’artiste et laisser penser à tous qu’ils vont pouvoir obtenir ce statut, ce n’est pas juste, ce n’est pas honnête.

Si le statut actuel est peut-être un moindre mal et si je ne voudrais pas que le futur statut d’artiste représente un doigt dans l’engrenage de l’allocation universelle – je suis opposée à l’allocation universelle –, je pense qu’on ne peut pas continuer à agir comme nous le faisons en ce moment. Derrière ce statut, il y a un enjeu, y compris pour les syndicats. Je pense que les syndicats ne s’emparent pas assez du statut de l’artiste. Aujourd’hui, la manière dont on demande aux artistes de prouver leur occupation n’est pas juste : on ne tient pas compte des temps de création, de répétition, etc. Ils vivent des fluctuations de revenus importantes, et on n’a pas de règles d’étalement qui soient suffisamment souples – y compris d’un point de vue fiscal.

Des préavis de grève ont été déposés par le personnel de PointCulture (ex-Médiathèque). La réforme pourrait-elle s’en trouver retardée ?

Nous avons prolongé pour deux ans les moyens de PointCulture, qui ne sont pas de petits moyens. Contrairement à ce que dit une pétition qui circule, on leur demande de poursuivre le prêt, et de l’articuler avec les bibliothèques et centres culturels. On leur demande de réfléchir à toute la partie médiation de la culture, être le porteur de la maison des fédérations. J’espère que c’est bien ce qu’ils sont en train de faire. Ils ont tous les atouts pour le faire. Mais PointCulture est un projet associatif, ce n’est pas un service décentralisé de l’administration : c’est à eux de se prendre en main. Ils ont une convention large qui permet de pérenniser les travailleurs actuels, et pérenniser l’utilité de PointCulture.

Télécoms: Brutélé est sur le point de se vendre à Enodia

Anne-Marie Bouckaert (PS, à gauche) et Nathalie Gillon (MR), seront à la table de négociations avec Enodia. © Belga.
Anne-Marie Bouckaert (PS, à gauche) et Nathalie Gillon (MR), seront à la table de négociations avec Enodia. © Belga.

Le télédistributeur Brutele (Charleroi et Bruxelles), partenaire de Nethys au sein de Voo, est prêt à se vendre à l’intercommunale liégeoise Enodia (ex-Publifin). Reste à discuter le prix. Mardi, lors d’un conseil d’administration, cinq administrateurs, représentant le PS, le MR, Ecolo, le CDH et Défi ont été désignés pour participer aux négociations entre Enodia et Brutélé. Celles-ci devraient débuter dans les jours qui viennent. Une banque d’affaires ou un réviseur d’entreprise devrait également accompagner les communes actionnaires de Brutélé tout au long du processus.

Pour comprendre ce dossier à tiroirs, il faut faire un détour par Liège. La décision de faire entrer un actionnaire privé dans son pôle télécom a été prise de longue date par la société liégeoise Nethys. Des contacts plus ou moins avancés avec plusieurs candidats potentiels, comme Orange et Telenet, ont déjà eu lieu. Reste cependant un écueil de taille : le sort de Brutélé, avec qui Nethys est intimement imbriqué dans Voo.

Prélude à la privatisation de Voo

C’est pour trouver une solution à cet imbroglio que les Liégeois ont proposé à Brutélé une solution en deux étapes. Dans un premier temps, Brutélé serait repris par Enodia, dont Nethys est une filiale. Brutélé et Enodia étant des intercommunales, l’opération peut se faire de plein droit, sans mise en concurrence sur le marché. Dans une seconde étape, Nethys pourrait alors vendre 50 % plus une action du capital de Voo, devenu intégralement liégeois.

En mars dernier, comme l’avait révélé Le Soir, Enodia a transmis une offre à Brutélé pour le rachat de la totalité de ses actions. Après avoir analysé le dossier, les communes actionnaires ont donné mandat au conseil d’administration de Brutélé pour négocier la vente. Le rachat pourrait se faire en partie en titres et en partie en cash. Selon plusieurs sources, Brutélé est valorisé entre 200 et 250 millions d’euros.

Côté Brutélé Wallonie, la ville de Charleroi avait posé une condition avant toute négociation : que le produit de la vente ne doive pas être exclusivement utilisé pour résorber la dette de la ville mais qu’il puisse être affecté à des politiques de développement. La ministre wallonne (sortante) des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR), lui a officiellement donné son accord, en mai dernier.

Incertitudes juridiques

Du côté de l’aile bruxelloise de l’intercommunale, on s’est toujours montré méfiant face aux appétits liégeois. Pas question de laisser Enodia racheter Brutélé pour une bouchée de pain avant d’empocher une plus-value cossue lors d’une revente d’une partie du capital à un opérateur privé. Dans l’entourage de Brutélé Bruxelles, on s’émeut d’ailleurs du montant de l’offre d’Enodia, qui serait inférieure de 50 millions environ à ce que proposait Telenet pour racheter l’intercommunale bruxelloise. Une offre plus alléchante mais qui ne réglait cependant pas les liens serrés unissant Brutélé à Nethys au sein de Voo, ce qui aurait créé une coûteuse incertitude juridique.

L’un des volets sensibles de ce dossier sera la protection accordée aux employés statutaires de l’intercommunale. Brutélé emploie environ 250 travailleurs dont la moitié sont statutaires. Lorsque Voo sera privatisé, les statutaires de Brutélé seront mis à la disposition de l’opérateur, à qui Enodia facturera leurs prestations de service. Mais qu’adviendra-t-il si cet opérateur privé ne souhaite plus recourir à leurs services ? « Même si une convention bétonne leur sort, on sait que les conventions peuvent un jour ou l’autre être dénoncées », note un bon observateur du secteur. « Si l’on additionne les salaires et les coûts qui y sont liés, comme la cotisation pour les pensions, ces statutaires laissés pour compte généreraient alors des coûts conséquents pour Enodia, grevant les dividendes que l’intercommunale verse chaque année aux communes. »

Le dernier mot aux communes

Mardi, en cours de soirée, l’assemblée générale de Brutélé a désigné les cinq administrateurs qui s’assoiront à la table de négociation. Il s’agit d’Anne-Marie Bouckaert (PS), Nathalie Gilson (MR), une administratrice Défi, Damien De Keyser (CDH) et Thibaut Wyngaard (Ecolo). Le nom de ce dernier doit cependant encore être avalisé par les instances de son parti.

« L’objectif de ces négociateurs sera de débroussailler rapidement le dossier et de faire rapport au conseil d’administration », note une source dans l’entourage de Brutélé. « S’il y a accord sur la proposition d’Enodia, ce sera alors à chacune des communes actionnaires d’approuver la vente lors d’un vote en conseil communal. »

Le sport, un bon moyen d'évasion pour les sportifs cubains

Le défenseur Yasmani Lopez a fui le centre d’entraînement de l’équipe de Cuba sans laisser d’adresse.
Le défenseur Yasmani Lopez a fui le centre d’entraînement de l’équipe de Cuba sans laisser d’adresse. - FREDERIC J. BROWN/AFP.

Le football « moderne » nous renvoie l’image de joueurs gâtés, capricieux. De joueurs qui ont l’embarras du choix pour leur carrière, entre l’aspect purement sportif ou l’enrichissement par-dessus tout. De joueurs qui se plaignent d’être coincés par un contrat qu’ils ont eux-mêmes signé, sans la moindre pression, si ce n’est celle de leur propre avidité.

Loin de ces privilégiés, pour d’autres un choix de carrière ne dépend pas de la couleur d’un maillot ou de la place de la virgule sur un contrat. Pour ceux-là, le dilemme est plus cruel : la carrière (souvent modeste) ou la vie.

La toute récente « disparition » de Yasmani Lopez, un joueur de Cuba engagé dans la Gold Cup (ou Copa Oro, le championnat des nations de la Concacaf, zone Amérique du Nord, Centrale et Caraïbes, en cours aux Etats-Unis, au Costa Rica et en Jamaïque) rappelle que le ballon peut aussi servir de montgolfière pour échapper à un régime autoritaire. Après la défaite – 7-0 – de Cuba face au Mexique à Pasadena, en Californie, le défenseur a ainsi quitté le centre d’entraînement de sa sélection sans laisser d’adresse.

Ce n’est pas la première fois – en 2012, la Fifa avait déjà promis des mesures pour enrayer ce phénomène de désertion – ni l’apanage du seul football : le basket, le volley et le baseball, sport nº1 de Cuba, à tel point que la fuite d’un « pelotero » est ressentie comme une humiliation par La Havane, ne sont pas non plus étanches aux fuites.

Embargo

Ces fugitifs ne recherchent pas forcément un meilleur contrat : ils aspirent « juste » à une plus grande liberté.

A propos des joueurs de baseball, souvent tentés de rallier les Etats-Unis via la proche Floride par voie maritime, une traversée rarement exempte de risques, les deux fédérations avaient trouvé un accord pour régir de manière transparente les transferts (un prêt en fait des joueurs cubains obligés de disputer leur championnat domestique après leur saison en MLB, la ligue majeure de baseball, assorti d’une taxe de 25 % calculée sur le salaire) et conjurer les drames en mer, mais Donald Trump, « l’homme du Mur », a rejeté cette convention et virtuellement replacé l’embargo que Barak Obama avait sensiblement assoupli avec une normalisation des relations avec Cuba, y compris en emmenant dans sa soute des « stars » de la NBA pour des stages.

Tous cependant n’optent pas pour l’évasion. Il y a 40 ans, Omar Linares avait refusé un contrat avec les New York Yankees, ponctuant sa décision par une phrase qui avait dû flatter l’orgueil de Fidel Castro. « Je préfère jouer pour 10 millions de Cubains que pour 10 millions. »

La grande Hongrie démantelée

Cuba n’a évidemment pas l’exclusivité de ces cavales, mais, de ce côté-ci de l’Atlantique, celles-ci passent plus inaperçues. A l’exception notable du triple sauteur Pedro Pablo Pichardo, vice-champion du monde 2015 et 4e performeur de l’histoire, qui avait délaissé, en avril 2017 le camp de base cubain en Allemagne pour réapparaître quelque temps après au Portugal avec, en poche, un passeport de son pays d’asile dûment en règle…

Dans notre imaginaire, c’est surtout la dislocation de la Grande Hongrie, le Onze d’or, qui perdure. Entre 1950 et 1954, cette équipe nationale présente un bilan de 29 victoires, 3 partages contre aucune défaite. Avant de succomber de manière inattendue, à l’apogée de son parcours, en finale de la Coupe du monde 1954 en Suisse, face à la RFA. Au passage, la Hongrie avait décroché l’or olympique en 1952 et, surtout, infligé son premier revers à domicile (contre une formation non britannique) aux « maîtres anglais » dans le « match du siècle », disputé à Wembley le 25 novembre 1953.

Malgré le « Miracle de Berne » du 4 juillet 1954, du point de vue allemand en tout cas, les Magyars avaient encore tout le temps et le talent pour rattraper l’histoire. Mais c’est plutôt l’Histoire qui va les rattraper. Les 26 octobre 1956, les chars soviétiques rentrent avec fracas dans Budapest et répriment dans le sang la rébellion locale. Quelques semaines plus tard, la Honved, l’équipe la plus forte du pays, joue une rencontre de Coupe des champions à Bilbao, face à l’Athletic. Les Basques l’emportent 3-2, mais les joueurs hongrois ne veulent plus rentrer au pays et insistent pour que la manche retour soit organisée au Heysel. Eliminée (3-3), la Honved organise néanmoins une tournée en Europe au bout de laquelle la plupart des joueurs retournent finalement en Hongrie. Mais pas tous : les trois meilleurs d’entre eux, Ferenc Puskás, Zoltán Czibor et Sándor Kocsis choisissent l’exil, décapitant, en un claquement de doigts, une des meilleures équipes de l’histoire du football. Ou quand la politique salit le sport.

Royaume-Uni: l’excentrique Rory Stewart a la cote chez les Tories

Rory Stewart est la surprise de ce deuxième tour de scrutin chez les conservateurs britanniques.
Rory Stewart est la surprise de ce deuxième tour de scrutin chez les conservateurs britanniques. - EPA.

En doublant le nombre de suffrages de ses pairs lors du deuxième round, mardi, de la course au leadership du parti conservateur, Rory Stewart est l’homme qui monte chez les tories. Arrivé bon dernier lors de la première consultation, l’ancien officier, qui a servi en Afghanistan, en Irak et au Kosovo, constitue désormais l’adversaire potentiel le plus dangereux pour le favori, Boris Johnson.

Ce quadragénaire toujours souriant apparaît désormais bien placé pour être désigné le 20 juin comme le challenger de l’ancien maire de Londres lors du vote des 160.000 militants conservateurs appelés à designer le successeur de Theresa May au 10 Downing Street.

Soutien au « plan May »

Cet Ecossais né à Hong Kong a rattrapé son retard par rapport aux autres « Brexiteers » modérés, le secrétaire au Foreign Office, Jeremy Hunt, le ministre de l’Environnement, Michael Gove, et le ministre de l’Intérieur, Sajid Javid. Hautement médiatisé, le diplômé d’Eton, d’Oxford et de Harvard est ouvertement partisan d’un retrait de l’UE « de manière aussi pragmatique que possible ».

Le ministre du Développement international est le seul des cinq candidats restant à soutenir le plan signé entre Theresa May et Bruxelles, qui a été rejeté à trois reprises par la Chambre des Communes. A l’inverse de Boris Johnson, Stewart est totalement opposé à un départ brutal (no deal) aux conséquences économiques catastrophiques. « Cette solution revient à tenter de remplir une poubelle pleine à ras bord avec plusieurs énormes sacs », a-t-il déclaré, faisant crouler le studio sous les applaudissements au cours de sa brillante performance lors du débat télévisé de dimanche organisé par Channel Four.

Magicien du verbe

Pour que le Parlement accepte le plan May réaménagé, l’auteur du best-seller, « Les marches aux frontières de l’identité britannique » (Gallimard), compte sur la bonne volonté de l’UE face à un nouveau Premier ministre moins clivant que « Boris-le-terrible ». Son autorité repose sur une détermination d’autant plus puissante qu’elle est sereine et une franchise affirmée revendiquée. Le magicien du verbe, toujours prêt à sortir de son chapeau une phrase qui fera mouche, espère obtenir le soutien des europhiles de l’opposition travailliste.

Son handicap majeur est de ne soulever d’enthousiasme que dans les classes les plus aisées du sud de l’Angleterre. Aux yeux de la majorité des militants tories du pays profond, ce cosmopolite arabisant, mariée à une Américaine de gauche, est marqué du péché rédhibitoire de s’affirmer contre vents et marées pro-européen convaincu. On lui reproche aussi d’être évasif dans ses réponses, de manquer de convictions profondes et de trop rechercher l’éclat des caméras.

« Je vais de l’avant », a affirmé Rory Stewart à l’issue du deuxième vote. Il doit maintenant convaincre une flopée de députés conservateurs qu’il constitue la seule alternative à Boris Johnson en incarnant l’avenir d’un pays profondément déchiré par trois ans de guerre civile. D‘ici jeudi, il va lui falloir ramer dur.

Manuel Castells: «Avec la 5G, on peut transformer l’Etat providence»

La 5G peut faciliter le diagnostic ou l’opération à distance.
La 5G peut faciliter le diagnostic ou l’opération à distance. - D.R.

entretien

Le sociologue Manuel Castells était à Bruxelles il y a quelques jours à l’invitation de la Fondation européenne d’études progressistes. Ce grand connaisseur de la société en réseaux intervenait sur le thème d’un monde digital plus juste.

Aujourd’hui, quelles sont les grandes injustices au cœur de ce monde digital que vous étudiez depuis de nombreuses années ? Est-ce lié à l’accès ? Est-ce lié au poids relatif des intervenants ?

Le problème n’est pas l’accès au monde digital. Bientôt, il sera quasi universel, même dans les pays du Tiers-Monde. Il y a aujourd’hui plus de quatre milliards d’usagers d’internet et cela va continuer à croître au cours des dix ou quinze prochaines années jusqu’à la saturation totale. Donc, l’accès n’est pas le problème, ce dernier se trouve en aval : lorsque l’on est connecté à internet. Il y a d’abord tout ce qui est lié à la vie privée mais l’Union européenne est en train de travailler sur ces aspects et je pense sincèrement qu’elle travaille comme aucune autre institution à protéger les droits des citoyens en la matière. Au-delà, et cela fait davantage partie des questions sur lesquelles je travaille, il faut encore savoir ce que l’on fait de toute cette technologie à un moment essentiel qui coïncide avec l’avènement de la 5G. Il faut bien en prendre la mesure : c’est une révolution qui se prépare, très loin de ce que certaines entreprises prétendent pouvoir offrir aujourd’hui sous l’étiquette d’une 5G, qui n’est en fait dans ces cas-là qu’une 4G améliorée. La 5G, c’est 20 fois plus de vitesse, 100 fois plus de capacité de transmission de données… Que fait-on avec tout cela ? La réponse des entreprises américaines va dans le sens d’un projet néolibéral de marché. La Chine mise sur un projet étatique de développement. Au milieu de cela, l’Europe n’a pas de projet. Et pourtant, les possibilités sont immenses. Pourquoi ne pourrait-on pas profiter de la 5G pour développer ce qu’on appelle en Europe l’Etat providence ? En matière d’enseignement, on pourrait organiser des universités virtuelles ou penser la formation des enseignants et revoir ainsi l’ensemble du système d’éducation sur la base de technologies d’information inédites. En matière de santé, ce dont on parle quand il est question de diagnostic à distance ou de chirurgie à distance pourrait se faire. En matière d’information et participation des citoyens, on pourrait mettre des choses en place également. Idem encore pour des projets qui viseraient à dénoncer la corruption à tous les niveaux. Désormais, tout cela va être possible technologiquement.

Sentez-vous une prise de conscience en Europe par rapport à ces nouveaux possibles que vous esquissez ?

Non. Et pire encore, la géopolitique s’en mêle, je dirais, et remet d’une certaine façon en question la possibilité d’un bond en avant technologique. C’est comme cela qu’il faut lire les récentes déclarations de Trump et des Américains, inquiets de ne pas avoir réussi à développer la 5G, comme Huawei a pu le faire, inquiets aussi de voir les Européens disposés à collaborer avec la Chine. Pour l’instant, Huawei est en effet la seule entreprise qui a la capacité technologique en termes d’infrastructure de réseau pour déployer la 5G. Mais pour revenir à votre première question sur les injustices, ce qui se joue, je pense, au travers de tout cela, c’est la possibilité qu’on développe davantage certains services plutôt que d’autres : le militaire plutôt que l’enseignement, le commerce plutôt que la santé publique… Autrement dit, on a la capacité de transformer l’Etat providence mais celle-ci est menacée par une pression que l’on ressent actuellement pour utiliser cette extraordinaire technologie pour des services commerciaux et des applications militaires plutôt que pour des services aux citoyens. C’est là qu’est la grande injustice.

Vous avez décrit patiemment la société en réseaux dans laquelle nous vivons. Va-t-elle être chamboulée par la 5G ?

En réalité, c’est maintenant qu’elle débute, cette société en réseaux. Mon livre originel sur la question traite des organisations en réseaux, de la politique en réseaux, des entreprises en réseaux, des mouvements sociaux en réseaux… Mais tout cela était encore embryonnaire et c’est seulement maintenant avec des réseaux si puissants que l’ensemble de la société passe véritablement en réseaux. C’est notamment ce qu’on appelle l’internet des choses, une évolution où tous les objets, et plus seulement les gens, sont connectés. En 2015, on estimait le nombre d’objets connectés à 2 milliards. D’ici à un an, avec la 5G, ils devraient être 20 milliards… Mais de nouveau, la question c’est : tout connecter, pour qui et pour quoi ? Si l’Europe ne lance pas une stratégie propre aux services des citoyens, alors toute cette nouvelle capacité technologique sera inutile.

Les mouvements sociaux profiteront-ils des nouvelles opportunités offertes par les avancées technologiques ?

Absolument. Mais attention – et cela, je ne l’avais pas prévu : quand on parle de mobilisation, d’auto-organisation, on pense toujours aux braves gens d’Occupy Wall Street, aux révolutions arabes… Mais ce sont aussi désormais des fascistes, des gens qui se mobilisent contre les femmes, les trumpistes, les ultranationalistes italiens… En fait, ces technologies en réseaux de plus en plus puissantes permettent une autonomie croissante de la société par rapport au contrôle des institutions, des entreprises. Tout cela, c’est vrai, mais on ne doit pas oublier que les gens sont aussi mal intentionnés que bien intentionnés, qu’ils sont aussi démons qu’anges. On ne doit désormais plus oublier que la bataille des idées, des valeurs se joue aussi au sein des réseaux.

De longue date, vous dites pourtant qu’on ne peut pas contrôler internet.

Non, on ne peut pas. Mais on peut contrer certains messages par d’autres messages. On le fait déjà d’ailleurs. Vous avez bien vu qu’à l’occasion des élections européennes Steve Bannon n’a pas vraiment pu influer. On a appris de ce qui s’est passé précédemment. Mais je dirais, au-delà, que le gros problème aujourd’hui de la manipulation des réseaux ce sont les bots, c’est-à-dire ces robots qui sont capables de répercuter un million de fois le même message. On peut technologiquement les contrer et cibler les messages problématiques. Pour le faire, il faut des bons hackers, en quelque sorte. Donc, pour me résumer, il faut être capable à la fois d’envoyer d’autres messages sur les réseaux sociaux et de créer des mécanismes d’autodestruction par rapport à l’action des bots. Cette bataille renferme des aspects pas tout à fait légaux et donc, généralement, on en parle peu.

NowThis, le «social media» qui défie Trump

Une fois n’est pas coutume, le locataire de la Maison-Blanche revient au centre de l’actualité. Sa seconde campagne présidentielle commence ce 18 juin, en Floride. De quoi attirer les caméras, la presse internationale… et des opposants toujours plus nombreux. Et ils pourraient augmenter. Les dernières élections américaines en sont la pire démonstration : la campagne se joue désormais – et surtout – sur les réseaux sociaux. Et quel public prendre pour cible sur ce canal ? La génération Y, les Millennials, les 18-34 ans. Ça inclut donc les primo-votants. Cette cible, c’est précisément celle de NowThis, le numéro 1 des médias d’informations en vidéo mobile adaptée aux réseaux sociaux. Il s’agit bien du grand frère de Brut, le média français qui emprunte les mêmes codes. Et NowThis affiche une ligne éditoriale ouvertement progressiste. Surnommé « le tueur de CNN », il ne rate pas une occasion de descendre Trump et sa politique.

Cibler les Millennials

NowThisNews, lancé en 2012 par Kenneth Lerer et Eric Hippeau, deux anciens du Huffington Post, fait partie du groupe Nine Media qui compte 3 autres chaînes (animaux, innovation et nourriture). La chaîne info compte elle-même plusieurs rubriques (politique, divertissement, sport, femmes…) que l’on retrouve sur la plateforme du média. Une plateforme qui n’est qu’une vitrine sur le modèle du groupe (« Montrer à notre audience ce qu’il se passe maintenant dans le monde ») pour la renvoyer vers ses vidéos en ligne. Le média 100 % digital est suivi par des centaines de milliers d’internautes sur chaque réseau : Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Vine, Tumblr et Kik. NowThis, en tout, c’est 2,5 milliards de vidéos vues par mois. Une bombe. Ça permet au média de toucher 60 % des Américains âgés entre 18 et 34 ans. Un modèle qui a convaincu Axel Springer, propriétaire du plus important groupe de presse allemand, qui a financé NowThis en 2015 à hauteur de 14 millions d’euros.

NowThis relaie l’actualité avec un rythme effréné d’une cinquantaine de vidéos par jour. Son rédacteur en chef, Ed O’Keefe (journaliste de CBS News après 13 ans au Washington Post), surnomme le média de « Netflix de l’info ». Avec une rédaction qui assume pleinement la nature politique de ses contenus : pro-contrôle des armes, féminisme, interview de Barack Obama et articles à charge de l’actuel président. La nouvelle campagne étant lancée, elle a des vidéos à soumettre à ses millions d’abonnés. Des abonnés friands de ces vidéos verticales sur mobile. Où, finalement, les images servent surtout à instaurer un rythme et à attirer le regard. Ce sont les sous-titres qui portent le véritable message. Paradoxalement, l’essor de la vidéo sur les réseaux sociaux a remis le texte au centre du discours. Et c’est ce texte, finalement, qui permet d’identifier l’origine du contenu parmi les millions de courtes vidéos venues du monde entier. Car pour éviter tout lien avec les États qui se cachent parfois derrière ces nouveaux médias, tous les symboles sont occultés. Toutes les vidéos sous-titrées empruntent un graphisme uniformisé.

Un « soft activism » camouflé

Pour camoufler un peu plus son « soft activism », NowThis manie d’une main de maître le mélange de genre de contenus, passant d’informations plus légères à d’autres plus politiques. Naviguant entre engagement et militantisme. « Liker » et partager ses vidéos ne s’apparentent pas à un acte militant. Et pourtant, cela contribue à faire voyager un message politique. « Un journalisme de propagande » par la masse. Mais ce modèle pourrait jouer des tours à NowThis, épinglé à plusieurs reprises par Politifact (site de fact-checking des propos des politiques américains) pour avoir propagé de fausses informations volontairement orientées. Le média new-yorkais aurait révélé une fausse théorie du complot selon laquelle CNN aurait supprimé un sondage sur Facebook montrant que la majorité des utilisateurs pensaient que Bernie Sanders avait battu Hillary Clinton lors du premier débat démocratique. NowThis aurait aussi affirmé que Trump avait menti sur la signature d’un accord de libre-échange par Bill Clinton. Que celui-ci avait bien signé.

Jean Dujardin à propos du «Daim»: «On peut faire des films comme ça aussi en France»

Quentin Dupieux résume le film pour Jean Dujardin
: «
Un homme s’en va, on ne sait pas pourquoi, il va acheter une veste et se retire dans les montagnes
».
Quentin Dupieux résume le film pour Jean Dujardin : « Un homme s’en va, on ne sait pas pourquoi, il va acheter une veste et se retire dans les montagnes ». - atelier de production.

Il y a eu Rubber, l’histoire d’un pneu. Wrong, road trip à la recherche d’un chien. Réalité qui plongeait dans la tête d’un réalisateur en quête du meilleur gémissement de l’histoire du cinéma. Aujourd’hui, Quentin Dupieux (alias Mr Oizo pour les fans de musique électro) fait appel à Jean Dujardin pour Le Daim. L’histoire d’une veste… Enfin presque. Rencontre avec le réalisateur et son acteur gentiment dissipés.

« Le Daim » semble plus accessible que vos précédents films. Vous expliquez l’histoire dans le film, celle d’une veste qui est avant tout une armure…

Quentin Dupieux : Est-ce que c’est vraiment le sujet ? En vrai, je n’en sais rien. C’est le personnage de Denise qui fait le commentaire dans le film, ce n’est pas le cinéaste qui parle.

Denise comme Georges semblent des doubles de vous…

Q.D. : Non. Le film parle un tout petit peu de moi parce que je suis plus à l’aise pour parler d’un cinéaste amateur que d’un boulanger. Mais j’espère qu’on ne retient pas que ça. Ce n’est que la couche théorique. Ce n’est qu’une des couches que j’essaie de présenter. À vrai dire, quand je regarde le film, je ne vois plus la théorie, je vois la performance des personnages et ce côté documentaire qui est nouveau pour moi. Une forme de réalisme qui m’intéressait. On n’est pas dans un univers préfabriqué comme j’ai pu le faire.

A quoi ressemblait le scénario ?

Jean Dujardin : Au film. C’est exactement ce que Quentin m’a expliqué : un homme s’en va, on ne sait pas pourquoi, il va acheter une veste et se retire dans les montagnes. Et puis, il y a un projet entre le blouson et lui. Ça m’a fait rire. C’était à la fois singulier, drôle, original, touchant, angoissant et ça me permettait de travailler quelque chose que je n’avais jamais travaillé et qui m’attirait.

Comment s’est faite la rencontre entre vous ?

J.D. : Quentin, je connaissais ses films, mais je ne le connaissais pas personnellement. Je crois qu’on s’est compris directement. On n’a pas beaucoup théorisé, on a travaillé sur le plateau.

Vous ne théorisez jamais vos films ?

Q.D. : Jamais. Pour moi, c’est quasi automatique. Je laisse mon inconscient faire le boulot la plupart du temps. Il y a une logique et des théories que tout le monde aime décortiquer, c’est normal, le cerveau cherche à comprendre, mais pour moi, ce n’est pas le cœur de mes films. Je fais confiance à des idées sensorielles, même si j’ai aussi besoin d’installer une logique. J’aime qu’il y ait plusieurs portes ouvertes pour que les gens imaginent des choses et se fassent leur propre idée. Je me positionne complètement à l’opposé des films où on vous explique tout ce qu’il faut ressentir à la seconde près.

Chez vous, le fond est dans la forme ?

Q.D. : J’ai une réponse très con et très prétentieuse, j’essaie de faire du cinéma. Pour moi, le cinéma, c’est d’abord les images. C’est devenu autre chose à cause de la télé, des modes de narration simplifiés et balisés qui ont explosé et qui ont installé des modèles hyperrigides que tout le monde a copiés. Moi, j’ai cette prétention de vouloir laisser parler l’image, de jouer sur un son, une musique et d’emmener les gens dans un univers particulier.

On retrouve une fascination pour les Etats-Unis dans vos films…

Q.D. : On me dit ça, mais pour moi, elle a été complètement consommée. J’y suis allé, j’y ai vécu sept ans, j’ai tourné quatre films en Californie avec des acteurs américains. Alors oui, Jean et moi et d’autres, on a été fasciné par Spielberg et Carpenter plus que par La Soupe aux choux, c’est ce qui nous a nourris. Mais j’ai vu ce qu’était le système américain – même si mes films tournés là-bas l’étaient avec de l’argent français – et ce n’est pas pour moi.

« Le Daim » m’a un peu fait penser à « Grave », ce mélange de film d’auteur à la française et de cinéma de genre…

J.D. : C’est intéressant. Parce que Grave a fait énormément de bien au cinéma français. C’est très réconfortant. Ce film nous a donné envie de ne plus aller voir ailleurs. Soudain, on pouvait faire des films comme ça aussi en France. Moi, ça me fait plaisir.

Elections 2019: une coalition minoritaire, pas forcément la solution la plus démocratique

Jean-Marc Nollet. Décodage

Par Maxime Biermé

Élections 2019 ,

Affaire Dries Van Langenhove: Zakia Khattabi menace de ne pas prêter serment

Zakia Khattabi a fait savoir qu’elle refusera de prêter serment à la Chambre si Dries Van Langenhove assisstait le président. Elle affirme agir en son nom propre et non au nom de celui de son parti.
Zakia Khattabi a fait savoir qu’elle refusera de prêter serment à la Chambre si Dries Van Langenhove assisstait le président. Elle affirme agir en son nom propre et non au nom de celui de son parti. - Belga

La co-présidente d’Ecolo, Zakia Khattabi, élue à la Chambre des représentants le 26 mai n’entend pas prêter serment ce jeudi si Dries Van Langenhove, le député Vlaams Belang, est maintenu dans ses fonctions d’assistant du président de la Chambre.

Ce jeudi, les nouveaux élus du Parlement fédéral doivent prêter serment. Comme le président de la nouvelle Chambre n’est pas encore désigné à ce stade, le réglement de l’assemblée prévoit que la séance soit présidée par le plus ancien député, assisté des deux plus jeunes. Le plus ancien, c’est Patrick Dewael (VLD). Et les deux plus jeunes, sont Mélissa Hanus (PS) et Dries Van Langenhove (Vlaams Belang). Et c’est ici que le bât blesse. Car Dries Van Langenhove, c’est le fondateur du mouvement Schild en Vrienden, un groupement dont certains membres (il n’est pas démontré que Van Langenhove en était) ont publié, sur des groupes, des photos et montages d’un racisme inqualifiable.

Dries Van Langenhove inculpé

A cette situation déjà grave s’est ajouté le fait que Dries Van Langenhove a été inculpé ce lundi pour des infractions possibles aux lois contre le racisme, le négationnisme et celles régissant le port d’armes. « Avant même son inculpation, j’avais dit à Jean-Marc Nollet (l’autre co-président d’Ecolo, NDLR) que je ne prêterais pas serment devant un homme dont je ne reconnais pas la moindre autorité morale. C’est une insulte à la mémoire collective et à la mienne en particulier. »

Zakia Khattabi parle en son nom et non en celui du parti

Dans la journée de mardi, Zakia Khattabil a fait part à l’agence Belga qu’elle demandait que Dries Van Langenhove soit écarté de ses fonctions d’assistant du président lors de la séance de prestation de serment, et qu’il soit écarté de la tribune. Elle va un pas plus loin : s’il n’est pas écarté, je ne prêterai pas serment. Dries Van Langenhove a accepté les conditions de sa libération conditionnelle (une visite à la caserne Dossin, lieu de mémoire de l’Holocauste, NDLR). Il reconnaît donc son négationnisme et il est exclu pour moi qu’il prenne une place de prestige dans ce que je considère comme étant le temple de la démocratie. » Zakia Khattabi précise, elle parle en son nom propre. « Je ne m’engage pas pour les autres députés de mon parti, mais je reste cohérente. Je suis une militante anriraciste. » Et elle ajoute qu’elle pourra prêter serment à la séance suivante, la semaine prochaine. « Le bureau sera alors constitué et le président n’aura plus d’assistant. »

D’autres partis francophones ont embrayé à l’appel de Zakia Khattabi, sans toutefois aller jusqu’à menacer de ne pas prêter serment. Ainsi, le PS a fait savoir que Mélissa Hanus, elle aussi désignée comme assistante du président, ne monterait pas à la tribune aux côtés du président et de Dries Van Langenhove. « La seule présence du Vlaams Belang dans une assemblée parlementaire, qui plus est au perchoir, est une flétrissure à la démocratie », dit Ahmed Laaouej, chef de groupe socialiste. Il ajoute que le réglement prévoit, certes, que le président soit assisté par les deux plus jeunes députés, mais « le président peut investiguer pour voir si le règlement peut permettre que Dries Van Langenhove n’aille pas à la tribune. »

Le MR a également réagi. Denis Ducarme a soutenu l’appel de Zakia Khattabi. Le chef de groupe MR, David clarinval a, de son côté, demandé aux services juridiques de la Chambre de voir si d’autres personnes pouvaient être désignées pour assister le président.

Aux dernières nouvelles, l’écartement pur et simple de Dries Van Langenhove s’avérait juridiquement compliqué.

Jugement sévère de la Commission européenne sur le plan climat belge

Jugement sévère de la Commission européenne sur le plan climat belge
Pierre-Yves Thienpont

Ce mardi, la Commission européenne a rendu public son avis concernant les plans nationaux énergie-climat présentés par les Etats membres pour la période 2021-2030. Comme on s’y attendait, elle ne les juge pas compatibles avec les engagements pris collectivement par l’Union lors de la signature de l’accord de Paris en décembre 2015 et elle appelle les Etats à en faire davantage.

Le bulletin belge n’échappe pas à l’examen attentif des services européens. Comme on s’y attendait, il récolte un certain nombre de critiques. Pour l’exécutif européen, il manque d’ambition tant en matière d’énergie renouvelable que d’efficacité énergétique. Sur une série de points, il reste trop flou et les politiques envisagées manquent de précision. Les politiques actuelles, rappelle la Commission, mèneront à une réduction de nos émissions de 13 % en 2030 par rapport à 2005. Or, nous devons arriver à -35 %.

La Commission critique par ailleurs le manque d’intégration du document belge qui ressemble davantage à un empilement de quatre plans non coordonnés non concertés qu’à une véritable démarche commune. « Des efforts substantiels et une volonté politique considérable sont nécessaires pour réaliser un plan national mieux intégré », estime ainsi l’exécutif européen. Ce plan serait par ailleurs un outil « pour faciliter la coopération entre les différentes autorités responsables en matière de transition énergétique ».

La Belgique, dit le rapport de la Commission, doit « compléter les informations sur les politiques et mesures nécessaires pour atteindre une réduction d’émission dans les secteurs non-industriels de 35 % en 2030, dit la Commission. « L’essentiel des réductions d’émissions doit intervenir dans les secteurs du bâtiment et des transports », rappelle-t-elle. La Belgique doit donner plus de détails sur ces secteurs, les réductions prévues et les mesures envisagées. De précédents avis avaient déjà pointé le caractère très vague des intentions belges.

Pousser les renouvelables

La Belgique doit par ailleurs « augmenter sensiblement le niveau de son ambition en matière d’énergie renouvelable », dit l’Europe pour atteindre au moins 25 % de la consommation en 2030 et établir une trajectoire indicative pour y arriver. Le chiffre actuel prévu dans le plan belge est de 18,3 %. Un sérieux effort sera donc nécessaire et la Commission demande des « politiques et mesures détaillées et quantifiées » dans le domaine. Il faut une attention particulière au secteur du chauffage et du refroidissement et diversifier les renouvelables dans le secteur du transport, juge la Commission.

La Belgique doit également relever le curseur de l’ambition en matière de réduction de la consommation d’énergie finale, estime le rapport et prendre des mesures additionnelles permettant de réaliser des économies d’énergie supplémentaires d’ici à 2030.

Plus de clarté est également demandée sur le financement (objectifs et montants-cibles nationaux) de la recherche et de l’innovation en matière énergétique et identifier les subventions aux énergies fossiles et les actions à prendre pour les éliminer. Selon une évaluation très prudente du bureau de consultance Climact réalisée pour le WWF, la Belgique soutiendrait les énergies fossiles à hauteur d’un peu moins de 3 milliards d’euros par an.

Que va-t-il se passer maintenant ? Chaque Etat membre doit amender et améliorer son plan et le soumettre, définitivement cette fois, à la Commission. Le délai pour la présentation des plans définitifs est fixé au 31 décembre 2019. Les Belges ont déjà réfléchi à des procédures, mais il n’est pas certain qu’elles déboucheront sur une meilleure intégration des approches régionales et fédérale. Chaque entité réexaminera sa partie du plan et y apportera éventuellement des améliorations. Dans un processus dont l’absence de transparence est toujours aussi critiquée, celles-ci seront soumises à un « contrôle politique » ultime à la fin de l’automne. Puis approuvée par le comité de concertation fédéral-Régions « au plus tard le 18 décembre 2019 ».

Grand format - Obtenir la confiance des SDF: la mission d’une psychiatre de rue

Grand format - Obtenir la confiance des SDF: la mission d’une psychiatre de rue

Deux fois par mois souvent le vendredi, Akila Elmaouhab rejoint le siège de Carolo Rue, un service d’urgence sociale dans le giron du CPAS de Charleroi. En Wallonie, elle est la seule psychiatre à travailler en rue, à « zoner ». Il s’agit d’aller à la rencontre de celles et ceux qui vivent en grande précarité. « Les centres d’hébergement et d’accueil leur imposent des contraintes très éloignées de leurs réalités », explique Alisson, l’éducatrice de rue qui l’accompagne sur le terrain. « Il y a des horaires et une discipline à respecter, il y a l’interdiction de boire et de se droguer. Un toxicomane qui est en manque éprouve une grande douleur physique : sa priorité, c’est de la soulager en trouvant des produits ou de l’argent pour en acheter, pas d’avoir un lit pour dormir au chaud. »

Le travail de la psychiatre de rue ouvre les portes de ce qui apparaît comme un monde parallèle. Proche par la distance mais éloigné par ses règles, il est fait de lieux de vie inattendus : le porche d’une église où des sacs de couchage sont déjà alignés, l’entrée d’un magasin désaffecté où Y. vient de se faire une injection d’héroïne, le squat de Titi qui en détient les clés, le bosquet où un SDF a installé sa tente, le sous-sol désaffecté d’un bâtiment public. Au milieu de ce chaos, des problèmes d’assuétudes et de santé mentale qui augmentent en nombre et en complexité.

Parler aux gens en rue, c’est déjà à portée thérapeutique

La psychiatre s’efforce de répondre aux besoins de l’urgence, tout en créant du lien : orienter les gens vers le réseau ou un cabinet médical, les faire hospitaliser si leur état l’impose. La rue abîme, démolit, déstructure : on y est seul, même quand on se retrouve à plusieurs. On n’y a droit à rien : le manque d’attention et de considération fait perdre jusqu’à l’estime de soi. Si vous y ajoutez l’alcool et la drogue, c’est une bombe. Akila ne consulte pas en rue. « Le cadre ne convient pas à la consultation. » Elle n’y prescrit rien non plus. « Je suis là dans un but de soutien, d’écoute et d’orientation : parler aux gens en rue, c’est déjà à portée thérapeutique. Il m’est arrivé d’accompagner des patients aux urgences psychiatriques parce qu’ils présentaient des troubles ou une fragilité psychique. » Akila se souvient d’une personne en pleine décompensation maniaque : « exaltation de l’humeur, logorrhée, euphorie, le sujet présentait tous les symptômes d’une crise », raconte-t-elle. Avec l’éducatrice de rue qui l’accompagnait ce jour-là, elle l’a conduit jusqu’à la permanence psychiatrique du CHU de Charleroi pour qu’il soit pris en charge et soigné. « En fait quand on part en zonage, on ne sait jamais comment ça va se passer ni qui on va croiser », confie celle qui ne se présente jamais comme médecin de prime abord.

Dans les rues de Charleroi avec Akila, psychiatre

Pendant trois heures l’après-midi, et parfois en soirée de 16 à 22h, c’est à pied qu’elle sillonne un quartier, le plus souvent en binôme avec un éducateur de rue qui connaît parfaitement le terrain : Alisson est sa partenaire du jour. Assistante sociale de formation, cette dernière ne se voyait pas recevoir les usagers au guichet d’une permanence du CPAS. « Au bureau, les gens manquent de naturel et de sincérité. En partant à l’extérieur les retrouver où ils vivent, il n’y a pas d’attente de l’un par rapport à l’autre, ni de position d’autorité. En fait, je vais chez eux et c’est ce qui me plaît. » Le temps de remplir son sac à dos de petit matériel et de seringues stériles qui seront remises aux consommateurs, la voilà prête à parcourir les 5-6 kilomètres d’un circuit qui en compte régulièrement le double. Direction Charleroi ville basse.

Se retrouver en appart peut être stressant pour quelqu’un qui est habitué à dormir à la belle étoile

A un kilomètre du bureau, Alisson a repéré Dominique. Casquette vissée sur le crâne, il s’est installé sur le seuil de la vitrine d’un ancien commerce. Il fait beau. Aux côtés de Red Bull, un compagnon de galère, l’homme profite des premiers rayons de soleil. Dominique est en rue depuis 26 ans. Il en a 56. Une demi-vie à galérer entre deux ou trois quartiers où il passe la nuit. « On m’appelle l’Elégant », glisse-t-il aux travailleuses sociales. Charleroi, c’est son horizon. Il n’a quasi jamais quitté le centre-ville sauf pour aller voir sa mère aujourd’hui décédée. « Se retrouver en appart peut être stressant et déstabilisant pour quelqu’un qui est habitué à dormir à la belle étoile », raconte Alisson. Elle se souvient du cas d’un SDF qui avait vécu son retour en logement comme un traumatisme. « Il se sentait tellement mal chez lui qu’il découchait pour aller dans la rue. »

L’Elégant mange là où il trouve de quoi se remplir l’estomac. Il lui arrive d’aller manger une soupe dans un refuge. Ou ira-t-il demain ? On verra au moment venu. Sa priorité de chaque heure, c’est de trouver un endroit pour se reposer, fuir le froid en hiver et la chaleur l’été, avaler quelque chose, boire un verre. Se soigner quand il faut. « Les SDF tiennent à rester libres, et pour eux le cadre d’un règlement est une sorte de prison », explique Alisson. JM qui a installé son couchage dans le porche de l’église des Jésuites a adopté Andy, une jeune chienne âgée de 2 ans qu’un vétérinaire soigne gratuitement. Aller avec elle à l’abri de nuit ? « Sûrement pas. Je serais obligé de la laisser au chenil à l’entrée. Nous sommes bien mieux ici ! » En échange du droit de loger là, le curé lui demande de balayer. Le lieu offre l’impression d’un gigantesque loft, au moins 200 mètres carrés. « C’est ça aussi le travail de rue », explique Akila : « il faut accepter le droit à la non-demande, ne jamais être dans le jugement. » Ce qui peut être parfois frustrant pour le médecin qu’elle est. Alisson est d’accord : « nous n’avons aucune autorité pour leur imposer d’aller ailleurs que là où ils veulent être, de faire ce qu’ils n’ont pas envie. Des gens nous le reprochent, ne comprennent pas que l’on laisse une personne dormir sur un trottoir. Tant qu’il n’y a pas péril pour sa sécurité ou sa santé, nous ne pouvons pas agir. » JM parle du logement qu’il va bientôt rejoindre. Ce sera le mois prochain, sourit-il, « des amis nous accueillent avec Andy. » Mais selon les éducateurs, il racontait la même chose le mois précédent.

Il ne faut jamais être dans le jugement

Akila et Alisson discutent avec bienveillance. Quelques mots. Parfois un sourire. Devant l’entrée du shopping Rive Gauche, L. qui fait la manche est surpris que l’éducatrice connaisse son prénom. Il a le regard fuyant. L’échange est chaleureux mais L n’a besoin de rien. A l’écoute des propos et des comportements, la psychiatre évalue la cohérence de sa demande, pose des prédiagnostics : schizophrénie, tendances bipolaires, délires hallucinatoires, troubles dépressifs… « Chez les plus vieux, l’incohérence peut traduire des problèmes de sénilité. En fait, mon premier point d’attention c’est la précarité, des gens ne sont parfois pas conscients de leur état. Les soins psychiatriques passent après. »

Dans l’entrée d’un ancien magasin, Y. est allongé, inexpressif et inerte. Il faut s’en approcher pour s’assurer qu’il est en vie. Alisson le remue lentement, lui demande s’il va bien. Complètement shooté, Y. hoche la tête : ça va. Dans un sachet, elle dépose devant lui une seringue neuve. « On ne peut rien faire d’autre sinon réduire les risques ».

A l’entrée de Rive Gauche, S. s’est assis par terre et joue de la guitare. C’est un autre habitué du quartier, il vient ici chercher un peu d’argent et voir du monde. Akila et Alisson s’accroupissent pour se mettre à sa hauteur. Une conversation s’engage, apaisée. « C’est très rare, mais il arrive que des SDF soient dans la révolte. Ils nous crient dessus, mais nous savons que ce n’est pas dirigé contre nous. » Les travailleurs de rue ont été formés à la gestion de conflits. « Pour les apaiser, nous utilisons la seule arme dont nous disposons : la parole », confie Akila. « Mais nous n’insistons pas s’il y a de la résistance ou un refus. Il faut rester vigilant. La sécurité de l’équipe est primordiale. » S. est calme, son sourire est éclairé par une douce lumière estivale. « S’il vous plaît, ne photographiez pas mes dents. »

en chiffres

1/3

Carolo Rue a noté dans ses chiffres que plus d’une personne sur trois souffrait d’assuétude à l’alcool. Dans des chiffres de 2015 publiés par l’Institut scientifique de la Santé publique, ces chiffres s’élevaient à 10 % de la population totale.

16 %

Concernant les troubles de santé mentale, l’ASBL les évalue comme touchant 16 % de la population prise en charge. Selon les troubles (anxieux, dépression, pensées suicidaires ou tentatives de suicides), ces chiffres évoluent entre 5 et 11 % pour la population totale.

L’état de santé bucco-dentaire constitue l’un des marqueurs d’une santé physique dégradée. « Comparés à la population générale, par âge et par sexe identique, les SDF sont beaucoup plus nombreux à souffrir de ces problèmes », constate l’éducatrice.

Retour au siège de Carolo Rue où Akila et Alisson retrouvent N., la soixantaine, qui a installé son couchage sur le seuil. Cette femme SDF a longtemps vécu à l’abri des regards. A force de rencontres, elle a accepté le contact des travailleurs de rue, a appris à leur faire confiance. Elle dort depuis peu devant leur local. Quelques SDF sont sortis de l’accueil de soirée qui se tient en dessous : ils fument une cigarette et discutent, c’est la fin de la journée et le début du week-end. C’est quoi d’ailleurs, un week-end ?

Etats-Unis: l’immigration clandestine restera l’immuable priorité de Donald Trump

Donald Trump s’était rendu, en avril dernier, le long de la frontière américano-mexicaine - ici près d’une section du mur en Californie.
Donald Trump s’était rendu, en avril dernier, le long de la frontière américano-mexicaine - ici près d’une section du mur en Californie. - Reuters.

Donald Trump se lit parfois comme un livre ouvert. Lorsqu’il est attaqué, critiqué, ou quand il se perçoit en position de faiblesse temporaire, il contre-attaque, violemment, immédiatement, en frappant toujours plus fort. D’une pierre, deux coups : il accule ses détracteurs, et détourne l’attention de ses propres déboires médiatiques.

Les incidents récents, des dérapages potentiellement lourds de conséquences comme cette interview avec ABC News suggérant qu’un partage de renseignements avec une puissance étrangère contre ses adversaires politiques était acceptable, renvoyaient une image écornée ? Le président des Etats-Unis n’a même pas attendu le lancement de sa campagne officielle de réélection mardi soir en Floride - dans la nuit à Bruxelles -, pour faire feu de tout bois. Il a annoncé dès lundi soir, via son compte Twitter, que les services de douanes et d’immigration (ICE, pour « Immigration and Customs Enforcement ») allaient « expulser à partir de la semaine prochaine des millions d’étrangers illégaux qui ont réussi à rentrer aux Etats-Unis de manière illicite » et que ces sans-papiers « allaient être expulsés aussi vite qu’ils entrent dans le pays ».

Des similitudes avec 2016

Le plan, baptisé « Rocket Docket » et ourdi depuis des mois par l’Administration Trump, confirme si besoin était que la campagne de réélection 2020 présentera de grandes similitudes avec celle de 2016. La surprise est éventée, le trublion du camp républicain de l’été 2015 ayant réussi l’exploit de se hisser à la Maison Blanche. Le choc et l’effroi demeurent : Donald Trump, en lançant un haro sur les latinos clandestins, démontre qu’il croit toujours dans les vieilles recettes. Lors de sa fameuse « descente d’escalator » à la tour Trump de Manhattan, le 16 juin 2015, il avait ouvert les vannes, et la fascination médiatique pour sa candidature, en dénonçant une « invasion de violeurs et d’assassins » venue du Sud.

Quatre ans plus tard, le chef de l’État demeure persuadé que cet argument n’a rien perdu de sa valeur et constitue le ciment de sa base populaire, estimée à 30 ou 35 % du corps électoral. L’abrogation du régime d’assurance-maladie universelle, dit Obamacare, ayant échoué, les effets à court terme de la réforme fiscale de 2018 s’étant déjà taris, ce sont « les criminels, les violeurs et les trafiquants de drogue » supposés, qui feront gagner Donald Trump une seconde fois.

Un atout pour les démocrates ?

Or, le plan « Rocket Docket » n’a guère de chances de réussir. Le Washington Post a obtenu de source interne à l’ICE que les services des douanes n’avaient pas été avertis au préalable de l’annonce présidentielle, alors qu’une telle opération requiert de la confidentialité, une coordination du renseignement en amont, et des effectifs… présentement indisponibles car mobilisés aux frontières. L’interpellation de milliers de familles aggrave en outre le risque de séparation accidentelle des parents de leurs enfants, les premiers étant illégaux et les seconds, pour ceux nés sur le sol des Etats-Unis, étant des citoyens à part entière.

A l’aune de ces difficultés, le thème de l’immigration pourrait ouvrir des lendemains prometteurs au camp démocrate, suggère Frank Sharry, directeur exécutif du think tank pro-immigration America’s Voice. « Trump est convaincu », écrit Sharry dans USA Today, « que l’immigration est un ticket politique gagnant, que diaboliser les immigrants, renforcera son image d’homme fort aux cris de “build the wall” (construisons le mur) de ses supporters. Nombre d’experts sont du même avis. Et pourtant, je pense que les démocrates, avec un peu d’audace et d’inspiration, pourraient faire de l’immigration son talon d’Achille. En 2016, Trump a surfé sur une vague de racisme et de xénophobie et clamé victoire. Lors des midterms de 2018, il évoquait des “caravanes” de criminels et de terroristes. Et là, les républicains ont encaissé une des pires défaites de toute l’histoire américaine. Un président futé aurait déjà compris : son obsession avec l’immigration excite la base de ses supporters, mais elle aliène durablement tous les autres électeurs ».

Derrière Platini, la cible c’est Sarkozy

La justice française s’intéresse en particulier à «
une réunion secrète
» au Palais de l’Elysée le 23 novembre 2010, à laquelle participaient Nicolas Sarkozy, le prince du Qatar, Tamim bin Hamad al-Thani, et Michel Platini, alors président de l’UEFA et vice-président de la Fifa.
La justice française s’intéresse en particulier à « une réunion secrète » au Palais de l’Elysée le 23 novembre 2010, à laquelle participaient Nicolas Sarkozy, le prince du Qatar, Tamim bin Hamad al-Thani, et Michel Platini, alors président de l’UEFA et vice-président de la Fifa. - MAXPPP

M ediapart a sorti l’information ce mardi matin. Dans la foulée de cette révélation, Le Monde écrit notamment que l’audition de Michel Platini, dans les locaux de l’Office anticorruption, « visait des faits présumés de corruption active et passive de personne n’exerçant pas de fonction publique ». L’ex-meneur de jeu des « Bleus », qui a admis avoir voté pour le Qatar, après avoir changé d’avis au détriment des États-Unis, avait déjà été entendu une première fois en décembre 2017.

La justice française s’intéresse en particulier à « une réunion secrète » au Palais de l’Elysée le 23 novembre 2010, à laquelle participaient Nicolas Sarkozy, le prince du Qatar, Tamim bin Hamad al-Thani, et Michel Platini, alors président de l’UEFA et vice-président de la Fifa. Sophie Dion, ex-conseillère au sport du président de la République, et Claude Guéant, ex-secrétaire général de l’Elysée, condamné pour le financement de la campagne de son patron par des fonds libyens (2007), auraient également figuré parmi les convives. En tout cas, ces deux anciens collaborateurs ont également été entendus hier, mais relâchés, Claude Guéant avec le statut de « suspect en liberté » d’après Le Monde.

Ce repas s’était tenu dix jours avant le vote pour l’attribution des Coupes du monde 2018 (Russie) et 2022 (Qatar) organisé le 2 décembre 2010. Fait troublant mais jamais avéré, Platini aurait reçu aussi un Picasso en 2014 de l’ex-numéro 1 de la fédération russes.

« Je savais que je voterais pour le Qatar avant cette invitation », avait déclaré Michel Platini dans une interview au journal Le Monde en mai 2018.« Je m’étais rendu à l’Elysée pour le communiquer au président Sarkozy. J’ignorais que le Qatar aurait été présent ce soir-là. Je supposais que Nicolas Sarkozy voulait que je vote pour le Qatar, mais il ne me l’a jamais demandé. J’ai ensuite appelé Sepp Blatter pour l’informer de cette réunion. »

A cette époque, les relations entre Michel Platini et Sepp Blatter, président de la Fifa, soit les deux plus puissantes personnalités du football, filait sur une fibre d’admiration réciproque, a priori indestructible. C’était avant ce vote incriminé du 2 décembre 2010, ou plutôt les très fortes suspicions inhérentes qui ont a posteriori précipité leur chute.

Le FBI met le feu au lac

La désormais historique descente de la police suisse à la fine pointe de l’aube du 27 mai 2015 à l’hôtel Baur au Lac, où logeaient les pontes de la Fifa à la veille de leur congrès électif, et Sepp Blatter, favori pour un 5e mandat, n’aura été que la cause directe de cet écroulement vertical d’une certaine idée de la gouvernance du football mondial.

Cette descente et la perquisition du siège de la Fifa à Zurich avaient été demandées par la justice américaine, braquée sur Jack Warner, président de la Concacaf, basée à Miami, et incarnation du haut niveau de corruption au sein de la Fifa. Cette double action policière avait mis au jour le « système Blatter » régissant de manière intéressée les droits télévisuels, le marketing et les… attributions des Coupes du monde.

Aigris pour avoir été dribblés par l’émirat ou mus par la volonté de mettre hors jeu cet état arabique, notoirement bras armé du terrorisme islamique, les États-Unis, par l’entremise du FBI, avaient tendu un second coup de filet, quelques mois plus tard, le 3 décembre 2015 très exactement. Loretta Lynch, l’ex-ministre américaine de la justice, avait encore eu l’hameçon heureux : des eaux troubles, sa nasse avait remonté cinq membres ou anciens membres du Comité exécutif, l’aréopage de la Fifa votant alors, pour l’attribution des Coupes du monde. A sa demande, les autorités helvétiques avaient vérifié à l’époque un flux d’activités soutenu sur les comptes bancaires de la Fifa liées à cette double attribution Russie-Qatar.

On en arrive, par la bande, à Michel Platini.

Le million huit de Sepp à Platoche

Conformément à la loi suisse, le procureur confédéral, Michel Lauber, avait aussi fait inventorier les comptes bancaires des 22 votants du Comité exécutif, dont Michel Platini. Et c’est de ce minutieux examen qu’a fait surface le fameux million huit viré par la Fifa au profit du Français sur ordre de Blatter en 2011.

Avec les suspensions de Platini et de Blatter pour une durée 8 ans de toute activité liée au football, par la Chambre de jugement de la commission d’éthique de la FIFA, pour « conflit d’intérêt » et de « gestion déloyale », ramenée à 4 et 6 ans par le Tribunal d’arbitrage du sport (TAS) en décembre 2015, ce n’est pas moins que les trois-quarts du Comité exécutif qui avaient participé au vote du 2 décembre 2010, qui ont été condamnés d’une façon ou d’une autre. Dix-sept membres sur 22.

Au-delà encore du vote pro-Qatar, le Parquet national financier (PNF) décortique toutes les relations entre Paris et le Qatar, dont la plupart, le rachat du PSG, l’arrivée de beIN SPORTS dans le paysage audiovisuel français, l’entrée de Nicolas Sarkozy dans le conseil d’admninistration d’Accor (dont le Qatar est actionnaire) ont précisément débuté après ce repas du 23 novembre 2010. Et autour des deux tables : Michel Platini et l’ancien président français.

Via son enquête, la justice tente de déterminer si les principaux intéresseés ont bénéficé de financement à titre personnel en provenance de l’émir. Pour Nicolas Sarkozy, cette nouvelle affaire s’ajouterait à d’autres, notamment le financement de sa campagne électorale par le régime libyen de Mouammar Kadhafi.

Elections 2019: le retour du Belang fait peu de vagues au parlement flamand

Herman De Croo (VLD) avait retardé sa retraite politique pour empêcher que la tribune du parlement flamand soit dominée intégralement par le Vlaams Belang. © Belga.
Herman De Croo (VLD) avait retardé sa retraite politique pour empêcher que la tribune du parlement flamand soit dominée intégralement par le Vlaams Belang. © Belga.

La scène est cocasse mais illustre la situation politique que connaît la Flandre depuis le nouveau « dimanche noir » du 26 mai. Herman De Croo, du haut de son demi-siècle d’ancienneté en tant que parlementaire, présidait mardi la première séance plénière du parlement flamand. L’ancien président du VLD était pour l’occasion flanqué des deux plus jeunes députés du nouvel hémicycle. Poliment, il les a invités à tirer au sort l’ordre de passage des prestations de serment des 124 membres élus aux élections régionales.

Rien de plus banal, la tradition a été respectée. Sauf que les mains étaient moins innocentes que les visages juvéniles d’Adeline Blancquaert et Filip Brusselmans, respectivement 22 et 23 ans, le laissaient croire. Ces deux-là ont été élus sur une liste du Vlaams Belang. Réduit à l’état de poussière par la N-VA il y a cinq ans, le parti désormais dirigé par Tom Van Grieken a bondi de 5,9 à 18,5 %, ce qui lui vaut de décrocher 23 sièges. C’est moins que le record de 2004, mais si on ajoute ceux de la N-VA, on arrive à un total de 58 députés nationalistes souhaitant le « confédéralisme » ou la fin de la Belgique.

Filip Dewinter lit le journal

Herman De Croo avait donc accepté de présider une dernière fois l’assemblée pour empêcher le Vlaams Belang d’occuper l’intégralité du perchoir. S’il n’avait pas renoncé pour quelques heures à sa retraite politique, sa place aurait été occupée par Filip Dewinter, visage emblématique de l’extrême droite flamande. Ce dernier n’a pas caché son mécontentement, ne sortant le nez de son journal que pour applaudir les prestations de serment des députés issus des rangs de son parti.

Quoi d’autre ? Pas grand-chose. Fidèles à leur nouvelle ligne qui se veut plus « lisse », à l’image des mèches de cheveux parfaitement plaquées et des costumes bien coupés, les nouveaux élus du Vlaams Belang n’ont pas fait de vague. « Ils n’auraient pas osé perturber le déroulement », tonne Herman De Croo. « Je les avais mis en garde que je n’aurais pas hésité à être brutal ! Je n’aurais rien laissé passer, mais bon, cela n’a pas été nécessaire. »

« 82 % des Flamands ne sont pas Vlaams Belang »

On sentirait l’homme d’Etat presque blasé face à la percée des extrêmes. « Elle est importante, mais 82 % des Flamands ne sont pas Vlaams Belang ! Ce n’est pas la première fois qu’on voit ça. Je crois qu’il ne faut pas en vouloir au thermomètre qui vous indique une augmentation de la température mais soigner le malade. Même si je n’irais pas jusqu’à dire que nous sommes malades. »

Herman De Croo n’hésite tout de même pas à qualifier la nouvelle attitude du Belang d’« hypocrite » et rappelle que son parti, le VLD, n’acceptera jamais de monter dans une coalition avec l’extrême droite. « Ils nous ont proposé un défilé de mode ce mardi, avec leurs cravates et leurs gilets, mais c’est uniquement de la parade, pour bien présenter. Je n’ai pas oublié mes visites dans des camps de concentration. Cela a toujours commencé par des gens qui se disaient que cette idée n’était peut-être pas si mauvaise que ça… »

La présidente de Groen dissipée

Sages, très sages, les élus du Belang n’ont tout de même pas pu se retenir face à la provocation de l’élève dissipée de la classe. Meyrem Almaci, la présidente de Groen, a juré fidélité à la Constitution et, dans la foulée, « de défendre tous les droits humains ». Rappelée à l’ordre par Herman de Croo puisqu’elle était sortie du texte officiel, elle a dû recommencer sous les brouhahas du Belang et de certains membres de la N-VA. « Rien que cette attitude est quelque chose qui m’inquiète », glisse l’écologiste flamande. « Dans ces moments de turbulence où certains montent les gens les uns contre les autres, il faut s’intéresser aux frustrations mais sans remettre en question les droits fondamentaux. Il faut rappeler que tous sont égaux devant la loi. Leur réaction est quand même bizarre. Cela en dit déjà beaucoup… »

La tension est rapidement retombée. Herman De Croo a été chaleureusement applaudi après son discours de clôture. Son siège sera occupé pour un intérim indéterminé par Kris Van Dijck (N-VA), jusqu’à ce qu’une coalition soit trouvée par le formateur Bart De Wever.

L’Europe hésite sur la voie du zéro carbone

Les intentions belges en matière d’énergie renouvelable seront sans doute jugées insuffisantes par la Commission européenne.
Les intentions belges en matière d’énergie renouvelable seront sans doute jugées insuffisantes par la Commission européenne. - Alain Dewez.

L’Union européenne doit-elle se fixer un objectif de neutralité carbone pour 2050 ? La question sera sur la table du Conseil européen qui réunira les 28 chefs d’Etats jeudi et vendredi à Bruxelles. Si plusieurs Etats membres – Royaume-Uni et Finlande acté, l’Allemagne et la Slovénie évoqué – visent un objectif « zéro net émission », l’Union en tant que telle ne l’a pas fait. Selon les derniers pointages, une majorité de pays (18) approuveraient l’idée de la décarbonation. Et une dizaine d’autres (la plupart des pays d’Europe centrale) n’ont pas formellement pris position.

Une formalité que de l’approuver cette semaine ? Pas si sûr. La Pologne et la Bulgarie se font tirer l’oreille et ne se laisseraient convaincre que moyennant une concession de leurs partenaires sur un soutien budgétaire accru. Mais aucun point budgétaire n’est prévu cette semaine… Ce qui mène certains diplomates à considérer que « le dossier n’est pas mûr ». « Politiquement, cela va passer un jour ou l’autre, dit un expert. Mais peut-être pas tout de suite. » « Il est clair, conclut cependant un autre, que la dynamique de ces derniers mois a favorisé l’extension de la “tache d’huile” favorable à une neutralité carbone. Il reste des derniers réfractaires, mais l’idée fait son chemin. »

L’Europe attendue à New York

Et pourtant le temps presse. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, organise un sommet spécial des Nation unies consacré au climat, le 23 septembre prochain à New York. Il invite les chefs d’Etat en leur demandant de se présenter avec de nouveaux engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre. On sait en effet que les promesses actuelles sont insuffisantes pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris – maintenir l’élévation de la température moyenne bien en dessous de 2ºC par rapport à l’ère préindustrielle et poursuivre les efforts pour arriver à 1,5ºC. Guterres attend les Européens au tournant, a-t-il indiqué dans une lettre adressée au président du Conseil Donald Tusk : « Je compte sur vous, une fois de plus, pour démontrer le leadership de l’Union européenne. »

La dernière version des conclusions du Conseil auquel Le Soir a eu accès ne mentionne ni l’objectif de neutralité carbone, ni la date de 2050, mais contient une circonlocution reconnaissant « l’importance » du sommet de New York dans « l’intensification de l’action climatique » pour atteindre les objectifs de Paris. Le document invite aussi la Commission et la future présidence finlandaise à avancer le travail pour dessiner un cadre afin de parvenir à une Europe « climatiquement neutre » en ligne avec l’accord de Paris. Un accord là-dessus devant intervenir au début 2020. Peut-on voir entre les lignes, comme disent des optimistes, une référence à une neutralité carbone en 2050 ? « Il y a moyen d’aller à New York en affirmant que le sommet européen l’a décidé », estime un expert.

Pour la société civile, c’est insuffisant. Les mouvements de mobilisation citoyenne, la poussée des Verts aux élections européennes et les derniers rapports scientifiques sur le changement climatique confortent les ONG dans la conviction que le moment est opportun pour pousser leurs thèses. « L’accord sur l’objectif zéro carbone en 2050 est toujours possible, affirme Wendel Trio, directeur du Climate action network européen. « Si l’Union européenne a quelque chose à offrir au sommet de New York, cela doit être décidé maintenant ».

La Belgique ambitieuse ou pas ?

Le fait que l’Allemagne semble s’être récemment convertie à cette thèse n’est pas innocent. La Belgique poursuivra-t-elle sur la voie ambitieuse tracée par le Premier ministre en affaires courantes Charles Michel (MR) lors du dernier sommet informel des chefs d’Etat  ? On sait que la Flandre a rappelé le fédéral à l’ordre en lui contestant le droit de prendre cette initiative. Mais depuis lors, aucune concertation intrabelge n’a plus eu lieu sur le sujet, même si la Flandre a redit son opposition. Quid au sommet de Bruxelles ? « Nous sommes considérés comme étant “à bord”  », dit un expert. « Cela a déplu, mais la Belgique s’est engagée politiquement », juge un autre.

Derrière cette discussion sur le long terme se cache un autre débat, sur les objectifs pour 2030. « Si on valide l’option zéro carbone en 2050, par cohérence, il faut réviser le rythme actuel de réduction des émissions », indique un proche du dossier. L’Union a annoncé qu’elle réduirait ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % en 2030 par rapport à 1990. Mais ce chiffre n’est pas compatible avec l’accord de Paris. D’où la demande faite par Guterres aux Européens de relever leur objectif à – 55 %. « Ce serait un message puissant », dit-il. Mais plus concrète et plus immédiate, cette discussion s’annonce aussi beaucoup plus délicate. Pour éviter trop de tensions, on se contentera sans doute de confier à la prochaine Commission et à la prochaine présidence du Conseil le soin de préparer des propositions pour relever l’ambition européenne dans les mois qui viennent.

UE: le train de l’Europe passe sous le nez de Skopje et Tirana

Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, avait insisté, dès lundi, sur l’importance du timing...
Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, avait insisté, dès lundi, sur l’importance du timing... - EPA.

L’ambiguïté soigneusement entretenue par les Européens sur la délicate question de l’élargissement futur de l’UE s’est confirmée, mardi. Réunis mardi à Luxembourg (c’est la tradition, au mois de juin…), les ministres en charge des Affaires européennes ont réitéré « leur engagement » en faveur de l’élargissement, une « politique clé » de l’UE. Et salué l’accord « historique » de Prespa – la réconciliation inespérée entre Skopje et Athènes, qui se disputaient l’appellation « Macédoine ». Mais dans les faits, les capitales ont décidé… de ne pas décider, malgré la solide recommandation de la Commission européenne d’ouvrir sans délai des négociations d’adhésion à l’UE avec la Macédoine du Nord et de l’Albanie, deux petites nations des Balkans occidentaux enclavées entre des pays de l’Union.

Le langage finalement agréé au terme de longues discussions opère même un recul par rapport à celui rédigé en juin de l’an dernier après treize heures de tractations entre ministres. Cette fois, tout en prenant « bonne note » de la recommandation de la Commission, ils promettent de revenir sur la question plus tard, « avec l’objectif d’atteindre une décision substantielle et claire aussi tôt que possible et pas plus tard qu’en octobre prochain ».

Le frein allemand

Un an plus tôt, le Conseil faisait miroiter la décision d’ouvrir ces négociations en juin de cette année, certes assortie de conditions : les ministres « posaient les jalons ». Une première Conférence intergouvernementale (l’entrée concrète en pourparlers) était même évoquée « d’ici la fin de 2019 ». Un an plus tard, la référence à 2019 a disparu.

Ce recul s’explique en partie par l’Allemagne. Le commissaire Hahn en charge de ces négociations veut croire que l’issue sera positive en octobre. Et d’assurer que le problème est « essentiellement procédural ». Le sujet de l’élargissement supposé « toxique » ayant été mis sous le tapis le temps du scrutin européen (à la demande de Paris et Berlin), le Bundestag a été pris de court. La décision du gouvernement allemand étant suspendue au fer vert du parlement attendu pour septembre, il ne fallait pas trop donner l’impression que tout est déjà décidé…

Mais derrière cette considération, la France maintient que sa priorité va à la réforme de l’UE. Et le gouvernement néerlandais s’en est remis au Parlement s’agissant de l’Albanie – et c’est « non ». Hahn « espère » que le délai d’ici octobre « pourra aider ». Lundi, la cheffe de la diplomatie de l’UE Mogherini avait insisté sur l’importance du timing. Les élections en Grèce cet été pourraient conduire au retour de la droite, peu favorable à Prespa. Et des scrutins dans les pays concernés pourraient sonner le glas des courants pro-européens en cas de désillusion dans la région.

L’histoire de cœur qui met en péril toute l’affaire Pauwels

L’avocat de Stéphane Pauwels, Sven Mary, a demandé que toute la lumière soit faite sur le rôle du chef d’enquête avant de juger de la régularité (ou pas) de l’ensemble des investigations.
L’avocat de Stéphane Pauwels, Sven Mary, a demandé que toute la lumière soit faite sur le rôle du chef d’enquête avant de juger de la régularité (ou pas) de l’ensemble des investigations. - Belga.

Décodage

Coup de tonnerre ce mardi devant la chambre des mises en accusation de la cour d’appel du Hainaut. Toute la journée, elle a examiné l’affaire Hakimi/Pauwels dans laquelle 27 personnes, dont l’animateur de RTL, sont inculpées pour des faits de homejackings, 26 au total, des agressions commises au domicile des victimes, entre 2015 et 2017, dans le Brabant wallon et le Hainaut. Stéphane Pauwels est, lui, visé par des préventions d’association de malfaiteurs, d’être co-auteur d’un homejacking, de détention de cocaïne ainsi que de faux et usages de faux. Le but de l’audience était de déterminer qui, parmi les inculpés, va être renvoyé devant le tribunal correctionnel. Mais des auditions de ce mardi, il ressort que les poursuites pourraient être déclarées irrecevables. L’affaire ne serait, dès lors, tout simplement jamais jugée.

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L’instruction

Dans le courant du mois de mai dernier, Ludovic N., le chef d’enquête du dossier Hakimi/Pauwels, a été écarté de son service à la police judiciaire fédérale de Mons. Un moment privé de liberté, le policier a même été perquisitionné. Depuis plus d’un an, Ludovic N. entretiendrait une relation amoureuse avec la petite amie de Marwan Hammouda, l’un des principaux suspects du dossier. Alors que les investigations battaient leur plein, l’enquêteur montois aurait prévenu sa dulcinée de l’imminence d’une perquisition chez elle. Il aurait aussi eu des discussions téléphoniques avec Marwan Hammouda alors qu’il détenait un téléphone illégalement en prison. Lors de ces entretiens, Ludovic N. aurait promis une libération conditionnelle avec bracelet électronique à Hammouda, une compétence qui ne revient pourtant qu’à un juge du tribunal d’application des peines. Ecarté, le policier fait aujourd’hui l’objet d’une enquête confiée à la juge d’instruction Martine Michel, à Charleroi.

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Les risques pour l’enquête

« Tout le monde a droit à un procès équitable », commente un professeur de procédure pénale. « Si les faits reprochés au policier étaient le fait d’un juge, ce serait clair. Toute la procédure serait viciée et donc nulle. Dans le cas présent, il faut établir précisément dans quelle mesure ce qu’on lui reproche affecte l’enquête. » Question clé : son attitude a-t-elle mené à la pollution de certains procès-verbaux ? Selon le professeur de droit, ses discussions avec le détenu et le tuyau formulé à sa compagne sur l’imminence d’une perquisition ne doivent normalement pas figurer au dossier. Des avocats des inculpés affirment que la patte de Ludovic N. se retrouve dans 95 % des PV du dossier. Le parquet fédéral estime que seuls trois d’entre eux sont entachés d’irrégularités. Plusieurs avocats demandent donc la nullité totale des poursuites. Si l’irrecevabilité était prononcée, le parquet fédéral pourrait se pourvoir immédiatement en Cassation. Si seule une partie des pièces devait être écartée du procès, ce dernier aurait donc lieu et ce n’est qu’après un éventuel appel que la Cassation pourrait être saisie. Une chose est certaine, si les poursuites étaient jugées irrecevables, même la mise au jour de nouveaux éléments ne permettrait pas de rouvrir un dossier car ils auraient fait l’objet d’« une violation irréparable ». Toute l’affaire s’effondrerait.

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L’accusation veut « sauver » son dossier

« La première chose que le parquet fédéral a demandée, c’est de contrôler la régularité de la procédure suite au dépôt de pièces par un avocat qui font apparaître des échanges entre le chef d’enquête et la compagne d’un inculpé », explique Eric Van Duyse, porte-parole du ministère public. La chambre du conseil a refusé la demande, un appel a été interjeté et l’affaire s’est donc retrouvée devant la chambre des mises en accusation. Si des irrégularités risquent de nuire à la suite des poursuites, le parquet fédéral souhaite que les pièces litigieuses soient écartées. « Tout est question de dates et il faut aussi établir formellement un lien avec les personnes mises en cause dans le dossier », ponctue Eric Van Duyse. L’arrêt de la chambre des mises en accusation est attendu pour le 25 juin.

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Stéphane Pauwels demande du temps

Si certains avocats des inculpés ont demandé ce mardi l’irrecevabilité des poursuites, l’avocat de Stéphane Pauwels a demandé plus de temps pour enquêter sur le policier mis en cause. Sven Mary a réclamé que la Cour « sursoie à statuer » : « Dans quelle mesure a-t-il contaminé cette enquête ? Aujourd’hui, on ne le sait pas encore. Le policier n’a pas été entendu. On n’a pas le résultat de la perquisition menée chez lui, ni l’analyse de son GSM. De mon point de vue, il est trop tôt pour demander l’irrecevabilité », explique Me Mary. Le pénaliste juge toutefois les faits préoccupants. « Ce policier mérite la présomption d’innocence, comme tout un chacun ; Il n’a même pas pu s’expliquer. Mais quand vous apprenez qu’il promet à M. Hammouda un bracelet électronique et que 10 jours plus tard, il est placé sous bracelet, cela mérite une enquête approfondie… »

La marine marchande, victime collatérale de la politique migratoire en Méditerranée

Le Maridive 601 est coincé en mer avec 75 migrants à son bord. Des proches des rescapés ont posté des photos sur les réseaux sociaux.
Le Maridive 601 est coincé en mer avec 75 migrants à son bord. Des proches des rescapés ont posté des photos sur les réseaux sociaux. - D.R.

Voilà plus de deux semaines que le Maridive 601 est coincé en mer, face au port de Zarzis. A son bord, 75 migrants, dont 32 mineurs, secourus le 31 mai au large de la Libye et que la Tunisie refuse de débarquer, malgré une situation qui reste précaire : le ravitailleur égyptien n’est pas équipé pour transporter des passagers. Pas pour une nuit, certainement pas pour 18. Même si le Croissant-rouge ravitaille tous les jours, la gale se propage, faute d’infrastructures d’hygiène. Les tensions montent aussi parfois entre rescapés. D’après Monji Slim, porte-parole du Croissant-rouge, les migrants bangladais (majoritaires) auraient finalement accepté un retour volontaire dans leur pays d’origine. A l’usure. Le débarquement des premiers passagers pourrait avoir lieu mercredi, en vue d’un transfert direct vers l’aéroport.

Après le dernier départ, il s’agira pour l’équipage de nettoyer tout le navire et reprendre la route. Trois semaines de perdues.

D’après l’International chamber of shipping (ICS), les navires commerciaux ont secouru 80.000 migrants depuis 2014. Bien que le nombre de traversées ait fortement diminué depuis un an, le retrait des navires militaires de l’opération européenne Sophia et la chasse aux ONG menée en Méditerranée poussent à nouveau cargos, remorqueurs et autres pétroliers à l’avant-scène pour suppléer les gardes-côtes libyens en cas de sauvetage. Des opérations risquées et dont l’impact financier peut être lourd à assumer pour les compagnies engagées : on parle de dizaines voire de centaines de milliers d’euros par opération.

En 2015, la compagnie Mediterranea di Navigazione avait évalué à 100.000 euros les coûts induits par cinq opérations de sauvetage menées en quelques jours par un de ses pétroliers. De quoi envisager à l’époque de contourner pour de bon la zone de sauvetage. Un an plus tôt, un navire de Maersk perdait une semaine sur son planning pour secourir 150 personnes au large de la Libye, comme le rapporte à l’époque le Wall Street journal. Facture : 500.000 dollars. Fuel, nourriture, nettoyage, salaires, retard de livraison… « Il est cher, très cher, de faire fonctionner un vaisseau qui doit gérer 100 personnes, sans avoir les infrastructures adaptées », souligne Richard Kilpatrick, professeur assistant de l’Université de l’Illinois (NEIU), spécialisé dans le droit des affaires et le droit maritime. Surtout pour une durée rendue de plus en plus incertaine par les refus de débarquement.

Or, cette pression financière pèse en premier lieu… sur l’équipage, qui doit faire la balance entre ses obligations légales et morales d’un côté, et les conséquences sur sa mission et pour ses employeurs de l’autre. Pour le chercheur américain, la pression subie par les équipages pourrait être en partie soulagée en clarifiant la question de la prise en charge des surcoûts dans les contrats liant l’armateur, qui possède le bateau, et l’affréteur, qui en a l’usage. Une « clause réfugiés » pour les navires opérant dans des régions particulièrement exposées permettrait au capitaine de s’engager dans une opération de secours en étant affranchi de l’incertitude des coûts.

Le risque, c’est que des capitaines fassent alors le choix de la sécurité... et ignorent un bateau de migrants en détresse. Nombre de témoignages de rescapés de naufrages ont pointé ces dernières années la présence de navires commerciaux ayant ignoré leur présence alors qu’ils étaient à portée de vue. Des cas de bateaux ayant éteint leur système de localisation afin de dissimuler leur présence – et éviter d’être sollicités pour des secours – ont aussi été dénoncés. Mais rarement documentés, même si quelques chercheurs travaillent sur la question. La nouvelle configuration des secours en Méditerranée rend par ailleurs la question du débarquement plus sensible : pour se conformer au droit, les navires doivent ramener les personnes secourues vers un port sûr – ce qui exclut les ports libyens –, or ce sont les gardes-côtes libyens qui coordonnent désormais la plupart des secours. Les bateaux peuvent toujours désobéir pour ramener les personnes vers un port sûr en Tunisie, en Europe… mais avec le risque de s’en voir refuser l’accès.

En janvier, le cargo Lady Sham a ainsi ramené 140 migrants à Misrata, en Libye, où ils ont immédiatement été placés en centre de détention. D’après des témoignages recueillis par l’ONG Alarm phone, l’équipage aurait menti aux rescapés, en affirmant qu’ils se dirigeaient vers l’Europe. C’est que la terreur d’un retour vers la Libye pour les migrants est désormais aussi un paramètre pris en compte. Fin mars, 108 rescapés ont « pris le contrôle » du pétrolier Elhiblu 1 après avoir compris qu’ils se dirigeaient vers la côte africaine.

« Il y a une obligation de secours, mais on a tendance à oublier qu’il y a aussi une obligation des Etats à faciliter le débarquement », souligne Richard Kilpatrick. « Le problème c’est que les Etats dérogent à leur devoir. Les plus grosses compagnies maritimes peuvent toujours faire pression, mais les petites n’ont pas de levier. »

Le sujet était la semaine passée à l’agenda du comité pour la sécurité maritime de l’Organisation maritime internationale. « Il est extrêmement regrettable que la situation dans la région puisse entrer en conflit avec cette obligation », commente l’International chamber of shipping, par la voix de son porte-parole. « Et nous espérons que les Etats et les organisations régionales et internationales continueront de coopérer et de trouver une solution à la situation peu enviable dans laquelle se trouvent les navires qui remplissent leurs obligations juridiques et humanitaires. » Non convié, Sea Watch a mis un pied dans la porte en cosignant la déclaration de Greenpeace. Un texte appelant l’organisation internationale à prendre des positions plus fermes sur le dossier : « Le fait que les autorités publiques ne se sentent pas responsables du sauvetage des personnes en détresse en Méditerranée fait peser une charge supplémentaire sur les navires marchands. L’espace humanitaire en Méditerranée centrale s’est rétréci à un point tel que les ONG sont confrontées à d’énormes défis pour mener à bien des activités salvatrices. Nous exhortons à collaborer pour protéger le cadre juridique applicable à la recherche et au sauvetage dans la mer Méditerranée centrale. »

Pourquoi Libra, la cryptomonnaie de Facebook, pourrait bien faire un carton

Le lancement de la cryptomonnaie est prévu pour 2020.
Le lancement de la cryptomonnaie est prévu pour 2020. - AFP.

L’annonce en détail a eu lieu ce mardi, et son lancement n’est prévu que pour la mi-2020, mais Libra, le projet de cryptomonnaie lancé par Facebook, fait déjà parler beaucoup de lui. Normal : sa cible peut presque être qualifiée d’universelle… Pour rappel, Facebook, ce sont 2 milliards d’utilisateurs répartis sur la planète !

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Quel est l’intérêt pour l’utilisateur ?

Fluidifier encore un peu plus vos échanges, pardi. Le réseau social a lancé en 2017 sa « Marketplace », qui met en contact vendeurs et utilisateurs lambda pour faciliter la vente de tout et n’importe quoi. Un succès énorme, mais qui pèche encore par l’absence d’un service de paiement intégré. A côté de cela, Facebook a mis le paquet ces dernières années pour convaincre un maximum de PME à travers le globe de créer « leur page », soit un mini-site d’e-commerce interne à la plateforme. Ici, les services de paiement étaient jusqu’à présent opérés par des tiers.

« Imaginez que vous trouviez un super produit sur la plateforme et que, littéralement, en un clic – puisqu’au préalable, vous aurez chargé très facilement votre compte Facebook en “global coins”  –, vous l’achetiez. Le service sera extrêmement accessible », constate Manuel Valente, responsable de la recherche chez Coinbase, entreprise spécialisée dans les cryptomonnaies.

Le projet Libra devrait également permettre l’échange d’argent entre utilisateurs : vous allez au restaurant avec un ami, il paie l’addition, vous lui transférez directement l’équivalent en « coins » de votre repas.

Certes, penserez-vous, ce type de services est déjà fourni par toutes sortes d’applications smartphone, y compris celles des grandes banques. Mais Facebook, c’est la cour des grands : 2 milliards d’utilisateurs (sans compter ceux actifs sur Whatsapp, Instagram…) dont une bonne partie possède un smartphone et au moins l’une des applications du groupe. Bref, ici, une bonne partie de la population est concernée et la transaction entre deux ou plusieurs parties est, par conséquent, quasi toujours possible…

Zuckerberg and co visent également en priorité avec leurs « coins » les populations du tiers-monde, souvent dépendantes du transfert d’argent. Via la blockchain – la technologie derrière toute cryptomonnaie – les transactions seront plus rapides et devraient être moins onéreuses que celles opérées par les acteurs classiques.

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Quel est l’intérêt pour Facebook ?

Le business model du réseau social est basé depuis ses débuts sur la gratuité (toute relative) d’un maximum de services pour l’utilisateur. On peut donc facilement imaginer que le « global coin » soit mis à disposition sans ou à moindres frais des membres et des commerçants actifs sur la plateforme.

Ce qui n’empêchera pas Facebook et ses pairs partenaires de gagner leur croûte : à Menlo Park, on a toujours tiré les revenus du « data mining », soit de la monétisation de vos comportements en ligne. Désormais, Facebook détiendra ce que les banques se sont toujours interdit de vendre à des tiers : vos informations financières et transactionnelles. « Très vite, la cryptomonnaie pourrait servir de moyen de paiement dans les commerces physiques, puisque, encore une fois, quasi tout le monde utilise Facebook ou Messenger », assure le spécialiste de Coinbase. En d’autres mots, le réseau social savait où vous alliez manger et avec qui, il connaîtra désormais le montant de votre addition. Mais également, très rapidement, le chiffre d’affaires de votre restaurant préféré. De quoi proposer du ciblage publicitaire perfectionné mais aussi mesurer l’efficacité de ses publicités, argument commercial ô combien essentiel. La boucle est bouclée.

Rappelons aussi que le projet Libra concerne actuellement une vingtaine d’autres sociétés qui, en toute logique, auront, elles aussi, accès à vos comportements financiers.

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Quels sont les risques ?

Si les « global coins » sont un succès, différents problèmes pourraient rapidement se poser. Le risque écologique notamment : la blockchain, même privée, consomme énormément d’énergie. Le bitcoin, malgré son succès, reste encore aujourd’hui un projet de niche, la monnaie de Facebook a une tout autre ambition.

La question de la régulation de cette monnaie qui sera émise depuis la Suisse est, bien sûr, également essentielle. Sur les crypto’ et leur encadrement, les banques centrales manquent encore de clarté et ne sont pas toujours accordées. En sus, le projet Libra présente certaines spécificités propres. Notamment le fait que la monnaie sera émise par un ensemble de sociétés privées extrêmement puissantes.

Le « coin » de Facebook pourrait, par ailleurs, devenir rapidement une valeur refuge dans des pays où la monnaie officielle rencontre des problèmes. On pense notamment au Venezuela. Quid, dans un scénario d’hégémonie, de la marge des manœuvres des autorités pour rétablir un jour leur « vraie monnaie » ?

La crise du livre ne fait que commencer

La crise du livre ne fait que commencer

Ce mardi, Le Soir consacrait un long article à la baisse de la pratique de la lecture en Belgique. Nul doute que certaines déclarations de Benoît Dubois, qui représente les éditeurs belges francophones, vont être contestées. Le pessimisme est en effet mal vu dans le monde culturel, où l’on pratique l’optimisme de la volonté : si on lit moins de classiques, on lit davantage de littérature de genre ; si les romans reculent, la BD est en expansion ; si le livre papier se vend moins bien, la lecture sur écran explose, etc. En alignant des chiffres implacables et en glissant, au passage, que 35 % des enfants quittent l’école primaire sans comprendre ce qu’ils lisent, Benoît Dubois risque de se faire accuser de mépris ou d’élitisme.

Je reviendrai à la question scolaire dans d’autres chroniques. Je voudrais simplement ajouter, ici, que Benoît Dubois me paraît bien optimiste quand il pronostique un nouveau recul de la lecture en raison des faibles compétences des élèves d’aujourd’hui, qui sont les adultes de demain. Même à compétences scolaires constantes, ce recul est programmé, et il a des causes profondes.

Effondrement du temps de lecture

La première réside dans l’usage des écrans. Tous les indicateurs démontrent l’augmentation constante, chez les jeunes, du temps passé sur leur smartphone, qui grignote toutes les autres activités, à commencer par l’étude et par la lecture (déjà concurrencée depuis plusieurs décennies par la télévision). Ici encore, on se rassure en se disant que les jeunes lisent, sur leurs écrans : ils lisent des messages, ils consultent des médias en ligne, ils vont sur Wikipédia… Mais ils font surtout autre chose : échanger sur les réseaux sociaux, regarder plusieurs épisodes d’une série télévisée d’un seul coup, enchaîner les jeux vidéo, rire avec les Youtubeurs ou devant des vidéos de chats cocasses, qui figurent aux premières places des consultations internet aux Etats-Unis. Les chiffres ne cessent d’évoluer, mais tous marquent la même tendance : le temps consacré aux images explose, et tend à occuper la totalité des loisirs d’intérieur. En trois générations, la lecture de livres, de magazines ou de journaux s’est effondrée chez les jeunes : en 2015, aux Etats-Unis, seuls 16 % des jeunes s’y adonnaient encore chaque jour.

A côté de cela les jeunes lisent, effectivement, quand ils sont sur leur smartphone. Mais il y a lire et lire. Pour des jeunes qui sont habitués, depuis l’enfance, à consulter des écrans sur lesquels apparaissent de multiples pop-ups et grâce auxquels on passe d’une activité à l’autre d’un mouvement de doigt, la lecture au sens classique du terme est une pratique étrange, désespérément lente et austère.

L’omniprésence de l’image

Les jeux vidéo alimentent une réactivité instantanée, des habiletés réflexes, une compréhension globale et immédiate d’une situation d’ensemble pour réussir une épreuve : il faut regarder d’un coup d’œil et réagir au plus vite, de même qu’on peut marquer son approbation d’un simple like sur les réseaux sociaux. Par contre, lire un texte et le comprendre exige de ralentir le rythme, de se soumettre à l’ordre des phrases et des paragraphes, de revenir en arrière pour jeter des ponts, d’enregistrer de multiples indices (une conjonction, un connecteur logique, un adverbe, une réserve…) avant de voir le sens du texte s’éclairer, seule la fin permettant d’être sûr d’avoir bien compris le début. Une simple notice Wikipédia demande une attention soutenue pendant de longues minutes, alors que des études américaines ont montré que les étudiants universitaires passent d’une tâche à l’autre, sur leur écran, toutes les 19 secondes en moyenne, et laissent 75 % de leurs fenêtres d’ordinateur ouvertes pendant moins d’une minute. Habitués à de telles pratiques, nombre de jeunes ont de grandes difficultés à consacrer à la lecture le temps, l’attention et la constance qu’elle exige pour être efficace – surtout s’il s’agit de lire un livre entier, et pas seulement quelques pages sur le Net. L’évolution vient de plus loin, mais il est frappant de constater que la plupart des BD, aujourd’hui, ne proposent presque plus de texte à leurs lecteurs : le récit passe essentiellement par l’image, les phylactères se lisent en cinq minutes par album.

Parents décontenancés

Les parents sont conscients de ces évolutions et certains s’en inquiètent, mais la plupart y participent. Il faut du temps, de la détermination et de l’énergie pour pousser ses enfants à lire un journal plutôt que des news de quelques lignes sur internet, à abandonner le smartphone au profit d’une revue, à s’informer auprès d’un média sérieux (y compris en ligne) plutôt que par les réseaux sociaux, à entamer un livre et non une vidéo. Les parents eux-mêmes lisent moins et ne donnent donc plus l’exemple, sont également accros au smartphone et, surtout, ne savent plus ce qu’ils doivent dire à leurs enfants. Le système de valeurs ambiant (« l’individualisme », en jargon sociologique) pousse au respect de l’autonomie des enfants, qui doivent décider par eux-mêmes, savoir ce qui est bon pour eux, choisir librement les pratiques qui leur plaisent. Dans ce contexte, cultiver de force la lecture paraît ringard, limite fasciste, et provoque des résistances devant lesquelles il est plus simple de plier.

Un patrimoine belge trop peu mis en valeur

S’ajoute à ces quelques éléments très partiels l’absence, en Belgique francophone, d’un patrimoine littéraire propre – ou, plus exactement, l’absence d’attention au patrimoine littéraire, qui est très rarement enseigné à l’école et pratiquement ignoré du grand public, qui préfère les auteurs français. On cultive d’autant moins la pratique de la lecture, chez nous, qu’on réduit la production nationale à la BD et à l’utilitaire : ni l’école ni les médias ne ressentent un impératif de transmission, l’envie ou la nécessité de faire aimer des textes pour eux-mêmes, pour le plaisir de cultiver la beauté de la langue ou l’intelligence.

Et la fracture littéraire ?

Lors des discussions préparatoires au pacte pour un enseignement d’excellence, l’urgence de lutter contre la fracture numérique s’est imposée d’emblée, alors qu’il a fallu batailler pour alerter sur la place du livre à l’école. De manière générale, la priorité va à l’implémentation du numérique dans les classes. Il suffit d’observer les jeunes, pourtant, pour comprendre que, même et surtout dans les milieux défavorisés, ce n’est pas d’un contact avec l’informatique qu’ils manquent : la fracture littéraire est bien plus profonde et répandue. Mais qui s’en soucie vraiment, aujourd’hui ?

Elections 2019: les quatre scénarios au fédéral, plus compliqués les uns que les autres

Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont vu leur mission être prolongée.

Par David Coppi et Bernard Demonty

Élections fédérales 2019 ,

De 3 à 12 milliards: ce qui va faire exploser la dette de la Communaute française

© Mathieu Golinvaux.
© Mathieu Golinvaux.

400 millions : la sixième réforme de l’Etat

La dernière réforme de l’Etat renforce l’autonomie et la responsabilité des entités fédérées, notamment pour qu’elles participent davantage au coût du vieillissement de la population. Et dans ce cadre, la loi spéciale de financement prévoit, entre autres, des liens plus étroits entre les recettes des entités fédérées et l’activité en leur sein. On évoque ici une « cotisation responsabilisation pension » : la Communauté française va devoir progressivement prendre en charge une part du coût des pensions de ses fonctionnaires nommés. Le « manque à gagner » de la Fédération Wallonie-Bruxelles atteindra rapidement plusieurs centaines de millions d’euros : 271 millions dès 2021 selon le Cerpe, 400 millions par an à partir de 2030 selon d’autres sources.

200 millions : démographie de l’enseignement obligatoire

Les perspectives démographiques prédisent une augmentation globale du nombre d’élèves francophones de l’ordre de 5 à 7 % supplémentaires d’ici à 2030. « Il faudra donc financer leur encadrement, tant logistique que pédagogique. Pour y parvenir, toutes choses étant égales par ailleurs, il faudra recruter entre 4.000 et 5.000 enseignants supplémentaires par rapport à aujourd’hui », dit Julien Nicaise (Ares). Dont coût direct : plus de 200 millions d’euros en base annuelle. Pour autant bien entendu que le métier d’enseignant éveille son lot de vocations… Or, ce n’est pas gagné d’avance : « A titre illustratif, à l’heure actuelle parmi les nouveaux enseignants de l’enseignement secondaire supérieur qui sont recrutés pour certains cours, près de la moitié ne possèdent ni le titre jugé requis, ni le titre jugé suffisant pour pouvoir enseigner. »

300 millions : démographie dans le supérieur

« Plus épineuse encore est la question de l’augmentation démographique à venir dans l’enseignement supérieur spécifiquement car, sur ce seul niveau d’enseignement, ce sont autour de 40.000 étudiants supplémentaires qui sont potentiellement attendus dans les universités et hautes écoles en Belgique francophone d’ici à 2030. Cela représentera donc une augmentation supplémentaire de 20 à 25 % des effectifs actuels sur une dizaine d’années seulement », dit Julien Nicaise. Le tout alors que le secteur vit en enveloppe fermée depuis plus de 20 ans (à l’exception d’un refinancement de 41 millions par an obtenu au terme de la législature) et que les recteurs réclament 150 millions supplémentaires, sur base annuelle, à la fin de la prochaine législature et 150 de plus à la fin de la suivante. Soit 300 millions dans une décennie.

669 millions : la formation des profs

C’est donc décidé : les instituteurs et les régents seront bientôt (à partir de 2020) formés en quatre ans au lieu de trois. L’impact sera limité dans les premières années (9 millions d’euros en 2020, 88 en 2024) mais, à moyen terme, les dépenses prendront une allure exponentielle. Dans une récente étude inédite sur le sujet, les mêmes chercheurs du Cerpe, ont alerté : « Il ressort que l’impact de la réforme est non négligeable même à moyen terme puisqu’à l’horizon 2030, selon le scénario envisagé, le coût pourrait se situer entre 120 et 249 millions d’euros à taux d’encadrement constant. » Alors qu’en régime de croisière, l’impact se situe entre 430 et 669 millions, ils précisaient : « Ces chiffres sont significatifs et demandent une analyse des risques pour la soutenabilité budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles ». Précision : pour établir ces estimations, le Cerpe part du principe que le barème des nouveaux enseignants sera à mi-chemin entre les actuels bacheliers (régents et instits) et les actuels masters (les professeurs du secondaire supérieur). Il faut cependant noter que cette hypothèse théorique ne fait pour l’heure l’objet d’aucune décision. Et noter toujours que la masse salariale atteindra grimpera « naturellement » de 533 millions d’euros d’ici à la fin de la législature.

306 millions : le pacte d’excellence

Le pacte coûte et coûtera son lot de millions – notamment via le renforcement de l’encadrement – avant, espèrent ses concepteurs, l’arrivée d’effets retour. L’impact est évalué à 165 millions d’euros en 2019, 228 en 2020, 255 en 2012, 285 en 2022, 299 en 2023 et 306 en 2024. La Communauté française estime qu’il s’agit là d’un investissement. Quant aux effets retours, ils sont attendus dans la deuxième moitié de prochaine décennie. Des exemples : l’allongement d’un an du tronc commun pourrait faire baisser la facture de 40 millions d’euros dès 2029, la réduction des options du qualifiant « rapporterait » entre 40 et 50 millions, la baisse du redoublement est créditée de 50 à 60 millions…

Georges-Louis Bouchez: «Ecarter le MR, ça suffit. C’est l’heure des libéraux-réformateurs»

«
Ce n’est pas le temps des alliances bricolées, des majorités au cas par cas, certainement pas en Wallonie, où le gouvernement va devoir travailler deux fois plus que n’importe quel autre dans le pays
». © Dominique Duchesnes.
« Ce n’est pas le temps des alliances bricolées, des majorités au cas par cas, certainement pas en Wallonie, où le gouvernement va devoir travailler deux fois plus que n’importe quel autre dans le pays ». © Dominique Duchesnes.

Entretien

Le bleu revient avec l’été. Après les défections du CDH et du PTB, l’alliance minoritaire PS-Ecolo (35 sièges, sur 75) reste une option mais aussi (surtout ?) une aventure. L’arc-en-ciel PS-MR-Ecolo (55 sièges) ou la Violette PS-MR (43 sièges) sont majoritaires, confortablement, au parlement wallon. Les libéraux-réformateurs y ont toujours cru, ils se sont faits discrets après le 26 mai mais là, maintenant, c’est le moment, ils veulent revenir dans la course purement et simplement. Pressenti sénateur coopté, messager du MR, en campagne et en ville, Georges-Louis Bouchez s’avance…

Le MR reste dans la marge depuis le 26 mai, il n’est pas à la table des négociations, il est un peu hors jeu.

En effet, et on peut s’interroger : je vois que certains parlent avec le Vlaams Belang au nord, que le PTB est prié, pressé, de s’engager au sud, et pendant ce temps, le plus vieux parti d’Europe, libéral réformateur, irréprochable dans l’exercice démocratique, est tenu un peu à l’écart. Je me dis : le cordon sanitaire n’est-il pas en train de s’appliquer vis-à-vis du MR ? Je dis : attention, ce n’est pas normal. Oui, ça suffit. Je dis cela tout à fait sereinement. Le MR n’a rien fait jusqu’à présent qui aurait pu compliquer la situation politique plus qu’elle ne l’est, il continuera à se comporter de cette façon. Mais les résultats des élections sont ce qu’ils sont, la réalité s’impose à tous. C’est le moment de tenter d’identifier une majorité et de dégager en son sein, avec nous, des convergences larges.

Sauf qu’il est toujours question d’une coalition minoritaire rouges-verts, l’idée n’est pas enterrée, à entendre les représentants de ces deux partis.

Ce n’est pas le temps des alliances bricolées, des majorités au cas par cas, certainement pas en Wallonie, où le gouvernement va devoir travailler deux fois plus que n’importe quel autre dans le pays, à une cadence dingue, afin que notre Région puisse se redresser de façon éclatante.

Ajoutez que les transferts financiers du Nord-Sud prendront fin dans quelques années et que, comme vous le savez, le paysage politique flamand hérité du 26 mai est, disons, particulier, voire problématique. Pour toutes ces raisons, il est temps que cessent les jeux et les stratégies, il faut atterrir. Je peux comprendre qu’à gauche, l’on ait d’abord voulu tester les possibles convergences dans son propre camp ; mais là, maintenant, nous entrons dans autre chose, et c’est avec le MR que ça doit se passer.

Entre PS et Ecolo, il est question de constituer un bloc programmatique, un peu un pré-programme commun…

Ils se revoient ce mercredi, j’entends cela. Je ne conteste pas leur démarche mais il faut rappeler que le MR, c’est le double de sièges du PTB, c’est 8 sièges de plus qu’Ecolo, c’est une part importante de l’électorat francophone et, en conséquence, bloc programmatique ou non, les libéraux-réformateurs se feront entendre et respecter évidemment, nous viendrons avec notre propre programme.

Vous êtes partisan de l’arc-en-ciel ou de la violette ?

Là encore, je ne vais pas compliquer la tâche des uns ou des autres en désignant une coalition. Il y a deux impératifs. Le premier : avoir la majorité la plus confortable possible afin de pouvoir travailler efficacement, sans être à la merci de l’un ou l’autre élu ou groupe d’élus, en plénière ou en commissions parlementaires. Deux : je l’ai dit, il faut faire valoir notre programme. Fin septembre, début octobre, la Wallonie doit produire son épure budgétaire, et la dette explose en Communauté française. Donc il faut se mettre autour de la table le plus tôt possible, il n’y a pas d’alternative. J’appelle à la responsabilité.

Un délai pour conclure ?

Traditionnellement, on pointe le 21 juillet du côté francophone. Il faut, selon moi, tenir ce délai. Nos concitoyens ne comprendraient pas. Imaginez qu’il n’y ait pas de gouvernement à la Communauté française pour la rentrée scolaire de septembre !

Il n’y a pas d’alternative, avez-vous dit… Cela étant, l’arc-en-ciel, la majorité « la plus large possible » à laquelle vous semblez aspirer, ce serait une coalition par défaut…

Non. Certains n’y adhéreront peut-être pas par gaieté de cœur au départ, je peux comprendre à ce stade, et je signale au passage que le paysage politique est problématique pour nous aussi, libéraux-réformateurs. Mais, je l’ai dit, la réalité est ce qu’elle est, et je vois là une coalition de la responsabilité, une coalition du sérieux, celle qui permettra de gouverner efficacement la Wallonie pendant cinq ans. Que veut-on ? Le blocage prolongé ? Mettre à mal la Wallonie ? La coalition de la responsabilité, ce n’est peut-être pas la plus fun, mais c’est la coalition indispensable.

Assassinat de Valentin Vermeesch: la liberté se gagnera durement derrière les barreaux

Assassinat de Valentin Vermeesch: la liberté se gagnera durement derrière les barreaux
Belga

De longues années de prison sont promises à ceux qui ont assassiné Valentin. Des années durant lesquelles ils auront à travailler à leur réinsertion. La liberté retrouvée sera également le résultat de facteurs extérieurs, comme l’obtention d’un logement et de moyens de subsistance. Au terme de ce parcours, le risque de récidive sera fatalement présent.

Alexandre Hart et Belinda Donnay ont été condamnés à perpétuité, Dorian Daniels à 25 ans de prison, Loick Masson à 27 ans de prison, et Kilian Wilmet à 29 ans.

Quelle sera la durée de leur détention ?

Actuellement, on peut solliciter une libération conditionnelle après un tiers de la peine pour autant qu’on soit condamné à une peine de moins de 30 ans. Au-delà, c’est après avoir purgé 15 ans qu’on peut entamer les démarches auprès du tribunal d’application des peines. Cela ne signifie pas qu’on sort immédiatement : c’est très rarement accordé au premier passage, ensuite il faut présenter un plan de reinsertion dans lequel l’aspect psychologique, l’aspect familial (il faut avoir des attaches) et l’aspect financier (il faut pouvoir bénéficier de revenus) sont déterminants.

Pour une personne diagnostiquée psychopathe, il est évidemment plus ardu de tomber sur des experts psys pouvant rendre de nouveaux avis favorables alors que les premiers experts ont souligné l’irréversibilité du caractère antisocial de leur personnalité.

Par ailleurs, les lois sur l’exécution des peines sont applicables immédiatement et des modifications législatives dans l’application des libérations conditionnelles pourraient survenir puisqu’elles figurent dans le programme de certains partis politiques, En d’autres termes, quelqu’un qui a écopé il y a dix ans d’une perpétuité ne pourra pas entamer les démarches en vue d’une libération dans cinq ans si, entre-temps, la loi sur l’application des peines a changé, en faveur d’une plus longue effectivité de la peine.

Avant-même d’envisager de présenter un plan devant le tribunal d’application des peines, le détenu doit avoir bénéficié de permissions de sorties ou de congés auprès de la direction générale des prisons en vue de mettre en place les conditions pour un reclassement. Il faut trouver un appartement, puisque souvent le logement a été perdu pendant la détention ; il faut donc pouvoir payer une caution, pouvoir déménager, obtenir le CPAS ou un emploi…

Pourront-ils travailler à leur réinsertion en prison ?

« Franchement, c’est difficile mais faisable », explique Me Molders-Pierre. Ils peuvent suivre certaines formations basiques sur place, ainsi que le jury central, par courrier. Mais il ne faut pas se leurrer, il y a un très faible taux de réussite au jury central et ce n’est pas en prison, vu les conditions, que ce taux est le plus fort. » Certains détenus suivent même une formation universitaire, mais là aussi ils se heurtent à des aspects pratiques : le jeune Kevin Mosen a écopé de la perpétuité il y a deux ans, à la cour d’assises de Liège, pour l’assassinat de sa petite amie. En détention préventive, il avait passé son CESS au jury central. Il a ensuite intégré les HEC de Liège, où il a réussi sa première année, sur base des syllabus. Mais lorsqu’il a présenté les examens de deuxième, une professeure a refusé de corriger son examen écrit. Faire passer les examens aux détenus est à la libre appréciation des professeurs… Kevin Mosen a, par le biais du système de crédits, pu passer en troisième année. Mais pour accéder au master, il doit avoir réussi ce fameux cours, il est désormais bloqué.

« J’ai un client qui a attendu trois mois avant d’avoir le cours de français qu’il avait sollicité », explique Me Töller, « et il n’en a eu que deux, d’une heure, durant son incarcération car après il a été libéré… »

Pour ce qui est du suivi auprès des psys, « il y a quelques psychologues à Lantin, pour préparer les rapports et la réinsertion, mais pas pour une thérapie puisqu’ils ne sont notamment pas soumis au secret professionnel et que le temps manque », nous explique Me Solfrini. « Un psychiatre passe une fois par semaine pour vérifier les médications, mais c’est tout, dans le concret il n’y a aucune mise en œuvre d’un suivi thérapeutique personnalisé. Le suivi psy est tellement ardu à mettre en place qu’une des conditions pour sortir avant le fond de peine est d’avoir planifié un suivi psy à l’extérieur. » Si le détenu est soutenu financièrement, il peut demander à son propre psy de se rendre en prison, « mais beaucoup de psychologues refusent de se rendre en prison puisque la visite peut prendre jusque 3 heures, le temps de patienter, sans GSM, sans rien, que le détenu leur soit amené », poursuit Me Solfrini.

Quel est le risque de récidive ?

Le « Groupe du Vendredi », un groupe de réflexion indépendant financé par la Fondation Roi Baudouin, a publié fin 2018 une étude reprenant les chiffres de récidive dans les prisons belges. D’après ces chiffres, sur la période de 1995-2015, on a enregistré un taux de 57 % de récidive chez les personnes condamnées une première fois, principalement lorsqu’elles étaient passées par une période d’incarcération.

Les rechutes interviennent rapidement, puisque la moitié de ces récidivistes sont à nouveau condamnés dans les deux ans. Parmi ceux qui ont passé plusieurs séjours en prison, un sur deux a fait l’objet d’au moins sept condamnations dans les 20 ans qui ont suivi la première peine.

Après incarcération, ces chiffres augmentent encore, comme si le passage par la case prison accentuait le problème. « Il faut cependant relever que le taux de récidive dans les crimes est très bas, hormis pour les faits de mœurs où il est très haut, tandis que les récidives pour les faits de vols avec violences, vols simples ou violence gratuite sont beaucoup plus fréquentes », relève Me Franchimont.

Selon les auteurs de l’étude, « le catalyseur criminogène qu’est la prison amène logiquement un taux de récidive particulièrement élevé, alimentant par là même un cercle vicieux entre la surpopulation et la récidive, augmentant au passage la dangerosité des ex-détenus de retour dans la société ».

Le vrai ou faux: WhatsApp peut-il livrer toutes nos données à la police?

Le vrai ou faux: WhatsApp peut-il livrer toutes nos données à la police?

Plutôt faux

Ce lundi matin, le père de Théo Hayez, le Bruxellois de 18 ans porté disparu depuis deux semaines en Australie, a exhorté WhatsApp à donner accès aux données de la messagerie instantanée couramment utilisée par son fils. Ce sésame, espère la famille, devrait permettre aux enquêteurs de percer l’un ou l’autre mystère de cette nuit du 31 mai, où Théo a été aperçu pour la dernière fois à Byron Bray. Il n’a pas fallu attendre pour que WhatsApp marque son accord : « Nous comprenons l’intérêt de l’enquête en cours et fournirons l’assistance requise aux autorités, conformément à la loi et à nos conditions d’utilisation».

Celles-ci sont on ne peut plus transparentes  : « Dans les cas de risque imminent pour un enfant ou de risque de mort ou d’atteinte sérieuse à l’intégrité physique d’une personne, et lorsque le cas en question oblige à la divulgation d’informations sans délai, un représentant des autorités de police peut soumettre une demande via le système de demandes pour les forces de l'ordre de WhatsApp. » On retrouve le même type de dispositions pour Instagram ou Facebook.

Généralement, dans le cadre d’une enquête judiciaire « ordinaire », une requête officielle émise par un juge d’instruction, détaillant les raisons de la « saisie des données », est requise. Généralement, le service s’y plie. Et ce, bien entendu, sans l’accord préalable de l’utilisateur, lequel (ne négligeons pas ce « détail ») n’est par ailleurs pas propriétaire de ses données. Le détenteur légal n’est autre que le service auquel il souscrit. Au passage, cela signifie que s’il les efface, rien n’indique qu’elles disparaissent des serveurs de Facebook. Tout au plus, en vertu du RGPD, pourra-t-il les récupérer ou en limiter l’usage. Mais pas la saisie, en bonne et due forme, par une quelconque autorité (fiscale, par exemple). A noter que la jurisprudence belge autorise, depuis 2015, les forces de polices à consulter la mémoire d’un GSM saisi, en ce compris les messages qui y sont stockés, sans passer par la case juge d’instruction.

Cryptée de bout en bout

Dans le cas de Théo Hayez, les enquêteurs ne disposent pas de son GSM. Mais ce n’est pas là qu’est l’os. Les données dont pourraient se servir les enquêteurs sont relativement maigres : le profil de Théo Hayez, sa liste de contacts, son historique de connexions. Et, éventuellement, sa géolocalisation, s’il l’a activée. C’est tout ? Oui. Tout le reste, soit l’essentiel, les textos, les appels, les photos, les vidéos, se trouve dans son téléphone. Car la particularité de l’application, c’est de placer tous ces contenus à l’abri des regards indiscrets. Ni WhatsApp, et encore moins une autorité judiciaire, n’y ont accès.

Contrairement à Messenger ou Instagram (et encore moins aux SMS classiques), toutes les transmissions sont chiffrées de bout en bout, soit entre l’émetteur et le récepteur. La clé pour les décrypter est enfouie dans le téléphone. Seul son propriétaire y a accès. En clair, même si WhatsApp, peut, voire doit, transmettre les données d’un utilisateur à la suite d’une démarche judiciaire, elle n’a pas le sésame lui permettant de fournir des informations qu’il ne possède pas et qu’il ne sait pas lire.

Il reste néanmoins une piste, mais elle est périlleuse. WhatsApp propose en effet de sauvegarder les messages dans le « cloud », celui d’Apple ou de Google. Si la fonctionnalité est activée, les contenus sont sauvegardés à intervalle réguliers (une fois par jour, une fois par mois...). Dans cas, comme le précise bien WhatsApp, les messages ne sont plus chiffrés. Mais ils restent inaccessibles. A moins de demander l’autorisation d’accéder aux données directement à Apple ou à Google, ce qui est une autre paire de manches.

Panama Papers

Le chiffrement est une des raisons majeures du succès de WhatsApp, service acquis 19 milliards de dollars en 2014 par Facebook et qui compte aujourd’hui plus de 1,5 milliard d’utilisateurs. Considéré comme inviolable, son protocole de transfert ultra-sécurisé, baptisé « Signal », est à ce titre très apprécié des journalistes, tant pour les conversations (voix et texte) que pour l’échange de documents. Il a notamment été utilisé dans les fuites de l’enquête sur les « Panama Papers ».

Inutile de dire qu’il est aussi prisé, pour les mêmes raisons, par les terroristes. Ce fut, notamment, le cas pour les attentats de Londres le 22 mars 2017. Poussée dans le dos par les ministres de l’Intérieur européens, la Commission avait alors tenté de forcer WhatsApp, et d’autres, à fournir les secrets du cryptage aux services judiciaires lorsque la sécurité nationale d’un Etat est en danger. En vain. Imposer aux opérateurs internet les mêmes conditions qu’aux opérateurs télécoms traditionnels n’est pas si simple, tant d’un point de vue technique qu’éthique. Au grand dam du FBI, la protection des libertés individuelles est un enjeu tout aussi majeur...

La solution de la CIA : le piratage

Du reste, la police n’a pas dit son dernier mot. En 2017, Wikileaks publiait 9.000 pages de documents tendant à démontrer que la CIA, l’agence américaine de renseignements avait réussi, entre autres, à espionner des conversations WhatsApp. Comment ? En prenant le contrôle total d’un appareil, à distance. Une opération de piratage en bonne et due forme qui implique d’installer, en amont, via virus, cheval de Troie ou autre « maliciel », un mouchard sur le téléphone d’une personne.

Où placer le curseur entre la protection des intérêts individuels et les besoins d’une enquête judiciaire ? La question est au coeur du bras de fer que se livrent depuis des lustres les services de renseignements ou de police et les grandes entreprises technologies, traditionnellement attachés à la défense des libertés individuelles. On se souvient, notamment, du débat acharné qu’avait soulevé Apple, en mars 2015, en s’opposant fermement à la volonté du FBI d’accéder aux données chiffrées d’un iPhone. « Tim Cook, le patron d’Apple, « est mon héros » avaient alors lancé Brian Acton et Jan Koum, les cofondateurs de WhatsApp.

F-35: l’industrie belge refuse d’être le dindon de la farce

La Belgique a bien mal joué dans le dossier du F-35.

Économie ,

Sur les traces des 17 mineurs inconnus de la catastrophe du Bois du Cazier

Michele Cicora était âgé de quatre ans quand son père Francesco a péri.
Michele Cicora était âgé de quatre ans quand son père Francesco a péri. - D.A.

C’est le début d’une procédure d’identification digne des meilleurs « cold case » américains : 63 ans après la catastrophe du 8 août 1956 à Marcinelle, le fils de l’une des 17 victimes non identifiées parmi les 262 mineurs morts dans le charbonnage et remontés à la surface du carreau du Bois du Cazier vient d’annoncer son intention de demander l’exhumation des corps afin de les soumettre à des tests ADN pour les reconnaître formellement.

Installé en Grande-Bretagne, à Londres, où il enseigne l’italien dans un collège privé, Michele Cicora était âgé de quatre ans quand son père Francesco a péri : avec sa sœur Ilda et son frère Dante, ce cadet d’une fratrie de sept enfants veut achever son travail de deuil. L’objectif est de pouvoir rapatrier la dépouille de son père dans son village natal de San Giuliano di Puglia (Molise, province de Campobasso) pour l’inhumer dans la sépulture familiale auprès de son épouse, a expliqué ce lundi l’intéressé sur le site où il revenait pour la dixième fois. « L’objet de ma requête a été adressé le 2 février dernier au ministre des Affaires étrangères de la République italienne et le sera prochainement au nouveau gouvernement fédéral belge », prévient-il. Il s’agit d’obtenir toutes les autorisations requises pour pouvoir procéder aux analyses ADN, une opération dont le coût est estimé entre 30 et 50.000 euros, selon le directeur de la DVI belge Christian Decobecq. Un coût que Michele Cicora estime devoir être porté à charge des deux pays, en reconnaissance au sacrifice des dizaines de milliers de mineurs italiens qui ont participé à la bataille du charbon.

Mineurs inconnus

Pour comprendre le sens de sa démarche, il faut se replonger dans le contexte de ce qui fut le pire drame industriel de l’histoire de la mine en Belgique : « Trois jours après le 8 août, il fut décidé de ne plus remonter les corps méconnaissables, gonflés par les gaz de putréfaction, pour les exposer à la vue des familles », rapporte le conservateur du musée Alain Forti sur base d’une importante documentation historique. « Le seul moyen de les identifier consistait à prélever leurs effets personnels tels que montres, trousseaux de clé, bidons, casques, chaussures ainsi que des pièces de tissu découpées dans les vêtements pour les soumettre à un examen visuel auprès de leurs proches, avec quelques indications de l’autopsie. Cette procédure s’inspirait de la technique Barnstead, du nom du scientifique canadien qui l’avait mise en œuvre lors du repêchage des naufragés du Titanic dans l’Atlantique nord en 1912. Les corps étaient numérotés dès qu’ils étaient retrouvés, et leurs effets personnels placés dans un sac avec des détails sur leur physionomie. Parallèlement, une enquête sociale était menée auprès des proches, afin de récolter des indices à croiser avec les éléments des rapports des légistes. A Marcinelle, l’opération s’étala sur près de 18 mois, les cinq dernières dépouilles ayant été découvertes en novembre et décembre 1957. »

A l’époque, le frère aîné de Michele Cicora se rendit au Bois du Cazier en vue de procéder à l’identification des objets présumés de son père, mais ne put les reconnaître formellement. Ce qui explique que la dépouille paternelle repose au cimetière de Marcinelle dans une sépulture collective où 17 mineurs inconnus ont été enterrés les uns à côté des autres. « Il y avait parmi eux 12 Italiens, 2 Belges, un Allemand, un Algérien et un Grec dont les familles ne se sont jamais manifestées », observe le directeur du musée Jean-Louis Delaet. Comme l’a expliqué le président de l’ASBL de gestion du site Jean-Claude Van Cauwenberghe, il faut s’imposer d’en retrouver quelques-unes pour donner une dimension collective à la demande d’exhumation, et convaincre les autorités politiques, judiciaires, diplomatiques et scientifiques de soutenir ce projet.

Cause collective

Un appel est lancé, il va être relayé dans les différentes sous-régions d’origine des victimes afin de constituer un collectif. Il faudra aussi bien entendu que les descendants acceptent de se soumettre eux-mêmes à des prélèvements d’ADN, ou autorisent les chercheurs à y procéder sur les corps de leurs grands-parents, « parce que cette façon de procéder offre les meilleures garanties de résultats », selon Christian Destobecq. La partie ne s’annonce pas facile, émotionnellement parlant : il s’agira en effet de convaincre certaines familles de ne pas s’opposer aux exhumations, « certaines ayant manifesté le souhait qu’on laisse les morts en paix », selon les termes du président du Bois du Cazier.

Pour que la résolution de cette énigme intervienne avant le décès des derniers enfants encore en vie de mineurs inconnus, il convient d’agir vite. Scientifiquement, la tâche s’annonce moins complexe que sur le plan juridique où cette demande constitue une première, impliquant de nombreux acteurs à différents niveaux qu’il va falloir mobiliser. Dans ce cadre, le 63e anniversaire de la catastrophe du 8 août constitue incontestablement un rendez-vous primordial.

Parlement européen: la dernière chance pour Verhofstadt

Le libéral gantois a la réputation d’être prêt à beaucoup quand il s’agit de ses ambitions personnelles.
Le libéral gantois a la réputation d’être prêt à beaucoup quand il s’agit de ses ambitions personnelles. - AFP.

Il a été Premier ministre belge pendant huit ans. Il a failli devenir président de la Commission européenne en 2004 si Tony Blair (avec l’aide subversive de Wilfried Martens, alors patron du PPE) n’y avait opposé son veto. Il a ensuite été le candidat officiel de sa famille politique libérale à la même fonction il y a cinq ans. Et il a dirigé le groupe libéral ALDE du Parlement européen depuis dix ans, ce qui lui a permis de devenir l’un des rares politiques européens doté une certaine notoriété dans l’UE, servie par sa fougue oratoire lors de ses interventions en session plénière. Mais cet été 2019, c’est son dernier combat politique personnel que mène Guy Verhofstadt. Ce n’est pas officiel, mais c’est de notoriété publique : l’ex « numero uno » belge ambitionne d’achever sa carrière politique en beauté avec une présidence du Parlement européen.

Aucune de ses conquêtes politiques précédentes n’était allée de soi. Qui, dans les années 80 où il était entré en politique en ravissant la direction du parti libéral flamand PVV à 29 ans, aurait parié 100 francs belges sur un gouvernement sans la droite chrétienne et dirigé par Verhofstadt en 1999 ? Personne. Et quand il a quitté la politique nationale belge pour le Parlement européen ce ne fut pas, comme c’est l’usage, en recommençant par le bas : il a d’emblée décidé et réussi à prendre la présidence du groupe ALDE, devenant rapidement, au côté de l’écologiste Daniel Cohn-Bendit, un ténor de l’assemblée.

Cette fois encore, l’objectif ne sera pas facilement atteint. La présidence du PE fait partie du paquet de nominations qui se négocient actuellement entre les différentes forces politiques du Parlement et les 27 chefs d’Etat ou de gouvernement, dans la foulée des dernières élections européennes. Un paquet dont la pièce centrale et la plus convoitée est la présidence de la Commission, et dont le partage doit répondre à des exigences d’équilibre politique, géographique et de genre.

Or la famille libérale, désormais renforcée par son alliance avec le parti d’Emmanuel Macron, a plusieurs fers au feu, sans que l’on sache très bien lequel elle privilégie. Alors que les libéraux n’avaient pas voulu désigner de porte-drapeau et candidat à la présidence de la Commission européenne avant les élections européennes, ils ont après le scrutin désigné comme telle la commissaire danoise Margrethe Vestager, qui serait (ou pas ?) soutenue par le président français. Mais en coulisses, la détermination du soutien de la famille libérale à Vestager paraît plus faible qu’annoncé…

L’explication est peut-être celle-ci : les libéraux peuvent aussi légitimement revendiquer la présidence du Conseil européen (l’assemblée des chefs d’Etat ou de gouvernement), où ils constituent le premier groupe, en dépit du départ du Finlandais Sipilä et probablement bientôt du Danois Rasmussen. Ici, ce sont les Premiers ministres néerlandais Mark Rutte (qui ne cesse de répéter publiquement qu’il n’est pas intéressé), et le Belge Charles Michel (qui publiquement n’en souffle mot), qui sont systématiquement cités…

Et enfin, il y a Guy Verhofstadt pour le perchoir du Parlement. Pour le coup, l’ambition de l’ancien Premier ministre ne manque pas de susciter, et cela depuis longtemps, une certaine appréhension auprès des chefs de gouvernement libéraux. C’est que le libéral gantois, qui sait comme peu d’autres marier la défense des grands principes et les manœuvres politiques, a la réputation d’être prêt à beaucoup quand il s’agit de ses ambitions personnelles. Or si les 27 chefs d’Etat ou de gouvernement, qui se réunissent en sommet ces jeudi et vendredi pour tenter de s’entendre sur le paquet des « top jobs », n’y arrivent pas d’ici le 2 juillet, jour de l’installation du nouveau Parlement, celui-ci devra quand même élire son nouveau président. Ce moment-là pourrait être mis à profit par Verhofstadt pour se présenter. Et il dispose à cette fin d’un allié objectif qui pourrait être déterminant : Manfred Weber, le chef du groupe PPE, qui est aussi le candidat de son parti pour la présidence de la Commission. En contribuant à l’élection de Verhofstadt au perchoir du Parlement, Weber s’assurerait de l’absence de concurrent libéralo-macronien dans cette course. Et dans ce cas de figure aussi, les chefs de gouvernement libéraux devraient abandonner leurs ambitions d’obtenir la présidence du Conseil européen…

Enfin, au-delà des petites rivalités internes au camp libéral, il y a de bonnes raisons pour que tous les chefs d’Etat ou de gouvernement voient d’un mauvais œil la montée du libéral flamand au perchoir. Car personne ne doute que Verhofstadt usera de manière beaucoup plus politique que ne l’ont fait ses prédécesseurs – sauf le social-démocrate Martin Schulz – le poids institutionnel et législatif du Parlement afin de faire avancer les projets traditionnellement freinés par les capitales.

Et si l’ex-Premier ministre belge ne réussit pas sa dernière conquête ? Retiré de la présidence du groupe libéral, qui choisira son nouveau chef mercredi, il coulera probablement des jours plus paisibles, pour la première fois depuis 20 ans, de député de base…

Festival VR Experience: plus virtuelle, la vie

Vous êtes au cinéma et en même temps, vous êtes là-bas : en Chine, au Japon, sur le toit de Notre-Dame de Paris. Pour un peu, vous pourriez sentir la brise ou le parfum des dimsums… Cette immersion à 360º, déjà bien ancrée dans les domaines technologiques, médicaux, éducationnels ou artistiques, s’est définitivement imposée au cinéma. Au point que nous en sommes déjà à la quatrième édition du Brussels Virtual Reality Festival qui se déroulera dans le cadre du BRIFF (le Brussels International Film Festival) du 26 au 29 juin à l’UGC De Brouckère et, nouveauté cette année, au Cinéma Palace.

À l’initiative du projet, l’agence bruxelloise de production audiovisuelle immersive Poolpio, qui travaille sur des concepts originaux à destination de la réalité virtuelle, la réalité augmentée 2D et 3D, l’animation 360 º et le motion capture intégré dans les environnements VR. « La VR est plus qu’un film ou un jeu vidéo visionné dans un casque, c’est un nouveau média audiovisuel, avec son propre langage et son propre format d’expression », explique Jean-Louis Decoster, cofondateur de Poolpio. « C’est une nouvelle façon de consommer les médias et, le plus important, dans les bonnes expériences, comme celles que nous présentons et qui ne sont que des choses de qualité, il y a ce sentiment de présence qui apparaît. On se retrouve au centre de l’histoire, au centre de l’œuvre, littéralement, ce qui n’arrive jamais dans les films traditionnels, les flat films, comme on dit. »

Une sélection pointue

Le festival propose de partager ce contenu développé par des artistes indépendants à des festivaliers qui, par session d’une heure, découvriront une programmation exclusive de productions immersives. Au programme, cinq courts-métrages en réalité virtuelle – animation, documentaire ou fiction – pour environ 45 minutes d’expérience. Les séances se succéderont non-stop pendant toute l’après-midi au fil des quatre jours.

Un programme qui s’est resserré par rapport aux deux premières éditions notamment où 30 projets étaient à l’affiche dans deux cinémas bruxellois, ce qui avait engendré pas mal de frustration. « Certaines séances étaient sold out, les gens n’avaient pas pu tout voir », reprend Jean-Louis Decoster. « Ici, la logistique est plus simple puisque les mêmes films sont à l’affiche à l’UGC de Brouckère et au Palace. La sélection est encore plus pointue, on a des films primés, des premières belges et européennes. »

Et pourquoi des œuvres qui dépassent rarement les dix minutes ? « Parce que même si le programme du festival est d’excellente qualité, ça reste une technologie qui n’en est qu’à ses balbutiements. On n’en est pas encore au niveau de la vision humaine et au-delà, de 40-45 minutes, ça peut fatiguer. Souvenez-vous, quand on était petits, nos parents nous empêchaient de regarder la télé de trop près. Aujourd’hui, avec la VR, on a l’écran collé aux yeux ! »

Comment affronter les populistes? La Suisse a une réponse

Quelle réponse apporter à la montée des partis extrêmes
? La réponse suisse n’est pas nécessairement exportable.
Quelle réponse apporter à la montée des partis extrêmes ? La réponse suisse n’est pas nécessairement exportable. - REUTERS.

Marine Le Pen passe en tête en France, Nigel Farage triomphe en Angleterre, Matteo Salvini l’emporte en Italie, et Viktor Orban domine la scène politique en Hongrie. En Autriche, la tentative d’intégration du parti d’extrême droite FPÖ dans le gouvernement conservateur a échoué (comme toutes les tentatives précédentes en ce sens). En ce qui concerne les partis allemands, ils continuent de s’efforcer de garder leurs distances avec l’AFD.

Inclure ou exclure ? Qu’est-ce qui fonctionne le mieux à long terme ? Dit autrement : un parti qui se voit refuser le pouvoir peut-il ainsi se présenter comme une victime et en être récompensé par les électeurs ? Telle est la question que se pose actuellement l’Allemagne. L’Autriche y a déjà répondu : quiconque négocie avec un parti d’extrême droite et le fait entrer dans le gouvernement, en fait un parti qui ne peut certes pas gouverner, mais qui vit de l’agitation et des scandales. Et c’est l’ensemble du gouvernement qui en paie les conséquences.

La Suisse reste également un cas à part sur cette question. C’est le premier pays d’Europe où un parti nationaliste et néolibéral sur le modèle des républicains américains a gagné petit à petit en puissance, remporté plusieurs élections et déterminé l’agenda politique pendant des décennies : l’Union démocratique du centre, l’UDC.

Pendant longtemps, le système politique a eu des difficultés avec ce parti d’extrême droite. Mais comme le Parlement élit régulièrement des membres de l’UDC qui ne se modèrent pas, mais qui suivent strictement la ligne du parti, les esprits se sont calmés. Le parti ne peut plus prétendre qu’il est tenu à l’écart du pouvoir. Dans le même temps, on a pu voir les conseillers fédéraux du parti au travail, ce qui contribue à leur désacralisation.

La faible confiance accordée par les Suisses à l’UDC pour diriger les affaires est évidente dans les cantons. L’UDC compte en effet relativement peu de membres dans ces gouvernements locaux par rapport au nombre de voix qu’elle obtient, et elle a perdu tous ses postes gouvernementaux dans les cantons francophones.

La Suisse fonctionne avec une grande coalition permanente dont les décisions peuvent être corrigées par référendum. L’intégration des forces politiques a toujours fonctionné, d’abord avec le parti de la minorité catholique, puis avec les sociaux-démocrates et maintenant, du moins semble-t-il, avec l’UDC. Mais ce système ne peut pas être exporté, et encore moins en Autriche ou en Allemagne. Les deux pays ont en effet un passé fasciste dont les conséquences se font encore sentir de nos jours.

Mais l’Europe peut néanmoins apprendre de nous. D’abord les mauvais côtés : l’UDC a brutalisé l’atmosphère politique dans le pays. Les autres partis doivent justifier en permanence leur position et les médias sont accros aux sujets abordés par l’UDC. Lorsque l’UDC hurle, les médias hurlent avec elle. Et maintenant, la bonne nouvelle : le parti a perdu les trois dernières élections régionales d’une manière écrasante. L’actualité était en effet dominée par un sujet contre lequel ils ne pouvaient rien faire : le climat.

Coalition wallonne: le coquelicot cueilli à froid, mais PS et Ecolo restent soudés

Mercredi, Ecolo et PS devraient essayer de constituer un «
bloc programmatique
».
Mercredi, Ecolo et PS devraient essayer de constituer un « bloc programmatique ». - Belga.

La vie des fleurs est éphémère. Le coquelicot d’Ecolo semble l’apprendre à ses dépens. Ainsi, la proposition formulée dans nos colonnes par Jean-Marc Nollet ce lundi – un gouvernement associant les verts aux socialistes et à plusieurs ministres issus de la « société civile » – a vécu. Telle une gelée tardive, l’avis du CDH l’a glacée avant même son éclosion.

« Le CDH ne pense pas pertinent d’offrir à la Wallonie un scénario fragile, instable et peu pérenne tel que celui d’un gouvernement minoritaire à l’heure où d’importants défis se présentent », a réagi le parti centriste dans un communiqué. Pas question donc de s’engager pour cinq ans avec une coalition minoritaire et qu’il faudrait soutenir au cas par cas au parlement.

La réaction des humanistes peut paraître surprenante. En effet, interviewée sur LN24 le 13 juin dernier, Marie-Martine Schyns avait tenu des propos interprétés comme une ouverture en faveur du soutien à un gouvernement minoritaire : « Il y a d’abord ce que les partis qui ont la main doivent décider et doivent mettre en place. Ils doivent se mettre d’accord aussi sur un projet. En fonction de ça, je pense que le CDH, en bureau politique avec ses mandataires mais aussi avec ses militants, se positionnera. C’est aujourd’hui beaucoup trop tôt pour se positionner par rapport à ça. Très clairement, il y a des actes qui doivent être posés par d’autres que nous. » De plus, en interview, Jean-Marc Nollet avait laissé planer un doute sur le fait d’avoir consulté préalablement Maxime Prévot sur une partie de son annonce.

Alors, fané, le coquelicot ? Il reste un petit espoir à ses défenseurs. D’abord, parce que Défi a réservé un accueil plus favorable à la proposition de Jean-Marc Nollet. Cela dit, les amarantes et leurs trois sièges ne pèsent pas assez à la Fédération Wallonie-Bruxelles pour appuyer une éventuelle coalition minoritaire. Par ailleurs, la « société civile » en question a réagi lundi. Quarante membres d’associations regroupés au sein de la « Coordination » – où l’on retrouve des représentants de la FGTB, de la CSC, de Financité, de Greenpeace, de la Coalition climat, de Tam-Tam, de Médecins du monde ou encore du CNCD 11-11-11 – proposent de prendre la «Déclaration non gouvernementale» qu’ils ont publiée la semaine passée comme base de négociation d’une éventuelle coalition coquelicot.

Et maintenant ? Ce mardi, le PTB devrait confirmer, par une chaise vide, son retrait des négociations wallonnes.

Une aventure

Mercredi, PS et Ecolo ont rendez-vous à Namur. Les deux, confie-t-on, « analyseront ensemble les 20 propositions des verts ayant trait à la Communauté française », soumises la semaine dernière aux négociateurs socialistes, et « travailleront sur le fond, le contenu ». Il est question, explique-t-on, de constituer dans un premier temps un « bloc programmatique rouge vert ».

Ce « bloc programmatique » aura deux fonctions possibles.

La première : il représentera le programme gouvernemental d’une coalition minoritaire (PS-Ecolo + Défi à la FWB) qui, ouverte ou non à la société civile (un coquelicot dans ce cas), sollicitera la confiance au parlement wallon et auprès des élus de la Fédération.

Deuxième fonction possible : il représentera une base de négociation commune PS-Ecolo avant de se tourner vers le MR pour une hypothétique coalition arc-en-ciel PS-Ecolo-MR.

Faut-il préciser qu’après le refus net du CDH d’envisager quelque forme de soutien extérieur, la minoritaire PS-Ecolo s’apparente à une aventure ? Il faut 38 signatures au départ pour approuver un pacte gouvernemental (PS et Ecolo ont 35 sièges). Néanmoins, il faut constater, après nos coups de sonde chez les uns et les autres, que chez les rouges comme chez les verts, la formule continue de vivre, au moins dans les conversations. Où l’on affirme en chœur : « Nos militants n’accepteront jamais une coalition avec le MR... » Où l’on reste zen mais pas trop. Un bleu ponctue pour nous : « Ils ne pourront pas ignorer éternellement le MR, arrivé deuxième en Wallonie, bien devant Ecolo. Il faudra bien en tenir compte à un moment donné, et en attendant, on constate que les problèmes internes de la gauche bloquent la Wallonie. »

Le procès Valentin, un plaidoyer pour les assises

Alexandre Hart.
Alexandre Hart. - Belga.

L’avocate générale Pascale Schils, au moment de son premier réquisitoire, a confié qu’elle avait immédiatement souhaité voir le dossier de l’assassinat de Valentin jugé devant les assises. A l’époque des faits, via la loi « Pot-Pourri II », on pouvait « correctionnaliser » les crimes les plus graves, jugés en deux, trois audiences seulement. Mais le parquet général, avait expliqué Pascale Schils, estimait qu’il fallait que le jury populaire se penche sur cette affaire : « Comment est-il possible que des jeunes aient cette cruauté indicible de faire souffrir durant toute une nuit leur ami, qui plus est vulnérable ? Comment peuvent-ils en arriver à le tuer d’une manière aussi cruelle et implacable ? C’est un débat social. »

Aujourd’hui, après cinq semaines de procès, le scénario des faits tel qu’il était évoqué au début mai semble obsolète. On présentait alors un Alexandre Hart seul leader, omniprésent, une caricature d’un psychopathe suivi par quatre faiblards, peut-être terrorisés. Puis il y a eu les longues auditions des accusés qui, bas QI aidant, passent encore pour des gamins. Un peu secoués par leurs avocats, mis sur le gril par la présidente Urbain, sans doute impressionnés par le décor écrasant des assises, ils ont fini par reconnaître, chacun, qu’ils n’avaient pas eu besoin d’être menacés par un psychopathe pour s’en prendre à ce jeune handicapé.

La nuit du 26 au 27 mars 2017, chacun a vu ressortir ses propres frustrations. Chaque écorché, dans ce milieu faible socialement, dont on a senti les carences au fil des auditions de témoins de moralité, s’est senti surpuissant. C’est un plus faible qu’eux, un encore moins bien loti qu’eux, un gamin délaissé par les siens et par les institutions censées le protéger, qui a fait les frais de cette fameuse dynamique de groupe longuement décrite. Alexandre, Belinda, Dorian, Loïck et Killian, c’était un cocktail explosif.

« Pour juger un homme », écrivait Balzac, « au moins il faut être dans le secret de sa pensée, de ses malheurs, de ses émotions : ne vouloir connaître de sa vie que les événements matériels, c’est faire de la chronologie. » Le procès a duré longtemps, il a coûté bien plus que quelques journées en correctionnelle. Mais en correctionnelle, on n’aurait jamais mesuré le désœuvrement d’un jeune handicapé rejeté par tous ; on n’aurait jamais su qui étaient vraiment les accusés, ni comment une telle horreur avait pu arriver. On n’aurait conservé des faits que cette incompréhension malsaine, ce sentiment d’inhumanité. Le procès Valentin, c’est une plongée dans un monde d’oubliés. Et de cela, il ne fallait pas priver la société.

Le vrai ou faux: faut-il ressusciter Keith Haring?

Conscient de l'épidémie de drogue qui atteint la ville de New York, Haring réalise la fresque «
Crack is Wack
» («
Le crack, ça craint
») en 1986.
Conscient de l'épidémie de drogue qui atteint la ville de New York, Haring réalise la fresque « Crack is Wack » (« Le crack, ça craint ») en 1986. - Keith Haring Foundation

Vrai

Vous vous souvenez ? Vous aviez le verre du Quick. Le tee-shirt avec le bébé ou le chien qui aboie. La Swatch avec les petits bonshommes qui couraient sur le bracelet. Keith Haring, c’est le Tintin des Américains. Un type tellement ancré dans l’inconscient collectif qu’on ne sait plus trop le situer : il fait des comics ? Des tableaux, des sculptures, du design ? Ah bon il est mort ?

Dans une large rétrospective qui arrivera le 6 décembre à Bozar (1) à Bruxelles, la Tate de Liverpool replace le travail de l’artiste et activiste dans l’impétueux New York des années 80, quand tout le monde habitait The Village parce que les loyers étaient démesurément bas, qu’on montait des expos dans les boîtes de nuit, qu’on regardait MTV en boucle et qu’aimer Madonna était cool.

Un artiste hyperspontané

Tout est dans cette photo de Mapplethorpe où Haring peint en blanc le corps de Grace Jones, cette autre avec Basquiat et Klaus Nomi, celle-ci enfin où il pose torse nu sur un skate, dans un jeans couvert de patchs et d’inscriptions. C’est le New York de toutes les folies. Mais c’est aussi le New York du sida, des immenses manifs d’Act Up auxquelles l’artiste participait. « Keith Haring pourrait nous donner des leçons en ces temps sinistres », raconte Darren Pih, commissaire de l’exposition de la Tate Liverpool. « Que dirait-il du Brexit ou du racisme ambiant, lui qui ne pensait qu’à unifier, rassembler, même à New York, qui rapprocher le haut et le bas de la ville ? Lui qui craignait tellement la montée de l’homophobie avec l’arrivée du sida, qu’on lui diagnostiqua d’ailleurs en 1988… »

Un sens aigu de la justice

C’était pourtant un garçon optimiste. Et pragmatique. Qui dessinait à la craie blanche sur les panneaux publicitaires du métro, qui allait vers les gens, parlait avec eux, distribuait des affiches, etc. « Il voulait de la reconnaissance, bien sûr », poursuit Darren Pih, « mais avant tout apporter l’art dans la rue. Sortir l’artiste des galeries. En 1986, quand il ouvre son Pop Shop où il vend des posters et des tee-shirts, ça énerve tout le monde dans le milieu. Il est sévèrement critiqué. Mais pour lui, c’est juste une façon de faire voir son œuvre au plus grand nombre. Parce qu’elle contient beaucoup de choses. Haring était un grand communicateur, bercé par la télé et la protest culture américaine. C’était un activiste qui luttait contre toutes les formes d’oppressions, raciales ou religieuses. Il avait un sens aigu de la justice. »

Là, sur le mur, entre un Mickey géant, de grands formats à l’encre sur papier et six pages de petits dessins sur un carnet quadrillé – de ceux qu’on fait au téléphone, quand on noircit une case, puis deux, puis trois, que ça devient une clé, une route, un tunnel –, il y a un poster pour les 70 ans de Mandela en 1988, un autre pour un événement au profit de l’aide en Afrique en 1985, celui en faveur du désarmement nucléaire « Break weapons not spirits » en 1982 et celui alertant contre les dangers de cette drogue montante, en 1986 : « The Crack Down ! »

Presque un chorégraphe

Plus loin, une vidéo de lui, accroupi dans une pièce carrée, pieds nus, peignant sur le sol une fresque de façon effrenée, comme en transe. Il dessine en reculant, pinceau dans une main, bouteille d’encre dans l’autre. Quand il est dos au mur, quand sa peinture l’a presque entièrement dévoré, il s’échappe par une petite porte dérobée. C’était en 1979. Il reste mille témoignages comme celui-là de l’artiste au travail, que l’on doit notamment au photographe Tseng Kwong Chi qui le suivait partout et qui est mort un mois après lui, en mars 1990.

« Lui-même se filmait beaucoup », explique le curateur. « C’est impressionnant à voir. Il n’y a aucune hésitation dans son dessin, c’est instinctif, performatif, un trait hyperspontané qui rappelle Jackson Pollock. Il y a quelque chose de l’art égyptien dans son travail, des pictogrammes, de la calligraphie, du streetart de son ami Basquiat, du pop art bien sûr, du Disney, du Dubuffet… Un mic mac extrêmement moderne. Jamais de croquis ou de dessin préparatoire, tout n’est qu’énergie et lignes fluides. Il avait développé tout un répertoire de mouvements. En fait, Keith Haring, il peignait comme un chorégraphe. »

Parfois, dans ses toiles les plus sombres, les plus tristes et les plus violentes, celles de la fin, où du sexe et l’amour ne jaillissent plus que des ombres de mort et de monstres terrifiants, c’est Jérôme Bosch qui transparaît dans toute son horreur.

(1) ¾ des oeuvres présentées au Royaume-Uni seront à Bruxelles, auxquelles Bozar ajoutera un chapitre sur les liens de Keith Haring avec la Belgique : dès 1987, celui-ci multiplia les séjours au Zoute, chez le collectionneur belge Roger Nellens, qui montait à l’époque les expos du casino de Knokke.

Débat: faut-il encore élargir l’Union européenne?

Débat: faut-il encore élargir l’Union européenne?

Il y a un an, au bout de dix heures de discussion poussive, les pays membres de l’Union européenne bottaient en touche. Réunis à Luxembourg (c’est la pratique, en juin…), les ministres en charge des Affaires européennes renvoyaient à ce mois de juin la décision d’ouvrir – ou non – des pourparlers d’adhésion à l’Union européenne avec la Macédoine et l’Albanie. Tout en faisant miroiter le début de ces négociations « pour la fin 2019 ».

Un an plus tard, et toujours dans la capitale grand-ducale, tout indique qu’ils décideront à nouveau ce mardi… de reporter la décision. Le sujet de « l’élargissement » de l’UE reste, manifestement, sensible. Lundi, les représentants permanents des Etats membres se penchaient à nouveau sur la question pour tenter de trouver un langage commun, que les deux candidats attendent avec grande impatience.

Les Etats membres sont divisés sur la question. Une quinzaine de pays ont pris publiquement fait et cause pour cette nouvelle perspective d’élargissement. La Belgique, nous dit-on, devrait se joindre au consensus… s’il se dégage. Les pays réticents, eux, auront beau jeu de se « cacher » derrière la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. Paris continue à plaider haut et fort pour « l’approfondissement » de l’UE avant son « élargissement ». Le Parlement des Pays-Bas s’est prononcé mercredi dernier contre l’ouverture des négociations avec l’Albanie. Et Berlin attend le verdict du Bundestag promis pour… septembre.

Grand format – Qui sont les bénévoles derrière les Sentiers de Grande Randonnée?

Une croix blanche et rouge pour indiquer une mauvaise direction, une double bande horizontale rouge et blanche pour une continuité de sentier, une flèche pour un changement de direction
: chaque balisage a sa signification.
Une croix blanche et rouge pour indiquer une mauvaise direction, une double bande horizontale rouge et blanche pour une continuité de sentier, une flèche pour un changement de direction : chaque balisage a sa signification. - D.R.

Des randonnées, courtes ou très longues, il en existe des centaines dans nos paysages ruraux et même urbains, créés sous la houlette d’une grande diversité d’associations et de structures. Citons le travail des nombreux syndicats d’initiative et des offices du tourisme locaux, et également le réseau de voies lentes « Ravel ».

Mais l’institution marquante, qui a une visibilité internationale et une diversité de propositions au long cours, reste l’ASBL Sentiers de Grande Randonnée, qui propose des circuits à travers toute l’Europe.

Cette ASBL vit grâce au travail bénévole de ses baliseurs. A l’occasion des 60 ans de l’ASBL en Belgique, nous avons rencontré Jacques Maheux et sa compagne Viviane, en Gaume. Jacques coordonne le travail de 65 baliseurs bénévoles en province de Luxembourg.

C’est un peu pour la marche ou le plaisir de la liberté campagnarde que Jacques Maheux a quitté sa région de Mouscron en l’an 2000 pour une longue transversale wallonne jusqu’en Gaume, où il travailla à l’école d’enseignement spécialisé de Saint-Mard (Virton). « La verdure me manquait, j’avais la nostalgie des bois lorsque je venais en Ardenne lors des camps scouts. »

Et c’est via des amis randonneurs qu’il a mis le pied à l’étrier dans l’ASBL des Sentiers de Grande Randonnée. « Je randonnais avec des amis et c’est comme cela que je les ai accompagnés à un week-end de rencontre des baliseurs. J’ai mordu à l’hameçon. Baliser, c’est contribuer à aider les autres pour qu’ils ne se perdent pas et qu’ils prennent le maximum de plaisir en marchant. »

« Baliser, c’est contribuer à aider les autres pour qu’ils ne se perdent pas et qu’ils prennent le maximum de plaisir en marchant »

20 km de balisage par personne et par an

C’est ainsi qu’en Wallonie et à Bruxelles, environ 270 baliseurs sillonnent annuellement quelque 5000 km de sentiers, pour les entretenir, vérifier si les balises sont toujours là et bien visibles. Un travail indispensable. « Mais nous ne sommes pas des cantonniers. On se promène avec un sécateur, pas avec une tronçonneuse ! », note Jacques Maheux. « Si un arbre est tombé, on le signale à un agent du Département Nature et Forêts (DNF) ou à la commune. Chaque baliseur vérifie une vingtaine de km par an. Personnellement, je demande que les baliseurs ne travaillent pas sur les mêmes tronçons tous les ans. Cela permet de rompre les habitudes et d’apporter un regard neuf pour rendre le balisage toujours plus efficace. »

Chaque baliseur vérifie une vingtaine de kilomètres par an.

Cela permet aussi aux baliseurs de proposer des variantes permettant d’améliorer les circuits lors d’une réédition des topos-guide. Et elles sont régulières, à l’image des « Sentiers de l’Ardenne, de la Lorraine belge à l’Eifel », un GR 25 récemment réédité, avec de nombreuses nouveautés. Mais il n’est pas le seul. « On évite le plus possible les routes. Parfois, il y a aussi des chemins qui disparaissent, certains agriculteurs les englobant dans leurs propriétés… Et puis il y a des rachats de propriétés publiques par des privés, comme à Libramont, Harre-Manhay ou Chiny. Cela pose alors problème. C’est rare, mais nous avons déjà été au tribunal pour qu’un chemin public qu’un privé s’est approprié illégalement redevienne accessible… »

« Je ne conçois pas de laisser 500 m sans une indication, même si c’est droit. Cela rassure »

Muni de son seau rempli de petits pots de couleur rouge et blanc, les couleurs officielles des SGR, mais aussi de clous pour les balises à fixer et de balises autocollantes, Viviane et Jacques vérifient l’état d’un sentier près de la chapelle du Bonlieu, à Ethe (Virton). « Il faut trouver les supports adéquats, des arbres généralement. On peint discrètement, mais visiblement. Une croix blanche et rouge pour indiquer une mauvaise direction, une double bande horizontale rouge et blanche pour une continuité de sentier, une flèche pour un changement de direction. On balise dans les deux sens. Le but semble évident, mais il faut que le randonneur sache où aller, facilement. Je ne conçois pas de laisser 500 m sans une indication, même si c’est droit. Cela rassure », poursuit Jacques Maheux. « Bien sûr, les randonneurs ont leur topo-guide, ou ont enregistré l’itinéraire sur leur smartphone, mais la balise, c’est simple et direct. »

La vérification annuelle permet de corriger les détériorations dues au climat, à la nature (des feuilles ou de la mousse qui cachent une balise, un lierre qui s’accroche, etc), un piquet couché par un camion de débardage ou plus rarement l’œuvre de vandales.

Le blanc et le rouge, signe distinctif

En chiffres

5.000 km

5.000 kilomètres de sentiers balisés, créés durant plus de 60 ans par des bénévoles passionnés, couvrent la Wallonie et Bruxelles. C’est en province de Liège qu’on trouve les parcours les plus longs (1.338,8 km), devant le Luxembourg (1.234,8), Namur (882,1) le Hainaut (865,6 km) et le Brabant wallon (404,6). Quant à Bruxelles, on y trouve tout de même 68,8 kilomètres de sentiers balisés.

270

Aujourd’hui, 270 baliseurs entretiennent chaque année des tronçons de sentiers GR. Dans les deux sens, évidemment.

18 euros

L’association publie un magazine trimestriel « GR Sentiers »qui est donné avec la carte de membre. Il donne l’envie de randonner curieux toute l’année en Belgique, en Europe et ailleurs. Pour soutenir l’association qui fonctionne sans subsides, la cotisation annuelle est limitée à 18 euros (25 pour l’étranger). La carte de membre permet d’avoir une réduction de 2 euros sur le prix des topo-guides, et d’accéder aux Auberges de Jeunesse (AJ) en Wallonie et a Bruxelles, aux Gîtes d’Étape (CBTJ), aux maisons des Amis de la Nature aux mêmes conditions que leurs membres.

Le blanc et le rouge des « GR en ligne » vont toutefois être complétés par du rouge et du jaune pour les « GR de pays », comme en France. C’est que l’ASBL diversifie ses offres. Sa base, son fonds de commerce si l’on peut dire, est constituée des grands itinéraires qui s’étirent parfois sur des centaines de km. Mais dans le jargon des marcheurs, il y a aussi des GRP, des RB, RF et GRT ! Les sentiers sont en effet labellisés en 5 catégories et collections. Le « GR » (sentier de Grande Randonnée) est un parcours de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines qui sillonne une région, plusieurs provinces ou même plusieurs pays.

Le « GRP » (GR de Pays) est un sentier au long cours conçu pour former une boucle de plusieurs jours dans une région spécifique bien typée (GR du Pays de Herve, du Brabant wallon, du Luxembourg belge, de l’Entre-Sambre-et-Meuse ou le tour des Vallées des Légendes). Plus court, le « RB » (Randonnée en Boucle) propose des marches d’une journée maximum, de 18 à 23 km. Chaque province wallonne et la région bruxelloise compte 15 à 32 randos. Un excellent entraînement pour les GR en ligne. Conçus et adaptés à un public plus large, spécialement pour les familles, le « RF » (rando familiale de 7 à 9 km) est une initiation à la randonnée qui permet aussi de découvrir des attractions locales.

Enfin, dernier-né, le « GRT » (sentier de Grande Randonnée Thématique) est un parcours de plusieurs jours autour d’un thème spécifique - sentier des abbayes trappistes de Wallonie, entre Chimay, Rochefort et Orval. Ou celui des monts d’Ardenne, entre Croix Scaille, Baraque Fraiture et signal de Botrange, ou encore du nouveau Geopark Unesco Famenne-Ardenne, dont la parution aura lieu en 2020. Des variantes qui reprennent de 90 à 95 % de sentiers existants, mais qui sont liées à une thématique. On le voit, les GR ne sont pas près de s’endormir sur leurs cailloux !

Du Lubéron à Liège, la naissance belge

Cailloux ? Un nom prédestiné pour s’y retrouver sur des sentiers balisés… Un peu d’histoire : c’est en effet dans le Luberon qu’est né, en août 1959, le GR 5 belge. François Morénas était l’ami de Giono et le dernier animateur de l’auberge de jeunesse Regain. Avec son épouse, l’animateur est depuis 1953 un baliseur engagé dans son Colorado provençal, pièce maîtresse du nouveau GR 6 français qui relie l’Aquitaine aux Alpes-de-Haute-Provence en passant par le Massif central.

« Au-delà de la randonnée, je serai intéressé à découvrir les sites touristiques présentés dans le topo-guide »

En 1959, deux Liégeois passent leurs vacances chez leur ami poète et randonneur. Spontanément, Lucien Cailloux et Alain Dawance se muent en baliseurs. Ils se disent que l’initiative de François Morénas pourrait faire des petits en Belgique et se proposent de baliser le projet d’un tracé reliant la mer du Nord à la Méditerranée, de Bergen-op-Zoom à Nice. Avec Henri Léonard, le Verviétois qui deviendra un conférencier très demandé, ils donnent le 6 septembre 59 au pont du Centenaire, à Hockai, les premiers coups de couleur du fameux GR 5.

L’aventure commence. Les trois pionniers créent à Liège, le 12 décembre 59, le Comité ardennais des sentiers. Le 8 décembre 1961 voit le jour le Comité national belge des sentiers de grande randonnée qui, cinq ans plus tard, se constitue en ASBL, avant de se scinder en SGR en Wallonie et en GR-Paden en Flandre par la suite.

Le topo-guide est préféré au smartphone

Aujourd’hui, selon une enquête menée en interne par l’ASBL pour ses 60 ans, il apparaît que les topo-guides restent préférés à des versions numériques (applications pour smartphone). Ou à des parcours téléchargés sous la forme d’un fichier informatique sur le smartphone ou un terminal GPS. L’approche numérique de la randonnée n’est pas ignorée, mais n’intéresse grosso modo qu’une personne interrogée sur cinq. « Si je décide de parcourir une grande partie d’un GR, je serai intéressé à acquérir le topo-guide. Au-delà de la randonnée, je serai intéressé à découvrir les sites touristiques présentés dans le topo-guide », indique un avis. « Mais si, comme dans la plupart du temps, je ne parcours qu’une partie (une étape de 15 km par exemple), je me contente de la trace numérique : pas de soucis de parcours, pas de papier dans les mains ».

21 % des répondants qui n’utilisent jamais de smartphone ou de GPS pour se guider sont intéressés par cette approche, mais souhaitent une formation pour se lancer. Mais 63 % estiment que les cartes et les guides papier leur suffisent amplement.

Seulement un Belge sur deux lit des livres

Le secteur du livre ne se porte pas vraiment bien. Particulièrement en matière de lectorat.
Le secteur du livre ne se porte pas vraiment bien. Particulièrement en matière de lectorat. - BELGA.

Nous ne sommes qu’au début de la grande plongée », lance Benoît Dubois, président de l’Adeb, l’Association des éditeurs belges de langue française. L’homme ne pratique pas la langue de bois et il n’hésite pas à tirer des chiffres ce qu’ils veulent vraiment dire, c’est-à-dire que le secteur du livre ne se porte pas vraiment bien. Particulièrement en matière de lectorat.

D’après un sondage Ipsos réalisé pour l’année 2018, 85 % des sondés sont des lecteurs. Bravo. Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut lire, insiste Benoît Dubois : « Si la population est représentée par le nombre 100, on peut enlever 20 illettrés, ce qui doit être le chiffre réel. Le sondage ne se fait donc que sur 80, et les 85 % de lecteurs ne représentent plus donc que 68, disons 70. Et sur ces 70, 30 % disent lire mais jamais de livres, ni en imprimé ni en numérique. Restent donc 49, disons 50 lecteurs de livres. Un Belge sur deux. »

Et c’est là que le président de l’Adeb jette sa phrase choc du début. « Parce que 35 % des enfants qui quittent l’école primaire ne savent pas vraiment lire, reprend-il : ils ne comprennent pas ce qu’ils déchiffrent. Quand ces classes de jeunes arriveront dans les classes de population interrogées par les sondages, ça va donc encore empirer les choses. Et cela est une menace sur la culture, sur l’édition bien sûr, et surtout sur la démocratie puisqu’on pourra par exemple plus difficilement faire la part des nouvelles et des fake news. »

Vive la BD

Un avenir bien sombre. Et qui oblige les autorités de l’enseignement et de la culture à réagir. A la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Service général du livre et de la lecture dispose d’un budget global de 4,9 millions d’euros pour promouvoir le livre, soutenir les acteurs et les métiers de la chaîne du livre, via des aides à la création, à la traduction, à l’édition, à la diffusion, à la numérisation, à la lecture, à la promotion des langues française et régionales. C’est peu et c’est beaucoup. Beaucoup parce que le secteur du livre est déjà pas mal aidé, on vient de le lire. Peu parce que le développement des compétences langagières et des pratiques de lecture exigerait encore davantage d’opérations et de suivi.

La production des éditeurs belges francophones reste malgré tout stable. En 2018, on a connu une très légère croissance du chiffre d’affaires : +0,43 %. Au total, ce CA s’établit à 267,93 millions d’euros. Mais cette stabilité est surtout le fait de l’exportation et de la BD.

Exportation. Les ventes en Belgique diminuent en effet au profit des ventes à l’exportation. En 2018, 64,5 % de la production s’en va à l’étranger, essentiellement donc en France et un peu en Suisse et au Québec.

BD. Elle pèse 51,75 % du chiffre d’affaires de l’édition en Belgique francophone. Soit 79,5 millions d’euros. Dont 69,85 réalisés à l’exportation. Ce secteur est en croissance continue depuis 2015. C’est que Media Participations et Casterman, à capitaux français, restent des éditeurs établis en Belgique.

Puisque la Fédération Wallonie-Bruxelles aide le secteur de l’édition, on l’a dit, doit-elle encore subventionner le secteur de la BD ? « Oui, répond Benoît Dubois. Le paysage éditorial belge comporte de très grosses boîtes et une myriade de petits et moyens éditeurs, qui vivent et se développent grâce à leur hypercréativité et à l’existence de secteurs niches, comme la poésie. Les éditeurs de BD qui font de l’expérimental et du roman graphique, il faut évidemment les soutenir. »

Et que lit-on, en dehors de la BD évidemment. De moins en moins de livres en première édition et de plus en plus de livres de poche, d’abord. Un nombre de plus en plus restreint d’auteurs ensuite, le top 100 des titres 2018 le montre bien, et cela reflète des effets de mode. Et enfin, à 70 %, des livres qui viennent de France.

Ce qui pose problème aussi, l’infographie le montre bien, c’est que la littérature générale ne pèse rien. Seulement 0,14 % du chiffre d’affaires du livre belge, c’est vraiment peu. D’autant que plus de la moitié des livres de littérature générale sont vendus à l’étranger…

Et puis il y a Amazon et les autres. Les chiffres fournis par l’Adeb ne comprennent pas les ventes de livres via l’Internet. « Amazon, c’est sans doute 20 % du marché », assène Benoît Dubois. Il promet qu’à l’avenir, via le décret fixant le prix du livre, on pourra disposer d’une nouvelle méthodologie, et donc de ces chiffres-là. Mais il ajoute aussi que cette mainmise de la vente en ligne sur le marché du livre pose problème. « Apple a par exemple interdit la vente du dernier Largo Winch dont la couverture lui semblait trop sexy, dit-il. C’est donc un danger pour notre édition et notre liberté. »

Metallica a fait parler la poudre au stade Roi Baudouin

Metallica s’est offert le stade Roi Baudoin pour la première fois ce dimanche. Un concert solide et convaincant, malgré quelques longueurs.
Metallica s’est offert le stade Roi Baudoin pour la première fois ce dimanche. Un concert solide et convaincant, malgré quelques longueurs. - Mathieu Golinvaux

Combien étaient-ils pour accueillir Metallica dans la riante cité de Poperinge en février 1984 ? Trente-cinq ans plus tard, le gang californien s’offre le stade Roi Baudouin, 40.000 fans (peu ou prou, des places ayant été remises en vente ces derniers jours) prêts à acclamer le plus grand groupe de heavy metal du monde. Car c’est bien ce que Metallica est devenu, incontestable et incontesté monarque du genre. Restait à voir comment les quatre cavaliers de l’Apocalypse allaient se débrouiller dans un stade, moins de deux ans après leur dernier passage en Belgique au Sportpaleis d’Anvers.

Le concert de Metallica au stade Roi Baudoin

Un concert couillu !

Metallica n’a pas retourné le stade Roi Baudouin. Mais il a donné un concert solide et satisfaisant. Un concert ambitieux presque uniquement basé sur la musique du groupe – malgré un écran géant, très peu de light show occupait la rétine et le cerveau des spectateurs. Couillu ? Couillu ! D’autant que le son, des tribunes du moins, n’était pas forcément top – on nous a cependant assuré qu’ailleurs, il était nickel.

Les quatre Metallica sont des musiciens hors pair. On a déjà insisté sur le « nouveau » bassiste (depuis 2003 tout de même) Robert Trujillo, Kirk Hammett est un guitar hero comme on n’en fait plus et la voix de James Hetfield reste claire et menaçante. Arrêtons-nous sur Lars Ullrich, 56 ans derrière ses fûts. Pas de faux-semblant ici, notre homme sue, frappe et donne tout ce qu’il a. Devant 40.000 personnes. Aucun faux pas ne peut être toléré. Lars Ulrich tient la baraque et il convient de s’incliner.

Difficile de ne pas trouver le temps long

Pour autant, pas simple d’occuper tout un stade durant près de trois heures… James Hetfield s’en rend compte, qui ne cesse de demander comment le public se sent. Réponse polie, un peu dispersée… Car le public attend autre chose que le dernier album Hardwired… To Self-Destruct, pourtant très bien accueilli et de bonne tenue. Ce n’est pas suffisant. Pour dire vrai, la fin de la première heure s’éternise. Malgré quelques incartades bienvenues dans le Black Album (« The Unforgiven », « Sad But True »), il faut bien avouer que, passé les premiers rangs (soit 10.000 personnes), la connexion passe avec quelques difficultés. C’est là que Metallica sort son as de Pique avec une reprise de « Ça plane pour moi » signée Trujillo-Hammett. Dans les moments difficiles, on peut toujours compter sur Plastic Bertrand !

Après quoi, le gang passe en cinquième : « One », « Master of Puppets », « For Whom The Bell Tolls », « Seek And Destroy ». C’est bien pour ça que le public est là et le concert prend une tout autre ampleur. Enfin, le fer est chaud et le rappel cinq étoiles (« Lords of Summer », « Nothing Else Matters » et « Enter Sandman » pour terminer) donnera à Metallica une victoire sur le fil durement obtenue mais méritée. Sans artifice, à la force du poignet. Le metal ne meurt jamais !

Quand la droite française, faute de pur-sang, se donne à des mulets

Christian Jacob est favori pour prendre la tête des Républicains.
Christian Jacob est favori pour prendre la tête des Républicains. - FRANCOIS GUILLOT/AFP.

La gauche socialiste française, menacée de ruine, avait choisi pour candidat à l’élection présidentielle Benoît Hamon, un grand gosse immature (éternel leader des jeunes socialistes), lequel s’était aussitôt abandonné à une camarilla de parrains intellos qui en avaient fait son cobaye. On sait sur quoi déboucha cette expérimentation médicale sur être humain : un score qu’on ne pouvait distinguer que de très très près.

La droite, elle, après qu’un accident industriel l’avait débarrassée d’un leader, un certain Laurent Wauquiez, qui était le seul à pouvoir se saquer, devait se doter d’un chef charismatique capable de transformer la débâcle en nouveau départ. Une sorte de Mitterrand du néoconservatisme en somme. Or, qui s’apprête-t-elle à choisir pour incarner ce renouveau – c’est à se les mordre : Christian Jacob, un Gnafron à faire fuir toutes les Colombine. Un grand adulte, lui, dont de méchantes hormones politiciennes ont bloqué la maturation.

Erreurs de casting

Quand on évoque son nom, fût-ce devant ses amis politiques, on suscite inévitablement cette remarque, comme s’il avait une tête de litote : « c’est vrai qu’il ne brille pas par son intelligence ». Laissons là l’intelligence dont Jacob ne saurait être accusé même avec l’ennemi, mais c’est un fait qu’il ne brille pas, ce qui, estiment certains des siens, le condamne à un échec et mat. Très mat.

Benoît Hamon pour représenter les socialistes, Christian Jacob le conservatisme, c’est un peu comme si à la tête de la chrétienté on avait placé Bernadette Soubirous ou du marxisme le « gilet jaune » Maxime Nicolle. Ou à la tête du communisme français Georges Marchais. Il est vrai que cela, précisément, on l’osa et le communisme ne s’en est jamais remis.

Trans-courants hier, transparents aujourd’hui

Pourquoi Jacob, ce qui après Chirac et Sarkozy représente une sérieuse économie d’échelle ? Parce que, issu du monde agricole, on a pensé, que pour éviter le grand naufrage, il fallait un homme de la terre. Du terre à terre. Impasse sur les cimes, mise à distance des hauteurs. Réhabilitation de la motte. Des jeux de mottes !

D’où cette question qui nous taraude : pourquoi ? Hier, nos grandes mouvances idéologico-politiques furent représentées au Parlement par Thiers et Guizot, des cerveaux, Lamartine et Victor Hugo, des souffles, plus tard par Jaurès, Clemenceau, Raymond Poincaré, Maurice Barrès, plus près de nous encore par Mendès France, Mitterrand, Giscard ou Pompidou…

Aujourd’hui, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon, dernier tenant de la tradition, un Benoît Hamon, un Christian Jacob, un Eric Ciotti qui fait peur aux petits enfants et un Olivier Faure, le patron des socialistes qui, s’il se place entre vous et un miroir ne vous empêche nullement de vous voir dans la glace. Hier des trans-courants, aujourd’hui des transparents. Après Gambetta, bêta tout court ; après Clemenceau, sot tout court. Dans le cas de Bruno Le Roux, qui présida le groupe socialiste au Parlement, ce fut même un sot à l’élastique.

Des aigles et des grives

Pourquoi ? Parce qu’aux géants de notre convention nationale ont succédé des Lilliputiens soumis aux conventions internationales ? Parce que là où il fallait du coffre, désormais, pour s’exprimer à l’économie, un porte-monnaie suffit ? La nouvelle grivèlerie consiste, au grand café de la confrontation démocratique, à ne plus payer de sa personne. Et c’est vrai que là où l’on eut des aigles, on n’a plus que des grives.

Dehors les envolées lyriques : Victor Hugo home…

Tout cela se passe comme si le système de promotion partisan avait pour fonction d’éliminer du lot de tête ceux dont, précisément, les têtes dépassent. Les Seguin, Chevènement, Montebourg, Valls même, voire Najat Vallaud-Belkacem.

Lors du débat parlementaire précédant le vote de confiance à Edouard Philippe (quelques lignes au mieux dans les journaux), on eut l’impression d’assister à un concert de boîtes à musique dont tous les airs ont été déjà mille fois entendus. Les mêmes, exactement les mêmes. Mêmes notes, mêmes mots, mêmes expressions. Pas les mêmes idées, mais par suite de l’absence d’idées.

Comme disait Bergson, le rire est généré par du mécanique plaqué sur du vivant.

A écouter certains soi-disant ténors de la droite ou de la gauche d’aujourd’hui, on finit par comprendre le sens de la célèbre et injuste expression : « con comme un ténor ! »

Les jeux vidéo, sources de douleurs physiques chez 60% des jeunes

Plus d’un jeune sur deux affirme s’être un jour senti dans un état émotionnellement négatif suite au «
gaming
».
Plus d’un jeune sur deux affirme s’être un jour senti dans un état émotionnellement négatif suite au « gaming ». - Mathieu Golinvaux.

Peu importe le support, la cote de popularité des jeux vidéo auprès des jeunes ne faiblit pas. Six sur dix s’y adonnent sur leur smartphone ou tablette, et quatre sur dix en profitent également sur PC ou console, selon une enquête menée par les Mutualités libres auprès de 976 jeunes, âgés de 12 à 23 ans. L’enquête, que Le Soir a pu consulter, confirme également le caractère chronophage de cette activité : les adolescents passent en moyenne onze heures par semaine à s’évader par le jeu à travers leurs écrans.

L’addiction aux jeux vidéo reconnue comme maladie par l’OMS

Quand on parle des jeunes et de leurs jeux vidéo, les mots « dépendance » et « addiction » ont souvent tôt fait d’apparaître dans la discussion. Des risques dont sont visiblement conscients les principaux intéressés : plus de la moitié d’entre eux affirme s’être un jour senti dans un état émotionnellement négatif suite au « gaming ». Et 60 % déclarent avoir déjà éprouvé une forme de douleur physique – aux yeux, à la nuque, à la tête, au pouce ou au bras. Outre l’impact sur le sommeil et le manque de temps pour d’autres activités, le risque de dépendance est classé comme le premier inconvénient des jeux vidéo par 43 % des jeunes.

D’un autre côté, s’ils sont avant tout une façon de « passer le temps », les jeux vidéo leur permettent aussi de « se défouler », de « fuir la réalité », et leur donnent le sentiment de faire partie d’une communauté de joueurs.

Du point de vue de leur développement, ces jeux virtuels ne sont d’ailleurs pas sans intérêt, comme le rappellent les Mutualités libres : « Ils favorisent la coordination œil main, la concentration, la résolution de problèmes, le sens de l’analyse, l’apprentissage des défis et des échecs, etc. »

Dédramatiser

« L’enquête des Mutualités libres confirme l’intérêt des jeunes pour les écrans et permet de comprendre que le jeu et la fiction sont des dimensions importantes de leur développement », estime Yves Collard, expert et formateur en éducation aux médias.

L’occasion de nuancer les discours parfois alarmistes qui entourent ce sujet : « Ce n’est pas parce qu’un jeune joue beaucoup, voire qu’il néglige d’autres sphères de sa vie, qu’il en est forcément au stade de l’addiction, qui est une maladie. Le pourcentage de jeunes qui sont réellement accros aux jeux de façon pathologique est minime par rapport au pourcentage de ceux que l’on estime malades sur base de leur comportement », poursuit l’expert en éducation aux médias. « D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) refuse de parler de trouble pathologique avant l’âge de 18 ans, car il est trop difficile de distinguer ce qui relève de l’adolescence (dépression, repli sur soi, agressivité) ou d’une réelle addiction aux jeux vidéo. »

Autre raison de ne pas s’alarmer : « Contrairement aux drogues, l’addiction aux jeux vidéo n’empêche pas de revenir un jour à une consommation normale, autorégulée. Les résultats de cette enquête ne devraient donc pas inquiéter les parents, mais les encourager à accompagner leur enfant dans cet usage. » Selon l’enquête des Mutualités libres, 34 % des jeunes n’ont jamais reçu aucune forme d’interdiction de la part de leur parent.

Pour tomber dans les podcasts, pas besoin de mode d’emploi

Toutes les radios traditionnelles proposent aujourd’hui de télécharger leurs émissions pour permettre leur écoute en différé, sans compter les producteurs amateurs.
Toutes les radios traditionnelles proposent aujourd’hui de télécharger leurs émissions pour permettre leur écoute en différé, sans compter les producteurs amateurs. - D.R.

Que l’on soit branché politique, incollable sur la musique ou amateur de cinéma, on risque bien de trouver son bonheur : il existe un podcast pour tout le monde.

L’Office québécois de la langue française préfère, lui, parler de baladodiffusion, mais c’est bien sous le nom de podcast (contraction de « iPod et de broadcast ») que le média se développe de ce côté de l’Atlantique. Concrètement, il s’agit d’un programme audio ou vidéo téléchargeable sur internet et consultable hors ligne.

Le format explose ses dernières années. On retrouve aujourd’hui des émissions sur à peu près tous les sujets, des plus grand public aux plus pointus : musique, politique, actualités, le nombre d’acteurs se multiplie également. Qu’il s’agisse de stations de radio bien installées - toutes les radios traditionnelles proposent aujourd’hui de télécharger leurs émissions pour permettre leur écoute en différé - ou de producteurs amateurs.

On voit même des réseaux se mettre en place tels que Binge Audio, ou Nouvelles Ecoutes, qui regroupent différents créateurs sous la même bannière.

Classement déficient

Reste que découvrir de nouvelles émissions centrées sur ses intérêts, en prévision - au hasard - d’un voyage en train qui s’éternise, reste sans doute l’étape la plus compliquée. Effectivement, les onglets « découvertes » des différentes applications de podcast sont souvent incomplets et parfois complètement à côté de la plaque.

Comme souvent, le meilleur ami de l’auditeur reste le moteur de recherche sur internet. Par exemple, une recherche «  Podcast + [Insérer un centre d’intérêt] » a des chances de défricher le terrain une première fois.

Il existe par ailleurs plusieurs sites qui se sont donné pour mission de référencer un maximum de podcasts francophones en fonction des sujets qu’ils abordent. On peut notamment citer Les Moissonores qui non contents de proposer une sélection de nouveaux podcasts tous les trois mois tiennent également un annuaire des principaux contenus francophones (242 tout de même) classés par thème, durée, producteur, etc. Radiovore joue dans la même cour et regroupe très clairement différentes émissions selon un classement par thèmes.

S’abonner à un podcast

Une fois qu’on a trouvé son bonheur, encore faut-il pouvoir s’y abonner. S’il est possible d’écouter un podcast sur son ordinateur, souvent sur le site même de son créateur ou sur soundcloud, la plateforme de prédilection de ce nouveau média reste sans conteste le smartphone, mobilité oblige. Ainsi, Android et Apple proposent tous les deux des applications qui agrègent les abonnements à ces émissions.

Ces applications reposent sur ce que l’on appelle les « flux RSS ». Pour faire simple, chaque page web d’un podcast dispose de ce flux, une sorte de résumé automatique des contenus produits par un site. En clair, lorsqu’un podcast publie un nouvel épisode sur son site, le flux est automatiquement mis à jour pour que l’application repère ce nouveau contenu.

Ainsi, lorsque l’on veut s’abonner à une nouvelle émission il suffit de cliquer sur le logo Flux RSS, puis de copier-coller le lien dans son application préférée. Plus simple encore, il est souvent possible d’effectuer une recherche avec le titre de l’émission sur son lecteur préféré pour s’abonner en deux clics à l’émission.

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Affaire Valentin: l’avocate générale laisse peu d’espoir aux assassins

Alexandre Hart aurait, Il a, selon le ministère public, retiré du plaisir dans ce qu’il a fait.
Alexandre Hart aurait, Il a, selon le ministère public, retiré du plaisir dans ce qu’il a fait. - Belga

Il faisait particulièrement lourd, ce lundi dans la salle de la cour d’assises de Liège, pour l’avant-dernier jour du procès entamé le 6 mai. Une dernière fois, le portrait de chacun des accusés a été dressé, d’abord par l’avocate générale Pascale Schils, ensuite par les avocats de la défense. Mais avant ces joutes verbales, l’image de Valentin est apparue, lorsqu’il a été question de la restitution de certains de ses objets – son vélo et sa chaîne de cou – aux parties civiles. En un instant, on a imaginé ce gamin roulant continuellement dans le quartier de Statte, comme il a été décrit durant tout le procès. Puis sa chaîne munie d’une croix, qui lui a été laissée par ses bourreaux quand ils l’ont jeté à l’eau.

C’est Alexandre Hart (21) qui a d’abord été décrit. «  Il aime imaginer des scénarios pervers et sadiques », a relevé Pascale Schils. « Il a conduit Valentin jusqu’à la mort puis il a continué à vivre en faisant le malin ». Il a, selon le ministère public, retiré du plaisir dans ce qu’il a fait, « il manque de sincérité, il joue de sa surpuissance ». Elle a requis contre lui la perpétuité : « le psychiatre l’a décrit comme un psychopathe guidé par sa volonté de faire mal. Il ne ressent pas de culpabilité, il est manipulateur, il a une fascination pour la destruction et c’est in-cu-ra-ble !  ». Me Molders-Pierre et Me Gorlé, conseils de Hart, ont quant à eux fait part de leurs réserves face aux expertises des psys, rendues après trois entrevues et sur base du dossier tel qu’il était avant les aveux des coaccusés. « Il y a là un gamin abîmé », a relevé Me Molders-Pierre, » qui a pensé ne pas avoir d’amour de son père, qui a été handicapé dès son plus jeune âge par son hyperactivité, qui a été traumatisé par l’accident de son petit frère ». Il avait alors 14 ans et buvait de la vodka avant d’aller à l’école, au point d’en faire des comas éthyliques. Le psy, à l’époque, évoquait des affects dépressifs. « Curieux, pour un psychopathe qui n’a pas d’empathie », a relevé l’avocat, qui a demandé une peine « laissant une place à l’espoir ».

Belinda Donnay (22), petite amie de Hart à l’époque, a accepté que les faits se passent chez elle, a expliqué l’avocate générale. Elle avait l’ascendant sur les trois autres, et la nuit des faits « elle leur donne son approbation et les soutient à 100 %, elle les encourage, et elle est la plus intelligente. » Égocentrique et manipulatrice, elle fait partie, selon le ministère public, « de ces femmes qui s’associent à des criminels et se sentent valorisées par leur biais. » Contre elle aussi, c’est une peine de réclusion à perpétuité qui a été requise. Pour sa défense, Me Van Laenen a demandé aux jurés de modérer la sanction « en fonction des faits effectivement posés par Belinda. » Il a confié son désarroi face à l’image froide que donne sa cliente, « elle qui, en prison, se montre bouleversée. » Me Franchimont a rappelé l’enfance perturbée de la jeune femme : à 18 ans, elle avait déjà déménagé dix fois, fréquenté neuf établissements scolaires, eu deux beaux-pères et deux belles-mères, côtoyé les quatre enfants de ceux-ci, eu six demi-frères et demi-sœurs. Et pour eux tous, elle jouait les Cendrillon.

Dorian Daniels (22) a été « le plus agressif, le plus virulent en paroles, le plus menaçant », a expliqué Pascale Schils. Selon les experts, il y aurait chez lui une dangerosité circonstancielle et « la prison aura un impact d’une valeur symbolique majeure pour lui ». Il lui faudra un suivi psychologique pour trouver des ressources afin de résister à des faits de ce type à l’avenir, mais ses regrets et sa prise de conscience semblent sincères. C’est contre lui que la peine la moins lourde, 29 ans, a été requise. « Nous sommes convaincus que Dorian n’entrera plus comme un mouton de Panurge dans le monde de quelqu’un d’autre », a plaidé Me Rodeyns. « Il a appris de ses graves erreurs ». Me Solfrini a évoqué sa première rencontre avec son client, lors de la reconstitution. « Dorian était dans le combi, je l’ai vu pleurer à chaudes larmes tellement il lui était difficile d’admettre ce qu’il avait fait. Depuis deux ans, je n’ai jamais cessé de voir chez lui cette humanité et cette sincérité. »

Quant à Loïck Masson (23), il joue selon le parquet général de son très léger retard mental, il se victimise, alors qu’il était particulièrement violent à l’encontre de la victime, qu’il connaissait à peine. Elle a requis contre lui une peine de 30 ans de réclusion, au grand dam de ses conseils qui ont expliqué à quel point leur client avait souffert toute sa vie d’être rejeté par la société. Il a aussi, ont-ils souligné, été plongé dans une violence intrafamiliale dont lui et sa maman, qu’il adore, étaient les victimes.

C’est ce mardi en fin de journée que les peines devraient tomber.

Roberto Martinez: «Je suis totalement focalisé sur mon travail en Belgique»

Roberto Martinez: «Je suis totalement focalisé sur mon travail en Belgique»

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oberto Martinez, les Espoirs vont défier l’Espagne mercredi. Comment expliquez-vous le fait que cette nation a toujours excellé dans les catégories de jeunes ?

Je crois que chaque nation est très différente d’une autre concernant le travail effectué avec les jeunes. La Belgique est un pays unique, avec 11 millions d’habitants, qui dispose d’une génération fantastique au plus haut niveau. Nous devons aujourd’hui trouver comment développer les jeunes pour qu’ils atteignent le niveau des Diables rouges. C’est la seule chose qui me préoccupe pour l’instant. L’Espagne, un pays de plus de 40 millions d’habitants, a le gros avantage de posséder la Segunda B, où à partir de 18 ou 19 ans, les jeunes joueurs peuvent se développer. Ils peuvent joueur 50 à 60 matches de très haut niveau. En Belgique, c’est impossible. C’est le même problème en Angleterre. Pour les Espoirs, c’est un vrai challenge d’affronter cette équipe.

Pourquoi un joueur comme Youri Tielemans n’est pas présent dans cette sélection Espoirs ?

Car il a déjà participé à la Coupe du monde. Le but, dans un tel tournoi, c’est de développer le potentiel des jeunes pour les amener, petit à petit, vers les Diables rouges. Youri a déjà fait ce chemin. Il était disponible pour venir en Italie, mais il ne faisait pas partie de l’équipe. Il n’a pas joué les qualifications et il n’a pas passé les deux dernières années dans ce noyau. Pour lui, cela n’aurait pas été intéressant. Et pour les joueurs autour, cela ne leur aurait pas rendu service.

Mais les autres nations, comme l’Italie et l’Espagne, profitent, eux, de l’apport de ce type de joueur.

Oui, mais combien de ces joueurs ont déjà disputé une Coupe du monde ? Pas beaucoup, voire aucun.

S’il avait été là, peut-être que les chances de se qualifier auraient été plus grandes et cela aurait permis de jouer plus que trois matches, non ?

Vous avez vu contre la Pologne que ce n’est pas une question de talent. La Belgique était plus forte, mais la différence se fait sur le plan mental. Comment les joueurs font face à l’adversité, comment ils gèrent un résultat, c’est ce qui m’intéresse. Après cette défaite, les Espoirs sont entrés dans une nouvelle phase, dans la peau d’une équipe blessée. Pour moi, ce match contre l’Espagne sera super intéressant pour voir comment les joueurs gèrent cette situation. C’est aussi pour cela que tu as besoin de grands joueurs dans un tournoi, il te faut des garçons qui ne connaissent plus ce sentiment, cette peur.

L’écart de niveau entre votre équipe et cette équipe U21 semble quand même énorme.

Je crois que dans chaque pays, que ce soit en Pologne, en Italie ou en Espagne, la situation est la même. Quand je regarde l’équipe qui a joué contre la Pologne, je me dis que beaucoup de ces joueurs pourraient évoluer chez nous un jour.

Il y avait un accord avec Johan Walem pour ne pas puiser dans ce noyau. S’il n’y avait pas eu ce deal, vous auriez utilisé certains de ses joueurs ?

Probablement. Peut-être pas pour des matches de qualifications, mais pour des rencontres amicales, certainement. Cela aurait été une bonne occasion de les mélanger avec les Diables rouges, pour voir comment ils se comporteraient. Mais dans un sens, je suis content qu’ils n’aient pour l’instant pas été « contaminés » par les Diables. Le devenir fait partie d’un chemin, d’un processus. Je suis par exemple ravi d’avoir pu assister aux premières minutes de Yari Verschaeren. Il a joué un championnat d’Europe avec les U19, maintenant avec les U21. C’est excellent pour lui.

Vous étiez présent lors du match contre la Pologne, mais aussi le lendemain lors des entraînements et lors des conférences de presse. C’était important pour vous ?

J’aime bien observer de loin, pour voir le comportement des joueurs, voir comment ils réagissent face à la presse. Je veux savoir ce qu’il se passe dans leur tête. C’est essentiel pour moi.

Trouvez-vous que l’on donne suffisamment la chance aux jeunes en Jupiler Pro League ?

C’est injuste comme question… car ma réponse sera toujours non. Je veux que l’on donne un maximum d’opportunités aux jeunes, mais je sais ce que c’est d’être l’entraîneur d’un club. On a vu comment cela s’est passé à Anderlecht. Je suis toujours triste de voir que certains ne comprennent pas que des jeunes joueurs ont besoin de temps. Et puis il y a des positions, comme celle d’un attaquant, qui sont difficiles à confier à un jeune élément.

On évoque la création d’une BeNeLeague, avec des clubs belges et néerlandais dans un même championnat. Qu’en pensez-vous ??

Je pense que le football va évoluer et qu’il faut pouvoir être ouvert d’esprit. Le but est d’avoir une compétition de haut niveau, on ne doit donc pas être fermé à l’idée. Faire jouer les meilleurs clubs belges et hollandais les uns contre les autres ne peut pas être une mauvaise chose.

Votre nom a plusieurs fois été évoqué du côté du Real et, plus récemment, du FC Barcelone. Pouvez-vous nous assurer à 100 % que vous serez toujours le sélectionneur des Diables dans les prochains mois ?

Pas à 100 %, car je peux me faire virer demain ! (rires). En ce qui me concerne, je suis totalement focalisé sur mon travail en Belgique. Je veux profiter de l’expérience acquise en Russie pour performer à l’Euro 2020, si on arrive à se qualifier. Quand vous signez un contrat, vous vous engagez envers des personnes et je ne veux pas briser cela.

La dette de la Communauté française est en train d’exploser

Entre 1997 et aujourd’hui, le coût annuel d’un élève du secondaire est passé de 5.177 euros à 7.548 euros. © Mathieu Golinvaux.
Entre 1997 et aujourd’hui, le coût annuel d’un élève du secondaire est passé de 5.177 euros à 7.548 euros. © Mathieu Golinvaux.

Trois milliards en 1999. Huit milliards aujourd’hui. Près de douze milliards dans cinq ans… Ces chiffres qui donnent le tournis détaillent les fluctuations passées et l’évolution (très) probable de la dette de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est le Cerpe – le Centre de recherches en économie régionale et politique économique de l’UNamur – qui, dans une publication récente (1), met au jour les perspectives budgétaires de la Communauté française.

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La méthode

Le Cerpe fait autorité en matière d’analyse des finances publiques. Il ne commente guère, il constate. Pour la présente épure, il prend comme point de départ le budget 2019 initial de la Communauté française qu’il modèle en fonction de décisions connues (le Pacte par exemple) et considère qu’il n’y aura pas d’autres mesures impactant durablement les finances. « En d’autres termes », expliquent les chercheurs, « il s’agit d’une simulation “plancher” au sens où elle est basée sur l’hypothèse théorique selon laquelle, d’une part, il n’y a pas d’augmentation des dépenses au-delà de l’inflation, hormis celles qui découlent de décisions déjà prises ou qui évoluent selon une dynamique propre et, d’autre part, il n’y a pas de nouvelles recettes autres que les recettes propres actuelles. » Ils appliquent à cette simulation des paramètres tels que l’inflation, la croissance économique, les taux d’intérêt, la démographie, les recettes… calculés par le Bureau fédéral du plan et le SPF Finances.

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Les recettes et dépenses

Pour assurer un avenir budgétaire serein il est logique que la croissance des dépenses doit suivre celle des recettes. Premier constat : les perspectives mettent en évidence une hausse des recettes de 886 millions d’ici à 2024 (sur un budget initial 2019 de 10,75 milliards). Quant aux dépenses, elles devraient évoluer largement au-dessus des recettes, à 1.459 millions d’euros. La hausse programmée des dépenses trouve notamment son origine dans de récentes décisions de la Fédération Wallonie-Bruxelles : le Pacte d’excellence et la réforme de la formation initiale des enseignants.

Pour le premier, l’impact est évalué par le Cerpe à 165 millions en 2019 pour atteindre 306 millions en 2024. La Communauté française estime qu’il s’agit là d’un investissement ; des « effets retours » susceptibles d’engendrer des réductions de coûts (baisse du redoublement, moins d’options dans le qualifiant…) étant attendus à partir de 2027.

Pour le second, l’impact sera d’abord très limité (9 millions d’euros en 2020, 88 en 2024) mais, au fur et à mesure que l’on remplacera les professeurs formés en 3 ans par des professeurs formés en 4 ans, les dépenses prendront une allure exponentielle (lire par ailleurs).

Il ne faudra pourtant pas attendre l’implémentation totale de la FIE pour voir le « payroll » des enseignants grimper en flèche. Sous l’effet conjugué de la hausse démographique, du taux de fréquentation de la maternelle, des coefficients barémiques, de l’inflation et des premières conséquences de la FIE, le poste salaire va grimper de 533 millions d’euros d’ici à la fin de la législature !

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Le déficit

On l’a compris, le déficit récurrent du budget de la Communauté française va partir à la hausse. À ce propos, les experts du Cerpe retiennent la notion de « solde de financement SEC ». « Il s’agit du cadre de référence pour évaluer l’importance de la contribution des entités fédérées à la réalisation des objectifs imposés à la Belgique par les règles budgétaires européennes », précise la chercheuse Élodie Lecuivre. Et que raconte la norme SEC ? Que le déficit prévu de 192 millions d’euros en 2019, explosera à 614 millions en 2020, 674 en 2021, 728 en 2022, 780 en 2023 et 855 en 2024.

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La dette

La Fédération Wallonie-Bruxelles ayant une marge de manœuvre proche de zéro sur ses recettes (elle se contente d’engranger ce que lui donne le fédéral tel que prévu par la réforme les accords institutionnels), elle n’a d’autre choix que de financer le déficit par le recours aux emprunts. Même avec des taux d’intérêt planchers, la dette brute consolidée (qui reprend non seulement la dette propre de la Communauté française mais également la dette des entités, comme la RTBF ou les universités) va grimper chaque année de plusieurs de centaines de millions d’euros : de 8,25 milliards d’euros en 2019 à 11,94 milliards dans cinq ans. Si on la compare avec la capacité francophone à produire de la richesse, ce n’est guère plus rassurant : la dette va passer de 4,9 % du PIB (produit intérieur brut) à 6,11 % d’ici à 2024.

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C’est grave docteur ?

Les politiques sont discrets sur le sujet mais d’autres sont très inquiets. Voici quelques mois, Eugène Ernst, le patron de la CSC Enseignement, tirait déjà le signal d’alarme dans Le Soir  : « Je crains que l’on retrouve une situation comparable à 95-96 où la Communauté française a imposé des économies drastiques au secondaire pour suivre sa ligne budgétaire. Je crains en fait que le secondaire fasse les frais – c’est ce que suggèrent certains experts – de l’indispensable refinancement de l’enseignement supérieur. Quand on examine sereinement le futur parcours budgétaire, il faut se poser la vraie question du moment : le refinancement général de l’enseignement doit-il rester un sujet tabou au nom d’une logique institutionnelle surréaliste ? »

Julien Nicaise, patron de l’Ares – la fédération de l’enseignement supérieur – ne dit guère autre chose (lire ci-contre). Quant au Cerpe, il évolue entre prudence et réalisme. Élodie Lecuivre nous confie : « A décision inchangée et sur la base des paramètres actuels, nos perspectives mettent en évidence une importante détérioration du solde de financement SEC (NDLR : le déficit) et une explosion de la dette de la Communauté française qui ne cesse d’ailleurs d’augmenter en part du PIB. La situation est d’autant plus délicate que la Communauté française, n’ayant pas de capacité fiscale, a très peu de pouvoir sur l’évolution de ses recettes. »

(1)  Les perspectives budgétaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles de 2019 à 2024, É. Lecuivre, C. Kozicki, M. Pourtois et D. Van Hoolandt. Sous la direction de H. Bogaert. CERPE. Mai 2019. Cahier 97. https://ideas.repec.org/p/nam/spolec/1903.html.

D’autres documents sont également disponibles pour la Wallonie : https://ideas.repec.org/p/nam/spolec/1902.html.

Et pour la Région Bruxelles-Capitale : https://ideas.repec.org/p/nam/spolec/1904.html

Anderlecht: Vincent Kompany grand absent de la reprise

Il faudra attendre encore un peu pour voir Vincent Kompany en mauve.
Il faudra attendre encore un peu pour voir Vincent Kompany en mauve. - jimmy Bolcine/Photo News.

Quatre semaines après avoir marqué négativement l’histoire anderlechtoise en mettant fin à la série de 55 campagnes européennes, les joueurs du Sporting reprennent le chemin de Neerpede pour entamer la préparation de la saison 2019-20. Ce lundi, il s’agira d’une première prise de contact alors que les tests physiques se dérouleront mardi et mercredi. Une reprise où le grand absent se nommera Vincent Kompany. Celui qui a été intronisé joueur-entraîneur prend quelques jours de vacances après une éreintante saison qui s’est terminée par deux matchs avec les Diables et un team building à Durbuy avec de nombreux employés du RSCA.

Des offres d’outre-Manche pour James Lawrence

L’ancien défenseur de ManCity ne sera pas le seul à manquer à l’appel ce lundi. Une bonne dizaine de joueurs seront absents, mais ils ont une bonne excuse : certains sont à l’Euro espoirs ou à la CAN alors que d’autres profitent de quelques jours de repos après avoir rempli leurs obligations internationales. C’est notamment en raison de ces absences que quatre espoirs (Lutonda, Sardella, Colassin et Leoni) ont été convoqués chez les A. Une belle occasion de montrer leur valeur pour rester chez les pros et ne pas retourner chez les espoirs où le nouveau coach se nommera Craig Bellamy (39 ans). Il ne reste que quelques détails à régler pour la venue de l’ancien attaquant, sans emploi depuis qu’il a démissionné de son poste de coach des U18 de Cardiff alors qu’une enquête est ouverte à son encontre puisqu’il est soupçonné d’intimidation sur un jeune joueur de l’académie.

Un ex-international gallois qui se rapproche, alors qu’un actuel pourrait quitter Anderlecht. Le quotidien Sunday Mail annonçait la volonté des Rangers d’offrir 3,4 millions d’euros pour s’offrir James Lawrence, qui serait également dans le collimateur de Swansea et Stoke, formations de D2 anglaise. Des intérêts confirmés par l’entourage du défenseur gaucher de 26 ans, arrivé en Belgique en août 2018 en provenance de Trencin pour une somme avoisinant 500.000 euros.

Pour Ecolo, c’est sans le MR mais avec la société civile: une coalition «coquelicot»

Ecolo propose de constituer une tripartite inédite l’associant au PS mais aussi à la société civile.
Ecolo propose de constituer une tripartite inédite l’associant au PS mais aussi à la société civile. - OLIVIER POLET

Face à un mur, il existe trois attitudes, plaide Jean-Marc Nollet pour résumer la situation politique wallonne après les retraits du CDH et du PTB des négociations. On fonce dedans, on ajoute des briques ou, c’est ce que je préfère, on sort une échelle. » Et, après trois semaines de relatives discrétions, le coprésident d’Ecolo sort de sa réserve pour exposer une proposition « créative » destinée à sortir les pourparlers wallons de l’impasse.

L’initiative, explique-t-il, vise à répondre « au triple signal de l’électeur ». À savoir : « Le gouvernement sortant a été sanctionné et il faut un nouveau cap ; ce cap a été clairement indiqué et va vers plus de solidarité et plus d’écologie ; le désenchantement par rapport aux partis, la crise démocratique concerne pour la première fois plus d’un demi-million de Wallons qui ne se sont pas déplacés, ont voté blanc ou nul. »

À ces 528.000 électeurs – un Wallon sur cinq en âge de voter – en « décrochage démocratique », il importe d’apporter une réponse satisfaisante. « Mais on a un avantage, positive Jean-Marc Nollet. On peut compter sur un vivier associatif et démocratique bien vivant. Il faut donc investir de nouvelles formes de dialogues et d’alternances. Il faut un nouveau deal écologique, social et démocratique, construit avec la société civile. »

L’idée est simple : Ecolo propose de constituer une tripartite inédite l’associant au PS mais aussi à la société civile. Cela signifie que le prochain gouvernement wallon et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles compteraient également des ministres issus de cette société civile. « À Bruxelles, cela peut aussi se faire mais différemment », précise encore le Carolo. Probablement des gens officiant pour l’heure à la tête d’associations ou d’ONG, ou dont l’expertise est largement reconnue. Des noms ? « C’est prématuré », répond Jean-Marc Nollet. Et cela d’autant plus que le profil de ces éventuels ministres dépendra aussi des matières à prendre en charge.

La proposition comporte également un volet destiné aux deux parlements concernés. Les citoyens seraient davantage associés aux travaux parlementaires, via les panels mais aussi les commissions parlementaires mixtes. Et aux grandes décisions, via la consultation populaire. Les expériences menées avec les panels sous la législature écoulée, et celle qui va débuter au sein du parlement de la Communauté germanophone, sont autant d’exemples dont pourrait s’inspirer cette future coalition.

Une coalition qui devra toutefois obtenir la confiance du parlement. Idem pour les décrets qui instaureront les outils et organes de participation. « Chaque député est face à ses responsabilités, répond Jean-Marc Nollet. C’est un vrai moment de démocratie parlementaire. » Mais encore ? « Le CDH pourrait être un acteur central de cette alliance de projets. Les communistes aussi, ainsi que Défi à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et certains libéraux. » Illusoire ? L’écologiste veut y croire. Il cite notamment le tweet de Maxime Prévot qui, annonçant le retrait du CDH des négociations, n’excluait pas un appoint depuis l’opposition.

Il manque trois marches à l’échelle. Trois députés pour une majorité en Wallonie. Jean-Marc Nollet qui semble avoir pris quelques contacts préalables, pense que ce n’est pas insurmontable. Les bureaux de parti de ce lundi lui apporteront peut-être un premier élément de réponse.

Budget: et si l’Italie n’était pas hors la loi?

La méthode d’estimation de la Commission est remise en cause.
La méthode d’estimation de la Commission est remise en cause. - Reuters.

Dans le bras de fer qui oppose l’Italie à la Commission européenne et à ses partenaires, une chose paraît acquise : la Péninsule est hors la loi.

Mais est-ce le cas ? Est-on si sûr que Rome viole les règles budgétaires européennes ? L’hypothèse mérite plus qu’un haussement d’épaule.

Le cœur du dispositif

Le dispositif réglementaire européen repose sur un concept dont on parle (trop) peu : l’écart de production (output gap, en anglais).

De quoi s’agit-il ? De l’écart entre le niveau de l’activité économique constaté et le niveau qui pourrait être réalisé si tous les facteurs de production disponibles étaient utilisés (sans générer d’inflation).

Un écart de production positif indique que l’économie tourne à un régime plus élevé que son potentiel, qu’elle est en surchauffe. Un écart négatif, que la production (le PIB) est inférieure à ce qu’elle pourrait être, que l’économie est donc, plus ou moins, déprimée.

Connaître assez précisément l’état de la conjoncture permet d’évaluer le caractère approprié, ou non, des politiques budgétaires.

C’est pourquoi les règles européennes sont articulées autour du « solde budgétaire structurel », qui exclut les mesures one shot et l’impact de la conjoncture économique, et qui est calculé en tenant compte de l’écart de production.

En théorie, c’est béton : le solde structurel, justement parce qu’il est indépendant des fluctuations conjoncturelles, est le bon indicateur pour évaluer la soutenabilité à long terme de la dette publique.

Des estimations absurdes ?

Seulement voilà : le PIB potentiel (et donc l’écart de production) a un défaut : on ne peut pas l’observer. Il faut l’estimer. C’est là que le bât blesse. On le voit si l’on compare l’Italie et l’Allemagne.

Selon la Commission, les deux économies afficheraient un léger écart de production négatif cette année (respectivement -0,25 % et -0,3 %) et devraient pratiquement s’aligner sur leur potentiel en 2020.

Absurde, réplique Robin Brooks, l’économiste en chef de l’Institute of International Finance, le lobby des grandes banques et institutions financières mondiales (1).

Outre-Rhin, le PIB réel a progressé de 13 % depuis 2007 ; et il n’y a plus, selon les données harmonisées d’Eurostat, que 3,4 % de chômeurs.

Dans la Péninsule, en revanche, le volume de la production est inférieur de plus de 4 % par rapport à son niveau d’avant la crise financière (et le PIB réel par tête a régressé de 8 %).

Peut-on sérieusement prétendre qu’une économie qui stagne depuis dix ans et affiche un taux de chômage de 10,6 % – un chiffre plus élevé qu’en 2007 et dont on sait qu’il sous-estime largement le sous-emploi – n’est pas dans une situation de sous-utilisation massive des facteurs de production ?

Robin Brooks met en cause – il n’est pas le seul – la méthode d’estimation de la Commission, qui, dit-il, ne cerne pas le PIB potentiel, mais aligne celui-ci sur les performances passées. De sorte qu’une longue période de stagnation, ponctuée d’une double récession conduit mécaniquement à réviser fortement à la baisse le potentiel de croissance, comme le montre notre infographie.

Aucun motif de condamnation ?

Mais voilà : si l’estimation de la Commission est erronée, son jugement sur l’état de la politique budgétaire (comprenez : du solde structurel) et sur la marge de manœuvre dont dispose l’Italie l’est aussi.

C’est l’un des arguments du gouvernement italien, qui évalue l’écart de production à -1,7 %.

Robin Brooks avance, pour sa part, -4 %, un chiffre qu’il obtient en supposant que la crise a causé une perte de PIB permanente de 5 % et divisé par trois la croissance tendancielle par rapport au rythme (déjà médiocre) enregistré entre 1999 et 2007.

Philipp Heimberger, un économiste du Wiener Institut für Internationale Wirtschaftsvergleiche, offre une estimation alternative, basée sur les estimations de la production et de la croissance potentielles réalisées par la Commission à l’automne 2007.

Même si l’on suppose que la crise financière puis la crise de la dette auraient divisé par trois le potentiel de croissance de la Péninsule, l’écart de production atteint -8 %, explique l’économiste autrichien (2).

Dans ce cas, le déficit structurel, qui représente, selon la Commission, 2,5 % du PIB, se transforme en surplus de 1,8 %.

De toute façon, les règles édictées par la Commission sont claires : « En période de conjoncture exceptionnellement défavorable (écart de production inférieur à -4 % ou contraction du PIB réel), tous les Etats membres, indépendamment de leur niveau d’endettement, seraient temporairement exemptés de tout effort budgétaire. »

Autrement dit : si Robin Brooks et Philipp Heimberger ont raison, la Commission n’aurait donc aucun motif de sanctionner l’Italie.

(1) Robin Brooks, « Global Macro Views – Campaign against Nonsense Output Gaps », 23 mai 2019. (2) Philipp Heimberger, « Welche Rolle spielt der « Outputlücken-Nonsense » » ?, 6 juin 2019, sur makronon.de.

Neufchâteau: Dimitri Fourny perd sa majorité absolue et ne se fait plus d’illusions

Dimitry Fourny a perdu le fameux dixième siège.
Dimitry Fourny a perdu le fameux dixième siège. - Belga.

Ce dimanche, les électeurs chestrolais ont choisi. Aux 10 sièges attribués à la liste Agir ensemble de Dimitri Fourny en octobre dernier, ils ont cette fois octroyé 9 sièges. Un siège évidemment capital puisque c’est celui-là qui pèse, potentiellement, dans la balance pour faire changer les choses au niveau de la majorité chestrolaise.

Agir ensemble a donc obtenu 9 sièges, comme la liste du libéral Yves Evrard (Pour vous) et 1 siège pour la 3e piste de Mariline Clémentz qui reste donc en statu quo. En octobre, la liste de Dimitri Fourny avait donc obtenu le fameux dixième siège, synonyme de majorité absolue, pour 16 voix. Cette fois, elle perd ce dixième siège pour 60 voix. La population chestrolaise n’a donc pas sanctionné le bourgmestre inculpé dans le cadre des fameuses procurations jugées illégales par l’administration wallonne d’octobre dernier, puisqu’à titre personnel, Dimitri Fourny reste le premier porteur de voix avec un score de 1.665 voix, Yves Evrard en récoltant 1.547. Le premier en a perdu 33, le second 31… Certains échevins de la majorité ont par contre drôlement grossi leur portefeuille de voix.

Le siège perdu par Dimitri Fourny est évidemment fondamental. Qu’en sera-t-il désormais ? La balle est évidemment dans le camp de la 3e piste qui ne récolte qu’un seul siège, mais qui a la main pour faire peser la balance dans un camp comme dans l’autre. Or, son élue Mariline Clémentz a toujours dit qu’elle ne négocierait pas avec une liste comprenant des gens inculpés. Ce dimanche soir, elle n’a pas changé son discours et va donc tendre la main pour des négociations avec la liste Pour vous. Mais c’était moins évident dans la bouche du second de la liste, Christophe Vangoethem, qui se disait ouvert ce dimanche soir à des négociations avec la liste Agir ensemble… si Dimitri Fourny faisait un pas de côté. C’était évidemment à chaud, mais cela montrait quand même que rien n’est joué d’avance.

Après la proclamation des voix données dans un cadre spécial, placé sous haute surveillance, c’est-à-dire au palais de justice, Mme Mons delle Roche, seconde de liste, se disait heureuse du 9e siège obtenu et donnait la priorité absolue à une négociation avec la 3e piste. « Nous regrettons de ne pas avoir obtenu un siège de plus, mais nous avons toujours dit qu’on ne pouvait envisager une négociation avec des membres inculpés, même sous le couvert de la présomption d’innocence. »

Ce dimanche soir, Dimitri Fourny se disait ouvert à toute négociation. « La population a plébiscité notre liste qui reste première et c’est logiquement elle qui doit mener les négociations. Nous sommes donc prêts à négocier et j’envoie un message aux deux autres partis. Nous voulons désormais un avenir serein à Neufchâteau, mais je pense que le message envoyé par la population est clair. Nous restons le premier parti. »

Les prochaines heures vont être très chaudes, même si Dimitri Fourny ne se fait guère d’illusions…

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Politique

Comment la grande distribution va intensifier sa chasse au plastique à usage unique

A la fin de l’année, les supermarchés auront banni les sacs plastiques non-réutilisables de leurs rayons fruits et légumes.
A la fin de l’année, les supermarchés auront banni les sacs plastiques non-réutilisables de leurs rayons fruits et légumes. - Roger Milutin

Ces derniers mois, les chaînes de supermarchés ont multiplié les initiatives visant à réduire les emballages à usage unique. Par exemple, pas plus tard qu’à la mi-mai, Delhaize a révélé son intention de diminuer de 80 % les conditionnements en plastique dans ses rayons fruits et légumes. Aujourd’hui, c’est au tour de l’ensemble du commerce organisé, par la voix de sa fédération, Comeos, de rendre publics ses nouveaux engagements pour réduire les déchets plastiques des magasins.

Entérinant et élargissant les mesures prises de manière éparse par ses membres, Comeos annonce la fin des sacs en plastique conventionnel pour fruits et légumes. À la fin de cette année, ils seront remplacés par des modèles biodégrabables, compostables ou en papier, ce qui doit permettre de se passer annuellement de 600 millions de sacs plastiques non réutilisables, soit 2.500 tonnes de plastique. En janvier prochain, ce sera au tour des étiquettes traditionnelles sur les fruits de disparaître. Pommes et autres bananes n’arboreront soit rien, soit une étiquette biodégradable ou compostable, soit un marquage au laser comme cela se pratique déjà pour certains végétaux bio. Selon Comeos, ce qui semble pourtant un détail offrira quand même une économie de 120 tonnes de plastique par an. Toujours en janvier 2020, les chaînes de restauration ne proposeront plus de gobelets de plastique. À la place, les consommateurs recevront un modèle jetable en carton ou réutilisable en verre ou en porcelaine. Cela doit déboucher sur une réduction annuelle de 800 tonnes de plastique.

Un horizon 2025 « déplastifié »

Ce n’est pas tout. À partir du 1er décembre 2022, le secteur du commerce organisé s’engage à ne plus utiliser de film plastique pour emballer les dépliants publicitaires qu’elle dépose dans les boîtes aux lettres du royaume. Juste avant cela, dès le 1er juillet 2021, la grande distribution aura cessé de vendre des assiettes, des gobelets et des pailles en plastique à usage unique, de même que des cotons tiges. Mais là, il ne s’agit en réalité que de se conformer à une directive européenne en ce sens. Par contre, ultime nouveauté, l’ensemble du commerce organisé, alimentaire comme non-alimentaire, s’engage à bannir dès 2025 tout emballage plastique non réutilisable. Seuls le recyclable, le biodégradable et le compostable seront de mise, autant pour les raviers de tomates-cerises que pour les boîtes de jouets.

« Nous ne nous arrêterons pas là. Au gré des nouveautés dans les alternatives au plastique à usage unique, nous irons encore plus loin, » complète Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos. « Nous sommes également en train de réfléchir à la réduction des emballages de produits commandés en ligne. » Tout ce travail de réflexion et d’action, qui s’est intensifié ces deux à trois dernières années, doit permettre au commerce organisé de « remplir l’une de ses missions sociétales, » à savoir réduire l’usage du plastique au profit de l’environnement. « Nous disposons d’une importante force de frappe pour y parvenir. »

« Vive le vrac ! »

Un discours séduisant ? En tout cas pas pour certains défenseurs de l’environnement. « D’une manière générale, quand Comeos affirme qu’il prend les devants, il se borne en réalité à suivre la législation, » réagit ainsi amèrement Jeroen Verhoeven, spécialiste des déchets chez Greenpeace Belgique. « Par ailleurs, le secteur reste encore trop dans le plastique à usage unique et dans le recyclage plutôt que de mettre les emballages réutilisables au centre du système ». L’ONG de protection de l’environnement prône plutôt un modèle qui privilégierait la réduction des déchets à la source avec une diminution drastique de la production de plastique à usage unique. À cela s’ajouterait un recours bien plus important aux contenants réutilisables. Le recyclage ne devrait arriver qu’en troisième lieu car, assure Jeroen Verhoeven, « en ne recourant qu’à celui-ci, on ne s’en sortira pas. »

Le spécialiste de l’ONG en conclut que « la solution aux déchets plastiques ne passera pas par les membres de Comeos. Pour vivre sans plastique, mieux vaut se tourner vers les magasins de plus en plus nombreux à vendre en vrac. » Mais ce n’est pas demain la veille que ce type de commerce pourra se substituer aux grandes surfaces traditionnelles. Et en attendant, celles-ci sont poussées à s’adapter de plus en plus vite et de plus en plus fort aux défis environnementaux. C’est l’exigence pressante d’un nombre croissant de leurs clients qui ne les ont pas (encore) délaissées pour se rendre dans des magasins alternatifs.

Boris Cyrulnik au «Soir»: «Rien n’est plus vrai que la fiction»

«
Mais je pense qu’on sort de certains livres différents de ce qu’on était en y entrant.
»
« Mais je pense qu’on sort de certains livres différents de ce qu’on était en y entrant. » - © Photo News.

entretien

De nombreux écrivains ont souffert de blessures traumatisantes. La perte d’un père ou d’une mère, ou les deux à la fois, le manque d’affection, le manque de mots. Jean Genet, Gustave Flaubert, Georges Pérec, Léon Tolstoï, Jean-Paul Sartre ont subi l’orphelinage. L’écriture leur a permis de dépasser le trauma. Pour s’extirper de la nuit, ils ont dû écrire des soleils. « La création d’un monde permet d’échapper à l’horreur du réel en éprouvant au fond de soi le plaisir provoqué par une poésie, une fable, une belle idée, une chanson qui métamorphose la réalité et la rend supportable », écrit Boris Cyrulnik. Lui-même a dû surmonter la douleur d’une enfance démolie par la guerre. Ses parents sont morts en déportation. Il a été arrêté le 10 juin 1944, à 6 ans. Il n’a dû son salut qu’en se sauvant et en se cachant dans une ambulance.

Vous ne seriez pas devenu Boris Cyrulnik si vous n’aviez pas été arrêté le 6 juin 1944 à 6 ans ?

Absolument. Je pense que ma vie aurait été différente. J’aurais été équilibré et je ne serais pas devenu psychiatre, je serais ébéniste comme mon père et j’aurais sans doute été heureux. Là, à cause de cette enfance fracassée, j’ai été contraint à la recherche du sens.

Plus un homme a souffert dans son enfance, plus il a la chance de devenir quelqu’un ?

Je ne dirais pas comme ça. Si on souffre trop, le cerveau s’éteint et on ne peut même pas devenir soi-même. Mais si on est gavé, on n’a aucune raison de faire un effort et on ne devient pas soi-même non plus. Il faut qu’il y ait des moments de bonheur et des moments de difficulté. L’enfance c’est toujours difficile, contrairement à ce qu’on dit, on a tous notre part d’épreuves d’enfance, on doit réfléchir pour essayer de vivre le moins mal possible et à ce moment-là on est contraint à l’écriture.

Comment l’écriture peut-elle guérir du malheur ?

Je n’emploierais pas le mot guérir, parce que les gens malheureux ne sont pas des malades mentaux. Ils n’ont pas à guérir, ils ont à s’en remettre. C’est pour cela que j’emploie le mot résilience, qui n’est pas une guérison mais la reprise d’un bon développement après un malheur, après une agonie psychologique. Je pense que le choix est facile : ou bien on se laisse aller, et on s’éteint, c’est le syndrome psychotraumatique, on est prisonnier du passé, c’est la même image d’horreur, on y pense toute la journée, ça revient la nuit quand on dort, on ne peut plus aimer ni travailler, rire, on est prisonnier du malheur. Ou bien on veut se remettre à vivre et alors on se dépatouille, on se bagarre, on se débat et alors chacun trouve son moyen. Pour certains c’est l’hyperactivité, pour d’autres la spiritualité, pour un grand nombre c’est l’écriture.

Qui peut métamorphoser la souffrance.

Voilà. Elle ne métamorphose pas le malheur, on l’a éprouvé. Mais nous être humains, on peut souffrir deux fois. Une fois du coup qu’on reçoit dans le réel, et une deuxième fois de la représentation de ce coup : pourquoi j’ai fait ça, pourquoi il m’a fait ça, pourquoi on ne m’a pas aidé. On va ruminer et on souffre encore. La souffrance de la représentation est plus douloureuse que la souffrance du coup. De la blessure, on s’en remet, de la représentation pas toujours.

On écrit parce qu’on ne peut pas dire ?

Absolument. La parole parlée n’a pas la même fonction que la parole écrite. Dans la parole parlée, vous êtes coauteur de mon discours : vous hochez la tête, vous souriez, vous froncez les sourcils. Dans la parole écrite, je fais une plongée intérieure, je vais chercher, je rature, je recommence, j’hésite. C’est cette élaboration-là qui compte, c’est elle qui fait qu’on dépasse la blessure.

Pour pouvoir raconter son passé de souffrance, écrit-on la vérité ou la travestit-on ?

La vérité, je ne sais pas trop ce que c’est. La sincérité oui. La plupart des gens qui racontent leur histoire sont sincères. Ils ont besoin de faire un récit de ce qui leur est arrivé. Ce n’est pas une autobiographie, ce n’est pas forcément la vérité, mais ce n’est pas un mensonge. Deux personnes dans le même moment, dans le même espace, ne perçoivent pas la même chose, le même monde. Selon notre histoire, notre sexe, ce à quoi on est sensible, on interprète le monde qu’on perçoit. On ne ment pas, on dit chacun sa vérité.

Le réel n’est donc jamais le réel ?

On n’y a pas accès. Un écrivain a accès à sa représentation du réel, pas nécessairement au réel. Mais il ne ment pas. Le réel, on ne sait pas ce que c’est. Les scientifiques peuvent parfois capter un morceau de réel. En revanche, les écrivains, les artistes nous communiquent une représentation du réel et ils peuvent métamorphoser la façon dont on le ressent parce qu’ils donnent sens au réel avec un récit, un film, une œuvre. On fait converger ses souvenirs avec d’autres sources pour élaborer un récit cohérent, pour se sentir mieux.

Le récit que chacun se fabrique est donc un leurre ?

C’est le mot. Mais le leurre ne fonctionne que s’il correspond à ce qu’on espère. Si on veut leurrer quelqu’un, racontez-lui ce qu’il espère. C’est ce que font les hommes politiques.

Toute fiction est-elle donc une fabrication ?

Toute vision du monde est un aveu autobiographique. Voilà comment je vois le monde. Les romanciers ne mentent pas. Rien n’est plus vrai que la fiction. Quand ils inventent un récit, ils vont chercher ce qu’ils ont éprouvé. Les romanciers n’inventent rien, ils agencent pour faire une représentation cohérente du monde, de leur monde.

Pour les lecteurs, la littérature est-elle aussi un facteur de résilience ?

En lisant, je peux comprendre quelque chose qui m’est arrivé et qui fait que, désormais, ayant éclairci ce point de mon histoire, je me sens mieux, parce que mon monde a repris cohérence. Dans un monde incohérent, je suis perdu, je ne sais quoi faire. Dans un monde cohérent, je me gouverne, j’ai une conduite à tenir.

La nuit, j’écrirai des soleils. Boris Cyrulnik. Odile Jacob. 304 p., 22,90€. ebook 16,99€

Assassinat de Valentin: «la perte de l’innocence» face à l’horreur

Le service d’aide aux victimes, gratuit, est accessible aux jurés d’assises, qui y sont orientés à leur demande.
Le service d’aide aux victimes, gratuit, est accessible aux jurés d’assises, qui y sont orientés à leur demande. - Belga/ERIC LALMAND

A la cour d’assises de Liège, le procès des assassins de Valentin Vermeesch, déficient mental de 18 ans, a débuté le 6 mai dernier. Hormis la coupure d’une semaine en raison de cas de rougeole à la prison de Lantin, depuis tout ce temps, les douze jurés et leurs neuf suppléants sont confrontés à l’ultra violence, au sadisme, à la mort. Les avocats, les magistrats, les greffiers ou encore les journalistes y font face, eux aussi, mais différemment, ainsi que l’explique le professeur en victimologie de l’ULiège Serge Garcet, par ailleurs expert judiciaire. Il est un des psychologues qui se sont penchés sur les accusés de ce procès.

« Le choc d’une certaine perte de l’innocence »

Treize vidéos. Les hommes et les femmes tirés au sort puis retenus pour composer le jury de la cour d’assises de Liège ont dû visionner treize vidéos, de quelques dizaines de secondes à quelques minutes, dans lesquelles Valentin, jeune déficient mental hutois, était malmené, menacé, forcé à se masturber où à s’introduire des objets dans l’anus. Sur ces images, il n’y avait que lui, seul, face à ses bourreaux et face à la caméra. Il avait peur, il essuyait ses larmes, sa fragilité due à sa déficience mentale était encore renforcée par l’alcool et la drogue qu’il avait été forcé de consommer. « Je ne vous demande que ça, moi, de me laisser rentrer chez moi. Je ne vous ai rien fait, moi. J’étais là pour passer une soirée entre amis. » Ces images, ces paroles, elles auront indéniablement marqué les jurés. Bien plus fortement que les professionnels, plus « blindés ».

« Un professionnel a une pratique et une formation qui font qu’il est conscient que ce genre de comportement existe dans la nature humaine, il sait combien nous ne vivons pas dans un monde de bisounours », explique le professeur Garcet. « Mais pour le juré immergé, sans aucune préparation, sans accompagnement, dans une telle affaire, il y a le choc d’une certaine perte d’innocence. Il y a déjà le visionnage de choses monstrueuses, des photos du corps ; il y a la difficile évocation des faits, le légiste qui vient détailler l’autopsie… Les jurés ne disposent pas des outils permettant de métaboliser cette violence, et cela peut entraîner, pas nécessairement un stress post-traumatique, mais un stress aigu. Le genre de scénario tel qu’évoqué actuellement aux assises, avec une victime seule contre tous, comme ce fut le cas avec l’affaire Jarfi (NDLR : un homosexuel liégeois battu à mort par quatre jeunes), cela peut représenter, pour le quidam, un coup de tonnerre dans un ciel serein. Être confronté à quelque chose d’aussi intolérable écorche cette idée que nous pouvons vivre dans un monde harmonieux. »

Les jurés, des quidams non habitués à l’horreur

La difficulté de la tâche jouerait aussi dans l’impact que peut avoir le procès : « il y a pour les jurés une accumulation d’éléments à appréhender, avec une compréhension limitée, ce qui leur demande un important travail cognitif et intellectuel », poursuit l’expert. « Ils vont être amenés à ruminer sur les faits, à devoir vivre avec l’ensemble des éléments pour les traiter avec leur propre système de références. L’émotion est plus importante quand on n’a pas d’autres clés pour comprendre, et cela renforce le caractère traumatisant. »

Pour les professionnels, c’est différent : « Je suis le plus exposé à la mort », confie le professeur Boxho, qui a examiné la dépouille de Valentin. « J’ouvre des cadavres puis je les referme, je vais parfois ensuite parler aux familles, il peut s’agir de jeunes enfants… Et pourtant, ces affaires ne me hantent pas. Je fonctionne en tiroirs, quand j’ai fini mon boulot, je n’y pense plus. » Certaines affaires, confie une magistrate liégeoise, frappent plus que d’autres : « Cela peut être en rapport avec les faits, ou avec la personnalité de la victime, voire de l’accusé. Mais cela ne nous empêche pas de dormir, sauf peut-être pour réfléchir aux questions de droit que le dossier soulève, où à la manière dont on va l’aborder. » Serge Garcet de prendre l’exemple du jeune conscrit se retrouvant en 1914 dans les tranchées : « le premier jour, il vomit et il pleure après sa mère ; quelques mois plus tard, il tape le carton sous les obus… Pour ce qui est de mon cas, ces dossiers deviennent des fiches cliniques, et je me réfugie dans cette recherche technique pour me blinder. L’être humain est fait de telle sorte qu’il va pouvoir en quelque sorte s’habituer, même à l’horreur. Mais les jurés n’ont ni le temps, ni la formation pour cela. »

Le service d’aide aux victimes, gratuit, est accessible aux jurés d’assises, qui y sont orientés à leur demande. Dans le dossier Roufflaer, du nom d’un père jugé en octobre dernier aux assises de Liège pour avoir tué ses deux filles de 8 et 11 ans, quatre jurés ont fait appel à ce service.

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Hong Kong, un océan de protestations face à un projet de loi liberticide

Hong Kong, un océan de protestations face à un projet de loi liberticide
EPA

Ce dimanche soir sous nos yeux, un océan humain défile interminablement à travers les artères de Hong Kong Island. Près de deux millions d’hommes, femmes et enfants marchent habillés de noir, anxieux de crier leur désaccord avec la cheffe du gouvernement local Carrie Lam, et avec un projet de loi liberticide que celle-ci tente d’imposer, inspiré par la Chine populaire, la puissance souveraine. Parfois inscrits sur les calicots, parfois scandés par la foule, les slogans sont explicites : « Lam, démission », « Carrie Lam, tu n’es pas notre maman », ou « avant de voter, demandez notre avis » ! Mais en même temps, cette foule énorme donne la preuve d’une stupéfiante maîtrise d’elle-même : ambulances et bus parviennent à avancer le long du parcours – les masses se séparent pour les laisser rouler au pas, puis se referment sur leur passage –, aucune violence n’est constatée jusqu’en fin de journée, et des volontaires assurent même le nettoyage, ramassant les déchets divers semés sur le passage des marcheurs.

Au départ de ces protestations, cette année, Carrie Lam a décidé de faire voter au LEGCO, le parlement local, une loi permettant d’extrader vers tout pays, quiconque s’étant rendu coupable d’un délit concernant ce pays. Fixé au 12 juin, le résultat du vote ne faisait aucun doute : les dernières élections avaient donné à la coalition pro-Pékin la majorité qui lui échappait depuis 12 ans. Mais c’était compter sans la capacité de résistance de la population, d’une opposition ombrageusement attachée aux libertés et à l’identité insulaire. Dès dimanche 9 juin, une première manif réunissait plus d’un million de citadins se mettaient en branle pour dénoncer la loi : c’était la plus importante marche depuis le retour à la Chine en 1997.

Dimanche, des centaines de milliers de manifestants vêtus de noir ont défilé à nouveau. Carrie Lam, la dirigeante de Hong Kong, a présenté ses excuses pour avoir causé «
conflits et querelles
».

La cheffe de l’exécutif prétendait alors n’en tenir aucun compte, et faire voter la loi « à l’arrache ». Mais les 12 et 13 juin, jours du débat, 30.000 jeunes bloquaient l’accès au Parlement et au gouvernement, et affrontaient 5000 policiers. Le choc était d’une violence rare pour cette île habituée au dialogue et au consensus : grenades lacrymogènes tirées à l’horizontale, feu nourri de balles de caoutchouc, matraques souples abattues sans retenue sur les crânes des jeunes, qualifiés par certains officiers d’« enfants gâtés ». Il faut dire que de diverses sources ces derniers mois, la police locale aurait été « étoffée » par des collègues venus du continent, davantage portés sur la manière forte.

Toutes ces réactions de la société locale avaient fait l’effet d’un électrochoc : la foule prenait conscience de sa force, et le gouvernement, du risque de perte de contrôle. Samedi, Carrie Lam, espérant ainsi désamorcer la bombe, annonça à la presse un report « sine die » du vote de la loi. Face aux journalistes, elle admit que le projet avait suscité «  beaucoup de divisions  » parmi les sept millions d’insulaires et promit de chercher la concertation. Mais droite dans ses bottes, elle refusait net de s’excuser pour les bavures policières, ayant fait des dizaines de blessés et un mort (un jeune qui s’était suicidé en acte de protestation). Et surtout, pour elle, le vote n’était que « reporté ».

C’était évidemment trop peu, trop tard : 24 heures plus tard ce dimanche, la seconde marche géante s’ébranlait, montrant une société entière mobilisée, jusqu’au personnel des magasins qui revêtait la tenue noire des marcheurs, par solidarité.

Sur le fond, cette lame de fond de protestation reflète aussi l’angoisse d’une île dont la jeunesse émigre sous l’érosion des libertés, et qui s’appauvrit. Ainsi que l’apparition insidieuse de centaines de milliers de chinois proches du régime, hostiles aux libertés, et faisant monter les prix de l’immobilier.

Mais comment en définitive, la Chine va-t-elle gérer ce défi à sa loi ? De manière très instructive, le South China Morning Post, journal anglophone propriété d’un milliardaire chinois proche du régime, laisse entendre que Pékin ne serait pour rien dans cette affaire : Carrie Lam « naïve », n’aurait voulu qu’assurer l’extradition d’un assassin hongkongais vers Taiwan. Seuls les partisans inconditionnels de Pékin dans Hong Kong, prêtent foi à cette opinion. Mais le journal, par cet éditorial, laisse apparaître l’embarras profond du régime de Xi Jinping. Et plus encore, l’impression que la « Chief Executive » n’a pas été à la hauteur de la situation : déjà, très discrètement, plusieurs analystes de haut niveau parient que les jours de Mme Lam à la tête de la « région administrative spéciale », sont comptés, surtout si comme il le semble, la marche de ce dimanche bat, pour une seconde fois en huit jours, le record de fréquentation depuis le retour de Hong Kong à la Chine. La « chief executive » d’ailleurs, semble dimanche soir consciente de sa fragilité et tente de remonter dans l’opinion, en prononçant les mots d’excuses qu’elle avait refusé de dire la veille : c’était une des revendications de l’opposition. Mais il manque encore l’essentiel – le retrait du projet de loi. Quoiqu’il arrive, c’est pour le pouvoir socialiste, une lourde défaite !

Un premier triomphe pour Evenepoel au Tour de Belgique: «On m’a dit que j’avais 10 ans de métier»

Plus que jamais, un avenir brillant semble promis à Remco Evenepoel. DAVID STOCKMAN/Belga.
Plus que jamais, un avenir brillant semble promis à Remco Evenepoel. DAVID STOCKMAN/Belga.

Casquette sur le crâne, disposée à l’ancienne avec la visière relevée, Remco Evenepoel sacrifie volontiers à l’exercice de la conférence de presse, même si c’était en bien plus petit comité que lors de sa prestation aux Championnats du monde d’Innsbruck. D’une maturité exceptionnelle pour ses 19 printemps, le Brabançon a dépouillé, point par point, la brillante semaine qui l’a donc conduit à remporter sa première course chez les professionnels, via une victoire d’étape et, donc le classement final du Tour de Belgique.

Remco, cela aurait pu se terminer tragiquement, puisque vous êtes tombé à l’approche de l’arrivée !

C’est un peu dommage de finir comme cela, avec des lunettes cassées et un cuissard déchiré, mais par rapport à ceux qui sont tombés sur le côté gauche, je n’ai pas à me plaindre, c’était un fameux carambolage. En même temps, j’ai été soutenu par le public et j’ai pu profiter des applaudissements en franchissant la ligne, c’était sympa ! J’en ai eu la chair de poule.

Quelles leçons tirez-vous de cette semaine ?

Qu’on ne gagne pas une course par étapes sur des portions de parcours où on pensait être le plus fort. Ma victoire, je l’ai construite dans l’offensive de Zottegem, ce n’était pas prévu mais j’ai senti que c’était là que cela pouvait se passer. Un classement se construit chaque jour, toutes les secondes sont importantes, dans les bonifications notamment, il faut rester attentif mais dans l’absolu, ce que je retiens, c’est que sans équipe, tout cela est impossible. Seul, cela ne peut jamais fonctionner. Physiquement, je n’ai pas l’impression d’avoir souffert, en grande partie grâce à la force collective de ma formation Deceuninck.

Campenaerts s’offre l’étape-reine samedi

Après Zottegem, vous avez étonné par votre sens de la gestion...

Les éléments étaient favorables. Le contre-la-montre, c’est tout de même ma spécialité et l’Ardenne, c’est ma deuxième maison, je connais même les trous dans les routes (il s’esclaffe). Je savais que Tim Wellens attaquerait dans la Roche-aux-Faucons où je l’avais vu en faire autant dans Liège-Bastogne-Liège avant de craquer et cela s’est répété ici. Cette côte est vraiment dure, en deux morceaux. Quand j’ai appris par l’oreillette que Tim décrochait, j’y suis allé à fond, sans jamais me retourner. J’aurais pu viser la victoire d’étape à Seraing mais je n’avais plus de jus pour cela et puis Victor Campenaerts ne l’avait pas volée. Pour moi, la performance de ce Tour de Belgique, c’est le succès de Victor dans l’étape-reine. Il est dans l’échappée, il attend son leader, Wellens, puis il revient finalement dans ma roue avant de gagner, chapeau !

Votre victoire à Zottegem vous ouvre des portes pour les classiques flamandes ?

Non, il est trop tôt pour parler de cela. Avant d’être à la hauteur d’éléments comme Gilbert, Van Avermaet, Sagan ou Lampaert sur ce genre de parcours, j’ai encore de la marge, beaucoup de choses à apprendre.

Remporter une épreuve du WorldTour par exemple ?

Par exemple, même si le niveau du Tour de Belgique était élevé. Wellens, Campenaerts, par exemple, qui m’accompagnent sur le podium, sont deux coureurs du top 30 mondial. Le rythme a été très élevé. Dimanche, ce fut un sprint pratiquement tout le temps. Je sais que Patrick Lefevere avait fixé un premier test au Tour de Romandie mais là, je n’étais pas prêt, pas en forme, loin de ce que je voulais. L’étape suivante, c’est de participer aux deux championnats nationaux face à un niveau d’excellence, car le cyclisme belge a prouvé ces derniers jours qu’il avait des ressources !

« Je ne suis pas le nouveau Merckx »

Vous auriez parfaitement le droit de participer aux Mondiaux chez les espoirs mais vous semblez dubitatif à cet égard ?

Oui, car cela voudrait dire que je prendrais la place d’un coureur qui s’est battu toute l’année chez les espoirs pour aller au Yorkshire et je n’ai pas envie de cela. J’y réfléchis. Comme je pourrais, pourquoi pas, envisager une candidature au chrono des championnats d’Europe avec les professionnels comme le suggère le sélectionneur Rik Verbrugghe.

Votre première victoire, à 19 ans, comme Eddy Merckx ou Frank Vandenbroucke. Vous n’échapperez pas aux comparaisons ?

Mais je ne les écouterai pas, je ne veux pas tomber dans ce piège du « nouveau Merckx » etc. Cela ne m’intéresse pas.

Avez-vous reçu des messages, à l’intérieur du peloton ?

Oui, beaucoup d’encouragements, dont le fait que j’avais roulé, samedi, comme un mec qui avait dix ans de métier. Cela m’a fait plaisir mais j’étais bien, dans ma gestion, c’est vrai que je n’ai jamais paniqué malgré l’offensive de Wellens. Je dois cette sérénité à l’équipe, au briefing, aux directeurs sportifs. Des types comme Keisse, Sabatini, des sprinters, qui se mettent à la planche dans une étape accidentée comme celle de Seraing, c’est beau à voir. Le « Wolfpack », je sais désormais à quoi cela correspond.

Que vous a dit Patrick Lefevere ?

Que j’étais devenu adulte en quelques jours, que j’avais plus de confiance en moi et beaucoup de sérénité. Il avait surtout un grand sourire. Je pense qu’il a eu raison de me proposer de passer pro dans sa formation !

Elections 2019: sur la piste déroutante des députés-ministres

Willy Borsus a prêté serment, ce 11 juin. Et sera député-ministre pour une période de maximum 6 mois.
Willy Borsus a prêté serment, ce 11 juin. Et sera député-ministre pour une période de maximum 6 mois. - Belga.

Les prestations de serment dans les différentes assemblées parlementaires ont donné un coup de projecteur sur une de ces merveilleuses incongruités qui font le charme de la vie politique belge : les députés-ministres. Une double casquette qui semble faire peu de cas du sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs : ainsi donc, une même personne peut à la fois être membre du pouvoir législatif et membre du pouvoir exécutif, contrôleur et contrôlé en somme. Mais est-ce aussi simple que cela en a l’air, finalement ? Suivez-nous dans notre plongée au plus profond de la législation et des règles internes aux parlements.

L’existence des députés-ministres nous a sauté aux yeux ce mardi 11 juin à l’occasion de l’installation du parlement de Wallonie à Namur. Nous n’aurions pas dû être surpris : ce statut un peu bancal existe depuis le vote d’un décret en juillet 1995 « organisant le remplacement des ministres par leur suppléant parlementaire ». Ce texte permet aux ministres régionaux sortants (Borsus, Greoli, Crucke, etc.) qui ont été élus comme députés d’occuper les deux fonctions pour une période qui ne peut pas excéder six mois après la prestation de serment.

Le cumul a été la règle, il l’est encore parfois

Il faut se souvenir que jusqu’à cette époque, les députés qui devenaient ministres conservaient de plein droit leur siège de parlementaire. La règle valait pour toutes les assemblées et d’ailleurs, comme le rappelle Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l’ULiège, elle subsiste dans d’autres cénacles : « Dans les communes, un bourgmestre conserve son mandat de conseiller communal. On ne le remplace pas par un suppléant. Dans les provinces, même règle : un député provincial reste conseiller provincial. »

Mais au carrefour des années 90, la question de ce cumul a fini par se poser pour les parlements : « On s’est dit que tout de même, un gouvernement qui se présente devant la Chambre pour y défendre ses projets doit avoir devant lui une assemblée parlementaire pleine et entière. » L’installation de suppléants en remplacement de personnalités appelées à siéger dans un exécutif fédéral, régional ou communautaire est donc devenue la norme. Et comme toute norme, celle-ci a son exception. Elle est liée aux élections et au renouvellement des parlements.

En Wallonie, l’exception a donc pris la forme d’une dérogation prévue par l’article 3.3 du décret de 1995 : « Le membre du gouvernement peut concilier ses fonctions de membre du gouvernement et ses fonctions de membre du Conseil (on dit « parlement » aujourd’hui, NDLR) ou d’une autre assemblée jusqu’à l’élection du nouveau gouvernement. » Dans la foulée, un décret semblable a été adopté pour le parlement de la Communauté française, aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles.

Outre les membres du gouvernement wallon, l’exception du député-ministre vaut donc aussi pour les ministres communautaires élus au parlement régional et qui siègent dans les deux assemblées : on songe à Rudy Demotte (PS), Jean-Claude Marcourt (PS), Alda Greoli (CDH) et Marie-Martine Schyns (CDH), qui sont donc ministres à la Fédération et deux fois députés, cela ne s’invente pas.

Bruxelles fait appel aux suppléants

Curieusement, le parlement régional de Bruxelles n’a pas suivi ce mouvement législatif. La preuve, comme l’a rapporté Le Soir dans son édition du 12 juin : la veille, les ministres bruxellois sortants (à l’exception des Défi Didier Gosuin et Cécile Jodogne, absents) ont prêté le serment de député avant de céder immédiatement ce siège à leur suppléant, pour rester membre du gouvernement le temps que s’installe un nouvel exécutif. A noter le cas particulier de Rachid Madrane, député bruxellois élu le 26 mai mais toujours ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles : il s’est effacé devant sa suppléante en Région et conserve son portefeuille.

Et à la Chambre, direz-vous ? « C’est à ce niveau que la règle a commencé à évoluer avant que la Wallonie ne suive », se souvient Christian Behrendt. « La dérogation instaurant des députés-ministres existe donc aussi au niveau fédéral. Mais il n’y a pas ici de délai maximum de six mois au-delà duquel l’exception ne vaudrait plus. »

Le législateur a été prudent : qui peut dire combien de temps une crise politique risque de s’éterniser au niveau fédéral ? Entre juin 2010 et décembre 2011, lors des fameux « 541 jours sans gouvernement », des personnalités aussi en vue que Joëlle Milquet (CDH) et Didier Reynders étaient à la fois ministres et députés. Ce sera encore le cas cette fois après la prestation de serment du 20 juin pour les libéraux Charles Michel, Didier Reynders, Denis Ducarme, Marie-Christine Marghem, Daniel Bacquelaine ou Sophie Wilmès.

Le cas de François Bellot est particulier. Le ministre fédéral de la Mobilité a été élu au parlement wallon. Pour pouvoir y prêter serment mardi dernier, il a démissionné du gouvernement avant de réintégrer ses fonctions le lendemain après prestation de serment chez le Roi. A Namur comme à la Fédération, son suppléant sera installé lors des prochaines plénières.

Autre scénario original : André Flahaut (PS), ministre sortant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais élu le 26 mai à la Chambre. Le décret de 1995 valable en FWB l’autorise à cumuler en tant que « membre d’une autre assemblée ».

« Le mandat électif a sa noblesse »

La notion de député-ministre peut paraître anachronique. Recadrons-la toutefois. Un : il ne s’agit que d’une exception pour la durée d’installation d’un nouveau gouvernement. Deux : les rémunérations ne sont pas cumulables. Trois : lorsque cette dérogation a été envisagée, il s’agissait aussi d’éviter que des suppléants doivent tout laisser tomber pour siéger, quelques semaines à peine, dans une nouvelle assemblée, ce qui leur ouvrirait en outre des droits en matière d’indemnités de sortie ou de pension.

Le professeur Christian Behrendt défend plutôt cette exception du député-ministre : « Nous sommes dans deux temporalités différentes. Le poste ministériel relève de l’ancienne législature et le mandat parlementaire des dernières élections. Dans une démocratie, le mandat électif a sa noblesse. Il vient du peuple, il n’a pas vocation à s’effacer devant une charge attribuée par le Roi. Mais il faut bien sûr que cette superposition soit la plus brève possible, ce qui n’a pas toujours été le cas. »

Le mouvement Maharishi, une secte qui offre de la méditation aux écoles belges

Tous les matins et tous les soirs, les élèves prennent cinq à dix minutes pour méditer.
Tous les matins et tous les soirs, les élèves prennent cinq à dix minutes pour méditer. - D.R.

Dans les classes de l’école communale d’Oeudeghien, près de Ath, les journées de cours ne se déroulent pas exactement comme ailleurs. Tous les matins et tous les soirs, les élèves prennent cinq à dix minutes pour méditer. « Ils ferment les yeux et doivent dire leur mantra dans leur tête », explique Christine Nachtergaele, la directrice de l’école, qui a implémenté le projet cette année. « Aux plus petits, on donne un mandala, et ils le colorient. Même s’ils ne font pas la méditation vraiment comme il faut, ça repose les enfants. Et ils adorent. » Depuis quelques années, les animations de méditation et de pleine conscience pour réduire le stress font florès dans les écoles. Mais le programme implémenté dans cette école du Hainaut a ceci de particulier qu’il provient du « Maharishi Institute of Vedic Science », l’antenne belge d’une organisation internationale qui promeut la « méditation transcendantale ». Organisation parfois assimilée à une secte…

La méditation transcendantale est une technique popularisée dans les années 50 par Maharishi Mahesh Yogi, maître indien connu comme le « gourou des Beatles ». Elle doit permettre à tout homme « d’harmoniser sa vie spirituelle intérieure avec les splendeurs de la vie matérielle extérieure et de trouver Dieu en lui-même », selon les termes du fondateur, et ainsi d’atteindre la « transcendance », entre autres via le « vol yogique », soit la lévitation.

« Cérémonial d’adoration » et mantra secret

Qu’en est-il concrètement ? Dans le cadre du programme « écoles sans stress », l’organisation forme d’abord la direction de l’établissement et quelques professeurs. « Pendant deux journées, on nous explique l’origine de la méthode et ses bienfaits », raconte Christine Nachtergaele. « Ensuite, on participe à un petit cérémonial avec une sorte d’incantation, lors duquel on doit apporter des fleurs, de l’encens, etc. On nous attribue un mantra individuel, qu’on doit retenir et répéter lors de nos séances de méditation matin et soir. » Même si elle a rapidement abandonné la pratique quotidienne par manque de temps, la directrice assure en avoir senti les effets, à tout le moins comme un « temps d’arrêt dans sa vie trépidante ». Le programme prévoit ensuite une réunion avec les parents, qui peuvent également se former, avant que l’organisation n’enseigne cette pratique aux enfants.

C’est à ce stade qu’une autre école de la région de Gerpinnes, a stoppé le processus. Certains éléments avaient mis la puce à l’oreille de la directrice, qui a suivi la formation : « le cérémonial d’adoration de l’icône », « ces dons qu’on nous demande de faire sans trop savoir pourquoi », « tout ce mystère qui tourne autour des mantras, qui doivent rester secrets »… Sans parler du discours tenu par une formatrice sur les bienfaits de la méditation en termes de santé. « Quand la formatrice a appris que j’allais me faire opérer, elle m’a dit que grâce à la méditation, on pourrait peut-être éviter l’opération », raconte cette directrice, perplexe. Peu convaincue, elle a néanmoins laissé une chance au projet, en le soumettant aux parents. « Des parents sont arrivés avec des articles de journaux présentant le Maharishi comme une secte, raconte la directrice. Je ne pouvais pas prendre le risque : on a tout arrêté ! »

Le Maharishi, déjà épinglé en 2009 et 2013

C’est que le Maharishi Center a déjà fait parler de lui en Belgique. En 2013, il avait organisé une série de conférences à Bruxelles à destination du monde de l’enseignement pour présenter son programme « écoles sans stress ». A l’époque De Morgen avait titré son article « Une secte s’infiltre dans l’enseignement flamand et bruxellois ». Il se fondait alors sur l’avis du Centre d’information et d’analyse sur les organisations sectaires nuisibles (Ciaosn), datant de 2009 et demandé par le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, Olivier Maingain, alors que l’association avait l’intention de construire une école sur sa commune. L’avis de 93 pages remet en cause les supposés effets positifs de cette pratique sur la fonction cognitive et sur la tension artérielle, après consultation de l’Académie royale de médecine de Belgique : « Les affirmations du mouvement MT (méditation transcendantale) quant à une supériorité scientifiquement établie de leur forme de méditation sont totalement erronées. » Un avis qui fait bondir Claudio Scubla, directeur national du Maharishi Institute of Vedic Science : « C’est profondément mensonger. Il s’agit de la méthode de méditation la plus efficace, selon de nombreuses recherches scientifiques à travers le monde. » Le Ciaosn, qui confirme recevoir des questions sur ce mouvement chaque année, maintient son avis de 2009.

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« Au départ, ça fait un peu peur quand on nous parle de ce machin védique, de ce monsieur avec sa grande barbe, admet Christine Nachtergaele. En France, cela a été classé comme une secte, mais ils ont fait pareil avec l’homéopathie. J’ai eu des garanties du responsable, dont le projet est subsidié par un fonds européen. » Le Maharishi Center a en effet reçu un subside de la Commission européenne à hauteur de 55.678 euros en 2017 pour une durée de deux ans, comme le confirme l’outil de transparence financière de la Commission. C’est ce qui lui permet de proposer un programme de formation pour toute une école, entièrement gratuit.

« Nous ne sommes pas dangereux »

Ce soutien européen est également avancé par Claudio Scubla, le directeur national du Maharishi Institute of Vedic Science, comme preuve de crédibilité. « Le projet “écoles sans stress” a déjà été implémenté en Suède, aux Pays-Bas et au Portugal. » Jusqu’à présent, en Belgique, seules deux écoles ont été formées : celle de Christine Nachtergaele et une en Flandre, dans la région d’Alost. Les projets de création de centre de formation ou d’écoles à Walhain, Woluwe ou Dilbeek sont pour l’heure à l’abandon, le mouvement préférant sensibiliser directement dans l’enseignement traditionnel. Claudio Scubla, dans l’organisation depuis trente ans, se défend de toute intention prosélyte, assurant qu’il n’y a aucune connotation religieuse. « Nous ne sommes absolument pas dangereux. Notre but est d’aider les personnes à se sentir mieux, d’améliorer la fonction de l’individu, qui se trouve dans un état déplorable dans la société actuelle, et, pour ce projet, d’améliorer les conditions dans les écoles. »

Convaincue, l’école communale d’Oeudeghien compte, elle, renouveler l’expérience l’an prochain. Les formateurs du Maharishi assurent d’ailleurs un suivi collectif et individuel. En colloque singulier, un représentant de l’organisation vérifie si l’enfant connaît toujours son mantra, médite correctement. « Un enfant se plaignait de maux de tête », justifie par exemple Claudio Scubla. « Il n’avait pas compris qu’il devait pratiquer juste cinq minutes, il le faisait toute la journée. »

Le cabinet de la ministre de l’Enseignement, Marie-Martine Schyns (CDH), n’a à ce jour pas reçu d’alerte au sujet de ce groupe potentiellement sectaire. Si la volonté de certains établissements de faire appel à des associations extérieures pour des animations relève de l’autonomie pédagogique des directions, le cabinet appelle néanmoins à la vigilance. Sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain : « La méditation à l’école n’est pas mauvaise en soi », insiste Eric Etienne, porte-parole de la ministre. « Sur le terrain, on observe un grand intérêt pour ces pratiques qui luttent contre le stress. Et nous encourageons toute démarche positive. »

Grande-Bretagne: Boris Johnson presque aux affaires, quel Premier ministre ferait-il?

«
Boris-le-bienheureux
» faisait l’unanimité comme maire de Londres. Depuis la victoire du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, il s’est fait beaucoup d’ennemis.
« Boris-le-bienheureux » faisait l’unanimité comme maire de Londres. Depuis la victoire du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, il s’est fait beaucoup d’ennemis. - AFP.

Si, comme tout l’indique, Boris Johnson devait occuper le 10 Downing Street dans les prochains jours, le nouveau venu fera installer dans le salon d’attente un buste de Winston Churchill ainsi qu’un exemplaire de la biographie qu’il a écrite sur son héros. Le probable successeur de Theresa May s’est toujours identifié au « Vieux Lion » à l’allure fière et dominatrice qui a su mener contre Hitler le combat de la liberté.

C’est dans les mots que Johnson, tribun et journaliste, malmène la « pensée unique » et les conventions. « Winnie » était un extraordinaire orateur et un remarquable écrivain couronné du Prix Nobel de littérature en 1953 pour ses nombreux écrits. Physiquement, celui qui a toutes les chances de remporter la course au leadership du parti conservateur a la même carrure et la mâchoire de bouledogue, presque la tête que son modèle en politique.

Pourtant, en se prononçant pour le Brexit, l’ex-maire de Londres a raté ce que l’on appelle communément le « test Churchill ». Au lieu de se mettre comme son exemple du côté de l’Histoire, le biographe de sir Winston a choisi de trahir ses convictions en choisissant par pur opportunisme et à la dernière minute le camp du retrait de l’Union européenne.

L’improbable Boris Johnson réussira-t-il à enfiler le costume de son demi-dieu pour « guérir les profondes blessures d’un pays profondément facturé », comme s’interroge le Financial Times dans un portrait peu flatteur d’un homme politique, « bordélique, semeur de discorde et totalement mal préparé à la tâche » ?

Le style de gouvernement du favori s’inspirera certainement de celui de Churchill au pouvoir entre 1940 et 1945 puis entre 1951 et 1955.

Dynamisme et désinvolture

Au Royaume-Uni, il existe deux types de Premiers ministres. Ceux qui comme Margaret Thatcher, Tony Blair ou Gordon Brown contrôlent de très près l’action gouvernementale. Puis, les John Major ou Winston Churchill qui laissent les coudées franches à leurs ministres. Johnson appartiendra à la seconde catégorie. Le déchargeant des tâches secondaires, l’intendance suivra les grandes lignes données par un leader surtout connu pour son dynamisme, sa désinvolture et son sens de l’esbroufe.

Pour faire tourner la machine, Boris Johnson devrait être épaulé par un vice-Premier ministre fort et un directeur de cabinet déterminé en vue de le suppléer et de le protéger de l’accessoire. Ministre des Affaires étrangères entre 2016 et 2018, Johnson a pu mesurer combien l’équipe restreinte, sûre et dévouée qui entourait la Première ministre, Theresa May, la coupait du monde, à commencer de ses ministres.

A l’inverse de bon nombre de ses prédécesseurs, « BoJo » fera également confiance à la haute fonction publique et à ses experts technocratiques. S’il accède au « 10 », il fera de son homme de confiance, le Cabinet Secretary (secrétaire général du gouvernement), Sir Mark Sedwill, le plus haut seigneur du nouveau règne. A la tête de la lourde machinerie administrative de Whitehall, le haut fonctionnaire a tout de suite cru en son destin. Ce dernier lui a d’ailleurs donné un coup de pouce à la veille du départ de la course en annonçant que le Royaume-Uni était prêt à la sortie brutale de l’UE que Johnson appelle de ses vœux, faute d’accord avec Bruxelles.

Une jeune compagne influente

Son premier conseiller est sa nouvelle compagne, Carrie Symonds. Agée de 31 ans, l’ex directrice de la communication du parti conservateur a mis « Boris » au régime, a discipliné la fameuse coiffure ébouriffante et la garde-robe, en vue de donner une touche plus conventionnelle à l’habile jongleur d’images, d’idées et de projets. Elle a choisi l’entourage de la campagne en éliminant les eurosceptiques purs et durs au profit des pragmatiques. Cette jeune activiste est devenue incontournable. Divorcé de son épouse l’an dernier, Johnson doit faire oublier sa réputation de coureur de jupons impénitent.

« Semper Fidelius » (toujours fidèle) est le logo de la famille Johnson. Pro-européens convaincus, son père Stan, sa sœur Rachel et son frère Jo, auxquels il est très attaché, devraient exercer une emprise dans le sens de la modération et de la cohérence.

Le présumé Premier ministre n’a pas vraiment de réseaux attitrés. Il fonctionne plutôt sur des fidélités éparses sédimentées au fil des ans tissées au pensionnat d’Eton, à Oxford, dans le journalisme ou à l’assemblée municipale de Londres. Le député d’Uxbridge n’a jamais couru le parti tory au milieu des traîtrises de la politique, ni labouré le pays. Le Londonien pur sucre a du mal à cacher son mépris pour le « pays profond », le Nord de l’Angleterre et les Midlands, où se gagnent les élections.

De nombreux ennemis

Alors que « Boris-le-bienheureux » faisait l’unanimité comme maire de Londres, depuis la victoire du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, il s’est fait beaucoup d’ennemis. Les intellectuels lui reprochent pêle-mêle ses outrances en tant que journaliste et le coupé-collé qu’est sa biographie bâclée de Churchill. Les diplomates ne lui pardonnent pas le passage catastrophique au Foreign Office de dilettante trop papillonnant. Le provocateur s’est mis à dos le monde des affaires en déclarant à son propos, « fuck the business » (que le business aille se faire f…).

Boris Johnson va devoir vite redescendre sur terre. Comme le note le politologue Steve Richards, face à un parlement sans majorité, la marge de manœuvre d’un chef de gouvernement est très réduite.

Winston Churchill l’a démontré pendant le Blitz  : si le style fait l’homme, c’est aux actes qu’un Premier ministre est jugé.

►Royaume-Uni: les candidats à la succession de Theresa May se bousculent au portillon

Trump City, un rêve aux allures de chimère

Benyamin Netanyahou en visite au plateau du Golan le 11 mars 2019.
Benyamin Netanyahou en visite au plateau du Golan le 11 mars 2019. - Reuters

Quelques bicoques, des jardins bucoliques et des bâtiments communautaires en ruine. Bienvenue à Kela Beruchim, cité perdue au bout du plateau du Golan. Au loin se dessine le mont Hermon, avec son pic enneigé. La frontière syrienne est à 7 kilomètres, le Liban, à 25 kilomètres.

C’est ici que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a prévu de poser, au centre d’un terrain de football en friche, la première pierre d’un programme immobilier baptisé du nom de son ami Donald Trump. Un geste destiné à remercier le président américain pour son dernier cadeau : la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté d’Israël sur le Golan, un territoire occupé par l’Etat hébreu depuis 1967 et dont la communauté internationale refuse d’avaliser l’annexion.

Trump City doit devenir le symbole d’une nouvelle ère pour la région, mais le magnat de l’immobilier n’investirait sans doute pas un dollar à titre personnel dans son village éponyme.

Kela Beruchim (les bénis en hébreu) est un lieu étrange peuplé de gens bizarres. Les volets des maisonnettes sont clos mais du linge pend ici ou là dans les cours.

La première personne croisée après avoir fait le tour de l’implantation est un apiculteur bodybuildé. D’origine russe, Denys est affalé dans un fauteuil défoncé en cuir sur le perron d’un bâtiment en déshérence. Il est venu surveiller ses ruches qui lui causent bien du souci. « On m’a demandé du jour au lendemain de les déplacer à l’occasion de la visite surprise de Netanyahou en avril pendant les vacances de Pâques. Elles étaient installées à l’endroit où ils vont soi-disant commencer à construire », peste-t-il. « Je suis dans ce coin pour mener une vie paisible à la campagne et on raconte maintenant que la population du Golan va doubler. On va être envahi par des religieux qui vont nous imposer leur mode de vie. De toute façon, je ne crois pas que ce projet va marcher. Rien ne marche ici ! », dit-il avant de s’éloigner pour retrouver ses abeilles.

Au détour d’un chemin, une vieille femme ouvre sa porte après des hésitations. « Je ne suis pas présentable avec mon tablier », minaude Nina. Elle et son mari ont quitté l’URSS en 1990, peu avant sa désintégration, pour émigrer en Israël et échouer sur le Golan. Trump City l’inquiète, elle aussi, car « on ne sait pas ce qui va se passer et on ne sait pas qui sont ces gens qui vont venir vivre autour de nous ». Puis elle fredonne, en français, « Parole, parole, parole », la chanson de Dalida.

Les bureaux du centre communautaire se réduisent à une pièce vaguement entretenue. Le reste de la bâtisse n’a plus tous ses murs et peu de plafonds. L’ensemble dégage une telle impression d’apocalypse qu’il a servi de décor à une série télé d’épouvante intitulée Colonnes de fumée. La fiction raconte les péripéties d’une enquête policière dans un kibboutz sectaire du nord d’Israël dont les habitants ont mystérieusement disparu.

L’histoire d’un échec

La vraie histoire de l’implantation est moins effrayante. Elle est juste celle d’un échec.

A Kela Beruchim, le nombre de résidents se compte sur les doigts des deux mains. Il faut y ajouter une poignée de jeunes squatters qui ont l’intention de fonder une école de préparation au service militaire. Ils sont convaincus que le Golan est une terre juive depuis les temps de la Bible, mais les précédents habitants du secteur étaient des Arabes syriens chassés par la guerre des Six-Jours. Leur armée s’était retirée de cette hauteur stratégique sans livrer véritablement bataille.

Après l’annexion de 1981, une politique de colonisation s’est mise en place avec ses hauts et ses bas. Puis en 1991, Ariel Sharon, alors ministre du Logement, a peuplé la région de migrants russes fraîchement débarqués en Israël. Une vingtaine de familles s’installèrent à Kela Beruchim. Elles parlaient mal l’hébreu, étaient au chômage, la perspective d’un logement gratuit était, pour elles, une aubaine. Les couples avaient suivi des études universitaires dans leur pays d’origine. Le Golan a été pour ces déclassés un exil dans l’exil. « La greffe n’a pas pris mais d’autres projets engagés aux alentours fonctionnent bien », constate Chaim Rikeach, le président du Conseil régional du Golan dans ses bureaux de Katzrin, la « capitale » du Golan.

« Il faut comprendre que lorsque l’on s’installe sur le plateau, surtout dans le nord, on va vivre en périphérie dans l’éloignement des avantages de la société moderne comme le système de santé ou les loisirs », explique, pour sa part, Mehamem Ender, un retraité de Kela Beruchim. « Je suis venu pour réaliser le rêve sioniste de peupler ce pays qui est le nôtre », ajoute-t-il. Deux de ses fils ont été grièvement blessés au Liban et à Gaza. Ses quatre enfants ont quitté le plateau. « Les jeunes ne restent pas, sauf s’ils sont agriculteurs », précise Mehamem Ender.

Un sentiment de précarité

L’économie du Golan repose sur ses ranchs de vaches et de bœufs. Environ 40 % de la viande consommée en Israël provient de la région mais aussi 30 % du vin. Le tourisme vert s’y développe malgré les tensions avec la Syrie et l’ennemi juré, le Hezbollah libanais.

Reste qu’un sentiment de précarité est toujours présent chez les 18.000 Israéliens qui cohabitent avec 22.000 Druzes dont la plupart ont refusé de prendre la nationalité israélienne. « Une petite crainte d’être expulsé existe toujours, alors quand Trump a pris sa décision historique, les doutes se sont levés », dit Chaim Rikeach. « Nous n’avons pas en revanche d’inquiétude sécuritaire. Il y a de temps en temps un tir de missile quand quelqu’un fait une connerie de l’autre côté de la frontière, et voici deux ans encore, nous avions Al-Qaïda et Daesh comme voisins, mais nous maîtrisons la situation », minimise-t-il.

A Katzrin comme à Kela Beruchim, le geste du président américain fait comme il se doit l’unanimité. « C’est fabuleux ! L’homme le plus puissant du monde nous a donné un cadeau incroyable. Je sais que Trump est très contesté dans le monde mais un Israélien qui le critique est pour moi un dérangé », s’enthousiasme Mehamem Ender.

La proclamation de reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Golan signée par Donald Trump à la grande satisfaction de Benyamin Netanyahou.

Tirant un trait sur des décennies de politique étrangère américaine, Donald Trump a brisé le consensus international sur la question du Golan le 21 mars par un tweet puis a rapidement signé la proclamation de reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Golan dans le Bureau ovale aux côtés d’un Benyamin Netanyahou aux anges.

Le Premier ministre israélien n’a pas non plus perdu de temps pour montrer sa gratitude. Le 23 avril, il publiait une vidéo dans laquelle, debout au milieu des collines ondoyantes du Golan, il annonçait fièrement qu’une ville porterait le nom du président américain.

L’idée de fonder une Trump City a dans l’esprit du Premier ministre une valeur symbolique, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté de relancer les implantations juives dans la région après un arrêt total de la colonisation pendant vingt ans. « Nous avons renforcé les sites existants mais ce n’est pas suffisant. Des jeunes sionistes veulent venir construire de nouveaux lieux, alors la création de Trump City est pour nous une bénédiction », confirme Chaim Rikeach.

Les premiers résidents devraient prendre possession de leur logement à la fin de l’année, à l’occasion des fêtes d’Hanouka, mais il est probable que les délais annoncés par le Conseil régional ne seront pas respectés. 25 familles emménageront à Trump City. Elles devraient être ensuite 100 et à terme 400.

« Les plans sont prêts. Le quartier comprend des jardins publics pour les enfants, des synagogues. Pour l’instant, 150 personnes se sont adressées à nous. Nous sommes dans le processus de sélection avec pour objectif de créer une communauté mixte de religieux et de laïcs. Nous cherchons des couples jeunes car le Nord, qui est beaucoup moins peuplé que le Sud, compte surtout des habitants âgés », explique Chaim Rikeach. Il veut croire qu’ils trouveront des emplois dans le tertiaire, l’agriculture géothermique, l’agrotech et le high-tech grâce au développement de pôles d’innovation.

Seule ombre au tableau mais elle est de taille : la dissolution du nouveau Parlement, qui ne permet pas de valider l’initiative du Premier ministre. Benyamin Netanyahou et un représentant de l’Administration américaine auraient dû assister sur place le 12 juin à une cérémonie pour célébrer à la fois le 52eanniversaire de la prise du Golan et la reconnaissance américaine, mais ils ne sont pas venus.

« Baptiser notre implantation Trump City, c’est un peu comme donner le rôle de parrain dans une cérémonie de circoncision. On l’honore pour le congratuler », commente Noemi Ish Shalom, une enseignante excentrique installée un peu à l’écart de Kela Beruchim. « J’espère que le projet va permettre de ramener les services de l’Etat chez nous », ajoute-t-elle.

Docteur en biologie, en botanique et en écologie, elle entretient seule un immense jardin organique aux allures de capharnaüm peuplé de poules, de chèvres et de chiens. Sa propriété est un promontoire avec vue sur la Syrie. Entre les deux, la lande est truffée de mines. « Cette implantation a toujours été un rêve quel que soit son nom », sourit-elle. Un rêve qui a pour l’instant des allures de chimère.

Assassinat de Valentin: l’avocate générale requiert la perpétuité contre Alexandre Hart et Belinda Donnay

Assassinat de Valentin: l’avocate générale requiert la perpétuité contre Alexandre Hart et Belinda Donnay
Belga

Alexandre Hart, Belinda Donnay, Dorian Daniels, Loïck Masson et Killian Wilmet ont été déclarés coupables, jeudi après-midi, par le jury de la cour d’assises de Liège, d’avoir commis l’assassinat de Valentin Vermeesch dans la nuit du 26 au 27 mars 2017 à Statte (Huy). La durée des peines doit être prononcée ce mardi.

L’avocate générale Pascale Schils a requis lundi devant la cour d’assises de Liège la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre d’Alexandre Hart et Belinda Donnay ainsi que 30 ans de prison, soit le maximum légal, en ce qui concerne Killian Wilmet, mineur au moment des faits. Pour Loïck Masson, elle a demandé aux jurés de ne pas descendre en-dessous de 30 ans de prison, tandis qu’elle a réclamé 29 ans de réclusion contre Dorian Daniels.

L'avocate générale Pascale Schils a souligné l'extrême gravité des faits et la très inquiétante personnalité des cinq accusés. Selon elle, les accusés ont des personnalités différentes mais chez tous, on retrouve un problème de gestion de la frustration et une recherche de plaisir immédiat. Pascale Schils a souligné que la participation de chacun était pleine et entière.

Pour les trois autres accusés, également coupables d'assassinat, elle a sollicité une peine de 29 ans contre Dorian Daniels (22), très actif pour les humiliations et les coups mais seul dont les regrets paraissent sincères selon les psys, ainsi qu'une peine de 30 ans contre Loïck Masson (23) qui était arrivé en cours de soirée et qui avait participé, lui aussi, aux coups et aux humiliations. Killian Wilmet (18) est un cas à part : il était mineur au moment des faits et on ne peut prononcer une peine de plus de trente ans de réclusion. C'est cette peine qui a été sollicitée.

La peine de 29 ans permettrait à Dorian Daniels, le seul pour lequel il subsiste un bon espoir de réinsertion selon le ministère public, d'être libérable au tiers de la peine.

Nethys va vendre ses journaux français à Xavier Niel

Stéphane Moreau, patron de Nethys.
Stéphane Moreau, patron de Nethys. - Photo News

Cette fois, la mutation de la société liégeoise Nethys semble bel et bien enclenchée. Ce dimanche soir, l’homme d’affaires français Xavier Niel, fondateur de la société Free et copropriétaire du journal Le Monde, a annoncé par communiqué être entré dans des « négociations exclusives » avec Nethys pour prendre une participation majoritaire au sein de la société belge L’Avenir Developpement. Cette société est actuellement une filiale de Nethys. Elle détient 34 % des parts du journal Nice-Matin et 11 % du quotidien régional La Provence, dont l’actionnaire majoritaire est Bernard Tapie.

Les hebdomadaires Moustique et Telepocket sont également logés dans L’Avenir Developpement, pour l’instant. Mais ils vont en sortir avant que l’opération ne se fasse, pour rester dans le giron de Nethys. Ces deux magazines ne sont donc pas concernés par l’offre de Xavier Niel.

Une seconde offre

La holding personnelle de l’homme d’affaires français (NJJ) prendra « une participation majoritaire au sein de la société Avenir Developpement détenue par Nethys », peut-on lire dans le communiqué. Et ce « dans des délais courts », si la négociation se termine bien.

A bonne source, on apprend que Nethys avait reçu une autre offre, de la part du franco-libanais Iskandar Safa, propriétaire de Valeurs actuelles. Mais cette offre ne portait que sur Nice-Matin (pas sur La Provence). Et elle a été jugée insuffisante par Nethys. Arrive alors Xavier Niel, qui acceptait de faire offre commune, pour reprendre les deux organes de presse. Et c’est lui qui a obtenu les faveurs de Nethys.

L’opération se déroulera en deux étapes. Niel va d’abord faire son entrée au capital de L’Avenir Developpement, en tant qu’actionnaire majoritaire. Puis, dans un second temps, Nethys compte se désinvestir complètement de cette société, pour ne plus avoir le moindre lien avec les quotidiens français. Ceci lui permettra de respecter l’une des recommandations de la commission d’enquête Publifin (la maison-mère de Nethys), qui poussait l’intercommunale à renoncer à ses activités dans la presse française.

Si Xavier Niel a préféré monter dans le capital de L’Avenir Developpement, plutôt que de simplement racheter les parts, c’est pour pouvoir conserver le pacte d’actionnaires. Il y est prévu que cette filiale de Nethys puisse reprendre l’intégralité du capital de Nice-Matin, alors que les 66 % manquants appartiennent aujourd’hui aux 456 salariés actionnaires de la Société coopérative d’intérêt collectif. En montant à bord de L’Avenir Developpement, Xavier Niel rachète donc le droit de grimper, ultérieurement, à 100 % dans Nice-Matin.

Le montant de la transaction n’a pas été précisé.

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