Ryanair: consommer, c’est voter

© Reporters/DPA
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Sur le tarmac de l’aéroport de Charleroi, ce mercredi, des vacanciers se sont transformés en premiers soutiens des grévistes de Ryanair. Ces touristes étaient prêts à s’indigner, face caméra, en reprenant les revendications des stewards et hôtesses de la compagnie low-cost. Sur l’air : « Ryanair, c’est de l’esclavage ». Car les travailleurs doivent payer l’eau à bord. Car leurs heures de garde ne sont pas rémunérées. Car certains gagnent moins de 1.000 euros par mois.

Pourtant, quelques minutes plus tard, ces mêmes vacanciers s’envolaient à bord d’un des avions Ryanair disponibles. « Parce que c’est moins cher, vous comprenez. »

Tout le monde comprend. Car il nous arrive de faire pareil. D’un côté, dénoncer les piètres conditions de travail. De l’autre, les encourager en les finançant.

En achetant un billet Ryanair, par exemple.

Comportement paradoxal

Mais il n’y a pas que pour les vols low-cost que le comportement humain est paradoxal.

Un soir de flemme, après une rude journée, on se fait livrer un Quick par un cycliste de Deliveroo, alors que le Quick est à deux rues. Le lendemain, on hurle en apprenant à quel point les conditions de travail de ces livreurs sont précaires.

On achète une paire de Nike parce que la grosse virgule sur la chaussure a la cote (merci le matraquage publicitaire), puis on se révolte quand on apprend que la multinationale fait tout pour ne pas payer d’impôt à l’Etat belge (sans parler des petites mains qu’elle paye une misère au Bangladesh).

On trouve ça confortable de commander le dernier gadget en ligne sur Amazon pour s’épargner la galère des magasins. Mais on s’indigne après avoir vu/lu une enquête qui illustre que, dans les entrepôts, ces travailleurs de l’ombre sont traités comme des robots. En bossant de nuit, de surcroît !

Par égoïsme, par facilité, par mimétisme, par bêtise, on a tendance à l’oublier. Mais consommer, c’est un peu comme voter. C’est poser un acte citoyen lourd de conséquences. En achetant low-cost, en achetant en ligne… on participe à notre échelle à la précarisation de l’emploi, à la robotisation des employés, au développement du travail de nuit. Bref, à la dégradation des conditions de travail. « On assiste à une redérégulation du travail et du capitalisme (…). Tous les instruments de régulation et de protection sont en train d’être agressés de manière ultra-violente », diagnostiquait le sociologue Bruno Frère (ULiège) mardi dans nos colonnes. N’est-il pas là, le vrai coût du low-cost ?

Les habitudes du consommateur tirent aujourd’hui vers le bas les conditions du travailleur. Ce qui relève de la schizophrénie. Car ces deux individus ne sont en réalité qu’une seule et même personne : nous.

On alimente la spirale infernale qui pourrait nous détruire.

Dites, on en sort quand ?

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