«Mission : Impossible 6», le James Bond du pauvre

«Mission : Impossible 6», le James Bond du pauvre

Mission : Impossible, Fallout (La chute). En fait, tout est dit dans le titre.

Suite directe de Rogue Nation qui n’en annonçait pourtant pas, ce sixième épisode reprend – c’est une première dans la saga – la même équipe : même réalisateur, même scénariste, mêmes personnages.

Le pitch ? Un groupe terroriste s’apprête à faire exploser la planète pour mieux recommencer l’Histoire. Suite à l’échec d’une mission pourtant jugée impossible, Ethan Hunt/Tom Cruise se voit contraint de recroiser la route du terrifiant Solomon Lane qu’il avait pourtant mis sous les verrous deux ans auparavant.

Disons-le d’entrée : le scénario n’est pas le point fort du film… Lequel tente par tous les moyens de tenir sa place parmi la division 1 des blockbusters . C’est ainsi qu’on assiste, durant 2 h 30, à de spectaculaires visites touristiques de Paris et Londres.

Pour le reste, MI6 croule sous les innombrables rebondissements à la minute et les faux suspens qui durent des plombes.

Pour résumer : Ethan Hunt était déjà le James Bond du pauvre, à l’ère des superhéros, il ne fait tout simplement pas le poids.

Les 5 épisodes précédents

Didier Zacharie

Coup d’essai et coup de maître, le premier Mission : Impossible reste le plus réussi. Dans les mains expertes de Brian De Palma, la série d’espionnage devient un film noir (mais qui n’oublie pas d’être populaire) tourné dans une Europe pluvieuse et hantée. Succès critique autant que public (458 millions de dollars au box-office pour un budget de 80 millions), il appellera tout naturellement une suite.

Sous la houlette du réalisateur de Hong Kong John Woo, MI2 sera fun et fou, un film d’action pure qui deviendra aussi le plus gros succès de l’an 2000 (546 millions de dollars… C’était une autre époque).

Le troisième volet sera difficile à mettre sur pied, épuisant David Fincher et son successeur attitré Joe Carnahan. C’est finalement J.J. Abrams, créateur des séries « Alias » et « Lost » qui sortira le film du marasme en 2006, inaugurant par la même occasion son nouveau rôle de grand manitou de la culture pop hollywoodienne et devenant en prime le nouveau bras droit de Tom Cruise pour la production des futurs films. Episode charnière, MI3 présente le personnage de Benji et sort Ethan Hunt de la retraite. La saga devient alors plus sérieuse, plus technologique, et toujours plus spectaculaire. En deux mots attachés : pop-corn.

C’est cette mouvance que suivra MI – Ghost Protocol (2011) pour devenir le plus gros succès de la saga avec 694,5 millions de dollars récoltés au box-office. Réalisé par Brad Bird, il vaut surtout pour l’escalade du Burj Khalifa, la plus haute tour du monde située à Dubai. Plus que jamais, Ethan Hunt suit les traces de James Bond.

C’est également ce qu’on se dit avec MI – Rogue Nation (2015), réalisé par Christopher McQuarrie, nouvel homme de confiance de Tom Cruise avec qui il a tourné le pourtant pâlot Jack Reacher. McQuarrie ajoute au spectacle quelques doses d’humour loufoque qui, le plus souvent, tombent à plat.

C’est pourtant la même équipe qui reprend du service sur le nouveau MI – Fallout qui sort ce mercredi.

Le crépuscule d’une idole

Par Didier Zacharie

Si la saga n’a jamais atteint les chiffres des James Bond, elle a, jusqu’ici, tenu sa place, bon an mal an, parmi les gros films d’action d’été.
Si la saga n’a jamais atteint les chiffres des James Bond, elle a, jusqu’ici, tenu sa place, bon an mal an, parmi les gros films d’action d’été. - Chiabella James

Au commencement était James Bond. Le personnage de Ian Fleming avait été porté sur grand écran dès 1962 et le succès ne faisait que grandir. La chaîne CBS voulait elle aussi ses agents secrets, tandis que la série télé vivait son premier âge d’or. Il faut dire que l’époque était propice aux histoires d’espions. La Guerre froide occupait l’Amérique, mais les heures les plus sombres étaient passées. En 1966 naît donc la série « Mission : Impossible ».

« IMF » n’est alors pas l’acronyme du Fonds Monétaire International, mais de « Impossible Mission Force », un groupuscule ultra-secret de supers agents secrets. Contrairement à 007, ceux-ci travaillent en équipe et servent non pas Sa Majesté, mais les intérêts américains dans le monde – mais dans des pays fictifs. Et pour ce faire, tout est permis : déguisements, maquillages, mises en scène, manipulations et technologie dernier cri. Les missions ? Coups d’Etat, appui de contre-révolution, déstabilisation, complots… America first , en somme.

Le public américain raffole de cette série qui sera diffusée de 1966 à 1973, soit le plus long règne télévisé pour une série d’espionnage. Son succès sera également appuyé par la musique de son générique, reconnaissable entre tous. Vingt ans plus tard, la plupart des acteurs reprennent leur rôle le temps de 35 épisodes diffusés entre 1988 et 1990. Et puis, c’est le grand saut au cinéma.

Tom Cruise sur mesure

Cette décision d’adapter Mission : Impossible est l’œuvre de Tom Cruise et de son agent de l’époque, Paula Wagner. Au sommet de la colline hollywoodienne depuis quinze ans, la star cherche un vaisseau prêt à le porter pour une nouvelle décennie, voire plus encore. Tom Cruise veut son blockbuster à lui, sa saga personnelle. Il crée donc le personnage d’Ethan Hunt, conçu sur mesure pour lui-même, et développe l’idée d’un premier film.

En tant que producteur, il a le dernier mot sur tout. Il offre la réalisation à Brian De Palma. Ce dernier, ancien enfant terrible du nouvel Hollywood et réalisateur de Scarface , a depuis longtemps l’envie de faire un film d’espionnage qui se déroulerait en Europe. Ce sera donc Mission : Impossible, dont la trame et l’esprit évolueront quelque peu par rapport à la série. Si l’IMF est toujours une équipe, Ethen Hunt est son leader incontesté tandis que le personnage historique de Jim Phelps devient un traître. Désormais, seul Tom Cruise incarnera Mission : Impossible.

L’affaire dure maintenant depuis plus de vingt ans. Et si la saga n’a jamais atteint les chiffres des James Bond ou marqué son époque comme Jason Bourne, elle a, jusqu’ici, tenu sa place, bon an mal an, parmi les gros films d’action d’été, prenant le train de la technologie (la 3D, l’Imax) et du toujours plus spectaculaire.

Mais pour combien de temps ? Car aujourd’hui, le monde des blockbusters est dirigé d’une main de fer par la Marvel et les superhéros. Le concept même de saga est dépassé, place à l’univers interconnecté. Et devant cette nouvelle réalité hollywoodienne, Ethan Hunt/Tom Cruise, du haut de ses 56 ans et bien qu’il fasse tout pour n’en paraître que la moitié, à beau courir et sauter plus vite et plus haut que les autres, il paraît bien esseulé.

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