Nos chiens nous aiment-ils vraiment?

Nos chiens nous aiment-ils vraiment?

Un comité éthique pour chaque parc zoologique : c’est la disposition phare du dernier arrêté adopté par le gouvernement wallon en matière de bien-être animal. Les nouvelles mesures prises la semaine passée imposent de « fixer des conditions d’agrément et d’exploitation plus ambitieuses, ainsi qu’une prise en compte optimale du bien-être animal dans le fonctionnement des établissements zoologiques ». Parmi elles, un « plan d’enrichissement » dont le but est de « renforcer les interactions entre l’animal et son environnement afin d’assurer son équilibre et d’éviter les risques de problèmes comportementaux ».

Les animaux éprouvent-ils des émotions au point que de pareilles dispositions s’imposent, ou faisons-nous preuve d’un anthropomorphisme excessif ?

« Aujourd’hui, on ne peut plus nier que les animaux ont des émotions, affirme le professeur Véronique Servais, éthologue spécialiste de l’interaction homme-animal à l’ULiège. Nous sommes même en mesure d’affirmer qu’ils ressentent des émotions variées et pas aussi simples que ce que l’on croyait. » La preuve : l’existence du système limbique. Cette partie du cerveau qui régit la vie émotionnelle est commune aux mammifères. Elle se retrouve notamment chez le chien, sujet-star des recherches en matière d’émotion animale.

En 2016, des chercheurs de l’Université Azabu au Japon ont étudié le taux d’ocytocine chez des canidés mis en présence de leur maître. L’ocytocine, surnommée hormone de la confiance et de l’attachement, est un neurotransmetteur qui agit sur le système limbique. Elle y favorise le sentiment de satisfaction, tout en réduisant l’anxiété et le stress. « En demandant à des maîtres et leur chien de jouer, les chercheurs japonais ont observé la quantité de regards échangés en rapport avec le taux d’ocytocine produit, explique le professeur Servais. Ceux qui communiquaient davantage produisaient encore plus d’ocytocine, preuve du lien développé. »

Un mécanisme qui n’est pas l’apanage du chien : les chats aussi développent cette hormone en présence de personnes familières – de manière certes moins importante que les canidés. « Le chat est un solitaire, il n’exprimera pas son affection de la même manière qu’un chien, relève le professeur Servais. Mais même le cheval, animal si difficile à apprivoiser, en exprime. Les oiseaux aussi : les rapaces sont capables d’intenses attachements. »

Les sciences affectives sont un domaine d’études récent. Rien que pour les êtres humains, il ne s’est développé que depuis le début du siècle. « Nous sommes le résultat d’une histoire qui, depuis le XVIIe, nous a asséné que nous ne devions pas projeter nos émotions sur les animaux, explique Lucienne Strivay, professeure honoraire en anthropologie de la nature à l’UCL et l’ULiège. La rupture entre l’homme et l’animal est au cœur de la philosophie occidentale, c’est notre manière de nous considérer “homme”. Bien que de nombreuses autres cultures n’aient pas le même rapport d’opposition à l’animal, l’anthropomorphisme a longtemps été tabou dans ce domaine de recherche ».

Pourtant, comment qualifier une émotion si ce n’est en faisant preuve d’une empathie qui est la nôtre, humaine donc ? « Les êtres sociaux ont la capacité de se faire comprendre entre congénères, poursuit le professeur Strivay. Ils sont aussi capables de communiquer avec un autre être vivant. Or, l’émotion est le résultat d’un échange, d’une communication. Les animaux ont une subjectivité et une vie mentale, mais il ne faut pas leur imposer la nôtre : ils ont bien assez avec la leur ».

Parler d’amour

M. Th.

Alors, entre un chien et son maître, c’est de l’amour ? « C’est un grand mot !, sourit le professeur Servais. Je pense que oui, on peut le dire : c’est de l’amour. Mais de l’amour canin, pas de l’amour humain. Lequel se traduit par une relation exclusive dirigée particulièrement vers une personne. Personne envers laquelle l’animal va exprimer une série de comportements. La contagion émotionnelle entre un maître et son chien crée un lien très fort de dépendance réciproque. C’est pour cela que lorsqu’un maître disparaît, certains chiens se sentent perdus au point de se laisser dépérir… » Sans anthropomorphisme : « Cela en serait si j’affirmais que l’animal éprouve exactement ce que moi-même j’éprouve dans une circonstance identique. Apprendre à reconnaître la subjectivité animale est un processus qui débute seulement. »

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