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Sur Internet, les filtres parentaux sont inefficaces

Dans certains cas, le contenu est bloqué inutilement, «
restreignant l'accès aux informations sanitaires, culturelles et sociales nécessaires
» à l’éducation de l’enfant.
Dans certains cas, le contenu est bloqué inutilement, « restreignant l'accès aux informations sanitaires, culturelles et sociales nécessaires » à l’éducation de l’enfant. - Reporters

L’été, les ados filent chez un copain du quartier, au camp scout ou profitent des vacances pour enchaîner des heures de surf sur Internet. Encore davantage que pendant le reste de l’année, il est plus compliqué pour les parents d’avoir un œil sur les images que l’enfant est amené à voir, volontairement ou non. Une étude interpelle sur l’inefficacité des filtres parentaux sur Internet.

Réalisée par le Oxford Internet Institute, l’étude a été menée auprès de 15.000 adolescents européens entre 12 et 15 ans et leurs parents. Les chercheurs indiquent que la probabilité d’être confronté à une mauvaise expérience en ligne à cet âge-là tourne autour de 15%. Alors que seulement un tiers des parents expliquent recourir à des filtres, la présence d’un contrôle n’influence pas la probabilité que l’enfant soit soumis à des contenus choquants. L’étude fait aussi remarquer que de nombreux contenus passent entre les mailles du filet, car il y a toujours de «nouvelles façons de partager». Pour rappel, les logiciels de filtrage sur Internet peuvent fonctionner de différentes manières: interdire l’accès aux sites dont l’adresse est répertoriée sur une liste noire ou bloquer les contenus comportant des mots-clés indésirables. Généralement paramétrés par les parents sur l’ordinateur, des filtres sont désormais disponibles sur les télévisions numériques, les tablettes et les consoles de jeux.

Des filtres imparfaits

La protection des mineurs dans les médias repose à la fois sur des obligations et des responsabilités. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’assure que ces obligations soient respectées par les éditeurs. Dans son dernier rapport à ce sujet, il rendait un bulletin globalement positif sur le travail fourni par les médias belges francophones. «Pour les plateformes en ligne, nous ne sommes pas compétents. Pour Auvio, si, parce que cela dépend du média RTBF, explique Geneviève Thiry du CSA. Pour 2015, nous avions signalé qu’il n’y avait pas de système de contrôle parental sur Auvio. C’est quand même très important. Après cela, il fallait leur laisser le temps de réfléchir à la mise en place d’un système».

Les chercheurs confirment le coût et les difficultés techniques que nécessite la mise en place d’un système de protection efficace sur Internet. Ils estiment que pour protéger un seul adolescent de contenus sexuellement explicites, c'est entre 17 et 87 foyers qu'il faudrait rendre parfaitement hermétiques au porno. L’étude résume d’ailleurs très bien en quoi les filtres parentaux sont imparfaits. Comme dit plus haut, ils sont onéreux à développer et à entretenir. Ensuite, ils présentent un problème de sous-blocage, «un phénomène dans lequel de nouveaux sites, contenus et applications problématiques peuvent passer à travers». Enfin, dans l’autre sens, ils présentent un problème de sur-blocage. Dans certains cas, le contenu est bloqué inutilement, «restreignant l'accès aux informations sanitaires, culturelles et sociales nécessaires» à l’éducation de l’enfant.

Des filtres dangereux

Ce dernier point, rarement développé, est aussi interpellant qu’intéressant. A force de filtres sur les différents supports, les enfants pourraient se soumettre eux-mêmes à la censure et se priver d’informations légitimes sur la sexualité ou les risques de la drogue, par exemple. C’est à ce moment-là que l’enfant doit pouvoir se tourner vers ses parents. L’éducation ne doit pas passer que par Google. Il est également possible de limiter les filtres ou les personnaliser. «Le mieux c’est le dialogue avec les parents. Si à force de filtres et d’interdiction, l’enfant ne trouve plus réponse à des questions sur la sexualité ou la drogue, c’est à ses parents qu’il doit s’adresser. Il y a aussi la possibilité de désactiver en partie le filtre s’il y a une perspective positive à l’utilisation des médias», estime Geneviève Thiry.

L’étendue du champ d’action

Comme le rappelle le CSA, la nouvelle directive européenne de l’audiovisuelle est sur le point de naître, et avec elle une obligation de régulation étendue aux plateformes comme YouTube. «On pourra s’assurer de la protection des médias en dehors de la télévision», confirme Geneviève Thiry. Plus de terrain, plus de sécurité? Child Focus souligne l’impossibilité de tout contrôler. Aucun filtre ne pourra gérer, bloquer ou limiter les résultats des interactions entre internautes dans des conversations sur Messenger ou les applications de rencontres. «Aucun filtre ne pourra non plus influencer les échanges, violents ou non, entre des joueurs de jeux vidéo», indique Child Focus. La sphère médiatique évolue tellement vite qu’elle nécessite un travail permanent. «Il y a un gros travail d’information à fournir. Il faut aider le public à savoir qu’il existe des filtres parentaux via le décodeur par exemple et savoir comment les utiliser». Le verdict est sans appel: les filtres ne sont pas des obstacles infranchissables. «Dans ce registre la créativité des jeunes est sans limite», avertit Child Focus.

Les conseils des experts

On l’a souligné: les filtres parentaux ne suffisent plus pour protéger efficacement les mineurs des dangers d’Internet. Pour le CSA, les seuls vrais instruments sont l’éducation aux médias et la responsabilité partagée, entre les parents et l’espace médiatique. «Le risque zéro n’existe pas. A côté des obligations, il y a une responsabilité parentale. Les parents qui laissent accès libre à leurs enfants à des plateformes de VOD ou des sites de vente de films, ils leur donnent aussi les moyens de les acheter. Ils sont donc les responsables de ces achats», explique le CSA. Child Focus insiste aussi sur le rôle des parents. «La confiance, l’éducation et le dialogue entre enfants et parents sont essentiels pour promouvoir un usage responsable d’Internet». Primordial aussi: la transparence. «Si vous installez un filtre, dites-le à vos enfants et expliquez pourquoi. L’installation du filtre ne doit pas être vécue comme une punition», estime Child Focus.

Les instruments de filtrage

Le CSA profite de la publication de son dernier rapport pour rappeler les instruments disponibles sur la télévision pour protéger les mineurs de contenus érotiques ou violents. Et non, il n’y a pas que la signalétique. Il est aussi possible de restreindre l’accès à certaines chaînes ou certains horaires afin de créer une «zone de confiance» pendant laquelle le mineur est moins exposé. Mais aussi de «restreindre certains types de contenus à des horaires auxquels les mineurs ne regardent pas la télévision», autrement dit de verrouiller des programmes. «Chez certains opérateurs, on devrait voir apparaître le paramétrage du contrôle parental dans les paramètres du démarrage du décodeur», informe le CSA. De quoi aider certains parents dans l’ignorance.

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