«Nous devons assumer les responsabilités de notre secteur», un collectif de chorégraphes réagit à l’affaire Jan Fabre

«
Gone in a heartbeat
», spectacle de Louise Vanneste.
« Gone in a heartbeat », spectacle de Louise Vanneste. - D.R.

La semaine dernière, une lettre ouverte était publiée par rekto : verso. Vingt (anciens) employés de Jan Fabre y évoquaient des comportements abusifs, dont ils ont été victimes ou témoins, au sein de la compagnie Troubleyn.

Cette lettre paraît pratiquement un an après l’article #Wetoo : What Dancers Talk About When They Talk About Sexism, dans lequel des danseurs décrivaient des abus de pouvoir routiniers, souvent rendus possibles par des éléments structurels du secteur des arts de la scène.

La lettre ouverte se termine par cet appel aux armes : « Nous demandons à la communauté artistique de soutenir et de s’engager dans cette discussion. Nous demandons au conseil d’administration de Troubleyn de prendre ses responsabilités. Nous demandons également au gouvernement et à ses institutions de réfléchir au rôle qu’ils ont à jouer pour amener les individus et les organisations à rendre des comptes. »

Courage et lucidité

Nous – chorégraphes travaillant dans la communauté artistique belge – prenons cette invitation très à cœur et offrons pleinement notre soutien et notre solidarité à tous les performeurs et employés qui ont témoigné.

Afin de résoudre les problèmes qui existent dans notre secteur, nous devons d’abord les nommer et les reconnaître avec courage et lucidité. Tout en tenant compte de la diversité de nos pratiques chorégraphiques, nous voulons affirmer d’une seule voix que le respect et le bien-être de tous nos collaborateurs est un objectif que nous devons nous efforcer d’atteindre à chaque étape du processus de production.

Il est avéré que le sexisme, le harcèlement sexuel et les abus de pouvoir existent dans toutes les parties de la société, et malheureusement aussi dans notre domaine.

Dans ce secteur comme ailleurs, ils peuvent affecter les individus concernés, quel que soit le genre auquel ils s’identifient et quel que soit le rôle qu’ils occupent – artistique, administratif ou institutionnel.

Bien-être au travail

Nous devons reconnaître que toute position de leadership dans un processus créatif comporte au minimum la potentialité d’un abus de pouvoir. Nous voulons nous distancer vigoureusement de toute forme d’abus de cette sorte et lutter toujours pour des conditions de travail dans lesquelles le bien-être de chaque collaborateur est de la plus haute importance. Il ne s’agit pas de limiter la liberté artistique ; il s’agit de créer un espace dans lequel tous sont libres de créer sans peur, douleur ou humiliation.

Nombreux sont ceux qui, dans ce secteur, ont fait des efforts considérables pour travailler de façon éthiquement acceptable. Il y a des modèles de bonne pratique dans ce champ sur lesquels nous pouvons nous fonder. Nous devons accentuer et encourager les bonnes pratiques tout en admettant ouvertement nos erreurs.

Cependant, nous devons reconnaître que nous avons fait partie d’un système dont certaines sections ont toléré silencieusement, et même rendu possible, des comportements répréhensibles. Nous présentons nos excuses pour chaque occasion où notre solidarité a fait défaut. Nous ne détournerons plus la tête.

Des critères éthiques dans le choix des soutiens aux artistes

Ces derniers jours, nous avons assisté à un déferlement d’opinions. Lars Kwakkenbos a appelé le champ artistique à reconnaître et à combattre les abus et le harcèlement, peu importe les risques de conséquences potentielles. Ignaas Devisch souligne que l’art qui défie les frontières devrait être possible sans résulter d’un environnement de travail violent. Petra Van Brabandt et Bieke Purnelle ont écrit sur la façon dont les questions d’égalité de genre, de diversité, de durabilité environnementale et de pratiques éthiques peuvent entrer en compte dans les procédés d’évaluation et de financement d’un travail potentiel, comme c’est le cas dans d’autres pays. Au cours de l’année dernière, le mouvement Engagement Arts a largement contribué à attirer l’attention sur ces problèmes et à soutenir la solidarité parmi les danseurs du secteur.

Nous faisons écho à toutes ces voix. Ceci est le début d’un débat dans lequel nous devons tous, à présent, nous engager pleinement.

Nous devons assumer les responsabilités de notre secteur – et toutes ses erreurs – sans crainte des conséquences potentielles.

Nous sommes ouverts à l’idée que les décisions relatives au soutien que les artistes reçoivent devraient prendre en compte les considérations de pratique éthique et nous sommes ouverts à ce que ce sujet soit un point d’intérêt pour les commissions consultatives.

Nous voulons collaborer avec le gouvernement et oKo afin de trouver des outils permettant de développer et de « mesurer » les bonnes pratiques – sans en arriver à devoir « cocher des cases », mais en faisant une tentative moralement sérieuse d’agir à partir d’une conception transparente de l’éthique professionnelle, du respect et de l’intégrité, ainsi que de soutenir et de nous inspirer des modèles de bonne pratique.

Nous devons soutenir, protéger et encourager ceux qui ont le courage de témoigner de leur expérience. Toujours et sans exception. Même quand cela signifie faire face à des vérités difficiles à entendre et réparer nos propres déficiences. Il est essentiel que cette prise de conscience soit suivie d’actes. Nous sommes prêts à discuter des formes que cette action peut prendre mais nous proposons une série de réunions visant à créer un ensemble de principes clairs pour guider les bonnes pratiques – et de conclure dans les six prochains mois au plus tard.

Appel aux autres secteurs

Nous nous engageons à un effort collectif pour atteindre un environnement de travail sain dans le champ des arts de la scène. Nous en appelons aux institutions artistiques, qui travaillent souvent dans une situation moins précaire que les artistes indépendants, afin qu’ils nous soutiennent dans ces engagements. Et nous en appelons aux autres secteurs de travail, en Belgique et au-delà, afin qu’ils prennent de même leurs responsabilités.

Nous reconnaissons et nous nous attaquons collectivement aux problèmes urgents que le mouvement international #metoo a mis en lumière. Ensemble nous pouvons en finir avec la culture du silence.

Nous pouvons uniquement prendre soin de notre scène artistique lorsque nous prenons soin de toutes les personnes impliquées dans la création de l’art.

« Ensemble, nous ne soutiendrons plus une culture de l’hypocrisie et du déni au nom de l’art. Ensemble, nous travaillerons à une conception plus inclusive de la liberté artistique. »

* Adaline Anobile, Adva Zakai, Albert Quesada, Alexander Vantournhout, Alma Söderberg, Andros Zins-Browne, Angela Rabaglio, Anneleen Keppens, Anne-Lise Brevers, Arkadi Zaides, Ayelen Parolin, Bára Sigfúsdóttir, Benjamin Vandewalle, Billie Hanne, Bryana Fritz, Charlotte Vanden Eynde, Chloé Geers, Claire Croizé, Daniel Linehan, David Weber-Krebs, Dolores Hulan, Elisabeth Borgermans, Esse Vanderbruggen, Etienne Guilloteau, Femke Gyselinck, Florencia Demestri, Franck Chartier, Gabriela Carrizo, Gabriel Schenker, Gala Moody, Grace Ellen Barkey, Heike Langsdorf, Heine Avdal, Igor Shysko, Inga Huld Hákonardóttir, Ingrid Berger Myhre, Iris Bouche, Jan Lauwers, Jan Martens, Jason Respillieux, Joke Laureyns, Jorge Guevara, Juliane von Crailsheim, Karine Ponties, Karin Verbruggen, Katrijn De Cooman, Kinga Jaczewska, Koen Augustijnen, Koen De Preter, Kwint Manshoven, Lara Barsacq, Lien Meer, Lisa Vereertbrugghen, Lise Vachon, Lisi Estaras, Liz Kinoshita, Louise Baduel, Louis Vanhaverbeke, Louise Vanneste, Maarten Seghers, Marc Vanrunxt, Marcus Baldemar, Marielle Morales, Maya Oliva, Mercedes Dassy, Meri Pajunpää, Mette Edvardsen, Mette Ingvartsen, Meytal Blanaru, Micaël Florentz, Michiel Vandevelde, Mirte Bogaert, Moya Michael, Nelle Hens, Ondine Cloez, Olympe Tits, Peter Savel, Pieter Ampe, Radouan Mriziga, Regina Janzen, Rósa Ómarsdóttir, Sabine Molenaar, Salva Sanchis, Samuel Lefeuvre, Sara Sampelayo, Seppe Baeyens, Sidi Larbi Cherkaoui, Sidney Leoni, Siet Raeymaekers, Simona Soledad, Stav Yeini, Steven Michel, Thomas Hauert, Tuur Marinus, Ula Sickle, Vera Tussing, Victor Pérez Armaro, Wim Vandekeybus, Yukiko Shinozaki et Zoltan Vakulya

Les chorégraphes qui souhaitent joindre leur signature à la nôtre peuvent écrire à a.choreographers.statement@gmail.com

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