Pénurie d’électricité: ça risque d’être juste en novembre

En novembre, la Belgique devra se contenter d’un seul réacteur.
En novembre, la Belgique devra se contenter d’un seul réacteur. - Bruno Dalimonte.

La situation est totalement inédite. D’après la porte-parole d’Electrabel, jamais six réacteurs nucléaires n’ont été à l’arrêt simultanément dans ce pays. Or, grande première : ce sera le cas en novembre. Prévoyez les pop-corn.

A l’heure actuelle, il n’y en a déjà plus que deux qui carburent : Doel 3 et Tihange 1. Mais du 20 octobre au 29 novembre, Tihange 1 sera à l’arrêt. Le temps de recharger le réacteur en combustible. Durant ce laps de temps, aucun autre réacteur ne reviendra sur le marché. Car ils sont tous empêtrés dans des problèmes de sûreté (fuite, vice de construction, béton qui s’effrite). Et alors qu’Electrabel tablait, jeudi encore, sur le retour imminent de Tihange 2 et Tihange 3, l’énergéticien a annoncé vendredi que les arrêts dureraient bien plus longtemps que prévu (respectivement jusqu’au 31 mai et 1er  mars). Alors, se pose évidemment la question du risque de pénurie d’électricité (improprement appelé black-out). Ne risque-t-on pas d’être très juste en novembre ? Trop juste ?

1 Silence radio. On aura aimé vous proposer une réponse officielle. Ou des chiffres officiels sur les capacités disponibles au mois de novembre. Mais Elia, le gestionnaire de réseau en charge de l’équilibre, est aux abonnés absents. Il faut se contenter d’une brève réaction à l’agence Belga. « Nous ne pouvons pas encore estimer le problème et sommes encore en train de procéder à des analyses ».

« C’est la panique », nous glisse-t-on carrément. Et au cabinet de la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem, on ne dispose d’aucun chiffre non plus… La libérale assure simplement « suivre la situation de très près ». Nous voilà bien avancés !

2 Les besoins. On a toutefois tenté de dresser un tableau de la situation. Focalisons-nous sur novembre puisque, jusqu’à nouvel ordre, c’est le seul mois où il faudra se contenter d’un seul réacteur. En analysant tout d’abord la demande en électricité, sur le réseau d’Elia. Pour les mois de novembre des cinq dernières années, le pic le plus important date du 26 novembre 2013, à 18 heures. La demande était alors de 12.508,4 MW. Autrement dit, voilà de quoi on pourrait avoir besoin, dans un scénario « normal ». Notez que, si la météo est glaciale, la demande pourrait être plus importante. Ce qui ne ferait qu’accentuer les problèmes.

3 Les moyens de production. L’équation à résoudre est assez simple : il faut que la production d’électricité puisse correspondre à la demande maximale. Pour être certain d’éviter toute pénurie. Reste donc à chiffrer les outils de production disponibles. Nous nous sommes basés sur un rapport de décembre 2017 de la DG Energie (l’administration). En réduisant, évidemment, la capacité nucléaire disponible. Et en ajoutant, à l’inverse, les capacités qui ont annoncé leur retour sur le marché depuis lors. A savoir la centrale au gaz de Seraing (470 MW) et celle de Drogenbos, dont la capacité augmentera de 230 MW en septembre.

Verdict ? En tenant compte d’une disponibilité totale de toutes les centrales connectées au réseau Elia, des sites de pompage/turbinage et d’une disponibilité partielle de l’éolien et de l’hydraulique (vu leur intermittence), on obtient une capacité de production belge de 9.269,4 MW. Un chiffre qui cumule les hypothèses les plus optimistes. Car en cas de pépin d’une centrale au gaz, ou d’absence de vent, la capacité sera encore inférieure.

Une petite lueur d’espoir : la centrale au gaz de Vilvorde (265 MW), aujourd’hui à l’arrêt faute de rentabilité, pourrait revenir sur le marché vu les conditions chaotiques (et les prix très élevés qui vont avec). « La situation n’est pas encore claire. Nous sommes en contact avec eux, mais certaines contraintes juridiques pourraient les empêcher d’être disponibles en novembre », entend-on au cabinet Marghem. Où l’on compte bien faire en sorte de grappiller ces quelques MW supplémentaires.

4 On compte sur nos voisins. Faites le compte : lors du pic de consommation de novembre, il devrait manquer au minimum 3.239 MW. Au minimum. Et il n’y a qu’une solution pour aller les chercher : l’importation. Via la France ou les Pays-Bas. Cela sera-t-il possible ? C’est toute la question. Elia assure être en mesure d’importer 4.500 MW. Bref, si nos voisins sont là pour assurer nos arrières, ça passe. Mais l’administration est plus nuancée. « La disponibilité de l’énergie à l’étranger reste malheureusement incertaine ». La DG Energie retient d’habitude « une valeur représentative de 2.500 MW ». Ce qui serait trop peu. Tout dépendra, en fait, de la disponibilité du nucléaire français. Qui a, lui aussi, connu quelques mauvaises passes ces derniers temps… Une chose est acquise : la Belgique n’a plus son sort entre les mains.

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