L’autre leçon de la pénurie électrique

© Bruno Dalimonte - Le Soir
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La Belgique va devoir passer l’hiver sous la menace d’une pénurie d’électricité. Une conséquence de notre archi-dépendance aux réacteurs nucléaires. Une conséquence d’un sous-investissement historique, d’un manque de vision politique à long terme. Cela a été dit. Mais les auditions de ce mardi, au Parlement, ont mis en exergue un autre problème : l’Etat belge a délégué les clés de la sécurité d’approvisionnement à des acteurs privés. Qui refusent, aujourd’hui, d’endosser la moindre responsabilité.

On s’explique. Aujourd’hui, le gouvernement ne table que sur les chiffres du gestionnaire de réseau Elia pour mesurer le risque de pénurie. C’est Elia qui a conçu le modèle de calcul. C’est Elia qui est le seul à le comprendre. Tout le monde est donc suspendu aux lèvres du gestionnaire de réseau. Une société qui, rappelons-le, est cotée en Bourse. Une société à qui les actionnaires (dont les communes) réclament chaque année de juteux dividendes. Une société qui gagne sa vie en investissant dans les interconnexions. Dès lors, Elia ne peut être considérée comme un acteur neutre. Encore moins comme une société agissant dans l’intérêt général.

Or, il y a trois semaines, Elia nous assurait qu’on passerait l’hiver au clair. Pourquoi s’est-elle trompée à ce point ? Parce qu’Elia a fait confiance au calendrier de disponibilité des réacteurs nucléaires d’Electrabel. Tiens, Electrabel. Une société privée, détenue par la française cotée Engie. Qui n’est pas non plus un acteur neutre. Ni une société de service public.

Et que raconte Electrabel ? Qu’elle n’a pas la main sur le planning des indisponibilités. Car si cinq réacteurs sont à l’arrêt, c’est pour raison de sûreté. C’est donc au gendarme nucléaire (l’AFCN) de donner son feu vert au redémarrage. Et Electrabel ne peut pas lui forcer la main.

Et l’AFCN alors, pourquoi n’a-t-elle pas alerté plus tôt sur la gravité des problèmes de béton ? Ce qui risquait de provoquer une plus longue indisponibilité nucléaire ? Car ce n’est pas son rôle. Elle ne s’occupe que de la sûreté. Pas de la sécurité d’approvisionnement.

Bref, tout le monde se renvoie la balle. Avec des arguments audibles. Car on reproche à Elia un manque de prévoyance, à Electrabel des erreurs de planification. Comme si ces sociétés étaient garantes de la sécurité d’approvisionnement du pays.

Mais ce n’est pas le cas. Le problème, c’est qu’il manque un acteur au-dessus de la mêlée. Un acteur qui puisse valider le modèle de calcul d’Elia, qui puisse remettre en cause le planning d’Electrabel. Surtout, un acteur qui joue les arbitres, dans l’unique but de servir l’intérêt général. N’est-ce pas là le rôle de l’Etat ? De l’administration, en appui d’un cabinet ministériel ? Sauf que l’administration de l’Energie a disparu du paysage. Mardi, personne n’a même songé à l’auditionner. Il est là aussi, le problème.

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