#MeToo : un an de séisme à Hollywood

La vague du #metoo aurait dû naître il y a vingt ans : 1998, l’affaire Clinton – qu’étrangement, on appela « l’affaire Lewinsky ». Sans doute que le monde n’était pas prêt, que Bill avait une trop bonne tête. Harvey Weinstein n’a pas eu cette chance. Le 5 octobre 2017, quand Jodi Kantor et Megan Twohey, journalistes du New York Times publient leur première enquête sur le producteur hollywoodien, cofondateur de la société Miramax et de la Weinstein Company, le feu prend immédiatement. Dès la première étincelle.

La première étincelle s’appelle Ashley Judd. Il y a 20 ans, le magnat hollywoodien l’invite dans sa chambre d’hôtel à Beverly Hill, Los Angeles. Elle croit à un petit-déjeuner professionnel, il lui ouvre en robe de chambre, lui demande un massage et lui propose de le regarder se doucher. Ashley Judd a 30 ans. Elle a déjà joué dans Heat de Michael Mann et Le Droit de tuer ? de Joel Schumacher. Là, elle se demande juste « comment sortir d’ici au plus vite sans aliéner Harvey Weinstein ? »

Quatre ans plus tôt, même mode opératoire avec Gwyneth Paltrow. Elle a 22 ans, parvient à s’échapper et raconte tout à Brad Pitt, son boyfriend de l’époque. Celui-ci ira trouver le producteur, lui intimant de « ne plus jamais la toucher ». Rien ne s’ébruite. En 1998, sur le plateau du Late Show de David Letterman, la comédienne laissera entendre qu’« Harvey Weinstein est du genre à vous forcer à faire deux ou trois trucs »…

Chapitre 1, les révélations

L’omerta était totale. Même si, entre les lignes, la personnalité du prédateur sexuel était parfois évoquée dans des films, des séries, des émissions ou aux Oscars 2013, quand le comédien Seth McFarlane lance aux cinq actrices nommées pour le meilleur second rôle féminin : « Félicitations mesdames, vous n’aurez plus besoin de faire semblant d’être attirées par Harvey Weinstein ».

Malgré les sous-entendus, pour que le scandale éclate, il faudra attendre l’enquête du New York Times (couronnée du Prix Pulitzer) relatant trois décennies de harcèlement sexuel et d’arrangements financiers avec des actrices et des employées, et celle de Ronan Farrow, publiée peu après dans les colonnes du New Yorker. Le journaliste y rapporte les témoignages de treize des victimes présumées de Harvey Weinstein qui accusent le producteur de viol et/ou d’agression sexuelle, racontent le sentiment de culpabilité et les conséquences de l’agression sur leur vie quotidienne. Parmi elles, plusieurs acceptent de livrer leur identité : Asia Argento, Mira Sorvino, Emma de Caunes et Rosanna Arquette.

Chapitre 2, les réactions

Dans la foulée, près de 100 femmes, actrices pour la plupart, déclarent publiquement avoir été agressées par Harvey Weinstein, parmi lesquelles Cate Blanchett, Judith Godrèche, Léa Seydoux, Eva Green, Salma Hayek, Uma Thurman… La liste est longue. Asia Argento, comme Rose McGowan et une dizaine d’autres femmes, accuse le producteur de viol.

Dès octobre 2017, plusieurs enquêtes sont ouvertes à New York, Londres et Los Angeles, tandis que le procureur de New York décide de son côté de porter plainte contre l’entreprise du producteur pour ne pas avoir pu protéger ses employées. Immédiatement, Harvey Weinstein publie un communiqué dans le journal américain où il s’excuse pour son comportement déplacé, affirme qu’il a compris qu’il avait « causé de nombreuses souffrances » mais réfute toute accusation de relation non consentie. Il annonce aussi prendre un congé sabbatique et suivre une thérapie pour se soigner.

La contre-attaque s’organise. Entouré d’une armada d’avocats et de conseillers, le producteur tente de discréditer ses accusatrices une à une. En janvier dernier, des mails privés échangés entre Ben Affleck et Jill Messick, ex-manager de Rose McGowan, sont rendus publics pour mettre à mal la version de l’actrice. Jill Messick se suicidera le 7février.

Cet été, enfin, les avocats du producteur ont publié la correspondance qu’il entretenait avec sa principale accusatrice, dont l’identité n’est pas connue, pour prouver le consentement et demander l’annulation du procès. Détricoter ces témoignages n’est, aux yeux de Sandra Muller, la journaliste française à l’origine du hashtag #balancetonporc, qu’une opération de décrédibilisation : « Constituer des dossiers va être le nouveau jeu. Weinstein a lancé des enquêtes sur toutes les femmes qui l’accusent ».

Chapitre 3, les inculpations

Le 25 mai, Harvey Weinstein est finalement inculpé pour une agression en 2004 et un viol en 2013, puis à nouveau en juillet pour deux autres agressions. Il plaide non coupable aux trois inculpations, mais risque une peine de prison allant de dix ans à la perpétuité. Libéré début juin contre une caution de dix millions de dollars – dont un payé cash –, il doit porter un bracelet électronique et limiter ses déplacements aux seuls Etats du Connecticut et de New York.

Si un procès n’a toujours pas eu lieu, de nombreuses actions symboliques à l’encontre du producteur américain ont révélé l’ampleur du mouvement #metoo. Sa Légion d’honneur lui a notamment été retirée par Emmanuel Macron, son nom a été effacé des planches de Deauville et il a été exclu à vie du syndicat des producteurs d’Hollywood.

En 1998, en pleine affaire Lewinsky, le monde entier gloussait dès qu’on parlait du fameux étui à cigare ou de la robe bleue tachée de Monica. Propulsée malgré elle sous le feu des projecteurs, la jeune stagiaire de 25 ans, clamant avoir été victime d’un « abus de pouvoir », avait été la cible d’attaques sexistes et dégradantes, largement orchestrées par la Maison-Blanche. En 2014, elle confiait à Vanity Fair avoir été la première personne humiliée mondialement sur Internet.

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