Communales 2018: une victoire oui, et après?

A les entendre, ils ont tous gagné. La rengaine est agaçante car elle ne vaut vraiment à l’issue des élections communales que pour deux partis côté francophone : Ecolo et le PTB. Le tout n’est cependant pas de gagner, encore faut-il savoir que faire de cette victoire. Durant les dernières heures, c’est un procès en sorcellerie qui a été fait à ces deux partis, présentés pour le premier comme un caprice récurrent des électeurs et pour le second comme un repaire d’anarcho-communistes allergiques aux responsabilités.

Et donc ? Les deux partis disent vouloir faire de la politique autrement et amener d’autres priorités dans la gestion publique. Ils en ont la possibilité, surtout Ecolo qui exercera le pouvoir via neuf bourgmestres et la participation à des majorités de villes emblématiques dont Bruxelles. Les élections communales donnent de vraies clés d’influence. Depuis plusieurs années désormais, nombre d’économistes, d’urbanistes, de scientifiques ou de sociologues en conviennent : c’est à partir des villes et des communes qu’on peut faire changer le rapport à l’environnement, à la mobilité et à la citoyenneté, en imposant des choix drastiques sur la place de la voiture, l’interdépendance des moyens de transport, le rapport au vélo et aux piétons. Une enquête récente du Standaard montrait ainsi l’impact décisif sur la qualité de l’air, des mesures « pro-piétons » prises à Gand. En matière d’intégration également, de solidarité et de sécurité dans l’espace public, d’accès à la culture et de création de nouveaux leviers économiques, les bourgmestres ont énormément de possibles entre les mains. On a ainsi vu à Malines, ville multiculturelle, comment Bart Somers a réussi à développer un modèle de cohésion sociale plébiscité et dont certains, à Ninove par exemple, auraient eu intérêt à s’inspirer.

Et maintenant ?

Les Ecolos sont au pied du mur. Ils vont devoir former de nouveaux édiles communaux, développer des plans de transformation de nouvelles villes, mais ils peuvent désormais s’appuyer, au niveau communal, sur des expériences de pouvoir « en vrai », comme à Ottignies-Louvain-la-Neuve et Amay : les patrons verts y ont été reconduits à leurs postes. Mais c’est clair : à l’heure où les enjeux climatiques s’imposent à nous, les Ecolos doivent faire plus que gérer le local, ils doivent en faire un levier vers les autres niveaux de pouvoir.

Pour le PTB, l’équation est schizophrénique, mais elle l’est aussi pour le PS qui veut négocier avec eux à Molenbeek, Charleroi ou Liège. Participer au pouvoir peut légitimer les ultra-rouges et faire mal au PS, comme cela peut les banaliser et faire du tort à leur popularité. Refuser d’aller dans les majorités « offertes » peut les faire passer pour des vendeurs de boniments, ou tout autant comme des gens avec des convictions qui ne veulent pas faire n’importe quoi. Chacun doit aujourd’hui prendre son risque. Le plus insupportable pour l’électeur serait que ces négociations se perdent dans les calculs tactiques, tellement éloignés de ce que ces deux partis, vert et ultra-rouge, ont associé à leur identité.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
 

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1€ pour 1 mois
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct