Affaire Khashoggi : et si les Belges passaient aux actes en Arabie Saoudite

Affaire Khashoggi : et si les Belges passaient aux actes en Arabie Saoudite
EPA.

Faut-il geler les ventes d’armes à l’Arabie saoudite ? Oui. Faut-il arrêter de vendre des armes à l’Arabie saoudite ? Oui.

Ces deux réponses étaient déjà évidentes avant l’assassinat de Jamal Khashoggi, au vu notamment des exactions au Yémen. Mais aujourd’hui, le régime de Mohamed Ben Salmane montre au monde le peu de cas qu’il fait des droits de l’homme et de la vie des êtres humains et de ses citoyens. Ce pays non seulement assassine ses détracteurs – même s’ils ont la parole et l’écriture pour seules armes –, mais en violation des conventions internationales (dans un consulat) et en se moquant du monde. Le régime a ainsi nié l’évidence, pour ensuite, sous la pression croissante de l’extérieur, livrer les versions les plus ridicules pour expliquer l’inexplicable. Cette multiplication de mensonges publics vaut même pour son principal allié, les Etats-Unis, décidément très mal récompensé de sa conscience ultra « élastique ».

Et donc, à la lecture de ces éléments, l’évidence est pour la Belgique de stopper toute vente d’armes à l’Arabie saoudite.

Ce qui s’énonce aisément sur le plan éthique, se conçoit visiblement un peu moins bien par le prisme des intérêts économiques. On se rappellera qu’en juin 2017, mis en difficulté suite au vote (erroné) de la Belgique plaçant l’Arabie saoudite à la tête de la commission des droits de la femme des Nations unies, Didier Reynders avait renvoyé le problème aux régions, sommées de décréter un embargo sur les ventes d’armes à ce pays.

La patate chaude revenait notamment vers Paul Magnette, placé devant le dilemme « éthique-emplois (de la FN) » très compliqué pour un ministre-président socialiste. Mais force fut de constater, quelques mois plus tard, que ces décisions d’embargo étaient difficiles aussi pour Willy Borsus soudain au pouvoir en Wallonie, bottant en touche vers l’Europe pour éviter d’interdire des contrats d’exportation wallons.

Résultat : un an plus tard, les raisons de renoncer au marché saoudien n’ont fait que s’amplifier mais la petite Belgique est toujours l’un de ses fournisseurs.

Les Wallons ont raison : renoncer aux ventes d’armes ne sert à rien si les concurrents européens ne font pas de même. Mais nous ferons deux remarques :

1) La Belgique dans cette affaire fait preuve comme l’Europe d’une grande hypocrisie, tergiversant sur l’éthique pour éviter le conflit commercial avec l’un des plus riches acheteurs du monde.

2) Il en va du commerce des armes comme du nucléaire : en « sortir » demande de prendre d’abord une décision claire et ensuite les mesures qui en gèrent les conséquences sur une période de temps donnée.

Et donc aujourd’hui, si l’Arabie saoudite a les mains libres, c’est encore et toujours avec notre complicité.

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