Une planète vivante, fondement de notre prospérité

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Le 8 octobre dernier, le dernier rapport du GIEC faisait état de la dégradation du climat et des risques qui en découlent pour notre planète : montée du niveau des mers, catastrophes climatiques, pénurie d’eau douce, désertification, etc. En parallèle au changement climatique, la biodiversité disparaît à un rythme alarmant. La dernière édition du Rapport Planète Vivante constate la disparition de 60 % des populations de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, de poissons et d’amphibiens sur Terre. Et ce chiffre n’est qu’une moyenne. Les espèces d’eau douce par exemple, celles qui vivent dans les rivières, les lacs ou les zones humides ont perdu 83 % de leurs populations. Et en Amérique Centrale et du Sud, le déclin est vertigineux avec une chute de 89 % des populations… Et nous savons déjà que si la trajectoire se confirme, nous aurons globalement perdu les deux tiers de toutes les populations en 2020. Le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité sont les deux actes d’une tragédie qui se joue sous nos yeux.

Apparue tardivement dans l’histoire de la vie, notre espèce est devenue en 300.000 ans l’espèce ultra-dominante sur Terre, accroissant lentement mais sûrement la pression sur son environnement. Depuis la seconde guerre mondiale, cette pression s’est accrue de façon exponentielle : augmentation de la population, croissance économique, explosion de la consommation d’énergie, d’eau, d’engrais, de pesticides, développement exponentiel des transports, urbanisation massive, etc. Avec les conséquences que nous connaissons tous : surexploitation des ressources naturelles, destruction des habitats naturels, déstabilisation du climat, espèces invasives qui déséquilibrent les écosystèmes quand ce n’est pas la pollution. Aujourd’hui, les scientifiques considèrent que nous avons entamé une sixième extinction de masse. Jusqu’ici, rien de neuf, tout va bien…

En effet, tout en le regrettant, on est en droit de se demander ce que signifierait la disparition des tigres, des éléphants ou des rhinocéros pour notre espèce. La réalité ne saute pas nécessairement aux yeux. Mais le déclin de ces espèces est le symptôme d’un problème plus grave pour nous : la destruction des écosystèmes qui les hébergent. Or, ces derniers sont à la base de la vie sur Terre, ils nous fournissent au quotidien de nombreux services indispensables à notre survie comme l’eau, l’air et la nourriture. La Terre est un système vivant dont nous faisons partie, la préserver en bon état est une condition sine qua non à notre survie en tant qu’espèce. Car jusqu’à preuve du contraire, la Terre est la seule planète habitable qui nous soit accessible.

Malgré la réalité et la gravité des faits, nous pouvons regarder l’avenir avec une forme d’optimisme, à condition de réaliser que nous faisons partie du cycle de la vie et que protéger les écosystèmes, c’est préserver les services inestimables que la nature nous offre.

Des écosystèmes sains nous procurent un air pur, des systèmes de purification de l’air et un système de séquestration du carbone. A l’état naturel, les forêts fonctionnent comme de gigantesques aspirateurs à carbone, fixant et stockant le CO2 pour des milliers voire des millions d’années. A l’échelle mondiale, la destruction des forêts est responsable de 20 % des émissions de gaz à effet de serre, soit davantage que les émissions générées par l’ensemble du trafic routier. Et une fois détruites, les forêts ne peuvent plus jouer leur rôle de régulateur du climat, ni nous fournir l’oxygène dont nous avons tous besoin. Ainsi, un rapport récent démontre que la protection des forêts nous permettrait de réduire de 18 % les émissions de gaz à effet de serre…

Des écosystèmes sains nous fournissent une nourriture abondante, des services de pollinisation, une protection contre l’érosion des sols, etc. L’histoire de l’effondrement des stocks de morue au large de Terre-Neuve, au Canada, est un exemple remarquable du point de non-retour auquel une exploitation non durable des systèmes naturels peut mener. Commencée dès la fin du XVe siècle, la pêche à la morue a connu une croissance exponentielle entre les années 50 et 80, poussant l’espèce au bord de l’extinction. A tel point qu’en 1992, le Canada n’a eu d’autre choix que de déclarer un moratoire sur cette pêche. Depuis lors, la pêche n’a jamais vraiment repris, les populations de poissons ne se sont jamais reconstituées, la pêche a pratiquement disparu tout comme l’industrie et les 30.000 emplois qui en dépendaient…

Des écosystèmes sains nous fournissent de l’eau potable, des systèmes de purification d’eau et de lutte contre les inondations, etc. La gestion de l’approvisionnement en eau de la ville de New York nous offre à cet égard un bel exemple de l’interdépendance entre prospérité et protection des systèmes naturels. Pour sécuriser son approvisionnement en eau (6 milliards de litres par jour), la ville de New York se repose sur le bassin de Catskill-Delaware, une zone naturelle de 5.000 km² connue pour ses forêts, ses petites exploitations agricoles et ses cours d’eau étincelants. Confrontée à un problème de qualité de l’eau dans les années 90, la ville de New York a choisi d’investir dans la protection de cette zone de captage naturelle plutôt que dans une nouvelle infrastructure de traitement de l’eau. Non content de contribuer à la protection de zones naturelles, ce choix permet encore aujourd’hui à la ville de New York de fournir de l’eau potable à faible coût. En effet, le coût d’une usine de traitement supplémentaire était alors estimé à 10 milliards de dollars alors que le programme de protection de la zone de captage a coûté moins de 2 milliards de dollars…

Ces trois exemples nous rappellent à quel point notre prospérité dépend de la santé des systèmes naturels. Si pendant une large partie de notre histoire, notre développement s’est fait au détriment de la Nature, la prospérité des 10 milliards d’êtres humains que nous serons en 2050 nous impose de changer de paradigme. Car notre prospérité sera largement dépendante des services que pourra encore nous fournir la nature. Préserver la biodiversité et le climat, c’est maintenir notre planète dans un état viable. Ce principe devrait constituer le fondement de tout projet politique qui se projette au-delà d’un horizon de court terme.

Pour éviter un effondrement qui serait dramatique pour tous, il nous faut agir, maintenant. Nous connaissons tous les actions qui nous permettent de limiter notre impact sur l’environnement : réduire sa consommation de viande, consommer de façon plus durable et locale, réduire sa consommation d’énergie, etc. Mais ces gestes ne suffiront pas. Ce dont nous avons impérativement besoin aujourd’hui c’est d’une nouvelle ambition politique qui intègre la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité comme des éléments constitutifs de notre prospérité. Les citoyens et les entreprises doivent agir, mais leurs actions seront insuffisantes si une direction et un cadre clairs ne sont pas donnés par les gouvernements.

A l’approche des élections de mai 2019, le WWF invite les citoyens et les entreprises à envoyer un signal fort au monde politique pour changer de paradigme. Parce que dès le lendemain des élections, nous aurons perdu deux tiers des populations de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, de poissons et d’amphibiens sur Terre. Car aujourd’hui déjà, nous percevons les effets du changement climatique. C’est le moment pour nous tous, citoyens et entreprises, d’envoyer un signal fort à ceux qui seront appelés à nous gouverner : la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité doivent être à la base de tout programme politique.

Parce que sans planète vivante, il n’y aura pas de prospérité.

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