Décoloniser l’espace public pour lutter contre le racisme

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Mesdames, Messieurs,

Les événements racistes envers les Noirs sont de plus en plus visibles dans les médias. Cet été, nous avons par exemple tous suivi l’actualité du festival Pukkelpop, durant lequel des jeunes scouts scandaient un chant colonial : «  coupons des mains, le Congo est à nous  », face à deux jeunes filles afrodescendantes. D’autres événements racistes allant de l’insulte aux crimes de haines sont à relever : agression meurtrière de Raphaël Mensah qui décède après plusieurs semaines de coma, 11 mois de coma aussi pour le jeune Henock après une agression raciale, l’affaire Naithy-Nelson (adolescent Noir de 15 ans poignardé par un chauffeur de bus, une agression suivie du refus par la police de recevoir la plainte de la famille), les insultes racistes reçues par la présentatrice météo de la RTBF, le mépris racial de Miss Belgique, la « Sortie des nègres » (folklore du Hainaut), etc. Il convient de se demander comment les Belges, et en particulier les jeunes, entrent en contact avec des préceptes racistes forgés pendant la colonisation. En effet, au-delà des généalogies coloniales et de la transmission directe (familles, scoutisme, etc.), il faut aussi tenir compte des « mal-dits et des non-dits » de nos livres d’histoires ou encore de notre espace public.

Diverses formes de discrimination

Plusieurs organisations affirment que ces événements parfois spectaculaires et médiatiques ne doivent pas occulter que la plus grande part du racisme se concrétise en termes de discriminations au logement, dans les médias, dans l’enseignement ou encore sur le marché de l’emploi (Unia, Fondation Roi Baudouin, CCIB, MRAX, BEPAX, CSA : le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, etc.) Par exemple, une personne de peau noire a 4 fois moins de chances de trouver un emploi que la majorité de ses compatriotes belges (Demart et all. 2017 – FRB). Nous savons aujourd’hui que ce sont les stéréotypes hérités du passé qui donnent lieu à ces discriminations.

Lutter contre les symboles coloniaux

En effet, qu’est-ce qu’une plaque, un buste, un nom de rue ou une statue – créée dans le cadre de la propagande coloniale – apprend aux enfants belges aujourd’hui ? S’ils encensent la colonisation, désignant les uns comme de grands « civilisateurs » en corollaire, qu’apprennent les jeunes gens sur les Belgo-Congolais et les autres Afro-Belges ? Comment lutter contre le racisme si les éléments qui ont contribué à construire une image stéréotypée et dévalorisante des Congolais et des Africains en général trônent aujourd’hui, de la même façon qu’ils étaient présentés hier ? En tant que responsables politiques et associatifs, que mettons-nous en place pour que les éléments coloniaux et de propagande coloniale perdent toute actualité et passent dans les pages de l’Histoire et dans l’Education populaire et permanente ?

Replacer dans le contexte

Notre espace public n’est pas neutre, au contraire, il contribue au racisme et renforce les discriminations qui en découlent, notamment en glorifiant les figures coloniales. Parce qu’elles ne sont actuellement pas figées dans le passé mais qu’elles animent notre présent en occupant une place centrale dans une ville dynamique, les statues et autres monuments coloniaux ont un impact sur notre présent, les représentations que nous avons de l’Autre, l’interculturalité, la cohésion sociale et le vivre ensemble. Or, la décolonisation de l’espace public et des programmes scolaires constituent des étapes importantes dans le cadre de la lutte contre le racisme. Les élèves verront les Belgo-Africains d’un autre œil en apprenant que Pythagore, pilier de la civilisation européenne, a étudié en Afrique pendant 22 ans avant de léguer au monde son fameux théorème (Wane, 2012). Bref, retenons qu’en faisant le choix politique de ne pas contextualiser les monuments coloniaux avec des plaques explicatives, nous contribuons, peut-être à notre insu, à la continuation de la propagande coloniale, des valeurs racistes qu’elle promeut et par conséquent nous renforçons les théories racistes à la base des crimes de haine.

Collaborer pour permettre le meilleur vivre ensemble

Mais ne désespérons pas, il est encore temps de faire preuve d’initiatives dé-coloniales. Bamko-Cran ASBL et ses partenaires vous proposent un travail de fond qui aboutira à la contextualisation des monuments, nom de rues et autres éléments d’héritage colonial sur des plaques explicatives ainsi qu’à la conception et à la dispense d’un programme de modules scolaires pour lutter contre le racisme, en faveur du vivre ensemble et de l’interculturel. Je fais le pari de croire en votre engagement pour une société inclusive et interculturelle et vous prie d’agréer l’expression de mon désir d’une franche collaboration.

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