Armistice: cent ans après la Première Guerre mondiale, que reste-t-il du mouvement flamand?

Image des commémorations. ©Photo News
Image des commémorations. ©Photo News

La Première Guerre mondiale a permis au mouvement flamand de devenir un acteur politique majeur en Belgique. Fâché par le mauvais sort réservé aux soldats du nord du pays dans une armée aux mains des francophones, le « Frontbeweging » a organisé des manifestations monstres aux lendemains du conflit. En plus de réclamer la « flamandisation de la Belgique », le mouvement tenait un message pacifiste, jusqu’à sa scission à la fin des années nonante. Avec un slogan rentré dans l’Histoire : « Plus jamais de guerre. »

Cent ans plus tard, l’influence du mouvement flamand s’est réduite comme peau de chagrin. Alors qu’ils étaient des acteurs clés de la lutte contre la guerre du Vietnam dans les années soixante et l’installation d’armes nucléaires américaines en Belgique durant les années quatre-vingt, les nationalistes pacifistes ont aujourd’hui disparu de la carte politique.

Une conséquence de l’éclatement de la Volksunie (héritière du Frontpartij et ancêtre de la N-VA). « Il reste quelques « anti-guerre » chez Groen et au SP.A mais il n’y a plus beaucoup d’élus de ces partis qui sont encore liés au mouvement flamand, explique Bart Maddens, politologue à la KUL et proche du mouvement flamand. On parlait aussi beaucoup de pacifisme lors du pèlerinage de l’Yser (« IJzerbedevaart » en néerlandais) qui rassemblait une grande foule chaque année mais cet événement est devenu marginal aujourd’hui.  »

Retour en grâce de l’armée

Reste le pendant plus « radical ». Ceux qui rêvent encore d’indépendance. On pense naturellement à la N-VA même si, depuis sa montée au pouvoir au niveau fédéral, certaines de ses positions se retrouvent à l’extrême opposé de la conception des nationalistes de l’après-guerre. « La N-VA s’est révélée être le grand défenseur de l’armée belge dans ce gouvernement, relève Bart Maddens. Elle s’est montrée enthousiaste par rapport au remplacement des F-16 par des F-35 et a reçu très peu de critiques de la part de sa base sur ce sujet. Dans les années quatre-vingt, cela aurait été impensable à la Volksunie. »

Son collègue Dave Sinardet, politologue à la VUB, confirme ce changement idéologique : « Pendant des décennies, on a fait des économies sur l’armée et la défense. C’est là qu’on allait chercher l’argent pour combler les trous du budget. Sous cette législature, c’est un ministre de la défense N-VA qui a renforcé les moyens de l’armée. » Il pointe aussi le fait que le ministre de la Justice, Jan Jambon, a renfloué les caisses de la Sûreté de l’Etat « alors qu’elle a probablement un dossier à son nom, vu qu’il a été impliqué dans des mouvements nationalistes radicaux. »

Encore un exemple, plus anecdotique mais très symbolique, le porte-parole du parti Joachim Polman a fièrement expliqué qu’il avait suivi une formation l’été dernier dans le but de devenir réserviste à l’armée. « Cela montre encore que pour la N-VA, l’armée est importante, dit Bart Maddens. On est passé du pacifisme à la résistance ferme face à de nouveaux ennemis. »

L’envahisseur a changé de visage

Les nationalistes ne combattent plus le « bourgeois francophone arrogant » mais plutôt l’envahisseur venu de l’étranger et l’Islam. Fini aussi de justifier les envies d’indépendance avec des grands mythes comme « le Flamand qui mourrait dans les tranchées car il n’avait pas compris les ordres du général francophone ». Le romantisme a été délaissé vers des arguments plus rationnels basés sur la différence entre la gauche et la droite.

Il reste cependant chez certains, même au sein de la jeune génération, une part de revanchisme historique. Les membres de « Schild & Vrienden », dont certains étaient présents sur les listes de la N-VA aux dernières élections communales, aimaient faire référence à la bataille des Éperons d’or en 1302. Dave Sinardet considère toutefois que ces groupuscules très à droite sont marginaux. « La N-VA ne parle plus de nation, d’identité ou de culture flamande. Ils se concentrent sur l’immigration, le respect de la loi et de l’ordre. »

Les nationalistes n’ont cependant pas totalement laissé tomber le concept de « zelfbestuur » (se gouverner soi-même). « L’intégration de la N-VA au sein du gouvernement belge en 2014 démontre une certaine réconciliation avec l’idée d’un Etat belge, analyse Dave Sinardet. On rompt avec le sentiment anti-belge et le nationalisme d’Etat. Mais cela peut relever d’une stratégie temporaire. La N-VA revient à une doctrine ancienne qui pense qu’il faut utiliser la force numéraire des Flamands pour prendre le contrôle de l’Etat belge. »

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