Thierry Bodson (FGTB): «Les gilets jaunes apportent souvent des réponses incorrectes»

Thierry Bodson (FGTB): «Les gilets jaunes apportent souvent des réponses incorrectes»

Par rapport à la revendication des gilets jaunes sur le gasoil, les syndicats ont du mal à convaincre de la justesse d’une position plus large, selon Thierry Bodson.

Le mouvement des gilets jaunes s’est étendu à la Belgique. Comment l’analysez-vous ?

Les gilets jaunes posent en partie les bonnes questions mais ils apportent souvent des réponses incorrectes et tout à fait partielles. Si l’on prend le problème du gasoil routier, évidemment que beaucoup de gens trouvent que c’est difficile voire quasi impossible de faire le plein aujourd’hui. Mais le fond du fond n’est pas le prix du gasoil, c’est un pouvoir d’achat qui a réellement diminué. Pour répondre à cela, il faut inverser cette diminution, travailler à une couverture santé qui soit meilleure, bâtir des services publics davantage accessibles. C’est cela la réponse ad hoc, une réponse qui ne se focalise pas sur un seul élément. Si on ne peut plus aujourd’hui remplir son réservoir, c’est parce qu’en amont, il y a une série d’autres dépenses qui font qu’on n’a plus d’argent.

Il y a un autre élément : je suis fort étonné de la mansuétude du pouvoir politique par rapport aux trois ou quatre piquets de ce week-end. Quand je vois comment nous, syndicats, sommes traités en termes de droit de grève, de piquets de grève, cela donne à penser à un deux poids deux mesures. J’en prends acte sans jalousie, mais en notant l’immense différence.

Tout de même, ce mouvement est né à l’écart des syndicats. N’y voyez-vous pas une forme de remise en question, une défiance ?

La difficulté des syndicats est de faire comprendre aujourd’hui que la réponse aux problèmes est globale, que la revendication doit être globale. Saucissonner les problèmes est une erreur. Lorsqu’on ne s’occupe que de la revendication autour du prix de l’essence et pas du reste, on s’affaiblit par rapport à ceux qui décident vraiment. Ne serait-il pas plus efficace de dire aujourd’hui : « Le salaire minimum aujourd’hui est à 10 euros, on veut qu’il soit à 14 euros, point à la ligne » ? Cela, c’est notre position. Mais c’est vrai que l’on a peut-être du mal à la faire passer.

Face à la majorité fédérale, les syndicats ont la vie dure. Faut-il y voir aussi une des raisons à l’apparition en Belgique des gilets jaunes ?

Les syndicats sont les dernières organisations à poser le problème de façon globale. A savoir à la lumière du rapport capital-travail. Les bibliothèques sont remplies d’analyses qui démontrent que les bénéfices de l’activité économique sont envoyés de plus en plus vers le capital et de moins en moins vers le travail. Cette analyse globale dérange. Mais puisque nous sommes les derniers à la faire, à l’intérieur des gouvernements, il y a des gens qui ont pour objectif principal d’affaiblir les syndicats et de façon plus large les corps intermédiaires. La démocratie est forte d’avoir un pouvoir et un contre-pouvoir qui se respectent l’un l’autre. Mais aujourd’hui, le pouvoir respecte très peu le contre-pouvoir…

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