L’histoire coloniale doit aussi être enseignée

L’histoire coloniale doit aussi être enseignée

Ne nous voilons pas la face, les tensions postcoloniales gagnent en force. La restitution d’objets appartenant au patrimoine africain a été largement sous les feux des projecteurs, ces derniers temps. La polémique autour de Père Fouettard fait rage (principalement aux Pays-Bas). Et en coulisses, nous avons entamé la dernière phase de la métamorphose du musée de l’Afrique. Alors que certains penseront que la « décolonisation » du musée est une mortification inutile largement exagérée, d’autres estimeront que celle-ci est trop atténuée et qu’elle arrive trop tardivement.

Un passé honteux non reconnu

Beaucoup de jeunes générations d’Afro-Belges ont dit clairement au cours de ces dernières années qu’ils ne comprenaient pas que, tant dans les discours officiels que dans les propos de leurs parents, personne ne reconnaisse effectivement le caractère honteux de la colonisation. Or, le projet de la Belgique s’inscrivait surtout dans une dimension d’exploitation économique, tel que le reconnaissent d’ailleurs les auteurs, les représentants du monde académique et les leaders d’opinion. Mais la nouvelle génération n’y renonce pas.

Tous ensemble pour mieux comprendre l’histoire coloniale

Je peux les comprendre. L’opinion publique ne maîtrise pas encore suffisamment la vision moderne de l’époque coloniale. Et celle-ci ne pourra pas évoluer spontanément. Nous, non plus, d’ailleurs. Et pour reprendre une expression africaine : il faut tout un village pour nourrir un enfant. Nous lançons donc un appel aux enseignants, aux directions d’écoles, aux inspecteurs et aux éducateurs pour qu’ils saisissent la chance que représente la réouverture du musée. Pour ensemble mieux comprendre l’histoire coloniale et ses mécanismes, pour ensemble lancer le débat autour de ce passé. Et pour contribuer ensemble à la compréhension et au respect de la nuance et de la complexité.

Une période centrale peu abordée

On entend souvent dire que certains apprennent avec stupéfaction, à un âge avancé et après avoir quitté les bancs de l’école, qu’une partie des faits historiques leur avait été cachée. Les programmes d’enseignement et les objectifs pédagogiques en histoire dans l’enseignement secondaire général et technique de la Fédération Wallonie-Bruxelles datent de 1999. Parmi les outils conceptuels, on y retrouve les capacités à analyser, à caractériser, à comparer et à évaluer les principaux éléments constitutifs d’un processus de colonisation, d’un processus de décolonisation et d’un processus de type néocolonialiste. Il y a en outre généralement une grande volonté de la part des enseignants de parler du Congo, et les outils pédagogiques existent bel et bien. Mais les objectifs de l’enseignement en histoire sont très étendus, et les enseignants ne parviennent en moyenne qu’à voir 70 à 80 % du programme prévu. Par ailleurs, l’accent est souvent mis sur les périodes qui ont précédé le début ou le déclin de la colonisation plutôt que sur la période même de la colonisation.

Un arrêté du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de 2014 impose l’enseignement de la colonisation et de l’indépendance du Congo, mais certaines voix se sont élevées pour dénoncer cet outil qui semble recycler les stéréotypes et les préjugés. Le nouveau musée de l’Afrique a pour vocation de soutenir les enseignants dans leur volonté de montrer des exemples d’intolérance, de racisme et de xénophobie, d’alimenter le débat sur les erreurs commises par le passé et d’apprendre de ses erreurs, notamment en ces temps agités.

L’exemple venu de Washington

Dans l’ombre de la Maison-Blanche se trouve le Musée national de l’histoire afro-américaine, dédié au passé peu glorieux des Etats-Unis et des méfaits commis envers leurs citoyens afro-américains. Nous sommes ici pour informer et former, non pour juger et condamner, telle est leur vision. Cette tâche nous incombe également.

Le « tonton chéri » et « tata-koko »

L’opinion publique autour de la période coloniale est fortement influencée par la dichotomie entre l’histoire d’une part et les souvenirs d’autre part. Il y a effectivement une différence entre l’expérience personnelle et l’approche générale, plus distante. D’un côté, le tonton chéri qui racontait ses belles histoires lors des fêtes de famille, du temps où il était missionnaire au « Congo », et de l’autre, tata-koko, le grand-père congolais, qui avait fui l’enfer. L’approche distante est très vite oubliée, ce qui donne l’impression que les scientifiques plus nuancés restent dans leur tour d’argent. Essayons, comme nous le faisons progressivement en ce qui concerne la collaboration du temps de la guerre, d’être honnêtes également en ce qui concerne la colonisation.

Adopter un discours nuancé

La conscience historique nous différencie des animaux. Avec tout le respect pour les options STEM, sommes toutes utiles, faisons aussi la part belle à la conscientisation sociale, sociétale et culturelle. En nous confrontant dès le plus jeune âge à notre passé historique, nous pourrons échapper au débat tranché du « bon » et du « mauvais », dépourvu de toutes nuances. Si nous voulons œuvrer ensemble, Européens et Africains, à un avenir, il est grand temps d’adopter un discours plus nuancé. Aussi, donnons-nous à Tervuren, sous le symbole du colonialisme belge, la parole aux Africains sur ce qui constitue également leur histoire.

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