Amazon et Alibaba: des emplois à tout prix?

Tâches simplifiées, faibles possibilités d’évolution... Amazon propose de nombreux emplois non qualifiés mais à quel prix
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Tâches simplifiées, faibles possibilités d’évolution... Amazon propose de nombreux emplois non qualifiés mais à quel prix ? - Dominique Duschesnes/ Le Soir

Posons-nous un peu et tournons-nous vers l’avenir. Que souhaitons-nous pour nos enfants ? Une planète viable, sans aucun doute, et parmi tant d’autres priorités, un emploi épanouissant et de qualité.

Soit, résumons le propos, pas vraiment ce que semble proposer Amazon dans le centre logistique de Lauwin-Planque, dans le nord de la France, que Le Soir a visité.

Qu’y voyons-nous ? Une portion de rêve américain (« Work hard. Have fun. Make history ») mais aussi et surtout un mode de fonctionnement à la chaîne, au sein duquel les tâches sont simplifiées à l’extrême, l’initiative individuelle réduite à sa plus simple expression et les perspectives de carrière limitées. A l’inverse, reconnaissons au géant de l’e-commerce de proposer des emplois par centaines à des gens peu qualifiés, dans une région économiquement sinistrée.

Le business model est-il durable ?

Tout cela est-il durable ? La manière dont certains ex- associates (le nom donné par Amazon à ses ouvriers) décrivent les conditions de travail au sein de l’entreprise permettent à tout le moins d’en douter. Et cela fait-il vraiment sens de promouvoir, malgré l’irrépressible demande des clients, un business model qui conduit à expédier, au plus vite, des produits de valeur parfois infime dans le monde entier ?

A l’heure où la Wallonie se prépare à dérouler le tapis rouge au géant chinois de l’e-commerce Alibaba, pareilles questions peuvent être posées. Quels types d’emplois seront créés à Liège, sachant que, dans ce secteur, c’est la course aux coûts les plus bas qui structure le marché ?

De tels emplois ne seront-ils pas soumis à une pression d’autant plus forte qu’ils seront indubitablement mis en concurrence, à terme, avec ceux d’autres sites potentiellement plus attractifs encore ?

Si l’investissement promis par Alibaba à la Wallonie suscite un certain scepticisme, c’est en réalité parce que, comme celui d’Amazon en France, il semble construit sur un malentendu. Comme si la lutte contre le sous-emploi des moins-qualifiés justifiait à elle seule d’attirer des employeurs n’offrant que des emplois au rabais. Pareille lutte n’implique-t-elle pas, au contraire de tenter de tirer l’écosystème vers le haut, en formant les gens afin de leur permettre d’acquérir les compétences susceptibles de répondre aux besoins des entreprises qui génèrent, quant à elles, des activités durables et à haute valeur ajoutée ?

Les choix les plus récents posés par les pouvoirs publics wallons ne sont certes pas tous critiquables, même s’agissant des investisseurs chinois. On peut en effet espérer qu’en produisant des voitures électriques sur l’ancien site de Caterpillar, Thunder Power y favorisera un emploi de qualité, car requérant des compétences techniques, notamment. Mais s’agissant de la logistique, dont la Wallonie a fait l’un des piliers de son développement économique, il est décidément permis de douter.

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