Gilets jaunes: colère des uns, salissure des autres

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Il y a les vrais et les faux. Les « vrais » gilets jaunes sont les grands perdants de la partie.

La violence qu’ont imposée les « faux » gilets jaunes à Feluy et à Charleroi a définitivement brisé leur aventure. Les doléances des premiers n’en restent pas moins un puissant avertissement.

Récapitulons. Le mouvement de protestation des gilets jaunes est apparu en France et a débordé en Belgique dans une moindre mesure. Les protestataires dénoncent le prix des produits pétroliers. Derrière l’incompréhension que suscite l’augmentation des accises, la réforme des retraites, la baisse du pouvoir d’achat et le manque de perspectives font nerveusement la queue.

Jusque-là, chez nous, le mouvement semblait sous contrôle.

Et puis soudain, la contestation bascule dans la violence. Les gilets jaunes pacifiques laissent la place aux casseurs. Ceux-ci occupent désormais le terrain sans que l’on sache précisément s’ils sont issus de l’extrême droite ou de l’ultra gauche, s’ils roulent pour l’un de ces gangs de motards criminels ou s’ils se castagnent les soirs de match entre hooligans.

Pour le mouvement des (vrais) gilets jaunes, les dommages sont considérables. Le cri d’une frange de la population, cette jacquerie spontanée où chacun gueule son ras-le-bol, se perd dans les fumigènes et les lancers de pavés. Sur le tarmac, la racaille a remplacé l’homme de la rue, les Robocop se sont substitués aux huissiers. L’affaire se réglera donc à la matraque.

La perspective de voir finir ainsi ce mouvement est tout sauf une bonne chose. Car sur le feu de la rancœur continue à bouillir un sentiment d’injustice qui ne s’évapore pas. Il peut faire avancer la démocratie, mais il peut aussi la gangrener.

Rien de tout cela n’est en réalité bien neuf. Gauche ou droite, le XXe siècle a été marqué par l’efflorescence de mouvements qui puisaient leur force dans le mélange du ressentiment, de l’ignorance et du manque de justice. Aujourd’hui, si ce cocktail a un goût comparable, les réseaux sociaux en décuplent l’amertume. La tentation populiste n’est jamais bien loin.

Sommes-nous capables de lui apporter un antidote ? C’est là tout le défi. Il est politique, social, économique, environnemental, médiatique. Il passe par un diagnostic en profondeur de notre société et de ses dysfonctionnements. Par une solide remise en question du « modèle ».

Pour s’en convaincre, on se remémorera la phrase malheureuse du ministre français Gérald Darmanin, lui qui dit comprendre les (vrais) gilets jaunes… « Ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros ! Pour deux personnes et sans vin »… Cette gaffe en dit long sur le fossé qui sépare le « petit homme » de ceux qui sont censés l’aider. Elle nous rappelle aussi que le changement, comme souvent, doit venir du sommet.

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