Plaidoyer pour l’autonomie de l’école officielle

Plaidoyer pour l’autonomie de l’école officielle

La semaine dernière, un projet de Décret sur la nouvelle organisation du réseau des écoles officielles (organisé par la Communauté française – WBE) a été introduit au parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles. Ce Décret transforme le réseau officiel WBE en un nouvel organisme public indépendant. L’objectif est d’assurer une distinction claire entre d’une part les autorités (pouvoir régulateur) en charge de la régulation de l’ensemble des écoles (organisées ou non par la FWB) et d’autre part les autorités publiques en charge de la gestion des écoles du réseau officiel. C’est déjà le cas des autres réseaux d’enseignement : les écoles des réseaux officiels subventionnés (les Communes et les Provinces) et les réseaux libres (confessionnel et non confessionnel), qui sont gérés par des autorités distinctes du pouvoir régulateur.

Une étape essentielle

Ce changement est une étape essentielle pour deux raisons principales. Premièrement, il est indispensable de rendre les écoles de ce réseau plus autonomes et actrices de leur propre réussite afin d’en améliorer les performances globales, tout en tenant compte des conditions à l’intérieur desquelles chaque école évolue. Tant le diagnostic posé dans le cadre du pacte d’excellence que les attendus du projet de Décret attestent qu’une marge de progression importante existe. Doter les écoles officielles d’une structure autonome, entièrement consacrée à l’amélioration de la qualité et l’équité est une première étape nécessaire pour y parvenir. La séparation entre réseau officiel et pouvoir régulateur a été opérée il y a déjà 30 ans par la Communauté flamande. Le réseau officiel « GO » a pu s’y développer et croître, améliorant considérablement ses performances et augmentant le nombre d’élèves scolarisés en son sein. La première raison de fond qui doit motiver chacun à soutenir la scission entre pouvoirs organisateur et régulateur de l’enseignement officiel organisé par la FWB est donc bien celle de lui permettre de se déployer en lui donnant les mêmes chances de réussite que les autres réseaux d’enseignement. Le contrat de gestion de ce futur pouvoir organisateur devra préciser quels sont les moyens à mobiliser pour réaliser les missions qui lui sont dévolues.

Vers des objectifs communs

Deuxièmement, la réforme de la gouvernance approuvée dans le pacte d’excellence qui s’applique à tous les réseaux est intimement liée à la nouvelle organisation du réseau officiel organisé par la FWB. En effet, les plans de pilotage des écoles, en cours d’élaboration, ont vocation à se transformer en contrats d’objectifs avec l’autorité publique, engageant toutes les parties vers des objectifs communs. Ceci n’est possible que si chaque réseau se trouve à égale distance du pouvoir régulateur. Le/la ministre en charge de l’ensemble du système scolaire ne peut être juge et partie.

Ne pas freiner le contrat de gestion

Aujourd’hui, 29.000 personnes travaillent au sein du pouvoir organisateur placé sous l’autorité de la Ministre de l’Education. Un consensus existe au sein des principaux partis politiques et parties prenantes sur le principe de séparation des responsabilités entre le réseau officiel et la régulation du système scolaire. Il y a évidemment des sensibilités différentes entre les différents partis politiques sur la manière de réaliser cette évolution du réseau officiel organisé par la FWB : les uns sont plus sensibles au statut du personnel et à la crainte d’une privatisation larvée de l’école, les autres insistent plus sur la nécessaire rigueur de gestion et la volonté de créer une structure agile. Si tous ces points sont des préoccupations légitimes, ils ne doivent cependant pas mettre en danger la mise en place rapide d’un nouvel organisme public autonome et de son contrat de gestion. Et c’est ce contrat de gestion qu’il faudra, le moment voulu, baliser et encadrer pour s’assurer que cette réforme atteigne ses objectifs en matière de qualité de notre enseignement et d’efficacité de la nouvelle organisation.

La définition des rôles – et donc la séparation claire entre pouvoir organisateur (le futur réseau officiel) et régulateur (l’autorité publique) – est en outre une condition sine qua non pour la réalisation de l’ensemble de la réforme de l’enseignement, voulue par les acteurs (l’administration centrale, les fédérations de pouvoirs organisateurs, les organisations syndicales et les représentants des associations de parents). Tous se sont fortement investis dans cette réforme de la gouvernance.

Un investissement humain massif

Depuis plusieurs mois, un premier tiers des pouvoirs organisateurs, directions, parents, enseignants et élèves, se sont aussi massivement impliqués pour construire les premiers plans de pilotage qui seront remis en avril 2019 à l’autorité publique dans son rôle de pouvoir régulateur. Depuis septembre 2018, sur base des indicateurs chiffrés et des réponses aux questionnaires qui leur ont été fournis, les acteurs cherchent à identifier dans un processus participatif inédit les forces et les faiblesses de leurs écoles. A ce jour, plus de 100.000 personnes – y compris au sein du réseau WBE – y ont déjà participé. Plus de 900 directions d’école, pouvoirs organisateurs et des dizaines de conseillers au changement se forment par ailleurs à la gestion du changement et aux pratiques collaboratives pour soutenir ce processus. Tous ces acteurs de l’école ne comprendraient pas qu’après autant d’efforts, un blocage puisse intervenir sur la mise en place de cette nouvelle gouvernance, sur laquelle existe pourtant un accord de principe entre les partis politiques, notamment quant à la nécessaire autonomisation du réseau. Qui assumera la responsabilité d’un tel blocage, alors que toutes les parties prenantes (l’enseignement, les familles et les entreprises) s’accordent sur l’urgence d’une refonte en profondeur de notre école, et plaident pour une mise en œuvre la plus concrète et rapide possible des réformes au bénéfice des élèves ?

Des enjeux considérables

Enfin, cette scission effective entre l’enseignement officiel et le pouvoir régulateur, pierre angulaire de la réforme de la gouvernance, est indispensable pour crédibiliser les autres aspects pédagogiques de la réforme. Ceux-ci doivent s’inscrire dans une logique de pilotage permettant de mesurer les bénéfices concrets des changements initiés, tels que le renforcement des savoirs et compétences, une perspective polytechnique et pluridisciplinaire, le renforcement de l’enseignement maternel, la revalorisation des métiers de direction et d’enseignant, la remédiation et le dépassement dans une perspective d’excellence pour chaque élève dès le plus jeune âge, la lutte contre l’échec et le décrochage scolaire, l’orientation positive et la revalorisation de l’enseignement qualifiant, l’amélioration du climat et du bien-être de chaque enfant, etc. Les enjeux sont considérables.

Ne pas casser la dynamique

Alors que le projet de Décret a été déposé au Parlement de la FWB et envoyé au Conseil d’Etat pour avis, la Fondation pour l’Enseignement, qui réunit tous les réseaux scolaires et les représentants de l’entreprise en FWB, appellent le monde politique en FWB à concrétiser cette pièce indispensable du puzzle de la réforme de la gouvernance de l’école. Il serait extrêmement dommageable pour l’ensemble des acteurs déjà mobilisés et pour la population en général de casser la dynamique actuelle au profit d’enjeux beaucoup moins stratégiques.

*Signataires : Didier Leturcq, Service général de l’enseignement organisé par la Fédération Wallonie Bruxelles (EFWB) ; Michel Bettens, Fédération des établissements libres subventionnés (FELSI) ; Fanny Constant, Conseil de l’enseignement des communes et des provinces CECP) ; Roberto Galluccio, Conseil des pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel neutre subventionné (CPEONS) ; Etienne Michel, Secrétariat général de l’enseignement catholique (SeGEC) ; Philippe Bertin, Ecole de Perfectionnement au Management (EPM) ; Olivier De Wasseige, Union Wallonne des Entreprises (UWE) ; Olivier Willocx, Chambre de Commerce et Union des Entreprises de Bruxelles (BECI) ; Thierry Castagne, Brigitte Chanoine, Etienne Denoël, Alain Eraly, Sibylle du Bus de Warnaffe, Vincent Reuter, Olivier Remels (Administrateur délégué), Luc Willame (Président).

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