Et la Flandre découvrit Emmanuelle Praet…

Et la Flandre découvrit Emmanuelle Praet…
Mathieu Golinvaux.

Et voilà une nouvelle francophone qui franchit le mur de la notoriété en Flandre. En quelques jours, par la grâce d’un tweet de Theo Francken – #jesoutiensemannuellepraet –, la chroniqueuse de RTL est devenue une « bekende waal ». Mardi et mercredi, la « polémiste/chroniqueuse/faiseuse d’opinion » faisait notamment la une du Morgen et du Standaard. Et voilà la Flandre qui se penche et s’épanche sur la menace qui pèserait sur la liberté d’expression au sud du pays et sur l’existence d’un monopole de la gauche dans les médias francophones qui muselleraient toute expression de droite.

Le premier constat fait au nord du pays concerne les débats à la francophone. «  Plus durs et chaotiques que chez nous », commente De Standaard. «  Une foire d’empoigne », assène, en français, Mia Doornaert, ex-journaliste et aujourd’hui chroniqueuse en Flandre, déjà invitée plusieurs fois sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche ». Elle expliquait d’ailleurs à « De Afspraak » lundi sur Canvas « qu’on peut être content si on arrive à dire quelques phrases » au cours de l’échange de quelques minutes permis dans cette émission qui met cinq à six personnes en débat. Emmanuelle Praet trouve en Mia Doornaert une sorte d’âme sœur : la journaliste flamande a elle-même fait l’objet d’une polémique. Jugée trop à l’ultra droite par des culturels flamands, elle a été privée un temps de sa nomination à la présidence du Fonds des Lettres flamand.

Le second constat tiré au nord du pays vise le casting de cette émission de débat politique dominical de RTL. « Avez-vous déjà entendu parler d’Emmanuelle Praet ? », interroge De Standaard, qui s’accroche à l’animateur Christophe Deborsu, dont le nom parle à toute la Flandre. Alain Raviart ? Les Flamands le découvrent. « Un macho », assassine Mia Doornaert, qui ne pardonne pas le qualificatif de « crêpage de chignon » (en français toujours) accolé par l’ex porte-parole du CDH à un débat mené entre deux femmes ministres. « Een sacoche gevecht » traduit la journaliste pour les téléspectateurs flamands.

Si Emmanuelle Praet mérite sa mansuétude, Raviart, lui, continue à en prendre pour son grade : Mia Doornaert lui en veut visiblement d’avoir écrit sur Facebook qu’elle défendait le Vlaams Belang sur RTL alors, précise-t-elle, qu’elle ne faisait qu’expliquer des éléments de fait. « Les francophones continuent à avoir du mal à distinguer un fait d’une opinion », dira-t-elle un plus tard.

Ceci nous amène au troisième constat flamand : cela reste compliqué de se comprendre entre nord et sud. Mia Doornaert, toujours elle, ironise sur les généralisations des francophones pour qui « évidemment la Flandre est une bande de fascistes » et précise que, pour le sud du pays, une journaliste qui « ose » évoquer les coûts engendrés pour la police par les gilets jaunes est fatalement « préfasciste ».

In fine, le nord du pays juge-t-il l’opinion publique francophone massivement à gauche ? Le politologue Dave Sinardet nuance et remarque qu’on ne doit pas sous-estimer la vague conservatrice chez les auditeurs et les téléspectateurs de RTL. « Quand on lit les commentaires sur RTL online, on constate que Theo Francken a beaucoup de fans de l’autre côté de la frontière linguistique », précise-t-il dans les journaux flamands. Ajoutant que désormais, au vu des résultats des élections, le panel de chroniqueurs de RTL, avec un ex-CDH, une « MR » et un ex-PS, n’est plus représentatif et devrait compter un ou une Ecolo.

Une autre femme sur un plateau de télévision ? Dans un tout autre genre, mais avec une sorte de franc-parler également, la patronne de la SNCB, Sophie Dutordoir, était l’invitée de l’émission « Alleen Elvis blijft bestaan » samedi soir sur Canvas. Ce programme permet de découvrir une personnalité via sa sélection de neuf à dix fragments de films, d’interviews de personnalités ou de concerts. Le Festin de Babette, Annie Girardot sur Alzheimer, Don Camillo  : autant de moments commentés et qui permettaient d’en savoir plus sur cette femme qui, après avoir dirigé Electrabel et ouvert une charcuterie/snack à Overijse, a choisi de relever le défi fou de sortir les trains belges de l’ornière.

La patronne termine aussi sa période de grâce : la ponctualité revient à ses plus bas niveaux et des politiques, notamment N-VA, commencent à s’énerver : mais que fait-elle depuis son arrivée ? « J’accepte mal les critiques sur la SNCB venant du politique. Si la SNCB est ce qu’elle est, c’est la responsabilité des choix politiques du passé. Les chiens ne font pas des chats. On n’a pas dit aux gens ce qu’on attendait d’eux. » déclarait-elle samedi soir, ajoutant : « Cela doit commencer par une vision fédérale de ce qu’on veut pour la mobilité dans ce pays, couplée à une vision sur l’organisation. Asseyons-nous ensemble et décidons où nous voulons aller. »

« Elle peut quelque chose mais lui permettra-t-on de le faire ? », interrogeait le socialiste Johan Vande Lanotte lors de la nomination de Dutordoir. L’éditorialiste du Laatste Nieuws, qui rappelle l’anecdote, ajoutait en début de semaine dans un texte d’opinion : « Le gouvernement Michel n’a pas eu le courage de s’attaquer fondamentalement à la SNCB. Trop important, trop compliqué, trop cher ? Les chemins de fer valent en tout cas mieux que d’être confiés à des ministres de second rang, Galant et puis Bellot. » À l’évidence, il n’y a pas que la presse francophone qui serait critique avec la droite…

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