Fermer les yeux ne suffira pas face aux gilets jaunes

Les gilets jaunes reçoivent de nombreux signes de sympathie de la part de passants, par exemple un gilet fluo sur le tableau de bord.
Les gilets jaunes reçoivent de nombreux signes de sympathie de la part de passants, par exemple un gilet fluo sur le tableau de bord. - Sylvain Piraux.

Les gilets jaunes font peur ? Il faut plutôt se réjouir de leur présence. Au plus gris de l’automne, une partie de la population, invisible aux annonceurs (car son pouvoir d’achat est faible) et aux politiques (car elle ne dispose d’aucun relais) est apparue sur le devant de la scène. La Belgique qui gagne peu s’est levée et a enfilé son gilet fluorescent afin qu’on l’aperçoive dans la pénombre où l’enferme la précarité.

Ce mouvement interpelle car il sort des canevas habituels de la contestation sociale. Et il est d’ailleurs bon que certains s’interrogent. A commencer par le gouvernement : il ne sert à rien d’agiter le « tax shift » tel un grigri pour conjurer ce constat, la politique menée jusqu’à présent n’a pas empêché la précarisation des allocataires sociaux mais également des travailleurs devenus de plus en plus pauvres.

Secouer les partis politiques

L’attitude des gilets jaunes doit également secouer les partis politiques. Aucun d’eux, de l’extrême droite à la gauche radicale, n’est le bienvenu sur les sites d’occupation. Cette partie de la population, soutenue par d’autres à coups de klaxon mais aussi par le don de victuailles et de palettes, ne croit plus dans la particratie dont les calculs la hérissent, elle qui doit chaque jour compter.

Les syndicats aussi auraient tort de ne voir dans ce mouvement que l’écho de leurs propres revendications. Car la méfiance de ces anonymes vise également les appareils syndicaux. Et en quinze jours, quelle leçon donnée aux professionnels de la concertation. Les gilets jaunes ne défilent pas de Bruxelles Nord à Bruxelles Midi avec pétards et calicots. Ils occupent le terrain, en s’attirant les sympathies de la population.

Ce mouvement, enfin, doit inquiéter l’ensemble des démocrates. Car si le politique feint de ne pas le voir, s’il mise sur l’approche des fêtes de fin d’année pour l’amener à s’essouffler, il court le risque de le voir disparaître dans un recoin sombre de la société. Et qui sait alors sous quelle forme il ressurgira plus tard. Ailleurs déjà, le désespoir démocratique a enfanté des monstres.

Qui les Gilets jaunes visent-ils? D’abord le gouvernement fédéral

Pascal Lorent

Comme tout mouvement social, organisé ou spontané, celui des gilets jaunes doit se trouver un interlocuteur. Une fois épurée de ses demandes les plus inconcevables (la sortie de l’Europe, le hara-kiri gouvernemental), la liste des revendications se concentre sur près d’une dizaine de points.

Et très vite, l’interlocuteur qui s’impose à eux est le gouvernement fédéral de Charles Michel. La TVA sur certains produits de première nécessité, c’est pour la « suédoise ». l’augmentation des salaires et l’abaissement de l’âge de la retraite, pareil. Sans oublier le remboursement des frais d’hospitalisation, la baisse des charges sociales pour les « petits indépendants » et la taxation des multinationales à un niveau correspondant à leurs bénéfices « réels ».

Quant à l’instauration d’un référendum de type décisionnel, il nécessiterait de revoir la Constitution, tout comme la fixation du nombre de ministres. Encore que sur ce dernier point, ce n’est pas forcément le gouvernement fédéral qui est visé mais davantage les postes des entités fédérées, nés des réformes de l’Etat. Avec le plaidoyer implicite d’une refédéralisation de certaines compétences, afin de les confier dans les mains d’un ministre et non de trois. Mais là encore, cela implique de passer par la case « réforme de l’Etat ». Et de constituer une majorité des deux tiers au lendemain du scrutin.

Enfin, la demande d’abaisser les frais de scolarité s’adresse à la Communauté française. Soit le plus désargenté de tous les niveaux de pouvoir, sans la moindre compétence fiscale.

Face à ces demandes, que pourra répondre le politique ? Que certaines mesures existent déjà (la TVA sur les aliments), que d’autres ont un coût budgétaire important (celle sur l’électricité). Que d’autres sont irréalistes (l’âge de la retraite, aux yeux de la « suédoise »), voire dangereuses politiquement (une réforme de l’Etat). Des arguments qui n’effriteront probablement pas la colère monolithique érigée sur le bord des routes.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Politique