Au Yémen, la vie de millions de personnes est en danger

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La crise humanitaire au Yémen sévit depuis plusieurs années. Depuis quelques semaines, des photos d’enfants souffrant de malnutrition sévère qui circulent tirent la sonnette d’alarme. Mais pour plus de 85.000 enfants, il est déjà trop tard. Aujourd’hui, un enfant meurt au Yémen toutes les dix minutes. Et quatorze millions de Yéménites risquent de tomber dans la famine.

Oxfam apporte son soutien sur place en distribuant de l’eau potable et de la nourriture. Mais cette aide restera une goutte d’eau dans l’océan aussi longtemps que les pays étrangers continueront de soutenir les parties belligérantes et de leur vendre des armes. C’est pourquoi Oxfam demande l’arrêt immédiat de toutes les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite. La vie de 14 millions de personnes est en jeu. Un chiffre qui donne pour le moins à réfléchir.

Rien n’a changé

Depuis l’interdiction d’accès des journalistes dans la région, il y a plus de trois ans, les organisations humanitaires font tout ce qui est en leur pouvoir pour témoigner de l’ampleur de la crise. Il y a un an et demi, le consortium 1212 tirait la sonnette d’alarme en signalant la famine qui sévissait au Yémen.

Mais depuis ces deux dernières années, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Même si depuis peu, les images de cette famine apparaissent sur nos smartphones et la misère du Yémen nous semble plus proche, voire éveille en nous un sentiment de solidarité, comme en témoigne en Flandre l’action pour le Yémen organisée par Radio 1 à l’occasion de la « Warmste Week ».

Des habitants complètement démunis

Les Yéménites ne souffrent pas seulement de famine, ils se font délibérément affamer. Les combats et la destruction des routes rendent l’acheminement des marchandises particulièrement difficile. Le blocage des principaux ports et aéroports au nord du Yémen laisse les habitants complètement démunis.

Et là où la nourriture est disponible, le prix est tellement faramineux que la population ne peut le payer. Depuis mars 2015, les prix ont augmenté de près de 40 % en moyenne, principalement parce que la coalition menée par l’Arabie saoudite complique l’importation de nourriture et de carburant par les ports de Hodeidah et Saleef. Ces ports sont sous le contrôle des Houthi’s, qui réclament à leur tour des taxes supplémentaires sur les quelques marchandises qui y parviennent.

Le carburant comme arme de guerre

Mais la population yéménite n’a pas uniquement besoin de nourriture. Le pays dépend également à 90 % des importations pour ses besoins en carburant, et c’est peut-être l’aide humanitaire la plus importante dont le pays a besoin aujourd’hui. Le carburant n’est pas seulement indispensable pour acheminer les marchandises sur place, il est également nécessaire pour garantir les soins de santé, la sécurité alimentaire et l’ensemble de l’économie du pays.

Un exemple : le transport de l’eau est impossible sans carburant. Déshydratés, malnutris, affaiblis, les hommes, les femmes et les enfants tombent plus facilement malades. Et pendant ce temps, les groupes électrogènes des cliniques sont eux aussi à l’arrêt en raison de la pénurie de carburant, ce qui entraîne la mort de milliers de personnes à cause de maladies qui peuvent être parfaitement évitées.

Le manque de carburant veut aussi dire moins de transports publics. Les malades accèdent donc plus difficilement aux structures médicales. Mais ce sont aussi les employés qui ne peuvent pas se rendre au travail. Les travailleurs et les travailleuses perdent leur emploi et ne peuvent plus faire face à la hausse des prix.

Un rôle clef pour la Belgique

Entre-temps, plus de 22 millions de personnes, soit environ 75 % de la population du Yémen, se retrouvent dépendantes de l’aide humanitaire. Une aide qui reste une goutte d’eau dans l’océan tant que les armes continuent à attiser le conflit et qu’aucune solution politique ne semblera envisageable.

Ces dernières semaines, différents pays, dont l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas, ont pris des mesures pour limiter les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite. Même aux Etats-Unis, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander que leur commerce des armes avec l’Arabie Saoudite soit revu. Néanmoins, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis restent les principaux partenaires du commerce d’armes wallon.

Tous les regards sont tournés vers le gouvernement belge. Car après avoir fait la promesse publique d’accorder plus d’attention à la situation des enfants dans les conflits armés et au droit international humanitaire lors de sa désignation pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, la Belgique aura bientôt plus de possibilité de donner une impulsion positive à la politique internationale. Mais notre pays ne commencera à exercer ce mandat que dans un mois. Et c’est trop long à attendre. Parce qu’un enfant meurt toutes les dix minutes.

Chaque euro compte

Tant qu’aucune mesure drastique n’est mise en place pour mettre fin au conflit, les organisations humanitaires tentent de faire preuve de créativité. Beaucoup sont actives à la fois dans le nord et le sud, de ce fait, elles acheminent les marchandises en passant par des ports alternatifs et les quelques routes qui sont encore accessibles.

La collaboration avec les organisations locales est également cruciale. En unissant ses forces à celles d’entreprises et d’organisations locales, Oxfam a permis à plus de trois millions de personnes d’accéder à l’eau potable au cours des trois dernières années, y compris dans les zones difficiles d’accès.

Donc oui, aujourd’hui, chaque euro est vital. Tant que la réticence politique prévaudra, 27 millions de Yéménites dépendront de la solidarité. Et le Yémen ne peut plus attendre.

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