La souveraineté, cette dangereuse obsession

La souveraineté, cette dangereuse obsession

S i la question se posait aujourd’hui, la Belgique ne signerait pas la Déclaration universelle des droits de l’homme. » Françoise Tulkens, ex-juge à la Cour européenne des droits de l’homme, est catégorique et en veut pour preuve les dissensions gigantesques qui entourent la signature du pacte migratoire. L’ex-juge souligne l’hostilité actuelle aux textes supranationaux, bien éloignée de l’enthousiasme d’il y a vingt ans.

L’opposition politique sur le pacte migratoire ne porte en fait pas sur le caractère contraignant ou pas du texte des Nations unies, mais sur le principe même de l’existence de ces principes supranationaux auxquels des pays doivent se conformer. La véritable guerre idéologique à l’œuvre en Belgique, mais aussi dans toute l’Europe, oppose ainsi les multilatéralistes aux souverainistes. Theo Francken n’écrivait pas autre chose sur Facebook vendredi matin, en pointant « qu’au-delà du carcan européen, notre souveraineté risque aujourd’hui d’être vidée de son sens par le pacte des Nations unies ».

Il y a 70 ans, c’est le raisonnement totalement inverse qui avait animé l’esprit des signataires de la Déclaration des droits de l’homme. A la sortie de la guerre 40-45 et après la découverte de l’ampleur des crimes nazis et du génocide perpétré sur des millions de juifs, l’objectif était d’édicter des principes et loi supranationaux qui protégeraient désormais les individus contre des Etats aux comportements criminels. La souveraineté inviolable de l’Allemagne a permis à Hitler d’agir sans frein et sans possibilité d’intervention extérieure, avec les conséquences terribles que l’on sait.

Au moment où nombre de dirigeants veulent affaiblir ou dénoncent ces conventions ou déclarations qui bétonnent les droits des individus de façon universelle, il est crucial de se rappeler ce que l’histoire nous en dit plutôt que d’attendre que ce soit un drame contemporain qui s’en charge.

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