Crise gouvernementale: quel désastre pour la politique

Crise gouvernementale: quel désastre pour la politique

Après trois semaines en absurdie, le Premier ministre a remis hier soir son sort et celui de son gouvernement entre les mains du Roi. Plus rien sur le pouvoir d’achat, plus rien sur le climat et un budget en douzièmes provisoires : la Belgique se retrouve dans une situation irresponsable.

Le monde politique, après avoir fortement déstabilisé l’opinion publique par des jeux ubuesques, donnait toujours hier soir des signaux très inquiétants. Il continuait à être obsédé par un objectif : éviter d’hériter du valet noir. Surtout ne pas être celui qui porte la responsabilité du retour aux urnes. Le reste…

À l’heure où l’on pointe la grave déconnexion entre les citoyens et les élites, politiques notamment, à l’heure où les sociétés sont profondément inquiètes, à l’heure où les extrêmes font vaciller nombre de démocraties en Europe, les partis politiques belges étaient donc occupés à gérer leur nombril, leur image et leur court terme : l’élection.

L’histoire retiendra qu’au départ de cette grave crise, on trouve d’abord et avant tout des calculs de partis soudain affolés par les résultats des élections communales d’octobre dernier.

Comment expliquer autrement que la N-VA, qui avait fait des réformes socio-économiques le moteur de sa campagne électorale en 2014, celui de sa participation au gouvernement et de son bilan fédéral, laisse soudain tout tomber pour la « migration » ? Chassez le naturel, il revient au galop : entre les combats identitaires et socio-économiques, les nationalistes flamands ont choisi. Allant jusqu’à laisser tomber un budget qu’ils s’étaient engagés à voter pour faire le matamore sur une problématique migratoire honteusement surjouée. Et tant pis pour le patronat flamand qui doit se sentir trahi par le poulain sur lequel il avait tout misé !

L’autre irresponsabilité vient de façon très étonnante du Premier ministre Charles Michel, suivi dans son équipée surréaliste par son parti, le MR, et le CD&V. Au motif honorable de défendre des valeurs (le pacte des migrations et le multilatéralisme) et les réformes nécessaires pour le citoyen, le chef de gouvernement a transgressé ces derniers jours nombre de codes constitutionnels et idéologiques, touchant ce mardi au paroxysme de l’absurde. En tentant hier le tout pour le tout pour rendre le pays gouvernable – et sauver son poste –, il l’a en fait rendu fou. La Belgique n’avait soudain plus un Premier ministre à sa tête, mais un alchimiste qui, devant des citoyens, des collègues et des journalistes médusés, transformait la droite en gauche.

Après avoir épousé les volontés de la N-VA pendant quatre ans, il se disait prêt à faire celles de la gauche, des verts, des syndicats, de la rue. Gilets jaunes je vous ai compris, Syndicats je vous ai compris, Fins de mois je vous ai compris, Fin du monde je vous ai compris : il y en avait soudain, à la sidération générale, pour tout le monde.

Le MR et le CD&V dénonçaient hier soir la turpitude de l’opposition qui avait déposé une motion de défiance contre la « coalition des bonnes volontés ». Mais peut-on jeter cette pierre aux socialistes quand la présidente de l’Open VLD tweetait frénétiquement durant le discours de son (!) Premier ministre pour se distancier de son « tout à gauche » ?

Mais qui peut croire encore ces gens ? La politique est affaire de tactique, mais elle est d’abord et avant tout affaire d’éthique. Et cela a été cruellement oublié.

On ne peut pas instrumentaliser un problème pour « chauffer » l’électeur et semer une division dangereuse comme ce fut le cas pour le pacte migratoire. Mais on ne peut pas non plus défendre tout le contraire de ce qu’on a asséné pendant quatre ans.

La N-VA s’est réclamé de la volonté du peuple pour justifier son tout à la migration. Charles Michel se réclamait hier des gilets jaunes et des marcheurs pour le climat pour justifier sa conversion gauche et verte. C’est une faute lourde dans les deux cas. Les peuples ont une voix et se fâchent lorsqu’on l’instrumentalise, en se jetant dans les bras des extrêmes.

Quel risque inouï de prendre ainsi l’électeur pour un idiot !

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