Oui, l’adoption du Pacte migratoire de l’ONU valait bien une crise

© D.R.
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Hier soir à Bruxelles, tout le monde semblait soudain s’en moquer comme de colin-tampon. Et pourtant... Imaginez la scène. L’hémicycle des Nations unies à New York, mercredi soir, au moment du vote du « Global Compact for Migration », avec la Belgique dans le groupuscule des cinq pays qui votent « non ». Ou, si on en croit les secrets d’alcôve politiques version N-VA, dans le groupe des 12 pays qui se sont abstenus. Ou, version lâche, « oubliant » comme 24 autres d’appuyer sur le bouton…

Mais non, rien de tout cela. Cette honte nous a été épargnée : notre pays figurait hier dans le camp des 152 « oui » au pacte migratoire. Et qu’on arrête de faire croire qu’il s’agit de 152 dangereux naïfs ou de criminels partisans des frontières ouvertes, autorisant une « invasion ». Cette vision du pacte toujours aujourd’hui déversée par les partis d’extrême droite et les populistes, le Vlaams Belang et la N-VA en Belgique, relève de la propagande mensongère et, plus grave, torpille l’un des mécanismes qui permet non pas de faire exploser la migration, mais de la réguler. Le pacte est un outil pour gérer les flux, pas un laissez-passer.

Et donc, oui, l’adoption de ce pacte, qui ne suscitait hier chez nous qu’un grand silence, valait bien une crise. Le seul regret aujourd’hui est que le débat public belge sur ce texte ait eu lieu en fin de course, plombé, perverti et dénaturé par la guerre de communication menée contre lui depuis le camp nationaliste.

Rappelons donc : la véritable vertu de ce pacte, au contenu pour le reste assez vide, est d’acter 1) que la migration est de fait un problème qui se pose au monde et 2) qu’il se résout, mais en coopération, et jamais seul.

Quoi ? Les flux migratoires, cela se gère ? Oui, et pas en dressant des murs. Deux exemples récents sont venus le montrer. En Allemagne, c’est le patronat qui vient de saluer le « wir schaffen das » auquel il ne croyait pas : il loue l’adaptation de la main-d’œuvre « réfugiée » et demande un assouplissement des procédures d’accueil. En Hongrie, où le manque de main-d’œuvre est également criant, on résout le problème par l’absurde en faisant voter une loi qui prévoit un quota d’heures de travail « gratis » pour la population « d’origine », histoire de ne pas recourir à l’apport d’étrangers. Les experts n’ont cessé de le répéter depuis des mois : le monde occidental a besoin des migrants pour combler son déficit démographique. D’où la nécessité d’une politique migratoire ordonnée et coordonnée.

Osons ce débat ouvert, sans tabou, adulte avant les élections : la migration est un sujet qui mérite des arguments, des confrontations. Le monde politique ne doit pas ignorer les questions légitimes des citoyens ou plaquer des solutions morales, politiquement correctes ou caricaturales. La Belgique francophone est d’ailleurs le lieu parfait pour s’y risquer : notre espace public ne sera pas directement pollué en campagne par les outrances des extrêmes et des nationalistes. C’est une occasion rêvée de montrer que le politique traite les citoyens avec respect, comme des adultes responsables, qu’ils sont : ne la ratons pas.

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