De report en report, les élections au Congo s’effilochent

Chaque report, total ou partiel, des élections générales prévues au Congo pour le dimanche 30 décembre hypothèque davantage la crédibilité du scrutin et laisse augurer des lendemains difficiles, marqués par la colère et l’exaspération.

Car enfin, les Congolais, qui attendaient les élections promises avant fin 2016, ont déjà fait preuve d’une patience incroyable, se raccrochant à la promesse d’un scrutin avant la fin de 2018, soit un « bonus » de deux ans accordé à un système de plus en plus discrédité.

Depuis lors ils ont eu droit à des machines à voter contestées, à des électeurs fictifs, à un mystérieux incendie dans un entrepôt de la Ceni (la commission électorale) qui a vu partir en fumée 8.000 machines que personne n’avait vues arriver. Cet obstacle technique a servi de prétexte à un report d’une semaine, dernière date possible pour respecter le délai de deux ans naguère négocié par les évêques catholiques.

Et voici qu’en dernière minute, 1,2 million de citoyens, sur un total de 40 millions d’électeurs, se sont vus priés d’accepter un nouveau report de trois mois, à cause de l’épidémie d’Ebola qui sévit dans le « grand nord » du Kivu. Avancé comme prétexte, le fléau ne date cependant pas d’hier et il n’a pas empêché les candidats de battre campagne ni les foules de se rassembler.

Rappelons que ces élections seront triples : elles éliront les députés nationaux et provinciaux, mais surtout elles désigneront le nouveau chef de l’Etat. Lors de ce scrutin présidentiel à un tour, (ainsi que l’avait voulu le régime Kabila, qui avait bien calculé le coup…) chaque voix aura son importance. Autrement dit, les 3 % de l’électorat qui viennent d’être froidement « zappés », écartés du scrutin actuel, auraient pu faire la différence en cas de résultats serrés. Sans compter que, de toute manière, leur simple éviction suffit déjà à invalider l’exercice !

En outre, comment ne pas relever qu’à Beni et Butembo, où Emmanuel Shadary, le dauphin de Kabila, a négligé de se rendre, c’est Martin Fayulu, le plus redouté des candidats de l’opposition, qui a drainé des foules remontées contre un régime incapable d’enrayer la violence des groupes armés et soupçonné des pires duplicités. Alors qu’à plusieurs reprises, l’autre candidat de l’opposition, Felix Tshisekedi, s’était sportivement insurgé contre les manœuvres qui visaient son rival, on ne peut que constater que, dans ce cas-ci – une violation flagrante de la loi électorale –, il a observé une prudente réserve. Quelle tristesse !

Comment galvauder ainsi un exercice démocratique dans lequel la population congolaise avait placé tant d’espoir et qui se transforme en mascarade ! Et comment ne pas rappeler que si les Congolais tiennent tant à leur droit de vote et s’organisent pour qu’on ne le leur vole pas, ce n’est pas par juridisme, mais tout simplement parce qu’ils croient qu’un scrutin honnête représente aussi le ciment de la paix et la promesse d’une vie meilleure. On est loin du compte…

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