Nancy Pelosi, nouveau speaker de la Chambre et pire cauchemar de Donald Trump

New York,

de notre correspondant

Nancy Pelosi est un frêle petit bout de femme de 78 ans, toujours tirée à quatre épingles, mais rien ne l’effraie. Et sûrement pas une nouvelle réunion, ce mercredi, sur la fermeture partielle du gouvernement fédéral (« shutdown ») à la Maison Blanche, à l’invitation du président Donald Trump. Ce dernier aimerait faire porter le chapeau à la future speaker de la Chambre des représentants pour le bras de fer initié le 22 décembre sur la question d’un mur à la frontière mexicaine, mais Pelosi ne se laisse pas intimider. « Jeudi, les démocrates de la Chambre agiront pour mettre fin au shutdown de Trump, a-t-elle écrit mercredi, en adoptant des lois fortes, bipartisanes, pour rouvrir le gouvernement, qui ont déjà reçu un fort soutien bipartisan au Sénat », la chambre haute du Congrès.

Souris énergique et déterminée face au pachyderme du Bureau ovale, l’inoxydable représentante de San Francisco sera la plus puissante des leaders démocrates ces deux prochaines années, une fois formellement désignée « speaker » de la Chambre ce jeudi. Le pire cauchemar de Donald Trump, sans doute aussi. En devenant la cheffe de file d’une guérilla parlementaire tous azimuts contre l’administration Trump, elle retrouve le poste qu’elle occupa entre 2007 et 2010, lorsque se cristallisa une haine farouche à son encontre : symbole d’une élite californienne jugée distante de la réalité des Américains de l’intérieur, de ces « flyover states », les Etats que l’on survole négligemment entre la côte Est et la côte Ouest, les plus touchés par la grande récession de 2007, elle s’était mise à dos la toute jeune administration Obama en prônant une version ambitieuse de la réforme d’assurance-santé, dite « Obamacare ». Cette intransigeance lui avait valu les foudres de la Maison Blanche, cristallisé le réveil républicain contre Obama et engendré la lame de fond ultra-conservatrice des « Tea Parties » lors des élections parlementaires de mi-mandat (« midterms ») de 2010.

Figure la plus influente de la gauche américaine

Huit ans plus tard, revoilà Pelosi, figure la plus influente, et la plus honnie aussi, de la gauche américaine. A Washington depuis 2003, elle a vu monter un vent de fronde générationnel au sein de son parti. Sans jamais ciller. A ses détracteurs qui réclament un renouvellement des cadres, elle a rétorqué que le parti n’avait « pas besoin d’une nouvelle direction », rappelant que ses levées de fonds étaient inégalées, qu’elle était « un maître en termes de législation » et qu’elle savait « remporter une négociation comme personne », histoire de mettre la pression sur Donald Trump à propos du « mur » que le Congrès rechigne à financer à hauteur de 5 milliards de dollars.

Véritable antéchrist du « Trumpland », Nancy Pelosi a curieusement été épargnée par les insultes présidentielles jusqu’ici. Donald Trump ne fait pas mystère du gain qu’il pourrait retirer de la toxicité de Pelosi, tout en laissant la porte entrouverte à un rapprochement tactique. Les deux, qui se connaissent de longue date et semblent s’apprécier humainement, seront-ils capables de nouer une relation aussi fructueuse que le président Ronald Reagan et le speaker démocrate Tip O’Neill entre 1981 et 1987 ?

Au milieu d’une guerre de tranchées entre une opposition démocrate revitalisée par les scandales de l’administration Trump et une présidence acculée par « l’enquête russe », malgré le spectre d’une destitution, Pelosi et Trump pourraient bien réussir à s’entendre sur une réforme très attendue des infrastructures et la tarification des prescriptions médicales. Il leur faudra d’abord mettre fin à un très impopulaire « shutdown », que chaque protagoniste espère imputer à l’autre en vue de l’élection présidentielle de 2020.

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