«Vous avez de ces mots»: la galette des Rois est-elle une vraie galette?

«Vous avez de ces mots»: la galette des Rois est-elle une vraie galette?

Le 6 janvier, beaucoup d’entre nous dégustent la galette des Rois. Cette tradition est liée à la fête chrétienne de l’Épiphanie : d’où la référence aux Rois mages qui rendent visite à l’enfant Jésus. Quant au nom galette, il désigne un gâteau rond, de peu d’épaisseur, le plus souvent à base de pâte feuilletée.

En Wallonie, galette peut s’appliquer à une tout autre réalité : une gaufre épaisse, de consistance dure. Le mot gaufre, quant à lui, est employé pour des gaufres de consistance molle. Et pour éviter une homonymie gênante, il est plutôt question du gâteau des Rois que de la galette des Rois. Un gâteau qui, traditionnellement, était une brioche, et non de la pâte feuilletée. Démêler les dénominations des spécialités régionales, ce n’est pas de la tarte !

Des Rois et des fèves

La traditionnelle galette des Rois est associée à la fête chrétienne de l’Épiphanie, célébrée le 6 janvier et qui fait référence à l’épisode biblique de la visite des Rois mages à l’enfant Jésus. Comme souvent, l’Église s’est approprié une célébration païenne qui remonte, dans ce cas, aux Saturnales des Romains. Durant ces fêtes, à cheval sur la fin du mois de décembre et le début du mois de janvier, un esclave était tiré au sort et devenait, l’espace d’une journée, le maître auquel chacun devait obéissance.

Cette inversion des rôles, liée à un tirage au sort, va traverser les siècles, sous des formes variées. Même la Révolution française n’a pas eu raison de cette tradition : le jour des Rois, devenu « jour des sans-culottes » pendant un court laps de temps, sera restauré bien avant la monarchie de la maison de Bourbon. Le seul héritage de la période révolutionnaire réside dans le fait que la galette géante servie chaque année au locataire de l’Élysée est une « galette de l’Égalité », qui ne renferme aucune fève. Ailleurs, petits et grands enfants se disputent le titre de reine ou de roi de la fête, attribué à la personne qui tire la fève et revêt la couronne symbole de cette dignité toute temporaire.

5 adresses où trouver sa galette des Rois

La galette des Rois dans la forme connue aujourd’hui en Belgique et dans une grande partie de la France est une préparation à base de pâte feuilletée, souvent fourrée avec de la frangipane mélangée à de la compote de pommes, ou avec de la crème, parfois même avec des fruits. Elle contient une fève, autrefois comestible, mais aujourd’hui dangereuse pour la dentition. Les plus modestes sont en matière plastique ; les plus recherchées sont en porcelaine. Toutes font le bonheur des favophiles (ou fabophiles) qui, comme ce nom savant l’indique, collectionnent les fèves des galettes des Rois.

Des galettes et des gaufres

L’appellation galette des Rois est répandue partout en Belgique francophone. Quoi de plus normal, direz-vous, pour une tradition qui a gagné, sous cette dénomination, une bonne partie de la francophonie. Sauf que… pour les moins jeunes d’entre nous originaires de la Wallonie, la galette désigne tout autre chose qu’un gâteau rond de pâte feuilletée. Il s’agit plutôt d’une gaufre épaisse, de consistance dure, souvent servie à l’occasion du Nouvel An. Et ce que l’on appelle gaufre en Wallonie désigne une pâtisserie analogue à la galette, mais de consistance molle.

Ces régionalismes du français de Wallonie correspondent aux appellations en vigueur dans les langues régionales du cru : en wallon, il est question de galète et de wâfe (ou waufe) pour désigner ce qui est appelé gaufre en français général. Voilà qui pourrait entraîner une homonymie gênante avec la galette des Rois, mais il n’en est rien : on recourt à la dénomination « gâteau des Rois », qui apparaît le plus souvent sous une forme francisée (gatô dès Rwès), mais parfois aussi, dans l’Est de la Wallonie, sous la forme wallonne wastê (wèstê, wèstia), équivalent littéral du français gâteau. On précisera que ce « gâteau des Rois » désignait naguère une pâtisserie d’une tout autre nature que l’actuelle «  galette des Rois ». Il s’agissait d’une brioche en forme de couronne, recouverte de grains de sucre.

Le nom galette renvoie donc à des réalités assez différentes. À celles déjà citées, on ajoutera les galettes gaumaises, qui sont en réalité des tartes. Les galettes lorraines, proches de la quiche. Les galettes normandes et bretonnes, qui sont des crêpes préparées avec de la farine de sarrasin et que l’on retrouve au Québec, où elles ont donné lieu à l’expression « Faute de pain, on mange de la galette », l’équivalent du proverbe « Faute de grives, on mange des merles ». Sans oublier cette galette qui a donné son nom à un célèbre moulin de la rue Lepic à Paris et qui désignait un petit pain de seigle.

Je n’ignore pas que cette chronique est lue par quelques afficionados principautaires qu’il me déplairait d’indisposer. Aussi dois-je m’empresser de préciser que les galettes s’appellent galets au pied du Perron de Liège. Qu’attendre d’autre de Wallons pour qui les boulettes sont des boulets  ? Grâce leur soit rendue néanmoins, car la forme liégeoise galet nous rappelle opportunément que galette dérive de galet « caillou arrondi, poli par le frottement », en raison de l’analogie de forme. La même explication est avancée pour l’emploi familier (et vieilli) du mot galette comme synonyme de argent  : avoir de la galette, sonnante et trébuchante, c’est thésauriser des pièces de monnaie rondes et plates.

Cette leçon vaut bien une fève, sans doute…

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