Pourquoi il faut maintenir l’unicité de l’enseignement supérieur francophone dans le débat sur la régionalisation de l’enseignement

Pourquoi il faut maintenir l’unicité de l’enseignement supérieur francophone dans le débat sur la régionalisation de l’enseignement

Le journal Le Soir annonce dans son édition de vendredi dernier que le gouvernement wallon a pris une mesure d’aide aux « étudiants koteurs wallons » étudiant dans un établissement d’enseignement supérieur implanté en Wallonie et dont le lieu d’études est situé à plus d’une heure de route de son domicile. Le journal précise que « les étudiants de l’UCL qui suivent les cours sur un site situé en Région bruxelloise (on pense à Louvain-en-Woluwe) auront bel et bien droit à la prime. Mais les étudiants wallons qui fréquentent l’ULB ou un autre institut dont le siège est à Bruxelles n’y auront pas droit », ce qui ne correspond d’ailleurs pas à la « note rectificative » du gouvernement wallon qui circule ici et là, suggérant des incohérences bien soulignées par le journaliste du Soir dans son article. Quoi qu’il en soit, ce qui est sûr, c’est que Bruxelles et la Wallonie ne sont pas traités dans le projet comme appartenant à la même entité d’enseignement.

Il est certainement positif que le gouvernement wallon s’inquiète des frais de scolarité dans le supérieur, et on peut comprendre qu’il soutienne les étudiants wallons – la région wallonne est compétente pour la population résidante en Wallonie. On imagine que les besoins des étudiants luxembourgeois et bruxellois ne soient pas identiques. Il y aurait cependant bien des choses à dire sur l’avant-projet d’arrêté, comme l’absence de prise en compte des revenus (alors que l’objectif du projet est de corriger l’inégalité d’accès aux études) ou la mesure de référence (le trajet en voiture) à un moment où l’urgence climatique justifierait de prendre un trajet en transport en commun comme étalon. C’est d’autant plus vrai qu’on suppose quand même que la mesure est pensée pour des étudiants qui ne peuvent se payer une voiture, assurance, taxe et essence compris !!

Mais le fond du très mauvais signal lancé par ce projet se trouve ailleurs : en excluant du bénéfice de la mesure (d’ailleurs sans nécessité) les étudiants qui souhaiteraient rejoindre un établissement d’enseignement supérieur de la région bruxelloise, donc en cassant l’unicité de l’enseignement supérieur francophone, la décision met en lumière les très grands dangers de la régionalisation des matières communautaires si on n’y prend pas garde.

Qu’on se comprenne bien : il ne revient pas à un recteur de s’exprimer pour ou contre la régionalisation de l’enseignement, débat qui semble rouvert par les politiques de tous bords à l’approche des élections communautaires et régionales. Il est par contre essentiel qu’un recteur, responsable de plus de 30.000 étudiants issus de l’ensemble de l’actuel territoire de la fédération Wallonie-Bruxelles, s’exprime sur les dangers d’une ségrégation entre institutions wallonnes et bruxelloises et défende l’unicité de l’enseignement supérieur francophone clairement menacé de morcellement par l’actuelle proposition d’arrêté.

En cas de disparition de la Communauté française, dont le périmètre est un tout petit territoire de 4.5 millions d’habitants et dont les moyens, à l’échelle belge, européenne et internationale, sont très en dessous des besoins, il est essentiel de maintenir une seule structure d’enseignement supérieur, éventuellement cogérée par les régions, mais qui ne peut être morcelée en deux ou trois (avec la communauté germanophone) entités distinctes sous peine de voir sombrer définitivement toute ambition de cohérence dans l’offre d’enseignement ainsi que toute possibilité de coopération entre établissements et d’assister, impuissants, à l’émiettement et au saupoudrage des rares moyens financiers disponibles. Ce serait d’autant plus paradoxal à l’heure où le développement de nos Universités dans l’enseignement comme dans la recherche exige des moyens qui nous manquent à tous, nécessite des politiques ambitieuses d’ouverture à l’international et conduit à la création d’Universités européennes symbolisant un horizon élargi et non étriqué. Les Flamands l’ont bien compris quand ils ont fondu la communauté et la région en une seule entité politique cohérente.

La mesure proposée « pour les étudiants koteurs » ne respecte pas cette caractéristique cruciale pour le futur de l’enseignement supérieur des francophones et, pour cette raison, indépendamment de son caractère partisan et inéquitable, elle est irresponsable. S’il s’agit d’une provocation dans le cadre du débat sur la régionalisation de l’enseignement, elle joue dangereusement avec le feu.

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