«Enseignement et climat: prendre ensemble le risque de réussir»

Depuis le mois de décembre, chaque jeudi, les jeunes interpellent les responsables politiques sur leur engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Depuis le mois de décembre, chaque jeudi, les jeunes interpellent les responsables politiques sur leur engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique. - Photo News.

Nous sommes celles et ceux à qui vous confiez vos enfants toute la journée. Nous sommes professeur·e·s, éducateur·trice·s, secrétaires et tous les jours à l’école nous essayons d’enseigner à vos enfants les savoirs et les compétences qui ont fait l’histoire humaine, et leur permettront de s’inscrire dans le présent pour construire un avenir qui leur appartiendra.

Aujourd’hui, ce sont vos enfants qui nous enseignent quelque chose. Vos enfants qui tous les jeudis marchent dans les rues pour demander une politique climatique à la hauteur de la catastrophe que les scientifiques tentent de modéliser. Ils et elles nous enseignent une clairvoyance qui nous impressionne : face aux indicateurs du changement climatique, vos enfants tirent la conclusion que l’incrémentalisme lent qui caractérise nos sociétés n’est plus de mise. Face aux invectives aux efforts individuels, vos enfants retracent les réseaux de responsabilité et pointent l’aspect structurel du désastre écologique.

Une prise de risque qui force le respect…

Face aux appels à laisser les décisions aux décideurs, vos enfants rappellent cette évidence : ils et elles auront à souffrir de ces décisions et à ce titre ils se mêlent de ce qui les concerne.

Vos enfants tentent avec les moyens qui sont les leurs de faire importer ceci : leur avenir est en danger. L’avenir de l’humanité est en danger. Un danger mortel.

Pour ce faire, vos enfants agissent en prenant un risque énorme par rapport à leur situation d’enfant : ils risquent de voir leur année scolaire invalidée en raison du nombre de jours d’absence injustifiée. En communauté française, le maximum de jours d’absence injustifiée est fixé à vingt demi-jours. Ce seuil dépassé, l’enfant perd sa qualité d’élève régulier, son année scolaire n’est alors plus validée, et donc automatiquement ratée. Vos enfants nous enseignent un courage qui nous laisse admiratif : ils et elles estiment que la priorité aujourd’hui avant leur réussite individuelle est de garantir la survie collective.

… et pourtant !

Nous sommes abasourdis du torrent d’insultes et de mépris que suscite leur action. Nous sommes sidérés de voir des adultes mettre en doute la sincérité et la cohérence de leur engagement, de voir des adultes ridiculiser l’espoir qui est le leur, d’entendre des adultes chercher à museler vos enfants par du cynisme et du mépris.

Que savons-nous de cette expérience qui est la leur : grandir dans un monde mourant ? De cette urgence qui est la leur au moment où ils et elles sont témoins de la sixième extinction de masse, de l’acidification et de la montée du niveau des mers, de la multiplication et de l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, de la fragilisation de la recharge des nappes phréatiques… ?

Si la mission de l’école est de faire advenir l’intelligence des enfants, de lui donner les moyens de s’épanouir et d’accompagner son développement, force est de constater que nous faillissons à notre tâche. Parce que nous ne les accompagnons pas. Vos enfants sont nos élèves, et si nous sommes impressionné·e·s et fier·e·s de la finesse de leurs analyses, si nous sommes ému·e·s de leur courage et de leur persévérance, nous restons pour l’instant les spectateur·trice·s du combat qu’elles et ils mènent pour garantir leur survie. Du combat que nous aurions dû mener en leur nom.

Notre souhait ici est celui de n’importe quel·le membre d’une institution scolaire, de n’importe quel parent : permettre aux enfants de réussir.

Ne les laissons pas seul·e·s. Seul·e·s dans leur demande de vie, seul·e·s dans leur demande de changement, seul·e·s dans leur courage, seul·e·s dans les rues.

*Les signataires : Magali Michaux, Doriane Jijakli, Sophia Mghari, Thylla Nève, Benjamin De Backer, Laure-Anne de Gaultier, Delphine Vandenheuvel, Jean-Noël Vandenheuvel, Charlotte Manguette, Maureen Wuyts, Georges Lambert, Marie Philippe, Astrid Bourguignon, Géraldine Remy, Sarah Maouche, Marie Poulaert, Romuald Lemaire, Sema Aydogan, Pauline Forges, Mathias Baijot, Sophie Maas, Lionel Bikx, Laura Moraga, Jonas Leonard, Caroline Poirier, Patrick Tjolle, Caroline Jonckheere, Yannick De Henau, Violaine Menne, Coline Smets, Emmanuel Peeters, Isabelle Defossa, Jean-Pierre Kerckhofs, Romy Aerts, Sophie Lucien et la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente.

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