Carte blanche: «Catalogne, un procès contre la démocratie»

Manifestation dans les rues de Bruxelles, le 7 décembre 2017, pour soutenir des figures de l’indépendantisme catalan comme Jordi Sanchez et Jordi Cuixart.
Manifestation dans les rues de Bruxelles, le 7 décembre 2017, pour soutenir des figures de l’indépendantisme catalan comme Jordi Sanchez et Jordi Cuixart. - © Dirk Waem/belga.

Je suis Jordi Cuixart, président d’Òmnium Cultural, la plus grande organisation culturelle à but non lucratif de Catalogne. Je suis en prison préventive depuis plus de 15 mois pour avoir organisé des manifestations massives et toujours pacifiques en défense du droit à l’autodétermination de la Catalogne. Aujourd’hui je suis le prisonnier politique d’un système juridico-exécutif espagnol hérité du franquisme.

Oui, en Espagne le franquisme n’est pas mort. Bien au contraire, il a survécu à la transition démocratique et les organes de juridiques d’exceptions chargés de juger les dissidences politiques ont été maintenus.

Violence et sédition imaginaires

En l’occurrence, courant février s’ouvrira devant la Cour Suprême espagnole un procès contre la démocratie. À ce procès, je serai assis sur le banc des accusés aux côtés de 6 anciens membres du gouvernement catalan, de l’ancienne présidente du Parlement et de l’ancien président d’une autre grande ONG (Assemblée Nationale Catalane). J’encours jusqu’à 17 ans de prison pour des actes que je n’ai pas commis.

Je serai jugé pour un crime de rébellion comme a pu l’être en son temps le Général Antonio Tejero suite à sa tentative armée de coup d’Etat au parlement espagnol le 23 février 1981. En l’espèce, ce crime imaginaire de rébellion que j’aurais commis nécessite un processus de violence caractérisé qui n’a jamais eu lieu. La comparaison semble insensée pourtant elle est bien réelle. Je serai également accusé du crime de sédition qui exige un soulèvement populaire qui empêcherait l’application des lois ou l’actuation des autorités. Là aussi, c’est une pure invention.

Des erreurs répétées

Ce procès a pour but de juger des hauts responsables catalans par une mise en scène grotesque d’une reprise de pouvoir par un Etat central complètement dépassé par plus 80 % de la population catalane qui souhaite décider de son avenir dans les urnes. À cette volonté démocratique, Madrid répond par la répression physique et judiciaire. Le changement à la tête de l’exécutif n’a rien changé. Entraîné dans une chute en avant pour des raisons électorales le gouvernement de Pedro Sanchez s’embourbe dans les mêmes erreurs que ses prédécesseurs, pas de dialogue ni de proposition politique à une crise pourtant politique.

Nous sommes un peuple de paix, de démocratie et nous souhaitons voter pour décider de notre futur. Aujourd’hui nos libertés fondamentales sont en périls et la parodie de procès qui s’ouvrira à Madrid où la sentence à une lourde peine de prison semble par ailleurs déjà écrite, sera mise sous le feu des projecteurs de la presse et de la communauté internationale. Aux yeux de la communauté internationale les accusés seront déclarés non coupable et l’État, coupable de son incapacité à dialoguer, verra sa crédibilité s’effondrer.

Souffrance démocratique

Ce procès n’est autre que l’expression d’un Etat en grande souffrance démocratique où la séparation des pouvoirs a été fortement critiquée par le Groupe des États Contre la Corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe pour la politisation de son système judiciaire et son manque de transparence. Si je ne me résigne pas au fait d’être en prison c’est justement parce que je considère qu’elle me permettra d’accuser l’Etat de violer nos droits fondamentaux. Rousseau disait que « renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs », je n’y renoncerai pas ! Je fais entière confiance à la juridiction internationale et en particulier à la Cour Européen des Droits de l’Homme pour rendre justice et pour condamner l’État espagnol.

La lutte pour le droit à la liberté d’expression, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit de réunion pacifique, le droit de vote, le droit d’avoir un procès juste mais également la lutte contre la détention arbitraire, en somme la lutte pour les droits civils conjugués aux droits de l’homme sont les bases solides qui doivent régir nos sociétés démocratiques. Aujourd’hui, en Espagne, ces droits sont bafoués sur l’hôtel de l’unité constitutionnelle.

I have a dream qu’un jour l’État espagnol, un État étouffé par l’héritage du franquisme, se transforme en une oasis de démocratie.

La crise qui frappe l’Espagne est à la fois une crise politique et une crise démocratique. La réponse judiciaire qui est apportée ne fait que catalyser chaque jour plus les tensions alors que seuls le dialogue et une issue politique permettront de les résoudre.

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